A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

    
JAA JAS. m. (Bot. exotiq.) arbrisseau de la contrée des noirs. Les Hollandois l'appellent maugelaar. Il croît aux lieux marécageux & aux bords des rivieres. Il pousse un si grand nombre de tiges, qu'on a peine à discerner la principale. Le Jaa-ja croît dans l'eau, & l'on y trouve souvent des huitres attachées. Dict. de Trevoux.


JAA-BACHIS. m. (Hist. mod.) capitaine de gens de pié chez les Turcs. C'est aussi un officier des janissaires chargé de lever les enfans de tribut. Il est accompagné dans ses fonctions d'un écrivain ou secrétaire qui tient le rôle des provinces, des lieux, & du nombre d'enfans qui doivent être fournis.


JAAROBAS. m. (Bot. exotiq.) espece de feve du Brésil ; elle est semblable à la cuiette, seulement plus petite. On mange les racines de la plante qui la porte.


JAATZDES. m. (Hist. nat. Bot.) c'est un arbrisseau du Japon, à feuilles de ricin commun ; ses fleurs sont blanches, à cinq pétales. Ses baies sont moins grosses qu'un grain de poivre. Elles ont à leur sommet une espece d'aigrette formée par les cinq étamines de la fleur.


JABATOPETAvoyez JABOTAPITA.


JABAYAHITES. m. (Hist. mod.) nom de secte parmi les Musulmans, qui suivant Ricaut, enseignent que la science de Dieu ne s'étend point à toutes choses ; que le tems & l'expérience lui ont appris plusieurs choses qu'il ignoroit auparavant. Dieu, disent-ils, n'ayant point eu de toute éternité une connoissance exacte de tous les évenemens particuliers qui doivent arriver dans le monde, il est obligé de le gouverner selon les occurrences. Voyez PROVIDENCE, PRESCIENCE, CONTINGENT. Diction. de Trévoux.


JABES. m. (Hist. anc.) l'acception de ce mot est incertaine. C'est ou le nom de Dieu chez les Samaritains, ou un terme correspondant au Jas des Juifs, ou une corruption de Juba, ou de Jesora.


JABI(Géog.) petit royaume d'Afrique en Guinée, sur la côte d'or, derriere le fort de Saint Georges de la Mine. Bosman dans sa description de la Guinée, dit que le roi de ce canton est un si petit seigneur, qu'il auroit peine à lui donner à credit pour cent florins de marchandise, de peur de n'en être jamais payé, vû sa pauvreté. Ce pays est arrosé par la riviere de Rio de Saint-Jean, que les negres appellent Bossumpra, à cause qu'ils le tiennent pour être un dieu. Voilà donc enfin une riviere divinisée par des Maures. (D.J.)


JABIRUS. m. (Hist. nat. Zoologie) grand oiseau de riviere de l'Amérique, qui a du rapport avec la grue ; il est plus grand qu'un cigne, son col est gros comme le bras, sa tête est fort grande, son bec est droit, & a environ dix à onze pouces de long, il est un peu recourbé par le bout ; ses jambes ont environ deux piés de longueur, & sont couvertes d'écailles. Il est tout blanc comme un cigne ou une oie. Le cou n'est point garni de plumes, & n'est couvert que d'une peau noire & dure. On conjecture que cela vient de ce que les plumes étoient tombées, & que l'on n'a vû cet oiseau que mort. Voyez Marggrave, hist. Brasiliensis.


JABIRUGUACUS. m. (Ornithol. exot.) nom d'un oiseau du Brésil, appellé par quelques-uns nanduapoa, & par les Hollandois scheurvogel ; cet oiseau tient beaucoup au genre des grues ; il a un bec large, long de sept à huit pouces, arrondi, & un peu élevé à l'extrémité. Il porte sur le sommet de la tête une espece de couronne osseuse, d'un gris blanc ; son long col & sa tête sont revêtus de peau écailleuse, sans aucunes plumes ; le reste du corps est couvert de plumes blanches ; mais les grosses plumes des aîles sont noirâtres avec une teinte pourpre. Il passe pour un manger délicieux. Rey, Ornitholog. pag. 202. (D.J.)


JABLES. m. terme de Tonnelier, c'est la partie des douves d'un tonneau qui excede les fonds des deux côtés, & qui forme en quelque façon la circonférence extérieure de chacune de ses extrémités.

Le jable se prend depuis l'entaille ou rainure dans laquelle sont enfoncées & assujetties les douves du fond de la futaille, jusqu'au bout des douves de longueur. Cette entaille ou rainure se nomme aussi quelquefois le jable.

Pour jauger les tonneaux, il faut d'abord appuyer un des bouts du bâton de jauge sur le jable du tonneau ou futaille qu'on se propose de jauger, faisant attention cependant que quand le jable d'une piece est plus court qu'il ne doit l'être, cette diminution du jable donne nécessairement un excédent de jauge. Voyez JAUGE & TONNELIER.

On appelle peignes de jable de petits morceaux de douves taillés exprès, qu'on fait entrer par force sous les cerceaux pour rétablir les jables rompus.


JABLERc'est faire des jables aux tonneaux & aux douves.


JABLOIRES. f. (Tonnelier) c'est un instrument dont les Tonneliers se servent pour faire le jable des tonneaux, ou la rainure où on fait entrer les fonds. Cet outil est composé de deux pieces de bois, l'une cilindrique & l'autre quarrée ; au bout de celle-ci est un morceau d'acier dentelé comme une scie. Le tonnelier qui s'en sert appuie la partie cilindrique de plat sur les bords des tonneaux qu'il a assemblés, & conduisant l'outil tout autour, il y forme avec le morceau d'acier une rainure qu'on appelle le jable. Voyez nos Planches de Tonnellerie.


JABORANDES. m. (Bot. exot.) plante haute de deux piés, qui a ses tiges ligneuses, grandes, noueuses, tortues & inégales ; sa racine fort grosse, & divisée en un grand nombre de parcelles & de filamens ; ses fleurs blanches, & à quatre feuilles, & ses graines renfermées sous une double cosse, brunes, applaties, & de la figure à peu-près d'un coeur tronqué par la pointe. On ne sait où croît le jaborande ; sa racine passe pour alexipharmaque. Dict. de Trévoux.


JABOTS. m. (Ornithol.) ingluvies, colum, poche membraneuse située près du cou des oiseaux, & au bas de leur oesophage.

Tous les oiseaux ont un élargissement au bas de l'oesophage, qu'on appelle le jabot, qui leur sert pour garder quelque tems la nourriture qu'ils ont avalée sans mâcher, avant que de la laisser entrer dans le ventricule.

Les Physiologistes donnent trois usages apparens à ce sac ; le premier de disposer la nourriture à la digestion ; le second de la serrer quelque tems, afin que le ventricule ne s'emplisse pas trop, dans les occasions où les oiseaux trouvent & amassent plus de nourriture que leur estomac n'en doit tenir pour la pouvoir bien digérer ; le troisieme de réserver cette nourriture pour la porter à leurs petits.

Les pigeons ont ce jabot fort ample ; ils l'enflent & l'élargissent extraordinairement, pour un autre usage que celui de réserver une grande quantité de nourriture ; car l'air qu'ils attirent pour la respiration, entre aussi dans le jabot, & gonflant cette partie, produit la grosse gorge, qui est particuliere aux pigeons. Quelques anatomistes prétendent avoir trouvé dans la trachée artere des pigeons, le conduit par lequel l'air entre dans leur jabot.

L'onocrotale a un grand sac fait par l'élargissement de son oesophage, qu'on lui voit pendu en-devant, depuis le dessous du bec, jusqu'au bas du col ; en cet endroit la peau n'est point garnie de plumes, mais seulement d'un duvet très-court, arrangé en long sur l'éminence de chacune des rides que ce sac fait en se pliant comme une bourse.

Le jabot du coroman, dont l'oesophage souffre une dilatation pareille à celle de l'oesophage de l'onocrotale, est plus caché, étant recouvert de plumes à l'ordinaire ; ces sacs servent à l'un & à l'autre de ces deux especes d'oiseaux, à recevoir les poissons qu'ils avalent fort grands, & tout entiers.

Quand les hérons veulent manger des moules, ils les avalent avec leurs coquilles ; & lorsqu'ils sentent qu'elles sont ouvertes, par la chaleur qui a relâché les ressorts de leurs muscles, ils les vomissent pour en manger la chair. Il y a apparence que c'est le jabot qui leur sert à cet usage, sa chaleur étant suffisante pour faire ouvrir les moules.

Les singes ont dans la bouche des poches aux deux côtés de la mâchoire où ils serrent tout ce qu'ils veulent garder ; on dit aussi qu'il y a un poisson qui a comme le singe, ce sac dans la gueule, où ses petits viennent se jetter quand ils ont peur. (D.J.)


JABOTAPITAS. m. (Botan. exot.) arbre d'une hauteur médiocre du Brésil, & du genre des ochna de Linnaeus ; voyez OCHNA.

Marggrave & Pison l'appellent, arbor baccifera racemosa, Brasiliensis, baccâ trigonâ, proliferâ. Il se plait sur les rivages de la mer ; son écorce est inégale, de couleur grisâtre ; ses branches sont molles & pliantes, ses feuilles sont alternes, vertes, oblongues, pointues ; ses fleurs sont petites, en bouquets, à cinq pétales jaunes, & d'une odeur très-agréable. Après qu'elles sont passées, il leur succede un fruit qui vient en grappes, c'est-à-dire que chaque pédicule porte une baie de la grosseur d'un noyau de cerise, de figure presque triangulaire, à laquelle sont attachées trois ou quatre autres baies sans pédicule, ovoïdes, de la même grosseur, de couleur noire comme nos myrtiles, & donnant la même teinture ; leur goût est stiptique ; on en tire de l'huile par expression. Ces baies servent encore aux mêmes usages que nos baies de myrthe, pour arrêter le cours de ventre, resserrer, & fortifier les intestins. (D.J.)


JABOTIS. m. (Hist. nat. Zool.) nom qu'on donne en Amérique à une espece de tortue qui s'y trouve ; son écaille est noire, & l'on y remarque plusieurs figures hexagones comme en relief. La tête & les piés sont bruns, mouchetés de taches verdâtres. Ray, Synops. quadruped.


JABURANDIBAS. m. (Hist. nat. Botan.) arbre du Brésil, dont les voyageurs ne nous ont point donné la description ; ils se sont contentés de dire que ses feuilles sont un spécifique contre toutes les maladies du foie. Il y en a une autre espece à feuilles rondes, moins grandes que les premieres ; ce dernier a des racines dont le goût est aussi fort que le gingembre, & qui appliquées sur les gencives, dissipent tous leurs maux.


JABUTICABAS. m. (Hist. nat. Bot.) grand arbre qui croît au Brésil. Il porte des fruits qui le couvrent depuis le bas du pié jusqu'au sommet, ensorte qu'on apperçoit à peine l'arbre. Ce fruit est noir, rond, de la grosseur d'un petit limon, d'un suc doux comme celui du raisin mûr, & salutaire aux fiévreux. Il y a beaucoup de ces arbres dans le territoire de Saint-Vincent. Dict. de Trévoux.


JACou JACHT, (Marine) Voyez YACHT.


JACAS. m. (Botan. exot.) arbre des Indes orientales, de la grandeur du laurier. C'est le joaca de Parkinson, le tijaca-marum, Hort. Malab. palma, fructu aculeato, ex trunco prodeunte, de C. Bauh. le papa d'Acosta, & le jaqua ou jaaca de nos voyageurs, Acosta, Garcias, Fragoso, Linschoot, & autres.

Cet arbre a la feuille large comme la main, d'un verd clair, & nerveuse. Il croît le long des eaux, & porte le plus gros fruit qui soit connu dans le monde. Il sort du tronc, ainsi que des principales branches, & est souvent enseveli dans la terre avec le bas du tronc, auquel il est adhérant. Il est de figure conique, d'une palme de large sur deux de longueur, & pese ordinairement quinze à vingt livres ; il est couvert d'une coque verte, épaisse, & parsemée d'une infinité de tubercules écailleux, piquans, mais blancs & laiteux en-dedans. Ce fruit en contient une infinité d'autres plus petits, oblongs & enveloppés d'une écorce commune ; leur pulpe est épaisse, jaunâtre, d'un goût & d'une odeur agréable. Chacun de ces fruits renferme une amande placée dans sa chair, comme dans un sac ; ces amandes sont couvertes d'une peau mince, cartilagineuse, blanchâtre & transparente ; sous cette pellicule extérieure, on en trouve une autre rougeâtre, qui contient une seconde amande, dont le goût approche beaucoup de celui de nos chataignes.

Il s'éleve du milieu de ce cône un pistil épais, cendré, semblable à une colonne, autour duquel les plus petits fruits sont disposés circulairement ; une de leurs extrémités pénetre dans le pistil, & l'autre aboutit diamétralement à l'écorce : on observe entre ces fruits, une infinité de ligamens membraneux, blanchâtres, jaunâtres, qui tiennent au pistil & à l'écorce, & qui rendent, après qu'on a coupé le fruit, le pistil & l'écorce, un suc gluant & laiteux.

Le jaca vient dans toutes les Indes orientales. Il y en a plusieurs especes, que l'on distingue par leurs fruits, qui sont plus ou moins gros, succulens & savoureux. (D.J.)


JACAMACIRIS. m. (Ornith. exot.) oiseau très-remarquable du Brésil, qu'on peut ranger parmi les pies, ayant les piés faits de même, deux orteils devant, & deux derriere. Il est de la grosseur de l'alouette ; ses piés sont jaunes ; sa tête, son dos, & ses aîles sont d'un verd gai, mêlangé de jaune & de rouge ; son ventre & sa poitrine sont d'un cendré sale ; mais comme toutes ses couleurs sont très-éclatantes au soleil, on ne peut s'empêcher d'en admirer le lustre & la beauté, selon Marggrave Hist. Bras. (D.J.)


JACANAS. m. (Ornith. exot.) belle espece de colombe du Brésil, qui aime les lieux humides ; ses jambes d'un jaune verd, sont plus élevées que celles de nos pigeons, & ses orteils, principalement ceux de derriere, sont plus longs ; sa couleur du dos, du ventre & des aîles, est nuée de verd & de noir ; son col & sa poitrine jettent toutes les couleurs changeantes de nos plus beaux pigeons ; sa tête est petite, & couverte d'une coeffe colorée comme la turquoise orientale ; son bec a la forme de celui de nos poules, petit, en partie d'un jaune verdâtre, & en partie d'un rouge éclatant. Marggrave, hist. Bras. (D.J.)


JACAPÉS. m. (Hist. nat. Bot.) espece de jonc du Brésil, qui ne porte ni semence ni fleurs. On le met au-dessus de la plaie de la morsure d'un serpent, & il soulage. Pison dit avoir fait usage avec succès de la décoction de sa racine contre le poison. Ray.


JACAPUS. m. (Ornithol. exot.) oiseau du Brésil qu'on doit ranger dans la classe des merles, puisqu'il en a la figure, la grosseur & la noirceur, à l'exception que sa poitrine est d'un très-beau rouge. Ray, Ornith. pag. 143. (D.J.)


JACAPUCAIOS. m. (Botan. exot.) Pison caractérise cet arbre en ces termes, arbor nucifera, Brasiliensis, cortice, fructu ligneo, quatuor nuces continente. C'est un grand arbre du Brésil, qui se plait dans les lieux marécageux du coeur du pays ; son bois est très-compact ; son écorce est grise, dure, inégale, telle que celle d'un vieux chêne ; ses feuilles ressemblent à celles du meurier, dentelées en leurs bords, & en quelque maniere torses & recourbées ; son fruit est gros comme la tête d'un enfant, de figure ovoïde, terminé à sa partie inférieure en cône obtus, attaché & suspendu par un pédicule ligneux. Il est couvert d'une écorce jaune extrêmement dure, & au bout qui regarde la terre, il est fermé en façon de boete par un couvercle qui paroît d'un artifice admirable. Ce couvercle se détache de lui-même lors de la maturité du fruit, & en même tems qu'il tombe, il laisse tomber aussi des noix jaunes, ridées, approchant en figure des mirobolans chébules, & contenant une amande d'un goût très-savoureux, comme celui des pistaches ; on les mange roties, on en donne pour nourriture à plusieurs animaux ; on en tire beaucoup d'huile par expression. La coque des noix est employée à faire des tasses, des gobelets ; le bois de l'arbre résiste à la pourriture, & on le préfere à tout autre pour des axes de moulins à sucre ; son écorce extérieure desséchée & pilée, sert pour calfeutrer des vaisseaux. (D.J.)


JACAPUYAS. m. (Hist. nat. Bot.) grand arbre du Brésil, qui produit un fruit semblable à un gobelet garni d'un couvercle, & qui contient des especes de chataignes qui ont du rapport avec les mirobolans. Dans la maturité le couvercle de ce fruit s'ouvre de lui-même. On lui attribue la propriété singuliere de faire tomber tous les poils du corps à ceux qui en mangent avec excès, inconvénient qu'il n'a point lorsqu'on le fait rotir.


JACARANDAS. m. (Bot. exot.) arbre des Indes, dont Pison a décrit deux especes ; l'une a le bois blanc, & l'autre noir ; tous deux sont marbrés, durs, & employés dans la Marqueterie.

Le blanc est sans odeur ; ses feuilles sont petites, pointues, luisantes en-dessus, blanches en-dessous, opposées directement le long des branches ; chaque rameau pousse divers rejettons, qui portent pendant plusieurs jours des boutons gros comme des noyaux de cerises, olivâtres, & disposés en grappes ; ces boutons en s'ouvrant, se divisent chacun en cinq feuilles inclinées em-bas, & soyeuses au toucher. Il naît entre ces feuilles une fleur monopétale, presque ronde, jaune, d'une odeur suave, s'épanouissant vers le côté, & poussant au milieu plusieurs étamines blanches, terminées par des sommets jaunes, en maniere de vergettes de soie. A ces fleurs succede un fruit grand comme la paume de la main, mais d'une figure que la nature a voulu singuliere ; car il est inégal, bossu, tortueux, inclinant toujours em-bas par son poids, rempli d'une chair verte blanchâtre, dont les habitans des lieux se servent au lieu de savon ; ils l'appellent manipoy.

Le jacaranda noir differe du blanc, en ce que son bois est noir, dur, compact comme celui de campêche, & odorant. (D.J.)


JACARDS. m. (Hist. nat. Zoolog.) l'animal que les Portugais appellent adive, & les Malabares jacard, ressemble au chien en grandeur & en figure, mais il a la queue du renard & le museau du loup. Ces animaux ne sortent guere que la nuit ; ils vont en troupes ; ils ont le cri plaintif ; à les entendre de loin, on diroit que ce sont des enfans qui pleurent. Ils font la guerre aux poules & à toutes sortes de volaille. Il y a entr'eux & les chiens grande antipathie. Ils attaquent quelquefois les enfans ; mais un homme armé d'un bâton peut toujours s'en défendre. On les enfume dans leurs tanieres, qui contiendroient vingt personnes, où l'on trouve rassemblés jusqu'à trente jacards.


JACARINIS. m. (Zool. exot.) sorte de chardonneret du Brésil, pour la figure & la grosseur, mais ayant d'autres couleurs que ceux de l'Europe ; car celui du Brésil est d'un noir brillant comme l'acier poli, & a le dessous des aîles tout blanc. Marggrave, hist. Brasil. (D.J.)


JACATETS. m. (Hist. mod.) sixieme mois de l'année des Ethiopiens & des Coptes. Il répond à notre Février. On l'appelle aussi Jachathtih & Jacatrih, & non Lécatrih, comme on lit dans Kircker.


JACATIBAS. m. (Hist. nat.) arbre du Brésil, qui porte un fruit semblable au limon, dont le jus est très-acide. Ce jus se trouve aussi dans toute l'écorce de l'arbre qui est fort rare, & qui ne se trouve que dans la Capitainerie de Saint-Vincent.


JACATRA(Géog.) ancienne ville d'Asie dans l'isle de la grande Java, détruite par les Hollandois, & dont ils ont fait ensuite, sous le nom de Batavia, une des plus belles places des Indes, & la capitale de tous les pays que possede la compagnie au-delà du Cap de Bonne-Espérance. Voyez BATAVIA. (D.J.)


JACCA(Géog.) ancienne ville d'Espagne, au royaume d'Aragon, avec un évêché suffragant de Sarragosse, & une forteresse ; elle est sur la riviere d'Aragon au pié des Pyrénées, à 8 lieues N. O. d'Huesca, 10 N. E. de Sarragosse. Ptolomée en parle, & elle a conservé son nom sans aucun changement. Long. 17. 16. lat. 42, 22. (D.J.)


JACCALS. m. (Zoolog.) Dellon écrit jacard ; espece de loup jaune, nommé par les Latins lupus aureus, & par les Grecs modernes squilachi. Il est plus petit que le loup, & a la queue du renard ; on les voit presque toujours en troupe jusqu'à des centaines ensemble ; ils habitent dans des tanieres, d'où ils sortent pendant la nuit, & volent tout ce qu'ils attrapent jusqu'à des souliers. C'est un animal d'ailleurs timide, & très-commun en Cilicie ; il a un cri lugubre. C'est selon toute apparence le même que le jacard. Voyez Dellon, voyages, ou mieux encore Belon, Observ. liv. 2. chap. 108. & Ray, Synops. quad. p. 174. (D.J.)


JACCARou JACARET, s. m. (Zoolog. exot.) animal du Brésil peu différent du crocodile des autres parties du monde. Il n'a point de langue, mais seulement une espece de membrane qui l'imite, & qui est mobile ; ses yeux sont gros, ronds, brillans, gris & bleux, avec une prunelle d'un beau noir ; les jambes antérieures sont foibles & très-déliées, les postérieures sont plus longues & plus fortes ; les piés de devant ont chacun cinq orteils, trois au milieu plus longs & armés d'ongles pointus, & les deux autres en sont dénués ; les piés de derriere ont chacun quatre orteils, dont l'un d'eux n'a point d'ongles. Il a, sur une moitié de sa queue, une forte nageoire, à la faveur de laquelle il peut nager comme les poissons. Ray. syn. quadr. p. 262. (D.J.)


JACÉEjacea, s. f. (Hist. nat. Bot.) genre de plante composée de plusieurs fleurons découpés, portés sur un embrion, & soutenus par un calice écailleux qui n'a point d'épine ; l'embrion devient dans la suite une semence qui porte une aigrette. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

Quoiqu'on en compte au-delà de quarante especes, la plus commune mérite seule d'être ici décrite ; les Botanistes la nomment jacea nigra ; jacea vulgaris, jacea nigra pratensis, latifolia.

Sa racine est assez épaisse, ligneuse, vivace, fibreuse, d'une saveur astringente, & qui cause des nausées. Les premieres feuilles, qui sortent de la racine, ont quelque chose de commun avec celles de la chicorée, car elles sont longues, un peu découpées, d'un verd foncé, garnies d'un duvet court. Sa tige est quelquefois unique, quelquefois il y en a plusieurs qui sortent d'une même racine ; elle est haute d'une coudée ou d'une coudée & demie, velue, cylindrique, cannelée, ferme, roide, difficile à rompre, & remplie de moëlle. Les feuilles, placées sur la tige, sont nombreuses, sans ordre, semblables à celles qui sont vers la racine, mais plus étroites, & dentelées à leur base. Des aisselles de ces feuilles s'élevent de petits rameaux garnis de folioles semblables, plus petites, portant à leur cime une, deux, ou trois fleurs composées de plusieurs fleurons en tuyau, découpées profondement vers leur sommet en cinq parties ; ces fleurons sont purpurins, fort serrés, appuyés sur un embrion, & renfermés dans un calice ; ce calice est composé d'écailles noirâtres, disposées en maniere de tuile, & garnies de poils à leurs bords. Quand les fleurs sont seches, les embryons se changent en des semences oblongues, petites, d'un noir-gris dans la maturité, chargées d'une aigrette, & nichées dans un duvet court & épais.

Cette plante est commune dans les pâturages. Elle contient beaucoup de sel alkali, fixe ou volatil, joint à une huile bitumineuse ; ses feuilles & ses fleurs sont rarement d'usage, excepté pour déterger & résoudre les ulceres. (D.J.)


JACHALvoyez JACCAL.


JACHERES. f. (Agricult.) c'est une terre labourable, sur laquelle on ne seme rien pendant une année, & que cependant on cultive pour la disposer à produire du blé.

Les spéculateurs en agriculture ont beaucoup raisonné pour & contre ce repos périodique, qui de trois années paroît en faire perdre une. L'usage constant de cette méthode dans beaucoup de pays est une présomption qu'elle est appuyée sur des raisons très-fortes ; & le succès d'une culture différente dans d'autres lieux est une preuve que cette année de repos n'est pas par-tout d'une indispensable nécessité.

Il paroît difficile de se passer de l'année de jachere dans toutes les terres que la nature n'a pas douées d'une fertilité extraordinaire, ou dont on ne peut pas compenser la médiocrité par des engrais fort abondans. En général les terres qu'on fait rapporter sans interruption s'épuisent, à moins qu'on ne répare continuellement ce que la fécondité prend sur elles. L'année de repos est pour la plûpart une condition essentielle à la recolte du blé.

Pendant cette année la culture a deux objets ; d'ameublir la terre, & de détruire l'herbe. Ces deux objets sont remplis par les labours, lorsqu'ils sont distribués & faits avec intelligence. On donne aux terres trois ou quatre labours pendant l'année de jachere, mais il vaut toujours mieux en donner quatre, excepté dans les glaises, parce que la difficulté de saisir le moment favorable pour les labourer, est beaucoup plus grande.

On dit lever la jachere, lorsqu'on donne le premier labour. Il doit être peu profond, & fait, autant qu'il est possible, pendant les mois de Novembre & de Décembre. Les gelées qui surviennent ameublissent & façonnent la terre, lorsqu'elle est retournée. Ce labour d'hiver a beaucoup plus d'influence qu'on ne croit sur les recoltes.

Vers la fin d'Avril, lorsque les semailles de Mars sont finies, on donne le second labour aux jacheres, & les autres successivement, à mesure que l'herbe vient à croître. Voyez LABOUR. Dans les intervalles de chacun de ces labours, les troupeaux paissent sur les jacheres qui leur sont très-utiles depuis le printems jusqu'au moment où la recolte des foins leur laisse les prés libres.

La terre exposée ainsi pendant un an, dans presque toutes ses parties, aux influences de l'air, acquiert une disposition à la fécondité qui est nécessaire pour assurer une récolte abondante de blé. Mais si l'on veut rendre & le repos & les labours aussi utiles qu'ils peuvent l'être, il faut que ces labours soient toujours faits par un tems sec, & suivis, quelques jours après, d'un hersage. Sans ces deux conditions la terre n'est point suffisamment ameublie, & les herbes ne sont pas assez détruites. Dans les années pluvieuses, souvent quatre labours ne suffisent pas ; il faut les multiplier autant que les herbes qui renaissent en établissent la nécessité.

A ces préparations on joint l'engrais. C'est pendant l'année de jachere qu'on porte le fumier sur les terres. Lorsque la cour en est suffisamment fournie, on fait bien de répandre ce fumier immédiatement avant le second labour. Il se desseche moins alors, que lorsqu'il est répandu pendant les grandes chaleurs de l'été, & il est mieux mêlé avec la terre par les labours qui suivent le second.

Si une terre est dans un état habituel de bonne culture, & qu'elle ait été long-tems engraissée, on peut, sans crainte, ne pas la laisser entierement oisive pendant l'année de jachere. Alors on retourne le chaume de Mars au mois de Novembre, & on herse bien ce labour. Au mois de Mars suivant on fume bien la terre, on la laboure de nouveau, & on y seme de bonne heure des pois ou de la vesce. Dès qu'ils sont recueillis, on laboure encore pour semer le blé dont on peut se promettre une bonne recolte. Mais il est sage de ne pas toujours demander à la terre cette fécondité continue. On doit conseiller aux cultivateurs de ne traiter ainsi chaque année que la moitié de leurs jacheres, afin que leurs terres se réparent tous les six ans par un plein repos. Il y a cependant des méthodes qu'on peut tenter peut-être avec de grands succès, quoique le repos n'y entre pour rien. Telle est celle qui a été pratiquée par Patulho. Voyez l'Essai sur l'amélioration des terres.


    
    
JACHERERv. act. (Agricult.) c'est donner à un champ le premier labour.


JACI D'AQUILA(Géog.) petite ville maritime de Sicile sur la côte orientale, entre le golphe de sainteThecle & Ponta Sicca, à mi-chemin de Catane à Tavormina. Long. 33. 2. lat. 37. 42. (D.J.)


JACINTEhyacinthus, s. f. (Bot.) genre de plante à fleur liliacée, monopetale & découpée en six parties ; elle a, en quelque façon, la forme d'une cloche, & par le bas celle d'un tuyau. Le pistil sort du fond de la fleur & devient dans la suite un fruit arrondi qui a trois côtes, qui est divisé en trois loges, & qui renferme des semences quelquefois arrondies, quelquefois plates. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.


JACINTHEvoyez HYACINTHE.


JACKS. m. (Hist. nat. Bot.) espece de fruit particulier à l'isle de Ceylan, & à qui les habitans donnent différens noms suivant ses différens degrés de maturité ; on le nomme polos lorsqu'il commence à pousser, cose lorsqu'il est encore verd, & ouaracha ou vellas lorsqu'il est parfaitement mûr. Ce fruit croît sur un grand arbre ; sa couleur est verdâtre ; il est hérissé de pointes & d'une grosseur prodigieuse ; il est rempli de graines comme la citrouille ; ce fruit est d'une grande ressource pour le peuple ; on le mange comme on fait les choux, & il en a le goût ; un seul jack suffit pour rassassier sept à huit personnes ; ses graines ou pepins ont la couleur & le goût des châtaignes ; on les fait cuire à l'eau ou sous les cendres.


JACKAASHAPUCKS. m. (Hist. nat. Botan.) c'est le nom que les sauvages de l'Amérique septentrionale donnent à une plante qui est connue par les Botanistes sous le nom de bousserole, vitis idaea, uva ursi, myrtillus ruber minor humi serpens. Il y a quelques années que cette plante étoit en vogue en Angleterre ; on la faisoit venir d'Amérique, & on en mêloit les feuilles sechées avec le tabac à fumer. Ces feuilles donnoient une odeur agréable à la fumée, & comme elles sont fort astringentes, elles empêchoient la trop grande abondance de salive que la fumée du tabac excite ordinairement. On n'a pas besoin de faire venir cette plante d'Amérique ; elle se trouve en très-grande quantité sur nos montagnes, & sur-tout sur les Pyrénées ; on en trouve aussi sur les Alpes & en Suéde. Voyez les Mémoires de l'Académie de Suéde, année 1743. On attribue à cette plante des vertus beaucoup plus intéressantes, & sur-tout celle d'être un puissant litontriptique, & de diviser la pierre très-promtement de la vessie. (-)


JACOBÉEjacoboea, s. f. (Bot.) genre de plante à fleur radiée, dont le disque est composé de fleurons, & la couronne de demi-fleurons ; les fleurons & les demi-fleurons sont portés chacun sur un embryon, & tous soutenus par un calice presque cylindrique, & fendu en plusieurs pieces. Les embryons deviennent dans la suite des semences garnies d'une aigrette & attachées à la couche. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

On vient de lire les caracteres de ce genre de plante, dont on compte une vingtaine d'especes, toutes inutiles en Medecine ; ainsi nous ne décrirons que la plus commune, nommée par les Botanistes jacobaea ou jacobaea vulgaris.

Sa racine est attachée fortement en terre, & on a peine à l'en tirer, à cause du grand nombre de fibres blanchâtres qu'elle jette de toutes parts. Ses tiges sont souvent nombreuses ; quelquefois il n'y en a qu'une, cylindrique, cannelée ; quelquefois elles sont lisses, d'autres fois un peu cotonneuses, purpurines, solides, garnies de beaucoup de feuilles, placées alternativement & sans ordre, hautes d'une coudée & demie & plus, partagées à leur partie supérieure en quelques rameaux ; ses feuilles sont oblongues, divisées profondément, d'abord en quelques paires de découpures, qui vont presque jusqu'à la côte ; ensuite par d'autres découpures secondaires, lisses, d'un verd foncé, sur-tout en-dessus.

Ses fleurs naissent à la cime des tiges & des rameaux ; elles sont disposées en forme de parasols d'une grandeur médiocre, radiées de couleur jaune ; leur disque est composé de plusieurs fleurons en tuyaux, divisés en cinq segmens à leur sommet, & la couronne est de demi-fleurons pointus, portés sur des embryons, & renfermés dans un calice tubulaire, qui est partagé en plusieurs pieces. Les embryons se changent après que la fleur est séchée, en des semences très-menues, oblongues, garnies d'aigrettes rougeâtres quand elles sont mûres.

Cette plante vient par-tout dans les champs, fleurit en été, & est quelquefois d'usage pour sécher, déterger, & consolider les ulceres ; ses feuilles ameres, astringentes, & très-desagréables au goût, changent légérement la teinture de tournesol. Il paroît qu'elles contiennent un sel essentiel uni à beaucoup d'huile & de terre.

Comme les tiges de la jacobée qu'on cultive dans les jardins s'élevent à quatre, cinq, ou six piés, on lui donne des appuis pour l'empêcher de se rompre ; elle soutient le froid des plus grands hivers, & se multiplie de bouture. (D.J.)


JACOBINSS. m. (Hist. ecclés.) est le nom qu'on donne en France aux religieux & aux religieuses qui suivent la regle de S. Dominique, à cause de leur principal couvent qui est près de la porte S. Jacques, à Paris ; c'étoit auparavant un hôpital de pélerins de S. Jacques, quand ils s'y vinrent établir en 1218. Voyez DOMINICAIN.

D'autres prétendent qu'ils s'appellerent Jacobins, dès qu'ils vinrent s'établir en Italie, parce qu'ils prétendoient imiter la vie des apôtres.

On les appelle aussi les freres prêcheurs ; ils font un des corps des quatre mendians. Voyez PRECHEUR & MENDIANT. Dictionnaire de Trévoux.


JACOBITES. m. (Hist. d'Angl.) c'est ainsi qu'on nomma dans la grande Bretagne, les partisans de Jacques II. qui soutenoient le dogme de l'obéissance passive, ou pour mieux m'exprimer en d'autres termes, de l'obéissance sans bornes. Mais la plûpart des membres du parlement & de l'église anglicane, penserent avec raison, que tous les Anglois étoient tenus de s'opposer au roi, dès qu'il voudroit changer la constitution du gouvernement ; ceux donc qui persisterent dans le sentiment opposé, formerent avec les Catholiques, le parti des Jacobites.

Depuis, on a encore appellé Jacobites, ceux qui croyent que la succession du trone d'Angleterre ne devoit pas être dévolue à la maison d'Hanovre ; ce qui est une erreur née de l'ignorance de la constitution du royaume.

On peut faire actuellement aux Jacobites, soit qu'ils prêtent serment, ou n'en prêtent point, une objection particuliere, qu'on ne pouvoit pas faire à ceux qui étoient ennemis du roi régnant, dans le tems des factions d'Yorck & de Lancastre. Par exemple, un homme pouvoit être contre le prince, sans être contre la constitution de son pays. Elle transportoit alors la couronne par droit héréditaire dans la même famille ; & celui qui suivoit le parti d'Yorck, ou celui qui tenoit le parti de Lancastre, pouvoit prétendre, & je ne doute pas qu'il ne prétendît, que le droit ne fût de son côté. Aujourd'hui les descendans du duc d'Yorck sont exclus de leurs prétentions à la couronne par les lois, de l'aveu même de ceux qui reconnoissent la légitimité de leur naissance. Partant, chaque Jacobite actuellement est rebelle à la constitution sous laquelle il est né, aussi-bien qu'au prince qui est sur le trone. La loi de son pays a établi le droit de succession d'une nouvelle famille ; il s'oppose à cette loi, & soutient sur sa propre autorité, un droit contradictoire, un droit que la constitution du royaume a cru devoir nécessairement éteindre. (D.J.)


JACOBSTADT(Géog.) petite ville maritime du royaume de Suede, en Finlande, dans la province de Cajanie, sur la côte orientale du golfe de Bothnie.


JACOUTINSS. m. (Hist. nat.) espece de faisans du Brésil, dont le plumage est noir & gris ; ils different pour la grosseur : suivant les voyageurs, leur chair est si délicate, qu'elle surpasse pour le goût celles de tous nos oiseaux d'Europe.


JACou JACQUE, s. m. (Marine) on nomme ainsi le pavillon de Beaupré d'Angleterre ; il est bleu, chargé d'un sautoir d'argent & d'une croix de gueule bordée d'argent. Voyez Planche XIX. suite des pavillons, celui de Jacque. (Q)


JACQUERI(LA) s. f. Hist. de France, sobriquet qu'on s'avisa de donner à une révolte de paysans, qui maltraités, rançonnés, desolés par la noblesse, se souleverent à la fin en 1356, dans le tems que le roi Jean étoit en Angleterre. Le soulevement commença dans le Beauvoisis, & eut pour chef un nommé Caillet. On appella cette révolte la jacquerie, parce que les gentilshommes non contens de vexer ces malheureux laboureurs, se mocquoient encore d'eux, disant qu'il falloit que Jacque-bonhomme fît les frais de leurs dépenses. Les paysans réduits à l'extrémité, s'armerent ; la noblesse de Picardie, d'Artois, & de Brie, éprouva les effets de leur vengeance, de leur fureur, & de leur desespoir. Cependant au bout de quelques semaines, ils furent détruits en partie par le dauphin, & en partie par Charles-le-Mauvais, roi de Navarre, qui prit Caillet, auquel on trancha la tête ; & tout le reste se dissipa. Mais s'ils eussent été victorieux ? (D.J.)


JACQUESJACQUES

Sa fin fut d'empêcher les courses des Maures qui troubloient les pélerins de St. Jacques de Compostelle. Treize chevaliers s'obligerent par voeu à assurer les chemins.

Ils proposerent aux chanoines de St. Eloi, qui avoient un hôpital sur la voie françoise, de s'unir à leur congrégation. L'union se fit en 1170, & l'ordre fut confirmé en 1175.

La premiere dignité de l'ordre est celle de grand-maître, qui a été réunie à la couronne d'Espagne. Les chevaliers font preuve de quatre races de chaque côté. Il faut encore faire preuve que les ancêtres n'ont été ni Juifs, ni Sarrasins, ni hérétiques, ni repris en aucune maniere par l'inquisition.

Les novices sont obligés de faire le service de la Marine pendant six mois sur les galeres, & de demeurer un mois dans un monastere. Autrefois ils étoient véritablement religieux, & faisoient voeu de chasteté ; mais Alexandre III. leur permit de se marier. Ils ne font plus que les voeux de pauvreté, d'obéissance, & de chasteté conjugale, auxquels ils ajoutent celui de défendre l'immaculée conception de la Vierge, depuis l'an 1652. Leur habit de cérémonie est un manteau blanc avec une croix rouge sur la poitrine. Cet ordre est le plus considérable de tous ceux qui sont en Espagne. Le roi conserve avec soin le titre de grand-maître de S. Jacques, comme un des plus beaux droits de sa couronne, à cause des revenus, & des riches commanderies, dont il lui donne la disposition. Le nombre des chevaliers est beaucoup plus grand aujourd'hui qu'il ne l'étoit autrefois ; les grands aimant mieux y être reçûs que dans celui de la Toison d'or, parce qu'ils esperent parvenir par-là aux commanderies, & que cette dignité leur donne dans tout le royaume d'Espagne, mais particulierement en Catalogne, des priviléges considérables.

Les anciennes armes de cet ordre étoient d'or à une épée de gueules, chargée en abîme d'une coquille de même, & pour devise, rubet ensis sanguine Arabum. Aujourd'hui c'est une croix en forme d'épée, le pommeau fait en coeur, & les bouts de la garde en fleurs-de-lis. On croit que ces fleurs-de-lis qui se rencontrent dans les armes des ordres militaires d'Espagne, sont un monument de reconnoissance des secours que les François donnerent souvent aux Espagnols contre les Maures.

* JACQUES (S.) hôpital S. Jacques, Hist. mod. il a été fondé par les bourgeois de Paris vers la fin du douzieme siecle, mais n'a commencé à former un corps politique qu'en 1315, en vertu de lettres-patentes de Louis X. En 1221, le pape Jean XXII. reconnoissant le droit de patronage & d'administration laïque que les fondateurs de cette maison s'étoient réservé à eux & à leurs successeurs, voulut par une bulle donnée en faveur de cet établissement qu'on construiroit une chapelle dans cet hôpital, & que cette chapelle seroit desservie par quatre chapelains ; que l'un d'eux sous le nom de trésorier, ordonneroit de toutes les choses ecclésiastiques & autres qui concerneroient l'office divin seulement ; qu'il auroit charge d'ame des chapelains, des hôtes & des malades de l'hôpital, & qu'il leur administreroit les sacremens ; que ce trésorier rendroit compte tous les ans aux administrateurs ; que ceux-ci présenteroient au trésorier des personnes capables de remplir les chapellenies, & que la trésorerie venant à vaquer, un des chapelains seroit présenté par les administrateurs à l'évêque de Paris, pour être revêtu de l'office de trésorier. Une bulle de Clément VI. confirme celle de Jean XXII ; le nombre des chapelains n'étoit dans les commencemens que de quatre. Il a été augmenté dans la suite ; mais quatre seulement des nouveaux ont été égalés aux anciens. Le but de l'institution étoit l'hospitalité envers les pélerins de S. Jacques ; mais elle y a toûjours été exercée envers les malades de l'un & de l'autre sexe. En 1676, on tenta de réunir cette maison à l'ordre hospitalier de S. Lazare ; mais en 1698, le roi anéantit l'union faite : depuis, l'administration & l'état de l'hôpital S. Jacques ont été un sujet de contestations qui ne sont pas encore terminées. Un citoyen honnête avoit proposé de ramener cet établissement à sa premiere institution ; mais il ne paroît pas qu'on ait goûté son projet. Voyez parmi les différens mémoires qu'il a publiés sous le titre de vûes d'un citoyen, celui qui concerne l'hôpital dont il s'agit.

JACQUES, (pierre de S.) gemma divi Jacobi, nom que quelques naturalistes ont donné à une espece de quartz ou d'agate opaque, d'une couleur laiteuse. Voyez la Minéralogie de Wallerius.

JACQUES, (S.) Géog. Voyez SANT IAGO.


JACTANCES. f. (Morale) c'est le langage de la vanité qui dit d'elle le bien qu'elle pense. Ce mot a vieilli, & n'entre plus dans le style noble, parce qu'il est moins du bon ton de se louer soi-même que de dire du mal des autres. La jactance est quelquefois utile au mérite médiocre, elle seroit funeste au mérite supérieur ; je ne hais point trop la jactance, son but est de s'élever & non de s'abaisser.


JACTATIONS. f. (Méd.) c'est un symptome de maladie ; il consiste en ce que les malades étant extrêmement inquiets, ne peuvent rester au lit dans une même attitude, & en changent continuellement, parce que, comme on dit communément, ils ne trouvent point de bonne place : ils se jettent d'un côté du lit à l'autre ; ils se tournent souvent ; ils s'agitent, s'étendent, se courbent ; ils promenent leurs membres çà & là, & ne discontinuent point ces différens mouvemens du corps entier ou de ses parties, ayant la physionomie triste, & poussant souvent des soupirs, des gémissemens.

Cet état accompagne souvent les embarras douloureux d'estomac, les nausées fatigantes, la disposition au vomissement prochain, les douleurs vives, comme convulsives, qui viennent par tranchées, par redoublemens, comme dans certaines coliques, dans le travail de l'enfantement & dans les cas où les humeurs morbifiques d'un caractere délétere, portent des impressions irritantes dans le genre nerveux ; quoiqu'il y ait d'ailleurs beaucoup de foiblesse.

La jactation est toûjours un mauvais signe dans les maladies, sur-tout lorsqu'elle survient à l'abattement des forces constant & considérable ; lorsque le vice morbifique a son siége dans quelques parties nobles, lorsqu'elle est accompagnée de sueurs de mauvaise qualité, de froid aux extrémités ; mais elle est de moindre conséquence, lorsqu'elle arrive dans les tems de crise ; qu'elle ne se trouve avec aucun autre mauvais symptome, & qu'elle n'est point suivie de défaillance, de délire ou de phrénésie.

La jactation est à-peu-près la même chose que l'anxiété, l'inquiétude : on peut consulter sur ce qui y a rapport, les traités de Séméiotique dans la partie qui roule sur les prognostics : mais on trouve le précis très-bien circonstancié de tout ce qu'ont observé les anciens sur le sujet dont il s'agit, dans l'excellent ouvrage de Prosper Alpin, de praesagiendâ vitâ & morte aegrotantium, lib. III. cap. iv. &c. dans celui de Duret, in coacas praenotiones Hippocratis passim, &c.


JACUA-ACANGAS. m. (Botan. exot.) espece d'héliotrope du Brésil décrite par Pison, & que les Portugais appellent fédagoso ; sa tige rameuse & velue croît à la hauteur de deux à trois piés ; ses feuilles sont grandes comme la main, de la figure de celles de l'herbe aux chats, rudes, plus piquantes que celles de l'ortie, & repliées. Il s'éleve d'entre elle, une sorte d'épic long d'un pié, garni de grains verds comme au plantain, excepté que ces épics sont courbés en queue de scorpion, finissant par de petites fleurs bleues & jaunes, faites en forme de calice ; sa racine est longue d'un pié, presque droite, ligneuse, jettant peu ou point de filamens, brune en-dehors, blanche en-dedans, & d'un goût insipide. (D.J.)


JACULATOIRou ÉJACULATOIRE, adject. (Théolog.) par cette épithete, on désigne des prieres courtes & ferventes adressées à Dieu du fond de l'ame ; les pseaumes de David en sont remplis.


JACUPÉMAS. m. (Ornith. exot.) espece de faisan du Brésil de la grosseur de nos poules ; sa large queue est d'un pié de longueur ; ses jambes sont hautes, couvertes de plumes noirâtres ; il peut élever les plumes de sa tête en maniere de crête, qui est bordée de blanc ; sa gorge a un appendice assez semblable aux barbes du coq ; son ventre est legerement tacheté de blanc ; ses piés sont d'un beau rouge ; on apprivoise aisément cet oiseau ; il tire son nom de son cri qui est jacu, jacu, jacu. Marggrave, Hist. Brasil. (D.J.)


JACUTS. m. (Hist. nat.) on croit que les Médecins arabes désignent sous ce nom le rubis ; ils croyoient que c'étoit à l'or que cette pierre précieuse étoit redevable de sa couleur, & en conséquence la regardoient comme un excellent cordial. D'autres pensent que les arabes désignoient par ce mot général le rubis, le saphir, & l'hyacinthe ; ce qui paroît certain, c'est que rien n'est plus mal fondé que les vertus médicinales que l'on attribue à ces sortes de pierres.


JACUT-AGAS. m. (Hist. mod.) nom d'un officier à la cour du grand-seigneur. C'est le premier des deux eunuques qui ont soin du trésor ; ils sont l'un & l'autre au-dessus de l'esneder-bassi. Le jacut-aga a le tiers du deuxieme denier que l'esneder-bassi prend sur-tout ce qui se tire du trésor. Dict. de Trév. & Vegece.


JADDESESS. m. pl. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme dans l'isle de Ceylan des prêtres d'un ordre inférieur & obscur, qui sont chargés de desservir les chapelles ou les oratoires des génies qui forment un troisieme ordre de dieux parmi ces idolâtres. Chaque habitant a droit de faire les fonctions des jaddeses, sur-tout lorsqu'il a fait bâtir à ses dépens une chapelle, dont il devient le prêtre ; cependant le peuple a recours à eux dans les maladies & les autres calamités, & l'on croit qu'ils ont beaucoup de credit sur l'esprit des démons, qui passent chez eux pour avoir un pouvoir absolu sur les hommes, & à qui les jaddeses offrent un coq en sacrifice dans la vûe de les appaiser. Les jaddeses sont inférieurs aux gonnis & aux koppus. Voyez KOPPUS.


JADES. m. (Hist. nat. Lithologie) c'est une pierre, ou d'un verd pâle, ou olivâtre, ou grisâtre ; elle est d'une dureté extrême, au point qu'on ne peut la travailler qu'avec la poudre de diamant ; elle ne prend jamais un beau poli, mais sa surface paroît toûjours comme humide ou grasse ; elle donne des étincelles lorsqu'on la frappe avec de l'acier ; quand elle est brisée, son tissu intérieur est parfaitement semblable à celui du quartz ou du caillou ; elle n'a que très-peu de transparence, à-peu-près comme un morceau de cire blanche ; sa couleur, quoique toûjours verte, varie pour les nuances ; on en trouve d'un verd jaunâtre très-clair, & d'un verd foncé & terne comme celui de l'olive.

On a donné au jade les noms de pierre divine, à cause des propriétés merveilleuses que les Indiens lui ont attribuées ; ils croyoient que cette pierre appliquée sur les reins étoit très-propre à en soulager les douleurs, & faisoit passer le sable & la pierre par les urines ; ils la regardoient aussi comme un remede souverain contre l'épilepsie, & étoient persuadés que de la porter en amulete c'étoit un préservatif contre les morsures des bêtes venimeuses. On a un traité imprimé sous le nom de pierre divine, l'on y trouvera les détails des propriétés prétendues qu'on lui a attribuées. Il y a peu de tems que cette pierre étoit fort en vogue à Paris, ses grandes vertus la faisoient rechercher avec empressement par les dames, & elles en payoient très-cherement les plus petits morceaux ; mais il paroît que cet enthousiasme populaire est actuellement passé, & que le jade ou la pierre divine a perdu la réputation qu'on lui avoit si légerement accordée.

On a donné aussi au jade le nom de pierre néphrétique, mais il ne faut point le confondre avec d'autres pierres, à qui quelques auteurs ont aussi donné ce nom. Voyez PIERRE NEPHRETIQUE.

Les Turcs & les Polonois font avec le jade des manches de sabres & de coutelas, ainsi que d'autres ornemens.

Quelques auteurs donnent au jade le nom de pierre des Amazones, parce qu'on assure qu'il se trouve sur les bords de la riviere des Amazones, dans l'Amérique méridionale ; quelques naturalistes ont prétendu que les pierres qu'on y trouve ne sont point la même chose que le vrai jade qui vient des Indes orientales, & qui se rencontre dans l'île de Sumatra ; mais M. de la Condamine assure que la pierre des Amazones ne differe en rien du jade oriental : elle se trouve chez les Topayos, nation indienne établie sur les bords de la riviere des Amazones, plus aisément que par-tout ailleurs.

Les morceaux de jade qu'on trouve en Amérique sont très-artistement travaillés, & paroissent l'avoir été par les anciens Américains ; on en rencontre des morceaux qui sont cylindriques, & percés depuis un bout jusqu'à l'autre ; cela paroît d'autant plus surprenant, que la pierre est extrêmement dure, & que ces peuples ignoroient l'usage du touret & du fer ; cela a donné lieu de croire que cette pierre n'étoit que le limon de la riviere des Amazones, à qui on avoit donné différentes formes en le paîtrissant quand il étoit mou, & qu'il s'étoit ensuite durci à l'air, fable que l'expérience a suffisamment réfutée. Voyez le voyage de la riviere des Amazones, par M. de la Condamine, p. 140. & suiv. édit. in-8 °.

On trouve aussi des morceaux de jade creusés, & taillés en vases & en figures différentes ; d'autres sont en plaques, sur lesquelles on a gravé des figures d'animaux pour en faire des talismans, &c.

Quelques naturalistes regardent le jade comme une espece de jaspe ; mais il semble en différer par sa dureté, qui est beaucoup plus considérable que celle du jaspe ; outre cela, il a plus de transparence que le jaspe, il ne prend point le poli comme lui, puisque, comme nous l'avons déja remarqué, le jade a toûjours un air gras à sa surface. (-)

JADE, (Mat. med.) Voyez PIERRE NEPHRETIQUE.


JADÉRA(Géog. anc.) ancienne ville & colonie de la Liburnie, selon Pline & Ptolomée ; elle est appellée sur une médaille de Claudius, Col. Claudia, Augusta, Felix, Jadera ; & une médaille de Domitien porte, Col. Augusta, Jadera ; c'est aujourd'hui Zara Vecchia. (D.J.)


JADIS(adv. de tems.) Jadis est synonyme à autrefois, ils se disent l'un & l'autre d'un tems très-éloigné dans le passé ; mais autrefois est d'usage dans la prose & dans la poésie, au lieu que jadis semble réservé à la poésie : on s'en sert aussi dans le style plaisant ; on dit quelquefois une femme de jadis ; on n'aime plus comme on aimoit jadis.


JAEN(Géog.) ville d'Espagne, capitale d'un canton appellé Royaume, dans l'Andalousie, avec un évêché suffragant de Tolede, riche de 20 mille ducats de revenu fixe. Ferdinand III. roi de Castille prit Jaen sur les Maures en 1243 ; elle est dans un terrein abondant en fruits exquis, & très-riche en soie, au pié d'une montagne, à 16 lieues N. de Grenade, 6 S. O. de Baeza, 46 N. E. de Seville, 72 S. E. de Madrid. Long. 14. 55. lat. 37. 38. (D.J.)


JAFA(Géog.) autrefois dite par les étrangers Joppé, ancienne ville d'Asie dans la Palestine, & fameuse dans l'Ecriture-sainte, à 8 lieues de Jérusalem, avec un mauvais port. Saladin la ruina ; quelques années après, S. Louis tâcha de la rétablir, & y donna des exemples de sa charité ; elle est aujourd'hui si misérable, qu'on y comptoit à peine 300 pauvres habitans, au rapport de Paul Lucas, qui la vit en 1707. Le plus beau bâtiment consiste en deux vieilles tours quarrées, où demeure un aga du grand-seigneur, qui y reçoit quelque tribut des pélerins du lieu. Long. 52. 55. lat. 32. 20. (D.J.)


JAFANAPATAN(Géog.) ville forte des Indes orientales, capitale d'un royaume ou d'une presqu'île de même nom, dans l'île de Ceylan. Les Hollandois la prirent sur les Portugais le 21 Juin 1658, & depuis ce tems-là elle leur est demeurée. Long. 98. lat. 9. 30. (D.J.)


JAFISMKES. m. (Commerce) c'est ainsi que les Russes appellent les écus blancs d'Allemagne, de la figure de S. Joachim empreinte sur cette monnoie, qui fut battue en 1519 à Joachimstal, en Bohème. Les jafismkes passent en Russie sur le pié des écus de France.


JAGARAS. m. (Hist. nat.) nom que les Indiens donnent à une espece de sucre que les Indiens tirent d'une liqueur, qu'on obtient en coupant la pointe des bourgeons du tenga ou cocotier ; ce sucre est fort blanc, mais il n'a point la délicatesse de celui qu'on tire des cannes.


JAGASGIAGAS ou GIAGUES, s. m. (Hist. mod. & Géog.) peuple féroce, guerrier, & antropophage, qui habite la partie intérieure de l'Afrique méridionale, & qui s'est rendu redoutable à tous ses voisins par ses excursions & par la désolation qu'il a souvent portée dans les royaumes de Congo, d'Angola, c'est-à-dire sur les côtes occidentales & orientales de l'Afrique.

Si l'on en croit le témoignage unanime de plusieurs voyageurs & missionnaires qui ont fréquenté les Jagas, nulle nation n'a porté si loin la cruauté & la superstition : en effet, ils nous présentent le phénomene étrange de l'inhumanité la plus atroce, autorisée & même ordonnée par la religion & par la législation. Ces peuples sont noirs comme tous les habitans de cette partie de l'Afrique ; ils n'ont point de demeure fixe, mais ils forment des camps volans, appellès kilombos, à-peu-près comme les Arabes du désert ou Bédouins ; ils ne cultivent point la terre, la guerre est leur unique occupation ; nonseulement ils brûlent & détruisent tous les pays par où ils passent, mais encore ils attaquent leurs voisins, pour faire sur eux des prisonniers dont ils mangent la chair, & dont ils boivent le sang ; nourriture que leurs préjugés & leur éducation leur fait préférer à toutes les autres. Ces guerriers impitoyables ont eu plusieurs chefs fameux dans les annales africaines, sous la conduite desquels ils ont porté au loin le ravage & la desolation : ils conservent la mémoire de quelques héroïnes qui les ont gouvernés, & sous les ordres de qui ils ont marché à la victoire. La plus célebre de ces furies s'appelloit Ten-ban-dumba ; après avoir mérité par le meurtre de sa mere, par sa valeur & par ses talens militaires de commander aux Jagas, elle leur donna les lois les plus propres qu'elle put imaginer pour étouffer tous les sentimens de la nature & de l'humanité, & pour exciter une valeur féroce, & des inclinations cruelles qui font frémir la raison ; ces lois, qui s'appellent Quixillos, méritent d'être rapportées comme des chefs-d'oeuvre de la barbarie, de la dépravation, & du délire des hommes. Persuadée que la superstition seule étoit capable de faire taire la nature, Ten-ban-dumba l'appella à son secours ; elle parvint à en imposer à ses soldats par un crime si abominable, que leur raison fut reduite au silence ; elle leur fit une harangue, dans laquelle elle leur dit qu'elle vouloit les initier dans les mysteres des Jagas, leurs ancêtres, dont elle alloit leur apprendre les rites & les cérémonies, promettant par-là de les rendre riches, puissans, & invincibles. Après les avoir préparés par ce discours, elle voulut leur donner l'exemple de la barbarie la plus horrible ; elle fit apporter son fils unique, encore enfant, qu'elle mit dans un mortier, où elle le pila tout vif, de ses propres mains ; aux yeux de son armée ; après l'avoir réduit en une espece de bouillie, elle y joignit des herbes & des racines, & en fit un onguent, dont elle se fit frotter tout le corps en présence de ses soldats ; ceux-ci, sans balancer, suivirent son exemple, & massacrerent leurs enfans pour les employer aux mêmes usages. Cette pratique abominable devint pour les Jagas une loi qu'il ne fut plus permis d'enfreindre ; à chaque expédition, ils eurent recours à cet onguent détestable. Pour remédier à la destruction des mâles, causée par ces pratiques exécrables, les armées des Jagas étoient recrutées par les enfans captifs qu'on enlevoit à la guerre, & qui devenus grands & élevés dans le carnage & l'horreur, ne connoissoient d'autre patrie que leur camp, & d'autres lois que celles de leur férocité. La vue politique de cette odieuse reine, étoit, sans-doute, de rendre ses guerriers plus terribles, en détruisant en eux les liens de la nature & du sang. Une autre loi ordonnoit de préférer la chair humaine à toute autre nourriture, mais défendoit celle des femmes ; cependant on remarque que cette défense ne fit qu'exciter l'appétit exécrable des Jagas les plus distingués, pour une chair qu'ils trouvoient plus délicate que celle des hommes ; quelques-uns de ces chefs faisoient, dit-on, tuer tous les jours une femme pour leur table. Quant aux autres, on assure qu'en conséquence de leurs lois, ils mangent de la chair humaine qui se vend publiquement dans leurs boucheries. Une autre loi ordonnoit de réserver les femmes stériles, pour être tuées aux obseques des grands ; on permettoit à leurs maris de les tuer pour les manger. Après avoir ainsi rompu tous les liens les plus sacrés de la nature parmi les Jagas, leur législatrice voulut encore éteindre en eux toute pudeur ; pour cet effet elle fit une loi, qui ordonnoit aux officiers qui partoient pour une expédition, de remplir le devoir conjugal avec leurs femmes en présence de l'armée. A l'égard des lois relatives à la religion, elles consistoient à ordonner de porter dans des boëtes ou châsses les os de ses parens, & de leur offrir de tems en tems des victimes humaines, & de les arroser de leur sang, lorsqu'on vouloit les consulter. De plus, on sacrifioit des hécatombes entieres de victimes humaines aux funérailles des chefs & des rois ; on enterroit tout vifs plusieurs de ses esclaves & officiers pour lui tenir compagnie dans l'autre monde, & l'on ensevelissoit avec lui deux de ses femmes, à qui on cassoit préalablement les bras. Le reste des cérémonies religieuses étoit abandonné à la discrétion des singhillos, ou prêtres de cette nation abominable, qui multiplient les rites & les cérémonies d'un culte exécrable, dont eux seuls savent tirer parti. Quelques Jagas ont, dit-on, embrassé le christianisme, mais on a eu beaucoup de peine à les déshabituer de leurs rites infernaux, & sur-tout de leur goût pour la chair humaine. Voyez the modern. part. of an universal history, vol. XVI.


JAGERNDORFF(Géog.) ville & château de Silésie, sur l'Oppa, à 6 lieues O. de Tropaw, 26 S. E. de Breslaw. Long. 35. 22. lat. 50. 4.

C'est la patrie de Georges Frantzkius, savant jurisconsulte d'Allemagne ; il devint par son mérite chancelier d'Ernest, duc de Gotha, fut annobli, & gratifié du titre de comte Palatin par l'empereur, perdit dans une incendie sa bibliotheque & ses manuscrits, & mourut en 1659, âgé de 65 ans. La plûpart de ses ouvrages, entr'autres ses Commentarii in pandectas juris civilis, & ses Exercitationes juridicae, ont été réimprimés plusieurs fois. (D.J.)


JAGGORIS. f. (Hist. nat.) nom donné par les habitans de Ceylan à une espece de sucre, qui se tire d'un arbre appellé ketule. Voyez ce mot.


JAGIou JAQUIR, s. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme dans l'empire du mogol un domaine ou district assigné par le gouvernement, soit pour l'entretien d'un corps de troupes, soit pour les réparations où l'entretien d'une forteresse, soit pour servir de pension à quelque officier favorisé.


JAGOARUMS. m. (Hist. nat. Zoolog.) animal assez mal décrit. Ce qu'on nous en dit, c'est qu'il aboie comme le chien ; qu'il se trouve au Brésil ; qu'il est comme le chien de cette contrée ; qu'il est fort vorace ; qu'il vit de fruit & de proie ; qu'il est marqueté de brun & de blanc, & qu'il a la queue fort touffue.


JAGODNA(Géog.) ville de la Turquie européenne, dans la Servie, près de la Moravie, à 25 lieues N. O. de Nissa, 38 S. E. de Belgrade. Long. 39d. 50'. lat. 44. (D.J.)


JAGOSS. m. (Géog.) nom d'un peuple d'Afrique, dont il est parlé dans Maty & de la Croix : ce sont des Arabes errans, adorateurs de la lune & du soleil, hommes agiles & robustes, & voleurs de profession. Ils sont armés d'une hache, d'arc & de fleches, & passent pour antropophages ; ils habitent la basse Ethiopie, sur-tout le royaume d'Anzico.


JAGRES. m. (Hist. nat.) espece de sucre, qu'on fait avec le tari ou vin de palmier & de cocotier. Si lorsque le tari est récemment tiré de l'arbre, on le met bouillir dans un chaudron avec un peu de chaux vive, il s'épaissit, & devient en consistance de miel ; en le laissant bouillir plus long-tems, il acquiert la solidité du sucre, moins délicat à la vérité que celui qu'on prépare avec le jus de cannes, mais cependant presqu'aussi blanc ; c'est avec ce sucre que le menu peuple des Indes orientales fait toutes ses confitures, au rapport de Dellon ; les Malabares appellent ce sucre jagara, & les Portugais jagre. Diction. de Trévoux. (D.J.)


JAGRENATou JAGANAT, (Géog.) lieu des Indes, situé à 45 milles de Ganjam, sur l'une des embouchures du Gange ; c'est-là où le grand bramine, c'est-à-dire le grand-prêtre des Indiens, fait sa résidence, à cause du pagode qu'on y a bâti, & dont nous allons parler. Long. 103d. 45'. 30''. lat. 19. 50.

L'édifice de ce temple indien, le plus célebre d'Asie, est extrêmement élevé, & renferme une vaste enceinte. Il donne son nom à la ville qui l'environne, & à toute la province ; mais la grande idole qui est sur l'autel, en fait la gloire & la richesse : cette idole, nommée Késora, a deux diamans à la place des yeux ; un troisieme diamant, attaché à son cou, lui descend sur l'estomac ; le moindre de ces diamans est d'environ 40 karats, au rapport de Tavernier ; les bras de l'idole étendus & tronçonnés un peu plus bas que le coude, sont entourés de bracelets, tantôt de perles, tantôt de rubis ; elle est couverte, depuis les épaules jusqu'aux piés, d'un grand manteau de brocard d'or ou d'argent, selon les occasions ; ses mains sont faites de petites perles, appellées perles à l'once ; sa tête & son corps sont de bois de santal.

Ce dieu, car ç'en est un dans l'esprit des Indiens, quoiqu'il soit assez semblable à un singe, est continuellement frotté avec des huiles odoriférantes qui l'ont entierement noirci ; il a sa soeur à sa main droite, & son frere à sa gauche, tous deux vêtus & debout ; devant lui paroît sa femme, qui est d'or massif : ces quatre idoles sont sur une espece d'autel, entouré de grilles, & personne ne peut les toucher que certains bramines destinés à cet honneur. Autour du dôme qui est fort élevé, & sous lequel cette famille est placée, ce ne sont, depuis le bas jusqu'au haut, que des niches remplies d'autres idoles, dont la plûpart représentent des monstres hideux, faits de pierres de différentes couleurs ; derriere la déesse Késora, est le tombeau d'un des prophetes indiens, à qui l'on rend aussi des adorations.

Il y a dans le même temple une foule d'autres idoles, où les pélerins vont faire leurs moindres offrandes ; & ceux qui dans leurs maladies, ou dans de grands évenemens, se sont voués à quelque dieu, en apportent la ressemblance dans ce lieu-là, pour reconnoître le secours qu'ils croient en avoir reçu.

Le temple de Jagrenate qui possede toutes ces idoles, est le plus fréquenté de l'Asie, à quoi contribue beaucoup sa situation sur le Gange, dont les eaux lavent de toutes souillures ; on y aborde de toutes parts, & le revenu en est si considérable, par les taxes & les aumônes, qu'il pourroit suffire à nourrir dix milles personne chaque jour : l'argent que produit le culte que l'on y vient rendre aux idoles, est un des plus grands revenus du raja de Jagrenate, qui est prince souverain, quoiqu'en apparence tributaire du grand-mogol.

En entrant dans la ville, il faut payer trois roupies, c'est pour le raja ; avant même que de mettre le pié dans le temple, il faut payer une roupie pour les bramines, & c'est la taxe des plus pauvres pélerins, car les riches donnent magnifiquement. Le grand-prêtre, qui dispose seul des revenus du temple, a soin, avant que d'accorder la permission aux pélerins de se raser, de se laver dans le Gange, & de faire les autres choses nécessaires pour s'acquiter de leurs voeux, de taxer chacun selon ses moyens, dont il s'est exactement informé ; le tout est appliqué à l'entretien du pagode, à celui des dieux du temple, à la nourriture des pauvres, & à celle des prêtres qui doivent vivre de l'autel.

Mais on a beau payer cher l'entrée du temple, & les dévotions aux idoles, le concours du monde qui y aborde de toutes les parties de l'Inde, soit en-deçà, soit en-delà du Gange, n'en est que plus grand & plus fréquent.

Il y a des pélerins qui pour être dignes d'entrer dans le temple font des deux cent lieues, en se prosternant sans-cesse sur la route, jusqu'à la fin de leur pélerinage, qui dure quelquefois plusieurs années. D'autres traînent par mortification de longues & pesantes chaînes attachées à leur ceinture ; quelques-uns marchent jour & nuit les épaules chargées d'une cage de fer, dans laquelle leur tête est enfermée : on a vû des Indiens se précipiter sous les roues du char qui portoit l'idole de Jagrenate, & se faire briser les os par piété.

Enfin, la superstition réunissant tous les contraires, on a vû d'un côté les prêtres de la grande idole amener tous les ans une fille à leur dieu, pour être honorée du titre de son épouse, comme on en présentoit une quelquefois en Egypte au dieu Anubis ; & d'un autre côté, on conduisoit au bucher de jeunes veuves, qui se jettoient gaiement dans les flammes sur les corps de leurs maris. (D.J.)


JAGSou JAXT, (Géog.) riviere de Franconie, qui prend sa source dans le comté d'Oettingen, & qui se jette dans le Necker, près de Wimpfen.


JAGUACATI-GUACUS. m. (Ornith. exot.) espece de martin-pêcheur du Bresil, nommé par les Portugais papapèéxe ; son bec est noir, long, & pointu ; ses jambes sont fort courtes, & un des orteils est placé derriere son dos ; sa tête, sa queue, & ses aîles, sont couleur de fer ; son col est entouré d'un collier de plumes d'un grand blanc ; le gosier, la poitrine, & le ventre, sont d'un blanc uniforme : il est marqueté sur chaque oeil d'une tache blanche ; sa queue & ses aîles ont aussi des mouchetures blanches, qui paroissent à découvert quand cet oiseau vole. Marggrave, Hist. Brasil. (D.J.)


JAGUACIRIS. m. (Hist. nat. Zoolog.) animal du Brésil de la grosseur & de la couleur du renard ; il vit de crabe, d'écrévisse & de la canne de sucre ; il fait quelquefois un grand dégat dans ces plantations ; du reste il est innocent, il dort beaucoup, & on le prend sans peine. Dictionn. de Trévoux.


JAGUANA(Géog.) les Espagnols la nomment Santa-Maria del Puerto, fanum sanctae-Mariae ad Portum ; petite ville de l'Amérique, dans l'île Hispaniola, à soixante lieues de Saint-Domingue. Elle fut surprise par les Anglois en 1591, mais ils l'ont rendue aux Espagnols. Long. 306. 15. lat. 19. 25. (D.J.)


JAGUARAS. m. (Zoolog.) nom d'un animal du Brésil, que Marggrave regarde comme une espece de tigre ; mais il en differe en plusieurs choses, & approcheroit davantage du léopard par ses mouchetures rondes. Les Portugais appellent cet animal onça, l'once, & il paroît en effet qu'on peut assez bien le mettre dans la classe des onces ou lynx proprement ainsi nommés. Sa tête, ses oreilles, ses piés, & toutes ses autres parties, quadrent à cette espece de chat ; ses griffes sont crochues en demi-lune, & très-pointues ; ses yeux sont bleus, & brillent dans l'obscurité ; sa queue est de la longueur de celle du chat, en quoi elle differe de celle du linx ordinaire. Le jaguara est jaune sur tout le corps, avec de belles tachetures noires différemment disposées. C'est une bête sauvage, courageuse & aussi friande de chair humaine, que de celle des autres animaux. (D.J.)


JAGUARACAS. m. (Ichthyol. exot.) poisson du Brésil, semblable en plusieurs choses au scorpion de la méditerranée. Il est de la grosseur d'une perche d'eau douce, & présente une grande gueule édentée. Il n'a qu'une nageoire sur le dos ; sa queue est fourchue, ses ouies sont armées de pointes qui blessent ceux qui le prennent ; tout son corps est revêtu de petites écailles d'un brillant argentin, excepté sur le ventre qui est d'un blanc mate ; sa tête est rouge, couverte d'une espece de croute chevelue. On prend ce poisson parmi les roches, & il est excellent à manger. Marggrave, Hist. Brasil. (D.J.)


JAGUARETES. m. (Hist. nat. Zoolog.) espece de bête féroce du Brésil que Marggrave regarde comme un tigre, & que d'autres prennent pour un lynx ou un léopard. Sa peau est jaunâtre, remplie de grandes taches noires & brunes, qui sont rondes ou d'une figure indéterminée. Il ressemble au jaguara, mais il est plus grand que lui. Voyez JAGUARA. Cet animal est très cruel & avide de chair humaine. Ray, Synops. quadruped.


JAICK LE(Géog.) grande riviere de la Tartarie à son extrémité orientale. Elle la sépare du Turquestan, prend sa source au Caucase, dans la partie que les Tartares nomment Aral tag, à 53 dégrés de latit. & à 85 de longit. après un cours d'environ 80 lieues d'Allemagne, elle se jette dans la mer Caspienne, à 45 lieues à l'Est de l'embouchure du Wolga ; il y a une quantité prodigieuse de poisson, dont on transporte les oeufs salés par toute l'Europe, sous le nom de caviar. Voyez CAVIAR. (D.J.)


JAICZA(Géog.) ville forte de la Turquie européenne, dans la Bosnie, dont elle est la capitale, sur la Pliva, à 20 lieues N. O. de Bagnaluck, 52 S. O. de Bude, 54 N. O. de Belgrade. Long. 35. 10. lat. 45. 5. (D.J.)


JAIHAHS. m. (Hist. nat. Zoolog.) espece de renard de la basse Ethiopie. On dit qu'il a l'odorat très-fin, & qu'il chasse de concert avec le lion qui partage avec lui sa proie.


JAILLIRverb. & JAILLISSANT, adj. (Hydr.) se dit des eaux qui s'élevent en l'air, & qui y sont poussées avec violence. Voyez JET D'EAU. (K)


JAIou JAYET, s. m. gagates, lapis thracius, succinum nigrum. (Hist. nat. minéral.) On nomme ainsi une substance d'un noir luisant, opaque, seche, & qui a presque la dureté d'une pierre ; elle prend un poli aussi vif qu'une agate ; elle est legere au point de nager sur l'eau ; elle brûle dans le feu, répand une fumée fort épaisse, accompagnée d'une odeur semblable à celle du charbon de terre. Le jais est une substance résineuse ou bitumineuse, qui a pris de la solidité & de la consistance dans le sein de la terre ; elle est plus legere, plus pure & moins chargée des parties terrestres, que le charbon de terre ; & quand on la brûle, elle donne moins de cendres ou de terre que lui. Il y a en Angleterre une espece de charbon fossile très-pur, qu'on nomme kennel-coal, qu'il seroit aisé de confondre avec le jais. Cependant il y a des différences réelles, attendu que le jais se trouve par masses détachées, ou par morceaux de différentes grandeurs dans le sein de la terre, au lieu que le charbon de terre se trouve par couches ; joignez à cela que le jais s'allume beaucoup plus promtement que le charbon de terre.

Le jais se trouve dans beaucoup de parties de l'Europe, telles que l'Angleterre, l'Allemagne, & sur-tout dans le duché de Wirtemberg ; il y en a aussi en France dans le Dauphiné & dans les Pyrénées. Les morceaux de jais qu'on trouve sont toûjours accompagnés d'une terre argilleuse, noirâtre ; ils ont une figure qui les fait ressembler à des morceaux de bois ; & on ne peut douter que, de même que le charbon de terre, le succin & tous les bitumes, le jais ne tire son origine de bois extrêmement résineux, qui ont été enfouis dans le sein de la terre par des révolutions arrivées au globe ; la partie ligneuse s'est décomposée & a été détruite dans la terre, de maniere qu'on ne trouve plus que la partie résineuse qui, en se durcissant, a conservé la forme du bois qui lui a servi comme de moule.

Tout le monde sait qu'on fait avec le jais un grand nombre de bijoux & d'ornemens, comme des boëtes, des bracelets, des colliers, des pendants d'oreilles, & des boutons pour le deuil ; on les taille pour ces usages comme on feroit des pierres. On contrefait le jais avec du verre noir, dont on forme de petits cylindres creux que l'on coupe & que l'on enfile les uns près des autres, pour faire des ajustemens de deuil pour les femmes, & on les nomme jais artificiel. Il y en a de noir & de blanc ; ce dernier n'est appellé jais que très-improprement. (-)


JAIZIS. m. (Hist. mod.) secrétaire ou contrôleur. En Turquie toutes les dignités ont leur chécaya & leur jaizi. Le jaizi de l'imbro-orbassi est grand écuyer sur le registre ou contrôle des écuries.


JAKAN(Hist. nat. Bot.) c'est une plante du Japon, à fleur-de-lis, petite, rouge & marquetée en dedans de taches couleur de sang. Une autre espece, qui se nomme siaga, croît sur les montagnes, & porte une fleur blanche, double, quelquefois d'un bleu détrempé.


JAKSHABATS. m. (Hist. mod.) douzieme & dernier mois de l'année des Tartares orientaux, des Egyptiens & des Cataïens. Il répond à notre mois de Novembre. On l'appelle aussi jachchaban ou mois de rosées.


JAKUSIS. m. (Myth.) c'est le nom que les Japonois donnent au dieu de la medecine ; ils le représentent debout, la tête entourée de rayons ; il est porté sur une feuille de tarato ou de nymphaea.


JAKUTEou YAKUTES, s. m. pl. (Géog.) nation tartares payenne de la Sibérie orientale, qui habite les bords du fleuve Lena. Elle est divisée en dix tribus d'environ trois mille hommes chacune. Dans de certains tems, ils font des sacrifices aux dieux & aux diables ; ils consistent à jetter du lait de jument dans un grand feu, & à égorger des chevaux & des brebis qu'ils mangent, en buvant de l'eau-de-vie jusqu'à perdre la raison. Ils n'ont d'autres prêtres que des schamans, especes de sorciers en qui ils ont beaucoup de foi, qui les trompent par une infinité de tours & de supercheries, par lesquels il n'y a qu'une nation aussi grossiere qui puisse être séduite. Ils sont tributaires de l'empire de Russie, & payent leur tribut en peaux de zibelines & autres pelletteries. Un usage bien étrange des Jakutes, c'est que, lorsqu'une femme est accouchée, le pere de l'enfant s'approprie l'arrierefaix & le mange avec ses amis qu'il invite à un régal si extraordinaire. Voyez Gmelin, voyage de Sibérie.


JAKUTSK(Géog.) ville de Sibérie sur les bords du grand fleuve de Lena qui va se jetter dans la mer glaciale. Il y regne un froid extraordinaire, & la terre y est toûjours gelée jusqu'à une très-grande profondeur. Les habitans déposent leur provision de poisson & de viande dans leurs caves, où étant gelées, elles se conservent très-long-tems. Les environs de cette ville sont très-stériles à cause du froid qui y regne. C'est dans son territoire qu'on trouve une très-grande quantité de dents d'élephans enfouies en terre. Voyez IVOIRE FOSSILE. Elle est placée au 58e. degré 26 minutes de latitude septentrionale. Elle est habitée par les Jakutes, nation tartare, & par les Russes. Gmelin, voyage de Sibérie.


JALA(Géog.) royaume & ville d'Asie, situés dans la partie orientale de l'isle de Ceylan. Cet état est fort dépeuplé, à cause de la mauvaise qualité de l'air.


JALAC(Géog.) ville d'Afrique, dans la Nubie, bâtie sur une isle formée par le Nil.


JALAGES. m. (Jurisprud.) est un droit que quelques seigneurs sont fondés à prendre sur chaque piece de vin vendue en détail ; c'est la même chose que ce que l'on appelle ailleurs droit de forage. Ce mot jalage vient de ce qu'on mesure le vin, dû pour ce droit, dans une jale ou vaisseau contenant un certain nombre de pintes de vin. Le jalage d'Orléans, qui paroît avoir rapport à ces termes de jale & de jalage, contient seize pintes. Voyez l'article 492 de la Coûtume d'Orléans. (A)


JALAPjalapa, s. m. (Hist. nat. Bot.) plante à fleur monopétale en forme d'entonnoir, découpée, pour l'ordinaire, très-légerement ; elle a deux calices ; l'un l'enveloppe, l'autre la soutient ; celui-ci devient dans la suite un fruit arrondi qui renferme une semence de même forme. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

M. de Tournefort compte onze especes de ce genre de plante, & nomme jalapa officinarum fructu rugoso, celle dont on emploie les racines sous le nom de jalap dans les boutiques. Voici la description de cette espece. Elle porte au Pérou de grosses racines noirâtres en dehors, blanchâtres en dedans, d'où sort une tige haute de deux coudées, ferme, noueuse & fort branchue : les feuilles naissent opposées, & se terminent en pointe d'un verd obscur, sans odeur. Les fleurs sont monopétales en forme d'entonnoir, jaunes ou panachées de blanc, de pourpre & de jaune, ayant un double calice, l'un qui les enveloppe, & l'autre qui les soutient. Le dernier devient un fruit ou une capsule à cinq angles, arrondie, noirâtre, longue de trois lignes, un peu raboteuse & chagrinée, obtuse d'un côté, & terminée de l'autre par un bord saillant en forme d'anneau. Cette capsule renferme une semence ovoïde, roussâtre : toute cette plante ne différe presque du solanum mexicanum magno flore C. B. P. que l'on a coûtume d'appeller en françois belle-de-nuit, qu'en ce qu'elle a le fruit plus ridé : ou plutôt c'est un liseron d'Amérique, convolvulus americanus, comme le prétend M. William Houston.

On cultive en Angleterre, dans les jardins des curieux, la plûpart des especes de jalap, soit par le moyen des racines qui réussissent très-bien, soit par les graines ; on seme d'abord les graines au commencement du printems dans une couche modérée pour la chaleur, & quand elles ont levé, on les transplante dans une autre couche, à six pouces de distance, pour leur faire prendre racine ; on les couvre avec des verres pendant la nuit, & on les ôte dans le jour. Dès qu'elles se sont élevées à la hauteur d'un pié, on les met dans des pots pleins de bonne terre, qu'on place dans des couches qui ne donnent point trop de chaleur, pour faciliter leur enracinement. On transporte ces pots à la fin de Mai dans des lieux à demeure, ayant soin de soutenir la tige de la plante par un petit bâton, & de l'arroser au besoin.

Les jalaps, par cette culture, montent à la hauteur de trois ou quatre piés, s'étendent au large, & donnent constamment des fleurs différentes sur un même pié, depuis le mois de Juin jusqu'à l'hiver, ce qui produit le double plaisir de la variété des fleurs & de leur durée.

Il est vrai cependant que les sleurs de jalaps se ferment pendant le jour à la chaleur du soleil ; mais le soir à son coucher, elles s'épanouissent de nouveau & continuent dans cet état jusqu'à ce que le lendemain le soleil vienne les refermer ; c'est pourquoi, sans-doute, on appelle cette plante belle-de-nuit, ou merveille du Pérou. Ainsi, toutes les fois que le ciel est couvert, ou qu'on arrive au milieu de l'automne, les fleurs de jalap restent épanouies presque tout le jour.

Comme elles naissent successivement & se succedent promtement, leurs graines qui mûrissent peu de tems après, tombent à terre. C'est-là qu'il faut les ramasser soigneusement une ou deux fois par semaine, pour les resemer ensuite. On choisit celles qui viennent de la plante qui a donné la plus grande variété de fleurs, parce qu'elles produisent toûjours cette même variété, & ne changent jamais du rouge ou du jaune au pourpre & au blanc, quoiqu'elles dégénerent quelquefois en fleurs simples, jaunes, rouges, pourpres, blanches ; mais elles retiennent constamment une ou deux de leurs couleurs primordiales.

De toutes les especes de jalap, il n'y a que le jalap à fruit ridé, fructu rugoso, espece de liseron du nouveau monde, qui donne la racine médicinale, dont on fait un si grand débit. Elle tire son nom de Xalappa, ville de la nouvelle Espagne, située à seize lieues de la Vera-Cruz, d'où elle est venue pour la premiere fois en Europe.

On compte que presque tous les deux ans, il arrive d'Amérique à Cadix environ six mille livres de cette racine. (D.J.)

JALAP, (Mat. méd.) le jalap est une racine qu'on nous apporte de l'Amérique, dans un état très-sec, & coupée en tranches. L'extérieur en est noir ou très-brun, & le dedans d'un gris foncé, & même un peu noirâtre, parsemé de petites veines blanches, ou d'un jaune très-pâle.

Il faut choisir le jalap en gros morceaux brillans ou résineux, qu'on ne puisse rompre avec les mains, mais qui se brisent facilement sous le marteau, qui s'enflamment dès qu'on les expose à la flamme, ou au charbon embrasé, & qui soient d'un goût vif & nauséeux. Il faut toûjours le demander en morceaux entiers, & non pas brisé, ou en poudre ; parce que celui qu'on trouve chez les marchands dans ce dernier état, est communément vieux, carié, sans vertu.

Le jalap contient une résine & un extrait, qu'on peut en retirer séparément par les menstrues respectives de ces substances, c'est-à-dire, par le moyen de l'esprit-de-vin, & par celui de l'eau. Selon Géoffroy, douze onces de jalap donnent trois onces de résine, & quatre onces d'extrait. Cartheuser a retiré d'une once de jalap bien choisi, environ demi-once d'extrait, & deux scrupules de résine ; ce qui donne une porportion bien différente de celle de Geoffroy. Il est vraisemblable que cette variété de résultats, est plutôt dûe dans les expériences de ces deux auteurs, à des différences dans la maniere de procéder, qu'à la diversité des sujets sur lesquels chacun a opéré : car, quoiqu'on trouve des jalaps plus ou moins résineux, il n'est pas permis de supposer qu'ils puissent tant varier à cet égard, étant observé d'ailleurs que tout bon jalap possede un degré d'activité, à-peu-près constant & uniforme.

La vertu propre du jalap entier, ou donné en substance, est de purger puissamment, & pourtant sans violence. C'est le plus doux des hydragogues, & cependant un des plus sûrs. Les expériences que Wepfer a faites avec le magistere, c'est-à-dire, la resine de jalap sur des chiens, & dont le résultat a été que cette drogue causoit sur l'estomac & les intestins de ces animaux les effets des poisons corrosifs, ces expériences, dis-je, ne pouvant rien, même contre la résine de jalap, attendu que Wepfer a employé des doses excessives, & que tous les remedes actifs, vraiment efficaces, deviennent nuisibles, mortels, lorsqu'on force leur dose jusqu'à un certain point. Elles prouvent encore moins contre les vertus du jalap entier ou en substance ; car nous observerons, tout-à-l'heure, que l'action de ces deux remedes est bien différente. Nous disons donc que l'observation constante prouve, malgré les expériences de Wepfer, que le jalap en substance est un excellent, & un très-sain, très-fidele purgatif, que les Medecins abandonnent très-mal à-propos aux gens du peuple, ou du moins qu'ils réservent dans leur pratique ordinaire, pour les cas où les plus forts hydragogues sont indiqués. Le jalap entier est, encore un coup, un purgatif qui n'est point violent, & qui ajoûté à la dose de douze, quinze & vingt grains aux medecines ordinaires, avec la manne, & au lieu du sené & de la rhubarbe, purgeroit efficacement & sans violence, le plus grand nombre des adultes. De bons auteurs le recommandent même pour les enfans ; mais il n'est pas assez démontré par l'expérience que cette derniere pratique soit louable.

Le jalap entier est, à la dose de demi-gros & d'un gros donné seul dans de l'eau ou dans du vin blanc, un excellent hydragogue, qu'on emploie utilement dans les hydropisies, les œdèmes, les queues des fievres intermittentes, certaines maladies de la peau, &c. Voyez HYDRAGOGUE.

L'extrait aqueux, ou l'extrait proprement dit de jalap ne purge presque point, & pousse seulement par les urines : ce remede n'est point d'usage.

La résine de jalap donnée seule ou nue dans de l'eau, du vin, ou du bouillon, purge quelquefois très-puissamment, mais ce n'est jamais sans exciter des tranchées cruelles ; l'irritation qu'elle cause s'oppose même assez souvent à son effet purgatif, & alors le malade est violemment tourmenté, & est peu purgé, beaucoup moins que par le jalap entier. Ce vice est commun aux résines purgatives ; voyez PURGATIF. Mais on le corrige efficacement en combinant ces substances avec le jaune d'oeuf, ou avec le sucre ; voyez CORRECTIF. C'est principalement avec la résine de jalap & le sucre qu'on prépare les émulsions purgatives, qui sont des remedes très-doux. Voyez à l'art. EMULSION. (b)


JALAVA(Hist. nat. Bot.) fruit d'un arbre des Indes orientales, qui est de la grosseur d'un gland. On nous dit que les Indiens l'emploient dans différentes potions médicinales, sans nous apprendre pour quelles maladies.


JALDABAOTHS. m. (Hist. eccles.) nom que les Nicolaïtes donnoient à une divinité qu'ils adoroient. Barbelo étoit mere de Jaldabaoth. Il avoit découvert beaucoup de choses ; il méritoit nos hommages sur-tout. On lui attribuoit des livres, ces livres étoient remplis de noms barbares de principautés & de puissances qui occupoient chaque ciel, & qui perdoient les hommes.


JALÉS. f. (Commerce) mesure de liquides qui tient environ quatre pintes de Paris. Voyez GALLON.


JALOCZINA(Géog.) riviere de Valachie, qui prend sa source sur les frontieres de la Transilvanie, & qui se jette dans le Danube.


JALOFESles, ou GELOFFES, s. m. pl. (Géog.) peuple d'Afrique dans la Nigritie. Ils occupent le bord méridional du Sénégal & les terres comprises entre cette riviere, & celle du Niger ; ce qui fait un pays de plus de cent lieues de long, sur quarante de côtes maritimes.

Les Jalofes sont tous extrêmement noirs, en général bien proportionnés, & d'une taille assez avantageuse. Leur peau est très-fine, très-douce, mais d'une odeur forte & desagréable, quand ils sont échauffés. Il y a parmi le peuple des femmes aussi-bien faites, à la couleur près, qu'en aucun autre pays du monde ; & c'est cette couleur vraiment noire qu'elles estiment le plus.

Elles sont gaies, vives, & très-portées à l'amour. Elles ont du goût pour tous les hommes, & particulierement pour les blancs, auxquels elles se livrent pour quelque présent d'Europe, dont elles sont fort curieuses ; d'ailleurs leurs maris ne s'opposent point à leur goût pour les étrangers, & même ils leur offrent leurs femmes, leurs filles & leurs soeurs, tenant à honneur de n'être pas refusés, tandis qu'ils sont fort jaloux des hommes de leur nation. Ces négresses ont presque toûjours la pipe à la bouche, se baignent très-souvent, aiment beaucoup à sauter & à danser au bruit d'une calebasse, d'un tambour ou d'un chaudron ; tous les mouvemens de leurs danses, sont autant de postures lascives, & de gestes indécens.

Le P. du Jarric dit qu'elles cherchent à se donner des vertus, comme celles de la discrétion, & de la sobriété, desorte que pour s'accoûtumer à manger & à parler peu, elles prennent de l'eau, & la tiennent dans leur bouche, pendant qu'elles s'occupent à leurs affaires domestiques, & qu'elles ne rejettent cette eau, que quand l'heure du premier repas est arrivée. Mais une chose plus vraie, c'est leur goût pour se peindre le corps de figures inéfaçables ; la plûpart des filles, avant que de se marier, se font découper & broder la peau de différentes figures d'animaux, ou de fleurs, pour paroître encore plus aimables. Ce goût regne chez presque tous les peuples d'Afrique, les Arabes, les Floridiennes, & tant d'autres. Voyez FARD.

Les Jalofes sont mahométans, mais d'une ignorance incroyable. Il ne croît ni bled ni vin dans leur pays, mais beaucoup de dattes dont ils font leur breuvage, & du mays dont ils font leur pain. On tire de ce pays des cuirs de boeufs, de la cire, de l'ivoire, de l'ambre-gris, & des esclaves. Voyez Dapper, Descrip. de l'Afrique, p. 228. & suiv. (D.J.)


JALOISS. m. (Commerce) mesure de continence dont on se sert à Guise, & aux environs, pour mesurer les grains. Le jalois de froment pese 80 livres poids de marc, de meteil, 76 ; de seigle, aussi 76 ; d'avoine, 50 livres : un jalois fait cinq boisseaux de Paris. A Riblemont vers la Ferre, le jalois comble fait quatre boisseaux mesure de Paris. Diction. de Commerce. (G)


JALONSS. m. pl. (Arpentage) ce sont des bâtons droits, longs de cinq à six piés, & unis & planés par un des bouts, qui s'appelle la tête du jalon, & aiguisés par l'autre qu'on fiche en terre. Ils servent à prendre de longs alignemens, & souvent on garnit leurs têtes de cartes, de linge, ou de papier, pour les distinguer de loin dans le nivellement ; on les arme d'un carton blanc coupé à l'équerre.

On appelle jalon d'emprunt une mesure portative, qui est la même que la hauteur des jalons qui supportent le niveau, & que l'on présente à tous les jalons d'un alignement, pour les faire buter & décharger. De jalon, on a fait jalonner.


JALOUSIES. f. (Morale) inquiétude de l'ame, qui la porte à envier la gloire, le bonheur, les talens d'autrui ; cette passion est si fort semblable par sa nature & par ses effets, à l'envie dont elle est soeur, qu'elles se confondent ensemble. Il me paroît pourtant que par l'envie, nous ne considérons le bien, qu'en ce qu'un autre en jouit, & que nous le desirons pour nous, au lieu que la jalousie est de notre bien propre, que nous appréhendons de perdre, ou auquel nous craignons qu'un autre ne participe : on envie l'autorité d'autrui, on est jaloux de celle qu'on possede.

La jalousie ne regne pas seulement entre des particuliers, mais entre des nations entieres, chez lesquelles elle éclate quelquefois avec la violence la plus funeste ; elle tient à la rivalité de la position, du commerce, des arts, des talens, & de la religion.

Pour ce qui regarde la jalousie en amour, cette fiévre ardente qui dévore les habitans des régions brûlées par les influences du soleil, & qui n'est pas inconnue dans nos climats tempérés, nous croyons qu'elle mérite un article à part. (D.J.)

* La jalousie, dans ce dernier sens, est la disposition ombrageuse d'une personne qui aime, & qui craint que l'objet aimé ne fasse part de son coeur, de ses sentimens, & de tout ce qu'elle prétend lui devoir être reservé, s'allarme de ses moindres démarches, voit dans ses actions les plus indifférentes, des indices certains du malheur qu'elle redoute, vit en soupçons, & fait vivre un autre dans la contrainte & dans le tourment.

Cette passion cruelle & petite marque la défiance de son propre mérite, est un aveu de la supériorité d'un rival, & hâte communément le mal qu'elle appréhende.

Peu d'hommes & peu de femmes sont exempts de la jalousie ; les amans délicats craignent de l'avouer, & les époux en rougissent.

C'est sur-tout la folie des vieillards, qui avouent leur insuffisance, & celle des habitans des climats chauds, qui connoissent le tempérament ardent de leurs femmes.

La jalousie écrase les piés des femmes à la Chine, & elle immole leur liberté presque dans toutes les contrées de l'orient.

JALOUSIE, (Architecture) c'est une fermeture de fenêtre, faite de petites tringles de bois croisées diagonalement, qui laissent des vuides en losange, par lesquelles on peut voir sans être apperçu. Les plus belles jalousies se font de panneaux d'ornemens de sculpture évidés, & servent dans les églises, aux jubés, tribunes & confessionnaux, aux écoutes, lanternes, & ailleurs.


JALOUXadjectif (Grammaire) celui qui a le vice de la jalousie. Voyez JALOUSIE.


JAou JEM, (Hist. mod.) la troisieme partie du cycle duodénaire des Cathaïens & des Turcs orientaux. Ce cycle comprend les vingt-quatre heures du jour & de la nuit. Ils ont un autre cycle de douze ans dont le jam ou jem est aussi la troisieme partie. Jam ou jem signifie léopard. Les autres parties du cycle portent chacune le nom d'un animal. D'Herbelot, Biblioth. orientale.


JAMA(Géog.) ville de l'empire russien, sur la riviere de même nom, dans l'Ingrie, à deux milles géographiques, N. E. de Narva. Longitude 47. lat. 59. 15. (D.J.)


JAMA-JURIS. m. (Hist. nat. Bot.) espece de lis ainsi nommé par les habitans du Japon ; elle a beaucoup de ressemblance avec celle qu'ils nomment kanako-juri, excepté que ses feuilles sont minces & plus longues, & la semence très-dure ; elle croît sur les montagnes. Voyez ephemerid. nat. curios. decur. II anno 8. obs. 191.


JAMACAIIS. m. (Ornith. exot.) oiseau très-joli du Brésil, & de la grosseur d'une alouette. Son bec est un peu courbé en bas ; sa jolie petite tête est noire, ainsi que son gosier. Le dessus du cou, la poitrine, & le ventre sont jaunes ; ses aîles sont noires, & ont chacune une grande moucheture blanche ; sa queue qui égale en longueur celle de nos hochequeues, est toute noire ; ses jambes & ses piés sont rembrunis. Marggrave Hist. Brasil. (D.J.)


JAMACARUS. m. (Hist. nat. Bot.) il y a en Amérique plusieurs especes de figuiers sous ce nom. Ray en compte six, toutes rafraichissantes, à l'exception de la semence qui est astringente & dessicative. La gomme, le fruit, la feuille & la racine en est conseillée dans les fievres, de quelque maniere qu'on en use. Dictionnaire de Trévoux.


JAMAGOROD(Géogr.) place importante & forteresse de l'Ingrie, vers la Finlande, sur la riviere de Laga, à trois milles de Narva ; elle a été prise en 1703 par les Russes sur les Suédois.


JAMAIQUES. f. la, (Géog.) grande île de l'Amérique septentrionale, découverte par Christophe Colomb, en 1494. Elle est à 15 lieues de Cuba, à 20 lieues de Saint-Domingue, à 116 de Porto-belo & à 114 de Carthagène.

Sa figure tient un peu de l'ovale ; c'est un sommet continu de hautes montagnes, courant de l'E. à l'O. remplies de sources fraîches, qui fournissent l'île de rivieres agréables & utiles ; cette île a 20 lieues de large du N. au S. 50 de long de l'E. à l'O. & 150 de circuit.

Le terroir s'y trouve d'une fertilité admirable en tout ce qui est nécessaire à la vie. Les rivieres & la mer sont fort poissonneuses ; la verdure y est perpétuelle, l'air sain, & les jours & les nuits y sont à peu près d'égale longueur pendant tout le cours de l'année. Elle a plusieurs bons ports, baies & havres, un nombre incroyable d'oiseaux sauvages, des plantes très-curieuses, peu d'animaux mal-faisans, excepté l'alligador, qui même attaque rarement les hommes.

Toute l'histoire naturelle de cette île a été donnée en Anglois par le chevalier Hans-Sloane, qui y a longtems séjourné. Son ouvrage qu'il fit imprimer à ses dépens, forme deux volumes in-folio, pleins de tailles-douces. Le premier volume parut à Londres en 1707, & le second en 1725 ; cet ouvrage vaut une dixaine de guinées, & l'on ne le trouve que dans des ventes de bibliotheques de curieux.

L'Amiral Pen, sous le regne de Cromwel, prit la Jamaïque sur les Espagnols en 1655 ; depuis ce tems là elle est restée aux Anglois, qui l'ont soigneusement cultivée, & l'ont rendue une des plus florissantes plantations du monde. On y compte aujourd'hui près de soixante mille Anglois, & plus de cent mille Negres ; enfin son importance pour la nation britannique, fait qu'on n'en confie le gouvernement qu'à des gens du premier rang : elle est divisée en quatorze paroisses ou jurisdictions.

Cette île produit du sucre, du cacao, de l'indigo, du coton, du tabac, des écailles de tortues, dont on fait de fort beaux ouvrages en Angleterre ; les cuirs, le bois pour la teinture, le sel, le gingembre, le piment, & autres épiceries : les drogues, comme le gayac, les racines de squine, la salsepareille, la casse, entrent encore dans le commerce des habitans. Long. selon Harvis, 301d 33' 45''. lat. méridionale 17. 40. lat. septentrionale 18. 45. (D.J.)


JAMAISadv. de tems. (Gramm.) Il se dit par négation de tous les périodes de la durée, du passé, du présent, de l'avenir. Il est impossible que l'ordre de la nature soit jamais suspendu. De quelque phénomene que les tems passés ayent été témoins, & quelque phénomene qui frappe les yeux des hommes à venir, il a la raison de son existence, de sa durée, & de toutes ses circonstances dans l'enchaînement universel des causes qui comprend l'homme, ainsi que tous les autres êtres sensibles, ou non.


JAMBA(Géog.) petit royaume de l'Indoustan, sur le Gange, qui le traverse du N. au S. On n'y connoît qu'une seule ville du même nom. (D.J.)


JAMBAGES. m. (Maçonnerie) se dit d'un pilier entre deux arcades. Toutes sortes de jambages, piliers quarrés, & piés-droits, sont appellés orthostatae par Vitruve.

JAMBAGES de cheminée, sont les deux petits murs qu'on éleve de chaque côté d'une cheminée pour en porter le manteau, & former la largeur de l'âtre.

Les Tourneurs appellent les jambages d'un tour deux grosses pieces de bois d'équarrissage posées à plomb sur des semelles, & assujetties par les côtés avec des liens en contre-fiches ; dans ces deux jambages sont emboîtées les deux autres longues pieces de bois paralleles à l'horison, & appellées les jumelles, entre lesquelles sont placées les poupées. Voyez TOUR.

JAMBAGE, en Ecriture, se dit en général d'une partie de lettre, & particulierement des pleins droits.

Il y a deux sortes de jambages, des jambages obliques droits, des jambages obliques gauches. Voyez le volume des Planches, à la table de l'Ecriture, Pl. des principes.


JAMBELa, s. f. (Anat. Chir. Médec. Orthoped.) en grec , en latin crus ou tibia, seconde partie de l'extrémité inférieure du corps humain, qui s'étend depuis le genou jusqu'au pié ; elle est composée de deux os, dont l'un se nomme le tibia, & l'autre le péroné ; on pourroit fort bien ajouter à ces deux os la rotule, qui a beaucoup d'analogie avec l'olécrane, ou la grande apophyse supérieure du cubitus ; quoi qu'il en soit, voyez ROTULE, TIBIA, PERONE.

Continuons la description générale de la jambe, ensuite nous parlerons des principaux accidens, & des défauts auxquels cette partie est exposée ; la Chirurgie, la Medecine, & l'Orthopédie, s'unissent pour y porter une main secourable.

La premiere chose qui frappe nos yeux dans l'administration anatomique de la jambe, c'est la forte articulation du tibia avec le fémur, par plusieurs ligamens nerveux qui se croisent en sautoir. De la seule articulation du tibia avec le fémur dépendent les mouvemens de flexion, d'extension, de demi-rotation que la jambe fait, soit en-dedans, soit en-dehors ; car le péroné immobile par lui-même, obéit toujours au tibia.

Les mouvemens de flexion, d'extension, de demi-rotation de la jambe, s'exécutent par l'action de plusieurs muscles : on en fixe ordinairement le nombre à celui de dix, qui sont ; 1°. le droit antérieur, ou grêle antérieur ; 2°. le vaste externe ; 3°. le vaste interne ; 4°. le crural ; 5°. le couturier ; 6°. le droit interne, ou grêle interne ; 7°. le biceps ; 8°. le demi nerveux ; 9°. le demi membraneux ; 10°. le poplité. Quelques-uns y joignent le fascia-lata ; on peut lire les articles particuliers de chacun de ces muscles, car nous ne parlerons ici que de leurs usages en général.

On attribue communément l'extension de la jambe, à l'action du droit antérieur, des deux vastes & du crural ; l'on regarde le biceps, le demi nerveux, le grêle interne, le couturier, & le poplité, comme fléchisseurs. L'on croit que les mouvemens de demi-rotation que fait la jambe à-demi fléchie ; dépendent uniquement de l'action alternative du biceps & du poplité, le biceps tournant la jambe de devant en-dehors, & le poplité la tournant de devant en-dedans.

Mais si l'on considere attentivement les attaches de presque tous les muscles de la jambe, & leur direction, on évitera de borner leur action aux simples fonctions qu'on vient de rapporter. En effet, il paroît que le grêle antérieur, par exemple, vû son attache à l'os des îles, peut fléchir la cuisse, indépendamment de son usage pour l'extension de la jambe. Le muscle couturier, outre la flexion de la jambe, à laquelle il contribue, sert encore sûrement à faire la rotation de la cuisse de devant en-dehors, soit qu'elle soit étendue ou flechie ; il fait croiser cette jambe avec l'autre, on le voit dans les tailleurs d'habits, lorsqu'ils travaillent étant assis.

La plûpart des autres muscles, comme le fascialata, sont communs à la cuisse & à la jambe, qu'ils meuvent l'une sur l'autre, les élevent, ou les éloignent. Ils ne sont pas même les seuls moteurs de la jambe sur la cuisse, & de la cuisse sur la jambe ; car ces mouvemens réciproques peuvent encore s'exécuter par les muscles jumeaux, dont l'on borne le service à l'extension du pié.

De plus, quelques-uns des muscles de la jambe, comme le grêle antérieur, le couturier, le grêle interne, le demi-nerveux, & le demi-membraneux, meuvent encore la cuisse sur le bassin, & le bassin sur la cuisse.

En un mot, presque tous les muscles de la jambe sont auxiliaires les uns des autres, & à peine y en a-t-il un, qui, outre son usage principal, ne concoure à d'autres fonctions particulieres.

Remarquez enfin, que tous ces muscles sont très-longs, & situés les uns près des autres, ce qui produit la multiplication de leurs usages. Il n'y a que le poplité qui soit un petit muscle ; il est même comme hors de rang, étant placé au-dessus de la cuisse.

Parlons maintenant des principales difformités, auxquelles les jambes sont exposées, car nous n'avons rien à dire de nouveau sur les arteres, les veines, & les nerfs de cette partie ; on en a déja fait mention à l'article CRURAL, Anatomie.

Quelques enfans viennent au monde avec les jambes tortues, mais le plus souvent ils ne contractent cette difformité que par la faute des nourrices qui les ont mal soignés, mal emmaillottés, ou qui les ont fait marcher trop-tôt ; de-là, les uns ont le tibia tortu, d'autres les genoux, d'autres les piés tournés en-dedans, à l'endroit de l'articulation du tibia avec le tarse ; l'on appelle en latin ces derniers vari : il y en a d'autres, au contraire, dont les piés sont tournés en-dehors, & ceux-ci sont nommés valgi, en françois cagneux. Enfin, il y a des enfans qui ont une jambe plus longue que l'autre, soit par maladie, soit par conformation naturelle, soit par des tiraillemens violens lors de leur naissance.

Tous ces divers états, & le degré où ils peuvent être portés, demandent différens traitemens, pour lesquels il faut s'addresser aux maîtres de l'art ; les bornes de cet ouvrage ne nous permettent que quelques remarques générales.

1°. Le moyen le plus sûr pour prévenir ces sortes de difformités, est de veiller à ce que les enfans soient emmaillotés soigneusement, avec intelligence, & de les empêcher, sur-tout ceux qui ont de la disposition au rachitis, de marcher trop-tôt, ou de demeurer debout ; il faut au contraire les tenir couchés, ou assis ayant les piés appuyés ; les porter dans les bras, & les traîner dans un chariot, jusqu'à ce que leurs jambes aient acquis une force suffisante.

2°. Supposé que l'enfant ait apporté la difformité de naissance, ou qu'elle paroisse se former, il faut se servir de machines faites exprès, de cuir, de carton, de lames de fer fort minces, que l'enfant gardera nuit & jour. Si l'inflexibilité de la partie s'oppose à la guérison, on joindra les bains, les linimens, les fomentations émollientes, aux machines qu'on vient de recommander.

3°. Il est des moyens très-simples, qui suffisent souvent pour corriger la difformité. Si, par exemple, l'enfant a les piés tournés en-dedans, on peut se servir des marche-piés de bois en usage chez les religieuses pour leurs jeunes pensionnaires. Ces marche-piés ont deux enfoncemens séparés pour y mettre les piés, & ces deux enfoncemens sont creusés de maniere, que les piés y étant engagés se trouvent nécessairement tournés en-dehors. Si c'est ce dernier défaut qu'il s'agit de rectifier dans l'enfant, on fera faire les enfoncemens des marche-piés contournés en-dedans ; un peu d'art, de soins, & d'attention, operent des miracles dans cet âge tendre.

4°. Quelquefois les jambes d'un enfant deviennent tortues par la faute de la nourrice, qui le tient toûjours entre ses bras sur le même côté ; engagez-la de changer sa méthode de porter votre enfant, & de la varier cette méthode, les jambes de l'enfant n'en recevront aucun dommage.

5°. Lorsque la courbure des jambes vient du rachitisme, il s'agit de guérir la cause du mal, & après cela de redresser la jambe, comme on s'y prend pour redresser la tige courbe d'un jeune arbre.

6°. Si les jambes panchent plus d'un côté que de l'autre, on peut essayer d'y remédier, en donnant à l'enfant des souliers plus hauts de semelles & de talons du côté que les jambes panchent.

7°. Il faut donner aux enfans des souliers fermes & qui ne tournent point, sur-tout en-dehors, parce qu'alors ils font sans-cesse tourner la pointe du pié en-dedans.

8°. Les jambes peuvent devenir paralytiques par toutes sortes d'efforts. Salzman rapporte le cas d'un enfant à qui ce malheur arriva, pour avoir été souvent porté à califourchon sur les épaules de son frere aîné ; il est vraisemblable que la cause de cet accident provenoit de la violente tension que les muscles des jambes souffrirent, étant long-tems & souvent pendantes sans avoir eu de points d'appui.

9°. Quelquefois une jambe ou un bras se retire par maladie ou par accident. Si la maladie procede du roidissement des muscles, il faut les assouplir par des bains, des douches, des linimens ; si elle est produite par le desséchement, on tâchera de ramener la nourriture à la partie, par des frictions & des onctions convenables ; si c'est l'effet d'un accident, comme d'une luxation, le remede est entierement du ressort de la Chirurgie.

10°. Enfin, quelquefois une jambe excede la longueur de l'autre, soit par conformation naturelle, accident qui est incurable, soit par des tiraillemens faits à la jambe, ou à la cuisse de l'enfant, lors de sa naissance ; dans ce dernier cas on trouvera le bassin de travers, & panché du côté de la jambe qui paroît trop longue. Comme d'heureux succès ont justifié qu'on pouvoir remédier à ce malheur, les gens de l'art conseillent de s'y prendre de la maniere suivante.

Après avoir couché l'enfant sur le dos, on lui liera légerement, au genou de la jambe qui paroît trop longue, un mouchoir en plusieurs doubles, & en façon de jarretiere ; attachez à ce mouchoir, vers la partie antérieure du genou, une large bande de toile, longue d'environ deux aunes ; liez cette bande le plus court que vous pourrez, néanmoins sans violence, sur l'épaule de l'enfant, du même côté ; assujettissez-l'y, de maniere qu'elle ne puisse glisser ; ensuite, vous emmaillotterez l'enfant avec adresse. La compression que le bandage du maillot fait sur la bande, qui est tendue depuis le genou de l'enfant jusques sur son épaule, oblige cette bande à se tendre encore davantage, détermine la partie trop inclinée du bassin à remonter & à se remettre dans sa situation naturelle.

Pour ce qui regarde les malheureux cas de fracture & d'amputation de jambe, on en fera deux articles séparés ; savoir, JAMBE amputation, & JAMBE fracture, Chirurg. (D.J.)

JAMBES antérieures & postérieures de la moëlle allongée, (Anat.) Voyez BRANCHE & MOELLE ALLONGEE.

JAMBE, s. f. (Hist. des Insectes) partie du corps des insectes qui leur sert à se soûtenir, à marcher, & à d'autres usages.

Les insectes aîlés connus ont tous des jambes, sans exception, mais ils n'ont pas tous les jambes de la même longueur ; quelques-uns les ont très-courtes, avec une seule articulation ; de ce nombre sont les chenilles, dont les jambes antérieures se terminent par un crochet pointu. L'on trouve aussi des insectes à jambes longues, & qui ont trois, quatre, cinq, six, & même jusqu'à huit articulations. Les jambes d'un même insecte ne sont pas toutes égales en longueur ; les postérieures du plus grand nombre sont plus longues que les antérieures, & principalement dans les abeilles ; cette regle n'est cependant pas si générale, qu'il n'y en ait dont les jambes antérieures surpassent les postérieures en longueur.

Les jambes des insectes sont ordinairement composées de trois parties ; la premiere est une espece de cuisse, elle tient immédiatement au ventre, & est plus grosse vers son origine, quoiqu'il y ait des insectes dont la cuisse est moins grosse en-haut qu'embas ; la seconde est la jambe, proprement dite ; les articulations de l'une & de l'autre de ces parties sont revêtues chez quelques insectes de poils forts & pointus, qu'on pourroit fort bien appeller pointes articulaires ; la troisieme partie de la jambe est le pié, qui mérite une plus grande attention que les deux autres parties. Voyez PIE.

Les insectes ne font pas tous le même usage de leurs jambes ; elles leur servent principalement pour marcher, mais il y en a à qui elles servent encore de crampons pour s'attacher fortement ; quelques-uns en font usage pour sauter, & les sauts qu'ils font sont si grands, qu'on dit qu'une puce saute deux cent fois plus loin que la longueur de son corps. Pour cet effet, ces insectes ont non-seulement des jambes, des cuisses fortes & souples, mais encore des muscles vigoureux, & doués d'une vertu élastique, par laquelle l'animal peut s'élever assez haut en l'air.

Les jambes servent de gouvernail aux insectes qui nagent, & c'est par la direction du mouvement de ces membres, qu'ils arrivent précisément au point où ils veulent aller ; elles tiennent en équilibre le corps des insectes qui volent, & le dirigent selon la volonté de l'animal ; elles leur procurent le même avantage qu'aux cigognes, & leur servent de gouvernail, pour se tourner du côté qu'il leur plaît. D'autres, qui ont la vûe courte, s'en servent pour sonder le terrein, devant ou derriere eux. Quelques-uns les emploient à nettoyer leurs yeux, leurs antennes, & leur corps, & à en ôter la poussiere qui pourroit les incommoder.

Ceux qui fouissent la terre, se servent de leurs jambes en guise de bêche ; car la force que la nature a donnée aux jambes de plusieurs insectes, qui l'emploient à cet usage, est prodigieuse, si on la compare avec leur petitesse. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à serrer dans la main quelque scarabée, on sera surpris des efforts qu'il faut faire pour les retenir. C'est encore avec ce secours qu'ils font des creux dans la terre & des routes souterraines. Comme quelques animaux usent de leurs jambes pour se défendre, l'on trouve aussi des insectes qui en font le même usage ; il y en a qui s'en servent pour saisir leur proie, & la tenir serrée.

Enfin, la construction des jambes des insectes est souvent une marque pour distinguer les especes ressemblantes les unes des autres ; c'est ainsi qu'on peut distinguer les mouches carnassieres des autres mouches, comme on connoît le faucon & le vautour à leurs serres.

Quelques naturalistes modernes prétendent qu'il y a des insectes qui ont d'abord les jambes sur le dos, & qui, après leur transformation, les ont ensuite sous le ventre ; c'est ce que M. de Réaumur semble dire de l'insecte singulier dont il a fait la description dans les Mém. de l'acad. des sciences, année 1714 ; mais, outre qu'il n'avance pas ce fait comme certain, si l'animal avoit par hazard la tête & l'anus un peu différemment placés du commun des insectes, ce qui n'est pas sans exemple, il se pourroit que, malgré les apparences du contraire, l'insecte de M. de Réaumur eût les jambes à l'opposite de son dos. (D.J.)

