A B C D E F G H I K L M N O P Q R S T U W XYZ

    
IS. m. c'est la neuvieme lettre de l'alphabet latin. Ce caractere avoit chez les Romains deux valeurs différentes ; il étoit quelquefois voyelle, & d'autres fois consonne.

I. Entre les voyelles, c'étoit la seule sur laquelle on ne mettoit point de ligne horisontale pour la marquer longue, comme le témoigne Scaurus. On allongeoit le corps de la lettre, qui par-là devenoit majuscule, au milieu même ou à la fin des mots PISO, VIVUS, AEDILIS, &c. C'est à cette pratique que, dans l'Aululaire de Plaute, Staphyle fait allusion, lorsque voulant se pendre, il dit : ex me unam faciam litteram longam.

L'usage ordinaire, pour indiquer la longueur d'une voyelle, étoit, dans les commencemens, de la répéter deux fois, & quelquefois même d'insérer h entre les deux voyelles pour en rendre la prononciation plus forte ; de-là ahala ou aala, pour ala, & dans les anciens mehecum pour mecum ; peut-être même que mihi n'est que l'orthographe prosodique ancienne de mi que tout le monde connoit, vehemens de vemens, prehendo de prendo. Nos peres avoient adopté cette pratique, & ils écrivoient aage pour âge, roole pour rôle, sépareement pour séparément, &c.

Un I long, par sa seule longueur, valoit donc deux i i en quantité ; & c'est pour cela que souvent on l'a employé pour deux i i réels, MANUBIS pour MANUBIIS, DIS pour DIIS. De-là l'origine de plusieurs contractions dans la prononciation, qui n'avoient été d'abord que des abréviations dans l'écriture.

Par rapport à la voyelle I, les Latins en marquoient encore la longueur par la diphthongue oculaire e i, dans laquelle il y a grande apparence que l'e étoit absolument muet. Voyez sur cette matiere le traité des lettres de la Méth. lat. de P. R.

II. La lettre I étoit aussi consonne chez les Latins ; & en voici trois preuves, dont la réunion combinée avec les témoignages des Grammairiens anciens, de Quintilien, de Charisius, de Diomede, de Térencien, de Priscien, & autres, doit dissiper tous les doutes, & ruiner entierement les objections des modernes.

1°. Les syllabes terminées par une consonne, qui étoient brèves devant les autres voyelles, sont longues devant les i que l'on regarde comme consonnes, comme on le voit dans djvat, b Jve, &c. Scioppius répond à ceci, que ad & ab ne sont longs que par position, à cause de la diphthongue iu ou io, qui étant forte à prononcer, soutient la premiere syllabe. Mais cette difficulté de prononcer ces prétendues diphthongues, est une imagination sans fondement, & démentie par leur propre briéveté. Cette brièveté même des premieres syllabes de jvat & de Jve prouve que ce ne sont point des diphthongues, puisque les diphthongues sont & doivent être longues de leur nature, comme je l'ai prouvé à l'article HIATUS. D'ailleurs si la longueur d'une syllabe pouvoit venir de la plénitude & de la force de la suivante, pourquoi la premiere syllabe ne seroit-elle pas longue dans dactus, dont la seconde est une diphthongue longue par nature, & par sa position devant deux consonnes ? Dans l'exacte vérité, le principe de Scioppius doit produire un effet tout contraire, s'il influe en quelque chose sur la prononciation de la syllabe précédente ; les efforts de l'organe pour la production de la syllabe pleine & forte, doivent tourner au détriment de celles qui lui sont contiguës soit avant soit après.

2°. Si les i, que l'on regarde comme consonnes, étoient voyelles ; lorsqu'ils sont au commencement du mot, ils causeroient l'élision de la voyelle ou de l'm finale du mot précédent, & cela n'arrive point : Audaces fortuna juvat ; interpres divûm Jove missus ab ipso.

3°. Nous apprenons de Probe & de Térencien, que l'i voyelle se changeoit souvent en consonne ; & c'est par-là qu'ils déterminent la mesure de ces vers : Arietat in portas, parietibusque premunt arctis, où il faut prononcer arjetat & parjetibus. Ce qui est beaucoup plus recevable que l'opinion de Macrobe, selon lequel ces vers commenceroient par un pié de quatre breves : il faudroit que ce sentiment fût appuyé sur d'autres exemples, où l'on ne pût ramener la loi générale, ni par la contraction, ni par la syncrèse, ni par la transformation d'un i ou d'un u en consonne.

Mais quelle étoit la prononciation latine de l'i consonne ? Si les Romains avoient prononcé, comme nous, par l'articulation je, ou par une autre quelconque bien différente du son i ; n'en doutons pas, ils en seroient venus, ou ils auroient cherché à en venir à l'institution d'un caractere propre. L'empereur Claude voulut introduire le digamma F ou à la place de l'u consonne, parce que cet u avoit sensiblement une autre valeur dans uinum, par exemple, que dans unum : & la forme même du digamma indique assez clairement que l'articulation désignée par l'u consonne, approchoit beaucoup de celle que représente la consonne F, & qu'apparemment les Latins prononçoient vinum, comme nous le prononçons nous mêmes, qui ne sentons entre les articulations f & v d'autre différence que celle qu'il y a du fort au foible. Si le digamma de Claude ne fit point fortune, c'est que cet empereur n'avoit pas en main un moyen de communication aussi promt, aussi sûr, & aussi efficace que notre impression : c'est par-là que nous avons connu dans les derniers tems, & que nous avons en quelque maniere été contraints d'adopter les caracteres distincts que les Imprimeurs ont affectés aux voyelles i & u, & aux consonnes j & v.

Il semble donc nécessaire de conclure de tout ceci, que les Romains prononçoient toûjours i de la même maniere, aux différences prosodiques près. Mais si cela étoit, comment ont-ils cru & dit eux-mêmes qu'ils avoient un i consonne ? c'est qu'ils avoient sur cela les mêmes principes, ou, pour mieux dire, les mêmes préjugés que M. Boindin, que les auteurs du dictionnaire de Trévoux, que M. du Marsais lui-même, qui prétendent discerner un i consonne, différent de notre j, par exemple, dans les mots aïeux, foyer, moyen, payeur, voyelle, que nous prononçons a-ïeux, fo-ïer, moi-ïen, pai-ïeur, voi-ïelle : MM. Boindin & du Marsais appellent cette prétendue consonne un mouillé foible. Voyez CONSONNE. Les Italiens & les Allemands n'appellent-ils pas consonne un i réel qu'ils prononcent rapidement devant une autre voyelle, & ceux-ci n'ont-ils pas adopté à peu-près notre i pour le représenter ?

Pour moi, je l'avoue, je n'ai pas l'oreille assez délicate pour appercevoir, dans tous les exemples que l'on en cite, autre chose que le son foible & rapide d'un i ; je ne me doute pas même de la moindre preuve qu'on pourroit me donner qu'il y ait autre chose, & je n'en ai encore trouvé que des assertions sans preuve. Ce seroit un argument bien foible que de prétendre que cet i, par exemple dans payé, est consonne, parce que le son ne peut en être continué par une cadence musicale, comme celui de toute autre voyelle. Ce qui empêche cet i d'être cadencé, c'est qu'il est la voyelle prépositive d'une diphthongue ; qu'il dépend par conséquent d'une situation momentanée des organes, subitement remplacée par une autre situation qui produit la voyelle postpositive ; & que ces situations doivent en effet se succéder rapidement, parce qu'elles ne doivent produire qu'un son, quoique composé. Dans lui, dira-t-on que u soit une consonne, parce qu'on est forcé de passer rapidement sur la prononciation de cet u pour prononcer i dans le même instant ? Non ; ui dans lui est une diphthongue composée des deux voyelles u & i ; ïé dans pai-ïé en est une autre, composée de i & de é.

Je reviens aux Latins : un préjugé pareil suffisoit pour décider chez eux toutes les difficultés de prosodie qui naîtroient d'une assertion contraire ; & les preuves que j'ai données plus haut de l'existence d'un i consonne parmi eux, démontrent plutôt la réalité de leur opinion que celle de la chose : mais il me suffit ici d'avoir établi ce qu'ils ont crû.

Quoi qu'il en soit, nos peres, en adoptant l'alphabet latin, n'y trouverent point de caractere pour notre articulation je : les Latins leur annonçoient un i consonne, & ils ne pouvoient le prononcer que par je : ils en conclurent la nécessité d'employer l'i latin, & pour le son i & pour l'articulation je. Ils eurent donc raison de distinguer l'i voyelle de l'i consonne. Mais comment gardons-nous encore le même langage ? Notre orthographe a changé ; le Bureau typographique nous indique les vrais noms de nos lettres, & nous n'avons pas le courage d'être conséquens & de les adopter.

L'Encyclopédie étoit assûrément l'ouvrage le plus propre à introduire avec succès un changement si raisonnable : mais on a craint de tomber dans une affectation apparente, si l'on alloit si directement contre un usage universel. Qu'il me soit permis du moins de distinguer ici ces deux lettres, & de les coter comme elles doivent l'être, & comme elles le sont en effet dans notre alphabet. Peut-être le public en sera-t-il plus disposé à voir l'exécution entiere de ce système alphabétique, ou dans une seconde édition de cet ouvrage, ou dans quelque autre dictionnaire qui pourroit l'adopter.


Ic'est la neuvieme lettre & la troisieme voyelle de l'alphabet françois. La valeur primitive & propre de ce caractere est de représenter le son foible, délié, & peu propre au port de voix que presque tous les peuples de l'Europe font entendre dans les syllabes du mot latin inimici. Nous représentons ce son par un simple trait perpendiculaire, & dans l'écriture courante nous mettons un point audessus, afin d'empêcher qu'on ne le prenne pour le jambage de quelque lettre voisine. Au reste, il est si aisé d'omettre ce point, que l'attention à le mettre est regardée comme le symbole d'une exactitude vetilleuse : c'est pour cela qu'en parlant d'un homme exact dans les plus petites choses, on dit qu'il met les points sur les i.

Les Imprimeurs appellent ï trema, celui sur lequel on met deux points disposés horisontalement : quelques Grammairiens donnent à ces deux points le nom de diérèse ; & j'approuverois assez cette denomination, qui serviroit à bien caractériser un signe orthographique, lequel suppose effectivement une séparation, une division entre deux voyelles ; , divisio, de , divido. Il y a deux cas où il faut mettre la diérèse sur une voyelle. Le premier est, quand il faut la détacher d'une voyelle précédente, avec laquelle elle feroit une diphthongue sans cette marque de séparation : ainsi il faut écrire Laïs, Moïse, avec la diérèse, afin que l'on ne prononce pas comme dans les mots laid, moine.

Le second cas est, quand on veut indiquer que la voyelle précédente n'est point muette comme elle a coûtume de l'être en pareille position, & qu'elle doit se faire entendre avant celle où l'on met les deux points : ainsi il faut écrire aiguïlle, contiguïté, Guïse (ville) avec diérèse, afin qu'on les prononce autrement que les mots anguille, guidé, guise, fantaisie.

Il y a quelques auteurs qui se servent de l'ï tréma dans les mots où l'usage le plus universel a destiné l'y à tenir la place de deux i i : c'est un abus qui peut occasionner une mauvaise prononciation ; car si au lieu d'écrire payer, envoyer, moyen, on écrit païer, envoïer, moïen, un lecteur conséquent peut prononcer pa-ïer, envo-ïer, mo-ïen, de même que l'on prononce pa-ïen, aïeux.

C'est encore un abus de la diérèse que de la mettre sur un i à la suite d'un e accentué, parce que l'accent suffit alors pour faire détacher les deux voyelles ; ainsi il faut écrire, athéisme, réintégration, déifié, & non pas athéïsme, réïntégration, déïfié.

Notre orthographe assujettit encore la lettre i à bien d'autres usages, que la raison même veut que l'on suive, quoiqu'elle les desapprouve comme inconséquens.

1°. Dans la diphthongue oculaire A I, on n'entend le son d'aucune des deux voyelles que l'on y voit.

Quelquefois ai se prononce de même que l'e muet ; comme dans faisant, nous faisons, que l'on prononce fesant, nous fesons : il y a même quelques auteurs qui écrivent ces mots avec l'e muet, de même que je ferai, nous ferions. S'ils s'écartent en cela de l'étymologie latine facere, & de l'analogie des tems qui conservent ai, comme faire, fait, vous faites, &c. ils se rapprochent de l'analogie de ceux où l'on a adopté universellement l'e muet, & de la vraie prononciation.

D'autres fois ai se prononce de même que l'e fermé ; comme dans j'adorai, je commençai, j'adorerai, je commencerai, & les autres tems semblables de nos verbes en er.

Dans d'autres mots, ai tient la place d'un è peu ouvert ; comme dans les mots plaire, faire, affaire, contraire, vainement, & en général par-tout où la voyelle de la syllabe suivante est un e muet.

Ailleurs ai représente un ê fort ouvert ; comme dans les mots dais, faix, mais, paix, palais, portraits, souhaits. Au reste, il est très-difficile, pour ne pas dire impossible, d'établir des regles générales de prononciation, parce que la même diphthongue, dans des cas tout-à-fait semblables, se prononce diversement : on prononce je sais, comme je sés ; & je fais, comme je fés.

Dans le mot douairière, on prononce ai, comme a, douarière.

C'est encore à-peu-près le son de l'e plus ou moins ouvert, que représente la diphthongue oculaire ai, lorsque suivie d'une m ou d'une n, elle doit devenir nasale ; comme dans faim, pain, ainsi, maintenant, &c.

2°. La diphthongue oculaire E I est à-peu-près assujettie aux mêmes usages que A I, si ce n'est qu'elle ne représente jamais l'e muet. Mais elle se prononce quelquefois de même que l'é fermé ; comme dans veiné, peiner, seigneur, & tout autre mot où la syllabe qui suit ei n'a pas pour voyelle un e muet. D'autres fois ei se rend par un è peu ouvert, comme dans veine, peine, enseigne, & tout autre mot où la voyelle de la syllabe suivante est un e muet : il en faut seulement excepter reine, reitre & seize, où ei vaut un ê fort ouvert. Enfin, l'ei nasal se prononce comme ai en pareil cas : plein, sein, éteint, &c.

3°. La voyelle i perd encore sa valeur naturelle dans la diphthongue oi, qui est quelquefois impropre & oculaire, & quelquefois propre & auriculaire.

Si la diphthongue oi n'est qu'oculaire, elle représente quelquefois l'è moins ouvert, comme dans foible, il avoit ; & quelquefois l'ê fort ouvert, comme dans Anglois, j'avois, ils avoient.

Si la diphthongue oi est auriculaire, c'est-à-dire, qu'elle indique deux sons effectifs que l'oreille peut discerner ; ce n'est aucun des deux qui sont représentés naturellement par les deux voyelles o & i : au lieu de o, qu'on y prenne bien garde, on prononce toujours ou ; & au lieu de i, on prononce un e ouvert qui me semble approcher souvent de l'a ; devoir, sournois, lois, moine, poil, poivre, &c.

Enfin, si la diphthongue auriculaire oi, au moyen d'une n, doit devenir nasale, l'i y désigne encore un è ouvert ; loin, foin, témoin, jointure, &c.

C'est donc également un usage contraire à la destination primitive des lettres, & à l'analogie de l'orthographe avec la prononciation, que de représenter le son de l'e ouvert par ai, par ei & par oi ; & les Ecrivains modernes qui ont substitué ai à oi par-tout où cette diphthongue oculaire représente l'e ouvert, comme dans anglais, français, je lisais, il pourrait, connaître, au lieu d'écrire anglois, françois, je lisois, il pourroit, connoître ; ces écrivains, dis-je, ont remplacé un inconvénient par un autre aussi réel. J'avoue que l'on évite par-là l'équivoque de l'oi purement oculaire & de l'oi auriculaire : mais on se charge du risque de choquer les yeux de toute la nation, que l'habitude a assez prémunie contre les embarras de cette équivoque ; & l'on s'expose à une juste censure, en prenant en quelque sorte le ton législatif, dans une matiere où aucun particulier ne peut jamais être législateur, parce que l'autorité souveraine de l'usage est incommunicable.

Non seulement la lettre i est souvent employée à signifier autre chose que le son qu'elle doit primitivement représenter : il arrive encore qu'on joint cette lettre à quelqu'autre pour exprimer simplement ce son primitif. Ainsi les lettres u i ne représentent que le son simple de l'i dans les mots vuide, vuider, & autres dérivés, que l'on prononce vide, vider, &c. & dans les mots guide, guider, &c. quitte, quitter, acquiter, &c. & par-tout où l'une des deux articulations gue ou que précede le son i. De même les lettres i e représentent simplement le son i dans maniement, je prierois, nous remercierons, il liera, qui viennent de manier, prier, remercier, lier, & dans tous les mots pareillement dérivés des verbes en ier. L'u qui précéde l'i dans le premier cas, & l'e qui le suit dans le second, sont des lettres absolument muettes.

La lettre J, chez quelques auteurs, étoit un signe numéral, & signifioit cent, suivant ce vers,

J, C compar erit, & centum significabit.

Dans la numération ordinaire des Romains, & dans celle de nos finances, I signifie un ; & l'on peut en mettre jusqu'à quatre de suite pour exprimer jusqu'à quatre unités. Si la lettre numérale I est placée avant V qui vaut cinq, ou avant X qui vaut dix, cette position indique qu'il faut retrancher un de cinq ou de dix ; ainsi IV signifie cinq moins un ou quatre, IX signifie dix moins un ou neuf : on ne place jamais I avant une lettre de plus grande valeur, comme L cinquante, C cent, D cinq cent, M mille ; ainsi on n'écrit point IL pour quarante-neuf, mais XLIX.

La lettre I est celle qui caractérise la monnoie de Limoges.

J, s. m. c'est la dixieme lettre & la septieme consonne de l'alphabet françois. Les Imprimeurs l'appellent i d'Hollande, parce que les Hollandois l'introduisirent les premiers dans l'impression. Conformément au système de la Grammaire générale de P. R. adoptée par l'auteur du Bureau typographique, le vrai nom de cette lettre est je, comme nous le prononçons dans le pronom de la premiere personne : car la valeur propre de ce caractere est de représenter l'articulation sifflante qui commence les mots Japon, j'ose, & qui est la foible de l'articulation forte qui est à la tête des mots presque semblables, chapon, chose. J est donc une consonne linguale, sifflante, & foible. Voyez au mot CONSONNE, le système de M. du Marsais sur les consonnes, & à l'article H, celui que j'adopte sur le même sujet.

On peut dire que cette lettre est propre à l'alphabet françois, puisque de toutes les langues anciennes que nous connoissons, aucune ne faisoit usage de l'articulation qu'elle représente ; & que parmi les langues modernes, si quelques-unes en font usage, elles la représentent d'une autre maniere. Ainsi les Italiens, pour prononcer jardino, jorno, écrivent giardino, giorno. Voyez le Maître italien de Veneroni, p. 9. édit. de Paris 1709. Les Espagnols ont adopté notre caractere, mais il signifie chez eux autre chose que chez nous ; hijo, fils, Juan, Jean, se prononçant presque comme s'il y avoit ikko, Khouan. Voyez la Méthode espagnole de P. R. p. 5. édit. de Paris, 1660.

Les maîtres d'écriture ne me paroissent pas apporter assez d'attention pour différencier le J capital de l'I : que ne suivent-ils les erremens du caractere courant ? L'i ne descend pas au-dessous du corps des autres caracteres, le j descend : voilà la regle pour les capitales. Article de M. BEAUZEE.

* J, (Ecriture) nous avons aussi dans l'écriture, ainsi que dans l'impression, un j consonne & un i voyelle ; & dans chacun de ces caracteres, un i consonne ou voyelle, coulé ; un aigu, un rond. Après avoir expliqué la formation du g, nous n'avons rien à dire de la formation de l'j consonne, qui n'en est qu'une portion. Pour l'i voyelle coulé, il se forme d'un trait plus droit & d'un angle de plume moins obtus que l'i italien, & celui-ci d'un trait plus droit & d'un angle de plume moins obtus que le rond. On n'emploie à tous que le mouvement simple des doigts mus dans une direction verticale, mais un peu plus ou un peu moins inclinée de droite à gauche. A la partie inférieure de cette lettre, le poignet agit de concert avec les doigts. Voyez nos Planches d'Ecriture.


JAA-BACHIS. m. (Hist. mod.) capitaine de gens de pié chez les Turcs. C'est aussi un officier des janissaires chargé de lever les enfans de tribut. Il est accompagné dans ses fonctions d'un écrivain ou secrétaire qui tient le rôle des provinces, des lieux, & du nombre d'enfans qui doivent être fournis.


JAA-JAS. m. (Bot. exotiq.) arbrisseau de la contrée des noirs. Les Hollandois l'appellent maugelaar. Il croît aux lieux marécageux & aux bords des rivieres. Il pousse un si grand nombre de tiges, qu'on a peine à discerner la principale. Le Jaa-ja croît dans l'eau, & l'on y trouve souvent des huitres attachées. Dict. de Trevoux.


JAAROBAS. m. (Bot. exotiq.) espece de feve du Brésil ; elle est semblable à la cuiette, seulement plus petite. On mange les racines de la plante qui la porte.


JAATZDES. m. (Hist. nat. Bot.) c'est un arbrisseau du Japon, à feuilles de ricin commun ; ses fleurs sont blanches, à cinq pétales. Ses baies sont moins grosses qu'un grain de poivre. Elles ont à leur sommet une espece d'aigrette formée par les cinq étamines de la fleur.


JABATOPETAvoyez JABOTAPITA.


JABAYAHITES. m. (Hist. mod.) nom de secte parmi les Musulmans, qui suivant Ricaut, enseignent que la science de Dieu ne s'étend point à toutes choses ; que le tems & l'expérience lui ont appris plusieurs choses qu'il ignoroit auparavant. Dieu, disent-ils, n'ayant point eu de toute éternité une connoissance exacte de tous les évenemens particuliers qui doivent arriver dans le monde, il est obligé de le gouverner selon les occurrences. Voyez PROVIDENCE, PRESCIENCE, CONTINGENT. Diction. de Trévoux.


JABES. m. (Hist. anc.) l'acception de ce mot est incertaine. C'est ou le nom de Dieu chez les Samaritains, ou un terme correspondant au Jas des Juifs, ou une corruption de Juba, ou de Jesora.


JABI(Géog.) petit royaume d'Afrique en Guinée, sur la côte d'or, derriere le fort de Saint Georges de la Mine. Bosman dans sa description de la Guinée, dit que le roi de ce canton est un si petit seigneur, qu'il auroit peine à lui donner à credit pour cent florins de marchandise, de peur de n'en être jamais payé, vû sa pauvreté. Ce pays est arrosé par la riviere de Rio de Saint-Jean, que les negres appellent Bossumpra, à cause qu'ils le tiennent pour être un dieu. Voilà donc enfin une riviere divinisée par des Maures. (D.J.)


JABIRUS. m. (Hist. nat. Zoologie) grand oiseau de riviere de l'Amérique, qui a du rapport avec la grue ; il est plus grand qu'un cigne, son col est gros comme le bras, sa tête est fort grande, son bec est droit, & a environ dix à onze pouces de long, il est un peu recourbé par le bout ; ses jambes ont environ deux piés de longueur, & sont couvertes d'écailles. Il est tout blanc comme un cigne ou une oie. Le cou n'est point garni de plumes, & n'est couvert que d'une peau noire & dure. On conjecture que cela vient de ce que les plumes étoient tombées, & que l'on n'a vû cet oiseau que mort. Voyez Marggrave, hist. Brasiliensis.


JABIRUGUACUS. m. (Ornithol. exot.) nom d'un oiseau du Brésil, appellé par quelques-uns nanduapoa, & par les Hollandois scheurvogel ; cet oiseau tient beaucoup au genre des grues ; il a un bec large, long de sept à huit pouces, arrondi, & un peu élevé à l'extrémité. Il porte sur le sommet de la tête une espece de couronne osseuse, d'un gris blanc ; son long col & sa tête sont revêtus de peau écailleuse, sans aucunes plumes ; le reste du corps est couvert de plumes blanches ; mais les grosses plumes des aîles sont noirâtres avec une teinte pourpre. Il passe pour un manger délicieux. Rey, Ornitholog. pag. 202. (D.J.)


JABLES. m. terme de Tonnelier, c'est la partie des douves d'un tonneau qui excede les fonds des deux côtés, & qui forme en quelque façon la circonférence extérieure de chacune de ses extrémités.

Le jable se prend depuis l'entaille ou rainure dans laquelle sont enfoncées & assujetties les douves du fond de la futaille, jusqu'au bout des douves de longueur. Cette entaille ou rainure se nomme aussi quelquefois le jable.

Pour jauger les tonneaux, il faut d'abord appuyer un des bouts du bâton de jauge sur le jable du tonneau ou futaille qu'on se propose de jauger, faisant attention cependant que quand le jable d'une piece est plus court qu'il ne doit l'être, cette diminution du jable donne nécessairement un excédent de jauge. Voyez JAUGE & TONNELIER.

On appelle peignes de jable de petits morceaux de douves taillés exprès, qu'on fait entrer par force sous les cerceaux pour rétablir les jables rompus.


JABLERc'est faire des jables aux tonneaux & aux douves.


JABLOIRES. f. (Tonnelier) c'est un instrument dont les Tonneliers se servent pour faire le jable des tonneaux, ou la rainure où on fait entrer les fonds. Cet outil est composé de deux pieces de bois, l'une cilindrique & l'autre quarrée ; au bout de celle-ci est un morceau d'acier dentelé comme une scie. Le tonnelier qui s'en sert appuie la partie cilindrique de plat sur les bords des tonneaux qu'il a assemblés, & conduisant l'outil tout autour, il y forme avec le morceau d'acier une rainure qu'on appelle le jable. Voyez nos Planches de Tonnellerie.


JABORANDES. m. (Bot. exot.) plante haute de deux piés, qui a ses tiges ligneuses, grandes, noueuses, tortues & inégales ; sa racine fort grosse, & divisée en un grand nombre de parcelles & de filamens ; ses fleurs blanches, & à quatre feuilles, & ses graines renfermées sous une double cosse, brunes, applaties, & de la figure à peu-près d'un coeur tronqué par la pointe. On ne sait où croît le jaborande ; sa racine passe pour alexipharmaque. Dict. de Trévoux.


JABOTS. m. (Ornithol.) ingluvies, colum, poche membraneuse située près du cou des oiseaux, & au bas de leur oesophage.

Tous les oiseaux ont un élargissement au bas de l'oesophage, qu'on appelle le jabot, qui leur sert pour garder quelque tems la nourriture qu'ils ont avalée sans mâcher, avant que de la laisser entrer dans le ventricule.

Les Physiologistes donnent trois usages apparens à ce sac ; le premier de disposer la nourriture à la digestion ; le second de la serrer quelque tems, afin que le ventricule ne s'emplisse pas trop, dans les occasions où les oiseaux trouvent & amassent plus de nourriture que leur estomac n'en doit tenir pour la pouvoir bien digérer ; le troisieme de réserver cette nourriture pour la porter à leurs petits.

Les pigeons ont ce jabot fort ample ; ils l'enflent & l'élargissent extraordinairement, pour un autre usage que celui de réserver une grande quantité de nourriture ; car l'air qu'ils attirent pour la respiration, entre aussi dans le jabot, & gonflant cette partie, produit la grosse gorge, qui est particuliere aux pigeons. Quelques anatomistes prétendent avoir trouvé dans la trachée artere des pigeons, le conduit par lequel l'air entre dans leur jabot.

L'onocrotale a un grand sac fait par l'élargissement de son oesophage, qu'on lui voit pendu en-devant, depuis le dessous du bec, jusqu'au bas du col ; en cet endroit la peau n'est point garnie de plumes, mais seulement d'un duvet très-court, arrangé en long sur l'éminence de chacune des rides que ce sac fait en se pliant comme une bourse.

Le jabot du coroman, dont l'oesophage souffre une dilatation pareille à celle de l'oesophage de l'onocrotale, est plus caché, étant recouvert de plumes à l'ordinaire ; ces sacs servent à l'un & à l'autre de ces deux especes d'oiseaux, à recevoir les poissons qu'ils avalent fort grands, & tout entiers.

Quand les hérons veulent manger des moules, ils les avalent avec leurs coquilles ; & lorsqu'ils sentent qu'elles sont ouvertes, par la chaleur qui a relâché les ressorts de leurs muscles, ils les vomissent pour en manger la chair. Il y a apparence que c'est le jabot qui leur sert à cet usage, sa chaleur étant suffisante pour faire ouvrir les moules.

Les singes ont dans la bouche des poches aux deux côtés de la mâchoire où ils serrent tout ce qu'ils veulent garder ; on dit aussi qu'il y a un poisson qui a comme le singe, ce sac dans la gueule, où ses petits viennent se jetter quand ils ont peur. (D.J.)


