AGAPES
S. f. termes de l’Hist. ecclesiast. Ce mot est tiré du Grec ἀγαπὴ, amour, & on l’employoit pour signifier ces repas de charité que faisoient entr’eux les premiers Chrétiens dans les Eglises, pour cimenter de plus en plus la concorde & l’union mutuelle des membres du même corps.

Dans les commencemens ces agapes se passoient sans desordre & sans scandale, au moins les en bannissoit-on séverement, comme il paroît par ce que S. Paul en écrivit aux Corinthiens, Epit. I. ch. xj. Les Payens qui n'en connoissoient ni la police ni la fin, en prirent occasion de faire aux premiers fideles les reproches les plus odieux. Quelque peu fondés qu'ils fussent, les pasteurs, pour en bannir toute ombre de licence, défendirent que le baiser de paix par où finissoit cette assemblée se donnât entre les personnes de sexe différent, ni qu'on dressât des lits dans les églises pour y manger plus commodément : mais divers autres abus engagerent insensiblement à supprimer les agapes. S. Ambroise & S. Augustin y travaillerent si efficacement, que dans l'église de Milan l'usage en cessa entierement, & que dans celle d'Afrique, il ne subsista plus qu'en faveur des clercs, & pour exercer l'hospitalité envers les étrangers, comme il paroît par le troisieme concile de Carthage. Thomass. Discipl. de l'Eglise, part. III. ch. xlvij. n°. 1.
 
ANNALES PDF Imprimer Envoyer
Histoire - Histoire
Écrit par Edme-François Mallet (G)   
Lundi, 28 Juin 1751 09:00
S. f. (Hist. en génér.) rapport historique des affaires d'un état, rédigées par ordre des années. Voyez AN. La différence qui se trouve entre les annales & l'histoire, est un point différemment traité par divers auteurs. Quelques-uns disent que l'histoire est proprement un récit des choses que l'auteur a vûes, ou du moins auxquelles il a lui-même assisté ; ils se fondent pour cela sur l'étymologie du mot histoire qui signifie en Grec, la connoissance des choses présentes ; & dans le vrai, ἱστορεῖν signifie voir : au contraire, disent-ils, les annales rapportent ce que les autres ont fait, & ce que l’écrivain ne vit jamais. Voyez HISTOIRE.

Tacite lui-même paroît avoir été de ce sentiment, puisqu'il intitule annales toute la premiere partie de son histoire des siecles passés ; au lieu que descendant au tems même où il vivoit, il change ce titre, & donne à son livre le nom d'histoire

Aulugelle est d'un autre avis : il soûtient que l'histoire & les annales different comme le genre & l'espece, que l'histoire est le genre, & suppose une narration & récit des choses passées ; que les annales sont l'espece, & sont aussi le récit des choses passées, mais avec cette différence, qu'on les réduit à certaines périodes ou années.

Le même auteur rapporte une autre opinion ; qu'il dit être de Sempronius Asello : suivant cet écrivain, les annales sont une relation toute nue de ce qui se passe chaque année, au lieu que l'histoire nous apprend non-seulement les faits mais encore leurs causes, leurs motifs & leurs sources. L'analyste n'a rien autre chose à faire que l'exposition des évenemens, tels qu'ils sont en eux-mêmes : l'historien au contraire a de plus à raisonner sur ces évenemens & leurs circonstances, à nous en développer les principes, & réflechir avec étendue sur les conséquences. Ciceron paroît avoir été de ce dernier sentiment, lorsqu'il dit des analystes ; unam dicendi laudem putant esse brevitatem, non exornatores rerum, sed tantùm narratores. Il ajoûte qu'originairement l'histoire n'étoit qu'une collection d'annales.

L'objet en fut, dit-il, de conserver la mémoire des évenemens : le souverain Pontife écrivoit chaque année ce qui s'étoit passé l'année précédente, & l'exposoit en un tableau, dans sa maison, où chacun le pouvoit lire à son gré. C'étoit ce qu'ils appelloient annales maximi, & l'usage en fut conservé jusqu'à l'an 620 de la fondation de Rome. Voyez FASTES.

Plusieurs autres écrivains, à l'imitation du Pontife, s'en tinrent à cette maniere simple de raconter les choses sans commentaires, & furent pour cela même appellés analystes. Tels furent Caton, Pison, Fabius Pictor, Antipater, &c.

Les annales de Grotius sont un livre bien écrit, & qui contient de fort bonnes choses. Il a moins de particularités, mais plus de profondeur que Strada ; & d'ailleurs il approche beaucoup plus de Tacite. Patin, Lett. chois. 120

Lucas Holstenius, chanoine de S. Jean de Latran, disoit du ton le plus positif à Naudé, qu'il étoit en état de montrer 8000 faussetés dans les annales de Baronius, & de les prouver par manuscrits contenus dans la bibliotheque du Vatican dont il avoit soin. Patin, Lett. chois. 165 (G)