ACTE PDF Imprimer Envoyer
Beaux-arts - Littérature
Écrit par Auteur anonyme   
Lundi, 28 Juin 1751 09:00
subst. m. (Bell. Lett.) partie d'un poëme dramatique, séparée d'une autre partie par un intermede.

Ce mot vient du Latin actus, qui dans son origine, veut dire la même chose que le δρᾶμα des Grecs ; ces deux mots venant des verbes ago & δράω, qui signifient faire & agir. Le mot δρᾶμα convient à toute une piece de théatre ; au lieu que celui d’actus en Latin, & d’acte en François, a été restraint, & ne s’entend que d’une seule partie du Poëme dramatique.

Pendant les intervalles qui se rencontrent entre les actes, le théatre reste vacant, & il ne se passe aucune action sous les yeux des spectateurs ; mais on suppose qu'il s'en passe hors de la portée de leur vûe quelqu'une relative à la piece, & dont les actes suivans les informeront.

On prétend que cette division d'une piece en plusieurs actes, n'a été introduite par les modernes, que pour donner à l'intrigue plus de probabilité, & la rendre plus intéressante : car le spectateur à qui dans l'acte précédent on a insinué quelque chose de ce qui est supposé se passer dans l'entr'acte, ne fait encore que s'en douter, & est agréablement surpris, lorsque dans l'acte suivant, il apprend les suites de l'action qui s'est passée, & dont il n'avoit qu'un simple soupçon. Voyez PROBABILITE & VRAISEMBLANCE.

D'ailleurs les auteurs dramatiques ont trouvé parlà le moyen d'écarter de la scene, les parties de l'action les plus seches, les moins intéressantes, celles qui ne sont que préparatoires, & pourtant idéalement nécessaires, en les fondant, pour ainsi dire, dans les entre-actes, de sorte que l'imagination seule les offre au spectateur en gros, & même assez rapidement pour lui dérober ce qu'elles auroient de lâche ou de desagréable dans la représentation. Les poëtes Grecs ne connoissoient point ces sortes de divisions ; il est vrai que l'action paroît de tems en tems interrompue sur le théatre, & que les acteurs occupés hors de la scene, ou gardant le silence, font place aux chants du choeur ; ce qui produit des intermedes, mais non pas absolument des actes dans le goût des modernes, parce que les chants du choeur se trouvent liés d'intérêt à l'action principale avec laquelle ils ont toûjours un rapport marqué. Si dans les nouvelles éditions leurs tragédies se trouvent divisées en cinq actes, c'est aux éditeurs & aux commentateurs qu'il faut attribuer ces divisions, & nullement aux originaux ; car de tous les anciens qui ont cité des passages de comédies ou de tragédies Greques, aucun ne les a désignés par l'acte d'où ils sont tirés, & Aristote n'en fait nulle mention dans sa poëtique. Il est vrai pourtant qu'ils considéroient leurs pieces comme consistant en plusieurs parties ou divisions, qu'ils appelloient protase, épitase, catastase, & catastrophe ; mais il n'y avoit pas sur le théatre d'interruptions réelles qui marquassent ces divisions. Voyez PROTASE, EPITASE, &c.

Ce sont les Romains qui les premiers ont introduit dans les pieces de théatre cette division par actes. Donat, dans l'argument de l'Andrienne, remarque pourtant qu'il n'étoit pas facile de l'appercevoir dans leurs premiers poëtes dramatiques : mais du tems d'Horace l'usage en étoit établi ; il avoit même passé en loi.

Neuve minor, neu sit quinto productior actu

Fabula, quae posci vult & spectata reponi.

Mais on n'est pas d'accord sur la nécessité de cette division, ni sur le nombre des actes : ceux qui les fixent à cinq, assignent à chacun la portion de l'action principale qui lui doit appartenir. Dans le premier, dit Vossius, Institut. Poët. lib. II. on expose le sujet ou l'argument de la piece, sans en annoncer le dénoüement, pour ménager du plaisir au spectateur, & l'on annonce les principaux caracteres : dans le second on développe l'intrigue par degrés : le troisieme doit être rempli d'incidens qui forment le noeud : le quatrieme prépare des ressources ou des voies au dénoüement, auquel le cinquieme doit être uniquement consacré.

Selon l'abbé d'Aubignac, cette division est fondée sur l'expérience ; car on a reconnu, 1°. que toute tragédie devoit avoir une certaine longueur ; 2°. qu'elle devoit être divisée en plusieurs parties ou actes. On a ensuite fixé la longueur de chaque acte ; il a été facile après cela d'en déterminer le nombre. On a vû, par exemple, qu'une tragédie devoit être environ de quinze ou seize cens vers partagés en plusieurs actes ; que chaque acte devoit être environ de trois cens vers : on en a conclu que la tragédie devoit avoir cinq actes, tant parce qu'il étoit nécessaire de laisser respirer le spectateur, & de ménager son attention, en ne la surchargeant pas par la représentation continue de l'action, & d'accorder au poëte la facilité de soustraire aux yeux des spectateurs certaines circonstances, soit par bienséance, soit par nécessité ; ce qu'on appuie de l'exemple des poëtes Latins, & des préceptes des meilleurs critiques.

Jusque-là la division d'une tragédie en actes paroît fondée ; mais est-il absolument nécessaire qu'elle soit en cinq actes, ni plus ni moins ? M. l'abbé Vatry, de qui nous empruntons une partie de ces remarques, prétend qu'une piece de théatre pourroit être également bien distribuée en trois actes, & peut-être même en plus de cinq, tant par rapport à la longueur de la piece, que par rapport à sa conduite. En effet, il n'est pas essentiel à une tragédie d'avoir quinze ou seize cens vers. On en trouve dans les anciens qui n'en ont que mille, & dans les modernes qui vont jusqu'à deux mille. Or dans le premier cas, trois intermedes seroient suffisans ; & dans le second, cinq ne le seroient pas, selon le raisonnement de l'abbé d'Aubignac. La division en cinq actes est donc une regle arbitraire qu'on peut violer sans scrupule. Il peut se faire, conclut le même auteur, qu'il convienne en général que la tragédie soit en cinq actes, & qu'Horace ait eu raison d'en faire un précepte ; & il peut être vrai en même tems qu'un poëte feroit mieux de mettre sa piece en trois, quatre, ou six actes, que de filer des actes inutiles ou trop longs, embarrassés d'épisodes, ou surchargés d'incidens étrangers, &c. M. de Voltaire a déjà franchi l'ancien préjugé, en nous donnant la mort de César, qui n'est pas moins une belle tragédie, pour n'être qu'en trois actes.

Les actes se divisent en scenes, & Vossius remarque que dans les anciens un acte ne contient jamais plus de sept scenes. On sent bien qu'il ne faudroit pas trop les multiplier, afin de garder quelque proportion dans la longueur respective des actes ; mais il n'y a aucune regle fixe sur ce nombre. Voss. Inst. poët. lib. II. Mém. de l'Acad. tom. VIII. pag. 188. & suiv.

Comme les entr'actes parmi nous sont marqués par une symphonie de violons, ou par des changemens de décorations, ils l'étoient chez les anciens par une toile qu'on baissoit à la fin de l'acte, & qu'on relevoit au commencement du suivant. Cette toile, selon Donat, se nommoit siparium. Vossius, Instit. poët. lib. II.