JABOTAPITAS. m. (Botan. exot.) arbre d'une hauteur médiocre du Brésil, & du genre des ochna de Linnaeus ; voyez OCHNA.

Marggrave & Pison l'appellent, arbor baccifera racemosa, Brasiliensis, baccâ trigonâ, proliferâ. Il se plait sur les rivages de la mer ; son écorce est inégale, de couleur grisâtre ; ses branches sont molles & pliantes, ses feuilles sont alternes, vertes, oblongues, pointues ; ses fleurs sont petites, en bouquets, à cinq pétales jaunes, & d'une odeur très-agréable. Après qu'elles sont passées, il leur succede un fruit qui vient en grappes, c'est-à-dire que chaque pédicule porte une baie de la grosseur d'un noyau de cerise, de figure presque triangulaire, à laquelle sont attachées trois ou quatre autres baies sans pédicule, ovoïdes, de la même grosseur, de couleur noire comme nos myrtiles, & donnant la même teinture ; leur goût est stiptique ; on en tire de l'huile par expression. Ces baies servent encore aux mêmes usages que nos baies de myrthe, pour arrêter le cours de ventre, resserrer, & fortifier les intestins. (D.J.)


JABOTIS. m. (Hist. nat. Zool.) nom qu'on donne en Amérique à une espece de tortue qui s'y trouve ; son écaille est noire, & l'on y remarque plusieurs figures hexagones comme en relief. La tête & les piés sont bruns, mouchetés de taches verdâtres. Ray, Synops. quadruped.


JABURANDIBAS. m. (Hist. nat. Botan.) arbre du Brésil, dont les voyageurs ne nous ont point donné la description ; ils se sont contentés de dire que ses feuilles sont un spécifique contre toutes les maladies du foie. Il y en a une autre espece à feuilles rondes, moins grandes que les premieres ; ce dernier a des racines dont le goût est aussi fort que le gingembre, & qui appliquées sur les gencives, dissipent tous leurs maux.


JABUTICABAS. m. (Hist. nat. Bot.) grand arbre qui croît au Brésil. Il porte des fruits qui le couvrent depuis le bas du pié jusqu'au sommet, ensorte qu'on apperçoit à peine l'arbre. Ce fruit est noir, rond, de la grosseur d'un petit limon, d'un suc doux comme celui du raisin mûr, & salutaire aux fiévreux. Il y a beaucoup de ces arbres dans le territoire de Saint-Vincent. Dict. de Trévoux.


JACou JACHT, (Marine) Voyez YACHT.


JACAS. m. (Botan. exot.) arbre des Indes orientales, de la grandeur du laurier. C'est le joaca de Parkinson, le tijaca-marum, Hort. Malab. palma, fructu aculeato, ex trunco prodeunte, de C. Bauh. le papa d'Acosta, & le jaqua ou jaaca de nos voyageurs, Acosta, Garcias, Fragoso, Linschoot, & autres.

Cet arbre a la feuille large comme la main, d'un verd clair, & nerveuse. Il croît le long des eaux, & porte le plus gros fruit qui soit connu dans le monde. Il sort du tronc, ainsi que des principales branches, & est souvent enseveli dans la terre avec le bas du tronc, auquel il est adhérant. Il est de figure conique, d'une palme de large sur deux de longueur, & pese ordinairement quinze à vingt livres ; il est couvert d'une coque verte, épaisse, & parsemée d'une infinité de tubercules écailleux, piquans, mais blancs & laiteux en-dedans. Ce fruit en contient une infinité d'autres plus petits, oblongs & enveloppés d'une écorce commune ; leur pulpe est épaisse, jaunâtre, d'un goût & d'une odeur agréable. Chacun de ces fruits renferme une amande placée dans sa chair, comme dans un sac ; ces amandes sont couvertes d'une peau mince, cartilagineuse, blanchâtre & transparente ; sous cette pellicule extérieure, on en trouve une autre rougeâtre, qui contient une seconde amande, dont le goût approche beaucoup de celui de nos chataignes.

Il s'éleve du milieu de ce cône un pistil épais, cendré, semblable à une colonne, autour duquel les plus petits fruits sont disposés circulairement ; une de leurs extrémités pénetre dans le pistil, & l'autre aboutit diamétralement à l'écorce : on observe entre ces fruits, une infinité de ligamens membraneux, blanchâtres, jaunâtres, qui tiennent au pistil & à l'écorce, & qui rendent, après qu'on a coupé le fruit, le pistil & l'écorce, un suc gluant & laiteux.

Le jaca vient dans toutes les Indes orientales. Il y en a plusieurs especes, que l'on distingue par leurs fruits, qui sont plus ou moins gros, succulens & savoureux. (D.J.)


JACAMACIRIS. m. (Ornith. exot.) oiseau très-remarquable du Brésil, qu'on peut ranger parmi les pies, ayant les piés faits de même, deux orteils devant, & deux derriere. Il est de la grosseur de l'alouette ; ses piés sont jaunes ; sa tête, son dos, & ses aîles sont d'un verd gai, mêlangé de jaune & de rouge ; son ventre & sa poitrine sont d'un cendré sale ; mais comme toutes ses couleurs sont très-éclatantes au soleil, on ne peut s'empêcher d'en admirer le lustre & la beauté, selon Marggrave Hist. Bras. (D.J.)


JACANAS. m. (Ornith. exot.) belle espece de colombe du Brésil, qui aime les lieux humides ; ses jambes d'un jaune verd, sont plus élevées que celles de nos pigeons, & ses orteils, principalement ceux de derriere, sont plus longs ; sa couleur du dos, du ventre & des aîles, est nuée de verd & de noir ; son col & sa poitrine jettent toutes les couleurs changeantes de nos plus beaux pigeons ; sa tête est petite, & couverte d'une coeffe colorée comme la turquoise orientale ; son bec a la forme de celui de nos poules, petit, en partie d'un jaune verdâtre, & en partie d'un rouge éclatant. Marggrave, hist. Bras. (D.J.)


JACAPÉS. m. (Hist. nat. Bot.) espece de jonc du Brésil, qui ne porte ni semence ni fleurs. On le met au-dessus de la plaie de la morsure d'un serpent, & il soulage. Pison dit avoir fait usage avec succès de la décoction de sa racine contre le poison. Ray.


JACAPUS. m. (Ornithol. exot.) oiseau du Brésil qu'on doit ranger dans la classe des merles, puisqu'il en a la figure, la grosseur & la noirceur, à l'exception que sa poitrine est d'un très-beau rouge. Ray, Ornith. pag. 143. (D.J.)


JACAPUCAIOS. m. (Botan. exot.) Pison caractérise cet arbre en ces termes, arbor nucifera, Brasiliensis, cortice, fructu ligneo, quatuor nuces continente. C'est un grand arbre du Brésil, qui se plait dans les lieux marécageux du coeur du pays ; son bois est très-compact ; son écorce est grise, dure, inégale, telle que celle d'un vieux chêne ; ses feuilles ressemblent à celles du meurier, dentelées en leurs bords, & en quelque maniere torses & recourbées ; son fruit est gros comme la tête d'un enfant, de figure ovoïde, terminé à sa partie inférieure en cône obtus, attaché & suspendu par un pédicule ligneux. Il est couvert d'une écorce jaune extrêmement dure, & au bout qui regarde la terre, il est fermé en façon de boete par un couvercle qui paroît d'un artifice admirable. Ce couvercle se détache de lui-même lors de la maturité du fruit, & en même tems qu'il tombe, il laisse tomber aussi des noix jaunes, ridées, approchant en figure des mirobolans chébules, & contenant une amande d'un goût très-savoureux, comme celui des pistaches ; on les mange roties, on en donne pour nourriture à plusieurs animaux ; on en tire beaucoup d'huile par expression. La coque des noix est employée à faire des tasses, des gobelets ; le bois de l'arbre résiste à la pourriture, & on le préfere à tout autre pour des axes de moulins à sucre ; son écorce extérieure desséchée & pilée, sert pour calfeutrer des vaisseaux. (D.J.)


JACAPUYAS. m. (Hist. nat. Bot.) grand arbre du Brésil, qui produit un fruit semblable à un gobelet garni d'un couvercle, & qui contient des especes de chataignes qui ont du rapport avec les mirobolans. Dans la maturité le couvercle de ce fruit s'ouvre de lui-même. On lui attribue la propriété singuliere de faire tomber tous les poils du corps à ceux qui en mangent avec excès, inconvénient qu'il n'a point lorsqu'on le fait rotir.


JACARANDAS. m. (Bot. exot.) arbre des Indes, dont Pison a décrit deux especes ; l'une a le bois blanc, & l'autre noir ; tous deux sont marbrés, durs, & employés dans la Marqueterie.

Le blanc est sans odeur ; ses feuilles sont petites, pointues, luisantes en-dessus, blanches en-dessous, opposées directement le long des branches ; chaque rameau pousse divers rejettons, qui portent pendant plusieurs jours des boutons gros comme des noyaux de cerises, olivâtres, & disposés en grappes ; ces boutons en s'ouvrant, se divisent chacun en cinq feuilles inclinées em-bas, & soyeuses au toucher. Il naît entre ces feuilles une fleur monopétale, presque ronde, jaune, d'une odeur suave, s'épanouissant vers le côté, & poussant au milieu plusieurs étamines blanches, terminées par des sommets jaunes, en maniere de vergettes de soie. A ces fleurs succede un fruit grand comme la paume de la main, mais d'une figure que la nature a voulu singuliere ; car il est inégal, bossu, tortueux, inclinant toujours em-bas par son poids, rempli d'une chair verte blanchâtre, dont les habitans des lieux se servent au lieu de savon ; ils l'appellent manipoy.

Le jacaranda noir differe du blanc, en ce que son bois est noir, dur, compact comme celui de campêche, & odorant. (D.J.)


JACARDS. m. (Hist. nat. Zoolog.) l'animal que les Portugais appellent adive, & les Malabares jacard, ressemble au chien en grandeur & en figure, mais il a la queue du renard & le museau du loup. Ces animaux ne sortent guere que la nuit ; ils vont en troupes ; ils ont le cri plaintif ; à les entendre de loin, on diroit que ce sont des enfans qui pleurent. Ils font la guerre aux poules & à toutes sortes de volaille. Il y a entr'eux & les chiens grande antipathie. Ils attaquent quelquefois les enfans ; mais un homme armé d'un bâton peut toujours s'en défendre. On les enfume dans leurs tanieres, qui contiendroient vingt personnes, où l'on trouve rassemblés jusqu'à trente jacards.


JACARINIS. m. (Zool. exot.) sorte de chardonneret du Brésil, pour la figure & la grosseur, mais ayant d'autres couleurs que ceux de l'Europe ; car celui du Brésil est d'un noir brillant comme l'acier poli, & a le dessous des aîles tout blanc. Marggrave, hist. Brasil. (D.J.)


JACATETS. m. (Hist. mod.) sixieme mois de l'année des Ethiopiens & des Coptes. Il répond à notre Février. On l'appelle aussi Jachathtih & Jacatrih, & non Lécatrih, comme on lit dans Kircker.


JACATIBAS. m. (Hist. nat.) arbre du Brésil, qui porte un fruit semblable au limon, dont le jus est très-acide. Ce jus se trouve aussi dans toute l'écorce de l'arbre qui est fort rare, & qui ne se trouve que dans la Capitainerie de Saint-Vincent.


JACATRA(Géog.) ancienne ville d'Asie dans l'isle de la grande Java, détruite par les Hollandois, & dont ils ont fait ensuite, sous le nom de Batavia, une des plus belles places des Indes, & la capitale de tous les pays que possede la compagnie au-delà du Cap de Bonne-Espérance. Voyez BATAVIA. (D.J.)


JACCA(Géog.) ancienne ville d'Espagne, au royaume d'Aragon, avec un évêché suffragant de Sarragosse, & une forteresse ; elle est sur la riviere d'Aragon au pié des Pyrénées, à 8 lieues N. O. d'Huesca, 10 N. E. de Sarragosse. Ptolomée en parle, & elle a conservé son nom sans aucun changement. Long. 17. 16. lat. 42, 22. (D.J.)


JACCALS. m. (Zoolog.) Dellon écrit jacard ; espece de loup jaune, nommé par les Latins lupus aureus, & par les Grecs modernes squilachi. Il est plus petit que le loup, & a la queue du renard ; on les voit presque toujours en troupe jusqu'à des centaines ensemble ; ils habitent dans des tanieres, d'où ils sortent pendant la nuit, & volent tout ce qu'ils attrapent jusqu'à des souliers. C'est un animal d'ailleurs timide, & très-commun en Cilicie ; il a un cri lugubre. C'est selon toute apparence le même que le jacard. Voyez Dellon, voyages, ou mieux encore Belon, Observ. liv. 2. chap. 108. & Ray, Synops. quad. p. 174. (D.J.)


JACCARou JACARET, s. m. (Zoolog. exot.) animal du Brésil peu différent du crocodile des autres parties du monde. Il n'a point de langue, mais seulement une espece de membrane qui l'imite, & qui est mobile ; ses yeux sont gros, ronds, brillans, gris & bleux, avec une prunelle d'un beau noir ; les jambes antérieures sont foibles & très-déliées, les postérieures sont plus longues & plus fortes ; les piés de devant ont chacun cinq orteils, trois au milieu plus longs & armés d'ongles pointus, & les deux autres en sont dénués ; les piés de derriere ont chacun quatre orteils, dont l'un d'eux n'a point d'ongles. Il a, sur une moitié de sa queue, une forte nageoire, à la faveur de laquelle il peut nager comme les poissons. Ray. syn. quadr. p. 262. (D.J.)


IACCHAGOGUES. m. (Antiq.) on nommoit de ce nom ceux qui portoient en procession la statue de Iacchus, c'est-à-dire de Bacchus, à la célébration des fêtes éleusiniennes ; ils avoient leurs têtes couronnées de mirthe. (D.J.)


IACCHUSS. m. (Littér.) c'est le nom, sous lequel Bacchus étoit révéré à Eleusis. Des neuf jours destinés chaque année à la célébration des mysteres de Cérès, le sixieme étoit entierement consacré à Iacchus, c'est-à-dire à Bacchus. Ce jour-là on portoit sa statue en grande cérémonie d'Athènes à Eleusis, & tous les initiés chantoient & dansoient autour depuis le matin jusqu'au soir. Les Grecs ayant une fois admis l'existence des dieux, ils en tirerent parti pour satisfaire leurs goûts & leurs penchans. Ce sont eux qui pourroient dire à Cérès, à Iacchus, à l'Amour, vous n'êtes dieux que pour nos plaisirs. (D.J.)


JACÉEjacea, s. f. (Hist. nat. Bot.) genre de plante composée de plusieurs fleurons découpés, portés sur un embrion, & soutenus par un calice écailleux qui n'a point d'épine ; l'embrion devient dans la suite une semence qui porte une aigrette. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

Quoiqu'on en compte au-delà de quarante especes, la plus commune mérite seule d'être ici décrite ; les Botanistes la nomment jacea nigra ; jacea vulgaris, jacea nigra pratensis, latifolia.

Sa racine est assez épaisse, ligneuse, vivace, fibreuse, d'une saveur astringente, & qui cause des nausées. Les premieres feuilles, qui sortent de la racine, ont quelque chose de commun avec celles de la chicorée, car elles sont longues, un peu découpées, d'un verd foncé, garnies d'un duvet court. Sa tige est quelquefois unique, quelquefois il y en a plusieurs qui sortent d'une même racine ; elle est haute d'une coudée ou d'une coudée & demie, velue, cylindrique, cannelée, ferme, roide, difficile à rompre, & remplie de moëlle. Les feuilles, placées sur la tige, sont nombreuses, sans ordre, semblables à celles qui sont vers la racine, mais plus étroites, & dentelées à leur base. Des aisselles de ces feuilles s'élevent de petits rameaux garnis de folioles semblables, plus petites, portant à leur cime une, deux, ou trois fleurs composées de plusieurs fleurons en tuyau, découpées profondement vers leur sommet en cinq parties ; ces fleurons sont purpurins, fort serrés, appuyés sur un embrion, & renfermés dans un calice ; ce calice est composé d'écailles noirâtres, disposées en maniere de tuile, & garnies de poils à leurs bords. Quand les fleurs sont seches, les embryons se changent en des semences oblongues, petites, d'un noir-gris dans la maturité, chargées d'une aigrette, & nichées dans un duvet court & épais.

Cette plante est commune dans les pâturages. Elle contient beaucoup de sel alkali, fixe ou volatil, joint à une huile bitumineuse ; ses feuilles & ses fleurs sont rarement d'usage, excepté pour déterger & résoudre les ulceres. (D.J.)


JACHALvoyez JACCAL.


JACHERES. f. (Agricult.) c'est une terre labourable, sur laquelle on ne seme rien pendant une année, & que cependant on cultive pour la disposer à produire du blé.

Les spéculateurs en agriculture ont beaucoup raisonné pour & contre ce repos périodique, qui de trois années paroît en faire perdre une. L'usage constant de cette méthode dans beaucoup de pays est une présomption qu'elle est appuyée sur des raisons très-fortes ; & le succès d'une culture différente dans d'autres lieux est une preuve que cette année de repos n'est pas par-tout d'une indispensable nécessité.

Il paroît difficile de se passer de l'année de jachere dans toutes les terres que la nature n'a pas douées d'une fertilité extraordinaire, ou dont on ne peut pas compenser la médiocrité par des engrais fort abondans. En général les terres qu'on fait rapporter sans interruption s'épuisent, à moins qu'on ne répare continuellement ce que la fécondité prend sur elles. L'année de repos est pour la plûpart une condition essentielle à la recolte du blé.

Pendant cette année la culture a deux objets ; d'ameublir la terre, & de détruire l'herbe. Ces deux objets sont remplis par les labours, lorsqu'ils sont distribués & faits avec intelligence. On donne aux terres trois ou quatre labours pendant l'année de jachere, mais il vaut toujours mieux en donner quatre, excepté dans les glaises, parce que la difficulté de saisir le moment favorable pour les labourer, est beaucoup plus grande.

On dit lever la jachere, lorsqu'on donne le premier labour. Il doit être peu profond, & fait, autant qu'il est possible, pendant les mois de Novembre & de Décembre. Les gelées qui surviennent ameublissent & façonnent la terre, lorsqu'elle est retournée. Ce labour d'hiver a beaucoup plus d'influence qu'on ne croit sur les recoltes.

Vers la fin d'Avril, lorsque les semailles de Mars sont finies, on donne le second labour aux jacheres, & les autres successivement, à mesure que l'herbe vient à croître. Voyez LABOUR. Dans les intervalles de chacun de ces labours, les troupeaux paissent sur les jacheres qui leur sont très-utiles depuis le printems jusqu'au moment où la recolte des foins leur laisse les prés libres.

La terre exposée ainsi pendant un an, dans presque toutes ses parties, aux influences de l'air, acquiert une disposition à la fécondité qui est nécessaire pour assurer une récolte abondante de blé. Mais si l'on veut rendre & le repos & les labours aussi utiles qu'ils peuvent l'être, il faut que ces labours soient toujours faits par un tems sec, & suivis, quelques jours après, d'un hersage. Sans ces deux conditions la terre n'est point suffisamment ameublie, & les herbes ne sont pas assez détruites. Dans les années pluvieuses, souvent quatre labours ne suffisent pas ; il faut les multiplier autant que les herbes qui renaissent en établissent la nécessité.

A ces préparations on joint l'engrais. C'est pendant l'année de jachere qu'on porte le fumier sur les terres. Lorsque la cour en est suffisamment fournie, on fait bien de répandre ce fumier immédiatement avant le second labour. Il se desseche moins alors, que lorsqu'il est répandu pendant les grandes chaleurs de l'été, & il est mieux mêlé avec la terre par les labours qui suivent le second.

Si une terre est dans un état habituel de bonne culture, & qu'elle ait été long-tems engraissée, on peut, sans crainte, ne pas la laisser entierement oisive pendant l'année de jachere. Alors on retourne le chaume de Mars au mois de Novembre, & on herse bien ce labour. Au mois de Mars suivant on fume bien la terre, on la laboure de nouveau, & on y seme de bonne heure des pois ou de la vesce. Dès qu'ils sont recueillis, on laboure encore pour semer le blé dont on peut se promettre une bonne recolte. Mais il est sage de ne pas toujours demander à la terre cette fécondité continue. On doit conseiller aux cultivateurs de ne traiter ainsi chaque année que la moitié de leurs jacheres, afin que leurs terres se réparent tous les six ans par un plein repos. Il y a cependant des méthodes qu'on peut tenter peut-être avec de grands succès, quoique le repos n'y entre pour rien. Telle est celle qui a été pratiquée par Patulho. Voyez l'Essai sur l'amélioration des terres.


JACHERERv. act. (Agricult.) c'est donner à un champ le premier labour.


JACI D'AQUILA(Géog.) petite ville maritime de Sicile sur la côte orientale, entre le golphe de sainteThecle & Ponta Sicca, à mi-chemin de Catane à Tavormina. Long. 33. 2. lat. 37. 42. (D.J.)


JACINTEhyacinthus, s. f. (Bot.) genre de plante à fleur liliacée, monopetale & découpée en six parties ; elle a, en quelque façon, la forme d'une cloche, & par le bas celle d'un tuyau. Le pistil sort du fond de la fleur & devient dans la suite un fruit arrondi qui a trois côtes, qui est divisé en trois loges, & qui renferme des semences quelquefois arrondies, quelquefois plates. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.


JACINTHEvoyez HYACINTHE.


JACKS. m. (Hist. nat. Bot.) espece de fruit particulier à l'isle de Ceylan, & à qui les habitans donnent différens noms suivant ses différens degrés de maturité ; on le nomme polos lorsqu'il commence à pousser, cose lorsqu'il est encore verd, & ouaracha ou vellas lorsqu'il est parfaitement mûr. Ce fruit croît sur un grand arbre ; sa couleur est verdâtre ; il est hérissé de pointes & d'une grosseur prodigieuse ; il est rempli de graines comme la citrouille ; ce fruit est d'une grande ressource pour le peuple ; on le mange comme on fait les choux, & il en a le goût ; un seul jack suffit pour rassassier sept à huit personnes ; ses graines ou pepins ont la couleur & le goût des châtaignes ; on les fait cuire à l'eau ou sous les cendres.


JACKAASHAPUCKS. m. (Hist. nat. Botan.) c'est le nom que les sauvages de l'Amérique septentrionale donnent à une plante qui est connue par les Botanistes sous le nom de bousserole, vitis idaea, uva ursi, myrtillus ruber minor humi serpens. Il y a quelques années que cette plante étoit en vogue en Angleterre ; on la faisoit venir d'Amérique, & on en mêloit les feuilles sechées avec le tabac à fumer. Ces feuilles donnoient une odeur agréable à la fumée, & comme elles sont fort astringentes, elles empêchoient la trop grande abondance de salive que la fumée du tabac excite ordinairement. On n'a pas besoin de faire venir cette plante d'Amérique ; elle se trouve en très-grande quantité sur nos montagnes, & sur-tout sur les Pyrénées ; on en trouve aussi sur les Alpes & en Suéde. Voyez les Mémoires de l'Académie de Suéde, année 1743. On attribue à cette plante des vertus beaucoup plus intéressantes, & sur-tout celle d'être un puissant litontriptique, & de diviser la pierre très-promtement de la vessie. (-)


JACOBÉEjacoboea, s. f. (Bot.) genre de plante à fleur radiée, dont le disque est composé de fleurons, & la couronne de demi-fleurons ; les fleurons & les demi-fleurons sont portés chacun sur un embryon, & tous soutenus par un calice presque cylindrique, & fendu en plusieurs pieces. Les embryons deviennent dans la suite des semences garnies d'une aigrette & attachées à la couche. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

On vient de lire les caracteres de ce genre de plante, dont on compte une vingtaine d'especes, toutes inutiles en Medecine ; ainsi nous ne décrirons que la plus commune, nommée par les Botanistes jacobaea ou jacobaea vulgaris.

Sa racine est attachée fortement en terre, & on a peine à l'en tirer, à cause du grand nombre de fibres blanchâtres qu'elle jette de toutes parts. Ses tiges sont souvent nombreuses ; quelquefois il n'y en a qu'une, cylindrique, cannelée ; quelquefois elles sont lisses, d'autres fois un peu cotonneuses, purpurines, solides, garnies de beaucoup de feuilles, placées alternativement & sans ordre, hautes d'une coudée & demie & plus, partagées à leur partie supérieure en quelques rameaux ; ses feuilles sont oblongues, divisées profondément, d'abord en quelques paires de découpures, qui vont presque jusqu'à la côte ; ensuite par d'autres découpures secondaires, lisses, d'un verd foncé, sur-tout en-dessus.

Ses fleurs naissent à la cime des tiges & des rameaux ; elles sont disposées en forme de parasols d'une grandeur médiocre, radiées de couleur jaune ; leur disque est composé de plusieurs fleurons en tuyaux, divisés en cinq segmens à leur sommet, & la couronne est de demi-fleurons pointus, portés sur des embryons, & renfermés dans un calice tubulaire, qui est partagé en plusieurs pieces. Les embryons se changent après que la fleur est séchée, en des semences très-menues, oblongues, garnies d'aigrettes rougeâtres quand elles sont mûres.

Cette plante vient par-tout dans les champs, fleurit en été, & est quelquefois d'usage pour sécher, déterger, & consolider les ulceres ; ses feuilles ameres, astringentes, & très-desagréables au goût, changent légérement la teinture de tournesol. Il paroît qu'elles contiennent un sel essentiel uni à beaucoup d'huile & de terre.

Comme les tiges de la jacobée qu'on cultive dans les jardins s'élevent à quatre, cinq, ou six piés, on lui donne des appuis pour l'empêcher de se rompre ; elle soutient le froid des plus grands hivers, & se multiplie de bouture. (D.J.)


JACOBINSS. m. (Hist. ecclés.) est le nom qu'on donne en France aux religieux & aux religieuses qui suivent la regle de S. Dominique, à cause de leur principal couvent qui est près de la porte S. Jacques, à Paris ; c'étoit auparavant un hôpital de pélerins de S. Jacques, quand ils s'y vinrent établir en 1218. Voyez DOMINICAIN.

D'autres prétendent qu'ils s'appellerent Jacobins, dès qu'ils vinrent s'établir en Italie, parce qu'ils prétendoient imiter la vie des apôtres.

On les appelle aussi les freres prêcheurs ; ils font un des corps des quatre mendians. Voyez PRECHEUR & MENDIANT. Dictionnaire de Trévoux.


JACOBITES. m. (Hist. d'Angl.) c'est ainsi qu'on nomma dans la grande Bretagne, les partisans de Jacques II. qui soutenoient le dogme de l'obéissance passive, ou pour mieux m'exprimer en d'autres termes, de l'obéissance sans bornes. Mais la plûpart des membres du parlement & de l'église anglicane, penserent avec raison, que tous les Anglois étoient tenus de s'opposer au roi, dès qu'il voudroit changer la constitution du gouvernement ; ceux donc qui persisterent dans le sentiment opposé, formerent avec les Catholiques, le parti des Jacobites.

Depuis, on a encore appellé Jacobites, ceux qui croyent que la succession du trone d'Angleterre ne devoit pas être dévolue à la maison d'Hanovre ; ce qui est une erreur née de l'ignorance de la constitution du royaume.

On peut faire actuellement aux Jacobites, soit qu'ils prêtent serment, ou n'en prêtent point, une objection particuliere, qu'on ne pouvoit pas faire à ceux qui étoient ennemis du roi régnant, dans le tems des factions d'Yorck & de Lancastre. Par exemple, un homme pouvoit être contre le prince, sans être contre la constitution de son pays. Elle transportoit alors la couronne par droit héréditaire dans la même famille ; & celui qui suivoit le parti d'Yorck, ou celui qui tenoit le parti de Lancastre, pouvoit prétendre, & je ne doute pas qu'il ne prétendît, que le droit ne fût de son côté. Aujourd'hui les descendans du duc d'Yorck sont exclus de leurs prétentions à la couronne par les lois, de l'aveu même de ceux qui reconnoissent la légitimité de leur naissance. Partant, chaque Jacobite actuellement est rebelle à la constitution sous laquelle il est né, aussi-bien qu'au prince qui est sur le trone. La loi de son pays a établi le droit de succession d'une nouvelle famille ; il s'oppose à cette loi, & soutient sur sa propre autorité, un droit contradictoire, un droit que la constitution du royaume a cru devoir nécessairement éteindre. (D.J.)


JACOBSTADT(Géog.) petite ville maritime du royaume de Suede, en Finlande, dans la province de Cajanie, sur la côte orientale du golfe de Bothnie.


JACOUTINSS. m. (Hist. nat.) espece de faisans du Brésil, dont le plumage est noir & gris ; ils different pour la grosseur : suivant les voyageurs, leur chair est si délicate, qu'elle surpasse pour le goût celles de tous nos oiseaux d'Europe.