JAMBE DE BOIS, membre artificiel, qu'on met à la place de celui qu'on a perdu par accident, ou par une opération de chirurgie. La construction de ces sortes d'instrumens, doit être dirigée par le chirurgien intelligent, afin d'imiter la nature autant qu'on le peut, & suppléer aux fonctions dont on est privé par la perte d'un membre. La nature du moignon plus ou moins court dans l'amputation de la cuisse, ou dans celle de la jambe ; les difformités naturelles ou accidentelles de la partie ; les complications permanentes de certains accidens incurables, telles que des tumeurs, des cicatrices, &c. toutes ces choses présentent des variations, qui obligent à chercher des points d'appui variés pour l'usage libre & commode d'une jambe de bois. Il faut choisir un ouvrier ingénieux, qui sache saisir les vûes qu'on lui donne, & qui puisse les rectifier en cas de besoin. Ambroise Paré a recueilli dans ses oeuvres la figure de diverses inventions de jambes, de bras, & de mains artificielles, qui réparent les difformités que cause la perte des membres, & qui servent à remplir l'action qu'ils exerçoient, & il en fait honneur à un serrurier de Paris, homme de bon esprit, nommé le petit Lorrain. La jambe de bois dont les pauvres se servent est assez connue ; mais il y en a d'autres qu'on modele sur la jambe saine, qu'on chausse comme elle, qui par des charnieres & ressorts artistement placés dans le pié facilitent la progression. Lorsque la personne veut s'asseoir, elle tire un petit verrou, qui donne la liberté de fléchir le genou. Cette jambe est gravée dans Ambroise Paré, & la description est faite dans les termes connus des ouvriers, pour qu'on puisse la leur faire exécuter sans difficulté. Ce grand chirurgien, dont les écrits ne respirent que l'amour de l'humanité & le bien public, donne pour ceux qui ont la jambe courte, après quelque accident, une béquille très-utile, inventée par Nicolas Picard, chirurgien du duc de Lorraine. Il y a un étrier de fer pour soûtenir le pié, & un arc boutant qui embrasse le moignon de la fesse, & qui fait que l'homme en marchant est comme assis du côté dont il boite. On ne peut trop faire connoître les ressources que l'on a dans la multitude des maux qui affligent l'humanité. L'Histoire de l'académie royale des sciences nous apprend dans l'éloge du P. Sébastien, carme, & grand mécanicien, que sur sa réputation un gentilhomme suédois vint à Paris lui redemander, pour ainsi dire, ses deux mains, qu'un coup de canon lui avoit emportées ; il ne lui restoit que deux moignons au-dessus des coudes. Il s'agissoit, dit M. de Fontenelle, de faire deux mains artificielles, qui n'auroient eu pour principe de leur mouvement que celui de ces moignons, distribués par des fils à des doigts qui seroient fléxibles. Pour peu qu'on fasse attention à ce projet, on sentira qu'il n'étoit pas raisonnable, & qu'il n'est pas possible de faire agir la puissance motrice au gré de la volonté, par le principe intérieur, sur les ressorts d'une machine. On dit cependant que le P. Sébastien ne s'effraya pas de l'entreprise, & qu'il présenta ses essais à l'académie des Sciences. Ambroise Paré donne la figure de mains & de bras artificiels, qui paroissent remplir toutes les intentions qu'on peut se proposer dans les cas où ils sont nécessaires. Voyez PROTHESE.

JAMBES DE HUNE. (Marine) Voyez GAMBES.

JAMBE, (Maréchallerie) partie des deux trains du cheval, qui prend au train de devant depuis le genouil jusqu'au sabot, & au train de derriere depuis le jarret jusqu'au même endroit. Lorsqu'on veut exprimer simplement la partie des jambes qui va jusqu'aux boulets, on l'appelle le canon de la jambe. Voyez CANON. Les bonnes qualités des jambes du cheval sont d'être larges, plates & seches ; c'est-à-dire, que quand on les regarde de côté, elles montrent une surface large & applatie ; nerveuses, c'est-à-dire, qu'on voie distinctement le tendon qui cotoye l'os, & qui du genouil & du jarret va se rendre dans le boulet. Voyez BOULET. Leurs mauvaises qualités sont d'être fines, c'est-à-dire étroites & menues, on les appelle aussi jambes de cerf ; d'être rondes, qui est le contraire des plates, les jambes du montoir & les jambes hors du montoir. Voyez MONTOIR. Avoir bien de la jambe & avoir peu de jambe, se dit du cheval selon qu'il a les jambes larges ou fines. N'avoir point de jambes, se dit d'un cheval qui bronche à tout moment. Les jambes gorgées. Voyez GORGE. Les jambes ruinées & travaillées. Voyez RUINE & travaillé. Les jambes roides. Voyez ROIDE. La jambe de veau est celle qui au lieu de descendre droit du genouil au boulet, plie en devant ; c'est le contraire d'une jambe arquée. Aller à trois jambes, est la même chose que boiter ; chercher la cinquieme jambe se dit d'un cheval qui pese à la main du cavalier, & qui s'appuie sur le mors pour se reposer la tête en cheminant ou en courant. Un cheval se soulage sur une jambe, quand il a mal à l'autre. Rassembler ses quatre jambes. Voyez RASSEMBLER. Droit sur ses jambes. Voyez DROIT. Faire trouver des jambes à son cheval, c'est le faire courir vîte & très-long-tems. Comme les jambes du cavalier sont une des aides, voyez AIDES. Jambe dedans, jambe dehors sont des expressions qui servent à distinguer à quelle main ou de quel côté il faut donner des aides au cheval qui manie ou qui travaille le long d'une muraille ou d'une haie. Le long d'une muraille, la jambe de dehors sera celle du côté de la muraille, & l'autre celle de dedans. Sur les voltes, si le cheval manie à droite, le talon droit sera le talon de dedans, & de même la jambe droite sera celle de dedans. Par conséquent la jambe & le talon gauches seront pris pour la jambe & le talon de dehors. Le contraire arrivera si le cheval manie à gauche. Soûtenir un cheval d'une ou de deux jambes. Voyez SOUTENIR. Laisser tomber ses jambes. Voyez TOMBER. Approcher les gras des jambes. Voyez APPROCHER. On dit du cheval qui devient sensible à l'approche des jambes de l'homme, qu'il commence à prendre les aides des jambes. Connoître, obéir, répondre aux jambes, se dit du cheval. Voyez ces termes à leurs lettres. Courir à toutes jambes. Voyez COURIR.

JAMBES de filleu, (terme de riviere) c'est la partie d'un bateau foncet, servant à retenir les rubans du mât.


JAMBÉadj. f. (Maréchallerie) bien jambé, ou bien de la jambe ; bien dans les talons, dans la main. Voyez TALONS & MAIN ; bien en selle, voyez SELLE.


JAMBEIROS. m. (Bot. exot.) nom que les Portugais donnent à l'arbre des Indes orientales, qui porte le jambos, fruit de la grosseur d'une poire, rouge-obscur en couleur, sans noyau, & très-agréable au goût. Le jambeiro croît à la hauteur d'un prunier, jette nombre de branches, qui s'étendent au long & au large, forment un grand ombrage & un bel aspect ; son écorce est lisse, de couleur grise-cendrée ; son bois est cassant ; sa feuille ressemble de figure au fer d'une lance ; elle est unie, d'un verd-brun par le haut, & d'un verd-clair par le bas ; ses fleurs sont rouges-purpurines, odorantes, d'un goût aigrelet, & ont au milieu plusieurs étamines. Cet arbre fournit toute l'année des fleurs & des fruits verds ou mûrs ; on les confit avec du sucre. (D.J.)


JAMBETTES. f. (Charpenterie) est une piece de bois, qui se met au pié des chevrons & sur les enrayures. Voyez nos Planches de Charpente.

* JAMBETTE, (Pelletterie) c'est la seconde espece de Pelletterie, que les Turcs tirent de la peau des martres-zibelines ; elle est fort inférieure à la martre proprement dite, ou celle de l'échine, & fort supérieure au samoul-bacha ou celle du col. On en pourroit avoir encore une quatrieme espece, du ventre ; mais on n'en fait aucun cas, sur-tout à Constantinople.


JAMBI(Géog.) royaume des Indes sur la côte de l'île de Sumatra ; on n'y connoît qu'une seule ville située sur une riviere qui forme un assez beau golfe. (D.J.)


JAMBIERS. m. en Anatomie, est un nom que l'on donne à deux muscles de la jambe, dont l'un s'appelle antérieur, & l'autre postérieur.

Le jambier antérieur vient de la partie inférieure antérieure du condile externe du tibia, & s'avance le long de la partie antérieure de cet os, devient peu-à-peu large & charnu vers son milieu ; ensuite il se retrécit & forme un tendon grêle & uni qui passe sous le ligament annulaire, & va s'insérer au grand os cunéiforme à l'os du métatarse qui soûtient le gros orteil. La fonction de ce muscle est de tirer le pié en-haut. Voyez nos Planches d'Anatomie.

Le jambier postérieur vient du tibia & du péroné, & du ligament interosseux ; son tendon qui est fort & uni passe sous le ligament annulaire par le sinus qui est derriere la malléole interne, & va s'insérer à la partie interne de l'os scaphoïde. Voyez nos Planches anat.

Petit jambier postérieur, voyez PLANTAIRE.


JAMBLIQUEJAMBLIQUE


JAMBOS. m. (Hist. nat. Bot.) arbre de l'île de Ceylan, dont on dit que les fruits ressemblent à des pommes, & qu'il porte des fleurs jaunes d'une odeur très-agréable.


JAMBOLI LE(Géog.) contrée de la Macédoine moderne aux confins de la Romanie, de la Bulgarie & de la Macédoine propre. (D.J.)


JAMBOLONES. m. (Hist. nat. Bot.) arbuste des Indes, qui est à-peu-près comme le myrthe, mais dont la feuille ressemble à celle du fraisier & le fruit aux grosses olives ; son fruit se confit dans le vinaigre & on le mange, il excite l'appétit.


JAMBONS. m. (Hist. nat. Conchyliol.) nom que quelques auteurs donnent à une coquille de mer bivalve, parce que par sa forme elle ressemble à un jambon ; c'est une espece de pinne marine.

JAMBON, en terme de Cuisinier, c'est la cuisse ou l'épaule du porc ou du sanglier, sechée & assaisonnée pour être gardée plus long-tems, & mangée avec plus de goût. On prépare de la maniere qui suit les jambons de Westphalie qui sont si fort en vogue : on les sale avec du salpêtre, on les met en presse pendant huit ou dix jours, on les fait tremper dans de l'eau de genievre, & ensuite on les fait sécher à la fumée de bois de genévrier.

Les meilleurs jambons que nous ayons en France sont ceux qui nous viennent de Bayonne ; on appelle jambonneau ou un petit jambon, la partie inférieure détachée d'un gros jambon.


JAMBOSS. m. (Hist. nat. Bot.) fruit des Indes qui est de la grosseur d'une poire ; il y en a deux especes, l'une est d'un rouge obscur sans noyau, & qui est d'un goût très-agréable ; l'autre est d'un rouge-clair à un noyau aussi gros que celui d'une pêche. Les Malabares nomment ce fruit jomboli, les Persans tuphat, & les Portugais jambos. L'arbre qui produit ce fruit est très-touffu, & donne beaucoup d'ombre ; il est grand comme un prunier, sa fleur est d'un rouge vif tirant sur le pourpre, l'odeur en est très-agréable, il sort de son calice un grand nombre de petits filets qui ont un goût aigrelet. La racine est forte & va profondément en terre. Cet arbre porte des fleurs & du fruit plusieurs fois dans l'année, les Chinois le nomment ven-ku, & les Portugais jamboa. On est dans l'usage d'en manger le fruit au commencement du repas, on le confit dans du sucre aussi-bien que la fleur, on les regarde comme bonnes pour les fievres bilieuses.


JAMBUS. m. (Ornithol. exot.) espece de perdrix du Brésil, d'un jaune-brun, & d'une délicatesse de goût qui ne le cede point à nos perdrix européennes. Marggrave, Hist. Brasil. (D.J.)


JAMES-BOROUGH(Géog.) ville d'Irlande sur la riviere de l'Hannon, dans la province de Leinster.

JAMES-ISLE, (Géog.) grande île des terres arctiques, ou plutôt vaste pays peu connu, mais que l'on a pris d'abord pour une seule île. Il est borné au nord par la mer Christiane, à l'orient par le détroit de Davis, au sud-ouest par le détroit d'Hudson, & à l'occident par un bras de mer, qui joint ce dernier détroit à la baie de Baffin ; on le croit partagé en trois îles, mais ce ne sont que des conjectures, puisque les navigateurs n'y ont point encore abordé ; en un mot, tout ce pays nous est inconnu. (D.J.)

JAMES-RIVER, (Géog.) grande riviere de l'Amérique septentrionale en Virginie ; elle arrose divers cantons, & se décharge finalement à l'entrée de la baie de Chesapeack. (D.J.)

JAMES sainte, (Géog.) petite ville de France en Normandie, au diocèse d'Avranches, à 3 lieues de Pontorson, 67 S. O. de Paris. Long. 16d. 28'. 1''. lat. 48d. 29'. 22''. (D.J.)

JAMES-TOWN, (Géog.) ville de l'Amérique septentrionale, capitale de la Virginie, sur la riviere de Powatan, dans une contrée nommée James-Land ; elle est sur une presqu'île au nord de la riviere, à environ 40 milles au-dessus de son embouchure ; elle a été bâtie par les Anglois en 1607. Long. 300. 5. lat. 37. (D.J.)


JAMETSGemmatium, (Géog.) petite ville de France au Barrois, sur les frontieres du Luxembourg & du Verdunois, à 2 lieues S. de Montmedi, & à 3 E. de Stenay. Long. 23. 5. lat. 49. 25. (D.J.)


JAMIS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que les Turcs nomment un temple privilégié pour les dévotions du vendredi, qu'ils appellent jumanamazi ; & qu'il n'est pas permis de faire dans les petites mosquées appellées meschids. Un jami bâti par quelque sultan est appellé jami-selatyn ou royal. Voyez Cantemir, Hist. Ottomane.


JAMIDESS. m. pl. (Hist. anc.) nom d'une des deux familles spécialement destinées dans la Grece à la fonction d'augures ; l'autre étoit des Clytides.


JAMIS TOILE A(Commerce) espece de toile de coton, qui se tire du levant par la voie d'Alep.


JAMMA-BUDO(Hist. nat. Bot.) c'est une vigne sauvage du Japon, dont les grappes sont petites, & les grains de la grosseur des raisins de Corinthe sans pepins ; elle sert à garnir les berceaux.


JAMMABOSS. m. (Hist. mod.) ce sont des moines japonois, qui font profession de renoncer à tous les biens de ce monde, & vivent d'une très-grande austérité ; ils passent leur tems à voyager dans les montagnes ; & l'hiver ils se baignent dans l'eau froide. Il y en a de deux especes ; les uns se nomment Tosanfa, & les autres Fonsanfa. Les premiers sont obligés de monter une fois en leur vie au haut d'une haute montagne bordée de précipices, & dont le sommet est d'un froid excessif, nommée Ficoosan ; ils disent que s'ils étoient souillés lorsqu'ils y montent, le renard, c'est-à-dire, le diable les saisiroit. Quand ils sont revenus de cette entreprise périlleuse, ils vont payer un tribut des aumônes qu'ils ont amassées au général de leur ordre, qui en échange leur donne un titre plus relevé, & le droit de porter quelques ornemens à leurs habits.

Ces moines prétendent avoir beaucoup de secrets pour découvrir la vérité, & ils font le métier de sorciers. Ils font un grand mystere de leurs prétendus secrets, & n'admettent personne dans leur ordre sans avoir passé par de très-rudes épreuves, comme de les faire abstenir de tout ce qui a eu vie, de les faire laver sept fois le jour dans l'eau froide, de les faire asseoir les fesses sur les talons, de frapper dans cette posture les mains au-dessus de la tête, & de se lever sept cent quatre-vingt fois par jour. Voyez Kempfer, Voyage du Japon.


JAMNA(Géog. anc.) ancienne ville de la petite île Baléare, c'est-à-dire de l'île Minorque ; on croit communément que c'est Citadella sur la côte occidentale de l'île. (D.J.)


JANS. m. (jeu) au trictrac se dit de la disposition du jeu, lorsqu'il y a douze dames abattues deux à deux, qui font le plein d'un des côtés du trictrac. Il y en a qui font dériver ce mot de Janus, auquel les Romains donnoient plusieurs faces, & disent qu'on l'a mis en usage dans le jeu du trictrac pour marquer la diversité des faces ; il y a plusieurs sortes de jans, comme le grand & le petit jan, le jan de trois coups, le jan de deux tables, le contre jan de deux tables, jan de Mézéas, contre jan de Mézéas, jan de retour, jan de récompense, jan qui ne peut. Voyez tous ces termes expliqués à leur article.

Quelques-uns définissent encore le jan en général un coup de trictrac qui apporte du profit ou de la perte aux joueurs, quelquefois l'un & l'autre ensemble.

Jan de Mézéas, au trictrac, est un coup qui se fait quand au commencement d'une partie, on se saisit de son coin de repos sans avoir aucune autre dame abattue dans tout son jeu. Ce jan vaut quatre points lorsqu'on amene un as, & six, si l'on en amene deux.

Jan qui ne peut, au trictrac, se fait toutes les fois que les nombres de points qu'on amene tombent sur une dame découverte de l'adversaire, & que les cases ferment les passages ; & il se fait encore au jan de retour, lorsque vous ne pouvez jouer les nombres que vous avez amenés.

Jan de récompense. On fait un jan de récompense au trictrac, lorsque le nombre de points produits par les dés jettés, tombe en les comptant sur une dame découverte de son adversaire ; le gain qu'on fait dans la table du coin de repos, & celle du petit jan, sont différens. Dans la premiere on ne gagne sur chaque dame découverte que deux points par simples pour chaque moyen, & quatre points par doubles ; au lieu que dans la derniere on profite de quatre points par simples, & de six par double. Mais si on bat par deux manieres simples, on gagne huit points, & douze par trois.

Le jan de récompense arrive quantité de fois dans le jeu de trictrac, comme on vient de le voir, & il se fait encore, quand s'étant saisi de son coin de repos, on bat celui de son adversaire qui est vuide, & pour lors on gagne quatre points par simples, & six par doubles.

Jan de retour, au trictrac, est un jeu qu'on ne peut faire sans avoir rompu son grand jan, parce qu'il faut se servir des mêmes dames qui le composoient. Pour y parvenir, on passe les dames dans la premiere table de son adversaire, & on les conduit dans la seconde qui est celle où étoient d'abord les tas de bois ou de dames de celui contre qui l'on joue ; & si-tôt que les cases de cette derniere table sont remplies, le jan de retour est fait. On ne sauroit passer que la fleche sur laquelle on prend passage, ne soit absolument nue, autrement le passage est fermé : c'est un passage pour la battre, & même une autre qui seroit plus loin ; mais on ne pourroit pas passer pour cela ; tant qu'on garde son jan de retour, & lorsqu'on le fait, on gagne autant qu'au grand & petit jan. On saura pour regle générale, que qui ne peut jouer tous les nombres qu'il a faits au jan de retour, perd deux points pour chaque dame qu'il ne peut jouer, soit qu'il ait joué par simples ou par doubles ; quand le jan de retour est rompu, on leve à chaque coup, selon les dés, les dames du trictrac ; & celui qui a plutôt fait, gagne quatre points par simples, & six par doubles. Après quoi on empile de nouveau le bois pour recommencer à abattre les dames, & faire de nouveaux plains jusqu'à ce qu'on ait gagné les douze trous qui sont le tout ou la partie complete du trictrac.

Jan de deux tables au trictrac, est celui qui se fait quand au commencement d'une partie on n'a que deux dames abattues, & placées de sorte que de votre dé vous pouvez mettre une de ces dames dans votre coin de repos, & l'autre dans celui de votre adverse partie. Jan de deux tables est un hasard du jeu du trictrac qui tourne à l'avantage de celui qui le fait. Il vaut quatre points par simple & six par double, qu'il faut marquer, quoiqu'on ne puisse pas placer ses dames dans l'un ni dans l'autre de ses coins, ne pouvant être pris que par deux dames à-la-fois ; cependant, parce qu'on a la puissance de les y mettre on en tire le profit.

Jan de trois coups, au trictrac, se dit d'un joueur qui au commencement d'une partie abat en trois coups six dames de suite depuis la pile jusqu'où est comprise la case de sannes. Le jan de trois coups vaut ordinairement quatre points à celui qui le fait, & pas plus, parce qu'il ne peut se faire par doublets. Pour que ce jan profite, les regles du jeu n'obligent point à jouer le dernier coup ; on peut seulement marquer quatre points pour son jan, & faire une case dans son grand jan, avec le bois battu dans le petit.

Il y a encore d'autres jans, tels que jan de courtes chausses, ou celui où par un coup de dés fâcheux on ne peut achever son jan de retour ; jan de rencontre ou celui où en commençant la partie, les deux joueurs amenent les mêmes dés, &c. On néglige aujourd'hui dans la pratique du jeu la plûpart de ces jans.


JAN-RAIAS. f. (Bot.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond ; son calice devient dans la suite un fruit aîlé, qui n'a qu'une seule capsule, & qui renferme une semence arrondie. Plumier.


JANAS. f. (Mytholog.) nom de Diane, qui fut changé en celui de Diana, par l'addition du D, que l'J consonne entraîne dans plusieurs langues. Varron appelle la lune dans ses différentes phases, Jane croissante & décroissante. D'autres prétendent que Diana a été fait de diva Jana, ou dia Jana ; le soleil s'est appellé aussi divos Janos, dieu Janus.


JANACAS. m. (Hist. nat. Zoologie) animal quadrupede qui se trouve en Afrique dans la Nigritie ; il est aussi haut qu'un cheval, mais il n'est point si long ; ses jambes sont menues, son cou est long, sa peau est rousse ou jaunâtre avec des raies blanches ; son front est armé de cornes comme les boeufs.


JANACIS. m. (Hist. mod.) jeunes hommes courageux, ainsi appellés chez les Turcs de leur vertu guerriere.


JANACONAS(Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme dans la nouvelle Espagne un droit que les Indiens soumis aux Espagnols sont obligés de payer pour leur sortie, lorsqu'ils quittent leurs bourgs ou leurs villages.


JANCAMS. m. (Hist. mod.) petit fourneau de terre à l'usage des Chinois qui s'en servent pour faire le thé & pour cuire le jancam.


JANCOMA(Géog.) royaume d'Asie, dans les Indes orientales, au royaume de Pégu, dans la partie de la peninsule de l'Inde, qui est au-delà du Gange.


JANÉIRO RIO(Géog.) riviere de l'Amérique méridionale sur la côte du Brésil ; elle donne son nom à une province ou capitainerie où est St. Sébastien. Elle fut découverte par François Villegagnon protestant, en 1515 ; mais les Portugais s'emparerent du pays en 1558. Le Rio Janéiro que j'ai qualifié de riviere, est plutôt un golfe, puisque l'eau en est salée, & que l'on y trouve des poissons de mer, des requins, des raies, des marsouins, & même jusqu'à des baleines. (D.J.)


JANGOMASS. m. (Botan. exot.) arbre de la côte de Malabar, nommé par C. B. aubius arbor pruno similis, spinosa. Il vient sans culture dans les champs, s'éleve à la hauteur du prunier ordinaire, & est tout hérissé d'épines ; sa fleur est blanche ; son fruit ressemble à celui du sorbier, jaune quand il est mûr, d'un goût de prune sauvage, stiptique, & acerbe ; on l'emploie dans les remedes astringens, pour arrêter le cours de ventre. (D.J.)


JANICULE(Géog. anc. & Littérat.) montagne ou plutôt colline de la ville de Rome, quoiqu'elle ne soit pas comprise dans le nombre des sept, qui ont fait donner à cette capitale le nom de la ville aux sept montagnes, urbs septicollis.

Le Janicule avoit tiré sa dénomination de Janus qui y demeuroit vis-à-vis du Capitole, lequel étoit alors occupé par Saturne ; ils possédoient chacun une petite ville ; & quoique ni l'une ni l'autre ne subsistassent plus après la guerre de Troie, Virgile n'a pas laissé d'orner l'Eneïde de cette tradition populaire. Voyez, dit Evandre au héros troyen, ces deux villes dont les murs sont renversés ; leurs ruines même vous rappellent le regne de deux anciens monarques ; celle-ci fut bâtie par Janus, & celle-là par Saturne : l'une fut nommée Janicule, & l'autre fut appellée Saturnie.

Haec duo praetere à disjectis oppida muris,

Reliquias, veterumque vides monimenta virorum,

Hanc Janus pater, hanc Saturnus condidit urbem

Janiculum huic, illi fuerat Saturnia nomen.

Aenéïd. liv. VIII. v. 355.

Cette opposition de deux villes, donna lieu au nom d'Antipolis, dont Pline se sert pour désigner le Janicule. Ancus Martius le joignit à la ville de Rome par un pont qu'il fit bâtir sur le Tibre. Numa Pompilius y fut enterré, selon Denys d'Halicarnasse, Tite-Live, Pline, & Solin. Eusebe dans sa chronique y met aussi la sépulture du poëte Stace ; Victoré place au Janicule les jardins de Géta, que le Nardini & le Donati croient avoir été formés près de la porte Septinienne.

On posoit au Janicule un corps-de-garde dans le tems des Comices, & on y montoit la garde pour la sûreté de la ville & de la riviere qui coule au bas. Aujourd'hui cette colline comprend sous elle le Vatican, & se termine à l'église de SantoSpirito in Sassia. On l'appelle communément Montorio, à cause de la couleur de son sable qui est jaunâtre : c'est un des endroits de Rome des moins habités.

Pour ce qui regarde le pont du Janicule, que les Romains appelloient pons Janiculensis, Antonin l'avoit rebâti de marbre. Il se rompit par la suite des tems, & demeura dans un triste état de décombres, jusqu'à ce que Sixte IV. en ait construit un autre à la place : c'est de-là que lui vient son nom moderne, ponte Sisto. (D.J.)


JANIPABAS. m. ganipa, fructu ovato, (Botan. exot.) Plum. espece de genipa du Brésil, & des îles de l'Amérique, dont il est un des plus grands arbres, ressemblant au hêtre ; son écorce est grise ou blanche ; son bois est moëlleux & fragile ; ses rameaux sont revétus de feuilles longues de plus d'un pié, de couleur verte, luisantes, & en forme de langue de boeuf ; sa fleur est petite, d'une seule piece, en cloche, approchante de celle du narcisse, blanche, tachetée de jaune en-dedans, répandant une odeur de girofle ; son fruit est plus gros qu'une orange, rond, couvert d'une écorce tendre, & cendrée ; sa chair solide, jaunâtre, visqueuse, s'amollit en mûrissant, & donne un suc aigrelet, d'un parfum assez agréable : on trouve au milieu de ce fruit, qui est partagé en deux, des semences comprimées, presque orbiculaires ; on mange le fruit quand il est mûr ; on en tire par expression une liqueur vineuse, qui dans le commencement est astringente & rafraîchissante, mais qui étant gardée, perd son astriction, & devient échauffante. (D.J.)


JANISARKIS. m. (Commerce) on nomme ainsi à Constantinople le basar couvert, où l'on vend les drogues & les toiles. C'est un vaste bâtiment fermé par deux grandes voutes, sous l'une desquelles sont toutes les boutiques de Droguerie, & sous l'autre celles des Marchands de toile. Dictionnaire de Commerce.


JANISSAIRES. m. (Hist. turq.) soldat d'infanterie turque, qui forme un corps formidable en lui-même, & sur-tout à celui qui le paye.

Les gen-y-céris, c'est-à-dire, nouveaux soldats, que nous nommons janissaires, se montrerent chez les Turcs (quand ils eurent vaincu les Grecs) dans toute leur vigueur, au nombre d'environ 45 mille, conformément à leur établissement, dont nous ignorons l'époque. Quelques historiens prétendent que c'est le sultan Amurath II, fils d'Orcan, qui a donné en 1372, à cette milice déja instituée, la forme qu'on voit subsister encore.

L'officier qui commande cette milice, s'appelle jen-y-céris aghasi ; nous disons en françois l'aga des janissaires ; & c'est un des premiers officiers de l'empire.

Comme on distingue dans les armées de sa hautesse les troupes d'Europe, & les troupes d'Asie, les janissaires se divisent aussi en janissaires de Constantinople, & janissaires de Damas. Leur paye est depuis deux aspres jusqu'à douze ; l'aspre vaut environ six liards de notre monnoie actuelle.

Leur habit est de drap de Salonique, que le grand-seigneur leur fait donner toutes les années, le jour de Ramazan. Sous cet habit ils mettent une surveste de drap bleu ; ils portent d'ordinaire un bonnet de feutre, qu'ils appellent un zarcola, & un long chaperon de même étoffe qui pend sur les épaules.

Leurs armes sont en tems de guerre un sabre, un mousquet, & un fourniment qui leur pend du côté gauche. Quant à leur nourriture, ce sont les soldats du monde qui ont toûjours été le mieux alimentés ; chaque oda de janissaires avoit jadis, & a encore, un pourvoyeur qui lui fournit du mouton, du ris, du beurre, des légumes, & du pain en abondance.

Mais entrons dans quelques détails, qu'on sera peut-être bien aise de trouverici, & dont nous avons M. de Tournefort pour garant ; les choses à cet égard, n'ont point changé depuis son voyage en Turquie.

Les janissaires vivent honnêtement dans Constantinople ; cependant ils sont bien déchus de cette haute estime où étoient leurs prédécesseurs, qui ont tant contribué à l'établissement de l'empire turc. Quelques précautions qu'ayent pris autrefois les empereurs, pour rendre ces troupes incorruptibles ; elles ont dégénéré. Il semble même qu'on soit bien-aise depuis plus d'un siecle, de les voir moins respectées, de crainte qu'elles ne se rendent plus redoutables.

Quoique la plus grande partie de l'infanterie turque s'arroge le nom de janissaires, il est pourtant sûr que dans tout ce vaste empire, il n'y en a pas plus de 25 mille qui soient vrais janissaires, ou janissaires de la Porte : autrefois cette milice n'étoit composée que des enfans de tribut, que l'on instruisoit dans le Mahométisme. Présentement cela ne se pratique plus, depuis que les officiers prennent de l'argent des Turcs, pour les recevoir dans ce corps. Il n'étoit pas permis autrefois aux janissaires de se marier, les Musulmans étant persuadés que les soins du ménage rendent les soldats moins propres à la profession des armes : aujourd'hui se marie qui veut avec le consentement des chefs, qui ne le donnent pourtant pas sans argent ; mais la principale raison qui détourne les janissaires du mariage, c'est qu'il n'y a que les garçons qui parviennent aux charges, dont les plus recherchées sont d'être chefs de leur oda.

Toute cette milice loge dans de grandes casernes, distribuées en plusieurs chambres : chaque chambre a son chef qui y commande. Il reçoit ses ordres des capitaines, au-dessus desquels il y a le lieutenant-général, qui obéit à l'aga seul.

Le bonnet de cérémonie des janissaires est fait comme la manche d'une casaque ; l'un des bouts sert à couvrir leur tête, & l'autre tombe sur leurs épaules ; on attache à ce bonnet sur le front, une espece de tuyau d'argent doré, long de demi-pié, garni de fausses pierreries. Quand les janissaires marchent à l'armée, le sultan leur fournit des chevaux pour porter leur bagage, & des chameaux pour porter leurs tentes ; savoir un cheval pour 10 soldats, & un chameau pour 20. A l'avénement de chaque sultan sur le trone, on augmente leur paye pendant quelque tems d'un aspre par jour.

Les chambres héritent de la dépouille de ceux qui meurent sans enfans ; & les autres, quoiqu'ils ayent des enfans, ne laissent pas de léguer quelque chose à leur chambre. Parmi les janissaires, il n'y a que les solacs & les peyes qui soient de la garde de l'empereur ; les autres ne vont au serrail, que pour accompagner leurs commandans les jours de divan, & pour empêcher les desordres. Ordinairement on les met en sentinelle aux portes & aux carrefours de la ville : tout le monde les craint & les respecte, quoiqu'ils n'ayent qu'une canne à la main, car on ne leur donne leurs armes, que lorsqu'ils vont en campagne.

Plusieurs d'entr'eux ne manquent pas d'éducation, étant en partie tirés du corps des amazoglans, parmi lesquels leur impatience, ou quelqu'autre défaut, ne leur a pas permis de rester : ceux qui doivent être reçûs, passent en revûe devant le commissaire, & chacun tient le bas de la veste de son compagnon. On écrit leurs noms sur le registre du grand-seigneur ; après quoi ils courent tous vers leurs maîtres de chambre, qui pour leur apprendre qu'ils sont sous sa jurisdiction, leur donne à chacun en passant, un coup de main derriere l'oreille.

On leur fait faire deux sermens dans leur enrôlement ; le premier, de servir fidelement le grand-seigneur ; le second, de suivre la volonté de leurs camarades. En effet, il n'y a point de corps plus uni que celui des janissaires, & cette grande union soutient singulierement leur autorité ; car quoiqu'ils ne soient que 12 à 13 mille dans Constantinople, ils sont sûrs que leurs camarades ne manqueront pas d'approuver leur conduite.

De-là vient leur force, qui est telle, que le grand-seigneur n'a rien au monde de plus à craindre que leurs caprices. Celui qui se dit l'invincible sultan, doit trembler au premier signal de la mutinerie d'un misérable janissaire.

Combien de fois n'ont-ils pas fait changer à leur fantaisie la face de l'empire ? les plus fiers empereurs, & les plus habiles ministres, ont souvent éprouvé qu'il étoit pour eux du dernier danger d'entretenir en tems de paix, une milice si redoutable. Elle déposa Bajazet II. en 1512 ; elle avança la mort d'Amurat III. en 1595 ; elle menaça Mahomet III. de le détrôner. Osman II. qui avoit juré leur perte, ayant imprudemment fait éclater son dessein, en fut indignement traité, puisqu'ils le firent marcher à coups de piés depuis le serrail jusques au château des sept tours, où il fut étranglé l'an 1622. Mustapha que cette insolente milice mit à la place d'Osman, fut détrôné au bout de deux mois, par ceux-là même qui l'avoient élevé au faîte des grandeurs. Ils firent aussi mourir le sultan Ibrahim en 1649, après l'avoir traîné ignominieusement aux sept tours ; ils renverserent du trone son fils Mahomet IV. à cause du malheureux succès du siége de Vienne, lequel pourtant n'échoua que par la faute de Cara-Mustapha, premier visir. Ils préférerent à cet habile sultan son frere Soliman III. prince sans mérite, & le déposerent à son tour quelque tems après. Enfin, en 1730, non-contens d'avoir obtenu qu'on leur sacrifiât le grand visir, le rei-Effendi, & le capitan bacha ; ils déposerent Achmet III. l'enfermerent dans la prison, d'où ils tirerent sultan Mahomet, fils de Mustapha II. & le proclamerent à sa place. Voilà comme les successions à l'empire sont réglées en Turquie. (D.J.)


JANJA(Géog.) fleuve de la Sibérie septentrionale, qui se jette dans la mer glaciale.


JANN(LA), Géog. contrée de la Turquie européenne dans la Macédoine, sur l'Archipel, bornée N. par le Comenolitari, S. par la Livadie, O. par l'Albanie, & E. par l'Archipel. Elle répond à la Thessalie des anciens ; Larisse en est la capitale ; ses principales rivieres sont le Sélampria, le Pénée des Grecs, l'Epidêne qui est leur Apidanus, & l'Agrioméla, qui est leur Sperchius. (D.J.)


JANNANINSS. m. pl. (Hist. mod. superstit.) c'est le nom que les Negres de quelques parties intérieures de l'Afrique donnent à des esprits qu'ils croient être les ombres ou les ames de leurs ancêtres, & qu'ils vont consulter ou adorer dans les tombeaux. Quoique ces peuples reconnoissent un dieu suprême nommé Kanno, leur principal culte est réservé pour ces prétendus esprits. Chaque négre a son jannanin tutélaire, à qui il s'adresse dans ses besoins, il va le consulter dans son tombeau, & regle sa conduite sur les réponses qu'il croit en avoir reçûes. Ils vont sur-tout les interroger sur l'arrivée des vaisseaux européens, dont les marchandises leur plaisent autant qu'aux habitans des côtes. Chaque village a un jannanin protecteur, à qui l'on rend un culte public, auquel les femmes, les enfans & les esclaves ne sont point admis : on croiroit s'attirer la colere du génie, si on permettoit la violation de cette regle.


JANOUARES. m. (Hist. nat.) animal quadrupede du Brésil, monté sur des jambes hautes & seches comme un lévrier, ce qui le rend très-léger à la course. Il est de la grandeur d'un chien, sa peau est tachetée comme celle d'un tigre. Cet animal, qui est très-agile & très-vorace, cause beaucoup de frayeur aux habitans.


JANOW(Géog.) il y a trois villes de ce nom en Pologne. La premiere est dans la haute Podolie ; la seconde dans la province de Mazovie, sur les frontieres de la Prusse ; & la troisieme est en Lithuanie, dans la province de Briescia.


JANOWECZ(Géog.) ville de la petite Pologne, située dans le Palatinat de Sendomir.


JANOWITZ(Géog.) petite ville de Bohème au cercle de Kaurschim, fameuse par la bataille de 1645, où le général suédois Torstenson défit les Impériaux. Elle est à six milles de Prague, en allant vers la Moravie. Long. 32. 28. latit. 5. 12. (D.J.)


JANSÉNISMES. m. (Hist. ecclés.) dispute sur la grace, & sur différens autres points de la doctrine chrétienne, à laquelle un ouvrage de Corneille Jansénius a donné lieu.

Corneille Jansénius naquit de parens catholiques à Laerdam en Hollande. Il étudia à Utrecht, à Louvain & à Paris. Le fameux Jean du Verger de Hauranne, abbé de S. Cyran, son ami, le mena à Bayonne, où il passa douze ans en qualité de principal du collége. Ce fut-là qu'il ébaucha l'ouvrage qui parut après sa mort sous le titre d'Augustinus. De retour à Louvain, il y prit le bonnet de docteur, obtint une chaire de professeur pour l'Ecriture-sainte, & fut nommé à l'évêché d'Ypres qu'il ne posséda pas long-tems. Il mourut de peste quelques années après sa nomination.

Il avoit travaillé vingt-ans à son ouvrage. Il y mit la derniere main avant sa mort, & laissa à quelques amis le soin de le publier.

Ce livre le fut en effet en 1640 à Louvain en un volume in-folio, divisé en trois parties, qui traitent principalement de la grace.

On trouve dans l'ouvrage de Jansénius, & dans son testament, diverses protestations de sa soûmission au S. Siége.

Le pape Urbain VIII. proscrivit en 1649 l'Augustinus de Corneille Jansénius, comme renouvellant les erreurs du Bayanisme. Cornet, syndic de la faculté, en tira quelques propositions qu'il déféra à la Sorbonne, qui les condamna. Le docteur Saint-Amour & soixante & dix autres appellerent de cette décision au parlement. La faculté porta l'affaire devant le clergé. Les prélats, dit M. Godeau, voyant les esprits trop échauffés, craignirent de prononcer, & renvoyerent la chose au pape Innocent X. Cinq cardinaux & treize consulteurs tinrent par l'ordre d'Innocent, dans l'espace de deux ans & quelques mois, trente-six congrégations. Le pape présida en personne aux dix dernieres. Les propositions y furent discutées. Le docteur Saint-Amour, l'abbé de Bourzeis, & quelques autres qui défendoient la cause de Jansénius, furent entendus ; & l'on vit paroître en 1653 le jugement de Rome qui censure & qualifie les propositions suivantes.

Premiere proposition. Aliqua Dei precepta hominibus justis volentibus & conantibus, secundùm praesentes quas habent vires, sunt impossibilia. Deest quoque illis gratia quâ possibilia sunt. Quelques commandemens de Dieu sont impossibles à des hommes justes qui veulent les accomplir, & qui font à cet effet des efforts selon les forces présentes qu'ils ont. La grace même qui les leur rendroit possibles, leur manque.

Cette proposition qui se trouve mot pour mot dans Jansénius, fut déclarée téméraire, impie, blasphématoire, frappée d'anathème, & hérétique.

Calvin avoit prétendu que tous les commandemens sont impossibles à tous les justes, même avec la grace efficace, & cette erreur avoit été proscrite dans la sixieme session du concile de Trente.

La doctrine de l'Eglise est que Deus impossibilia non jubet, sed jubendo monet & facere quod possis, & petere quod non possis ; que Dieu n'ordonne rien d'impossible, mais avertit en ordonnant & de faire ce que l'on peut, & de demander ce que l'on ne peut pas.

Seconde proposition : interiori gratiae in statu naturae lapsae nunquam resistitur. Dans l'état de nature tombé, on ne résiste jamais à la grace intérieure.

Cette proposition n'est pas mot à mot dans l'ouvrage de Jansénius ; mais la doctrine qu'elle présente fut notée d'hérésie, parce qu'elle parut opposée à ces paroles de J. C. Jerusalem, quoties volui congregare filios tuos, sicut gallina congregat pullos suos sub alis, & noluisti. Jérusalem, combien de fois n'ai-je pas voulu rassembler tes enfans, comme la poule rassemble ses petits sous ses aîles, & tu ne l'as pas voulu ? & à celles-ci que S. Etienne adresse aux Juifs : durâ cervice & incircumcisis cordibus, vos semper Spiritui sancto resistitis. Têtes dures, coeurs incirconcis, vous résistez toûjours à l'Esprit saint ; & à ce passage de S. Paul, videte ne quis vestrûm desit gratiae Dei. Faites qu'aucun de vous ne résiste à la grace de Dieu.

Troisieme proposition : ad merendum vel demerendum in statu naturae lapsae, non requiritur in homine libertas a necessitate, sed sufficit libertas a coactione. Dans l'état de nature tombée, l'homme pour mériter ou pour démériter n'a pas besoin d'une liberté exemte de nécessité, il lui suffit d'une liberté exemte de contrainte.

On ne lit pas cette proposition dans Jansénius, mais celle-ci : l'homme est libre, dès qu'il n'est pas contraint. La nécessité simple, c'est-à-dire la détermination invincible qui part d'un principe extérieur, ne répugne point à la liberté. Une oeuvre est méritoire ou déméritoire, lorsqu'on la fait sans contrainte, quoi qu'on ne la fasse pas sans nécessité. Voyez lib. VI. de grat. Christ. C'est la suite du penchant de la délectation victorieuse ; où l'homme mérite & démérite, quoique son action exemte de contrainte ne le soit pas de nécessité.

La proposition troisieme fut déclarée hérétique ; car il est de foi que le mouvement de la grace efficace même n'emporte point de nécessité.

Luther & Calvin n'avoient admis dans l'homme de liberté que pour le physique des actions. Quant au moral, ils prétendoient que l'exemtion de contrainte suffisoit ; & que quoique nécessité, on pourroit mériter ou démériter ; le concile de Trente avoit anathématisé ces erreurs.

Quatrieme proposition : semi-pelagiani admittebant praevenientis gratiae necessitatem ad singulos actus, etiam ad initium fidei ; & in hoc erant haeretici quod vellent eam gratiam talem esse cui posset humana voluntas resistere vel obtemperare. Les semi-pélagiens admettoient la nécessité d'une grace prévenante pour toutes les bonnes oeuvres, même pour le commencement de la foi ; & ils étoient hérétiques, en ce qu'ils pensoient que cette grace étoit telle que la volonté de l'homme pouvoit s'y soumettre ou y résister.

La premiere partie de cette proposition est un fait, & on lit dans Jansénius, liv. VII. & VIII. de l'hérés. pélag. il n'est pas douteux que les demi-Pélagiens n'ayent admis la nécessité d'une grace actuelle & intérieure pour les premieres volontés de croire, d'espérer, &c.

Cette opinion de Jansénius sur le sémi-pélagianisme est regardée par tous les Théologiens comme contraire à la vérité & à l'autorité de S. Augustin, & la qualité de fausse de la censure tombe là-dessus.

Quant à la seconde partie qui concerne le dogme, elle a été qualifiée d'hérétique. Ainsi il paroit qu'il falloit dire, 1°. que les sémi-Pélagiens n'ont point admis la nécessité d'une grace intérieure pour le commencement de la foi ; 2°. que quand ils l'auroient admise, ils n'auroient point erré en prétendant que cette grace étoit telle que la volonté pût y consentir ou la rejetter.

Cinquieme proposition : semi-Pelagianum est dicere Christum pro omnibus hominibus mortuum esse aut sanguinem fudisse. C'est une erreur demi-pélagienne que Jesus-Christ est mort pour tous les hommes, ou qu'il ait répandu son sang pour eux.

Jansénius dit, de grat. Christ. lib. III. cap. ij. que les peres, bien loin de penser que Jesus-Christ soit mort pour le salut de tous les hommes, ont regardé cette opinion comme une erreur contraire à la foi catholique, & que le sentiment de S. Augustin est, qu'il n'est mort que pour les prédestinés, & qu'il n'a pas plus prié son Pere pour le salut des réprouvés que pour le salut des démons.

Le symbole de Nicée a dit, qui propter nos homines & propter nostram salutem descendit de coelis... incarnatus est... passus est... & la cinquieme proposition fut condamnée comme impie, blasphématoire & hérétique.

Cependant M. Bossuet dit, justif. des réfl. moral. p. 67. qu'il ne faut pas faire un point de foi également décidé de la volonté de sauver tous les justifiés, & de celle de sauver tous les hommes.

Telles sont les cinq fameuses propositions qui donnerent lieu à la bulle d'Innocent X. à laquelle on objecta que les cinq propositions n'étoient pas dans le livre de Jansénius, & qu'elles n'avoient pas été condamnées dans le sens de cet auteur, & l'on vit naître la fameuse distinction du fait & du droit.

Diverses assemblées du clergé de France tenues en 1654, 5, 6, & 7, statuerent, 1°. que les cinq propositions étoient dans le livre de Jansénius ; 2°. qu'elles avoient été condamnées dans le sens propre & naturel de l'auteur.

Innocent X. adressa à ce sujet un bref en 1654. Alexandre VII. son successeur, dit dans sa constitution de 1656, que les cinq propositions extraites de l'Augustinus, ont été condamnées dans le sens de l'auteur.

Cependant M. Arnauld, lett. à un duc & pair, soûtint que les propositions n'étoient point dans Jansénius ; qu'elles n'avoient point été condamnées dans son sens, & que toute la soûmission qu'on pouvoit exiger des fideles à cet égard, se réduisoit au silence respectueux. Il prétendit encore que la grace manque au juste dans des occasions où l'on ne peut pas dire qu'il ne peche pas ; qu'elle avoit manqué à Pierre en pareil cas, & que cette doctrine étoit celle de l'Ecriture & de la tradition.

La Sorbonne censura en 1656 ces deux propositions ; & M. Arnauld ayant refusé de se soûmettre à sa décision, fut exclus du nombre des docteurs. Les candidats signent encore cette censure.

Cependant les disputes continuoient. Pour les étouffer, le clergé, dans différentes assemblées tenues depuis 1655 jusqu'en 1661, dressa une formule de foi que les uns souscrivirent, & que d'autres rejetterent. Les évêques s'adresserent à Rome, & il en vint en 1665 une bulle qui enjoignit la signature du formulaire, appellé communément d'Alexandre VII. dont voici la teneur.

Ego N. constitutioni apostolicae Innocent. X. datae die tertia Maii, an. 1653, & constitutioni Alex. VII. datae die sexta Octob. an. 1656. summorum pontificum, me subjicio, & quinque propositiones ex Cornelii Jansenii libro cui nomen est Augustinus excerptas, & in sensu ab eodem autore intento, prout illas praedictas propositiones sedes apostolica damnavit, sincero animo damno ac rejicio, & ita juro. Sic me Deus adjuvet, & haec sancta Evangelia.

Louis XIV. donna en 1665 une déclaration qui fut enregistrée au parlement, & qui confirma la signature du formulaire sous des peines grieves. Le formulaire devint ainsi une loi de l'Eglise & de l'Etat.

Les défenseurs du formulaire disent que les cinq propositions ont été condamnées dans le sens de Jansénius, car elles ont été déférées & discutées à Rome dans ce sens.

Ce sens est clair ou obscur. S'il est clair, le pape, les évêques & tout le Clergé est donc bien aveugle. S'il est obscur, les Jansénistes sont donc bien éclairés.

Le jugement d'Innocent X. est irréformable, parce qu'il a été porté par un juge compétent, après une mûre délibération, & accepté par l'Eglise. Personne ne doute, dit M. Bossuet, lett. aux relig. de P. R. que la condamnation des propositions ne soit canonique.

Cependant MM. Pavillon évêque d'Aleth, Choart de Buzenval évêque d'Amiens, Caulet évêque de Pamiers & Arnauld évêque d'Angers distinguerent expressément dans leurs mandemens la question de fait & celle de droit.

Le pape irrité voulut leur faire faire leur procès, & nomma des commissaires. Il s'éleva une contestation sur le nombre des juges. Le roi en vouloit douze. Le pape n'en vouloit que dix. Celui-ci mourut, & sous son successeur Clément IX. MM. d'Estrées, alors évêque de Laon & depuis cardinal, de Gondrin archevêque de Sens, & Vialart évêque de Châlons, proposerent un accommodement, dont les termes étoient, que les quatre évêques donneroient & feroient donner dans leurs diocèses une nouvelle signature de formulaire, par laquelle on condamneroit les propositions de Jansénius sans aucune restriction, la premiere ayant été jugée insuffisante.

Les quatre évêques y consentirent. Cependant dans les procès verbaux des synodes diocésains qu'ils tinrent pour cette nouvelle signature, on fit la distinction du fait & du droit, & l'on inséra la clause du silence respectueux sur le fait. La volonté du pape fut-elle ou ne fut-elle pas éludée ? C'est une grande question entre les Jansénistes & leurs adversaires.

Il est certain que la question de fait peut être prise en divers sens. 1°. Pour le fait personnel, c'est-à-dire quelle a été l'intention personnelle de Jansénius. 2°. Pour le fait grammatical, savoir si les propositions se trouvent mot pour mot dans Jansénius. 3°. Pour le fait dogmatique, ou l'attribution des propositions à Jansénius, & leur liaison avec le dogme.

On convient que la décision de l'Eglise ne peut s'étendre au fait pris soit au premier soit au second sens. Mais est-ce du fait pris dans ces deux sens, ou du fait pris au troisieme qu'il faut entendre la distinction dans laquelle persisterent les quatre évêques & les dix-neuf autres qui se joignirent à eux ? C'est une difficulté que nous laissons à examiner à ceux qui se chargeront de l'histoire ecclésiastique de ces tems.

Quoi qu'il en soit, voilà ce qu'on appelle la paix de Clement IX.

Les évêques de Flandres ayant fait quelque altération à la souscription du formulaire, quelques docteurs de Louvain dépêcherent à Rome un des leurs, appellé Hennebel, pour se plaindre de cette témérité ; & Innocent XII. donna en 1694 & 1696 deux brefs, dans l'un desquels il dit : " Nous attachant inviolablement aux constitutions de nos prédécesseurs Innocent X. & Aléxandre VII. nous déclarons que nous ne leur avons donné ni ne donnons aucune atteinte, qu'elles ont demeuré & demeurent encore dans toute leur force ". Il ajoûte dans l'autre : " Nous avons appris avec étonnement que certaines gens ont osé avancer que dans notre premier bref, nous avions altéré & réformé la constitution d'Alexandre VII. & le formulaire dont il a prescrit la signature. Rien de plus faux, puisque par ledit bref nous avons confirmé l'un & l'autre, que nous y adhérons constamment, que telle est & a toûjours été notre intention ".

Le pape, dans un de ces brefs, dit des Jansénistes, les prétendus Jansénistes. Ce mot de prétendus diversement interprété par les deux partis, acheve d'obscurcir la question de la signature pure & simple du formulaire.

Depuis la paix de Clément IX. les esprits avoient été assez tranquilles, lorsqu'en 1702 on vit patoître le fameux cas de conscience. Voici ce que c'est.

On supposoit un ecclésiastique qui condamnoit les cinq propositions dans tous les sens que l'Eglise les avoit condamnées, même dans le sens de Jansénius de la maniere qu'Innocent XII. l'avoit entendu dans ses brefs aux évêques de Flandres, & auquel cependant on avoit refusé l'absolution, parce que, quant à la question de fait, c'est-à-dire, à l'attribution des propositions au livre de Jansénius, il croyoit que le silence respectueux suffisoit ; & l'on demandoit à la Sorbonne ce qu'elle pensoit de ce refus d'absolution.

Il parut une décision signée de quarante docteurs, dont l'avis étoit que le sentiment de l'ecclésiastique n'étoit ni nouveau ni singulier, qu'il n'avoit jamais été condamné par l'Eglise, & qu'on ne devoit point pour ce sujet lui refuser l'absolution.

Cette piece ralluma l'incendie. Le cas de conscience occasionna plusieurs mandemens. Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, exigea & obtint des docteurs qui l'avoient signé une rétractation. Un seul tint ferme, & fut exclus de la Sorbonne.

Cependant les disputes renouvellées ne finissant point, Clement XI. qui occupoit alors la chaire de S. Pierre, après plusieurs brefs, publia sa bulle, Vineam Domini sabaoth. Elle est du 15. Juillet 1705. Et il paroît que son objet est de déclarer que le silence respectueux sur le fait ne suffit pas pour rendre à l'Eglise la pleine & entiere obeissance qu'elle exige des fideles.

La question étoit devenue si embarrassée, si subtile, qu'on dispute encore sur cette bulle. Mais il faut avouer qu'elle fut regardée dans les premiers momens comme une autorité contraire au silence respectueux.

M. l'évêque de Montpellier, qui l'avoit d'abord acceptée, se retracta dans la suite.

Jamais les hommes n'ont peut-être montré tant de dialectique & de finesse que dans toute cette affaire.

Ce fut alors qu'on fit la distinction du double sens des propositions de Jansénius, l'un qui est le sens vrai, naturel & propre de Jansénius, & l'autre qui est un sens putatif & imaginé. On convint que les propositions étoient hérétiques dans le sens putatif & imaginé par le souverain pontife, mais non dans leur sens vrai, propre & naturel.

Voilà où la question du Jansenisme & du formulaire en est venue.

Les disputes occasionnées par le livre de Quesnel & par sa condamnation, ayant commencé précisément lorsque celles que l'ouvrage de Jansénius avoit excitées, alloient peut-être s'éteindre, on a donné le nom de Jansénistes aux défenseurs de Quesnel & aux adversaires de la bulle Unigenitus. Voyez les articles QUESNELISTES, UNIGENITUS, &c.


JANSENISTES. m. (Mode) c'est un petit panier à l'usage des femmes modestes, & c'est la raison pour laquelle on l'a appellé janséniste. Voyez l'article PANIER.


JANTES. f. (Arts méchan.) piece de bois de charronage de deux à trois piés de long, courbée, & qui fait une partie du cercle de la roue d'un moulin, d'un carrosse, d'une charrette & autres voitures.

Il faut 1°. remarquer sur les jantes des roues, qu'elles doivent être bien chantournées : 2°. que quoiqu'elles n'aient pas besoin d'une épaisseur considérable, cependant il est nécessaire de leur en donner une d'autant plus grande, que les tenons des rais seront forts : 3°. il faut encore avoir attention que les jantes soient faites de courbes naturelles, afin que leurs fibres ne soient point coupées : 4°. il ne faut laisser aux jantes aucun aubier, car si l'aubier est dans la partie concave de la jante, le tenon du rais fera éclater l'aubier, & ce rais sera comme inutile ; si au contraire l'aubier est dans la partie convexe de la jante, les bandes, & particulierement les bouts des bandes, seront forcés par la charge de la voiture, à entrer dans la jante ; pour lors la roue perdant sa rondeur, aura plus de peine à rouler, ira par sauts & par secousses, qui contribueront beaucoup à sa destruction entiere, & à casser la bande qui porteroit à faux. Voyez nos Planches de Charron. (D.J.)

JANTES, dans l'Artillerie, ce sont six pieces de bois d'orme dont chacune forme un arc de cercle, & qui jointes ensemble par les extrémités, font cercle entier, qui avec un moyeu & douze rais, composent les roues de l'affut du canon.

L'épaisseur des jantes varie suivant la piece à laquelle le rouage qu'elles forment est destiné. Aux pieces de vingt-quatre les jantes ont six pouces de haut, & quatre pouces d'épaisseur ; à celles de seize, cinq pouces de haut, & trois pouces & demi d'épaisseur ; aux pieces de douze, quatre pouces huit lignes de haut, & trois pouces trois lignes d'épaisseur ; à celles de huit, quatre pouces & demi de haut, & trois pouces & demi d'épaisseur ; enfin aux pieces de quatre, quatre pouces de haut, & deux pouces & demi d'épaisseur.


JANTILLES. f. (Art méchaniq.) gros ais qu'on applique autour des jantes & des aubes de la roue d'un moulin, pour recevoir la chûte de l'eau, & accélérer son mouvement. Elle sert aussi à élever les eaux à l'aide des roues disposées à cet effet. De jantille on a fait le verbe jantiller.


JANUALS. m. (Littérat.) sorte de gâteau que les Romains offroient à Janus le premier jour du mois qui lui étoit consacré ; ce gâteau étoit fait de farine nouvelle, de sel nouveau, d'encens & de vin. (D.J.)


JANUALE PORTE(Antiq.) porte de Rome située sur le mont Viminal, & qui fut appellée porte januale, à l'occasion d'un prétendu miracle que Janus opéra dans cet endroit, en faveur des Romains contre les Sabins. Ovide embellit ce conte populaire de toutes les graces de la Poésie ; voyez-le. (D.J.)


JANUALESS. f. (Hist. anc.) fête de Janus qu'on célébroit à Rome le premier de Janvier par des danses & d'autres marques de réjouissances publiques. En ce jour les citoyens revêtus de leurs plus beaux habits, les consuls à la tête en robe de cérémonie, alloient au capitole faire des sacrifices à Jupiter. Alors comme aujourd'hui, on se saisoit des présens & d'heureux souhaits les uns aux autres, & l'on avoit grande attention, selon Ovide, à ne rien dire qui ne fût de bon augure pour tout le reste de l'année. On offroit à Janus des figues, des dattes & du miel ; la douceur de ces fruits étant regardée comme le symbole de présages favorables pour l'année. (G)


JANUS, TEMPLE DE(Hist. rom. Médaill. Littér.) temple que Janus avoit à Rome, & qui avoit été bâti par Romulus ; Numa son successeur lui donna des portes, que l'on n'ouvroit qu'en tems de guerre, & que l'on tenoit fermées pendant la paix. De là cette inscription que l'on voit au revers de plusieurs médailles de Néron, avec le temple de Janus ; pace terrâ marique partâ, Janum clausit ; & cette inscription trouvée à Mérida en Espagne : Imp. Caesar. Divi F. Augustus, Pont. Max. Cos XI. Tribunic. Pot. X. Imp. VIII. Orbe, mari & terra pacato, templo Jani clauso, &c. De-là les surnoms de Patuleius, & de Clusius, comme qui diroit l'ouvert & le fermé.

Il paroît par le plus grand nombre des inscriptions, que ce temple se nommoit tout court Janus ; Janum clausit. Horace l'appelle Janum Quirini, c'est-à-dire Janum Romuli, ce qui ne pouvoit pas s'appliquer aux autres temples que Janus avoit à Rome, & dont nous parlerons tout à l'heure.

On remarque que ce temple ne fut fermé que deux fois depuis la fondation de Rome, jusqu'au regne d'Auguste, & huit fois pendant tout le cours de la royauté, de la république & de l'empire. La premiere fois qu'on le ferma fut sous le regne de Numa, l'instituteur de cette cérémonie ; la seconde fois, à la fin de la premiere guerre punique, l'an 519 de Rome ; la troisieme fois, après la bataille d'Actium, qui rendit Auguste le maître du monde, l'an 725 de Rome ; la quatrieme fois, cinq ans après, au retour de la guerre des Cantabres en Espagne, l'an 730 ; la cinquieme fois, sous le regne du même empereur, l'an 744 de Rome, environ cinq ans avant la naissance de Jesus-Christ ; & la paix générale qui régnoit alors dans l'empire romain, dura douze ans ; la sixieme fois, sous Néron, l'an 811 ; la septieme fois, sous Vespasien, l'an 824 ; la huitieme fois enfin, sous Gordien le jeune, à peu-près vers l'an 994 de Rome.

Il n'est pas bien sûr que les premiers empereurs chrétiens ayent observé cette cérémonie. Il est vrai qu'Ammian Marcellin dans son hist. liv. XVI. ch. x. semble dire positivement, que Constance II. après ses victoires, vint à Rome l'an 1105 de sa fondation, & ferma le temple de Janus, concluso Jani templo, stratisque hostibus cunctis ; mais comme on assure que ce passage se lit différemment dans les manuscrits, & assez obscurément, il faudroit encore quelque autre autorité pour rendre le fait plus certain.

Je ne trouve que de mauvaises raisons sur l'institution de l'ouverture du temple de Janus en tems de guerre, & de sa clôture en tems de paix. Les uns nous disent que dans un combat de Romulus avec les Sabins, la victoire penchant du côté de ces derniers, un prodige parut sur le champ de bataille, qui les mit en fuite, & Romulus bâtit un temple dans le même lieu, que l'on ouvroit en tems de guerre, afin de tirer toujours du secours de ce temple. D'autres prétendent que Tatius & Romulus bâtirent un temple à frais communs, en mémoire de leur alliance, & que l'usage de l'ouvrir en tems de guerre marquoit l'union des deux rois. J'aime tout autant la pensée d'Ovide : pourquoi, demande le poëte à Janus, ferme-t-on votre temple en tems de paix, & l'ouvre-t-on en tems de guerre ? J'ouvre les portes de mon temple, répond le dieu, pour le retour des soldats romains quand ils sont une fois partis pour l'armée ; & je le ferme en tems de paix, afin que la paix y étant rentrée, elle n'en sorte plus.

Il y avoit à Rome plusieurs autres temples de Janus, outre celui dont nous venons de parler ; les uns portoient le nom de Janus bifrons, ou à deux faces ; les autres de Janus quadrifrons, ou quatre faces : ces derniers étoient à quatre faces égales, avec une porte & trois fenêtres à chaque face. Les quatre côtés & les quatre portes marquoient, dit-on, les quatre saisons de l'année, & les trois fenêtres de chaque côté désignoient les trois mois de chaque saison, ce qui faisoit les douze mois de l'an. Varron nous assure que par rapport à ces douze mois, on avoit érigé douze autels à Janus ; ces autels étoient hors de Rome au-delà de la porte du janicule.

La Fable & les historiens ne connoissent point de plus ancien roi, ni de plus ancien dieu d'Italie que Janus. On le suppose communément originaire de Grece, équipant une flotte, abordant en Italie, où il bâtit une ville qu'il appella de son nom Janicule. Il régna 1330 ans avant l'ere chrétienne, & eut Saturne pour successeur, après un regne de trente-trois ans. Ovide au premier livre de ses Fastes, lui fait raconter ingénieusement les merveilles de son histoire, de son culte, & de sa souveraine puissance. Ce sont du moins des fictions plus amusantes que celles de nos chrétiens modernes, qui retrouvent Noé dans Janus, & qui forment son nom de l'hébreu jaïn, du vin.

Macrobe croit avoir découvert la raison historique, pourquoi les Romains invoquoient Janus, le premier des dieux, dans leurs sacrifices & leurs prieres ; c'est, dit-il, parce qu'il fut le premier qui bâtit des temples, & qui institua des rites sacrés. " Le seul nom de Janus, suivant le récit de ce mythologue, indique qu'il préside sur toutes les portes qui s'appellent januae. On le peint tenant d'une main une clé, & de l'autre une baguette, pour marquer qu'il est le gardien des portes, & qu'il préside aux chemins ; quelques-uns prétendent que Janus est le soleil maître des portes du ciel, qu'il ouvre le jour en se levant, & qu'il le ferme en se couchant. Ses statues le représentent offrant de la main droite le nombre de CCC, & de la main gauche celui de LXV, parce qu'il est le dieu de l'année. Dans le culte que nous lui rendons, continue Macrobe, nous invoquons Janus geminus, Janus pater, Janus junonius, Janus consivius, Janus Quirinus, Janus Patuleius, & Janus Clusivius ". Tous ces noms s'entendent d'eux-mêmes.

Comme Janus passa pour un roi sage, prudent & éclairé, on supposa qu'il savoit le passé, & qu'il prévoyoit l'avenir, & en conséquence de cette idée, on le peignit avec une tête à deux visages, l'une devant, l'autre derriere.

Plutarque dans ses questions romaines, rapporte deux opinions différentes sur les deux têtes adossées de Janus ; c'est, dit-il, ou parce que ce prince étant grec & natif de Perrhebe, il vint en Italie, s'établit parmi des Barbares, & changea de langue & de genre de vie ; ou parce qu'il persuada au peuple grossier du Latium, de s'appliquer à l'Agriculture, & de se policer. Quoi qu'il en soit, on représentoit presque toujours Janus avec deux visages ; d'où vient qu'Ovide le félicite fort plaisamment d'avoir seul le privilege de se voir par-devant & par-derriere, solus de superis qui tua terga vides.

Sa monnoie étoit de l'espece que l'on appelloit ratita, parce qu'elle portoit d'un côté sa tête, & au revers un navire, ou la proue d'un vaisseau. Cette monnoie désignoit apparemment l'arrivée de Saturne en Italie, quand il se réfugia dans les états de Janus, après avoir été détrôné par son fils Jupiter. On trouve encore aujourd'hui de cette ancienne monnoie dans les cabinets des curieux. (D.J.)

JANUS, (Littérat. rom.) les Latins ont donné quelquefois le nom de janus à de grandes arcades fort exhaussées, qui traversent une rue d'un côté à l'autre, comme des arcs de triomphe, & sous lesquelles on passe. Ces janus étoient pour la plûpart incrustés & ornés de statues ; Suetone & Publius Victor le disent expressément. Il y avoit plusieurs de ces sortes d'arcades dites janus, dans différentes rues de Rome. La seule place romaine, cette place qui formoit le quartier des banquiers, des marchands & des usuriers, avoit trois janus ou arcades, au rapport de Tite-Live, liv. XLI. savoir une à chaque bout & une troisieme au milieu : forum porticibus, tabernisque claudendum, & Janos tres faciendos locavere ; ce sont les paroles de cet historien, qui signifient que Flavius Flaccus enferma la place romaine de portiques & de boutiques, & y fit faire trois janus. Le troisieme de ces janus nommé janus medius, étoit célebre ; Horace en parle dans une de ses satyres, & Cicéron en plusieurs endroits de ses offices. Le janus medius, dit ce dernier dans sa VI. Philippique, est sous la protection d'Antoine, Antonius jani medii patronus est. On peut voir si l'on juge à propos, l'ancienne Rome du Nardini. (D.J.)


JANVIER(Astron. & Hist. anc.) mois que les Romains dédierent à Janus, & que Numa mit au solstice d'hiver.

Quoique les calendes de ce mois fussent sous la protection de Junon, comme tous les premiers jours des autres mois, celui-ci se trouvoit consacré particuliérement au dieu Janus, à qui l'on offroit ce jour-là le gâteau nommé janual, ainsi que des dattes, des figues & du miel, fruits dont la douceur faisoit tirer d'heureux prognostics pour le cours de l'année. Voy. JANUAL, NUALESALES.

Ce même jour tous les artistes & artisans ébauchoient la matiere de leurs ouvrages, dans l'opinion que pour avoir une année favorable, il falloit la commencer par le travail. C'est, dit Ovide, le dieu Janus qui le prescrivoit en ces termes :

Tempora commisi nascentia rebus agendis,

Totus ab auspicio, ne foret annus iners.

Cette idée étoit bien plus raisonnable que celle des anciens chrétiens, qui jeûnoient le premier de Janvier pour se distinguer des Romains, parce que ceux-ci se régaloient le soir en l'honneur de Janus.

Les consuls désignés prenoient possession ce jour-là de leur dignité, depuis le consulat de Quintus Fulvius Nobilior, & de Titus Annius Luscus, l'an de la fondation de Rome 601. Ils montoient au capitole accompagnés d'une grande foule de peuple, tous habillés de neuf, & là au milieu des parfums, ils immoloient à Jupiter Capitolin deux taureaux blancs, qui n'avoient pas été mis sous le joug.

Les flamines faisoient des voeux pendant ce sacrifice pour la prospérité de l'empire & pour le salut de l'empereur, après lui avoir prêté le serment de fidélité. Ces voeux & ce serment étoient faits pareillement par tous les autres magistrats. Tacite nous dit dans ses annales, liv. XVI. qu'on fit un crime à Thrasea d'avoir manqué de se trouver au serment & aux voeux de la magistrature, pour le salut de l'empereur. Ovide vous dira plus distinctement toutes ces cérémonies.

Dans ce même jour les Romains se souhaitoient une heureuse année, & prenoient garde de laisser échapper quelque propos qui fût de mauvais augure. Enfin les amis avoient soin d'envoyer des présens à leurs amis, qu'on appelloit strenae, des étrennes. Voyez ETRENNES.

Parcourons maintenant les autres jours de ce mois, & ses diverses fêtes.

Le second jour étoit estimé malheureux pour la guerre, & appellé par cette raison dies ater, jour funeste.

Le troisieme & le quatrieme étoient jours comitiaux.

Le cinquieme jour des nones étoit jour plaidoyable.

Le sixieme passoit pour malheureux.

Le septieme on célébroit la venue d'Isis chez les Romains.

Le huitieme étoit d'assemblée.

Le neuvieme des ides de ce mois, on fêtoit les agonales en l'honneur de Janus.

Le dixieme étoit un jour mi-parti, marqué ainsi dans l'ancien calendrier, E. N.

L'onzieme, ou le iij. des ides, arrivoient les carmentales pour honorer la déesse Carmenta, mere d'Evandre. Voyez CARMENTALES. On célébroit ce même jour la dédicace du temple de Juturne dans le champ de Mars.

Le douzieme étoit jour d'assemblée, quelquefois on y faisoit la fête des compitales ou des carrefours.

Le treizieme jour des ides, consacré à Jupiter, se marquoit dans le calendrier par ces deux lettres, N. P.

Nefastus primâ parte diei, pour dire qu'il étoit seulement fête le matin ; on sacrifioit au souverain des dieux une brebis appellée ovis idulis.

Le quatorzieme semblable au dixieme, étoit coupé moitié fête moitié jour ouvrier.

Le quinzieme on solemnisoit pour la seconde fois les carmentales, nommées par cette raison carmentalia secunda.

Au seizieme arrivoit la dédicace de ce grand & superbe temple de la Concorde, qui fut voué & dédié par Camille, & que Livia Drusilla décora de plusieurs statues, & d'un autel magnifique.

Depuis le seize jusqu'au premier Février, étoient des jours comitiaux, ou d'assemblée, si vous en exceptez le dix-sept, où l'on donnoit les jeux palatins ; le vingt-quatre, où l'on célébroit les féries sémentines pour les semailles ; le vingt-sept, où l'on fêtoit la dédicace du temple de Castor & de Pollux à l'étang de Juturna, soeur de Turnus, le vingt-neuvieme, où se donnoient les équiries, equiria, c'est-à-dire les jeux de courses de chevaux dans le champ de Mars ; & finalement le trentieme, qui étoit la fête de la paix, où l'on sacrifioit une victime blanche, & où l'on brûloit quantité d'encens.

Dans ce mois de Janvier, que les Grecs appelloient ; ils solemnisoient la fête des gamélies, en l'honneur de Junon, fête instituée par Cécrops, au dire de Favorin. Voyez GAMELIES.

Les Ioniens célébroient aussi dans ce mois, les lénées. Voyez LENEES. Et les Egyptiens fêtoient la sortie d'Isis de Phénicie.

Si l'on vouloit des preuves de tout ceci, ou de plus grands détails encore, on pourroit consulter Ovide dans ses fastes, Varron, Festus, Hospinien de origine festorum, Meursius, Pitiscus, Danet, & les antiquités greq. & romaines. Le soleil entre dans ce mois au signe du verseau. (D.J.)


JANVILLE(Géog.) petite ville de France dans la haute Beauce, élection d'Orléans, à une lieue de Toury ; quelques-uns écrivent Genville, d'autres Yenville. Long. 19. 40. lat. 48. 16. (D.J.)


JAOCHEU(Géog.) ville de la Chine dans la province de Kiangsi, dont elle est la seconde métropole. Son territoire fournit presque toute la vaisselle de porcelaine dont se servent les Chinois. Elle est plus occidentale que Pékin de 32d & est à 29. 40. de latitude. (D.J.)


JAPACANIsubst. masc. (Ornitholog. exot.) oiseau du Brésil de la plus petite espece ; son bec noir, est long, pointu, un peu courbé en bas ; son dos & sa tête sont noirs ; le cou & les aîles sont d'un verd brun ; sa queue en-dessus est toute noire, & toute tachetée de blanc en-dessous ; sa gorge, son ventre & ses cuisses sont mélangées de blanc & de jaune, avec des bandes noires transversales. Marggrave, hist. Brasil. (D.J.)


JAPARANDIBAS. m. (Botan. exot.) arbre du Brésil, arbor pomifera Brasiliensis, flore rosaceo, fructu rotundo, segmento superiùs velut ablato, de Marggrave & Pison. Son écorce est cendrée, son bois est dur & moëlleux ; ses feuilles nombreuses, oblongues, pointues, nerveuses, naissent sans ordre, sur les rameaux. Ses fleurs semblables en grandeur, en couleur & en odeur à celles de la rose, sont polypétales, & soutenues trois à trois par un même pédicule ; elles ont au milieu plusieurs petites étamines, disposées en rond, avec un sommet jaune & tremblant. Il leur succede des fruits gris en dehors, jaunes en dedans, faits comme des pommes orbiculaires, mais applatis au-dessus, comme si on en avoit coupé une tranche. Ils contiennent chacun un noyau de la grosseur d'une aveline, anguleux, cordiforme, & de couleur de foie luisante. (D.J.)


JAPARE(Géog.) ville des Indes orientales, dans l'île de Java, sur la côte septentrionale, avec un bon port. Il s'y fait un très-grand commerce, & l'on y voit aborder de toutes les nations des Indes, Javanois, Persans, Arabes, Guzarates, Chinois, Malais, Péguans, &c. Les femmes y sont également laides, & portées à l'amour. Voyez les recits des voyages de la Compagnie hollandoise. Long. 128. 40. latit. méridionale. 6. 45. (D.J.)


JAPODESles, (Géog. an.) les Japodes, selon Strabon, ou JAPIDES selon Ptolomée, étoient un ancien peuple de l'Illyrie, dont le pays s'étendoit en deçà & au-de-là des Alpes, jusqu'auprès de la mer. Strabon, l. IV. nous dit que cette nation étoit en partie originaire des Gaules, & en partie de l'Illyrie ; qu'elle possédoit quatre villes, Metulum, Arupinum, Monetium, & Vendum ; qu'elle étoit très-belliqueuse, quoiqu'elle vécût pauvrement de miel & d'épautre ; & qu'enfin le pays qu'elle habitoit, faisoit partie des Alpes. Comme ils s'étoient adonnés au brigandage, Auguste lassé des plaintes qui lui en revenoient, entreprit de les réduire, & y réussit. Dion Cassius, l. XLIX de son Histoire, parle de cette conquête d'Auguste. Le P. Briet croit que le pays des anciens Japides, répond à la Croatie, & à une partie de l'Istrie, & du Vendismark. Il est très-vraisemblable que les Japodes sont les Jaunthalers de nos jours, habitans de cette vallée d'Allemagne, dans la Carinthie & la Carniole, au midi de la Draye. Les Arupini auront fondé Aversperg, les Monetii, Mansperg, les Metuli, Medaitz, & les Vendi, Windischgratz. (D.J.)


JAPONle, (Géog.) grand pays de la partie la plus orientale de l'Asie. C'est un composé de quantité d'îles, dont les trois principales sont celles de Niphon, de Saikokf, & de Sikokf ; ces trois îles sont entourées d'un nombre prodigieux d'autres îles ; les unes petites, pleines de rochers stériles, les autres grandes, riches & fertiles. Toutes ces îles & terres qui forment le Japon, ont été divisées l'an 590 de J. C. en sept principales contrées, qui sont partagées en quarante-huit provinces, & subdivisées en plusieurs moindres districts.

Le revenu de toutes les îles & provinces, qui appartiennent à l'empire du Japon, monte tous les ans à 3228 mans, & 6200 kokfs de riz ; car au Japon, tous les revenus sont reduits à ces deux mesures en riz ; un mans contient dix mille kokfs ; & un kokf trois mille balles ou sacs de riz.

Le tems est fort inconstant dans cette vaste contrée ; l'hiver est sujet à des froids rudes, & l'été à des chaleurs excessives. Il pleut beaucoup pendant le cours de l'année, & sur-tout dans les mois de Juin & de Juillet, mais sans cette régularité qu'on remarque dans les pays plus chauds des Indes orientales. Le tonnerre & les éclairs sont très-fréquens. La mer qui environne le Japon, est fort orageuse, & d'une navigation périlleuse, par le grand nombre de rochers, de bas fonds & d'écueils, qu'il y a au-dessus & au-dessous de l'eau.

Le terroir est en général montagneux, pierreux, & stérile ; mais l'industrie & les travaux infatigables des habitans, qui d'ailleurs vivent avec une extrême frugalité, l'ont rendu fertile, & propre à se passer des pays voisins. Toute la nation se nourrit de riz, de légumes & de fruits, sobriété qui semble en elle une vertu plutôt qu'une superstition. L'eau douce ne manque pas, car il y a un grand nombre de lacs, de rivieres, & de fontaines froides, chaudes & minérales ; les tremblemens de terre n'y sont pas rares, & détruisent quelquefois des villes entieres par leurs violentes & longues secousses.

La plus grande richesse du Japon consiste en toutes sortes de minéraux & de métaux, particulierement en or, en argent, & en cuivre admirable. Il y a quantité de soufrieres, entr'autres une île entiere qui n'est que soufre. La province de Bungo produit de l'étain si fin & si blanc, qu'il vaut presque l'argent. On trouve ailleurs le fer en abondance ; d'autres provinces fournissent des pierres précieuses, jaspes, agathes, cornalines, des perles dans les huitres, & dans plusieurs autres coquillages de mer. L'ambre gris se recueille sur les côtes, & chacun peut l'y ramasser. Les coquillages de la mer, dont les habitans ne font aucun cas, ne cedent point en beauté à ceux d'Amboine & des îles Moluques. Le Japon possede aussi des drogues estimées, qui servent à la Teinture & à la Médecine. On n'y a point encore découvert l'antimoine, & le sel ammoniac ; le vif-argent & le borax y sont portés par les Chinois.

L'empire du Japon est situé entre le 31 & le 42d de latitude septentrionale. Les Jesuites, dans une carte corrigée sur leurs observations astronomiques, le placent entre le 157 & le 175d 30' de longitude. Il s'étend au nord-est, & à l'est-nord-est ; sa largeur est très-irréguliere, & étroite en comparaison de sa longueur, qui prise en droite ligne, & sans y comprendre toutes les côtes, a au moins 200 milles d'Allemagne. Il est comme le royaume de la Grande-Bretagne, haché & coupé, mais dans un plus haut degré, par des caps, des bras de mer, des anses & des baies. Il se trouve un bras de mer entre les côtes les plus septentrionales du Japon, & un continent voisin ; c'est un fait confirmé par les découvertes récentes des Russes ; Jedo est aujourd'hui la capitale de cet empire ; c'étoit autrefois Meaco, Voyez JEDO & MEACO.

Si le Japon exerce la curiosité des Géographes, il est encore plus digne des regards d'un philosophe. Nous fixerons ici les yeux du lecteur, sur le tableau intéressant qu'en a fait l'historien philosophe de nos jours. Il nous peint avec fidélité ce peuple étonnant, le seul de l'Asie qui n'a jamais été vaincu, qui paroît invincible ; qui n'est point, comme tant d'autres, un mélange de différentes nations, mais qui semble aborigene ; & au cas qu'il descende d'anciens Tartares, 1200 ans avant J. C. suivant l'opinion du P. Couplet, toujours est-il sûr qu'il ne tient rien des peuples voisins. Il a quelque chose de l'Angleterre, par la fierté insulaire qui leur est commune, & par le suicide qu'on croit si fréquent dans ces deux extrémités de notre hémisphere ; mais son gouvernement ne ressemble point à l'heureux gouvernement de la Grande-Bretagne ; il ne tient pas de celui des Germains, son système n'a pas été trouvé dans leurs bois.

Nous aurions dû connoître ce pays dès le xiij. siecle, par le recit du celebre Marco Paolo. Cet illustre vénitien avoit voyagé par terre à la Chine ; & ayant servi long-tems sous un des fils de Gengis-Kan, il eut les premieres notions de ces îles, que nous nommons Japon, & qu'il appelle Zipangri ; mais ses contemporains qui admettoient les fables les plus grossieres, ne crurent point les vérités que Marc Paul annonçoit : son manuscrit resta long-tems ignoré. Il tomba enfin entre les mains de Christophe Colomb, & ne servit pas peu à le confirmer dans son espérance, de trouver un monde nouveau, qui pouvoit rejoindre l'orient & l'occident. Colomb ne se trompa que dans l'opinion, que le Japon touchoit à l'hémisphere qu'il découvrit ; il en étoit si convaincu, qu'étant abordé à Hispaniola, il se crut dans le Zipangri de Marco Paolo.

Cependant, pendant qu'il ajoûtoit un nouveau monde à la monarchie d'éspagne, les Portugais de leur côté s'aggrandissoient avec le même bonheur dans les Indes orientales. La découverte du Japon leur est dûe, & ce fut l'effet d'un naufrage. En 1542, lorsque Martin Alphonse de Souza étoit viceroi des Indes orientales, trois portugais, Antoine de Mota, François Zeimoto, & Antoine Peixota, dont les noms méritoient de passer à la postérité, furent jettés par une tempête sur les côtes du Japon ; ils étoient à bord d'une jonque chargée de cuir, qui alloit de Siam à la Chine : voilà l'origine de la premiere connoissance qui se répandit du Japon en Europe.

Le gouvernement du Japon a été pendant deux mille quatre cent ans assez semblable à celui du calife des Musulmans, & de Rome moderne. Les chefs de la religion ont été, chez les Japonois, les chefs de l'empire plus long-tems qu'en aucune autre nation du monde. La succession de leurs pontifes rois, & de leurs pontifes reines (car dans ce pays-là les femmes ne sont point exclues du trône pontifical) remonte 660 ans avant notre ere vulgaire.

Mais les princes séculiers s'étant rendus insensiblement indépendans & souverains dans les provinces, dont l'empereur ecclésiastique leur avoit donné l'administration, la fortune disposa de tout l'empire en faveur d'un homme courageux, & d'une habileté consommée, qui d'une condition basse & servile, devint un des plus puissans monarques de l'univers ; on l'appella Taïco.

Il ne détruisit, en montant sur le trône, ni le nom, ni la race des pontifes, dont il envahit le pouvoir, mais depuis lors l'empereur ecclésiastique, nommé Dairi ou Dairo, ne fut plus qu'une idole révérée, avec l'apanage imposant d'une cour magnifique ; voyez DAIRO. Ce que les Turcs ont fait à Bagdad, ce que les Allemands ont voulu faire à Rome, Taïco l'a fait au Japon, & ses successeurs l'ont confirmé.

Ce fut sur la fin du xvj siecle, vers l'an 1583 de J. C. qu'arriva cette révolution. Taïco instruit de l'état de l'empire, & des vûes ambitieuses des princes & des grands, qui avoient si longtems pris les armes les uns contre les autres, trouva le secret de les abaisser & de les dompter. Ils sont aujourd'hui tellement dans la dépendance du Kubo, c'est-à-dire, de l'empereur séculier, qu'il peut les disgracier, les exiler, les dépouiller de leurs possessions, & les faire mourir quand il lui plaît, sans en rendre compte à personne. Il ne leur est pas permis de demeurer plus de six mois dans leurs biens héréditaires ; il faut qu'ils passent les autres six mois dans la capitale, où l'on garde leurs femmes & leurs enfans pour gage de leur fidélité. Les plus grandes terres de la couronne sont gouvernées par des lieutenans, & par des receveurs ; tous les revenus de ces terres doivent être portés dans les coffres de l'empire ; il semble que quelques ministres qu'on a eus en Europe ayent été instruits par le grand Taïco.

Ce prince, pour mettre ensuite son autorité à couvert de la fureur du peuple, qui sortoit des guerres civiles, fit un nouveau corps de lois, si rigoureuses, qu'elles ne semblent pas être écrites, comme celles de Dracon, avec de l'encre, mais avec du sang. Elles ne parlent que de peines corporelles, ou de mort, sans espoir de pardon, ni de surséances pour toutes les contraventions faites aux ordonnances de l'empereur. Il est vrai, dit M. de Montesquieu, que le caractere étonnant de ce peuple opiniâtre, capricieux, déterminé, bizarre, & qui brave tous les périls & tous les malheurs, semble à la premiere vûe, absoudre ce législateur de l'atrocité de ses lois ; mais des gens, qui naturellement méprisent la mort, & qui s'ouvrent le ventre par la moindre fantaisie, sont-ils corrigés ou arrêtés par la vûe des supplices, & ne peuvent-ils pas s'y familiariser ?

En même tems que l'empereur dont je parle tâchoit, par des lois atroces, de pourvoir à la tranquillité de l'état, il ne changea rien aux diverses religions établies de tems immémorial, dans le pays, & laissa à tous ses sujets la liberté de penser comme ils voudroient sur cette matiere.

Entre ces religions, celle qui est la plus étendue au Japon, admet des récompenses & des peines après la vie, & même celle de Sinto qui a tant de sectateurs, reconnoît des lieux de délices pour les gens de bien, quoiqu'elle n'admette point de lieu de tourmens pour les méchans ; mais ces deux sectes s'accordent dans la morale. Leur principaux commandemens qu'ils appellent divins, sont les nôtres ; le mensonge, l'incontinence, le larcin, le meurtre, sont défendus ; c'est la loi naturelle réduite en préceptes positifs. Ils y ajoûtent le précepte de la tempérance, qui défend jusqu'aux liqueurs fortes, de quelque nature qu'elles soient, & ils étendent la défense du meurtre jusqu'aux animaux ; Siaka qui leur donna cette loi, vivoit environ mille ans avant notre ere vulgaire. Ils ne different donc de nous en morale, que dans le précepte d'épargner les bêtes, & cette différence n'est pas à leur honte. Il est vrai qu'ils ont beaucoup de fables dans leur religion, en quoi ils ressemblent à tous les peuples, & à nous en particulier, qui n'avons connu que des fables grossieres avant le Christianisme.

La nature humaine a établi d'autres ressemblances entre ces peuples & nous. Ils ont la superstition des sortileges que nous avons eu si long-tems. On retrouve chez eux les pélerinages, les épreuves de feu, qui faisoient autrefois une partie de notre jurisprudence ; enfin ils placent leurs grands hommes dans le ciel, comme les Grecs & les Romains. Leur pontife (s'il est permis de parler ainsi) a seul, comme celui de Rome moderne, le droit de faire des apothéoses, & de consacrer des temples aux hommes qu'il en juge dignes. Ils ont aussi depuis très-long-tems des religieux, des hermites, des instituts même, qui ne sont pas fort éloignés de nos ordres guerriers ; car il y avoit une ancienne société de solitaires, qui faisoient voeu de combattre pour la religion.

Le Japon étoit également partagé entre plusieurs sectes sous un pontife roi, comme il l'est sous un empereur séculier ; mais toutes les sectes se réunissoient dans les mêmes points de morale. Ceux qui croyoient la métempsycose & ceux qui n'y croyoient pas, s'abstenoient & s'abstiennent encore aujourd'hui de manger la chair des animaux qui rendent service à l'homme ; tous s'accordent à les laisser vivre, & à regarder leur meurtre comme une action d'ingratitude & de cruauté. La loi de Moyse tue & mange, n'est pas dans leurs principes, & vraisemblablement le Christianisme adopta ceux de ce peuple, quand il s'établit au Japon.

La doctrine de Confucius a fait beaucoup de progrès dans cet empire ; comme elle se réduit toute à la simple morale, elle a charmé tous les esprits de ceux qui ne sont pas attachés aux bonzes, & c'est toujours la saine partie de la na tion. On croit que le progrès de cette philosophie, n'a pas peu contribué à ruiner la puissance du Dairi : l'empereur qui régnoit en 1700, n'avoit pas d'autre religion.

Il semble qu'on abuse plus au Japon qu'à la Chine de cette doctrine de Confucius. Les philosophes japonois regardent l'homicide de soi-même, comme une action vertueuse, quand elle ne blesse pas la société ; le naturel fier & violent de ces insulaires met souvent cette théorie en pratique, & rend l'homicide beaucoup plus commun encore au Japon, qu'il ne l'est en Angleterre.

La liberté de conscience ayant toujours été accordée dans cet empire, ainsi que dans presque tout le reste de l'Orient, plusieurs religions étrangeres s'étoient paisiblement introduites au Japon. Dieu permettoit ainsi que la voie fut ouverte à l'évangile dans ces vastes contrées ; personne n'ignore qu'il fit des progrès prodigieux sur la fin du seizieme siecle, dans la moitié de cet empire. La célebre ambassade de trois princes chrétiens Japonois au pape Grégoire XIII, est, ce me semble, l'hommage le plus flateur que le saint-siege ait jamais reçu. Tout ce grand pays, où il faut aujourd'hui abjurer l'évangile, & dont aucun sujet ne peut sortir, a été sur le point d'être un royaume chrétien, & peut-être un royaume portugais. Nos prêtres y étoient honorés plus que parmi nous ; à présent leur tête y est à prix, & ce prix même y est fort considérable : il est d'environ douze mille livres.

L'indiscrétion d'un prêtre portugais, qui refusa de céder le pas à un des officiers de l'empereur, fut la premiere cause de cette révolution. La seconde, fut l'obstination de quelques jésuites, qui soutinrent trop leurs droits, en ne voulant pas rendre une maison qu'un seigneur japonois leur avoit donnée, & que le fils de ce seigneur leur redemandoit. La troisieme, fut la crainte d'être subjugués par les chrétiens. Les bonzes appréhenderent d'être dépouillés de leurs anciennes possessions, & l'empereur enfin craignit pour l'état. Les Espagnols s'étoient rendus maîtres des Philippines voisines du Japon ; on savoit ce qu'ils avoient fait en Amérique, il n'est pas étonnant que les Japonois fussent allarmés.

L'empereur séculier du Japon proscrivit donc la religion chrétienne en 1586 ; l'exercice en fut défendu à ses sujets sous peine de mort ; mais comme on permettoit toujours le commerce aux Portugais & aux Espagnols, leurs missionnaires faisoient dans le peuple autant de prosélytes, qu'on en condamnoit au supplice. Le monarque défendit à tous les habitans d'introduire aucun prêtre chrétien dans le pays ; malgré cette défense, le gouverneur des îles Philippines fit passer des Cordeliers en ambassade à l'empereur du Japon. Ces ambassadeurs commencerent par bâtir une chapelle publique dans la ville capitale ; ils furent chassés, & la persécution redoubla. Il y eut longtems des alternatives de cruautés & d'indulgences. Enfin arriva la fameuse rébellion des chrétiens, qui se retirerent en force & en armes en 1637, dans une ville de l'empire ; alors ils furent poursuivis, attaqués, & massacrés au nombre de trente-sept mille l'année suivante 1638, sous le regne de l'impératrice Mikaddo. Ce massacre affreux étouffa la révolte, & abolit entierement au Japon la religion chrétienne, qui avoit commencé de s'y introduire dès l'an 1549.

Si les Portugais & les Espagnols s'étoient contentés de la tolérance dont ils jouissoient, ils auroient été aussi paisibles dans cet empire, que les douze sectes établies à Méaco, & qui composoient ensemble dans cette seule ville, au-delà de quatre cent mille ames.

Jamais commerce ne fut plus avantageux aux Portugais que celui du Japon. Il paroît assez, par les soins qu'ont les Hollandois de se le conserver, à l'exclusion des autres peuples, que ce commerce produisoit, sur-tout dans les commencemens, des profits immenses. Les Portugais y achetoient le meilleur thé de l'Asie, les plus belles porcelaines, ces bois peints, laqués, vernissés, comme paravents, tables, coffres, boëtes, cabarets, & autres semblables, dont notre luxe s'appauvrit tous les jours ; de l'ambre gris, du cuivre d'une espece supérieure au nôtre ; enfin l'argent & l'or, objet principal de toutes les entreprises de négoce.

Le Japon, aussi peuplé que la Chine à proportion, & non moins industrieux, tandis que la nation y est plus fiere & plus brave, possede presque tout ce que nous avons, & presque tout ce qui nous manque. Les peuples de l'Orient étoient autrefois bien supérieurs à nos peuples occidentaux, dans tous les arts de l'esprit & de la main. Mais que nous avons regagné le tems perdu, ajoûte M. de Voltaire ! les pays où le Bramante & Michel Ange ont bâti Saint Pierre de Rome, où Raphaël a peint, où Newton a calculé l'infini, où Leibnitz partagea cette gloire, où Huyghens appliqua la cycloïde aux pendules à secondes, où Jean de Bruges trouva la peinture à l'huile, où Cinna & Athalie ont été écrits ; ces pays, dis-je, sont devenus les premiers pays de la terre. Les peuples orientaux ne sont à présent dans les beaux arts, que des barbares, ou des enfans, malgré leur antiquité, & tout ce que la nature a fait pour eux. (D.J.)


JAPONNERv. act. (Poterie) c'est donner une nouvelle cuisson aux porcelaines de la Chine, pour les faire passer pour porcelaines du Japon. Par cette manoeuvre pratiquée en Angleterre & en Hollande, on colore en rouge & l'on ajoûte des fleurs & des filets d'or aux pieces de la Chine, qui sont toutes bleues & blanches ; mais ces ornemens ajoûtés, ayant trop d'éclat, on les affoiblit par le feu : avec toutes ces précautions, les connoisseurs ne sont pas trompés.


JAPONOISPHILOSOPHIE DES (Hist. de la Philosophie.) Les Japonois ont reçu des Chinois presque tout ce qu'ils ont de connoissances philosophiques, politiques & superstitieuses, s'il en faut croire les Portugais, les premiers d'entre les Européens qui aient abordé au Japon, & qui nous aient entretenus de cette contrée. François Xavier, de la Compagnie de Jésus, y fut conduit en 1549 par un ardent & beau zele d'étendre la religion chrétienne : il y prêcha ; il y fut écouté ; & le Christ seroit peut-être adoré dans toute l'étendue du Japon, si l'on n'eût point allarmé les Peuples par une conduite imprudente qui leur fit soupçonner qu'on en vouloit plus à la perte de leur liberté qu'au salut de leurs ames. Le rôle d'apôtre n'en souffre point d'autre : on ne l'eut pas plutôt deshonoré au Japon en lui associant celui d'intérêt & de politique, que les persécutions s'éleverent, que les échaffauds se dresserent, & que le sang coula de toutes parts. La haine du nom chrétien est telle au Japon, qu'on n'en approche point aujourd'hui sans fouler le Christ aux pieds ; cérémonie ignominieuse à laquelle on dit que quelques Européens plus attachés à l'argent qu'à leur Dieu, se soumettent sans répugnance.

Les fables que les Japonois & les Chinois débitent sur l'antiquité de leur origine, sont presque les mêmes ; il résulte de la comparaison qu'on en fait, que ces sociétés d'hommes se formoient & se polissoient sous une ere peu différente. Le célebre Kempfer qui a parcouru le Japon en naturaliste, géographe, politique & théologien, & dont le voyage tient un rang distingué parmi nos meilleurs livres, divise l'histoire japonoise en fabuleuse, incertaine & vraie. La période fabuleuse commence long-tems avant la création du monde, selon la chronologie sacrée. Ces peuples ont eu aussi la manie de reculer leur origine. Si on les en croit, leur premier gouvernement fut théocratique ; il faut entendre les merveilles qu'ils racontent de son bonheur & de sa durée. Le tems du mariage du dieu Isanagi Mikotto & de la déesse Isanami Mikotto, fut l'âge d'or pour eux. Allez d'un pole à l'autre ; interrogez les peuples, & vous y verrez par-tout l'idolatrie & la superstition s'établir par les mêmes moyens. Par-tout ce sont des hommes qui se rendent respectables à leurs semblables, en se donnant ou pour des dieux ou pour des descendans des dieux. Trouvez un peuple sauvage ; faites du bien ; dites que vous êtes un dieu, & l'on vous croira, & vous serez adoré pendant votre vie & après votre mort.

Le regne d'un certain nombre de rois dont on ne peut fixer l'ere, remplit la période incertaine. Ils y succedent aux premiers fondateurs, & s'occupent à dépouiller leurs sujets d'un reste de férocité naturelle, par l'institution des lois & l'invention des arts, l'invention des arts qui fait la douceur de la vie, l'institution des loix qui en fait la sécurité.

Fohi, le premier législateur des Chinois, est aussi le premier législateur des Japonois, & ce nom n'est pas moins célebre dans l'une de ces contrées que dans l'autre. On le représente tantôt sous la figure d'un serpent, tantôt sous la figure d'un homme à tête sans corps, deux symboles de la science & de la sagesse. C'est à lui que les Japonois attribuent la connoissance des mouvemens célestes, des signes du zodiaque, des révolutions de l'année, de son partage en mois, & d'une infinité de découvertes utiles. Ils disent qu'il vivoit l'an 396 de la création, ce qui est faux, puisque l'histoire du déluge universel est vraie.

Les premiers Chinois & les premiers Japonois instruits par un même homme, n'ont pas eu vraisemblablement un culte fort différent. Le Xékia des premiers est le Siaka des seconds. Il est de la même période ; mais les Siamois, les Japonois & les chinois qui le réverent également, ne s'accordent pas sur le tems précis où il a vécu.

L'histoire vraie du Japon ne commence guere que 660 avant la naissance de J. C. c'est la date du regne de Syn-mu ; Syn-mu qui fut si cher à ses peuples qu'ils le surnommerent Nin-O, le très-grand, le très-bon, optimus, maximus ; ils lui font honneur des mêmes découvertes qu'à Fohi.

Ce fut sous ce prince que vécut le philosophe Roosi, c'est-à-dire le vieillard enfant. Koosi ou Confucius naquit 50 ans après Roosi. Confucius a des temples au Japon, & le culte qu'on lui rend differe peu des honneurs divins. Entre les disciples les plus illustres de Confucius, on nomme au Japon Ganquai, autre vieillard enfant. L'ame de Ganquai qui mourut à 33 ans fut transmise à Kossobosati, disciple de Xékia ; d'où il est évident que le Japon n'avoit dans les commencemens d'autres notions de philosophie, de morale & de religion, que celles de Xékia, de Confucius & des Chinois, quelle que soit la diversité que le tems y ait introduite.

La doctrine de Siaka & de Confucius n'est pas la même. Celle de Confucius a prévalu à la Chine, & le Japon a préféré celle de Siaka ou Xékia.

Sous le regne de Synin, Kobote, philosophe de la secte de Xékia, porta au Japon le livre kio. Ce sont proprement des pandectes de la doctrine de son maître. Cette philosophie fut connue dans le même tems à la Chine. Quelle différence entre nos philosophes & ceux-ci ! Les réveries d'un Xékia se répandent dans l'Inde, la Chine & le Japon, & deviennent la loi de cent millions d'hommes. Un homme naît quelquefois parmi nous avec les talens les plus sublimes, écrit les choses les plus sages, ne change pas le moindre usage, vit obscur, & meurt ignoré.

Il paroît que les premieres étincelles de lumiere qui aient éclairé la Chine & le Japon, sont parties de l'Inde & du Brachmanisme.

Kobote établit au Japon la doctrine ésotérique & exotérique de Fohi. A peine y fut-il arrivé, qu'on lui éleva le Fakubasi, ou le temple du cheval blanc ; ce temple subsiste encore. Il fut appellé du cheval blanc, parce que Kobote parut au Japon monté sur un cheval de cette couleur.

La doctrine de Siaka ne fut pas tout-à-coup celle du peuple. Elle étoit encore particuliere & secrette lorsque Darma, le vingt-huitieme disciple de Xékia, passa de l'Inde au Japon.

Mokuris suivit les traces de Darma. Il se montra d'abord dans le Tinsiku, sur les côtes du Malabar & de Coromandel. Ce fut là qu'il annonça la doctrine d'un dieu ordonnateur du monde & protecteur des hommes, sous le nom d'Amida. Cette idée fit fortune, & se répandit dans les contrées voisines, d'où elle parvint à la Chine & au Japon. Cet évenement fait date dans la chronologie des Japonois. Le prince Tonda Josimits porta la connoissance d'Amida dans la contrée de Sinano. C'est au dieu Amida que le temple Sinquosi fut élevé, & sa statue ne tarda pas à y opérer des miracles, car il en faut aux peuples. Mêmes impostures en Egypte, dans l'Inde, à la Chine, au Japon. Dieu a permis cette ressemblance entre la vraie religion & les fausses, pour que notre foi nous fût méritoire ; car il n'y a que la vraie religion qui ait de vrais miracles. Nous avons été éclairés par les moyens qu'il fut permis au diable d'employer pour précipiter dans la perdition les nations sur lesquelles Dieu n'avoit point résolu dans ses decrets éternels d'ouvrir l'oeil de sa miséricorde.

Voilà donc la superstition & l'idolatrie s'échappant des sanctuaires égyptiens, & allant infecter au loin l'Inde, la Chine & le Japon, sous le nom de doctrine xékienne, Voyons maintenant les révolutions que cette doctrine éprouva ; car il n'est pas donné aux opinions des hommes de rester les mêmes en traversant le tems & l'espace.

Nous observons d'abord que le Japon entier ne suit pas le dogme de Xékia. Le mensonge national est tolérant chez ces peuples ; il permet à une infinité de mensonges étrangers de subsister paisiblement à ses côtés.

Après que le Christianisme eût été extirpé par un massacre de trente-sept mille hommes, exécuté presqu'en un moment, la nation se partagea en trois sectes. Les uns s'attacherent au sintos ou à la vieille religion ; d'autres embrasserent le budso ou la doctrine de Budda, ou de Siaka, ou de Xékia, & le reste s'en tint au sindo, ou au code des philosophes moraux.

Du Sintos, du Budso, & du Sindo. Le sintos qu'on appelle aussi sinsin & kammitsi, le culte le plus ancien du Japon, est celui des idoles. L'idolatrie est le premier pas de l'esprit humain dans l'histoire naturelle de la religion ; c'est de-là qu'il s'avance au manichéisme, du manichéisme à l'unité de Dieu, pour revenir à l'idolatrie, & tourner dans le même cercle. Sin & Kami sont les deux idoles du Japon. Tous les dogmes de cette théologie se rapportent au bonheur actuel. La notion que les Sintoistes paroissent avoir de l'immortalité de l'ame, est fort obscure ; ils s'inquietent peu de l'avenir : rendez-nous heureux aujourd'hui, disent-ils à leurs dieux, & nous vous tenons quittes du reste. Ils reconnoissent cependant un grand dieu qui habite au haut des cieux, des dieux subalternes qu'ils ont placés dans les étoiles ; mais ils ne les honorent ni par des sacrifices ni par des fêtes. Ils sont trop loin d'eux pour en attendre du bien ou en craindre du mal. Ils jurent par ces dieux inutiles, & ils invoquent ceux qu'ils imaginent présider aux élémens, aux plantes, aux animaux & aux évenemens importans de la vie.

Ils ont un souverain pontife qui se prétend descendu en droite ligne des dieux qui ont anciennement gouverné la nation. Ces dieux ont même encore une assemblée générale chez lui le dixieme mois de chaque année. Il a le droit d'installer parmi eux ceux qu'il en juge dignes, & l'on pense bien qu'il n'est pas assez mal-adroit pour oublier le prédécesseur du prince régnant, & que le prince régnant ne manque pas d'égard pour un homme dont il espere un jour les honneurs divins. C'est ainsi que le despotisme & la superstition se prêtent la main.

Rien de si mystérieux & de si misérable que la physcologie de cette secte. C'est la fable du chaos défigurée. A l'origine des choses le chaos étoit ; il en sortit je ne sais quoi qui ressembloit à une épine : cette épine se mut, se transforma, & le Kunitokhodatsno micotto ou l'esprit parut. Du reste, rien dans les livres sur la nature des dieux ni sur leurs attributs, qui ait l'ombre du sens commun.

Les Sentoistes qui ont senti la pauvreté de leur systême, ont emprunté des Budsoïstes quelques opinions. Quelques-uns d'entr'eux qui font secte, croyent que l'ame d'Amida a passé par métempsycose dans le Tin-sio-dai-sin, & a donné naissance au premier des dieux ; que les ames des gens de bien s'élevent dans un lieu fortuné au-dessus du trente-troisieme ciel ; que celles des méchans sont errantes jusqu'à ce qu'elles ayent expié leurs crimes, & qu'on obtient le bonheur avenir par l'abstinence de tout ce qui peut souiller l'ame, la sanctification des fêtes, les pélerinages religieux, & les macérations de la chair.

Tout chez ce peuple est rappellé à l'honnêteté civile & à la politique, & il n'en est ni moins heureux ni plus méchant.

Ses hermites, car il en a, sont des ignorans & des ambitieux ; & le peu de cérémonies religieuses auxquelles le peuple est assujetti, est conforme à son caractere mol & voluptueux.

Les Budsoïstes adorent les dieux étrangers Budso & Fotoke : leur religion est celle de Xekia. Le nom Budso est indien, & non japonois. Il vient de Budda ou Budha, qui est synonyme à Hermès.

Siaka ou Xékia s'étoit donné pour un dieu. Les Indiens le regardent encore comme une émanation divine. C'est sous la forme de cet homme que Wisthnou s'incarna pour la neuvieme fois ; & les mots Budda & Siaka désignent au Japon les dieux étrangers, quels qu'ils soient, sans excepter les saints & les philosophes qui ont prêché la doctrine xékienne.

Cette doctrine eut de la peine à prendre à la Chine & au Japon où les esprits étoient prévenus de celle de Confucius qui avoient en mépris les idoles ; mais de quoi ne viennent point à bout l'enthousiasme & l'opiniatreté aidés de l'inconstance des peuples & de leur goût pour le nouveau & le merveilleux ! Darma attaqua avec ces avantages la sagesse de Confucius. On dit qu'il se coupa les paupieres de peur que la méditation ne le conduisît au sommeil. Au reste les Japonois furent enchantés d'un dogme qui leur promettoit l'immortalité & les récompenses à venir ; & une multitude de disciples de Confucius passerent dans la secte de Xékia, prêchée par un homme qui avoit commencé de se rendre vénérable par la sainteté de ses moeurs. La premiere idole publique de Xékia fut élevée chez les Japonois l'an de J. C. 543. Bientôt on vit à ses côtés la statue d'Amida, & les miracles d'Amida entraînerent la ville & la cour.

Amida est regardé par les disciples de Xékia comme le dieu suprème des demeures heureuses que les bons vont habiter après leur mort. C'est lui qui les rejette ou les admet. Voila la base de la doctrine exotérique. Le grand principe de la doctrine exotérique, c'est que tout n'est rien, & que c'est de ce rien que tout dépend. De-là le distique qu'un enthousiaste xékien écrivit après trente ans de méditations, au pied d'un arbre sec qu'il avoit dessiné : arbre, dis-moi qui t'a planté ? Moi dont le principe n'est rien, & la fin rien ; ce qui revient à cette autre inscription d'un philosophe de la même secte : mon coeur n'a ni être ni non-être ; il ne va point, il ne revient point, il n'est retenu nulle part. Ces folies paroissent bien étranges ; cependant qu'on essaye, & l'on verra qu'en suivant la subtilité de la métaphysique aussi loin qu'elle peut aller, on aboutira à d'autres folies qui ne seront guere moins ridicules.

Au reste, les Xékiens négligent l'extérieur, s'appliquent uniquement à méditer, méprisent toute discipline qui consiste en paroles, & ne s'attachent qu'à l'exercice qu'ils appellent soquxin, soqubut, ou du coeur.

Il n'y a, selon eux, qu'un principe de toutes choses, & ce principe est par-tout.

Tous les êtres en émanent & y retournent.

Il existe de toute éternité ; il est unique, clair, lumineux, sans figure, sans raison, sans mouvement, sans action, sans accroissement ni décroissement.

Ceux qui l'ont bien connu dans ce monde acquierent la gloire parfaite de Fotoque & de ses successeurs.

Les autres errent & erreront jusqu'à la fin du monde : alors le principe commun absorbera tout.

Il n'y a ni peines ni récompenses à venir.

Nulle différence réelle entre la science & l'ignorance, entre le bien & le mal.

Le repos qu'on acquiert par la méditation est le souverain bien, & l'état le plus voisin du principe général, commun & parfait.

Quant à leur vie ils forment des communautés, se levent à minuit pour chanter des hymnes, & le soir ils se rassemblent autour d'un supérieur qui traite en leur présence quelque point de morale, & leur en propose à méditer.

Quelles que soient leurs opinions particulieres, ils s'aiment & se cultivent. Les entendemens, disent-ils, ne sont pas unis de parentés comme les corps.

Il faut convenir que si ces gens ont des choses en quoi ils valent moins que nous, ils en ont aussi en quoi nous ne les valons pas.

La troisieme secte des Japonois est celle des Sendosivistes ou de ceux qui se dirigent par le sicuto ou la voie philosophique. Ceux-ci sont proprement sans religion. Leur unique principe est qu'il faut pratiquer la vertu, parce que la vertu seule peut nous rendre aussi heureux que notre nature le comporte. Selon eux le méchant est assez à plaindre en ce monde, sans lui préparer un avenir fâcheux ; & le bon assez heureux sans qu'il lui faille encore une récompense future. Ils exigent de l'homme qu'il soit vertueux, parce qu'il est raisonnable, & qu'il soit raisonnable parce qu'il n'est ni une pierre ni une brute. Ce sont les vrais principes de la morale de Confucius & de son disciple japonois Moosi. Les ouvrages de Moosi jouissent au Japon de la plus grande autorité.

La morale des Sendosivistes ou philosophes Japonois se réduit à quatre points principaux.

Le premier ou dsin est de la maniere de conformer ses actions à la vertu.

Le second gi, de rendre la justice à tous les hommes.

Le troisieme re, de la décence & de l'honnêteté des moeurs.

Le quatrieme tsi, des regles de la prudence.

Le cinquieme sin, de la pureté de la conscience & de la rectitude de la volonté.

Selon eux, point de métempsycose ; il y a une ame universelle qui anime tout, dont tout émane, & qui absorbe tout ; ils ont quelques notions de spiritualité ; ils croient l'éternité du monde ; ils célebrent la mémoire de leurs parens par des sacrifices ; ils ne reconnoissent point de dieux nationaux ; ils n'ont ni temple ni cérémonies religieuses : s'ils se prêtent au culte public, c'est par esprit d'obéissance aux loix ; ils usent d'ablutions & s'abstiennent du commerce des femmes dans les jours qui précedent leurs fêtes commémoratives ; ils ne brûlent point les corps des morts, mais ils les enterrent comme nous ; ils ne permettent pas seulement le suicide, ils y exhortent : ce qui prouve le peu de cas qu'ils font de la vie. L'image de Confucius est dans leurs écoles. On exigea d'eux au temps de l'extirpation du Christianisme, qu'ils eussent une idole ; elle est placée dans leurs foyers, couronnée de fleurs & parfumée d'encens. Leur secte souffrit beaucoup de la persécution des chrétiens, & ils furent obligés de cacher leurs livres. Il n'y a pas long-tems qu'un prince japonois, appellé Sisen, qui avoit pris du goût pour les Sciences & pour la Philosophie, fonda une académie dans ses domaines, y appella les hommes les plus instruits, les encouragea à l'étude par des récompenses ; & la raison commençoit à faire des progrès dans un canton de l'empire, lorsque de vils petits sacrificateurs qui vivoient de la superstition & de la crédulité des peuples, fachés du discrédit de leurs rêveries, porterent des plaintes à l'empereur & au dairo, & menacerent la nation des plus grands desastres, si l'on ne se hâtoit d'étouffer cette race naissante d'impies. Sisen vit tout-à-coup la tyrannie ecclésiastique & civile conjurée contre lui, & ne trouva d'autre moyen d'échapper au péril qui l'environnoit, qu'en renonçant à ses projets, & en cédant ses livres & ses dignités à son fils. C'est Kempfer même qui nous raconte ce fait, bien propre à nous instruire sur l'espece d'obstacles que les progrès de la raison doivent rencontrer par-tout. Voyez Bayle, Brucker, Possevin, &c. Voyez aussi les articles INDIENS, CHINOIS & EGYPTIENS.


JAPPERv. n. (Gramm.) C'est le cri des petits chiens. Les gros chiens aboient, les petits chiens jappent, le renard jappe.


JAPUou JUPUJUBA, s. m. (Ornithol. exot.) oiseau du Brésil de la classe des pic-verds. Tout son corps est d'un noir luisant, avec une grande moucheture jaune sur le milieu de chaque aîle, & une rayure semblable près du croupion. On admire l'adresse & la délicatesse avec laquelle il forme son nid qui pend à l'extrémité des branches d'arbres. Ray, Ornitholog. p. 98. (D.J.)


JAPYGIES. f. Japygia, (Géog. ancienne) ancienne contrée d'Italie dans la grande Grece. Elle est nommée indifféremment par les Auteurs, Japygie, Messapie, Pincétie, Salentine, Pouille, & Calabre. Voyez Hérodote, lib. III. cap. cxxxviij. lib. IIII. cap. lxxxxjx. lib. VIII. cap. clxx. Strabon, lib. VI. & Pline, lib. V. cap. xj. La terre d'Otrante fait une partie de l'ancienne Japygie.

Japyx, fils de Dédale, donna son nom à ce canton de l'Italie méridionale qui formoit proprement l'ancienne Pouille & la Messapie. M. Delisle dans sa carte de l'ancienne Italie, compte pour la Japygie les deux parties de la Pouille, savoir la Daunienne & la Pencétienne. Antoine Galatoeus, medecin, a publié un livre exprès, fort rare & fort savant, de la situation de la Japygie, de situ Japygiae. Basileae, 1558, in-12. (D.J.)


JAPYX(Géog. anc.) c'est-là le nom de l'ouest-nord-ouest, quand il souffle de la pointe orientale de l'Italie. On l'a confondu mal-à-propos, & M. Dacier entr'autres, avec le corus des Latins & l'argestés des Grecs. Le vent régionnaire, nommé japyx, étoit favorable à ceux qui s'embarquoient à Brindes pour la Grece ou pour l'Egypte, parce qu'il souffloit toujours en poupe jusqu'au dessous du Péloponese ; voilà pourquoi Horace, liv. I. ode 3, le souhaite au vaisseau qui devoit porter Virgile sur les côtes de l'Attique :

Ventorumque regat pater

Obstrictis aliis, praeter japyga,

Navis, quae tibi creditum

Debes Virgilium ; finibus Atticis

Reddas incolumem, precor,

Et serves animae dimidium meae. (D.J.)


JAQUE LEou LA JAQUE, (Art milit.) étoit autrefois une espece de juste-au-corps qui venoit au moins jusqu'aux genoux, que Nicot définit ainsi : JAQUE, habillement de guerre renflé de coton.

Ces jacques étoient bourés entre les toiles ou l'étoffe dont ils étoient composés. Ils s'appelloient aussi gambessons ou gambeson. Voyez GAMBESON.


JAQUEMARS. m. (ancien terme de monnoyage) c'étoit un ressort placé au premier balancier ; on le croyoit capable de relever la vis du balancier. C'est ce que l'expérience a démontré faux.

On a donné le même nom à ces figures placées à certaines horloges, où elles frappent les heures avec un marteau qu'elles ont à la main.


JAQUETTES. f. (Gram. mod.) c'est le vêtement des enfans ; il consiste en un jupon attaché à un corps. On dit aussi la jaquette d'un capucin. En général on appelle jaquette tout vêtement d'enfant ou de religieux, qui descend jusqu'aux piés, sous lequel le corps est nud, & qui ne couvre pas un autre vêtement.


JAou JIAR, s. m. (Hist. anc.) mois des Hébreux qui répond à notre mois d'Avril. Il étoit le huitieme de l'année civile, & le second de l'année sainte, & n'avoit que vingt-neuf jours.

Le dixieme de ce mois les juifs font le deuil de la mort du grand-prêtre Heli & de ses deux fils Ophni & Phinées. Ceux qui n'ont pu faire la pâque dans le mois de Mian, la font dans le mois de Jar, & de plus on y jeûne trois jours pour l'expiation des péchés commis pendant la pâque.

Le dix-huitieme jour les Juifs commençoient la moisson du froment trente-trois jours après la pâque. Le vingt-troisieme ils célebrent une fête en mémoire de la purification du temple fait par Judas Macchabée, après qu'il en eut chassé les Syriens. Le vingt-neuvieme ils font mémoire de la mort du prophete Samuel. Diction. de la Bib. (G)


JARANNA(Géog.) forteresse de l'empire russien dans la province de Daurie, habitée par les Tonguses, nation tartare. C'est près de cet endroit qu'on prend les plus belles zibelines.


JARARAS. m. coaypitinga, (Ophiolog. exot.) serpent d'Amérique assez semblable à notre vipere européenne, & non moins dangereuse par son venin. (D.J.)

JARARA, EPHEBA, s. m. (Ophiol. exot.) nom d'une espece de serpent d'Amérique, de couleur brune marquetée d'une belle rayure rouge, ondée, & qui décourt en forme de chaîne sur toute l'étendue du dos. Ray, Syn. Anim. pag. 330. (D.J.)