JACou JACQUE, s. m. (Marine) on nomme ainsi le pavillon de Beaupré d'Angleterre ; il est bleu, chargé d'un sautoir d'argent & d'une croix de gueule bordée d'argent. Voyez Planche XIX. suite des pavillons, celui de Jacque. (Q)


JACQUERI(LA) s. f. Hist. de France, sobriquet qu'on s'avisa de donner à une révolte de paysans, qui maltraités, rançonnés, desolés par la noblesse, se souleverent à la fin en 1356, dans le tems que le roi Jean étoit en Angleterre. Le soulevement commença dans le Beauvoisis, & eut pour chef un nommé Caillet. On appella cette révolte la jacquerie, parce que les gentilshommes non contens de vexer ces malheureux laboureurs, se mocquoient encore d'eux, disant qu'il falloit que Jacque-bonhomme fît les frais de leurs dépenses. Les paysans réduits à l'extrémité, s'armerent ; la noblesse de Picardie, d'Artois, & de Brie, éprouva les effets de leur vengeance, de leur fureur, & de leur desespoir. Cependant au bout de quelques semaines, ils furent détruits en partie par le dauphin, & en partie par Charles-le-Mauvais, roi de Navarre, qui prit Caillet, auquel on trancha la tête ; & tout le reste se dissipa. Mais s'ils eussent été victorieux ? (D.J.)


JACQUESJACQUES

Sa fin fut d'empêcher les courses des Maures qui troubloient les pélerins de St. Jacques de Compostelle. Treize chevaliers s'obligerent par voeu à assurer les chemins.

Ils proposerent aux chanoines de St. Eloi, qui avoient un hôpital sur la voie françoise, de s'unir à leur congrégation. L'union se fit en 1170, & l'ordre fut confirmé en 1175.

La premiere dignité de l'ordre est celle de grand-maître, qui a été réunie à la couronne d'Espagne. Les chevaliers font preuve de quatre races de chaque côté. Il faut encore faire preuve que les ancêtres n'ont été ni Juifs, ni Sarrasins, ni hérétiques, ni repris en aucune maniere par l'inquisition.

Les novices sont obligés de faire le service de la Marine pendant six mois sur les galeres, & de demeurer un mois dans un monastere. Autrefois ils étoient véritablement religieux, & faisoient voeu de chasteté ; mais Alexandre III. leur permit de se marier. Ils ne font plus que les voeux de pauvreté, d'obéissance, & de chasteté conjugale, auxquels ils ajoutent celui de défendre l'immaculée conception de la Vierge, depuis l'an 1652. Leur habit de cérémonie est un manteau blanc avec une croix rouge sur la poitrine. Cet ordre est le plus considérable de tous ceux qui sont en Espagne. Le roi conserve avec soin le titre de grand-maître de S. Jacques, comme un des plus beaux droits de sa couronne, à cause des revenus, & des riches commanderies, dont il lui donne la disposition. Le nombre des chevaliers est beaucoup plus grand aujourd'hui qu'il ne l'étoit autrefois ; les grands aimant mieux y être reçûs que dans celui de la Toison d'or, parce qu'ils esperent parvenir par-là aux commanderies, & que cette dignité leur donne dans tout le royaume d'Espagne, mais particulierement en Catalogne, des priviléges considérables.

Les anciennes armes de cet ordre étoient d'or à une épée de gueules, chargée en abîme d'une coquille de même, & pour devise, rubet ensis sanguine Arabum. Aujourd'hui c'est une croix en forme d'épée, le pommeau fait en coeur, & les bouts de la garde en fleurs-de-lis. On croit que ces fleurs-de-lis qui se rencontrent dans les armes des ordres militaires d'Espagne, sont un monument de reconnoissance des secours que les François donnerent souvent aux Espagnols contre les Maures.

* JACQUES (S.) hôpital S. Jacques, Hist. mod. il a été fondé par les bourgeois de Paris vers la fin du douzieme siecle, mais n'a commencé à former un corps politique qu'en 1315, en vertu de lettres-patentes de Louis X. En 1221, le pape Jean XXII. reconnoissant le droit de patronage & d'administration laïque que les fondateurs de cette maison s'étoient réservé à eux & à leurs successeurs, voulut par une bulle donnée en faveur de cet établissement qu'on construiroit une chapelle dans cet hôpital, & que cette chapelle seroit desservie par quatre chapelains ; que l'un d'eux sous le nom de trésorier, ordonneroit de toutes les choses ecclésiastiques & autres qui concerneroient l'office divin seulement ; qu'il auroit charge d'ame des chapelains, des hôtes & des malades de l'hôpital, & qu'il leur administreroit les sacremens ; que ce trésorier rendroit compte tous les ans aux administrateurs ; que ceux-ci présenteroient au trésorier des personnes capables de remplir les chapellenies, & que la trésorerie venant à vaquer, un des chapelains seroit présenté par les administrateurs à l'évêque de Paris, pour être revêtu de l'office de trésorier. Une bulle de Clément VI. confirme celle de Jean XXII ; le nombre des chapelains n'étoit dans les commencemens que de quatre. Il a été augmenté dans la suite ; mais quatre seulement des nouveaux ont été égalés aux anciens. Le but de l'institution étoit l'hospitalité envers les pélerins de S. Jacques ; mais elle y a toûjours été exercée envers les malades de l'un & de l'autre sexe. En 1676, on tenta de réunir cette maison à l'ordre hospitalier de S. Lazare ; mais en 1698, le roi anéantit l'union faite : depuis, l'administration & l'état de l'hôpital S. Jacques ont été un sujet de contestations qui ne sont pas encore terminées. Un citoyen honnête avoit proposé de ramener cet établissement à sa premiere institution ; mais il ne paroît pas qu'on ait goûté son projet. Voyez parmi les différens mémoires qu'il a publiés sous le titre de vûes d'un citoyen, celui qui concerne l'hôpital dont il s'agit.

JACQUES, (pierre de S.) gemma divi Jacobi, nom que quelques naturalistes ont donné à une espece de quartz ou d'agate opaque, d'une couleur laiteuse. Voyez la Minéralogie de Wallerius.

JACQUES, (S.) Géog. Voyez SANT IAGO.


JACTANCES. f. (Morale) c'est le langage de la vanité qui dit d'elle le bien qu'elle pense. Ce mot a vieilli, & n'entre plus dans le style noble, parce qu'il est moins du bon ton de se louer soi-même que de dire du mal des autres. La jactance est quelquefois utile au mérite médiocre, elle seroit funeste au mérite supérieur ; je ne hais point trop la jactance, son but est de s'élever & non de s'abaisser.


JACTATIONS. f. (Méd.) c'est un symptome de maladie ; il consiste en ce que les malades étant extrêmement inquiets, ne peuvent rester au lit dans une même attitude, & en changent continuellement, parce que, comme on dit communément, ils ne trouvent point de bonne place : ils se jettent d'un côté du lit à l'autre ; ils se tournent souvent ; ils s'agitent, s'étendent, se courbent ; ils promenent leurs membres çà & là, & ne discontinuent point ces différens mouvemens du corps entier ou de ses parties, ayant la physionomie triste, & poussant souvent des soupirs, des gémissemens.

Cet état accompagne souvent les embarras douloureux d'estomac, les nausées fatigantes, la disposition au vomissement prochain, les douleurs vives, comme convulsives, qui viennent par tranchées, par redoublemens, comme dans certaines coliques, dans le travail de l'enfantement & dans les cas où les humeurs morbifiques d'un caractere délétere, portent des impressions irritantes dans le genre nerveux ; quoiqu'il y ait d'ailleurs beaucoup de foiblesse.

La jactation est toûjours un mauvais signe dans les maladies, sur-tout lorsqu'elle survient à l'abattement des forces constant & considérable ; lorsque le vice morbifique a son siége dans quelques parties nobles, lorsqu'elle est accompagnée de sueurs de mauvaise qualité, de froid aux extrémités ; mais elle est de moindre conséquence, lorsqu'elle arrive dans les tems de crise ; qu'elle ne se trouve avec aucun autre mauvais symptome, & qu'elle n'est point suivie de défaillance, de délire ou de phrénésie.

La jactation est à-peu-près la même chose que l'anxiété, l'inquiétude : on peut consulter sur ce qui y a rapport, les traités de Séméiotique dans la partie qui roule sur les prognostics : mais on trouve le précis très-bien circonstancié de tout ce qu'ont observé les anciens sur le sujet dont il s'agit, dans l'excellent ouvrage de Prosper Alpin, de praesagiendâ vitâ & morte aegrotantium, lib. III. cap. iv. &c. dans celui de Duret, in coacas praenotiones Hippocratis passim, &c.


JACUA-ACANGAS. m. (Botan. exot.) espece d'héliotrope du Brésil décrite par Pison, & que les Portugais appellent fédagoso ; sa tige rameuse & velue croît à la hauteur de deux à trois piés ; ses feuilles sont grandes comme la main, de la figure de celles de l'herbe aux chats, rudes, plus piquantes que celles de l'ortie, & repliées. Il s'éleve d'entre elle, une sorte d'épic long d'un pié, garni de grains verds comme au plantain, excepté que ces épics sont courbés en queue de scorpion, finissant par de petites fleurs bleues & jaunes, faites en forme de calice ; sa racine est longue d'un pié, presque droite, ligneuse, jettant peu ou point de filamens, brune en-dehors, blanche en-dedans, & d'un goût insipide. (D.J.)


JACULATOIRou ÉJACULATOIRE, adject. (Théolog.) par cette épithete, on désigne des prieres courtes & ferventes adressées à Dieu du fond de l'ame ; les pseaumes de David en sont remplis.


JACUPÉMAS. m. (Ornith. exot.) espece de faisan du Brésil de la grosseur de nos poules ; sa large queue est d'un pié de longueur ; ses jambes sont hautes, couvertes de plumes noirâtres ; il peut élever les plumes de sa tête en maniere de crête, qui est bordée de blanc ; sa gorge a un appendice assez semblable aux barbes du coq ; son ventre est legerement tacheté de blanc ; ses piés sont d'un beau rouge ; on apprivoise aisément cet oiseau ; il tire son nom de son cri qui est jacu, jacu, jacu. Marggrave, Hist. Brasil. (D.J.)


JACUTS. m. (Hist. nat.) on croit que les Médecins arabes désignent sous ce nom le rubis ; ils croyoient que c'étoit à l'or que cette pierre précieuse étoit redevable de sa couleur, & en conséquence la regardoient comme un excellent cordial. D'autres pensent que les arabes désignoient par ce mot général le rubis, le saphir, & l'hyacinthe ; ce qui paroît certain, c'est que rien n'est plus mal fondé que les vertus médicinales que l'on attribue à ces sortes de pierres.


JACUT-AGAS. m. (Hist. mod.) nom d'un officier à la cour du grand-seigneur. C'est le premier des deux eunuques qui ont soin du trésor ; ils sont l'un & l'autre au-dessus de l'esneder-bassi. Le jacut-aga a le tiers du deuxieme denier que l'esneder-bassi prend sur-tout ce qui se tire du trésor. Dict. de Trév. & Vegece.


JADDESESS. m. pl. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme dans l'isle de Ceylan des prêtres d'un ordre inférieur & obscur, qui sont chargés de desservir les chapelles ou les oratoires des génies qui forment un troisieme ordre de dieux parmi ces idolâtres. Chaque habitant a droit de faire les fonctions des jaddeses, sur-tout lorsqu'il a fait bâtir à ses dépens une chapelle, dont il devient le prêtre ; cependant le peuple a recours à eux dans les maladies & les autres calamités, & l'on croit qu'ils ont beaucoup de credit sur l'esprit des démons, qui passent chez eux pour avoir un pouvoir absolu sur les hommes, & à qui les jaddeses offrent un coq en sacrifice dans la vûe de les appaiser. Les jaddeses sont inférieurs aux gonnis & aux koppus. Voyez KOPPUS.


JADES. m. (Hist. nat. Lithologie) c'est une pierre, ou d'un verd pâle, ou olivâtre, ou grisâtre ; elle est d'une dureté extrême, au point qu'on ne peut la travailler qu'avec la poudre de diamant ; elle ne prend jamais un beau poli, mais sa surface paroît toûjours comme humide ou grasse ; elle donne des étincelles lorsqu'on la frappe avec de l'acier ; quand elle est brisée, son tissu intérieur est parfaitement semblable à celui du quartz ou du caillou ; elle n'a que très-peu de transparence, à-peu-près comme un morceau de cire blanche ; sa couleur, quoique toûjours verte, varie pour les nuances ; on en trouve d'un verd jaunâtre très-clair, & d'un verd foncé & terne comme celui de l'olive.

On a donné au jade les noms de pierre divine, à cause des propriétés merveilleuses que les Indiens lui ont attribuées ; ils croyoient que cette pierre appliquée sur les reins étoit très-propre à en soulager les douleurs, & faisoit passer le sable & la pierre par les urines ; ils la regardoient aussi comme un remede souverain contre l'épilepsie, & étoient persuadés que de la porter en amulete c'étoit un préservatif contre les morsures des bêtes venimeuses. On a un traité imprimé sous le nom de pierre divine, l'on y trouvera les détails des propriétés prétendues qu'on lui a attribuées. Il y a peu de tems que cette pierre étoit fort en vogue à Paris, ses grandes vertus la faisoient rechercher avec empressement par les dames, & elles en payoient très-cherement les plus petits morceaux ; mais il paroît que cet enthousiasme populaire est actuellement passé, & que le jade ou la pierre divine a perdu la réputation qu'on lui avoit si légerement accordée.

On a donné aussi au jade le nom de pierre néphrétique, mais il ne faut point le confondre avec d'autres pierres, à qui quelques auteurs ont aussi donné ce nom. Voyez PIERRE NEPHRETIQUE.

Les Turcs & les Polonois font avec le jade des manches de sabres & de coutelas, ainsi que d'autres ornemens.

Quelques auteurs donnent au jade le nom de pierre des Amazones, parce qu'on assure qu'il se trouve sur les bords de la riviere des Amazones, dans l'Amérique méridionale ; quelques naturalistes ont prétendu que les pierres qu'on y trouve ne sont point la même chose que le vrai jade qui vient des Indes orientales, & qui se rencontre dans l'île de Sumatra ; mais M. de la Condamine assure que la pierre des Amazones ne differe en rien du jade oriental : elle se trouve chez les Topayos, nation indienne établie sur les bords de la riviere des Amazones, plus aisément que par-tout ailleurs.

Les morceaux de jade qu'on trouve en Amérique sont très-artistement travaillés, & paroissent l'avoir été par les anciens Américains ; on en rencontre des morceaux qui sont cylindriques, & percés depuis un bout jusqu'à l'autre ; cela paroît d'autant plus surprenant, que la pierre est extrêmement dure, & que ces peuples ignoroient l'usage du touret & du fer ; cela a donné lieu de croire que cette pierre n'étoit que le limon de la riviere des Amazones, à qui on avoit donné différentes formes en le paîtrissant quand il étoit mou, & qu'il s'étoit ensuite durci à l'air, fable que l'expérience a suffisamment réfutée. Voyez le voyage de la riviere des Amazones, par M. de la Condamine, p. 140. & suiv. édit. in-8 °.

On trouve aussi des morceaux de jade creusés, & taillés en vases & en figures différentes ; d'autres sont en plaques, sur lesquelles on a gravé des figures d'animaux pour en faire des talismans, &c.

Quelques naturalistes regardent le jade comme une espece de jaspe ; mais il semble en différer par sa dureté, qui est beaucoup plus considérable que celle du jaspe ; outre cela, il a plus de transparence que le jaspe, il ne prend point le poli comme lui, puisque, comme nous l'avons déja remarqué, le jade a toûjours un air gras à sa surface. (-)

JADE, (Mat. med.) Voyez PIERRE NEPHRETIQUE.


JADÉRA(Géog. anc.) ancienne ville & colonie de la Liburnie, selon Pline & Ptolomée ; elle est appellée sur une médaille de Claudius, Col. Claudia, Augusta, Felix, Jadera ; & une médaille de Domitien porte, Col. Augusta, Jadera ; c'est aujourd'hui Zara Vecchia. (D.J.)


JADIS(adv. de tems.) Jadis est synonyme à autrefois, ils se disent l'un & l'autre d'un tems très-éloigné dans le passé ; mais autrefois est d'usage dans la prose & dans la poésie, au lieu que jadis semble réservé à la poésie : on s'en sert aussi dans le style plaisant ; on dit quelquefois une femme de jadis ; on n'aime plus comme on aimoit jadis.


JAEN(Géog.) ville d'Espagne, capitale d'un canton appellé Royaume, dans l'Andalousie, avec un évêché suffragant de Tolede, riche de 20 mille ducats de revenu fixe. Ferdinand III. roi de Castille prit Jaen sur les Maures en 1243 ; elle est dans un terrein abondant en fruits exquis, & très-riche en soie, au pié d'une montagne, à 16 lieues N. de Grenade, 6 S. O. de Baeza, 46 N. E. de Seville, 72 S. E. de Madrid. Long. 14. 55. lat. 37. 38. (D.J.)


JAFA(Géog.) autrefois dite par les étrangers Joppé, ancienne ville d'Asie dans la Palestine, & fameuse dans l'Ecriture-sainte, à 8 lieues de Jérusalem, avec un mauvais port. Saladin la ruina ; quelques années après, S. Louis tâcha de la rétablir, & y donna des exemples de sa charité ; elle est aujourd'hui si misérable, qu'on y comptoit à peine 300 pauvres habitans, au rapport de Paul Lucas, qui la vit en 1707. Le plus beau bâtiment consiste en deux vieilles tours quarrées, où demeure un aga du grand-seigneur, qui y reçoit quelque tribut des pélerins du lieu. Long. 52. 55. lat. 32. 20. (D.J.)


JAFANAPATAN(Géog.) ville forte des Indes orientales, capitale d'un royaume ou d'une presqu'île de même nom, dans l'île de Ceylan. Les Hollandois la prirent sur les Portugais le 21 Juin 1658, & depuis ce tems-là elle leur est demeurée. Long. 98. lat. 9. 30. (D.J.)


JAFISMKES. m. (Commerce) c'est ainsi que les Russes appellent les écus blancs d'Allemagne, de la figure de S. Joachim empreinte sur cette monnoie, qui fut battue en 1519 à Joachimstal, en Bohème. Les jafismkes passent en Russie sur le pié des écus de France.


JAGARAS. m. (Hist. nat.) nom que les Indiens donnent à une espece de sucre que les Indiens tirent d'une liqueur, qu'on obtient en coupant la pointe des bourgeons du tenga ou cocotier ; ce sucre est fort blanc, mais il n'a point la délicatesse de celui qu'on tire des cannes.


JAGASGIAGAS ou GIAGUES, s. m. (Hist. mod. & Géog.) peuple féroce, guerrier, & antropophage, qui habite la partie intérieure de l'Afrique méridionale, & qui s'est rendu redoutable à tous ses voisins par ses excursions & par la désolation qu'il a souvent portée dans les royaumes de Congo, d'Angola, c'est-à-dire sur les côtes occidentales & orientales de l'Afrique.

Si l'on en croit le témoignage unanime de plusieurs voyageurs & missionnaires qui ont fréquenté les Jagas, nulle nation n'a porté si loin la cruauté & la superstition : en effet, ils nous présentent le phénomene étrange de l'inhumanité la plus atroce, autorisée & même ordonnée par la religion & par la législation. Ces peuples sont noirs comme tous les habitans de cette partie de l'Afrique ; ils n'ont point de demeure fixe, mais ils forment des camps volans, appellès kilombos, à-peu-près comme les Arabes du désert ou Bédouins ; ils ne cultivent point la terre, la guerre est leur unique occupation ; nonseulement ils brûlent & détruisent tous les pays par où ils passent, mais encore ils attaquent leurs voisins, pour faire sur eux des prisonniers dont ils mangent la chair, & dont ils boivent le sang ; nourriture que leurs préjugés & leur éducation leur fait préférer à toutes les autres. Ces guerriers impitoyables ont eu plusieurs chefs fameux dans les annales africaines, sous la conduite desquels ils ont porté au loin le ravage & la desolation : ils conservent la mémoire de quelques héroïnes qui les ont gouvernés, & sous les ordres de qui ils ont marché à la victoire. La plus célebre de ces furies s'appelloit Ten-ban-dumba ; après avoir mérité par le meurtre de sa mere, par sa valeur & par ses talens militaires de commander aux Jagas, elle leur donna les lois les plus propres qu'elle put imaginer pour étouffer tous les sentimens de la nature & de l'humanité, & pour exciter une valeur féroce, & des inclinations cruelles qui font frémir la raison ; ces lois, qui s'appellent Quixillos, méritent d'être rapportées comme des chefs-d'oeuvre de la barbarie, de la dépravation, & du délire des hommes. Persuadée que la superstition seule étoit capable de faire taire la nature, Ten-ban-dumba l'appella à son secours ; elle parvint à en imposer à ses soldats par un crime si abominable, que leur raison fut reduite au silence ; elle leur fit une harangue, dans laquelle elle leur dit qu'elle vouloit les initier dans les mysteres des Jagas, leurs ancêtres, dont elle alloit leur apprendre les rites & les cérémonies, promettant par-là de les rendre riches, puissans, & invincibles. Après les avoir préparés par ce discours, elle voulut leur donner l'exemple de la barbarie la plus horrible ; elle fit apporter son fils unique, encore enfant, qu'elle mit dans un mortier, où elle le pila tout vif, de ses propres mains ; aux yeux de son armée ; après l'avoir réduit en une espece de bouillie, elle y joignit des herbes & des racines, & en fit un onguent, dont elle se fit frotter tout le corps en présence de ses soldats ; ceux-ci, sans balancer, suivirent son exemple, & massacrerent leurs enfans pour les employer aux mêmes usages. Cette pratique abominable devint pour les Jagas une loi qu'il ne fut plus permis d'enfreindre ; à chaque expédition, ils eurent recours à cet onguent détestable. Pour remédier à la destruction des mâles, causée par ces pratiques exécrables, les armées des Jagas étoient recrutées par les enfans captifs qu'on enlevoit à la guerre, & qui devenus grands & élevés dans le carnage & l'horreur, ne connoissoient d'autre patrie que leur camp, & d'autres lois que celles de leur férocité. La vue politique de cette odieuse reine, étoit, sans-doute, de rendre ses guerriers plus terribles, en détruisant en eux les liens de la nature & du sang. Une autre loi ordonnoit de préférer la chair humaine à toute autre nourriture, mais défendoit celle des femmes ; cependant on remarque que cette défense ne fit qu'exciter l'appétit exécrable des Jagas les plus distingués, pour une chair qu'ils trouvoient plus délicate que celle des hommes ; quelques-uns de ces chefs faisoient, dit-on, tuer tous les jours une femme pour leur table. Quant aux autres, on assure qu'en conséquence de leurs lois, ils mangent de la chair humaine qui se vend publiquement dans leurs boucheries. Une autre loi ordonnoit de réserver les femmes stériles, pour être tuées aux obseques des grands ; on permettoit à leurs maris de les tuer pour les manger. Après avoir ainsi rompu tous les liens les plus sacrés de la nature parmi les Jagas, leur législatrice voulut encore éteindre en eux toute pudeur ; pour cet effet elle fit une loi, qui ordonnoit aux officiers qui partoient pour une expédition, de remplir le devoir conjugal avec leurs femmes en présence de l'armée. A l'égard des lois relatives à la religion, elles consistoient à ordonner de porter dans des boëtes ou châsses les os de ses parens, & de leur offrir de tems en tems des victimes humaines, & de les arroser de leur sang, lorsqu'on vouloit les consulter. De plus, on sacrifioit des hécatombes entieres de victimes humaines aux funérailles des chefs & des rois ; on enterroit tout vifs plusieurs de ses esclaves & officiers pour lui tenir compagnie dans l'autre monde, & l'on ensevelissoit avec lui deux de ses femmes, à qui on cassoit préalablement les bras. Le reste des cérémonies religieuses étoit abandonné à la discrétion des singhillos, ou prêtres de cette nation abominable, qui multiplient les rites & les cérémonies d'un culte exécrable, dont eux seuls savent tirer parti. Quelques Jagas ont, dit-on, embrassé le christianisme, mais on a eu beaucoup de peine à les déshabituer de leurs rites infernaux, & sur-tout de leur goût pour la chair humaine. Voyez the modern. part. of an universal history, vol. XVI.


JAGERNDORFF(Géog.) ville & château de Silésie, sur l'Oppa, à 6 lieues O. de Tropaw, 26 S. E. de Breslaw. Long. 35. 22. lat. 50. 4.

C'est la patrie de Georges Frantzkius, savant jurisconsulte d'Allemagne ; il devint par son mérite chancelier d'Ernest, duc de Gotha, fut annobli, & gratifié du titre de comte Palatin par l'empereur, perdit dans une incendie sa bibliotheque & ses manuscrits, & mourut en 1659, âgé de 65 ans. La plûpart de ses ouvrages, entr'autres ses Commentarii in pandectas juris civilis, & ses Exercitationes juridicae, ont été réimprimés plusieurs fois. (D.J.)


JAGGORIS. f. (Hist. nat.) nom donné par les habitans de Ceylan à une espece de sucre, qui se tire d'un arbre appellé ketule. Voyez ce mot.


JAGIou JAQUIR, s. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme dans l'empire du mogol un domaine ou district assigné par le gouvernement, soit pour l'entretien d'un corps de troupes, soit pour les réparations où l'entretien d'une forteresse, soit pour servir de pension à quelque officier favorisé.


IAGOIAGO

IAGO de CUBA, Sant, (Géog.) ville de l'Amérique septentrionale, sur la côte méridionale de l'île de Cuba, avec un port au fond d'une baie, & sur la riviere de même nom ; elle fut bâtie par les Espagnols en 1514, mais la Havane a pris le dessus, & tout le commerce de cette ville y a été transféré. (D.J.)

IAGO del ESTERO, Sant, (Géog.) ville de l'Amérique méridionale, sans murs, sans fossés, & sans habitans, car on y trouveroit à peine une centaine de maisons ; c'est néanmoins la résidence de l'inquisiteur ordinaire de la province. Elle est située sur une riviere poissonneuse, dans un pays plat, fertile en froment, en seigle, en orge, en fruits, & en tigres carnassiers ; sa distance du Potosi est à environ 70 lieues. Long. 315. 35. lat. mérid. 28. 25. (D.J.)

IAGO de las VALLES, Sant, (Géog.) petite ville presque deserte de l'Amérique septentrionale, dans l'audience de Mexico ; elle est sur la riviere de Panuco, à 30 lieues de Panuco. Long. 276. 40. lat. 23. (D.J.)

IAGO de la VEGA, Sant, (Géog.) belle ville de l'Amérique, capitale de la Jamaïque, bâtie par les Espagnols, à qui les Anglois l'ont enlevée ; c'est la résidence du gouverneur de la Jamaïque : elle est à présent fort peuplée, sise à 2 lieues de la mer, dans une plaine, sur une riviere, à 5 lieues de Port-Royal. Long. 300. 50. lat. 18. (D.J.)

IAGO, Sant, (Géog.) considérable ville de l'Amérique méridionale, capitale du Chili, avec un beau port, un évêché suffragant de Lima, & une audience royale ; c'est la résidence du gouverneur du Chili, & du tribunal de l'inquisition. Elle fut bâtie par Pierre de Valdivia en 1541, dans une belle & vaste plaine, abondante en tout ce qui est nécessaire à la vie, au pié de la Cordillera de los Andès, sur la petite riviere de Mapécho, qui la traverse de l'E. à l'O. Il y a différens canaux, par le moyen desquels on arrose les jardins, & on rafraîchit les rues.

Elle a éprouvé de fréquens tremblemens de terre, & quelques-uns qui l'ont fort endommagée, entr'autres ceux de 1647 & 1657. Le premier renversa cette ville de fond en comble, & répandit dans l'air des vapeurs si vénéneuses, que tous les habitans, qui sont Espagnols & Indiens, en moururent, à trois ou quatre cent personnes près.

Cependant les chaleurs de ce climat, qui gît sous le 33e. degré de lat. Sud, sont extrêmement modifiées par le voisinage des montagnes de la Cordeliere, dont les cimes élevées jusqu'aux cieux, & couvertes d'une neige éternelle, entretiennent à Sant-Iago, au plus fort de l'été, une heureuse température ; la terre y est d'une fertilité singuliere, & procure toutes sortes d'arbres fruitiers ; le pâturage est excellent, & on y engraisse une grande quantité de bétail ; le boeuf & le mouton s'y vendent pour rien, & sont d'un goût délicieux. Long. 308. lat. mérid. 33. 40. (D.J.)


JAGOARUMS. m. (Hist. nat. Zoolog.) animal assez mal décrit. Ce qu'on nous en dit, c'est qu'il aboie comme le chien ; qu'il se trouve au Brésil ; qu'il est comme le chien de cette contrée ; qu'il est fort vorace ; qu'il vit de fruit & de proie ; qu'il est marqueté de brun & de blanc, & qu'il a la queue fort touffue.


JAGODNA(Géog.) ville de la Turquie européenne, dans la Servie, près de la Moravie, à 25 lieues N. O. de Nissa, 38 S. E. de Belgrade. Long. 39d. 50'. lat. 44. (D.J.)


JAGOSS. m. (Géog.) nom d'un peuple d'Afrique, dont il est parlé dans Maty & de la Croix : ce sont des Arabes errans, adorateurs de la lune & du soleil, hommes agiles & robustes, & voleurs de profession. Ils sont armés d'une hache, d'arc & de fleches, & passent pour antropophages ; ils habitent la basse Ethiopie, sur-tout le royaume d'Anzico.


JAGRES. m. (Hist. nat.) espece de sucre, qu'on fait avec le tari ou vin de palmier & de cocotier. Si lorsque le tari est récemment tiré de l'arbre, on le met bouillir dans un chaudron avec un peu de chaux vive, il s'épaissit, & devient en consistance de miel ; en le laissant bouillir plus long-tems, il acquiert la solidité du sucre, moins délicat à la vérité que celui qu'on prépare avec le jus de cannes, mais cependant presqu'aussi blanc ; c'est avec ce sucre que le menu peuple des Indes orientales fait toutes ses confitures, au rapport de Dellon ; les Malabares appellent ce sucre jagara, & les Portugais jagre. Diction. de Trévoux. (D.J.)


JAGRENATou JAGANAT, (Géog.) lieu des Indes, situé à 45 milles de Ganjam, sur l'une des embouchures du Gange ; c'est-là où le grand bramine, c'est-à-dire le grand-prêtre des Indiens, fait sa résidence, à cause du pagode qu'on y a bâti, & dont nous allons parler. Long. 103d. 45'. 30''. lat. 19. 50.

L'édifice de ce temple indien, le plus célebre d'Asie, est extrêmement élevé, & renferme une vaste enceinte. Il donne son nom à la ville qui l'environne, & à toute la province ; mais la grande idole qui est sur l'autel, en fait la gloire & la richesse : cette idole, nommée Késora, a deux diamans à la place des yeux ; un troisieme diamant, attaché à son cou, lui descend sur l'estomac ; le moindre de ces diamans est d'environ 40 karats, au rapport de Tavernier ; les bras de l'idole étendus & tronçonnés un peu plus bas que le coude, sont entourés de bracelets, tantôt de perles, tantôt de rubis ; elle est couverte, depuis les épaules jusqu'aux piés, d'un grand manteau de brocard d'or ou d'argent, selon les occasions ; ses mains sont faites de petites perles, appellées perles à l'once ; sa tête & son corps sont de bois de santal.

Ce dieu, car ç'en est un dans l'esprit des Indiens, quoiqu'il soit assez semblable à un singe, est continuellement frotté avec des huiles odoriférantes qui l'ont entierement noirci ; il a sa soeur à sa main droite, & son frere à sa gauche, tous deux vêtus & debout ; devant lui paroît sa femme, qui est d'or massif : ces quatre idoles sont sur une espece d'autel, entouré de grilles, & personne ne peut les toucher que certains bramines destinés à cet honneur. Autour du dôme qui est fort élevé, & sous lequel cette famille est placée, ce ne sont, depuis le bas jusqu'au haut, que des niches remplies d'autres idoles, dont la plûpart représentent des monstres hideux, faits de pierres de différentes couleurs ; derriere la déesse Késora, est le tombeau d'un des prophetes indiens, à qui l'on rend aussi des adorations.

Il y a dans le même temple une foule d'autres idoles, où les pélerins vont faire leurs moindres offrandes ; & ceux qui dans leurs maladies, ou dans de grands évenemens, se sont voués à quelque dieu, en apportent la ressemblance dans ce lieu-là, pour reconnoître le secours qu'ils croient en avoir reçu.

Le temple de Jagrenate qui possede toutes ces idoles, est le plus fréquenté de l'Asie, à quoi contribue beaucoup sa situation sur le Gange, dont les eaux lavent de toutes souillures ; on y aborde de toutes parts, & le revenu en est si considérable, par les taxes & les aumônes, qu'il pourroit suffire à nourrir dix milles personne chaque jour : l'argent que produit le culte que l'on y vient rendre aux idoles, est un des plus grands revenus du raja de Jagrenate, qui est prince souverain, quoiqu'en apparence tributaire du grand-mogol.

En entrant dans la ville, il faut payer trois roupies, c'est pour le raja ; avant même que de mettre le pié dans le temple, il faut payer une roupie pour les bramines, & c'est la taxe des plus pauvres pélerins, car les riches donnent magnifiquement. Le grand-prêtre, qui dispose seul des revenus du temple, a soin, avant que d'accorder la permission aux pélerins de se raser, de se laver dans le Gange, & de faire les autres choses nécessaires pour s'acquiter de leurs voeux, de taxer chacun selon ses moyens, dont il s'est exactement informé ; le tout est appliqué à l'entretien du pagode, à celui des dieux du temple, à la nourriture des pauvres, & à celle des prêtres qui doivent vivre de l'autel.

Mais on a beau payer cher l'entrée du temple, & les dévotions aux idoles, le concours du monde qui y aborde de toutes les parties de l'Inde, soit en-deçà, soit en-delà du Gange, n'en est que plus grand & plus fréquent.

Il y a des pélerins qui pour être dignes d'entrer dans le temple font des deux cent lieues, en se prosternant sans-cesse sur la route, jusqu'à la fin de leur pélerinage, qui dure quelquefois plusieurs années. D'autres traînent par mortification de longues & pesantes chaînes attachées à leur ceinture ; quelques-uns marchent jour & nuit les épaules chargées d'une cage de fer, dans laquelle leur tête est enfermée : on a vû des Indiens se précipiter sous les roues du char qui portoit l'idole de Jagrenate, & se faire briser les os par piété.

Enfin, la superstition réunissant tous les contraires, on a vû d'un côté les prêtres de la grande idole amener tous les ans une fille à leur dieu, pour être honorée du titre de son épouse, comme on en présentoit une quelquefois en Egypte au dieu Anubis ; & d'un autre côté, on conduisoit au bucher de jeunes veuves, qui se jettoient gaiement dans les flammes sur les corps de leurs maris. (D.J.)


JAGSou JAXT, (Géog.) riviere de Franconie, qui prend sa source dans le comté d'Oettingen, & qui se jette dans le Necker, près de Wimpfen.


JAGUACATI-GUACUS. m. (Ornith. exot.) espece de martin-pêcheur du Bresil, nommé par les Portugais papapèéxe ; son bec est noir, long, & pointu ; ses jambes sont fort courtes, & un des orteils est placé derriere son dos ; sa tête, sa queue, & ses aîles, sont couleur de fer ; son col est entouré d'un collier de plumes d'un grand blanc ; le gosier, la poitrine, & le ventre, sont d'un blanc uniforme : il est marqueté sur chaque oeil d'une tache blanche ; sa queue & ses aîles ont aussi des mouchetures blanches, qui paroissent à découvert quand cet oiseau vole. Marggrave, Hist. Brasil. (D.J.)


JAGUACIRIS. m. (Hist. nat. Zoolog.) animal du Brésil de la grosseur & de la couleur du renard ; il vit de crabe, d'écrévisse & de la canne de sucre ; il fait quelquefois un grand dégat dans ces plantations ; du reste il est innocent, il dort beaucoup, & on le prend sans peine. Dictionn. de Trévoux.


JAGUANA(Géog.) les Espagnols la nomment Santa-Maria del Puerto, fanum sanctae-Mariae ad Portum ; petite ville de l'Amérique, dans l'île Hispaniola, à soixante lieues de Saint-Domingue. Elle fut surprise par les Anglois en 1591, mais ils l'ont rendue aux Espagnols. Long. 306. 15. lat. 19. 25. (D.J.)


JAGUARAS. m. (Zoolog.) nom d'un animal du Brésil, que Marggrave regarde comme une espece de tigre ; mais il en differe en plusieurs choses, & approcheroit davantage du léopard par ses mouchetures rondes. Les Portugais appellent cet animal onça, l'once, & il paroît en effet qu'on peut assez bien le mettre dans la classe des onces ou lynx proprement ainsi nommés. Sa tête, ses oreilles, ses piés, & toutes ses autres parties, quadrent à cette espece de chat ; ses griffes sont crochues en demi-lune, & très-pointues ; ses yeux sont bleus, & brillent dans l'obscurité ; sa queue est de la longueur de celle du chat, en quoi elle differe de celle du linx ordinaire. Le jaguara est jaune sur tout le corps, avec de belles tachetures noires différemment disposées. C'est une bête sauvage, courageuse & aussi friande de chair humaine, que de celle des autres animaux. (D.J.)


JAGUARACAS. m. (Ichthyol. exot.) poisson du Brésil, semblable en plusieurs choses au scorpion de la méditerranée. Il est de la grosseur d'une perche d'eau douce, & présente une grande gueule édentée. Il n'a qu'une nageoire sur le dos ; sa queue est fourchue, ses ouies sont armées de pointes qui blessent ceux qui le prennent ; tout son corps est revêtu de petites écailles d'un brillant argentin, excepté sur le ventre qui est d'un blanc mate ; sa tête est rouge, couverte d'une espece de croute chevelue. On prend ce poisson parmi les roches, & il est excellent à manger. Marggrave, Hist. Brasil. (D.J.)


JAGUARETES. m. (Hist. nat. Zoolog.) espece de bête féroce du Brésil que Marggrave regarde comme un tigre, & que d'autres prennent pour un lynx ou un léopard. Sa peau est jaunâtre, remplie de grandes taches noires & brunes, qui sont rondes ou d'une figure indéterminée. Il ressemble au jaguara, mais il est plus grand que lui. Voyez JAGUARA. Cet animal est très cruel & avide de chair humaine. Ray, Synops. quadruped.


IAHOUA KATTou AIOUA, s. m. (Hist. nat.) poisson des mers du Brésil, dont la face ressemble, dit-on, à la tête d'un boeuf ; c'est un poisson de la famille des orbes ; il a la queue fourchue.


JAICK LE(Géog.) grande riviere de la Tartarie à son extrémité orientale. Elle la sépare du Turquestan, prend sa source au Caucase, dans la partie que les Tartares nomment Aral tag, à 53 dégrés de latit. & à 85 de longit. après un cours d'environ 80 lieues d'Allemagne, elle se jette dans la mer Caspienne, à 45 lieues à l'Est de l'embouchure du Wolga ; il y a une quantité prodigieuse de poisson, dont on transporte les oeufs salés par toute l'Europe, sous le nom de caviar. Voyez CAVIAR. (D.J.)


JAICZA(Géog.) ville forte de la Turquie européenne, dans la Bosnie, dont elle est la capitale, sur la Pliva, à 20 lieues N. O. de Bagnaluck, 52 S. O. de Bude, 54 N. O. de Belgrade. Long. 35. 10. lat. 45. 5. (D.J.)


JAIHAHS. m. (Hist. nat. Zoolog.) espece de renard de la basse Ethiopie. On dit qu'il a l'odorat très-fin, & qu'il chasse de concert avec le lion qui partage avec lui sa proie.


JAILLIRverb. & JAILLISSANT, adj. (Hydr.) se dit des eaux qui s'élevent en l'air, & qui y sont poussées avec violence. Voyez JET D'EAU. (K)


JAIou JAYET, s. m. gagates, lapis thracius, succinum nigrum. (Hist. nat. minéral.) On nomme ainsi une substance d'un noir luisant, opaque, seche, & qui a presque la dureté d'une pierre ; elle prend un poli aussi vif qu'une agate ; elle est legere au point de nager sur l'eau ; elle brûle dans le feu, répand une fumée fort épaisse, accompagnée d'une odeur semblable à celle du charbon de terre. Le jais est une substance résineuse ou bitumineuse, qui a pris de la solidité & de la consistance dans le sein de la terre ; elle est plus legere, plus pure & moins chargée des parties terrestres, que le charbon de terre ; & quand on la brûle, elle donne moins de cendres ou de terre que lui. Il y a en Angleterre une espece de charbon fossile très-pur, qu'on nomme kennel-coal, qu'il seroit aisé de confondre avec le jais. Cependant il y a des différences réelles, attendu que le jais se trouve par masses détachées, ou par morceaux de différentes grandeurs dans le sein de la terre, au lieu que le charbon de terre se trouve par couches ; joignez à cela que le jais s'allume beaucoup plus promtement que le charbon de terre.

Le jais se trouve dans beaucoup de parties de l'Europe, telles que l'Angleterre, l'Allemagne, & sur-tout dans le duché de Wirtemberg ; il y en a aussi en France dans le Dauphiné & dans les Pyrénées. Les morceaux de jais qu'on trouve sont toûjours accompagnés d'une terre argilleuse, noirâtre ; ils ont une figure qui les fait ressembler à des morceaux de bois ; & on ne peut douter que, de même que le charbon de terre, le succin & tous les bitumes, le jais ne tire son origine de bois extrêmement résineux, qui ont été enfouis dans le sein de la terre par des révolutions arrivées au globe ; la partie ligneuse s'est décomposée & a été détruite dans la terre, de maniere qu'on ne trouve plus que la partie résineuse qui, en se durcissant, a conservé la forme du bois qui lui a servi comme de moule.

Tout le monde sait qu'on fait avec le jais un grand nombre de bijoux & d'ornemens, comme des boëtes, des bracelets, des colliers, des pendants d'oreilles, & des boutons pour le deuil ; on les taille pour ces usages comme on feroit des pierres. On contrefait le jais avec du verre noir, dont on forme de petits cylindres creux que l'on coupe & que l'on enfile les uns près des autres, pour faire des ajustemens de deuil pour les femmes, & on les nomme jais artificiel. Il y en a de noir & de blanc ; ce dernier n'est appellé jais que très-improprement. (-)


JAIZIS. m. (Hist. mod.) secrétaire ou contrôleur. En Turquie toutes les dignités ont leur chécaya & leur jaizi. Le jaizi de l'imbro-orbassi est grand écuyer sur le registre ou contrôle des écuries.


JAKAN(Hist. nat. Bot.) c'est une plante du Japon, à fleur-de-lis, petite, rouge & marquetée en dedans de taches couleur de sang. Une autre espece, qui se nomme siaga, croît sur les montagnes, & porte une fleur blanche, double, quelquefois d'un bleu détrempé.


JAKSHABATS. m. (Hist. mod.) douzieme & dernier mois de l'année des Tartares orientaux, des Egyptiens & des Cataïens. Il répond à notre mois de Novembre. On l'appelle aussi jachchaban ou mois de rosées.


JAKUSIS. m. (Myth.) c'est le nom que les Japonois donnent au dieu de la medecine ; ils le représentent debout, la tête entourée de rayons ; il est porté sur une feuille de tarato ou de nymphaea.


JAKUTEou YAKUTES, s. m. pl. (Géog.) nation tartares payenne de la Sibérie orientale, qui habite les bords du fleuve Lena. Elle est divisée en dix tribus d'environ trois mille hommes chacune. Dans de certains tems, ils font des sacrifices aux dieux & aux diables ; ils consistent à jetter du lait de jument dans un grand feu, & à égorger des chevaux & des brebis qu'ils mangent, en buvant de l'eau-de-vie jusqu'à perdre la raison. Ils n'ont d'autres prêtres que des schamans, especes de sorciers en qui ils ont beaucoup de foi, qui les trompent par une infinité de tours & de supercheries, par lesquels il n'y a qu'une nation aussi grossiere qui puisse être séduite. Ils sont tributaires de l'empire de Russie, & payent leur tribut en peaux de zibelines & autres pelletteries. Un usage bien étrange des Jakutes, c'est que, lorsqu'une femme est accouchée, le pere de l'enfant s'approprie l'arrierefaix & le mange avec ses amis qu'il invite à un régal si extraordinaire. Voyez Gmelin, voyage de Sibérie.


JAKUTSK(Géog.) ville de Sibérie sur les bords du grand fleuve de Lena qui va se jetter dans la mer glaciale. Il y regne un froid extraordinaire, & la terre y est toûjours gelée jusqu'à une très-grande profondeur. Les habitans déposent leur provision de poisson & de viande dans leurs caves, où étant gelées, elles se conservent très-long-tems. Les environs de cette ville sont très-stériles à cause du froid qui y regne. C'est dans son territoire qu'on trouve une très-grande quantité de dents d'élephans enfouies en terre. Voyez IVOIRE FOSSILE. Elle est placée au 58e. degré 26 minutes de latitude septentrionale. Elle est habitée par les Jakutes, nation tartare, & par les Russes. Gmelin, voyage de Sibérie.


JALA(Géog.) royaume & ville d'Asie, situés dans la partie orientale de l'isle de Ceylan. Cet état est fort dépeuplé, à cause de la mauvaise qualité de l'air.


JALAC(Géog.) ville d'Afrique, dans la Nubie, bâtie sur une isle formée par le Nil.


JALAGES. m. (Jurisprud.) est un droit que quelques seigneurs sont fondés à prendre sur chaque piece de vin vendue en détail ; c'est la même chose que ce que l'on appelle ailleurs droit de forage. Ce mot jalage vient de ce qu'on mesure le vin, dû pour ce droit, dans une jale ou vaisseau contenant un certain nombre de pintes de vin. Le jalage d'Orléans, qui paroît avoir rapport à ces termes de jale & de jalage, contient seize pintes. Voyez l'article 492 de la Coûtume d'Orléans. (A)


JALAPjalapa, s. m. (Hist. nat. Bot.) plante à fleur monopétale en forme d'entonnoir, découpée, pour l'ordinaire, très-légerement ; elle a deux calices ; l'un l'enveloppe, l'autre la soutient ; celui-ci devient dans la suite un fruit arrondi qui renferme une semence de même forme. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

M. de Tournefort compte onze especes de ce genre de plante, & nomme jalapa officinarum fructu rugoso, celle dont on emploie les racines sous le nom de jalap dans les boutiques. Voici la description de cette espece. Elle porte au Pérou de grosses racines noirâtres en dehors, blanchâtres en dedans, d'où sort une tige haute de deux coudées, ferme, noueuse & fort branchue : les feuilles naissent opposées, & se terminent en pointe d'un verd obscur, sans odeur. Les fleurs sont monopétales en forme d'entonnoir, jaunes ou panachées de blanc, de pourpre & de jaune, ayant un double calice, l'un qui les enveloppe, & l'autre qui les soutient. Le dernier devient un fruit ou une capsule à cinq angles, arrondie, noirâtre, longue de trois lignes, un peu raboteuse & chagrinée, obtuse d'un côté, & terminée de l'autre par un bord saillant en forme d'anneau. Cette capsule renferme une semence ovoïde, roussâtre : toute cette plante ne différe presque du solanum mexicanum magno flore C. B. P. que l'on a coûtume d'appeller en françois belle-de-nuit, qu'en ce qu'elle a le fruit plus ridé : ou plutôt c'est un liseron d'Amérique, convolvulus americanus, comme le prétend M. William Houston.

On cultive en Angleterre, dans les jardins des curieux, la plûpart des especes de jalap, soit par le moyen des racines qui réussissent très-bien, soit par les graines ; on seme d'abord les graines au commencement du printems dans une couche modérée pour la chaleur, & quand elles ont levé, on les transplante dans une autre couche, à six pouces de distance, pour leur faire prendre racine ; on les couvre avec des verres pendant la nuit, & on les ôte dans le jour. Dès qu'elles se sont élevées à la hauteur d'un pié, on les met dans des pots pleins de bonne terre, qu'on place dans des couches qui ne donnent point trop de chaleur, pour faciliter leur enracinement. On transporte ces pots à la fin de Mai dans des lieux à demeure, ayant soin de soutenir la tige de la plante par un petit bâton, & de l'arroser au besoin.

Les jalaps, par cette culture, montent à la hauteur de trois ou quatre piés, s'étendent au large, & donnent constamment des fleurs différentes sur un même pié, depuis le mois de Juin jusqu'à l'hiver, ce qui produit le double plaisir de la variété des fleurs & de leur durée.

Il est vrai cependant que les sleurs de jalaps se ferment pendant le jour à la chaleur du soleil ; mais le soir à son coucher, elles s'épanouissent de nouveau & continuent dans cet état jusqu'à ce que le lendemain le soleil vienne les refermer ; c'est pourquoi, sans-doute, on appelle cette plante belle-de-nuit, ou merveille du Pérou. Ainsi, toutes les fois que le ciel est couvert, ou qu'on arrive au milieu de l'automne, les fleurs de jalap restent épanouies presque tout le jour.

Comme elles naissent successivement & se succedent promtement, leurs graines qui mûrissent peu de tems après, tombent à terre. C'est-là qu'il faut les ramasser soigneusement une ou deux fois par semaine, pour les resemer ensuite. On choisit celles qui viennent de la plante qui a donné la plus grande variété de fleurs, parce qu'elles produisent toûjours cette même variété, & ne changent jamais du rouge ou du jaune au pourpre & au blanc, quoiqu'elles dégénerent quelquefois en fleurs simples, jaunes, rouges, pourpres, blanches ; mais elles retiennent constamment une ou deux de leurs couleurs primordiales.

De toutes les especes de jalap, il n'y a que le jalap à fruit ridé, fructu rugoso, espece de liseron du nouveau monde, qui donne la racine médicinale, dont on fait un si grand débit. Elle tire son nom de Xalappa, ville de la nouvelle Espagne, située à seize lieues de la Vera-Cruz, d'où elle est venue pour la premiere fois en Europe.

On compte que presque tous les deux ans, il arrive d'Amérique à Cadix environ six mille livres de cette racine. (D.J.)

JALAP, (Mat. méd.) le jalap est une racine qu'on nous apporte de l'Amérique, dans un état très-sec, & coupée en tranches. L'extérieur en est noir ou très-brun, & le dedans d'un gris foncé, & même un peu noirâtre, parsemé de petites veines blanches, ou d'un jaune très-pâle.

Il faut choisir le jalap en gros morceaux brillans ou résineux, qu'on ne puisse rompre avec les mains, mais qui se brisent facilement sous le marteau, qui s'enflamment dès qu'on les expose à la flamme, ou au charbon embrasé, & qui soient d'un goût vif & nauséeux. Il faut toûjours le demander en morceaux entiers, & non pas brisé, ou en poudre ; parce que celui qu'on trouve chez les marchands dans ce dernier état, est communément vieux, carié, sans vertu.

Le jalap contient une résine & un extrait, qu'on peut en retirer séparément par les menstrues respectives de ces substances, c'est-à-dire, par le moyen de l'esprit-de-vin, & par celui de l'eau. Selon Géoffroy, douze onces de jalap donnent trois onces de résine, & quatre onces d'extrait. Cartheuser a retiré d'une once de jalap bien choisi, environ demi-once d'extrait, & deux scrupules de résine ; ce qui donne une porportion bien différente de celle de Geoffroy. Il est vraisemblable que cette variété de résultats, est plutôt dûe dans les expériences de ces deux auteurs, à des différences dans la maniere de procéder, qu'à la diversité des sujets sur lesquels chacun a opéré : car, quoiqu'on trouve des jalaps plus ou moins résineux, il n'est pas permis de supposer qu'ils puissent tant varier à cet égard, étant observé d'ailleurs que tout bon jalap possede un degré d'activité, à-peu-près constant & uniforme.

La vertu propre du jalap entier, ou donné en substance, est de purger puissamment, & pourtant sans violence. C'est le plus doux des hydragogues, & cependant un des plus sûrs. Les expériences que Wepfer a faites avec le magistere, c'est-à-dire, la resine de jalap sur des chiens, & dont le résultat a été que cette drogue causoit sur l'estomac & les intestins de ces animaux les effets des poisons corrosifs, ces expériences, dis-je, ne pouvant rien, même contre la résine de jalap, attendu que Wepfer a employé des doses excessives, & que tous les remedes actifs, vraiment efficaces, deviennent nuisibles, mortels, lorsqu'on force leur dose jusqu'à un certain point. Elles prouvent encore moins contre les vertus du jalap entier ou en substance ; car nous observerons, tout-à-l'heure, que l'action de ces deux remedes est bien différente. Nous disons donc que l'observation constante prouve, malgré les expériences de Wepfer, que le jalap en substance est un excellent, & un très-sain, très-fidele purgatif, que les Medecins abandonnent très-mal à-propos aux gens du peuple, ou du moins qu'ils réservent dans leur pratique ordinaire, pour les cas où les plus forts hydragogues sont indiqués. Le jalap entier est, encore un coup, un purgatif qui n'est point violent, & qui ajoûté à la dose de douze, quinze & vingt grains aux medecines ordinaires, avec la manne, & au lieu du sené & de la rhubarbe, purgeroit efficacement & sans violence, le plus grand nombre des adultes. De bons auteurs le recommandent même pour les enfans ; mais il n'est pas assez démontré par l'expérience que cette derniere pratique soit louable.

Le jalap entier est, à la dose de demi-gros & d'un gros donné seul dans de l'eau ou dans du vin blanc, un excellent hydragogue, qu'on emploie utilement dans les hydropisies, les œdèmes, les queues des fievres intermittentes, certaines maladies de la peau, &c. Voyez HYDRAGOGUE.

L'extrait aqueux, ou l'extrait proprement dit de jalap ne purge presque point, & pousse seulement par les urines : ce remede n'est point d'usage.

La résine de jalap donnée seule ou nue dans de l'eau, du vin, ou du bouillon, purge quelquefois très-puissamment, mais ce n'est jamais sans exciter des tranchées cruelles ; l'irritation qu'elle cause s'oppose même assez souvent à son effet purgatif, & alors le malade est violemment tourmenté, & est peu purgé, beaucoup moins que par le jalap entier. Ce vice est commun aux résines purgatives ; voyez PURGATIF. Mais on le corrige efficacement en combinant ces substances avec le jaune d'oeuf, ou avec le sucre ; voyez CORRECTIF. C'est principalement avec la résine de jalap & le sucre qu'on prépare les émulsions purgatives, qui sont des remedes très-doux. Voyez à l'art. EMULSION. (b)


JALAVA(Hist. nat. Bot.) fruit d'un arbre des Indes orientales, qui est de la grosseur d'un gland. On nous dit que les Indiens l'emploient dans différentes potions médicinales, sans nous apprendre pour quelles maladies.


JALDABAOTHS. m. (Hist. eccles.) nom que les Nicolaïtes donnoient à une divinité qu'ils adoroient. Barbelo étoit mere de Jaldabaoth. Il avoit découvert beaucoup de choses ; il méritoit nos hommages sur-tout. On lui attribuoit des livres, ces livres étoient remplis de noms barbares de principautés & de puissances qui occupoient chaque ciel, & qui perdoient les hommes.


JALÉS. f. (Commerce) mesure de liquides qui tient environ quatre pintes de Paris. Voyez GALLON.


IALEMES. m. (Belles-Lettres) sorte de chanson lugubre, en usage parmi les anciens grecs dans le deuil & les funérailles.

Ces pieces étoient ordinairement si languissantes qu'elles avoient donné lieu au proverbe grec, rapporté par Hesychius , plus misérable, ou plus froid qu'un ïalème. Adrianus Junius rapporte aussi, comme un proverbe, ces mots grecs, , digne d'être mis au rang des ïalèmes. Il se fonde sur ce que dit le poëte comique Menandre ; que si vous ôtez la hardiesse à un amant, c'est un homme perdu, qu'il faut que vous mettiez au rang des ïalèmes. Junius ajoûte qu'ïalème étoit le nom d'un homme plein de défauts & de desagrémens, quoique fils de Calliope. On ignore quelle forme de vers entroit dans la composition des ïalèmes.


JALOCZINA(Géog.) riviere de Valachie, qui prend sa source sur les frontieres de la Transilvanie, & qui se jette dans le Danube.


JALOFESles, ou GELOFFES, s. m. pl. (Géog.) peuple d'Afrique dans la Nigritie. Ils occupent le bord méridional du Sénégal & les terres comprises entre cette riviere, & celle du Niger ; ce qui fait un pays de plus de cent lieues de long, sur quarante de côtes maritimes.

Les Jalofes sont tous extrêmement noirs, en général bien proportionnés, & d'une taille assez avantageuse. Leur peau est très-fine, très-douce, mais d'une odeur forte & desagréable, quand ils sont échauffés. Il y a parmi le peuple des femmes aussi-bien faites, à la couleur près, qu'en aucun autre pays du monde ; & c'est cette couleur vraiment noire qu'elles estiment le plus.