JARARACou JARACUCU, s. m. (Hist. nat.) espece de serpent d'Amérique ; il est vivipare & produit un très-grand nombre de petits ; on en a trouvé treize dans le corps d'une femelle. Il a entre deux & trois piés de longueur ; ses dents sont très-grandes & longues comme celles des autres serpens venimeux ; elles sont cachées dans les gencives, & contiennent une liqueur jaunâtre qui ne sort que lorsqu'il mord. Sa morsure est si dangereuse, qu'on en meurt en vingt-quatre heures. Ray, Synopsis anim.


JARDINS. m. (Arts) lieu artistement planté & cultivé, soit pour nos besoins, soit pour nos plaisirs.

On a composé les jardins, suivant leur étendue, de potagers pour les légumes, de vergers pour les arbres fruitiers, de parterres pour les fleurs, de bois de haute-futaie pour le couvert. On les a embellis de terrasses, d'allées, de bosquets, de jets-d'eau, de statues, de boulingrins, pour les promenades, la fraîcheur, & les autres apanages du luxe ou du goût. Aussi le nom de jardin se prend en hébreu pour un lieu délicieux, planté d'arbres ; c'est ce que désigne le mot de jardin d'Eden. Le terme grec , paradis, signifie la même chose. Delà vient encore que le nom de jardin a été appliqué à des pays fertiles, agréables & bien cultivés ; c'est ainsi qu'Athénée donne ce nom à une contrée de la Sicile auprès de Palerme ; la Touraine est nommée le jardin de la France par la même raison.

Il est quelquefois parlé, dans l'Ecriture-sainte, des jardins du roi, situés au pié des murs de Jérusalem. Il y avoit chez les Juifs des jardins consacrés à Vénus, à Adonis. Isaïe, chap. j, vers. 29, reproche à ce peuple les scandales & les actes d'idolatrie qu'il y commettoit.

L'antiquité vante comme une des merveilles du monde, les jardins suspendus de Sémiramis ou de Babylone. Voyez JARDIN DE BABYLONE.

Les rois de Perse se plaisoient fort à briller par la dépense de leurs jardins ; & les satrapes, à l'imitation de leurs maîtres, en avoient dans les provinces de leur district, d'une étendue prodigieuse, clos de murs, en forme de parcs, dans lesquels ils enfermoient toutes sortes de bêtes pour la chasse. Xénophon nous parle de la beauté des jardins que Pharnabase fit à Dascyle.

Ammien Marcellin rapporte que ceux des Romains, dans le tems de leur opulence, étoient, pour me servir de ses expressions, instar villarum, quibus vivaria includi solebant. On y prisoit entr'autres pour leur magnificence, les jardins de Pompée, de Luculle, & de Mecene. Ils n'offroient pas seulement en spectacle au milieu de Rome des terres labourables, des viviers, des vergers, des potagers, des parterres, mais de superbes palais & de grands lieux de plaisance, ou maisons champêtres faites pour s'y reposer agréablement du tumulte des affaires. Jamquidem, dit Pline, liv. 29. ch. 4. hortorum nomine, in ipsâ urbe, delicias, agros, villasque possident. Le même goût continue de regner dans Rome moderne, appauvrie & dépeuplée.

Ce fut Cn. Marius, dont il reste quelques lettres à Ciceron, & qu'on nommoit par excellence l'ami d'Auguste, qui enseigna le premier aux Romains le raffinement du jardinage, l'art de greffer & de multiplier quelques uns des fruits étrangers des plus recherchés & des plus curieux. Il introduisit aussi la méthode de tailler les arbres & les bosquets dans des formes régulieres. Il passa la fin de ses jours dans un de ces lieux de plaisance de Rome, dont nous venons de parler, où il employoit son tems & ses études au progrès des plantations, aussi bien qu'à raffiner sur la délicatesse d'une vie splendide & luxurieuse, qui étoit le goût général de son siecle. Enfin il écrivit, sur les jardins & l'agriculture, plusieurs livres mentionnés par Columelle & autres auteurs de la vie rustique qui parurent après lui.

Les François si long-tems plongés dans la barbarie, n'ont point eu d'idées de la décoration des jardins ni du jardinage, avant le siecle de Louis XIV. C'est sous ce prince que cet art fut d'un côté créé, perfectionné par la Quintinie pour l'utile, & par le Nôtre pour l'agréable. Arrêtons-nous à faire connoître ces deux hommes rares.

Jean de la Quintinie, né près de Poitiers en 1626, vint à Paris s'attacher au barreau, & s'y distingua ; mais sa passion pour l'Agriculture l'emporta sur toute autre étude ; après avoir acquis la théorie de l'art, il fit un voyage en Italie pour s'y perfectionner, & de retour il ne songea plus qu'à joindre la pratique aux préceptes. Il trouva, par ses expériences, ce qu'on ne savoit pas encore en France, qu'un arbre transplanté ne prend de nourriture que par les racines qu'il a poussées depuis qu'il est replanté, & qui sont comme autant de bouches par lesquelles il reçoit l'humeur nourriciere de la terre. Il suit delà qu'au lieu de conserver les anciennes petites racines, quand on transplante un arbre, il faut les couper, parce qu'ordinairement elles se sechent & se moisissent.

La Quintinie découvrit encore la méthode de tailler fructueusement les arbres. Avant lui nous ne songions, en taillant un arbre, qu'à lui donner une belle forme, & le dégager des branches qui l'offusquent. Il a su, il nous a enseigné ce qu'il falloit faire pour contraindre un arbre à donner du fruit, & à en donner aux endroits où l'on veut qu'il en vienne, même à le répandre également sur toutes ses branches.

Il prétendoit, & l'expérience le confirme, qu'un arbre qui a trop de vigueur ne pousse ordinairement que des rameaux & des feuilles ; qu'il faut réprimer avec adresse la forte pente qu'il a à ne travailler que pour sa propre utilité ; qu'il faut lui couper de certaines grosses branches, où il porte presque toute sa séve, & l'obliger par ce moyen à nourrir les autres branches foibles & comme délaissées, parce que ce sont les seules qui fournissent du fruit en abondance.

Ainsi la Quintinie apprit de la nature,

Des utiles jardins l'agréable culture.

Charles II. roi d'Angleterre, lui donna beaucoup de marques de son estime dans des voyages qu'il fit à Londres. Il lui offrit une pension très-considérable pour se l'attacher ; mais l'espérance de s'avancer pour le moins autant dans son pays, l'empêcha d'accepter ces offres avantageuses. Il ne se trompa pas ; M. Colbert le nomma directeur des jardins fruitiers & potagers de toutes les maisons royales ; & cette nouvelle charge fut créée en sa faveur.

André le Nôtre, né à Paris en 1625, mort en 1700, étoit un de ces génies créateurs, doué par la nature d'un goût & d'une sagacité singuliere, pour la distribution & l'embellissement des jardins. Il n'a jamais eu d'égal en cette partie, & n'a point encore trouvé de maître. On vit sans-cesse éclorre, sous le crayon de cet homme unique en son genre, mille compositions admirables, & nous devons à lui seul toutes les merveilles qui font les délices de nos maisons royales & de plaisance.

Cependant depuis la mort de ce célebre artiste, l'art de son invention a étrangement dégénéré parmi nous, & de tous les arts de goût, c'est peut-être celui qui a le plus perdu de nos jours. Loin d'avoir enchéri sur ses grandes & belles idées, nous avons laissé tomber absolument le bon goût, dont il nous avoit donné l'exemple & les principes, nous ne savons plus faire aucune de ces choses, dans lesquelles il excelloit, des jardins tels que celui des Tuileries, des terrasses comme celle de Saint-Germain en Laye, des boulingrins comme à Trianon, des portiques naturels comme à Marly, des treillages comme à Chantilly, des promenades comme celles de Meudon, des parterres du Tibre, ni finalement des parterres d'eau comme ceux de Versailles.

Qu'on blâme, si l'on veut, la situation de ce dernier château, ce n'est point la faute de le Nôtre ; il ne s'agit ici que de ses jardins. Qu'on dise que les richesses prodiguées dans cet endroit stérile y siéent aussi mal que la frisure & les pompons à un visage laid ; il sera toujours vrai qu'il a fallu beaucoup d'art, de génie & d'intelligence, pour embellir, à un point singulier de perfection, un des plus incultes lieux du royaume.

Jettons sans partialité les yeux sur notre siecle. Comment décorons-nous aujourd'hui les plus belles situations de notre choix, & dont le Nôtre auroit su tirer des merveilles ? Nous y employons un goût ridicule & mesquin. Les grandes allées droites nous paroissent insipides ; les palissades, froides & uniformes ; nous aimons à pratiquer des allées tortueuses, des parterres chantournés, & des bosquets découpés en pompons ; les plus grands lieux sont occupés par de petites parties toujours ornées sans grace, sans noblesse & sans simplicité. Les corbeilles de fleurs, fanées au bout de quelques jours, ont pris la place des parterres durables ; l'on voit par-tout des vases de terre cuite, des magots chinois, des bambochades, & autres pareils ouvrages de sculpture d'une exécution médiocre, qui nous prouvent assez clairement que la frivolité a étendu son empire sur toutes nos productions en ce genre.

Il n'en est pas de même d'une nation voisine, chez qui les jardins de bon goût sont aussi communs, que les magnifiques palais y sont rares. En Angleterre, ces sortes de promenades, pratiquables en tout tems, semblent faites pour être l'asyle d'un plaisir doux & serein ; le corps s'y délasse, l'esprit s'y distrait, les yeux y sont enchantés par le verd du gazon & des boulingrins ; la variété des fleurs y flatte agréablement l'odorat & la vûe. On n'affecte point de prodiguer dans ces lieux-là, je ne dis pas les petits, mais même les plus beaux ouvrages de l'art. La seule nature modestement parée, & jamais fardée, y étale ses ornemens & ses bienfaits. Profitons de ses libéralités, & contentons-nous d'employer l'industrie à varier ses spectacles. Que les eaux fassent naître les bosquets & les embellissent ! Que les ombrages des bois endorment les ruisseaux dans un lit de verdure ! Appellons les oiseaux dans ces endroits de délices ; leurs concerts y attireront les hommes, & feront cent fois mieux l'éloge d'un goût de sentiment, que le marbre & le bronze, dont l'étalage ne produit qu'une admiration stupide. Voyez au mot JARDIN d'Eden, la charmante description de Milton ; elle s'accorde parfaitement à tout ce que nous venons de dire. (D.J.)

JARDIN d'Eden, (Géog. sacrée) nom du jardin que Dieu planta dès le commencement dans Eden, c'est-à-dire, dans un lieu de délices, comme porte le texte hébreu. Tandis que les savans recherchent sans succès la position de cette contrée (voyez EDEN & PARADIS TERRESTRE), amusons-nous de la description enchanteresse du jardin même, faite par Milton.

blisfull field, circled with groves of myrrh,

And flowing odours, cassia, nard, and balm,

A wilderners of sweets ! for nature here

Wantonn'd as in prime, and play'd at will

Her virgin fancies, pouring forth more sweet

Wild, above rule or art, enormous bliss !

Out of this fertile ground, God caused to grow

All trees of noblest Kind for sight, smell, taste,

And all amidst them, stood the Tree of life,

High eminent, blooming ambrosial fruit

Of vegetable gold ; and next to life,

Our death, the Tree of Knowledge, grew fast by.

happy rural seat, of various view !

Groves, whose rich trees wept odorous gums, and balm ;

Others whose fruit, burnish'd with golden rind,

Hung amiable ; Hesperian fable true,

If true, here only, and of delicious taste !

Betwixt them lawns, or level-downs, and flocks

Grazing the tender herb, were interpos'd ;

Or palmy hillock, or the flowry lap,

Of some irrignous valley, spread her flore ;

Flow'rs of all hew, and without thorn, the rose :

Another side, umbrageous grots, and caves

Of cool recess, o'er which the mantling vine

Lays forth her purple grappes, and gently creeps

Luxuriant. Mean while murm'ring water fall

Down the slope hills, dispers'd, or in a lake

That to the fringed bank, with myrtle crown'd,

Her crystal, mirrour holds, unite their streams.

The birds their choir apply : Airs, vernal airs,

Breathing the smell of field and grove, attune

The trembling leafs, while universal Pan,

Knit with the graces, and the Hours in dance,

Led on th'eternal spring....

Thus was this place. (D.J.)

JARDIN, s. m. (Marine) nom que quelques-uns donnent aux balcons d'un vaisseau, lorsqu'ils ne sont point couverts. (Q)

JARDIN, (Fauconnerie) on dit donner le jardin, & jardiner le lanier, le sacre, l'autour, &c. c'est l'exposer au soleil dans un jardin, ou sur la barre, ou sur le roc, ou sur la pierre froide.

JARDINS de Babylone, (Hist. anc.) les jardins de Babylone ou de Semiramis ont été mis par les anciens au rang des merveilles du monde, c'est-à-dire des beaux ouvrages de l'art. Ils étoient soûtenus en l'air par un nombre prodigieux de colonnes de pierre, sur lesquelles posoit un assemblage immense de poutres de bois de palmier ; le tout supportoit un grand poids d'excellente terre rapportée, dans laquelle on avoit planté plusieurs sortes d'arbres, de fruits & de légumes, qu'on y cultivoit soigneusement. Les arrosemens se faisoient par des pompes ou canaux, dont l'eau venoit d'endroits plus élevés. Avec la même dépense, on auroit fait dans un terrein choisi des jardins infiniment supérieurs en goût, en beauté & en étendue ; mais ils n'auroient pas frappé par le merveilleux, & l'on ne sauroit dire jusqu'à quel point les hommes en sont épris. (D.J.)


JARDINAGEle jardinage est l'art de planter, de décorer & de cultiver toutes sortes de jardins ; il fait partie de la Botanique.

Cet art est fort étendu, & a plusieurs branches, si l'on fait attention à toutes les différentes parties qui composent les jardins, voyez JARDIN. On ne peut douter que ce ne soit une occupation très-noble, dont les Grecs & les Romains faisoient leurs délices. Pline (Hist. nat. liv. XVIII. chap. iij.) nous le fait bien connoître par ces mots, imperatorum olim manibus colebantur agri. Les philosophes les plus distingués ont suivi leur exemple, & nous lisons dans Goetzius, de eruditis hortorum cultoribus dissertatio, Lubec 1706, qu'Epicure, Théophraste, Démocrite, Platon, Caton, Ciceron, Columelle, Palladius, Varron, & autres ont aimé le jardinage. Feu Gaston frere de Louis XIII. Louis XIII. Louis XIV. Monsieur frere unique de Louis XIV. les princes mêmes de nos jours n'ont pas dédaigné, après leurs travaux guerriers, de s'y appliquer.


JARDINEUXadj. terme de jouaillier, on appelle éméraude jardineuse celle dont le verd n'est pas d'une suite, qui a quelque ombre qui la rend mal nette, des nuées & veines à travers des poils, des brouillards, un air-brun entre-courant & entreluisant, un éclat engourdi, foible & plein de crasse. Voyez EMERAUDE.


JARDINIERS. m. (Art Méch.) est celui qui a l'art d'inventer, de dresser, tracer, planter, élever & cultiver toutes sortes de jardins, il doit outre cela connoître le caractere de toutes les plantes, pour leur donner à chacune la culture convenable.

Les différentes parties des jardins détaillées au mot JARDIN, font juger qu'un jardinier ne peut guere les posseder toutes ; l'inclination, le goût l'entraîne vers celle qui lui plaît davantage : ainsi on appelle celui qui cultive les fleurs un jardinier-fleuriste, celui qui prend soin des orangers un orangiste (Daviler), des fruits un fruitier, des légumes & marais un maréchais, des simples un simpliciste (Furetiere), des pépinieres un pépineriste (la Quintinie & Daviler.)

On ne donnera point le détail des travaux d'un jardinier dans chaque mois de l'année. Il suffit de dire qu'ils doivent être continuels, qu'ils se succedent, & sont presque toûjours les mêmes. La saison de l'hiver, qui en paroît exempte, peut être utilement employée à retourner les terres usées, à les améliorer, & à faire des treillages, des caisses & autres ouvrages.


JARDINIERES. f. (Brodeur) petite broderie étroite & légere en fil, exécutée à l'extrémité d'une manchette de chemise ou de quelqu'autre vêtement semblable.


JARDOou JARDE, s. m. (Maréchallerie) tumeur calleuse & dure qui vient aux jambes de derriere du cheval, & qui est située au dehors du jarret, au lieu que l'éparvin vient en-dedans. Voyez éPARVIN.

Les jardons estropient le cheval lorsqu'on n'y met pas le feu à-propos. Ce mot signifie aussi l'endroit du cheval où cette maladie vient. Soleisel.


JARGEAou GERGEAU, (Géog.) ancienne ville de France dans l'Orléanois sur le bord méridional de la Loire, avec un pont qui faisoit un passage important durant les guerres civiles. Le roi Charles VII. tint ses grands jours dans cette ville en 1430, & Louis XI. y maria sa fille Jeanne de France avec Pierre de Bourbon comte de Beaujeu, le 3 de Novembre 1473. Jargeau n'est pas le Gergovia de César, mais elle est connue sous le nom de Gergosilum dans le 9e siecle ; & dans le 10e, elle appartenoit à l'église d'Orléans ; aussi l'évêque d'Orléans en est encore le seigneur temporel ; elle est à 4 lieues S. E. d'Orléans, 28 S. O. de Paris. Long. 19. 45. lat. 47. 50. (D.J.)


JARGONS. m. (Gram.) ce mot a plusieurs acceptions. Il se dit 1°. d'un langage corrompu, tel qu'il se parle dans nos provinces. 2°. D'une langue factice, dont quelques personnes conviennent pour se parler en compagnie & n'être pas entendues. 3°. D'un certain ramage de société qui a quelquefois son agrément & sa finesse, & qui supplée à l'esprit véritable, au bon sens, au jugement, à la raison & aux connoissances dans les personnes qui ont un grand usage du monde ; celui-ci consiste dans des tours de phrase particuliers, dans un usage singulier des mots, dans l'art de relever de petites idées froides, puériles, communes, par une expression recherchée. On peut le pardonner aux femmes : il est indigne d'un homme. Plus un peuple est futile & corrompu, plus il a de jargon. Le précieux, ou cette affectation de langage si opposée à la naïveté, à la vérité, au bon goût & à la franchise dont la nation étoit infectée, & que Moliere décria en une soirée, fut une espece de jargon. On a beau corriger ce mot jargon par les épithetes de joli, d'obligeant, de délicat, d'ingénieux, il emporte toûjours avec lui une idée de frivolité. On distingue quelquefois certaines langues anciennes qu'on regarde comme simples, unies & primitives, d'autres langues modernes qu'on regarde comme composées des premieres, par le mot de jargon. Ainsi l'on dit que l'italien, l'espagnol & le françois ne sont que des jargons latins. En ce sens, le latin ne sera qu'un jargon du grec & d'une autre langue ; & il n'y en a pas une dont on n'en pût dire autant. Ainsi cette distinction des langues primitives & en jargons, est sans fondement. Voyez l'article LANGUE.

JARGONS, s. m. (Hist. nat. Litholog.) nom que donnent quelques auteurs à un diamant jaune, moins dur que le diamant véritable. On appelle aussi jargons des crystallisations d'un rouge-jaunâtre, & qui imitent un peu les hyacinthes ; elles viennent d'Espagne & d'Auvergne.


JARIBOLOSS. m. (Antiq.) divinité palmyrénienne, dont le nom se lit dans les inscriptions des ruines de Palmyre. Elle avoit, selon les apparences, les mêmes attributs que le dieu Lunus des Phéniciens, je veux dire une couronne sur la tête, & un croissant derriere les épaules ; car jari signifie le mois auquel la lune préside. Jaribolus n'est peut-être que Baal ou Belus. Le soleil qui tourne en différentes manieres, à cause de la difficulté d'exprimer les mots orientaux en caractères grecs, a été la principale divinité des Phéniciens & Palmyréniens ; de ce mot de baal ou belus ont été formés malakbelus, aglibolus, jaribolus, & autres semblables qu'on trouve dans les inscriptions. (D.J.)


JARJUNAS. m. (Bot. exotiq.) arbre qui croît dans l'île de Huaga & qui ressemble au figuier. Il porte un fruit oblong d'une palme, mou comme la figue, savonneux & vulnéraire ; on emploie sa feuille dans les luxations. Ray.


JARLOou RABLURE, (Marine) c'est une entaille faite dans la quille, dans l'étrave & dans l'étambord d'un bâtiment, pour y faire entrer une partie du bordage qui couvre les membres du vaisseau. Voyez RABLURE. (Q)


JARNAC(Géog.) bourg de France dans l'Angoumois sur la Charente, à 2 lieues de Cognac, 6 N. O. d'Angoulême, 100 S. O. de Paris. Long. 17 d. 22' lat. 45. 40.

C'est à la bataille donnée sous les murs de ce lieu en 1569, que Louis de Bourbon fut tué à la fleur de son âge, & traitreusement, par Montesquiou capitaine des gardes du duc d'Anjou, qui sous le nom d'Henri III. monta depuis sur le trône ; ainsi périt (non sans soupçon des ordres secrets de ce prince) le frere du roi de Navarre pere d'Henri IV. Il réunissoit à sa grande naissance toutes les qualités du héros & les vertus du sage, sa vie n'offre qu'un mêlange d'événemens singuliers ; la faction des Lorrains l'ayant fait condamner injustement à perdre la tête, il ne dut son salut qu'au décès de François II. qui arriva dans cette conjoncture : il fut ensuite fait prisonnier à la bataille de Dreux en changeant de cheval, & conduit au duc de Guise son ennemi mortel, mais qui le reçut avec les manieres & les procédés les plus propres à adoucir son infortune ; ils mangerent le soir à la même table, & comme il ne se trouva qu'un lit, les bagages ayant été perdus ou dispersés, ils coucherent ensemble, ce qui est, je pense, un fait unique dans l'histoire. Henri de Bourbon mort empoisonné à S. Jean d'Angely, ne dégénéra point du mérite de son illustre pere ; les malheurs qu'ils éprouverent l'un & l'autre dans l'espace d'une courte vie, & qui finirent par une mort prématurée, arrachent les larmes de ceux qui en lisent le récit dans M. de Thou, parce qu'on s'intéresse aux gens vertueux, & qu'on voudroit les voir triompher de l'injustice du sort, & des entreprises odieuses de leurs ennemis. (D.J.)


JAROMITZ(Géog.) petite ville de Bohème sur l'Elbe, à 11 lieues S. O. de Glatz, 25 N. E. de Prague. Long. 33. 55. lat. 50. 18. (D.J.)


JAROSLAW(Géog.) ville de Pologne au Palatinat de Russie, avec une bonne citadelle ; elle est remarquable par sa foire & par la bataille que les Suédois gagnerent sous ses murs en 1656 ; elle est sur la Sane, à 28 lieues N. O. de Lemberg, 50 S. E. de Cracovie. Long. 40. 58'. lat. 49. 58'. (D.J.)


JARRES. f. (Commerce) cruche de terre à deux anses, dont le ventre est fort gros. Ce mot vient de l'espagnol jarre ou jarro, qui signifie la même chose.

C'est aussi une espece de mesure : la jarre d'huile contient depuis 18 jusqu'à 26 jalons ; la jarre de gingembre pese environ cent livres.

M. Savari dit que la jarre est une mesure de continence pour les vins & les huiles dans quelques échelles du levant, particulierement à Mételin où elle est de six orques, qui font environ quarante pintes de Paris. Voyez ORQUE & PINTE. Diction. de Commerce. (G)

JARRE, terme dont les Chapeliers se servent pour désigner le poil long, dur & luisant, qui se trouve sur la superficie des peaux de castor, & qui n'étant pas propre à se feutrer, est tout-à-fait inutile, & ne peut pas entrer dans la manufacture des chapeaux.

Arracher le jarre, c'est l'ôter de dessus les peaux avec des especes de pinces. On emploie ordinairement à cet ouvrage des ouvrieres qu'on appelle arracheuses ou éplucheuses.

Les chapeliers se servent du jarre pour remplir des especes de pelotes couvertes de chifons de laine, avec lesquelles ils frottent les chapeaux, & leur donnent le lustre. Voyez CHAPEAU, voyez aussi CASTOR.

Jarre se dit aussi du poil de vigogne.

JARRES ou GIARES, plur. (Marine) ce sont de grandes cruches ou vaisseaux de terre, dans lesquels on met de l'eau douce pour la conserver meilleure que dans les futailles ; on les place ordinairement dans les galeries du vaisseau (Q)


JARREBOSSE(Marine) voyez CANDELLETTE qui est la même chose.


JARRET LES. m. (Anat.) c'est la jointure de l'os de la cuisse avec ceux de la jambe dans la partie postérieure. La jointure de l'os de la cuisse avec ceux de la jambe dans la partie antérieure se nomme le genou, au sujet duquel M. Mery rapporte un fait bien singulier dans le recueil de l'académie des Sciences, c'est l'histoire d'une exostose au genou qui pesoit vingt livres. (D.J.)

JARRET, (Maréchallerie) dans le cheval, c'est la jointure du train de derriere, qui assemble la cuisse avec la jambe. Il faut qu'un cheval ait les jarrets grands, amples, bien vuidés & sans enflure, qu'il sache bien plier les jarrets. Des jarrets gras, charnus & petits sont défectueux. Plier les jarrets, voyez PLIER ; on dit d'un cavalier qui serre les jarrets avec trop de force & sans y avoir de liant, qu'il a des jarrets de fer.

JARRET, (Hydr.) en fait de fontaines, s'entend d'une conduite d'eau qui fait un coude, & qu'on n'a pû faire aller en droite ligne à cause de la situation du terrein, ou de la disposition du jardin qui fait un angle. Cette conduite s'appelle jarrette : il faut prendre ces jarrets de loin pour éviter les frottemens. Voyez CONDUITE. (K)

JARRET, (Coupe des pierres) imperfection d'une direction de ligne ou de surface, qui fait une sinuosité ou un angle. Le jarret saillant s'appelle coude, & le rentrant s'appelle pli. Une ligne droite fait un jarret avec une ligne courbe, lorsque leur jonction ne se fait pas au point d'attouchement, ou que la ligne droite n'est pas tangente à la courbe.

JARRET, en terme d'Eperonnier, est cette partie d'un mors qui descend depuis le rouleau jusqu'aux petits tourets de la premiere chaînette. Voyez CHAINETTE & TOURETS, & nos Planches de l'Eperonnier.

JARRET, (Jardinage) se dit d'un coude ou d'une branche d'arbre très-longue, dénuée de toutes ses ramilles, & dont on ne laisse pousser que celles qui viennent à son extrémité, ce qui forme une espece de jarret.


JARRETEadj. (Maréchallerie) c'est la même chose que crochu. Voyez CROCHU.


JARRETIER(Anat.) voyez POPLITE.


JARRETIERES. f. lien avec lequel on attache ses bas.

L'ordre de la jarretiere, c'est un ordre militaire institué par Edouard III. en 1350, sous le titre des suprèmes chevaliers de l'ordre le plus noble de la jarretiere. Voyez ORDRE.

Cet ordre est composé de vingt six chevaliers ou compagnons, tous pairs, ou princes, dont le roi d'Angleterre est ou le chef, ou le grand-maître.

Ils portent à la jambe gauche une jarretiere garnie de perles & de pierres précieuses, avec cette devise, honni soit qui mal y pense. Voyez DEVISE.

Cet ordre de chevalerie forme un corps ou une société qui a son grand & son petit sceau, & pour officiers un prélat, un chancelier, un greffier, un roi d'armes & un huissier. Voyez PRELAT, CHANCELIER, &c.

Il entretient de plus un doyen & douze chanoines, des soûchanoines, des porte-verges, & vingt-six pensionnaires ou pauvres chevaliers. Voyez CHANOINES, &c.

L'ordre de la jarretiere est sous la protection de saint Georges de Cappadoce, qui est le patron tutélaire d'Angleterre. Voyez GEORGES.

L'assemblée ou chapitre des chevaliers se tient au château de Windsor dans la chapelle de saint Georges, dont on y voit le tableau peint par Rubens, sous le regne de Charles I. & dans la chambre du chapitre que le fondateur a fait construire pour cet effet.

Leurs habits de cérémonie sont la jarretiere enrichie d'or & de pierres précieuses, avec une boucle d'or qu'ils doivent porter tous les jours ; aux fêtes & aux solennités, ils ont un surtout, un manteau, un grand bonnet de velours, un collier de G G G, composé de roses émaillées, &c. Voyez MANTEAU, COLLIER, &c.

Quand ils ne portent pas leurs robes, ils doivent avoir une étoile d'argent au côté gauche, & communément ils portent le portrait de saint Georges émaillé d'or & entouré de diamans au bout d'un cordon bleu placé en baudrier qui part de l'épaule gauche. Ces chevaliers ne doivent point paroître en public sans la jarretiere, sous peine de dix sols huit deniers qu'ils sont obligés de payer au greffier de l'ordre.

Il paroît que l'ordre de la jarretiere est de tous les ordres séculiers le plus ancien & le plus illustre qu'il y ait au monde. Il a été institué 50 ans avant l'ordre de saint Michel de France, 83 ans avant celui de la toison d'or, 190 ans avant celui de saint André, & 209 ans avant celui de l'éléphant. Voyez TOISON D'OR, CHARDON, ou L'ORDRE DU CHARDON, ou de SAINT ANDRE, en Ecosse, ELEPHANT, &c.

Depuis son institution, il y a eu huit empereurs & vingt-sept ou vingt-huit rois étrangers, outre un très-grand nombre de princes souverains étrangers qui ont été de cet ordre en qualité de chevaliers compagnons.

Les auteurs varient sur son origine : on raconte communément qu'il fut institué en l'honneur d'une jarretiere de la comtesse de Salisbury, qu'elle avoit laissé tomber en dansant, & que le roi Edouard ramassa : mais les antiquaires d'Angleterre les plus estimés traitent ce récit d'historiette & de fable.

Cambden, Fern, &c. disent qu'il fut institué à l'occasion de la victoire que les Anglois remporterent sur les François à la bataille de Crécy : selon quelques historiens, Edouard fit déployer sa jarretiere comme le signal du combat, & pour conserver la mémoire d'une journée si heureuse, il institua un ordre dont il voulut qu'une jarretiere fût le principal ornement, & le symbole de l'union indissoluble des chevaliers. Mais cette origine s'accorde mal avec ce qu'on va lire ci-dessous.

Le pere Papebroke, dans ses analectes sur saint Georges, au troisieme tome des actes des Saints publiés par les Bollandistes, nous a donné une dissertation sur l'ordre de la jarretiere. Il observe que cet ordre n'est pas moins connu sous le nom de saint Georges que sous celui de la jarretiere ; & quoiqu'il n'ait été institué que par le roi Edouard III. néanmoins avant lui, Richard I. s'en étoit proposé l'institution du tems de son expédition à la terre-sainte (si l'on en croit un auteur qui a écrit sous le regne d'Henri VIII.) ; cependant Papebroke ajoute qu'il ne voit pas sur quoi cet auteur fonde son opinion, & que malgré presque tous les écrivains qui fixent l'époque de cette institution en 1350, il aime mieux la rapporter avec Froissard, à l'an 1344 ; ce qui s'accorde beaucoup mieux avec l'histoire de ce prince, dans laquelle on voit qu'il convoqua une assemblée extraordinaire de chevaliers cette même année 1344.

Si par cette assemblée extraordinaire de chevaliers, il faut entendre les chevaliers de la jarretiere, il s'ensuivra que cet ordre subsistoit dès l'an 1344 ; par conséquent l'origine que lui ont donné Cambden, Fern & d'autres, est une pure supposition, car il est constant que la bataille de Créci ne fut donnée qu'en 1346 le 26 d'Août. Comment donc Edouard auroit-il pû instituer un ordre de chevalerie en mémoire d'un événement qui n'étoit encore que dans la classe des choses possibles ? ou s'il a retardé jusqu'en 1350 à l'instituer en mémoire de la victoire de Créci, il faut avouer qu'il s'écartoit fort de l'usage commun de ces sortes d'établissemens, qui suivent toujours immédiatement les grands évenemens qui y donnent lieu. Ne seroit-il pas permis de conjecturer que les écrivains anglois ont voulu par-là sauver la gloire d'Edouard, & tourner du côté de l'honneur une action qui n'eut pour principe que la galanterie. Ce prince fut un héros, & nous le fit bien sentir ; mais comme beaucoup d'autres héros, il eut ses foiblesses. En tout cas, si la jarretiere de la comtesse de Salisbury est une fable, la jarretiere déployée à la bataille de Créci pour signal du combat, est une nouvelle historique.

En 1551 Edouard VI. fit quelques changemens au cérémonial de cet ordre. Ce prince le composa en latin, & l'on en conserve encore aujourd'hui l'original écrit de sa main ; il y ordonna que l'ordre ne seroit plus appellé l'ordre de saint Georges, mais celui de la jarretiere ; & au lieu du portrait de saint Georges suspendu ou attaché au collier, il substitua l'image d'un cavalier portant un livre sur la pointe de son épée, le mot protectio gravé sur l'épée, verbum Dei gravé sur le livre, & dans la main gauche une boucle sur laquelle est gravé le mot fides. Larrey.

On trouvera une histoire plus détaillée de l'ordre de la jarretiere dans Cambden, Dawson, Heland, Polydore Virgil, Heylin, Legar, Glover & Favyn.

Erhard, Cellius & le prince d'Orange, ajoute Papebroke, ont donné des descriptions des cérémonies usitées à l'installation ou à la réception des chevaliers. Un moine de Citeaux, nommé Mendocius Valetus, a composé un traité intitulé la jarretiere, ou speculum anglicanum, qui a été imprimé depuis sous le titre de cathéchisme de l'ordre de la jarretiere, où il explique toutes les allégories réelles ou prétendues de ces cérémonies avec leur sens moral.

JARRETIERES, (Littérature) en Italie comme en Grece les femmes galantes se piquoient d'avoir des jarretieres fort riches ; c'étoit même un ornement des filles les plus sages, parce que comme leurs jambes étoient découvertes dans les danses publiques, les jarretieres servoient à les faire paroître, & à en relever la beauté. Nos usages n'exigent pas ce genre de luxe ; c'est pourquoi les jarretieres de nos dames ne sont pas si magnifiques que celles des dames greques & romaines. (D.J.)


JARRETTA LA(Géog.) riviere de Sicile dans la vallée de Noto, ou pour mieux dire, ce sont diverses petites rivieres réunies dans un même lit, qui prennent le nom de Jaretta, laquelle va se perdre dans le golfe de Catane. (D.J.)


JARSvoyez OYE.


JAS D'ANCRES. m. (Marine) assemblage de deux pieces de bois de même forme & de même grosseur, jointes ensemble vers l'arganeau de l'ancre, & qui empêchent qu'elle ne se couche sur le fond lorsqu'on la jette en mer ; ce qui est nécessaire pour que les pattes de l'ancre puissent s'enfoncer & mordre dans le fond, soit sable ou vase. Voyez ANCRE. (Z)

JAS, s. m. (Salines) c'est, dit le dictionnaire de Trévoux, le nom qu'on donne dans le marais salans au premier réservoir de ces marais. Le jas n'est séparé de la mer que par une digue de terre revêtue de pierre seche, & on y laisse entrer l'eau salée par la varaigne, qui est une ouverture assez semblable à la bonde d'un étang, que l'on ouvre dans les grandes marées, & que l'on ferme quand on veut. Voyez MARAIS SALANS, SALINES, &c. (D.J.)


JASIDES. m. (Histoire mod.) les jasides sont des voleurs de nuit du Curdistan, bien montés, qui tiennent la campagne autour d'Erzeron, jusqu'à ce que les grandes neiges les obligent de se retirer ; & en attendant ils sont à l'affut, pour piller les foibles caravanes qui se rendent à Téflis, Tauris, Trébizonde, Alep & Tocat. On les nomme jasides parce que par tradition, ils disent qu'ils croyent en Jaside, ou Jesus ; mais ils craignent & respectent encore plus le diable.

Ces sortes de voleurs errans s'étendent depuis Monsul ou la nouvelle Ninive, jusqu'aux sources de l'Euphrate. Ils ne reconnoissent aucun maître, & les Turcs ne les punissent que de la bourse lorsqu'ils les arrêtent ; ils se contentent de leur faire racheter la vie pour de l'argent, & tout s'accommode au dépens de ceux qui ont été volés.

Il arrive d'ordinaire que les caravanes traitent de même avec eux, lorsqu'ils sont les plus forts ; on en est quitte alors pour une somme d'argent, & c'est le meilleur parti qu'on puisse prendre ; il n'en coute quelquefois que deux ou trois écus par tête.

Quand ils ont consumé les pâturages d'un quartier, ils vont camper dans un autre, suivant toujours les caravanes à la piste : pendant que leurs femmes s'occupent à faire du beurre, du fromage, à élever leurs enfans, & à avoir soin de leurs troupeaux.

On dit qu'ils descendent des anciens Chaldéens ; mais en tout cas, ils ne cultivent pas la science des astres ; ils s'attachent à celle des contributions des voyageurs, & à l'art de détourner les mulets chargés de marchandises, qu'ils dépaysent adroitement à la faveur des ténebres. (D.J.)


JASMELÉES. f. (Pharm. anc.) espece d'huile que les Perses nommoient aussi jasme ; on la préparoit par l'infusion de deux onces de fleurs blanches de violettes dans une livre d'huile de sésame ; on s'en servoit pour oindre le corps au sortir du bain, quand il s'agissoit d'échauffer ou de relâcher ; les uns en trouvoient l'odeur agréable, & d'autres difficile à supporter ; c'est tout ce qu'en dit Aëtius dans son Tétrab. I. serm. 1. (D.J.)


JASMINS. m. jasminum, (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur monopétale faite en forme d'entonnoir & découpée ; il sort du calice un pistil qui est attaché comme un clou à la partie inférieure de la fleur ; il devient dans la suite un fruit mou, ou une baie qui renferme une ou deux semences. Tournefort, inst. rei. herb. Voyez PLANTE.

JASMIN, jasminum, arbrisseau dont il y a plusieurs especes qui ont entr'elles tant de différences, qu'il n'est guere possible de faire en général une description satisfaisante sur leurs qualités, leur culture, leur agrément : quelques-uns de ces arbrisseaux sont des plantes sarmenteuses & grimpantes, qui veulent un appui, tandis que les autres se soutiennent sur leurs tiges. Il y a des jasmins à fleurs blanches, à fleurs jaunes & à fleurs rouges : les uns sont toujours verds, d'autres quittent leurs feuilles : dans plusieurs especes les fleurs ont une excellente odeur, & dans d'autres elles n'en ont que peu, ou point du tout : ceux qui peuvent passer l'hiver en pleine terre, sont en petit nombre ; la plûpart exigent l'orangerie, & il faut même la serre chaude à quelques-uns. Toutes ces dissemblances exigent un détail particulier pour chaque espece.

Le jasmin blanc commun pousse de longues tiges, sarmenteuses, auxquelles il faut un soutien ; sa feuille d'un verd foncé est composée de plusieurs folioles attachées à un filet commun. Ses fleurs paroissent à la fin de Juin, & se renouvellent jusqu'aux gelées ; elles sont blanches, viennent en bouquet, & rendent une odeur agréable qui se repand au loin. Cet arbrisseau ne porte point de graines dans ce climat, mais il se multiplie aisément de boutures ou de branches couchées, qu'il faut faire au printems. De l'une ou de l'autre façon, les plants feront des racines suffisantes pour être transplantés au bout d'un an ; mais les branches couchées font toujours des plants plus forts & mieux conditionnés ; c'est la méthode la plus simple & la plus suivie. Ce jasmin réussit dans tous les terreins ; mais il lui faut l'exposition la plus chaude afin qu'il soit moins endommagé par le givre & les gelées, qui quelquefois le font périr jusque contre terre, dans les hivers trop rigoureux : cet arbrisseau pousse si vigoureusement pendant tout l'été, qu'il faut le tailler souvent pour le retenir dans la forme qu'on lui veut faire garder ; avec l'attention néanmoins de conserver & palisser les petites branches ; ce sont celles qui produisent le plus de fleurs. Si la taille d'été n'a pas été suivie, il faudra y suppléer en hiver, & ne la faire qu'après les gelées au mois de Mars ou d'Avril : si on la faisoit plus tôt les frimats venant à dessécher le bout des branches, en ôteroient l'agrément & la production. Ce jasmin sert à garnir les murailles, à couvrir des berceaux, à former des haies : c'est sur-tout à ce dernier usage qu'on peut l'employer le plus avantageusement, lorsqu'il est entremêlé de rosiers & de chevrefeuilles. La verdure égale & constante de ses feuilles, la beauté, la durée & l'excellente odeur de ses fleurs, & la qualité assez rare de n'être sujet aux attaques ni à la fréquentation d'aucun insecte, doivent engager à placer ce jasmin dans les jardins d'ornement. Cette espece de jasmin a deux variétés ; l'une a les feuilles tachées de jaune, & l'autre de blanc : elles sont plus délicates que l'espece commune, la blanche sur-tout ; il faut les tenir en pot, & les serrer pendant l'hiver. On les multiplie par la greffe en écusson, & cette greffe réussit rarement, néanmoins ce qu'il y a de singulier, c'est que le sujet greffé contracte les mêmes bigarures que celles de l'arbrisseau dont l'oeil écussonné a eté tiré, malgré qu'il n'ait pas poussé, & qu'il se soit desséché. Ce qui désigne dans le jasmin une finesse de seve très-active & très communicative.

Le jasmin jaune d'Italie, c'est un petit arbrisseau qui ne s'éleve qu'à quatre ou cinq piés. Sa tige se soutient, sa feuille est large, brillante & d'un beau verd ; sa fleur est jaune, petite & sans odeur. Il est encore plus délicat que l'espece précédente. Il faut le mettre dans un terrein léger, contre un mur de bonne exposition, & le couvrir de paillassons dans les grandes gelées. On le multiplie de boutures & de branches couchées : on peut aussi le greffer en écusson ou en approche sur le jasmin jaune commun, qui est le suivant : ce sera même un moyen de le rendre plus robuste.

Le jasmin jaune commun s'éleve à cinq ou six piés : il pousse du pié quantité de tiges minces qui se soutiennent fort droites, & dont l'écorce est verte & cannelée ; sa feuille est petite, faite en treffle, & d'un verd brun ; ses fleurs d'un jaune assez vif, viennent en petite quantité le long des nouvelles branches ; elles paroissent au mois de Mai, & elles sont sans odeur. Les baies noires qui leur succedent, peuvent servir à le multiplier ; mais il est plus court & plus aisé de le faire par les rejettons que cet arbrisseau produit dans la plus grande quantité. Il réussit dans tous les terreins ; il est très-robuste ; il fait naturellement un très-joli buisson : & comme il garde ses feuilles pendant tout l'hiver, il doit trouver place dans un bosquet d'arbres toujours verds.

Le jasmin d'Espagne est un bel arbrisseau, qui de la façon dont on le cultive, ne s'éleve dans ce climat qu'à deux ou trois piés. Il pousse des tiges minces & foibles, dont l'écorce est verte ; ses feuilles ressemblent assez à celles du jasmin commun ; mais elles les surpassent par le brillant & l'agrément de la verdure. Ses fleurs blanches en-dessus & veinées de rouge en-dessous, sont plus grandes & d'une odeur plus délicieuse ; ce jasmin est délicat, il faut le tenir en pot & lui faire passer l'hiver dans l'orangerie, où il fleurira pendant toute cette saison. Mais pour l'avoir dans toute sa beauté, il faut le mettre en pleine terre, où avec quelques précautions, il résistera aux hivers ordinaires : on pourra le planter en tournant le pot dans une terre limoneuse & fraiche contre un mur, à l'exposition la plus favorable & la plus chaude ; ce qui se doit faire au mois de Mai, afin que l'arbrisseau puisse faire de bonnes racines avant l'hiver. Il faudra palisser les rejettons à la muraille, & retrancher à deux piés ceux qui seront trop vigoureux, afin de faire de la garniture. Les fleurs commenceront à paroître au mois de Juillet, & dureront jusqu'aux gelées ; alors il faudra supprimer toutes les fleurs & couper les bouts des branches, qui étant trop tendres, occasionneroient de la moisissure en se flétrissant, & infecteroient l'arbre ; ensuite couvrir l'arbrisseau par un tems sec avec des paillassons qu'on levera dans les tems doux, & qu'on n'ôtera entierement que vers le milieu d'Avril ; alors il faudra le tailler, & réduire à deux piés les rejettons les plus vigoureux ; ce qui fera produire quantité de fleurs qui seront plus grandes & beaucoup plus belles que celles des plants que l'on tient en pot. La culture de ceux-ci consiste à couper tous les ans au mois de Mars, toutes les branches à un oeil au-dessus de la greffe. Il leur faut cette opération pour les soutenir en vigueur ; car si on les laissoit monter à leur gré, ils s'épuiseroient & dépériroient bientôt. On multiplie cet arbre par la greffe sur le jasmin blanc ordinaire. Il y a une variété de cet arbrisseau qui est à fleur double ; cette fleur est composée d'un premier rang de cinq ou six feuilles, du milieu desquelles il s'en éleve trois ou quatre, qui quand elles ne s'épanouissent pas, restent serrées dans le milieu de la fleur, où elles forment un globule : cette fleur a l'odeur plus forte que celle du jasmin d'Espagne simple, & elle se soutient plus longtems sur l'arbrisseau, où elle se desseche sans tomber ; & il arrive quelquefois que le même bouton qui a fleuri se r'ouvre, & donne une seconde fleur. On multiplie & on cultive ce jasmin comme celui à fleur simple ; l'un & l'autre sont toujours verds.

Le jasmin jaune des Indes ou le jasmin jonquille : c'est un bel arbrisseau, qui par l'éducation qu'on est forcé de lui donner, faute d'une température suffisante de ce climat, ne s'éleve qu'à quatre ou cinq piés. Il prend une tige forte & ligneuse, qui a du soutien : ses feuilles en forme de treffle, sont grandes & de la plus brillante verdure ; ses fleurs qui viennent aux extrémités des branches, sont jaunes, petites, rassemblées en bouquets d'une excellente odeur de jonquille, & de longue durée ; l'arbrisseau en fournit pendant tout l'été & une partie de l'automne. On le tient en pot, & on le met pendant l'hiver dans l'orangerie comme le jasmin d'Espagne, quoiqu'il soit moins délicat. On peut le multiplier de graines ou de branches couchées ; mais cette derniere méthode a prévalu par la longueur & la difficulté de l'autre : si on marcotte ses branches au mois de Mars, elles auront au printems suivant de bonnes racines pour la transplantation. Il faut tailler ce jasmin au printems, supprimer les branches languissantes, & n'accourcir que celles qui s'élancent trop, attendu que les fleurs ne viennent qu'à leur extrémité, & que cet arbrisseau étant plus ligneux que les autres jasmins, les nouveaux rejettons qu'il pousseroit ne seroient pas assez forts pour fleurir la même année. Il est toujours verd.

Le jasmin de Açores est un très bel arbrisseau, dont la délicatesse exige dans ce climat l'abri de l'orangerie pendant l'hiver ; aussi ne s'éleve-t-il qu'à trois ou quatre piés, parce qu'on est obligé de le tenir en pot. Ce jasmin se garnit de beaucoup de branches, ce qui permet de lui donner une forme réguliere. Sa feuille est grande, d'un verd foncé, très-brillant. Ses fleurs sont petites, blanches, d'une odeur douce, très-agréable : elles viennent en grappes & en si grande quantité que l'arbrisseau en est couvert : elles durent pendant toute l'automne. Les graines qu'elles produisent dans ce climat ne levent point. On peut le multiplier de marcotte ; mais l'usage est de le greffer comme le jasmin d'Espagne sur le jasmin blanc commun. Il lui faut la même culture qu'au jasmin jonquille, si ce n'est pour la taille, qu'il faut faire au printems, & qui doit être relative à la forme que l'on veut faire prendre à l'arbrisseau. Nul ménagement à garder pour conserver les branches à fleurs, attendu qu'elles ne viennent que sur les nouveaux rejettons. Il est toujours verd.

Le jasmin d'Arabie, c'est le plus petit & le plus délicat de tous les jasmins ; on ne peut guere le laisser en plein air que pendant trois ou quatre mois d'été ; il lui faut une serre chaude pour lui faire passer l'hiver. Ses feuilles sont entieres, arrondies, de médiocre grandeur, & placées par paires sur les branches ; ses fleurs sont purpurines en-dessous, & d'un blanc terne en-dessus, qui devient jaunâtre dans le milieu ; elles exhalent une odeur délicieuse, qui approche beaucoup de celle de la fleur d'orange. Ce jasmin fleurit au printems & pendant toute l'automne. Dans sa jeunesse la taille lui est nécessaire pour lui faire prendre de la consistance ; on doit au printems couper à moitié les jeunes rejettons jusqu'à ce que la tête de l'arbrisseau en soit suffisamment garnie, après quoi on se contente de retrancher les branches foibles, seches ou superflues. On le multiplie par la greffe sur le jasmin blanc ordinaire. Il y a une variété de ce jasmin qui est à fleur double, & c'est ce qui en fait toute la différence. L'un & l'autre sont toujours verds.

Le jasmin de Virginie, cet arbrisseau selon les méthodes de Botanique, ne devroit pas avoir place parmi les jasmins, attendu qu'il est d'un genre tout différent que l'on nomme bignone. Mais comme il est plus généralement connu sous le nom de jasmin, il est plus convenable d'en traiter à cet article. Ce jasmin pousse des tiges longues & sarmenteuses qui s'attachent d'elles-mêmes aux murailles ; à la faveur des griffes dont les rejettons sont garnis à chaque noeud. Ces griffes ressemblent à celle du lierre, & sont aussi tenaces ; l'écorce des jeunes branches est jaunâtre ; sa feuille est aussi d'un verd jaunâtre ; elle est grande, composée de plusieurs folioles qui sont profondément dentelées & attachées à un filet commun ; elle a quelque ressemblance avec celle du frêne. Ses fleurs paroissent au mois de Juillet, & elles durent jusqu'en Septembre ; elles sont rassemblées en grouppes assez gros au bout des jeunes rejettons : un grouppe contient quelquefois jusqu'à vingt-cinq fleurs, qui sont chacune de la grosseur & de la longueur du petit doigt, & d'un rouge couleur de tuile : elles fleurissent par partie ; les unes se détachent & tombent, tandis que les autres s'épanouissent ; elles n'ont point d'odeur. Ce jasmin ne donne point de graines dans ce climat. On le multiplie de branches couchées que l'on fait au printems, & qui font assez de racines pour être transplantées au bout d'un an. On peut aussi le faire venir de boutures, qui à voir les griffes qui sont attachées à chaque noeud, font présumer une grande disposition à faire des racines ; cependant ces griffes n'y contribuent en rien, & les boutures ne réussissent qu'en petit nombre : on les fait au mois de Mars ; celles qui prosperent ne sont en état d'être transplantées qu'après deux ans. La taille de cet arbrisseau demande des attentions pour lui faire produire des fleurs : il faut retrancher au printems toutes les branches foibles ou seches ; tailler celles qu'on veut conserver à trois ou quatre yeux, à peu près comme la vigne, & les palisser fort loin les unes des autres. Cet arbrisseau pousse si vigoureusement pendant tout l'été, qu'il est force d'y revenir souvent ; mais il faut se garder de le tondre au ciseau, & d'accourcir indifféremment tous les rejettons. Comme les fleurs ne viennent qu'au bout des branches, & qu'elles ne paroissent qu'au commencement de Juillet, il faut attendre ce tems pour arranger ce jasmin ; on retranche alors toutes les branches gourmandes qui ne donnent aucune apparence de fleurs, & on attache à la palissade toutes celles qui en promettent. Ce jasmin est très robuste, il croît très-promtement, & il s'éleve à une grande hauteur. Il réussit à toutes expositions & dans tous les terreins, si ce n'est pourtant que dans les terres seches & légeres son feuillage devient trop jaune, mais il y donne plus de fleurs. Il y a deux variétés de cet arbrisseau ; l'une a les feuilles plus vertes, l'autre les a plus petites ; toutes deux sont d'un moindre accroissement : elles ne s'élevent qu'à quatorze ou quinze piés. On doit les multiplier, les cultiver, & les conduire comme la grande espece. M. Miller, auteur anglois, fait encore mention dans la sixieme édition de son dictionnaire des Jardiniers, d'un jasmin de Caroline à fleur jaune ; mais cet arbrisseau est très-rare. C'est un grimpant toujours verd, ses feuilles sont étroites & brillantes, & il donne en été des fleurs jaunes en bouquets qui sont d'une odeur délicieuse. Il peut passer en pleine terre dans les hivers ordinaires : on le multiplie de branches couchées.

Dans le système botanique de Linnaeus, le jasmin est un arbrisseau qui fait un genre de plante particulier, qu'il caractérise ainsi ; le calice de la fleur est oblong, tubulaire, d'une seule piece, découpé à l'extrémité en cinq segmens. La fleur est composée semblablement d'un seul pétale, formant un long tube cylindroïde, partagé en cinq quartiers dans son extrémité supérieure. Les étamines sont deux courts filamens ; les antheres sont petites, & cachées dans le tuyau de la fleur. Le pistil est composé d'un germe arrondi. Le stile est un filet de la même longueur que les étamines. Le fruit est une baie lisse, rondelette, avec une loge qui contient deux graines ovoïdes, allongées, couvertes d'un pedicule, convexes d'un côté, & applaties de l'autre.

M. de Tournefort compte quatorze especes de jasmin, auxquelles il faut nécessairement ajoûter le caffier, ou l'arbre du caffé, nommé par Commelin jasminum arabicum, castaneae folio, flore albo, odoratissimo, cujus fructus coffy in officinis dicuntur nobis, & dont la culture intéresse tant de peuples. Mais nous ne ferons ici que la description du jasmin ordinaire de nos jardins, jasminum vulgatius, flore albo.

C'est un arbrisseau qui pousse un grand nombre de tiges longues, vertes, grêles, foibles & pliantes, lesquelles s'étendent beaucoup, & ont besoin d'être soûtenues. Elles sont couvertes de feuilles oblongues, pointues, lisses, crenelées, d'un verd obscur, rangées comme par paires le long d'une côte, qui est terminée par une seule feuille beaucoup plus grande que les autres. Les fleurs blanches, petites, agréables, d'une odeur douce, naissent d'entre les feuilles par bouquets, & en maniere d'ombelles ; elles forment un tuyau évasé par le haut, & découpé en étoile, en cinq parties, & elles sont portées sur un calice fort court, ce qui fait qu'elles sont sujettes à tomber après leur épanouissement. Chaque fleur est remplacée par une baie molle, ronde, verdâtre, contenant deux semences ovoïdes & plates. Cet arbrisseau fleurit au mois de Juin & de Juillet ; & ses charmantes fleurs, que l'air ne ternit jamais, exhalent un parfum délicieux. (D.J.)

JASMIN, (Chimie) les fleurs de jasmin sont du nombre de celles qui tiennent une partie aromatique qu'on n'en peut retirer d'aucune maniere par la distillation, mais qu'on peut fixer par le moyen des huiles auxquelles elle est réellement miscible.

On choisit pour cette espece d'extraction une huile par expression absolument inodore, & qui ne soit point sujette à rancir, telle que l'excellente huile d'olive, ou l'huile de ben. On ne sauroit se servir pour cet usage des huiles essentielles, & encore moins des empyreumatiques, parce qu'elles ont toutes de l'odeur. On y procede par l'opération décrite à l'article BEN, Hist. natur. & Botan. Voyez cet article.

L'essence de jasmin de nos Parfumeurs n'est autre chose que l'une ou l'autre de ces huiles chargées de l'aromate du jasmin.

Si l'on veut faire passer le parfum de cette essence dans l'esprit-de-vin, il n'y a qu'à les battre ensemble dans une bouteille pendant un certain tems : l'esprit de vin ne touchera point à l'huile, & s'aromatisera d'une maniere très-agréable. (b)

JASMIN, en terme de Boutonnier, c'est une chûte de différens ornemens en franges, en paquets, en sabots & en pompons, qui tombent d'une corniche, &c. Pour plus grand enjolivement, on varie les jasmins en diverses manieres, ensorte qu'une partie est en franges, une autre en assemblage de différens ouvrages brillans pour faire contraste. Voyez PAQUETS, POMPONS & SABOTS. On donne encore aux jasmins le nom de chûte, sans-doute parce qu'ils pendent de quelqu'endroit que ce soit.


JASPES. m. (Hist. nat. Litholog.) c'est le nom d'une pierre du nombre de celles qu'on appelle précieuses. Elle est très-dure, prend très-bien le poli, donne des étincelles lorsqu'on la frappe avec de l'acier ; elle est opaque à cause de la grossiereté de ses parties colorantes, sans quoi le jaspe ne différeroit en rien de l'agate, & l'on pourroit avec raison dire que le jaspe est une agate non-transparente, mêlée d'un plus grand nombre de parties terrestres & grossieres. Cependant il y a des morceaux de jaspe dans lesquels on trouve des taches ou veines transparentes ; cela vient de ce que la matiere qui lui a donné l'opacité, n'a point également pénétré dans toutes les parties de la pierre. Ce qu'il y a de certain, c'est que le quartz ou le caillou fait la base du jaspe, ainsi que celle de l'agate, & que tout caillou opaque & coloré qui prend le poli, doit être regardé comme un véritable jaspe.

Il regne une grande variété de couleur parmi les jaspes ; il y en a qui n'ont qu'une seule couleur, qui est ou blanche, ou brune, ou bleue, ou verte, ou grise, &c. le jaspe rouge est le plus rare, & cela dans différentes nuances ; d'autres sont de plusieurs couleurs différentes, tels sont ceux qu'on nomme jaspes fleuris, dans lesquels on voit des couleurs jaunes, rouges, grises, blanches, &c. confusément répandues. L'imagination des Naturalistes a travaillé sur ces sortes de jaspes, où quelques-uns ont vû ou du moins ont crû voir les figures les plus extraordinaires, qui ne sont souvent représentées que très-imparfaitement, & que l'on ne peut regarder que comme formées par le hasard pur, & par la disposition fortuite des couleurs & des veines qui s'y trouvent.

Les moindres accidens & les différentes couleurs des jaspes leur ont fait donner des noms différens par les anciens Naturalistes ; c'est ainsi qu'ils ont nommé lapis pantherinus ou pierre de panthere, un jaspe jaunâtre moucheté de rouge. Pline donne le nom de grammatias à un jaspe dans lequel on voyoit des taches ou des veines blanches, sans parler d'une infinité d'autres noms qui ont été donnés aux jaspes en faveur de différences qui ne sont qu'accidentelles, & qui ne changent rien à la nature de ces pierres. Ces noms ne sont donc propres qu'à charger inutilement la mémoire : les vrais Naturalistes ne doivent s'embarrasser que de ce qui constitue l'essence d'une pierre, sans s'arrêter à des petites variétés minucieuses. Si cependant quelqu'un vouloit un détail sur les différentes dénominations données au jaspe à cause de ses différentes couleurs, il le trouveroit dans Hill, histoire naturelle des fossiles en anglois.

Le jaspe sanguin est verd, & rempli de taches rouges comme du sang.

Le jaspe floride ou fleuri est de plusieurs couleurs différentes, comme nous l'avons déja fait remarquer.

Le lapis lazuli est un vrai jaspe d'un bleu plus ou moins vif, parsemé de petits points brillans comme de l'or. Voyez LAPIS.

Le caillou d'Egypte est un vrai jaspe d'une couleur brune, dans lequel on voit des accidens tout-à-fait singuliers.

Le caillou de Rennes ou pavé de Rennes est aussi un vrai jaspe jaunâtre, ou d'un brun clair & rougeâtre.

La pierre que les Minéralogistes allemands nomment hornstein ou pierre cornée, n'est qu'une espece de jaspe mêlé d'agate, comme on verra à la fin de cet article.

Wallerius & quelques autres auteurs mettent aussi le porphyre au rang des jaspes.

Quelques Naturalistes mettent le jade au rang des jaspes ; mais il y a des différences entre ces deux pierres. Voyez JADE.

Quelques auteurs confondent mal-à-propos le jaspe avec le marbre. La différence entr'eux est très-sensible : le premier donne des étincelles, lorsqu'on le frappe avec un briquet, & ne se dissout point dans les acides ; au lieu que le marbre s'y dissout & ne fait point feu lorsqu'on le frappe avec le briquet.

Le jaspe se trouve dans le sein de la terre par masses détachées de différentes grandeurs : des voyageurs parlent d'un morceau de jaspe de neuf piés de diametre, qui fut tiré d'une carriere de l'archevêché de Saltzbourg, & placé parmi le pavé d'une des cours du palais impérial à Vienne en Autriche.

M. Gmelin, dans son voyage de Sibérie, dit y avoir vû, dans le voisinage de la riviere d'Argun, une montagne qui est presque entierement composée d'un jaspe verd très-beau, mais extrêmement mêlé de roche brute, desorte qu'il est rare de trouver des morceaux de trois livres exemts de gersures & de défauts. Le même auteur ajoûte que quelquefois on en a tiré des masses qui pesoient un ou deux piés (le pié fait 33 livres) ; mais ils se fendoient à l'air au bout de quelques jours, desorte qu'on ne pouvoit point s'en servir pour faire des colonnes, des tables ou d'autres grands ouvrages. Voyez Gmelin, voyage de Sibérie.

On trouve aussi des jaspes de différentes couleurs en Bohème, en Italie, & dans beaucoup d'autres pays de l'Europe : mais on donne la préférence à ceux des Indes orientales, parce qu'on les regarde comme plus durs, ils prennent mieux le poli, les couleurs en sont plus vives.

On ne peut se dispenser de rapporter ici l'expérience singuliere de Beccher sur le jaspe. Ce savant chimiste mit du jaspe dans un creuset avec un mêlange convenable (adhibitis requisitis) pour le faire entrer en fusion, il lutta le couvercle avec le creuset ; en donnant un feu violent, la matiere se fondit. Quand le creuset fut refroidi, il l'ouvrit, & trouva que le jaspe avoit formé une masse solide presque aussi dure que cette pierre étoit auparavant ; mais elle avoit changé de couleur, & étoit devenue laiteuse & demi-transparente, comme une agate blanche ; mais les parois supérieurs du creuset, c'est-à-dire, le couvercle & les côtés auxquels le jaspe n'avoit pu toucher pendant la fusion, étoient couverts d'une couleur de jaspe parfaite, & il ne leur manquoit que la consistance & la dureté pour ressembler parfaitement à du jaspe poli ; mais cette couleur n'étoit que légerement attachée à la superficie. De cette maniere Beccher a séparé la partie colorante du jaspe, qu'il nomme son ame, & l'a sublimée par la violence du feu. Voyez Beccher, Physica subterranea, édition de 1739, page 77. Il y a lieu de croire que Beccher joignit de l'acide vitriolique à son jaspe pulvérisé ; du-moins est-il certain qu'en versant de l'huile de vitriol sur du jaspe en poudre, & le mettant ensuite sous une moufle à un feu médiocre, toute la couleur du jaspe disparoît, & il reste sous la forme d'une poudre blanche.

M. Henckel dans sa Pyrithologie, décrit un jaspe très-singulier qui se trouve près de Freyberg en Misnie, dans un endroit qu'on nomme la carriere de jaspe, ou de corail : on trouve 1°. une couche de spath très-pesant, 2°. au-dessous est du crystal de roche ; ces deux couches n'ont qu'environ deux travers de doigt d'épaisseur ; ensuite 3°. vient de l'améthiste, 4°. une nouvelle couche de crystal, 5°. du jaspe, 6°. du crystal, 7°. du jaspe, 8°. du crystal, 9°. du jaspe, 10°. du crystal. Chacune de ces huit dernieres couches n'est souvent pas plus épaisse qu'un fil ; & toutes ensemble ont à peine trois lignes d'épaisseur, & sont cependant très-distinctes. Il vient ensuite 11°. du jaspe d'un rouge clair, 12°. un jaspe d'un rouge obscur, 13°. de la chalcédoine, 14°. du jaspe, 15°. de la chalcédoine ; enfin on voit un quarré compacte & solide. Les six ou huit dernieres couches vont en augmentant au point que dans quelques endroits le jaspe a plus d'un pouce d'épaisseur. Ces couches sont si intimement liées, que la masse de pierre où elles se trouvent se divisent plus aisément selon son épaisseur, que suivant la direction des couches. C'est ce jaspe que les ouvriers des mines & quelques naturalistes, pour se conformer à leur langage, nomment hornstein, ou pierre de corne. Voyez la Pyrithologie de Henckel. (-)

JASPE-AGATE, (Hist. nat. Lythologie) nom donné par quelques naturalistes à une espece d'agate, dans laquelle se trouvent quelques endroits entierement opaques qui sont du jaspe. On en trouve des pierres de cette espece aux Indes orientales & occidentales, ainsi qu'en différens pays de l'Europe, & sur-tout en Italie, en Allemagne, &c. On regarde celles d'Orient comme plus dures que celles d'Europe. Voyez JASPE. (-)

JASPE-CAMEE, (Hist. nat. Lythologie) nom donné par quelques auteurs à une pierre précieuse demi-transparente, connue sur-tout des Lapidaires italiens, mais qu'on ne voit guere parmi nous. Il est rare de la trouver grande ; elle est composée de zones ou de couches assez larges d'un beau blanc & d'un beau verd, qui ressemble à celui de quelques jaspes. On trouve, dit-on, cette pierre dans les Indes orientales, & dans quelques endroits de l'Amérique ; les Italiens en sont fort curieux ; ils la nomment jaspi-cames, & s'en servent comme des autres camées, pour y graver des figures en relief ou en creux, & pour contrefaire des antiques, métier qu'ils entendent parfaitement bien. Voyez Hill, Hist. nat. des fossiles. (-)

JASPE-ONYX, (Hist. nat. Lythologie) quelques naturalistes donnent ce nom à une espece de jaspe, dans lequel il se trouve des taches & des veines transparentes & de la couleur de la corne ou des ongles, telle que l'onyx ; cela vient de ce que la partie colorante qui a donné l'opacité à la pierre, n'a pas également pénétré par-tout. Voyez JASPE. (-)

JASPE, (Mat. med.) c'est un des corps dans lesquels on a trouvé des vertus médicinales annoncées par des caracteres extérieurs, ou une signature ; c'est un médicament signé. Voyez SIGNATURE. (Mat. med.) & ces vertus sont occultes, magnétiques, astrales. En un mot, le jaspe spécialement celui qu'on appelle sanguin, qui est veiné de rouge (ce qui est sa signature), a la propriété constante & infaillible d'arrêter les pertes de sang, en le portant attaché à la cuisse. Boot, Sennert, & la tourbe de pharmacologistes paracelsistes l'assurent. Boyle lui-même, qui fait profession ouverte de pyrrhonisme sur les merveilles de cet ordre, n'a pas été assez incrédule sur celle-ci. (b)


JASPERv. act. (Peint. & Reliûre) c'est peindre en jaspe. Les Relieurs jaspent la couverture & même la tranche des livres. Pour cet effet, ils ont un pinceau fait de racine de chien-dent d'une moyenne grosseur, avec lequel ils jettent la couleur qui est ou verte ou rouge, ou bleue, ou mêlée : il y a des tranches marbrées. Ce travail occupe des ouvriers qui ne font rien de plus. Voyez l'article RELIURE.


JASPRIN(Géog.) petite ville de la haute-Hongrie, dans le comté de Pest, sur la riviere de Zagiwa.


JASQUE(Géog.) petite ville maritime de Perse, sur un cap qui resserre le golfe d'Ormus, dans la province de Tubéran. Ce cap a 25d. 31'. d'élévation, & est éloigné d'Ormus de 30 lieues ; il dépend du gouverneur de Gomron. Voyez Thévenot, voyage du Levant. (D.J.)


JASSIS. m. (Hist. nat.) poisson qui, suivant M. Gmelin se trouve abondamment dans quelques rivieres de Sibérie ; il dit que c'est le même poisson que Gesner appelle rutilus ou rubellus.


JASSUSou JASUS, (Géog. anc.) ville d'Asie dans la Carie ; Polybe dit qu'elle étoit située sur la côte d'Asie, dans le golfe qui est terminé d'un côté par le temple de Neptune sur le territoire des Milésiens, & de l'autre côté par la ville des Mindiens. Pline en parle aussi deux fois, lib. IX. chap. viij. La notice de Hiéroclès qui la met entre les villes épiscopales de la Carie, l'appelle ; c'est présentement Askem-Kalési. Voyez ASKEM-KALESI.

Chérille poëte grec, étoit natif de Jase ; il se rendit célebre par son poëme sur la victoire que les Athéniens remporterent contre Xerxès ; & cet ouvrage leur parut si beau, qu'ils lui donnerent une piece d'or pour chaque vers. C'est ainsi qu'Octavie récompensa Virgile, pour l'éloge de Marcellus qu'il avoit placé avec tant d'art dans le VI. livre de l'Enéïde. Nous connoissons cet éloge de la plume du cygne de Mantoue, & nous ne cessons de l'admirer ; mais le tems nous a envié la piece de Chérille qui lui fit tant d'honneur ; il ne nous reste que quelques courts fragmens des vers du poëte de Carie. (D.J.)


JASTIENadj. (Musique) est en Musique le nom qu'Aristoxene & Alypius donnent à ce mode, que la plûpart des autres auteurs appellent ïonien. Voyez MODES. (S)


JASWA-MOREWAIA(Medecine) c'est ainsi que les Russiens nomment une maladie épidémique fort contagieuse qui paroît être la peste ; elle se fait sentir assez fréquemment en plusieurs endroits de la Sibérie, & sur-tout dans la ville de Tara, près des bords de la riviere d'Irtisch, & chez les Calmouques. Le mot russien moreswie signifie peste, & jaswa signifie bubon : cependant cette maladie differe de celle à qui nous donnons ce nom. Cette contagion attaque tout le monde sans distinction d'âge ni de sexe, les chevaux eux-mêmes n'en sont point exempts ; elle s'annonce par une tache blanche ou rouge qui se place sur une des parties du corps, & au milieu de cette tache on dit qu'il y a souvent un petit point noir. Cette tache ou tumeur est entierement dépourvûe de sentiment ; elle est dure & s'éleve un peu au-dessus du reste de la peau ; elle augmente en peu de tems, & en quatre ou cinq jours elle acquiert la grosseur du poing & a toûjours la même dureté & la même insensibilité. Le malade éprouve durant ce tems une grande lassitude, & une soif extraordinaire ; il perd entierement l'appétit, est toûjours assoupi ; il lui prend des étourdissemens aussi-tôt qu'il se tient debout ; il sent un serrement considérable de la poitrine ; enfin, il a de la difficulté à respirer ; son haleine devient puante ; il pâlit ou jaunit ; il éprouve de grandes douleurs intérieurement ; il se retourne & change perpétuellement de situation, & la soif va toûjours en augmentant. Quand tous ces symptomes sont suivis d'une sueur abondante, c'est un signe que la mort approche, & les personnes robustes périssent ordinairement le dixieme ou onzieme jour ; les plus délicates ne vont pas si loin. Ceux qui sont attaqués de cette maladie ne se plaignent que de douleurs de tête tant qu'elle dure ; on ne remarque aucun changement sur la langue, aucune constipation, ni rétention d'urine, & la tête demeure saine jusqu'au dernier moment.

Aussi-tôt qu'un tartare apperçoit une de ces taches sur son corps, il va trouver un cosaque, qui n'est ordinairement qu'un medecin de bestiaux ; il arrache la tache avec ses dents jusqu'au sang, où il enfonce dans le milieu une aiguille & la tourne en-dessous en tous sens, & continue à la détacher ainsi jusqu'à-ce que le malade sente son aiguille ; aprèquoi il acheve de l'arracher avec les dents : il mâs che ensuite du tabac, & le saupoudre d'un peu de sel ammoniac ; il applique ce mêlange sur la plaie, & recouvre le tout d'un emplâtre, ou bien il se contente de la bander ; il renouvelle le tabac & le sel ammoniac toutes les vingt-quatre heures, jusqu'à la guérison parfaite, qui se fait au bout de deux, cinq, ou sept jours, suivant le degré de dureté, & la grandeur de la tache ou du bubon : il n'y a pas lieu de craindre que les autres parties du corps prennent la contagion. La partie affligée reprend sa couleur naturelle, & la plaie se cicatrise. Le régime qu'on fait observer au malade consiste à le tenir dans un endroit obscur, à l'empêcher de boire, ou si on le lui permet, ce n'est que du petit-lait aigri ; les autres boissons lui sont interdites : on lui défend aussi les fruits à siliques, & toute nourriture sujette à fermenter ; on lui permet le pain trempé dans le petit-lait, du bouillon de poulet, des raves ; mais toute viande est regardée comme nuisible. On a remarqué que la chair qui est au-dessous de la tache qu'on a enlevée, est bleuâtre.

Cette maladie se manifeste dans les chevaux à-peu près par les mêmes symptomes, excepté que la tache ou le bubon sont beaucoup plus considérables ; souvent leur soif est si ardente, qu'ils se noyent dans les rivieres à force de boire. Quand on s'apperçoit à tems qu'ils sont attaqués de cette maladie, on ouvre le bubon avec un couteau, ou bien on y enfonce jusqu'au vif un fer rouge. Ce bubon se forme sur toutes les parties du corps du cheval, mais sur-tout sur le poitrail, & sur les parties de la génération : on laisse manger très-peu l'animal durant la cure ; les vaches sont moins sujettes à cette contagion que les chevaux, & les brebis encore moins que les vaches. M. Gmelin, dont nous avons tiré le détail qui précede, observe qu'on ne se souvient point d'avoir jamais éprouvé la vraie peste en Sibérie. Voyez Gmelin, voyage de Sibérie. Ce savant voyageur dit avoir eu occasion de traiter un homme du pays attaqué de la même maladie : la tache ou la tumeur lui étoit venue au menton ; & comme après avoir eu recours au remede usité par les Cosaques, il négligea de faire autre chose ; M. Gmelin voyant que le cas étoit pressant, eut recours aux remedes les plus violens ; il commença par faire à la plaie des scarifications profondes ; il arrêta le sang avec de l'eau de-vie, faute d'autre chose ; il répandit sur la plaie du précipité rouge, & mit par-dessus un emplâtre émollient, pour exciter la suppuration, & lui fit prendre intérieurement en quatre prises quatre grains de mercure doux à trois heures de distance : de cette maniere, il le tira d'affaire & fit disparoître les symptomes qui menaçoient sa vie. Gmelin, voyage de Sibérie, tome IV. de l'édition allemande. (-)


JATTES. f. (Art méchaniq.) vaisseau rond, fait d'une piece de bois creusée au tour, qui sert à la cuisine, à la vendange, & à une infinité d'autres usages dans le domestique & dans les atteliers.

JATTE, AGATHE, GATTE, s. f. (Marine) c'est une enceinte de planches mises vers l'avant du vaisseau, qui servent à recevoir l'eau qui entre par les écubiers, lorsqu'elle est poussée par un coup de mer, ce qui donne facilité de la vuider. Voyez GATTE. (Z)

JATTE, ou GIRANDOLE POUR L'EAU, (Artificier) l'artifice dont il s'agit, est semblable aux roues de feu appellées girandoles, si on le considere seulement par son effet ; mais il en differe en plusieurs choses dans la construction.

1°. Dans sa situation qui est horisontale, au lieu que les roues à feu sont ordinairement posées verticalement, pour qu'elles soient mieux exposées à la vûe.

2°. Leur révolution ne se fait pas sur un essieu fixe, mais sur une base flottante sur l'eau.

3°. Son centre n'est pas vuide de feu comme les girandoles, mais rempli d'artifice.

4°. Ce qui tient lieu de roue n'est qu'un plateau de planche taillé en polygone, d'autant de côtés qu'on y veut mettre des fusées pour le faire tourner plus ou moins long-tems, ce qui en détermine aussi le diametre. Supposons, par exemple, qu'on veuille y employer huit fusées de la grosseur de celle qu'on appelle de partement, le plateau aura quatorze à quinze pouces de diametre, on en creusera les bords en cavet ou demi-canal d'environ un pouce de diametre, pour y attacher & arranger tout autour les fusées volantes qui doivent lui donner le mouvement, dans le même ordre & les mêmes précautions que pour les girandoles, assujettissant leurs ligatures par des clous plantés dans le bois sur lesquels on fait passer la ficelle.

Le milieu du plateau pourra être percé d'un trou assez grand pour y faire entrer un pot-à-feu, ou quelqu'autre artifice, comme on voit à la figure.

Pour supporter cet octogone ainsi équipé, & lui donner le pivot sur lequel il doit tourner ; on fait faire un plat de bois creux, rond, fait au tour, d'un diametre beaucoup plus petit que le plateau ; son fond extérieur doit être convexe en hémisphéroïde applati. Mais parce que le mouvement lui fait aussi changer de place, on peut, pour le rendre moins errant, ajouter sous le milieu un cône renversé, lequel formant un pivot plus profond dans l'eau, assujettira mieux le pirouettement de la girandole. Ce plat ou bassin sera cloué sous le plateau de rouage, & gaudronné le long de ses joints & sur toute sa surface, pour le rendre impénétrable à l'eau. Voyez nos Planches d'Artificier.

JATTE, terme de Passementier Boutonnier, est une espece de sébille à pressoir trouée par le milieu, & placée à la renverse sur quatre piés de bois. C'est sur cette jatte que les Passementiers Boutonniers fabriquent avec des fuseaux les gros cordons de soie, de fleuret, de fil, &c. qui servent à faire des guides de chevaux de carosse, à suspendre des lustres, à attacher aux bras des cochers pour les faire arrêter quand on veut, & à bien d'autres usages, &c. Voyez dans nos Planches de PASSEMENTIER BOUTONNIER un ouvrier travaillant à la jatte : la jatte en particulier, savoir la jatte nue, & la jatte chargée d'ouvrage.


JAUvoyez DOREE.


JAUFFNDEIGRAS. m. (Hist.) nom du troisieme mois des Islandois, il répond à notre Mars, c'est le mois de l'équinoxe du printems. Jauffndeigra manudar signifie mois équinoctial.


JAUGES. f. (Gram. & Art) c'est en général un instrument dont on se sert pour connoître la quantité de quelque qualité physique, telle que la longueur, la largeur, la profondeur, le nombre, la consistance, &c. d'où l'on voit qu'il doit y avoir un grand nombre de jauges. Il y a

La jauge à déterminer la capacité des vaisseaux, celle qui donne le nombre de pintes, de pouces cubes, &c. qu'un muid contient de liquide. Voyez sa construction & son usage au mot JAUGE. On dit la ligne de jauge ; c'est le trait marqué sur le bâton ou la verge de jauge. Voyez le même article.

JAUGE facile pour les vaisseaux en vuidange, tels que tonneaux, feuillettes, &c. Pour commencer l'opération, il faut avoir, indépendamment du modele qu'on voit Planche de Mathématique, une verge de fer ou de bois sur laquelle les pouces soient marqués. Cette verge sert à mettre dans la piece dont on veut savoir combien il y a de * pots débités. Pour prendre la hauteur de pouces, non-compris l'épaisseur du bois à la bonde, que la piece a de diametre, en laissant tomber perpendiculairement par le bondon cette verge dans la piece jusqu'au fond ; cette verge sert en même tems à voir combien il reste de pouces marquant mouillant dans la piece.

Cela posé & bien compris, il faut présentement tâcher de s'expliquer plus clairement sur l'usage que l'on fait du triangle de jauge. Voyez les figures.

Avant que d'aller plus avant, il faut savoir que les lignes transversales du triangle ne sont d'aucun autre usage que pour conduire l'échelle des pouces toûjours sur une ligne droite & égale, n'y ayant que les lignes diamétrales de haut en bas du triangle en le plaçant en forme d'équerre, qui comptent ; je dis, en le plaçant en forme d'équerre pour faire comprendre ce que j'entends par lignes diamétrales ; car, pour opérer, le triangle doit être couché à plat, le plus grand côté en-haut.

Je suppose à présent une piece marquée de la continence de 186 pots, telle mesure que l'on voudra, qui a 25 pouces de diametre à la bonde non-compris l'épaisseur du bois à ladite bonde ; restent à 8 pouces marquans mouillans. Il faut trouver combien ces 8 pouces forment de pots restans dans la piece.

Pour y parvenir, on cherche sur l'échelle des pouces (qui est la même que cette regle de papier divisée en trente-deux parties égales) le nombre 25, qui est la quantité de pouces, que la piece a de diametre à sa bonde ; je mets ce nombre 25 parallelement du côté vis-à-vis sa premiere ligne du triangle, & de l'autre côté qui est le nombre premier de cette échelle des pouces, vis-à-vis la derniere ligne du triangle qui est le nombre 100. Lorsque je suis parvenu à rendre ces deux nombres de pouces justes ; savoir, le nombre 25 vis-à-vis la premiere ligne, & le nombre premier vis-à-vis la derniere ligne du triangle, je vois combien de lignes sur le triangle me donne le nombre 8 de mon échelle des pouces, lequel nombre 8 est les 8 pouces restant mouillant dans la piece. Je trouve qu'il me donne 26 lignes sur le triangle, pour-lors je multiplie la continence de ma piece qui est de 186 pots, par cette quantité de lignes que donne le triangle, c'est-à-dire par 26. La multiplication faite, j'en retranche les deux dernieres figures. Les deux premieres figures sont la quantité de pots restante dans la piece, & les deux dernieres retranchées sont autant de centaines parties d'un pot en sus des entiers.

Preuve. La piece ayant 25 pouces de diametre à la bonde, & ne restant qu'à 8 pouces mouillant, il y a 17 pouces vuides.

Je pose l'échelle de pouces, comme ci-dessus, sur

* Le pot ou le lot contient à-peu-près deux bouteilles ou pintes de Paris.

le triangle, & je cherche combien de lignes sur ledit triangle, donnera le nombre 17 de l'échelle des pouces, qui sont les 17 pouces vuides. Je trouve que le triangle me donne 74 lignes. Je fais la même opération pour le vuide que j'ai faite pour le restant mouillant, en multipliant la continence de la piece qui est 186, par les 74 lignes du triangle ; & je trouve par l'addition du résultat de mes deux multiplications ensemble, la continence entiere de ma piece.

On voit par cette opération combien il reste de liqueur dans une piece, suivant la continence qui est marquée sur la piece ; mais cette opération ne prouve pas que la piece est jaugée à sa juste continence : ce qui ne se peut qu'en jaugeant la même piece à l'eau lorsqu'elle est vuide, c'est-à-dire en comptant la quantité de pots d'eau qui entreront dans la piece pour la remplir.

Dans le commerce, un muid est de bonne ou mauvaise jauge, quand il est plus ou moins grand, relativement à son espece, à son usage, aux usages & aux lieux.

La jauge en Architecture, c'est dans la tranchée qu'on a faite pour fonder un bâtiment, un bâton étalonné sur la profondeur & la largeur que doit avoir la tranchée, sur toute la largeur.

Les ouvriers en bas au métier & les ouvriers en métier à bas ont chacun leur jauge. La premiere s'appelle jauge de soie ; la seconde jauge du métier. Voyez l'article BAS AU METIER.

La jauge de l'Aiguilletier est une plaque de fer, fendue de distance en distance. Les fentes ont différens degrés de largeur, & servent à déterminer les mesures & les especes différentes d'aiguilles. Voyez nos Planches de l'Aiguilletier-bonnetier.

Les Chaînetiers, les marchands de fils de fer & de laiton ont aussi leur jauge ; c'est un composé de plusieurs s redoublées. L'intervalle qui se trouve entre deux s, sert à mesurer le fil dont la grosseur est marquée à côté par un chiffre qui la désigne. Les marchands de fer de Paris ne jaugent que les sortes dont les numeros ne sont pas fixés, tels que les fils de Bourgogne, de Champagne & de quelques lieux d'Allemagne.

Les Ceinturiers ont deux jauges, l'une à bord & l'autre du milieu. La jauge à bord leur sert à marquer sur le bord de l'ouvrage l'endroit où il faut piquer, & la jauge du milieu à marquer l'endroit du milieu. La premiere est un morceau de fer rond, de la longueur de sept à huit pouces, emmanché de bois par en-haut, un peu recourbé par en-bas, & aplati de maniere à former une surface quarrée longue qui finit en s'arrondissant ; cette surface a trois cannelures. Ces cannelures tracent trois lignes, lorsque la jauge étant chauffée, on la fait couler sur les bords de l'ouvrage à piquer, & ces lignes dirigent l'ouvrier. La seconde ne differe de celle-ci qu'en ce que le bout plat d'enbas est fendu en deux & est mobile, & qu'au milieu de cette partie ouverte, il y a une vis sur le côté qui sert à augmenter ou à retrécir l'intervalle des deux raies. On s'en sert comme dans la jauge à bord. Voyez ces jauges dans nos Planches de Ceinturier.

La jauge du Charpentier est une petite regle de bois fort mince, d'un pié de long sur un pouce de large, divisée par lignes & par pouces, & servant à tracer les mortiers, tenons, &c. Voyez nos Planches de Charpenterie.

L'Epinglier, le Cloutier d'épingle &c. ont un fil d'archal plié en s à plusieurs plis, plus ou moins serrés les uns contre les autres, & mesurent par leurs intervalles la grosseur des fils de laiton. Voyez la Planche du Cloutier d'épingle.

Voyez à l'article FAYENCE ce que c'est que la jauge du fayencier.

Les Jardiniers labourent à vive jauge, soit une terre, soit un quarré, soit un potager ; & ils entendent par-là labourer profondément ; ils ont aussi une mesure portative qui leur sert à déterminer la profondeur de chaque tranchet à placer des arbres, & qu'ils appellent jauge.

Le Tonnelier a sa jauge ; c'est un instrument qui lui sert à réduire à une mesure connue, la capacité ou continence de divers tonneaux. C'est un bâton ou une tringle de fer, quarrée, de quatre à cinq lignes d'équarrissage, & de quatre piés deux ou trois pouces de longueur. Par un des côtés, elle est divisée par pouces & piés de roi. Les quatre côtés portent encore la mesure de neuf différentes sortes de vaisseaux réguliers, marquée par deux points qui donnent la longueur & la hauteur. Sur le premier, il y a le muid & le demi-muid ; sur le second, la demi-queue & le quarteau d'Orléans ; sur le troisieme, la pipe & le bussard ; sur le quatrieme, la demi-queue, & le quarteau de Champagne & le quart de muid. Chacune de ces neuf especes de tonneaux a deux places sur la jauge, l'une pour le fond, l'autre pour la longueur. Au-dessus de chaque caractere appartenant à chaque vaisseau, des points placés d'espace en espace désignent un septier ou huit pintes de liqueur, mesure de Paris, excédant la juste continence du tonneau jaugé.

Le Fontainier a une boëte de fer blanc, percée pardevant d'autant de trous d'un pouce, demi-pouce, ligne, demi-ligne qu'il veut. Il expose cette boëte à une source, tous les trous bouchés ; elle s'emplit & se répand ; alors il débouche le plus petit, puis le suivant, & ainsi de suite, jusqu'à ce que la boëte laissant échapper par les trous ouverts autant d'eau qu'elle en reçoit de la source, & demeurant par conséquent toûjours pleine, les trous débouchés lui donnent la quantité d'eau qu'il cherche à connoître.

Les Tireurs d'or & une infinité d'ouvriers ont leurs jauges, dont il sera fait mention aux articles de leur art, & aux articles JAUGER ; voyez ce dernier.


JAUGEAGES. m. (Comm.) action de jauger les tonneaux, les navires. Cet homme entend bien le jaugeage ; on a fait le jaugeage de ce tonneau, de ce navire.

Jaugeage se dit aussi du droit que prennent les jurés-jaugeurs, ou officiers qui jaugent les vaisseaux à liqueurs.

Jaugeage signifie encore un certain droit que perçoivent les fermiers des aides sur les vins & liqueurs conjointement avec le droit de courtage. Ainsi l'on dit : " Il a été payé tant pour les droits de jaugeage & courtage de ce vin ". Dict. de Com. (G)


JAUGERv. act. (Géom.) c'est l'art de mesurer la capacité ou le contenu de toutes sortes de vaisseaux ; & de déterminer la quantité des fluides ou d'autres matieres que ces vaisseaux peuvent contenir, &c. Ainsi on trouve par la jauge combien un tonneau peut tenir ou tient de vin, d'eau-de-vie, &c. Si toutes les surfaces du tonneau étoient pleines, il n'y auroit nulle difficulté à cette détermination, il n'y en auroit pas même beaucoup pour les géometres habiles, si les surfaces courbes du tonneau avoient des courbures connues & déterminées par des équations ; car on auroit l'aire & la capacité formées par ces courbes ou exactement, ou en valeurs aussi approchées que l'on voudroit ; mais les courbures que les ouvriers donnent à ces surfaces presque au hasard, n'ont rien de régulier & sont transcendantes à la Géométrie la plus transcendante. Il faut donc renoncer à jauger les tonneaux exactement & géométriquement, & leur supposer des courbures régulieres les plus approchantes qu'il se pourra des irrégulieres qu'ils ont en effet. Et ces plus approchantes mêmes ne seront pas encore des meilleures, à moins qu'elles ne soient en même tems fort simples, & ne produisent des méthodes courtes & faciles, car le plus souvent ce ne seront pas de bons géometres ou de grands calculateurs qui jaugeront, & d'ailleurs dans l'usage cette matiere demande beaucoup d'expédition. La facilité & la promtitude méritent qu'on leur sacrifie quelque chose de la justesse. Le jaugeage le plus difficile est celui des vaisseaux de mer. Cette difficulté vient de la grande irrégularité des courbes, & du grand nombre de différentes courbes qui entrent dans la surface d'un même vaisseau, & produisent sa capacité. Comme on ne jauge les vaisseaux que pour savoir ce qu'ils peuvent contenir de marchandises, outre toutes les choses qui leur sont nécessaires pour faire voyage, parce que les souverains levent des droits sur ces marchandises, on appelle proprement jaugeage des vaisseaux la mesure, non de la capacité entiere de leur creux ou vuide, mais seulement de la partie de cette capacité que les marchandises peuvent remplir. Ainsi le vaisseau étant construit, & pourvu seulement de tout ce qui lui est nécessaire pour le voyage, il enfonce dans l'eau d'une certaine quantité & jusqu'à une ligne qu'on appelle ligne de l'eau ; si de plus on le charge de toutes les marchandises qu'il peut porter commodément ou sans péril, il enfonce beaucoup davantage & jusqu'à une ligne qu'on appelle ligne du fort, parce que la distance de cette ligne jusqu'à celle où le vaisseau seroit prêt de submerger, se prend par rapport au milieu du vaisseau qui en est la partie la plus basse, & en même tems la plus large, qu'on appelle le fort. La ligne du fort dans un vaisseau aussi chargé qu'il peut l'être, est ordinairement un pié au-dessus du fort. La ligne de l'eau & celle du fort sont toutes deux horisontales, & par conséquent paralleles, & il faut concevoir que par elles passent deux sections ou coupes du vaisseau, qui sont aussi deux plans horisontaux. Il est visible que c'est entre ces deux plans qu'est comprise toute la capacité du vaisseau que les marchandises occupent ou peuvent occuper ; c'est elle qui doit les droits, & qu'il faut jauger. Le volume d'eau qui la rempliroit, est d'un poids égal à celui des marchandises ; & si l'on sait quel est ce volume & par conséquent son poids, car un pié cube d'eau pese 72 liv. on sait le poids des marchandises du vaisseau. La difficulté de ce jaugeage consiste en ce que chacune des deux coupes horisontales du vaisseau a une circonférence, ou un contour très-bizarre formé de différentes portions de courbes différentes ; & de plus, en ce que les deux coupes ont des contours très-différens, ainsi la Géométrie doit desespérer d'en avoir les aires. Quant à la distance des deux plans, qui est la hauteur du solide qu'ils comprennent, il est très-aisé de la prendre immédiatement. La lumiere de la Géométrie manquant, les hommes ont, pour ainsi dire, été abandonnés chacun à son sens particulier ; en différentes nations, & en différens ports d'une même nation, & en différens tems, on a pris différentes manieres de jauger. Sur cela M. le comte de Toulouse, amiral de France, chef du conseil de marine, demanda à l'académie royale des Sciences de Paris son sentiment, en lui envoyant en même tems les meilleures méthodes pratiquées, soit chez les étrangers, soit en France, afin que par la préférence qu'elle donneroit à une d'entr'elles, ou par l'invention de quelqu'autre méthode, on pût établir quelque chose d'assez sûr & d'uniforme pour le royaume. MM. Varignon & de Mairan furent principalement chargés du soin de répondre aux intentions de S. A. S. On peut voir dans l'histoire de l'académie an. 1721, p. 57, ce qu'ils firent pour cet effet. M. Varignon suivit une route purement géométrique. M. de Mairan entra dans l'examen de toutes les méthodes envoyées par le conseil de la marine, & préfera celle de M. Hocquart, intendant de la marine dans le port de Toulon. Elle consiste à prendre l'aire des deux surfaces horisontales de la partie du vaisseau submergée par la charge, & à multiplier la moitié de la somme des deux aires par la hauteur de la partie submergée. Tout bien considéré (c'est la conclusion de M. de Fontenelle), il faut que la pure Géométrie se recuse elle-même de bonne grace sur le fait du jaugeage, & qu'elle en laisse le soin à la Géométrie imparfaite & tâtonneuse. M. Formey.

Le jaugeage consiste donc à réduire à quelque mesure cubique connue la capacité inconnue de vaisseaux de différentes formes, cubiques, parallelipipedes, cylindriques, sphéroïdes, coniques, &c. & à supputer, par exemple, combien ces vaisseaux peuvent contenir de quartes, de pintes, &c. d'une liqueur, comme de biere, de vin, d'eau-de-vie.

Le jaugeage est une partie de la Stéréométrie. Voy. STEREOMETRIE.

Les principaux vaisseaux, que l'on a communément à jauger, sont des tonneaux, des barrils, des barriques, des muids, &c.

Par rapport aux solidités des vases cubes, parallélipipedes, prismatiques, il est facile de les déterminer en pouces cubes, ou en autres mesures, en multipliant l'aire de leur base par leur hauteur perpendiculaire. Voyez PRISME, &c.

Quant aux vases cylindriques, on trouve la même chose, en multipliant l'aire de leur base circulaire, par leur hauteur perpendiculaire, comme ci-dessus. Voyez CYLINDRE.

Les tonneaux qui ont la forme ordinaire des muids, des demi-barrils, &c. peuvent être considérés comme des segmens d'un sphéroïde, coupé par deux plans perpendiculaires à l'axe ; ce qui les soumet au théorème d'Ougthred, qui apprend à mesurer les tonneaux : le voici. Ajoûtez le double de l'aire du cercle au bondon à l'aire du cercle du fond, multipliez la somme par le tiers de la longueur du tonneau, & ce produit donnera en pouces cubes la capacité du vaisseau.

Mais, afin de parvenir à une plus grande exactitude, Messieurs Wallis, Caswel, &c. pensent qu'il seroit mieux de considérer nos tonneaux comme des portions de fuseaux paraboliques, qui sont moindres que les portions des sphéroïdes de même base & de même hauteur. Cette maniere de les considérer donne leur capacité beaucoup plus exactement que la méthode d'Oughtred, qui les suppose des sphéroïdes, ou que celle de multiplier les cercles au bondon & au fond, par la moitié de la longueur du tonneau, qui les suppose des conoïdes paraboliques ; ou que celle de Clavius, qui les prend pour des cônes tronqués ; cette derniere méthode est la moins exacte de toutes.

La regle ordinaire, pour tous les tonneaux, est de prendre les diametres au bondon & au fond ; moyennant quoi on peut trouver les aires de ces cercles. Alors prenant les deux tiers de l'aire du cercle au bondon, & un tiers de l'aire du cercle du fond ; faisant ensuite une somme de ces tiers, que l'on multiplie par la longueur intérieure du tonneau, elle donne en pouces solides la capacité du tonneau.

Mais le jaugeage, tel qu'on le pratique aujourd'hui, s'exécute ou se fait principalement par le moyen d'instrumens, que l'on appelle verge ou regle de jauge ; avec cela l'affaire est expédiée sur le champ, & l'on sait, sans un plus long calcul, quelle est la capacité d'un vaisseau proposé ; ce qui n'est pas d'une petite considération, tant par rapport à la facilité d'opérer, qu'à la célérité avec laquelle on expédie l'ouvrage : c'est pourquoi nous allons ici nous étendre principalement sur les différens instrumens de jaugeage.

Construction d'une verge ou regle de jauge, par laquelle on trouve facilement la capacité d'un vase cylindrique quelconque, ou de tout autre vaisseau ordinaire. Prenez le diametre A B d'un vaisseau cylindrique ABDE (Pl. d'arpent. fig. 26.) qui tient une des mesures dans lesquelles on évalue le fluide ; que ce soit, par exemple, en pintes, & mettez-le à angles droits sur la ligne indéfinie A 7. depuis A jusqu'à 1 portez une ligne droite égale au diametre A B, alors B 1 sera le diametre d'un vase qui contient deux mesures, & de même hauteur que le premier.

De plus, soit A 2 = BI, alors B 2 sera le diametre d'un vase qui contient trois mesures, & de même hauteur que celui qui n'en contient qu'une. On peut trouver de la même maniere les diametres B 4, B 5, B 6, B 7, &c... d'autres vaisseaux plus grands.

Enfin mettez sur le côté d'une verge ou d'une regle, les différentes divisions A 1, A 2, A 3 &c. ainsi trouvées ; & sur l'autre côté mettez la hauteur ou la profondeur d'un cylindre, qui contient une mesure autant de fois qu'elle pourra y aller, vous aurez par ce moyen une verge, une regle, ou un bâton de jauge entierement complet.

Car, les cylindres de même hauteur sont entr'eux comme les quarrés de leurs diametres ; par conséquent le quarré du diametre qui contient 2, 3 ou 4 mesures, doit être double, triple ou quadruple de celui qui n'en contient qu'une ; & puisque dans le premier AB = A 1, le quarré de B 1 est double, celui de B 2 est triple, celui de B 3 est quadruple, &c. il est évident que les lignes droites A 2, A 3, A 4, &c. sont les diametres des vaisseaux ou des vases proposés.

Ainsi, en appliquant ces divisions sur le côté d'un vase cylindrique, on verra tout-à-coup combien de mesures contiendra un vase cylindrique d'une certaine base, & de même hauteur que celui qui contient une mesure.

C'est pourquoi, en trouvant par les divisions de l'autre côté de la verge, combien de fois la hauteur d'une est contenue dans la hauteur du vase donné, & multipliant par ce nombre le diametre que l'on a trouvé ci-devant, ce produit sera le nombre de mesure que contient le vase proposé.

Par exemple, si le diametre du vase cylindrique = 8, & la hauteur = 12, sa capacité sera = 96 mesures. Remarquez 1°. que plus petite on prend la hauteur du cylindre qui contient une mesure, plus aussi sera grand le diametre de la base ; d'où il suit que ce diametre, & les diametres des cylindres qui contiennent plusieurs mesures, seront plus facilement divisibles en petites parties.

2°. Les diametres des vases qui contiennent une, ou plusieurs parties décimales d'une mesure, se trouveront en divisant une ou plusieurs parties décimales du vase qui contient une mesure, par la hauteur de ce vase, ce qui donnera l'aire de la base circulaire ; d'où il est aisé d'en déterminer le diametre.

Et l'on trouvera de la même maniere les diametres pour les divisions des vases qui contiennent deux ou plusieurs mesures.

Usage de la verge ou du bâton de jauge. Pour trouver la capacité d'un tonneau, c'est-à-dire, pour déterminer le nombre de mesures, par exemple, le nombre de pintes qu'il contient, appliquez au vase la verge ou le bâton de jauge, ainsi qu'on l'a enseigné dans l'article précédent, & cherchez la longueur du tonneau AC fig. 27. & des diametres GH, AB. Maintenant, comme on trouve par l'expérience, quoique éloignée de la rigueur ou de l'exactitude géométrique, qu'un tonneau ordinaire de cette forme peut être pris, sans une grande erreur, pour un cylindre qui a sa hauteur égale à la longueur intérieure du tonneau, & sa base égale au cercle, dont le diametre est moyen proportionnel arithmétique entre les diametres à l'endroit des fonds, & celui du milieu sous le bondon, trouvez ce diametre que vous appellerez diametre égal ; alors multipliant ce nombre ainsi trouvé, par la longueur du tonneau A C, le produit sera le nombre des mesures contenues dans le vaisseau proposé.

Supposons, par exemple, AB = 8, GH = 12, AC = 15, le diametre d'égalité sera 10, lequel multiplié par 15 donne 150 mesures pour la capacité du tonneau.

S'il arrive que les diametres des deux bouts ou des deux fonds, ne soient point égaux, mesurez-les l'un & l'autre, & prenez la moitié de leur somme pour le diametre, qui doit vous servir à faire votre opération.

Il y a une autre méthode de connoître la capacité d'un vaisseau, sans aucun calcul absolument, & dont on fait usage en différentes parties de l'Allemagne & dans les Pays-bas ; mais comme on y suppose que tous les vaisseaux sont semblables les uns aux autres, & que leur longueur est double du diametre égalé, c'est-à-dire, double de la moitié de la somme des diametres AB, GH, on ne peut pas s'en servir par-tout avec sûreté. Cependant Kepler la préfere à toutes les autres, comme renfermant toutes les précautions, dont cette matiere est susceptible. Il voudroit même que l'on établît une loi, par laquelle il fût ordonné que l'on construisît tous les tonneaux selon cette proportion. (E)

On trouve dans les Mémoires de l'académie des Sciences 1741 un excellent mémoire de M. Camus, sur la jauge des tonneaux. Il les regarde comme des segmens d'un rhomboïde, formé par la révolution d'une parabole, qui auroit son sommet sur le bondon ; il a de plus imaginé une verge ou bâton de jauge d'une construction nouvelle.

La verge de jauge ordinaire, est un bâton quarré, de quatre à cinq lïgnes de largeur, & de quatre piés deux ou trois pouces de longueur ; une des faces est divisée en piés, pouces, &c. les autres sont marquées de divisions relatives aux différentes especes de tonneaux qu'on peut avoir à mesurer. Le bâton de jauge de M. Camus est d'une construction très-différente, & d'un usage plus sûr & plus universel. Voyez le volume cité des Mém. de l'ac. de 1741, pag. 385. Voyez aussi l'Histoire de la même année. (O)

JAUGER, (Coupe des pierres) c'est appliquer une mesure d'épaisseur ou de largeur vers les bouts d'une pierre, pour en faire les arêtes, ou les surfaces opposées paralleles.

JAUGER, (Hydr.) On connoît la quantité d'eau que fournit une source, par le moyen d'un instrument appellé jauge, construit de bois, de cuivre, ou de fer blanc. Cette jauge contient une cuvette percée par devant de plusieurs ouvertures circulaires, d'inégale grosseur, qui vont depuis un pouce jusqu'à deux lignes de diametre. Il y a souvent des tuyaux appellés canons, qui se bouchent avec des couvercles attachés à une petite chaîne, lesquels se tirent ou se bouchent suivant le besoin ; la jauge est meilleure sans canons, & il y a moins de frottement. Elle est séparée dans le milieu par une cloison de la même matiere, appellée languette de calme, servant à calmer la surface de l'eau, que le tuyau de la source amene avec impétuosité, & à empêcher qu'elle ne vienne en ondoyant vers la languette du bord, où sont percés les orifices des jauges, ce qui interromproit le niveau de l'eau, augmenteroit sa force, & par conséquent sa dépense. Les cloisons, ou languettes de calme, ne touchent point au fond des cuvettes ; elles ont environ 4 lignes de jour par em-bas, pour que l'eau puisse remonter dans l'autre partie de la cuvette, & se communiquer partout.

On fait entrer dans cette cuvette l'eau d'une source, & ensuite on la vuide par ces ouvertures ; si elle fournit un tuyau bien plein, elle donne un pouce d'eau, si elle en remplit deux, elle fournit deux pouces, ainsi des autres. Quand elle ne remplit pas entierement l'ouverture d'un pouce, on ouvre celle d'un demi-pouce, d'un quart, d'un demi-quart, & jusqu'aux plus petites, s'il s'en trouve dans la jauge ; on rebouche alors avec des tampons de bois tous les autres trous.

On tient l'eau dans la cuvette une ligne plus haute que les ouvertures de la jauge ; ainsi elle doit être 7 lignes au-dessus du centre de chaque trou ou canon. On bouche avec le doigt, ou un tampon de bois, le trou circulaire du tuyau, jusqu'à ce que l'eau soit montée une ligne au-dessus, & on la laisse couler ensuite pour juger de son effet ; alors l'eau se trouve un peu forcée, & le tuyau est entretenu bien plein. Si au lieu d'une ligne on faisoit monter l'eau de 2 ou 3 lignes au-dessus de l'orifice des jauges, elle seroit alors trop forcée, & dépenseroit beaucoup plus ; l'eau étant donc tenue une ligne audessus de l'orifice d'un pouce, ou à 7 lignes de son centre, & coulant par le trou circulaire d'un pouce, dépense pendant l'espace d'une minute 13 pintes 1/2 mesure de Paris, ce qui donne par heure deux muids 3/4 & 18 pintes ; le pié cube étant de 36 pintes, huitieme du muid, & l'on aura par jour 67 muids & demi, sur le pié de 288 pintes le muid.

Le pouce quarré qui a douze lignes en tout sens, multiplié par lui-même, produit 144 lignes quarrées. Il est constant que le pouce circulaire contient également 144 lignes circulaires, parce que les surfaces des cercles sont entr'elles comme les quarrés de leurs diametres ; cependant le pouce circulaire est toûjours plus petit que le quarré, à cause des quatre angles. L'usage est de diminuer le quart de 144 lignes, pour avoir la proportion du pouce quarré au pouce circulaire, ce qui est trop, puisque par la proportion du quarré au cercle, qui est de 14 à 11, on trouve dans la superficie du pouce quarré de 144 lignes, celle du pouce circulaire qui est de 13 lignes deux points ; au lieu qu'ôtant le quart de 144 qui est 36, il ne reste que 108. Ce même pouce circulaire qui donne en une minute 3 pintes 1/2 mesure de Paris, en donneroit, étant quarré, près de 18 pintes même mesure, ce qui est une vraie perte pour les particuliers.

Quoique l'on ait préféré de donner aux tuyaux la forme circulaire, parce que n'ayant point d'angles, elle est moins sujette aux frottemens, & moins exposée à se détruire ; on devroit donner aux jauges la forme quarrée, & il y en a plusieurs exemples dans les fontaines de Paris ; alors on auroit moins de difficulté de calculer la dépense des eaux, & de les distribuer ; les particuliers y gagneroient aussi, & ils perdroient proportionnellement, chacun suivant leurs jauges, dans les diminutions d'eau qui sont inévitables. Il est aisé de concevoir une ouverture rectangulaire, qui auroit trente-six lignes de large, sur quatre lignes de hauteur ; on voit qu'en multipliant 4 par 36, il viendra 144 lignes quarrées qui sont la valeur du pouce quarré : pour avoir de même quatre lignes d'eau qui est une des plus petites jauges, la base aura une ligne sur la même hauteur 4, ainsi des autres.

Les Fontainiers ont un instrument appellé quille, fait de cuivre ou de fer blanc en pyramide, qui diminue par étage ; sa base a 12 lignes, & elle dégrade d'une demi-ligne à chaque saut, de maniere que le plus petit terme de la division commence par une ligne 1/2, le second est 2, ensuite 2 1/2, ensorte que tous les termes ont pour différence un 1/2 ; ces nombres sont chiffrés sur 23 séparations ; les uns dénotent les diametres des jauges, les autres marquent leurs superficies. Le manche qui soutient cette quille sert à l'introduire dans l'ouverture des jauges de la cuvette, la pointe la premiere ; on bouche le trou de la jauge, de maniere qu'il n'y passe pas une goutte d'eau ; on marque avec le doigt l'endroit où on s'arrête, & retirant la quille sur le champ, on connoît si la mesure est exacte.

Cet instrument n'est point dans toute la rigueur géométrique, parce que la dépense d'une jauge qui a 3 lignes de diametre ou neuf lignes de sortie, ne donne pas précisément le quart de dépense de celle qui a 6 lignes de diametre ou 36 lignes de sortie, comme elle devroit faire, puisque la superficie de la premiere qui est 9 lignes est le quart exactement de la seconde qui est 36, & qu'on a négligé les fractions dans les rapports des superficies de jauges qui produiroient quelqu'avantage aux concessionnaires.

La quantité d'eau fournie par un ruisseau ou une petite riviere, se peut jauger en cette maniere. Arrêtez en le cours par une digue ou batardeau, construit de clayonnages avec des pierres & de la glaise, & ajustez sur le devant une planche de plusieurs trous d'un pouce de diametre, avec des tuyaux de fer blanc du même calibre, rangés sur une même ligne. Cette digue arrêtera toute l'eau du ruisseau, qui sera contrainte de passer par les trous de la planche ; & les tuyaux bien remplis vous feront connoître la quantité de pouces que le ruisseau donne en un certain tems.

On jauge l'eau que fournit une pompe à bras, à cheval, un moulin, en faisant tomber l'eau de la nappe que fournit le tuyau montant dans la cuvette de la jauge ; & la quantité de pouces qui tombera dans le reservoir pendant l'espace d'une minute, fera connoître ce que produit la machine. (K)


JAUGEURS. m. officier de ville qui sait l'art & la maniere de jauger les tonneaux ou futailles à liqueurs, ou celui qui a titre & pouvoir d'en faire le jaugeage. Voyez JAUGEAGE & JAUGER.

Chaque juré jaugeur doit avoir sa jauge juste & de bon patron, suivant l'échantillon qui est dans l'hôtel-de-ville de Paris. Il doit aussi imprimer sa marque sur l'un des fonds du tonneau ou futaille qu'il a jaugé, avec une rouanette, & y mettre la lettre B, si la jauge est bonne, la lettre M, si elle est trop foible ou moindre, & la lettre P, si elle est plus forte, avec un chiffre, pour faire connoître la quantité des pintes qui s'y sont trouvées de plus ou de moins.

Chaque jaugeur doit avoir sa marque particuliere, laquelle il doit figurer en marge du registre de sa reception, pour y avoir recours dans le besoin, en cas de fausse jauge ; le jaugeur de la marque duquel la piece se trouve marquée, demeurant responsable envers l'acheteur, si la jauge est moindre, & envers le vendeur pour l'excédent.

Il est permis à chacun de demander une nouvelle jauge, dont les frais sont payés par le premier jaugeur si la jauge se trouve défectueuse, & par celui qui s'en plaint, si elle se trouve bonne.

Nul aprentif jaugeur ne peut s'immiscer de faire aucune jauge, s'il n'a servi un maître jaugeur au moins un an, à peine d'amende ; & en cas qu'il l'ait fait par ordre du maître, celui-ci en est responsable en son nom.

Il y a eu en France des jaugeurs pour les grosses mesures de liqueurs, dès que la police a commencé à y avoir des regles certaines. Il en est parlé dans le recueil des ordonnances de Saint Louis en 1258 ; & ils étoient alors commis par le prévôt des marchands & échevins de Paris. Charles VI. en 1415, en fixa le nombre pour cette ville à six jaugeurs & six apprentifs. Henri IV, par un édit de Février 1596, les créa en titre d'office, tant pour Paris que dans les autres villes, & leur attribua douze deniers par chaque muid. Louis XIII, en 1633, créa deux nouveaux jaugeurs, & augmenta leurs droits ; en 1645, Louis XIV créa huit nouveaux jaugeurs, & les droits de tous ces officiers furent portés à cinq sols par muid de vin, cidre, biere, eau-de-vie, &c. entrant à Paris par eau ou par terre. On ajoûta encore trente-deux nouveaux jaugeurs en 1689 ; cinquante-deux en 1690, & cinquante-deux autres en 1703, sous le titre d'essayeurs & contrôleurs d'eau-de-vie. Par un édit du mois de Mai 1715, tous les nouveaux offices créés depuis 1689 ayant été supprimés, les jurés jaugeurs se trouverent réduits à leur ancien nombre de seize. Celui des commis jaugeurs nommés pour les remplacer, fut fixé à 24 par arrêt du conseil, du 12 Septembre 1719 ; enfin les officiers jaugeurs ont été rétablis par l'édit de Juin 1730. Diction. de Commerce. (G)


JAUMIERES. f. (Marine) petite ouverture à la poupe du vaisseau proche de l'étambord, par laquelle le timon passe pour se joindre au gouvernail afin de le faire jouer. Cette ouverture a ordinairement de largeur en dedans les deux tiers de l'épaisseur du gouvernail, & en dehors un tiers moins qu'en dedans ; à l'égard de sa hauteur, elle est un peu plus grande que son ouverture intérieure. Lorsqu'on est en mer, on garnit quelquefois cette ouverture de toile gaudronnée, pour empêcher que l'eau n'entre par-là dans le vaisseau ; mais si on ne veut pas prendre cette précaution, on laisse entrer l'eau qui s'écoule par les côtés, sans autre inconvénient.


JAUNEadj. (Gram. Physiq. & Teint.) couleur brillante, & celle qui réfléchit le plus de lumiere après le blanc. Voyez COULEUR & LUMIERE.

Il y a plusieurs substances jaunes qui deviennent blanches, en les mettant alternativement pendant quelque tems au soleil & à la rosée, telles sont la cire, la toile de chanvre, &c. Voyez BLANCHISSEMENT, POIL, &c.

Ces mêmes substances, quoiqu'entierement blanches, si on les laisse long-tems sans les mouiller redeviennent jaunes.

Le papier & l'ivoire présentés au feu deviennent successivement jaunes, rouges & noirs. La soie qui est devenue jaune se blanchit, par le moyen de la fumée du soufre. Voyez BLANC & BLANCHEUR.

Le jaune en teinture est une des cinq couleurs primitives. Voyez COULEUR & TEINTURE.

Pour avoir les jaunes les plus fins, on commence par faire bouillir le drap ou l'étoffe dans de l'alun & de la potasse, ensuite on lui donne la couleur avec la gaude. Voyez GAUDE.

La turmeric donne aussi un bon jaune, mais moins estimé cependant. On a encore un bois des Indes, qui donne un jaune tirant sur l'or ; & l'on fait une quatrieme espece de jaune avec de la sariette, mais c'est le moindre de tous.

Le verd se fait ordinairement avec du jaune & du bleu, mêlés l'un avec l'autre.

Avec du jaune, du rouge de garance, & du poil de chevre teint par la garance, on fait le jaune doré, l'aurore, la pensée, le nacarat, l'isabelle & la couleur de chamois, qui sont toutes des nuances du jaune.

JAUNE DE NAPLES. (Peinture) Le jaune de Naples est une pierre seche, & trouée comme nos pierres communes que l'on met dans des fondations avec la chaux & sable pour faire corps ensemble ; elle est cependant friable. Elle se tire des environs du mont Vésuve, proche Naples, & participe beaucoup du soufre ; elle a un sel très-âcre, que l'on ne peut lui ôter qu'en la faisant tremper dans de l'eau, & la changeant d'eau tous les jours ; malgré cela le sel pénetre au travers de la terrine, & paroît tout blanc au-dehors ; il faut aussi la réduire en poudre avant de la mettre tremper, & lorsqu'on la broye sur le porphyre, ne point se servir de couteau de fer pour la ramasser, parce que le fer la fait verdir & noircir ; mais on se sert pour cela de couteau de bois de châtaignier, cette couleur est très-bonne à l'huile comme à l'eau.

JAUNE des Corroyeurs, couleur que ces ouvriers donnent aux cuirs ; cette couleur se fait avec de la graine d'Avignon & de l'alun, dont ils mettent une demi-livre de chacun sur trois pintes d'eau, qu'ils font bouillir à petit feu, jusqu'à ce que le tout soit réduit aux deux tiers pour le moins. Voyez CORROYEUR.

JAUNE d'oeuf. Voyez OEUF.


JAUNIRv. act. & neut. (Gram.) on dit ce corps jaunit ; on dit aussi jaunir un corps.

JAUNIR, en terme de Doreur en bois, se dit de l'action d'enduire un ouvrage à dorer d'une couche de jaune à l'eau après la couche d'assiette, pour rendre la dorure plus belle.

JAUNIR, en terme d'Epinglier, s'entend de la premiere de toutes les façons qu'on donne au fil de laiton. On le met pour cela dans une chaudiere, où il bout pendant quelque tems dans l'eau & de la gravelle ; on bat ensuite le paquet sur un billot, à force de bras, pour en séparer la rouille & la gravelle ; on le jette ensuite dans l'eau fraîche, on le fesse encore quelque tems, voyez FESSER ; on le fait sécher au feu ou au soleil, pour le tirer ensuite. Voyez TIRER. Voyez la Planche de l'Epinglier. Voyez aussi celle du laiton, & l'art. LAITON.