Elles sont gaies, vives, & très-portées à l'amour. Elles ont du goût pour tous les hommes, & particulierement pour les blancs, auxquels elles se livrent pour quelque présent d'Europe, dont elles sont fort curieuses ; d'ailleurs leurs maris ne s'opposent point à leur goût pour les étrangers, & même ils leur offrent leurs femmes, leurs filles & leurs soeurs, tenant à honneur de n'être pas refusés, tandis qu'ils sont fort jaloux des hommes de leur nation. Ces négresses ont presque toûjours la pipe à la bouche, se baignent très-souvent, aiment beaucoup à sauter & à danser au bruit d'une calebasse, d'un tambour ou d'un chaudron ; tous les mouvemens de leurs danses, sont autant de postures lascives, & de gestes indécens.

Le P. du Jarric dit qu'elles cherchent à se donner des vertus, comme celles de la discrétion, & de la sobriété, desorte que pour s'accoûtumer à manger & à parler peu, elles prennent de l'eau, & la tiennent dans leur bouche, pendant qu'elles s'occupent à leurs affaires domestiques, & qu'elles ne rejettent cette eau, que quand l'heure du premier repas est arrivée. Mais une chose plus vraie, c'est leur goût pour se peindre le corps de figures inéfaçables ; la plûpart des filles, avant que de se marier, se font découper & broder la peau de différentes figures d'animaux, ou de fleurs, pour paroître encore plus aimables. Ce goût regne chez presque tous les peuples d'Afrique, les Arabes, les Floridiennes, & tant d'autres. Voyez FARD.

Les Jalofes sont mahométans, mais d'une ignorance incroyable. Il ne croît ni bled ni vin dans leur pays, mais beaucoup de dattes dont ils font leur breuvage, & du mays dont ils font leur pain. On tire de ce pays des cuirs de boeufs, de la cire, de l'ivoire, de l'ambre-gris, & des esclaves. Voyez Dapper, Descrip. de l'Afrique, p. 228. & suiv. (D.J.)


JALOISS. m. (Commerce) mesure de continence dont on se sert à Guise, & aux environs, pour mesurer les grains. Le jalois de froment pese 80 livres poids de marc, de meteil, 76 ; de seigle, aussi 76 ; d'avoine, 50 livres : un jalois fait cinq boisseaux de Paris. A Riblemont vers la Ferre, le jalois comble fait quatre boisseaux mesure de Paris. Diction. de Commerce. (G)


JALONSS. m. pl. (Arpentage) ce sont des bâtons droits, longs de cinq à six piés, & unis & planés par un des bouts, qui s'appelle la tête du jalon, & aiguisés par l'autre qu'on fiche en terre. Ils servent à prendre de longs alignemens, & souvent on garnit leurs têtes de cartes, de linge, ou de papier, pour les distinguer de loin dans le nivellement ; on les arme d'un carton blanc coupé à l'équerre.

On appelle jalon d'emprunt une mesure portative, qui est la même que la hauteur des jalons qui supportent le niveau, & que l'on présente à tous les jalons d'un alignement, pour les faire buter & décharger. De jalon, on a fait jalonner.


JALOUSIES. f. (Morale) inquiétude de l'ame, qui la porte à envier la gloire, le bonheur, les talens d'autrui ; cette passion est si fort semblable par sa nature & par ses effets, à l'envie dont elle est soeur, qu'elles se confondent ensemble. Il me paroît pourtant que par l'envie, nous ne considérons le bien, qu'en ce qu'un autre en jouit, & que nous le desirons pour nous, au lieu que la jalousie est de notre bien propre, que nous appréhendons de perdre, ou auquel nous craignons qu'un autre ne participe : on envie l'autorité d'autrui, on est jaloux de celle qu'on possede.

La jalousie ne regne pas seulement entre des particuliers, mais entre des nations entieres, chez lesquelles elle éclate quelquefois avec la violence la plus funeste ; elle tient à la rivalité de la position, du commerce, des arts, des talens, & de la religion.

Pour ce qui regarde la jalousie en amour, cette fiévre ardente qui dévore les habitans des régions brûlées par les influences du soleil, & qui n'est pas inconnue dans nos climats tempérés, nous croyons qu'elle mérite un article à part. (D.J.)

* La jalousie, dans ce dernier sens, est la disposition ombrageuse d'une personne qui aime, & qui craint que l'objet aimé ne fasse part de son coeur, de ses sentimens, & de tout ce qu'elle prétend lui devoir être reservé, s'allarme de ses moindres démarches, voit dans ses actions les plus indifférentes, des indices certains du malheur qu'elle redoute, vit en soupçons, & fait vivre un autre dans la contrainte & dans le tourment.

Cette passion cruelle & petite marque la défiance de son propre mérite, est un aveu de la supériorité d'un rival, & hâte communément le mal qu'elle appréhende.

Peu d'hommes & peu de femmes sont exempts de la jalousie ; les amans délicats craignent de l'avouer, & les époux en rougissent.

C'est sur-tout la folie des vieillards, qui avouent leur insuffisance, & celle des habitans des climats chauds, qui connoissent le tempérament ardent de leurs femmes.

La jalousie écrase les piés des femmes à la Chine, & elle immole leur liberté presque dans toutes les contrées de l'orient.

JALOUSIE, (Architecture) c'est une fermeture de fenêtre, faite de petites tringles de bois croisées diagonalement, qui laissent des vuides en losange, par lesquelles on peut voir sans être apperçu. Les plus belles jalousies se font de panneaux d'ornemens de sculpture évidés, & servent dans les églises, aux jubés, tribunes & confessionnaux, aux écoutes, lanternes, & ailleurs.


JALOUXadjectif (Grammaire) celui qui a le vice de la jalousie. Voyez JALOUSIE.


JAou JEM, (Hist. mod.) la troisieme partie du cycle duodénaire des Cathaïens & des Turcs orientaux. Ce cycle comprend les vingt-quatre heures du jour & de la nuit. Ils ont un autre cycle de douze ans dont le jam ou jem est aussi la troisieme partie. Jam ou jem signifie léopard. Les autres parties du cycle portent chacune le nom d'un animal. D'Herbelot, Biblioth. orientale.


JAMA(Géog.) ville de l'empire russien, sur la riviere de même nom, dans l'Ingrie, à deux milles géographiques, N. E. de Narva. Longitude 47. lat. 59. 15. (D.J.)


JAMA-JURIS. m. (Hist. nat. Bot.) espece de lis ainsi nommé par les habitans du Japon ; elle a beaucoup de ressemblance avec celle qu'ils nomment kanako-juri, excepté que ses feuilles sont minces & plus longues, & la semence très-dure ; elle croît sur les montagnes. Voyez ephemerid. nat. curios. decur. II anno 8. obs. 191.


JAMACAIIS. m. (Ornith. exot.) oiseau très-joli du Brésil, & de la grosseur d'une alouette. Son bec est un peu courbé en bas ; sa jolie petite tête est noire, ainsi que son gosier. Le dessus du cou, la poitrine, & le ventre sont jaunes ; ses aîles sont noires, & ont chacune une grande moucheture blanche ; sa queue qui égale en longueur celle de nos hochequeues, est toute noire ; ses jambes & ses piés sont rembrunis. Marggrave Hist. Brasil. (D.J.)


JAMACARUS. m. (Hist. nat. Bot.) il y a en Amérique plusieurs especes de figuiers sous ce nom. Ray en compte six, toutes rafraichissantes, à l'exception de la semence qui est astringente & dessicative. La gomme, le fruit, la feuille & la racine en est conseillée dans les fievres, de quelque maniere qu'on en use. Dictionnaire de Trévoux.


JAMAGOROD(Géogr.) place importante & forteresse de l'Ingrie, vers la Finlande, sur la riviere de Laga, à trois milles de Narva ; elle a été prise en 1703 par les Russes sur les Suédois.


JAMAIQUES. f. la, (Géog.) grande île de l'Amérique septentrionale, découverte par Christophe Colomb, en 1494. Elle est à 15 lieues de Cuba, à 20 lieues de Saint-Domingue, à 116 de Porto-belo & à 114 de Carthagène.

Sa figure tient un peu de l'ovale ; c'est un sommet continu de hautes montagnes, courant de l'E. à l'O. remplies de sources fraîches, qui fournissent l'île de rivieres agréables & utiles ; cette île a 20 lieues de large du N. au S. 50 de long de l'E. à l'O. & 150 de circuit.

Le terroir s'y trouve d'une fertilité admirable en tout ce qui est nécessaire à la vie. Les rivieres & la mer sont fort poissonneuses ; la verdure y est perpétuelle, l'air sain, & les jours & les nuits y sont à peu près d'égale longueur pendant tout le cours de l'année. Elle a plusieurs bons ports, baies & havres, un nombre incroyable d'oiseaux sauvages, des plantes très-curieuses, peu d'animaux mal-faisans, excepté l'alligador, qui même attaque rarement les hommes.

Toute l'histoire naturelle de cette île a été donnée en Anglois par le chevalier Hans-Sloane, qui y a longtems séjourné. Son ouvrage qu'il fit imprimer à ses dépens, forme deux volumes in-folio, pleins de tailles-douces. Le premier volume parut à Londres en 1707, & le second en 1725 ; cet ouvrage vaut une dixaine de guinées, & l'on ne le trouve que dans des ventes de bibliotheques de curieux.

L'Amiral Pen, sous le regne de Cromwel, prit la Jamaïque sur les Espagnols en 1655 ; depuis ce tems là elle est restée aux Anglois, qui l'ont soigneusement cultivée, & l'ont rendue une des plus florissantes plantations du monde. On y compte aujourd'hui près de soixante mille Anglois, & plus de cent mille Negres ; enfin son importance pour la nation britannique, fait qu'on n'en confie le gouvernement qu'à des gens du premier rang : elle est divisée en quatorze paroisses ou jurisdictions.

Cette île produit du sucre, du cacao, de l'indigo, du coton, du tabac, des écailles de tortues, dont on fait de fort beaux ouvrages en Angleterre ; les cuirs, le bois pour la teinture, le sel, le gingembre, le piment, & autres épiceries : les drogues, comme le gayac, les racines de squine, la salsepareille, la casse, entrent encore dans le commerce des habitans. Long. selon Harvis, 301d 33' 45''. lat. méridionale 17. 40. lat. septentrionale 18. 45. (D.J.)


JAMAISadv. de tems. (Gramm.) Il se dit par négation de tous les périodes de la durée, du passé, du présent, de l'avenir. Il est impossible que l'ordre de la nature soit jamais suspendu. De quelque phénomene que les tems passés ayent été témoins, & quelque phénomene qui frappe les yeux des hommes à venir, il a la raison de son existence, de sa durée, & de toutes ses circonstances dans l'enchaînement universel des causes qui comprend l'homme, ainsi que tous les autres êtres sensibles, ou non.


JAMBA(Géog.) petit royaume de l'Indoustan, sur le Gange, qui le traverse du N. au S. On n'y connoît qu'une seule ville du même nom. (D.J.)


JAMBAGES. m. (Maçonnerie) se dit d'un pilier entre deux arcades. Toutes sortes de jambages, piliers quarrés, & piés-droits, sont appellés orthostatae par Vitruve.

JAMBAGES de cheminée, sont les deux petits murs qu'on éleve de chaque côté d'une cheminée pour en porter le manteau, & former la largeur de l'âtre.

Les Tourneurs appellent les jambages d'un tour deux grosses pieces de bois d'équarrissage posées à plomb sur des semelles, & assujetties par les côtés avec des liens en contre-fiches ; dans ces deux jambages sont emboîtées les deux autres longues pieces de bois paralleles à l'horison, & appellées les jumelles, entre lesquelles sont placées les poupées. Voyez TOUR.

JAMBAGE, en Ecriture, se dit en général d'une partie de lettre, & particulierement des pleins droits.

Il y a deux sortes de jambages, des jambages obliques droits, des jambages obliques gauches. Voyez le volume des Planches, à la table de l'Ecriture, Pl. des principes.


JAMBELa, s. f. (Anat. Chir. Médec. Orthoped.) en grec , en latin crus ou tibia, seconde partie de l'extrémité inférieure du corps humain, qui s'étend depuis le genou jusqu'au pié ; elle est composée de deux os, dont l'un se nomme le tibia, & l'autre le péroné ; on pourroit fort bien ajouter à ces deux os la rotule, qui a beaucoup d'analogie avec l'olécrane, ou la grande apophyse supérieure du cubitus ; quoi qu'il en soit, voyez ROTULE, TIBIA, PERONE.

Continuons la description générale de la jambe, ensuite nous parlerons des principaux accidens, & des défauts auxquels cette partie est exposée ; la Chirurgie, la Medecine, & l'Orthopédie, s'unissent pour y porter une main secourable.

La premiere chose qui frappe nos yeux dans l'administration anatomique de la jambe, c'est la forte articulation du tibia avec le fémur, par plusieurs ligamens nerveux qui se croisent en sautoir. De la seule articulation du tibia avec le fémur dépendent les mouvemens de flexion, d'extension, de demi-rotation que la jambe fait, soit en-dedans, soit en-dehors ; car le péroné immobile par lui-même, obéit toujours au tibia.

Les mouvemens de flexion, d'extension, de demi-rotation de la jambe, s'exécutent par l'action de plusieurs muscles : on en fixe ordinairement le nombre à celui de dix, qui sont ; 1°. le droit antérieur, ou grêle antérieur ; 2°. le vaste externe ; 3°. le vaste interne ; 4°. le crural ; 5°. le couturier ; 6°. le droit interne, ou grêle interne ; 7°. le biceps ; 8°. le demi nerveux ; 9°. le demi membraneux ; 10°. le poplité. Quelques-uns y joignent le fascia-lata ; on peut lire les articles particuliers de chacun de ces muscles, car nous ne parlerons ici que de leurs usages en général.

On attribue communément l'extension de la jambe, à l'action du droit antérieur, des deux vastes & du crural ; l'on regarde le biceps, le demi nerveux, le grêle interne, le couturier, & le poplité, comme fléchisseurs. L'on croit que les mouvemens de demi-rotation que fait la jambe à-demi fléchie ; dépendent uniquement de l'action alternative du biceps & du poplité, le biceps tournant la jambe de devant en-dehors, & le poplité la tournant de devant en-dedans.

Mais si l'on considere attentivement les attaches de presque tous les muscles de la jambe, & leur direction, on évitera de borner leur action aux simples fonctions qu'on vient de rapporter. En effet, il paroît que le grêle antérieur, par exemple, vû son attache à l'os des îles, peut fléchir la cuisse, indépendamment de son usage pour l'extension de la jambe. Le muscle couturier, outre la flexion de la jambe, à laquelle il contribue, sert encore sûrement à faire la rotation de la cuisse de devant en-dehors, soit qu'elle soit étendue ou flechie ; il fait croiser cette jambe avec l'autre, on le voit dans les tailleurs d'habits, lorsqu'ils travaillent étant assis.

La plûpart des autres muscles, comme le fascialata, sont communs à la cuisse & à la jambe, qu'ils meuvent l'une sur l'autre, les élevent, ou les éloignent. Ils ne sont pas même les seuls moteurs de la jambe sur la cuisse, & de la cuisse sur la jambe ; car ces mouvemens réciproques peuvent encore s'exécuter par les muscles jumeaux, dont l'on borne le service à l'extension du pié.

De plus, quelques-uns des muscles de la jambe, comme le grêle antérieur, le couturier, le grêle interne, le demi-nerveux, & le demi-membraneux, meuvent encore la cuisse sur le bassin, & le bassin sur la cuisse.

En un mot, presque tous les muscles de la jambe sont auxiliaires les uns des autres, & à peine y en a-t-il un, qui, outre son usage principal, ne concoure à d'autres fonctions particulieres.

Remarquez enfin, que tous ces muscles sont très-longs, & situés les uns près des autres, ce qui produit la multiplication de leurs usages. Il n'y a que le poplité qui soit un petit muscle ; il est même comme hors de rang, étant placé au-dessus de la cuisse.

Parlons maintenant des principales difformités, auxquelles les jambes sont exposées, car nous n'avons rien à dire de nouveau sur les arteres, les veines, & les nerfs de cette partie ; on en a déja fait mention à l'article CRURAL, Anatomie.

Quelques enfans viennent au monde avec les jambes tortues, mais le plus souvent ils ne contractent cette difformité que par la faute des nourrices qui les ont mal soignés, mal emmaillottés, ou qui les ont fait marcher trop-tôt ; de-là, les uns ont le tibia tortu, d'autres les genoux, d'autres les piés tournés en-dedans, à l'endroit de l'articulation du tibia avec le tarse ; l'on appelle en latin ces derniers vari : il y en a d'autres, au contraire, dont les piés sont tournés en-dehors, & ceux-ci sont nommés valgi, en françois cagneux. Enfin, il y a des enfans qui ont une jambe plus longue que l'autre, soit par maladie, soit par conformation naturelle, soit par des tiraillemens violens lors de leur naissance.

Tous ces divers états, & le degré où ils peuvent être portés, demandent différens traitemens, pour lesquels il faut s'addresser aux maîtres de l'art ; les bornes de cet ouvrage ne nous permettent que quelques remarques générales.

1°. Le moyen le plus sûr pour prévenir ces sortes de difformités, est de veiller à ce que les enfans soient emmaillotés soigneusement, avec intelligence, & de les empêcher, sur-tout ceux qui ont de la disposition au rachitis, de marcher trop-tôt, ou de demeurer debout ; il faut au contraire les tenir couchés, ou assis ayant les piés appuyés ; les porter dans les bras, & les traîner dans un chariot, jusqu'à ce que leurs jambes aient acquis une force suffisante.

2°. Supposé que l'enfant ait apporté la difformité de naissance, ou qu'elle paroisse se former, il faut se servir de machines faites exprès, de cuir, de carton, de lames de fer fort minces, que l'enfant gardera nuit & jour. Si l'inflexibilité de la partie s'oppose à la guérison, on joindra les bains, les linimens, les fomentations émollientes, aux machines qu'on vient de recommander.

3°. Il est des moyens très-simples, qui suffisent souvent pour corriger la difformité. Si, par exemple, l'enfant a les piés tournés en-dedans, on peut se servir des marche-piés de bois en usage chez les religieuses pour leurs jeunes pensionnaires. Ces marche-piés ont deux enfoncemens séparés pour y mettre les piés, & ces deux enfoncemens sont creusés de maniere, que les piés y étant engagés se trouvent nécessairement tournés en-dehors. Si c'est ce dernier défaut qu'il s'agit de rectifier dans l'enfant, on fera faire les enfoncemens des marche-piés contournés en-dedans ; un peu d'art, de soins, & d'attention, operent des miracles dans cet âge tendre.

4°. Quelquefois les jambes d'un enfant deviennent tortues par la faute de la nourrice, qui le tient toûjours entre ses bras sur le même côté ; engagez-la de changer sa méthode de porter votre enfant, & de la varier cette méthode, les jambes de l'enfant n'en recevront aucun dommage.

5°. Lorsque la courbure des jambes vient du rachitisme, il s'agit de guérir la cause du mal, & après cela de redresser la jambe, comme on s'y prend pour redresser la tige courbe d'un jeune arbre.

6°. Si les jambes panchent plus d'un côté que de l'autre, on peut essayer d'y remédier, en donnant à l'enfant des souliers plus hauts de semelles & de talons du côté que les jambes panchent.

7°. Il faut donner aux enfans des souliers fermes & qui ne tournent point, sur-tout en-dehors, parce qu'alors ils font sans-cesse tourner la pointe du pié en-dedans.

8°. Les jambes peuvent devenir paralytiques par toutes sortes d'efforts. Salzman rapporte le cas d'un enfant à qui ce malheur arriva, pour avoir été souvent porté à califourchon sur les épaules de son frere aîné ; il est vraisemblable que la cause de cet accident provenoit de la violente tension que les muscles des jambes souffrirent, étant long-tems & souvent pendantes sans avoir eu de points d'appui.

9°. Quelquefois une jambe ou un bras se retire par maladie ou par accident. Si la maladie procede du roidissement des muscles, il faut les assouplir par des bains, des douches, des linimens ; si elle est produite par le desséchement, on tâchera de ramener la nourriture à la partie, par des frictions & des onctions convenables ; si c'est l'effet d'un accident, comme d'une luxation, le remede est entierement du ressort de la Chirurgie.

10°. Enfin, quelquefois une jambe excede la longueur de l'autre, soit par conformation naturelle, accident qui est incurable, soit par des tiraillemens faits à la jambe, ou à la cuisse de l'enfant, lors de sa naissance ; dans ce dernier cas on trouvera le bassin de travers, & panché du côté de la jambe qui paroît trop longue. Comme d'heureux succès ont justifié qu'on pouvoir remédier à ce malheur, les gens de l'art conseillent de s'y prendre de la maniere suivante.

Après avoir couché l'enfant sur le dos, on lui liera légerement, au genou de la jambe qui paroît trop longue, un mouchoir en plusieurs doubles, & en façon de jarretiere ; attachez à ce mouchoir, vers la partie antérieure du genou, une large bande de toile, longue d'environ deux aunes ; liez cette bande le plus court que vous pourrez, néanmoins sans violence, sur l'épaule de l'enfant, du même côté ; assujettissez-l'y, de maniere qu'elle ne puisse glisser ; ensuite, vous emmaillotterez l'enfant avec adresse. La compression que le bandage du maillot fait sur la bande, qui est tendue depuis le genou de l'enfant jusques sur son épaule, oblige cette bande à se tendre encore davantage, détermine la partie trop inclinée du bassin à remonter & à se remettre dans sa situation naturelle.

Pour ce qui regarde les malheureux cas de fracture & d'amputation de jambe, on en fera deux articles séparés ; savoir, JAMBE amputation, & JAMBE fracture, Chirurg. (D.J.)

JAMBES antérieures & postérieures de la moëlle allongée, (Anat.) Voyez BRANCHE & MOELLE ALLONGEE.

JAMBE, s. f. (Hist. des Insectes) partie du corps des insectes qui leur sert à se soûtenir, à marcher, & à d'autres usages.

Les insectes aîlés connus ont tous des jambes, sans exception, mais ils n'ont pas tous les jambes de la même longueur ; quelques-uns les ont très-courtes, avec une seule articulation ; de ce nombre sont les chenilles, dont les jambes antérieures se terminent par un crochet pointu. L'on trouve aussi des insectes à jambes longues, & qui ont trois, quatre, cinq, six, & même jusqu'à huit articulations. Les jambes d'un même insecte ne sont pas toutes égales en longueur ; les postérieures du plus grand nombre sont plus longues que les antérieures, & principalement dans les abeilles ; cette regle n'est cependant pas si générale, qu'il n'y en ait dont les jambes antérieures surpassent les postérieures en longueur.

Les jambes des insectes sont ordinairement composées de trois parties ; la premiere est une espece de cuisse, elle tient immédiatement au ventre, & est plus grosse vers son origine, quoiqu'il y ait des insectes dont la cuisse est moins grosse en-haut qu'embas ; la seconde est la jambe, proprement dite ; les articulations de l'une & de l'autre de ces parties sont revêtues chez quelques insectes de poils forts & pointus, qu'on pourroit fort bien appeller pointes articulaires ; la troisieme partie de la jambe est le pié, qui mérite une plus grande attention que les deux autres parties. Voyez PIE.

Les insectes ne font pas tous le même usage de leurs jambes ; elles leur servent principalement pour marcher, mais il y en a à qui elles servent encore de crampons pour s'attacher fortement ; quelques-uns en font usage pour sauter, & les sauts qu'ils font sont si grands, qu'on dit qu'une puce saute deux cent fois plus loin que la longueur de son corps. Pour cet effet, ces insectes ont non-seulement des jambes, des cuisses fortes & souples, mais encore des muscles vigoureux, & doués d'une vertu élastique, par laquelle l'animal peut s'élever assez haut en l'air.

Les jambes servent de gouvernail aux insectes qui nagent, & c'est par la direction du mouvement de ces membres, qu'ils arrivent précisément au point où ils veulent aller ; elles tiennent en équilibre le corps des insectes qui volent, & le dirigent selon la volonté de l'animal ; elles leur procurent le même avantage qu'aux cigognes, & leur servent de gouvernail, pour se tourner du côté qu'il leur plaît. D'autres, qui ont la vûe courte, s'en servent pour sonder le terrein, devant ou derriere eux. Quelques-uns les emploient à nettoyer leurs yeux, leurs antennes, & leur corps, & à en ôter la poussiere qui pourroit les incommoder.

Ceux qui fouissent la terre, se servent de leurs jambes en guise de bêche ; car la force que la nature a donnée aux jambes de plusieurs insectes, qui l'emploient à cet usage, est prodigieuse, si on la compare avec leur petitesse. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à serrer dans la main quelque scarabée, on sera surpris des efforts qu'il faut faire pour les retenir. C'est encore avec ce secours qu'ils font des creux dans la terre & des routes souterraines. Comme quelques animaux usent de leurs jambes pour se défendre, l'on trouve aussi des insectes qui en font le même usage ; il y en a qui s'en servent pour saisir leur proie, & la tenir serrée.

Enfin, la construction des jambes des insectes est souvent une marque pour distinguer les especes ressemblantes les unes des autres ; c'est ainsi qu'on peut distinguer les mouches carnassieres des autres mouches, comme on connoît le faucon & le vautour à leurs serres.

Quelques naturalistes modernes prétendent qu'il y a des insectes qui ont d'abord les jambes sur le dos, & qui, après leur transformation, les ont ensuite sous le ventre ; c'est ce que M. de Réaumur semble dire de l'insecte singulier dont il a fait la description dans les Mém. de l'acad. des sciences, année 1714 ; mais, outre qu'il n'avance pas ce fait comme certain, si l'animal avoit par hazard la tête & l'anus un peu différemment placés du commun des insectes, ce qui n'est pas sans exemple, il se pourroit que, malgré les apparences du contraire, l'insecte de M. de Réaumur eût les jambes à l'opposite de son dos. (D.J.)

JAMBE DE BOIS, membre artificiel, qu'on met à la place de celui qu'on a perdu par accident, ou par une opération de chirurgie. La construction de ces sortes d'instrumens, doit être dirigée par le chirurgien intelligent, afin d'imiter la nature autant qu'on le peut, & suppléer aux fonctions dont on est privé par la perte d'un membre. La nature du moignon plus ou moins court dans l'amputation de la cuisse, ou dans celle de la jambe ; les difformités naturelles ou accidentelles de la partie ; les complications permanentes de certains accidens incurables, telles que des tumeurs, des cicatrices, &c. toutes ces choses présentent des variations, qui obligent à chercher des points d'appui variés pour l'usage libre & commode d'une jambe de bois. Il faut choisir un ouvrier ingénieux, qui sache saisir les vûes qu'on lui donne, & qui puisse les rectifier en cas de besoin. Ambroise Paré a recueilli dans ses oeuvres la figure de diverses inventions de jambes, de bras, & de mains artificielles, qui réparent les difformités que cause la perte des membres, & qui servent à remplir l'action qu'ils exerçoient, & il en fait honneur à un serrurier de Paris, homme de bon esprit, nommé le petit Lorrain. La jambe de bois dont les pauvres se servent est assez connue ; mais il y en a d'autres qu'on modele sur la jambe saine, qu'on chausse comme elle, qui par des charnieres & ressorts artistement placés dans le pié facilitent la progression. Lorsque la personne veut s'asseoir, elle tire un petit verrou, qui donne la liberté de fléchir le genou. Cette jambe est gravée dans Ambroise Paré, & la description est faite dans les termes connus des ouvriers, pour qu'on puisse la leur faire exécuter sans difficulté. Ce grand chirurgien, dont les écrits ne respirent que l'amour de l'humanité & le bien public, donne pour ceux qui ont la jambe courte, après quelque accident, une béquille très-utile, inventée par Nicolas Picard, chirurgien du duc de Lorraine. Il y a un étrier de fer pour soûtenir le pié, & un arc boutant qui embrasse le moignon de la fesse, & qui fait que l'homme en marchant est comme assis du côté dont il boite. On ne peut trop faire connoître les ressources que l'on a dans la multitude des maux qui affligent l'humanité. L'Histoire de l'académie royale des sciences nous apprend dans l'éloge du P. Sébastien, carme, & grand mécanicien, que sur sa réputation un gentilhomme suédois vint à Paris lui redemander, pour ainsi dire, ses deux mains, qu'un coup de canon lui avoit emportées ; il ne lui restoit que deux moignons au-dessus des coudes. Il s'agissoit, dit M. de Fontenelle, de faire deux mains artificielles, qui n'auroient eu pour principe de leur mouvement que celui de ces moignons, distribués par des fils à des doigts qui seroient fléxibles. Pour peu qu'on fasse attention à ce projet, on sentira qu'il n'étoit pas raisonnable, & qu'il n'est pas possible de faire agir la puissance motrice au gré de la volonté, par le principe intérieur, sur les ressorts d'une machine. On dit cependant que le P. Sébastien ne s'effraya pas de l'entreprise, & qu'il présenta ses essais à l'académie des Sciences. Ambroise Paré donne la figure de mains & de bras artificiels, qui paroissent remplir toutes les intentions qu'on peut se proposer dans les cas où ils sont nécessaires. Voyez PROTHESE.

JAMBES DE HUNE. (Marine) Voyez GAMBES.

JAMBE, (Maréchallerie) partie des deux trains du cheval, qui prend au train de devant depuis le genouil jusqu'au sabot, & au train de derriere depuis le jarret jusqu'au même endroit. Lorsqu'on veut exprimer simplement la partie des jambes qui va jusqu'aux boulets, on l'appelle le canon de la jambe. Voyez CANON. Les bonnes qualités des jambes du cheval sont d'être larges, plates & seches ; c'est-à-dire, que quand on les regarde de côté, elles montrent une surface large & applatie ; nerveuses, c'est-à-dire, qu'on voie distinctement le tendon qui cotoye l'os, & qui du genouil & du jarret va se rendre dans le boulet. Voyez BOULET. Leurs mauvaises qualités sont d'être fines, c'est-à-dire étroites & menues, on les appelle aussi jambes de cerf ; d'être rondes, qui est le contraire des plates, les jambes du montoir & les jambes hors du montoir. Voyez MONTOIR. Avoir bien de la jambe & avoir peu de jambe, se dit du cheval selon qu'il a les jambes larges ou fines. N'avoir point de jambes, se dit d'un cheval qui bronche à tout moment. Les jambes gorgées. Voyez GORGE. Les jambes ruinées & travaillées. Voyez RUINE & travaillé. Les jambes roides. Voyez ROIDE. La jambe de veau est celle qui au lieu de descendre droit du genouil au boulet, plie en devant ; c'est le contraire d'une jambe arquée. Aller à trois jambes, est la même chose que boiter ; chercher la cinquieme jambe se dit d'un cheval qui pese à la main du cavalier, & qui s'appuie sur le mors pour se reposer la tête en cheminant ou en courant. Un cheval se soulage sur une jambe, quand il a mal à l'autre. Rassembler ses quatre jambes. Voyez RASSEMBLER. Droit sur ses jambes. Voyez DROIT. Faire trouver des jambes à son cheval, c'est le faire courir vîte & très-long-tems. Comme les jambes du cavalier sont une des aides, voyez AIDES. Jambe dedans, jambe dehors sont des expressions qui servent à distinguer à quelle main ou de quel côté il faut donner des aides au cheval qui manie ou qui travaille le long d'une muraille ou d'une haie. Le long d'une muraille, la jambe de dehors sera celle du côté de la muraille, & l'autre celle de dedans. Sur les voltes, si le cheval manie à droite, le talon droit sera le talon de dedans, & de même la jambe droite sera celle de dedans. Par conséquent la jambe & le talon gauches seront pris pour la jambe & le talon de dehors. Le contraire arrivera si le cheval manie à gauche. Soûtenir un cheval d'une ou de deux jambes. Voyez SOUTENIR. Laisser tomber ses jambes. Voyez TOMBER. Approcher les gras des jambes. Voyez APPROCHER. On dit du cheval qui devient sensible à l'approche des jambes de l'homme, qu'il commence à prendre les aides des jambes. Connoître, obéir, répondre aux jambes, se dit du cheval. Voyez ces termes à leurs lettres. Courir à toutes jambes. Voyez COURIR.

JAMBES de filleu, (terme de riviere) c'est la partie d'un bateau foncet, servant à retenir les rubans du mât.


JAMBÉadj. f. (Maréchallerie) bien jambé, ou bien de la jambe ; bien dans les talons, dans la main. Voyez TALONS & MAIN ; bien en selle, voyez SELLE.


IAMBES. m. (Littér.) ïambus, terme de prosodie greque & latine, pié de vers composé d'une breve & d'une longue, comme dans , D, ms. Syllaba longa brevi subjecta vocatur iambus, comme le dit Horace, qui l'appelle aussi un pié vîte, rapide, pes citus.

Ce mot, selon quelques-uns, tire son origine d'Iambe, fils de Pan & de la nymphe Echo, qui inventa ce pié, ou qui n'usa que de paroles choquantes & de sanglantes railleries à l'égard de Cerès affligée de la perte de Proserpine. D'autres aiment mieux tirer ce mot du grec , venenum, venin, ou de , maledico, je médis ; parce que ces vers composés d'ïambes, furent d'abord employés dans la satyre. Dict. de Trévoux.

Il semble qu'Archiloque, selon Horace, en ait été l'inventeur, ou que ce vers ait été particulierement propre à la satyre.

Archilochum proprio rabies armavit ïambo. Art Poët. Voyez IAMBIQUE.


JAMBEIROS. m. (Bot. exot.) nom que les Portugais donnent à l'arbre des Indes orientales, qui porte le jambos, fruit de la grosseur d'une poire, rouge-obscur en couleur, sans noyau, & très-agréable au goût. Le jambeiro croît à la hauteur d'un prunier, jette nombre de branches, qui s'étendent au long & au large, forment un grand ombrage & un bel aspect ; son écorce est lisse, de couleur grise-cendrée ; son bois est cassant ; sa feuille ressemble de figure au fer d'une lance ; elle est unie, d'un verd-brun par le haut, & d'un verd-clair par le bas ; ses fleurs sont rouges-purpurines, odorantes, d'un goût aigrelet, & ont au milieu plusieurs étamines. Cet arbre fournit toute l'année des fleurs & des fruits verds ou mûrs ; on les confit avec du sucre. (D.J.)


JAMBETTES. f. (Charpenterie) est une piece de bois, qui se met au pié des chevrons & sur les enrayures. Voyez nos Planches de Charpente.

* JAMBETTE, (Pelletterie) c'est la seconde espece de Pelletterie, que les Turcs tirent de la peau des martres-zibelines ; elle est fort inférieure à la martre proprement dite, ou celle de l'échine, & fort supérieure au samoul-bacha ou celle du col. On en pourroit avoir encore une quatrieme espece, du ventre ; mais on n'en fait aucun cas, sur-tout à Constantinople.


JAMBI(Géog.) royaume des Indes sur la côte de l'île de Sumatra ; on n'y connoît qu'une seule ville située sur une riviere qui forme un assez beau golfe. (D.J.)


JAMBIERS. m. en Anatomie, est un nom que l'on donne à deux muscles de la jambe, dont l'un s'appelle antérieur, & l'autre postérieur.

Le jambier antérieur vient de la partie inférieure antérieure du condile externe du tibia, & s'avance le long de la partie antérieure de cet os, devient peu-à-peu large & charnu vers son milieu ; ensuite il se retrécit & forme un tendon grêle & uni qui passe sous le ligament annulaire, & va s'insérer au grand os cunéiforme à l'os du métatarse qui soûtient le gros orteil. La fonction de ce muscle est de tirer le pié en-haut. Voyez nos Planches d'Anatomie.

Le jambier postérieur vient du tibia & du péroné, & du ligament interosseux ; son tendon qui est fort & uni passe sous le ligament annulaire par le sinus qui est derriere la malléole interne, & va s'insérer à la partie interne de l'os scaphoïde. Voyez nos Planches anat.

Petit jambier postérieur, voyez PLANTAIRE.


IAMBIQUEadj. (Littér.) espece de vers composé entierement, ou, pour la plus grande partie, d'un pié qu'on appelle ïambe. Voyez IAMBE.

Les vers ïambiques peuvent être considérés ou selon la diversité des piés qu'ils reçoivent, ou selon le nombre de leurs piés. Dans chacun de ce genre, il y a trois especes qui ont des noms différens.

1°. Les purs ïambiques sont ceux qui ne sont composés que d'ïambes, comme la quatrieme piece de Catulle, faite à la louange d'un vaisseau.

Phaselus ille, quem videtis hospites.

La seconde espece sont ceux qu'on appelle simplement ïambes ou ïambiques. Ils n'ont des ïambes qu'aux piés pairs, encore y met-on quelquefois des tribraques, excepté au dernier qui doit toûjours être un ïambe ; & aux impairs des spondées, des anapestes, & même un dactyle au premier. Tel est celui que l'on cite de la Médée de Seneque.

Servare potui, perdere an possim rogas ?

La troisieme espece sont les vers ïambiques libres, qui n'ont par nécessité d'ïambe qu'au dernier pié, comme tous les vers de Phedre.

Amittit meritò proprium, qui alienum appetit.

Dans les comedies, on ne s'est pas plus gêné, & peut-être moins encore, comme on le voit dans Plaute & dans Térence, mais le sixieme pié est toûjours indispensablement un ïambe.

Quant aux variétés qu'apporte le nombre de syllabes, on appelle ïambe ou ïambique dimetre celui qui n'a que quatre piés.

Queruntur in sylvis aves.

Ceux qui en ont six s'appellent trimetres, ce sont les plus beaux, & ceux qu'on emploie pour le théatre, sur-tout pour la tragédie ; ils sont infiniment préférables aux vers de dix ou douze piés en usage dans nos pieces modernes, parce qu'ils approchent plus de la prose, & qu'ils sentent moins l'art & l'affectation.

Dii conjugales, tuque genialis tori

Lucina custos, &c.

Ceux qui en ont huit, se nomment tétrametres, & l'on n'en trouve que dans les comédies.

Pecuniam in loco negligere, maximum

Interdum est lucrum. Terent.

Quelques-uns ajoûtent un ïambe monometre, qui n'a que deux piés.

Virtus beat.

On les appelle monometres, dimetres, trimetres & tétrametres, c'est-à-dire, d'une, de deux, de trois, & quatre mesures, parce qu'une mesure étoit de deux piés, & que les Grecs les mesuroient deux piés à deux piés, ou par épitrices, & en joignant l'ïambe & le spondée ensemble.

Tous ceux dont on a parlé jusqu'ici sont parfaits, ils ont leur nombre de piés complets, sans qu'il y manque rien, ou qu'il y ait rien de trop.

Les imparfaits sont de trois sortes ; les catalectiques auxquels il manque une syllabe.

Musae jovem canebant.

Les brachycatalectiques auxquels il manque un pié entier.

Musae jovis gnatae.

Les hypercatalectiques qui sont ceux qui ont une syllabe ou un pié de trop.

Musae sorores sunt Minervae,

Musae sorores Palladis lugent.

La plûpart des hymnes de l'Eglise sont des ïambiques dimetres, c'est-à-dire de quatre piés. Dict. de Trévoux.


JAMBLIQUEJAMBLIQUE


JAMBOS. m. (Hist. nat. Bot.) arbre de l'île de Ceylan, dont on dit que les fruits ressemblent à des pommes, & qu'il porte des fleurs jaunes d'une odeur très-agréable.


JAMBOLI LE(Géog.) contrée de la Macédoine moderne aux confins de la Romanie, de la Bulgarie & de la Macédoine propre. (D.J.)


JAMBOLONES. m. (Hist. nat. Bot.) arbuste des Indes, qui est à-peu-près comme le myrthe, mais dont la feuille ressemble à celle du fraisier & le fruit aux grosses olives ; son fruit se confit dans le vinaigre & on le mange, il excite l'appétit.


JAMBONS. m. (Hist. nat. Conchyliol.) nom que quelques auteurs donnent à une coquille de mer bivalve, parce que par sa forme elle ressemble à un jambon ; c'est une espece de pinne marine.

JAMBON, en terme de Cuisinier, c'est la cuisse ou l'épaule du porc ou du sanglier, sechée & assaisonnée pour être gardée plus long-tems, & mangée avec plus de goût. On prépare de la maniere qui suit les jambons de Westphalie qui sont si fort en vogue : on les sale avec du salpêtre, on les met en presse pendant huit ou dix jours, on les fait tremper dans de l'eau de genievre, & ensuite on les fait sécher à la fumée de bois de genévrier.

Les meilleurs jambons que nous ayons en France sont ceux qui nous viennent de Bayonne ; on appelle jambonneau ou un petit jambon, la partie inférieure détachée d'un gros jambon.


JAMBOSS. m. (Hist. nat. Bot.) fruit des Indes qui est de la grosseur d'une poire ; il y en a deux especes, l'une est d'un rouge obscur sans noyau, & qui est d'un goût très-agréable ; l'autre est d'un rouge-clair à un noyau aussi gros que celui d'une pêche. Les Malabares nomment ce fruit jomboli, les Persans tuphat, & les Portugais jambos. L'arbre qui produit ce fruit est très-touffu, & donne beaucoup d'ombre ; il est grand comme un prunier, sa fleur est d'un rouge vif tirant sur le pourpre, l'odeur en est très-agréable, il sort de son calice un grand nombre de petits filets qui ont un goût aigrelet. La racine est forte & va profondément en terre. Cet arbre porte des fleurs & du fruit plusieurs fois dans l'année, les Chinois le nomment ven-ku, & les Portugais jamboa. On est dans l'usage d'en manger le fruit au commencement du repas, on le confit dans du sucre aussi-bien que la fleur, on les regarde comme bonnes pour les fievres bilieuses.


JAMBUS. m. (Ornithol. exot.) espece de perdrix du Brésil, d'un jaune-brun, & d'une délicatesse de goût qui ne le cede point à nos perdrix européennes. Marggrave, Hist. Brasil. (D.J.)


JAMES-BOROUGH(Géog.) ville d'Irlande sur la riviere de l'Hannon, dans la province de Leinster.

JAMES-ISLE, (Géog.) grande île des terres arctiques, ou plutôt vaste pays peu connu, mais que l'on a pris d'abord pour une seule île. Il est borné au nord par la mer Christiane, à l'orient par le détroit de Davis, au sud-ouest par le détroit d'Hudson, & à l'occident par un bras de mer, qui joint ce dernier détroit à la baie de Baffin ; on le croit partagé en trois îles, mais ce ne sont que des conjectures, puisque les navigateurs n'y ont point encore abordé ; en un mot, tout ce pays nous est inconnu. (D.J.)

JAMES-RIVER, (Géog.) grande riviere de l'Amérique septentrionale en Virginie ; elle arrose divers cantons, & se décharge finalement à l'entrée de la baie de Chesapeack. (D.J.)

JAMES sainte, (Géog.) petite ville de France en Normandie, au diocèse d'Avranches, à 3 lieues de Pontorson, 67 S. O. de Paris. Long. 16d. 28'. 1''. lat. 48d. 29'. 22''. (D.J.)

JAMES-TOWN, (Géog.) ville de l'Amérique septentrionale, capitale de la Virginie, sur la riviere de Powatan, dans une contrée nommée James-Land ; elle est sur une presqu'île au nord de la riviere, à environ 40 milles au-dessus de son embouchure ; elle a été bâtie par les Anglois en 1607. Long. 300. 5. lat. 37. (D.J.)


JAMETSGemmatium, (Géog.) petite ville de France au Barrois, sur les frontieres du Luxembourg & du Verdunois, à 2 lieues S. de Montmedi, & à 3 E. de Stenay. Long. 23. 5. lat. 49. 25. (D.J.)


JAMIS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que les Turcs nomment un temple privilégié pour les dévotions du vendredi, qu'ils appellent jumanamazi ; & qu'il n'est pas permis de faire dans les petites mosquées appellées meschids. Un jami bâti par quelque sultan est appellé jami-selatyn ou royal. Voyez Cantemir, Hist. Ottomane.


JAMIDESS. m. pl. (Hist. anc.) nom d'une des deux familles spécialement destinées dans la Grece à la fonction d'augures ; l'autre étoit des Clytides.


JAMIS TOILE A(Commerce) espece de toile de coton, qui se tire du levant par la voie d'Alep.


JAMMA-BUDO(Hist. nat. Bot.) c'est une vigne sauvage du Japon, dont les grappes sont petites, & les grains de la grosseur des raisins de Corinthe sans pepins ; elle sert à garnir les berceaux.


JAMMABOSS. m. (Hist. mod.) ce sont des moines japonois, qui font profession de renoncer à tous les biens de ce monde, & vivent d'une très-grande austérité ; ils passent leur tems à voyager dans les montagnes ; & l'hiver ils se baignent dans l'eau froide. Il y en a de deux especes ; les uns se nomment Tosanfa, & les autres Fonsanfa. Les premiers sont obligés de monter une fois en leur vie au haut d'une haute montagne bordée de précipices, & dont le sommet est d'un froid excessif, nommée Ficoosan ; ils disent que s'ils étoient souillés lorsqu'ils y montent, le renard, c'est-à-dire, le diable les saisiroit. Quand ils sont revenus de cette entreprise périlleuse, ils vont payer un tribut des aumônes qu'ils ont amassées au général de leur ordre, qui en échange leur donne un titre plus relevé, & le droit de porter quelques ornemens à leurs habits.

Ces moines prétendent avoir beaucoup de secrets pour découvrir la vérité, & ils font le métier de sorciers. Ils font un grand mystere de leurs prétendus secrets, & n'admettent personne dans leur ordre sans avoir passé par de très-rudes épreuves, comme de les faire abstenir de tout ce qui a eu vie, de les faire laver sept fois le jour dans l'eau froide, de les faire asseoir les fesses sur les talons, de frapper dans cette posture les mains au-dessus de la tête, & de se lever sept cent quatre-vingt fois par jour. Voyez Kempfer, Voyage du Japon.


JAMNA(Géog. anc.) ancienne ville de la petite île Baléare, c'est-à-dire de l'île Minorque ; on croit communément que c'est Citadella sur la côte occidentale de l'île. (D.J.)


JANS. m. (jeu) au trictrac se dit de la disposition du jeu, lorsqu'il y a douze dames abattues deux à deux, qui font le plein d'un des côtés du trictrac. Il y en a qui font dériver ce mot de Janus, auquel les Romains donnoient plusieurs faces, & disent qu'on l'a mis en usage dans le jeu du trictrac pour marquer la diversité des faces ; il y a plusieurs sortes de jans, comme le grand & le petit jan, le jan de trois coups, le jan de deux tables, le contre jan de deux tables, jan de Mézéas, contre jan de Mézéas, jan de retour, jan de récompense, jan qui ne peut. Voyez tous ces termes expliqués à leur article.

Quelques-uns définissent encore le jan en général un coup de trictrac qui apporte du profit ou de la perte aux joueurs, quelquefois l'un & l'autre ensemble.

Jan de Mézéas, au trictrac, est un coup qui se fait quand au commencement d'une partie, on se saisit de son coin de repos sans avoir aucune autre dame abattue dans tout son jeu. Ce jan vaut quatre points lorsqu'on amene un as, & six, si l'on en amene deux.

Jan qui ne peut, au trictrac, se fait toutes les fois que les nombres de points qu'on amene tombent sur une dame découverte de l'adversaire, & que les cases ferment les passages ; & il se fait encore au jan de retour, lorsque vous ne pouvez jouer les nombres que vous avez amenés.

Jan de récompense. On fait un jan de récompense au trictrac, lorsque le nombre de points produits par les dés jettés, tombe en les comptant sur une dame découverte de son adversaire ; le gain qu'on fait dans la table du coin de repos, & celle du petit jan, sont différens. Dans la premiere on ne gagne sur chaque dame découverte que deux points par simples pour chaque moyen, & quatre points par doubles ; au lieu que dans la derniere on profite de quatre points par simples, & de six par double. Mais si on bat par deux manieres simples, on gagne huit points, & douze par trois.

Le jan de récompense arrive quantité de fois dans le jeu de trictrac, comme on vient de le voir, & il se fait encore, quand s'étant saisi de son coin de repos, on bat celui de son adversaire qui est vuide, & pour lors on gagne quatre points par simples, & six par doubles.

Jan de retour, au trictrac, est un jeu qu'on ne peut faire sans avoir rompu son grand jan, parce qu'il faut se servir des mêmes dames qui le composoient. Pour y parvenir, on passe les dames dans la premiere table de son adversaire, & on les conduit dans la seconde qui est celle où étoient d'abord les tas de bois ou de dames de celui contre qui l'on joue ; & si-tôt que les cases de cette derniere table sont remplies, le jan de retour est fait. On ne sauroit passer que la fleche sur laquelle on prend passage, ne soit absolument nue, autrement le passage est fermé : c'est un passage pour la battre, & même une autre qui seroit plus loin ; mais on ne pourroit pas passer pour cela ; tant qu'on garde son jan de retour, & lorsqu'on le fait, on gagne autant qu'au grand & petit jan. On saura pour regle générale, que qui ne peut jouer tous les nombres qu'il a faits au jan de retour, perd deux points pour chaque dame qu'il ne peut jouer, soit qu'il ait joué par simples ou par doubles ; quand le jan de retour est rompu, on leve à chaque coup, selon les dés, les dames du trictrac ; & celui qui a plutôt fait, gagne quatre points par simples, & six par doubles. Après quoi on empile de nouveau le bois pour recommencer à abattre les dames, & faire de nouveaux plains jusqu'à ce qu'on ait gagné les douze trous qui sont le tout ou la partie complete du trictrac.

Jan de deux tables au trictrac, est celui qui se fait quand au commencement d'une partie on n'a que deux dames abattues, & placées de sorte que de votre dé vous pouvez mettre une de ces dames dans votre coin de repos, & l'autre dans celui de votre adverse partie. Jan de deux tables est un hasard du jeu du trictrac qui tourne à l'avantage de celui qui le fait. Il vaut quatre points par simple & six par double, qu'il faut marquer, quoiqu'on ne puisse pas placer ses dames dans l'un ni dans l'autre de ses coins, ne pouvant être pris que par deux dames à-la-fois ; cependant, parce qu'on a la puissance de les y mettre on en tire le profit.

Jan de trois coups, au trictrac, se dit d'un joueur qui au commencement d'une partie abat en trois coups six dames de suite depuis la pile jusqu'où est comprise la case de sannes. Le jan de trois coups vaut ordinairement quatre points à celui qui le fait, & pas plus, parce qu'il ne peut se faire par doublets. Pour que ce jan profite, les regles du jeu n'obligent point à jouer le dernier coup ; on peut seulement marquer quatre points pour son jan, & faire une case dans son grand jan, avec le bois battu dans le petit.

Il y a encore d'autres jans, tels que jan de courtes chausses, ou celui où par un coup de dés fâcheux on ne peut achever son jan de retour ; jan de rencontre ou celui où en commençant la partie, les deux joueurs amenent les mêmes dés, &c. On néglige aujourd'hui dans la pratique du jeu la plûpart de ces jans.


JAN-RAIAS. f. (Bot.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond ; son calice devient dans la suite un fruit aîlé, qui n'a qu'une seule capsule, & qui renferme une semence arrondie. Plumier.


JANAS. f. (Mytholog.) nom de Diane, qui fut changé en celui de Diana, par l'addition du D, que l'J consonne entraîne dans plusieurs langues. Varron appelle la lune dans ses différentes phases, Jane croissante & décroissante. D'autres prétendent que Diana a été fait de diva Jana, ou dia Jana ; le soleil s'est appellé aussi divos Janos, dieu Janus.


JANACAS. m. (Hist. nat. Zoologie) animal quadrupede qui se trouve en Afrique dans la Nigritie ; il est aussi haut qu'un cheval, mais il n'est point si long ; ses jambes sont menues, son cou est long, sa peau est rousse ou jaunâtre avec des raies blanches ; son front est armé de cornes comme les boeufs.


JANACIS. m. (Hist. mod.) jeunes hommes courageux, ainsi appellés chez les Turcs de leur vertu guerriere.


JANACONAS(Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme dans la nouvelle Espagne un droit que les Indiens soumis aux Espagnols sont obligés de payer pour leur sortie, lorsqu'ils quittent leurs bourgs ou leurs villages.


JANCAMS. m. (Hist. mod.) petit fourneau de terre à l'usage des Chinois qui s'en servent pour faire le thé & pour cuire le jancam.


JANCOMA(Géog.) royaume d'Asie, dans les Indes orientales, au royaume de Pégu, dans la partie de la peninsule de l'Inde, qui est au-delà du Gange.


JANÉIRO RIO(Géog.) riviere de l'Amérique méridionale sur la côte du Brésil ; elle donne son nom à une province ou capitainerie où est St. Sébastien. Elle fut découverte par François Villegagnon protestant, en 1515 ; mais les Portugais s'emparerent du pays en 1558. Le Rio Janéiro que j'ai qualifié de riviere, est plutôt un golfe, puisque l'eau en est salée, & que l'on y trouve des poissons de mer, des requins, des raies, des marsouins, & même jusqu'à des baleines. (D.J.)


JANGOMASS. m. (Botan. exot.) arbre de la côte de Malabar, nommé par C. B. aubius arbor pruno similis, spinosa. Il vient sans culture dans les champs, s'éleve à la hauteur du prunier ordinaire, & est tout hérissé d'épines ; sa fleur est blanche ; son fruit ressemble à celui du sorbier, jaune quand il est mûr, d'un goût de prune sauvage, stiptique, & acerbe ; on l'emploie dans les remedes astringens, pour arrêter le cours de ventre. (D.J.)


JANICULE(Géog. anc. & Littérat.) montagne ou plutôt colline de la ville de Rome, quoiqu'elle ne soit pas comprise dans le nombre des sept, qui ont fait donner à cette capitale le nom de la ville aux sept montagnes, urbs septicollis.

Le Janicule avoit tiré sa dénomination de Janus qui y demeuroit vis-à-vis du Capitole, lequel étoit alors occupé par Saturne ; ils possédoient chacun une petite ville ; & quoique ni l'une ni l'autre ne subsistassent plus après la guerre de Troie, Virgile n'a pas laissé d'orner l'Eneïde de cette tradition populaire. Voyez, dit Evandre au héros troyen, ces deux villes dont les murs sont renversés ; leurs ruines même vous rappellent le regne de deux anciens monarques ; celle-ci fut bâtie par Janus, & celle-là par Saturne : l'une fut nommée Janicule, & l'autre fut appellée Saturnie.

Haec duo praetere à disjectis oppida muris,

Reliquias, veterumque vides monimenta virorum,

Hanc Janus pater, hanc Saturnus condidit urbem

Janiculum huic, illi fuerat Saturnia nomen.

Aenéïd. liv. VIII. v. 355.

Cette opposition de deux villes, donna lieu au nom d'Antipolis, dont Pline se sert pour désigner le Janicule. Ancus Martius le joignit à la ville de Rome par un pont qu'il fit bâtir sur le Tibre. Numa Pompilius y fut enterré, selon Denys d'Halicarnasse, Tite-Live, Pline, & Solin. Eusebe dans sa chronique y met aussi la sépulture du poëte Stace ; Victoré place au Janicule les jardins de Géta, que le Nardini & le Donati croient avoir été formés près de la porte Septinienne.

On posoit au Janicule un corps-de-garde dans le tems des Comices, & on y montoit la garde pour la sûreté de la ville & de la riviere qui coule au bas. Aujourd'hui cette colline comprend sous elle le Vatican, & se termine à l'église de SantoSpirito in Sassia. On l'appelle communément Montorio, à cause de la couleur de son sable qui est jaunâtre : c'est un des endroits de Rome des moins habités.

Pour ce qui regarde le pont du Janicule, que les Romains appelloient pons Janiculensis, Antonin l'avoit rebâti de marbre. Il se rompit par la suite des tems, & demeura dans un triste état de décombres, jusqu'à ce que Sixte IV. en ait construit un autre à la place : c'est de-là que lui vient son nom moderne, ponte Sisto. (D.J.)


JANIPABAS. m. ganipa, fructu ovato, (Botan. exot.) Plum. espece de genipa du Brésil, & des îles de l'Amérique, dont il est un des plus grands arbres, ressemblant au hêtre ; son écorce est grise ou blanche ; son bois est moëlleux & fragile ; ses rameaux sont revétus de feuilles longues de plus d'un pié, de couleur verte, luisantes, & en forme de langue de boeuf ; sa fleur est petite, d'une seule piece, en cloche, approchante de celle du narcisse, blanche, tachetée de jaune en-dedans, répandant une odeur de girofle ; son fruit est plus gros qu'une orange, rond, couvert d'une écorce tendre, & cendrée ; sa chair solide, jaunâtre, visqueuse, s'amollit en mûrissant, & donne un suc aigrelet, d'un parfum assez agréable : on trouve au milieu de ce fruit, qui est partagé en deux, des semences comprimées, presque orbiculaires ; on mange le fruit quand il est mûr ; on en tire par expression une liqueur vineuse, qui dans le commencement est astringente & rafraîchissante, mais qui étant gardée, perd son astriction, & devient échauffante. (D.J.)


JANISARKIS. m. (Commerce) on nomme ainsi à Constantinople le basar couvert, où l'on vend les drogues & les toiles. C'est un vaste bâtiment fermé par deux grandes voutes, sous l'une desquelles sont toutes les boutiques de Droguerie, & sous l'autre celles des Marchands de toile. Dictionnaire de Commerce.


JANISSAIRES. m. (Hist. turq.) soldat d'infanterie turque, qui forme un corps formidable en lui-même, & sur-tout à celui qui le paye.