JAUNIR, en terme de Cloutier d'épingle, c'est éclaircir les clous de cuivre ou de laiton, en les secouant dans un pot de grès, avec du vinaigre ou de la gravelle. Voyez GRAVELLE.


JAUNISSES. f. (Médecine) est une maladie dont le symptome caractéristique est le changement de la couleur naturelle du corps en jaune ; on l'appelle aussi en françois par pléonasme, ictere jaune, en latin icterus flavus, aurigo, morbus regius ; en grec ; l'étymologie de ce mot vient d'une espece de belette, , ou milan, qu'on appelloit aussi du même nom, & qui avoient les yeux jaunes ; ainsi ictere est synonyme à jaunisse : les anciens l'employoient aussi dans ce sens-là. Hippocr. passim, & Galien, definit. medical. n°. 276. Le nom d'aurigo lui vient de la ressemblance qu'a la couleur du corps avec celle de l'or, c'est peut-être aussi pour cette raison qu'on l'appelle morbus regius ; cette étymologie a beaucoup excité les recherches des écrivains : c'est avec plus d'esprit que de raison que Quintus Serenus Sammonicus dit,

Regius est vero signatus nomine morbus,

Molliter hic quoniam celsà curatur in aulâ.

On distingue plusieurs especes de jaunisse, par rapport à la variété des symptomes, à la différence des causes, & à la maniere de l'invasion ; on peut diviser d'abord l'ictere en chaud & en froid, cette division est assez importante en pratique, en primaire & secondaire, en critique & symptomatique ; il y en a aussi une espece qui est périodique. La décoloration jaune qui constitue cette maladie, n'est quelquefois sensible que dans les yeux & au visage ; d'autres fois on l'observe sur toute l'habitude du corps ; l'ouverture des cadavres a fait voir que les parties intérieures sont aussi dans certains cas teintes de la même couleur ; il y a même des cas où elle a infecté jusqu'aux os. Thomas Kerkringius raconte, Observat. anatom. 57, qu'une femme ictérique accoucha d'un enfant attaqué de la même maladie, dont les os étoient très-jaunes. Toutes les humeurs de notre corps reçoivent aussi quelquefois la même couleur, la salive, la transpiration, la sueur, mais plus fréquemment les urines en sont teintes. On lit dans les relations du fameux voyageur Tavernier, que chez les Persans la sueur est quelquefois tellement jaune, que non-seulement elle teint de cette couleur les linges, les habits, les couvertures, mais que les vapeurs qui s'en exhalent font une impression jaune très-sensible sur les murs & les portraits qui se trouvent dans la chambre. On a trouvé dans quelques ictériques la liqueur du péricarde extrêmement jaune ; il y a quelques observations qui prouvent, si elles sont vraies, que la couleur même du sang a été changée en jaune ; Théodore Zwingerus dit avoir vû quelquefois le sang des personnes ictériques imitant la couleur de l'urine des chevaux, & il assure qu'ayant fait saigner une femme attaquée de jaunisse, il avoit peine à distinguer son sang d'avec son urine. Quelquefois la couleur jaune du visage devient si forte, si saturée, qu'elle tire sur le verd, le livide & le noir ; on donne alors à la maladie les noms impropres d'ictere verd & noir. La couleur des yeux est quelquefois si altérée, que la vue en est affoiblie & dérangée ; les objets paroissent aux ictériques tout jaunes, de même qu'ils trouvent souvent par la même raison, c'est-à-dire par le vice de la langue, tous les alimens amers. Outre cette décoloration, on observe dans la plûpart des ictériques des vomissemens, cardialgie, anxiétés, difficulté de respirer, lassitude, défaillances ; les malades se plaignent d'une douleur compressive aux environs du coeur, & vers la région inférieure du ventricule, d'un malaise, d'un tiraillement ou déchirement obscur, quelquefois d'une douleur vive dans l'hypocondre droit ; le pouls est toûjours petit, inégal, concentré, quelquefois, & sur-tout au commencement, dur & serré ; l'inégalité de ce pouls consiste, suivant M. Bordeaux, en ce que deux ou trois pulsations inégales entr'elles succedent à deux ou trois pulsations parfaitement égales, & qui semblent naturelles. Dans l'ictere chaud, la chaleur est plus forte, elle est acre, la soif est inextinguible, le pouls est dur & un peu vîte, les diarrhées sont bilieuses, de même que les rots & vomissemens, les urines sont presque rouges couleur de feu ; dans l'ictere froid, la chaleur est souvent moindre que dans l'état naturel, le pouls est sans beaucoup d'irritation, sans roideur, le ventre est constipé, les excrémens sont blanchâtres, les vomissemens glaireux, le corps est languissant, engourdi, fainéant, &c.

Les causes qui produisent le plus constamment cette maladie, les symptomes qui la constituent, les observations anatomiques faites sur le cadavre des ictériques, les qualités & propriétés connues de la bile, sont autant de raisons de présumer que la jaunisse est formée par une pléthore de bile mêlée avec le sang, ou par un sang d'un caractere bilieux. Les ouvertures de cadavres font presque toûjours appercevoir des vices dans le foie ; le plus souvent ce sont des obstructions dans le parenchime de ce viscere, occasionnées par une bile épaissie, ou par des calculs biliaires ; il y a un nombre infini d'observations, qu'on peut voir rapportées dans la bibliotheque médicinale de Manget, dans lesquelles on voit l'ictere produit, ou du moins accompagné de pierres biliaires dans la vésicule du fiel ; on en tira jusqu'à soixante & douze de la vésicule de Rumoldus van-der-Borcht, premier medecin de l'empereur Léopold, qui étoit mort d'une jaunisse. Journal des curieux, ann. 1670. On a trouvé dans plusieurs le foie extrêmement grossi, la vésicule du fiel gorgée de bile, le canal cholidoque obstrué, rempli de calculs & de vers. Barthel. Cabrol rapporte l'observation d'une jaunisse, occasionnée par la mauvaise conformation de ce conduit, qui étoit telle que son extrémité qui est du côté du foie étoit fort évasée, tandis que son ouverture dans les intestins étoit capillaire. On a vû aussi quelquefois la ratte d'une grosseur monstrueuse, ou d'une petitesse incroyable, remplie de concrétions, pourrie, ou manquant tout-à-fait. Zacutus-Lusitanus fait mention d'un ictere noir, survenu à une personne qui n'avoit point de rate, Prax. admirand. lib. III. observ. 137. Je supprime une foule d'autres semblables observations, qui donnent lieu de penser que dans la jaunisse la bile regorge dans le sang, ce qui peut arriver de deux façons, ou si le sang trop tourné à cette excrétion d'un caractere bilieux, en fournit plus qu'il ne peut s'en séparer, sans qu'il y ait aucun vice dans le foie ; en second lieu, si cette excrétion ou sécrétion est empêchée par l'épaississement de la bile, l'atonie des vaisseaux, leur obstruction, &c. le premier cas est celui de l'ictere chaud, qui est principalement excité par les passions d'ame vive, par des travaux excessifs, des voyages longs sous un soleil brûlant, par des boissons vineuses, spiritueuses, aromatiques, par l'inflammation du foie, par les fievres ardentes inflammatoires, par un émétique placé mal-à-propos ; ou un purgatif trop fort, la bile coule plus abondamment par le foie, excite des diarrhées bilieuses, & cependant va se séparer dans les autres couloirs, sans avoir égard aux lois de l'attraction & de l'affinité qui devroient l'en empêcher.

Les passions d'ame languissantes, une vie sédentaire, méditative, triste, mélancolique, des études forcées, faites sur-tout d'abord après le repas, sont les causes les plus fréquentes de l'ictere froid ; la morsure de quelques animaux, de la vipere, des araignées, des chiens enragés, &c. les exhalaisons du crapaud, l'aconit, & quelques autres poisons, excitent aussi quelquefois à l'ictere : ces causes concourent aux obstructions du foie, aux calculs biliaires, &c. La sécrétion de la bile empêchée pour lors, fait que le sang ne peut se décharger de celle qui s'est formée déja dans ses vaisseaux ou dans le foie, & il en passe très-peu dans les intestins, ce qui rend le ventre paresseux & les excrémens blanchâtres, &c.

Lorsque la jaunisse est l'effet d'une maladie aiguë & qu'elle paroît avant le septieme jour, c'est-à-dire avant la coction, elle est censée symptomatique ; celle qui paroît après ce tems-là, & qui termine la maladie, est critique. Lorsque la jaunisse succede à l'inflammation, ou skirrhe du foie, à la colique hépatique, elle est secondaire ou deutéropathique ; si elle paroît avant aucune lésion manifeste de ce viscere, on la dit primaire ou protopathique ; celle qui est périodique, dépend ordinairement des vers ou des calculs placés dans la vésicule du fiel ou dans le canal cholidoque.

Diagnostic. La plus légere attention à la couleur jaune de tout le corps, ou d'une partie du visage, des yeux, par exemple, suffit pour s'assurer de la présence de cette maladie, & l'on peut aussi facilement, de tout ce que nous avons dit, tirer un diagnostic assuré des especes & des causes.

Prognostic. La jaunisse ne sauroit être regardée comme une maladie dangereuse ; il est rare, lorsqu'elle est simple, d'y voir succomber les malades ; lorsqu'il y a danger, il vient des accidens qui s'y rencontrent, des causes particulieres des maladies qui l'ont déterminée, &c. La jaunisse est souvent salutaire, critique ; toutes les fois qu'elle paroît dans une fievre aiguë, le 7, le 9 ou le 14e. jour, elle est d'un bon augure, pourvû qu'en même tems l'hypochondre droit ne soit pas dur, autrement elle seroit un mauvais signe. Hippocr. aphor. 64. lib. IV. L'ictere survenu à certains buveurs qui ont des langueurs d'estomac, des coliques, dissipe tous ces symptomes, & met fin à un état valétudinaire auquel ils sont fort sujets. Il est fort avantageux aussi à quelques hystériques ; il est critique dans la maladie hectique chronique.

L'ictere est prêt à guérir quand le malade sent une démangeaison par tout le corps, que les urines deviennent troubles, chargées, que le pouls conservant son inégalité particuliere devient souple & mou ; on a observé que les sueurs, le flux hémorrhoïdal, la dissenterie, ont terminé cette maladie sujette à de fréquens retours. L'hydropisie est une suite assez fréquente des jaunisses négligées ou mal traitées, alors le foie se durcit, & c'est avec raison qu'Hippocrate regarde comme pernicieuse la tumeur dure du foie dans cette maladie. Aphor. 52. lib. VI. On peut aussi craindre quelquefois qu'il ne dégénere en abscès au foie. La tension du ventre, la tympanite, le vomissement purulent, les déjections de la même nature, l'oppression, les défaillances, la consomption, &c. sont dans cette maladie des signes mortels. Si l'ictere paroît sans frisson dans une maladie aiguë, avant le septieme jour, il est un signe fâcheux. Aphor. 62. lib. IV. L'ictere chaud est accompagné d'un danger plus promt, pressant, mais moins certain que le froid ; celui qui est périodique est très-fâcheux ; celui qui succede aux fievres intermittentes, aux inflammations du foie, est plus dangereux, il désigne un dérangement ancien & considérable dans le foie.

Les différentes especes de jaunisse demandent des traitemens particuliers ; les remedes, curations, qui conviennent dans l'ictere froid, seroient pernicieux dans le chaud ; & par la même raison, ceux qui pourroient réussir dans le chaud ne feroient que blanchir dans l'ictere froid ; les uns & les autres seroient tout au moins inutiles dans la jaunisse critique, qui ne demande aucune espece de remede. Les médicamens les plus appropriés dans l'ictere chaud sont les émétiques en lavage, les rafraîchissans antibilieux, acides, le petit lait nitré ; par exemple, une légere limonade, des aposemes avec la patience, la laitue, l'oseille, la racine de fraisier, le nitre, le cristal minéral, &c. Les purgatifs légers acidules conviennent très-bien, il est bon même de les réitérer souvent ; l'ictere qui dépend d'une cacochimie bilieuse, ne se dissipe que par de fréquens purgatifs. Hippocr. Epidem. lib. VII. Les médicamens appropriés pour lors sont les tamarins, la manne, la rhubarbe, & un peu de scammonée ; mais il faut avoir attention d'assouplir, de détendre, de relâcher auparavant les vaisseaux qui sont dans l'irritation, d'appaiser l'orgasme & la fougue du sang. Le même Hippocrate nous avertit de ne pas purger, de peur d'augmenter le trouble, de loc. in homin. On peut terminer le traitement de cet ictere par le petit lait ferré, les eaux minérales acidules ; telles sont celles de Vals, de Passi, de Forges, &c.

Dans l'ictere froid, l'indication qui se présente naturellement à remplir, est de diviser & de désobstruer ; parmi les apéritifs, il y en a qui exercent plus particulierement leur action sur le foie, ceux-là sont préférables ; tels sont l'aigremoine, le fumeterre, la chélidoine, la rhubarbe, & sur-tout l'aloës, qui a cette propriété dans un degré éminent. Avant d'en venir aux remedes stomachiques, hépatiques, actifs, il faut humecter, préparer par des légers apéritifs, principalement salins, des légeres dissolutions de sel de glauber, de sel de seignette, & autres semblables, après quoi on peut en venir aux opiates apéritives un peu plus énergiques ; celle qui est composée avec l'aloës & le tartre vitriolé produit des effets admirables. J'ai éprouvé dans pareils cas l'efficacité des cloportes écrasés en vie, & mêlés avec le suc de cerfeuil ; l'élixir de propriété de Paracelse, ou l'élixir de Garus, qui n'en differe pas beaucoup, sont aussi très-convenables dans ce cas-là. Les savonneux sont très-propres pour emporter les résidus d'une jaunisse mal guérie ; ils sont particulierement indiqués dans les jaunisses périodiques qui dépendent des calculs biliaires : on ne connoît pas jusqu'ici de dissolvans, de fondans plus assurés ; il s'en faut cependant de beaucoup qu'ils soient infaillibles. Lorsque l'ictere commence à se dissiper, il faut recourir aux martiaux, & sur-tout aux eaux minérales ferrugineuses, salines, & principalement aux thermales, comme celles de balaruc, &c. Comme dans cette espece d'ictere le ventre est paresseux, les lavemens peuvent avoir quelque avantage, ou du moins de la commodité ; ne pourroit-on pas suppléer le défaut de bile naturelle en faisant avaler des pilules composées avec la bile des animaux, comme quelques auteurs ont pensé ? Article de M. MENURET.

JAUNISSE, (Maréchallerie) c'est une maladie des chevaux, qui est fort approchante de la jaunisse des hommes.

Cette maladie est de deux especes, la jaune & la noire.

La jaune est, suivant les Maréchaux, une maladie fort ordinaire, qui vient d'obstructions dans le canal du fiel, ou dans les petits conduits qui y aboutissent : ces obstructions sont occasionnées par des matieres visqueuses ou graveleuses que l'on y trouve, ou par une plénitude ou une compression des vaisseaux sanguins qui l'avoisinent, moyennant quoi la matiere qui devroit se changer en fiel enfile les veines, & est portée dans toute la masse du sang, ce qui le teint en jaune ; desorte que les yeux, le dedans des levres, & les autres parties de la bouche, capables de faire voir cette couleur, paroissent toutes jaunes.

L'effet de cette maladie consiste à rendre un cheval lâche, pesant, morne, aisément surmené par le plus petit travail ou le moindre exercice, &c.


JAUTEREAUX(Marine) voyez JOUTEREAUX.


JAVA(L'ISLE DE) Géog. nom de deux îles de la mer des Indes, dont l'une est appellée la grande Java, & l'autre la petite Java, ou Bali.

La grande Java a au N. O. l'île de Sumatra, dont elle est séparée par le détroit de la Sonde, au N. les îles de Banea & de Bornéo, au N. E. l'île de Madura, à l'E. celle de Bali, & au S. la mer des Indes, qui la sépare de la terre d'Endraght, ou de la Concorde.

Les anciens ont connu l'île de Java, c'est la , Jaba diu de Ptolomée : ce mot diu, qui dans le langage des Indiens, veut dire une île, nous fait connoître que l'île de Java portoit déjà le même nom qu'aujourd'hui du tems de cet auteur, & c'est une chose bien remarquable. Ptolomée ajoute, que Jaba diu, signifie l'île de l'Orge, & l'on sait qu'il y vient très-bien, quoique les naturels du pays y cultivent le riz par préférence, s'étant accoutumés à cette nourriture, de même que les étrangers qui viennent l'habiter.

Il semble que les habitans de Bornéo ayent les premiers découverts cette île ; du-moins ils y ont eu un grand hameau, mais elle est au pouvoir des Hollandois, qui en 1619, ont établi le centre de leur commerce à Batavia. Cependant ils ne sont pas les uniques souverains de l'île ; elle a ses rois & ses peuples qui sont alliés de la compagnie ; cette compagnie possede la côte du Nord, où elle a bâti de très-bonnes forteresses pour sa défense ; la côte méridionale est occupée par des peuples indomptés, & indépendans, dont le plus puissant est le sourapati ; l'intérieur du pays est sous la domination d'un empereur appellé le Mataram, qui fait sa résidence à Cartasoura.

L'île de Java comprend le royaume de Bantam, le royaume de Jacarra ou de Batavia, la province de Karavang qui appartient en propre à la compagnie, le royaume de Tsieribom qui est considérable : son roi est indépendant du Mataram, & allié des Hollandois. On trouve ensuite le pays de Tagal, où sont de vastes campagnes de riz, le petit royaume de Gressic qui a son roi particulier le meilleur ami des Hollandois, & le pays de Diapan.

Presque toute la côte méridionale est bornée par une chaîne de montagnes, qui enferme une vaste région presque inaccessible ; c'est entre cette chaîne & la mer, que se trouve le pays de Kadoevang, qui est soumis à l'empereur ; mais cet empereur même ne regne que par la protection que lui donne la compagnie ; à plus forte raison peut-elle compter sur les vassaux de cet empereur. De plus elle ne doit rien craindre des peuples qui sont entre la mer & les montagnes au midi de l'île ; en un mot, elle a par tout la supériorité territoriale, & finalement ce qui lui assure la possession de la grande Java, c'est la conquête qu'elle a fait de l'île de Madura, qui lui est assurée par un traité conclu en 1725, & exécuté jusqu'à ce jour.

L'île de Java en renferme plusieurs autres ; elle est traversée par diverses grandes montagnes, & coupée par quantité de rivieres ; elle produit beaucoup de riz ; on y recueille du poivre, du gingembre, des oignons, de l'ail ; elle abonde en fruits, cocos, mangues, citrons, concombres, citrouilles, bananes, pommes d'or, &c. On n'y manque ni de drogues, ni de gommes, ni d'épiceries ; on y a très-abondamment des bêtes domestiques & sauvages, des boeufs, des vaches, des brebis, des chevres, & même des chevaux ; la volaille, les paons, les pigeons, les perroquets y multiplient à souhait.

Les lieux inhabités sont peuplés de tigres, de rhinocéros, de cerfs, de bufles, de sangliers, de fouines, de chats sauvages, de civettes, de serpens ; & les rivieres ont des crocodiles très-dangereux pour ceux qui s'y baignent, ou qui se promenent sur le rivage sans précaution. Quelques montagnes de l'île ont des volcans, qui jettent bien loin des cendres, des flammes, & de la fumée.

La religion des Javans est la mahométane, que leur a porté un arabe, dont le tombeau est en grande vénération dans le pays. Les Européens y professent comme en Hollande, la religion réformée : Valentin qui a séjourné long-tems dans cette île, en a publié en hollandois la description la plus exacte, mais trop diffuse, & compilée sans ordre ; l'article qu'en a donné M. de la Martiniere, ne laisse rien à desirer.

La grande île de Java gît ès-quart de sud-est, près de l'île de Sumatra, entre le 123 & le 134d de long. & entre le sixiemed de lat. sud pour sa partie la plus septentrionale, & 8d. 30'. pour sa partie la plus méridionale.

La petite Java s'appelle autrement l'île de Bali, & est située à l'E. de l'île de Java ; elle n'a que douze lieues d'Allemagne de circuit : on remarque au sud de cette île un grand cap très-haut.

Le cap du nord gît par les 8d. 30'. de lat. sud ; l'île de Bali est très-peuplée ; ses habitans sont idolâtres, noirs, & ont des cheveux crépus ; le pays abonde en coton, en riz, en gros & menu bétail, & en chevaux de la plus petite race ; les fruits les plus communs, sont des noix de coco, des oranges, & des citrons, dont on voit des lieux incultes & des bois tous remplis ; la mer y est des plus poissonneuses ; le prince de Bali exerce sur ses sujets un empire absolu ; son île est une rade commune pour les vaisseaux qui vont aux îles Moluques, à Banda, Amboine, Macassar, Timor, & Solor ; ils viennent tous relâcher ici pour y prendre des rafaîchissemens, à cause de l'abondance & du bon marché des denrées ; la ville capitale de l'île porte aussi le nom de Bali. (D.J.)


JAVARISS. m. (Hist. nat. Zoologie) animal quadrupede assez semblable au sanglier, qui se trouve dans quelques parties de l'Amérique ; ses oreilles sont très-courtes, & il n'a presque point de queue ; son nombril est sur le dos ; il y a de ces animaux qui sont tout noirs ; d'autres sont mouchetés de blanc ; ils ont un cri plus desagréable que celui du cochon ; leur chair est assez bonne à manger ; ils sont difficiles à prendre, parce que, dit-on, ils ont sur le dos une ouverture par où l'air entre & rafraîchit leur poûmon, ce qui fait qu'ils peuvent courir long-tems sans se fatiguer ; d'ailleurs ils sont armés de fortes dents ou défenses.


JAVARTS. m. (Maréchallerie) c'est une petite tumeur qui se résoud en apostume ou bourbillon, & se forme au paturon sous le boulet, & quelquefois sous la corne : le javart nerveux est celui qui vient sur le nerf, & javart encorné, celui qui vient sous la corne. Il faut dessoler le plus souvent un cheval qui a un javart encorné, & lui couper le tendon. Voyez DESSOLER. Dictionn. de Trévoux.


JAVEAUS. m. (Jurisprud.) terme usité en matiere d'eaux & forêts, pour exprimer une île nouvellement formée au milieu d'une riviere par alluvion ou amas de limon & de sable. Voyez l'ordonnance des eaux & forêts, tit. I. art. jv. (A)


JAVELINES. f. (Art. milit.) on appelloit ainsi une espece de demi-pique dont les anciens se servoient. Elle avoit cinq piés & demi de long, & son fer avoit trois faces aboutissantes en pointe ; on s'en servoit à pié & à cheval : cette arme est encore en usage parmi les cavaliers arabes, ceux du royaume de Fez & de Maroc. Elle a environ huit piés de longueur ; le bois va un peu en diminuant depuis le milieu jusqu'au talon, où il y a une espece de rebord de plomb ou de cuivre, du poids d'une demi-livre ; la lance d'un grand pié de long très-aiguë & très-tranchante, de deux pouces ou environ dans sa plus grande largeur, avec une petite banderolle sous le fer. Les Maures se servent de cette javeline avec une adresse surprenante ; ils la tiennent à la main par les bouts des doigts & en équilibre ; & le poids qui est à l'extrémité du talon fait que le côté du fer est toûjours plus long que vers le talon ; ce qui sert à faire porter le coup plus loin.

M. le chevalier de Folard prétend qu'on ne peut rien imaginer de plus redoutable que cette arme pour la cavalerie. Le moyen, dit-il, d'aborder un escadron armé de la sorte, qui au premier choc jette un premier rang par terre, & en fait autant du second, si celui-ci veut tenter l'avanture, chaque cavalier étant comme assûré de tuer son homme ; car il porte son coup de toute la longueur de son arme, en se levant droit sur les étriers. Il se baisse & il s'étend jusques sur le cou de son cheval, & porte son coup avec tant de force & de roideur, qu'il perce un homme d'outre en outre, avant qu'il ait eu le tems de l'approcher, & il se releve avec la même légereté & la même vigueur pour redoubler encore. Le lancier n'avoit qu'un coup à donner, & ce coup n'étoit jamais sans remede, l'ennemi pouvant l'éviter en s'ouvrant ; mais rien ne sauroit résister contre la lance des Maures, qui charge par coups redoublés, comme l'on feroit avec une épée. Comment. de Polybe, par M. le chevalier Folard.


JAVELLES. f. (Econ. rustiq.) c'est la quantité de blé, d'avoine, de seigle, ou d'un autre grain qui se moissonne, que le moissonneur peut embrasser avec sa faucille & couper d'une seule fois : on ramasse les javelles, & l'on en forme des gerbes.

On appelle avoines javelées, celles dont le grain est devenu noir & pesant par la pluie qui les a mouillées en javelles. De javelle, on a fait le verbe javeller : javeller, c'est mettre le grain en javelle, pour le faire sécher ; il faut laisser javeller le blé pendant trois ou quatre jours : dans les saisons pluvieuses, le blé est plus long-tems à javeller.


JAVELOTS. m. jaculus, acontias, serpens, sagittaris, (Hist. nat.) ce serpent a été ainsi nommé, parce qu'étant monté sur les arbres, il s'élance de branche en branche, & même d'un arbre à l'autre, & qu'il tombe comme un trait sur les animaux & même sur les hommes qui sont aux alentours, il est si promt qu'on l'a aussi appellé serpent volant : on dit qu'il se porte d'un seul saut à la distance de vingt coudées ; on lui a aussi donné le nom de cenchrias, aspisacontias, &c. Il y a différentes especes d'acontias ; Belon en trouva un dans l'îsle de Rhode qui avoit trois palmes de longueur, il n'étoit pas plus gros que le petit doigt ; sa couleur étoit cendrée, tirant sur le blanc de lait ; il avoit le ventre tout blanc & le cou noir, deux bandes noires s'étendoient sur toute la longueur du dos jusqu'à la queue ; il étoit parsemé de taches noires pas plus grandes que des lentilles, & entourées d'un cercle blanc. On trouve des serpens acontias en Afrique, en Egypte, en Norvege, & dans quelques îles de la Méditerranée. Mathiole a dit qu'il y en avoit en Sicile & en Calabre, mais on en doute, il faudroit savoir si le serpent que les habitans de ces pays appellent saettone est un acontias ; on prétend que ces serpens ont un venin qui produit des effets plus violens que le venin de la vipere. Belon, Aldrovande, Jonston. Voyez SERPENT.

JAVELOT, (Art milit.) espece de dard, dont se servoient les anciens, & particulierement les vélites ou troupes légeres des Romains. Il avoit pour l'ordinaire deux coudées de long & un doigt de grosseur. La pointe étoit longue d'une grande palme, & si amenuisée, dit Polybe, qu'au premier coup elle se faussoit, ce qui empêchoit les ennemis de la renvoyer.

JAVELOT, (Art milit.) espece de petite pique qui s'élançoit sans le secours de l'arc, c'est-à-dire par la force seule du bras. Le javelot étoit plus court que la javeline ou demi-pique, dont les anciens se servoient tant à pié qu'à cheval. Voyez ARMES DES ROMAINS.

JAVELOT, (Gymnast. athlétiq.) espece de dard que l'on lançoit contre un but dans les jeux agonistiques, & celui qui le lançoit le plus près du but étoit victorieux à cet égard. Le javelot dont se servoient les Pentathles, se nommoit chez les Grecs, & l'exercice s'appelloit ; c'étoit un des cinq qui composoient le pentathle, suivant l'opinion la plus commune ; les quatre autres étoient la course, le saut, le disque & la lutte. Dans la suite des tems, on y admit le pugilat, en retenant néanmoins le nom de pentathle consacré par un long usage. Voyez PENTATHLE. (D.J.)


JAVER(Géog.) ville d'Allemagne, capitale d'une province considérable de même nom, dans la basse Silésie, avec une citadelle & une grande place environnée de portiques ; elle est à 5 lieues S. E. de Schweidnitz, 12 S. O. de Breslaw, 35 N. E. de Prague. Long. 34. 4'. lat. 50. 66. (D.J.)


JAXARTESS. m. (Géog.) riviere d'Asie qui bornoit la Sogdiane au nord, & la Scythie au midi. Alexandre & ses soldats prirent le Jaxartes pour le Tanaïs, dont ils étoient bien loin ; mais si cette erreur est excusable dans des gens de guerre désorientés, elle n'est point pardonnable à Quinte-Curce, qui, liv. VI. liv. VII. & ailleurs, appelle toûjours cette riviere le Tanaïs. Le nom moderne que les historiens lui donnent est Sihun. Voyez SIHUN.

J'ajouterai seulement ici que le Jaxartes, qui formoit autrefois une barriere entre les nations policées & les nations barbares, a été détourné comme l'Oxus par les Tartares, & ne va plus jusqu'à la mer. (D.J.)


JAYET(Chimie & Matiere médicinale) l'analyse chimique prouve clairement que le jayet est un bitume fort analogue au charbon de terre, dont il ne différe presque que par un plus grand degré de pureté, & une moindre proportion de parties terrestres. Le jayet distillé sans intermede donne d'abord un phlegme blanchâtre un peu acide, & une huile empyreumatique qui devient de plus en plus noire & épaisse. Il laisse un residu abondant très-spongieux, qui n'a pas été examiné que je sache.

Le jayet s'enflamme aisément & sans le secours des soufflets ; il brûle en repandant une fumée noire & épaisse, & il ne se fond point au feu. L'esprit-de-vin n'en tire qu'une teinture très-legere.

Quelques anciens, tels que Dioscoride & Aëtius, ont celebré dans le jayet la vertu émolliente & résolutive ; le dernier de ces auteurs dit que le vin, dans lequel on a éteint des morceaux de jayet enflammés, guérit la cardialgie. On ne fait plus d'usage, parmi nous, que de son huile, soit noire, soit rectifiée. On la fait flairer aux femmes pendant les paroxysmes de passion hystérique, & l'odeur bien forte de cette huile les soulage en effet ; on donne aussi quelquefois intérieurement cette huile rectifiée, aussi bien que l'huile de succin, contre les vapeurs hystériques, & la supression des menstrues & des vuidanges. Il regne au sujet de ce remede une erreur populaire qui n'a pas le plus leger fondement. On pense communément que l'usage intérieur de l'huile de jayet cause infailliblement la stérilité, & que les lois défendent au médecin d'en donner à une femme sans l'aveu de son mari. (b)


JAYET GAGATE(Hist. nat.) Voyez JAIS.


JAZYGES(Géog. anc.) peuples de Sarmatie en Europe, au-delà de la Germanie à l'orient. Les Jazyges Métanastes, qui furent subjugués par les Romains, mains, habitoient sur les bords de la Theisse & du Danube ; voilà tout ce que nous en savons aujourd'hui, quoique Ptolomée ait indiqué leurs bornes & leurs villes, avec les degrés de longitude & de latitude, dans un chapitre exprès qu'il leur a destiné ; c'est le chapitre vij. du livre III. de son ouvrage. (D.J.)


Jou Gé, s. m. (Commerce) mesure des longueurs dont on se sert en quelques endroits des Indes. Voyez GE.

Jé, mesure des liqueurs dont on se sert en quelques lieux d'Allemagne, particulierement à Augsbourg. Le jé est de deux muids, ou de douze besons, le beson de douze masses ; huit jé font le féoder. Voyez BESON, MASSE, FEODER. Dict. de commerce.


JEAN(Evangile de S. Jean) nom d'un des livres canoniques du Nouveau Testament, qui contient l'histoire de la vie & des miracles de Jesus-Christ, écrite par l'apôtre S. Jean, fils de Zébédée & de Salomé.

On croit que cet apôtre étoit dans une extrême vieillesse, lorsque vers l'an du salut 97 les évêques & les fideles d'Asie lui ayant demandé avec empressement qu'il leur écrivît l'histoire de ce qu'il avoit vû & oui de notre Sauveur, il se rendit à leurs desirs. Il s'appliqua principalement à y rapporter ce qui sert à établir la divinité du Verbe, contre certains hérétiques d'alors qui la nioient. La sublimité des connoissances qui regne au commencement de cet évangile, a fait donner à S. Jean le surnom de théologien.

Outre cet évangile, & l'apocalypse dont nous avons parlé sous son titre, cet apôtre a composé trois épitres, que l'Eglise reconnoît pour canoniques. On lui a supposé quelques écrits apocryphes, par exemple, un livre de ses prétendus voyages ; des actes dont se servoient les Encratites, les Manichéens & les Priscillianistes ; un livre de la mort & de l'assomption de la Vierge ; un symbole, que l'on prétendoit avoir été donné à S. Grégoire de Néocésarée par la sainte Vierge & par saint Jean. Ce symbole fut cité dans le cinquieme concile écuménique ; mais les actes & l'histoire dont nous venons de parler, ont été de tout tems généralement reconnus pour apocryphes. Calmet, Dict. de la Bible.

JEAN, S. (Hist. eccles.) il y a un grand nombre de communautés ecclésiastiques & religieuses instituées sous le nom de S. Jean. Les unes subsistent encore ; d'autres se sont éteintes. L'histoire ecclésiastique fait mention des chanoines hospitaliers de S. Jean-Baptiste de Conventry, en Angleterre. Honorius III. les approuva ; ils porterent une croix noire sur leurs robes & sur leurs manteaux, qui les fit nommer porte-croix. Il y avoit aussi des soeurs hospitalieres du même nom. Il est parlé des hospitaliers & des hospitalieres de S. Jean-Baptiste de Nottingham ; des hermites de S. Jean-Baptiste de la pénitence, établis en Navarre sous l'obéissance de l'évêque de Pampelune, & confirmés par Grégoire XIII ; des hermites de S. Jean Baptiste, fondés en France par le frere Michel de Sainte Sabine, en 1630, pour la réformation des hermites ; une congrégation de chanoines particuliers en Portugal, sous le titre de S. Jean l'évangéliste ; l'ordre de S. Jean de Jérusalem, de S. Jean de Latran, &c.

JEAN, (mal de S.) c'est une espece de maladie convulsive, qui tient de la nature de l'épilepsie, dans laquelle on tombe de son haut, après s'être fort agité, comme en dansant, en sautant, ce qui l'a fait confondre avec le mal caduc, selon le Dictionnaire de Trévoux. Elle a beaucoup de rapport avec la maladie du même genre, appellée la danse de S. Wit. Voyez EPILEPSIE, DANSE DE S. WIT.

JEAN, S. (Géog.) petite ville de France au Vasgau, aux confins de la Lorraine, sur la Sare, dans le Comté de Sarbruck ; elle est à 5 lieues O. de Deux-Ponts. Long. 25. 47. lat. 49. 16. (D.J.)

JEAN, riviere de S. (Géog.) grande riviere de l'Amérique septentrionale, dans l'Acadie, où elle coule derriere le cap Rouge, à 45 deg. 40 min. de lat. septentr. Cette riviere est fort dangereuse, si on ne reconnoît bien les basses, les rochers, & les pointes qui sont des deux côtés ; elle est renommée pour la pêche des saumons.

Il y a une autre riviere de ce nom dans la Louisiane ; cette derniere riviere a un cours d'une quarantaine de lieues d'occident en orient, & se jette dans la mer à environ dix lieues de la riviere de May. (D.J.)

JEAN D'ANGELY, S. (Géog.) Angeriacum, ancienne ville de France en Saintonge, avec une abbaye de bénédictins, fondée en 942 par Pepin, roi d'Aquitaine ; elle est sur la Boutonne, à six lieues N. E. de Saintes, 13 S. E. de la Rochelle, 92 S. O. de Paris. Long. 17. 5. lat. 45. 55.

Cette ville a été le lieu de la naissance de Priolo, & celui de la mort du premier prince de Condé.

Priolo (Benjamin) naquit en 1602 ; il est auteur d'une histoire latine de France, qui s'étend depuis 1601 jusqu'à 1664 ; il la composa dans un esprit éloigné de la flatterie, quoiqu'il eût des pensions du roi, qui l'employa à des négociations importantes. Cette histoire doit plaire à ceux qui aiment les portraits & les caracteres, car les phrases de Tacite en fournissent presque toutes les couleurs, & semblent s'y être placées d'elles-mêmes.

Henri de Bourbon, premier du nom, prince de Condé, mourut vraisemblablement de poison à S. Jean d'Angély, en 1588, âgé de 35 ans. Le roi de Navarre (Henri IV.) son cousin, n'en reçut la nouvelle qu'en versant un torrent de larmes, purpureos & ego spargam flores ; il les mérite par ses malheurs & par ses vertus. Humain, brave, affable, ferme, généreux, éloquent, il joignit, d'après l'exemple de son pere, toutes les vertus du héros à l'amour & à la pratique de sa religion ; ayant échappé comme on sait avec le roi de Navarre au massacre de la S. Barthélemi, il répondit à Charles IX. qui vouloit par la force l'engager à changer de religion, que son autorité ne s'étendoit pas sur les consciences, & en même tems il quitta la cour. Il est grand-pere du célebre prince de Condé (Louis de Bourbon, II. du nom), si fameux par les batailles de Rocroy, de Fribourg, de Nortlingue, de Lens, de Sénef, &c. (D.J.)

JEAN DE LONE, S. (Géog.) petite ville de France en Bourgogne, dans le Dijonois, chef lieu du bailliage de même nom, & la sixieme qui députe aux états. Les armées de l'empereur, du roi d'Espagne, & du duc Charles de Lorraine, formant 80 mille hommes, furent contraintes d'en lever le siege en 1635. Louis XIII. par reconnoissance lui accorda une exemption perpétuelle de tailles, taillons, & de tous autres subsides en 1636. Peut-être que le nom qu'elle porte lui vient d'un temple que Latone avoit dans l'endroit où elle est située ; c'est sur la Saône, à 6 lieues S. de Dijon, 3 d'Auxonne, 62 S. E. de Paris. Long. 22. 44. lat. 47. 10. (D.J.)

JEAN DE LUZ, S. (Géog.) Lucius Vicus ; le nom basque est Loitzun, petite ville de France en Gascogne, la deuxieme du pays de Labour, & la derniere du côté de l'Espagne, avec un port. Elle est sur une petite riviere, que Piganiol de la Force nomme la Ninette, & M. Delisle le Nivelet, à 4 lieues N. E. de Fontarabie, 4 S. O. de Bayonne, 174 S. O. de Paris. Long. 15. 59. 28. lat. 43. 23. 15. (D.J.)

JEAN DE MAURIENNE, S. (Géog.) petite ville de Savoie, sans murailles, capitale du comté de Maurienne, dans la vallée du même nom, avec un évêché suffragant de l'archevêché de Vienne ; elle est sur la riviere d'Arche, aux confins du Dauphiné, à 5 lieues S. O. de Moutiers, 10 N. E. de Grenoble, 9 S. E. de Chambéry. Long. 24. 1. lat. 45. 118. (D.J.)

JEAN-PIED-DE-PORT, S. (Géog.) ville de France en Gascogne, à une lieue des frontieres d'Espagne, autrefois capitale de la basse Navarre, avec une citadelle sur une hauteur. Antonin appelle ce lieu imus Pyrenaeus, le pié des Pyrénées, parce qu'en effet il est au pié de cette chaîne de montagnes ; dans ce pays-là on appelle port les passages ou défilés par où l'on peut traverser les Pyrénées, & comme cette ville de S. Jean est à l'entrée de ces ports ou passages, on la nomme S. Jean-pied-de-port, elle est sur la Nive, à l'entrée d'un des passages des Pyrénées, à 8 lieues S. E. de Bayonne, 12 N. E. de Pampelune, 176 S. O. de Paris. Long. 16. 22. lat. 43. 8. (D.J.)

JEAN D'ULUA, S. (Géog.) petite île de l'Amérique septentrionale sur la mer du nord, dans la nouvelle Espagne, à l'entrée du port de la Véra-Crux ; elle a été découverte vers l'an 1518, par Grijalva. Long. 280. 20. lat. 19. (D.J.)


JEAN-LE-BLANCS. m. (Hist. nat. Ornithol.) oiseau de S. Martin, pigargus, oiseau du genre des aigles. Willughbi a donné la description d'un jean-le-blanc qui étoit mâle, & de la grandeur d'un coq-d'inde, & qui pesoit huit livres & demie ; il avoit six piés quatre pouces d'envergure, & environ deux piés & demi de longueur depuis l'extrémité du bec jusqu'au bout de la queue. Le bec étoit crochu, & la membrane qui recouvroit sa base avoit une couleur jaune ; les yeux étoient grands & enfoncés, les piés avoient une couleur jaunâtre, les ongles étoient courbes, celui du doigt de derriere avoit un pouce de longueur ; la tête étoit blanche, le commencement du cou avoit une couleur roussâtre, le croupion étoit noirâtre ; au reste, le corps avoit une couleur obscure de rouille de fer. Il y avoit dans chaque aîle vingt-sept grandes plumes noirâtres, elles sont bonnes pour écrire ; les bords des petites plumes étoient de couleur cendrée ; la queue étoit composée de douze plumes, en partie noires & en partie blanches. Cet oiseau differe de celui qu'Aldrovande a décrit sous le nom de pigargus. Willugh. Ornit. Voyez OISEAU.

JEAN DE GAND, (Hist. nat.) nom donné par les navigateurs Hollandois à un oiseau qui se trouve dans le nord, sur les côtes de Spitzberg ; il a la grosseur & la forme d'une cygogne, ses plumes sont blanches & noires comme les siennes ; mais il a les pattes fort larges. Il vit de poissons, sur lesquels il s'élance avec une dextérité singuliere : cet oiseau habite les mers du nord, où se font les pêches du hareng.


JEANNEL'ILE DE SAINTE, (Géog.) île de la mer des Indes, l'une des quatre îles de Comore, proche de l'extrémité de l'île de Madagascar ; on conjecture qu'elle a environ 30 milles de longueur, & 15 de largeur ; sa fertilité engage les vaisseaux d'Europe qui vont vers Surate, & les parties septentrionales des Indes, à aller s'y rafraîchir ; elle abonde en riz, en poivre, en bananes, en oranges, en citrons, en limons, & autres fruits, dont la plûpart viennent sans culture. On y voit aussi beaucoup de miel & de cannes de sucre ; tous les fruits y sont communs, à l'exception des noix de coco. La religion des habitans est la mahométane, mêlée de superstitions ; il y a dans cette île de belles mosquées. Les femmes y sont en quelque maniere esclaves, car elles cultivent seules la terre, servent leurs maris, & leur préparent à manger : on y marie les filles à l'âge de 11 ou 12 ans, au plus tard. Lat. mérid. 12. 30. (D.J.)


JEBLEVoyez YEBLE.


JEBUSESS. f. pl. (Hist. mod. superstition) espece de prêtresse de l'île de Formosa ou de TayVan, qui est située vis-à-vis de la province de ToKyen. Ces prêtresses, qui font le métier de sorcieres & de devineresses, en imposent au peuple par des tours de force au-dessus de leur portée ; elles commencent leurs cérémonies par le sacrifice de quelques porcs ou d'autres animaux ; ensuite, à force de contorsions, de postures indécentes, de chants, de cris & de conjurations, elles parviennent à s'aliéner, & entrent dans une espece de frénésie, à la suite de laquelle elles prétendent avoir eu des visions, & être en état de prédire l'avenir, d'annoncer le tems qu'il fera, de chasser les esprits malins, &c. Une autre fonction des jébuses ou prêtresses de Formosa, est de fouler aux piés les femmes qui sont devenues grosses avant l'âge de trente-sept ans, afin de les faire avorter, parce qu'il n'est, dit-on, point permis par les lois du pays de devenir mere avant cet âge.


JÉÇO(Géog.) grande île d'Asie, au nord de la partie septentrionale de Niphon, gouvernée par un prince tributaire, & dépendant de l'empereur du Japon. Elle est remplie de bois ; les habitans ne vivent presque que de chasse & de poisson. Quelques cartes mettent ce pays d'Asie entre les 200 & 230 deg. de long. mais c'est une erreur de plus de 50 degrés. Kempfer assure que cette île est à 42 degrés de lat. sept. N. N. E. vis-à-vis la grande province d'Osin. (D.J.)


JECTIGATIONS. f. (Méd.) jectigatio, ce terme a plus d'une signification ; il est pris pour une espece de tremblement, de mouvement convulsif, de palpitation que l'on ressent dans tout le corps ou dans le coeur seulement, ou dans tout autre organe ou membre en particulier ; ensorte que, selon van Helmont (tr. de caduc.), la jectigation est une espece d'épilepsie. Voyez EPILEPSIE, PALPITATION.

Sennert emploie ce mot dans un autre sens ; selon cet auteur (oper. tom. II. lib. I. part. II. cap. xxiij.), on doit le regarder comme barbare ; il signifie la même chose qu'inquiétude, anxiété, jactation, qui sont un symptome de maladie. Voyez JACTATION.


JEDBINSK(Géog.) ville de la petite Pologne, dans le Palatinat de Sendomir.


JEDOGAWA-TSUTSUSI(Hist. nat. Botan.) c'est un cytise fort célebre au Japon ; ses rameaux sont hérissés de pointes ; sa feuille est couverte de poils, & de la figure d'un fer de lance. On en distingue un à fleurs blanches, un autre à fleurs purpurines, & un autre à fleurs incarnates.


JEGUR(Hist. nat.) C'est le nom qu'on donne en Tartarie à une espece de graine dont la tige ressemble assez à une canne de sucre, & s'éleve aussi haut qu'elle ; la graine est semblable à du riz, & forme comme une espece de grappe au sommet de la tige. Les habitans du pays la mangent ; elle croît abondamment sur les bords de la riviere d'Amon, qui est l'Oxus des anciens.


JEHOVou JEHOVAH, s. m. (Gramm. & Hist.) nom propre de Dieu dans la langue hébraïque. Son étymologie, sa force, sa signification, ses voyelles & sa prononciation ont enfanté des volumes ; il vient du mot être ; Jehovah est celui qui est.


JEJUNUMS. f. (Anat.) le second des intestins grêles, à qui l'on a donné ce nom parce qu'on le trouve toûjours moins plein que les autres. Voyez INTESTINS.


JELLES. m. (Navigation) c'est le nom que l'on donne à des bâtimens pointus par la poupe & par la proue, qui sont fort en usage en Norvege & en Russie.


JEMMou GEMENé, (Géog.) riviere de l'Indoustan, qui passe par les villes d'Agra & de Dehli, & qui se jette dans le Gange à environ 23 dégrés de latitude septentrionale.


JEMPTERLANDJemptia, (Géog.) contrée de Suede dans sa partie septentrionale, entre la Laponie, l'Angermanie, la Médelpadie, l'Helsingie, & la Dalécarlie. Elle est pauvre, dépeuplée, & n'a que quelques bourgs & quelques villages. (D.J.)


JEMSÉE(Géog.) ville du royaume de Suede, en Finlande, dans la province de Tavasthus, près d'un lac fort-poissonneux.


JEN-Y-CÉRIS-EFFENDIS. m. (Hist. Turq.) officier des janissaires, dont la charge répond à celle de prevôt d'armée dans nos régimens. Il juge des différends & de légers délits qui peuvent survenir parmi les janissaires ; s'il s'agit de délits considérables, & de choses très-graves, il en fait son rapport à l'aga qui décide en dernier ressort. Voyez JANISSAIRE. (D.J.)


JENCKAU(Géog.) ville de Bohème, dans le cercle de Czaslau, sur la route de Prague à Vienne.


JENDAYAS. m. (Ornith. exot.) espece de perroquet du Brésil, qui est de la grosseur du merle, & a comme cet oiseau le bec & les jambes noirs. Son dos, ses aîles & sa queue sont d'un verd bleuâtre ; le bout des aîles est noirâtre ; sa tête, le cou & la poitrine sont d'un jaune pâle, avec un mélange d'un jaune plus foncé en quelques endroits. Marggrave, Hist. brasil. (D.J.)


JÈNE(Géog.) ville d'Allemagne en Thuringe, dans les états de la maison de Saxe-Eisenac, avec une université qui fait tout son lustre. Elle est sur la Sala, à 2 lieues sud-est de Weimar, 4 sud-ouest de Naumbourg, 7 sud est d'Erford. Schutteus (Joh. Henr.) a donné une description de ses fossiles & de ses minéraux, sous le titre de Orychtographia Jenensis. Lipsiae, 1720, in 8°. Long. selon Cassini, 28, 55, 30, lat. 54, 25.

Entre les médecins qu'a produit Jène, car la médecine y est cultivée, je me contenterai de nommer Schelhammer (Gonthier Christophe), qui a publié plusieurs ouvrages dont les principaux sont : In physiologiam introductio, Helmstad 1681, in-4°. De auditu, Lugd. Batav. 1684. in-8°. De tumoribus, Jenae 1695, in-4°. De nitro, vitriolo, alumine & atramentis, Amstel. 1709, in-8°. (D.J.)


JENÉEN(Géog.) vieille ville d'Asie, dans la Palestine, avec un ancien château & deux mosquées. C'est le lieu de la résidence d'un émir qui leve un caphar sur tous ceux qui vont de Jérusalem à Nazareth. On seroit tenté de croire que c'est la Nain de l'Ecriture, si Maundrell ne les distinguoit dans son voyage d'Alep à Jérusalem. (D.J.)


JENIPAou JENIPAPAN, s. m. (Hist. nat. Bot.) espece de calebasse des Indes, de la grosseur d'un oeuf de canard ; l'écorce n'en est point dure, la chair qui est à l'intérieur est blanche, mêlée de petits grains applatis ; le goût en est un peu âpre, sans cependant être desagréable ; l'arbre qui porte ce fruit ressemble au frêne ; son écorce, comme celle du fruit, est d'un gris clair. Dict. de Hubner.


JÉNISESKOIautrement JÉNISCÉA, ou JÉNISEISK, (Géog.) ville assez peuplée de l'empire russien dans la Tartarie, en Sibérie, sur la riviere dont elle prend le nom, aux confins des Ostiaques & des Tunguses. On y a du bled, de la viande de boucherie, & de la volaille. Les Tunguses payens qui habitent le long de la riviere, y payent au souverain de Russie un tribut de toutes sortes de pelletteries. La grande riviere qu'on nomme la Jeniscéa, se déborde comme le Nil, l'espace de 70 milles, & fertilise les terres qu'elle inonde. Ce fleuve ne peut être navigé fort loin, à cause de neuf poroges ou chûtes d'eau qui étant à quelque distance les unes des autres, interrompent la navigation ; il forme l'isle de Gansko à son embouchure, & après un très-long cours, il se jette dans la mer Glaciale, au midi de la nouvelle Zemble. Long. de Jéniseskoi, suivant le P. Gaubil, 100. 42. 45. lat. 53.

Le froid qui y regne empêche que les arbres fruitiers n'y portent de fruit ; il n'y croît que des especes de groseilles sauvages, rouges & noires, mais ce n'est pas tout : il faut ajouter que le plus grand froid observé jusqu'à ce jour par le thermometre, l'a été dans cette ville de Sibérie, où, le 16 Janvier 1735, le mercure du thermometre baissa pendant quelques heures à 70 dégrés au dessous de la congélation.

On sait que le dégré de froid de 1709 à Paris, exprimé par 15 dégrés 1/2 au-dessous de la congélation, a passé long-tems pour le plus considérable dont on ait eu connoissance dans nos climats. On sait que MM. les académiciens qui en 1737 allerent en Laponie pour déterminer la figure de la terre, éprouverent un froid tout autrement violent, puisque lorsqu'on ouvroit la chambre chaude dans laquelle ils s'étoient enfermés, l'air du dehors convertissoit en neige la vapeur qu'on exhaloit ; le thermometre qui mesuroit ce froid descendit au trente-septieme dégré de celui de M. de Réaumur ; mais 37 dégrés comparés à 70 dégrés, font qu'on peut regarder ce terrible froid de Tornéo comme médiocre, relativement à celui de Jéniseskoi en 1735.

Cependant si l'on juge du froid par ses effets, on en trouvera peut-être d'aussi cruels rapportés dans plusieurs voyages. Quand, par exemple, les Hollandois cherchant le chemin de la Chine par la mer septentrionale, furent obligés de passer l'hyver à la nouvelle Zemble en 1596, ils ne se garantirent de la mort, qu'en s'enfermant bien couverts d'habits & de fourrures, dans une hutte qui n'avoit aucune ouverture, & dans laquelle, avec un feu continuel, ils eurent bien de la peine à s'empêcher de périr de froid ; leur vin de Xérès y étoit si parfaitement gelé en masses, qu'ils se le distribuoient par morceaux. Voyez encore l'article HUDSON, baie de (Géog.) (D.J.)


JÉNIZZAR(Géog.) ville de Grece dans la Macédoine, près du golfe de Salonique, dans le Coménolitari, bâtie sur les ruines de l'ancienne Pella, patrie d'Alexandre le Grand. Elle est à 5 lieues sud-ouest de Salonique, 7 nord-est de Caravéria. Long. 40. 12. lat. 40. 38.

Il y a une autre petite ville de ce nom dans la Janna, & qui est l'ancienne Pheroe de Thessalie. (D.J.)


JENJAPOUR(Géog.) ville de l'Indoustan, dans les états du Grand-Mogol, capitale d'une petite contrée de même nom, sur la riviere de Chaul, à 50 lieues nord ouest de Déhly, long. 49. lat. 30. 30. (D.J.)


JENKOPINGJanocopia, (Géog.) ville ouverte de Suede, dans la province de Smaland, sur le lac Water, avec une citadelle, à 22 lieues nord-ouest de Calmar, 18 sud-est de Falkoping. Long. 31. 55. lat. 57. 22. (D.J.)


JENO(Géogr.) ville & château de la haute-Hongrie, vers les frontieres de la Transylvanie, sur la riviere de Keres, entre Gyalay & Thémeswar.


JENUPAR(Géog.) royaume & ville d'Asie, dans la péninsule de l'Inde, en-deçà du Gange, sous la domination du Grand-Mogol.


JEQUITINGUACU(Hist. natur. Botan.) fruit qui croît au Brésil, & qui ressemble à nos grosses fraises ; ce fruit recouvre un noyau très-dur, noir & luisant comme du jais, & dont l'écorce est très-amere. On écrase ce noyau qui est de la grosseur d'un pois, pour en tirer une huile dont on fait du savon.


JERA(Géogr.) riviere d'Allemagne, dans le duché de Wolfembutel, qui prend sa source dans la principauté d'Halberstadt.


JÉRÉMIE(PROPHETIE DE) Théolog. livre canonique de l'ancien Testament, ainsi appellé de Jérémie son auteur, l'un des quatre grands prophetes, & fils d'Helcias, du bourg d'Anatoth, dans la tribu de Benjamin, proche de Jérusalem.

Jérémie étoit de la race sacerdotale. Il commença fort jeune à prophétiser, sur la fin du regne de Josias, & continua ses prophéties jusqu'à la captivité des Juifs en Babylone. La prophétie de Jérémie est terminée à la fin du chapitre 51 par ces mots : huc usque verba Jeremiae, . 64. Le 52 est de Baruch ou d'Esdras.

Outre la prophétie de Jérémie, nous avons encore ses lamentations, où il dépeint & déplore d'une maniere pathétique la désolation & la ruine de Jérusalem par les Chaldéens. Cet ouvrage est écrit en vers, dont les premieres lettres sont disposées suivant l'ordre de l'alphabet. Il y a une préface dans le grec & dans la vulgate, qui ne se rencontre ni dans l'hébreu, ni dans la paraphrase chaldaïque, ni dans le syrique, & qui paroît avoir été ajoutée pour servir d'argument à ce livre.

Le style de Jérémie est moins sublime & moins véhément que celui d'Isaïe ; mais il est plus tendre & plus affectueux. Il y avoit anciennement une autre prophétie de Jérémie, dont parle Origene, où l'on trouvoit ces paroles citées dans l'Evangile ; appenderunt mercedem meam triginta argenteos, &c. Mais il y a apparence que c'étoit un ouvrage apocryphe dont se servoient les Nazaréens, comme l'a remarqué S. Jérome dans son commentaire sur S. Matthieu, chap. XXVII. Dupin, dissert. prelim. sur la bib. chap. iij. liv. I. §. xviij. pag. 358. & suiv. (G)


JÈRÉPÉ-MONGAS. m. (Hist. nat. Zoolog.) serpent marin qui se trouve au Brésil ; il se tient sous l'eau immobile ; tous les animaux qui le touchent y demeurent attachés, & il s'en nourrit : il sort quelquefois & se repose sur le rivage. Si on le prend avec la main, la main s'y colle ; si l'on cherche à dégager la main prise avec l'autre, celle-ci se prend également : alors l'animal se déploie, se jette dans les eaux, & y entraîne sa proie.


JERICHAU(Géogr.) ville & bailliage d'Allemagne, dans le duché de Magdebourg, sur les frontieres de Brandebourg.


JÉRICHO(Géog. anc.) appellée par les Arabes Rihiba, ville d'Asie dans la Palestine, bâtie par les Jébuséens, à deux lieues du Jourdain, & à sept de Jérusalem ; c'est la premiere ville du pays de Chanaan, que Josué prit & saccagea ; on en rebâtit une nouvelle dans son voisinage. Vespasien la détruisit, Hadrien la répara. Cette ville fut encore relevée sous les empereurs chrétiens, & décorée d'un siége épiscopal ; mais finalement les guerres des Sarrasins dans la terre-sainte, ont détruit le siége & la ville ; on n'y voit plus que quelques huttes où demeurent des Arabes si gueux qu'à peine ont-ils de quoi couvrir leur nudité.

La rose de Jéricho louée dans l'Ecriture, est une plante qui nous est inconnue ; elle ne présente point celle à laquelle les modernes donnent vulgairement ce nom, & qui est une espece de thlaspi de Sumatra & de Syrie.

Pompée campoit à Jéricho dont il avoit dejà fait abattre deux forts, quand il apprit l'agréable nouvelle de la mort de Mithridate ; & Josephe saisit cette occasion du campement de Pompée, pour observer que le territoire de cette ville étoit fameux par l'excellence de son baume. Pline rapporte d'après Théophraste, que cet arbrisseau balsamifere ne se trouvoit que dans ce lieu-là, & qu'il n'y en avoit que dans deux jardins, dont l'un étoit de 20 arpens (il falloit dire de dix arpens, car il a mal rendu le mot grec ), & l'autre de moins encore ; mais ce n'est ni Jéricho, ni Galaad, ni la Judée, ni l'Egypte qui sont le terroir naturel de cet arbrisseau, c'est l'Arabie heureuse. Apparemment que l'on cultivoit cet arbre dans les jardins de Jéricho, & qu'il y prospéroit. En tout cas les choses ont bien changé : il n'y a plus de jardins à Jéricho, ni de baume en Judée ; tout celui que nous avons en Europe vient de la Mecque & de l'Arabie heureuse, & pour dire quelque chose de plus, le mot hébreu zori, que nous avons rendu par baume, est un mot générique qui signifie seulement toute gomme résineuse ; ainsi le baume de Jéricho, de Galaad de Chanaan, n'étoit qu'une espece de térébenthine dont on se servoit pour les blessures & quelques autres maux.

Josephe prétend encore que les environs de Jéricho ressembloient au paradis terrestre, tandis que selon Suidas ils étoient pleins de serpens & de viperes ; cependant Jéricho est très-fameuse dans l'Ecriture-sainte ; Moyse l'appelle la ville des palmiers. Notre Sauveur y fit quelques miracles, & ne dédaigna pas d'y loger chez Zachée dont la foi mérita de justes louanges ; c'est à Jéricho qu'Hérode le Grand, ou l'Iduméen, avoit fait bâtir un superbe palais dans lequel il finit ses jours l'an de Rome 750, après 37 ans d'un regne célebre par d'illustres & d'horribles actions.

Ce prince eut l'habileté de se procurer consécutivement la faveur de Sextus César, de Cassius, d'Antoine & d'Octave, qui lui firent décerner la couronne de Judée par le Sénat Romain ; il en reçut l'investiture en marchant au capitole entre les deux triumvirs ; il prit Jérusalem, se soutint auprès d'Antoine malgré Cléopatre, vainquit Antigone, Malchus, les Arabes, augmenta sans-cesse sa puissance par les bontés d'Octave, & introduisit dans son royaume des coutumes étrangeres ; il réédifia Samarie, construisit par-tout des forteresses, procura de ses propres fonds de grands secours aux Juifs pendant la famine & la peste qui les desoloit, fonda plusieurs villes, & dissipa les brigands de la Tragonite ; enfin il fut nommé Procurateur de Syrie, éleva un superbe temple en l'honneur d'Auguste, rebâtit celui de Jérusalem, rétablit les jeux olympiques dans leur ancienne splendeur, & obtint d'Agrippa toutes sortes de graces en faveur de ses sujets.

Tel a été la vie d'Hérode, d'ailleurs le plus malheureux des hommes dans son domestique ; on sait quels troubles sa soeur Salomé excita dans sa famille, & quelles en furent les tristes suites. Il fit mourir le vieillard Hircan dans sa 80e année, le grand-prêtre Aristobule son beau-frere, Joseph son propre oncle, Alexandra mere de Mariamne son épouse, cette belle & vertueuse Mariamne elle-même, dont la fin l'accabla de regrets, & le déchira de remords pendant le reste de sa vie ; alors on ne vit plus en lui qu'un furieux qui sacrifia trois fils à sa colere, Alexandre, Aristobule, & finalement Antipater ; ce cruel prince périt cinq jours après l'exécution de ce dernier, dans les plus cruels tourmens, dont Josephe vous donnera les détails. Il avoit eu neuf femmes. Trois autres fils qui lui restoient encore, Archélaus, Hérode & Philippe partagerent ses états. (D.J.)


JERKÉEN(Géogr.) ville d'Asie, capitale de la petite Tartarie, sur les bords de la riviere d'Ilac ; elle est assez grande. C'est l'entrepôt du commerce entre les Indes & la partie septentrionale de l'Asie, de la Chine, de la grande Tartarie & de la Sibérie.


JEROSLAW(Géogr.) M. Delisle écrit Yéroslawle, ville de l'empire Russien, capitale du duché de même nom, sur le Wolga. Long. 58. 30. Lat. 57. 24. (D.J.)


JERSEY(Géog.) île de la mer Britannique, sujette aux Anglois, quoique sur les côtes de France, à 10 lieues des côtes de Bretagne, & à cinq de celles de Normandie. Elle jouit d'un air sain & d'un terroir fertile ; elle est très-peuplée, défendue par deux châteaux, & dépend du comté de Hant. On croit qu'elle a fait autrefois partie du Cotentin, & qu'elle en a été séparée par la mer qui a inondé le terrein, qui la joignoit à la terre ferme. Voyez Hadrien de Valois, Notit. Gal. p. 219. Son circuit est de 21 milles ; S. Elle en est le chef-lieu. Long. 15 d. 15'. 25''. Lat. 49 d. 14'. 20''.

Saint Magloire natif du pays de Galles, établit pendant sa vie un couvent dans cette île, où il mourut fort âgé en 575. Ses reliques furent transférées au faubourg S. Jacques, dans un monastere de bénédictins, qui a été cédé aux PP. de l'Oratoire ; & c'est, aujourd'hui le séminaire de Saint Magloire.

Waice (Robert) Poëte, reçut le jour à Jersey, vers le milieu du xij siecle. Il est l'auteur du roman de Rou & des Normands, écrit en vers françois ; ce livre fort rare, est important pour ceux qui recherchent la signification de beaucoup d'anciens termes de notre langue. (D.J.)


JERTHS. m. (Hist. nat.) nom qu'on donne en Laponie à une espece de mousse qui y croît ainsi que dans d'autres pays froids. On en prend la racine dont on fait une décoction, que l'on fait avaler aux malades dans du petit lait de rennes d'heure en heure, pour les faire transpirer. Les principales maladies de ce pays sont les pleurésies & la petite vérole, & les malades s'en tirent très bien au moyen de ce seul remede. Au défaut de cette racine de jerth, on se sert de l'angélique. Voyez Scheffer, Description de la Laponie.


JÉRUSALEM(Géog.) ancienne & fameuse ville d'Asie, capitale du petit royaume d'Israël, après que David l'eut conquis sur les Jébuséens. Depuis ce tems-là Jérusalem éprouva bien des événemens, & son histoire devint celle de la nation des Juifs ; voici les principales époques des vicissitudes de cette ville, cent fois prise, détruite, & rebâtie.

David & Salomon l'embellirent ; Sesac roi d'Egypte, Hazaël roi de Syrie, Amasias roi d'Israël, enleverent consécutivement les trésors du temple ; mais Nabuchodonosor ayant pris la ville même pour la quatrieme fois, la réduisit en cendre, & emmena les Juifs captifs à Babylone. Après cette captivité, Jérusalem fut reconstruite & repeuplée de nouveau. Antiochus le Grand, ayant conquis la Célé-Syrie & la Judée, assiégea & ruina Jérusalem. Ensuite Simon Macchabée vainquit Nicanor, rétablit la ville & les sacrifices ; elle jouit d'une assez grande paix jusqu'aux démêlés d'Hircan & d'Aristobule. Pompée s'étant déclaré pour Hircan, s'empara de Jérusalem 63 ans avant J. C. & démolit ses murailles, dont Jules César permit le rétablissement 20 ans après.

A peine la Judée fut réduite en province sous l'obéissance du gouverneur de Syrie, que les Juifs se révolterent, & passerent au fil de l'épée la garnison romaine ; Alors, l'empereur Titus vint en personne dans le pays, assiégea Jérusalem, l'emporta, la brûla, & la réduisit en solitude, l'an 70 de l'ere chrétienne ; mais comme dit quelque part M. de Voltaire,

Jérusalem conquise, & ses murs abattus,

N'ont point éternisé le grand nom de Titus ;

Il fut aimé, voilà sa grandeur véritable.

Adrien fit bâtir une nouvelle ville de Jérusalem, près des ruines de l'ancienne, & la fit appeller Aelia Capitolina ; cependant elle reprit son ancien nom sous Constantin, & son évêque obtint le second rang des évêques de la Palestine, l'an 614 de J. C. La ville de Jérusalem fut brûlée par les Perses, & son patriarche Zacharie fut emmené prisonnier avec beaucoup d'autres.

Bientôt après, les Arabes soûmirent l'Asie mineure, la Perse, & la Syrie. Omar successeur de Mahomet, s'étant emparé de la contrée de la Palestine, entra victorieux dans Jérusalem, l'an 638 de J. C. Comme cette ville est une ville sainte pour les Mahométans, il l'enrichit d'une magnifique mosquée de marbre, couverte de plomb, ornée dans l'intérieur d'un nombre prodigieux de lampes d'argent, parmi lesquelles il y en avoit beaucoup d'or pur. Quand ensuite, dit M. de Voltaire, les Turcs déja Mahométans, s'emparerent du pays, vers l'an 1055, ils respecterent la mosquée, & la ville resta toujours peuplée de huit mille ames : c'étoit tout ce que son enceinte pouvoit contenir, & ce que le terroir d'alentour pouvoit nourrir. Elle n'avoit d'autres fonds de subsistance, que le pélérinage des Chrétiens & des Musulmans ; les uns alloient visiter la mosquée, les autres le saint-sépulchre. Tous payoient un léger tribut à l'émir turc qui résidoit dans la ville, & à quelques imans, qui vivoient de la curiosité des pélerins.

Dans ces conjonctures, on vit se répandre en Europe cette opinion religieuse ou fanatique, que les lieux de la naissance & de la mort de J. C. étant prophanés par les infideles, le seul moyen d'effacer les péchés des chrétiens, étoit d'exterminer ces misérables. L'Europe se trouvoit pleine de gens qui aimoient la guerre, qui avoient beaucoup de crimes à expier, & qu'on leur proposoit d'expier en suivant leur passion dominante : ils prirent la croix & les armes. Voyez CROISADES.

Les églises & les cloîtres acheterent à vil prix plusieurs terres des seigneurs, qui crurent n'avoir besoin que de leur courage, & d'un peu d'argent pour aller conquérir des royaumes en Asie ; Godefroy de Bouillon, par exemple, duc de Brabant, vendit sa terre de Bouillon au chapitre de Liége, & Stenay à l'évêque de Verdun. Les moindres seigneurs châtelains partirent à leurs frais, les pauvres gentils-hommes servirent d'écuyers aux autres. Cette foule de croisés se donna rendez-vous à Constantinople : moines, femmes, marchands, vivandiers, ouvriers partirent aussi, comptant ne trouver sur la route que des chrétiens, qui gagneroient des indulgences en les nourrissant.

La premiere expédition fut d'égorger & de piller les habitans d'une ville chrétienne en Hongrie. On s'empara de Nicée en 1097, Jérusalem fut emportée en 1099, & tout ce qui n'étoit pas chrétien fut massacré. Après ce carnage, les croisés dégouttans de sang, allerent à l'endroit qu'on leur dit être le sépulchre de J. C. & y fondirent en larmes. Godefroy de Bouillon fut élu duc de Jérusalem ; mais, comme un légat nommé d'Anberto, prétendit le royaume pour lui-même, il fallut que le duc de Bouillon cédât la ville à cet évêque, & se contentât du port de Joppé.

En peu de tems, de nouveaux états divisés & subdivisés entre les mains des chrétiens, passerent en beaucoup de mains différentes. Il s'éleva de petits seigneurs, des comtes de Joppé, des marquis de Galilée, de Sidon, d'Acre, de Césarée. Cependant la situation des croisés étoit si mal affermie, que Baudoin premier roi de Jérusalem, après la mort de Godefroy son frere, fut pris presque aux portes de la ville par un prince turc.

Les conquêtes des chrétiens alloient chaque jour en s'affoiblissant, tandis que Saladin s'élevoit pour les leur ravir. En vain Guy de Lusignan couronné roi de Jérusalem, marcha contre Saladin, il devint son captif, & fut traité comme aujourd'hui les prisonniers de guerre le sont par les généraux les plus humains. Saladin étant entré dans Jérusalem, fit laver avec de l'eau rose la mosquée qui avoit été changée en église, & fit graver sur la porte : " le roi Saladin serviteur de Dieu, mit cette inscription après que le tout-puissant eut pris Jérusalem par ses mains. " Il fonda des écoles musulmanes, & néanmoins rendit aux chrétiens orientaux l'église du saint-sépulchre.

Au bruit des victoires de Saladin toute l'Europe se troubla ; les rois suspendirent leurs querelles pour marcher au secours de l'Asie, & cependant leur armée saccagea Constantinople, au lieu d'aller reprendre Jérusalem. Saphadin frere du fameux Saladin mort à Damas, démolit en 1218, le reste des murailles de ce triste lieu.

En 1244, son territoire n'appartenoit déja plus à personne. Les Chorasmins, tous idolâtres, égorgerent ce qu'ils trouverent dans ce bourg de musulmans, de chrétiens & de Juifs. De nouveaux turcs vinrent après eux ravager les côtes de Syrie, exterminérent le reste des chrétiens, & furent eux-mêmes exterminés par les Tartares. Enfin Sélim empereur des Turcs, ayant vaincu le soudan d'Egypte en 1517, se rendît maître du Caire, de l'Egypte, de la Syrie, & par conséquent de Jérusalem, qui est demeurée jusqu'à ce jour avec tout le pays qui l'environne, sous la domination du grand-seigneur.

Elkods est son nom moderne chez les Turcs, les Arabes, & les Mahométans de ces quartiers-là. Elle est à 45 lieues S. O. de Damas, 18 de la mer Méditerranée, 100 N. O. du grand Caire. Long. suivant de la Hire 58 deg. 29 min. 30 sec. suivant Street, 55 deg. 11 min. 30 sec. suivant Cassini, 52 deg. 51 min. 30 sec. Lat. suivant la Hire 31 deg. 38 min. 30. sec. suivant Street 32. 10. suivant Cassini 31. 50. (D.J.)

JERUSALEM, temple de, (Hist. sac. & proph.) autrement nommé temple de Salomon, parce que ce prince le fonda, l'acheva & le dédia avec de grandes solemnités, plus de mille ans avant J. C.

Sa description est trop épineuse pour nous y engager, & les savans qui ont consumé leurs veilles à nous en donner le plan, ont eu le malheur de ne point s'accorder ensemble. Le lecteur peut s'en convaincre, s'il a le loisir de consulter, de confronter Villalpand dans ses commentaires sur Ezéchiel ; Louis Cappel dans son abrégé de l'histoire judaïque ; Constantin l'empereur, dans son ouvrage sur le traité du thalmud, intitulé Middotth ; Jean Lightfoot, dans le recueil de ses oeuvres ; le P. Bernard Lami, prêtre de l'Oratoire ; dom Calmet & M. Prideaux ; voilà les plus illustres d'entre les modernes, qui ont épuisé cette matiere sans beaucoup de succès.

Cependant le temple de Salomon n'étoit qu'une petite masse de bâtiment, qui n'avoit que cent cinquante piés de long & autant de large, en prenant tout le corps de l'édifice d'un bout à l'autre ; mais l'embarras de sa description consiste principalement dans ses décorations, ses ornemens, ses portes, ses portiques, ses galeries & ses cours, dont nous pouvons d'autant moins nous faire d'idées justes, que les détails de l'Ecriture sainte, de Josephe, & du thalmud sont également confus.

Personne n'ignore les tristes catastrophes que ce temple éprouva dans le cours des siecles. Après avoir subsisté 424 ans, il fut ravagé & détruit par Nabuchodonosor. Zorobabel mit pendant vingt ans tous ses soins à le rebâtir, lors du retour de la captivité, & l'on en fit la dédicace sous le regne de Darius. Mais ce nouveau temple fut pillé, souillé, & prophané par Antiochus Epiphane. Ce prince recueillit un butin sacrilege 171 ans avant J. C. qui montoit à dix-huit cent talens d'or. Le talent d'or chez les Hébreux valoit 16 fois le talent d'argent.

Judas Macchabée ayant eu le bonheur de tirer sa patrie des mains d'Antiochus, purifia le temple 165 ans avant J. C. & les richesses y coulerent avec tant d'abondance en moins d'un siecle, que le pillage qu'en fit Crassus, pendant qu'il fut gouverneur de Syrie, lui valut la somme de dix mille talens, c'est-à-dire, plus de deux millions sterlings, ou plus de quarante-deux millions de notre monnoye ; cet événement arriva 54 ans avant J. C.

Hérode néanmoins rebâtit de nouveau le temple même avec une grande magnificence, dont la splendeur fut de courte durée. Tout le monde sait qu'il subit le sort de Jérusalem, lorsque Titus assiégea cette ville, l'emporta, la brûla, & la réduisit en cendres, l'an 70 de l'ere vulgaire. (D.J.)


JERVENLAND(Géog.) Jervia ; petit canton de Livonie dans l'Estonie, sujet à la Russie ; le château de Wittentein, & le bourg d'Oberbalen, en sont les lieux principaux. (D.J.)


JÉSI(Géog.) ancienne ville de l'état de l'église ; dans la Marche d'Ancone, avec un évêché qui ne releve que du saint siege : elle est sur une montagne proche la riviere de Jési, à 7 lieues S. O. d'Ancone, 45 N. E. de Rome. Long. 30. 55. lat. 43. 30. Il y a aussi une ville de ce nom au Japon, dans l'île de Niphon, au voisinage de Méneo. Long. 157. 40. lat. (D.J.)


JESILBASCHS. m. (Hist.) terme de relation ; il signifie tête-verte, & c'est le nom que les Persans donnent aux Turcs, parce que leurs émirs portent le turban verd. Voyez TURBAN. Diction. de Trévoux.


JESNITZ(Géog.) petite ville d'Allemagne dans la principauté d'Anhalt-Dessau, sur la riviere de Muldan.


JESSELMERE(Géog.) ville de l'Indoustan, capitale d'une province de même nom, dans les états du grand Mogol, à 75 lieues N. d'Amadabad. Long. 90. 15. lat. 26. 40. (D.J.)


JESSERO(Géog.) nom d'un ruisseau de Carinthie, qui est près du fameux lac de Cirkniz, qui disparoît sous terre pour se remontrer de nouveau à quelque distance de-là, après quoi il se perd encore de nouveau dans les rochers & dans les précipices ; enfin il reparoît encore de l'autre côté des montagnes.


JÉSUAT(Géog.) contrée de l'Indoustan, dans les états du grand Mogol, sur le Gadet qui se perd dans le Gange. Elle est bornée au nord par le royaume de Néebal, à l'E. par le royaume d'Assem, au S. par le royaume de Bengale, à l'O. par la terre de Patna. Rajapour en est la capitale, & la seule ville. (D.J.)


JÉSUATESS. m. (Théolog.) nom d'une sorte de religieux, qu'on appelloit autrement clercs apostoliques, ou jésuates de S. Jérôme.

Le fondateur des jésuates est Jean Colombin. Urbain V. approuva cet institut en 1367, à Viterbe, & donna lui-même à ceux qui étoient présens l'habit qu'ils devoient porter. Ils suivoient la regle de S. Augustin, & Paul V. les mit au nombre des ordres mendians.

Le nom de jésuates leur fut donné, parce que leurs premiers fondateurs avoient toûjours le nom de Jesus à la bouche. Ils y ajouterent celui de S. Jérôme, parce qu'ils le prirent pour leur protecteur.

Pendant plus de deux siecles les jésuates n'ont été que freres lais ; Paul V. leur permit en 1606 de recevoir les ordres. Ils s'occupoient dans la plûpart de leurs maisons à la pharmacie ; d'autres faisoient le métier de distillateurs, & vendoient de l'eau-de-vie, ce qui les fit appeller en quelques endroits peres de l'eau-de-vie.

Comme ils étoient assez riches dans l'état de Venise, la république demanda leur suppression à Clement IX. pour employer leurs biens aux frais de la guerre de Candie, ce que le pape accorda en 1668. Voyez le Dict. de Trévoux.


JÉSUITES. m. (Hist. eccles.) ordre religieux, fondé par Ignace de Loyola, & connu sous le nom de compagnie ou société de Jésus.

Nous ne dirons rien ici de nous-mêmes. Cet article ne sera qu'un extrait succinct & fidele des comptes rendus par les procureurs généraux des cours de judicature, des mémoires imprimés par ordre des parlemens, des différens arrêts, des histoires, tant anciennes que modernes, & des ouvrages qu'on a publiés en si grand nombre dans ces derniers tems.

En 1521 Ignace de Loyola, après avoir donné les vingt-neuf premieres années de sa vie au métier de la guerre & aux amusemens de la galanterie, se consacra au service de la Mere de Dieu, au montserrat en Catalogne, d'où il se retira dans sa solitude de Manrese, où Dieu lui inspira certainement son ouvrage des exercices spirituels, car il ne savoit pas lire quand il l'écrivit. Abregé hist. de la C. D. J.

Décoré du titre de chevalier de Jésus-Christ & de la Vierge-Marie, il se mit à enseigner, à prêcher, & à convertir les hommes avec zele, ignorance & succès. Même ouvrage.

Ce fut en 1538, sur la fin du carême, qu'il rassembla à Rome les dix compagnons qu'il avoit choisis selon ses vûes.

Après divers plans formés & rejettés, Ignace & ses collegues se vouerent de concert à la fonction de catéchiser les enfans, d'éclairer de leurs lumieres les infideles, & de défendre la foi contre les hérétiques.

Dans ces circonstances, Jean III. roi de Portugal, prince zélé pour la propagation du Christianisme, s'adressa à Ignace pour avoir des missionnaires, qui portassent la connoissance de l'Evangile aux Japonois & aux Indiens. Ignace lui donna Rodriguès & Xavier ; mais ce dernier partit seul pour ces contrées lointaines, où il opéra une infinité de choses merveilleuses que nous croyons, & que le jésuite Acosta ne croit pas.

L'établissement de la compagnie de Jésus souffrit d'abord quelques difficultés ; mais sur la proposition d'obéir au pape seul, en toutes choses & en tous lieux, pour le salut des ames & la propagation de la foi ; le pape Paul III. conçut le projet de former, par le moyen de ces religieux, une espece de milice répandue sur la surface de la terre, & soumise sans reserve aux ordres de la cour de Rome ; & l'an 1540 les obstacles furent levés ; on approuva l'institut d'Ignace, & la compagnie de Jésus fut fondée.

Benoît XIV. qui avoit tant de vertus, & qui a dit tant de bons mots ; ce pontife, que nous regretterons long-tems encore, regardoit cette milice comme les janissaires du saint siége ; troupe indocile & dangereuse, mais qui sert bien.

Au voeu d'obéissance fait au pape & à un général, représentant de Jésus-Christ sur la terre, les Jésuites joignirent ceux de pauvreté & de chasteté, qu'ils ont observé jusqu'à ce jour, comme on sait.

Depuis la bulle qui les établit, & qui les nomma Jésuites, ils en ont obtenu quatre-vingt-douze autres qu'on connoît, & qu'ils auroient dû cacher, & peut-être autant qu'on ne connoît pas.

Ces bulles, appellées lettres apostoliques, leur accordent depuis le moindre privilege de l'état monastique, jusqu'à l'indépendance de la cour de Rome.

Outre ces prérogatives, ils ont trouvé un moyen singulier de s'en créer tous les jours. Un pape a-t-il proféré inconsidérément un mot qui soit favorable à l'ordre, on s'en fait aussitôt un titre, & il est enregistré dans les fastes de la société à un chapitre, qu'elle appelle les oracles de vive voix, vivae vocis oracula.

Si un pape ne dit rien, il est aisé de le faire parler. Ignace élu général, entra en fonction le jour de pâques de l'année 1541.

Le généralat, dignité subordonnée dans son origine, devint sous Lainèz & sous Aquaviva un despotisme illimité & permanent.

Paul III. avoit borné le nombre des profès à soixante ; trois ans après il annulla cette restriction, & l'ordre fut abandonné à tous les accroissemens qu'il pouvoit prendre & qu'il a pris.

Ceux qui prétendent en connoître l'économie & le régime, le distribuent en six classes, qu'ils appellent des profès, des coadjuteurs spirituels, des écoliers approuvés, des freres lais ou coadjuteurs temporels, des novices, des affiliés ou adjoints, ou Jésuites de robe-courte. Ils disent que cette derniere classe est nombreuse, qu'elle est incorporée dans tous les états de la société, qu'elle se déguise sous toutes sortes de vêtemens.

Outre les trois voeux solemnels de religion, les profès qui forment le corps de la société font encore un voeu d'obéissance spéciale au chef de l'église, mais seulement pour ce qui concerne les missions étrangeres.

Ceux qui n'ont pas encore prononcé ce dernier voeu d'obéissance, s'appellent coadjuteurs spirituels.

Les écoliers approuvés sont ceux qu'on a conservés dans l'ordre après deux ans de noviciat, & qui se sont liés en particulier par trois voeux non solemnels, mais toutefois déclarés voeux de religion, & portant empêchement dirimant.

C'est le tems & la volonté du général qui conduiront un jour les écoliers aux grades de profès ou de coadjuteurs spirituels.

Ces grades, sur-tout celui de profès, supposent deux ans de noviciat, sept ans d'études, qu'il n'est pas toûjours nécessaire d'avoir faites dans la société ; sept ans de régence, une troisieme année de noviciat, & l'âge de trente-trois ans, celui ou notre Seigneur Jésus-Christ fut attaché à la croix.

Il n'y a nulle réciprocité d'engagemens entre la compagnie & ses écoliers, dans les voeux qu'elle en exige ; l'écolier ne peut sortir, & il peut être chassé par le général.

Le général seul, même à l'exclusion du pape, peut admettre ou rejetter un sujet.

L'administration de l'ordre est divisée en assistances, les assistances en provinces, & les provinces en maisons.

Il y a cinq assistans ; chacun porte le nom de son département, & s'appelle l'assistant ou d'Italie, ou d'Espagne, ou d'Allemagne, ou de France, ou de Portugal.

Le devoir d'un assistant est de préparer les affaires, & d'y mettre un ordre qui en facilite l'expédition au général.

Celui qui veille sur une province porte le titre de provincial ; le chef d'une maison, celui de recteur.

Chaque province contient quatre sortes de maisons ; des maisons professes qui n'ont point de fonds, des colleges où l'on enseigne, des résidences où vont séjourner un petit nombre d'apostolizans, & des noviciats.

Les profès ont renoncé à toute dignité ecclésiastique ; ils ne peuvent accepter la crosse, la mitre, ou le rochet, que du consentement du général.

Qu'est-ce qu'un jésuite ? est-ce un prêtre séculier ? est-ce un prêtre régulier ? est-ce un laic ? est-ce un religieux ? est-ce un homme de communauté ? est-ce un moine ? c'est quelque chose de tout cela, mais ce n'est point cela.

Lorsque ces hommes se sont présentés dans les contrées où ils sollicitoient des établissemens, & qu'on leur a demandé ce qu'ils étoient, ils ont répondu, tels quels, tales quales.

Ils ont dans tous les tems fait mystere de leurs constitutions, & jamais ils n'en ont donné entiere & libre communication aux magistrats.

Leur régime est monarchique ; toute l'autorité réside dans la volonté d'un seul.

Soumis au despotisme le plus excessif dans leurs maisons, les Jésuites en sont les fauteurs les plus abjects dans l'état. Ils prêchent aux sujets une obéissance sans réserve pour leurs souverains ; aux rois, l'indépendance des loix & l'obéissance aveugle au pape ; ils accordent au pape l'infaillibilité & la domination universelle, afin que maîtres d'un seul, ils soient maîtres de tous.

Nous ne finirions point si nous entrions dans le détail de toutes les prérogatives du général. Il a le droit de faire des constitutions nouvelles, ou d'en renouveller d'anciennes, & sous telle date qu'il lui plaît ; d'admettre ou d'exclure, d'édifier ou d'anéantir, d'approuver ou d'improuver, de consulter ou d'ordonner seul, d'assembler ou de dissoudre, d'enrichir ou d'appauvrir, d'absoudre, de lier ou de délier, d'envoyer ou de retenir, de rendre innocent ou coupable, coupable d'une faute légere ou d'un crime, d'annuller ou de confirmer un contrat, de ratifier ou de commuer un legs, d'approuver ou de supprimer un ouvrage, de distribuer des indulgences ou des anathèmes, d'associer ou de retrancher ; en un mot, il possede toute la plénitude de puissance qu'on peut imaginer dans un chef sur ses sujets ; il en est la lumiere, l'ame, la volonté, le guide, & la conscience.

Si ce chef despote & machiavéliste étoit par hasard un homme violent, vindicatif, ambitieux, méchant, & que dans la multitude de ceux auxquels il commande il se trouvât un seul fanatique, où est le prince, où est le particulier qui fût en sûreté, sur son trône ou dans son foyer ?

Les provinciaux de toutes les provinces sont tenus d'écrire au général une fois chaque mois ; les recteurs, supérieurs des maisons, & les maîtres des novices, de trois mois en trois mois.

Il est enjoint à chacun des provinciaux d'entrer dans le détail le plus étendu sur les maisons, les colleges, tout ce qui peut concerner la province ; à chaque recteur d'envoyer deux catalogues, l'un de l'âge, de la patrie, du grade, des études, & de la conduite des sujets ; l'autre, de leur esprit, de leurs talens, de leurs caracteres, de leurs moeurs : en un mot, de leurs vices & de leurs vertus.

En conséquence, le général reçoit chaque année environ deux cent états circonstanciés de chaque royaume, & de chaque province d'un royaume, tant pour les choses temporelles, que pour les choses spirituelles.

Si ce général étoit par hasard un homme vendu à quelque puissance étrangere ; s'il étoit malheureusement disposé par caractere, ou entraîné par interêt à se mêler de choses politiques, quel mal ne pourroit-il pas faire ?

Centre où vont aboutir tous les secrets de l'état & des familles, & même des familles royales ; aussi instruit qu'impénétrable ; dictant des volontés absolues, & n'obéissant à personne ; prévenu d'opinions les plus dangereuses sur l'aggrandissement & la conservation de sa compagnie, & les prérogatives de la puissance spirituelle ; capable d'armer à nos côtés des mains dont on ne peut se défier, quel est l'homme sous le ciel à qui ce général ne pût susciter des embarras fâcheux, si encouragé par le silence & l'impunité il osoit oublier une fois la sainteté de son état ?

Dans les cas importans, on écrit en chiffres au général.

Mais un article bizarre du régime de la compagnie de Jésus, c'est que les hommes qui la composent sont tous rendus par serment espions & délateurs les uns des autres.

A peine fut-elle formée qu'on la vit riche, nombreuse & puissante. En un moment elle exista en Espagne, en Portugal, en France, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, au nord, au midi, en Afrique, en Amérique, à la Chine, aux Indes, au Japon, par-tout également ambitieuse, redoutable & turbulente ; par-tout s'affranchissant des loix, portant son caractere d'indépendance & le conservant, marchant comme si elle se sentoit destinée à commander à l'univers.

Depuis sa fondation jusqu'à ce jour, il ne s'est presque écoulé aucune année sans qu'elle se soit signalée par quelque action d'éclat. Voici l'abrégé chronologique de son histoire, tel à-peu-près qu'il a paru dans l'arrêt du parlement de Paris, 6 Août 1762, qui supprime cet ordre, comme une secte d'impies, de fanatiques, de corrupteurs, de régicides, &c..... commandés par un chef étranger & machiavéliste par institut.

En 1547, Bobadilla, un des compagnons d'Ignace, est chassé des états d'Allemagne, pour avoir écrit contre l'Interim d'Augsbourg.

En 1560, Gonzalès Silveira est supplicié au Monomotapa, comme espion du Portugal & de sa société.

En 1578, ce qu'il y a de Jésuites dans Anvers en est banni, pour s'être refusés à la pacification de Gand.

En 1581, Campian, Skerwin & Briant sont mis à mort pour avoir conspiré contre Elisabeth d'Angleterre.

Dans le cours du regne de cette grande Reine, cinq conspirations sont tramées contre sa vie, par des Jésuites.

En 1588, on les voit animer la ligue formée en France contre Henry III.

La même année, Molina publie ses pernicieuses rêveries sur la concorde de la grace & du libre arbitre.

En 1593, Barriere est armé d'un poignard contre le meilleur des rois, par le jésuite Varade.

En 1594, les Jésuites sont chassés de France, comme complices du parricide de Jean Chatel.

En 1595, leur pere Guignard, saisi d'écrits apologétiques de l'assassinat d'Henry IV. est conduit à la greve.

En 1597, les congrégations de auxiliis se tiennent, à l'occasion de la nouveauté de leur doctrine sur la grace, & Clément VIII. leur dit : brouillons, c'est vous qui troublez toute l'Eglise.

En 1598, ils corrompent un scélérat, lui administrent son Dieu d'une main, lui présentent un poignard de l'autre, lui montrent la couronne éternelle descendant du ciel sur sa tête, l'envoyent assassiner Maurice de Nassau, & se font chasser des états de Hollande.

En 1604, la clémence du cardinal Frédéric Borromée les chasse du college de Braida, pour des crimes qui auroient dû les conduire au bucher.

En 1605, Oldecorn & Garnet, auteurs de la conspiration des poudres, sont abandonnés au supplice.

En 1606, rebelles aux decrets du sénat de Venise, on est obligé de les chasser de cette ville & de cet état.

En 1610, Ravaillac assassine Henry IV. Les Jésuites restent sous le soupçon d'avoir dirigé sa main ; & comme s'ils en étoient jaloux, & que leur dessein fût de porter la terreur dans le sein des monarques, la même année Mariana publie avec son institution du prince l'apologie du meurtre des rois.

En 1618, les Jésuites sont chassés de Boheme, comme perturbateurs du repos public, gens soulevant les sujets contre leurs magistrats, infectant les esprits de la doctrine pernicieuse de l'infaillibilité & de la puissance universelle du pape, & semant par toutes sortes de voies le feu de la discorde entre les membres de l'état.

En 1619, ils sont bannis de Moravie, pour les mêmes causes.

En 1631, leurs cabales soulevent le Japon, & la terre est trempée dans toute l'étendue de l'empire de sang idolâtre & chrétien.

En 1641, ils allument en Europe la querelle absurde du jansénisme, qui a coûté le repos & la fortune à tant d'honnêtes fanatiques.

En 1643, Malte indignée de leur dépravation & de leur rapacité, les rejette loin d'elle.

En 1646, ils font à Séville une banqueroute, qui précipite dans la misere plusieurs familles. Celle de nos jours n'est pas la premiere, comme on voit.

En 1709, leur basse jalousie détruit Port-Royal, ouvre les tombeaux des morts, disperse leurs os, & renverse les murs sacrés dont les pierres leur retombent aujourd'hui si lourdement sur la tête.

En 1713, ils appellent de Rome cette bulle Unigenitus, qui leur a servi de prétexte pour causer tant de maux, au nombre desquels on peut compter quatre-vingt mille lettres de cachets décernées contre les plus honnêtes gens de l'état, sous le plus doux des ministeres.

La même année le jésuite Jouvency, dans une histoire de la société, ose installer parmi les martyrs les assassins de nos rois ; & nos magistrats attentifs font brûler son ouvrage.

En 1723, Pierre le Grand ne trouve de sûreté pour sa personne, & de moyen de tranquilliser ses états, que dans le bannissement des Jésuites.

En 1728, Berruyer travestit en roman l'histoire de Moïse, & fait parler aux patriarches la langue de la galanterie & du libertinage.

En 1730, le scandaleux Tournemine prêche à Caën dans un temple, & devant un auditoire chrêtien, qu'il est incertain que l'évangile soit Ecriture-sainte.

C'est dans ce même tems qu'Hardouin commence à infecter son ordre d'un scepticisme aussi ridicule qu'impie.

En 1731, l'autorité & l'argent dérobent aux flammes le corrupteur & sacrilege Girard.

En 1743, l'impudique Benzi suscite en Italie la secte des Mamillaires.

En 1745, Pichon prostitue les sacremens de Pénitence & d'Eucharistie, & abandonne le pain des saints à tous les chiens qui le demanderont.

En 1755, les Jésuites du Paraguay conduisent en bataille rangée les habitans de ce pays contre leurs légitimes souverains.

En 1757, un attentat parricide est commis contre Louis XV. notre monarque, & c'est par un homme qui a vécu dans les foyers de la société de Jésus, que ces peres ont protégé, qu'ils ont placé en plusieurs maisons ; & dans la même année ils publient une édition d'un de leurs auteurs classiques, où la doctrine du meurtre des rois est enseignée. C'est comme ils firent en 1610, immédiatement après l'assassinat de Henry IV. mêmes circonstances, même conduite.

En 1758, le roi de Portugal est assassiné, à la suite d'un complot formé & conduit par les Jésuites Malagrida, Mathos & Alexandre.

En 1759, toute cette troupe de religieux assassins est chassée de la domination portugaise.

En 1761, un de cette compagnie, après s'être emparé du commerce de la Martinique, menace d'une ruine totale ses correspondans. On réclame en France la justice des tribunaux contre le jésuite banqueroutier, & la société est déclarée solidaire du pere la Valette.

Elle traîne maladroitement cette affaire d'une jurisdiction à une autre. On y prend connoissance de ses constitutions ; on en reconnoît l'abus, & les suites de cet évenement amenent son extinction parmi nous.

Voilà les principales époques du Jésuitisme. Il n'y en a aucune entre lesquelles on n'en pût intercaler d'autres semblables.

Combien cette multitude de crimes connus n'en fait-elle pas présumer d'ignorés ?

Mais ce qui précede suffit pour montrer que dans un intervalle de deux cent ans, il n'y a sortes de forfaits que cette race d'hommes n'ait commis.

J'ajoute qu'il n'y a sortes de doctrines perverses qu'elle n'ait enseignées. L'Elucidarium de Posa en contient lui seul plus que n'en fourniroient cent volumes des plus distingués fanatiques. C'est-là qu'on lit entr'autre chose de la mere de Dieu, qu'elle est Dei-pater & Dei mater, & que, quoiqu'elle n'ait été sujette à aucune excrétion naturelle, cependant elle a concouru comme homme & comme femme, secundùm generalem naturae tenorem ex parte maris & ex parte feminae, à la production du corps de Jésus-Christ, & mille autres folies.

La doctrine du probabilisme est d'invention jésuitique.

La doctrine du péché philosophique est d'invention jésuitique.

Lisez l'ouvrage intitulé les Assertions, & publié cette année 1762, par arrêt du parlement de Paris, & frémissez des horreurs que les théologiens de cette société ont débitées depuis son origine, sur la simonie, le blasphème, le sacrilege, la magie, l'irreligion, l'astrologie, l'impudicité, la fornication, la pédérastie, le parjure, la fausseté, le mensonge, la direction d'intention, le faux témoignage, la prévarication des juges, le vol, la compensation occulte, l'homicide, le suicide, la prostitution, & le régicide ; ramas d'opinions, qui, comme le dit M. le procureur général du roi au parlement de Bretagne, dans son second compte rendu page 73, attaque ouvertement les principes les plus sacrés, tend à détruire la loi naturelle, à rendre la foi humaine douteuse, à rompre tous les liens de la sociéte civile, en autorisant l'infraction de ses lois ; à étouffer tout sentiment d'humanité parmi les hommes, à anéantir l'autorité royale, à porter le trouble & la désolation dans les empires, par l'enseignement du régicide ; à renverser les fondemens de la révélation, & à substituer au christianisme des superstitions de toute espece.

Lisez dans l'arrêt du parlement de Paris, publié le 6 Août 1762, la liste infamante des condamnations qu'ils ont subies à tous les tribunaux du monde chrétien, & la liste plus infamante encore des qualifications qu'on leur a données.

On s'arrêtera sans-doute ici pour se demander comment cette société s'est affermie, malgré tout ce qu'elle a fait pour se perdre ; illustrée, malgré tout ce qu'elle a fait pour s'avilir ; comment elle a obtenu la confiance des souverains en les assassinant, la protection du clergé en le dégradant, une si grande autorité dans l'Eglise en la remplissant de troubles, & en pervertissant sa morale & ses dogmes.

C'est ce qu'on a vû en même tems dans le même corps, la raison assise à côté du fanatisme, la vertu à côté du vice, la religion à côté de l'impiété, le rigorisme à côté du relâchement, la science à côté de l'ignorance, l'esprit de retraite à côté de l'esprit de cabale & d'intrigue, tous les contrastes réunis. Il n'y a que l'humilité qui n'a jamais pû trouver un asile parmi ces hommes.

Ils ont eu des poëtes, des historiens, des orateurs, des philosophes, des géometres & des érudits.

Je ne sais si ce sont les talens & la sainteté de quelques particuliers qui ont conduit la société au haut degré de considération dont elle jouissoit il n'y a qu'un moment ; mais j'assurerai sans crainte d'être contredit, que ces moyens étoient les seuls qu'elle eût de s'y conserver ; & c'est ce que ces hommes ont ignoré.

Livrés au commerce, à l'intrigue, à la politique, & à des occupations étrangeres à leur état, & indignes de leur profession, il a fallu qu'ils tombassent dans le mépris qui a suivi, & qui suivra dans tous les tems, & dans toutes les maisons religieuses, la décadence des études & la corruption des moeurs.

Ce n'étoit pas l'or, ô mes peres, ni la puissance, qui pouvoient empêcher une petite société comme la vôtre, enclavée dans la grande, d'en être étouffée. C'étoit au respect qu'on doit & qu'on rend toûjours à la science & à la vertu, à vous soutenir & à écarter les efforts de vos ennemis, comme on voit au milieu des flots tumultueux d'une populace assemblée, un homme vénérable demeurer immobile & tranquille au centre d'un espace libre & vuide que la considération forme & réserve autour de lui. Vous avez perdu ces notions si communes, & la malédiction de S. François de Borgia, le troisieme de vos généraux, s'est accomplie sur vous. Il vous disoit, ce saint & bon-homme : " Il viendra un tems où vous ne mettrez plus de bornes à votre orgueil & à votre ambition, où vous ne vous occuperez plus qu'à accumuler des richesses & à vous faire du crédit, où vous négligerez la pratique des vertus ; alors il n'y aura puissance sur la terre qui puisse vous ramener à votre premiere perfection, & s'il est possible de vous détruire, on vous détruira ".

Il falloit que ceux qui avoient fondé leur durée sur la même base qui soutient l'existence & la fortune des grands, passassent comme eux ; la prospérité des Jésuites n'a été qu'un songe un peu plus long.

Mais en quel tems le colosse s'est-il évanoui ? au moment même où il paroissoit le plus grand & le mieux affermi. Il n'y a qu'un moment que les Jésuites remplissoient les palais de nos rois ; il n'y a qu'un moment que la jeunesse, qui fait l'espérance des premieres familles de l'état, remplissoit leurs écoles ; il n'y a qu'un moment que la religion les avoit portés à la confiance la plus intime du monarque, de sa femme & de ses enfans ; moins protégés que protecteurs de notre clergé, ils étoient l'ame de ce grand corps. Que ne se croyoient-ils pas ? J'ai vû ces chênes orgueilleux toucher le ciel de leur cime ; j'ai tourné la tête, & ils n'étoient plus.

Mais tout évenement a ses causes. Quelles ont été celles de la chûte inopinée & rapide de cette société ? en voici quelques-unes, telles qu'elles se présentent à mon esprit.

L'esprit philosophique a décrié le célibat, & les Jésuites se sont ressentis, ainsi que tous les autres ordres religieux, du peu de goût qu'on a aujourd'hui pour le cloître.

Les Jésuites se sont brouillés avec les gens de lettres, au moment où ceux-ci alloient prendre parti pour eux contre leurs implacables & tristes ennemis. Qu'en est-il arrivé ? c'est qu'au lieu de couvrir leur côté foible, on l'a exposé, & qu'on a marqué du doigt aux sombres enthousiastes qui les menaçoient, l'endroit où ils devoient frapper.

Il ne s'est plus trouvé parmi eux d'homme qui se distinguât par quelque grand talent ; plus de poëtes, plus de philosophes, plus d'orateurs, plus d'érudits, aucun écrivain de marque, & on a méprisé le corps.

Une anarchie interne les divisoit depuis quelques années ; & si par hasard ils avoient un bon sujet, ils ne pouvoient le garder.

On les a reconnus pour les auteurs de tous nos troubles intérieurs, & on s'est lassé d'eux.

Leur journaliste de Trévoux, bon-homme, à ce qu'on dit, mais auteur médiocre & pauvre politique, leur a fait avec son livret bleu mille ennemis redoutables, & ne leur a pas fait un ami.

Il a bêtement irrité contre sa société notre de Voltaire, qui a fait pleuvoir sur elle & sur lui le mépris & le ridicule, le peignant lui comme un imbécille, & ses confreres, tantôt comme des gens dangereux & méchans, tantôt comme des ignorans ; donnant l'exemple & le ton à tous nos plaisans subalternes, & nous apprenant qu'on pouvoit impunément se moquer d'un jésuite, & aux gens du monde qu'ils en pouvoient rire sans conséquence.

Les Jésuites étoient mal depuis très-long-tems avec les dépositaires des lois, & ils ne songeoient pas que les magistrats, aussi durables qu'eux, seroient à la longue les plus forts.

Ils ont ignoré la différence qu'il y a entre des hommes nécessaires & des moines turbulens, & que si l'état étoit jamais dans le cas de prendre un parti, il tourneroit le dos avec dédain à des gens que rien ne recommandoit plus.

Ajoutez qu'au moment où l'orage a fondu sur eux dans cet instant où le ver de terre qu'on foule du pié montre quelque énergie, ils étoient si pauvres de talens & de ressources, que dans tout l'ordre il ne s'est pas trouvé un homme qui sût dire un mot qui fît ouvrir les oreilles. Ils n'avoient plus de voix, & ils avoient fermé d'avance toutes les bouches qui auroient pû s'ouvrir en leur faveur.

Ils étoient haïs ou enviés.

Pendant que les études se relevoient dans l'université elles achevoient de tomber dans leur college, & cela lorsqu'on étoit à demi convaincu que pour le meilleur emploi du tems, la bonne culture de l'esprit, & la conservation des moeurs & de la santé, il n'y avoit guere de comparaison à faire entre l'institution publique & l'éducation domestique.

Ces hommes se sont mêlés de trop d'affaires diverses ; ils ont eu trop de confiance en leur crédit.

Leur général s'étoit ridiculement persuadé que son bonnet à trois cornes couvroit la tête d'un potentat, & il a insulté lorsqu'il falloit demander grace.

Le procès avec les créanciers du pere la Valette les a couverts d'opprobre.

Ils furent bien imprudens, lorsqu'ils publierent leurs constitutions ; ils le furent bien davantage, lorsqu'oubliant combien leur existence étoit précaire, ils mirent des magistrats qui les haïssoient à portée de connoître de leur régime, & de comparer ce système de fanatisme, d'indépendance & de machiavélisme, avec les lois de l'état.

Et puis, cette révolte des habitans du Paraguay, ne dut-elle pas attirer l'attention des souverains, & leur donner à penser ? & ces deux parricides exécutés dans l'intervalle d'une année ?

Enfin, le moment fatal étoit venu ; le fanatisme l'a connu, & en a profité.

Qu'est ce qui auroit pû sauver l'ordre, contre tant de circonstances réunies qui l'avoient amené au bord du précipice ? un seul homme, comme Bourdaloue peut-être, s'il eût existé parmi les Jésuites ; mais il falloit en connoître le prix, laisser aux mondains le soin d'accumuler des richesses, & songer à ressusciter Cheminais de sa cendre.

Ce n'est ni par haine, ni par ressentiment contre les Jésuites, que j'ai écrit ces choses ; mon but a été de justifier le gouvernement qui les a abandonnés, les magistrats qui en ont fait justice, & d'apprendre aux religieux de cet ordre qui tenteront un jour de se rétablir dans ce royaume, s'ils y réussissent, comme je le crois, à quelles conditions ils peuvent espérer de s'y maintenir.


JÉSUITESSESS. f. (Hist. eccles.) ordre de religieuses, qui avoient des maisons en Italie & en Flandres. Elles suivoient la regle des Jésuites, & quoique leur ordre n'eût point été approuvé par le saint siege, elles avoient plusieurs maisons, auxquelles elles donnoient le nom de colleges ; d'autres qui portoient celui de noviciat, dans lesquelles il y avoit une supérieure, entre les mains de qui les religieuses faisoient leurs voeux de pauvreté, de chasteté & d'obéissance ; mais elles ne gardoient point de clôture, & se mêloient de prêcher. Ce furent deux filles angloises, nommées Warda & Tuitia, qui étoient en Flandres, lesquelles instruites & excitées par le pere Gerard, recteur du college, & quelques autres Jésuites, établirent cet ordre ; leur dessein étoit d'envoyer de ces filles prêcher en Angleterre. Warda devint bientôt supérieure générale de plus de deux cent religieuses. Le pape Urbain VIII, supprima cet ordre par une bulle du 13 Janvier 1630, adressée à son nonce de la basse Allemagne, & imprimée à Rome en 1632. Bulla Urbani VIII. Vilson, rapporté par Heidegger Hist. papatus, §. 35.


JESUPOLIS(Géog.) ville de Pologne, dans la petite Russie, au Palatinat de Lemberg.


JESURAS. m. (Hist. nat. Bot.) c'est un arbrisseau du Japon d'environ trois coudées de haut, qui ressemble au philirrea. Ses feuilles sont garnies de poils, longues de trois pouces, ovales, terminées par une pointe, avec un bord très-découpé. Ses baies sont de la grosseur d'un pois, rouges & charnues.


JESUS-CHRIST(Hist. & Philosoph.) fondateur de la religion chrétienne. Cette religion, qu'on peut appeller la Philosophie par excellence, si l'on veut s'en tenir à la chose sans disputer sur les mots, a beaucoup influé sur la Morale & sur la Métaphysique des anciens pour l'épurer, & la Métaphysique & la Morale des anciens sur la religion chrétienne, pour la corrompre. C'est sous ce point de vue que nous nous proposons de la considérer. Voyez ce que nous en avons déja dit à l'article CHRISTIANISME. Mais pour fermer la bouche à certains calomniateurs obscurs, qui nous accusent de traiter la doctrine de Jesus-Christ comme un système, nous ajouterons avec saint Clément d'Alexandrie, ; Philosophi apud nos dicuntur qui amant sapientiam, quae est omnium opifex & magistra, hoc filii Dei cognitionem.

A parler rigoureusement, Jesus-Christ ne fut point un philosophe ; ce fut un Dieu. Il ne vint point proposer aux hommes des opinions, mais leur annoncer des oracles ; il ne vint point faire des syllogismes, mais des miracles ; les apôtres ne furent point des philosophes, mais des inspirés. Paul cessa d'être un philosophe lorsqu'il devint un prédicateur. Fuerat Paulus Athenis, dit Tertullien, & istam sapientiam humanam, adfectatricem & interpolatricem veritatis de congressibus noverat, ipsam quoque in suas haereses multipartitam varietate sectarum invicem repugnantium. Quid ergo Athenis & Jerosolymis ? quid academiae & ecclesiae ? quid haereticis & christianis ? nobis curiositate non opus est, post Jesum Christum, nec inquisitione post evangelium. Cum credimus, nihil desideramus ultra credere. Hoc enim prius credimus, non esse quod ultrà credere debemus. Paul avoit été à Athènes ; ses disputes avec les Philosophes lui avoient appris à connoître la vanité de leur doctrine, de leurs prétentions, de leurs vérités, & toute cette multitude de sectes opposées qui les divisoit. Mais qu'y a-t-il de commun entre Athènes & Jérusalem ? entre les sectaires & des chrétiens ? il ne nous reste plus de curiosité, après avoir ouï la parole de Jesus-Christ, plus de recherches après avoir lû l'Evangile. Lorsque nous croyons, nous ne desirons point à rien croire au-delà ; nous croyons même d'abord que nous ne devons rien croire au-delà de ce que nous croyons.

Voilà la distinction d'Athènes & de Jérusalem, de l'académie & de l'Eglise, bien déterminée. Ici l'on raisonne ; là on croit. Ici l'on étudie ; là on sait tout ce qu'il importe de savoir. Ici on ne reconnoît aucune autorité ; là il en est une infaillible. Le philosophe dit amicus Plato, amicus Aristoteles, sed magis amica veritas. J'aime Platon, j'aime Aristote, mais j'aime encore davantage la vérité. Le chrétien a bien plus de droit à cet axiome, car son Dieu est pour lui la vérité même.

Cependant ce qui devoit arriver arriva ; & il faut convenir 1°. que la simplicité du Christianisme ne tarda pas à se ressentir de la diversité des opinions philosophiques qui partageoient ses premiers sectateurs. Les Egyptiens conserverent le goût de l'allégorie ; les Pythagoriciens, les Platoniciens, les Stoïciens, renoncerent à leurs erreurs, mais non à leur maniere de présenter la vérité. Ils attaquerent tous la doctrine des Juifs & des Gentils, mais avec des armes qui leur étoient propres. Le mal n'étoit pas grand, mais il en annonçoit un autre. Les opinions philosophiques ne tarderent pas à s'entrelacer avec les dogmes chrétiens, & l'on vit tout-à-coup éclorre de ce mélange une multitude incroyable d'hérésies ; la plûpart sous un faux air de philosophie. On en a un exemple frappant, entr'autres dans celle des Valentiniens. Voyez l'article VALENTINIENS. De là cette haine des Peres contre la Philosophie, avec laquelle leurs successeurs ne se sont jamais bien reconciliés. Tout système leur fut également odieux, si l'on en excepte le Platonisme. Un auteur du seizieme siecle nous a exposé cette distinction, avec son motif & ses inconvéniens, beaucoup mieux que nous ne le pourrions faire. Voici comment il s'en exprime. La citation sera longue ; mais elle est pleine d'éloquence & de vérité. Plato humaniter & plusquam par erat, benigne à nostris susceptus, cum ethnicus esset, & hostium famosissimus antesignatus, & vanis tum Graecorum, tum exterarum gentium superstitionibus apprime imbutus, & mentis acumine & variorum dogmatum cognitione, & famosâ illâ ad Aegyptum navigatione. Ingenii sui, alioqui praeclarissimi vires adeo roboraverit, & patria eloquentia usque adeo disciplinas adauxit, ut sive de Deo, & de ipsius una quadam nescio quâ trinitate, bonitate, providentia, sive de mundi creatione, de coelestibus mentibus, de daemonibus, sive de anima, sive tandem de moribus sermonem habuerit solus é Graecorum numero ad sublimem sapientiae graecae metam pervenisse videretur. Hinc nostri prima mali labes. Hinc haeretici spargere voces ambiguas in vulgus ausi sunt ; hinc superstitionum, mendaciorum, & pravitatum omne genus in Ecclesiam Dei, agmine facto, caepit irruere. Hinc Ecclesiae parietibus, tectis, columnis ac postibus sanctis horrificum quoddam & nefarium omni imbutum odio atque scelere bellum, haeretici intulerunt : & quidem tanta fuit in captivo Platone sapientia, tantaque leporis eloquentiae dulcedo, ut parum abfuerit, quin de victoribus, triumpho ipse actus, triumpharet. Nam, ut à primis nostrorum patrum proceribus exordiar, si Clementem Alexandrinum inspicimus, quanti ille Platonem fecerit, plusquam sexcentis in locis, dum libet, videre licet, & tanquam veri amatorem à primofere suorum librorum limine salutavit. Si vero etiam Origenem, quam frequenter in ejusdem sententiam iverit, magno quidem sui & christianae reipublicae documento experimur. Si Justinum, gavisus ipse olim est, se in Platonis doctrinam incidisse. Si Eusebium, nostra ille ad Platonem cuncta fere ad satietatem usque retulit. Si Theodoretum, adeo illius doctrina perculsus est, ut cum Graecos affectus curasse tentasset, medicamenta non sine Platone praeparante, illis adhibere sit ausus. Si vero tandem Augustinum, dissimulem ne pro millibus unum quod referre piget. Platonis ille quidem, jam, non dicta, verum decreta, & eadem sacro-sancta apellare non dubitavit. Vide igitur quantos, qualesque viros victus ille graecus ad sui benevolentiam de se triumphantes pellexerit ; ut nec aliis deinde artibus ipsemet Plato in multorum animis sese veluti hostis deterrimus insinuaverit ; quem tamen vel egregie corrigi, vel adhibita potius cautione legi, quam veluti captivum servari praestitisset. Joan. Bapt. Crisp.

Je ne vois pas pourquoi le Platonisme a été reproché aux premiers disciples de Jesus-Christ, & pourquoi l'on s'est donné la peine de les en défendre. Y a-t-il eu aucun système de Philosophie qui ne contînt quelques vérités ? & les Chrétiens devoient-ils les rejetter parce qu'elles avoient été connues, avancées ou prouvées par des Payens ? Ce n'étoit pas l'avis de saint Justin, qui dit des Philosophes, quaecumque apud omnes recte dicta sunt, nostra Christianorum sunt, & qui retint des idées de Platon tout ce qu'il en put concilier avec la morale & les dogmes du Christianisme. Qu'importe en effet au dogme de la Trinité, qu'un métaphysicien, à force de subtiliser ses idées, ait ou non rencontré je ne sais quelle opinion qui lui soit analogue ? Qu'en conclure, sinon que ce mystere loin d'être impossible, comme l'impie le prétend, n'est pas tout-à-fait inaccessible à la raison.

2°. Qu'emportés par la chaleur de la dispute, nos premiers docteurs se sont quelquefois embarrassés dans des parallogismes, ont mal choisi leurs argumens, & montré peu d'exactitude dans leur logique.

3°. Qu'ils ont outré le mépris de la raison & des sciences naturelles.

4°. Qu'en suivant à la rigueur quelqu'un de leurs préceptes, la religion qui doit être le lien de la société, en deviendroit la destruction.

5°. Qu'il faut attribuer ces défauts aux circonstances des tems & aux passions des hommes, & non à la religion qui est divine, & qui montre par-tout ce caractere.

Après ces observations sur la doctrine des Peres en général, nous allons parcourir leurs sentimens particuliers, selon l'ordre dans lequel l'histoire de l'Eglise nous les présente.