Les gen-y-céris, c'est-à-dire, nouveaux soldats, que nous nommons janissaires, se montrerent chez les Turcs (quand ils eurent vaincu les Grecs) dans toute leur vigueur, au nombre d'environ 45 mille, conformément à leur établissement, dont nous ignorons l'époque. Quelques historiens prétendent que c'est le sultan Amurath II, fils d'Orcan, qui a donné en 1372, à cette milice déja instituée, la forme qu'on voit subsister encore.

L'officier qui commande cette milice, s'appelle jen-y-céris aghasi ; nous disons en françois l'aga des janissaires ; & c'est un des premiers officiers de l'empire.

Comme on distingue dans les armées de sa hautesse les troupes d'Europe, & les troupes d'Asie, les janissaires se divisent aussi en janissaires de Constantinople, & janissaires de Damas. Leur paye est depuis deux aspres jusqu'à douze ; l'aspre vaut environ six liards de notre monnoie actuelle.

Leur habit est de drap de Salonique, que le grand-seigneur leur fait donner toutes les années, le jour de Ramazan. Sous cet habit ils mettent une surveste de drap bleu ; ils portent d'ordinaire un bonnet de feutre, qu'ils appellent un zarcola, & un long chaperon de même étoffe qui pend sur les épaules.

Leurs armes sont en tems de guerre un sabre, un mousquet, & un fourniment qui leur pend du côté gauche. Quant à leur nourriture, ce sont les soldats du monde qui ont toûjours été le mieux alimentés ; chaque oda de janissaires avoit jadis, & a encore, un pourvoyeur qui lui fournit du mouton, du ris, du beurre, des légumes, & du pain en abondance.

Mais entrons dans quelques détails, qu'on sera peut-être bien aise de trouverici, & dont nous avons M. de Tournefort pour garant ; les choses à cet égard, n'ont point changé depuis son voyage en Turquie.

Les janissaires vivent honnêtement dans Constantinople ; cependant ils sont bien déchus de cette haute estime où étoient leurs prédécesseurs, qui ont tant contribué à l'établissement de l'empire turc. Quelques précautions qu'ayent pris autrefois les empereurs, pour rendre ces troupes incorruptibles ; elles ont dégénéré. Il semble même qu'on soit bien-aise depuis plus d'un siecle, de les voir moins respectées, de crainte qu'elles ne se rendent plus redoutables.

Quoique la plus grande partie de l'infanterie turque s'arroge le nom de janissaires, il est pourtant sûr que dans tout ce vaste empire, il n'y en a pas plus de 25 mille qui soient vrais janissaires, ou janissaires de la Porte : autrefois cette milice n'étoit composée que des enfans de tribut, que l'on instruisoit dans le Mahométisme. Présentement cela ne se pratique plus, depuis que les officiers prennent de l'argent des Turcs, pour les recevoir dans ce corps. Il n'étoit pas permis autrefois aux janissaires de se marier, les Musulmans étant persuadés que les soins du ménage rendent les soldats moins propres à la profession des armes : aujourd'hui se marie qui veut avec le consentement des chefs, qui ne le donnent pourtant pas sans argent ; mais la principale raison qui détourne les janissaires du mariage, c'est qu'il n'y a que les garçons qui parviennent aux charges, dont les plus recherchées sont d'être chefs de leur oda.

Toute cette milice loge dans de grandes casernes, distribuées en plusieurs chambres : chaque chambre a son chef qui y commande. Il reçoit ses ordres des capitaines, au-dessus desquels il y a le lieutenant-général, qui obéit à l'aga seul.

Le bonnet de cérémonie des janissaires est fait comme la manche d'une casaque ; l'un des bouts sert à couvrir leur tête, & l'autre tombe sur leurs épaules ; on attache à ce bonnet sur le front, une espece de tuyau d'argent doré, long de demi-pié, garni de fausses pierreries. Quand les janissaires marchent à l'armée, le sultan leur fournit des chevaux pour porter leur bagage, & des chameaux pour porter leurs tentes ; savoir un cheval pour 10 soldats, & un chameau pour 20. A l'avénement de chaque sultan sur le trone, on augmente leur paye pendant quelque tems d'un aspre par jour.

Les chambres héritent de la dépouille de ceux qui meurent sans enfans ; & les autres, quoiqu'ils ayent des enfans, ne laissent pas de léguer quelque chose à leur chambre. Parmi les janissaires, il n'y a que les solacs & les peyes qui soient de la garde de l'empereur ; les autres ne vont au serrail, que pour accompagner leurs commandans les jours de divan, & pour empêcher les desordres. Ordinairement on les met en sentinelle aux portes & aux carrefours de la ville : tout le monde les craint & les respecte, quoiqu'ils n'ayent qu'une canne à la main, car on ne leur donne leurs armes, que lorsqu'ils vont en campagne.

Plusieurs d'entr'eux ne manquent pas d'éducation, étant en partie tirés du corps des amazoglans, parmi lesquels leur impatience, ou quelqu'autre défaut, ne leur a pas permis de rester : ceux qui doivent être reçûs, passent en revûe devant le commissaire, & chacun tient le bas de la veste de son compagnon. On écrit leurs noms sur le registre du grand-seigneur ; après quoi ils courent tous vers leurs maîtres de chambre, qui pour leur apprendre qu'ils sont sous sa jurisdiction, leur donne à chacun en passant, un coup de main derriere l'oreille.

On leur fait faire deux sermens dans leur enrôlement ; le premier, de servir fidelement le grand-seigneur ; le second, de suivre la volonté de leurs camarades. En effet, il n'y a point de corps plus uni que celui des janissaires, & cette grande union soutient singulierement leur autorité ; car quoiqu'ils ne soient que 12 à 13 mille dans Constantinople, ils sont sûrs que leurs camarades ne manqueront pas d'approuver leur conduite.

De-là vient leur force, qui est telle, que le grand-seigneur n'a rien au monde de plus à craindre que leurs caprices. Celui qui se dit l'invincible sultan, doit trembler au premier signal de la mutinerie d'un misérable janissaire.

Combien de fois n'ont-ils pas fait changer à leur fantaisie la face de l'empire ? les plus fiers empereurs, & les plus habiles ministres, ont souvent éprouvé qu'il étoit pour eux du dernier danger d'entretenir en tems de paix, une milice si redoutable. Elle déposa Bajazet II. en 1512 ; elle avança la mort d'Amurat III. en 1595 ; elle menaça Mahomet III. de le détrôner. Osman II. qui avoit juré leur perte, ayant imprudemment fait éclater son dessein, en fut indignement traité, puisqu'ils le firent marcher à coups de piés depuis le serrail jusques au château des sept tours, où il fut étranglé l'an 1622. Mustapha que cette insolente milice mit à la place d'Osman, fut détrôné au bout de deux mois, par ceux-là même qui l'avoient élevé au faîte des grandeurs. Ils firent aussi mourir le sultan Ibrahim en 1649, après l'avoir traîné ignominieusement aux sept tours ; ils renverserent du trone son fils Mahomet IV. à cause du malheureux succès du siége de Vienne, lequel pourtant n'échoua que par la faute de Cara-Mustapha, premier visir. Ils préférerent à cet habile sultan son frere Soliman III. prince sans mérite, & le déposerent à son tour quelque tems après. Enfin, en 1730, non-contens d'avoir obtenu qu'on leur sacrifiât le grand visir, le rei-Effendi, & le capitan bacha ; ils déposerent Achmet III. l'enfermerent dans la prison, d'où ils tirerent sultan Mahomet, fils de Mustapha II. & le proclamerent à sa place. Voilà comme les successions à l'empire sont réglées en Turquie. (D.J.)


JANJA(Géog.) fleuve de la Sibérie septentrionale, qui se jette dans la mer glaciale.


JANN(LA), Géog. contrée de la Turquie européenne dans la Macédoine, sur l'Archipel, bornée N. par le Comenolitari, S. par la Livadie, O. par l'Albanie, & E. par l'Archipel. Elle répond à la Thessalie des anciens ; Larisse en est la capitale ; ses principales rivieres sont le Sélampria, le Pénée des Grecs, l'Epidêne qui est leur Apidanus, & l'Agrioméla, qui est leur Sperchius. (D.J.)


JANNANINSS. m. pl. (Hist. mod. superstit.) c'est le nom que les Negres de quelques parties intérieures de l'Afrique donnent à des esprits qu'ils croient être les ombres ou les ames de leurs ancêtres, & qu'ils vont consulter ou adorer dans les tombeaux. Quoique ces peuples reconnoissent un dieu suprême nommé Kanno, leur principal culte est réservé pour ces prétendus esprits. Chaque négre a son jannanin tutélaire, à qui il s'adresse dans ses besoins, il va le consulter dans son tombeau, & regle sa conduite sur les réponses qu'il croit en avoir reçûes. Ils vont sur-tout les interroger sur l'arrivée des vaisseaux européens, dont les marchandises leur plaisent autant qu'aux habitans des côtes. Chaque village a un jannanin protecteur, à qui l'on rend un culte public, auquel les femmes, les enfans & les esclaves ne sont point admis : on croiroit s'attirer la colere du génie, si on permettoit la violation de cette regle.


JANOUARES. m. (Hist. nat.) animal quadrupede du Brésil, monté sur des jambes hautes & seches comme un lévrier, ce qui le rend très-léger à la course. Il est de la grandeur d'un chien, sa peau est tachetée comme celle d'un tigre. Cet animal, qui est très-agile & très-vorace, cause beaucoup de frayeur aux habitans.


JANOW(Géog.) il y a trois villes de ce nom en Pologne. La premiere est dans la haute Podolie ; la seconde dans la province de Mazovie, sur les frontieres de la Prusse ; & la troisieme est en Lithuanie, dans la province de Briescia.


JANOWECZ(Géog.) ville de la petite Pologne, située dans le Palatinat de Sendomir.


JANOWITZ(Géog.) petite ville de Bohème au cercle de Kaurschim, fameuse par la bataille de 1645, où le général suédois Torstenson défit les Impériaux. Elle est à six milles de Prague, en allant vers la Moravie. Long. 32. 28. latit. 5. 12. (D.J.)


JANSÉNISMES. m. (Hist. ecclés.) dispute sur la grace, & sur différens autres points de la doctrine chrétienne, à laquelle un ouvrage de Corneille Jansénius a donné lieu.

Corneille Jansénius naquit de parens catholiques à Laerdam en Hollande. Il étudia à Utrecht, à Louvain & à Paris. Le fameux Jean du Verger de Hauranne, abbé de S. Cyran, son ami, le mena à Bayonne, où il passa douze ans en qualité de principal du collége. Ce fut-là qu'il ébaucha l'ouvrage qui parut après sa mort sous le titre d'Augustinus. De retour à Louvain, il y prit le bonnet de docteur, obtint une chaire de professeur pour l'Ecriture-sainte, & fut nommé à l'évêché d'Ypres qu'il ne posséda pas long-tems. Il mourut de peste quelques années après sa nomination.

Il avoit travaillé vingt-ans à son ouvrage. Il y mit la derniere main avant sa mort, & laissa à quelques amis le soin de le publier.

Ce livre le fut en effet en 1640 à Louvain en un volume in-folio, divisé en trois parties, qui traitent principalement de la grace.

On trouve dans l'ouvrage de Jansénius, & dans son testament, diverses protestations de sa soûmission au S. Siége.

Le pape Urbain VIII. proscrivit en 1649 l'Augustinus de Corneille Jansénius, comme renouvellant les erreurs du Bayanisme. Cornet, syndic de la faculté, en tira quelques propositions qu'il déféra à la Sorbonne, qui les condamna. Le docteur Saint-Amour & soixante & dix autres appellerent de cette décision au parlement. La faculté porta l'affaire devant le clergé. Les prélats, dit M. Godeau, voyant les esprits trop échauffés, craignirent de prononcer, & renvoyerent la chose au pape Innocent X. Cinq cardinaux & treize consulteurs tinrent par l'ordre d'Innocent, dans l'espace de deux ans & quelques mois, trente-six congrégations. Le pape présida en personne aux dix dernieres. Les propositions y furent discutées. Le docteur Saint-Amour, l'abbé de Bourzeis, & quelques autres qui défendoient la cause de Jansénius, furent entendus ; & l'on vit paroître en 1653 le jugement de Rome qui censure & qualifie les propositions suivantes.

Premiere proposition. Aliqua Dei precepta hominibus justis volentibus & conantibus, secundùm praesentes quas habent vires, sunt impossibilia. Deest quoque illis gratia quâ possibilia sunt. Quelques commandemens de Dieu sont impossibles à des hommes justes qui veulent les accomplir, & qui font à cet effet des efforts selon les forces présentes qu'ils ont. La grace même qui les leur rendroit possibles, leur manque.

Cette proposition qui se trouve mot pour mot dans Jansénius, fut déclarée téméraire, impie, blasphématoire, frappée d'anathème, & hérétique.

Calvin avoit prétendu que tous les commandemens sont impossibles à tous les justes, même avec la grace efficace, & cette erreur avoit été proscrite dans la sixieme session du concile de Trente.

La doctrine de l'Eglise est que Deus impossibilia non jubet, sed jubendo monet & facere quod possis, & petere quod non possis ; que Dieu n'ordonne rien d'impossible, mais avertit en ordonnant & de faire ce que l'on peut, & de demander ce que l'on ne peut pas.

Seconde proposition : interiori gratiae in statu naturae lapsae nunquam resistitur. Dans l'état de nature tombé, on ne résiste jamais à la grace intérieure.

Cette proposition n'est pas mot à mot dans l'ouvrage de Jansénius ; mais la doctrine qu'elle présente fut notée d'hérésie, parce qu'elle parut opposée à ces paroles de J. C. Jerusalem, quoties volui congregare filios tuos, sicut gallina congregat pullos suos sub alis, & noluisti. Jérusalem, combien de fois n'ai-je pas voulu rassembler tes enfans, comme la poule rassemble ses petits sous ses aîles, & tu ne l'as pas voulu ? & à celles-ci que S. Etienne adresse aux Juifs : durâ cervice & incircumcisis cordibus, vos semper Spiritui sancto resistitis. Têtes dures, coeurs incirconcis, vous résistez toûjours à l'Esprit saint ; & à ce passage de S. Paul, videte ne quis vestrûm desit gratiae Dei. Faites qu'aucun de vous ne résiste à la grace de Dieu.

Troisieme proposition : ad merendum vel demerendum in statu naturae lapsae, non requiritur in homine libertas a necessitate, sed sufficit libertas a coactione. Dans l'état de nature tombée, l'homme pour mériter ou pour démériter n'a pas besoin d'une liberté exemte de nécessité, il lui suffit d'une liberté exemte de contrainte.

On ne lit pas cette proposition dans Jansénius, mais celle-ci : l'homme est libre, dès qu'il n'est pas contraint. La nécessité simple, c'est-à-dire la détermination invincible qui part d'un principe extérieur, ne répugne point à la liberté. Une oeuvre est méritoire ou déméritoire, lorsqu'on la fait sans contrainte, quoi qu'on ne la fasse pas sans nécessité. Voyez lib. VI. de grat. Christ. C'est la suite du penchant de la délectation victorieuse ; où l'homme mérite & démérite, quoique son action exemte de contrainte ne le soit pas de nécessité.

La proposition troisieme fut déclarée hérétique ; car il est de foi que le mouvement de la grace efficace même n'emporte point de nécessité.

Luther & Calvin n'avoient admis dans l'homme de liberté que pour le physique des actions. Quant au moral, ils prétendoient que l'exemtion de contrainte suffisoit ; & que quoique nécessité, on pourroit mériter ou démériter ; le concile de Trente avoit anathématisé ces erreurs.

Quatrieme proposition : semi-pelagiani admittebant praevenientis gratiae necessitatem ad singulos actus, etiam ad initium fidei ; & in hoc erant haeretici quod vellent eam gratiam talem esse cui posset humana voluntas resistere vel obtemperare. Les semi-pélagiens admettoient la nécessité d'une grace prévenante pour toutes les bonnes oeuvres, même pour le commencement de la foi ; & ils étoient hérétiques, en ce qu'ils pensoient que cette grace étoit telle que la volonté de l'homme pouvoit s'y soumettre ou y résister.

La premiere partie de cette proposition est un fait, & on lit dans Jansénius, liv. VII. & VIII. de l'hérés. pélag. il n'est pas douteux que les demi-Pélagiens n'ayent admis la nécessité d'une grace actuelle & intérieure pour les premieres volontés de croire, d'espérer, &c.

Cette opinion de Jansénius sur le sémi-pélagianisme est regardée par tous les Théologiens comme contraire à la vérité & à l'autorité de S. Augustin, & la qualité de fausse de la censure tombe là-dessus.

Quant à la seconde partie qui concerne le dogme, elle a été qualifiée d'hérétique. Ainsi il paroit qu'il falloit dire, 1°. que les sémi-Pélagiens n'ont point admis la nécessité d'une grace intérieure pour le commencement de la foi ; 2°. que quand ils l'auroient admise, ils n'auroient point erré en prétendant que cette grace étoit telle que la volonté pût y consentir ou la rejetter.

Cinquieme proposition : semi-Pelagianum est dicere Christum pro omnibus hominibus mortuum esse aut sanguinem fudisse. C'est une erreur demi-pélagienne que Jesus-Christ est mort pour tous les hommes, ou qu'il ait répandu son sang pour eux.

Jansénius dit, de grat. Christ. lib. III. cap. ij. que les peres, bien loin de penser que Jesus-Christ soit mort pour le salut de tous les hommes, ont regardé cette opinion comme une erreur contraire à la foi catholique, & que le sentiment de S. Augustin est, qu'il n'est mort que pour les prédestinés, & qu'il n'a pas plus prié son Pere pour le salut des réprouvés que pour le salut des démons.

Le symbole de Nicée a dit, qui propter nos homines & propter nostram salutem descendit de coelis... incarnatus est... passus est... & la cinquieme proposition fut condamnée comme impie, blasphématoire & hérétique.

Cependant M. Bossuet dit, justif. des réfl. moral. p. 67. qu'il ne faut pas faire un point de foi également décidé de la volonté de sauver tous les justifiés, & de celle de sauver tous les hommes.

Telles sont les cinq fameuses propositions qui donnerent lieu à la bulle d'Innocent X. à laquelle on objecta que les cinq propositions n'étoient pas dans le livre de Jansénius, & qu'elles n'avoient pas été condamnées dans le sens de cet auteur, & l'on vit naître la fameuse distinction du fait & du droit.

Diverses assemblées du clergé de France tenues en 1654, 5, 6, & 7, statuerent, 1°. que les cinq propositions étoient dans le livre de Jansénius ; 2°. qu'elles avoient été condamnées dans le sens propre & naturel de l'auteur.

Innocent X. adressa à ce sujet un bref en 1654. Alexandre VII. son successeur, dit dans sa constitution de 1656, que les cinq propositions extraites de l'Augustinus, ont été condamnées dans le sens de l'auteur.

Cependant M. Arnauld, lett. à un duc & pair, soûtint que les propositions n'étoient point dans Jansénius ; qu'elles n'avoient point été condamnées dans son sens, & que toute la soûmission qu'on pouvoit exiger des fideles à cet égard, se réduisoit au silence respectueux. Il prétendit encore que la grace manque au juste dans des occasions où l'on ne peut pas dire qu'il ne peche pas ; qu'elle avoit manqué à Pierre en pareil cas, & que cette doctrine étoit celle de l'Ecriture & de la tradition.

La Sorbonne censura en 1656 ces deux propositions ; & M. Arnauld ayant refusé de se soûmettre à sa décision, fut exclus du nombre des docteurs. Les candidats signent encore cette censure.

Cependant les disputes continuoient. Pour les étouffer, le clergé, dans différentes assemblées tenues depuis 1655 jusqu'en 1661, dressa une formule de foi que les uns souscrivirent, & que d'autres rejetterent. Les évêques s'adresserent à Rome, & il en vint en 1665 une bulle qui enjoignit la signature du formulaire, appellé communément d'Alexandre VII. dont voici la teneur.

Ego N. constitutioni apostolicae Innocent. X. datae die tertia Maii, an. 1653, & constitutioni Alex. VII. datae die sexta Octob. an. 1656. summorum pontificum, me subjicio, & quinque propositiones ex Cornelii Jansenii libro cui nomen est Augustinus excerptas, & in sensu ab eodem autore intento, prout illas praedictas propositiones sedes apostolica damnavit, sincero animo damno ac rejicio, & ita juro. Sic me Deus adjuvet, & haec sancta Evangelia.

Louis XIV. donna en 1665 une déclaration qui fut enregistrée au parlement, & qui confirma la signature du formulaire sous des peines grieves. Le formulaire devint ainsi une loi de l'Eglise & de l'Etat.

Les défenseurs du formulaire disent que les cinq propositions ont été condamnées dans le sens de Jansénius, car elles ont été déférées & discutées à Rome dans ce sens.

Ce sens est clair ou obscur. S'il est clair, le pape, les évêques & tout le Clergé est donc bien aveugle. S'il est obscur, les Jansénistes sont donc bien éclairés.

Le jugement d'Innocent X. est irréformable, parce qu'il a été porté par un juge compétent, après une mûre délibération, & accepté par l'Eglise. Personne ne doute, dit M. Bossuet, lett. aux relig. de P. R. que la condamnation des propositions ne soit canonique.

Cependant MM. Pavillon évêque d'Aleth, Choart de Buzenval évêque d'Amiens, Caulet évêque de Pamiers & Arnauld évêque d'Angers distinguerent expressément dans leurs mandemens la question de fait & celle de droit.

Le pape irrité voulut leur faire faire leur procès, & nomma des commissaires. Il s'éleva une contestation sur le nombre des juges. Le roi en vouloit douze. Le pape n'en vouloit que dix. Celui-ci mourut, & sous son successeur Clément IX. MM. d'Estrées, alors évêque de Laon & depuis cardinal, de Gondrin archevêque de Sens, & Vialart évêque de Châlons, proposerent un accommodement, dont les termes étoient, que les quatre évêques donneroient & feroient donner dans leurs diocèses une nouvelle signature de formulaire, par laquelle on condamneroit les propositions de Jansénius sans aucune restriction, la premiere ayant été jugée insuffisante.

Les quatre évêques y consentirent. Cependant dans les procès verbaux des synodes diocésains qu'ils tinrent pour cette nouvelle signature, on fit la distinction du fait & du droit, & l'on inséra la clause du silence respectueux sur le fait. La volonté du pape fut-elle ou ne fut-elle pas éludée ? C'est une grande question entre les Jansénistes & leurs adversaires.

Il est certain que la question de fait peut être prise en divers sens. 1°. Pour le fait personnel, c'est-à-dire quelle a été l'intention personnelle de Jansénius. 2°. Pour le fait grammatical, savoir si les propositions se trouvent mot pour mot dans Jansénius. 3°. Pour le fait dogmatique, ou l'attribution des propositions à Jansénius, & leur liaison avec le dogme.

On convient que la décision de l'Eglise ne peut s'étendre au fait pris soit au premier soit au second sens. Mais est-ce du fait pris dans ces deux sens, ou du fait pris au troisieme qu'il faut entendre la distinction dans laquelle persisterent les quatre évêques & les dix-neuf autres qui se joignirent à eux ? C'est une difficulté que nous laissons à examiner à ceux qui se chargeront de l'histoire ecclésiastique de ces tems.

Quoi qu'il en soit, voilà ce qu'on appelle la paix de Clement IX.

Les évêques de Flandres ayant fait quelque altération à la souscription du formulaire, quelques docteurs de Louvain dépêcherent à Rome un des leurs, appellé Hennebel, pour se plaindre de cette témérité ; & Innocent XII. donna en 1694 & 1696 deux brefs, dans l'un desquels il dit : " Nous attachant inviolablement aux constitutions de nos prédécesseurs Innocent X. & Aléxandre VII. nous déclarons que nous ne leur avons donné ni ne donnons aucune atteinte, qu'elles ont demeuré & demeurent encore dans toute leur force ". Il ajoûte dans l'autre : " Nous avons appris avec étonnement que certaines gens ont osé avancer que dans notre premier bref, nous avions altéré & réformé la constitution d'Alexandre VII. & le formulaire dont il a prescrit la signature. Rien de plus faux, puisque par ledit bref nous avons confirmé l'un & l'autre, que nous y adhérons constamment, que telle est & a toûjours été notre intention ".

Le pape, dans un de ces brefs, dit des Jansénistes, les prétendus Jansénistes. Ce mot de prétendus diversement interprété par les deux partis, acheve d'obscurcir la question de la signature pure & simple du formulaire.

Depuis la paix de Clément IX. les esprits avoient été assez tranquilles, lorsqu'en 1702 on vit patoître le fameux cas de conscience. Voici ce que c'est.

On supposoit un ecclésiastique qui condamnoit les cinq propositions dans tous les sens que l'Eglise les avoit condamnées, même dans le sens de Jansénius de la maniere qu'Innocent XII. l'avoit entendu dans ses brefs aux évêques de Flandres, & auquel cependant on avoit refusé l'absolution, parce que, quant à la question de fait, c'est-à-dire, à l'attribution des propositions au livre de Jansénius, il croyoit que le silence respectueux suffisoit ; & l'on demandoit à la Sorbonne ce qu'elle pensoit de ce refus d'absolution.

Il parut une décision signée de quarante docteurs, dont l'avis étoit que le sentiment de l'ecclésiastique n'étoit ni nouveau ni singulier, qu'il n'avoit jamais été condamné par l'Eglise, & qu'on ne devoit point pour ce sujet lui refuser l'absolution.

Cette piece ralluma l'incendie. Le cas de conscience occasionna plusieurs mandemens. Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, exigea & obtint des docteurs qui l'avoient signé une rétractation. Un seul tint ferme, & fut exclus de la Sorbonne.

Cependant les disputes renouvellées ne finissant point, Clement XI. qui occupoit alors la chaire de S. Pierre, après plusieurs brefs, publia sa bulle, Vineam Domini sabaoth. Elle est du 15. Juillet 1705. Et il paroît que son objet est de déclarer que le silence respectueux sur le fait ne suffit pas pour rendre à l'Eglise la pleine & entiere obeissance qu'elle exige des fideles.

La question étoit devenue si embarrassée, si subtile, qu'on dispute encore sur cette bulle. Mais il faut avouer qu'elle fut regardée dans les premiers momens comme une autorité contraire au silence respectueux.

M. l'évêque de Montpellier, qui l'avoit d'abord acceptée, se retracta dans la suite.

Jamais les hommes n'ont peut-être montré tant de dialectique & de finesse que dans toute cette affaire.

Ce fut alors qu'on fit la distinction du double sens des propositions de Jansénius, l'un qui est le sens vrai, naturel & propre de Jansénius, & l'autre qui est un sens putatif & imaginé. On convint que les propositions étoient hérétiques dans le sens putatif & imaginé par le souverain pontife, mais non dans leur sens vrai, propre & naturel.

Voilà où la question du Jansenisme & du formulaire en est venue.

Les disputes occasionnées par le livre de Quesnel & par sa condamnation, ayant commencé précisément lorsque celles que l'ouvrage de Jansénius avoit excitées, alloient peut-être s'éteindre, on a donné le nom de Jansénistes aux défenseurs de Quesnel & aux adversaires de la bulle Unigenitus. Voyez les articles QUESNELISTES, UNIGENITUS, &c.


JANSENISTES. m. (Mode) c'est un petit panier à l'usage des femmes modestes, & c'est la raison pour laquelle on l'a appellé janséniste. Voyez l'article PANIER.


JANTES. f. (Arts méchan.) piece de bois de charronage de deux à trois piés de long, courbée, & qui fait une partie du cercle de la roue d'un moulin, d'un carrosse, d'une charrette & autres voitures.

Il faut 1°. remarquer sur les jantes des roues, qu'elles doivent être bien chantournées : 2°. que quoiqu'elles n'aient pas besoin d'une épaisseur considérable, cependant il est nécessaire de leur en donner une d'autant plus grande, que les tenons des rais seront forts : 3°. il faut encore avoir attention que les jantes soient faites de courbes naturelles, afin que leurs fibres ne soient point coupées : 4°. il ne faut laisser aux jantes aucun aubier, car si l'aubier est dans la partie concave de la jante, le tenon du rais fera éclater l'aubier, & ce rais sera comme inutile ; si au contraire l'aubier est dans la partie convexe de la jante, les bandes, & particulierement les bouts des bandes, seront forcés par la charge de la voiture, à entrer dans la jante ; pour lors la roue perdant sa rondeur, aura plus de peine à rouler, ira par sauts & par secousses, qui contribueront beaucoup à sa destruction entiere, & à casser la bande qui porteroit à faux. Voyez nos Planches de Charron. (D.J.)

JANTES, dans l'Artillerie, ce sont six pieces de bois d'orme dont chacune forme un arc de cercle, & qui jointes ensemble par les extrémités, font cercle entier, qui avec un moyeu & douze rais, composent les roues de l'affut du canon.