Saint Justin fut un des premiers Philosophes qui embrasserent la doctrine évangélique. Il reçut au commencement du second siecle, & signa de son sang la foi qu'il avoit défendue par ses écrits. Il avoit d'abord été stoïcien, ensuite péripatéticien, pythagoricien, platonicien, lorsque la constance avec laquelle les Chrétiens alloient au martyre, lui fit soupçonner l'imposture des accusations dont on les noircissoit. Telle fut l'origine de sa conversion. Sa nouvelle façon de penser ne le rendit point intolérant ; au contraire, il ne balança pas de donner le nom de Chrétiens, & de sauver tous ceux qui avant & après Jésus-Christ, avoient su faire un bon usage de leurs raisons. Quicumque, dit-il, secundum rationem & verbum vixere, Christiani sunt, quamvis athei, id est, nullius numinis cultores habiti sunt, quales inter Graecos fuere Socrates, Heraclitus, & his similes, inter barbaros autem Abraham & Ananias & Azarias & Misael & Elias, & alii complures ; & celui qui nie la conséquence que nous venons de tirer de ce passage, & que nous pourrions inférer d'un grand nombre d'autres, est, selon Brucker, d'aussi mauvaise foi que s'il disputoit en plein midi contre la lumiere du jour.

Justin pensoit encore, & cette opinion lui étoit commune avec Platon & la plûpart des peres de son tems, que les Anges avoient habité avec les filles des hommes, & qu'ils avoient des corps propres à la génération.

D'où il s'ensuit que quelques éloges qu'on puisse donner d'ailleurs à la piété & à l'érudition de Bullus, de Baltus & de le Nourri, ils nuisent plus à la religion qu'ils ne la servent, par l'importance qu'ils semblent attacher aux choses, lorsqu'on les voit occupés à obscurcir des questions fort claires. Saint Justin étoit homme, & s'il s'est trompé en quelques points, pourquoi n'en pas convenir ?

Tatien syrien d'origine, gentil de religion, sophiste de profession, fut disciple de saint Justin. Il partagea avec son maître la haine & les persécutions du cynique Crescence. Entraîné par la chaleur de son imagination, Tatien se fit un christianisme mêlé de philosophie orientale & égyptienne. Ce mélange malheureux souilla un peu l'apologie qu'il écrivit pour la vérité du Christianisme, apologie d'ailleurs pleine de vérité, de force & de sens. Celui-ci fut l'auteur de l'hérésie des Encratites. Voyez cet article. Cet exemple ne sera pas le seul d'hommes transfuges de la Philosophie que l'Eglise reçut d'abord dans son giron, & qu'elle fut ensuite obligée d'en rejetter comme hérétiques.

Sans entrer dans le détail de ses opinions, on voit qu'il étoit dans le système des émanations ; qu'il croyoit que l'ame meurt & ressuscite avec le corps ; que ce n'étoit point une substance simple, mais composée de parties ; que ce n'étoit point par la raison, qui lui étoit commune avec la bête, que l'homme en étoit distingué, mais par l'image & la ressemblance de Dieu qui lui avoit été imprimée ; que si le corps n'est pas un temple que Dieu daigne habiter, l'homme ne differe de la bête que par la parole ; que les démons ont trouvé le secret de se faire auteurs de nos maladies, en s'emparant quelquefois de nous quand elles commencent ; que c'est par le péché que l'homme a perdu la tendance qu'il avoit à Dieu, tendance qu'il doit travailler sans-cesse à recouvrer, &c.

Théophile d'Antioche eut occasion de parcourir les livres des Chrétiens chez son savant ami Antolique, & se convertit ; mais cette faveur du ciel ne le débarrassa pas entiérement de son platonisme. Il appelle le Verbe , & ce mot joue dans ses opinions le même rôle que dans Platon. Du-moins le savant Petau s'y est-il trompé.

Athenagoras fut en même tems chrétien, platonicien & éclectique. On peut conjecturer ce qu'il entendoit par ce mot , qui a causé tant de querelles ; lorsqu'il dit : a principio Deus, qui est mens aeterna, ipse in se ipso habet, cum ab aeterno rationalis sit ; & ailleurs, Plato excelso animo mentem aeternam & sola ratione comprehendendum Deum est contemplatus ; de suprema potestate optime disseruit. Le Verbe ou est en Dieu de toute éternité, parce qu'il a raisonné de toute éternité. Platon homme d'un esprit élevé & profond, a bien connu la nature divine.

Celui-ci croyoit aussi au commerce des Anges avec les filles des hommes. Ces impudiques errent à présent autour du globe, & traversent autant qu'il est en eux, les desseins de Dieu. Ils entraînent les hommes à l'idolatrie, & ils avalent la fumée des victimes ; ils jettent pendant le sommeil dans nos esprits, des songes & des images qui les souillent, &c.

Après Athénagore, on rencontre dans les fastes de l'Eglise, les noms d'Hermias & d'Irenée. L'un s'appliqua à exposer avec soin les sentimens des Philosophes payens, & l'autre à en purger le Christianisme. Il seroit seulement à souhaiter qu'Irenée eût été aussi instruit qu'Hermias fut zèlé ; il eût travaillé avec plus de succès.

Nous voici arrivés au tems de Tertullien, ce bouillant Africain qui a plus d'idée que de mots, & qui seroit peut-être à la tête de tous les docteurs du Christianisme, s'il eût pû concevoir la distinction des deux substances, & ne pas se faire un Dieu & une ame corporels. Ses expressions ne sont point équivoques. Quis negabit, dit-il, Deum corpus esse, etsi spiritus sit ?

Clément d'Alexandrie parut dans le second siecle. Il avoit été l'éleve de Pantaenus, philosophe stoïcien, avant que d'être chrétien. Si cependant on juge de sa philosophie, par les précautions qu'il exige avant que d'initier quelqu'un au Christianisme, on sera tenté de la croire un peu pythagorique ; & si l'on en juge par la diversité de ses opinions, fort éclectique. L'éclectisme ou cette philosophie qui consistoit à rechercher dans tous les systèmes ce qu'on y reconnoissoit de vérités, pour s'en composer un particulier, commençoit à se renouveller dans l'Eglise. Voyez l'article ECLECTIQUE.

L'histoire d'Origene, dont nous aurions maintenant à parler, fourniroit seule un volume considérable ; mais nous nous en tiendrons à notre objet, en exposant les principaux axiomes de sa Philosophie.

Selon Origene, Dieu dont la puissance est limitée par les choses qui sont, n'a créé de matiere qu'autant qu'il en avoit à employer ; il n'en pouvoit ni créer ni employer davantage. Dieu est un corps seulement plus subtil. Toute la matiere tend à un état plus parfait. La substance de l'homme, des Auges, de Dieu & des personnes divines est la même. Il y a trois hypostases en Dieu, & par ce mot il n'entend point des personnes. Le fils differe du pere, & il y a entr'eux quelque inégalité. Il est le ministre de son pere dans la création. Il en est la premiere émanation. Les Anges, les esprits, les ames occupent dans l'univers un rang particulier, selon leur degré de bonté. Les Anges sont corporels ; les corps des mauvais anges sont plus grossiers. Chaque homme a un ange tutélaire, auquel il est confié au moment de sa naissance ou de son baptême. Les Anges sont occupés à conduire la matiere, chacun selon son mérite. L'homme en a un bon & un mauvais. Les ames ont été créées avant les corps. Les corps sont des prisons où elles ont été renfermées pour quelques fautes commises antérieurement. Chaque homme a deux ames ; c'étoient des esprits purs qui ont dégénéré avec l'intérêt que Dieu y prenoit. Outre le corps, les ames ont encore un véhicule plus subtil qui les enveloppe. Elles passent successivement dans différens corps. L'état d'ame est moyen entre celui d'esprit & de corps. Les ames les moins coupables sont allées animer les astres. Les astres, en qualité d'êtres animés, peuvent indiquer l'avenir. Tout étant en vicissitude, la damnation n'est point éternelle ; les ames peuvent se relever & retomber. Les fautes des ames s'expient par le feu. Il y a des régions basses où les ames des pécheurs subissent des châtimens proportionnés à leurs fautes. Elles en sortent libres de souillures, & capables d'atteindre aux demeures éternelles. Voici les différens degrés du bonheur de l'homme, perdre ses erreurs, connoître la vérité, être ange, s'assimiler à Dieu, s'y unir. L'homme en jouit successivement sur la terre, dans l'air, dans le paradis. Le cours de félicité se remplit dans un espace de siecles indéfinis ; après lequel Dieu étant tout en tout, & tout étant en Dieu, il n'y aura plus de mal dans l'univers, & le bonheur sera général & parfait. A ce monde il en succédera un autre ; à celui-ci un troisieme, & ainsi de suite, jusqu'à celui où Dieu sera tout en tout, & ce monde sera le dernier. La base de ce système, c'est que Dieu produit sans cesse, & qu'il en émane des mondes qui y retournent & y retourneront jusqu'à la consommation des siecles où il n'y aura plus que lui.

Les tems de l'Eglise qui suivent, virent naître Anatolius, qui ressuscita le Péripatétisme ; Arnobe, qui mélant l'Optimisme avec le Christianisme, disoit que nous prenant pour la mesure de tout, nous faisons à la nature qui est bonne, un crime de notre ignorance ; Lactance, qui prit en une telle haine toutes les sectes philosophiques, qu'il ne put souffrir que ni Socrate ni Platon eussent dit d'eux-mêmes quelque chose de bien, & qui affectant des connoissances de toutes sortes d'especes, tomba dans un grand nombre de puérilités qui défigurent ses ouvrages d'ailleurs très-précieux ; Eufebe, qui nous auroit laissé un ouvrage incomparable dans sa préparation évangélique, s'il eût été mieux instruit des principes de la Philosophie ancienne, & qu'il n'eût pas pris les dogmes absurdes des argumentateurs de son tems pour les vrais sentimens de ceux dont ils se disoient les disciples ; Didyme d'Alexandrie, qui sut très-bien séparer d'Aristote & de Platon ce qu'ils avoient de faux & de vrai, être philosophe & chrétien, croire avec jugement, & raisonner avec sobriété ; Chalcidius, dont le Christianisme est demeuré fort suspect jusqu'à ce jour ; Augustin, qui fut d'abord manichéen ; Synesius, dont les incertitudes sont peintes dans une lettre qu'il écrivit à son frere d'une maniere naïve qui charme. La voici : ego cum me ipsum considero, omnino inferiorem sentio quam ut episcopali fastigio respondeam. Plus je m'examine moi-meme, plus je me sens au-dessous du poids & de la dignité épiscopale ; ac sane apud te de animi mei motibus disputabo ; neque enim apud alium, quam amicissimum tuum unaque mecum educatum caput, commodius istud facere possum. Je ne balancerai point à vous dévoiler mes sentimens ; & à qui pourrois-je montrer plus volontiers le fond de mon coeur, qu'à mon frere, qu'à celui avec lequel j'ai été nourri, élevé, qu'à l'homme qui m'aime le mieux, & à qui je suis le plus cher ? Te enim aequum est & earumdem curarum esse participem, & cum noctu vigilare, tum interdiu cogitare, quemadmodum aut boni mihi aliquid contingat aut mali quidpiam evitare possim. Il faut qu'il partage tous mes soins ; s'il est possible qu'en veillant avec moi la nuit, en m'entretenant le jour, je me procure quelque bien, ou que j'évite quelque mal, il ne s'y refusera pas. Audi igitur quis sit mearum rerum status, quarum plerumque, jam, opinor, tibi fuerint cognitae. Vous connoissez déja une partie de ma situation, écoutez-moi, mon frere, & sachez le reste. Cum exiguum onus suscepissem, commode mihi hactenus sustinuisse videor, philosophiam. Jusqu'à présent je me suis contenté du rôle de philosophe ; il étoit facile, & je crois m'en être assez bien acquité. Mais on a mal jugé de ma capacité ; & parce qu'on m'a vû soutenir sans peine un fardeau leger, on a cru que j'en pourrois porter un plus pesant. Pro eo vero quod non omnino ab ea aberrare videor, à nonnullius laudatus, majoribus dignus ab iis existimor, qui animi facultatem habilitatemque dignoscere nequeant. Jugeons-nous nous-mêmes, & ne nous laissons point séduire par cet éloge. Craignons que de nouveaux honneurs ne nous rendent vains, & qu'un poste plus élevé ne m'ôte le peu de mérite que j'ai dans celui que j'occupe, s'il arrive qu'après avoir pour ainsi dire, méprisé l'un, l'on me reconnoisse indigne de l'autre. Vereor autem ne arrogantior redditus, cum honorem admittent, ab utroque excidam, postquam alterum quidem contempsero, alterius vero non fuerim dignitatem assecutus. Dieu, la loi, & la main sacrée de Théophile, m'ont attaché à une femme ; il ne me convient ni de m'en séparer, ni de vivre secrettement avec elle, comme un adultere. Mihi & Deus ipse & lex & sacra Theophili manus uxorem dedit, quare hoc omnibus praedico, & testor neque me ab ea prorsus sejungi velle, neque adulteri instar cum ea clanculum consuescere. Je partage mon tems en deux portions. J'étudie ou j'enseigne. En étudiant, je suis ce qu'il me plaît. En enseignant, c'est autre chose. Duobus hisce tempus identidem distinguo ludis, atque studiis. At cum in studiis occupor, tum mihi uni deditus sum ; in ludendo vero, maximè omnibus expositus. Il est difficile, il est impossible de chasser de son esprit des opinions qui y sont entrées par la voie de la raison, & que la force de la démonstration y retient. Et vous n'ignorez pas qu'en plusieurs points, la Philosophie ne s'accorde ni avec nos dogmes, ni avec nos decrets. Difficile est, vel fieri potius nullo pacto potest ut quae dogmata scientiarum ratione ad demonstrationem perducta in animum pervenerint, convellantur. Nosti autem Philosophiam cum plerisque ex pervulgatis usu decretis pugnare. Jamais, mon frere, je ne me persuaderai que l'origine de l'ame soit postérieure au corps ; je ne prendrai jamais sur moi de dire que ce monde & ses autres parties puissent passer en même tems. J'ai une façon de penser qui n'est point celle du vulgaire, & il y a dans cette doctrine usée & rebattue de la résurrection, je ne sais quoi de ténébreux & de sacré, que je ne saurois digérer. Une ame imbue de la Philosophie, un esprit accoutumé à la recherche de la vérité, ne s'expose pas sans répugnance à la nécessité de mentir. Etenim nunquam profecto mihi persuasero animum originis esse posteriorem corpore ; mundum caeterasque ejus partes unà interire nunquam dixero ; tritam illam ac decantatam resurrectionem sacrum quidpiam atque arcanum arbitror, longeque absum à vulgi opinionibus comprobandis. Animus certè quidem Philosophia imbutus ac veritatis inspector mentiendi necessitati non nihil remittit. Il en est de la vérité comme de la lumiere. Il faut que la lumiere soit proportionnée à la force de l'organe, si l'on ne veut pas qu'il en soit blessé. Les ténebres conviennent aux ophtalmiques, & le mensonge aux peuples ; & la vérité nuit à ceux dont l'esprit ou inactif ou hébété ne peut ou n'est pas accoutumé à approfondir. Lux enim veritati, oculus vulgo proportione quadam respondent. Et oculus ipse non sine damno suo immodica luce perfruitur. Ac uti ophtalmicis caligo magis expedit, eodem modo mendacium vulgo prodesse arbitror, contra nocere veritatem iis qui in rerum perspicuitatem intendere mentis aciem nequeunt. Cependant voyez ; je ne refuse pas d'être évêque, s'il m'est permis d'allier les fonctions de cet état avec mon caractere & ma franchise, philosophant dans mon cabinet, répetant des fables en public, n'enseignant rien de nouveau, ne desabusant sur rien, & laissant les hommes dans leurs préjugés à-peu-près comme ils me viendront ; mais le croyez-vous ? Haec si mihi episcopalis nostri muneris jussa concesserint, subire hanc dignitatem possint, ita ut domi quidem philosopher, foris vero fabulas texam, ut nihil penitùs docens, sic nihil etiam dedocens atque in praesumptâ animi opinione sistens. Sans cela, s'il faut qu'un évêque soit populaire dans ses opinions, je me décélerai sur le champ. On me conférera l'épiscopat si l'on veut ; mais je ne veux pas mentir. J'en atteste Dieu & les hommes. Dieu & la vérité se touchent. Je ne veux point me rendre coupable d'un crime à ses yeux. Non, mon frere, non, je ne puis dissimuler mes sentimens. Jamais ma bouche ne proférera le contraire de ma pensée. Mon coeur est sur le bord de mes levres. C'est en pensant comme je fais, c'est en ne disant rien que je ne pense, que j'espere de plaire à Dieu. Si dixerint episcopum opinionibus popularem esse, ego me illico omnibus manifestum praebebo. Si ad episcopale munus vocer, nolo ementiri dogmata. Horum Deum, horum homines testes facio. Affinis est Deo veritas, apud quem criminis expers omnis cupio. Dogmata porro mea nunquam obtegam, neque mihi ab animo lingua dissidebit. Ita sentiens, itaque loquens placere me Deo arbitror. Voyez les ouvrages de Synésius dans la Collect. des Peres de l'Eglise.

Cette protestation ne l'empêcha point d'être consacré évêque de Ptolomaïs. Il est incroyable que Théophile n'ait point balancé à élever à cette dignité un philosophe infecté de Platonisme, & s'en faisant honneur. On eut égard, dit Photius, à la sainteté de ses moeurs, & l'on espéra de Dieu qu'il l'éclaireroit un jour sur la résurrection & sur les autres dogmes que ce philosophe rejettoit.

Denis l'Aréopagite, Claudien Mamert, Boëce, Aeneas Gazaeus, Zacharie le Scholastique, Philopon & Nemesius, ferment cette ere de la Philosophie chrétienne que nous allons suivre, dans l'Orient, dans la Grece & dans l'Occident, en exposant les révolutions depuis le septieme siecle jusqu'au douzieme.

Cette philosophie des émanations, cette chaîne d'esprits qui descendoit & qui s'élevoit, toutes ces visions platonico-origénico-alexandrines qui promettoient à l'homme un commerce plus ou moins intime avec Dieu, étoient très-propres à entretenir l'oisiveté pieuse de ces contemplateurs inutiles qui remplissoient les forêts, les monasteres & les solitudes ; aussi fit-elle fortune parmi eux. Le Péripatéticisme au contraire, dont la dialectique subtile fournissoit des armes aux hérétiques, s'accréditoit d'un autre côté. Il y en eut qui, jaloux d'un double avantage, tâcherent de concilier Aristote avec Platon ; mais celui-ci perdit de jour en jour ; Aristote gagna, & la philosophie alexandrine étoit presque oubliée, lorsque Jean Damascene parut. Il professa dans le monde le Péripatétisme qu'il ne quitta point dans son monastere. Il fut le premier qui commença à introduire l'ordre didactique dans la Théologie. Les scholastiques pourroient le regarder comme leur fondateur. Damascene fit-il bien d'associer Aristote à Jesus-Christ, & l'Eglise lui a-t-elle une grande obligation d'avoir habillé ses dogmes à la mode scholastique ? c'est ce que je laisse discuter à de plus habiles.

Les ténebres de la barbarie se répandirent en Grece au commencement du huitieme siecle. Dans le neuvieme la Philosophie y avoit subi le sort des Lettres qui y étoient dans le dernier oubli. Ce fut la suite de l'ignorance des empereurs, & des incursions des Arabes. Le jour ne reparut, mais foible, que vers le milieu du neuvieme ; sous le regne de Michel & de Bardas. Celui-ci établit des écoles, & stipendia des maîtres. Les connoissances s'étendirent un peu sous Constantin Porphyrogenete. Psillus l'ancien & Léon Allatius son disciple lutterent contre les progrès de l'ignorance, mais avec peu de succès. L'honneur de relever les Lettres & la Philosophie étoit réservé à ce Photius qui deux fois nommé patriarche, & deux fois déposé, mit toute l'Eglise d'orient en combustion. Cet homme nous a conservé dans sa bibliotheque des notices d'un grand nombre d'ouvrages qui n'existent plus. Il fit aussi l'éducation de l'empereur Léon, qu'on a surnommé le sage, & qui a passé pour un des hommes les plus instruits de son tems. On trouve sous le regne de Léon, dans la liste des restaurateurs de la Science, les noms de Nicetas David, de Michel Ephesius, de Magentinus, d'Eustratius, de Michel Anchialus, de Nicephore Blemmides, qui furent suivis de Georgius de Pachemere, de Théodore Méthochile, de Georgius de Chypre, de Georgius Lapitha, de Michel Psellius le jeune, & de quelques autres travaillans successivement à ressusciter les Lettres, la Poésie & la Philosophie aristotélique & péripatéticienne jusqu'à la prise de Constantinople, tems où les connoissances abandonnerent l'Orient, & vinrent chercher le repos en Occident, où nous allons examiner l'état de la Philosophie depuis le septieme siecle jusqu'au douzieme.

Nous avons vû les Sciences, les Lettres & la Philosophie décliner parmi les premiers Chrétiens, & s'éteindre pour ainsi dire à Boëce. La haine que Justinien portoit aux Philosophes ; la pente des esprits à l'esclavage, les miseres publiques, les incursions des Barbares, la division de l'Empire romain, l'oubli de la langue greque, même par les propres habitans de la Grece, mais sur-tout la haine que la superstition s'efforçoit à susciter contre la Philosophie, la naissance des Astrologues, des Genethliaques & de la foule des fourbes de cette espece, qui ne pouvoient espérer d'en imposer qu'à la faveur de l'ignorance, consommerent l'ouvrage ; les livres moraux de Grégoire devinrent le seul livre qu'on eût.

Cependant il y avoit encore des hommes ; & quand n'y en a-t-il plus ? mais les obstacles étoient trop difficiles à surmonter. On compte parmi ceux qui chercherent à secouer le joug de la barbarie, Capella, Cassiodore, Macrobe, Firmicus Maternus, Chalcidius, Augustin ; au commencement du septieme siecle, Isidore d'Hispale, les moines de l'ordre de S. Benoît, sur la fin de ce siecle Aldhelme, au milieu du huitieme Beda, Acca, Egbert, Alcuin, & notre Charlemagne auquel ni les tems antérieurs, ni les tems postérieurs n'auroient peut-être aucun homme à comparer, si la Providence eût placé à côté de lui des personnages dignes de cultiver les talens qu'elle lui avoit accordés. Il tendit la main à la science abattue, & la releva. On vit renaître par ses encouragemens les connoissances profanes & sacrées, les Sciences, les Arts, les Lettres & la Philosophie. Il arrachoit cette partie du monde à la barbarie, en la conquérant ; mais la superstition renversoit d'un côté ce que le prince édifioit d'un autre. Cependant les écoles qu'il forma subsisterent, & c'est de-là qu'est sortie la lumiere qui nous éclaire aujourd'hui. Qui est-ce qui écrira dignement la vie de Charlemagne ? Qui est-ce qui consacrera à l'immortalité le nom d'Alfred, à qui la Science a les mêmes obligations en Angleterre, qu'à Charlemagne en France ?

Nous n'oublierons pas ici Rabanus Maurus, qui naquit dans le huitieme siecle, & qui se fit distinguer dans le neuvieme ; Strabon, Scot, Eginhart, Ansegisus, Adelhard, Hincmar, Paule-Wenfride, Lupus-Servatus, Herric, Angilbert, Agobard, Clément, Wandalbert, Reginon, Grimbeld, Ruthard, & d'autres qui repousserent la barbarie, mais qui ne la dissiperent point. On sait quelle fut encore l'ignorance du dixieme siecle. C'étoit envain que les Ottons d'un côté, les rois de France d'un autre, les rois d'Angleterre & différens princes offroient des asyles & des secours à la Science, l'ignorance duroit. Ah, si ceux qui gouvernent, parcouroient des yeux l'histoire de ces tems, ils verroient tous les maux qui accompagnent la stupidité ; & combien il est difficile de reproduire la lumiere, lorsqu'une fois elle s'est éteinte ! Il ne faut qu'un homme & moins d'un siecle pour hébêter une nation ; il faut une multitude d'hommes & le travail de plusieurs siecles pour la ranimer.

Les écoles d'Oxford produisirent en Angleterre Bridferth, Dunstan, Alfred de Malmesburi ; celles de France, Remy, Constantin Abbon ; on vit en Allemagne Notkere, Ratbode, Nannon, Bruno, Baldric, Israel, Ratgerius, &c.... mais aucun ne se distingua plus que notre Gerbert, souverain pontife sous le nom de Sylvestre second, & notre Odon ; cependant le onzieme siecle ne fut pas fort instruit. Si Guidon Arétin composa la gamme, un moine s'avisa de composer le droit pontifical, & prépara bien du mal aux siecles suivans. Les princes occupés d'affaires politiques, cesserent de favoriser les progrès de la Science, & l'on ne rencontre dans ces tems que les noms de Fulbert, de Berenger & de Lanfranc, & des Anselmes ses disciples, qui eurent pour contemporains ou pour successeurs Léon neuf, Maurice, Franco, Willeram, Lambert, Gerard, Wilhelme, Pierre Damien, Herman Contracte, Hildebert, & quelques autres, tels que Roscelin.

La plûpart de ces hommes, nés avec un esprit très-subtil, perdirent leur tems à des questions de dialectique & de théologie scholastique ; & la seule obligation qu'on leur ait, c'est d'avoir disposé les hommes à quelque chose de mieux.

On voit les frivolités du Péripatétisme occuper toutes les têtes au commencement du douzieme siecle. Que font Constantinus Afer, Daniel Morlay, Robert, Adelard, Oton de Frisingue, &c. ils traduisent Aristote, ils disputent, ils s'anathématisent, ils se détestent, & ils arrêtent plutôt la Philosophie qu'ils ne l'avancent. Voyez dans Gerson & dans Thomasius l'histoire & les dogmes d'Alméric. Celui-ci eut pour disciple David de Dinant. David prétendit avec son maître, que tout étoit Dieu, & que Dieu étoit tout ; qu'il n'y avoit aucune différence entre le créateur & la créature ; que les idées créent & sont créées ; que Dieu étoit la fin de tout, en ce que tout en étoit émané, & y retournoit, &c. Ces opinions furent condamnées dans un concile tenu à Paris, & les livres de David de Dinant brûlés.

Ce fut alors qu'on proscrivit la doctrine d'Aristote ; mais tel est le caractere de l'esprit humain, qu'il se porte avec fureur aux choses qu'on lui défend. La proscription de l'Aristotélisme fut la date de ses progrès, & les choses en vinrent au point qu'il y eut plus encore de danger à n'être pas péripatéticien qu'il y en avoit eu à l'être. L'Aristotélisme s'étendit peu-à-peu, & ce fut la philosophie régnante pendant le treizieme & le quatorzieme siecles entiers. Elle prit alors le nom de scholastique. Voyez SCHOLASTIQUE philosophie. C'est à ce moment qu'il faut aussi rapporter l'origine du droit canonique, dont les premiers fondemens avoient été jettés dans le cours du douzieme siecle. Du droit canonique, de la théologie scholastique & de la philosophie, mêlés ensemble, il naquit une espece de monstre qui subsiste encore, & qui n'expirera pas si-tôt.

JESUS-CHRIST, ordre militaire de Portugal. Voyez CHRIST.

JESUS-CHRIST, nom d'un ordre de chevalerie, institué à Avignon par le pape Jean XXII. en 1320. Les chevaliers de cet ordre portoient une croix d'or pleine, émaillée de rouge, enfermée dans une autre croix patée d'or de même façon, mais d'émaux différens que celle de Christ en Portugal. Voy. CHRIST. Favin, théat. d'honn. & de chevalerie.

JESUS ET MARIE, ordre de chevalerie connu à Rome sous le nom de Jesus & Marie du tems du pape Paul V. qui à ce qu'on croit en forma le projet. Par les lois de cet ordre, que l'on a encore, il est ordonné que chacun des chevaliers porteroit un habit blanc dans les solemnités, & qu'il entretiendroit un cheval & un homme armé contre les ennemis de l'état ecclésiastique. Les chevaliers portoient une croix bleu-céleste, dans laquelle étoient écrits les noms de Jesus & Marie. Le grand-maître étoit pris d'entre trois chevaliers que le pape proposoit au chapitre, comme digne d'être revêtus de cette charge, & capables d'en remplir les fonctions. Ceux qui demandoient d'entrer dans l'ordre sans faire preuve de leur noblesse, étoient obligés de fonder une commanderie de deux cent écus de rente pour le moins, dont ils jouissoient eux-mêmes pendant leur vie, & qui à leur mort demeuroit à l'ordre. Bonami, catalog. ordin. equestr.


JETS. m. (Gramm.) il se dit, 1°. du mouvement d'un corps lancé avec le bras, ou avec un instrument ; le jet de la pierre avec la fronde est plus violent qu'avec le bras : 2°. de l'espace qu'il mesure ; à deux jets de pierre : 3°. de la poussée d'une branche : 4°. des essains d'abeilles : 5°. des eaux jaillissantes : 6°. du calcul par les jettons : 7°. en fauconnerie, en pêche, en fonderie, en peinture, en marine, en artifice, en plusieurs autres arts, voyez les articles suivans.

JET des bombes, (Artillerie) est le nom qu'on donne à la partie des Mathématiques qui traite du mouvement des bombes, de la ligne qu'elles décrivent dans l'air, de la maniere dont il faut disposer le mortier pour qu'elles aillent tomber à une distance donnée, &c. Voyez les articles BALISTIQUE & PROJECTILE, où sont expliquées les lois du mouvement des bombes, ou plutôt en général de tout corps pesant lancé avec une vîtesse & une direction donnée. Voyez aussi JET, Art milit. (O)

JET d'eau, (Hydraulique) est une lance ou lame d'eau qui s'éleve en l'air par un seul ajutage qui en détermine la grosseur. Les jets croisés en forme de berceaux, sont appellés jets dardans, & les droits perpendiculaires. Il y a encore des gerbes, des bouillons. Consultez ces articles à leur lettre. (K)

Mariotte démontre qu'un jet d'eau ne peut jamais monter aussi haut qu'est l'eau dans son réservoir. En effet, l'eau qui sort d'un ajutage devroit monter naturellement à la hauteur de son réservoir, si la résistance de l'air & les frottemens des tuyaux ne l'en empêchoient. Voyez l'article FLUIDE. Mais cette résistance & ces frottemens font que l'eau perd nécessairement une partie de son mouvement, & par conséquent ne remonte pas aussi haut. Ce même auteur a aussi fait voir que lorsqu'un grand jet se distribue en un grand nombre d'autres plus petits, le quarré du diametre du principal ajutage doit être proportionnel à la somme de toutes les dépenses de ses branches ; & que si le réservoir a cinquante-deux piés de haut, & l'ajutage six lignes de diametre, celui du conduit doit être de trois pouces. Les différentes regles pour les jets d'eau se trouvent renfermées dans un ouvrage exprès de M. Mariotte, imprimé dans le recueil de ses oeuvres. Chambers. (O)

JET se dit, dans l'Art militaire, des armes propres à lancer des corps avec force pour offenser l'ennemi de loin. Chez les anciens, la fronde, l'arc, la baliste, la catapulte, &c. étoient des armes de jet. Dans l'usage présent, les canons, les mortiers, les fusils, &c. sont les armes de jet qui ont été substituées aux anciennes.

Jet se dit particulierement de la bombe jettée ou lancée par le moyen du mortier. On appelle le jet des bombes, l'art ou la science de les tirer avec méthode pour les faire tomber sur des lieux déterminés. Cette science fait la principale partie de la balistique, qui traite du mouvement des corps pesans jettés ou lancés en l'air suivant une ligne de direction oblique ou parallele à l'horison. Voyez BALISTIQUE ou PROJECTILE.

On a vû au mot BOMBE quelle est à peu-près l'époque de l'invention de cette machine. Les premiers qui ont fait usage des bombes, les tiroient avec très-peu de méthode.

Ils avoient observé que le mortier, plus ou moins incliné à l'horison, portoit la bombe à des distances inégales ; qu'en éloignant la direction du mortier de la verticale, la bombe alloit tomber d'autant plus loin que l'angle formé par la verticale & la direction du mortier approchoit de 45 degrés ; & que lorsqu'il surpassoit cette valeur, les distances où la bombe étoit portée, alloient en diminuant ; ce qui leur avoit fait conclure que la plus grande portée de la bombe étoit sous l'angle de 45 degrés. Muni de cette connoissance que la théorie a depuis confirmée, lorsqu'il s'agissoit de jetter des bombes, on commençoit à s'assûrer, par quelques épreuves, de la portée sous l'angle de 45 degrés ; & lorsqu'on vouloit jetter les bombes à une distance moins grande, on faisoit faire au mortier un angle avec la verticale plus grand ou plus petit que 45 degrés. Cet angle se prenoit au hasard ; mais après avoir tiré quelques bombes, on parvenoit à trouver à peu-près la direction ou l'inclinaison qu'il falloit donner au mortier pour faire tomber les bombes sur les lieux proposés.

Telle étoit à-peu-près la science des premiers bombardiers ; elle leur servoit presque autant que si elle avoit été plus exacte, parce que la variation de l'action de la poudre, la difficulté de faire tenir fixement & solidement le mortier dans la position qu'on veut lui donner, sont des causes qui dérangent presque toûjours les effets déterminés par la théorie.

Les premiers auteurs qui ont écrit sur l'Artillerie, comme Tartaglia de Bresce, Diego Uffano, &c.... croyoient que la bombe, ainsi que le boulet, avoit trois mouvemens particuliers ; savoir, le violent ou le droit, le mixte ou le courbe, & le naturel ou perpendiculaire.

Le mouvement étoit droit, selon ces auteurs, tant que l'impulsion de la poudre l'emportoit considérablement sur la pesanteur de la bombe : aussi-tôt que cette impulsion venoit à être balancée par la pesanteur, la ligne du mouvement du mobile devenoit courbe ; elle redevenoit naturelle ou perpendiculaire, lorsque la pesanteur l'emportoit sur la force de l'impulsion de la poudre.

C'est à Galilée, mathématicien du grand duc de Florence, qu'on doit les premieres idées exactes sur ce sujet. Il considéra la bombe comme se mouvant dans un milieu non résistant ; & en supposant que la pesanteur fait tendre les corps au centre de la terre, il trouva, comme nous allons bien-tôt le faire voir, que la courbe décrite par la bombe est une parabole. Voyez PARABOLE.

Si l'on suppose qu'un corps soit poussé par une force quelconque dans une direction oblique ou parallele à l'horisontale, elle sera celle de projection de ce corps, c'est-à-dire, la ligne dans laquelle il tend à se mouvoir ; son mouvement le long de cette ligne sera appellé mouvement de projection.

Par le mouvement de projection, le corps ou le mobile avance uniformément dans la même direction (en supposant qu'il soit sans pesanteur, & que le milieu dans lequel il se meut ne résiste point), il parcourt des espaces égaux dans des tems égaux ; mais si l'on considere que la pesanteur qui agit toujours sur lui, l'approche continuellement du centre de la terre lorsqu'il se meut librement, on verra bien-tôt que son mouvement sera composé de celui de projection, & de celui que lui imprime sa tendance au centre de la terre ; qu'ainsi il doit s'écarter de la direction qui lui a d'abord été donnée.

Si le mouvement de pesanteur étoit uniforme comme celui de projection, le corps se mouvroit dans une ligne droite qui seroit la diagonale d'un parallélograme dont les deux côtés seroient entr'eux comme le mouvement de projection est à celui de la pesanteur.

Mais comme la pesanteur fait parcourir au corps des espaces inégaux dans des tems égaux, la ligne qui résulte du concours de ces deux mouvemens doit être une ligne courbe.

Pour trouver cette ligne, il faut diviser celle de projection en plusieurs parties égales ; ces parties étant parcourues dans des tems égaux, peuvent exprimer le tems de la durée du mouvement du corps : & comme les espaces que la pesanteur fait parcourir au mobile sont comme les quarrés des tems, ces espaces sont donc entr'eux comme les quarrés des parties de la ligne de projection.

Ainsi A 6 (Planc. VIII. fig. 2. de l'Art milit.) étant la ligne de projection de la bombe qui tombe en B sur le plan horisontal A B, on divisera cette ligne en plusieurs parties égales, par exemple en 6, abaissant des perpendiculaires de tous les points de division de A 6 sur A B, l'espace 6 B parcouru par la pesanteur, sera à celui qu'elle fera parcourir au mobile dans le tems exprimé par A 1, comme 36 est à 1. C'est pourquoi on prendra D I de la 36e. partie de 6 B ; par la même raison 2 E sera les 4/36 de 6 B, 3 F les 9/36, 4 G les 16/36, & 5 H les 25/36 ; faisant ensuite passer une courbe par les points D, E, F, G, H, B, elle sera celle que la bombe ou le mobile aura décrite pendant la durée de son mouvement.

Si par le point A on mene A b égale & parallele à 6 B, & que par les points D, E, F, G, H, B, on tire des paralleles à A 6, les parties de la ligne A b, A d, A e, &c. seront égales aux espaces que la pesanteur aura fait parcourir à la bombe ; elles seront les abscisses de la courbe A D E F G H B, & les ordonnées D d, E e, F f, seront égales aux divisions correspondantes de A 6. D'où il suit que les quarrés des ordonnées de cette courbe sont entr'eux comme les abscisses. Mais cette propriété appartient à la parabole : donc la courbe décrite par la bombe est une parabole.

Si le milieu dans lequel la bombe ou le mobile se meut est résistant, la courbe qu'il décrit n'est plus une parabole. Pour la déterminer, il faudroit savoir quelle est la loi suivant laquelle l'air résiste au mouvement. En supposant que cette résistance soit proportionnelle aux quarrés des vîtesses, comme on le croit communément, M. Newton a démontré que la courbe décrite par le mobile est une espece d'hyperbole dont le sommet ne répond point au milieu de la ligne tirée du mortier au lieu où tombe la bombe ; la perpendiculaire abaissée de ce point sur cette ligne, la couperoit en deux parties inégales, dont la plus grande est celle du côté du mortier. Comme plusieurs expériences ont fait voir que la résistance de l'air n'opere pas assez sensiblement sur le mouvement des bombes, pour causer des erreurs sensibles dans les calculs où l'on en fait abstraction ; nous supposerons, comme on le fait ordinairement, qu'elles se meuvent dans un milieu non résistant.

Les lignes de projection des bombes jettées parallelement ou obliquement à l'horison, sont autant de tangentes à la courbe qu'elles décrivent ; car comme la pesanteur agit toujours sur les corps qui se meuvent librement, elle doit les détacher d'abord de la ligne de projection ; par conséquent cette ligne ne doit toucher celle qu'ils décrivent que dans un point.

On sait que les bombes se tirent avec des especes de canons courts appellés mortiers. Voyez MORTIER. La poudre dont le mortier est chargé est la force qu'on emploie pour chasser la bombe. Comme il y auroit beaucoup de difficultés à calculer les différentes impressions que les bombes peuvent recevoir des différentes quantités de poudre dont on peut charger le mortier, on a trouvé le moyen de les éluder, en supposant que la force dont la poudre est capable, est acquise par la chûte de la bombe d'une hauteur verticale quelconque. Plus cette hauteur sera grande, & plus la force ou la vîtesse acquise pendant la durée de la chûte, le sera aussi. C'est pourquoi il n'y a point de charge de poudre dont la force ne puisse se considérer comme étant produite par une chûte verticale relative à la quantité de poudre de cette charge.

En supposant que les bombes décrivent des paraboles, on peut des différentes propriétés de ces courbes tirer les regles générales & particulieres du jet des bombes ; mais comme on peut aussi les déduire du mouvement des corps pesans, nous allons en donner un précis, en ne supposant que la connoissance de la théorie de ce mouvement.

Pour exprimer la vîtesse avec laquelle la bombe est poussée suivant les différentes directions qu'on peut lui donner, nous supposerons qu'elle a acquis cette vîtesse en tombant d'une hauteur déterminée B A (Fig. 1. Planc. VIII. de l'Art milit. n°. 2.)

Il est démontré que si un corps pesant qui a acquis une vîtesse en tombant d'une hauteur déterminée B A, est poussé de bas en haut avec cette vîtesse, qu'il remontera à la même hauteur d'un mouvement retardé, dans le même tems que celui de la durée de sa chûte le long de cette hauteur. Voyez MOUVEMENT DES CORPS PESANS.

Si l'on suppose qu'il se meuve d'un mouvement uniforme pendant le même tems, avec la vîtesse acquise en tombant de B en A, il parcourra un espace double de A B, c'est-à-dire A C : dans le tems qu'il employeroit à tomber d'un mouvement accéléré de B en A, & à remonter de A en B d'un mouvement retardé, il parcourra d'un mouvement uniforme A E quadruple de A B.

Si le corps pesant est poussé suivant une ligne de direction quelconque A F, (fig. 1, 2 & 3. Planc. VIII. n°. 2.) avec la vîtesse acquise par sa pesanteur en tombant librement de B en A, pour avoir la distance où ce corps ira tomber, soit sur un plan horisontal A X, ou incliné au-dessus de l'horison A Y, ou au-dessous A Z ; il faut sur A E, quadruple de A B, décrire un arc tangent au plan, qui coupera la ligne de projection en F ou f ; si l'on abaisse de ce point la verticale F f G, le point G où elle rencontrera les plans A X, A Y & A Z, sera celui où le corps ira tomber.

Pour le démontrer, tirez la corde E F. On aura les deux triangles semblables E A F, F A G ; car les angles E A F, A F G sont égaux étant alternes : de plus, l'angle F E A qui a pour mesure la moitié de l'arc F f A, est égal à F A G qui étant formé de la tangente A G & de la corde F A, a pour mesure la moitié du même arc F f A : donc les deux triangles A E F & F A G sont semblables. C'est pourquoi l'on a E A. A F : : A F. F G. Mais dans la proportion continue le premier terme est au dernier comme le quarré du premier est au quarré du second. Donc E A. F G : : . . Et E A. F G : : E A. A F. Les deux premiers termes de cette derniere proportion expriment les vitesses que le mobile acquiert en tombant librement de E en A, & de F en G ; car les vîtesses peuvent être exprimées par les racines quarrées des espaces que la pesanteur fait parcourir au mobile. Il suit de-là que les espaces E A & A F étant entr'eux comme les vîtesses précédentes, sont parcourus uniformément dans le même tems. Ainsi ils peuvent exprimer ces vîtesses, mais les espaces parcourus par la pesanteur sont entr'eux comme les quarrés des vîtesses. Donc, puisque E A & F G sont entr'eux comme les quarrés de E A & de A F, ces lignes sont celles que la pesanteur fait parcourir à la bombe ou au mobile dans le tems qu'il décriroit E A & A F uniformément, c'est-à-dire dans un tems double de celui qu'il employeroit à tomber de B en A, d'un mouvement accéléré, ou ce qui est la même chose, dans celui qu'il employeroit à monter de A en B, & à descendre de B en A.

Il est évident que cette dénomination s'applique également aux figures 1, 2 & 3 (Planc. VIII. n°. 2.) à la ligne de projection A f des mêmes figures, & à toutes les autres qu'on peut tirer de A aux différens points de l'arc A f F E ; que si le plan est horisontal comme A X (fig. 1.), l'arc A f F E est une demi-circonférence dont A E est le diametre ; mais que si le plan est élevé sur l'horison comme A Y (fig. 2.) l'arc précédent est plus petit que la demi-circonférence, & qu'il est plus grand quand le plan est abaissé sous l'horison, comme A Z (fig. 3.)

Pour décrire ces arcs dans ces deux derniers cas, il faut élever du point A sur A Y & A Z, la perpendiculaire indéfinie A N (fig. 2. & 3.) ; puis du point C milieu de A E, élever sur cette ligne une autre perpendiculaire C L, qui étant prolongée jusqu'à la rencontre de A N, la coupera dans le point O qui sera le centre de l'arc. C'est pourquoi, si de ce point pris pour centre, & de l'intervalle O A ou O E on décrit l'arc A f F N terminée en N (fig. 3.) par sa rencontre avec A N (fig. 3.) & prolongée jusqu'en E (fig. 4.) on aura l'arc demandé.

La distance A G à laquelle la bombe va tomber du mortier, se nomme la ligne du but, ou l'amplitude de la parabole ; A E quadruple de A B, la force du jet ; & F G ou f G, la ligne de chûte.

Comme il n'est point d'usage de tirer les bombes parallelement à l'horison, nous n'entrerons point dans le détail des circonstances particulieres de ce jet ; nous donnerons seulement la maniere de déterminer la hauteur le long de laquelle la bombe doit tomber pour acquérir la vîtesse nécessaire pour décrire la ligne de projection qui dans ce cas est égale à celle de but, pendant que la pesanteur lui fait décrire la ligne de chûte.

Si l'on suppose que du point B (fig. 11.), élevé sur l'horisontal A X de la quantité B A, on ait tiré une bombe avec une charge de poudre déterminée, & que la bombe ait été tomber en G sur A X, pour trouver la hauteur de laquelle elle auroit dû tomber pour acquérir la force ou la vîtesse que lui imprime la charge de poudre du mortier pour décrire la ligne de projection B F d'un mouvement uniforme, pendant que la pesanteur lui fera décrire B A ou F G d'un mouvement accéléré, il faut mener B F parallele à A X, terminée en F par sa rencontre avec G F perpendiculaire à A X. On coupera B F en deux également en D, & l'on tirera A D, sur laquelle on élevera la perpendiculaire D E, qui sera terminée en E par sa rencontre avec le prolongement de A B ; l'on aura E B pour la hauteur demandée.

La bombe en tombant de B en A acquiert une vîtesse capable de lui faire décrire cette même ligne d'un mouvement uniforme pendant la moitié du tems de la durée de sa chûte d'un mouvement accéléré ; elle doit donc décrire B D moitié de B F, dans le même tems ; comme A B & B D sont ainsi parcourus uniformément dans le même tems, ces deux lignes sont entr'elles comme les vîtesses qui les leur font parcourir. Mais à cause du triangle rectangle A D E, l'on a A B. B D : : B D. B E ; ce qui donne A B. B E : : A B. B D. Or la vîtesse par la chûte le long de A B est égale à la racine quarrée de A B ; donc la racine quarrée de E B exprime la vîtesse par B D : donc E B est la hauteur de laquelle la bombe doit tomber pour acquérir une vîtesse capable de pousser la bombe par le mouvement de projection de B en D, dans le tems de la moitié de la durée de la chûte accélérée de la bombe le long de B A. Or dans un tems double cette même vîtesse doit lui faire parcourir B F double de B D ; donc elle lui fera parcourir cet espace dans le tems que la pesanteur fera parcourir à la bombe la ligne B A ; donc, &c.

La force du jet, la ligne de projection, & la ligne de chûte sont en proportion continue, c'est-à-dire que (Planc. VIII. n°. 2. fig. 1, 2 & 3.) A E. A F : : A F. F G ; ce qui est évident, puisque les triangles semblables E A F, F A G donnent cette même proportion.

Il suit de-là que lorsqu'on connoît l'amplitude de la parabole, & l'angle de l'inclinaison du mortier, on peut trouver la force du jet. Car dans le triangle F G A on connoît A G par la supposition, ainsi que l'angle F A G. De plus l'angle A G F qui est droit fig. 1, & qui est égal à G A P, plus G P A, fig. 2, & au droit A P G moins P A G fig. 3. C'est pourquoi on viendra par la Trigonométrie à la connoissance de G F & de A F. Ces deux lignes étant connues, on trouvera A F, en cherchant une troisieme proportionnelle à G F & A F.

On voit par-là que si l'on tire une bombe avec une charge de poudre quelconque, qu'on observe l'angle d'inclinaison du mortier, & la distance où la bombe sera portée, on peut trouver la hauteur d'où elle auroit dû tomber pour acquérir une force qui agissant sur elle dans la direction du mortier, soit capable de produire le même effet que l'impulsion de la poudre dont il aura été chargé.

Si par les points f F (fig. 4.) on tire f d & F D perpendiculaire à A E, ces lignes seront égales à l'amplitude A G. Or comme tous les points de la demi-circonférence A F f E terminent les différentes lignes de projection selon lesquelles on peut tirer la bombe pour la faire tomber sur A X avec la charge de poudre exprimée par la force du jet A E, il s'ensuit que si de tous ces points on mene des perpendiculaires à A E, ou si l'on tire une infinité d'ordonnées à A E, elles exprimeront chacune la distance où la bombe ira tomber, tirée sous l'angle d'inclinaison formée par l'horisontale A X, & par les lignes de projection menées de A aux différens points ou aux ordonnées, rencontrant la demi-circonférence A f F E.

Il résulte de cette considération (Planc. VIII. n°. 2. fig. 1 & 4.), 1°. que le rayon C L étant la plus grande de ces ordonnées, exprime la plus grande distance A M où la bombe peut être chassée par la charge du mortier ; comme l'on a cette amplitude lorsque la ligne de projection est A L qui donne l'angle L A M de 45 degrés, puisque sa mesure est la moitié de l'arc A ff L de 90 degrés, il s'ensuit que pour avoir la plus grande distance où la bombe peut aller, il faut que l'angle de projection soit de 45 degrés.

2°. Que comme les ordonnées également distantes du rayon C L perpendiculaire sur A E sont égales, les inclinaisons A f, A F également au-dessus & au-dessous de 45 degrés, donnent des amplitudes égales.

Ainsi l'angle de projection étant de 30 degrés ou de 60, la bombe ira à la même distance, parce qu'ils different également de 45 degrés.

3°. Comme les ordonnées d f, d f, sont les sinus des arcs A f, A f, & que les angles f A G, f A G ont pour mesure la moitié de ces arcs, les portées A G, A G égales aux ordonnées d f, d f sont entr'elles comme les sinus des arcs A f, A f, ou ce qui est la même chose, comme les sinus des angles doubles de l'inclinaison du mortier.

Ainsi, lorsque l'angle d'inclinaison du mortier est de 15 degrés, l'arc A f est à 30 ; mais comme le sinus de cet arc est la moitié du rayon, la portée de la bombe tirée sous l'angle de 15 degrés, est la moitié de celle qu'on a sous l'angle de 45 degrés.

Si l'on veut connoître la plus grande hauteur à laquelle la bombe s'éleve sur l'horisontal A X (fig. 1. Planc. VIII. n°. 2.), il faut du point I milieu de A G, élever sur cette ligne la perpendiculaire I R, prolongée jusqu'à ce qu'elle rencontre la ligne de projection A F. On suppose qu'elle le fait en R. Si l'on coupe ensuite I R en deux également en K, ce point sera celui de la plus grande élévation de la bombe, & par conséquent I K sera la hauteur demandée.

Pour le démontrer, considérez que I R coupant A G en deux également, coupe de même A F en R, & que comme I R est la moitié de la ligne de chûte F G, I K moitié de I R est le quart de F G. Or le tems que la bombe emploie à parcourir A F par son mouvement de projection, est double de celui de A R ; mais les espaces que la pesanteur lui fait parcourir, sont entr'eux comme les quarrés des tems ; donc la ligne de chûte F G est quadruple de R K ou I K ; donc I K exprime la plus grande élévation de la bombe sur l'horisontale A X.

Les principes précédens suffisent pour la résolution des différens problèmes qui concernent le jet des bombes, lorsque le plan où elles doivent tomber est de niveau avec la batterie. On peut aussi les appliquer aux plans élevés au-dessus de l'horison, ou inclinés au-dessous, mais d'une maniere moins générale, parce que dans ces deux derniers cas les portées ne sont point entr'elles comme les sinus des angles doubles de l'inclinaison du mortier. Nous ferons voir la maniere de faire cette application dans les problèmes suivans ; mais auparavant nous allons donner le moyen de trouver l'angle de projection qui donne la plus grande portée de la bombe, soit que le plan sur lequel elle doit tomber soit élevé sur l'horison, ou incliné au-dessous.

Soient pour cet effet les figures 2 & 3. Planc. VIII. n°. 2. Nous supposerons dans la premiere que le plan A Y sur lequel la bombe doit tomber, est élevé sur l'horisontale A X de 20 degrés, & dans la seconde, que A Z est au-dessous, de la même quantité.

Cela posé, l'arc dont A E est la corde, sera de 40 degrés plus petit que la demi-circonférence ; car l'angle N A E est égal à G A X formé par le plan incliné A Y, & l'horisontale A X : or E A N a pour mesure la moitié de l'arc N E ; mais cette moitié étant de 20 degrés, par la supposition le double E N doit en avoir 49. Si l'on ôte ce nombre de 180 degrés, valeur de la demi-circonférence, il restera 140 degrés pour l'arc A L E, dont A E est la corde.

La perpendiculaire C L qui coupe la corde E A en deux également, coupe de la même maniere l'arc A L E ; c'est pourquoi dans cet exemple l'angle L A G de la plus grande portée a pour mesure le quart de 140 degrés, c'est-à-dire 35 degrés.

Il est évident que les angles également au-dessus & au-dessous de cet angle, donneront les mêmes portées, ainsi que ceux qui different également de 45 degrés, lorsque le plan sur lequel la bombe doit tomber, est horisontal ou de niveau avec la batterie.

Si le plan A Z, fig. 3, est au-dessous de l'horisontale A X de 20 degrés, l'arc A L N E en aura 180 plus 40, c'est-à-dire 220 ; le quart de ce nombre qui est 55, donnera dans cet exemple l'angle de projection de la plus grande portée de la bombe sur A Z.

Il est aisé de tirer de-là une regle générale pour avoir l'angle de la plus grande portée de la bombe sur un plan élevé sur l'horison ou incliné au-dessous d'une quantité connue.

Dans le premier cas, il faut ôter de 180 degrés le double de l'angle de l'élévation du plan, & prendre le quart du reste : dans le second, il faut ajoûter à 180 degrés le double de l'inclinaison du plan, & prendre également le quart de la somme qui en résulte ; ou bien il faut dans le premier cas, ôter de 45 degrés la moitié de l'angle de l'élévation du plan, & ajoûter dans le second à 45 degrés la moitié de l'inclinaison du plan sous l'horison.

PROBLEMES. I. Ayant tiré une bombe sous un angle de projection pris à volonté, & connoissant la distance où elle aura été tomber sur un plan horisontal, trouver la force du jet.

Soit (fig. 4. Pl. VIII. n°. 2.) l'angle de projection F A Y, & G le point où la bombe aura tombé sur le plan horisontal A Y.

Comme on suppose que A G est connue, on trouvera par la Trigonométrie F G & A F ; cherchant ensuite une troisieme proportionnelle à F G & A F, on aura la force du jet A F.

Si le plan est incliné au-dessus ou au-dessous de l'horison d'une quantité connue G A X, (fig. 5.) on connoîtra dans le triangle F A G, l'angle A G F, qui est égal à G A P, plus A P G, l'angle de projection F A G, & le côté A G ; c'est pourquoi on viendra par la Trigonométrie à la connoissance des deux autres côtés A F & F G.

Si le plan est incliné au-dessous de l'horison, (fig. 6.) on connoîtra l'angle d'inclinaison X A Z, & par conséquent A G P, qui en est le complément ; l'angle P A F formé par l'horisontale A X, & la ligne de projection A F est aussi connue. Donc G A F qui est égal à G A P, plus P A F, le sera également ; or comme le côté A G est supposé connu, on connoît dans le triangle G A F un côté & les angles ; c'est pourquoi on peut par la Trigonométrie venir à la connoissance des deux autres côtés G F & A F.

Les lignes de chûte & de projection, (fig. 5. & 6.) étant connues, on leur cherchera une troisieme proportionnelle, qui sera la force du jet E A.

II. La force du jet étant connue, trouver la plus grande distance où la bombe peut être portée sur un plan quelconque, fig. 1. 2. & 3. Pl. VIII. n°. 2.

Il est évident par tout ce que l'on a exposé précédemment, que la plus grande distance où la bombe peut être portée sur un plan quelconque avec une charge de poudre exprimée par la force du jet A E, est déterminée par la partie A M du plan, comprise entre le point A, où l'on suppose le mortier & la parallele L M, à la force du jet A E, menée de l'extrémité L de la ligne C L qui coupe l'arc A L E en deux également. C'est pourquoi il ne s'agit que de trouver la valeur de A M dans les fig. 1. 2. & 3. pour la résolution du problème proposé.

Lorsque le plan est horisontal (fig. 1.), on a déja vu que la plus grande distance où la bombe peut tomber est égale à la moitié de la force du jet A E, & qu'elle se trouve en tirant le mortier sous l'angle L A M de 45 degrés.

Si le plan A Y (fig. 2.) est incliné au-dessus de l'horison A X, d'une quantité connue Y A X, il faut d'abord trouver l'angle de projection de la plus grande portée L A M, comme on l'a enseigné ci-devant, & chercher ensuite la valeur de la ligne de projection A L.

Pour cet effet, considérez que l'angle N A Y est droit ; qu'ôtant de cet angle les angles connus N A E & L A Y, il restera l'angle E A L : or dans le triangle rectangle A C L, connoissant A C égal à la moitié de la force du jet A E, & un angle C A L, on viendra par la Trigonométrie à la connoissance de A L.

Présentement dans le triangle A M L, on connoîtra le côté A L, l'angle L A M, & A M L égal à M A X, plus l'angle droit A R M ; c'est pourquoi on viendra par la Trigonométrie à la connoissance de la plus grande distance A M, où la bombe peut être portée avec la charge du mortier exprimée par la force du jet A E.

Si le plan est incliné sous l'horison comme A Z (fig. 3.), & qu'on connoisse l'angle d'inclinaison X A Z formé par l'horisontale A X & le plan A Z, on cherchera d'abord, comme dans le cas précédent, l'angle de la projection L A M, de la plus grande portée de la bombe ; on ôtera ensuite de l'angle droit N A Z, l'angle de projection L A Z, il restera l'angle N A L, auquel ajoutant N A C égal à celui de l'inclinaison du plan X A Z, on aura E A L, ou C A L. Alors dans le triangle A C L, connoissant, outre cet angle, le côté C A, égal à la moitié de la force du jet, on viendra à la connoissance de A L.

La ligne de projection A L étant ainsi connue, de même que les angles de la base du triangle L A M, savoir L A M & A M L (ce dernier est égal à A P G, moins P A G), il sera aisé de venir par la Trigonométrie à la connoissance de A M, ou de la plus grande portée de la bombe.

III. La plus grande distance où une bombe puisse aller sur un plan quelconque étant connue, & la force du jet, trouver la distance où elle ira, tirée sous tel angle de direction que l'on voudra, le mortier étant toûjours chargé de la même quantité de poudre, ou, ce qui est la même chose, la force du jet étant toûjours la même.

Lorsque le plan est horisontal, les différentes portées sont entr'elles comme les sinus des angles doubles de l'inclinaison du mortier ; c'est pourquoi l'on trouvera la distance demandée par cette analogie.

Comme le sinus total est au sinus de l'angle double de l'inclinaison du mortier ; ainsi la plus grande distance est à la distance demandée.

Si le plan donné A Y (fig. 5.) est incliné sur l'horison A X, du centre O de l'arc A L N, on tirera le rayon O F : comme l'arc A L F est double de celui de l'inclinaison du mortier, l'angle A O F sera connu ; le rayon A O le sera aussi : car connoissant dans le triangle rectangle O C A, le côté A C égal à la moitié de la force du jet, & l'angle O A C, qui est égal à celui de l'inclinaison du plan Y A X, on viendra aisément à la connoissance de O A. Ainsi dans le triangle A O F, on connoîtra les angles & les côtés O A & O F, qui feront venir à la connoissance de la ligne de projection A F. Dans le triangle A F G, on connoîtra le côté A F ; de plus l'angle d'inclinaison donné F A G, & l'angle A G F égal à A P G, plus P A G ; par conséquent on trouvera par la Trigonométrie la distance demandée A G.

Si le plan A Z est incliné sous l'horison (fig. 6.) il est évident qu'on viendra de la même maniere à la connoissance de sa ligne de projection A F, & ensuite à celle de la distance demandée A G.

IV. La plus grande distance où une bombe puisse aller sur un plan quelconque étant connue, & la force du jet, trouver l'angle de projection ou d'inclinaison du mortier pour la faire tomber à une distance donnée.

Si le plan est horisontal, on fera cette analogie.

Comme la plus grande distance est à la distance donnée ; ainsi le sinus total est au sinus de l'angle double de celui de projection.

Ce sinus étant connu, on cherchera dans les tables de sinus l'angle auquel il appartiendra ; sa moitié sera la valeur de l'angle de projection demandé.

Si le plan est incliné au-dessus ou au-dessous de l'horison comme A Y & A Z (fig. 5. & 6.), il y a plus de difficulté à trouver l'angle dont il s'agit ; voici néanmoins une méthode assez facile pour y parvenir.

Nous supposerons d'abord (fig. 5.) que le plan A Y est élevé sur l'horison A X d'une quantité connue Y A X ; que E A est la force du jet, & l'arc A L E décrit du point O, milieu du diametre A N, renferme toutes les différentes lignes de projection que la charge de poudre de mortier, ou la force du jet peut faire décrire à la bombe. Nous supposerons aussi que A G est la distance donnée. C'est pourquoi si l'on imagine que par G, on a mené G F parallele à A E, qui coupe l'arc A L E en f, & F ; tirant du point A, les lignes de projection A f, & A F, elles donneront l'angle demandé f A G, ou F A G.

Pour venir à la connoissance de cet angle par le calcul, il faut observer que dans le triangle A G F, on connoît le côté donné A G ; de plus l'angle A G F égal à G A P plus G P A ; qu'ainsi si l'on parvient à la connoissance de G F, ou de A F, on pourra connoître par la Trigonométrie, l'angle de projection F A G.

Pour cet effet, soit tiré du centre O de l'arc A L F sur A E, la perpendiculaire O C, qui étant prolongée jusqu'à la rencontre de cet arc en L, le coupera en deux également, ainsi que A E en C, & F f en T.

On aura le triangle rectangle A C O, dans lequel le côté A C qui est égal à la moitié de la force du jet A E sera connu, ainsi que l'angle O A C, égal à celui de l'élévation du plan Y A X, ou G A P ; c'est pourquoi on viendra par la Trigonométrie à la connoissance de O C & de O A, égale à O L.

Présentement si l'on prolonge F G jusqu'à ce qu'elle rencontre l'horisontale A X dans le point P, il sera aisé, dans le triangle rectangle A P G, semblable au triangle A C O, de venir à la connoissance de A P & de P G.

Comme C T est égale à A P, à cause des paralleles A E & F P, O T qui est égal à O C plus C T sera connue ; si l'on ôte O T de O L, il restera T L.

Cette ligne étant connue, on viendra par la propriété du cercle, à la connoissance de F T ou T f, en multipliant O L plus O T par T L, & extraisant la racine quarrée du produit.

Pour déterminer F G ou f G, il faut considérer que C A moins P G est égale à T G ; ajoûtant T F à cette ligne, on a F G, & ôtant T f de cette même ligne A C, il restera f G.

G F ou G f étant connue, on connoît dans le triangle A F G ou A f G deux côtés, l'angle A G F compris par ces côtés ; c'est pourquoi on viendra par la Trigonométrie à la connoissance des angles F A G, A F G.

Lorsque le plan sur lequel la bombe doit tomber, est incliné sous l'horison A X, comme A Z fig. 6. il est clair qu'on déterminera de la même maniere la valeur de l'angle de projection F A G, pour faire tomber la bombe à la distance donnée A G.

Remarques. 1°. Il est évident que, si la distance A P, prise du point A, où l'on suppose la batterie, fig. 5 & 6. jusqu'à la rencontre de la ligne de chûte F G avec l'horisontale A X, est plus grande que C L, le problème est impossible ; car, dans ce cas la ligne de chûte ne toucheroit ni ne rencontreroit l'arc A L E dans aucun point. Et 2°. que si A P se trouve égale à C L, l'angle cherché sera celui de la plus grande portée de la bombe.

2°. On peut, par la résolution des problèmes précédens, calculer des tables pour trouver avec toutes les charges de poudre qu'on peut employer, les distances où les bombes iront tomber, soit que le plan sur lequel on les tire soit horisontal, ou incliné à l'horison, sous tel angle d'inclinaison que l'on voudra, & réciproquement pour trouver les angles d'inclinaison, lorsque les distances où les bombes doivent tomber sont données. M. Bélidor a rempli cet objet dans le Bombardier françois pour les plans horisontaux ; les deux derniers problèmes qu'on vient de résoudre, donnent les moyens de continuer ces tables pour les autres plans.

2°. Il faut observer que, comme il y a deux angles de projection pour chaque amplitude de la bombe, audessus de la plus grande portée, & que le plus grand lui donne plus d'élévation que le petit, on doit se servir du premier lorsque l'objet des bombes est de ruiner des édifices, le second & le plus petit angle doit être employé pour tirer des bombes dans les ouvrages attaqués, & sur des corps de troupes, parce que les bombes ayant alors moins d'élévation, elles s'enfoncent moins dans la terre, ce qui en rend les éclats plus dangereux.

Description & usage de l'instrument universel pour jetter les bombes. Quoique les différens calculs nécessaires pour tirer les bombes avec regle & principes soient fort simples, cependant, comme il peut arriver que tous ceux qui peuvent être chargés de la pratique du jet des bombes, n'en soient pas également capables, on a imaginé différens instrumens pour leur épargner ces calculs ou pour les abréger. On peut voir ces différens instrumens, & la maniere de s'en servir dans l'Art de jetter les bombes par M. Blondel. Nous donnerons seulement ici la construction & l'usage de celui qui peut servir le plus généralement à ce sujet, & qu'on appelle par cette raison l'instrument universel.

C'est un cercle X, fig. 7. assez grand pour être divisé en degrés ; il est d'une matiere solide, comme de cuivre ou de bois. Il a une regle A F tangente à sa circonférence, attachée fixement à l'extrémité de son diametre A B, & de pareille longueur ; elle est divisée dans un grand nombre de parties égales, comme par exemple 200.

On attache à la tangente ou à la regle A F, un filet R P, de maniere qu'on puisse le faire couler le long de A F ; ce filet est tendu par un plomb P, qui tient à son extrémité.

Pour trouver, par le moyen de cet instrument, l'inclinaison qu'il faut donner au mortier pour jetter une bombe à une distance donnée sur un plan horisontal, ou de niveau avec la batterie.

On cherchera d'abord la force du jet, en tirant le mortier avec la charge de poudre dont on veut se servir, sous un angle d'inclinaison pris à volonté.

La force du jet A E, fig. 8. étant trouvée, par exemple de 923, pour connoître l'angle d'inclinaison ou de projection F A G, on fera une regle de trois, dont les deux premiers termes seront la force du jet A E, & le diametre A B de l'instrument universel X, égal à la regle A F, divisée en 200 parties égales ; le troisieme terme de cette regle sera la distance donnée A G, que nous supposerons ici de 250 toises.

Ainsi nommant x le quatrieme terme de cette regle, l'on aura 923. 200 : : 250. x ; faisant l'opération, on trouvera 54 pour la valeur de x, ou du quatrieme terme.

On fera couler le filet R P de l'instrument universel X, fig. 7. & 8. depuis A jusqu'à la 54e. division R de la regle A F ; on mettra ensuite cet instrument dans une situation verticale, & de maniere que la regle A F soit parallele à l'horison. Alors le filet R P coupera l'instrument dans deux points d & D, qui donneront les arcs A d, A D, dont la moitié sera la valeur de l'angle cherché.

Pour le démontrer, il faut imaginer l'instrument universel X, placé immédiatement sous l'horisontale A G, fig. 8, de maniere que le diametre A B soit dans le prolongement de la force du jet A E. On verra alors que les parties A d, A d D du demi-cercle de X sont proportionnelles à A f & A f F de la demi-circonférence A f F E, ou que les triangles A R D, A G F sont semblables, ainsi que A R d, A G f ; d'où il suit que les arcs A d & A d D sont de même nombre de degrés que A f & A f F ; mais f A G & F A G sont les angles de projection pour faire tomber la bombe au point G. Donc, &c.

Remarque. Si le filet R P, au lieu de couper le demi-cercle de l'instrument ne faisoit que le toucher, l'angle de projection cherché seroit de 45 degrés, & la portée donnée seroit la plus grande. Mais s'il tomboit en dehors le problème seroit impossible, c'est-à-dire, que la charge de poudre déterminée, ne seroit pas suffisante pour chasser la bombe à la distance donnée.

Si l'angle d'inclinaison du mortier, ou de la ligne de projection est donné, & qu'on veuille savoir à quelle distance la charge du mortier portera la bombe sur un plan horisontal, supposant cette charge, ou la force du jet, la même que dans le problème précédent.

On fera couler le filet R P le long de la regle A F, fig. 7 & 8. qu'on tiendra dans une situation parallele à l'horison, jusqu'à ce qu'il coupe le demi-cercle de l'instrument dans un point d, qui donne l'arc A d double de l'inclinaison donnée : après cela on comptera exactement le nombre des parties de A F, depuis A jusqu'en R, que nous supposons être le point auquel le filet R P étant parvenu, donne l'arc A d double de l'inclinaison du mortier. Supposant que le nombre des parties de cette regle, depuis A jusqu'en R, soit 54, on fera une regle de trois, dont les deux premiers termes seront toutes les parties de la regle A E, & celle de la force du jet A E. Le troisieme sera A R, supposé de 54 parties ; ainsi l'on aura 200. 923 : : 54. x : faisant cette regle, on trouvera 250 toises pour la distance A G où la bombe ira tomber.

Si le plan sur lequel la bombe doit tomber, est plus élevé ou plus bas que la batterie, on trouvera de même avec l'instrument universel, l'angle d'inclinaison convenable pour la faire tomber à une distance donnée.

Soit le plan A Y, fig. 9. élevé sur l'horison A, & d'une quantité connue Y A M ; le point de ce plan, où l'on veut faire tomber la bombe, soit aussi A G ; la distance donnée, & la force A F décrite de 923 toises, comme dans les problèmes précédens, il s'agit de trouver l'angle d'inclinaison du mortier.

On déterminera d'abord, par la Trigonométrie, l'horisontale A M, on trouvera ensuite le nombre des parties de la regle A F de l'instrument universel, correspondant aux toises de A E, par cette regle de trois.

La partie A R de la regle A F étant connue, on placera le filet R P en R, & l'on fera ensorte qu'il y soit attaché fixement. Cela fait, on mettra l'instrument universel verticalement en A, fig. 10. on le disposera de maniere que le prolongement de la regle A F, donne sur le lieu donné G, où la bombe doit tomber. Alors le filet R P qui pend librement, coupera le demi-cercle de l'instrument dans deux points d & D, qui détermineront les arcs A d, A D, dont la moitié sera la valeur des deux inclinaisons du mortier pour jetter la bombe en G.

On opérera de la même maniere pour trouver ces mêmes angles, si le lieu où la bombe doit tomber, est au-dessus de l'horison.

Remarque. Il est évident que si le filet R P ne faisoit que toucher le demi-cercle A d D B, la distance A G seroit la plus grande où la bombe pourroit aller avec la force du jet donné, ou la charge du mortier ; & que s'il tomboit en dehors, le problème seroit impossible.

Pour démontrer cette opération, il faut, comme on l'a fait dans la précédente, supposer le demi-cercle A F f E N, fig. 9. qui termine toutes les différentes lignes de projection que la bombe peut décrire avec la force du jet A E, & imaginer que le diametre A B de l'instrument universel, est placé dans le prolongement du diametre N A de ce demi-cercle ; alors la regle A F sera dans le prolongement de A G, & l'on verra que le filet R P coupe le demi-cercle de l'instrument, de la même maniere que la ligne de chûte F G coupe A f F E N ; ainsi les angles F A G, R A D sont égaux, de même que f A G, R A D, &c.

Il est aisé d'observer que, comme le point A du diametre A B de l'instrument universel est élevé sur l'horison, la direction A G n'est pas exactement la même, que si ce point étoit immédiatement sur la ligne B M ; mais comme cette élévation est très petite, par rapport à la distance A G, la différence qui en résulte, ne peut être d'aucune considération dans la pratique du jet des bombes, & c'est par cette raison qu'on n'y a nul égard.

Pour ce qui concerne la maniere de pointer le mortier. Voyez MORTIER. Article de M. Le Blond.

JET DE VOILES, JEU DE VOILES (Marine) c'est l'appareil complet de toutes les voiles d'un vaisseau. Un vaisseau bien équipé doit avoir au moins deux jets de voiles, & de la toile pour en faire en cas de besoin.

JET DE FEU, (Artificier) on appelle ainsi certaines fusées fixes, dont les étincelles sont d'un feu clair comme les gouttes d'eau jaillissantes, éclairées le jour par le soleil, ou la nuit par une grande lumiere.

La composition des jets n'est autre chose qu'un mélange de poulverin, & de limaille de fer. Lorsqu'elle est fine, pour les petits jets, on en met le quart du poids de la poudre, & lorsqu'elle est grosse, comme pour les gros jets, dont les étincelles doivent être plus apparentes, on y en met le tiers & même davantage. On peut diminuer cette dose de force, lorsqu'on se propose d'imiter des cascades d'eau, parce qu'alors au lieu de monter, les étincelles doivent tomber, pour imiter la chûte de l'eau.

On fait des jets de toute grandeur, depuis 12 jusqu'à 20 pouces de long, & depuis six lignes jusqu'à 15 de diametre.

JET (Brasserie) c'est une espece de timbale à deux douilles, une au-dedans hachée au-devant, & une autre sur le derriere, à-travers lesquelles on passe un bâton de six à sept piés de long, dont le bout est emmanché dans la douille de devant, & à l'autre bout est un contrepoids de plomb. Cet instrument sert à jetter l'eau, ou les métiers dans les bacs. Voyez l'article BRASSERIE & ses Planches. Voyez aussi l'article JETTER.

JETS (Fonderie) Les Fondeurs appellent ainsi des tuyaux de cire que l'on pose sur une figure, après que la cire a été réparée, & qui étant par la suite enfermés dans le moule de terre, & fondus ainsi que les cires de la figure, par le moyen du feu qu'on fait pour les retirer, laissent dans le moule reposé des canaux qui servent à trois différens usages ; les uns sont les égoûts par lesquels s'écoulent toutes les cires ; les autres sont les jets qui conduisent le métal du fourneau à toutes les parties de l'ouvrage, & les évents qui laissent une issue libre à l'air renfermé dans l'espace qu'occupoient les cires, lequel, sans cette précaution, seroit comprimé par le métal à mesure qu'il descendroit, & pourroit faire fendre le moule, pour se faire une sortie, ou occuper une place où le métal ne pourroit entrer. On fait ces tuyaux creux comme un chalumeau, pour qu'ils soient plus légers, & de grosseur proportionnée à la grandeur de l'ouvrage, & aux parties où ils doivent être posés, & diminuent de grosseur depuis le haut jusqu'au bas. Voyez à l'article BRONZE, la Fonderie des statues équestres ; & dans nos Planches de Fonderie, les figures.

JET, (Fondeurs de caracteres d'Imprimerie) ce sont deux pieces du moule à fondre les caracteres d'Imprimerie, qui forment ensemble une ouverture quarrée, qui va en diminuant depuis son entrée jusqu'à l'autre bout opposé. Ce jet est la premiere chose qui se présente en fondant, & sert pour ainsi dire d'entonnoir pour faire couler la matiere dans le reste du moule, jusqu'à la matrice. Voyez MOULE, Voyez aussi nos Planches.

JET, JETTER, (Jardinage) ; on dit qu'un arbre fait de beaux jets, qu'il jette bien, quand on voit sortir des branches fortes & vigoureuses de sa tige.

On dit encore des melons, qu'ils ont jetté de grands bras.

JET DU BOIS, (Jardinage) c'est la pousse même de l'année qui forme un jet.

JET D'EAU, (Menuiserie) c'est une traverse des bas des dormans aux chassis à verre, qui rejette l'eau lorsqu'il pleut. Voyez les figures de nos Planches.

JET DE MOULE, (à la Monnoye) c'est l'action de verser le métal dans les moules, où l'on a imprimé les planches gravées.

L'or se jette dans les moules avec le creuset, en le prenant avec des happes creuses construites à cet effet. Quant à l'argent & au cuivre on se sert de cuillieres, en puisant dans le creuset le métal en bain que l'on veut mouler.

JET, PICOT, ou RET TRAVERSANT (Pêche) ces mots sont en usage dans le ressort de l'amirauté d'Abbeville, & la sorte de rets qu'ils désignent se tend en-travers de la riviere. Ses mailles ont vingt-une lignes en quarré ; sa chûte, deux brasses & demie à trois brasses, & sa longueur, 30 à 35 brasses. Son pié est garni de plaques de plomb qui le font caler, & sa tête est soutenue de flottes de liége.

Les pêcheurs sur la Somme se servent du jet autrement que ceux qui l'emploient au-de-là de S. Valery, plus avant vers la mer. Les premiers frappent sur une petite ancre le bout de leur filet, qu'ils jettent de leur bateau, au milieu de la riviere. De-là ils le filent jusqu'au bord ; à l'extrémité opposée, au bout de la piece où est frappée l'ancre, ils mettent une grosse pierre ou cabliere à une brasse au plus du rivage ; & comme il ne reste alors pas assez d'eau dans le lit pour faire flotter le filet de toute sa hauteur, il se replie & forme une espece de ventre, ou de follée, ou de poche.

Ils frappent encore & sur la tête du ret amarrée à l'ancre, & sur la cabliere une bouée ou un petit barril ; ils reconnoissent ainsi l'étendue du filet qui bat la riviere, la follée ou poche exposée au courant.

Lorsque le jet est ainsi établi, les pêcheurs au nombre de trois ou quatre dans un bateau, hommes & femmes, voguent avec leurs avirons, à quelques cent brasses au-dessus du filet, vont & viennent, refoulant la marée vers le filet, chantant, faisant le plus de bruit qu'ils peuvent, criant, sifflant, & frappant sur le bord du bateau. D'autres cependant se mettent à l'eau, la battent, l'agitent avec leurs avirons ou de petites perches. Le poisson s'éleve du fond où il est enfoui, suit le courant, & va se jetter dans la follée du filet qu'on releve de tems en tems du côté de la cabliere, par la ligne de la tête & du pié du jet, dont on n'emploie à cette pêche qu'une seule piece. Le poisson pris, on replace le filet, & l'on continue la pêche jusqu'à-ce que la marée montante la fasse cesser.

Les pêcheurs conviennent que leur pêche n'en seroit pas moins bonne, sans le fracas qu'ils font ; il est d'habitude : mais la précaution d'agiter l'eau est nécessaire pour faire sortir le poisson.

Il y a encore un filet du nom de jet, qui differe peu du coleret, sur-tout lorsqu'on le traîne. Sédentaire, il est fixé à des pieux, traversant toute une riviere, une gorge, un bras. Les pêcheurs battent l'eau, & le poisson renfermé dans l'enceinte du fer à cheval que le filet forme, va s'arrêter dans ses mailles qui sont de deux pouces. Il est, comme les autres, plombé par le bas, & garni de flottes de liége par le haut.

JET, chez le Plombier, c'est un petit entonnoir de cuivre, qui est à un des bouts du moule à fondre les tuyaux sans soudure, & par lequel on verse le métal fondu dans le moule. Voyez PLOMBIER. Voyez nos Planches de Plomberie.

JET, (Jurisprudence) sur mer se dit lorsque pour soulager le navire, on est obligé de jetter une partie de sa charge.

On entend aussi quelquefois par ce terme de jet, la contribution que chacun des intéressés au navire doit supporter pour le jet qui a été fait en mer.

Suivant l'ordonnance de la Marine, l. III. tit. 8. si par tempête, ou par chasse d'ennemis ou de pyrates, le maître du navire se croit obligé de jetter en mer une partie de son chargement, il doit prendre l'avis des marchands & principaux de son équipage ; & si les avis sont partagés, celui du maître & de l'équipage doit être suivi.

Les ustensiles du vaisseau, & autres choses les moins nécessaires, les plus pesantes & de moindre prix, doivent être jettées les premieres, & ensuite les marchandises du premier pont ; le tout cependant au choix du capitaine, & par l'avis de l'équipage.

L'écrivain doit tenir registre des choses jettées à la mer. Au premier port où le navire abordera, le maître doit déclarer devant le juge de l'amirauté, s'il y en a, sinon devant le juge ordinaire, la cause pour laquelle il aura fait le jet. Si c'est en pays étranger qu'il aborde, il doit faire sa déclaration devant le consul de la nation françoise. Après l'estimation des marchandises sauvées, & de celles qui ont été jettées, la répartition de la perte se fait sur les unes & sur les autres, & sur la moitié du navire & du fret au marc la livre.

Les munitions de guerre & de bouche, ni les loyers & hardes des matelots ne contribuent point au jet, & néanmoins ce qui en a été jetté est payé par contribution sur tous les autres effets.

On ne peut pas demander de contribution pour le payement des effets qui étoient sur le tillac, s'ils sont jettés ou endommagés par le jet, sauf au propriétaire son recours contre le maître, & néanmoins ils contribuent s'ils sont sauvés.

On ne fait pas non plus de contribution, pour raison du dommage arrivé au bâtiment, s'il n'a été fait exprès pour faciliter le jet.

Si le jet ne sauve pas le navire, il n'y a lieu à aucune contribution, & les marchandises qui peuvent être sauvées du naufrage, ne sont point tenues du payement ni du dédommagement de celles qui ont été jettées ou endommagées.

Mais si le navire ayant été sauvé par le jet, & continuant sa route vient à se perdre, les effets sauvés du naufrage, contribuent au jet sur le pié de leur valeur, en l'état qu'ils se trouvent, déduction faite des frais du sauvement.

L'ordonnance de la Marine contient encore plusieurs autres regles pour la contribution qui se fait à cause du jet. (A)

JET, terme de Fauconnerie, petite entrave que les fauconniers mettent au pié de l'oiseau ; on le nomme autrement l'attache d'envoi ou de réserve.


JETIJEUCUS. m. (Hist. nat. Bot.) plante du Brésil, dont la racine a beaucoup de rapport avec celle du Méchoacan. Sa longueur est celle d'une rave ordinaire. C'est un purgatif : écrasée & mêlée avec du vin, cette racine guérit la fievre. Les Portugais la font aussi confire avec du sucre ; on dit qu'elle a le défaut de donner une grande altération.


JETSCH(Géog.) ville de Tartarie sur les bords du Dnieper, où réside le chef des Cosaques de Zaporow.


JETTÉS. m. (Danse) c'est un pas qui ne fait que partie d'un autre. Voyez COUPE DU MOUVEMENT & TOMBE. Un jetté seul ne peut remplir une mesure ; il en faut faire deux de suite pour faire l'équivalent d'un autre pas. Il se lie aisément avec d'autres. Comme ce n'est que par le plus ou le moins de force du coup de pié que l'on s'éleve, ce pas en dépend pour le faire avec légereté.

Est-il question de le faire en avant ? je suppose que l'on ait le pié gauche devant, & le corps posé dessus, la jambe droite étant prête à partir dans le moment que l'on plie sur la jambe gauche, la droite s'en approche en se relevant ; ce qui se fait par la force du pié gauche, qui en s'étendant vigoureusement, vous rejette sur la droite ; & lorsque vous vous relevez en tombant sur la pointe du pié droit, vous finissez le pas en posant le talon. On en peut faire plusieurs de suite d'un pié comme de l'autre, en observant la même regle.

JETTES EN CHASSE, terme de Danse ; il se dit des pas formés de la maniere qui suit.

Le corps étant posé sur le pié gauche, on plie dessus ; on passe par-devant la jambe droite qui est en l'air en l'étendant ; & lorsque l'on se releve, elle se croise en se jettant dessus à la troisieme position ; ainsi le pié droit tombant devant le gauche, en prend la place, & l'obligeant de se lever derriere, le genou droit se plie aussi-tôt ; en se relevant on se jette sur le gauche, qui tombe derriere à la troisieme position ; on chasse le droit en le faisant lever ; on plie sur le pié gauche, & l'on se rejette sur le droit, comme on a fait au premier pas ; ces trois mouvemens doivent se succéder l'un à l'autre sans aucune interruption ; car dans le moment que l'on plie sur une jambe, son mouvement fait relever l'autre, & en se relevant le corps retombe dessus le pié droit en devant ; & en se rejettant dessus le gauche, le corps tombe sur ce pié. On voit par là l'équilibre qu'il faut observer dans ce pas, & la perfection qui en résulte.

JETTEE, s. f. (Architect. maritim.) digue ou muraille qu'on fait dans la mer à force d'y jetter une grande quantité de quartiers de pierres, pour servir d'entrée, de mole, d'abri, de couverture à un port, & pour le resserrer à son entrée.

Les jettées sont utiles à plusieurs usages ; 1°. à arrêter le gros galet, ou le sable, ou la vase qui pourroit entrer dans le port, & le combler peu-à-peu ; 2°. à haller les vaisseaux, qui en entrant ne peuvent se servir de leurs voiles, à cause des vents contraires ; 3°. à rompre les vagues, & à procurer la tranquillité aux vaisseaux qui sont dans le port ; 4°. souvent aussi à resserrer le lit de la riviere dont l'embouchure forme le port, & à lui ménager une profondeur d'eau suffisante pour tenir les vaisseaux à flot. La tête des jettées est souvent fortifiée d'une batterie de canon, pour protéger & la jettée, & les vaisseaux qui entrent dans le port. (D.J.)

JETTEES, en terme de Fortification, sont des especes de digues, ou larges chaussées qui avancent dans la mer, à l'extrémité desquelles on construit des forts qui défendent l'entrée du port. Voyez l'article CITADELLE.


JETTERverbe, dont jet est le substantif. Voyez l'article JET.

JETTER, (Marine) ce terme s'emploie dans différentes significations par les marins.

Jetter dehors le fond du hunier, c'est pousser dehors la voile du mât de hune.

Jetter du blé ou autres grains à la bande, c'est jetter ou pousser vers un seul côté du vaisseau les grains qui étoient chargés uniment & à plat dans le fond de cale ; ce que l'on ne fait que lorsqu'on y est contraint par la tempête ou quelque autre accident, pour alléger un côté, & faire un contre-balancement.

Jetter l'ancre, c'est laisser tomber l'ancre lorsqu'on est dans une rade pour y arrêter le vaisseau.

Jetter le plomb ou la sonde, c'est laisser tomber la sonde pour connoître la hauteur de l'eau, & s'il y a du fond pour mouiller.

Jetter un vaisseau sur des roches ou à la côte, c'est aller donner exprès contre un rocher ou sur la côte pour s'y échouer ; ce que l'on peut faire lorsqu'on espere par ce moyen sauver l'équipage ou les marchandises, dont on voit la perte certaine sans cela.

Tout pilote qui échoue par ignorance est privé pour toujours des fonctions de son état, & même suivant le cas, condamné au fouet. A l'égard de celui qui auroit méchamment & de dessein prémédité, jetté un navire sur un banc ou à la côte, il est puni de mort, & on attache son cadavre à un mât planté près du lieu du naufrage.

JETTER LES SECONDES, en termes de Brasserie ; c'est après avoir tiré les premiers métiers, jetter de l'eau une seconde fois sur la drège.

JETTER EN SOIE, en terme de Boutonnier ; c'est l'action de couvrir un moule de bouton d'une soie tournée sur la bobine en plusieurs brins. Cette bobine est montée sur un rochet (voyez ROCHET), sur lequel elle est fixe, quoiqu'en levant la bobine sur la partie moins grosse du rochet, l'ouvrier la fasse tourner à mesure qu'il emploie sa soie ; pendant ce jettage, la bobine est fixe pour que l'ouvrier puisse serrer sa soie autour du bouton ; on jette ainsi tous les moules des boutons d'or ou d'argent façonnés, afin d'asseoir les cerceaux ou les autres ornemens. Voyez CERCEAUX. On dit aussi jetter en cerceau, ce qui n'est autre chose que de les poser, de les arrêter avec de la soie ou de l'or, &c.

JETTER, en terme de Cirier, c'est verser la cire sur les meches imprimées, & attachées à un cerceau, ou pour m'exprimer plus clairement, c'est la seconde couche de cire dont on enduit les meches. Voyez IMPRIMER & CERCEAU, & nos Planches.

JETTER LES FIGURES DE PLOMB, (Fonderie) pour les figures que l'on jette en plomb, il faut bien moins de précaution que pour celles de bronze. L'on se contente de remplir les creux avec de la terre bien maniée, que l'on met de telle épaisseur que l'on veut ; puis on remplit tout le moule de plâtre, ou d'un mastic fait avec du tuileau bien pulvérisé, dont on fait l'ame ou noyau.

Lorsque l'ame est achevée, on désassemble toutes les pieces du moule pour en ôter toutes les épaisseurs de terre, & ensuite on remet le moule tout assemblé à l'entour de l'ame ou noyau ; mais ensorte pourtant qu'il en soit éloigné de quatre ou cinq pouces. On remplit cet intervalle de charbon depuis le bas jusqu'en haut. On bouche même les ouvertures qui se trouvent entre les pieces du moule, avec des briques, & mettant le feu au charbon, on l'allume par-tout. Cela sert à cuire l'ame, & à secher le plâtre que les épaisseurs de terre avoient humecté. Quand tout le charbon a été bien allumé, & qu'il s'est éteint de lui-même, on a un soufflet avec lequel on fait sortir toute la cendre qui peut être dans toutes les pieces du moule. On rejoint ces pieces autour de l'ame, comme on l'a dit ci-devant. On attache bien toutes les chapes avec des cordes, & on les couvre encore de plâtre ; ensuite on coule le plomb fondu dans le moule ; ce plomb remplit l'espace qu'occupoit la terre sans qu'il soit nécessaire d'enterrer le moule comme pour le bronze, si ce n'est pour de grandes pieces.

JETTER LE PLOMB SUR TOILE, (Plombier) c'est se servir d'une forme ou moule couvert d'un drap de laine, & doublé par-dessus pour jetter le plomb en lames très-fines. Voyez PLOMBERIE.

Cette maniere de jetter le plomb est défendue aux plombiers par leurs statuts ; cependant il y a de certains ouvrages pour lesquels ces sortes de tables de plomb jetté sur toile sont nécessaires. Voyez l'article PLOMBIER, où on a décrit la maniere de jetter le plomb sur toile.

Les facteurs d'orgue jettent ordinairement sur toile l'étain dont ils font certains tuyaux pour cet instrument de musique. La pratique en est semblable à celle qu'on met en usage pour fondre les tables de plomb. Voyez comme ci-dessus & l'article ORGUE.

JETTER EN SABLE, se dit en termes de Fonderie, de ce qui est jetté dans de petits moules faits de sable ou de poudre d'ardoise, de piés de mouton, d'os de seche, de cendres & autres choses semblables ; & on appelle pistole sablée, celle qu'on a moulée & jettée en sable, & qui n'a point été faite au moulin ni au marteau. Voyez les fig. du Fondeur en sable.

Jetter, on dit en Peinture & en Sculpture, jetter les draperies, pour en disposer les plis de façon qu'ils annoncent sans équivoque les objets qu'ils couvrent. Ces draperies sont bien jettées ; ce peintre jette bien une draperie. Ce mot de jetter, dit M. de Pile, est d'autant plus expressif, que les draperies ne doivent point être arrangées comme les habits dont on se sert dans le monde ; mais il faut que suivant le caractere de la pure nature, éloignée de toute affectation, les plis se trouvent comme par hazard, autour des membres.

JETTER SUR LA PIECE, terme de Potier d'étain : c'est jetter une anse en moule sur un pot à vin ou à l'eau, ou autre piece à qui il faut en joindre une autre ; cela se fait par le moyen d'un moule en cuivre composé de plusieurs morceaux qui s'ajustent les uns aux autres ; les moules sont percés aux endroits où l'anse doit s'attacher à la piece. Voyez la forme d'un moule d'anse & ses différens morceaux aux figures du métier.

Pour jetter sur la piece, on remplit les pots de sable ou de son, excepté la gorge ; on le foule & on l'arrête avec un linge ou papier, ensuite on met à la bouche du pot en-dedans, le linge dans lequel il y a du sable mouillé qu'on nomme drapeau à sable, puis on prend le moule d'anse dont les pieces sont jointes ensemble, & tenues par une ou deux serres de fer ; on pose le moule sur la piece qu'on tient devant soi sur les genoux ; ensuite on prend de l'étain fondu & chaud dans une cuillere qui est sur le fourneau avec une autre cuillere plus petite ; on jette de l'étain dans le moule qui se soude de lui-même à la piece, entrefondant l'endroit où il touche, après quoi on le dépouille piece à piece, & on continue de même jusqu'à-ce que tout soit jetté.

Quand on n'a pas des moules convenables aux grandeurs des pieces, on a des moules séparés dont on rapporte les anses ou autres choses qu'on veut faire tenir pour finir un ouvrage, & cela s'appelle mouler (voyez MOULER LES ANSES), ou on les joint par le moyen de la soudure légere. Voyez SOUDER A LA SOUDURE LEGERE.

JETTER SUR LE PIE, chez les Vergettiers, c'est rouler en prenant sous le pié le chiendent pour le dépouiller de son écorce, & le rendre propre à être employé à toutes sortes d'ouvrages.

JETTER, terme de Fauconnerie : on dit jetter un oiseau du poing, ou le donner du poing après la proie qui suit. Jetter sa tête, c'est mettre bas en parlant du cerf.


JETTONS. m. (Littérat. anc. & mod.) j'appelle de ce nom tout ce qui servoit chez les anciens à faire des calculs sans écriture, comme petites pierres, noyaux, coquillages, & autres choses de ce genre.

L'on a donné dans le recueil de l'acad. des Belles-Lettres, l'extrait d'un mémoire instructif dont je vais profiter, sur l'origine & l'usage des jettons. Ils sont peut-être aussi anciens que l'Arithmétique même, pourvû qu'on ne les prenne pas pour ces pieces de métal fabriquées en guise de monnoie, qui sont aujourd'hui si communes. De petites pierres, des coquillages, des noyaux, suffisoient au calcul journalier de gens qui méprisoient ou qui ne connoissoient pas l'or & l'argent. C'est ainsi qu'en usent encore aujourd'hui la plûpart des nations sauvages ; & la maniere de se servir de ces coquillages ou de ces petites pierres, est au fond trop simple & trop naturelle pour n'être pas de la premiere antiquité.

Les Egyptiens, ces grands maîtres des arts & des sciences, employoient cette sorte de calcul pour soulager leur mémoire. Hérodote nous dit, qu'outre la maniere de compter avec des caracteres, ils se servoient aussi de petites pierres d'une même couleur, comme faisoient les Grecs ; avec cette différence que ceux-ci plaçoient & leurs jettons & leurs chiffres, de la gauche à la droite, & ceux-là de la droite à la gauche. Chez les Grecs, ces petites pierres qui étoient plates, polies & arrondies, s'appelloient ; & l'art de s'en servir dans les calculs, . Ils avoient encore l'usage de l', en latin abacus. Voyez ABAQUE.

Ces petites pierres que je dis avoir été nommées par les Grecs, furent appellées calculi par les Romains. Ce qui porte à croire que ceux-ci s'en servirent long-tems, c'est que le mot lapillus est quelquefois synonyme à celui de calculus.

Lorsque le luxe s'introduisit à Rome, on commença à employer des jettons d'ivoire ; c'est pourquoi Juvenal dit sat. xj. v. 131.

Adeò nulla uncia nobis

Est eboris nec Tessalae, nec calculus ex hâc

Materiâ

Il est vrai qu'il ne reste aujourd'hui dans les cabinets des curieux, aucune piece qu'on puisse soupçonner d'avoir servi de jettons ; mais cent expressions qui tenoient lieu de proverbes, prouvent que chez les Romains, la maniere de compter avec des jettons étoit très ordinaire : de-là ces mots ponere calculos, pour désigner une suite de raisons ; hic calculus accedat, pour signifier une nouvelle preuve ajoutée à plusieurs autres ; calculum detrahere, lorsqu'il s'agissoit de la suppression de quelques articles ; voluptatum calculos subducere, calculer, considérer par déduction la valeur des voluptés ; & mille autres qui faisoient allusion à l'addition ou à la soustraction des jettons dans les comptes.

C'étoit la premiere Arithmétique qu'on apprenoit aux enfans, de quelque condition qu'ils fussent. Capitolin parlant de la jeunesse de Pertinax, dit, puer calculo imbutus. Tertullien appelle ceux qui apprenoient cet art aux enfans, primi numerorum arenarii ; les Jurisconsultes les nommoient calculones, lorsqu'ils étoient ou esclaves, ou nouvellement affranchis ; & lorsqu'ils étoient d'une condition plus relevée, on leur donnoit le nom de calculatores ou numerarii. Ordinairement il y avoit un de ces maîtres pour chaque maison considérable, & le titre de sa charge étoit a calculis, a rationibus.

On se servoit de ces sortes de jettons faits avec de petites pierres blanches ou noires, soit pour les scrutins, soit pour spécifier les jours heureux ou malheureux. De-là vient ces phrases, signare, notare aliquid albo nigrove lapillo, seu calculo, calculum album adjicere errori alterius, approuver l'erreur d'une personne.

Mais les jettons, outre la couleur, avoient d'autres marques de valeur, comme des caracteres ou des chiffres peints, imprimés, gravés ; tels étoient ceux dont la pratique avoit été établie par les loix pour la liberté des suffrages, dans les assemblées du peuple & du sénat. Ces mêmes jettons servoient aussi dans les calculs, puisque l'expression omnium calculis, pour désigner l'unanimité des suffrages, est tirée du premier emploi de ces sortes de jettons, dont la matiere étoit de bois mince, poli, & frotté de cire de la même couleur, comme Cicéron nous l'apprend.

On en voit la forme dans quelques médailles de la famille Cassia ; & la maniere dont on les jettoit dans les urnes pour le scrutin, est exprimée dans celles de la famille Licinia. Les lettres gravées sur ces jettons, étoient V. R. uti rogas, & A. antiquo. Les premieres marquoient l'approbation de la loi, & la derniere signifioit qu'on la rejettoit. Enfin, les juges qui devoient opiner dans les causes capitales, en avoient de marqués à la lettre A pour l'absolution, absolvo ; à la lettre C. pour la condamnation, condemno ; & à celles-ci N. L. non liquet, pour un plus amplement informé.

Il y avoit encore une autre espece de bulletins, qu'on peut ranger au nombre des jettons. C'étoient ceux dont on se servoit dans les jeux publics, & par lesquels on décidoit du rang auquel les athletes devoient combattre. Si par exemple ils étoient vingt, on jettoit dans une urne d'argent vingt de ces pieces, dont chaque dixaine étoit marquée de numéros depuis 1 jusqu'à 10 ; chacun de ceux qui tiroient étoit obligé de combattre contre celui qui avoit le même numéro. Ces derniers jettons étoient nommés calculi athletici.

Si nous passons maintenant aux véritables jettons, ainsi nommés proprement dans notre langue, lesquels sont d'or, d'argent, ou de quelqu'autre métal, c'est je crois en France que nous en trouverons l'origine, encore n'y remonte-t-elle pas au-delà du xiv. siecle. On n'oseroit en fixer l'époque au regne de Charles VII. quoique ce soit le nom de ce prince avec les armes de France qui se voit sur le plus ancien jetton d'argent du cabinet du roi.

Les noms qu'on leur donna d'abord, & qu'ils portent sur une de leurs faces, sont ceux de gettoirs, jettouers, getteurs, giets, gets, & giétons, & depuis plus d'un siecle & demi, celui de jettons. Or il paroît que tous ces noms, ou pour parler plus juste, ce nom, varié seulement par les changemens arrivés dans la langue & dans l'orthographe, devoit son étymologie à l'action de compter, ou de jetter, à jactu, comme le pense Ménage.

Les jettons les plus anciens de cette derniere espece, que Saumaise a latinisé en les nommant jacti, ou jaclones, n'offroient dans leurs inscriptions que le sujet pour lequel ils avoient été faits, savoir pour les comptes, pour les finances. On lit sur quelques-uns de ceux qui ont été frappés sous le regne de Charles VIII, entendez bien & loyaument aux comptes ; sous Anne de Bretagne, gardez-vous de mès-compter ; sous Louis XII, calculi ad numerandum reg. jussu Lud. XII ; & sous quelques rois suivans, qui bien jettera, son compte trouvera.

L'usage des jettons pour calculer étoit si fort établi, que nos rois en faisoient fabriquer des bourses pour être distribuées aux officiers de leur maison qui étoient chargés des états des comptes, & aux personnes qui avoient le maniement des deniers publics.

La nature de ces comptes s'exprimoit ainsi dans les légendes ; pour l'écurie de la royne, sous Anne de Bretagne ; pour l'extraordinaire de la guerre, sous François I ; pro pluteo domini Delphini, sous François II. Quelquefois ces légendes portoient le nom des cours à l'usage desquelles ces jettons étoient destinés : pour les gens des comptes de Bretagne, gettoirs aux gens de finances ; pro camerâ computorum Bressiae. Quelquefois enfin, on y lit le nom des officiers même à qui on les destinoit. Ainsi nous en avons sur lesquels se trouvent ceux de Raoul de Refuge, maître des comptes de Charles VII ; de Jean de Saint-Amadour, maître d'hôtel de Louis XII ; de Thomas Boyer, général des finances sous Charles VIII ; de Jean Testu, conseiller & argentier de François I ; & d'Antoine de Corbie, contrôleur sous Henri II.

Les villes, les compagnies & les seigneurs en firent aussi fabriquer à leur nom, & à l'usage de leurs officiers. Les jettons se multiplierent par ce moyen, & leur usage devint si nécessaire pour faire toutes sortes de comptes, qu'il n'y a guere plus d'un siecle qu'on employoit encore dans la dot d'une fille à marier, la science qu'elle avoit dans cette sorte de calcul.

Les états voisins de la France goûterent bientôt la fabrique des jettons de métal ; il en parut peu de tems après en Lorraine, dans les pays-bas, en Allemagne, & ailleurs, avec des légendes françoises, pour les gens des comptes de Bar, de Bruxelles, &c.

Dans le dernier siecle, on s'est appliqué à les perfectionner, & finalement on en a tourné l'usage à marquer les comptes du jeu. On y a mis au revers du portrait du prince, des devises de toutes especes. Les rois de France en reçoivent d'or pour leurs étrennes ; on en donne dans ce royaume aux cours supérieures & à différentes personnes qualifiées par leur naissance ou par leurs charges. Enfin le monarque en gratifie les gens de lettres dans les académies, dont il est le protecteur.

Voilà l'histoire complete des jettons, depuis que de petites pierres employées aux calculs, ils se sont métamorphosés en pieces d'or ou d'argent, de même forme que la monnoie courante ; mais de quelque nature qu'ils soient, ils peuvent également servir aux mêmes usages ; sur quoi Charron dit avec esprit, que les rois font de leurs sujets comme des jettons, & les font valoir ce qu'ils veulent, selon l'endroit où ils les placent. (D.J.)

JETTON, est un petit instrument de cuivre ou de fer mince, à l'usage des Fondeurs de caracteres d'Imprimerie, & fait partie d'un autre instrument aussi de fer ou de cuivre, appellé justification. L'un & l'autre servent à s'assurer si les lettres sont bien en ligne, c'est-à-dire de niveau les unes avec les autres, en posant le jetton horisontalement sur l'oeil des lettres ; le jetton qui a un de ses côtés bien dressé & bien droit en forme de regle, se pose aussi perpendiculairement sur plusieurs lettres qui sont dans la justification. Si ce jetton touche également toutes ces lettres, c'est une marque qu'elles sont égales en hauteur, & bien par conséquent. Le contraire se fait sentir lorsque ce jetton pose sur les unes & non sur les autres ; on s'assure également de la justesse du corps avec le même instrument. Voyez JUSTIFICATION, Planche & figures.

JETTONS, REJETTONS, (Jard.) Voyez TAILLES.


JETTONNIERSS. m. pl. (Hist. littér.) ceux qui assistent régulierement à l'académie françoise, & entre lesquels les jettons destinés aux absens se partagent. Les jettonniers sont les travailleurs de cette société littéraire, & ceux qui l'honorent.


JETZE(Géog.) riviere d'Allemagne dans la vieille marche de Brandebourg, & qui se jette dans l'Elbe au duché de Lunebourg.


JEUS. m. (Droit naturel & Morale) espece de convention fort en usage, dans laquelle l'habileté, le hasard pur, ou le hasard mêlé d'habileté, selon la diversité des jeux, décide de la perte ou du gain, stipulés par cette convention, entre deux ou plusieurs personnes.

On peut dire que dans les jeux, qui passent pour être de pur esprit, d'adresse, ou d'habileté, le hasard même y entre, en ce qu'on ne connoît pas toûjours les forces de celui contre lequel on joue, qu'il survient quelquefois des cas imprévûs, & qu'enfin l'esprit ou le corps ne se trouvent pas toûjours également bien disposés, & ne font pas toûjours leurs fonctions avec la même vigueur.

Quoi qu'il en soit, l'amour du jeu est le fruit de l'amour du plaisir, qui se varie à l'infini. De toute antiquité, les hommes ont cherché à s'amuser, à se délasser, à se récréer, par toutes sortes de jeux, suivant leur génie & leurs tempéramens. Long-tems avant les Lydiens, avant le siege de Troye & durant ce siege, les Grecs, pour en tromper la longueur, & pour adoucir leurs fatigues, s'occupoient à différens jeux, qui du camp passerent dans les villes, à l'ombre du loisir & du repos.

Les Lacédémoniens furent les seuls qui bannirent entiérement le jeu de leur république. On raconte que Chilon, un de leurs citoyens, ayant été envoyé pour conclure un traité d'alliance avec les Corinthiens, il fut tellement indigné de trouver les magistrats, les femmes, les vieux & les jeunes capitaines tous occupés au jeu, qu'il s'en retourna promtement, en leur disant que ce seroit ternir la gloire de Lacédémone, qui venoit de fonder Byzance, que de s'allier avec un peuple de joueurs.

Il ne faut pas s'étonner de voir les Corinthiens passionnés d'un plaisir qui communément regne dans les états, à proportion de l'oisiveté, du luxe & des richesses. Ce fut pour arrêter, en quelque maniere, la même fureur, que les lois romaines ne permirent de jouer que jusqu'à une certaine somme ; mais ces lois n'eurent point d'exécution, puisque parmi les excès que Juvenal reproche aux Romains, celui de mettre tout son bien au hasard du jeu est marqué précisément dans sa premiere satyre, vers 88.

.... Alea quando

Hos animos ? Neque enim loculis comitantibus

Ad casum tabulae, posita sed luditur arca.

" La phrénésie des jeux de hasard a-t-elle jamais été plus grande ? Car ne vous figurez pas qu'on se contente de risquer, dans ces académies de jeux, ce qu'on a par occasion d'argent sur soi ; on y fait porter exprès des cassettes pleines d'or, pour les jouer en un coup de dé "

Ce qui paroît plus singulier, c'est que les Germains mêmes goûterent si fortement les jeux de hasard, qu'après avoir joué tout leur bien, dit Tacite, ils finissoient par se jouer eux-mêmes, & risquoient de perdre, novissimo jactu, pour me servir de son expression, leur personne & leur liberté. Si nous regardons aujourd'hui les dettes du jeu comme les plus sacrées de toutes, c'est peut-être un héritage qui nous vient de l'ancienne exactitude des Germains à remplir ces sortes d'engagemens.

Tant de personnes de tout pays ont mis & mettent sans-cesse une partie considérable de leur bien à la merci des cartes & des dés, sans en ignorer les mauvaises suites, qu'on ne peut s'empêcher de rechercher les causes d'un attrait si puissant.

Un joueur habile, dit l'abbé du Bos, pourroit faire tous les jours un gain certain, en ne risquant son argent qu'aux jeux où le succès dépend encore plus de l'habileté des tenans que du hasard des cartes & des dés ; cependant il préfére souvent les jeux où le gain dépend entierement du caprice des dés & des cartes, & dans lesquels son talent ne lui donne point de supériorité sur les joueurs. La raison principale d'une prédilection tellement opposée à ses intérêts, procéde de l'avarice, ou de l'espoir d'augmenter promtement sa fortune.

Outre cette raison, les jeux qui laissent une grande part dans l'événement à l'habileté du joueur, exigent une contention d'esprit trop suivie, & ne tiennent pas l'ame dans une émotion continuelle, ainsi que le font le passe-dix, le lansquenet, la bassette, & les autres jeux où les événemens dépendent entierement du hasard. A ces derniers jeux, tous les coups sont décisifs, & chaque événement fait perdre ou gagner quelque chose ; ils tiennent donc l'ame dans une espece d'agitation, de mouvement, d'extase, & ils l'y tiennent encore sans qu'il soit besoin qu'elle contribue à son plaisir par une attention sérieuse, dont notre paresse naturelle est ravie de se dispenser.

M. de Montesquieu confirme tout cela par quelques courtes réflexions sur cette matiere. " Le jeu nous plait en général, dit-il, parce qu'il attache notre avarice, c'est-à-dire, l'espérance d'avoir plus. Il flatte notre vanité, par l'idée de la préférence que la fortune nous donne, & de l'attention que les autres ont sur notre bonheur. Il satisfait notre curiosité, en nous procurant un spectacle. Enfin, il nous donne les différens plaisirs de la surprise. Les jeux de hasard nous intéressent particulierement, parce qu'ils nous présentent sans cesse des événemens nouveaux, promts & inattendus. Les jeux de société nous plaisent encore, parce qu'ils sont une suite d'événemens imprévûs qui ont pour cause l'adresse jointe au hasard ".

Aussi le jeu n'est-il regardé dans la société que comme un amusement, & je lui laisse cette appellation favorable, de peur qu'une autre plus exacte ne fît rougir trop de monde. S'il y a même tant de gens sages qui jouent volontiers, c'est qu'ils ne voyent point quels sont les égaremens cachés du jeu, ses violences & ses dissipations. Ce n'est pas que je prétende que les jeux mixtes, ni même les jeux de hasard ayent rien d'injuste, à en juger par le seul droit naturel ; car outre que l'on s'engage au jeu de plein gré, chaque joueur expose son argent à un péril égal ; chacun aussi, comme nous le supposons, joue son propre bien, dont il peut par conséquent disposer. Les jeux, & autres contrats où il entre du hasard, sont légitimes dès que ce qu'on risque de perdre de part & d'autre, est égal ; & dès que le danger de perdre, & l'espérance de gagner, ont de part & d'autre une juste proportion avec la chose que l'on joue.

Cependant, cet amusement se tient rarement dans les bornes que son nom promet ; sans parler du tems précieux qu'il nous fait perdre, & qu'on pourroit mieux employer, il se change en habitude puérile, s'il ne tourne pas en passion funeste par l'amorce du gain. On connoit à ce sujet les vers si délicats & si pleins de vérité de Mde. Deshoulieres :

Le desir de gagner, qui nuit & jour occupe,

Est un dangereux aiguillon :

Souvent quoique l'esprit, quoique le coeur soit bon,

On commence par être dupe,

On finit par être fripon.

C'est en vain qu'on sait que les personnes ruinées par le jeu, passent en nombre les gens robustes que les médecins ont rendu infirmes ; on se flate qu'on sera du petit nombre de ceux que ses bienfaits ont favorisé depuis l'origine du monde.

Mais comme le souverain doit porter son attention à empêcher la ruine des citoyens dans toutes sortes de contrats, c'est à lui qu'il appartient de régler celui-ci, & de voir jusqu'où l'intérêt de l'état & des particuliers exige qu'il défende le jeu, ou souffre qu'il le permette en général. Les lois des gouvernemens sages ne sauroient trop sévir contre les académies de Philocubes (pour me servir du terme d'Aristénete) & celles de tous les jeux de hasard disproportionnés.

M. Barbeyrac a publié un traité des jeux, à Amsterdam en 1709. in-12. où cette matiere, envisagée selon les principes de Morale & de Droit naturel, est traitée à fond avec autant de lumieres que de jugement : j'y renvoie les lecteurs curieux. (D.J.)

Le jeu occupe & flate l'esprit par un usage facile de ses facultés ; il amuse par l'espérance du gain. Pour l'aimer avec passion, il faut être avare ou accablé d'ennui ; il n'y a que peu d'hommes qui ayent une aversion sincere pour le jeu. La bonne compagnie prétend que sa conversation, sans le secours du jeu, empêche de sentir le poids du desoeuvrement : on ne joue pas assez.

JEU DE LA NATURE. (Anat. Physiol.) On entend par jeu de la nature dans le corps humain, une conformation de quelques-unes, ou de plusieurs de ses parties solides, différentes de celle qui est appellée naturelle, parce qu'elle se présente ordinairement.

Si l'on ouvroit plus de cadavres, dit M. de Fontenelle, les singularités des jeux de la nature deviendroient plus communes, les différentes structures mieux connues, & par conséquent les hypothèses plus rares. Peut-être encore qu'avec le tems, on pourroit, par toutes les conformations particulieres, tirer des éclaircissemens sur la conformation générale.

Je n'examinerai point si toutes ces conséquences sont également justes ; c'est assez de remarquer qu'on peut rassembler un nombre très-considérable d'observations qui constatent les jeux de la nature à plusieurs égards, & qui sont en même tems fort singuliers. J'avois moi-même formé sur ce sujet un grand recueil, que je regrette, & qui a péri dans un naufrage. Je desire que quelqu'un plus heureux travaille un plan de cette espece, en réunissant avec choix les faits épars sur cette matiere, & sur-tout en accompagnant son ouvrage de réflexions physiologiques, dans le goût de celles que M. Hunaud nous a données sur les jeux du crâne. Ce travail ainsi digéré, répandroit, je pense, des lumieres intéressantes sur l'économie animale. Au pis aller, un tel répertoire contiendroit quantité de faits curieux ; le lecteur en jugera par un petit nombre d'exemples, qui m'ont paru dignes de lui être communiqués, & dont j'ai conservé le souvenir.

Premier exemple. Jeux variés de la nature dans un même sujet. Non-seulement l'on a découvert par l'Anatomie des jeux de la nature dans diverses personnes, sur quelques parties du corps humain en particulier ; mais il se rencontre quelquefois dans un même sujet plusieurs conformations différentes du cours ordinaire. Morgagni en a vû de pareilles dans trois ou quatre cadavres qu'il disséquoit en 1740.

Savoir, 1°. six vertebres lombaires dans un sujet qui avoit vingt-six côtes, dont la premiere soûtenoit les petites côtes surnuméraires, & la derniere étoit continuée à la premiere de l'os sacrum. 2°. Il a trouvé dans un autre sujet la veine iliaque droite revenant à son origine, après avoir fait quelque chemin au-dessous du tronc de la veine-cave, & formant une espece d'île. 3°. Dans une femme de 39 ans, il a vû quatre valvules, au lieu de trois, à l'orifice de l'artere pulmonaire. Comme les autres variétés qu'il trouva dans les mêmes sujets, portoient sur des ramifications de vaisseaux, sur des vertebres doubles, sur des os, &c. nous n'en parlerons pas.

Second exemple de semblables jeux. M. Poupart, faisant la dissection d'une fille âgée de sept ans, trouva qu'elle n'avoit du côté gauche, ni artere, ni veine émulgente, ni rein, ni uretere, ni artere ni veine spermatiques ; il ne vit même nulle apparence qu'aucune de ces parties eût jamais existé, & se fût flétrie ou détruite par quelque indisposition. Le rein & l'uretere du côté droit étoient seulement plus gros qu'ils ne sont naturellement, parce que chacun d'eux étoit seul à faire une fonction qui auroit dû être partagée. Hist. de l'acad. ann. 1700, p. 35.

Troisieme exemple. Jeux de la nature tant intérieurement qu'extérieurement. Voici un troisieme exemple de jeux de la nature, tant en-dedans qu'en-dehors, dans une petite fille qui vêcut peu de jours, & qui fut disséquée soigneusement par Saviard & Duverney.

Les mains de cette fille étoient extérieurement semblables aux mitaines que l'on met pendant l'hiver aux petits enfans, fort unies au-dehors ; elles avoient en dedans plusieurs replis à l'ordinaire ; il n'y avoit point de doigts à leurs extrémités, mais elles étoient terminées par un gros bourrelet ; les piés étoient comme les mains sans orteils, & terminés de la même maniere.

L'on remarquoit à l'extrémité de chaque os du métacarpe & du métatarse un petit allongement qui sembloit être disposé à former la phalange d'un doigt ou d'un orteil.

Quant aux vaisseaux ombilicaux, il n'y avoit qu'une seule artere, au lieu de deux, qui sont pour l'ordinaire des branches de l'iliaque ou de l'hypogastrique ; & cette artere étoit formée du tronc de l'artere, qui auroit dû produire l'iliaque gauche.

Les capsules rénales étoient trois fois plus grosses qu'elles ne le sont naturellement, & leurs vaisseaux étoient à l'ordinaire.

Il n'y avoit dans la région lombaire, tant au côté droit qu'au côté gauche, ni rein, ni vaisseaux émulgens, ni ureteres ; mais en poursuivant la dissection jusqu'à une tumeur qui s'élevoit sur l'os sacrum, à l'endroit où il commence sa courbure pour former le bassin de l'hypogastre, & ayant ouvert la membrane qui enveloppoit cette éminence, on apperçut les deux reins. Ils étoient distans l'un de l'autre de deux lignes ou environ, & cependant liés ensemble par le moyen d'un petit uretere, qui sortant du rein droit, alloit se décharger dans un canal commun qui recevoit pareillement un autre petit uretere sortant du canal gauche ; ce canal commun se portoit dans une poche commune.

Le souffle introduit dans cette poche donna lieu d'observer deux petites matrices, qui avoient chacune une veine & une artere spermatiques, lesquelles se distribuoient de leur côté à un petit testicule attaché au ligament large.

Ces deux petites matrices avoient chacune leurs ligamens larges & ronds, leurs trompes, leurs franges ou pavillons, leurs vaisseaux déférens, & leur vagin fort court ; cependant le droit un peu plus long que le gauche, tomboit un peu plus bas dans la poche commune ; & le petit vagin gauche étoit percé pour recevoir le canal commun de l'uretere, qui déchargeoit la sérosité séparée par les reins dans cette poche, laquelle n'étoit, à vrai dire, que la fin du boyau droit un peu dilaté.

Il est probable, par la description de ces organes, que si cet enfant eût vêcu jusqu'à l'âge des adultes, il eût été incapable de génération, par le mélange qu'il y auroit eu de la semence avec les excrémens, tant stercoraux qu'urinaires, outre que l'urine & les matieres stercorales seroient sorties involontairement. Saviard, observ. 94.

Quatrieme exemple de jeux de la nature dans la transposition des visceres d'un enfant. J'ai lû les observations de deux ou trois exemples bien singuliers en ce genre. Je commencerai par citer le fait communiqué en 1742 à l'académie royale des Sciences, par M. Sué, parce que ce fait exclut tout sujet de doute. L'enfant, dont il s'agit, est dans le cabinet du Roi, n°. 350. M. Daubenton en a donné la description & la figure dans l'histoire de ce cabinet, tab. iij. pag. 204. Planche VIII.

La poitrine & le bas-ventre de cet enfant, ainsi que les visceres qui y étoient renfermés, paroissent à découvert ; on voit clairement leur transposition. Voici comme ils sont situés.

La pointe du coeur est tournée à droite, & la base est inclinée à gauche. Les troncs des gros vaisseaux sont transposés d'un côté à l'autre ; ainsi la courbure de l'aorte est dirigée du côté droit, l'oesophage est placé du côté droit, la bifurcation de la trachée-artere se trouve au côté gauche de l'aorte, & le poumon a trois lobes de ce même côté.

Le foie est à l'endroit où devroit être la rate, qui est placée du côté droit ; l'orifice supérieur de l'estomac est à droite, & le pylore à gauche. La direction du canal intestinal étoit en sens contraire, à celui de l'état ordinaire. Le pancréas est placé sous la rate, & son conduit est dirigé du côté gauche, pour entrer dans le duodenum avec le canal cholidoque. Il n'avoit que le rein gauche, & il étoit plus gros qu'il ne devoit être. Les capsules atrabilaires étoient à leur place.

Les vaisseaux étoient transposés comme les visceres, & le canal thorachique s'ouvroit dans la soûclaviere du côté droit. La veine ombilicale étoit dirigée du côté gauche, pour arriver dans la scissure du foie.

L'enfant est mort cinq jours après sa naissance ; mais faut-il en attribuer la cause au dérangement de ses parties, qui étoient d'ailleurs très-bien conformées ? C'est ce dont il est permis de douter, d'autant mieux que nous avons l'exemple d'un soldat qui a vecu 70 ans, quoiqu'il eût un déplacement général de toutes les parties contenues dans la poitrine & dans le bas-ventre. On n'a connu cette singularité de déplacement de parties que par l'ouverture de son cadavre.

Cinquieme exemple de pareils jeux dans un vieillard. Le soldat dont il s'agit, étant mort âgé de 70 ans, le 23 Octobre 1688, à l'hôtel des Invalides, M. Morand fit l'ouverture de son cadavre en présence de MM. du Parc, Saviard, & autres chirurgiens.

Après avoir levé les tégumens communs, & découvert la duplicature du péritoine, on y trouva la veine ombilicale couchée au long de la ligne blanche, laquelle, au lieu de se détourner ensuite du côté droit pour entrer dans la scissure du foie, se trouvoit effectivement placée, ainsi que la rate, au côté droit, contre l'ordre naturel.

Le grand lobe du foie occupoit entierement l'hypochondre gauche, & la scissure regardoit le derriere du cartilage xiphoïde. Son petit lobe occupoit une partie de la région épigastrique, & déclinoit vers l'hypochondre droit.

On remarqua dans la poitrine, que l'oesophage y entroit par le côté droit, & passoit au-devant de l'uretere ; puis descendant & se glissant du même côté droit, y perçoit le diaphragme, & après l'avoir traversé, se glissoit entre le foie & la rate pour entrer dans le bas-ventre.

Le fond de l'estomac, suivant la même route, étoit situé du côté droit, entre le foie & la rate ; le pylore & l'intestin duodenum se trouvoient au-dessous du foie ; & ce boyau passant par-dessous la veine & l'artere mésentérique supérieure, puis faisant sa courbure, se glissoit du côté droit vers la partie lombaire, & formoit le jejunum.

Tous les intestins grêles avoient aussi changé de situation ; le coecum & le commencement du colon étoient placés dans l'île gauche, & le contour de ce dernier boyau passoit à l'ordinaire, mais de gauche à droite, sous l'extrémité du foie, du ventricule & de la rate, & descendoit ensuite dans la region iliaque droite, pour produire le rectum.

La même transposition s'étoit faite aux reins & aux parties génitales : car le rein droit se trouvant au côté gauche, & le gauche étant au côté droit, l'on voyoit la veine spermatique droite sortir de l'émulgente, & la veine spermatique gauche sortir du tronc de la cave contre l'ordre naturel.

De plus, le rein du côté droit étoit plus élevé que celui du côté gauche, & deux ureteres sortoient du rein droit, l'un du bassinet à l'ordinaire, & l'autre de sa partie inférieure.

Les capsules atrabilaires avoient aussi passé d'un côté à l'autre, ce qu'on reconnut par les veines, la capsule gauche recevant la sienne du tronc de la cave, & la droite de l'émulgente.

Le coeur lui-même prenoit part à ce changement ; sa base étoit située au milieu de la poitrine, mais sa pointe inclinoit du côté droit contre son ordinaire, qui est de se porter du côté gauche. De cette façon, le ventricule droit du coeur regardoit le côté gauche de la poitrine, & la veine-cave qui en sortoit du même côté, produisoit deux troncs à l'ordinaire ; l'inférieur perçoit le diaphragme au côté gauche du corps des vertebres, & l'artere du poumon sortoit de ce même ventricule, se glissant du côté droit, & là se partageoit en deux branches à l'ordinaire.

Le tronc de l'aorte sortant du ventricule gauche, & se trouvant placé au côté droit de la poitrine, se courboit du même côté contre la coûtume ; après quoi, perçant le diaphragme au côté droit, & descendant jusqu'à l'os sacrum, il occupoit toûjours le côté droit du corps des vertebres.

La veine du poûmon sortant du même ventricule, se courboit aussi un peu du côté droit.

Enfin, la veine azygos se trouvoit au côté droit du corps des vertebres, ensorte que la distribution des vaisseaux souffroit un changement conforme à celui qui étoit arrivé aux visceres. Voyez l'observat. 112 de Saviard, ou l'hist. de l'acad. royale des Sciences de 1686 à 1699. tom. II. p. 44.

6°. Autres exemples confirmatifs. Ce fait tout étrange, tout surprenant qu'il paroisse, n'est cependant pas unique ; on avoit déja vû à Paris en 1650 un pareil exemple dans le meurtrier qui avoit tué un gentilhomme, au lieu de M. le duc de Beaufort, & dont le corps, après avoir été roué, fut disséqué par M. Bertrand, chirurgien, qui en a publié l'histoire avec des remarques, dans un traité particulier. Cette même histoire est détaillée plus au long dans les observat. médic. de M. Cattier, docteur en Médecine. Bonet l'a inséré dans son sepulchretum, liv. IV. sect. 1. obs. 7. 5. 3. Il en est aussi fait mention dans les mémoires de Joly, qui à cette occasion rapporte qu'on avoit observé la même chose dans un chanoine de Nantes.

Un savant plein d'érudition, ce doit être M. Falconet, m'a encore indiqué le journal de dom Pierre de Saint-Romuald, imprimé à Paris en 1661, où il est dit qu'on trouva une pareille transposition de visceres en 1657, dans le cadavre du sieur Audran, commissaire des gardes françoises.

On peut joindre à tout ceci l'observation d'Hoffman, imprimée à Leipsick en 1671, in-4°. sous le titre de Cardianastrophe, seu cordis universi, memorabilis observatio, &c.

Septieme exemple de jeux de la nature sur la situation de visceres dans la poitrine. Les Transactions philosophiques de l'année 1702, n°. 275, & les acta eruditorum, même année 1702, p. 524. font le détail du cas suivant, qui est fort extraordinaire.

Charles Holt, en disséquant un enfant de deux mois, en présence de trois témoins experts en Anatomie, ne découvrit ni d'intestins hormis le rectum, ni de mésentere dans la cavité du bas-ventre ; mais ayant détaché le sternum, il les trouva dans la cavité de la poitrine, couchés sur le coeur & les poumons. Pour comble de surprise, l'omentum & le médiastin manquoient. Le pylore étoit retiré vers le fond du ventricule près des vertebres du dos : le gros boyau s'étendoit obliquement depuis l'anus vers un trou particulier du diaphragme, & étoit caché dessous avec une partie du duodenum. Il paroît que ce trou du diaphragme étoit absolument naturel, & avoit servi au passage des intestins dans la poitrine, car tout étoit entier sans aucun déchirement. On ne trouva pas la moindre communication des intestins avec aucune autre partie du corps ; cependant l'enfant avoit vêcu, prenoit tous les jours des alimens, & alloit à la selle.

Ce petit nombre de faits singuliers, tirés de bonnes sources, ne suffit que trop pour conclure qu'aujourd'hui comme du tems de Pline, nous pouvons répéter avec lui, ignotum est quo modo & per quae vivimus.

Huitieme exemple de jeux de la nature sur le manque des parties de la génération. Ces parties, qui depuis tant de siecles renouvellent continuellement la face de l'univers par un méchanisme inexplicable, sont non-seulement exposées à des vices bisarres d'origine & de conformation ; mais quelquefois même elles manquent absolument dans des enfans qui viennent au monde. Ainsi Saviard a été le témoin oculaire d'un enfant né à l'Hôtel-Dieu de Paris, manquant des parties de la génération qui appartiennent à l'un ou à l'autre sexe, & n'ayant d'autre ouverture à l'extérieur que celle du rectum.

Ainsi le docteur Barton témoigne avoir vû dans le comté d'Yorck un enfant qui ressembloit entierement à celui de Saviard. Cet enfant n'avoit aucune partie extérieure de la génération, ni mâle, ni femelle, ni aucun vestige de ces organes. Les autres parties du corps étoient conformes à l'état naturel & ordinaire, excepté que vers le milieu de l'espace qui est entre le nombril & l'os pubis, se trouvoit une substance spongieuse, nue, sans proéminence, tendre, fort sensible, percée de pores innombrables, desquels pores l'urine sortoit sans-cesse. L'enfant a vêcu cinq ans, & est mort de la petite vérole. Mém. d'Edimb. ann. 1740. tom. V. p. 428.

Exemples de jeux de la nature qui peuvent être utiles dans la pratique. Il est possible quelquefois de trouver dans les jeux de la nature des variations, dont la connoissance peut avoir quelque utilité, c'est-à-dire peut servir dans l'explication des fonctions de l'économie animale ou des maladies, & peut faire éviter quelque erreur dans la pratique. Je compte au nombre de ces variations les os triangulaires, qu'on trouve quelquefois dans les sutures du crane, & plus fréquemment dans la suture lambdoïde, que dans aucune autre ; parce que, faute de connoître ces jeux, quelqu'un pourroit se tromper à l'égard de ceux qui ont de pareils os, & prendre une légere plaie pour une fracture considérable.

Observation génerale. Enfin, personne n'ignore les jeux de la nature qui s'étendent sur les proportions des parties du corps d'un même individu, car nonseulement les mêmes parties du corps n'ont point les mêmes dimensions proportionnelles dans deux personnes différentes ; mais dans la même personne une partie n'est point exactement semblable à la partie correspondante. Par exemple, souvent le bras ou la jambe du côté droit n'a pas les mêmes dimensions que le bras ou la jambe du côté gauche. Ces variétés sont faciles à comprendre ; elles tirent leur origine de celle de l'accroissement des os, de leurs ligamens, de leur nutrition, des vaisseaux qui se distribuent à ces parties, des muscles qui les couvrent, &c. C'est à l'art du dessein qu'on doit les idées de la proportion ; le sentiment & le goût ont fait ce que la méchanique ne pouvoit faire, & comme dit encore M. de Buffon, on a mieux connu la nature par la représentation que par la nature même. (D.J.)

JEU DE LA NATURE, lusus naturae. (Hist. nat. Lithologie) Les Naturalistes nomment ainsi les pierres qui ont pris par divers accidens fortuits une forme étrangere au regne minéral, & qui ressemblent ou à des végétaux, ou à des animaux, ou à quelques-unes de leurs parties, ou à des produits de l'art, &c. sans qu'on puisse indiquer la cause qui a pû leur donner la figure qu'on y remarque. Ces pierres ainsi conformées ne different point dans leur essence des pierres ordinaires ; ce sont ou des cailloux, ou des agates, ou des pierres à chaux, ou du grès, &c. toute la différence, s'il y en a, vient de la curiosité & de l'imagination vive de ceux qui forment des cabinets d'histoire naturelle, & qui attachent souvent de la valeur à ces pierres, en raison de la bizarrerie de leurs figures. Wallerius a raison de dire que dans ces sortes de pierres la nature n'a fait qu'ébaucher des ressemblances grossieres, que l'imagination des propriétaires supplée à ce qui leur manque, & qu'on pourroit plutôt les nommer lusus lithophilorum que lusus naturae.

On doit placer parmi les jeux de la nature les pierres ou marbres de Florence sur lesquelles on voit des ruines, les priapolites, les dendrites, les agates herborisées, les agates & les jaspes, & les marbres sur lesquels on remarque différens objets, dont la ressemblance n'est formée que par l'arrangement fortuit des veines, des taches, & des couleurs de ces sortes de pierres.

Bruckmann, grand compilateur d'histoire naturelle, rapporte une dissertation, intitulée de Papatu à naturâ detestato ; l'auteur de cette ridicule dissertation est un nommé Gleichmann. Il y est question d'une pierre, sur laquelle on voyoit, ou du-moins on croyoit voir, une religieuse ayant une mitre sur sa tête, vêtue des ornemens pontificaux, & portant un enfant dans ses bras. Il dit que la papesse Jeanne se présenta aussitôt à son imagination, & il ne douta pas que la nature en formant cette pierre n'eût voulu marquer combien elle avoit d'horreur pour le papisme. Voyez Bruckmann, Epistolae itinerariae, centuriâ I. epistol. lvj. On conserve deux agates dans le cabinet d'Upsal, sur l'une desquelles on dit qu'on voit le jugement dernier, & sur l'autre le passage de la mer Rouge par les enfans d'Israël. Voyez Wallerius, Minéralogie, tome I.

Il y a des gens qui connoissant le goût de quelques collecteurs d'histoire naturelle pour le merveilleux, savent le mettre à profit, & leur font payer cherement, comme jeux de la nature, des pierres chargées d'accidens, qu'ils ont eu le secret d'y former par art, ou du-moins dans lesquelles ils ont aidé la nature, en perfectionnant des ressemblances qu'elle n'avoit fait que tracer grossierement, avec de la dissolution d'or, avec celle d'argent, &c. On peut tracer des desseins assez durables sur les agates ; il est aussi fort aisé d'en former sur le marbre, &c. Voyez la Minéralogie de Wallerius, tome I. page 172 de la traduction françoise, & tome II. page 128.

On ne doit point confondre avec les jeux de la nature les pierres qui doivent leurs figures à des causes connues, telles que sont celles qui ont été moulées dans des coquilles, celles qui ont pris les empreintes des corps marins qui se trouvent dans le sein de la terre, celles dans lesquelles on voit des empreintes de végétaux & de poissons, les bois pétrifiés, les crabes pétrifiés, &c. ce n'est point le hasard qui a produit les figures qu'on y remarque. Voyez FOSSILES.

Il ne faut point non plus appeller jeux de la nature les corps que la nature produit toûjours sous une forme constante & déterminée, tels que les crystallisations, les marcassites, &c. & encore moins ceux qui sont des produits de l'art des hommes. Voyez FIGUREES PIERRES. (-)

JEU DE MOTS, (Gramm.) espece d'équivoque, dont la finesse fait le prix, & dont l'usage doit être fort modéré. On peut la définir, une pointe d'esprit fondée sur l'emploi de deux mots qui s'accordent pour le son, mais qui different à l'égard du sens. Voyez POINTE.

Les jeux de mots, quand ils sont spirituels, se placent à merveille dans les cris de guerre, les devises & les symboles. Ils peuvent encore avoir lieu, lorsqu'ils sont délicats, dans la conversation, les lettres, les épigrammes, les madrigaux, les impromptus, & autres petites pieces de ce genre. Voltaire pouvoit dire à M. Destouches,

Auteur solide, ingénieux,

Qui du théatre êtes le maître,

Vous qui fites le Glorieux,

Il ne tiendroit qu'à vous de l'être.

Ces sortes de jeux de mots ne sont point interdits, lorsqu'on les donne pour un badinage qui exprime un sentiment, ou pour une idée passagere ; car si cette idée paroissoit le fruit d'une réflexion sérieuse, si on la débitoit d'un ton dogmatique, on la regarderoit avec raison comme une petitesse frivole.

Mais on ne permet jamais les jeux de mots dans le sublime, dans les ouvrages graves & sérieux, dans les oraisons funebres, & dans les discours oratoires. C'est par exemple un jeu de mots bien misérable que ces paroles de Jules Mascaron, évêque de Tulles, & puis d'Agen, dans l'oraison funebre d'Henriette d'Angleterre. " Le grand, l'invincible, le magnanime Louis, à qui l'antiquité eut donné mille coeurs, elle qui les multiplioit dans les héros, selon le nombre de leurs grandes qualités, se trouve sans coeur à ce spectacle ".

Il est certain que ce mauvais goût a paru & s'est éclipsé à plusieurs reprises dans les divers pays. Il n'y a même nul doute qu'il ne revienne dans une nation, toutes les fois que l'amour de la frivolité, de la plaisanterie, & du ridicule, succédera à l'amour du bon, du solide & du vrai. Si cette réflexion est juste, craignons le retour prochain de ce mauvais goût parmi nous. Cependant je n'appréhende pas si-tôt le retour des jeux de mots grossiers ; nous sommes encore assez délicats pour les renvoyer, je ne dirai point aux gens de robe, comme on le prétend à la cour, mais aux spectacles des farceurs, ou aux artisans qui sont les plaisans de leur voisinage. (D.J.)

JEU, lusus. (Bell. lett.) Voyez JOUER & JEUX.

JEU DE THEATRE, (en poésie) Voyez DRAME, TRAGEDIE, COMEDIE, &c.

JEUX (SALLE DE). Voyez THEATRE, AMPHITHEATRE, &c.

JEUX, s. m. pl. (Antiq. greq. & rom.) sortes de spectacles publics qu'ont eû la plûpart des peuples pour se délasser, ou pour honorer leurs dieux ; mais puisque parmi tant de nations nous ne connoissons gueres que les jeux des Grecs & des Romains, nous nous retrancherons à en parler uniquement dans cet article.

La religion consacra chez eux ces sortes de spectacles ; on n'en connoissoit point qui ne fût dédié à quelque dieu en particulier, ou même à plusieurs ensemble ; il y avoit un arrêt du sénat romain qui le portoit expressément. On commençoit toûjours à les solemniser par des sacrifices, & autres cérémonies religieuses : en un mot, leur institution avoit pour motif apparent la religion, ou quelque pieux devoir.

Les jeux publics des Grecs se divisoient en deux especes différentes ; les uns étoient compris sous le nom de gymniques, & les autres sous le nom de scéniques. Les jeux gymniques comprenoient tous les exercices du corps, la course à pié, à cheval, en char, la lutte, le saut, le javelot, le disque, le pugilat, en un mot le pentathle ; & le lieu où l'on s'exerçoit, & où l'on faisoit ces jeux, se nommoit Gymnase, Palestre, Stade, &c. selon la qualité des jeux. Voyez GYMNIQUES, GYMNASE, PALESTRE, STADE, &c.

A l'égard des jeux scéniques on les représentoit sur un théatre, ou sur la scene, qui est prise pour le théatre entier. Voyez SCENE.

Les jeux de Musique & de Poésie n'avoient point de lieux particuliers pour leurs représentations.

Dans tous ces jeux il y avoit des juges pour décider de la victoire, mais avec cette différence que dans les combats tranquilles, où il ne s'agissoit que des ouvrages d'esprit, du chant, de la musique, les juges étoient assis lorsqu'ils distribuoient les prix ; & dans les combats violens & dangereux, les juges prononçoient debout : nous ignorons la raison de cette différence. Pour ce qui regarde l'ordre, les lois, les statuts de ces derniers combats, on en trouvera le détail au mot GYMNIQUES.

Toutes ces choses présupposées connues, nous nous contenterons de remarquer, que parmi tant de jeux, les Olympiques, les Pythiens, les Néméens & les Isthmiens, ne sortiront jamais de la mémoire des hommes, tant que les écrits de l'antiquité subsisteront dans le monde.

Dans les quatre jeux solemnels qu'on vient de nommer ; dans ces jeux qu'on faisoit avec tant d'éclat, & qui attiroient de tous les endroits de la terre une si prodigieuse multitude de spectateurs & de combattans ; dans ces jeux, dis-je, à qui seuls nous devons les odes immortelles de Pindare, on ne donnoit pour toute récompense qu'une simple couronne d'herbe ; elle étoit d'olivier sauvage aux jeux Olympiques, de laurier aux jeux Pythiques, d'ache verd aux jeux Néméens, & d'ache sec aux jeux Isthmiques. La Grece voulut apprendre à ses enfans que l'honneur devoit être l'unique but de leurs actions.

Aussi lisons-nous dans Hérodote que durant la guerre de Perse, Tigrane entendant parler de ce qui constituoit le prix des jeux si fameux de la Grece, il se tourna vers Mardonius, & s'écria, frappé d'étonnement : " Ciel, avec quels hommes nous avez-vous mis aux mains ! insensibles à l'intérêt, ils ne combattent que pour la gloire ". Voyez donc JEUX OLYMPIQUES, PYTHIENS, NEMEENS, ISTHMIENS.

Il y avoit quantité d'autres jeux passagers, qu'on célébroit dans la Grece ; tels sont dans Homere ceux qui furent faits aux funérailles de Patrocle ; & dans Virgile, ceux qu'Enée fit donner pour le jour de l'anniversaire de son pere Anchise. Mais ce n'étoient-là que des jeux privés, des jeux où l'on prodiguoit pour prix des cuirasses, des boucliers, des casques, des épées, des vases, des coupes d'or, des esclaves. On n'y distribuoit point de couronnes d'ache, d'olivier, de laurier ; elles étoient reservées pour de plus grands triomphes.

Les jeux Romains ne sont pas moins fameux que ceux des Grecs, & ils furent portés à un point incroyable de grandeur & de magnificence. On les distingua par le lieu où ils étoient célébrés, ou par la qualité du dieu à qui on les avoit dédiés. Les premiers étoient compris sous le nom de jeux circenses & de jeux scéniques, parce que les uns étoient célébrés dans le cirque, & les autres sur la scene. A l'égard des jeux consacrés aux dieux, on les divisoit en jeux sacrés, en jeux votifs, parce qu'ils se faisoient pour demander quelque grace aux dieux ; en jeux funebres & en jeux divertissans, comme étoient par exemple les jeux compitaux. Voyez CIRCENSES, FUNEBRES, SACRES, VOTIFS.

Les rois réglerent les jeux Romains pendant le tems de la royauté ; mais après qu'ils eurent été chassés de Rome, dès que la république eut pris une forme réguliere, les consuls & les préteurs présiderent aux jeux Circenses, Apollinaires & Séculaires. Les édiles plébéïens eurent la direction des jeux Plébéïens ; le préteur, ou les édiles curules, celle des jeux dédiés à Cérès, à Apollon, à Jupiter, à Cybele, & aux autres grands dieux, sous le titre de jeux Mégalésiens. Voyez APOLLINAIRES, JEUX CEREAUX, CAPITOLINS, MEGALESIENS.

Dans ce nombre de spectacles publics, il y en avoit que l'on appelloit spécialement jeux Romains, & que l'on divisoit en grands, magni, & très-grands, maximi.

Le sénat & le peuple ayant été réunis l'an 387, par l'adresse & l'habileté de Camille, la joie fut si vive dans tous les ordres, que pour marquer aux dieux leur reconnoissance de la tranquillité dont ils esperoient jouir, le sénat ordonna que l'on fît de grands jeux à l'honneur des dieux, & qu'on les solemnisat pendant quatre jours, au lieu qu'auparavant les jeux publics n'avoient eû lieu que pendant trois jours, & ce fut par ce changement qu'on appella ludi maximi les jeux qu'on nommoit auparavant ludi magni.

On célébroit chez les Romains des jeux, non-seulement à l'honneur des divinités qui habitoient le ciel, mais même à l'honneur de celles qui régnoient dans les enfers ; & les jeux institués pour honorer les dieux infernaux étoient de trois sortes, connus sous le nom de Taurilia, Compitalia, & Terentini ludi. Voyez TAURILIENS, jeux, COMPITALES & TERENTINS.

Les jeux scéniques comprenoient toutes les représentations qui se faisoient sur la scene. Elles consistoient en tragédies, comédies, satyres, qu'on représentoit sur le théatre en l'honneur de Bacchus, de Vénus, & d'Apollon. Pour rendre ces divertissemens plus agréables, on les préludoit par des danseurs de corde, des voltigeurs, & autres spectacles pareils ; ensuite on introduisit sur la scene les mimes & les pantomimes, dont les Romains s'enchanterent dans les tems où la corruption chassa les moeurs & la vertu. Voyez SCENIQUES, jeux, SCHOENOBATE, MIME & PANTOMIME.

Les jeux scéniques n'avoient point de tems marqués, non plus que ceux que les consuls & les empereurs donnoient au peuple pour gagner sa bienveillance, & qu'on célébroit dans un amphithéatre environné de loges & de balcons ; là se donnoient des combats d'hommes ou d'animaux. Ces jeux étoient appellés agonales, & quand on couroit dans le cirque, équestres ou curules. Les premiers étoient consacrés à Mars & à Diane ; les autres à Neptune & au soleil. Voyez AGONALES, EQUESTRES, CIRQUE, &c.

Les jeux séculaires en particulier, ne se célébroient que de cent ans en cent ans. Voyez SECULAIRES, jeux.

On peut ajouter ici les jeux Actiaques, Augustaux & Palatins, qu'on célébroit à l'honneur d'Auguste ; les Néroniens à l'honneur de Néron, ainsi que les jeux à l'honneur de Commode, d'Adrien, d'Antinoüs, & tant d'autres imaginés sur les mêmes modeles. Voyez Jeux ACTIAQUES, AUGUSTAUX, NERONIENS, PALATINS.

Enfin, lorsque les Romains devinrent maîtres du monde, ils accorderent des jeux à la plûpart des villes qui en demanderent ; on en trouve les noms dans les marbres d'Arondel, & dans une inscription ancienne érigée à Mégare, dont parle M. Spon dans son voyage de Grece.

Comme les édiles au sortir de charge donnoient toûjours des jeux publics au peuple Romain, ce fut entre Luculle, Scaurus, Lentulus, Hortensius, C. Antonius & Murena, à qui porteroit le plus loin la magnificence ; l'un avoit fait couvrir le ciel des théatres, de voiles azurés ; l'autre avoit couvert l'amphithéatre de tuiles de cuivre surdorées, &c. Mais César les surpassa tous dans les jeux funebres qu'il fit célébrer à la mémoire de son pere ; non content de donner les vases, & toute la fourniture du théatre en argent, il fit paver l'arène entiere de lames d'argent ; desorte, dit Pline, " qu'on vit pour la premiere fois les bêtes marcher & combattre sur ce métal ". Cet excès de dépense de César, étoit proportionné à son excès d'ambition ; les édiles, qui l'avoient précédé, n'aspiroient qu'au consulat, & César aspiroit à l'empire.

C'en est assez sur les jeux de la Grece & de Rome, considérés d'une vûe générale ; mais comme ils sont une branche très-étendue de la littérature, le lecteur trouvera dans cet ouvrage les détails qui concernent chacun de ces jeux, sous leurs noms respectifs : voici la liste des principaux, dont il importe de consulter les articles.

ACTIAQUES, APOLLINAIRES, AUGUSTAUX, CAPITOLINS, CEREAUX, CIRCENSES, JEUX DE CASTOR ET DE POLLUX, COMPITALES, CONSUALES, FLORAUX, FUNEBRES, GYMNIQUES, ISTHMIENS, JEUX DE LA LIBERTE, LUCULLIENS, MARTIAUX, MEGALESIENS, NEMEENS, NERONIENS, OLYMPIQUES, PALATINS, PANHELLENIENS, PANATHENEES, PLEBEIENS, PYRRHIQUES, PYTHIENS, ROMAINS, SACRES, SCENIQUES, SECULAIRES, TAURILIENS, TERENTINS, TROYENS, VOTIFS, & quelques autres, dont les noms échappent à ma mémoire. (D.J.)

JEUX AUGUSTAUX, Augustales ludi ; (Antiq. Rom.) les jeux Augustaux ou les Augustales, étoient des jeux Romains, qui furent établis en l'honneur d'Auguste, l'an 735 de la fondation de Rome, lorsque ce prince revint de Grece. On les célébra le quatrieme avant les ides d'Octobre, c'est-à-dire le 12 de ce mois ; & le sénat par un decret solemnel, émané sous le consulat d'Aelius Tuberon, & de P. Fabius, ordonna qu'ils fussent encore représentés le même jour au bout de huit ans. (D.J.)

JEUX CARNIENS, (Antiq. greq.) fête célébrée à Sparte en l'honneur d'Apollon. Elle y fut instituée dans la xxxvj olympiade, & telle en fut l'occasion suivant Pausanias, liv. III. ch. xij.

Un Arcanien nommé Carnus, devin fameux, inspiré par Apollon même, ayant été tué par Hippotès, Apollon frappa de peste tout le camp des Doriens ; alors ils bannirent le meurtrier, & appaiserent les manes du devin par des expiations, qui furent prescrites sous le nom de fête Carniennes ; d'autres, continue Pausanias, donnent à ces fêtes une origine différente. Ils disent que les Grecs, pour construire ce cheval de bois si fatal aux Troyens, ayant coupé sur le mont Ida beaucoup de cornoüilliers (), dans un bois consacré à Apollon, irriterent ce dieu contr'eux, & que pour le fléchir ils établirent un culte en son honneur, & lui donnerent le surnom de Carnien, en lui appliquant celui de l'arbre qui faisoit le sujet de leur disgrace.

Cette fête Carnienne avoit quelque chose de militaire : on dressoit neuf loges, en maniere de tentes, que l'on appelloit ombrages, ; sous chacun de ces ombrages soupoient ensemble neuf Lacédémoniens, trois de chacune des trois tribus, conformément à la proclamation du crieur public. La fête duroit neuf jours ; on y célébroit des jeux, & l'on y proposoit un prix aux joueurs de cithare. Terpandre fut le premier qui le remporta, & Timothée y reçut un affront pour avoir multiplié les cordes de l'ancienne lyre, & avoir par conséquent introduit dans la musique le genre chromatique : les Lacédémoniens suspendirent sa lyre à la voûte d'un édifice, qu'on voyoit encore du tems de Pausanias. Mém. des Inscript. tom. XIV. (D.J.)

JEUX DE CASTOR ET DE POLLUX, (Antiq. rom.) jeux qu'on célébroit à Rome en l'honneur de ces deux héros, qui étoient comptés au nombre des grands dieux de la Grece : voici quelle fut l'occasion de ces jeux.

A. Posthumius, dictateur, voyant les affaires des Romains dans un état déplorable, s'engagea par un voeu solemnel, au cas que la victoire les rétablît, de faire représenter des jeux magnifiques en l'honneur de Castor & de Pollux. Le succès de cette guerre ayant été favorable, le sénat, pour remplir le voeu de Posthumius, ordonna qu'on célébreroit chaque année, pendant huit jours, les jeux que leur dictateur avoit voués.

Ces jeux étoient précédés du spectacle des gladiateurs, & les magistrats accompagnés de ceux de leurs enfans qui approchoient de l'âge de puberté, & suivis d'une nombreuse cavalcade, portoient les statues ou les images des dieux en procession, depuis le capitole jusques dans la place du grand cirque. Voyez les autres détails dans Hospinien, de festis Graecorum, & dans le Dict. de Pitiscus. (D.J.)

JEUX CURULES, (Antiq. Rom.) les jeux curules ou équestres consistoient en des courses de chars ou à cheval, qui se faisoient dans le cirque dédié à Neptune ou au soleil. (D.J.)

JEUX ELEUTHERIENS, voyez JEUX DE LA LIBERTE.

JEUX DES ENFANS DE ROME, (Hist. Rom.) tous les enfans ont des jeux qui ne sont pas indifférens pour faire connoître l'esprit des nations. Les jeux de nos enfans sont ceux de la toupie, de cligne-musette, de colin-maillard, &c. Les enfans de Rome représentoient dans leurs jeux des tournois sacrés, des commandemens d'armées, des triomphes, des empereurs, & autres grands objets. Nous lisons dans Suétone que Neron dit à ses gens de jetter dans la mer son beau-fils Rufinus Crispinus, fils de Poppée, & encore enfant, quia ferebatur ducatus & imperia ludere.

Un de leurs principaux jeux étoit de représenter un jugement dans toutes les formes, ce qu'ils appelloient judicia ludere. Il y avoit des juges, des accusateurs, des défendeurs, & des licteurs pour mettre en prison celui qui seroit condamné. Plutarque, dans la vie de Caton d'Utique, nous raconte qu'un de ces enfans, après le jugement, fut livré à un garçon plus grand que lui, qui le mena dans une petite chambre, où il l'enferma. L'enfant eut peur, & appella à sa défense Caton, qui étoit du jeu ; alors Caton se fit jour à-travers ses camarades, délivra son client, & l'emmena chez lui, où tous les autres enfans le suivirent.

Ce Caton, depuis si grand homme, tenoit déja dans Rome le premier rang parmi les enfans de son âge. Quand Sylla donna le tournoi sacré des enfans à cheval, il nomma Sextus, neveu du grand Pompée, pour un capitaine des deux bandes ; mais tous les enfans se mirent à crier qu'ils ne couroient point. Sylla leur demanda quel camarade ils vouloient donc avoir à leur tête ; alors tous répondirent à la fois Caton, & Sextus lui céda volontairement cet honneur, comme au plus digne. (D.J.)

JEUX DE LA LIBERTE, (Antiq. greq.) on appelloit ainsi les jeux qui se célébroient à Platée, en mémoire de la victoire remportée par les Grecs à la bataille de ce nom, dans la lxxv. olympiade, l'an de Rome 275.

Aristide établit qu'on tiendroit tous les ans dans cette ville de la Béotie une assemblée générale de la Grece, & que l'on y feroit un sacrifice à Jupiter, pour lui rendre d'éternelles actions de graces. En même tems il ordonna que de cinq ans en cinq ans on y célébreroit les jeux de la liberté, où l'on couroit tout armé autour de l'autel de Jupiter, & il y avoit de grands prix proposés pour cette course.

On célébroit encore du tems de Plutarque, & ces jeux, & la cérémonie de l'anniversaire des vaillans hommes qui périrent à la bataille de Platée. Comme dans le lieu même où les Grecs défirent Mardonius, on avoit élevé un autel à Jupiter éléuthérien, c'est-à-dire libérateur, les jeux de la liberté s'appellerent aussi eleutheria, jeux ou fêtes éléuthériennes. Voyez ELEUTHERE. (D.J.)

JEU DE FIEF, (Jurisprud.) est une aliénation des parties du corps matériel du fief, sans division de la foi dûe pour la totalité du fief. Voyez ce qui en est dit au mot FIEF. (A)

JEUX DE HASARD. Voyez l'article JOUER.

JEU, (Marine) on dit le jeu du gouvernail ; c'est son mouvement

JEU DE VOILES. Voyez JET DE VOILES.

JEU-PARTI ; on dit faire jeu-parti quand de deux ou plusieurs personnes qui ont part à un vaisseau, il y en a une qui veut rompre la société, & qui demande en jugement que le tout demeure à celui qui fera la condition des autres meilleures, ou bien que l'on fasse estimer les parts.

JEU, (terme d'Horlogerie) si l'on suppose une cheville plus petite que le trou dans lequel on la fait entrer, elle pourra se mouvoir dans ce trou de-çà & delà ; c'est l'espace qu'elle parcourt, en se mouvant ainsi, que les Horlogers appellent le jeu. Ainsi ils disent qu'un pivot a du jeu dans son trou, lorsqu'il peut s'y mouvoir de cette façon ; & qu'au contraire il n'a point de jeu, lorsqu'il ne le peut pas, & qu'il ne peut s'y mouvoir qu'en tournant. C'est encore de même qu'ils disent qu'une roue a trop de jeu dans sa cage, lorsque la distance entre ses deux parties n'est pas assez grande, & qu'elle differe trop de celle qui est entre les deux platines. Il faut que les roues ayent un certain jeu dans leur cage, & leur pivot dans leurs trous, pour qu'elles puissent se mouvoir avec liberté ; sans cela elles sont génées, défaut essentiel, dont il résulte beaucoup de frottemens, & par conséquent beaucoup d'usure. Voyez ROUE, TIGE, PORTEE, &c.

JEU, en fait d'escrime ; on entend par jeu, la position des épées de deux escrimeurs qui font assaut.

L'assaut comprend deux jeux, qui sont le sensible & l'insensible. Quelquefois on exécute ces deux jeux dans un même assaut, en passant de l'un à l'autre, & quelquefois on n'en exécute qu'un ; c'est pourquoi je les traiterai séparement. Voyez JEU sensible & insensible.

JEU INSENSIBLE, est un assaut qui se fait sans le sentiment de l'épée. Voyez ASSAUT & SENTIMENT D'EPEE.

Cet assaut s'exécute toujours sous les armes à votre égard, parce que de quelque façon que l'ennemi se mette en garde, d'abord qu'il ne souffre pas que les épées se touchent, vous tenez la garde haute.

On suppose dans ce jeu que les escrimeurs étant en garde, leurs épées ne se touchent point, mais qu'elles se rencontrent dans les parades, & dans les attaques.

De ce qu'on doit pratiquer dans l'assaut du jeu insensible. Article I. Dans ce jeu, 1°. comme on ne sent pas l'épée de l'ennemi, on se met toujours hors de mesure pour éviter d'être surpris. 2°. On tient une garde haute, le bras plus étendu que dans la garde basse, la pointe de l'épée vis-à-vis l'estomac de l'ennemi, afin de le tenir éloigné, & qu'il ne puisse faire aucune attaque sans détourner cette pointe. 3°. On regarde sa main droite, afin de s'appercevoir des mouvemens qu'il fait pour frapper votre épée avec la sienne.

Article II. Les attaques qui se font dans ce jeu, sont des feintes & doubles feintes. On les peut faire parce qu'on est hors de mesure ; d'où il suit que l'ennemi ne peut pas vous prendre sur ce tems. Si ces feintes ébranlent l'ennemi, & qu'il aille à l'épée, voyez ALLER A L'éPEE, on les entreprend ainsi.

Exemple. Lorsque vous faites le premier tems de la feinte, ou feinte droite, voyez FEINTE, si l'ennemi va à votre épée, vous profitez de son mouvement pour entrer en mesure en dégageant, & incontinent vous recommencez la feinte. Remarquez que dans cette attaque vous dégagez quatre fois par la feinte, & trois fois par la feinte droite, que le premier dégagement est volontaire, & les autres forcés (Voyez DEUXIEME DEGAGEMENT FORCE), & qu'au dernier vous détachez l'estocade.

Article III. L'ennemi qui vous attaque, est obligé, par votre position, de détourner votre épée. Voyez ENGAGEMENT. S'il la force, voyez PREMIER DEGAGEMENT FORCE. Et s'il la veut frapper, dégagez par le deuxieme dégagement forcé.

Article IV. On regarde le pié gauche de l'ennemi, & dès qu'on s'apperçoit qu'il l'avance pour entrer en mesure, on l'attaque sur ce mouvement par une estocade. Ce procédé l'oblige de parer, & on profite de ce défaut. Voyez DEFAUT.

Article V. Quand vous attaquez l'ennemi par une feinte, s'il ne va pas à l'épée, Voyez ALLER A L'éPEE, vous entrez en mesure sans dégager, en vous tenant prêt à parer. Si l'ennemi ne vous porte pas l'estocade sur le tems que vous entrez en mesure, incontinent que vous y êtes arrivé, & de la position où vous êtes, vous détachez l'estocade droite ; car il est à présumer que l'ennemi s'attend que vous allez faire une feinte. S'il n'alloit à l'épée que lorsque vous entrez en mesure, alors y étant arrivé, vous lui feriez une feinte. Voyez FEINTE.

Article VI. Dans ce jeu, on n'entreprend ni botte de passe, ni de volte, ni desarmement, excepté le desarmement en faisant tomber l'épée de l'ennemi en la frappant, quand il porte une estocade de seconde.

Article VII. Toutes les fois que l'ennemi vous parera une estocade, & que vous lui en parerez une, il faut suivre ce qui est dit aux articles 1, 2, 3 du jeu sensible. Voyez JEU SENSIBLE.

Article VIII. Si en attaquant l'ennemi il se défend par la parade du cercle, vous ferez sous les armes ce qui se pratique sur les armes au 10 article du jeu sensible. Voyez 10 article du jeu sensible.

JEU SENSIBLE, est un assaut qui se fait par le sentiment de l'épée. Voyez SENTIMENT D'éPEE, SAUTSAUT.

Cet assaut s'exécute sur les armes ou sous les armes, si les escrimeurs tiennent une garde basse ou ordinaire, & sous les armes s'ils en tiennent une haute. Voyez GARDE ORDINAIRE ou GARDE HAUTE.

Si l'ennemi tient une garde haute, il faut absolument la tenir de même ; mais s'il en tient une basse, vous pouvez tenir la même, ou bien la garder haute.

On suppose dans ce jeu que l'ennemi laisse sentir son épée.

Avertissement. Pour entendre ce que je dirai sur ce jeu, j'avertis 1°. qu'il sera toujours supposé qu'on y tiendra la garde qu'il convient. 2°. Tout ce qui se fait dans la garde haute, se peut faire dans la garde ordinaire, à moins que je ne fasse des remarques particulieres. 3°. Quand je ferai tirer de pié ferme, il sera supposé qu'on est en mesure, & qu'il ne faut pas remuer le pié gauche. 4°. Quand je parlerai d'estocade droite, il sera entendu qu'elle se portera sans dégager. 5°. Quand j'indiquerai un mouvement quelconque, de tirer quarte, ou parer quarte, ou tierce, &c. ils se feront comme il est expliqué en son lieu.

De ce qui doit se pratiquer dans l'assaut du jeu sensible sur les armes, ou sous les armes. Article I. On fait d'abord attention si l'on est en mesure ou hors de mesure. Voyez MESURE. Si l'on est en mesure, on regarde le pié droit de l'ennemi, par le mouvement duquel on connoît s'il faut parer, & l'on sent son épée, parce que ce sentiment nous en assure la position, & nous avertit s'il dégage, ou s'il porte l'estocade droite, ou s'il fait toutes autres attaques. Voyez SENTIMENT D'éPEE. Supposons maintenant que les épées soient engagées dans les armes.

La premiere attaque que l'on fait à l'ennemi, est d'opposer en quarte. Voyez OPPOSITION. Ce mouvement vous couvre tout le dedans des armes, & détermine l'ennemi ou à dégager ou à porter l'estocade en dégageant, ou à demeurer en place. 1°. S'il dégage, détachez incontinent l'estocade de tierce-droite. 2°. S'il porte l'estocade en dégageant, son pié droit vous avertit de parer, & vous tâchez de riposter. Voyez RIPOSTE. Et 3°. s'il demeure en place, vous détachez l'estocade de quarte-droite, ou vous faites un coulement d'épée. Voyez COULEMENT D'éPEE DE PIE FERME.

Article II. Si dans l'instant qu'on pare l'estocade, on ne saisit pas le tems de la riposte, voyez RIPOSTE ; on donne le tems à l'ennemi de se remetre en garde, pour le prendre dans le défaut de ce mouvement. Remarquez qu'après avoir poussé une botte, il faut absolument que l'ennemi se remette, ou qu'il le feigne, ce qu'il ne peut faire, & porter l'estocade ; donc, si on l'attaque sur ce tems, on le mettra dans la nécessité de parer, & on le prendra dans le défaut de sa parade. Voyez DEFAUT.

Exemple. Pendant que l'ennemi feint de se remettre, sans quitter son épée, & en la sentant toujours également, on lui porte une estocade droite, qu'on n'allonge qu'à demi, c'est-à-dire, qu'on ne porte le pié droit qu'à moitié chemin de ce qu'il pourroit faire. Sur ce mouvement on doit s'attendre que l'ennemi parera ; s'il pare, vous dégagez finement, & vous lui détachez l'estocade de tierce, tandis qu'il croit parer la quarte, & s'il ne paroit pas votre demi-estocade droite, vous l'acheveriez, car il ne seroit plus à tems de la parer.

Article III. Si l'ennemi pare l'estocade que vous lui portez, il faut remarquer qu'il peut faire, en vous remettant, ce que vous lui avez fait ; mais aussi qu'il peut tomber dans le défaut que voici, qui est de se remettre avec vous, c'est-à-dire, de quitter l'opposition, parce qu'il croit que vous vous remettrez en garde.

Exemple. Après que l'ennemi a paré votre estocade, vous feignez de vous remettre en garde, & si vous vous appercevez, par le sentiment de l'épée, qu'il cesse d'opposer, alors, au lieu d'achever de vous remettre, vous profitez de ce défaut, en lui repoussant la même estocade. Voyez BOTTE DE REPRISE. Si au contraire l'ennemi résistoit toujours également à votre épée ; alors, comme il aura le côté opposé à découvert, il est certain qu'il se portera nécessairement à parer de ce côté-là ; c'est pourquoi en finissant de vous remettre, vous feindrez une estocade en dégageant, voyez FEINTE ; & dans l'instant qu'il se portera à la parade, vous dégagerez. Voyez SECOND DEGAGEMENT SERRE. Il portera la botte dans le défaut, c'est-à-dire qu'il recevra le coup d'un côté, tandis qu'il pare de l'autre. Si l'ennemi n'alloit pas à la parade de cette feinte, vous rompriez la mesure : si l'ennemi profite du tems que vous vous remettrez en garde pour vous attaquer, faites retraite.

Article IV. Vous pourrez aussi attaquer l'ennemi par un battement d'épée, voyez BATTEMENT D'éPEE ; & s'il pare votre estocade, observez, en vous remettant, ce qui est contenu en l'article III. Si l'ennemi vous porte une botte, observez ce qui est contenu à l'article I. & II. & si l'ennemi ne pare pas, & qu'il n'ait pas reçu l'estocade, c'est signe qu'il a rompu la mesure, c'est pourquoi portez-lui une estocade de passe. Voyez ESTOCADE DE PASSE. Si l'ennemi pare l'estocade de passe, vous remettrez promtement votre pié gauche où il étoit, & vous reculerez un peu le droit. Vous devez vous attendre que l'ennemi va venir sur vous ; mais remarquez qu'il n'est pas alors en mesure : (car vous êtes aussi éloigné de lui qu'avant de porter l'estocade de passe ;) c'est pourquoi il ne faut pas s'amuser à parer, mais remarquer son pié gauche, & aussi-tôt qu'il le remue, détacher l'estocade droite, s'il ne force pas votre épée, & si vous sentez qu'il la force, vous détacherez l'estocade en dégageant. Voyez PREMIER DEGAGEMENT FORCE.

Article V. Si l'on est hors de mesure, il faut observer le pié gauche de l'ennemi, & sentir son épée, Voyez SENTIMENT D'éPEE.

Les attaques qu'on doit faire hors de mesure, sont des coulemens d'épées, & toutes les fois que l'ennemi pare votre estocade, & que vous parez la sienne, il faut suivre les maximes des articles I. II. III.

Article VI. Quelque mouvement que l'ennemi puisse faire hors de mesure, vous n'y devez point répondre, à moins que vous ne preniez le tems pour l'attaquer. Observez continuellement son pié gauche, parce qu'il ne peut vous offenser qu'en l'avançant ; mais aussi-tôt qu'il l'avance, détachez-lui l'estocade droite, s'il ne force pas votre épée, & s'il la force, portez l'estocade en dégageant. Voyez PREMIER DEGAGEMENT FORCE.

Il faut aussi faire attention que l'ennemi pourroit avoir la finesse de forcer votre épée, pour vous faire détacher l'estocade, afin de vous la riposter ; voyez RIPOSTE : il n'y a que la pratique qui puisse vous faire connoître cette ruse. Cette remarque se rapporte au précepte 21 ; voyez ESCRIME, précepte 21, qui dit qu'il ne faut jamais tirer dans un jour que l'ennemi vous donne.

Article VII. Tout ce qui est enseigné aux articles 1, 2, 3, 4, 5, 6, peut s'exécuter en tierce, en quarte, en quarte basse, & en seconde ; il n'y a qu'à déterminer une de ses positions, & suivre ce qui y est enseigné.

Article VIII. Vous devez connoître par les attaques que vous faites à l'ennemi, qu'il peut vous en faire autant ; d'où il est clair que s'il vous fait les mêmes attaques, il vous avertit de son dessein, dont vous tâcherez de profiter.

Exemple. Si l'ennemi vous attaque par un coulement d'épée, ou battement d'épée, &c. vous feindrez d'en être ébranlé, pour lui faire détacher l'estocade, afin de lui riposter ou de le désarmer ; voyez RIPOSTE & DESARMEMENT ; ou pour volter, voyez ESTOCADE DE VOLTE. Nota que le desarmement de tierce & de quarte ne s'exécute pas en quarte basse, ni en seconde ; & l'estocade de volte ne se pratique que dans le jeu sensible.

Article IX. Quelque variées que puissent être les attaques d'un escrimeur, elles se rapportent toujours à la feinte ou double feinte, à l'appel, ou coulement d'épée, au battement d'épée, ou à forcer l'épée.

Article X. Si l'ennemi se défend par la parade du cercle, voyez PARADE DU CONTRE, DU CONTRE-DEGAGEMENT, vous le poursuivrez dans le défaut de cette parade.

Exemple. Quand l'ennemi pare au contre du contre, il faut 1°. tenir la pointe de votre épée près de la garde, & du talon de la sienne ; 2°. dégager finement cette pointe autour de sa lame, en suivant son même mouvement ; 3°. pendant ce dégagement vous avancerez à chaque révolution la pointe de votre épée, jusqu'à-ce qu'elle soit si près de son corps qu'il ne puisse plus parer, & alors vous enfoncerez l'estocade.

Nota que l'ennemi ne rencontrera pas votre épée ; à moins qu'il ne rétrograde son mouvement, (maxime que doivent observer tous ceux qui font cette mauvaise parade) ; & que s'il rétrograde, alors il rencontrera necessairement votre épée : en pareil cas, vous lui détacherez aussi-tôt l'estocade du même côté que les épées se seront touchées ; c'est-à-dire, que s'il rencontre votre épée dans les armes, vous lui porterez une estocade de quarte ; & si c'est hors les armes, vous lui porterez une estocade de tierce.

Remarquez que je vous fais pousser l'estocade du même côté où les épées se touchent, pour prendre le défaut du mouvement de l'ennemi ; car (voyez DEFAUT & ASSAUT) quand il a porté son bras du côté de votre épée, pour la détourner de la ligne, il a découvert le côté opposé, & il lui est naturel de venir le couvrir craignant d'y être frappé. Remarquez encore qu'au lieu de venir parer le côté qu'il découvre par son mouvement de rétrograder, il pourroit détacher l'estocade au même instant, & du même côté que les épées se touchent ; c'est pourquoi j'ai eu raison de vous faire détacher cette estocade, puisqu'en la portant avec opposition, ainsi que je l'ai enseigné, voyez OPPOSITION, vous vous garantissez en même tems de celle de l'ennemi.

JEUX, (Orgue) nom que l'on donne aux tuyaux d'orgue qui sont rangés sur le même régistre. Tous les tuyaux du même jeu rendent des sons qui ne different que par les différences de l'aigu au grave ; au lieu que les tuyaux d'un autre jeu rendent des sons qui different encore d'une autre maniere, de même que plusieurs nuances de bleu, par exemple, different des nuances de rouge qui participeroient également du clair & de l'obscur, qui dans cette comparaison répondent à l'aigu & au grave.

Les jeux, outre les noms qui les distinguent les uns des autres, prennent encore une dénomination de la longueur en piés de leur plus grand tuyau qui est le c sol ut, le plus grave des basses. Celui qui répond à la premiere touche du clavier du côté de la main gauche de l'organiste, lorsque le clavier n'est point à ravalement. Ainsi on dit que le prestant sonne le quatre-pié, parce que son plus grand tuyau (le c sol ut) a quatre piés de long. La doublette sonne le deux-pié, parce que son plus grand tuyau, le même c sol ut au clavier n'a que deux piés ; de même des autres jeux, comme on peut voir dans la table du rapport des jeux, dans nos Planches d'orgues, & à leurs articles particuliers.

Cette table du rapport des jeux représente par les espaces ou colonnes verticales les octaves réelles, c'est-à-dire celles qui sont au-dessus & au-dessous du son fixe marqué un pié. Nous prenons pour son fixe le son que rend un tuyau d'un pié ; ce son est moyen entre les extrêmes de l'orgue, & l'octave du son fixe de M. Sauveur ; le pié harmonique est au pié de roi comme 17 à 18, ainsi il n'a que 11 pouces 4 lignes. On a marqué par les longueurs qui rendent les sons, & par les signes + ou -, les octaves de ces sons, savoir les octaves aiguës ou au-dessus du son fixe par + 1, + 2, + 3, + 4, les octaves graves, ou au-dessous du même son fixe par - 1, - 2, - 3, - 4, & par les longueurs un pié, qui est le ton ; 1/2 pié, qui est l'octave au-dessus ; 1/4 pié, la double octave, & 1/8 pié, qui est la triple octave aiguë.

On trouve les octaves graves en doublant successivement la longueur du tuyau du ton ; pour la premiere 2 piés, pour la seconde 4 piés, pour la troisieme 8 piés, pour la quatrieme 16 piés, & pour la cinquieme 32 piés ; dans laquelle les tuyaux ne descendent au plus que jusqu'à la quinte. Voyez la table du rapport des jeux qui sont ceux qui suivent.

Montre de 16 piés toute d'étain, dont le plus grand tuyau le c sol ut des basses, a 16 piés de long. Voyez MONTRE DE 16 PIES, & la figure Planche d'orgue.

Bourdon de 16 piés. Les basses, c'est-à-dire deux octaves, & quelquefois trois sont en bois, & les dessus ont seulement une octave en plomb bouchés aussi-bien que les basses & à oreilles pour les accorder. Voyez l'article BOURDON DE SEIZE PIES, & la fig. Planche d'orgue.

Bombarde d'étain ou de bois, est un jeu d'anche. Voyez TROMPETTE. Elle sonne le 16 piés. Voyez BOMBARDE, & la figure Planche d'orgue.

Bourdon de 4 piés bouché sonnant le 8 piés ; les basses de ce jeu sont de bois, les tailles de plomb bouchées à rase & à oreilles ; & les dessus à cheminées & à oreilles. Voyez BOURDON DE QUATRE PIES BOUCHE, & la fig. Planche d'orgue.

Huit piés ouverts ou huit piés en résonnance, sonne l'unisson de quatre piés bouché : ce jeu est d'étain & ouvert par le haut. Voyez HUIT PIES OUVERT, & la figure Planche d'orgue.

Prestant. Le prestant sonne le quatre piés : ce jeu est d'étain ; c'est le premier jeu de l'orgue, sur lequel on fait la partition, sur lequel on accorde tous les autres. Il doit ce privilége à ce qu'il tient le milieu quant au grave ou à l'aigu entre tous les jeux qui composent l'orgue. Voyez PRESTANT & la figure Planche d'orgue.

Flûte sonne l'unisson du prestant, mais est de plus grosse taille ; les basses sont bouchées à rase, les tailles à cheminées, & les dessus ouverts. Voyez FLUTE, JEU D'ORGUE, & la figure Planche d'orgue.

Gros nazard, sonne la quinte au-dessus du huit piés, & la quarte au-dessous du prestant ; ce jeu est fait en pointe ou en fuseau par le haut, comme la figure le fait voir ; & quelquefois il est comme les autres, les basses bouchées à rase, les tailles à cheminées & les dessus ouverts. Voyez GROS NAZARD, & la figure Planche d'orgue.

Double tierce, sonne la tierce au-dessus du prestant ou 4 piés : ce jeu est de plomb & fait en pointe par le haut ; on l'accorde par les oreilles. Voyez DOUBLE TIERCE, & la fig. Pl. d'orgue.

Nazard. Ce jeu qui est de plomb & fait en pointe, sonne la quinte au-dessus du prestant ou 4 piés, & la tierce mineure au-dessus de la double tierce, l'octave au-dessus du gros nazard. On accorde le jeu lorsqu'il est fait en pointe par les oreilles ; quelquefois sur-tout dans les petits cabinets d'orgue les basses sont bouchées à rase, les tailles à cheminées, & les dessus ouverts. Voyez la fig. Pl. d'orgue, & l'article NAZARD.

Quarte de nazard, sonne l'octave au-dessus du prestant, & par conséquent le deux piés, le jeu qui est de plomb a les basses à cheminées & les dessus ouverts. Voyez la figure. Il y a des orgues où ce jeu a les dessus & la moitié des tailles en pointes par le haut. Voyez l'article 4. de nazard.

Doublette. La doublette sonne l'octave au-dessus du prestant, & l'unisson de la quarte de nazard ; elle doit porter 2 piés de long : ce jeu est d'étain. Voyez DOUBLETTE, & la figure Pl. d'orgue.

Tierce. La tierce est de plomb, & forme la tierce au-dessus de la doublette ou 2 piés, & l'octave audessus de la double-tierce. Voyez TIERCE, jeu d'orgue, & la figure Pl. d'orgue.

Larigot. Le larigot sonne l'octave au-dessus du nazard, & la quinte au-dessus de la doublette ou du 2 piés : ce jeu est de plomb, & tout ouvert. Voyez LARIGOT, & la figure Pl. d'orgue.

Grand cornet, composé de cinq tuyaux sur chaque touche, & composé d'un dessus de bourdon A, c'est-à-dire, des deux octaves supérieures ; ce qui comprend les tailles & les dessus proprement dits, d'un dessus de flûte B, d'un dessus de nazard C, d'un dessus de quarte de nazard D, & d'un dessus de tierce E. Voyez GRAND-CORNET, & la figure Pl. d'orgue : ce jeu n'a que deux octaves.

Cornet de récit, est composé de même que le grand cornet de cinq tuyaux sur chaque touche, mais qui sont de plus menue taille. Voyez CORNET DE RECIT, & la figure ; ce jeu n'a que deux octaves.

Cornet d'écho, composé de même que le grand cornet de cinq tuyaux sur chaque touche, mais qui sont de plus menue taille que ceux du cornet de récit. Ce jeu est renfermé dans le pié de l'orgue, afin qu'on l'entende moins, & qu'il forme ainsi un écho. Voyez CORNET D'ECHO, & la figure Pl. d'orgue.

Flûte allemande, la flûte allemande sonne l'unisson des dessus du huit piés, c'est-à-dire le deux piés ; ce jeu qui est de plomb & de grosse taille, n'a que les deux octaves des tailles & des dessus comme les cornets d'écho de récit, grand cornet, & trompette de récit. Voyez FLUTE ALLEMANDE DE L'ORGUE.

Fourniture, partie du plein jeu, est composée de 4, 5, 6, ou 7 tuyaux sur chaque touche ; elle occupe toute l'étendue du clavier. Voyez FOURNITURE, & la figure Pl. d'orgue.

Cimbale, partie du plein jeu ; elle a aussi plusieurs tuyaux sur chaque touche, & elle occupe toute l'étendue du clavier. Voyez CIMBALE, & la figure Planche d'orgue.

Trompette, jeu d'anche, sonne l'unisson du huit piés ; ce jeu est d'étain & en entonnoir par le haut. Voyez TROMPETTE, & la figure Pl. d'orgue.

Voix humaine de l'orgue, sonne l'unisson du huit piés & de la trompette & du cromorne. Ce jeu est d'étain, & le corps qui n'a pour les plus grands tuyaux que 7 à 8 pouces, est à moitié fermé par une lame de même matiere, que l'on soude sur l'ouverture du tuyau : ce jeu est un jeu d'anche. Voyez VOIX HUMAINE, & la figure Pl. d'orgue.

Cromorne, jeu d'anche, sonne l'unisson du 8 piés ; les corps de ce jeu sont cylindriques, c'est-à-dire, ne sont pas plus larges en-haut qu'en-bas. Voyez CROMORNE, & la figure Pl. d'orgue.

Clairon, jeu d'anches de l'orgue, sonne l'octave au-dessus de la trompette & l'unisson du prestant, & par conséquent le 4 piés ; ce jeu est d'étain & est plus ouvert que la trompette. Voyez CLAIRON, & la figure Pl. d'orgue.

Voix angélique, sonne l'unisson du prestant ou le 4 piés, & l'octave de la voix humaine à laquelle elle est semblable : ce jeu est d'étain, & est à anches. Voyez VOIX ANGELIQUE, & la figure Pl. d'orgue.

Trompette de récit, sonne l'unisson de la trompette, & par conséquent le 8 piés : ce jeu qui est d'étain n'a que les deux octaves des dessus & des tailles. Voyez TROMPETTE DE RECIT, & la figure qu'il faut imaginer plus petite.

Tous ces jeux de l'orgue sont accordés entr'eux, comme il est dit au mot ACCORD, & à leurs articles particuliers. Dans les orgues complets il y a encore les jeux suivans, qu'on appelle pédales, parce que c'est avec le pié qu'on abbaisse les touches du clavier de pédale qui les fait parler ; ces jeux sont,

La pedale de 4 ou de 4 piés, sonne l'unisson du prestant. Lorsqu'il y a ravalement, le ravalement descend à l'unisson du 8 piés ; les basses de ce jeu se font en bois, & les dessus en plomb tous ouverts. Voyez l'article PEDALE de 4, & la figure Planche d'orgue.

Pédale de clairon, jeu d'anche ; ce jeu qui est d'étain sonne l'unisson de la pédale de 4, & l'octave de la pédale de trompette. Voyez PEDALE DE CLAIRON.

Pédale de 8, autrement nommée pédale de flûte, sonne l'unisson du 8 piés ; les basses de ce jeu sont en bois & on ne les bouche pas par le haut avec un tampon ; les dessus sont de plomb. Voyez PEDALE DE 8 ou DE FLUTE.

Pédale de trompette, jeu d'anche, sonne l'unisson du 8 piés, & par conséquent l'unisson de la trompette, dont elle ne differe qu'en ce qu'elle est de plus grosse taille : ce jeu est d'étain. Voyez PEDALE DE TROMPETTE.

Pédale de bombarde, jeu d'anche, ne se met que dans des orgues bien complets ; elle sonne l'unisson de la bombarde, & par conséquent du 16 piés. Ce jeu est d'étain ou de bois ; s'il y a ravalement au clavier de pédale, le ravalement de la bombarde entre dans le 32 piés. Voyez PEDALE DE BOMBARDE, & la figure Pl. d'orgue.

Tous ces jeux sont rangés sur les sommiers ou pieces gravées, en telle sorte que l'organiste laisse aller le vent à tel jeu qu'il lui plaît, en ouvrant le registre qui passe sous les piés des tuyaux, & à tel tuyau de ce jeu qu'il lui plaît, en ouvrant la soûpape qui ferme la gravûre sur laquelle le tuyau répond. Voyez SOMMIER DE GRAND ORGUE, & l'article ORGUE.

On laisse partir ordinairement plusieurs jeux à-la-fois, ce qui forme des jeux composés ; le principal des jeux composés s'appelle plein jeu, qui est la montre & le bourdon de 16 piés, le bourdon de 8 piés ouvert, le prestant, la doublette, la fourniture, la cimbale & la tierce.

Les autres jeux composés sont à la discrétion des Organistes qui les composent chacun à leur gré, en prenant dans le nombre presque infini de combinaisons qu'on en peut faire celles qui leur plaisent le plus, ce dont ils s'apperçoivent en tâtant le clavier. Cependant on peut dire que de toutes les combinaisons possibles de ces différens jeux pris 2 à 2, 3 à 3, 4 à 4, &c. quelqu'unes doivent être exclues : telles, par exemple, que celles dont les sons correspondans à une même touche, forment une dissonance comme les tierces & la quarte de nazard. Voyez la cable générale du rapport & de l'étendue des jeux de l'orgue.

JEU, terme de Fauconnerie. On dit donner le jeu aux autours, c'est leur laisser plumer la proie.

JEU, terme de tripot ; c'est une division d'une partie de paume : les parties sont ordinairement de huit jeux ; chaque jeu contient quatre coups gagnés ou quinze ; le premier se nomme quinze ; le second trente ; le troisieme quarante-cinq ; & le quatrieme jeu. Quand les joueurs ont chacun un quinze, on dit qu'ils sont quinzains ; quand ils ont chacun trente, on dit qu'ils sont trentains ; quand ils ont chacun quarante-cinq, cela s'appelle être en deux ; & pour lors il faut encore deux coups gagnés de suite pour avoir le jeu : le premier se nomme avantage, & le second jeu.

Lorsque les deux joueurs ont chacun sept jeux, ils sont ce qu'on appelle à deux de jeu ; alors la partie est remise en deux jeux gagnés de suite, dont le premier se nomme avantage de jeu.

Cette acception du mot jeu, est commune à presque tous les jeux qui se jouent par parties. La partie est composée de plusieurs jeux, & celui qui le premier a gagné ce nombre de jeux a gagné la partie.

JEU (l'île d') Géog. petite île de l'Océan, sur les côtes de Poitou, à environ 13 lieues de la contrée qu'on nomme l'Arbauge ; c'est à tort que quelques-uns appellent cette île l'île de l'Oie, d'autres l'île des Oeufs, d'autres l'île-Dieu, d'autres enfin, l'île de Dieu ; il faut dire l'île-Dieu, suivant M. de Valois, dans sa not. Gall. p. 390. (D.J.)


JEUDIS. m. (Hist. & Chron.) est le cinquieme jour de la semaine chrétienne, & le sixieme de la semaine judaïque. Ce jour étoit consacré par les payens à la planete de Jupiter, & ils l'appelloient dies Jovis, d'où lui est venu son nom. Voyez JOUR & SEMAINE. (G)


JEUMERANTEoutil de Charron ; c'est une petite planche de bois plat, formant la six ou huitieme partie d'un cercle, qui sert aux Charrons de patron pour faire les gentes de roues. Voyez nos Planches du Charron.


JEUNEvoyez l'article JEUNESSE.

JEUNE, (Jardinage) comme on compte l'âge d'un bois, on dit un jeune, un vieux bois, & de même un jeune arbre, un vieil arbre.

JEUNE, (Vénerie) les jeunes cerfs sont ceux qui sont à leur deuxieme, troisieme, & quatrieme tête ; ils peuvent pousser jusqu'à huit, dix, & douze andouilleres, suivant les pays.


JEÛNES. m. (Littérat.) abstinence religieuse, accompagnée de deuil & de macération.

L'usage du jeûne est de la plus grande antiquité ; quelques théologiens en trouvent l'origine dans le paradis terrestre, où Dieu défendit à Adam de manger du fruit de l'arbre de vie ; mais c'est-là confondre le jeûne avec la privation d'une seule chose. Sans faire remonter si haut l'établissement de cette pratique, & sans parler de sa solemnité parmi les Juifs, dont nous ferons un article à part, nous remarquerons que d'autres peuples, comme les Egyptiens, les Phéniciens, les Assyriens, avoient aussi leurs jeûnes sacrés en Egypte, par exemple, on jeûnoit solemnellement en l'honneur d'Isis, au rapport d'Hérodote.

Les Grecs adopterent les mêmes coûtumes : chez les Athéniens il y avoit plusieurs fêtes, entr'autres celle d'Eleusine, & des Thesmophories, dont l'observation étoit accompagnée de jeûnes, particulierement pour les femmes, qui passoient un jour entier dans un équipage lugubre, sans prendre aucune nourriture. Plutarque appelle cette journée, la plus triste des Thesmophories : ceux qui vouloient se faire initier dans les mysteres de Cybèle, étoient obligés de se disposer à l'initiation par un jeûne de dix jours ; s'il en faut croire Apulée, Jupiter, Cérès, & les autres divinités du paganisme, exigeoient le même devoir des prêtres ou prêtresses, qui rendoient leurs oracles ; comme aussi de ceux qui se présentoient pour les consulter ; & lorsqu'il s'agissoit de se purifier de quelque maniere que ce fût, c'étoit un préliminaire indispensable.

Les Romains, plus superstitieux que les Grecs, pousserent encore plus loin l'usage des jeûnes ; Numa Pompilius lui-même observoit des jeûnes périodiques, avant les sacrifices qu'il offroit chaque année, pour les biens de la terre. Nous lisons dans Tite-Live, que les Décemvirs, ayant consulté par ordre du sénat, les livres de la sybille, à l'occasion de plusieurs prodiges arrivés coup-sur-coup, ils déclarerent que pour en arrêter les suites, il falloit fixer un jeûne public en l'honneur de Cérès, & l'observer de cinq en cinq ans : il paroît aussi qu'il y avoit à Rome des jeûnes réglés en l'honneur de Jupiter.

Si nous passons aux nations asiatiques, nous trouverons dans les Mémoires du P. le Comte, que les Chinois ont de tems immémorial, des jeûnes établis dans leur pays, pour les préserver des années de stérilités, des inondations, des tremblemens de terre, & autres desastres. Tout le monde sait que les Mahométans suivent religieusement le même usage ; qu'ils ont leur ramadan, & des dervis qui poussent au plus haut point d'extravagance leurs jeûnes & leurs mortifications.

Quand on réfléchit sur une pratique si généralement répandue, on vient à comprendre qu'elle s'est établie d'elle-même, & que les peuples s'y sont d'abord abandonné naturellement. Dans les afflictions particulieres, un pere, une mere, un enfant chéri, venant à mourir dans une famille, toute la maison étoit en deuil, tout le monde s'empressoit à lui rendre les derniers devoirs ; on le pleuroit ; on lavoit son corps ; on l'embaumoit ; on lui faisoit des obseques conformes à son rang : dans ces occasions, on ne pensoit guere à manger, on jeûnoit sans s'en appercevoir.

De même dans les desolations publiques, quand un état étoit affligé d'une sécheresse extraordinaire, de plaies excessives, de guerres cruelles, de maladies contagieuses, en un mot de ces fléaux où la force & l'industrie ne peuvent rien ; on s'abandonne aux larmes ; on met les desolations qu'on éprouve sur la colere des dieux qu'on a forgés ; on s'humilie devant eux ; on leur offre les mortifications de l'abstinence ; les malheurs cessent ; ils ne durent pas toûjours ; on se persuade alors qu'il en faut attribuer la cause aux larmes & au jeûne, & on continue d'y recourir dans des conjonctures semblables.

Ainsi les hommes affligés de calamités particulieres ou publiques, se sont livrés à la tristesse, & ont négligé de prendre de la nourriture ; ensuite ils ont envisagé cette abstinence volontaire comme un acte de religion. Ils ont cru qu'en macérant leur corps, quand leur ame étoit désolée, ils pouvoient émouvoir la miséricorde de leurs dieux ou de leurs idoles : cette idée saisissant tous les peuples, leur a inspiré le deuil, les voeux, les prieres, les sacrifices, les mortifications, & l'abstinence. Enfin, Jesus-Christ étant venu sur la terre, a sanctifié le jeûne, & toutes les sectes chrétiennes l'ont adopté ; mais avec un discernement bien différent ; les unes en regardant superstitieusement cette observation comme une oeuvre de salut ; les autres, en ne portant leurs vûes que sur la solide piété, qui se doit toute entiere à de plus grands objets. (D.J.)


JEÛNESJEÛNES

Diverses conjonctures engagerent les souverains sacrificateurs à multiplier ces sortes de cérémonies. L'histoire sacrée fait mention de quatre grands jeûnes réglés que les Juifs de la captivité observoient depuis la destruction de la ville & du temple, en mémoire des calamités qu'ils avoient souffertes.

Le premier de ces jeûnes tomboit le 10 du dixieme mois, parce que ce jour-là Nabuchodonosor avoit mis la premiere fois le siége devant Jérusalem. II. Rois, xxv. 1. Jérémie, LII. 4. Zacharie, VIII. 19.

Le second jeûne arrivoit le 9 du quatrieme mois, à cause que ce jour-là la ville avoit été prise. II. Rois, xxv. 3. Jérémie, XXIX. 2. Zacharie, VIII. 19.

Le troisieme jeûne se célébroit le 10 du cinquieme mois, parce qu'en ce jour la ville & le temple avoient été brûlés par Nébuzaradan. Jérémie, LII. 12. Zacharie, VII. 3. & VIII. 19.

Le quatrieme jeûne se solemnisoit le 3 du septieme mois, parce que dans ce jour Gnédalia avoit été tué, & qu'à l'occasion de cet accident le reste du peuple avoit été dispersé & chassé du pays, ce qui avoit achevé de le détruire. Jérémie, XLI. 1. Zacharie, VII. 5. & VIII. 19.

Les Juifs observent encore aujourd'hui ces quatre grands jeûnes, quoiqu'ils ne soient pas fixés exactement aux mêmes jours dans leur présent calendrier, que dans le premier.

Leur présent calendrier, pour le dire en passant, a été fait par R. Hillel, vers l'an 360 de Notre Seigneur. Leur année ancienne étoit une année lunaire qu'on accordoit avec la solaire par le moyen des intercalations ; la maniere en est inconnue : ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle avoit toûjours son commencement à l'équinoxe du printems, saison à laquelle le provenu de leurs troupeaux & de leurs champs, dont l'usage étoit requis dans leurs fêtes de Pâques & de Pentecôte, le fixoit nécessairement.

Outre ces grands jeûnes universels, il y avoit des jeûnes de surérogation deux fois par semaine, dont ceux qui se piquoient de régularité, se faisoient une loi particuliere ; & l'on voit qu'ils étoient en usage du tems de J. C. puisque le Pharisien de l'évangile se glorifioit de les garder religieusement, jejuno bis sabbato, dit-il.

Ils avoient en outre les jeûnes des vieilles & des nouvelles lunes, c'est-à-dire des derniers jours de leurs mois lunaires, & des jeûnes de l'anniversaire de la mort de leurs proches parens & intimes amis.

Enfin on a vû des Juifs qui jeûnoient un certain jour de l'année, en mémoire de la version des septante, pour expier cette lache condescendance de leurs docteurs pour un prince étranger ; & cette prévarication insigne contre la dignité de leur loi qui dans leur opinion n'avoit été faite que pour eux seuls.

Je n'entrerai point dans le détail des observances dont ils accompagnoient ces actes d'humiliation ; ce sont des choses connues de tout le monde ; on sait que leurs abstinences devoient durer 27 ou 28 heures, qu'elles commençoient avant le coucher du soleil, & ne finissoient que le lendemain quand les étoiles paroissoient ; qu'ils prenoient ces jours-là des surtous blancs faits exprès, en signe de pénitence ; qu'ils se couvroient d'un sac ; qu'ils se couchoient sur la cendre ; qu'ils en mettoient sur leur tête, & dans les grandes occasions sur l'arche de l'alliance ; que plusieurs passoient toute la nuit & le jour suivant dans le temple, en prieres, en lectures tristes, les piés nuds & la discipline à la main, dont ils s'appliquoient des coups par compte & par nombre ; qu'enfin pour couronner régulierement leurs abstinences, ils se contentoient de manger le soir du pain trempé dans l'eau, & du sel pour tout assaisonnement, y joignant quelquefois des herbes ameres, avec quelques légumes.

Mais ceux qui souhaiteront s'instruire particulierement de toutes ces choses, peuvent consulter Maimonides, Léon de Modène, Buxtorf, Basnage, & plusieurs autres savans qui ont traité à fond des cérémonies judaïques, anciennes & nouvelles. (D.J.)

JEUNE, (Médecine) la privation totale des alimens, aux heures où on a coutume d'en prendre, est souvent d'un aussi grand effet pour préserver des maladies, ou pour empêcher les progrès de celles qui commencent, que la modération dans leur usage est utile & nécessaire pour conserver la santé : ainsi les personnes d'un tempérament foible, délicat, se trouvent très-bien non-seulement de diminuer de tems en tems la quantité ordinaire de leur nourriture, mais encore de s'abstenir entierement de manger, en retranchant par intervalles quelque repas ; ce qui est sur-tout très-salutaire dans le cas de pléthore, comme lorsqu'on a passé quelque tems sans faire autant d'exercice qu'à l'ordinaire, lorsqu'on a été exposé par quelque cause que ce soit, à quelque suppression de la transpiration insensible, ou de toute autre évacuation nécessaire ou utile, lorsque les humeurs condensées par le froid & la plus grande action des vaisseaux qui en est une suite, se disposent à tomber en fonte, par le retour de la chaleur de l'air.

C'est pourquoi le jeûne que pratiquent les Chrétiens à l'entrée du printems, semble ne devoir être regardé comme une loi de privation agréable à Dieu, qu'autant qu'elle est une leçon de tempérance, un précepte médicinal, une abstinence salutaire qui tend à préserver des maladies de la saison, qui dépendent principalement de la surabondance des humeurs.

Le jeûne ne convient pas cependant également à toute sorte de personnes ; il faut être d'un âge avancé pour le bien supporter, parce qu'on fait alors moins de dissipation : aussi Hippocrate assure-t-il (aphor. xiij. sect. 1.) que les vieilles gens se passent plus facilement de manger que les autres, par opposition aux enfans qui ne se passent que difficilement de prendre de la nourriture, & ainsi à proportion, tout étant égal, par rapport aux différens tems de la vie. Voyez DIETE, ALIMENT, ABSTINENCE, NOURRITURE.


JEUNESSEjuventus, s. f. (Littérat.) c'est cet âge qui touche & qui accompagne le dernier progrès de l'adolescence, s'étend jusqu'à l'âge viril, & va rarement au-delà de trente ans.

Les Grecs l'appelloient d'ordinaire l'automne, , regardant la jeunesse comme la saison de l'année où les fruits parvenus au point de leur maturité sont excellens à cueillir. Pindare dit dans l'Ode II des Isthmioniques,


JÉVER(Géog.) petite ville d'Allemagne en Westphalie, au pays de Jéverland, auquel elle donne son nom. Le Jéverland ne s'étend en long & en large que trois milles, & contient 18 paroisses, plusieurs châteaux, monasteres, & églises ; il appartient à la maison d'Anhalt-Zerbet. (D.J.)


JEVRASCHKAS. m. (Hist. nat. Zool.) nom que les Russes donnent à un animal quadrupede qui est assez commun aux environs de la ville de Jakusk en Sibérie. Cet animal est une espece de marmotte, mais beaucoup plus petit que les marmottes ordinaires. Il y en a qui vivent sous terre, & leur demeure a une entrée & une sortie ; ils y dorment pendant tout l'hiver. D'autres sont toujours en mouvement, & vont chercher des grains ou des plantes pour se nourrir. Voici comme M. Gmelin décrit le jevraschka : sa tête est assez ronde ; son museau est très-court ; on n'apperçoit point ses oreilles ; il a tout au plus un pié de long ; sa queue qui n'a qu'environ 3 pouces de longueur, est garnie de poils fort longs ; elle est noirâtre, mêlée de jaune en-dessus, & rougeâtre en-dessous ; son corps est renflé comme celui d'une souris ; les poils en sont gris mêlés de jaune ; le ventre est rougeâtre, & les pattes sont jaunâtres ; les pattes de derriere sont plus longues que celles de devant ; ces dernieres ont quatre ergots un peu crochus, & les premieres en ont cinq ; ils mordent très-fort, & ont un cri fort clair quand on leur fait du mal ; ils se tiennent sur leurs pattes de derriere, & mangent avec les pattes de devant comme les marmottes ; ils engendrent ordinairement en Avril, & ont de cinq à huit petits en Mai. C'est suivant M. Gmelin une marmotte en petit. Voyez Gmelin, voyage de Sibérie.


JÉZIDou JÉZIDÉEN, s. m. (Théolog.) nom qui signifie hérétique chez les Mahométans. Voyez HERETIQUE. Dans ce sens jézidéen est opposé à musulman. Voyez MUSULMAN. Leunclavius dit que ce nom vient d'un émir nommé Jézide qui tua les deux fils d'Ali, Hasan & Hussein, neveux de Mahomet par leur mere, & qui persécuta la postérité de ce prophete. Les Agaréniens dont il étoit émir ou prince, le regarderent comme un impie & un hérétique, & de-là vint la coutume d'appeller jézidéens les hérétiques.

Quelques-uns parlent des Jézides comme d'un peuple particulier qui parle une langue différente du turc & du persan, quoiqu'elle approche de la derniere. Ils disent qu'il y a deux sortes de Jézides, les blancs & les noirs. Les blancs n'ont point le collet de leurs chemises fendu ; il n'a qu'une ouverture ronde pour passer la tête, & cela en mémoire d'un cercle d'or & de lumiere descendu du ciel dans le cou de leur grand Scheik, ou chef de leurs sectes. Les Jézides noirs sont faquirs ou religieux. Voyez FAQUIR.

Les Turcs & les Jézides se haïssent fort les uns les autres ; & la plus grande injure que l'on puisse dire à un homme en Turquie, c'est de l'appeller jézide. Au contraire les Jézides aiment fort les Chrétiens, parce qu'ils sont persuadés que Jézide leur chef est Jesus-Christ, ou parce qu'une de leurs traditions porte que Jézide fit autrefois alliance avec les Chrétiens contre les Musulmans. Voyez MAHOMETISME.

Ils boivent du vin même avec excès, & mangent du porc. Ils ne reçoivent la circoncision que quand ils y sont forcés par les Turcs. Leur ignorance est extrème ; ils n'ont aucuns livres ; ils croient cependant à l'Evangile & aux livres sacrés des Juifs, sans les lire ni sans les avoir ; ils font des voeux & des pélerinages ; mais ils n'ont ni mosquées ni temples, ni oratoires, ni fêtes, ni cérémonies ; & tout leur culte se réduit à chanter des cantiques spirituels à l'honneur de Jesus-Christ, de la Vierge, de Moïse & de Mahomet. Quand ils prient ils se tournent du côté de l'orient à l'exemple des Chrétiens, au lieu que les Turcs regardent le midi ; ils croient qu'il se pourra faire que le diable rentre en grace avec Dieu, & ils le regardent comme l'exécuteur de la justice de Dieu dans l'autre monde. De-là vient qu'ils se font un point de religion de ne le point maudire, de peur qu'il ne se vange : aussi quand ils en parlent ils le nomment l'ange paon, ou celui que les ignorans maudissent.

Les Jézides noirs sont réputés saints, & il n'est pas permis de pleurer leur mort ; on s'en réjouit ; ils ne sont pour-tant la plûpart que des bergers. Il ne leur est pas permis de tuer eux-mêmes les animaux dont ils mangent la viande ; & ils laissent ce soin aux Jézides blancs. Les Jézides vont en troupe comme les Arabes, changent souvent de demeure, & habitent sous des pavillons noirs faits de poil de chevre, & entourés de gros roseaux & d'épines liés ensemble. Ils disposent leurs tentes en rond, & mettent leurs troupeaux au milieu. Ils achetent leurs femmes, dont le prix ordinaire est de deux cent écus, quelles qu'elles soient. Le divorce leur est permis, pourvû que ce soit pour se faire faquir. C'est un crime parmi eux de raser ou de couper sa barbe, quelque peu que ce soit. Ils ont certaines coutumes qui semblent montrer qu'ils descendent de quelque secte de Chrétiens ; par exemple, dans leurs festins l'un d'eux présente une tasse pleine de vin à un autre, & lui dit : prenez le calice du sang de J. C. celui-ci baise la main de celui qui lui présente la tasse, & la boit. Diction. de Trévoux.


JIMBLETS. m. (Fondeur de caracteres d'Imprimerie) est une petite partie du moule à fondre les caracteres d'Imprimerie ; c'est un bout de fil de fer de six à huit lignes de longueur, qui se met au bois de la partie supérieure du moule, à l'endroit où se met la matrice. A cette matrice on lie par un bout un petit morceau de peau de mouton qu'on appelle attache, & qui s'applique par l'autre bout sur le bois du moule, & passe entre le bois & ce jimblet, qui sert à le contenir en cet endroit, afin que la matrice ne s'écarte point. Voyez ATTACHE & les Planches de Fondeur en caracteres.


JIou GIN, (Hist. mod.) nom par lequel les Mahométans désignent une espece de malins esprits. Il y en a, selon eux, de mâles & de femelles ; ce sont les incubes & les succubes. On les regarde comme étant d'une substance plus grossiere que Schaitan ou Satan, le chef des diables. Cant. hist. ott.


JIRIDS. m. (Hist. mod.) espece de dard que les Turcs lancent avec la main. Ils se piquent en cela de force & de dextérité.


JITOS. m. (Botan. exot.) arbre du Brésil, dont les baies rouges dans leur maturité, & constamment attachées à leur pédicule pendant toute l'année, sont disposées en forme de grappes de raisin, & ressemblent à ce fruit par leur figure & par leur couleur ; mais elles sont ligneuses en-dedans, & ne donnent aucun jus. La vertu médicinale de cet arbre réside dans l'écorce jaune & âcre de sa racine, qui purge avec violence, même à la dose d'un scrupule. Voyez Pison. (D.J.)


JIYAS. m. (Zoolog.) espece de loutre amphibie d'Amérique, autrement nommé carigueibein, & qui est de la grosseur d'un chien de moyenne taille. Il a la tête d'un chat, le nez plus pointu, les yeux noirs, les oreilles arrondies, placées très-bas, & aux côtés du museau, une sorte de moustache de quelques poils roides ; ses piés sont composés de cinq orteils, dont il y en a un plus petit que les autres ; son poil est court, doux, tout noir, excepté sur la tête où il est brun, & tacheté de jaune sous la gorge. Cet animal vit de carnasserie, & a le cri approchant de celui d'un jeune chien. Ray, syn. quadrup. p. 189. (D.J.)


JOACHIMITESS. m. pl. (Théologie) disciples de Joachim, abbé de Flore en Calabre, qui passa pour un prophete pendant sa vie, & laissa après sa mort beaucoup de livres de prophétie, & plusieurs autres ouvrages qui furent condamnés avec leur auteur en 1215 par le concile de Latran, & par celui d'Arles en 1260.

Les Joachimites étoient entêtés de certains nombres ternaires. Ils disoient que le Pere avoit opéré depuis le commencement du monde jusqu'à l'avénement du Fils, que l'opération du Fils avoit duré jusqu'à leur tems pendant 1260 ans, qu'après cela le S. Esprit devoit opérer aussi à son tour. Ils divisoient ce qui regardoit les hommes, les tems, la doctrine, la maniere de vivre en trois ordres ou états, selon les trois Personnes de la sainte Trinité : ainsi chacune de ces trois choses comprenoit trois états qui devoient se succéder, ou s'étoient déjà succédé les uns aux autres, ce qui faisoit qu'ils nommoient ces divisions ternaires.

Le premier ternaire étoit celui des hommes, il comprenoit trois états ou ordres d'hommes ; le premier étoit celui des gens mariés, qui avoit duré, disoient-ils, du tems du Pere éternel, c'est-à-dire, sous l'ancien Testament. Le second celui des clercs qui a regné par le Fils du tems de la grace. Le troisieme celui des moines qui devoit regner du tems de la plus grande grace par le Saint-Esprit. Le second ternaire étoit celui de la doctrine, qu'ils divisoient aussi en trois ; l'ancien Testament qu'ils attribuoient au Pere, le nouveau qu'ils attribuoient au Fils, & l'évangile éternel qu'ils attribuoient au Saint-Esprit. Dans le ternaire des tems, ils donnoient au Pere tout celui qui s'étoit écoulé depuis le commencement du monde jusqu'à Jesus-Christ, tems auquel, disoient-ils, regnoit l'esprit de la loi mosaïque. Ils donnoient au Fils les 1260 ans depuis Jesus-Christ jusqu'à eux, pendant lesquels avoit regné l'esprit de grace. Enfin le troisieme qui devoit suivre, & qu'ils nommoient le tems de la plus grande grace & de la vérité découverte, étoit pour le Saint-Esprit. Un autre ternaire consistoit dans la maniere de vivre. Dans le premier tems, sous le Pere, les hommes ont vécu selon la chair ; dans le second, sous le regne du Fils, ils ont vécu entre la chair & l'esprit ; dans la troisieme qui devoit durer jusqu'à la fin du monde, ils vivront selon l'esprit. Les Joachimites prétendoient que dans le troisieme tems, les sacremens, toutes les figures & tous les signes devoient cesser, & que la vérité paroîtroit à découvert. Dictionn. de Trévoux.

Malgré l'autorité des conciles qui ont condamné les visions de l'abbé Joachim, & sur-tout son évangile éternel, il s'est trouvé un abbé de son ordre, nommé Grégoire Laude, docteur en Théologie, qui ayant entrepris d'écrire sa vie, & d'éclaircir ses prophéties, a tenté de le justifier du crime d'hérésie dans un ouvrage imprimé à Paris en 1660 en un vol. in-folio. Dom Gervaise, ancien abbé de la Trappe, a aussi donné depuis peu au public une histoire de l'abbé Joachim, dans laquelle il entreprend de justifier cet abbé.


JOACHIMS-THAL(Géogr.) c'est-à-dire la vallée de saint Joachim, ville & vallée de Bohème dans le cercle d'Elnbogen, joignant les frontieres du Voigtland ; on y découvrit au commencement du xvj. siecle de riches mines d'argent, & l'an 1519 on y frappa déjà des écus d'argent du poids d'une once, avec l'image de saint Joachim : comme cette monnoie se répandit dans toute l'Allemagne, on l'appella Joachim-thaler, en latin Joachimici nummi, & par abréviation thaler ; tous les écus frappés ensuite selon les lois monétaires de l'Empire, ont été nommés reichs-thaler, écus de l'Empire, que les François appellent par corruption risdale.

Je vois en parcourant le P. Niceron, qu'il met au rang des hommes illustres dans la république des lettres, Michel Néander, médecin, né à Joachims-thal en 1529, & mort en 1581 : cependant tous ses ouvrages sont depuis long-tems dans la poussiere de l'oubli, d'où je ne crois pas qu'on s'avise de les tirer. (D.J.)


JOAILLERIEVoyez JOUAILLERIE.


JOAILLIERVoyez JOUAILLIER.


JOANNITESS. m. pl. (Hist. eccles.) nom dont on appella dans le v. siecle ceux qui demeurerent attachés à saint Jean Chrysostome, & qui continuerent de communier avec lui, quoiqu'il eût été exilé par les artifices de l'impératrice Eudoxie, & déposé dans un conciliabule par Théophile d'Alexandrie, ensuite dans un second tenu à Constantinople. Ce titre de Joannites fut inventé pour désigner ceux à qui on le donnoit & qu'on se proposoit de desservir à la cour. La méchanceté des hommes a toujours été la même, & elle n'a pas même varié dans ses moyens.


JOB(Théolog.) nom d'un des livres canoniques de l'ancien Testament, ainsi appellé de Job, prince célébre par sa patience & par son attachement à la piété & à la vertu, qui demeuroit dans la terre d'Hus ou dans l'Amite, dans l'Idumée orientale aux environs de Bozra, qu'on croit communément être l'auteur de ce livre qui contient son histoire.

On a formé une infinité de conjectures diverses sur le livre de Job ; les uns ont cru que Job l'avoit écrit lui-même en syriaque ou en arabe, & qu'ensuite Moïse ou quelqu'autre israëlite l'avoit mis en hebreu ; d'autres l'ont attribué à Eliu, l'un des amis de Job, ou à ses autres amis, ou à Moïse, ou à Salomon, ou à Isaïe, ou à quelqu'écrivain encore plus récent. Il est certain que le livre en lui-même ne fournit aucune preuve décisive pour en reconnoître l'auteur. Ce qui paroît incontestable, c'est que celui qui l'a composé étoit Juif de religion & postérieur au tems de Job, qu'on croit avoir été contemporain de Moïse. Il y fait de trop fréquentes allusions aux expressions de l'écriture pour penser qu'elle ne lui ait pas été familiere.

La langue originale du livre de Job est l'hébraïque, mais mêlée de plusieurs expressions arabes & chaldéennes, & de plusieurs tours qui ne sont pas connus dans l'hébreu, ce qui rend cet ouvrage obscur & difficile à entendre. Il est écrit en vers libres quant à la mesure & à la cadence, vers dont la principale beauté consiste dans la grandeur de l'expression, dans la hardiesse & la sublimité des pensées, dans la vivacité des mouvemens, dans l'énergie des peintures, & dans la variété des caracteres, parties qui s'y trouvent toutes réunies dans le plus haut degré.

Quant à la canonicité du livre de Job, elle est reconnue généralement dans les églises grecques & latines, elle y a toujours passé comme un article de foi, & ce sentiment est venu de la synagogue à l'église chrétienne. Les Apôtres l'ont cité. Théodore de Mopsueste le critiquoit, mais sur une version grecque, qui faisant quelques allusions à la fable ou à l'histoire poëtique, n'étoit pas exactement conforme au texte hébreu. Quelques-uns accusent Luther & les Anabaptistes de rejetter le livre de Job, mais Scultet & Spanheim tâchent d'en justifier Luther. On peut consulter sur ce livre le commentaire de Pineda, celui de Dom Calmet, & l'histoire de Job par M. Spanheim. Calmet, Dictionn. de la Bible, tom. II. lettre J. au mot Job, pag. 386.


JOBETS. m. (Fond. en caract. d'Impr.) est un petit morceau de fil de fer plié en équerre qui se met au moule à fondre les caracteres d'Imprimerie, entre le bois de la piece de dessus & la platine. Ce jobet fait entre lui & le bois du moule un petit vuide quarré dans lequel passe la matrice. Cela est pour empêcher cette matrice de s'éloigner trop de sa place lorsque l'ouvrier ouvre son moule. Voyez MOULE, MATRICE. Voyez aussi nos Pl. de Fond. & leur expl.


JOCELIN(Géogr.) petite ville de France en Bretagne, dans l'évêché de saint Malo ; elle députe aux états, & est à 8 lieues N. E. de Vannes, 18 S. O. de Rennes, 29. N. O. de S. Malo. Long. 14. 56. lat. 48. 2. (D.J.)


JODS. m. (Gramm.) c'est la dixieme lettre de l'alphabet hébraïque. Voyez l'article HEBREU. Le jod prend la place du hé dans les verbes qui ont un hé pour derniere radicale ; trois jods posés en triangle, ou deux jods avec un kamits dessous, désignent en chaldéen le nom de Dieu. Communément on prononce jod, comme si l'i étoit consonne ; mais cette prononciation n'est pas la véritable. Le jod des Hébreux a la valeur de l'iota grec.

JOD, s. m. (Commerce) c'est en Angleterre le quart du quintal, autrement 27. livres d'avoir du poids. Voyez HUNDRED ou LIVRE.

Jod est aussi une des mesures de distances & longueurs, dont on se sert dans le royaume de Siam. Vingt-cinq jods font le roé-neug ou lieue siamoise, d'environ deux mille toises françoises. Chaque Jod contient quatre sen, le sen vingt voua, le voua deux ken, qui est l'aune siamoise de trois piés de roi moins un demi-pouce. Voyez SEN, VOUA, KEN, &c. Dictionn. de commerce.


JODELLE(Hist. nat.) Voyez POULE D'EAU.


JODUTTES. f. (Myth.) idole des Saxons ; ce fut d'abord une statue que Lothaire, duc de Saxe, avoit fait placer aux environs de la forêt de Welps, après la victoire qu'il remporta en 1115 sur Henri V. Cette statue étoit un homme tenant de la main droite une massue, & de la gauche un bouclier rouge, & assis sur un cheval blanc.


JOEKUL(Hist. nat.) nom que l'on donne en Islande aux hautes montagnes perpétuellement couvertes de glaces & de neiges dont le pays est rempli ; le mont Hecla est dans ce cas, ainsi que les autres volcans qui s'y trouvent, & lorsqu'il leur arrive des éruptions, les neiges & les glaçons en se fondant, causent aux environs des débordemens épouvantables. Voyez Horrebon, Description d'Islande.


JOERKAou BORECK, (Géograp.) ville de Bohème dans le cercle de Satz, renommée par sa biere.


JOGUES. m. (Théolog.) espece de religieux payens dans les Indes orientales qui ne se marient jamais, ne possedent rien en propre, mais vivent d'aumônes & pratiquent de grandes austérités.

Ils sont soumis à un général qui les envoie prêcher d'un lieu à l'autre. Ce sont proprement une espece de pelerins que l'on croit être une branche des anciens Gymnosophistes. Voyez GYMNOSOPHISTES.

Ils fréquentent sur-tout les lieux consacrés par la dévotion du peuple, & prétendent pouvoir passer plusieurs jours sans manger & sans boire. Après avoir gardé la continence pendant un certain tems, ils s'estiment impeccables, & croyent que tout leur est permis, ce qui fait qu'ils se plongent dans les débauches les plus infames.


JOHANSBURG(Géog.) ville de Pologne dans la Sudavie, canton de la Prusse ducale, avec une citadelle sur la Pysch. Long. 40. 34. latitude 53. 15. (D.J.)


JOIES. f. (Philos. morale) émotion de l'ame causée par le plaisir ou par la possession de quelque bien.

La joie, dit Locke, est un plaisir que l'ame goûte, lorsqu'elle considere la possession d'un bien présent ou à venir comme assurée ; & nous sommes en possession d'un bien, lorsqu'il est de telle sorte en notre puissance que nous pouvons en jouir quand nous voulons. Un homme blessé ressent de la joie lorsqu'il lui arrive le secours qu'il desire, avant même qu'il en éprouve l'effet. Le pere qui chérit vivement la prospérité de ses enfans, est en possession de ce bien aussi long-tems que ses enfans prosperent ; car il lui suffit d'y penser pour ressentir de la joie.

Elle differe de la gaieté, voyez GAIETE. On plaît, on amuse, on divertit les autres par sa gaieté ; on pame de joie, on verse des larmes de joie, & rien n'est si doux que de pleurer ainsi.

Il peut même arriver que cette passion soit si grande, si inespérée, qu'elle aille jusqu'à détruire la machine ; la joie a étouffé quelques personnes. L'histoire grecque parle d'un Policrate, de Chilon, de Sophocle, de Diagoras, de Philippides, & de l'un des Denis de Sicile, qui moururent de joie.

L'histoire romaine assure la même chose du consul Manius Juventius Thalna, & de deux femmes de Rome, qui ne purent soutenir le ravissement que leur causa la présence de leur fils après la déroute arrivée au lac de Trasymène ; mes garans sont Aulugelle, liv. III. chap. xv. Valere Maxime, liv. IX. chap. xij. Tite-Live, liv. XXII. chap. vij. Pline, liv. VII. chap. liij. & Ciceron dans ses Tusculanes.

L'histoire de France nomme la dame de Châteaubriant que l'excès de joie fit expirer tout d'un coup, en voyant son mari de retour du voyage de Saint Louis.

J'ai lu d'autres exemples semblables dans les écrits des Médecins, comme dans les Mémoires des curieux de la nature, Décur. 2. ann. 9, observ. 22 ; dans Kornman, de mirac. mortuor. part. IV. cap. cvj. & dans le Journal de Leipsick, année 1686. p. 284.

Mais sans m'arrêter à des faits si singuliers, & peut-être douteux en partie, il y a dans les Actes des Apôtres un trait plus simple qui peint au naturel le vrai caractere d'une joie subite & impétueuse. Saint Pierre ayant été tiré miraculeusement de prison, vint chez Marie mere de Jean, où les fideles étoient assemblés en prieres ; quand il eut frappé à la porte, une fille nommée Rhode, ayant reconnu sa voix, au lieu de lui ouvrir, courut vers les fideles avec des cris d'allégresse, pour leur dire que saint Pierre étoit à la porte.

Si la gaieté est un beau don de la nature, la joie a quelque chose de céleste ; non pas cette joie artificielle & forcée, qui n'est que du fard sur le visage ; non pas cette joie molle & folâtre dont les sens seuls sont affectés, & qui dure si peu ; mais cette joie de raison, pure, égale, qui ravit l'ame sans la troubler ; cette joie douce qui a sa racine dans le coeur, enfin cette joie délectable qui a sa source dans la vertu, & qui est la compagne fidele des moeurs innocentes ; nous ne la connoissons plus aujourd'hui, nous y avons substitué un vernis qui s'écaille, un faux brillant de plaisir ; & beaucoup de corruption. (D.J.)

JOIE, GAIETE, (Synon.) ces deux mots marquent également une situation agréable de l'ame, causée par le plaisir ou par la possession d'un bien qu'elle éprouve ; mais la joie est plus dans le coeur, & la gaieté dans les manieres ; la joie consiste dans un sentiment de l'ame plus fort, dans une satisfaction plus pleine ; la gaieté dépend davantage du caractere, de l'humeur, du tempérament ; l'une sans paroître toujours au dehors, fait une vive impression au dedans ; l'autre éclate dans les yeux & sur le visage : on agit par gaieté, on est affecté par la joie. Les degrés de la gaieté ne sont ni bien vifs, ni bien étendus ; mais ceux de la joie peuvent être portés au plus haut période ; ce sont alors des transports, des ravissemens, une véritable ivresse. Une humeur enjouée jette de la gaieté dans les entretiens ; un évenement heureux répand de la joie jusques au fond du coeur ; on plaît aux autres par la gaieté, on peut tomber malade & mourir de joie. (D.J.)


JOIEUSE(Géogr.) Gaudiosa, petite ville de France dans le bas Vivarez, avec titre de duché-pairie, érigée en 1581 par Henri III. en faveur de son mignon Anne vicomte de Joyeuse. Elle est sur la riviere de Beaune, à 9 lieues sud-ouest de Viviers, 16 nord-ouest de Nismes, 134 sud-est de Paris. Long. 21. 55. lat. 44. 26. (D.J.)


JOIEUXJOIEUX

Les droits utiles sont des sommes de deniers que le roi leve sur certains corps & autres personnes.

Cet usage est fort ancien, puisqu'on voit qu'en 1383 les habitans de Cambray offrirent à Charles VI. 6000. l. lors de son joïeux avenement dans cette ville. En 1484 les états généraux assemblés à Tours accorderent à Charles VIII. deux millions cinq cent mille livres, & 300 mille livres pour son joyeux avenement, ce qui fut réparti sur la noblesse, le clergé & le peuple.

Le droit de confirmation des offices & des privileges accordés soit à des particuliers, soit aux communautés des villes & bourgs du royaume, aux corps des marchands, arts & métiers où il y a jurande, maîtrise & privilege, est un des plus anciens droits de la couronne, & a été payé dans tous les tems, à l'avenement des nouveaux rois. François I. par différentes déclarations & lettres-patentes de l'année 1514, Henri II. par des lettres de 1546 & 1547, François II. par celles de 1559 & 1560, Charles IX. par l'édit du mois de Décembre 1560, ont confirmé tous les officiers du royaume dans l'exercice de leurs fonctions. Henri III. ordonna par des lettres-patentes du dernier Juillet 1574, à toutes personnes de demander la confirmation de leurs charges, offices, états & privileges. Par une déclaration du 25 Décembre 1581, Henri IV. enjoignit à tous les officiers du royaume, de prendre des lettres pour être confirmés dans leurs offices. Louis XIII. par différentes lettres patentes des années 1610 & 1611, confirma les officiers dans leurs fonctions & droits, & accorda la confirmation des privileges des villes & communautés, & des différens arts & métiers du royaume. Louis XIV. par deux édits du mois de Juillet 1643, & par déclaration du 28 Octobre audit an, confirma dans leurs fonctions & privileges, tous les officiers de judicature, police & finance, les communautés des villes, bourgs & bourgades, les arts, métiers & privileges, ensemble les hôteliers, cabaretiers & autres, à condition de lui payer le droit qui lui étoit dû à cause de son heureux avenement.

La perception du droit de joyeux avenement fut différée par le roi à-présent regnant, jusqu'en 1723, qu'elle fut ordonnée par une déclaration du 23 Septembre, publiée au sceau le 30.

Suivant l'instruction en forme de tarif, qui fut faite pour la perception de ce droit, les offices de finance & ceux qui donnent la noblesse, devoient payer sur le pié du denier 30 de leur valeur, les offices de justice & police sur le pié du denier 60 ; les vétérans des offices qui donnent la noblesse, sont taxés à la moitié des titulaires des moindres offices jouissans desdits privileges, les veuves au quart, les vétérans des autres offices au quart, leurs veuves au huitieme.

On excepta les présidens, conseillers, procureurs & avocats du roi, leurs substituts & les greffiers en chef, & premiers huissiers des cours supérieures.

La noblesse acquise par lettres depuis 1643, par prevôté des marchands, mairie & echevinage, jurats, consulats, capitouls & autres offices que ceux de secrétaires du roi, fut taxée sur le pié de 2000 l. par tête, des jouissances tant pour les personnes vivantes que pour leurs ancêtres.

Les octrois & deniers patrimoniaux ou subventions des villes, furent taxés sur le pié d'un quart du revenu, les foires & marchés sur le pié d'une demi-année de revenu, les usages & communes sur le pié d'une année.

Les privileges, statuts & jurandes des différentes communautés des marchands & artisans, ainsi que des cabaretiers & hôteliers, furent taxés selon leurs facultés.

Le franc-salé par toutes personnes, y compris les communautés ecclésiastiques, excepté les hôpitaux, payerent sur le pié de la valeur d'une année dudit franc-salé, telle que le sel se vend dans les lieux où le privilégié le leve.

Pour confirmation des lettres de légitimation & de naturalité, chacun des impétrans paye 1000 l.

Les domaines engagés & aliénés avant 1643, payerent le quart du revenu, & ceux engagés depuis la moitié ; les dons, concessions, privileges, aubaines & confiscations, une année de revenu ; les droits de moulins, forges, venneries, péages, bacs, passages, pêches & écluses, une demi-année.

Les droits honorifiques dont jouissent nos rois à leur avenement, consistent dans les nouvelles fois & hommages qui leur sont dûes, dans l'usage où ils sont d'accorder des lettres de grace à des criminels, & dans le droit de disposer d'une prébende dans chaque cathédrale. Voyez l'article suivant. (A)

JOYEUX AVENEMENT. On met aussi au nombre des droits honorifiques dont le roi jouit à cause de son joyeux avenement, le droit qu'il a de nommer un clerc pour être pourvû de la premiere prébende qui vacquera dans chaque cathédrale.

Les dignités & prébendes des églises collégiales où il y avoit ci-devant plus de dix prébendes outre les dignités, sont aussi assujetties au droit de joyeux avenement, par une déclaration du 18 Février 1726, qui n'a été enregistrée qu'au grand conseil.

Cette nomination se fait par un brevet qui est ce que l'on appelle brevet de joyeux avenement.

Le droit de joyeux a assez de rapport avec le droit de premieres prieres, exercé par les empereurs d'Allemagne ; cependant le premier paroît encore plus éminent.

L'origine du droit de joyeux remonte jusqu'à nos premiers rois chrétiens. On trouve des preuves que Charles V. étoit en possession de ce droit, & que Charles VIII. en a usé.

Nous voyons aussi dans les preuves de nos libertés, un arrêt du parlement de Paris de l'année 1494, lors duquel M. le premier président excita le cardinal Archevêque de Lyon, à maintenir auprès du saint-siege, les droits du roi par rapport à ces premieres prieres.

Ceux qui ont voulu fixer l'origine du droit de joyeux avenement aux lettres-patentes d'Henri III. du 9 Mars 1577, n'ont pas fait attention que ces lettres n'introduisent point un droit nouveau, qu'elles ne font que confirmer celui qui étoit déjà établi, & auquel on vouloit donner atteinte.

Le brevetaire de joyeux avenement est préféré au brevetaire de serment de fidélité.

Les contestations qui peuvent survenir au sujet des brevets de joyeux avenement, sont portées au grand conseil. Voyez les lois ecclésiastiques de M. d'Héricourt, part. I. chap. x. Drupier, des bénéfices, tom. I. pag. 240. (A)


JOIGNY(Géograph.) ancienne petite ville de France en Champagne, au diocese de Sens ; elle est avantageusement située sur l'Ionne, à 7 lieues de Sens, 6 d'Auxerre. Longitude 21. latitude 47. 56. (D.J.)


JOINDREv. act. (Gramm.) il est synonyme à assembler, faire un tout de plusieurs parties séparées ; ainsi l'on joint deux planches, ou l'on en fait un tout en les approchant & en les tenant approchées ou par des rainures, ou de quelqu'autre maniere ; on joint deux tomes en un volume, en les reliant ensemble ; on joint plusieurs sommes ensemble, ou l'on en fait un tout par l'addition, &c...

On dit encore les armées combinées se sont jointes en tel endroit ; alors le mot est relatif au mouvement ; notre général a joint l'ennemi, & il le défera sans-doute. Je ne saurois joindre cet homme.

Joindre se dit aussi de plusieurs instances. Voyez JOINDRE, (Jurisp.)

Joindre se prend au moral dans cette phrase & beaucoup d'autres. Il faut joindre l'expérience au raisonnement. Joignez vos voeux aux miens.

Il est quelquefois neutre ; cette menuiserie joint mal.

JOINDRE, (Jurisp.) deux instances ou procès, ou une instance avec un procès, c'est les unir pour être jugés conjointement. Cette jonction ne se fait quelquefois que sauf à disjoindre, c'est-à-dire, que si l'on reconnoît dans la suite qu'il y ait lieu de juger une affaire avant l'autre, on les disjoint pour les juger séparément. Voyez JONCTION. (A)


JOINTS. m. (Architecture & coupe des pierres) a différentes significations ; c'est 1°. l'intervalle plein ou vuide qui reste entre deux pierres contigues ; dans ce sens on dit petit joint, grand joint. 2°. Il se prend pour les lignes de division des voutes en claveaux. Ainsi on dit joint en coupe, joint de tête, joint de lit, joint de doele, où il faut remarquer que quoique les joints de lit soient des divisions longitudinales de la doele, on n'entend par joints de doele, que les joints transversaux, autrement dits joints de tête, & que les joints de lit sont ainsi nommés parce que le délit naturel de la pierre doit leur être parallele, ou partager l'angle du claveau en deux également, comme la fig. 16. représente. A B C D est un bloc de pierre vû par un bout qui fera un joint de tête, M N la direction du délit naturel de la pierre, laquelle doit passer par le sommet o de l'angle a o c formé par les joints de lit a b, c d du claveau, & le couper en deux également.

On ne doit jamais mettre de joint au milieu de la voute ; c'est pourquoi les claveaux ou voussoirs doivent être en nombre impair.

Voici donc les différens joints, & la définition qu'il en faut donner.

Joints de lit, ceux qui sont de niveau, ou suivant une pente donnée.

Joints montans, ceux qui sont à plomb.

Joints quarrés, ceux qui sont d'équerre en leurs retours.

Joints en coupe, ceux qui sont inclinés & tracés d'après un centre.

Joints de tête ou de face, ceux qui sont en coupe ou en rayons au parement, & séparément les voussoirs & claveaux.

Joints de douelle, ceux qui sont sur la longueur du dedans d'une voute, ou sur l'épaisseur d'un arc.

Joint de recouvrement, celui qui se fait par le recouvrement d'une marche sur une autre.

Joint recouvert, c'est le recouvrement qui se fait de deux dalles de pierre, par le moyen d'une espece d'ourlet qui en cache le joint.

Joint feuillé, c'est le recouvrement qui se fait de deux pierres l'une sur l'autre, par une entaille de leur demi-épaisseur.

Joint gras, celui qui est plus ouvert que l'angle droit ; & joint maigre, le contraire.

Joints serrés, ceux qui sont si étroits, qu'on est obligé de les ouvrir avec le couteau à scie, pour le pouvoir couler ou ficher avec plâtre ou mortier.

Joints ouverts, ceux qui à cause de leurs cales épaisses sont hauts & faciles à ficher.

On appelle aussi joints ouverts ceux qui se sont écartés par mal-façon, ou parce que le bâtiment s'est affaissé plus d'un côté que de l'autre.

Joints refaits, ceux qu'on est contraint de retailler de lit ou de joint sur le tas, parce qu'ils ne sont ni à plomb ni de niveau.

Ce sont aussi les joints qu'on fait en ragréant & en ravalant avec mortier de même couleur que la pierre.

Joint à onglet, celui qui se fait de la diagonale d'un retour d'équerre, comme il s'en voit dans les ouvrages de marbre, & les incrustations.

JOINT, (Menuiserie) il se dit de la maniere d'assembler une ou plusieurs pieces. Il y a le joint quarré, le joint à queue d'aronde, &c.

On joint à plat joint, quand on tient deux pieces approchées sans rainure ni languette.

A pointe de diamant, lorsque de quatre pieces d'assemblage, toutes les quatre coupées en angle, la pointe des quatre angles se réunit au même sommet, comme on voit aux frises, au parquet dans les appartemens, & aux petits bois des croisées. Il n'y a point à l'endroit où ils se croisent, le petit quarré qui s'appelle plainte en termes de menuiserie ; mais les petits bois y forment quatre angles qui se réunissent au même point. Voyez nos Planches de Menuiserie.


JOINTE(Maréch.) Voyez JOINTURE.

* JOINTE, s. f. (Manufacture en soie) c'est une partie d'organsin devidée sur des rochets pour nouer les fils qui cassent. La jointe est de la couleur de la chaîne ou du poil.

JOINTE, LONG JOINTE, COURT JOINTE, (Maréch.) Voyez LONG & COURT.

JOINTEE, s. f. (Commerce) espece de mesure qui se dit de ce qu'il peut tenir de grains ou de légumes secs dans les creux des deux mains, quand on les joint ensemble. Une jointée de froment, une jointée de pois. Dict. de Comm.

JOINTEE, (Maréch.) Une jointée de son, une jointée de froment, une jointée d'orge ; c'est autant qu'il peut en tenir dans les deux mains lorsqu'elles sont jointes. Si l'on veut faire venir du corps à un cheval estrac, il faut mettre tous les matins une jointée de froment dans sa mangeoire. Voyez ESTRAC.


JOINTOYERv. a. (Architect.) terme usité dans l'art de bâtir ; c'est après qu'un bâtiment est élevé, & qu'il a pris sa charge, remplir les ouvertures des joints des pierres d'un mortier de la même couleur de la pierre.

On dit aussi rejointoyer, lorsqu'il s'agit de remplir les joints d'un vieux bâtiment ou d'un ouvrage construit dans l'eau, avec mortier de chaux & de ciment.


JOINTURES. f. (Gramm. & Arts méchan.) l'endroit où deux corps approchés se touchent & se lient. Quand un ouvrage est bien travaillé, on ne discerne pas la jointure. Junctura fallit unguem.

JOINTURE, (Anatomie) tout endroit du corps humain où les os sont joints ensemble pour l'exécution de plusieurs sortes de mouvemens.

Quoique les mouvemens des extrémités du corps soient circulaires, le centre de ces mouvemens ne se réunit pas dans un point ; car outre que les jointures seroient trop foibles, il arriveroit que les deux os s'useroient, & se pénétreroient l'un l'autre ; mais ces jointures se font par de larges surfaces, les unes convexes, les autres concaves, quelques-unes cannelées & sillonnées, d'autres semblables à une tête ronde qui s'emboëte dans un creux sphérique ; toutes ont les qualités requises pour contribuer au mouvement & à la force ; toutes sont couvertes de cartilages, lisses, polis, qui forment l'union des os, les collent & les étendent de toutes parts. Ces cartilages sont arrosés d'une humeur onctueuse, qui est séparée de la masse du sang par le secours des glandes mucilagineuses.

Remarquez que les conduits excréteurs de ces glandes mucilagineuses, ont quelque longueur dans leur passage, jusqu'à leur orifice ; cette structure empêche l'effusion inutile de la substance huileuse, tend à en fournir une quantité suffisante, & à en procurer une plus grande lorsqu'il en est besoin pour les mouvemens violens ou long-tems continués.

Ajoutez qu'on trouve pour y suppléer des pelotons de graisse qui concourent au même but. Le manque ou les vices de l'humeur mucilagineuse, causent diverses maladies dans les jointures, comme le cliquetis, la luxation, l'anchylose, & l'impuissance des mouvemens.

Mais ces cas rares ne détruisent point le merveilleux appareil des organes de notre charpente ; considérez seulement pour vous en convaincre, l'insertion des muscles à l'aide desquels les jointures se peuvent tirer de différens côtés, selon les fonctions particulieres de leur destination ; la fabrique curieuse des os, la variété de leurs articulations pour exécuter tous les mouvemens de flexion, d'extension, de ressort, de genou, de charniere, de coulisse, de pivot & de roue.

Considérez la force des ligamens pour maintenir les os en respect ; considérez sur-tout les cartilages placés aux extrémités des jointures, leur périchondre, leurs vaisseaux vasculeux, leurs glandes mucilagineuses & huileuses, qui distillent perpétuellement une humeur lubréfiante, pour arroser, nourrir, prévenir les frottemens, & faciliter en toute occasion les mouvemens que nous voulons exécuter.

Enfin la souplesse, la flexibilité à laquelle on peut amener les jointures par un constant exercice mis en usage dès la plus tendre enfance, est une chose si surprenante, qu'on auroit de la peine à l'imaginer si l'on n'en avoit pas le spectacle dans ces personnes qui le donnent aux yeux du peuple pour de l'argent, & à ceux du physicien pour confondre ses connoissances.

Les transactions philosophiques, n. 242, p. 262, parlent d'un Anglois nommé Clarck, qui avoit trouvé sur la fin du dernier siecle le secret de déboiter, de tordre, de luxer, de disloquer la plûpart des jointures de son corps, à un degré de singularité qu'on croyoit impraticable. Il eut une fois le talent de pousser si loin ses distorsions, qu'un fameux chirurgien appellé pour le traiter, après l'avoir attentivement examiné, refusa de l'entreprendre, & déclara que le cas étoit incurable ; mais à peine eut-il prononcé cet arrêt, qu'à son grand étonnement il vit le prétendu malade effacer de lui-même toutes ses distorsions, & lui prouver combien le pouvoir de la nature l'emporte sur celui de l'art. (D.J.)

JOINTURE, (Ecriture) se dit aussi dans l'écriture des différentes situations de plume ; à la premiere & seconde jointure du doigt index.

JOINTURE, chez les Cordonniers, c'est la couture qui joint les deux quartiers du soulier.

JOINTURE & JOINTE, (Maréchall.) se dit pour paturon dans les occasions suivantes ; la jointure grosse, c'est-à-dire, le paturon gros, ce qui est une bonne qualité ; la jointure menue est une mauvaise qualité, sur-tout lorsqu'elle est pliante, c'est-à-dire que le bas du paturon est fort en devant ; la jointure longue ou courte fait dire d'un cheval, qu'il est long ou court jointé. Voyez JOINTE.

JOINTURE, (Peinture) on appelle jointure en Peinture le lieu où se joignent deux parties différentes de la même figure, comme la jambe avec la cuisse, le bras avec l'avant-bras, &c.


JOINVILLE(Géog.) petite ville de France en Champagne, dans le Vallage, avec titre de principauté érigée en 1552.

Ceux qui donnent à cette ville une grande ancienneté, & qui en font remonter l'origine à Jovin, lieutenant de Valentinien, empereur d'Occident, l'ont nommée Jovini villa ; ceux au contraire qui rapprochent son origine au siecle de Louis le Gros, c'est-à-dire au XII siecle, & je crois qu'ils ont raison, l'appellent Johannis villa. Elle est sur la Marne, à 6 lieues de S. Dizier, 28. S. E. de Rheims, 10 S. O. de Bar-le-Duc, 50 S. E. de Paris. Long. 22. 45. lat. 48. 20.

Charles de Lorraine, cardinal, nâquit à Joinville le 17. Février 1529 ; on ne peut s'empêcher de vouloir le connoître, quand on considere que cette connoissance fait celle de trois regnes consécutifs, les plus intéressans de notre histoire ; ainsi j'espere qu'on m'excusera, si je m'étends un peu à peindre un homme qui a joué sous ces trois regnes un si grand rôle, & dont la naissance a été si funeste à l'état.

Doué par la nature de grandes qualités, il ne chercha qu'à satisfaire son ardeur insatiable d'acquérir des biens & des honneurs ; il s'insinua par de basses complaisances dans la faveur de la duchesse de Valentinois, maîtresse de Henri II, & qui menoit tout à sa volonté ; son crédit devint sans bornes sous François II, car lui & le duc de Guise, son frere, gouvernoient le royaume à leur fantaisie ; en 1558, ils entammerent des conférences secrettes à Péronne avec Granvelle, évêque d'Arras, pour la ruine des Colignis & de leur parti.

La crainte qu'eut le pape d'un concile national en France, l'obligea d'assembler en 1562 un concile général à Trente ; le cardinal de Lorraine s'y rendit avec un train d'une magnificence incroyable ; les légats, les évêques de l'assemblée, les ambassadeurs des ministres étrangers, allerent au-devant de lui pour le recevoir ; sa puissance, son cortège, son génie, causerent de l'ombrage & de la jalousie au pontife de Rome ; il ramassa ses forces, & saisi de crainte, il pria Philippe de le soutenir dans le concile.

Le rang & le pouvoir du cardinal de Lorraine étoient portés si loin, que le connétable Anne de Montmorency lui écrivoit Monseigneur, & signoit, votre très humble & très-obéissant serviteur ; & le cardinal écrivoit Monsieur le Connétable, & au bas, votre bien bon ami. A la mort de son frere le duc de Guise qu'il apprit étant à Trente, il ne songea qu'à s'accommoder avec le pape, ne soutint plus les libertés de l'église gallicane, & trouva convenable, pour les intérêts de sa maison, de s'humaniser avec sa sainteté.

A son retour de Trente, on lui accorda des gardes, qui non-seulement eurent ordre de l'accompagner jusques dans le Louvre, mais encore de ne le pas quitter à l'autel, & de mêler ainsi l'odeur de la méche parmi l'odeur de l'encens & des parfums sacrés ; privilege assez semblable à celui qu'obtint depuis le cardinal de Richelieu.

En 1572, il se rendit à Rome pour entretenir le pape des grands projets qu'il avoit concertés avec la reine-mere, dont le principal étoit le massacre de la S. Barthélemi ; il fit compter mille écus d'or à un gentilhomme du duc d'Aumale, qui lui en apporta la nouvelle, & se rendit en procession à l'église de S. Louis, où il célébra la messe à ce sujet avec une pompe superbe. Il revint en France en 1574, assista à une des processions de pénitens, établie par Henri III, y prit du froid, de la fievre, & mourut le 23 Décembre, âgé de 55 ans.

Plongé dans la galanterie pendant tout le cours de sa vie, il séduisoit les femmes par sa figure, par son esprit, & plus encore par ses présens. " J'ai oui conter, dit Brantôme, que quand il arrivoit à la cour quelque fille ou dame qui fût belle, il la venoit accoster, & lui disoit qu'il la vouloit dresser ; aussi y en avoit-il peu qui ne fussent obligées de ceder à ses largesses, & peu ou nulles sont-elles sorties de cette cour femmes ou filles de bien.... "

Il n'eut pas son égal en dépenses fastueuses, qui accompagnoient toutes ses actions, & s'étendoient même sur les pauvres & les mendians. Son valet de chambre, qui manioit son argent des menus plaisirs, portoit une grande gibeciere qu'il remplissoit tous les matins de trois ou quatre cent écus, & les distribuoit aux pauvres qu'il rencontroit ; & ce qu'il en tiroit, le donnoit sans y rien trier...

La fierté avec laquelle il traita la duchesse de Savoie, en la baisant par force, peint son orgueil & son amour-propre. " Est-ce avec moi, lui dit-il, qu'il faut user de cette mine & façon, je baise bien la reine ma maîtresse, qui est la plus grande reine du monde, & vous, je ne vous baiserois pas, qui n'êtes qu'une petite duchesse crottée.... "

La violence de son caractere s'exerça contre les protestans de France, tandis qu'il pensionnoit par politique les protestans d'Allemagne ; l'insulte qu'il reçut en sortant de la maison d'une courtisanne, l'obligea à faire aller toute la cour à Saint-Germain, malgré l'ancienne coutume ; & la ridicule prédiction d'un astrologue, qu'il seroit tué d'une arme à feu, l'engagea à faire défendre tout port d'armes sous le regne de François II. Ajouterai-je ici qu'on a trouvé dans les archives de Joinville, une indulgence en expectative pour ce cardinal & douze personnes de sa suite, laquelle indulgence remettoit à chacun d'eux par avance trois péchés à la fois. (D.J.)


JOLCOS(Géog. anc.) c'étoit une ville de Thessalie, dans le canton de Magnésie, à un quart de lieue de Démétriade, sur le golphe Pélasgique ; c'est Strabon qui le dit, & qui ajoute ensuite quelle étoit démolie depuis long-tems ; Pline, liv. VII. chap. lvij. nous apprend que ce fut à Jolcos, qu'Acaste inventa les jeux funebres ; le pays de Jolcos étoit estimé par les magiciens pour la vertu de ses plantes ; voilà pourquoi, selon les poëtes, Médée s'y rendit en venant du Pont. (D.J.)


JOLIadj. (Gram.) notre langue a plusieurs traités estimés sur le beau, tandis que l'idole à laquelle nos voisins nous accusent de sacrifier sans-cesse, n'a point encore trouvé de panégyristes parmi nous. La plus jolie nation du monde n'a presque rien dit encore sur le joli.

Ce silence ressembleroit-il au saint respect qui défendoit aux premiers Romains d'oser représenter les dieux de la patrie, ni par des statues, ni par des peintures, dans la crainte de donner de ces dieux des idées trop foibles & trop humaines ? car on ne sauroit penser que nous rougissions de nos avantages ; le plaisir d'être le peuple le plus aimable, doit nous consoler un peu du ridicule qu'on trouve aux soins que nous prenons de le paroître. Eh, qu'importe aux François l'opinion fausse qu'on peut se faire de leurs charmes ? Heureux si par une légéreté trop peu limitée, ils ne détruisoient pas cette espece d'agrémens qui leur sont si propres, en croyant les multiplier ! L'affectation est à côté des graces, & la plus légere exagération fait franchir les bornes qui les séparent.

Les philosophes les plus austeres ont approuvé le culte de ces divinités ; leurs images enchanteresses étoient sorties des mains du plus sage de tous les Grecs. Il est vrai que le ciseau de Socrate les avoit enveloppées d'un voile que peut-être nous avons laissé tomber comme firent les Athéniens.

Speusippe, disciple & successeur de Platon, embellit aussi du portrait des graces la même école où son maître avoit éclairé le paganisme par les lumieres de la plus haute raison. Eh, qui ne sait le conseil que donnoit souvent Platon même à Xénocrate, dont il souffroit avec peine la triste & pédante sévérité ?

Je ne crois pourtant pas que le projet de Platon fût de rendre son disciple aussi joli que nous ; quoi qu'il en soit, c'est la nature elle-même qui nous a donné l'idée des graces, en nous offrant des spectacles qui semblent être leur ouvrage. Elle ne veut pas nous asservir toujours sous le joug de l'admiration ; cette mere tendre & caressante cherche souvent à nous plaire.

Si le beau qui nous frappe & nous transporte, est un des plus grands effets de sa magnificence, le joli n'est-il pas un de ses plus doux bienfaits ? Elle semble quelquefois s'épuiser (si je l'ose dire) en galanteries ingénieuses, pour agiter agréablement notre coeur & nos sens, & pour leur porter le sentiment délicieux & le germe des plaisirs.

La vûe de ces astres qui répandent sur nous par un cours & des regles immuables, leur brillante & féconde lumiere, la voûte immense à laquelle ils paroissent suspendus, le spectacle sublime des mers, les grands phénomenes, ne portent à l'ame que des idées majestueuses ; mais qui peut peindre le secret & le doux intérêt qu'inspire le riant aspect d'un tapis émaillé par le souffle de Flore & la main du printems ? Que ne dit point aux coeurs sensibles ce bocage simple & sans art, que le ramage de mille amans aîlés, que la fraîcheur de l'ombre & l'onde agitée des ruisseaux savent rendre si touchant ? Tel est le charme des graces, tel est celui du joli qui leur doit toujours sa naissance ; nous lui cédons par un penchant dont la douceur nous séduit.

Il faut être de bonne foi. Notre goût pour le joli suppose un peu moins parmi nous de ces ames élevées & tournées aux brillantes prétentions de l'héroïsme, que de ces ames naturelles, délicates & faciles, à qui la société doit tous ses attraits. Peut-être les raisons du climat & du gouvernement, que le Platon de notre siecle, dans le plus célebre de ses ouvrages, donne souvent pour la source des actions des hommes, sont-elles les véritables causes de nos avantages sur les autres nations, par rapport au joli.

Cet empire du nord, enlevé de notre tems à son ancienne barbarie par les soins & le génie du plus grand de ses rois, pourroit-il arracher de nos mains & la couronne des graces & la ceinture de Vénus ? Le physique y mettroit trop d'obstacles ; cependant il peut naître dans cet empire quelque homme inspiré fortement, qui nous dispute un jour la palme du génie, parce que le sublime & le beau sont plus indépendans des causes locales.

Ce phantôme sanglant de la liberté, qui avoit causé tant de troubles chez les Romains, & qui partout subsiste si difficilement par d'autres voies, avoit disparu sous l'héritier & le neveu de César. La paix ramena l'abondance, & l'abondance ne permit de songer au nouveau joug, que pour en recueillir les fruits ; l'intérêt de la chose publique ne regardoit plus qu'un seul homme, & dès-lors tous les autres purent ne s'occuper que de leur bonheur & de leurs plaisirs. Otez les grands intérêts, les vastes passions aux hommes, vous les ramenez au personnel. L'art de jouir devient de tous les arts le plus précieux ; de-là naquirent bientôt le goût & la délicatesse : il falloit cette révolution aux vers que soupira Tibulle.

Tel est à peu près le tableau de ce qui se passa sous le siecle de Louis le Grand. Tandis que Corneille étonne & ravit, les graces & le dieu du goût attendent pour naître des jours plus sereins. Voiture paroît les annoncer ; ses contemporains croyent les voir autour de lui ; cet écrivain en obtint même quelquefois un sourire : mais les jours heureux des plaisirs délicats, les jours de l'urbanité françoise, n'étoient qu'à leur crépuscule. Le rétablissement de l'autorité, d'où dépend la tranquillité publique, les vit enfin dans tout leur éclat.

Les François acquirent alors un sixieme sens, ou plutôt ils perfectionnerent les leurs ; ils virent ce qui jusques-là n'avoit point encore fixé leurs yeux ; une sensibilité plus fine, sans être moins profonde, remplit leurs ames : leurs talens de plaire & d'être heureux, une douce aisance dans la vie, une aménité dans les moeurs, une attention secrette à varier leurs amusemens, & distinguer les nuances diverses de tous les objets leur firent adorer les graces. La beauté ne fut plus que leur égale : ils sentirent même que les premieres les entraînoient avec plus de douceur, ils se livrerent à leurs chaînes : Bachaumont & Chapelle les firent asseoir à côté des muses les plus fieres, tandis que la bonne compagnie de ce tems faisoit de tout Paris le temple que ces divinités devoit préférer au reste de la terre.

C'est à de certaines ames privilégiées que la nature confie le soin de polir celles des autres. Tous les sentimens, tous les goûts de ces premiers se répandent insensiblement, & donnent bientôt le ton général. Telle étoit l'ame de cette Ninon si vantée ; telles étoient celles de plusieurs autres personnes qui vécurent avec elle, & qui l'aiderent à dépouiller les passions, les plaisirs, les arts, le génie, les vertus mêmes de ce reste de gothique qui nuisoit encore à leurs charmes. L'intérêt le plus léger, & sur-tout l'intérêt du plaisir viennent-ils se joindre au besoin d'imiter qu'apportent tous les hommes en naissant, tout leur devient facile & naturel, tout s'imprime facilement chez eux ; il ne leur faut que des modeles.

Peut-on être surpris que les françois qui vivoient sous Henri II. ayent été si différens de nous ? Les graces pouvoient-elles habiter une cour qui, pendant l'hiver, s'amusoit (comme dit Brantome) à faire des bastions & combats, à peloter de neige, & à glisser sur l'étang de Fontainebleau ? Le joli se bornoit tout au plus à la figure.

Le germe de cette qualité distinctive étoit sans doute dans le sein de cette nation toujours portée naturellement vers le plaisir ; il s'étoit annoncé quelquefois dans une fête brillante, ou sous la plume de quelques-uns de ses poëtes, mais le feu d'un éclair n'est pas plus promt à disparoître ; ce germe étoit enfoui sous les obstacles que lui opposoient sans cesse l'ignorance, la barbarie ou le souffle corrupteur des guerres intestines : l'influence du climat cédoit à cet égard aux circonstances.

Tout concouroit au contraire, sous Louis le Grand, à répandre sur ses sujets cette sérénité, cette fleur d'agrémens qui en firent la plus jolie nation de l'univers. Quelle rage aux Messinois (dit Madame de Sévigné) d'avoir tant d'aversion pour les François qui sont si aimables & si jolis !

Ils auroient payé trop cher cet avantage, s'il les eût conduits à lui sacrifier entierement leur goût essentiel pour le beau ; il triomphe encore parmi eux, peut-être n'y fait-il pas un effet si grand que le joli, parce qu'il n'est pas toujours aisé de s'élever jusqu'à lui. Eh le moyen (dit-on) de ne pas rassembler toute sa sensibilité sur les objets qui l'avoisinent & qui la sollicitent !

C'est à l'ame que le beau s'adresse, c'est aux sens que parle le joli ; & s'il est vrai que le plus grand nombre se laisse un peu conduire par eux, c'est delà qu'on verra des regards attachés avec yvresse sur les graces de Trianon, & froidement surpris des beautés courageuses du Louvre. C'est de-là que la musique altiere de Zoroastre entraînera moins de coeurs que la douce mélodie du ballet du Sylphe, ou les concerts charmans de l'acte d'Eglé dans les talens lyriques. C'est par-là qu'un chansonnier aimable, un rimeur plaisant & facile trouveront dans nos sociétés mille fois plus d'agrément, que les auteurs des chef-d'oeuvres qu'on admire. C'est enfin par-là que le je-ne-sais-quoi dans les femmes effacera la beauté, & qu'on sera tenté de croire qu'elle n'est bonne qu'à aller exciter des jalousies & des scènes tragiques dans un serrail.

Un auteur, dont on vantoit le goût dans le dernier siecle, prétend qu'on doit entendre par jolie femme, de l'agrément, de l'esprit, de la raison, de la vertu, enfin du vrai mérite. Ces deux dernieres qualités ne sont-elles pas ici hors de place ? est-on joli par la raison & la vertu ?

M. l'Abbé Girard dit de son côté que juger d'un tel qu'il est joli homme, c'est juger de son humeur & de ses manieres. Cependant il se trouve à cet égard en contradiction absolue avec le P. Bouhours, qui dit qu'on n'entend au plus par joli homme qu'un petit homme propre & assez bien fait dans sa taille. C'est que ces deux écrivains se sont arrêtés à de petites nuances de mode, qui n'ont rien de réel qu'un usage momentané.

Quelqu'un a dit de l'agrément que c'est comme un vent léger & à fleur de surface, qui donne aux facultés intérieures une certaine mobilité, de la souplesse & de la vivacité ; foible idée du joli en général : c'est le secret de la nature riante ; il ne se définit pas plus que le goût, à qui peut-être il doit la naissance & dans les arts & dans les manieres.

Les oracles de notre langue ont dit que c'étoit un diminutif du beau ; mais où est le rapport du terme primitif avec son dérivé, comme de table à tablette ? L'un & l'autre ne sont-ils pas au contraire physiquement distincts ? Leur espece, leurs lois & leurs effets ne sont ils pas entierement différens ? On me présente une tempête sortie des mains d'un peintre médiocre, à quel degré de diminution ce sujet pourroit-il descendre au joli ? est-il de son essence de pouvoir l'être ? Qu'on se rappelle le sot qui trouvoit la mer jolie, ou le fat qui traitoit M. de Turenne de joli homme.

Le joli a son empire séparé de celui du beau ; l'un étonne, éblouit, persuade, entraîne ; l'autre séduit, amuse, & se borne à plaire : ils n'ont qu'une regle commune, c'est celle du vrai. Si le joli s'en écarte, il se détruit & devient maniéré, petit ou grotesque ; nos arts, nos usages & nos modes surtout sont aujourd'hui pleins de sa fausse image. (M. B.)


JOMBARDES. f. (Lutherie) nom vulgaire de la flûte de tambourin, ou flûte à trois trous, parce que cette flûte effectivement n'a que trois trous ; celui par où on l'anime, celui de la lumiere, & celui du pavillon. On couvre celui par où on l'embouche, d'un canepin de cuir fort délié. On peut concerter avec la jombarde, quand on en a plusieurs de différentes grandeurs proportionnées ; mais voyez FLUTE DE TAMBOURIN. (D.J.)


JOMBOS. m. (Hist. nat.) c'est un fruit qui, suivant Knox, est particulier à l'île de Ceylan ; il a le goût d'une pomme, sa couleur est d'un blanc mêlé de rouge ; on le dit fort sain, fort agréable & plein de jus.


JOMPANDAM(Géographie) ville maritime & forte, située dans l'île de Macassar ou de Celebes en Asie ; elle appartient aux Hollandois.


JONASJONAS

Jonas avoit aussi composé une autre prophétie, dont il est parlé dans le IV. livre des Rois, ch. xjv. v. 22. dans laquelle il avoit prédit, sous le regne de Joas, les conquêtes que feroit son fils Jéroboam. Le livre que nous avons, semble être cité dans Tobie, ch. xjv. v. 6. & est approuvé par J. C. même. C'est pourquoi l'Eglise l'a toujours reconnu pour canonique, & la synagogue l'avoit mis dans le canon des Juifs. Dupin, Dissert. prélim. sur la Bible, liv. V. ch. iij. §. 22. p. 377.


JONCjuncus, s. m. (Hist. nat.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond ; il sort du milieu de la fleur un pistil qui devient dans la suite un fruit ou une capsule. Cette capsule a ordinairement trois côtés qui s'ouvrent en trois pieces, & qui renferment des semences, dont la plûpart sont arrondies. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

JONC D'EAU, (Hist. nat.) scirpus, genre de plante à fleur sans pétales, composée d'étamines & disposée en bouquet écailleux ; il sort des aisselles de ces écailles des pistils qui deviennent dans la suite des semences triangulaires disposées en bouquets. Ajoutez à ces caracteres que les tiges ne sont pas triangulaires. Tournefort, Inst. rei herbar. Voyez PLANTE.

JONC FLEURI, (Hist. nat.) butomus, genre de plante à fleur en rose, composée pour l'ordinaire de plusieurs pétales disposés en rond, dont les uns sont plus grands que les autres. Il sort du milieu de la fleur un pistil qui devient dans la suite un fruit membraneux composé de plusieurs gaines rassemblées en forme de tête, la plûpart terminées par une corne ; elles s'ouvrent dans leur longueur, & elles renferment des semences ordinairement oblongues. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

JONC MARIN, (Hist. nat.) genista spartium, genre de plante qui ne differe du genêt & du sparte, qu'en ce qu'il est épineux. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

JONC ODORANT, (Botan. exot.) schoenanthus. C'est, suivant l'exacte description de M. Geoffroi, une espece de gramen ou de chaume qu'on nous apporte d'Arabie, garni de feuilles, & quelquefois de fleurs. Il est sec, roide, cylindrique, luisant, genouillé, de la longueur d'un pié ou environ, rempli d'une moelle fongueuse. Il est pâle ou jaunâtre près la racine ; verd ou de couleur de pourpre, près du sommet ; d'un goût brûlant, un peu âcre, amer, aromatique & agréable, semblable à celui du pouliot, cependant beaucoup plus fort. Son odeur tient le milieu entre celle des roses & du pouliot, elle est très-pénétrante ; il s'éleve plusieurs tiges d'une même racine.

Ne doutons plus que notre jonc odorant ne soit le même que celui des anciens. Mathiole & Bauhin en ont donné plusieurs preuves convaincantes. Dioscoride & Galien l'appellent simplement ou jonc par excellence. Hippocrate le nomme , jonc odoriférant, & le recommande par cette qualité. Les autres anciens grecs l'appelloient , c'est-à-dire fleur de jonc ou jonc précieux ; car le mot ne désigne pas seulement une fleur, mais quelque chose d'excellent, selon les observations de Saumaise ; & nous employons aussi le mot de fleur dans le même sens en françois.

La plante d'où le jonc odorant est tiré, s'appelle par les Botanistes schoenanthus, sive juncus odoratus, J. B. T. Juncus rotundus, aromaticus, C. B. &c.

Ses racines sont blanchâtres, petites, pliantes, dures, ligneuses, accompagnées à leur origine de plusieurs fibres très-menues. Ses feuilles ont plus d'une palme de longueur, semblables à celles du blé, roides, épaisses, larges vers la racine, roulées les unes sur les autres en maniere d'écailles ; elles se terminent en pointe dure, menue, arrondie, & embrassent étroitement les tuyaux par leurs gaines, comme dans le roseau. Les tiges ont un pié de long, & sortent du haut de la racine ; elles sont cylindriques, grêles vers leurs sommets, divisées par des noeuds fort éloignés les uns des autres ; quelquefois elles sont ligneuses, sans noeuds, & remplies d'une moelle fongueuse, telle qu'est celle du jonc ordinaire. Elles portent des épis de fleurs disposées deux à deux, comme l'ivraie ; ces fleurs sont très-petites, composées d'étamines & d'un pistil à aigrette, contenus dans des petits calices rougeâtres en dehors. Quand ces fleurs sont tombées, il leur succede des graines.

Cette plante vient en si grande quantité dans quelques provinces d'Arabie, qu'elle sert de nourriture commune aux chameaux. Autrefois on recherchoit toutes les parties de ce jonc, savoir les tiges, les fleurs & les racines pour l'usage médicinal ; en effet elles sont toutes odorantes. Les feuilles piquent la langue par une certaine acrimonie agréable ; la racine a un goût brûlant & aromatique, les fleurs récentes sont un peu aromatiques ; mais au bout d'un an elles ont perdu leur parfum, & paroissent inutiles. Il faut donc employer pour les compositions de Pharmacie, comme la thériaque & le mithridate, le jonc odorant, quand il est récent, aromatique, d'un goût brûlant & d'une odeur pénétrante. Il donne pour lors beaucoup d'huile essentielle par la distillation ; ses fleurs, ses feuilles & ses tiges sont un peu astringentes, atténuantes & composées de parties volatiles. (D.J.)

JONC ODORANT, (Mat. med.) voyez SCHOENANTE.

JONCS DE PIERRE, junci lapidei, (Hist. nat. Minéralogie) Quelques auteurs nomment ainsi une pierre formée par l'assemblage de tubulites pétrifiées, ou de coralloïdes cylindriques paralleles les unes aux autres, & placées perpendiculairement, eu égard à la masse de la pierre ; il se trouve une pierre de cette espece en Angleterre, dans la province ou comté de Shropshire, suivant le rapport d'Emanuel Mendez d'Acosta, qui place cette pierre parmi celles qu'il nomme marmoroïdes ou ressemblantes au marbre. C'est aussi de cette espece qu'est, selon lui, le marmor juncum ou les junci lapides décrits dans le catalogue de Woodward, où il est dit que les cylindres qu'on remarquoit dans le morceau qu'il possédoit, avoient près de deux piés de longueur, & s'étendoient autant que la pierre, quoiqu'elle ne fût elle-même qu'un fragment. Ce morceau curieux étoit tiré d'une carriere située entre Carlisle & Cokesmouth, dans le duché de Cumberland. Il s'en trouve aussi en Angleterre dans l'évêché de Durham & dans la province d'Yorck. Voyez Em. Mendez d'Acosta, natural history of fossils, tom. I. pag. 248. (-)

JONC, (Joaillier) bague unie qui n'a point de chaton, & dont le cercle est par-tout égal.


JONCHERverb. act. (Gramm.) c'est répandre sur la terre sans ordre & à profusion. Il se dit des fleurs, des herbes, des corps morts, &c. Après cette action sanglante, la terre resta jonchée de morts. On joncha de fleurs les chemins qui conduisoient à son palais.

De joncher on a fait jonchée. Les Juifs firent des jonchées de palmes à l'entrée de Jesus-Christ dans Jérusalem. Les Grecs firent des jonchées de fleurs à l'arrivée d'Iphigénie en Aulide.


JONCHETSles s. m. pl. (Jeux) sorte de jeu ancien dont parle Ovide. On jouoit autrefois aux jonchets avec de petits brins de joncs, auxquels ont succédé de petits brins de paille, & ensuite de petits bâtons d'ivoire ; c'est des brins de joncs que lui vient son nom, comme il paroît par le Diction. étymolog. de Ménage. Rabelais n'a pas oublié ce jeu dans la longue liste de ceux auxquels Gargantua passoit la meilleure partie de son tems. Jonchée, dit Nicod, signifie " la poignée de petites branches d'ivoire dont les filles s'ébattent, & qu'on appelle le jeu des jonchées ". On empoigne ces brins de joncs pour les faire tomber tous ensemble, de maniere qu'ils s'éparpillent en tombant : nos enfans y jouent encore avec des allumettes. (D.J.)


JONCTIOou UNION, (Synonymes) quoique ces deux mots désignent également la liaison de deux choses ensemble, les Latins ont rendu communément le premier par junctio, & le second par consensus ; nous ne les employons pas non plus indistinctement en françois, & l'abbé Girard en a marqué la différence avec beaucoup de justesse ; il suffira presque de le copier ici.

La jonction, dit-il, regarde proprement deux choses éloignées qu'on rapproche, ou qui se rapprochent l'une auprès de l'autre ; l'union regarde particulierement deux différentes choses qui se trouvent bien ensemble. Le mot de jonction semble supposer une marche ou quelque mouvement ; celui d'union renferme une idée d'accord ou de convenance : on dit la jonction des armées, & l'union des couleurs ; la jonction des deux rivieres, & l'union de deux voisins ; ce qui n'est pas joint, est séparé ; ce qui n'est pas uni est divisé. On se joint pour se rassembler & n'être pas seuls ; on s'unit pour former des corps de société.

Union s'emploie souvent au figuré, & toujours avec grace, mais on ne se sert de jonction que dans le sens littéral. La jonction des ruisseaux forme les rivieres ; l'union soutient les familles & la puissance des états. La jonction de l'Océan & de la Méditerranée par le canal de Languedoc, est un projet magnifique, conçu d'abord sous François I. renouvellé sous Henri IV. & finalement exécuté sous Louis XIV. par les soins de M. Colbert. La sympathie qui forme si promtement l'union des coeurs, qui fait que deux ames assorties se cherchent, s'aiment, s'attachent l'une à l'autre, est une chose aussi rare que délicieuse. (D.J.)

JONCTION, (Jurisprud.) est l'union d'une cause, instance ou procès à un autre, pour les juger conjointement par un seul & même jugement.

Appointement de jonction, est le réglement qui unit ainsi deux instances ou procès qui étoient auparavant séparés.

Dans les instances ou procès appointés, on appointe en droit & joint les nouvelles demandes qui sont incidentes au fond.

On joint même quelquefois au fond des requêtes contenant demande provisoire, lorsqu'on ne trouve pas qu'il y ait lieu de statuer sur le provisoire.

Quand on joint simplement la requête, il n'y a point d'instruction à faire, on statue sur la requête en jugeant le fond.

Mais quand on appointe en droit & joint, il faut écrire & produire en exécution de ce réglement. (A)

Jonction du procureur-général, ou du procureur du roi, ou du ministere public en général, c'est lorsque dans une affaire criminelle où il y a une partie civile, le ministere public intervient pour conclure à la vengeance & punition du délit. Cette intervention s'appelle jonction, parce que le ministere public se joint à l'accusateur, lequel requiert la jonction du ministere public, parce qu'en France les particuliers ne peuvent conclure qu'aux intérêts civils ; le droit de poursuivre la punition du crime, & la vindicte publique, résident en la personne du ministere public. (A)


JONE(Géog.) petite île d'Ecosse au S. O. de celle de Mull ; elle a deux milles de long & un mille de large. Je n'en parle que parce qu'elle étoit le lieu où résidoient les évêques des îles, & celui du tombeau des rois d'Ecosse : on compte quarante rois d'Ecosse, quatre d'Irlande, & autant de Norwege, qui y sont enterrés. (D.J.)


JONGLEURSS. m. pl. (Littérat.) joueurs d'instrumens qui, dans la naissance de notre poésie, se joignoient aux troubadours ou poëtes provençaux, & couroient avec eux les provinces.

L'histoire du théatre françois nous apprend qu'on nommoit ainsi des especes de bâteleurs, qui accompagnoient les trouveurs ou poëtes provençaux, fameux dès le xj. siecle. Le terme de jongleur paroît être une corruption du mot latin joculator, en françois joueur. Il est fait mention des jongleurs dès le tems de l'empereur Henri II. qui mourut en 1056. Comme ils jouoient de différens instrumens, ils s'associerent avec les trouveurs & les chanteurs, pour exécuter les ouvrages des premiers, & ainsi de compagnie ils s'introduisirent dans les palais des rois & des princes, & en tirerent de magnifiques présens. Quelque tems après la mort de Jeanne premiere du nom, reine de Naples & de Sicile & comtesse de Provence, arrivée en 1382, tous ceux de la profession des trouveurs & des jongleurs se séparerent en deux différentes especes d'acteurs. Les uns, sous l'ancien nom de jongleurs, joignirent aux instrumens le chant ou le récit des vers ; les autres prirent simplement le nom de joueurs, en latin joculatores, ainsi qu'ils sont nommés par les ordonnances. Tous les jeux de ceux-ci consistoient en gesticulations, tours de passe-passe, &c. ou par eux-mêmes, ou par des singes qu'ils portoient, ou en quelques mauvais récits du plus bas burlesque. Mais leurs excès ridicules & extravagans les firent tellement mépriser, que pour signifier alors une chose mauvaise, folle, vaine & fausse, on l'appelloit jonglerie ; & Philippe-Auguste dès la premiere année de son regne les chassa de sa cour & les bannit de ses états. Quelques-uns néanmoins qui se réformerent s'y établirent & y furent tolérés dans la suite du regne de ce prince & des rois ses successeurs, comme on le voit par un tarif fait par S. Louis pour régler les droits de péage dûs à l'entrée de Paris sous le petit-châtelet. L'un de ces articles porte, que les jongleurs seroient quittes de tout péage en faisant le récit d'un couplet de chanson devant le péager. Un autre porte " que le marchand qui apporteroit un singe pour le vendre, payeroit quatre deniers ; que si le singe appartenoit à un homme qui l'eût acheté pour son plaisir, il ne donneroit rien, & que s'il étoit à un joueur, il joueroit devant le péager ; & que par ce jeu il seroit quitte du péage tant du singe que de tout ce qu'il auroit acheté pour son usage ". C'est de-là que vient cet ancien proverbe, payer en monnoie de singe, en gambades. Tous prirent dans la suite le nom de jongleurs comme le plus ancien, & les femmes qui se mêloient de ce métier celui de jongleresses. Ils se retiroient à Paris dans une seule rue qui en avoit pris le nom de rue des jongleurs, & qui est aujourd'hui celle de saint Julien des Menétriers. On y alloit louer ceux que l'on jugeoit à propos pour s'en servir dans les fêtes ou assemblées de plaisir. Par une ordonnance de Guillaume de Clermont, prévôt de Paris, du 14 Septembre 1395, il fut défendu aux jongleurs de rien dire, représenter, ou chanter, soit dans les places publiques, soit ailleurs, qui pût causer quelque scandale, à peine d'amende & de deux mois de prison au pain & à l'eau. Depuis ce tems il n'en est plus parlé ; c'est que dans la suite les acteurs s'étant adonnés à faire des tours surprenans avec des épées ou autres armes, &c. on les appella batalores, en françois bateleurs ; & qu'enfin ces jeux devinrent le partage des danseurs de corde & des sauteurs. De la Marre, Traité de la police. Hist. du théat. franç. Moréri.

JONGLEUR, (Divination) magiciens ou enchanteurs fort renommés parmi les nations sauvages d'Amérique, & qui font aussi parmi elles profession de la Médecine.

Les jongleurs, dit le P. Charlevoix, font profession de n'avoir commerce qu'avec ce qu'ils appellent génies bienfaisans, & ils se vantent de connoître par leur moyen ce qui se passe dans les pays les plus éloignés, ou ce qui doit arriver dans les tems les plus reculés ; de découvrir la source & la nature des maladies les plus cachées, & d'avoir le secret de les guérir ; de discerner dans les affaires les plus embrouillées le parti qu'il faut prendre ; de faire réussir les négociations les plus difficiles ; de rendre les dieux propices aux guerriers & aux chasseurs ; d'entendre le langage des oiseaux, &c.

Quoiqu'on ait vu naître ces imposteurs, s'il leur prend envie de se donner une naissance surnaturelle, ils trouvent des gens qui les en croyent sur leur parole, comme s'ils les avoient vus descendre du ciel, & qui prennent pour une espece d'enchantement & d'illusion de les avoir crus nés comme les autres hommes.

Une de leurs plus ordinaires préparations pour faire leurs prestiges c'est de s'enfermer dans des étuves pour se faire suer. Ils ne different alors en rien des Pythies telles que les Poëtes nous les ont représentées sur le trépié. On les y voit entrer dans des convulsions & des enthousiasmes ; prendre des tons de voix, & faire des actions qui paroissent audessus des forces humaines. Le langage qu'ils parlent dans leurs invocations n'a rien de commun avec aucune langue sauvage ; & il est vraisemblable qu'il ne consiste qu'en des sons informes, produits sur le champ par une imagination échauffée, & que ces charlatans ont trouvé le moyen de faire passer pour un langage divin ; ils prennent différens tons, quelquefois ils grossissent leurs voix, puis ils contrefont une petite voix grêle, assez semblable à celle de nos marionnettes, & on croit que c'est l'esprit qui leur parle. On assure qu'ils souffrent beaucoup dans ces occasions, & qu'il s'en trouve qu'on n'engage pas aisément, même en les payant bien, à se livrer ainsi à l'esprit qui les agite. On a vu les pieux dont ces étuves étoient fermées, se courber jusqu'à terre, tandis que le jongleur se tenoit tranquille, sans remuer, sans y toucher, qu'il chantoit & qu'il prédisoit l'avenir. Cette circonstance & quelques prédictions singulieres & circonstanciées qu'on leur a entendues faire assez long-tems avant l'événement, & pleinement justifiées par l'événement, font penser qu'il entre quelquefois du surnaturel dans leurs opérations, & qu'ils ne devinent pas toujours par hasard.

Les jongleurs de profession ne sont jamais revêtus de ce caractere qui leur fait contracter une espece de pacte avec les génies, & qui rend leurs personnes respectables au peuple, qu'après s'y être disposés par des jeûnes qu'ils poussent très-loin, & pendant lesquels ils ne font autre chose que battre le tambour, crier, heurler, chanter & fumer. L'installation se fait ensuite dans une espece de bacchanale, avec des cérémonies si extravagantes, & accompagnées de tant de fureurs, qu'on diroit que le démon y prend dès-lors possession de leurs personnes. Ils ne sont point à proprement parler les prêtres de la nation, car ce sont les chefs de famille qui exercent cet emploi, mais ils se donnent pour les interpretes des dieux. Ils se servent pour leurs prestiges d'os & de peaux de serpens, dont ils se font aussi des bandeaux & des ceintures. Il est certain qu'ils ont le secret de les enchanter, ou pour parler plus juste, de les engourdir ; qu'ils les prennent tout vivans, les manient, les mettent dans leur sein, sans qu'il leur en arrive aucun mal. C'est encore aux jongleurs qu'il appartient d'expliquer les songes, les présages, & de presser ou de retarder la marche de l'armée dans les expéditions militaires, car on y en mene toujours quelqu'un. Ils persuadent à la multitude qu'ils ont des transports extatiques, dans lesquels les génies leur découvrent l'avenir & les choses cachées, & par ce moyen ils lui persuadent tout ce qu'ils veulent.

Mais la principale occupation des jongleurs, ou du moins celle dont ils retirent le plus de profit, c'est la Médecine. Quoiqu'en général ils exercent cet art avec des principes fondés sur la connoissance des simples, sur l'expérience & sur la conjecture, comme on fait par-tout, ils y mêlent ordinairement de la superstition & de la charlatanerie.

Par exemple, ils déclarent en certaines occasions qu'ils vont communiquer aux racines & aux plantes la vertu de guérir toutes sortes de playes, & même de rendre la vie aux morts. Aussi-tôt ils se mettent à chanter, & l'on suppose que pendant ce concert, qu'ils accompagnent de beaucoup de grimaces, la vertu médicinale se répand sur les drogues. Le principal jongleur les éprouve ensuite ; il commence par se faire saigner les levres. Le sang que l'imposteur a soin de sucer adroitement cesse de couler, & on crie miracle. Après cela il prend un animal mort, il laisse aux assistans tout le loisir de se bien assurer qu'il est sans vie, puis au moyen d'une cannule qui lui est insérée sous la queue, il la fait remuer, en lui soufflant des herbes dans la gueule. Quelquefois ils font semblant d'ensorceler divers sauvages qui paroissent expirer ; puis en leur mettant d'une certaine poudre sur les levres, ils les font revivre. Souvent quand il y a des blessures le jongleur déchire la playe avec ses dents, & montrant ensuite un morceau de bois ou quelque chose semblable, qu'il avoit eu la précaution de mettre dans sa bouche, il fait croire au malade qu'il l'a tiré de sa playe, & que c'étoit le charme qui causoit le danger de sa maladie.

Si le malade se met en tête que son mal est l'effet d'un maléfice, alors toute l'attention se porte à le découvrir, & c'est le devoir du jongleur. Il commence lui-même par se faire suer ; & quand il s'est bien fatigué à crier, à se débattre & à invoquer son génie, la premiere chose extraordinaire qui lui vient en pensée, il y attribue la cause de la maladie. Plusieurs avant que d'entrer dans l'étuve prennent un breuvage composé, fort propre, disent-ils, à leur faire recevoir l'impression céleste, & l'on prétend que la présence de l'esprit se manifeste par un vent impétueux qui se leve tout à coup, ou par un mugissement que l'on entend sous terre, ou par l'agitation & l'ébranlement de l'étuve. Alors plein de sa prétendue divinité, & plus semblable à un énergumene qu'à un homme inspiré du ciel, il prononce d'un ton affirmatif sur l'état du malade, & rencontre quelquefois assez juste.

Dans l'Acadie les jongleurs s'appelloient autmoins. Quand ils étoient appellés pour voir un malade, ils commençoient par le considérer assez long-tems, puis ils souffloient sur lui. Si cela ne produisoit rien, ils entroient dans une espece de fureur, s'agitoient, crioient, menaçoient le démon en lui parlant & lui poussant des estocades, comme s'ils l'eussent vu devant leurs yeux, & finissoient par arracher de terre un bâton auquel étoit attaché un petit os, qu'ils avoient eu la précaution de planter en entrant dans la cabane, & ils prononçoient qu'ils avoient extirpé la cause du mal.

Chez les Natchez, autre nation d'Amérique, les jongleurs sont bien payés quand le malade guérit ; mais s'il meurt, il leur en coûte souvent la vie à eux-mêmes. D'autres jongleurs entreprennent de procurer la pluie & le beau tems. Vers le printems on se cottise pour acheter de ces prétendus magiciens un tems favorable aux biens de la terre. Si c'est de la pluie qu'on demande, ils se remplissent la bouche d'eau, avec un chalumeau dont un bout est percé de plusieurs trous comme un entonnoir, ils soufflent en l'air du côté où ils apperçoivent quelque nuage. S'il est question d'avoir du beau tems, ils montent sur le toit de leurs cabanes, & font signe aux nuages de passer outre. Si cela arrive, ils dansent & chantent autour de leurs idoles, avalent de la fumée de tabac, & présentent au ciel leurs calumets. Si on obtient ce qu'ils ont promis, ils sont bien récompensés ; s'ils ne réussissent pas, ils sont mis à mort sans miséricorde. Hist. de la nouv. Franc. tom. I. Journal d'un voyage d'Amérique, pag. 214, 235, 347, 360 & suiv. 368, 428 & 427.


JONQUES. m. (Marine) c'est le nom que les Chinois donnent à leurs vaisseaux, soit qu'ils soient équipés en guerre ou en marchandises. Ceux dont on se sert plus communément pour le commerce, sont fort légers, & à-peu-près de la grandeur d'un flibot ; la quille est de trois pieces ; celle du milieu est en ligne droite ; mais les deux autres qui sont plus courtes ont à l'arriere & à l'avant un relevement de cinq piés.

L'avant est plat, formé presque en triangle, dont la pointe la plus aiguë est en bas, & a un peu de quete.

L'arriere est plat aussi & rentré un peu en dedans depuis le bord jusqu'au milieu. De cette maniere ce bâtiment n'a ni étrave ni étambord, il n'y a qu'une préceinte posée à la hauteur du premier pont, & qui est ronde par dehors, avec un relevement proportionné à tout le gabarit ; sous cette préceinte le vaisseau est arrondi par le bas, mais au-dessus jusqu'au haut pont, il a les côtés plats. Il a deux ponts qui sont également ouverts dans le milieu, selon la longueur du bâtiment, & ces ouvertures sont entourées de bordages.

A l'arriere, proche du gouvernail, sont quelques marches sur le bas pont pour descendre au fond de cale ; à ce même endroit le vaisseau est ouvert audessus de l'arcasse, laquelle est aussi haute que le pont, desorte que le vent peut entrer par l'arriere.

Le gouvernail est suspendu à cette partie du bâtiment & attaché de chaque côté avec des cordes qui passent au-travers par le bas, & qui sont amarrées au haut par le haut pour aider à gouverner, parce que le gouvernail étant fort grand, la barre ne suffit pas pour le faire jouer dans des gros tems. On ajoute même alors de grosses rames à chaque côté de l'arriere pour gouverner avec plus de facilité.

Le grand mât est plus proche de l'avant que de l'arriere, & panche un peu vers l'arriere. Il y a sur le bas pont un ban ou traversin tout rond, qui par chaque bout est joint avec la préceinte & dans lequel le mât est enchassé & tenu par un cercle de fer ; mais par le bas il n'y a aucune piece qui l'arrête sur le plafond. Sa forme quarrée en cet endroit suffit.

A l'avant est un autre mât un peu plus petit, qui panche en avant. On peut ôter ces mâts & les coucher en arriere. Ils ont des tons fendus en échancrure, dont les deux côtés sont entretenus avec des chevilles & les bouts liés ensemble en haut, c'est-là que s'ente le bâton de pavillon ; desorte que quand on couche le mât on en peut ôter le ton.

On monte le long du mât par des taquets qui y sont cloués, & on hisse les voiles avec des vindas.

L'ancre est de bois, sa figure ressemble à deux coudes courbés & attachés l'un à l'autre. Sous ses bras qui n'ont point de pattes, il y a une piece de bois en travers, entée de chaque côté dans la vergue.

Dans le milieu du bâtiment, sous le premier pont, il y a de chaque côté une porte quarrée pour entrer dans le vaisseau. On met sur le bas pont quatre pieces de canon, à stribord & à bas-bord, dont deux sont posées sur le tillac même, & deux sont un peu plus élevées ; on y voit aussi de faux sabords, les uns ronds, les autres quarrés, peints en dehors avec de la couleur noire. Ce sont les seuls endroits du vaisseau qui soient peints.

Il y a au haut du bordage à l'un & à l'autre bout des balustres qui peuvent s'ôter & se remettre, & au haut contre le bord est une espece d'échafaud où les matelots montent pour puiser de l'eau dans la mer.

A l'arriere contre le bord en dedans, est à basbord un long épars où l'on hisse un pavillon & même une petite voile au besoin.

Pour donner une idée de la forme entiere d'un jonque, son pont est plus étroit à l'avant qu'à l'arriere, & le bâtiment plus étroit par le haut que par le bas.

Pour conduire ce bâtiment le pilote est assis à l'arriere, & là avec un petit tambour, il marque au timonier de quel côté il doit gouverner.

Cet article est tiré de M. Nicolas Witsen, bourgmestre d'Amsterdam, dont l'ouvrage très-estimé est devenu fort rare, où il dit avoir fait cette description d'après un petit modele de jonque qu'il a eu entre les mains.


JONQUERE(Géog.) ancienne ville d'Espagne en Catalogne, dans le Lampourdan, au pié des Pyrénées, à 8 lieues N. de Girone, 8. S. de Perpignan ; long. 20. 32. lat. 42. 15. (D.J.)


JONQUIERES(Géog.) petite ville de France en Provence, à 5 lieues S. O. d'Aix, & autant de Marseille ; long. 22. 45. lat. 43. 20. (D.J.)


JONQUILLES. f. (Botan.) narcissus juncifolius, plante bulbeuse, qui est une espece de narcisse à fleur blanche, jaune, simple, double, grande ou petite ; vous trouverez les caracteres du genre au mot NARCISSE.

Il a plu aux Fleuristes d'appeller jonquilles diverses especes de narcisse, d'en multiplier les variétés, & de leur donner des noms vulgaires à leur fantaisie ; par exemple, ils ont appellé jonquille simple, le narcissus juncifolius luteus de C. B. P. jonquille double, le narcissus juncifolius, flore pleno de Clusius ; jonquille à grand godet, le narcissus juncifolius, petalis angustissimis, calice maximo, tubam referente de Boerhaave ; grande jonquille au godet citronné, le narcissus juncifolius, luteus, major, oblongo calice de C. B. P. &c.

Toutes les jonquilles sont fort cultivées dans les jardins ; mais il faut les transplanter presque chaque année, autrement leurs racines s'allongent, s'amincissent, & ne donnent plus de belles fleurs dans la suite. On remarque aussi qu'elles ne prosperent pas long-tems dans une terre riche, & qu'elles veulent une terre qui ne soit ni forte, ni légere, ni fumée ; qu'elles demandent encore la profondeur de trois pouces, & pour le moins autant de distance. On s'attache à les perpétuer par bulbes ou par oignons, parce que c'est la voie la plus promte ; cependant on obtient de graines un plus grand nombre de belles variétés.

Nous devons ces variétés aux soins, ou plutôt aux hasards de la culture, qui après nous avoir procuré la jonquille, nous en fournit non-seulement au printems, mais dans l'automne plusieurs especes fort recherchées. M. le Comte Hamilton a dit une partie de tout cela dans les vers suivans, qui sont aisés & agréables.

Allez, trop aimables jonquilles,

Nouvelles fleurs que le hasard

Sauve du frimat, du brouillard,

Des hannetons & des chenilles ;

Quoique vous veniez un peu tard

Pour être du printems les filles,

Allez de vos jaunes guenilles

Offrir l'hommage de ma part ;

Allez, hâtez votre départ

Pour la plus belle des familles.

On fait avec des fleurs de jonquilles des bouquets, des parfums, des poudres, des pommades & des essences. (D.J.)


JONTou JUNTE, s. f. (Hist. mod.) l'on nomme ainsi en Espagne un certain nombre de personnes que le roi choisit pour les consulter sur des affaires d'importance, il convoque & dissout leur assemblée à sa volonté ; elle n'a que la voix de conseil, & le roi d'Espagne est le maître d'adopter ou de rejetter ses décisions. Après la mort du roi, on établit communément une jonte ou conseil de cette espece pour veiller aux affaires du gouvernement ; elle ne subsiste que jusqu'à ce que le nouveau roi ait pris les rênes du gouvernement.


JONTHLASPIS. m. (Botan.) genre de plante à fleur, composée de quatre petales disposés en croix ; il sort du calice un pistil qui devient dans la suite un fruit composé d'une seule capsule, plat, rond, & fait en forme de bouclier : il renferme une semence plate & ronde comme le fruit. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.


JOOSIÉS. m. (Hist. nat. Bot.) plante qui se trouve au Japon où elle vient en très-grande abondance ; c'est une espece de gramen medicatum ; elle croît à la hauteur d'un pié, elle a des feuilles comme celles du roseau, & elles sont très-tranchantes par les côtés. Il y en a deux especes, la premiere s'appelle simplement joosié, la seconde s'appelle joosié mutzuba, parce qu'elle a six feuilles qui partent d'un même centre. Les Japonois écrasent ces feuilles avec du vinaigre & les mettent sur les plaies ; ils font bouillir les racines dans l'eau avec du sucre ; cette décoction filtrée est, dit-on, un remede excellent contre les douleurs des reins & la pierre. Ephemerid. nat. curios. decur. III. a 5. & 6. pag. 1.


JOPOLI(Géog.) bourg de la Calabre, dont le nom n'est connu que pour avoir donné le jour en 1473 à Augustin Nyphus, un des célebres philosophes du xvj. siecle, & qui a tant commenté Aristote ; mais il écrivit un livre qui fit encore plus de bruit, je parle de son traité de intellectu & daemonibus, dans lequel il veut prouver qu'il n'y a point d'autres substances au monde séparées de la matiere, que les intelligences qui font mouvoir les cieux. Léon X. protégea Nyphus malgré son livre hétérodoxe, & le créa comte Palatin ; le P. Niceron vous fournira la liste de ses autres ouvrages ; son article est aussi dans Bayle. (D.J.)


JOPPÉ(Géog. sacrée) petite ville, & port de mer de la Palestine sur la méditerranée ; elle est nommée Japha ou Jafa par les auteurs du moyen âge, & par les modernes. Voyez JAFA.

C'étoit le seul port que les Hébreux possédassent sur la méditerranée, & encore est-il très-mauvais, à cause des rochers qui s'avancent dans la mer ; quelques personnes croyent que cette ville tire son nom de Joppé, fille d'Aeolus, & femme de Céphée, qui en fut la fondatrice. Pline, liv. IX, raconte que Scaurus apporta de Joppé à Rome, pendant son édilité, les os du monstre qui devoit dévorer Andromede ; & S. Jérôme dit que de son tems, on voyoit encore à Joppé des marques de la chaîne par laquelle cette princesse avoit été attachée lorsqu'on l'exposa au monstre marin ; mais Ovide ne nomme point le lieu de cette avanture fabuleuse, & Corneille n'a eu garde de choisir la Palestine dans sa tragédie d'Andromede ; il met la scene en Ethiopie dans la capitale du royaume de Céphée. Au reste, il est souvent fait mention de Joppé dans le vieux & nouveau Testament, ainsi que dans l'histoire des Croisades. (D.J.)


JOQUESS. m. pl. (Hist. mod.) Bramines du royaume de Narsingue. Ils sont austeres, ils errent dans les Indes ; ils se traitent avec la derniere dureté, jusqu'à ce que devenus abduls ou exempts de toutes lois & incapables de tout péché, ils s'abandonnent sans remords à toutes sortes de saletés, & ne se refusent aucune satisfaction ; ils croyent avoir acquis ce droit par leur pénitence antérieure. Ils ont un chef qui leur distribue son revenu qui est considérable, & qui les envoye prêcher sa doctrine.


JORDANUS BRUNUSPHILOSOPHIE DE, (Hist. de la Philos.) cet homme singulier naquit à Nole, au royaume de Naples ; il est antérieur à Cardan, à Gassendi, à Bacon,à Léibnitz, à Descartes, à Hobbes ; & quel que soit le jugement que l'on portera de sa philosophie & de son esprit, on ne pourra lui refuser la gloire d'avoir osé le premier attaquer l'idole de l'école, s'affranchir du despotisme d'Aristote, & encourager par son exemple & par ses écrits les hommes à penser d'après eux-mêmes ; heureux s'il eût eu moins d'imagination & plus de raison ! Il vécut d'une vie fort agitée & fort diverse ; il voyagea en Angleterre, en France & en Allemagne ; il reparut en Italie ; il y fut arrêté & conduit dans les prisons de l'inquisition, d'où il ne sortit que pour aller mourir sur un bucher. Ce qu'il répondit aux juges qui lui prononcerent sa sentence de mort, marque du courage : majori forsan cum timore sententiam in me dicetis quam ego accipiam.

Les écrits de cet auteur sont très-rares, & le mélange perpétuel de Géométrie, de Théologie, de Physique, de Mathématique & de Poësie en rend la lecture pénible. Voici les principaux axiomes de sa Philosophie.

Ces astres que nous voyons briller au-dessus de nos têtes sont autant de mondes.

Les trois êtres par excellence sont Dieu, la nature & l'homme. Dieu ordonne, la nature exécute, l'homme conçoit.

Dieu est une monade, la nature une mesure.

Entre les biens que l'homme puisse posséder, connoître est un des plus doux.

Dieu qui a donné la raison à l'homme, & qui n'a rien fait en vain, n'a prescrit aucun terme à son usage.

Que celui qui veut savoir commence par douter ; qu'il sache que les mots servent également l'ignorant & le sage, le bon & le méchant. La langue de la vérité est simple ; celle de la duplicité, équivoque ; & celle de la vanité, recherchée.

La substance ne change point ; elle est immortelle, sans augmentation, sans décroissement, sans corruption. Tout en émane & s'y résout.

Le minimum est l'élément de tout, le principe de la quantité.

Ce n'est pas assez que du mouvement, de l'espace & des atomes ; il faut encore un moyen d'union.

La monade est l'essence du nombre, & le nombre un accident de la monade.

La matiere est dans un flux perpétuel, & ce qui est un corps aujourd'hui, ne l'est pas demain.

Puisque la substance est impérissable, on ne meurt point ; on passe, on circule, ainsi que Pythagore l'a conçu.

Le composé n'est point, à parler exactement, la substance.

L'ame est un point autour duquel les atomes s'assemblent dans la naissance, s'accumulent pendant un certain tems de la vie, & se séparent ensuite jusqu'à la mort, où l'atome central devient libre.

Le passage de l'ame dans un autre corps n'est point fortuit ; elle y est prédisposée par son état précédent. Ce qui n'est pas un n'est rien.

La monade réunit toutes les qualités possibles ; il y a pair & impair, fini & infini, étendue & non étendue, témoin Dieu.

Le mouvement le plus grand possible, le mouvement retardé, & le repos, ne sont qu'un. Tout se transfere ou tend au transport.

De l'idée de la monade on passe à l'idée du fini ; de l'idée du fini à celle de l'infini, & l'on descend par les mêmes degrés.

Toute la durée n'est qu'un instant infini.

La résolution du contenu en ses parties est la source d'une infinité d'erreurs.

La terre n'est pas plus au milieu du tout qu'aucun autre point de l'univers. Si l'espace est infini, le centre est par-tout & nulle part, de même que l'atome est tout & n'est rien.

Le minimum est indéfini. Il ne faut pas confondre le minimum de la nature & celui de l'art ; le minimum de la nature & le minimum sensible.

Il n'y a ni bonté ni méchanceté, ni beauté ni laideur, ni peine ni plaisir absolus.

Il y a bien de la différence entre une qualité quelconque comparée à nous, & la même qualité considérée dans le tout : de-là les notions vraies & fausses du bien & du mal, du nuisible & de l'utile.

Il n'y a rien de vrai ni de faux pour ceux qui ne s'élevent point au-delà du sensible.

La mesure des sensibles est variable.

Il est impossible que tout soit le même dans deux individus différens, & dans un même individu dans deux instans. Comptez les causes, mais sur-tout ayez égard à l'influ & à l'influence.

Il n'y a de plein absolu que dans la solidité de l'atome, & de vuide absolu que dans l'intervalle des atomes qui se touchent.

La nature de l'ame est atomique ; c'est l'énergie de notre corps, dans notre durée & dans notre espace.

Pourquoi l'ame ne conserveroit-elle pas quelqu'affinité avec les parties qu'elle a animées ? Suivez cette idée, & vous vous reconcilierez avec une infinité d'effets que vous jugez impossibles pendant son union avec le corps & après qu'elle en est séparée.

L'atome ne se corrompt point, ne naît point, ne meurt point.

Il n'y a rien de si petit dans le tout qui ne tende à diminuer ou à s'accroître ; rien de bien qui ne tende à empirer ou à se perfectionner ; mais c'est relativement à un point de la matiere, de l'espace & du tems. Dans le tout il n'y a ni petit ni grand, ni bien ni mal.

Le tout est le mieux qu'il est possible ; c'est une conséquence de l'harmonie nécessaire & de l'existence & des propriétés.

Si l'on réfléchit attentivement sur ces propositions, on y trouvera le germe de la raison suffisante, du systême des monades, de l'optimisme, de l'harmonie préétablie, en un mot, de toute la philosophie léibnitienne.

A comparer le philosophe de Nole & celui de Leipsick, l'un me semble un fou qui jette son argent dans la rue, & l'autre un sage qui le suit & qui le ramasse. Il ne faut pas oublier que Jordan-Brun a séjourné & professé la Philosophie en Allemagne.

Si l'on rassemble ce qu'il a répandu dans ses ouvrages sur la nature de Dieu, il restera peu de chose à Spinosa qui lui appartienne en propre.

Selon Jordan Brun, l'essence divine est infinie. La volonté de Dieu, c'est la nécessité même. La nécessité & la liberté ne sont qu'un. Suivre en agissant la nécessité de la nature, non-seulement c'est être libre, mais ce seroit cesser de l'être que d'agir autrement. Il est mieux d'être que de ne pas être, d'agir que de ne pas faire : le monde est donc éternel ; il est un ; il n'y a qu'une substance ; il n'y a qu'un agent ; la nature, c'est Dieu.

Notre philosophe croyoit la quadrature du cercle impossible, & la transmutation des métaux possible.

Il avoit imaginé que les cometes étoient des corps qui se mouvoient dans l'espace, comme la terre & les autres planetes.

A dire ce que je pense de cet homme, il y auroit peu de philosophes qu'on pût lui comparer, si l'impétuosité de son imagination lui avoit permis d'ordonner ses idées, & de les ranger dans un ordre systêmatique ; mais il étoit né Poëte.

Voici les titres de ses ouvrages. 1. La cene de la cineri. 2. De umbris idearum. 3. Ars memoriae. 4. Il candelago, comedia. 5. Cantus circaeus ad memoriae praxin ordinatus. 6. De la causa, principio, ed uno. 7. De l'infinito, universo e mondi. 8. Spaccio del la bestia triomfante. 9. Cabala del cavallo pegaseo con l'aggiunte dell'asino cillenico. 10. De gli heroïci furori. 11. De progressu & lampade venatoriâ logicorum. 12. Acratismus, sive rationes articulorum Physicorum adversus Aristotelicos. 13. Oratio valedictoria ad professores & auditores in academia Witebergensi. 14. De specierum scrutinio & lampade combinatoriâ Raimondi Lulli. 15. Oratio consolatoria habita in academia Julia in fine exequiarum principis Julii, ducis Brunsvicensium. 16. De triplici minimo & mensurâ. 17. De monade, numero & figurâ, consequens quinque de minimo, magno & mensurâ, item de innumerabilibus, immenso & infigurabili, seu de universo & mundis. 18. De imaginum, signorum & idearum compositione. 19. Summa terminorum Metaphysicorum ad capessendum Logicae & Metaphysicae studium. 20. Artificium perorandi.

Il cite lui-même quelques autres ouvrages qu'on n'a point, comme le Sigillum sigillorum, & les livres de imaginibus, de principiis rerum, de sphaera, de Physicâ, magiâ, &c.

Ses juges firent tout ce qu'il étoit possible pour le sauver. On n'exigeoit de lui qu'une rétractation ; mais on ne parvint jamais à vaincre l'opiniâtreté de cette ame aigrie par le malheur & la persécution, & il fallut enfin le livrer à son mauvais sort. Je suis indigné de la maniere indécente dont Scioppius s'est exprimé sur un évenement qui ne devoit exciter que la terreur ou la pitié. Sicque ustulatus miserè periit, dit cet auteur, renuntiaturus, credo, in reliquis illis quos finxit mundis, quonam pacto homines blasphemi & impii à romanis tractari solent. Ce Scioppius avoit sans doute l'ame atroce ; & il étoit bien loin de deviner que cette idée des mondes, qu'il tourne en ridicule, illustreroit un jour deux grands hommes.


JORGIANE(Géog.) riviere d'Asie dans la Perse, qui donne son nom à une ville qu'elle arrose, & se décharge dans la mer Caspienne, à 86d de long. & à 38 de latit. La ville de son nom qu'elle baigne est dans la Corassane. Long. 85. latit. 37. (D.J.)


JOSAPHATLA VALLEE DE (Géog.) vallée de la Palestine, entre Jérusalem & la montagne des Oliviers. Ce mot de Josaphat signifie jugement de Dieu, & n'est autre chose qu'une expression symbolique dans le fameux passage de Joël, chap. iij. . 2. ainsi dans le même prophête, & dans le même chap. . 14. la vallée de Carnage, vallis concussionis, ne peut se prendre que métaphoriquement. (D.J.)


JOSEPH SAN(Géog.) isle de l'océan oriental, & l'une des isles Marianes. Voyez SAYPAN. (D.J.)


JOSUÉ(Théolog.) nom d'un des livres canoniques de l'ancien testament. C'est celui qui dans les bibles suit ordinairement le pentateuque ou les cinq livres de Moïse. Les Hébreux le nomment Jehosua. Il comprend l'histoire de l'entrée du peuple de Dieu, de ses premieres conquêtes, & de son établissement dans la terre promise sous la conduite de Josué, qui après Moïse fut le premier chef ou général des Hébreux.

La Synagogue & l'Eglise sont d'accord à attribuer ce livre à Josué, fils de Nun, ou, comme s'expriment les Grecs, fils de Navé, qui succéda à Moïse dans le gouvernement théocratique des Hébreux, & à le reconnoître pour canonique. On avoue cependant qu'il s'y rencontre certains termes, certains noms de lieux, & certaines circonstances d'histoire qui ne conviennent pas au tems de Josué, & qui font juger que le livre a été retouché depuis lui, & que les copistes y ont fait quelques additions & quelques corrections : mais il y a peu de livres de l'écriture où l'on ne remarque de pareilles choses.

Les Samaritains ont aussi un livre de Josué qu'ils conservent avec un grand respect, & sur lequel ils fondent leurs prétentions contre les Juifs. Mais cet ouvrage est fort différent de celui que les Juifs & les Chrétiens tiennent pour canonique. Il comprend quarante-sept chapitres remplis de fables, d'absurdités, de traits & de noms historiques, qui prouvent qu'il est postérieur à la ruine de Jérusalem par Adrien. Ce livre n'est point imprimé. Joseph Scaliger, à qui il appartenoit, le légua à la bibliotheque de Leyde, où il est encore à présent en caracteres samaritains, mais en langue arabe & traduit sur l'hébreu.

Les Juifs modernes attribuent encore à Josué une priere rapportée par Fabricius, apocryph. tom. V. qu'ils récitent ou toute entiere ou en partie en sortant de leurs synagogues. Ils le font aussi auteur de dix réglemens, qui devoient, selon eux, être observés dans la terre promise, & qu'on trouve dans Selden, de jure nat. & gent. lib. VI. ch. ij. Dom Calmet, diction. de la bibl.


JOTTEREAUX(Marine) Voyez JOUTEREAUX.


JOTTESou JOUES, s. f. (Marine) Ce sont les deux côtés de l'avant du vaisseau depuis les épaules jusqu'à l'étrave. (Z)


JOUAILLERIES. f. (Commerce) ce mot comprend toutes sortes de pierreries, montées ou non montées, brutes ou taillées, diamans, rubis, saphirs, grenats, émeraudes, turquoises, topases, amétistes, cornalines, agates, opales, cristal, ambre, corail, perles, & toutes sortes de bijoux d'or, d'argent ou autre matiere précieuse.


JOUAILLIERS. m. (Commerce) qui fait le commerce de jouaillerie. Les Jouailliers sont du corps des Orfevres. Les Merciers peuvent vendre les mêmes marchandises que les Jouailliers ; mais ceux-ci peuvent mettre en oeuvre, monter & fabriquer.


JOUBARBES. f. (Botan.) Sedum, genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond. Il sort du calice un pistil qui devient dans la suite un fruit composé de plusieurs capsules ou gaines qui forment une tête : ce fruit renferme des semences qui sont pour l'ordinaire très-petites. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

Ce genre de plante est considérable par ses especes ; M. de Tournefort en compte 37, au nombre desquelles il y en a trois qui sont d'usage ordinaire médicinal ; savoir, la grande joubarbe, sedum majus vulgare ; la petite joubarbe, sedum minus teretifolium album, & la vermiculaire âcre, sedum parvum, acre, flore luteo.

La racine de la grande joubarbe est petite & fibreuse ; elle pousse plusieurs feuilles oblongues, grosses, grasses, pointues, charnues, pleines de suc, attachées contre terre à leur pédicule, toujours vertes, rangées circulairement, & comme disposées en rose, convexes en dehors, applaties en dedans, tant soit peu velues dans leurs bords. Il s'éleve de leur milieu une tige à la hauteur d'un pié ou davantage, droite, assez grosse, rougeâtre, moëlleuse, revêtue de feuilles semblables à celles du bas, mais plus étroites, plus pointues, & qui la rendent comme écailleuse. Cette tige se divise vers la cime en quelques rameaux réfléchis qui portent une suite de fleurs à cinq pétales, disposées en roses ou en étoiles, de couleur purpurine, avec dix étamines à sommets arrondis. Lorsque ces fleurs sont passées, il leur succede des fruits composés de plusieurs siliques ou vaisseaux séminaux, creux, en urnes, & contenant des semences fort menues.

La petite joubarbe que le vulgaire appelle trique-madame, ou tripe-madame, differe peu de la grande joubarbe. Sa racine est semblable ; ses tiges sont longues d'environ six pouces, dures, ligneuses, rougeâtres, portant des feuilles épaisses, succulentes, rondes, émoussées par la pointe, & rangées alternativement. Aux sommités des tiges naissent des ombelles de fleurs blanches, à cinq pétales disposées en rose, avec plusieurs étamines à sommets purpurins. Ces fleurs font place à de petites siliques en cornes, pleines de graines fort ténues.

L'une & l'autre joubarbe croissent sur les vieux murs, les toîts des maisons ou chaumieres, fleurissent en été, & se sechent en automne après la maturité de leurs semences. Ces deux plantes paroissent contenir un sel approchant de l'alun, mêlé d'un peu de sel ammoniacal, de soufre, & de beaucoup de phlegme. On les estime rafraîchissantes, détersives, & astringentes. L'extrait fait de leur suc, exprimé, dépuré, filtré, & doucement évaporé au bain-marie se réduit en consistance de gomme tendre, ambrée, d'un goût acide, & stiptique. V. JOUB. Mat. med.

La vermiculaire âcre ou brûlante que le peuple nomme pain d'oiseau, ou poivre de muraille, est une espece de joubarbe qui mérite nos regards par son goût piquant, chaud & brûlant ; outre que son suc excite le vomissement, ce qui fait soupçonner que cette plante renferme un sel corrosif, semblable à l'esprit de nitre, mais adouci par beaucoup de phlegme & de soufre. Ses tiges sont couvertes de feuilles charnues, grasses, pointues, triangulaires, remplies de suc ; au sommet des tiges naissent des fleurs jaunes, étoilées, pentapétales, avec plusieurs étamines, à sommets de même couleur dans le milieu. Les fruits qui succedent aux fleurs sont composés de gaines pleines de très-petites semences.

La vermiculaire acre vient par tout dans les lieux pierreux & arides, suspendue par ses racines, ou couchée sur de vieilles murailles, & les toîts des maisons basses. Il en est de même des autres especes de joubarbe ; & peut-être que le nom latin sedum des Botanistes vient de sedere être assis, parce qu'elle est comme assise dans les lieux où elle croît ; mais il importe davantage d'observer à cause de l'homonymie, que le nom sedum est encore commun à différentes sortes de saxifrages & de cotylédons. (D.J.)

JOUBARBE, (Mat. med.) La grande joubarbe & la petite joubarbe ou trique-madame, sont mises au rang des médicamens, à titre de rafraîchissantes, tempérantes, incrassantes, & légerement répercussives.

C'est le suc & l'infusion des feuilles de ces plantes qui sont principalement recommandés pour l'usage intérieur, & principalement dans les fievres continues, ardentes, & dans les fievres intermittentes qui participent du même caractere, c'est-à-dire, dont les accès sont marqués par une chaleur excessive qui n'est précédée d'aucun froid. Ces remedes sont vantés aussi pour les affections inflammatoires de l'estomac & des intestins ; on les croit utiles dans les dissenteries, d'après les succès observés chez certains peuples d'Afrique où ces remedes sont fort usités dans ce dernier cas. On attribue les mêmes vertus à l'eau distillée de cette plante. Nous pouvons positivement assurer que cette eau distillée ne possede aucune vertu : quant au suc & à l'infusion, ce que les auteurs, Boerhaave entr'autres, en publient, peut être très-réel ; mais ces remedes n'en sont pas moins presqu'absolument inusités parmi nous.

Leur usage extérieur est un peu plus fréquent ; on en fait avec le beurre frais des onguens pour les hémorrhoïdes & pour les brûlures.

L'eau distillée de ces plantes, & leur suc mêlé avec une certaine quantité d'esprit de vin, sont comptés parmi les cosmetiques.

Les feuilles de grande joubarbe entrent dans la composition de l'onguent mondificatif d'ache, & dans l'onguent populeum ; les racines, les feuilles & le suc de trique-madame entrent dans l'emplâtre diabotanum, & ses feuilles dans l'onguent populeum.


JOUDARDE(Histoire nat.) Voyez POULE D'EAU.


JOUEsubst. fém. (Anat.) la partie du visage qui s'étend des deux côtés du nez jusqu'aux oreilles, & depuis les tempes jusqu'au menton.

Ce terme a passé dans les arts, & l'on dit de plusieurs parties de machines étendues & placées sur les côtés simétriquement l'une à l'autre, que ce sont les joues de la machine, exemple. Les joues du peson, ce sont de petites plaques placées de part & d'autre sur les broches du peson.

JOUES dans l'artillerie, sont les deux côtés de l'épaulement d'une batterie, coupés selon son épaisseur pour pratiquer l'embrasure. Voyez BATTERIE.


JOUÉES. f. terme d'Architecture, c'est dans l'ouverture d'une porte & d'une croisée, l'épaisseur du mur qui comprend le tableau, la feuillure & l'ébrasure : on appelle aussi jouée ou jeu, la facilité de toute fermeture mobile dans sa baie, comme porte & fenêtre.

Jouée de lucarne, ce sont les côtés d'une lucarne, dont les panneaux sont remplis de plâtre.


JOUER(Gramm.) il se dit de toutes les occupations frivoles auxquelles on s'amuse ou l'on se délasse, mais qui entraînent quelquefois aussi la perte de la fortune & de l'honneur.

Les hommes ont inventé une infinité de jeux qui tous marquent beaucoup de sagacité. Voyez JEU.

Le verbe jouer se prend en une infinité de sens différens. On se joue de son travail ; on se joue de la vertu ; on joue l'innocence ; on joue la comédie ; on joue d'un instrument ; on joue un mauvais rôle.

On joue beaucoup aujourd'hui dans le monde ; il n'est pas inutile de savoir jouer, ne fut-ce que pour amuser les autres ; & il est bon de savoir bien jouer si l'on ne veut pas être dupe.

* JOUER, (Gram. Mathémat. pures) c'est risquer de perdre ou de gagner une somme d'argent, ou quelque chose qu'on peut rapporter à cette commune mesure, sur un évenement dépendant de l'industrie ou du hasard.

D'où l'on voit qu'il y a deux sortes de jeux ; des jeux d'adresse & des jeux de hasard. On appelle jeux d'adresse ceux où l'évenement heureux est amené par l'intelligence, l'expérience, l'exercice, la pénétration, en un mot quelques qualités acquises ou naturelles, de corps ou d'esprit, de celui qui joue. On appelle jeux de hasard, ceux où l'évenement paroît ne dépendre en aucune maniere des qualités du joueur. Quelquefois d'un jeu d'adresse l'ignorance de deux joueurs en fait un jeu de hasard ; & quelquefois aussi d'un jeu de hasard, la subtilité d'un des joueurs en fait un jeu d'adresse.

Il y a des contrées où les jeux publics, de quelque nature qu'ils soient, sont défendus, & où on peut se faire restituer par l'autorité des lois l'argent qu'on a perdu.

A la Chine, le jeu est défendu également aux grands & aux petits ; ce qui n'empêche point les habitans de cette contrée de jouer, & même de perdre leurs terres, leurs maisons, leurs biens, & de mettre leurs femmes & leurs enfans sur une carte.

Il n'y a point de jeu d'adresse où il n'entre un peu de hasard. Un des joueurs a la tête plus saine & plus libre ce jour-là que son adversaire ; il se possede davantage, & gagne, par cette seule supériorité accidentelle, celui contre lequel il auroit perdu en tout autre tems. A la fin d'une partie d'échecs ou de dames polonoises, qui a duré un grand nombre de coups entre des joueurs qui sont à-peu-près d'égale force, le gain ou la perte dépend quelquefois d'une disposition qu'aucun des deux n'a prévue & ne s'est proposée.

Entre deux joueurs dont l'un ne risque qu'un argent qu'il peut perdre sans s'incommoder, & l'autre un argent dont il ne sçauroit manquer sans être privé des besoins essentiels de la vie, à proprement parler, le jeu n'est pas égal.

Une conséquence naturelle de ce principe, c'est qu'il n'est pas permis à un souverain de jouer un jeu ruineux contre un de ses sujets. Quel que soit l'évenement, il n'est rien pour l'un ; il précipite l'autre dans la misere.

On a demandé pourquoi les dettes contractées au jeu se payoient si rigoureusement dans le monde, où l'on ne se fait pas un scrupule de négliger des créances beaucoup plus sacrées. On peut répondre, c'est qu'au jeu on a compté sur la parole d'un homme, dans un cas où l'on ne pouvoit employer les lois contre lui. On lui a donné une marque de confiance à laquelle il faut qu'il réponde. Au lieu que dans les autres circonstances où il a pris des engagemens, on le force par l'autorité des tribunaux à y satisfaire.

Les jeux de hasard sont soumis à une analyse qui est tout à fait du ressort des Mathématiques. Ou la probabilité de l'évenement est égale entre les joueurs ; ou si elle est inégale, elle peut toujours se compenser par l'inégalité des mises ou enjeux. On peut à chaque instant demander quelle est la prétention d'un joueur ; & comme sa prétention à la somme des mises est en raison des coups qu'il a pour lui, le calcul déterminera toujours, ou rigoureusement, ou par approximation, quelle seroit la partie de cette somme qui lui reviendroit, si le jeu ne s'instituoit pas, ou si le jeu étant une fois institué, on vouloit l'interrompre.

Plusieurs Auteurs se sont exercés sur l'analyse des jeux ; on en a un traité élémentaire de Huygens ; on en a un plus profond de Moivre ; on a des morceaux très-savans de Bernoulli sur cette matiere. Il y a une analyse des jeux de hasard par Montmaur, qui n'est pas sans mérite.

Voici les principes fondamentaux de cette science. Soit p le nombre des cas où une chose arrive ; soit q le nombre des cas où elle n'arrive pas. Si la probabilité de l'évenement est égale dans chaque cas, l'apparence que la chose sera est à l'apparence qu'elle ne sera pas, comme p est à q.

Si deux joueurs A & B jouent à condition que si les cas p arrivent, A gagnera ; que ce sera B au contraire qui gagnera, si ce sont les cas q qui arrivent, & que la mise des deux joueurs soit a ; l'espérance de A sera <(pa)/(p+q)>, & l'espérance de B sera . Ainsi, si A & B vendent leurs espérances, ils en peuvent exiger l'un la valeur <(pa)/(p+q)>, l'autre la valeur <(qa)/(p+q)>.

S'il y a deux évenemens indépendans, & que p soit le nombre des cas où l'un de ces évenemens peut avoir lieu ; q le nombre des cas où le même évenement peut ne pas arriver ; r le nombre des cas où le second évenement peut avoir lieu ; s le nombre des cas où le second évenement peut ne pas arriver ; multipliez p + q par r + s ; le produit p r + q r + p s + q s sera le nombre de tous les cas possibles de la chose, ou la somme des évenemens pour & contre.

Donc si A gage contre B que l'un & l'autre évenemens auront lieu, le rapport des hasards sera comme p r à q r + p s + q s.

S'il gage que le premier évenement aura lieu & que le second n'aura pas lieu, le rapport des chances ou hasards sera comme p s à p r + q r + q s. Et s'il y a trois ou un plus grand nombre d'évenemens, la raison des chances ou hasards se trouvera toujours par la multiplication.

Si tous les évenemens ont un nombre donné de cas où ils peuvent arriver, & un nombre donné de cas où ils peuvent ne pas arriver ; & que a soit le nombre des cas où ils peuvent arriver ; b le nombre des cas où ils peuvent ne pas arriver ; & n le nombre de tous les cas : élevez à la puissance n.

Maintenant si A & B conviennent que si un de ces évenemens indépendans, ou un plus grand nombre de ces évenemens a lieu, A gagnera ; & que si aucun de ces évenemens n'a lieu, le gagnant sera B : la raison ou le rapport des hasards qu'ils courent, ou celui de leurs chances relatives, sera comme - bn à bn : car bn est le seul terme où a ne se trouve point.

Si A & B jouent avec un seul dé, à la condition que si A amene deux fois ou plus de deux fois As, en huit coups, il gagnera ; & qu'en toute autre supposition ou cas, il perdra. On demande le rapport de leurs chances ou hasards.

Puisqu'il n'y a qu'un cas à chaque coup pour amener un As, & cinq cas pour ne le pas amener ; soit a = 1 & b = 5 ; d'ailleurs puisqu'il y a huit coups à jouer, soit n = 8. On aura donc - bn - n a bn - 1, pour la chance d'un des joueurs, & bn + n a bn - 1 pour la chance de l'autre ; ou l'espérance de A à l'espérance de B comme 663991 à 1015625 ; ou à peu près comme 2 à 3.

A & B sont engagés au jeu de palets ; il ne manque à A que quatre coups pour avoir gagné ; il en manque six à B ; mais à chaque coup l'adresse de B est à l'adresse de A comme 3 est à 2. On demande le rapport de leurs chances, hasards ou espérances. Puisqu'il ne manque à A que quatre coups, & qu'il n'en manque à B que six, le jeu sera fini dans neuf coups au plus. Ainsi élevez a + b à la neuvieme puissance, & vous aurez a9 + 9 a8 b + 36 a7 bb + 84 a6 b3 + 126 a5 b4 + 126 a4 b5 + 84 a3 b6 + 36 a2 b7 + 9 a b8 + b9 ; & prenez pour A tous les termes où a a quatre ou un plus grand nombre de dimensions ; & pour B tous ceux où b en a six ou davantage ; & tout le rapport de leurs hasards, comme a9 + a8 b + 36 a7 bb + 84 a6 b3 + 126 a5 b4 + 126 a4 b5 est à 84 a3 b6 + 36 a2 b7 + 9 a b8 + b9 ; & soit a = 3 & b = 2 ; & vous aurez en nombre les espérances des joueurs, comme 1759077 à 194048.

A & B jouent au palet ; mais A est le plus fort, ensorte qu'il peut faire à B l'avantage de deux coups sur trois. On demande le rapport de leurs chances dans un seul coup. Supposons que ce rapport soit comme z à 1, élevez z + 1 à la troisieme puissance, & vous aurez z3 + 3 z2 + 3 z + 1. Maintenant A pouvant faire à B l'avantage de deux coups sur trois, A se propose de gagner trois coups de suite, & conséquemment à cette condition sa chance sera comme z3 à 3 z z + 3 z + 1, & z3 = 3 z z + 1. Ou 2 z3 = z3 + 3 z z + 3 z + 1. Et z = z + 1 & z = 1/(-1) : donc les chances sont comme 1/(-1) à 1..

Trouver en combien de coups il est probable qu'un évenement quelconque aura lieu ; ensorte que A & B puissent gager pour ou contre à jeu égal. Soit le nombre des cas où la chose peut arriver du premier coup = a ; soit le nombre des cas où la chose peut ne pas arriver du premier coup = b ; & x le nombre des coups à jouer, tel que l'apparence que la chose arrivera soit égale à l'apparence qu'elle n'arrivera pas. Par ce qu'on a dit plus haut, x - bx = bx ou x = 2bx. Ainsi x = (log. 2.)/(log. a + b log. - b). Et reprenant l'équation , & faisant a. b : : 1. q. on aura = 2. Elevez 1 + 1/q à la puissance x, par le théorême de Newton, & vous aurez 1 + x/q + x/1 x (x - 1)/(2 q q) + x /1 x (x - 1)/2 x (x - 2)/(3 q3), &c. = 2. Or dans cette équation, si q = 1 & x = 1, q étant infinie, x le sera aussi. Faisant donc x infinie, on aura 1 + x/q + (x x) /(2 q q) + x3/(6 q3), &c. = 2. Soit x/q = z, & l'on aura 1 + z + 1/2 z z + 1/6 z3, &c. = 2. Mais 1 + z + 1/2 z z + 1/6 z3, &c. est un nombre dont le logarithme hyperbolique est z. Donc z = log. 2. Mais le logarithme hyperbolique de 2 est à peu près 7 : donc z = 7 à peu près. Mais où q est 1, x est 1 ; & où q est infinie x = à peu près 7. Voilà donc les limites du rapport de x à q fixées. C'est d'abord un rapport d'égalité, qui dans la supposition de l'infini, devient celui de 7 à 10, ou à peu près.

Trouver en combien de coups A peut gager d'amener deux As avec deux dés. Puisqu'A n'a qu'un cas où il puisse amener deux As avec deux dés ; & trente-cinq où il peut ne les pas amener, q = 35 ; multipliez donc 35 par 7 ; le produit 24. 5 montre que le nombre de coups cherché est entre 24 & 25.

Trouver le nombre des cas dans lesquels un nombre quelconque donné de points peut être amené avec un nombre donné de dés. Soit p + 1 le nombre donné de points ; n le nombre de dés ; & f le nombre des faces de chaque dé : soit p - f = q, q - f = r, r - f = s, s - f = t, &c. le nombre cherché de coups sera

+ p /1 x (p - 1)/2 x (p - 2)/3, &c.

- q /1 x (q - 1)/2 x (q - 2)/3 &c. x n /1

+ r /1 x (r - 1)/2 x (r - 2)/3 &c. x n /1 x (n - 1)/2

- r /1 x (s - 1)/2 x (s - 2)/3 &c. x n /1 x (n - 1)/2 x (n - 2)/3.

Série qu'il faut continuer jusqu'à ce que quelques-uns des facteurs soit égal à o, ou négatif ; & remarquez qu'il faut prendre autant de facteurs des différens produits q /2 x (q - 1)/2 x (q - 2)/3 &c. r /1 x (r - 1)/2 x (r - 2)/3 &c. s /1 x (s - 1)/2 x (s - 2)/3 &c. qu'il y a d'unités dans n - 1.

Soit donc le nombre de cas cherché, celui où l'on peut amener seize points avec quatre dés.

+ 15/1 x 14/2 x 13/3 = + 455.

- 9/1 x 8/2 x 7/3 x 4 = - 336

+ 3/1 x 2/3 x 1/3 x 4/1 x 3/2 = + 6.

Or 455 - 336 + 6 = 125. Donc 125 est le nombre cherché.

Trouver en combien de coups A peut gager d'amener quinze points avec six dés. A ayant 1666 cas pour lui, & 44990 contre ; divisez 44990 par 1666, & le quotient 27 sera = q. Multipliez donc 27 par 7 ; le produit 18. 9 montrera que le nombre de coups est environ 19.

Trouver le nombre de coups dans lequel il y a à parier qu'une chose arrivera deux fois ; desorte que A & B risquent autant l'un que l'autre. Soit le nombre des cas où la chose peut arriver du premier coup = a ; & le nombre de ceux où elle peut ne pas arriver = b. Soit x le nombre de coups cherché. Il paroît par ce qui a été dit que x = 2 b x + 2 a x b x = 1. Et faisant a . b : : 1 . q ; = 2 (+2 x)/q. 1°. Soit q = 1, & partant x = 3. 2°. Soit q infinie, & par conséquent x aussi infinie. Soit x infinie, & x/q = z. Donc 1/ + z + 1/2 z2 + 1/2 z3 &c. = 2 + 2 z, & z = log. 2 + log. 1 + z. Soit log. 2 = y. L'équation se transformera dans l'équation différentielle suivante.

/(1 + z) = , & cherchant la valeur de z par les puissances de y, on aura z = 1. 678, ou à-peu-près. Ainsi la valeur de x sera toujours entre les limites de 3 q & de 1. 678 q. Mais x convergera bientôt à 1. 678 q ; c'est pourquoi, si le rapport de q à 1 n'est pas très-petit, nous ferons x = 1. 678 q. Ou si on soupçonne x d'être trop petite, on substituera sa valeur dans l'équation = 2 + (2 x)/q & l'on notera l'erreur si elle en vaut la peine ; x prendra ainsi un peu d'accroissement. Substituez la valeur accrûe de x dans l'équation susdite, & notez la nouvelle erreur. Par le moyen de ces deux erreurs, on peut corriger celle de x avec assez d'exactitude. Voici une table des limites qui conduiront assez vîte au but qu'on se propose dans ce problême. Si l'on parie seulement que la chose arrivera une fois, le nombre sera entre

1 q & 0. 693 q

si deux fois ; entre 3 q & 1. 678 q

si trois fois ; entre 5 q & 2. 675 q

si quatre fois ; entre 7 q & 3. 671 q

si cinq fois ; entre 9 q & 4. 673 q

si six fois ; entre 11 q & 3. 668 q.

Trouver en combien de coups on peut se proposer d'amener trois As, deux fois, avec trois dés. Puisqu'il n'y a qu'un cas où l'on puisse amener trois as, & 215 où l'on ne les amene pas, q = 215 ; multipliez donc 215 par 1. 678 : le produit 360. 7 montrera que le nombre de coups est entre 360 & 361.

A & B mettent sur table chacun douze pieces d'argent ; ils jouent avec trois dés, à cette condition qu'à chaque fois qu'il viendra onze points, A donnera une piece à B, & qu'à chaque fois qu'il viendra quatorze points B donnera une piece à A ; ensorte que celui qui aura le premier toutes les pieces en sa possession les regardera comme gagnées par lui. On demande le rapport de la chance de A à la chance de B. Soit le nombre de pieces que chaque joueur dépose = p. a & b le nombre des cas où A & B peuvent chacun gagner une piece. Le rapport de leurs chances sera donc comme a p à b p. ici p = 12, a = 27, b = 15. Or si 27 étant à 15 comme 9 à 5, vous faites a = 9 & b = 5 ; le rapport des chances ou des espérances sera comme 912 à 512, ou comme 244140625 à 282429536481.

Une attention qu'il faut avoir, c'est de n'être pas trompé par la ressemblance des conditions, & de ne pas confondre les problêmes entr'eux. Il seroit aisé de croire que le suivant ne differe en rien de celui qui précede. C a vingt quatre pieces, & trois dés ; à chaque fois qu'il amene 27 points, il donne une piece à A, & à chaque fois qu'il amene 14, il en donne une à B ; & A & B conviennent que celui des deux qui aura le premier douze pieces, gagnera la mise. On demande le rapport des chances de A & de B. Ce second problême a ceci de propre qu'il faut que le jeu finisse en vingt-trois coups ; au lieu que le jeu peut durer éternellement dans le premier, les pertes & les gains se détruisant alternativement ; élevez à la 23e puissance, & les douze premiers termes seront aux douze derniers, comme la chance de A à celle de B.

Trois joueurs A, B & C ont chacun douze balles ; quatre blanches & huit noires, & les yeux bandés, ils jouent à condition que le premier qui tirera une balle blanche gagnera la mise ; mais A doit tirer le premier, B le second, C le troisieme, & ainsi de suite, dans cet ordre. On demande le rapport de leurs chances. Soit n le nombre des balles ; a le nombre des blanches ; b le nombre des noires, & l'enjeu = 1.

1°. A a pour amener une balle blanche les cas a ; & les cas b pour en amener une noire ; donc sa chance en commençant est a/(a + b) = a/n. Soustrayant a/n de 1 ; la valeur des chances restantes sera 1 - a/n = (n - a)/n = b/n.

2°. B a pour amener une balle blanche les cas a ; & les cas b - 1 pour en amener une noire ; mais c'est à A à commencer de jouer, & il est incertain s'il gagnera ou ne gagnera pas l'enjeu ; ainsi l'enjeu relativement à B n'est pas 1, mais seulement b/n ; ainsi donc sa chance, en qualité de second joueur est a/(a + b - 1) x b/n = (a b)/(n x n - 1). Soustrayez (a b)/(n x n - 1) de b/n, & la valeur du reste des chances sera (n b - b - a b)/(n x - 1) = (b x )/(n x n - 1).

3°. C a pour amener une balle blanche les cas a ; & les cas b - 2 pour en amener une noire ; ainsi sa chance en qualité de troisieme joueur, est

4°. En raisonnant de la même maniere, A a pour amener une balle blanche les cas a, & pour en amener une noire les cas b - 3 ; ainsi comme jouant un quatrieme coup, après les trois premiers coups joués, sa chance sera ; & ainsi de suite pour les autres joueurs.

Ecrivez donc la série a/n + b/(n - 1) P + (b - 1)/(n - 2) Q + (b - 2)/(n - 3) R + (b - 3)/(n - 4) S, où les quantités P, Q, R, S dénotent les termes ou quantités précédentes, avec leurs caracteres. Prenez autant de termes de la série qu'il y a d'unités dans b + 1 ; car il ne peut pas y avoir plus de tours au jeu qu'il y a d'unités dans b + 1 ; & la somme de tous les troisiemes termes, sautant les deux termes intermédiaires, en commençant par a/n, sera toute la chance de A ; pareillement la somme de tous les troisiemes termes, en commençant par b/(n - 1) P, sera toute la chance de B, & tous les troisiemes termes en commençant par (b - 1)/(n - 2) Q, sera la chance de C.

En faisant a = 4, b = 8, n = 12 ; la série générale se transformera dans la suivante 1/12 + 8/11 P + 7/10 Q + 6/9 R + 5 5/8 S + 4/7 T, + 3/6 V + 2/5 X + 3/4 Y. Ou dans cette autre, en multipliant tous les termes par quelque nombre propre à ôter les fractions, comme ici par 495, 165 + 120 + 84 + 56 + 35 + 20 + 10 + 4 + 1.

Donc la chance de A sera 165 + 56 + 10 = 231,

la chance de B sera 120 + 35 + 4 = 159,

la chance de C sera 84 + 20 + 1 = 105.

Ainsi les chances de ces joueurs A, B, C seront dans le rapport des nombres 231, 159, 105 ou 77, 53, 35.

A & B ont douze jettons, quatre blancs & huit noirs ; A parie contre B qu'en en prenant sept les yeux fermés, il y en aura trois blancs. Quel est le rapport de leurs chances ?

1°. Cherchez combien de fois on peut prendre diversement sept jettons dans douze ; & par le calcul des combinaisons vous trouverez 792.

12/1 x 11/2 x 10/3 x 9/4 x 8/5 x 7/6 x 6/7 = 792.

2°. Séparez trois jettons blancs, & cherchez toutes les manieres dont quatre des huit noirs peuvent se combiner avec eux ; vous en trouverez 70.

8/1 x 7/2 x 6/3 x 5/4 = 70.

Et puisqu'il y a là quatre cas où trois jettons peuvent être tirés de quatre, multipliez 70 par 4 ; & vous trouverez 280 pour les cas où trois blancs peuvent venir avec quatre noirs.

3°. Par la loi générale des jeux, celui-là est le gagnant qui amene le plutôt l'évenement convenu ; à moins que la condition contraire n'ait été formellement exprimée. Ainsi donc si A tire quatre jettons blancs avec trois noirs, il a gagné. Séparez quatre jettons blancs, & cherchez toutes les manieres dont trois noirs de huit peuvent se combiner avec quatre blancs, & vous trouverez 56.

8/1 x 7/2 x 6/3 = 56.

Ainsi il y a 280 + 56 cas = 336 qui font gagner A ; ce qui ôté du nombre de tous les cas 792, il en reste 456 qui le font perdre. Ainsi le rapport de la chance de A à la chance de B, est comme 336 à 456, ou 14 à 19.

Dans les problèmes suivans, pour éviter la prolixité, nous ne donnerons point l'analyse, mais seulement son résultat. Cela suffira pour faire présumer les avantages & les desavantages dans les jeux, gageures, hasards de la même nature. Un bon esprit fera de lui-même ces sortes d'estimation approchée, dont on peut se contenter dans presque toutes les circonstances de la vie où elles sont de quelqu'importance.

A & B jouent avec deux dés, à condition que si A amene six, il aura gagné, & B s'il amene sept. A jouera le premier ; mais pour compenser ce desavantage, B jouera deux coups de suite ; & cela jusqu'à ce que l'un ou l'autre ait amené le nombre qui finit la partie. Si l'on cherche le rapport de la chance de A à la chance de B, on le trouvera de 10355 à 12276.

Si un nombre de joueurs A, B, C, D, E, &c. tous d'égale force, déposent chacun une piece, & jouent à condition que deux d'entr'eux A & B commençant à jouer, celui des deux qui perdra cédera la place au joueur C ; celui des deux qui perdra cédera la place au joueur D, jusqu'à ce qu'un de ces joueurs vainqueur de tous les autres, tire les enjeux ou la mise. On demande le rapport des chances de tous ces joueurs. Selon la solution de M. Bernoulli, le nombre des joueurs étant n + 1, les chances des deux joueurs qui se suivent l'un l'autre, sont comme 1 + 2n à 2n, & partant les chances de tous les joueurs A, B, C, D, E, &c. selon la proportion géométrique 1 + 2n : 2n : : A. c : : c. d : : d. e, &c. Cela posé, il n'est pas difficile de déterminer les chances de deux joueurs quelconques, ou avant que de commencer, ou quand le jeu est engagé.

Par exemple, sont trois joueurs A, B, C ; alors n = 2, & 1 = 2n : 2n : : 5. 4 : : a. c. c'est-à-dire que leurs chances ou espérances de gagner avant que A ait gagné B, ou B, C, sont comme 5, 5, 4, ou sont 5/14, 5/14, 4/14 ; car toutes ensemble doivent faire 1. Lorsque A aura gagné B, les chances seront comme 1/7, 2/7, 4/7 = 1.

S'il y a quatre joueurs A, B, C, D, leurs chances ou attentes seront en commençant comme 81, 81, 72, 64, & lorsque A a gagné B, les chances ou attentes de B, D, C, A, comme 25, 32, 36, 56 ; & lorsque A a gagné B & C, les chances ou attentes de C, D, B, A, comme 16, 18, 28, 87.

A, B, C, trois joueurs d'égale force, mettent une piece, & jouent à condition que deux commenceront, & que celui qui perdra sortira, mais en sortant ajoutera une somme convenue à la mise totale ; & ainsi de suite de tous ceux qui sortiront, jusqu'à ce qu'il y en ait un qui batte les deux autres, & qui tire tout. On demande si la chance de A & de B est meilleure ou plus mauvaise que celle de C.

Si la somme que chaque joueur qui sort ajoûte à la masse, est à la premiere mise de chacun, comme de 7 à 6, les chances des trois joueurs sont égales. Si le rapport de la somme ajoûtée par le sortant à la masse, est à la premiere mise en moindre rapport que de 7 à 6, le sort de A & B vaut mieux que celui de C : si ce rapport est plus grand, le sort de C est le meilleur ; & lorsque A a gagné B une fois, les chances des joueurs sont comme les nombres 12/7, 6/7, 3/7, ou 4, 2, 1. Celle de A la plus avantageuse, & celle de B la moindre.

M. Bernoulli a généralisé la solution de ce problème, en l'étendant à un nombre de joueurs quelconque.

A & B deux joueurs d'égale force jouent avec un nombre donné de balles ; après quelque tems il en manque une à A pour avoir gagné, & trois à B ; on trouve que la chance de A vaut 7/8 de la mise totale, & celle de B 1/8.

Deux joueurs A & B d'égale force, jouent, à condition qu'autant de fois que A l'emportera sur B, B lui donnera une piece d'argent, & qu'autant de fois que B l'emportera sur A, A lui en donnera tout autant ; de plus qu'ils joueront jusqu'à ce que l'un des joueurs ait gagné tout l'argent de l'autre. Ils ont maintenant chacun quatre pieces ; deux spectateurs font une gageure sur le nombre de tours qu'ils ont encore à faire, avant que l'un des deux soit épuisé d'argent, & le jeu fini. R gage que le jeu finira en dix tours, & l'on demande la chance de S qui gage le contraire. On trouve la chance de S à celle de R comme 560 à 464.

Si chaque joueur avoit cinq pieces, & que la force de A fût double de celle de B, le rapport de la chance de celui qui parie que le jeu finira en dix tours, à celle de son adversaire, sera comme 3800 à 6561.

Si chaque joueur a quatre pieces, & qu'on demande quelle doit être la force des joueurs, pour qu'on puisse parier avec égal avantage ou desavantage, que le jeu finira en quatre coups, on trouve que la force de l'un doit être à la force de l'autre, comme 5. 274 à 1.

Si chaque joueur avoit quatre pieces, & qu'on demandât le rapport de leurs forces, pour que le pari que le jeu finira en six coups, fût égal pour & contre, on le trouvera comme celui de 2. 576 à 1.

Deux joueurs A & B d'égale force, sont convenus de ne pas quitter le jeu, qu'il n'y ait dix coups de joués. Un spectateur R gage contre un autre S, que quand la partie ne finira pas, ou avant qu'elle finisse, le joueur A aura trois coups d'avantage sur le joueur B, on demande le rapport des chances des gageurs R & S ; & on le trouve comme les nombres 352 à 672.

On voit par la solution compliquée de ces problèmes, que l'esprit du jeu n'est pas si méprisable qu'on croiroit bien ; il consiste à faire sur-le-champ des évaluations approchées d'avantages & de desavantages très-difficiles à discerner ; les joueurs exécutent en un clin d'oeil, & les cartes à la main, ce que le mathématicien le plus subtil a bien de la peine à découvrir dans son cabinet. J'entens dire que quelque affinité qu'il y ait entre les fonctions du géometre & celles du joueur, il est également rare de voir de bons géometres grands joueurs, & de grands joueurs bons géometres. Si cela est, cela ne viendroit-il pas de ce que les uns sont accoutumés à des solutions rigoureuses, & ne peuvent se contenter d'à-peu-près, & qu'au contraire les autres habitués à s'en tenir à des à-peu-près, ne peuvent s'assujettir à la précision géométrique.

Quoi qu'il en soit, la passion du jeu est une des plus funestes dont on puisse être possédé. L'homme est si violemment agité par le jeu, qu'il ne peut plus supporter aucune autre occupation. Après avoir perdu sa fortune, il est condamné à s'ennuyer le reste de sa vie.

JOUEUR, (Jurisp.) se jouer de son fief, signifie vendre une partie de son fief sans démission de foi. Voyez FIEF, DEMEMBREMENT, U DE FIEFFIEF.

Se jouer de ses qualités, c'est en changer selon l'occurrence. Un mineur peut se jouer de ses qualités, c'est-à-dire, que quoiqu'il se soit d'abord porté héritier, il peut ensuite se porter douairier ou donataire. (A)

JOUER, (Marine) on dit d'un vaisseau qu'il joue sur son ancre, quand il est agité par les vents, & en même tems arrêté par son ancre. Le gouvernail joue lorsqu'il est en mouvement.

JOUER avec son mors, (Maréch.) se dit d'un cheval qui mâche & secoue son mors dans sa bouche. Jouer de la queue, se dit d'un cheval qui remue souvent la queue comme un chien, sur tout lorsqu'on lui approche les jambes. Les chevaux qui aiment à ruer & à se défendre sont sujets à ce mouvement de queue qui désigne souvent leur mauvaise volonté.

JOUET d'une ancre, (Marine) Voyez JAS.

JOUETS, (Marine) ce sont des plaques de fer de diverse longueur, dont on se sert pour empêcher que la cheville de fer qui les traverse n'entre dans le bois où elles sont posées.

Jouets de sep de drisse, plaques de fer clouées aux côtés du sep de drisse pour empêcher que l'essieu des poulies n'entaille le sep.


JOUGS. m. (Hist. anc.) les Romains appelloient jugum un certain assemblage de trois piques ou javelines, dont deux étoient plantées en terre debout, surmontées d'une troisieme attachée en-travers au haut des deux autres ; elles formoient une espece de baie de porte, plus basse que la hauteur d'un homme ordinaire, afin d'obliger les vaincus qu'on y faisoit passer presque nuds l'un après l'autre, de se baisser ; ce qui marquoit l'entiere soumission, & cela s'appelloit mittere sub jugum.

Tous les autres peuples voisins de Rome avoient le même usage. C'étoit le comble du deshonneur dont se servoit le vainqueur, pour faire sentir le poids de sa victoire à ceux qui avoient succombé : les Romains ont rarement éprouvé cette honte, & l'ont assez souvent fait éprouver à leurs ennemis.

Cependant ils l'éprouverent dans la guerre contre les Samnites, lorsque le consul Spurius Posthumius pour sauver les troupes de la république enfermées par sa faute aux défilés des fourches Caudines, qu'on nomme aujourd'hui streta d'Arpaia, consentit de subir lui-même cette infamie avec toute son armée. Il est vrai que de retour à Rome, il opina dans le sénat, qu'on le renvoyât piés & poings liés, pour mettre à couvert la foi publique du traité honteux qu'il avoit conclu ; son avis fut suivi, mais les Samnites ne voulurent point recevoir le malheureux consul.

Denys d'Halicarnasse rapporte liv. III. que les pontifes à qui Tullus Hostilius avoit renvoyé le jugement d'Horace, accusé du meurtre de sa soeur, commencerent à purifier la ville par des sacrifices, & après plusieurs expiations ils firent passer Horace sous le joug : c'est une coutume, dit-il, parmi les Romains, d'en user ainsi envers les ennemis vaincus, après quoi on les renvoie chez eux. (D.J.)


JOUÏS. m. (Hist. nat.) liqueur que font les Japonois, qui est nourrissante & fortifiante ; elle se conserve pendant plusieurs années sans se gâter ; elle est liquide comme du bouillon ; sa couleur est noire, l'odeur & le goût qui est un peu salin en sont agréables. Il se fait avec de la viande de boeuf à moitié rôtie : on n'en sait pas davantage sur les autres ingrédiens qui entrent dans sa composition, parce que les Japonois en font mystere, & vendent ce jus très-cher aux Chinois & aux autres orientaux qui en font grand cas, & le regardent comme un grand restaurant.


JOUILLIERESS. f. pl. (Hydr.) Voyez BAJOYERS.


JOUISSANCES. f. (Gram. & Morale) jouir, c'est connoître, éprouver, sentir les avantages de posséder : on possede souvent sans jouir. A qui sont ces magnifiques palais ? qui est-ce qui a planté ces jardins immenses ? c'est le souverain : qui est-ce qui en jouit ? c'est moi.

Mais laissons ces palais magnifiques que le souverain a construits pour d'autres que lui, ces jardins enchanteurs où il ne se promene jamais, & arrêtons-nous à la volupté qui perpétue la chaîne des êtres vivans, & à laquelle on a consacré le mot de jouissance.

Entre les objets que la nature offre de toutes parts à nos desirs ; vous qui avez une ame, dites-moi, y en a-t-il un plus digne de notre poursuite, dont la possession & la jouissance puissent nous rendre aussi heureux, que celles de l'être qui pense & sent comme vous, qui a les mêmes idées, qui éprouve la même chaleur, les mêmes transports, qui porte ses bras tendres & délicats vers les vôtres, qui vous enlace, & dont les caresses seront suivies de l'existence d'un nouvel être qui sera semblable à l'un de vous, qui dans ses premiers mouvemens vous cherchera pour vous serrer, que vous éleverez à vos côtés, que vous aimerez ensemble, qui vous protégera dans votre vieillesse, qui vous respectera en tout tems, & dont la naissance heureuse a déja fortifié le lien qui vous unissoit ?

Les êtres brutes, insensibles, immobiles, privés de vie, qui nous environnent, peuvent servir à notre bonheur ; mais c'est sans le savoir, & sans le partager : & notre jouissance stérile & destructive qui les altere tous, n'en reproduit aucun.

S'il y avoit quelqu'homme pervers qui pût s'offenser de l'éloge que je fais de la plus auguste & la plus générale des passions, j'évoquerois devant lui la Nature, je la ferois parler, & elle lui diroit. Pourquoi rougis-tu d'entendre prononcer le nom d'une volupté, dont tu ne rougis pas d'éprouver l'attrait dans l'ombre de la nuit ? Ignores-tu quel est son but & ce que tu lui dois ? Crois-tu que ta mere eût exposé sa vie pour te la donner, si je n'avois pas attaché un charme inexprimable aux embrassemens de son époux ? Tais-toi, malheureux, & songe que c'est le plaisir qui t'a tiré du néant.

La propagation des êtres est le plus grand objet de la nature. Elle y sollicite impérieusement les deux sexes, aussi tôt qu'ils en ont reçu ce qu'elle leur destinoit de force & de beauté. Une inquiétude vague & mélancholique les avertit du moment ; leur état est mêlé de peine & de plaisir. C'est alors qu'ils écoutent leurs sens, & qu'ils portent une attention refléchie sur eux-mêmes. Un individu se présente-t-il à un individu de la même espece & d'un sexe différent, le sentiment de tout autre besoin est suspendu ; le coeur palpite ; les membres tréssaillent ; des images voluptueuses errent dans le cerveau ; des torrens d'esprits coulent dans les nerfs, les irritent, & vont se rendre au siége d'un nouveau sens qui se déclare & qui tourmente. La vûe se trouble, le délire naît ; la raison esclave de l'instinct se borne à le servir, & la nature est satisfaite.

C'est ainsi que les choses se passoient à la naissance du monde, & qu'elles se passent encore au fond de l'antre du sauvage adulte.

Mais lorsque la femme commença à discerner ; lorsqu'elle parut mettre de l'attention dans son choix, & qu'entre plusieurs hommes sur lesquels la passion promenoit ses regards, il y en eut un qui les arrêta, qui put se flatter d'être préféré, qui crut porter dans un coeur qu'il estimoit, l'estime qu'il faisoit de lui-même, & qui regarda le plaisir comme la récompense de quelque mérite. Lorsque les voiles que la pudeur jetta sur les charmes laisserent à l'imagination enflammée le pouvoir d'en disposer à son gré, les illusions les plus délicates concoururent avec le sens le plus exquis, pour exagérer le bonheur ; l'ame fut saisie d'un enthousiasme presque divin ; deux jeunes coeurs éperdus d'amour se vouerent l'un à l'autre pour jamais, & le ciel entendit les premiers sermens indiscrets.

Combien le jour n'eut-il pas d'instans heureux, avant celui où l'ame toute entiere chercha à s'élancer & à se perdre dans l'ame de l'objet aimé ! On eut des jouissances du moment où l'on espéra.

Cependant la confiance, le tems, la nature & la liberté des caresses, amenerent l'oubli de soi-même ; on jura, après avoir éprouvé la derniere ivresse, qu'il n'y en avoit aucune autre qu'on pût lui comparer ; & cela se trouva vrai toutes les fois qu'on y apporta des organes sensibles & jeunes, un coeur tendre & une ame innocente qui ne connût ni la méfiance, ni le remors.

JOUISSANCE, (Jurisprud.) est ordinairement synonyme de possession ; c'est pourquoi l'on dit communément possession & jouissance ; cependant l'on peut avoir la possession d'un bien sans en jouir. Ainsi la partie saisie possede jusqu'à l'adjudication, mais elle ne jouit plus depuis qu'il y a un bail judiciaire exécuté.

Jouissance se prend donc quelquefois pour la perception des fruits.

Rapporter les jouissances, c'est rapporter les fruits. Ceux qui rapportent des biens à une succession, sont obligés de rapporter aussi les jouissances du jour de l'ouverture de la succession ; le possesseur de mauvaise foi est tenu de rapporter toutes les jouissances qu'il a eues. Voyez FRUITS, POSSESSEURS, POSSESSION, RESTITUTION. (A)


JOURS. m. (Chronol. Astron. & Hist.) division du tems, fondée sur l'apparition & la disparition successive du soleil.

Il y a deux sortes de jour, l'artificiel & le naturel.

Le jour artificiel qui est le premier qu'il semble qu'on ait appellé simplement jour, est le tems de la lumiere, qui est déterminé par le lever & le coucher du soleil.

On le définit proprement le séjour du soleil sur l'horison, pour le distinguer du tems de l'obscurité, ou du séjour du soleil sous l'horison, qui est appellé nuit. Voyez NUIT.

Le jour naturel, appellé aussi jour civil, est l'espace de tems que le soleil met à faire une révolution autour de la terre, ou pour parler plus juste, c'est le tems que la terre emploie à faire une révolution autour de son axe ; les Grecs l'appellent plus proprement nicthemeron, comme qui diroit nuit & jour.

Il faut cependant observer que par ces mots de révolution de la terre autour de son axe, on ne doit pas entendre ici le tems qu'un point ou un méridien de la terre emploie à parcourir 360 degrés, mais le tems qui s'écoule depuis le passage du soleil à un méridien, & le passage suivant du soleil par ce même méridien ; car comme la terre avance sur son orbite d'occident en orient, en même tems qu'elle tourne sur son axe, le soleil repasse par le méridien un peu avant que la terre ait fait une révolution entiere autour de son axe. Pour en sentir la raison, il n'y a qu'à imaginer que le soleil se meuve d'orient en occident autour de la terre pendant l'espace d'un an, comme il paroît le faire, & qu'en même tems la terre tourne sur son axe d'orient en occident, il est facile de voir qu'un point de la terre qui se sera trouvé sous le soleil, s'y retrouvera de nouveau un peu avant que d'avoir fait un tour entier.

L'époque ou le commencement du jour civil, est le terme où le jour commence, & où finit le jour précédent. Il est de quelque conséquence de fixer ce terme ; & il est certain que pour distinguer les jours plus commodément, il faut se fixer à un moment où le soleil occupe quelque partie facile à distinguer dans le ciel ; par conséquent le moment le plus propre à fixer le commencement du jour, est celui dans lequel le soleil passe par l'horison ou par le méridien. Or, comme de ces deux instans, le plus facile à déterminer par observation, est celui du passage par le méridien, il semble qu'on doit préferer de faire commencer le jour naturel à minuit ou à midi ; en effet l'horison est souvent chargé de vapeurs ; d'ailleurs le lever ou le coucher du soleil sont sujets aux réfractions : ainsi il est difficile de les observer exactement. Car les réfractions élevant le soleil, font qu'il paroît sur l'horison, dans le tems qu'il est encore au dessous, & par conséquent elles augmentent la durée du jour artificiel ; on ne peut donc savoir exactement la durée du jour par cette méthode, sans connoître bien les réfractions, & sans pouvoir observer facilement le soleil à l'horison : deux choses qui sont souvent susceptibles d'erreur. Cependant comme le lever & le coucher du soleil sont d'un autre côté le commencement & la fin du jour artificiel ; ils paroissent aussi être propres par cette raison à marquer le commencement & la fin du jour naturel ou civil.

Ceux qui commencent le jour au lever du soleil, ont l'avantage de savoir combien il y a de tems que le soleil est levé ; ceux qui commencent le jour au coucher, savent combien il leur reste de tems jusqu'à la fin du jour ; ce qui peut être utile dans les voyages & les différens travaux : mais les uns & les autres sont obligés de calculer pour avoir l'heure du midi & celle de minuit.

Il n'est donc pas étonnant que les différens peuples commencent différemment leur jour, puisque les raisons sont à peu-près égales de part & d'autre.

Ainsi 1°. les anciens Babyloniens, les Perses, les Syriens, & plusieurs autres peuples de l'Orient, ceux qui habitent aujourd'hui les îles Baléares, & les Grecs modernes, &c. commencent leur jour au lever du soleil.

2°. Les anciens Athéniens & les Juifs, les Autrichiens, les Bohémiens, les Marcommans, les Silésiens, les nations modernes & les Chinois, &c. le commencent au coucher du soleil.

3°. Les anciens Umbriens & les anciens Arabes, aussi-bien que les Astronomes modernes le commencent à midi.

4°. Les Egyptiens & les Romains, les François modernes, les Anglois, les Hollandois, les Allemands, les Espagnols & les Portugais, &c. à minuit.

C'étoit aussi à minuit que les anciens Egyptiens commençoient le jour, & même le fameux Hipparque avoit introduit dans l'Astronomie cette maniere de compter, en quoi il a été suivi par Copernic & par plusieurs autres astronomes ; mais la plus grande partie des astronomes modernes a trouvé plus commode de commencer à midi.

Le jour se divise en heures, comme le mois & la semaine en jours. Voyez HEURE, MOIS, SEMAINE, &c.

Sur les différentes longueurs des jours dans les différens climats, voyez CLIMAT & GLOBE.

Les Astronomes ont été divisés entr'eux sur la question, si les jours naturels sont égaux tout le long de l'année, ou non. Un professeur de Mathématiques à Séville, prétend, dans un mémoire imprimé parmi ceux des Transactions philosophiques, qu'après des observations consécutives pendant trois années, il a trouvé tous les jours égaux. M. Flamsteed dans les mêmes Transactions, réfute cette opinion, & fait voir que quand le soleil est à l'équateur, le jour est plus court de quarante secondes, que quand il est aux tropiques ; & que quatorze jours tropiques sont plus longs que quatorze jours équinoctiaux de 1/6 d'heure, ou de 10 minutes. Cette inégalité des jours vient de deux différentes causes ; l'une est l'excentricité de l'orbite de la terre, l'autre est l'obliquité de l'écliptique. La combinaison de ces deux causes fait varier la longueur du jour ; & c'est sur cette inégalité qu'est fondée ce qu'on appelle équation du tems. Voyez EXCENTRICITE, ECLIPTIQUE & EQUATION DU TEMS. Wolf & Chambers. (O)

JOUR, (Hist. rom.) les Romains commençoient le jour à minuit ; ils partagerent l'espace d'un minuit à l'autre en plusieurs parties, auxquelles ils donnerent des noms pour les distinguer. Ils appellerent le minuit inclinatio ; le tems de la nuit où les coqs ont accoutumé de chanter, gallicinium ; le point du jour, diluculum ; le midi, meridies ; le coucher du soleil, suprema tempestas ; le soir, vespera ; la nuit, prima fax, parce que l'on allume des bougies, des lampes, des flambeaux, dès que la nuit commence ; & la durée de la nuit, concubium.

Par rapport aux jours dont chaque mois est composé, ils les diviserent en fastes, néfastes, jours de fêtes, jours ouvriers & féries. Les jours fastes étoient comme nous disons aujourd'hui les jours d'audience, les jours de palais. Les jours néfastes étoient ceux pendant lesquels le barreau étoit fermé. Les jours de fêtes, ceux où il n'étoit pas permis de travailler ; & tantôt c'étoit le jour entier, tantôt jusqu'à midi seulement ; & les féries qui souvent n'étoient point jours de fêtes. Voyez FASTE, NEFASTE, FERIES, &c.

Enfin pour ce qui regarde la vie privée des Romains pendant le cours de la journée. Voyez VIE PRIVEE des Romains. (D.J.)

JOUR civil des Romains, (Hist. rom.) le jour civil des Romains étoit divisé en plusieurs parties, auxquelles ils donnoient différens noms. La premiere partie étoit media nox, minuit : après cela venoient mediae noctis inclinatio, gallicinium, le chant du coq ; conticinium, qui étoit le tems le plus calme de la nuit ; diluculum, la pointe du jour ; & mane, le matin qui duroit jusqu'à midi. Après midi, étoit meridiei inclinatio, que nous appellons vulgairement la relevée ; solis occasus, le coucher du soleil ; après cela étoient suprema tempestas, vesper, crepusculum, concubium, le tems où l'on se couche, & nox intempestas qui duroit jusqu'à minuit. On divisoit aussi la nuit en quatre parties que les Romains appelloient veilles, excubiae ou vigiliae. Voyez NUIT.

Parmi ces jours, il y en avoit qu'on appelloit festi, & d'autres profesti ; ceux-là étoient consacrés aux dieux, soit pour faire des sacrifices, soit pour célebrer des jeux en leur honneur. Ces jours de fêtes s'appelloient feriae ; il y en avoit de publiques & de particulieres. Voyez FETES des Romains.

Les jours qu'on nommoit profesti, étoient ceux dans lesquels il étoit permis de vaquer aux affaires publiques & particulieres ; on les partageoit en jours fastes & néfastes ; les fastes étoient ceux où le préteur pouvoit prononcer ces trois mots, do, dico, addico, c'est-à-dire, les jours où il étoit permis de rendre la justice. Les jours néfastes étoient ceux où ils ne pouvoient l'exercer, comme dans les féries, & dans les tems de la vendange & de la moisson. Il y avoit aussi des jours appellés intercisi & endocisi, dans lesquels on pouvoit rendre la justice à certaines heures seulement. On les trouve marqués dans les fastes par ces lettres F P & N P, qui signifient fastus prior, & nefastus prior. Quelques uns confondent mal-à-propos les jours néfastes avec ces jours où l'on se faisoit un scrupule de travailler, à cause de quelque malheur arrivé à pareil jour, comme celui de la bataille d'Allia. Il est cependant vrai qu'on a donné le nom de néfastes à ces jours malheureux.

Les Romains avoient encore d'autres jours qui avoient différens noms, comme ceux qu'on appelloit comitiales, pendant lesquels on tenoit les comices, & les jours de marché appellés nundinae ou novendinae, parce qu'ils revenoient tous les neuf jours. Les habitans de la campagne venoient à la ville ces jours de marché, pour y porter des denrées, pour y recevoir des lois, & même pour y travailler à leurs procès, depuis la loi hortensia ; car jusques là ces jours avoient été néfastes.

Les jours qu'on nommoit proeliares, étoient ceux où il étoit permis de répeter son bien, & d'attaquer ses adversaires ; les jours qui leur étoient opposés, s'appelloient non proeliares : c'étoit, par exemple, les jours noirs & funestes, dies atri, qui arrivoient tous les lendemains des kalendes, des ides & des nones de chaque mois ; car le peuple s'imaginoit ridiculement qu'il y avoit quelque chose de funeste dans le mot post qui servoit à exprimer ce que nous appellons le lendemain. Ainsi tous les jours malheureux se nommoient chez les Romains, comme chez les Grecs, des jours noirs. Les jours heureux au contraire étoient appellés blancs chez ces deux peuples.

On ne pouvoit, dans ces jours malheureux, travailler publiquement à aucune affaire ; cependant on doit les distinguer des jours néfastes ; car les féries étoient des jours néfastes, & non des jours malheureux. Les jours appellés inominales, étoient tous les quatriemes jours avant les kalendes, les ides & les nones de chaque mois, & quelques féries.

On trouve dans le droit romain, des jours qu'on nomme comperendini, qui étoient ceux où l'on assignoit son adversaire à comparoître pour le surlendemain de la premiere audience ; d'autres appellés stati, qui étoient pour terminer ses affaires avec l'étranger, & d'autres enfin qui portoient le nom de justi, c'est-à-dire, trente jours complets, accordés par une loi des douze tables à celui qui avoit avoué son crime, ou à celui qui avoit été condamné, afin de lui donner la facilité de trouver la somme d'argent qu'il étoit obligé de payer, ou de satisfaire de quelqu'autre maniere à la sentence du juge. (D.J.)

JOUR, (Iconolog.) les anciens qui représentoient en figure tout ce qu'ils croyoient pouvoir en être susceptible, donnerent une image au jour considéré en lui-même, & sans aucun rapport ni à l'année, ni au mois, ni à la semaine, dont il fait partie. Athénée, dans sa description d'une magnifique pompe d'Antiochus Epiphane, dit qu'on y voyoit des statues de toutes les sortes, jusqu'à celles du jour & de la nuit, de l'aurore & du midi.

Comme le nom grec du jour est féminin, le jour étoit peint en femme, & non-seulement le jour, mais aussi ses parties étoient aussi personnifiées suivant leur genre.

Le crépuscule,

Tempus,

Quod tu, nec tenebras nec possis dicere lucem,

Sed cum luce tamen, dubiae confinia noctis,

le crépuscule, dis-je, étoit peint en jeune garçon, qui tenoit une torche, & qui avoit un grand voile étendu sur la tête, mais un peu reculé en arriere ; voilà ce qui désignoit que le crépuscule participoit à la lumiere & aux ténebres, au jour & à la nuit ; & c'est aussi ce que signifie la torche qu'il tenoit à la main ; car au point du jour, il fait un peu clair, mais si peu, qu'on a encore besoin d'un flambeau qui éclaire.

L'aurore aux doigts de rose, & croceo velamine fulgens, se peignoit en femme ayant un grand voile, & étant traînée dans un char à deux chevaux ; le voile qu'elle portoit sur sa tête, étoit fort reculé en arriere, ce qui marque que la clarté du jour est déja assez grande, & que l'obscurité de la nuit se dissipe.

Le midi, quùm medio sol aureus splendet olympo, étoit aussi peint en femme, à cause qu'il est du genre féminin dans la langue grecque.

Le soir ou le vesper, infuscans terras jam croceo noctis amictu, étoit peint en homme qui tenoit le voile sur sa tête, mais un peu en arriere, parce que l'obscurité de la nuit ne se répand qu'insensiblement, & laisse assez long-tems de la clarté pour se conduire encore.

Enfin le crépuscule du soir étoit représenté comme celui du matin, par un petit garçon qui porte un voile sur la tête ; mais il n'a point de flambeau ; il lui seroit inutile, puisqu'il va se perdre dans les ténebres de la nuit ; il tient de ses deux petites mains les rênes d'un des chevaux du char de Diane, prise pour la lune, & qui court se précipiter aussi dans les ondes de l'Océan, hesperias abiturus in undas. Dict. Mythol. (D.J.)

JOUR heureux & malheureux, (Litt. anc. & mod.) quelque ridicule que soit l'idée qu'il y ait dans la nature des jours plus heureux ou plus malheureux les uns que les autres, il n'en est pas moins vrai que de tems immémorial, les plus célébres nations du monde, les Chaldéens, les Egyptiens, les Grecs & les Romains, ont également donné dans cette opinion superstitieuse, dont tout l'Orient est encore convaincu.

Les rois d'Egypte, selon Plutarque, n'expédioient aucune affaire le troisieme jour de la semaine, & s'abstenoient ce jour-là de manger jusqu'à la nuit, parce que c'étoit le jour funeste de la naissance de Typhon. Ils tenoient aussi le dix septieme jour pour infortuné, parce qu'Osiris étoit mort ce jour-là. Les Juifs pousserent si loin leur extravagance à cet égard, que Moyse mit leurs recherches au rang des divinations, dont Dieu leur défendoit la pratique.

Si je passe aux Grecs, je trouve chez eux la liste de leurs jours apophrades ou malheureux, ce qui a fait dire plaisamment à Lucien, en parlant d'un fâcheux de mauvaise rencontre, qu'il ressembloit à un apophrade. Le jeudi passoit tellement pour apophrade chez les Athéniens, que cette superstition seule fit long-tems différer les assemblées du peuple qui tomboient ce jour-là. Le poëme d'Hésiode sur les travaux rustiques, écrit dans le onzieme siecle avant J. C. fait une espece de calendrier des jours heureux, où il importe de former certaines entreprises, & de ceux où il convient de s'en abstenir ; il met sur-tout dans ce nombre le cinquieme jour de chaque mois, parce qu'ajoute-t-il, ce jour-là les furies infernales se promenent sur la terre. Virgile a saisi cette fiction d'Hésiode, pour en parer ses géorgiques. " N'entreprenez rien, dit-il, le cinquieme jour du mois, c'est celui de la naissance de Pluton & des Euménides ; en ce jour la terre enfanta Japet, le géant Cée, le cruel Tiphée, en un mot, toute la race impie de ces mortels qui conspirerent contre les dieux ". Mais Hésiode, pour consoler son pays, mit au rang des jours heureux le septieme, le huitieme, le neuvieme, le onzieme & le douzieme de chaque mois.

Les Romains nous font assez voir par leur calendrier la ferme créance qu'ils avoient de la distinction des jours. Ils marquerent de blanc les jours heureux, & de noir ceux qu'ils réputoient malheureux ; tous les lendemains des kalendes, des nones & des ides, étoient de cette derniere classe. L'histoire nous en a conservé l'époque & la raison.

L'an de Rome 363, les tribuns militaires, voyant que la république recevoit toujours quelque échec, requirent qu'on en recherchât la cause. Le sénat ayant mandé le devin L. Aquinius, il répondit que lorsque les Romains avoient combattu contre les Gaulois, près du fleuve Allia, avec un succès si funeste, on avoit fait aux dieux des sacrifices le lendemain des ides de Juillet ; & qu'à Crémere les Fabiens furent tous tués, pour avoir combattu le même jour ; sur cette réponse, le sénat, de l'avis du collége des pontifes, défendit de rien entreprendre à l'avenir contre les ennemis le lendemain des kalendes, des nones & des ides ; chacun de ces jours fut nommé jour funeste, dies atra, nefandus, inauspicatus, inominalis, aegyptiacus dies.

Vitellius ayant pris possession du souverain pontificat le quinzieme des kalendes d'Août, & ayant ce même jour fait publier de nouvelles ordonnances, elles furent mal reçues du peuple, disent Suétone & Tacite, parce que tel jour étoient arrivés les desastres de Crémere & d'Allia.

Il y avoit quelques autres jours estimés malheureux par les Romains ; tels étoient le jour du sacrifice aux mânes, celui des lémuries, des féries latines & des saturnales, le lendemain des volcanales, le quatrieme avant les nones d'Octobre, le sixieme des ides de Novembre, les nones de Juillet, appellées caprotines, le quatrieme avant les nones d'Août, à cause de la défaite de Cannes, & les ides de Mars, par les créatures de Jules-César.

On juge bien qu'outre ces jours-là il y en avoit d'autres que chacun estimoit malheureux par rapport à soi-même. Auguste n'entreprenoit rien d'important le jour des nones ; & quantité de particuliers avoient une folie pareille sur le quatrieme des calendes, des nones & des ides.

Plusieurs observations historiques, superstitieusement recueillies, ont contribué à favoriser, avec tant d'autres erreurs, celle des jours heureux & malheureux. Joseph remarque que le temple de Salomon avoit été brûlé par les Babyloniens le 8 Septembre, & qu'il le fut une seconde fois au même jour & au même mois par Titus. Aemilius Probus débite que Timoléon le corinthien gagna toutes ses victoires le jour de sa naissance.

Aux exemples tirés de l'antiquité, on en joint d'autres puisés dans l'histoire moderne. On prétend que Charles-Quint fut comblé de toutes ses prospérités le jour de S. Matthias. Henri III, nous dit-on, fut élu roi de Pologne, ensuite roi de France, le jour de la pentecôte, qui étoit aussi celui de sa naissance. Le pape Sixte V. aimoit le mercredi sur tous les jours de la semaine, parce qu'il prétendoit que c'étoit le jour de sa naissance, de sa promotion au cardinalat, de son élection à la papauté, & de son couronnement. Louis XIII. assuroit que tout lui réussissoit le vendredi. Henri VII, roi d'Angleterre, étoit attaché au samedi, comme au jour de tous les bonheurs qu'il avoit éprouvés.

Mais rien ne seroit si facile que d'apporter encore un plus grand nombre de faits, qui prouveroient l'indifférence des jours pour la bonne ou mauvaise fortune, s'il s'agissoit de combattre par des exemples des préventions superstitieuses, contraires au bon sens & à la raison. On remarqua, dit Dion Cassius, l. XLII. que Pompée fut assassiné en Egypte le même jour qu'il avoit autrefois triomphé des Pirates & de Mithridate, & l'on ajoutoit encore que c'étoit celui de sa naissance. Le même jour, dit Guichardin, que Léon X. fut sacré avec une pompe merveilleuse, il avoit été fait misérablement prisonnier un an auparavant. Reconnoissons donc avec un ancien, qu'une même journée nous peut être également mere & marâtre, & que ceux conséquemment qui se sont moqués du choix superstitieux de certains jours, ont eu par-là un grand avantage pour le succès de leurs entreprises, sur ceux qui ont été assez crédules pour s'y assujettir.

Alexandre le grand, bien instruit sur ce point par Aristote son précepteur, se moqua spirituellement de quelques-uns de ses capitaines qui lui représentoient sur le bord du Granique, que jamais les rois de Macédoine ne mettoient leurs armées en campagne au mois de Juin, & qu'il devoit craindre le mauvais augure qu'on pouvoit tirer s'il négligeoit de suivre l'ancien usage. " Il faut bien y remédier, répondit-il en souriant ; & j'ordonne aussi pour cela que ce Juin, que l'on craint tant, soit nommé le second mois de Mai. " Il sut encore insister si adroitement auprès de la Sybille du temple de Delphes, qui lui refusoit de consulter le dieu un jour réputé malheureux, qu'elle lui dit enfin, en cédant à ses instances, qu'il vouloit faire paroître jusques sur le seuil du temple de Delphes qu'il étoit invincible. " Cet oracle me suffit, répartit joliment Alexandre ; je n'en peux recevoir de plus clair ni de plus favorable ",

C'est sur le même ton que Luculle répondit à ceux qui tâchoient de le dissuader de combattre contre Tigranes aux nones d'Octobre, parce qu'à pareil jour l'armée de Cépion fut taillée en pieces par les Cimbres ; " & moi, dit-il, je vais le rendre de bon augure pour les Romains ". Il attaqua le roi d'Arménie & le vainquit.

Dion de Syracuse se conduisit de même vis-à-vis de Denis de Syracuse ; il lui livra bataille le jour d'une éclipse de lune, qui étoit réputé un jour funeste, & remporta la victoire. C'en est assez sur les anciens.

Quoique la distinction des jours heureux & malheureux paroisse présentement aussi absurde qu'elle l'est en effet, je doute fort que tous les hommes en soient également desabusés : quand je considere d'un côté tant de choses propres à nourrir cette erreur, qui sont toujours en usage, & que je vois régner dans la cour des monarques, chez ces grands qui tonnent sur nos têtes, comme parmi le petit peuple qu'ils vexent, des opinions aussi puériles, aussi superstitieuses que celle-ci, & qui même y ont un très-grand rapport : je crois alors fermement que dans tous les siecles & dans tous les lieux la superstition a des droits qui peuvent bien changer de forme, mais qui ne seront jamais entierement détruits.

Il y a dans le mercure de Juin 1688 un discours contre la superstition populaire des jours heureux & malheureux : cela n'est pas étonnant ; mais le singulier, c'est que ce discours est de François Malaval, fameux écrivain mystique, qui donna dans toutes les extravagances du mysticisme. L'esprit humain, tantôt sage, tantôt fou, adopte également l'erreur & la vérité pêle-mêle. Ce Malaval devint aveugle à neuf mois, & mourut en 1719 à 82 ans. (D.J.)

JOURS de férie, (Hist. ecclésiastiq.) dies feriales ou feriae, signifioient chez les anciens des jours consacrés à quelque fête, & pendant lesquels on ne travailloit point, du verbe latin feriari, être oisif, chommer, fêter.

Ce mot a totalement changé d'acception, & signifie présentement les jours de travail, par opposition au dimanche & aux fêtes chommées, comme on voit dans le statut 27 d'Henri VI, chap. v. & dans Fortesme de laudibus leg. Angliae.

Le pape S. Sylvestre ordonna que sabbati & dominici die retento, reliquos hebdomadae dies feriarum nomine distinctos, ut jam ante in ecclesia vocari caeperant, appellari. De-là vient que dans les brefs ou calendriers ecclésiastiques, le lundi, mardi, mercredi, jeudi & vendredi sont désignés par les noms de feria prima, secunda, tertia, quarta, quinta & sexta.

JOURS maigres, (Théolog.) jours où par un précepte de l'Eglise on ne doit point manger de viande. Voyez ABSTINENCE.

JOURS critiques, (Hist. mod.) dies critici. Voyez CRITIQUES.

JOURS, (Médecine) pairs, impairs, principaux, radicaux ou critiques, indices ou indicateurs, intercalaires, vuides, &c. Voyez la doctrine médicinale sur les jours à l'article CRISE.

JOUR DE L'AN, (Hist. anc.) ou premier jour de l'année, a fort varié chez différens peuples par rapport au tems de sa célébration, mais il a toujours été en grande vénération.

Chez les Romains le premier & le dernier jour de l'an étoient consacrés à Janus ; ce qui a été cause qu'on le représente avec deux visages.

C'est des Romains que nous tenons cette coutume si ancienne des complimens du nouvel an. Avant que ce jour fût écoulé ils se faisoient visite les uns les autres, & se donnoient des présens accompagnés de voeux réciproques. Lucien parle de cette coutume comme très-ancienne, & la rapporte au tems de Numa. Voyez ETRENNES, VOEUX, &c.

Ovide a cette même cérémonie en vûe dans le commencement de ses fastes :

Postera lux oritur, linguisque animisque favete :

Nunc dicenda bono sunt bona verba die.

Et Pline plus expressément liv. XXVIII, chap. j. Primum anni incipientis diem laetis precationibus invicem faustum ominantur.

JOURS ALCYONIENS, (Hist. anc.) phrase que l'on trouve souvent dans les auteurs pour exprimer un tems de paix & de tranquillité.

Cette expression tire son origine d'un oiseau de mer, que les Naturalistes appellent alcyon, & qui, selon eux, fait son nid vers le solstice d'hiver, pendant lequel le tems est ordinairement calme & tranquille.

Les jours alcyoniens, suivant l'ancienne tradition, arrivent sept jours avant & sept jours après le solstice d'hiver ; quelques uns appellent ce tems-là l'été de S. Martin ; & le calme qui regne dans cette saison engage les alcyons à faire leur nid & à couver leurs oeufs dans les rochers qui sont au bord de la mer.

Columella appelle aussi jours alcyoniens le tems qui commence au 8 des calendes de Mars, parce qu'on observe qu'il regne pour lors un grand calme sur l'océan atlantique.

JOURS, GRANDS-JOURS, (Jurisp.) ou HAUTS-JOURS, étoient une espece d'assise extraordinaire, ou plutôt une commission pour tenir les plaids généraux du roi dans les provinces les plus éloignées.

Il ne faut pas s'imaginer que ces sortes d'assises ayent été ainsi nommées parce qu'on les tenoit dans les plus longs jours de l'année, car on les tenoit plusieurs fois l'année & en différens tems ; on les appella grands jours, pour dire que c'étoit une assise extraordinaire où se traitoient les grandes affaires.

Les grands jours royaux furent établis pour juger en dernier ressort les affaires des provinces les plus éloignées, & principalement pour informer des délits de ceux que l'éloignement rendoit plus hardis & plus entreprenans ; on les tenoit ordinairement de deux en deux ans.

Ils étoient composés de personnes choisies & députées par le roi à cet effet, tels que les commissaires appellés missi dominici, que nos rois de la premiere & de la seconde race envoyoient dans les provinces pour informer de la conduite des ducs & des comtes, & des abus qui pouvoient se glisser dans l'administration de la justice & des finances contre l'ordre public & général.

Les grands-jours les plus anciens qui ayent porté ce nom, sont ceux que les comtes de Champagne tenoient à Troyes ; & ce fut à l'instar de ceux-ci que les assemblées pareilles qui se tenoient au nom du roi furent aussi nommées grands-jours.

La séance même du parlement, lorsqu'il étoit encore ambulatoire, étoit nommée grands-jours. Les parlemens de Toulouse, Bordeaux, Bretagne, & quelques autres tenoient aussi leurs grands-jours.

Depuis que les parlemens ont été rendus sédentaires, les grands-jours n'ont plus été qu'une commission d'un certain nombre de juges tirés du parlement pour juger en dernier ressort toutes affaires civiles & criminelles par appel des juges ordinaires des lieux, mêmes les affaires criminelles en premiere instance.

Les derniers grands-jours royaux sont ceux qui furent tenus en 1666 à Clermont en Auvergne, & au Puy en Velai pour le Languedoc.

Nos rois accorderent aux princes de leur sang le droit de faire tenir des grands jours dans leurs apanages & pairies ; mais l'appel de ces grands-jours ressortissoit au Parlement, à moins que le roi ne leur eût octroyé spécialement le droit de juger en dernier ressort.

Plusieurs seigneurs avoient aussi droit de grands-jours, où l'on jugeoit les appellations interjettées des juges ordinaires, des crimes qui se commettoient par les baillifs & sénéchaux & autres juges dépendans du seigneur. Ces grands jours seigneuriaux ont été abolis par l'ordonnance de Roussillon, qui défend à tout seigneur d'avoir deux degrés de jurisdiction en un même lieu : quelques pairs en font cependant encore assembler, mais ils ne jugent pas en dernier ressort.

Nous allons donner quelques notions sommaires des grands-jours dont il est le plus souvent fait mention dans les ordonnances & dans les histoires particulieres.

Grands-jours d'Angers ou du duc d'Anjou, étoient pour l'apanage du duc d'Anjou ; ils furent accordés par Charles V. à Louis son frere, duc de Tours & d'Anjou, avec faculté de les tenir, soit à Paris ou dans telle ville de ses duchés qu'il voudroit. Louise de Savoye, mere du roi François I, fit en 1516 ériger des grands-jours en la ville d'Angers ; on en tint aussi pour le roi dans cette ville en 1539.

Grands-jours d'Angoulême étoient ceux des comtes d'Angoulême. Voyez le recueil de Blanchard à la table.

Grands-jours de l'archevêque de Rouen, ou hauts-jours, étoient une assise majeure qui se tenoit en son nom. Un Arrêt du parlement de Rouen du 2 Juillet 1515 ordonna qu'ils se serviroient du terme de hauts-jours, & non d'échiquier. Voyez le recueil d'arrêts de M. Froland, pag. 34.

Grands-jours d'Auvergne, sont ceux qui se tinrent dans cette province, tant à Clermont & Montferrand, qu'à Riom. Il y en eut à Montferrand en 1454, & sous Louis XI. en 1481, tant pour l'Auvergne que pour le Bourbonnois, Nivernois, Lyonnois, Forez, Beaujolois & la Marche ; ils s'ouvrirent à Montferrand : on les y tint encore en 1520, & à Riom en 1542 & 1546. Voyez Grands-jours de Berry.

Grands-jours de Beaumont ; il est parlé des grands-jours de ce comté dans des lettres de Charles VI. du 6 Mai 1403.

Grands-jours de Beaune ou de Bourgogne, étoient ceux qui se tenoient pour la province de Bourgogne avant l'érection du parlement de Dijon : ils jugeoient sans appel.

Grands-jours de Berry ou du duc de Berry. Jean I, duc de Berry, eut le droit de faire tenir les grands-jours pour juger les appellations que l'on interjettoit du sénéchal de Poitou & d'Auvergne, du bailli de Berry & de ses autres juges inférieurs dont il est parlé dans Joannes Galli, quest. 250, & dans les anciennes ordonnances.

Grands jours de Bourbonnois, voyez Grands jours d'Auvergne & Grands-jours de Moulins.

Grands-jours de Bourgogne, voyez Grands-jours de Beaune.

Grands jours du duc de Bretagne ; on donnoit quelquefois ce nom au parlement de cette province avant qu'il fût sédentaire, comme on peut voir par l'ordonnance de Charles VIII. de l'an 1495.

Grands-jours de Champagne, voyez Grands-jours de Troyes.

Grands-jours de Brie ; le duc d'Orléans, frere de Charles VI, y en faisoit tenir. Voyez les lettres de 1403.

Grands jours de Châtelleraut, voyez le recueil de Blanchard.

Grands-jours de Clermont en Auvergne, voyez Grands-jours d'Auvergne.

Grands-jours de Clermont en Beauvoisis, voyez le recueil de Blanchard.

Grands-jours de Dombes ; le parlement de cette principauté, qui tenoit anciennement ses séances à Lyon par emprunt de territoire, devoit aller tenir ses grands-jours en Dombes deux fois l'année, suivant un édit de Louis III, prince souverain de Dombes, du mois de Septembre 1571.

Grands-jours de Limoges, voyez le recueil de Blanchard.

Grands-jours de Lyon furent tenus en 1596.

Grands jours du comté du Maine, étoient ceux qu'y faisoit tenir le duc d'Anjou, comte du Maine, auquel ils avoient été accordés par des lettres de 1371.

JOURS (grands) La cour des grands-jours de la ville de S. Michel en Lorraine, étoit déja établie en 1380. Il y a sur ce tribunal une ordonnance de René d'Anjou, duc de Lorraine, du 4 Mars 1449. Le duc Charles III. en confirma l'établissement sous le titre de cour de parlement & grands-jours de saint Michel, le 8 Octobre 1571. Le 3 Décembre 1573 il en régla les fonctions. Il y a une ordonnance du même prince touchant l'appel des sentences de la cour des grands-jours de S. Michel, du 8 Octobre 1607. Louis XIII. supprima ces grands-jours en 1635, tems auquel il occupoit la Lorraine par ses armes.

Grands-jours de Montferrand, voyez Grands-jours d'Auvergne.

Grands-jours du duché de Montmorency, c'étoient ceux que les seigneurs de Montmorency faisoient tenir dans leur pairie. Voyez les lettres-patentes citées par Blanchard à la table.

Grands-jours de Moulins furent tenus en 1534, 1540 & 1550.

Grands-jours de Normandie ; les ducs de cette province en faisoient tenir, soit à Rouen, ou même quelquefois à Paris ; on les appelloit les hauts-jours. Voyez le recueil d'arrêts de M. Froland, pag. 74.

Grands-jours d'Orléans, c'étoit le duc d'Orléans qui les faisoit tenir dans son apanage : il en est parlé dans des lettres de Charles VI. du 6 Mai 1403.

Grands-jours de Paris ; Charles le Bel ordonna que l'on en tînt dans cette ville, & que l'on y fît la recherche des criminels.

Grands-jours de Poitiers ou des comtes de Poitou, furent tenus en 1454, 1531, 1541, 1567, 1579 & 1634.

Grands-jours des reines, étoient ceux qui leur étoient accordés dans les terres qu'on leur donnoit pour leur douaire : il en est fait mention dans l'ancien style du parlement, chap. 23.

Grands-jours de Riom, voyez Grands-jours d'Auvergne.

Grands-jours de Soissons, étoient ceux du comte de Soissons. Voyez le recueil de Blanchard à la table.

Grands-jours de Tours ; le parlement de Paris en tint dans cette ville en 1519, 1533, 1547.

Grands-jours de Troyes, appellés aussi la cour de Champagne, étoient des assises publiques & générales que les comtes de Champagne tenoient à Troyes, pour juger en dernier ressort les affaires majeures & celles qui étoient dévolues par appel des assises des bailliages, & principalement les causes des barons de Champagne, lesquels relevoient immédiatement du comté. Cette prérogative fut accordée aux comtes de Champagne à cause de leur dignité de palatins. Leurs grands-jours se tenoient trois ou quatre fois l'année ; ils étoient composés d'un certain nombre de juges choisis dans l'ordre de la noblesse ; on y appelloit les causes selon le rang des bailliages ; on y observoit les formes judiciaires, c'est-à-dire qu'on les jugeoit par enquêtes ou par plaids, selon la nature de l'affaire. Quand ces jugemens pouvoient servir de reglemens, on les inséroit dans le recueil des coutumes de Champagne. Depuis que Philippe le Bel eut réuni cette province à la couronne, les grands-jours de Troyes se tenoient en son nom, comme comte de Champagne ; il ordonna en 1302 que ces grands-jours se tiendroient deux fois l'année : le roi y envoyoit huit députés du parlement, entre lesquels étoient plusieurs prélats ; ils renvoyoient au parlement de Paris les affaires dont la connoissance pouvoit l'intéresser. Voyez les mémoires de Pithou.

Grands-jours de Valois ; le duc d'Orléans y en faisoit tenir, suivant ce qui est dit dans des lettres de Charles VI. du 6 Mai 1403.

Grands-jours de Vertus ; Charles VI, par des lettres du 6 Mai 1403, accorda au duc d'Orléans son frere le droit d'y faire tenir des grands-jours.

Grands-jours d'Yvetot, ou hauts-jours d'Yvetot ; ce droit fut confirmé aux seigneurs d'Yvetot par des lettres de Louis XI. de 1464. Voyez la dissertation de l'abbé de Vertot sur le royaume d'Yvetot.

Voyez le glossaire de Ducange au mot dies ; celui de Lauriere au mot jours. Fontanon, tom. I. liv. I. tit. 17. (A)

JOUR dans le commerce de lettres de change, marque le tems auquel une lettre doit être acquittée.

On dit qu'une lettre de change est payable à jour préfix, à jour nommé, lorsque le jour qu'elle doit être payée est exprimé & fixé dans la lettre de change. Les lettres à jour préfix ne jouissent point du bénéfice des dix jours de faveur ou de grace. Voyez FAVEUR & JOURS DE GRACE.

Une lettre de change à deux, à quatre, à six jours de vûe préfixe, est celle qui doit être payée deux, quatre ou six jours après celui de son acceptation. Voyez LETTRE DE CHANGE & ACCEPTATION. Diction. de commerce.

JOURS DE GRACE, en terme de Commerce, c'est un nombre de jours accordé par la coutume pour le payement d'une lettre de change lorsqu'elle est dûe, c'est-à-dire lorsque le tems pour lequel elle a été acceptée est expiré. Voyez LETTRE DE CHANGE, CHANGE & FAVEUR.

En Angleterre on accorde trois jours de grace, ensorte qu'une lettre de change acceptée pour être payée, par exemple, dans dix jours à vûe, peut n'être payée que dans treize jours. Par toute la France l'on accorde dix jours de grace ; autant à Dantzick ; huit à Naples ; six à Venise, à Amsterdam, à Rotterdam, à Anvers ; quatre à Francfort ; cinq à Leipsic ; douze à Hambourg ; six en Portugal ; quatorze en Espagne ; trente à Genes, &c. Remarquez que les dimanches & les fêtes sont compris dans le nombre des jours de grace. Voyez ACCEPTATION.

JOUR NOMME, (Commerce) bateau de diligence, dont le maître s'est obligé d'arriver à certain jour préfix dans le port de sa destination, à peine de diminution de la moitié du prix porté par sa lettre de Voiture. Dictionnaire de Commerce.

JOUR DE PLANCHE, (Commerce) on nomme ainsi à Amsterdam & dans les autres villes maritimes des Provinces unies, le séjour que le maître ou batelier d'un bâtiment freté par des marchands, est obligé de faire dans le lieu de son arrivée ; sans qu'il lui soit rien dû au-delà du fret. On convient ordinairement de ces jours de planche par la charte partie, à-moins qu'ils ne soient fixés ou par l'usage ou par des reglemens. A Rotterdam, par exemple & aux environs, les bateliers sont obligés de donner trois jours de planche ; ceux de Brabant, Flandres, Zélande, & des autres villes également distantes d'Amsterdam, en donnent cinq ou six, suivant la grandeur du bâtiment ; mais si après ces jours de planche ou reglés ou convenus, le bâtiment reste encore chargé, le marchand paye tant par jour par proportion à sa grandeur, ou au prix accordé pour le fret. Dictionnaire de Commerce.

JOUR, JOURNAL, (Arpentage) grande mesure des héritages : cette dénomination est fort en usage en Lorraine ; on y dit pour les terres labourables jours, journaux ; pour les prés fauchés, & pour les forêts arpent : ce n'est cependant qu'une même mesure ; elle est communément dans ce pays de 250 toises de Lorraine. Cette toise a de longueur 10 piés de Lorraine, le pié 10 pouces, le pouce 10 lignes ; ce qui fait environ huit piés neuf pouces dix lignes, mesure de roi.

JOUR, terme d'Architecture ; ce mot s'entend de toute ouverture faite dans les murs par où l'on reçoit de la lumiere, & qu'on nomme aussi baye ou bée.

Jour droit, celui d'une fenêtre à hauteur d'appui.

Faux-jour, celui qui éclaire quelque petit lieu, comme une garde-robe, un retranchement, un petit escalier.

Jour d'en-haut, celui qui est communiqué par un abajour qui ne reçoit le jour que par le dôme, un soûpirail, une lucarne faîtiere de grenier, généralement tout jour qui est pris à six ou sept piés de haut ou plus.

Jour-à-plomb, celui qui vient directement par-en-haut, comme au Panthéon à Rome.

Jour de coûtume, voyez VUE DE COUTUME.

Jour d'escalier, c'est le vuide ou l'espace quarré ou rond qui reste entre les limons droits ou rampans de bois ou de pierre, sur lesquels est portée la rampe de fer.

JOUR, terme d'Horlogerie ; c'est un espace qu'on laisse entre deux roues qui passent l'une sur l'autre, ou entre les platines & ces roues, pour empêcher qu'elles ne se touchent. Les jours de la grande roue moyenne avec la platine des piliers & la grande roue, & du barrillet avec la platine du dessus & la grande roue, ne doivent pas être trop considérables, ou, pour parler comme les Horlogers, doivent être bien ménagés ; afin de conserver au barrillet, & par conséquent au grand ressort, le plus de hauteur qu'il est possible.

JOUR, (Peinture) on dit qu'un tableau est dans son jour, lorsque la lumiere qui fait qu'on le voit vient du même côté que celle qui éclaire les objets peints dans ce tableau.

Il y a des auteurs qui prétendent qu'on appelle jour, les endroits les plus éclairés d'un tableau, mais on ne se sert point de cette expression : on dit la lumiere, les lumieres d'un tableau, & non les jours d'un tableau.

JOURS, (Rubanier) ouvrage à jour, terme plus propre au galon qu'à tout autre ouvrage, puisqu'il n'y a presque que le galon qui soit susceptible de pareil travail ; rarement on en ménage sur les rubans figurés ; les jours sont des ornemens pratiqués dans les desseins, qui laissent effectivement à jour les espaces qu'ils doivent représenter ; ces jours sont appellés corps séparés, parce qu'ils sont travaillés chacun séparément & l'un après l'autre par autant de navettes différentes ; ce qui fait qu'il y a des ouvrages à 10 ou 12 & même 25 ou 26 navettes, quand les jours sont pratiqués l'un à côté de l'autre ; il faut avoir soin de ne travailler que quelques coups de navette sur chacun de ces corps séparés tant qu'il y en a, afin que le battant puisse frapper le plus également qu'il est possible ces coups de navette ; autrement si on rachevoit entierement le jour, qui est quelquefois de beaucoup de ces coups, & que l'on passât ensuite à un autre, l'épaisseur de ce premier qui vient d'être fait, empêcheroit que le battant ne frappât régulierement les autres coups qui restent à faire.


JOURDAI(LE) Géog. anc. aujourd'hui Schéria, riviere de la Palestine ; dans Pausanias, & Jardanis dans Pline, l. V. c. xv. Cette riviere, dit-il, qui sort de la fontaine Panéas, est très-agréable ; & autant que la situation des lieux voisins le lui permet, elle fait mille détours, comme pour se prêter aux besoins des habitans, & semble ne se rendre qu'à regret dans le lac Asphaltique, (la mer Morte).

Le Jourdain, après avoir tiré sa seule source de Panéas, forme à quelque distance le lac Séméthon, & parcourt (sans pouvoir acquérir cent piés de largeur dans le fort de son cours) environ 50 lieues, jusqu'à son embouchure dans la mer Morte, où il se perd. Ses bords sont couverts de joncs, de roseaux, de cannes, de saules & d'autres arbres, qui font, au rapport de Maundrell, que pendant l'été, on a assez de peine à voir l'eau de cette riviere.

Le pere Hardouin dérive son nom de l'hébreu Jor-Eden, qui veut dire fleuve de Délices ; & c'est à sa source que plusieurs mettent le paradis terrestre ; cependant Josephe assure que toute la plaine qu'il arrose est deserte, extrêmement aride pendant l'été, & que l'air en est mal sain à cause de l'excessive chaleur.

Quoi qu'il en soit, il n'y a point de fleuve, si je puis en parler ainsi, plus célebre dans les livres sacrés : on sait par coeur les miracles qui s'opérerent dans le Jourdain, lorsqu'il se partagea pour laisser un passage libre aux Hébreux sous la conduite de Josué, chap. ij. vers. 13. & suivans ; lorsqu'Elie & Elisée le passerent en marchant sur les eaux, IV. liv. des Rois, c. xj. v. 8. & 14. lorsqu'Elisée fit marcher le fer de la coignée qui étoit tombée dans le Jourdain, IV. liv. des rois, c. vj. v. 6. & 7. Enfin, lorsque le Sauveur du monde fut baptisé dans le même fleuve, que le ciel s'ouvrit, & que le Saint-Esprit descendit sur lui, Matthieu, ch. iij. v. 16.

Cette derniere circonstance du batême de J. C. a donné aux Chrétiens une grande vénération pour cette petite riviere ; aussi c'étoit anciennement une dévotion commune de se faire baptiser dans le Jourdain, ou du-moins de s'y baigner, comme font encore tous les pélerins qui parcourent la Palestine. Voyez GANGE. (D.J.)


JOURNALS. m. (Gram. Littérat. Commerce, &c.) memoire de ce qui se fait, de ce qui se passe chaque jour.

JOURNAL, en termes de Commerce, est un certain livre ou registre, dont les Marchands se servent pour écrire jour par jour toutes les affaires de leur commerce à mesure qu'elles se présentent. Voyez MANIERE DE TENIR LES LIVRES DE COMPTE.

On donne aujourd'hui le nom de journal à certains ouvrages qui contiennent le détail de ce qui se passe journellement en Europe. Voyez GAZETTE.

JOURNAL, (Littérature) un ouvrage périodique, qui contient les extraits des livres nouvellement imprimés, avec un détail des découvertes que l'on fait tous les jours dans les Arts & dans les Sciences.

Le premier journal de cette espece qui ait paru en France, est celui qu'on appelle le Journal des Savans, qui a été inventé pour le soulagement de ceux qui sont ou trop occupés ou trop paresseux pour lire les livres entiers. C'est un moyen de satisfaire sa curiosité, & de devenir savant à peu de frais. Comme ce dessein a paru très-commode & très-utile, il a été imité dans la plûpart des autres pays sous une infinité de titres différens.

De ce nombre sont les Acta eruditorum de Leipsic, les Nouvelles de la république des Lettres de M. Bayle, la Bibliotheque universelle, choisie, & ancienne & moderne de M. le Clerc, les Memoires de Trévoux, &c. En 1692, Juncker a publié en latin un Traité historique des journaux des Savans, publiés en divers endroits de l'Europe jusqu'à présent. Wolfius, Struvius, Morhof, Fabricius, ont fait à-peu-près la même chose.

Les memoires & l'histoire de l'academie des Sciences, celle de l'académie des Belles-Lettres, les Ephemerides, ou Miscellanea naturae curiosorum, les Saggi di naturali esperienze fatte nel academia del cimento ; les acta philo-exoticorum naturae & artis, qui ont paru depuis Mars 1686, jusqu'en Avril 1687, & qui sont une histoire de l'académie de Brescia ; les Miscellanea Berolinensia, qui sont en latin l'histoire de l'académie royale des Sciences & Belles-Lettres de Prusse, qui est en françois. Les commentaires de l'académie impériale de Petersbourg ; les memoires de l'institut de Bologne ; les acta litteraria Sueciae, qui se font à Upsal depuis 1720 ; les memoires de l'académie royale de Stockholm, commencés en 1740 ; les commentarii societatis regiae Gottingensis, commencés en 1750 ; les acta Erfordiensia ; les acta Helvetica ; les acta Norimbergica ; les Transactions philosophiques de la société de Londres ; les actes de la société d'Edimbourg ; les essais de la société de Dublin, & autres ouvrages semblables, ne sont point des journaux, dans lesquels on rende compte des ouvrages nouveaux ; mais ce sont des collections de memoires faits par les savans qui composent ces différentes sociétés savantes.

On donne communément la gloire de l'invention des journaux à Photius ; sa bibliotheque n'est pourtant pas tout-à-fait ce que sont nos journaux, ni son plan le même. Ce sont des abregés & des extraits des livres qu'il avoit lûs pendant son ambassade en Perse.

M. de Salo commença le premier le journal des Savans à Paris en 1665, sous le nom de sieur d'Hedouville ; mais sa mort survenue quelque tems après, interrompit cet ouvrage. L'abbé Gallois le reprit au commencement de 1666, & le céda en 1674 à l'Abbé de la Roque, qui le continua pendant huit à neuf ans, & qui eut pour successeur M. Cousin, qui le fit jusqu'en 1702, que M. l'abbé Bignon institua une nouvelle compagnie, à qui il donna le soin de continuer ce journal. On lui donna en même tems une nouvelle forme, & on l'augmenta. Cette compagnie subsiste encore ; & c'est aujourd'hui M. de Malesherbes qui en a l'inspection. Le journal des Savans n'est donc plus d'un seul auteur, plusieurs personnes y travaillent.

Depuis ce tems il a paru de tems à autres différens journaux françois ; tels sont les Memoires & conférences sur les Sciences & les Arts, par M. Denys, pendant les années 1672, 1673, & 1674 ; les nouvelles découvertes sur toutes les parties de la Medecine par M. de Blegny, en 1679 ; le journal de Medecine commencé en 1684, & quelques autres semblables, qui ont été discontinués aussi-tôt que commencés ; celui-ci vient de reprendre depuis quelque tems ; M. Roux med. est celui qui le continue à présent.

Les Nouvelles de la république des Lettres, que M. Bayle commença en 1684, & que M. de la Roque & quelques autres amis de M. Bayle, & M. Bernard ont continué depuis Février 1687, qu'une maladie obligea M. Bayle de les quitter, jusqu'en 1689. Après une interruption de neuf à dix ans, M. Bernard les reprit au commencement de 1699, & les continua jusqu'en 1710. L'histoire des ouvrages des Savans, par M. Basnage, commença en 1686, & finit en 1710. La Bibliotheque universelle & historique de M. le Clerc, a été continuée jusqu'en 1693, & contient 25 volumes ; la Bibliotheque choisie du même auteur commença en 1703. Le Mercure de France, est un de nos plus anciens journaux ; il s'est continué par différentes mains jusqu'à présent : il en est de même du journal de Verdun.

Les Memoires pour l'histoire des Sciences & des beaux Arts, appellés communément Journal de Trévoux, du lieu où ils s'imprimoient autrefois, ont commencé en 1701. C'étoient les RR. PP. Jesuites qui composoient ce journal, qui se continue à présent par des particuliers, gens de Lettres.

On a fait & on fait encore plusieurs journaux françois dans les pays étrangers ; tels sont la bibliotheque raisonnée, la bibliotheque germanique continuée sous le titre de nouvelle bibliotheque germanique, par M. Formey. Il y a eu de plus en françois le journal littéraire, commencé à la Haie en 1713 ; le Mercure historique & politique, qui se continue jusqu'à ce jour. On imprime aussi en Hollande un journal dans lequel les journaux des Savans & de Trévoux se trouvent combinés ; la Bibliotheque impartiale ; les Memoires littéraires de la Grande-Bretagne, par M. de la Roche, & la Bibliotheque angloise, qui se bornent aux livres anglois. Ces journaux interrompus ont été repris sous le titre de Journal britannique, par M. de Maty, & se continuent actuellement sous le même titre, par M. de Mauve. M. de Joncourt fait actuellement un journal françois, dans lequel il rend compte des livres nouveaux d'Angleterre, sous le titre de Nouvelle bibliotheque angloise.

Les journaux anglois anciens sont, the history of the Works of the Learned, qui commença à Londres en 1699. Censura temporum, en 1708 : en 1710 il en parut deux nouveaux ; l'un sous le titre de Memoires de Littérature, c'étoit une feuille volante, qui ne contenoit qu'une traduction angloise de quelques articles des journaux étrangers ; l'autre étoit in-4°. en quatre ou cinq feuilles. C'est un recueil de pieces fugitives, intitulé Bibliotheca curiosa, ou à Miscellany. L'on doit encore mettre au rang des journaux anglois le Gentleman's magazine, l'état actuel de la Grande-Bretagne, &c.

Les journaux italiens sont celui de l'abbé Nazati, qui a duré depuis 1668 jusqu'en 1681 ; il s'imprimoit à Rome. Celui de Venise commença en 1671, & finit en même tems que celui de Rome. Les auteurs étoient Pierre Moretti, & François Miletti : le journal de Parme, par le P. Gaudence Roberti & le P. Benoît Bauhini, tomba en 1690, & on le reprit en 1692. Le journal de Ferrare, entrepris par l'abbé de la Torre, commença & finit en 1691. La Galeria di Minerva, commencée en 1696, est l'ouvrage d'une société de gens de Lettres : M. Apostolo Zeno, secrétaire de cette société, commença un autre journal en 1710, sous les auspices du grand-duc ; il s'imprimoit à Venise, & plusieurs personnes de distinction y avoient part : les Fasti eruditi della bibliotheca volante, se faisoient à Parme : depuis il a paru en Italie le Giornale dei Letterati.

Le premier des journaux latins est celui de Leipsic, qui a commencé en 1682 sous le titre d'Acta eruditorum : cet ouvrage s'est continué sans interruption jusqu'à présent.

A Parme, les Nova litteraria maris Balthici ont duré depuis 1698, jusqu'en 1708. Les Nova litteraria Germaniae, recueillies à Hambourg, ont commencé en 1703. Les acta litteraria ex manuscriptis, & la Bibliotheca curiosa commencée en 1705, & finie en 1707, sont de M. Struvius ; MM. Kuster & Sike commencerent en 1697, & firent pendant deux ans la bibliotheque des livres nouveaux. Depuis ce tems on a eu plusieurs journaux latins ; tels sont entr'autres les Commentarii de rebus in scientia naturali & Medicina gestis, par M. Ludwig.

Le Journal suisse appellé Nova litteraria Helvetiae, commença en 1702 ; il est de M. Scheuchzer ; & les Acta medica hafnensia, de Thomas Bartholin, qui font cinq volumes depuis 1671, jusqu'en 1679.

Il y a un journal hollandois, sous le titre de Boeksaal van Europa. Il fut commencé en 1692 par Pierre Rabbus, à Rotterdam, & repris depuis 1702 jusqu'en 1708 ; il se continue jusqu'à ce jour : on doit y joindre les mémoires de la société littéraire de Harlem.

L'Allemagne a une foule innombrable d'ouvrages périodiques & de journaux en tout genre. Les principaux qui se font actuellement en langue allemande sont, le Magasin d'Hambourg, commencé en 1748, & qui se continue. Les Physicalische belustigungen, ou Amusemens physiques, commencés à Berlin en 1751. Selecta physico oeconomica qui se font à Stutgard. Il se fait de plus une infinité de gazettes & de journaux littéraires, économiques, &c. en Saxe, dans la Silésie, dans le Brandebourg, dans la basse-Allemagne, &c. Cependant plusieurs de ces ouvrages périodiques ne sont pas des vrais journaux, mais des collections de mémoires, auxquels on a quelquefois joint des extraits de quelques livres nouveaux. Il paroît en Suede un journal, sous le titre de Magasin de Stockholm.

Nous avons maintenant en France une foule de journaux ; on a trouvé qu'il étoit plus facile de rendre compte d'un bon livre que d'écrire une bonne ligne, & beaucoup d'esprits stériles se sont tournés de ce côté. Nous avons eu les feuilles périodiques de l'abbé Defontaines, elles ont été continuées par M. Fréron & par M. l'abbé de la Porte : ces deux collegues se sont séparés, & l'un travaille aujourd'hui sous le titre de l'Année littéraire, & l'autre sous le titre d'Observateur littéraire. Nous avons des Annales typographiques ; un Journal étranger ; un Journal encyclopédique qui se fait & s'imprime à Liege ; un Journal chrétien ; un Journal économique ; un Journal pour les dames ; un Journal villageois ; une Feuille nécessaire ; une Semaine littéraire, &c. que sais-je encore ?

C'est-là que les gens du monde vont puiser les lumieres sublimes, d'après lesquelles ils jugent les productions en tout genre. Quelques-uns de ces journalistes donnent aussi le ton à la province : on achete ou on laisse un livre d'après le bien ou le mal qu'ils en disent ; moyen sûr d'avoir dans sa bibliotheque presque tous les mauvais livres qui ont paru, & qu'ils ont loués, & de n'en avoir aucun des bons qu'ils ont déchirés.

Il seroit plus sûr de se conduire par une regle contraire ; de prendre tout ce qu'ils déprisent, & de rejetter tout ce qu'ils relevent. Il faut cependant excepter de cette regle le petit nombre de ces journalistes qui jugent avec candeur, & qui ne cherchent point comme d'autres à intéresser le public par la malignité & par la fureur avec laquelle ils avilissent & déchirent les auteurs & les ouvrages estimables.

JOURNAL, (Marine) c'est un registre que le pilote est obligé de tenir, sur lequel il marque régulierement chaque jour les vents qui ont regné, le chemin qu'a fait le vaisseau, la latitude observée ou estimée, & la longitude arrivée à la déclinaison de la boussole, les profondeurs d'eau & les fonds où il a sondé & mouillé ; en un mot toutes les remarques qui peuvent intéresser la navigation. Par l'ordonnance de la Marine de 1689, le capitaine commandant un vaisseau du roi, est obligé de tenir un journal exact de sa route.

Ces journaux au retour de chaque campagne sont remis au dépôt des cartes & plans de la marine ; & les observations & remarques qui s'y trouvent, servent à la perfection de l'Hydrographie & à la construction des cartes marines. (Z)


JOURNALIERS. m. (Gram.) ouvrier qui travaille de ses mains, & qu'on paye au jour la journée. Cette espece d'hommes forme la plus grande partie d'une nation ; c'est son sort qu'un bon gouvernement doit avoir principalement en vûe. Si le journalier est misérable, la nation est misérable.


JOURNALISTES. m. (Littérat.) auteur qui s'occupe à publier des extraits & des jugemens des ouvrages de Littérature, de Sciences & d'Arts, à mesure qu'ils paroissent ; d'où l'on voit qu'un homme de cette espece ne feroit jamais rien si les autres se reposoient. Il ne seroit pourtant pas sans mérite, s'il avoit les talens nécessaires pour la tâche qu'il s'est imposée. Il auroit à coeur les progrès de l'esprit humain ; il aimeroit la vérité, & rapporteroit tout à ces deux objets.

Un journal embrasse une si grande variété de matieres, qu'il est impossible qu'un seul homme fasse un médiocre journal. On n'est point à la fois grand géometre, grand orateur, grand poëte, grand historien, grand philosophe : on n'a point l'érudition universelle.

Un journal doit être l'ouvrage d'une société de savans ; sans quoi on y remarquera en tout genre les bévûes les plus grossieres. Le Journal de Trévoux que je citerai ici entre une infinité d'autres dont nous sommes inondés, n'est pas exempt de ce défaut ; & si jamais j'en avois le tems & le courage, je pourrois publier un catalogue qui ne seroit pas court, des marques d'ignorance qu'on y rencontre en Géométrie, en Littérature, en Chimie, &c. Les Journalistes de Trévoux paroissent sur-tout n'avoir pas la moindre teinture de cette derniere science.

Mais ce n'est pas assez qu'un journaliste ait des connoissances, il faut encore qu'il soit équitable ; sans cette qualité, il élevera jusqu'aux nues des productions médiocres, & en rabaissera d'autres pour lesquelles il auroit dû reserver ses éloges. Plus la matiere sera importante, plus il se montrera difficile ; & quelqu'amour qu'il ait pour la religion, par exemple, il sentira qu'il n'est pas permis à tout écrivain de se charger de la cause de Dieu, & il fera main-basse sur tous ceux qui, avec des talens médiocres, osent approcher de cette fonction sacrée, & mettre la main à l'arche pour la soutenir.

Qu'il ait un jugement solide & profond de la Logique, du goût, de la sagacité, une grande habitude de la critique.

Son art n'est point celui de faire rire, mais d'analyser & d'instruire. Un journaliste plaisant est un plaisant journaliste.

Qu'il ait de l'enjouement, si la matiere le comporte ; mais qu'il laisse là le ton satyrique qui décele toujours la partialité.

S'il examine un ouvrage médiocre, qu'il indique les questions difficiles dont l'auteur auroit dû s'occuper ; qu'il les approfondisse lui-même, qu'il jette des vûes, & que l'on dise qu'il a fait un bon extrait d'un mauvais livre.

Que son intérêt soit entierement séparé de celui du libraire & de l'écrivain.

Qu'il n'arrache point à un auteur les morceaux saillans de son ouvrage pour se les approprier ; & qu'il se garde bien d'ajoûter à cette injustice, celle d'exagérer les défauts des endroits foibles qu'il aura l'attention de soûligner.

Qu'il ne s'écarte point des égards qu'il doit aux talens supérieurs & aux hommes de génie ; il n'y a qu'un sot qui puisse être l'ennemi d'un de Voltaire, de Montesquieu, de Buffon, & de quelques autres de la même trempe.

Qu'il sache remarquer leurs fautes, mais qu'il ne dissimule point les belles choses qui les rachettent.

Qu'il se garantisse sur-tout de la fureur d'arracher à son concitoyen & à son contemporain le mérite d'une invention, pour en transporter l'honneur à un homme d'une autre contrée ou d'un autre siecle.

Qu'il ne prenne point la chicane de l'art pour le fond de l'art ; qu'il cite avec exactitude, & qu'il ne déguise & n'altere rien.

S'il se livre quelquefois à l'enthousiasme, qu'il choisisse bien son moment.

Qu'il rappelle les choses aux principes, & non à son goût particulier, aux circonstances passageres des tems, à l'esprit de sa nation ou de son corps, aux préjugés courans.

Qu'il soit simple, pur, clair, facile, & qu'il évite toute affectation d'éloquence & d'érudition.

Qu'il loue sans fadeur, qu'il reprenne sans offense.

Qu'il s'attache sur-tout à nous faire connoître les ouvrages étrangers.

Mais je m'apperçois qu'en portant ces observations plus loin, je ne ferois que répéter ce que nous avons dit à l'article CRITIQUE. Voyez cet article.


JOURNÉEsub. f. (Gram.) c'est la durée du jour, considérée par rapport à la maniere agréable ou pénible dont on la remplit. On dit un beau jour & une belle journée ; mais un jour est beau en lui-même, & une journée est belle par la jouissance qu'on en a. Cette journée fut sanglante. La journée sera longue ; il s'agit alors du chemin que l'on a à faire.

* JOURNEE de la saint Barthelemy, (Hist. mod.) c'est cette journée à jamais exécrable, dont le crime inoui dans le reste des annales du monde, tramé, médité, préparé pendant deux années entieres, se consomma dans la capitale de ce royaume, dans la plûpart de nos grandes villes, dans le palais même de nos rois, le 24 Août 1572, par le massacre de plusieurs milliers d'hommes.... Je n'ai pas la force d'en dire davantage. Lorsqu' Agamemnon vit entrer sa fille dans la forêt où elle devoit être immolée, il se couvrit le visage du pan de sa robe.... Un homme a osé de nos jours entreprendre l'apologie de cette journée. Lecteur, devine quel fut l'état de cet homme de sang ; & si son ouvrage te tombe jamais sous la main, dis à Dieu avec moi : ô Dieu, garantis-moi d'habiter avec ses pareils sous un même toit.

JOURNEE, (Comm.) on appelle gens de journée les ouvriers qui se louent pour travailler le long du jour, c'est-à-dire depuis cinq heures du matin jusqu'à sept heures du soir.

Travailler à la journée se dit parmi les ouvriers & artisans, par opposition à travailler à la tâche & à la piece. Le premier signifie travailler pour un certain prix & à certaines conditions de nourriture ou autrement, depuis le matin jusqu'au soir, sans obligation de rendre l'ouvrage parfait ; le second s'entend du marché que l'on fait de finir un ouvrage pour un certain prix, quelque tems qu'il faille employer pour l'achever.

Les statuts de la plûpart des communautés des Arts & Métiers mettent aussi de la différence entre travailler à la journée, & travailler à l'année. Les compagnons qui travaillent à l'année ne pouvant quitter leurs maîtres sans leur permission, que leur tems ne soit achevé, & les compagnons qui sont simplement à la journée, pouvant se retirer à la fin de chaque jour.

Quant à ceux qui sont à la tâche, il leur est défendu de quitter sans congé que l'ouvrage entrepris ne soit livré. Dict. de Comm.


JOÛTES. f. (Hist. de la Cheval.) joûte étoit proprement le combat à la lance de seul à seul ; on a ensuite étendu la signification de ce mot à d'autres combats, par l'abus qu'en ont fait nos anciens écrivains qui, en confondant les termes, ont souvent mis de la confusion dans nos idées.

Nous devons par conséquent distinguer les joûtes des tournois ; le tournois se faisoit entre plusieurs chevaliers qui combattoient en troupe, & la joûte étoit un combat singulier, d'homme à homme. Quoique les joûtes se fissent ordinairement dans les tournois après les combats de tous les champions, il y en avoit cependant qui se faisoient seules, indépendamment d'aucun tournois ; on les nommoit joûtes à tous venans, grandes & plénieres. Celui qui paroissoit pour la premiere fois aux joûtes, remettoit son heaume ou casque au héraut, à moins qu'il ne l'eût déja donné dans les tournois.

Comme les dames étoient l'ame des joûtes, il étoit juste qu'elles fussent célébrées dans ces combats singuliers d'une maniere particuliere ; aussi les chevaliers ne terminoient aucune joûte de la lance, sans faire à leur honneur une derniere joûte, qu'ils nommoient la lance des dames, & cet hommage se répétoit en combattant pour elles à l'épée, à la hache d'armes & à la dague.

Les joûtes passerent en France des Espagnols, qui prirent des Maures cet exercice, & l'appellerent juego de canas, le jeu de cannes, parce que dans le commencement de sa premiere institution dans leur pays, ils lançoient en tournoyant, des cannes les uns contre les autres, & se couvroient de leurs boucliers pour en parer le coup. C'est encore cet amusement que les Turcs appellent lancer le gerid ; mais il n'a aucun rapport avec les jeux troyens de la jeunesse romaine. Voyez TROYENS (Jeux).

Le mot de joûte vient peut-être de juxta, à cause que les joûteurs se joignoient de près pour se battre. D'autres le dérivent de justa, qui est le nom qu'on a donné, dit-on, dans la basse latinité à cet exercice ; on peut voir le Glossaire de Ducange au mot justa, car ces sortes d'étymologies ne nous intéressent guere, il nous faut des faits (D.J.)

JOUTE, (Maréchal.) combat à cheval avec la lance ou l'épée.


JOUTEREAUXS. m. (Marine) ce sont deux pieces de bois courbes, posées parallelement à l'avant du vaisseau pour soutenir l'éperon, & qui répondent d'une herpe à l'autre, dont elles font l'assemblage.

Joutereaux de mâts, ce sont deux pieces de bois courbes que l'on attache au haut du mât, de chaque côté, pour soutenir les barres de hune. (Z)


JOUX(Géogr. & Hist. nat.) c'est le nom d'une chaîne de montagnes, d'une vallée & d'un lac du pays de Vaud, dans le canton de Berne en Suisse.

Le mont-joux, mons Jovius ou mons Jovis ; c'est une portion du mont Jura. Le mont Jura est une longue chaîne de montagnes, qui s'étend depuis le Rhin près de Bâle jusqu'au Rhône à 4 lieues au-dessous de Genève. Cette chaîne est tantôt plus tantôt moins élevée ; elle a aussi plus ou moins de largeur : enfin elle prend dans cette étendue différens noms particuliers. Le long du Rhône, c'est le grand Credo ; c'est le mont saint Claude, entre la Franche-Comté & le Bugey ; c'est le mont-Joux ou le mont de Joux vers les sources de l'Ain & du Doux en Franche-Comté ; c'est aussi les monts de Joux dans le bailliage de Romainmotier du canton de Berne, frontiere du comté de Bourgogne ; c'est Pierre-Pertuis, Petra pertusa dans l'évêché de Bâle. La montagne y a été percée par les Romains ; on y voit encore une inscription qui en fait foi. C'est par-là qu'on entre dans le Munsterthal, ou la vallée de Montier Gran-val. Tirant plus loin du côté de Bâle & de Soleurre, le mont Jura est appellé Botzberg ; je ne m'arrête qu'aux dénominations les plus générales. Autrefois toute cette chaîne séparoit le royaume de Bourgogne en Bourgogne cisjurane & transjurane : aujourd'hui elle sépare la Suisse de la Franche-Comté & du Bugey.

Dans cette partie du mont Jura du comté de Bourgogne, qui porte aussi le nom de mont-joux, est une petite ville avec un château à une lieue de Pontarlier. Sept lieues plus loin vers le midi il y a encore un village du même nom de Joux, avec une abbaye & un lac.

Le mont-Joux dans le bailliage de Romainmotier a de même donné le nom à un lac & à une vallée. Là le mont Jura s'élargit considérablement ; il forme trois vallées qui se communiquent par des gorges : celle de Joux est la plus grande & la plus élevée, d'où on passe à celle de Vanillon, & de-là à celle de Valorbes qui est la plus basse. La partie la plus basse de la vallée de Joux est occupée par un lac de deux lieues de longueur, sur demi-lieue dans sa plus grande largeur. Toute la vallée à plus de quatre lieues de longueur, & environ deux de largeur. Le lac a vers son extrémité un étranglement comme un canal, où l'on a placé un long pont de bois : le lac s'élargit de nouveau ; ce qui forme un autre bassin, qu'on nomme le petit lac. De l'extrémité du pont s'éleve une montagne qui forme une nouvelle vallée du côté de la Franche-Comté ; cette vallée s'appelle le Lieu, d'un village de ce nom. Là est un troisieme lac qui n'est qu'un grand étang, qu'on appelle lacter, peut-être de lacus tortici ; cet étang paroît communiquer par des souterrains au lac de Joux. Une riviere entre dans celui-ci ; c'est l'Orbe qui vient du lac des Rousses ; grand nombre de ruisseaux y tombent aussi de toutes parts. L'abbaye est un gros village qui est presque au milieu de la vallée. A une portée de canon de ce lieu-là on voit sortir du pié d'un rocher une petite riviere qui coule avec rapidité, & va se jetter dans le lac ; elle a dix piés de largeur sur deux piés de profondeur. Malgré cette quantité d'eau qui entre sans-cesse dans le lac, aucune riviere n'en sort extérieurement ; mais on voit des bouches au fond de l'eau en divers endroits, où l'eau s'engouffre & se perd : les paysans appellent ces trous des entonnoirs, & ils sont attentifs qu'ils ne se bouchent pas. Il paroît qu'une partie de cette eau coule par-dessous diverses montagnes du côté de l'Isle dans le bailliage de Morges : le principal des entonnoirs est à l'extrémité du petit lac, à une demi-lieue du pont. Dans cet endroit on a construit des moulins que l'eau, dans sa chûte, avant que de se perdre dans les fentes des rochers, fait tourner : les moulins sont bâtis au-dessous du niveau du lac dans un grand creux qu'il y a dans le rocher.

Quoiqu'il n'y ait aucun fruit dans cette vallée, elle est très-agréable & très-riante en été. Il y croît de l'orge & de l'avoine ; les pâturages y sont fort bons ; le lac est abondant en poissons ; le pays est très-peuplé. Il y a trois grandes paroisses, composées chacune d'un village principal & de plusieurs hameaux, l'Abbaye, le Chenit & le Lieu.

Saint Romain & saint Lupicin ou saint Loup, deux freres, dont Grégoire de Tours a écrit la vie, se retirerent au bord d'un ruisseau appellé le Noson ; ils y vécurent comme hermites. Saint Loup abandonna le Noson pour aller au-dessus de la Sarra sur un rocher, près duquel coule une source soufrée qui fait de bons bains. Dans le lieu où étoit resté l'aîné des freres, on bâtit un hospice, puis un couvent sous le nom de Romani monasterium, d'où l'on a fait Romain-motier, qui est aujourd'hui une petite ville avec un bailliage le mieux renté du pays Romand. Le prieur de Romainmotier fit bâtir sur la fin du xiv. siecle, l'abbaye sur les bords du lac de Joux.

A une lieue de l'abbaye sur la montagne, du côté du pays Romand, on voit un grand trou large d'une douzaine de piés ; il communique perpendiculairement à une caverne très-profonde, où l'on entend des eaux souterraines couler avec bruit. Du côté opposé, c'est-à-dire du côté de la Franche-Comté, on voit aussi au milieu des bois un trou semblable, mais au-dessous duquel on n'entend point de bruit d'eau courante.

On ne doute point que l'eau du petit lac qui s'échappe vers les moulins, n'aille former au-dessous dans la vallée de Valorbe, la riviere de l'Orbe, qui sort toute formée d'un rocher à demi-lieue du village de Valorbes. Cette source a au moins seize piés de largeur, sur trois de profondeur.

On peut conclure de-là & de l'inspection des lieux qu'il ne seroit pas impossible de couper au-travers des rochers un canal pour vuider les lacs : ce seroit gagner du large dans un pays très-serré & très-peuplé.

Les habitans de cette vallée sont ingénieux & industrieux. On y trouve de bons horlogers, des serruriers fort adroits, & un grand nombre de lapidaires.

Il y a beaucoup de mines de fer dans les montagnes voisines. On y rencontre des pyrites globuleuses, & des marcassites anguleuses : les paysans ne manquent point de prendre les dernieres à cause de leur éclat, pour des mines d'or. On y trouve aussi sur-tout sur les revers du côté du midi & du couchant, des pétrifications, comme des térébratules, des cornes d'amon & des musculites. Dans le chemin de la vallée de Joux à celle de Vanlion, on ramasse quelques glossopetres ; & plus bas on voit une pierre ollaire, dont on pourroit peut-être tirer parti : il y a aussi des couches d'ardoise qui est négligée. E. BERTRAND.


JOUXTE(Jurisp.) du latin juxtà, terme usité dans les anciens titres, & singulierement dans les terriers, reconnoissances & déclarations, pour désigner les confins ou terreins d'un héritage. On dit jouxte la maison, terre, pré ou vigne, &c. d'un tel. (A)


JOVINIANISTESS. m. pl. (Théol.) hérétiques qui parurent dans le iv. & le v. siecle, & qui prirent le nom de Jovinien, moine d'un monastere de Milan que saint Ambroise dirigeoit, & qui en étant sorti avec quelques autres, sous prétexte que la regle étoit trop austere, enseigna & soutint opiniâtrement diverses erreurs.

Les principales étoient, que ceux qui ont été régénérés par le baptême avec une pleine foi, ne peuvent plus être vaincus par le démon ; que tous ceux qui auront conservé la grace du baptême auront une même récompense dans le ciel ; que les vierges n'ont pas plus de mérite que les veuves ou les femmes mariées, si leurs oeuvres ne les distinguent d'ailleurs : enfin qu'il n'y a point de différence entre s'abstenir des viandes, & en user avec action de graces.

Jovinien & ses disciples nioient encore que la sainte Vierge fût demeurée vierge après avoir mis Jesus-Christ au monde, prétendans qu'autrement c'étoit attribuer à Jesus-Christ un corps phantastique avec les Manichéens. Ces hérétiques qui vivoient conformément à leurs principes, furent condamnés par le pape Sirice, & par un concile que saint Ambroise tint à Milan en 390. Saint Jérôme & saint Augustin écrivirent contre eux, & refuterent solidement leurs erreurs. Fleury, Hist. eccl. tom. IV. liv. XIX. n. 19.


JOYAUXS. m. (Gramm.) ornemens précieux d'or, d'argent, de perles, de pierreries.

JOYAUX, s. f. (Jurisp.) ou bagues & joyaux, en fait de reprises de la femme, sont de deux sortes.

Les uns sont des bijoux que les époux ou les parens donnent volontairement à l'épouse avant ou le lendemain du mariage. Lorsque le mariage ne s'accomplit pas, & qu'il y a lieu à la restitution des présens de nôces, on peut aussi répéter les joyaux qui sont de quelque valeur, ce qui dépend des circonstances & de l'arbitrage du juge.

Quelques coutumes permettent à la femme survivante, & même à ses héritiers, de reprendre ses bagues & joyaux en nature. Voyez l'article 48 de la coutume de Bordeaux.

L'autre espece de bagues & joyaux est un don en argent que le mari fait à la femme en cas de survie, & qui se regle à proportion de sa dot. Voyez ci-devant BAGUES & JOYAUX. (A)


JOYEJOYEUX. Voyez JOIE, JOIEUX.


JU(Géog.) nom de deux villes & de deux rivieres de la Chine, marquées dans l'Atlas chinois, auquel je renvoie les curieux, si ce nom vient à se présenter dans leurs lectures. (D.J.)


JU-KIAU(Hist. mod. & Philosophie) c'est le nom que l'on donne à la Chine à des sectaires qui, si l'on en croit les missionnaires, sont de véritables athées. Les fondateurs de leur secte sont deux hommes célebres appellés Chu-tse & Ching-tsé ; ils parurent dans le quinzieme siecle, & s'associerent avec quarante-deux savans, qui leur aiderent à faire un commentaire sur les anciens livres de religion de la Chine, auxquels ils joignirent un corps particulier de doctrine, distribué en vingt volumes, sous le titre de Sing-li-ta-tsuen, c'est-à-dire philosophie naturelle. Ils admettent une premiere cause, qu'ils nomment Tai-Ki. Il n'est pas aisé d'expliquer ce qu'ils entendent par ce mot, ils avouent eux-mêmes que le Tai-Ki est une chose dont les propriétés ne peuvent être exprimées : quoi qu'il en soit, voici l'idée qu'ils tâchent de s'en former. Comme ces mots Tai-Ki dans leurs sens propres, signifient faîte de maison, ces docteurs enseignent que le Tai-Ki est à l'égard des autres êtres, ce que le faîte d'une maison est à l'égard de toutes les parties qui la composent ; que comme le faîte unit & conserve toutes les pieces d'un bâtiment, de même le Tai Ki sert à allier entr'elles & à conserver toutes les parties de l'univers. C'est le Tai-Ki, disent-ils, qui imprime à chaque chose un caractere spécial, qui la distingue des autres choses : on fait d'une piece de bois un banc ou une table ; mais le Tai-Ki donne au bois la forme d'une table ou d'un banc : lorsque ces instrumens sont brisés, leur Tai-Ki ne subsiste plus.

Les Ju-Kiau donnent à cette premiere cause des qualités infinies, mais contradictoires. Ils lui attribuent des perfections sans bornes ; c'est le plus pur & le plus puissant de tous les principes ; il n'a point de commencement, il ne peut avoir de fin. C'est l'idée, le modele & l'essence de tous les êtres ; c'est l'ame souveraine de l'univers ; c'est l'intelligence suprême qui gouverne tout. Ils soutiennent même que c'est une substance immatérielle & un pur esprit ; mais bien-tôt s'écartant de ces belles idées, ils confondent leur Tai-Ki avec tous les autres êtres. C'est la même chose, disent-ils, que le ciel, la terre & les cinq élémens, en sorte que dans un sens, chaque être particulier peut être appellé Tai-Ki. Ils ajoûtent que ce premier être est la cause seconde de toutes les productions de la nature, mais une cause aveugle & inanimée, qui ignore la nature de ses propres opérations. Enfin, dit le P. du Halde, après avoir flotté entre mille incertitudes, ils tombent dans les ténebres de l'athéisme, rejettant toute cause surnaturelle, n'admettant d'autre principe qu'une vertu insensible, unie & identifiée à la matiere.


JUANJUAN


JUBARTES. f. (Hist. nat.) espece de baleines qui n'ont point de dents ; on en trouve près des Bermudes, elles sont plus longues que celles du Groenland, mais elles ne sont point de la même grosseur. Elles se nourrissent communément des herbes qui se trouvent au fond de la mer, comme on a pû en juger par l'ouverture de la grande poche du ventricule de ces animaux, qui étoit remplie d'une substance verdâtre & semblable à de l'herbe. Voyez les Transactions philosophiques, année 1665. n °. 1.


JUBÉS. m. (Theolog.) tribunes élevées dans les églises, & sur-tout dans les anciennes, entre la nef & le choeur, & dans laquelle on monte pour chanter l'épître, l'évangile, lire des leçons, prophéties, &c.

Ce nom lui a, dit-on, été donné, parce que le diacre, soudiacre ou lecteur, avant que de commencer ce qu'il doit chanter ou réciter, demande au célébrant sa bénédiction, en lui adressant ces paroles : jube, Domine, benedicere.

On le nomme en latin ambo, qui vient du grec , parce qu'en effet on monte au jubé par des degrés pratiqués des deux côtés. D'autres veulent que pour cette raison on le dérive d'ambo, amborum, deux. Etymologie qui paroît bien froide & bien forcée.

C'est à cause de ces degrés qu'on a nommé graduel la partie de la messe qui se chante entre l'épitre & l'évangile. L'évangile se chantoit tout au haut du jubé, & l'épître sur le pénultieme degré.

On voit peu de jubés dans les églises modernes, il y en a même plusieurs anciennes où on les a supprimés. M. Thiers, dans un traité particulier sur les jubés, a regardé cette suppression presque comme un sacrilege, & donne le nom singulier d'ambonoclastes, ou briseurs de jubés, à ceux qui les démolissoient, ou qui en permettoient la destruction, que la vivacité de son zèle n'a pourtant point empêchée. Voyez AMBON. Voyez aussi nos Pl. d'Archit.


JUBETAS. m. (Hist. nat. Bot.) c'est un arbre du Japon, de la grosseur du prunier, dont les fleurs & les baies ressemblent à celles du troesne. Son écorce est verdâtre. Ses feuilles sont en grand nombre, disposées l'une vis-à-vis de l'autre, de figure ovale, tendres & sujettes à se flétrir bien-tôt. Le noyau est blanc, d'un goût astringent & caustique. Ses baies passent pour venimeuses.


JUBILÉS. m. (Théolog.) se disoit chez les Juifs de la cinquantieme année qui suivoit la révolution de sept semaines d'années, lors de laquelle tous les esclaves étoient libres, & tous les héritages retournoient en la possession de leurs premiers maîtres. Voyez ANNEE & SABATH.

Ce mot, suivant quelques auteurs, vient de l'hébreu jobel, qui signifie cinquante ; mais c'est une méprise, car le mot hébreu jobel ne signifie point cinquante, ni ses lettres prises pour des chiffres, ou, selon leur puissance numérale, ne font point 50, mais 10, 6, 2 & 30, c'est-à-dire 48. D'autres disent que jobel signifioit un bélier, & qu'on annonçoit le jubilé avec un cor fait d'une corne de belier, en mémoire de celui qui apparut à Abraham dans le buisson. Masios croît que ce nom vient de Jubal, qui fut le premier inventeur des instrumens de Musique, auxquels pour cette raison on donna son nom. Delà ensuite les noms du jobel & de jubilé pour signifier l'année de la délivrance & de rémission, parce qu'on l'annonçoit avec un des instrumens qui ne furent d'abord que des cornes de bélier & fort imparfaits. Diction. de Trévoux.

Il est parlé assez au long du jubilé dans le XXVe chapitre du Lévitique, où il est commandé aux Juifs de compter sept semaines d'années, c'est-à-dire sept fois sept, qui font quarante-neuf ans, & de sanctifier la cinquantieme année. Les Chronologistes ne conviennent pas si cette année jubilaire étoit la quarante-neuvieme ou la cinquantieme. Les achats qu'on faisoit chez les Juifs des biens & des terres n'étoient pas à perpétuité, mais seulement jusqu'à l'année du jubilé. La terre se reposoit aussi cette année-là, & il étoit défendu de la semer & de la cultiver. Les Juifs ont pratiqué ces usages fort exactement jusqu'à la captivité de Babylone. Mais ils ne les observerent plus après le retour, comme il est marqué dans le talmud par leurs docteurs, qui assurent qu'il n'y eut plus de jubilé sous le second temple. Cependant R. Moïse, fils de Maimon, dans son abrégé du talmud, dit que les Juifs ont toûjours continué de compter leurs jubilés, parce que cette supputation leur servoit pour régler leurs années, & sur-tout chaque septieme année, qui étoit la sabbatique, & certaines fêtes qui devoient régulierement revenir à des tems marqués. M. Simon, suppl. aux cérémon. des Juifs.

On donne aujourd'hui le nom de jubilé à une solemnité ou cérémonie ecclésiastique qu'on fait pour gagner une indulgence pléniere que le pape accorde extraordinairement à l'Eglise universelle, ou tout au moins à ceux qui visitent les églises de S. Pierre & de S. Paul à Rome. Voyez INDULGENCE.

Le jubilé fut établi par Boniface VIII. l'an 1300, en faveur de ceux qui iroient ad limina apostolorum, & il voulut qu'il ne se célébrât que de cent en cent ans. L'année de cette célébration apporta tant de richesses à Rome que les Allemands l'appelloient l'année d'or, & que Clément VI. jugea à propos de réduire la période du jubilé à cinquante ans. Urbain VI. voulut qu'on le célébrât tous les trente-cinq ans, & Sixte IV. tous les vingt-cinq ans, pour que chacun pût en jouir une fois en sa vie.

On appelle ordinairement ce jubilé, le jubilé de l'année sainte. La cérémonie qui s'observe à Rome pour l'ouverture de ce jubilé, consiste en ce que le pape, ou pendant la vacance du siége, le doyen des cardinaux, va à S. Pierre pour faire l'ouverture de la porte sainte qui est murée, & ne s'ouvre qu'en cette rencontre. Il prend un marteau d'or, & en frappe trois coups en disant, aperite mihi portas justitiae, &c. puis on acheve de rompre la maçonnerie qui bouche la porte. Ensuite le pape se met à genoux devant cette porte pendant que les pénitenciers de S. Pierre la lavent d'eau-benite, puis prenant la croix, il entonne le te Deum, & entre dans l'église avec le clergé. Trois cardinaux légats que le pape a envoyés aux trois autres portes saintes, les ouvrent avec la même cérémonie. Ces trois portes sont aux églises de S. Jean de Latran, de S. Paul & de sainte Marie majeure. Cette ouverture se fait toujours de vingt-cinq en vingt-cinq ans aux premieres vêpres de la fête de Noël. Le lendemain matin, le pape donne la bénédiction au peuple en forme de jubilé. L'année sainte étant expirée, on referme la porte sainte la veille de Noël en cette maniere. Le pape bénit les pierres & le mortier, pose la premiere pierre, & y met douze cassettes pleines de médailles d'or & d'argent, ce qui se fait avec la même cérémonie aux trois autres portes saintes. Le jubilé attiroit autrefois à Rome une quantité prodigieuse de peuple de tous les pays de l'Europe. Il n'y en va plus guere aujourd'hui que des provinces d'Italie, sur-tout depuis que les papes accordent ce privilege aux autres pays, qui peuvent faire le jubilé chez eux, & participer à l'indulgence.

Boniface IX. accorda des jubilés en divers lieux à divers princes & monasteres, par exemple, aux moines de Cantorbery ; qui avoient un jubilé tous les cinquante ans, durant lequel le peuple accouroit de toutes parts pour visiter le tombeau de saint Thomas Becket. Les jubilés sont aujourd'hui plus fréquens, & le pape en accorde suivant les besoins de l'Eglise. Chaque pape donne ordinairement un jubilé l'année de sa consécration.

Pour gagner le jubilé, la bulle oblige à des jeûnes, à des aumônes & à des prieres. Elle donne pouvoir aux prêtres d'absoudre des cas réservés, de faire des commutations de voeux, ce qui fait la différence d'avec l'indulgence pléniere. Au tems du jubilé toutes les autres indulgences sont suspendues.

Edouard III. roi d'Angleterre, voulut qu'on observât le jour de sa naissance en forme de jubilé, lorsqu'il fut parvenu à l'âge de cinquante ans. C'est ce qu'il fit en relâchant les prisonniers, en pardonnant tous les crimes, à l'exception de celui de trahison, en donnant de bonnes lois, & en accordant plusieurs privileges au peuple.

Il y a des jubilés particuliers dans certaines villes à la rencontre de certaines fêtes. Au Puy en Velay, par exemple, quand la fête de l'Annonciation arrive le vendredi saint : & à Lyon, quand celle de S. Jean-Baptiste concourt avec la fête-Dieu.

L'an 1640, les Jésuites célébrerent à Rome un jubilé solemnel du centénaire depuis la confirmation de leur compagnie ; & cette même fête se célébra dans toutes les maisons qu'ils ont établies en divers endroits du monde.

JUBILE ou JUBILAIRE, (Hist. ecclésiast.) se dit d'un religieux qui a cinquante ans de profession dans un monastere, ou d'un ecclésiastique qui a desservi une église pendant cinquante ans.

Ces sortes de religieux sont dispensés en certains endroits des matines & des rigueurs de la regle.

On appelle aussi dans la faculté de Théologie de Paris, jubilé, tout docteur qui a cinquante ans de doctorat, & il jouit de tous les émolumens, droits, &c. sans être tenu d'assister aux assemblées, thèses, & autres actes de la faculté.

Jubilé se dit encore d'un homme qui a vêcu cent ans, & d'une possession ou prescription de cinquante ans : Si ager non invenietur in scriptione, inquiratur de senioribus, quantum temporis fuit cum altero, & si sub certo jubilaeo mansit sine vituperatione, maneat in aeternum.


JUCATAN(Géogr.) grande province de l'Amérique dans la Nouvelle Espagne, découverte en partie par Ferdinand de Cordoue en 1517 ; elle est vis-à-vis de l'île de Cuba. Il y a dans cette province beaucoup de bois pour la construction des navires, du miel, de la cire, de la salsepareille, de la casse, & quantité de mahis : mais on n'y a point découvert de mines d'argent, & l'on n'y recueille point d'indigo ni de cochenille. La pointe de Jucatan, que les Indiens appellent Eccampi, gît à 21 degrés de hauteur ; elle a dans sa moindre largeur 80 de nos lieues, & 200 lieues de long. Cette province est moins connue par le nom de Jucatan que par celui de Campêche, port très-dangereux à la vérité, puisqu'il est rempli de bancs & d'écueils, mais fameux par son bois qui est nécessaire aux belles teintures. La péninsule de Jucatan est située depuis le seizieme degré de latitude septentrionale jusqu'au vingt-deux, depuis le golfe de Gonajos jusqu'au golfe de Triste. Les Espagnols occupent la partie occidentale, & les Indiens l'orientale, qui est du côté de Honduras, mais ces Indiens sont en très-petit nombre, tous tributaires, ou, pour mieux dire, esclaves de leurs conquérans. (D.J.)


JUCCAS. f. (Hist. natur.) nom que l'on donne en certains endroits de l'Amérique à la racine de manioc. Voyez CASSAVE & MANIOC.


JUCHARTS. m. (Oeconomie) mesure usitée dans la Suisse pour mesurer les terres, elle contient 140 verges de Basle, ou 287 verges de Rhinland, en quarré. Ce mot vient du mot latin juger.


JUCHÉadj. (Maréchallerie) un cheval juché est celui dont les boulets des jambes de derriere font le même effet que ceux des jambes de devant.


JUCUBA(Hist. nat.) espece de pois qui croissent en Afrique, au royaume de Congo ; ils viennent sous terre, dans une gousse ou dans une espece de poche ; ces pois sont fort petits, d'une couleur blanchâtre ; la fleur en est jaune, & d'une odeur qui ressemble à celle de la violette : on a de la peine à les ramollir par la cuisson, quand on y parvient, ces pois sont un très-bon manger.


JUDAIQUE(PIERRES), Hist. natur. Litologie, ce sont des pierres d'une forme ovale & semblable à des olives, ayant ordinairement une queue par un de leurs côtés. Quelques naturalistes les ont aussi désignées sous le nom de pierres d'olives ; elles sont plus ou moins pointues & allongées ; il y en a qui sont unies ; d'autres sont sillonnées ; d'autres sont remplies de petits tubercules. Quelques gens les ont regardées comme des glands pétrifiés ; mais il y a toute apparence que ce sont des tubercules ou pointes d'oursins pétrifiées. Quelques naturalistes ont aussi donné le nom de pierres judaïques à des pierres cylindriques, longues & pointues par un bout & arrondies par l'autre ; elles sont aussi ou lisses ou sillonnées ou garnies des tubercules. Ce sont parreillement des pointes d'oursins pétrifiées ou d'échinites. Voyez la Minéralogie de Wallerius, tome II. p. 97. & suiv. Ces pierres ont été ainsi nommées, parce qu'elles se trouvoient en Judée & dans la Palestine. Il s'en trouve aussi en Silésie & dans d'autres pays.

On leur attribuoit autrefois de grandes vertus médicinales, & l'on prétendoit que la pierre judaïque pulvérisée & prise dans de l'eau chaude étoit un grand diurétique & un remede souverain contre la pierre des reins & de la vessie : voilà apparemment pourquoi Pline l'a nommée técolithos. (-)


JUDAISERv. neut. (Gram. Théolog.) c'est avoir de l'attachement aux cérémonies judaïques. On a reproché aux premiers Chrétiens de judaïser. Nous disons aujourd'hui qu'un homme judaïse, lorsqu'il est observateur trop scrupuleux des choses peu importantes de la religion, s'il y a de pareilles choses.


JUDAISMES. m. (Théolog.) religion des Juifs. Le judaïsme étoit fondé sur l'autorité divine, & les Hébreux l'avoient reçu immédiatement du ciel ; mais il n'étoit que pour un tems, & il devoit faire place, du moins quant à la partie qui regarde les cérémonies, à la loi que J. C. nous a apportée.

Le Judaïsme étoit autrefois partagé en plusieurs sectes, dont les principales étoient celles des Pharisiens, des Saducéens & des Esseniens. Voyez PHARISIENS, SADUCEENS, &c.

On trouve dans les livres de Moïse un système complet de Judaïsme. Il n'y a plus aujourd'hui que deux sectes chez les Juifs ; savoir, celle des Caraïtes, qui n'admettent d'autre loi que celle de Moïse, & celle des rabbins qui y joignent les traditions du talmud. Voyez CARAÏTE & RABBIN.

On a remarqué que le Judaïsme est de toutes les religions celle que l'on abjure le plus difficilement. Dans la dix-huitieme année du regne d'Edouard I. le parlement lui accorda un quinzieme sur les biens du royaume pour le mettre en état d'en chasser les Juifs.

Les Juifs & tous les biens qu'ils possédoient appartenoient autrefois en Angleterre au seigneur sur les terres duquel ils vivoient, & qui avoit sur eux un empire si absolu qu'il pouvoit les vendre sans qu'ils pussent se donner à un autre seigneur sans sa permission. Matthieu Paris dit que Henri III. vendit les Juifs à son frere Richard pour le terme d'une année, afin que ce comte éventrât ceux que le roi avoit déja écorchés : Quos rex excoriaverat, comes evisceraret.

Ils étoient distingués des Chrétiens, tant durant leur vie qu'après leur mort, car ils avoient des juges particuliers devant lesquels leurs causes étoient portées, & ils portoient une marque sur leurs habits en forme de table, qu'ils ne pouvoient quitter en sortant de chez eux, sans payer une amende. On ne les enterroit jamais dans la contrée, mais hors des murailles de Londres.

Les Juifs ont été souvent proscrits en France, puis rétablis. Sous Philippe le Bel en 1308, ils furent tous arrêtés, bannis du royaume, & leurs biens confisqués. Louis Hutin son successeur les rappella en 1320. Philippe le Long les chassa de nouveau, & en fit brûler un grand nombre qu'on accusoit d'avoir voulu empoisonner les puits & les fontaines. Autrefois en Italie, en France & à Rome même on confisquoit les biens des Juifs qui se convertissoient à la foi chrétienne. Le roi Charles VI. les déchargea en France de cette confiscation, qui jusques-là s'étoit faite pour deux raisons, 1°. pour éprouver la foi de ces nouveaux convertis, n'étant que trop ordinaire à ceux de cette nation de feindre de se soumettre à l'Evangile pour quelque intérêt temporel, sans changer cependant intérieurement de croyance ; 2°. parce que comme leurs biens venoient pour la plûpart de l'usure, la pureté de la morale chrétienne sembloit exiger qu'ils en fissent une restitution générale, & c'est ce qui se faisoit par la confiscation. D. Mabillon, veter. analect. tom. III.

Les Juifs sont aujourd'hui tolérés en France, en Allemagne, en Pologne, en Hollande, en Angleterre, à Rome, à Venise, moyennant des tributs qu'ils payent aux princes. Ils sont aussi fort répandus en Orient. Mais l'inquisition n'en souffre pas en Espagne ni en Portugal. Voyez JUIFS.


JUDEEpître de S. (Théol.) nom d'un des livres canoniques du nouveau-Testament écrit par l'apôtre saint Jude, surnommé Thadée ou Lebbée & le zélé qui est appellé aussi quelquefois le frere du Seigneur, parce qu'il étoit, à ce qu'on croit, fils de Marie soeur de la sainte Vierge, & frere de saint Jacques le mineur évêque de Jérusalem.

Cette épître n'est adressée à aucune église particuliere, mais à tous les fideles qui sont aimés du pere & appellés du fils notre-Seigneur. Il paroît cependant par le verset 17 de cette épître où il cite la seconde de saint Pierre, & par tout le corps de la lettre où il imite les expressions de ce prince des apôtres, comme déja connues à ceux à qui il écrit, que son dessein a été d'écrire aux Juifs convertis qui étoient répandus dans toutes les provinces d'Orient, dans l'Asie mineure & au-delà de l'Euphrate. Il y combat les faux docteurs qu'on croit être les Gnostiques, les Nicolaïtes, & les Simoniens qui troubloient déja l'Eglise.

On ignore en quel tems elle a été écrite ; mais elle est certainement depuis les hérétiques dont on vient de parler ; d'ailleurs saint Jude y parle des apôtres comme morts depuis quelque tems ; ce qui fait conjecturer qu'elle est d'après l'an de J. C. 66, & même selon quelques-uns, écrite après la ruine de Jerusalem.

Quelques anciens ont douté de la canonicité & de l'authenticité de cette épître. Eusebe témoigne qu'elle a été peu citée par les écrivains ecclésiastiques, liv. II. chap. 23. mais il remarque en même tems qu'on la lisoit publiquement dans plusieurs églises. Ce qui a le plus contribué à la faire rejetter par plusieurs, c'est que l'apôtre y cite le livre d'Enoch ou du moins sa prophétie. Il y cite aussi un fait de la vie de Moïse qui ne se trouve point dans les livres canoniques de l'ancien-Testament, & qu'on croit avoir été pris d'un ouvrage apocryphe, intitulé l'assomption de Moïse. Mais enfin elle est reçue comme canonique depuis plusieurs siecles, parce que saint Jude pouvoit savoir d'ailleurs ce qu'il cite des livres apocryphes, ou qu'étant inspiré il pouvoit y discerner les vérités des erreurs avec lesquelles elles étoient mélées.

Grotius a cru que cette épître n'étoit pas de saint Jude apôtre, mais de Judas quinzieme évêque de Jerusalem, qui vivoit sous Adrien. Il pense que ces mots frater autem Jacobi, qu'on lit au commencement de cette épître, ont été ajoutés par les copistes, & que saint Jude n'auroit pas oublié, comme il fait, de s'y qualifier apôtre ; qu'enfin toutes les églises auroient reçu cette épître dès le commencement, si on eût crû qu'elle eût été d'un apôtre : mais cet auteur ne donne aucune preuve de cette addition prétendue. Saint Pierre, saint Paul & saint Jean ne mettent pas toujours leur qualité d'apôtres à la tête de leurs lettres. Enfin le doute de quelques églises sur l'authenticité de cette épître, ne lui doit pas plus préjudicier que le même doute sur tant d'autres livres canoniques de l'ancien & du nouveau-Testament. On a aussi attribué à saint Jude un faux évangile qui a été condamné par le pape Gélase. Voyez APOCRYPHES. Calmet, Diction. de la Bible.


JUDÉELA, (Géog.) pays d'Asie sur les bords de la méditérannée, entre cette mer au couchant, la Syrie au nord, les montagnes qui sont au-delà du Jourdain à l'orient, & l'Arabie au midi.

Sa longueur prise depuis la Syrie antiochienne jusqu'à l'Egypte, faisoit environ soixante-dix lieues, & sa largeur depuis la Méditerranée jusqu'à l'Arabie pétrée, environ trente lieues ; Jérusalem en étoit la capitale. Voyez JERUSALEM.

On appelloit anciennement la Judée le pays de Chanaan ; ensuite on lui donna le nom de Palestine, de Terre promise, de royaume de Juda, de terre d'Israël, & finalement de Terre-sainte. Elle est arrosée par le Jourdain & quelques torrens ; les montagnes les plus hautes du pays sont le Liban & l'anti-Liban.

La Judée, avant Josué, fut gouvernée par des rois chananéens ; après Josué, les Israëlites furent tantôt sous plusieurs servitudes, & tantôt eurent pour chefs des magistrats qu'ils nommerent juges, auxquels succéderent des rois de leur nation ; mais depuis le retour de la captivité, la Judée demeura soumise aux rois de Perse, aux successeurs d'Alexandre le grand, ensuite tantôt aux rois de Syrie, & tantôt aux rois d'Egypte. Après cela des Asmonéens gouvernerent la Judée en qualité de princes & de grands-prêtres, jusqu'à ce qu'elle fût réduite en province par les Romains, sous le département de la Syrie.

Depuis la chûte de l'empire romain, les Arabes, les Mahométans, les princes chrétiens, les Chorazans, se sont rendus maîtres de la Judée, enfin ce pays est tombé sous la domination de la Porte-Ottomane. Nous indiquerons son état présent au mot PALESTINE ; & pour le reste, nous renvoyerons le lecteur à l'excellente description que Réland en a publiée. (D.J.)

JUDEE, Bitume de, (Hist. nat.) nom donné par Pline & par quelques autres naturalistes à une espece d'asphalte ou de bitume solide, d'un noir luisant, extrèmement léger, qui se trouve en Judée nageant à la surface des eaux de la mer Morte. Voyez ASPHALTE & ASPHALTIDE.


JUDENBOURG(Géog.) Judenburgum, ville d'Allemagne dans le cercle d'Autriche, capitale de la haute Stirie. Une singularité du gouvernement de cette ville, est que le magistrat n'y juge point à mort, & que toutes les causes criminelles se portent à Gratz ; voyez Zeyler Stiriae typograph. Judenbourg est dans un canton agréable, à 14 milles N. O. de Gratz, 25 S. O. de Vienne. Long. 32. 55. lat. 47. 20. (D.J.)


JUDICATURES. f. (Jurisprud.) est l'état de ceux qui sont employés à l'administration de la justice.

On appelle offices de judicature, ceux qui ont pour objet l'administration de la justice, tels que les offices de présidens, conseillers, baillifs, prevôts, &c. Les offices de greffiers, huissiers, procureurs, notaires, sont aussi compris dans cette même classe.

Le terme de judicature est quelquefois pris pour tribunal ; on dit la judicature d'un tel endroit, comme qui diroit le corps des juges.

Quelquefois aussi par judicature on entend l'étendue de la jurisdiction, ou le ressort d'un juge. (A)


JUDICELLO le(Géog.) petite riviere de Sicile, dans le val de Noto, selon M. Delisle. Elle a sa source auprès de la Motta di sancta Anastasia, coupe en deux la ville de Catane & se perd dans la mer. C'est l'Amenanus des anciens, du moins de Strabon liv. V. pag. 240. qui remarque, qu'après avoir été à sec pendant quelques années, il avoit commencé à couler. (D.J.)


JUDICIAIREadj. (Jurisprud.) est ce qui se fait en jugement, ou par autorité de justice, ou qui appartient à la justice ; ainsi une requête judiciaire est celle qui se fait sur le barreau.

Un bail judiciaire est celui qui se fait par autorité de justice.

La pratique judiciaire ou les formes judiciaires, sont le style usité dans les tribunaux pour les procédures & pour les jugemens. (A)


JUDICIEUXadj. (Gramm.) qui marque du jugement, de l'expérience & du bon sens. On entend plus de choses ingénieuses & délicates, que de choses sensées & judicieuses. Il n'importe de plaire qu'aux hommes judicieux ; ce sont, leur autorité qui entraîne l'approbation des contemporains, & leurs jugemens que l'avenir ratifie. Un trait ingénieux amuse en conversation ; mais il n'y a que le mot judicieux qui se soutienne par écrit.


JUDITHlivre de, (Théolog.) nom d'un des livres canoniques de l'ancien-Testament, ainsi appellé parce qu'il contient l'histoire de Judith héroïne israëlite, qui délivra la ville de Béthulie sa patrie assiégée par Holopherne général de Nabuchodonosor, en mettant à mort ce même Holopherne.

L'authenticité & la canonicité du livre de Judith sont des points fort contestés. Les Juifs lisoient ce livre, & le conservoient du tems de saint Jérôme ; saint Clément pape l'a cité dans son épître aux Corinthiens, aussi-bien que l'auteur des constitutions apostoliques, écrites sous le nom du même saint Clément. S. Clément d'Alexandrie, liv. IV. des stromates ; Origene, Homél. 19 sur Jérémie, & tome III. sur saint Jean ; Tertullien, lib. de Monogamia, cap. 17. saint Ambroise, lib. 3 de Officiis, & lib. de vidius, en parlent aussi. Saint Jérôme le cite dans son épître à Furia, & dans sa préface sur le livre de Judith, il dit que le concile de Nicée avoit reçu ce livre parmi les canoniques, non qu'il eût fait un canon exprès pour l'approuver, car on n'en connoit aucun où il en soit fait mention, & saint Jérôme lui-même n'en cite aucun ; mais il savoit peut-être que les peres du concile l'avoient allégué, ou il présumoit que le concile l'avoit approuvé, puisque depuis ce concile les peres l'avoient reconnu & cité. Saint Athanase, ou l'auteur de la synopse qui lui est attribuée, en donne le précis comme des autres livres sacrés. Saint Augustin, comme il paroît par le livre II. de la Doctrine chrétienne, chap. 8. & toute l'église d'Afrique le recevoient dans leur canon. Le pape Innocent I. dans son épître à Exupere, & le pape Gélase dans le concile de Rome, l'ont reconnu pour canonique. Il est cité dans saint Fulgence & dans deux auteurs anciens, dont les sermons sont imprimés dans l'appendix du cinquieme tome de saint Augustin ; enfin le concile de Trente l'a déclaré canonique.

L'auteur de ce livre est inconnu. Saint Jérôme in agg. cap. 1. v. 6. semble croire que Judith l'écrivit elle-même ; mais il ne donne aucune bonne preuve de son sentiment. D'autres veulent que le grand-prêtre Joachim ou Eliacim, dont il est parlé dans ce livre, en soit l'auteur ; ce ne sont après tout que de simples conjectures. D'autres l'attribuent à Josué, fils de Josedech ; l'auteur, quel qu'il soit, ne paroît pas contemporain. Il dit chap. xiv. v. 6. que de son tems la famille d'Achior subsistoit encore dans Israël ; & chap. xvj. v. 31, qu'on y célébroit encore la fête de la victoire de Judith, expressions qui insinuent que la chose étoit passée depuis assez long-tems.

Les Juifs, du tems d'Origene, avoient l'histoire de Judith en hébreu, c'est-à-dire selon toute apparence en chaldéen, que l'on a souvent confondu avec l'hébreu. Saint Jérôme dit que de son tems ils la lisoient encore en chaldéen, & la mettoient au nombre des livres hagiographes ; voyez HAGIOGRAPHES. Sebastien Munster croit que les juifs de Constantinople l'ont encore à présent en cette langue ; mais jusqu'ici on n'a rien vu d'imprimé de Judith en chaldéen. La version siriaque que nous en avons est prise sur le grec, mais sur un grec plus correct que celui que nous lisons aujourd'hui. Saint Jérôme a fait sa version latine sur le chaldéen ; & elle est si différente de la grecque, qu'on ne sauroit dire que l'une & l'autre viennent de la même source & du même original. Ce pere se plaint fort de la variété qui se voyoit entre les exemplaires latins de son tems. Calmet, Diction. de la Bible, tome II. pag. 460 & 461. On peut aussi consulter la préface & le commentaire de ce savant auteur sur le livre de Judith.


JUDOIGNE(Géog.) Judonia, en flamand Geldenaken, petite ville des Pays-bas dans le Brabant, au quartier de Louvain, sur la Gete à 2 lieues de Tillemont, 4 de Gemblours, 5 de Louvain. Long. 22. 30. lat. 50. 43. (D.J.)


JUGAS. f. (Bot.) genre de plante dont la fleur est monopétale, en entonnoir, & porte un tuyau frangé. Il s'élève du fond du calice un pistil qui est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur, & qui devient dans la suite un fruit ou silique molle, charnue & contenant des semences irrégulieres. Plumier.

* JUGA ou JUGATINE, (Myth.) nom que l'on donnoit à Junon, en qualité de déesse qui présidoit aux mariages. Il vient de jugum joug, & Junon étoit appellée jugatine, du joug que l'on plaçoit sur les époux dans la cérémonie du mariage. Junon juga ou jugatine avoit un autel à Rome dans une rue dite de cette circonstance vicus jugatius.

Il y avoit deux dieux jugatins ; l'un pour les mariages auxquels il présidoit ; l'autre ainsi nommé des sommets des montagnes.


JUGES. m. (Droit moral) magistrat constitué par le souverain, pour rendre la justice en son nom à ceux qui lui sont soumis.

Comme nous ne sommes que trop exposés à céder aux influences de la passion quand il s'agit de nos intérêts, on trouva bon, lorsque plusieurs familles se furent jointes ensemble dans un même lieu, d'établir des juges, & de les revêtir du pouvoir de vanger ceux qui auroient été offensés, de sorte que tous les autres membres de la communauté furent privés de la liberté qu'ils tenoient des mains de la nature. Ensuite on tâcha de remédier à ce que l'intrigue ou l'amitié, l'amour ou la haine, pourroient causer de fautes dans l'esprit des juges qu'on avoit nommés. On fit à ce sujet des lois, qui réglerent la maniere d'avoir satisfaction des injures, & la satisfaction que chaque injure requéroit. Les juges furent par ce moyen soumis aux lois ; on lia leurs mains, après leur avoir bandé les yeux pour les empêcher de favoriser personne ; c'est pourquoi, selon le style de la jurisprudence, ils doivent dire droit, & non pas faire droit. Ils ne sont pas les arbitres, mais les interprêtes & les défenseurs des lois. Qu'ils prennent donc garde de supplanter la loi, sous prétexte d'y suppléer, les jugemens arbitraires coupent les nerfs aux lois, & ne leur laissent que la parole, pour m'exprimer avec le chancelier Bacon.

Si c'est une iniquité de vouloir rétrécir les limites de son voisin, quelle iniquité seroit-ce de transporter despotiquement la possession & la propriété des domaines en des mains étrangeres ! Une sentence injuste, émanée arbitrairement, est un attentat contre la loi, plus fort que tous les faits des particuliers qui la violent ; c'est corrompre les propres sources de la justice, c'est le crime des faux monnoyeurs qui attaque le prince & le peuple.

Personne n'ignore en quoi consistent les autres devoirs des juges, & je suis dispensé d'entrer dans ce détail. Je remarquerai seulement que le juge ayant rapport avec le souverain ou le gouvernement, avec les plaideurs, avec les avocats, avec les subalternes de la justice ; ce sont autant d'especes de devoirs différens qu'il doit remplir. Quant aux parties il peut les blesser, ou par des arrêts injustes & précipités, ou par de longs délais. Dans les états où regne la vénalité des charges de judicature, le devoir des juges est de rendre promtement la justice ; leur métier est de la différer, dit la Bruyere.

Un juge prévenu d'inclination en faveur d'une partie, devroit la porter à un accommodement plutôt que d'entreprendre de la juger. J'ai lu dans Diogene Laërce que Chilon se fit recuser dans une affaire, ne voulant opiner ni contre la loi, ni décider contre l'amitié.

Que le juge sur-tout reprime la violence, & s'oppose à la fraude qu'il découvre ; elle fuit dès qu'on la voit. S'il craint que l'iniquité puisse prévaloir ; s'il la soupçonne appuyée du crédit, ou déguisée par les détours de la chicane, c'est à lui de contrebalancer ces sortes de malversations, & d'agir de son mieux pour faire triompher l'innocence.

En deux mots, " le devoir d'un juge est de ne point perdre de vûe qu'il est homme, qu'il ne lui est pas permis d'excéder sa commission, que nonseulement la puissance lui est donnée, mais encore la confiance publique ; qu'il doit toujours faire une attention sérieuse, non pas à ce qu'il veut, mais à ce que la loi, la justice & la religion lui commandent ". C'est Ciceron qui parle ainsi dans son oraison pour Cluentius, & je ne pouvois pas supprimer un si beau passage. (D.J.)

JUGE, s. m. (Hist. des Israélites) gouverneur du peuple Juif avant l'établissement des rois ; en effet on donna le nom de juges à ceux qui gouvernerent les Israëlites, depuis Moïse inclusivement jusqu'à Saül exclusivement. Ils sont appellés en hébreu sophetim au plurier, & sophet au singulier. Tertullien n'a point exprimé la force du mot sophetim, lorsque citant le livre des juges, il l'appelle le livre des censeurs ; leur dignité ne répondoit point à celle des censeurs romains, mais coïncidoit plutôt avec les suffetes de Carthage, ou les archontes perpétuels d'Athenes.

Les Hébreux n'ont pas été les seuls peuples qui ayent donné le titre de suffettes ou de juges à leurs souverains ; les Tyriens & les Carthaginois en agirent de même. De plus les Goths n'accorderent dans le iv. siecle à leurs chefs que le même nom ; & Athanaric qui commença de les gouverner vers l'an 369, ne voulut point prendre la qualité de roi, mais celle de juge, parce qu'au rapport de Thémistius, il regardoit le nom de roi comme un titre d'autorité & de puissance, & celui de juge, comme une annonce de sagesse & de justice.

Grotius compare le gouvernement des Hébreux sous les juges à celui qu'on voyoit dans les Gaules & dans la Germanie avant que les Romains l'eussent changé.

Leur charge n'étoit point héréditaire, elle étoit à vie ; & leur succession ne fut ni toujours suivie, ni sans interruption ; il y eut des anarchies & de longs intervalles de servitude, durant lesquels les Hébreux n'avoient ni juges, ni gouverneurs suprèmes. Quelquefois cependant ils nommerent un chef pour les tirer de l'opression ; c'est ainsi qu'ils choisirent Jephthé avec un pouvoir limité, pour les conduire dans la guerre contre les Ammonites ; car nous ne voyons pas que Jephthé ni Baruc ayent exercé leur autorité au-delà du Jourdain.

La puissance de leurs juges en général, ne s'étendoit que sur les affaires de la guerre, les traités de paix & les procès civils ; toutes les autres grandes affaires étoient du district du sanhédrin : les juges n'étoient donc à proprement parler que les chefs de la république.

Ils n'avoient pas le pouvoir de faire de nouvelles loix, d'imposer de nouveaux tributs. Ils étoient protecteurs des loix établies, défenseurs de la religion, & vengeurs de l'idolatrie ; d'ailleurs sans éclat, sans pompe, sans gardes, sans suite, sans équipages, à moins que leurs richesses personnelles ne les missent en état de se donner un train conforme à leur rang.

Le revenu de leur charge ne consistoit qu'en présens qu'on leur faisoit ; car ils n'avoient aucun émolument réglé, & ne levoient rien sur le peuple.

A présent nous récapitulerons sans peine les points dans lesquels les juges des Israëlites différoient des rois. 1°. Ils n'étoient point héréditaires ; 2°. ils n'avoient droit de vie & de mort que selon les lois, & dépendamment des lois ; 3°. ils n'entreprenoient point la guerre à leur gré, mais seulement quand le peuple les appelloit à leur tête ; 4°. ils ne levoient point d'impôts ; 5°. ils ne se succédoient point immédiatement. Quand un juge étoit mort, il étoit libre à la nation de lui donner un successeur sur le champ, ou d'attendre ; c'est pourquoi on a vu souvent plusieurs années d'inter-juges, si je puis parler ainsi ; 6°. ils ne portoient point les marques de souveraineté, ni sceptre, ni diadème ; 7°. enfin ils n'avoient point d'autorité pour créer de nouvelles lois, mais seulement pour faire observer celles de Moïse & de leurs prédécesseurs. Ce n'est donc qu'improprement que les juges sont appellés rois dans deux endroits de la Bible, sçavoir, Juges ch. ix. & ch. xviij.

Quant à la durée du gouvernement des juges, depuis la mort de Josué jusqu'au regne de Saül, c'est un sujet de chronologie sur lequel les savans ne sont point d'accord, & qu'il importe peu de discuter ici. (D.J.)

JUGES, livre des (Théol.) livre canonique de l'ancien testament, ainsi nommé parce qu'il contient l'histoire du gouvernement des juges ou chefs principaux qui régirent la république des Hébreux, à compter environ trente ans depuis la mort de Josué jusqu'à l'élévation de Saül sur le trône, c'est-à-dire l'espace de plus de trois cent ans.

Ce livre que l'Eglise reconnoît pour authentique & canonique, est attribué par quelques-uns à Phinês, par d'autres à Esdras ou à Ezéchias, & par d'autres à Samuel ou à tous les juges qui auroient écrit chacun l'histoire de leur tems & de leur judicature. Le P. Calmet pense que c'est l'ouvrage d'un seul auteur qui vivoit après le tems des juges. La preuve qu'il en apporte est, qu'au chap. xv. viij. x. & dans les suivans, l'auteur fait un précis de tout le livre, & qu'il en donne une idée générale. L'opinion qui l'attribue à Samuel paroît fort probable ; 1°. l'auteur vivoit en un tems où les Jébuséens étoient encore maîtres de Jérusalem, comme il paroît par le chap. j. v. 21. & par conséquent avant David ; 2°. il paroît que lorsque ce livre fut écrit, la république des Hébreux étoit gouvernée par des rois, puisque l'auteur remarque en plus d'un endroit sous les juges, qu'alors il n'y avoit point de rois en Israël.

On ne laisse pas que de former contre ce sentiment quelques difficultés considérables, par exemple il est dit dans les Juges, chap. xviij. v. 30 & 31. que les enfans de Dan établirent Jonathan & ses fils prétres dans la tribu de Dan jusqu'au jour de leur captivité, & que l'idole de Micha demeura chez eux, tandis que la maison du Seigneur fut à Silo. Le tabernacle ou la maison de Dieu ne fut à Silo que jusqu'au commencement de Samuel, car alors on la tira de Silo pour la porter au camp où elle fut prise par les Philistins ; & depuis ce tems elle fut renvoyée à Cariath-ïarim. Quant à la captivité de la tribu de Dan, il semble qu'on ne peut guere l'entendre que de celle qui arriva sous Theglapt Phalassar, roi d'Assirie, plusieurs siecles après Samuel : & par conséquent il n'a pu écrire ce livre, à moins qu'on ne reconnoisse que ce passage y a été ajoûté depuis lui ; ce qui n'est pas incroyable, puisqu'on a d'autres preuves & d'autres exemples de semblables additions faites au texte des livres sacrés. Calmet, Diction. de la Bible.


JUGEMENTS. m. (Métaphysique) puissance de l'ame, qui juge de la convenance, ou de la disconvenance des idées.

Il ne faut pas confondre le jugement avec l'accord successif des connoissances que procurent les sens, indépendamment des facultés intellectuelles ; car le jugement n'a aucune part dans ce qui est apperçu & discerné par le seul effet des sensations. Lorsque nous buvons séparément du vin & de l'eau, les impressions différentes que ces deux liqueurs font sur notre langue, suffisent pour que nous les distinguions l'une de l'autre. Il en est de même des sensations que nous recevons par la vûe, par l'ouie, par l'odorat ; le jugement n'y entre pour rien.

Nous ne jugeons pas, lorsque nous appercevons que la neige est blanche, parce que la blancheur de la neige se distingue par la simple vûe de la neige. Les hommes & les bêtes acquierent également cette connoissance par le seul discernement, sans aucune attention, sans aucun examen, sans aucune recherche. Le jugement n'a pas plus lieu dans les cas où l'on est déterminé par sensation