L'épaisseur des jantes varie suivant la piece à laquelle le rouage qu'elles forment est destiné. Aux pieces de vingt-quatre les jantes ont six pouces de haut, & quatre pouces d'épaisseur ; à celles de seize, cinq pouces de haut, & trois pouces & demi d'épaisseur ; aux pieces de douze, quatre pouces huit lignes de haut, & trois pouces trois lignes d'épaisseur ; à celles de huit, quatre pouces & demi de haut, & trois pouces & demi d'épaisseur ; enfin aux pieces de quatre, quatre pouces de haut, & deux pouces & demi d'épaisseur.


JANTILLES. f. (Art méchaniq.) gros ais qu'on applique autour des jantes & des aubes de la roue d'un moulin, pour recevoir la chûte de l'eau, & accélérer son mouvement. Elle sert aussi à élever les eaux à l'aide des roues disposées à cet effet. De jantille on a fait le verbe jantiller.


JANUALS. m. (Littérat.) sorte de gâteau que les Romains offroient à Janus le premier jour du mois qui lui étoit consacré ; ce gâteau étoit fait de farine nouvelle, de sel nouveau, d'encens & de vin. (D.J.)


JANUALE PORTE(Antiq.) porte de Rome située sur le mont Viminal, & qui fut appellée porte januale, à l'occasion d'un prétendu miracle que Janus opéra dans cet endroit, en faveur des Romains contre les Sabins. Ovide embellit ce conte populaire de toutes les graces de la Poésie ; voyez-le. (D.J.)


JANUALESS. f. (Hist. anc.) fête de Janus qu'on célébroit à Rome le premier de Janvier par des danses & d'autres marques de réjouissances publiques. En ce jour les citoyens revêtus de leurs plus beaux habits, les consuls à la tête en robe de cérémonie, alloient au capitole faire des sacrifices à Jupiter. Alors comme aujourd'hui, on se saisoit des présens & d'heureux souhaits les uns aux autres, & l'on avoit grande attention, selon Ovide, à ne rien dire qui ne fût de bon augure pour tout le reste de l'année. On offroit à Janus des figues, des dattes & du miel ; la douceur de ces fruits étant regardée comme le symbole de présages favorables pour l'année. (G)


JANUS, TEMPLE DE(Hist. rom. Médaill. Littér.) temple que Janus avoit à Rome, & qui avoit été bâti par Romulus ; Numa son successeur lui donna des portes, que l'on n'ouvroit qu'en tems de guerre, & que l'on tenoit fermées pendant la paix. De là cette inscription que l'on voit au revers de plusieurs médailles de Néron, avec le temple de Janus ; pace terrâ marique partâ, Janum clausit ; & cette inscription trouvée à Mérida en Espagne : Imp. Caesar. Divi F. Augustus, Pont. Max. Cos XI. Tribunic. Pot. X. Imp. VIII. Orbe, mari & terra pacato, templo Jani clauso, &c. De-là les surnoms de Patuleius, & de Clusius, comme qui diroit l'ouvert & le fermé.

Il paroît par le plus grand nombre des inscriptions, que ce temple se nommoit tout court Janus ; Janum clausit. Horace l'appelle Janum Quirini, c'est-à-dire Janum Romuli, ce qui ne pouvoit pas s'appliquer aux autres temples que Janus avoit à Rome, & dont nous parlerons tout à l'heure.

On remarque que ce temple ne fut fermé que deux fois depuis la fondation de Rome, jusqu'au regne d'Auguste, & huit fois pendant tout le cours de la royauté, de la république & de l'empire. La premiere fois qu'on le ferma fut sous le regne de Numa, l'instituteur de cette cérémonie ; la seconde fois, à la fin de la premiere guerre punique, l'an 519 de Rome ; la troisieme fois, après la bataille d'Actium, qui rendit Auguste le maître du monde, l'an 725 de Rome ; la quatrieme fois, cinq ans après, au retour de la guerre des Cantabres en Espagne, l'an 730 ; la cinquieme fois, sous le regne du même empereur, l'an 744 de Rome, environ cinq ans avant la naissance de Jesus-Christ ; & la paix générale qui régnoit alors dans l'empire romain, dura douze ans ; la sixieme fois, sous Néron, l'an 811 ; la septieme fois, sous Vespasien, l'an 824 ; la huitieme fois enfin, sous Gordien le jeune, à peu-près vers l'an 994 de Rome.

Il n'est pas bien sûr que les premiers empereurs chrétiens ayent observé cette cérémonie. Il est vrai qu'Ammian Marcellin dans son hist. liv. XVI. ch. x. semble dire positivement, que Constance II. après ses victoires, vint à Rome l'an 1105 de sa fondation, & ferma le temple de Janus, concluso Jani templo, stratisque hostibus cunctis ; mais comme on assure que ce passage se lit différemment dans les manuscrits, & assez obscurément, il faudroit encore quelque autre autorité pour rendre le fait plus certain.

Je ne trouve que de mauvaises raisons sur l'institution de l'ouverture du temple de Janus en tems de guerre, & de sa clôture en tems de paix. Les uns nous disent que dans un combat de Romulus avec les Sabins, la victoire penchant du côté de ces derniers, un prodige parut sur le champ de bataille, qui les mit en fuite, & Romulus bâtit un temple dans le même lieu, que l'on ouvroit en tems de guerre, afin de tirer toujours du secours de ce temple. D'autres prétendent que Tatius & Romulus bâtirent un temple à frais communs, en mémoire de leur alliance, & que l'usage de l'ouvrir en tems de guerre marquoit l'union des deux rois. J'aime tout autant la pensée d'Ovide : pourquoi, demande le poëte à Janus, ferme-t-on votre temple en tems de paix, & l'ouvre-t-on en tems de guerre ? J'ouvre les portes de mon temple, répond le dieu, pour le retour des soldats romains quand ils sont une fois partis pour l'armée ; & je le ferme en tems de paix, afin que la paix y étant rentrée, elle n'en sorte plus.

Il y avoit à Rome plusieurs autres temples de Janus, outre celui dont nous venons de parler ; les uns portoient le nom de Janus bifrons, ou à deux faces ; les autres de Janus quadrifrons, ou quatre faces : ces derniers étoient à quatre faces égales, avec une porte & trois fenêtres à chaque face. Les quatre côtés & les quatre portes marquoient, dit-on, les quatre saisons de l'année, & les trois fenêtres de chaque côté désignoient les trois mois de chaque saison, ce qui faisoit les douze mois de l'an. Varron nous assure que par rapport à ces douze mois, on avoit érigé douze autels à Janus ; ces autels étoient hors de Rome au-delà de la porte du janicule.

La Fable & les historiens ne connoissent point de plus ancien roi, ni de plus ancien dieu d'Italie que Janus. On le suppose communément originaire de Grece, équipant une flotte, abordant en Italie, où il bâtit une ville qu'il appella de son nom Janicule. Il régna 1330 ans avant l'ere chrétienne, & eut Saturne pour successeur, après un regne de trente-trois ans. Ovide au premier livre de ses Fastes, lui fait raconter ingénieusement les merveilles de son histoire, de son culte, & de sa souveraine puissance. Ce sont du moins des fictions plus amusantes que celles de nos chrétiens modernes, qui retrouvent Noé dans Janus, & qui forment son nom de l'hébreu jaïn, du vin.

Macrobe croit avoir découvert la raison historique, pourquoi les Romains invoquoient Janus, le premier des dieux, dans leurs sacrifices & leurs prieres ; c'est, dit-il, parce qu'il fut le premier qui bâtit des temples, & qui institua des rites sacrés. " Le seul nom de Janus, suivant le récit de ce mythologue, indique qu'il préside sur toutes les portes qui s'appellent januae. On le peint tenant d'une main une clé, & de l'autre une baguette, pour marquer qu'il est le gardien des portes, & qu'il préside aux chemins ; quelques-uns prétendent que Janus est le soleil maître des portes du ciel, qu'il ouvre le jour en se levant, & qu'il le ferme en se couchant. Ses statues le représentent offrant de la main droite le nombre de CCC, & de la main gauche celui de LXV, parce qu'il est le dieu de l'année. Dans le culte que nous lui rendons, continue Macrobe, nous invoquons Janus geminus, Janus pater, Janus junonius, Janus consivius, Janus Quirinus, Janus Patuleius, & Janus Clusivius ". Tous ces noms s'entendent d'eux-mêmes.

Comme Janus passa pour un roi sage, prudent & éclairé, on supposa qu'il savoit le passé, & qu'il prévoyoit l'avenir, & en conséquence de cette idée, on le peignit avec une tête à deux visages, l'une devant, l'autre derriere.

Plutarque dans ses questions romaines, rapporte deux opinions différentes sur les deux têtes adossées de Janus ; c'est, dit-il, ou parce que ce prince étant grec & natif de Perrhebe, il vint en Italie, s'établit parmi des Barbares, & changea de langue & de genre de vie ; ou parce qu'il persuada au peuple grossier du Latium, de s'appliquer à l'Agriculture, & de se policer. Quoi qu'il en soit, on représentoit presque toujours Janus avec deux visages ; d'où vient qu'Ovide le félicite fort plaisamment d'avoir seul le privilege de se voir par-devant & par-derriere, solus de superis qui tua terga vides.

Sa monnoie étoit de l'espece que l'on appelloit ratita, parce qu'elle portoit d'un côté sa tête, & au revers un navire, ou la proue d'un vaisseau. Cette monnoie désignoit apparemment l'arrivée de Saturne en Italie, quand il se réfugia dans les états de Janus, après avoir été détrôné par son fils Jupiter. On trouve encore aujourd'hui de cette ancienne monnoie dans les cabinets des curieux. (D.J.)

JANUS, (Littérat. rom.) les Latins ont donné quelquefois le nom de janus à de grandes arcades fort exhaussées, qui traversent une rue d'un côté à l'autre, comme des arcs de triomphe, & sous lesquelles on passe. Ces janus étoient pour la plûpart incrustés & ornés de statues ; Suetone & Publius Victor le disent expressément. Il y avoit plusieurs de ces sortes d'arcades dites janus, dans différentes rues de Rome. La seule place romaine, cette place qui formoit le quartier des banquiers, des marchands & des usuriers, avoit trois janus ou arcades, au rapport de Tite-Live, liv. XLI. savoir une à chaque bout & une troisieme au milieu : forum porticibus, tabernisque claudendum, & Janos tres faciendos locavere ; ce sont les paroles de cet historien, qui signifient que Flavius Flaccus enferma la place romaine de portiques & de boutiques, & y fit faire trois janus. Le troisieme de ces janus nommé janus medius, étoit célebre ; Horace en parle dans une de ses satyres, & Cicéron en plusieurs endroits de ses offices. Le janus medius, dit ce dernier dans sa VI. Philippique, est sous la protection d'Antoine, Antonius jani medii patronus est. On peut voir si l'on juge à propos, l'ancienne Rome du Nardini. (D.J.)


JANVIER(Astron. & Hist. anc.) mois que les Romains dédierent à Janus, & que Numa mit au solstice d'hiver.

Quoique les calendes de ce mois fussent sous la protection de Junon, comme tous les premiers jours des autres mois, celui-ci se trouvoit consacré particuliérement au dieu Janus, à qui l'on offroit ce jour-là le gâteau nommé janual, ainsi que des dattes, des figues & du miel, fruits dont la douceur faisoit tirer d'heureux prognostics pour le cours de l'année. Voy. JANUAL, NUALESALES.

Ce même jour tous les artistes & artisans ébauchoient la matiere de leurs ouvrages, dans l'opinion que pour avoir une année favorable, il falloit la commencer par le travail. C'est, dit Ovide, le dieu Janus qui le prescrivoit en ces termes :

Tempora commisi nascentia rebus agendis,

Totus ab auspicio, ne foret annus iners.

Cette idée étoit bien plus raisonnable que celle des anciens chrétiens, qui jeûnoient le premier de Janvier pour se distinguer des Romains, parce que ceux-ci se régaloient le soir en l'honneur de Janus.

Les consuls désignés prenoient possession ce jour-là de leur dignité, depuis le consulat de Quintus Fulvius Nobilior, & de Titus Annius Luscus, l'an de la fondation de Rome 601. Ils montoient au capitole accompagnés d'une grande foule de peuple, tous habillés de neuf, & là au milieu des parfums, ils immoloient à Jupiter Capitolin deux taureaux blancs, qui n'avoient pas été mis sous le joug.

Les flamines faisoient des voeux pendant ce sacrifice pour la prospérité de l'empire & pour le salut de l'empereur, après lui avoir prêté le serment de fidélité. Ces voeux & ce serment étoient faits pareillement par tous les autres magistrats. Tacite nous dit dans ses annales, liv. XVI. qu'on fit un crime à Thrasea d'avoir manqué de se trouver au serment & aux voeux de la magistrature, pour le salut de l'empereur. Ovide vous dira plus distinctement toutes ces cérémonies.

Dans ce même jour les Romains se souhaitoient une heureuse année, & prenoient garde de laisser échapper quelque propos qui fût de mauvais augure. Enfin les amis avoient soin d'envoyer des présens à leurs amis, qu'on appelloit strenae, des étrennes. Voyez ETRENNES.

Parcourons maintenant les autres jours de ce mois, & ses diverses fêtes.

Le second jour étoit estimé malheureux pour la guerre, & appellé par cette raison dies ater, jour funeste.

Le troisieme & le quatrieme étoient jours comitiaux.

Le cinquieme jour des nones étoit jour plaidoyable.

Le sixieme passoit pour malheureux.

Le septieme on célébroit la venue d'Isis chez les Romains.

Le huitieme étoit d'assemblée.

Le neuvieme des ides de ce mois, on fêtoit les agonales en l'honneur de Janus.

Le dixieme étoit un jour mi-parti, marqué ainsi dans l'ancien calendrier, E. N.

L'onzieme, ou le iij. des ides, arrivoient les carmentales pour honorer la déesse Carmenta, mere d'Evandre. Voyez CARMENTALES. On célébroit ce même jour la dédicace du temple de Juturne dans le champ de Mars.

Le douzieme étoit jour d'assemblée, quelquefois on y faisoit la fête des compitales ou des carrefours.

Le treizieme jour des ides, consacré à Jupiter, se marquoit dans le calendrier par ces deux lettres, N. P.

Nefastus primâ parte diei, pour dire qu'il étoit seulement fête le matin ; on sacrifioit au souverain des dieux une brebis appellée ovis idulis.

Le quatorzieme semblable au dixieme, étoit coupé moitié fête moitié jour ouvrier.

Le quinzieme on solemnisoit pour la seconde fois les carmentales, nommées par cette raison carmentalia secunda.

Au seizieme arrivoit la dédicace de ce grand & superbe temple de la Concorde, qui fut voué & dédié par Camille, & que Livia Drusilla décora de plusieurs statues, & d'un autel magnifique.

Depuis le seize jusqu'au premier Février, étoient des jours comitiaux, ou d'assemblée, si vous en exceptez le dix-sept, où l'on donnoit les jeux palatins ; le vingt-quatre, où l'on célébroit les féries sémentines pour les semailles ; le vingt-sept, où l'on fêtoit la dédicace du temple de Castor & de Pollux à l'étang de Juturna, soeur de Turnus, le vingt-neuvieme, où se donnoient les équiries, equiria, c'est-à-dire les jeux de courses de chevaux dans le champ de Mars ; & finalement le trentieme, qui étoit la fête de la paix, où l'on sacrifioit une victime blanche, & où l'on brûloit quantité d'encens.

Dans ce mois de Janvier, que les Grecs appelloient ; ils solemnisoient la fête des gamélies, en l'honneur de Junon, fête instituée par Cécrops, au dire de Favorin. Voyez GAMELIES.

Les Ioniens célébroient aussi dans ce mois, les lénées. Voyez LENEES. Et les Egyptiens fêtoient la sortie d'Isis de Phénicie.

Si l'on vouloit des preuves de tout ceci, ou de plus grands détails encore, on pourroit consulter Ovide dans ses fastes, Varron, Festus, Hospinien de origine festorum, Meursius, Pitiscus, Danet, & les antiquités greq. & romaines. Le soleil entre dans ce mois au signe du verseau. (D.J.)


JANVILLE(Géog.) petite ville de France dans la haute Beauce, élection d'Orléans, à une lieue de Toury ; quelques-uns écrivent Genville, d'autres Yenville. Long. 19. 40. lat. 48. 16. (D.J.)


JAOCHEU(Géog.) ville de la Chine dans la province de Kiangsi, dont elle est la seconde métropole. Son territoire fournit presque toute la vaisselle de porcelaine dont se servent les Chinois. Elle est plus occidentale que Pékin de 32d & est à 29. 40. de latitude. (D.J.)


JAPACANIsubst. masc. (Ornitholog. exot.) oiseau du Brésil de la plus petite espece ; son bec noir, est long, pointu, un peu courbé en bas ; son dos & sa tête sont noirs ; le cou & les aîles sont d'un verd brun ; sa queue en-dessus est toute noire, & toute tachetée de blanc en-dessous ; sa gorge, son ventre & ses cuisses sont mélangées de blanc & de jaune, avec des bandes noires transversales. Marggrave, hist. Brasil. (D.J.)


JAPARANDIBAS. m. (Botan. exot.) arbre du Brésil, arbor pomifera Brasiliensis, flore rosaceo, fructu rotundo, segmento superiùs velut ablato, de Marggrave & Pison. Son écorce est cendrée, son bois est dur & moëlleux ; ses feuilles nombreuses, oblongues, pointues, nerveuses, naissent sans ordre, sur les rameaux. Ses fleurs semblables en grandeur, en couleur & en odeur à celles de la rose, sont polypétales, & soutenues trois à trois par un même pédicule ; elles ont au milieu plusieurs petites étamines, disposées en rond, avec un sommet jaune & tremblant. Il leur succede des fruits gris en dehors, jaunes en dedans, faits comme des pommes orbiculaires, mais applatis au-dessus, comme si on en avoit coupé une tranche. Ils contiennent chacun un noyau de la grosseur d'une aveline, anguleux, cordiforme, & de couleur de foie luisante. (D.J.)


JAPARE(Géog.) ville des Indes orientales, dans l'île de Java, sur la côte septentrionale, avec un bon port. Il s'y fait un très-grand commerce, & l'on y voit aborder de toutes les nations des Indes, Javanois, Persans, Arabes, Guzarates, Chinois, Malais, Péguans, &c. Les femmes y sont également laides, & portées à l'amour. Voyez les recits des voyages de la Compagnie hollandoise. Long. 128. 40. latit. méridionale. 6. 45. (D.J.)


JAPODESles, (Géog. an.) les Japodes, selon Strabon, ou JAPIDES selon Ptolomée, étoient un ancien peuple de l'Illyrie, dont le pays s'étendoit en deçà & au-de-là des Alpes, jusqu'auprès de la mer. Strabon, l. IV. nous dit que cette nation étoit en partie originaire des Gaules, & en partie de l'Illyrie ; qu'elle possédoit quatre villes, Metulum, Arupinum, Monetium, & Vendum ; qu'elle étoit très-belliqueuse, quoiqu'elle vécût pauvrement de miel & d'épautre ; & qu'enfin le pays qu'elle habitoit, faisoit partie des Alpes. Comme ils s'étoient adonnés au brigandage, Auguste lassé des plaintes qui lui en revenoient, entreprit de les réduire, & y réussit. Dion Cassius, l. XLIX de son Histoire, parle de cette conquête d'Auguste. Le P. Briet croit que le pays des anciens Japides, répond à la Croatie, & à une partie de l'Istrie, & du Vendismark. Il est très-vraisemblable que les Japodes sont les Jaunthalers de nos jours, habitans de cette vallée d'Allemagne, dans la Carinthie & la Carniole, au midi de la Draye. Les Arupini auront fondé Aversperg, les Monetii, Mansperg, les Metuli, Medaitz, & les Vendi, Windischgratz. (D.J.)


JAPONle, (Géog.) grand pays de la partie la plus orientale de l'Asie. C'est un composé de quantité d'îles, dont les trois principales sont celles de Niphon, de Saikokf, & de Sikokf ; ces trois îles sont entourées d'un nombre prodigieux d'autres îles ; les unes petites, pleines de rochers stériles, les autres grandes, riches & fertiles. Toutes ces îles & terres qui forment le Japon, ont été divisées l'an 590 de J. C. en sept principales contrées, qui sont partagées en quarante-huit provinces, & subdivisées en plusieurs moindres districts.

Le revenu de toutes les îles & provinces, qui appartiennent à l'empire du Japon, monte tous les ans à 3228 mans, & 6200 kokfs de riz ; car au Japon, tous les revenus sont reduits à ces deux mesures en riz ; un mans contient dix mille kokfs ; & un kokf trois mille balles ou sacs de riz.

Le tems est fort inconstant dans cette vaste contrée ; l'hiver est sujet à des froids rudes, & l'été à des chaleurs excessives. Il pleut beaucoup pendant le cours de l'année, & sur-tout dans les mois de Juin & de Juillet, mais sans cette régularité qu'on remarque dans les pays plus chauds des Indes orientales. Le tonnerre & les éclairs sont très-fréquens. La mer qui environne le Japon, est fort orageuse, & d'une navigation périlleuse, par le grand nombre de rochers, de bas fonds & d'écueils, qu'il y a au-dessus & au-dessous de l'eau.

Le terroir est en général montagneux, pierreux, & stérile ; mais l'industrie & les travaux infatigables des habitans, qui d'ailleurs vivent avec une extrême frugalité, l'ont rendu fertile, & propre à se passer des pays voisins. Toute la nation se nourrit de riz, de légumes & de fruits, sobriété qui semble en elle une vertu plutôt qu'une superstition. L'eau douce ne manque pas, car il y a un grand nombre de lacs, de rivieres, & de fontaines froides, chaudes & minérales ; les tremblemens de terre n'y sont pas rares, & détruisent quelquefois des villes entieres par leurs violentes & longues secousses.

La plus grande richesse du Japon consiste en toutes sortes de minéraux & de métaux, particulierement en or, en argent, & en cuivre admirable. Il y a quantité de soufrieres, entr'autres une île entiere qui n'est que soufre. La province de Bungo produit de l'étain si fin & si blanc, qu'il vaut presque l'argent. On trouve ailleurs le fer en abondance ; d'autres provinces fournissent des pierres précieuses, jaspes, agathes, cornalines, des perles dans les huitres, & dans plusieurs autres coquillages de mer. L'ambre gris se recueille sur les côtes, & chacun peut l'y ramasser. Les coquillages de la mer, dont les habitans ne font aucun cas, ne cedent point en beauté à ceux d'Amboine & des îles Moluques. Le Japon possede aussi des drogues estimées, qui servent à la Teinture & à la Médecine. On n'y a point encore découvert l'antimoine, & le sel ammoniac ; le vif-argent & le borax y sont portés par les Chinois.

L'empire du Japon est situé entre le 31 & le 42d de latitude septentrionale. Les Jesuites, dans une carte corrigée sur leurs observations astronomiques, le placent entre le 157 & le 175d 30' de longitude. Il s'étend au nord-est, & à l'est-nord-est ; sa largeur est très-irréguliere, & étroite en comparaison de sa longueur, qui prise en droite ligne, & sans y comprendre toutes les côtes, a au moins 200 milles d'Allemagne. Il est comme le royaume de la Grande-Bretagne, haché & coupé, mais dans un plus haut degré, par des caps, des bras de mer, des anses & des baies. Il se trouve un bras de mer entre les côtes les plus septentrionales du Japon, & un continent voisin ; c'est un fait confirmé par les découvertes récentes des Russes ; Jedo est aujourd'hui la capitale de cet empire ; c'étoit autrefois Meaco, Voyez JEDO & MEACO.

Si le Japon exerce la curiosité des Géographes, il est encore plus digne des regards d'un philosophe. Nous fixerons ici les yeux du lecteur, sur le tableau intéressant qu'en a fait l'historien philosophe de nos jours. Il nous peint avec fidélité ce peuple étonnant, le seul de l'Asie qui n'a jamais été vaincu, qui paroît invincible ; qui n'est point, comme tant d'autres, un mélange de différentes nations, mais qui semble aborigene ; & au cas qu'il descende d'anciens Tartares, 1200 ans avant J. C. suivant l'opinion du P. Couplet, toujours est-il sûr qu'il ne tient rien des peuples voisins. Il a quelque chose de l'Angleterre, par la fierté insulaire qui leur est commune, & par le suicide qu'on croit si fréquent dans ces deux extrémités de notre hémisphere ; mais son gouvernement ne ressemble point à l'heureux gouvernement de la Grande-Bretagne ; il ne tient pas de celui des Germains, son système n'a pas été trouvé dans leurs bois.

Nous aurions dû connoître ce pays dès le xiij. siecle, par le recit du celebre Marco Paolo. Cet illustre vénitien avoit voyagé par terre à la Chine ; & ayant servi long-tems sous un des fils de Gengis-Kan, il eut les premieres notions de ces îles, que nous nommons Japon, & qu'il appelle Zipangri ; mais ses contemporains qui admettoient les fables les plus grossieres, ne crurent point les vérités que Marc Paul annonçoit : son manuscrit resta long-tems ignoré. Il tomba enfin entre les mains de Christophe Colomb, & ne servit pas peu à le confirmer dans son espérance, de trouver un monde nouveau, qui pouvoit rejoindre l'orient & l'occident. Colomb ne se trompa que dans l'opinion, que le Japon touchoit à l'hémisphere qu'il découvrit ; il en étoit si convaincu, qu'étant abordé à Hispaniola, il se crut dans le Zipangri de Marco Paolo.

Cependant, pendant qu'il ajoûtoit un nouveau monde à la monarchie d'éspagne, les Portugais de leur côté s'aggrandissoient avec le même bonheur dans les Indes orientales. La découverte du Japon leur est dûe, & ce fut l'effet d'un naufrage. En 1542, lorsque Martin Alphonse de Souza étoit viceroi des Indes orientales, trois portugais, Antoine de Mota, François Zeimoto, & Antoine Peixota, dont les noms méritoient de passer à la postérité, furent jettés par une tempête sur les côtes du Japon ; ils étoient à bord d'une jonque chargée de cuir, qui alloit de Siam à la Chine : voilà l'origine de la premiere connoissance qui se répandit du Japon en Europe.

Le gouvernement du Japon a été pendant deux mille quatre cent ans assez semblable à celui du calife des Musulmans, & de Rome moderne. Les chefs de la religion ont été, chez les Japonois, les chefs de l'empire plus long-tems qu'en aucune autre nation du monde. La succession de leurs pontifes rois, & de leurs pontifes reines (car dans ce pays-là les femmes ne sont point exclues du trône pontifical) remonte 660 ans avant notre ere vulgaire.

Mais les princes séculiers s'étant rendus insensiblement indépendans & souverains dans les provinces, dont l'empereur ecclésiastique leur avoit donné l'administration, la fortune disposa de tout l'empire en faveur d'un homme courageux, & d'une habileté consommée, qui d'une condition basse & servile, devint un des plus puissans monarques de l'univers ; on l'appella Taïco.

Il ne détruisit, en montant sur le trône, ni le nom, ni la race des pontifes, dont il envahit le pouvoir, mais depuis lors l'empereur ecclésiastique, nommé Dairi ou Dairo, ne fut plus qu'une idole révérée, avec l'apanage imposant d'une cour magnifique ; voyez DAIRO. Ce que les Turcs ont fait à Bagdad, ce que les Allemands ont voulu faire à Rome, Taïco l'a fait au Japon, & ses successeurs l'ont confirmé.

Ce fut sur la fin du xvj siecle, vers l'an 1583 de J. C. qu'arriva cette révolution. Taïco instruit de l'état de l'empire, & des vûes ambitieuses des princes & des grands, qui avoient si longtems pris les armes les uns contre les autres, trouva le secret de les abaisser & de les dompter. Ils sont aujourd'hui tellement dans la dépendance du Kubo, c'est-à-dire, de l'empereur séculier, qu'il peut les disgracier, les exiler, les dépouiller de leurs possessions, & les faire mourir quand il lui plaît, sans en rendre compte à personne. Il ne leur est pas permis de demeurer plus de six mois dans leurs biens héréditaires ; il faut qu'ils passent les autres six mois dans la capitale, où l'on garde leurs femmes & leurs enfans pour gage de leur fidélité. Les plus grandes terres de la couronne sont gouvernées par des lieutenans, & par des receveurs ; tous les revenus de ces terres doivent être portés dans les coffres de l'empire ; il semble que quelques ministres qu'on a eus en Europe ayent été instruits par le grand Taïco.

Ce prince, pour mettre ensuite son autorité à couvert de la fureur du peuple, qui sortoit des guerres civiles, fit un nouveau corps de lois, si rigoureuses, qu'elles ne semblent pas être écrites, comme celles de Dracon, avec de l'encre, mais avec du sang. Elles ne parlent que de peines corporelles, ou de mort, sans espoir de pardon, ni de surséances pour toutes les contraventions faites aux ordonnances de l'empereur. Il est vrai, dit M. de Montesquieu, que le caractere étonnant de ce peuple opiniâtre, capricieux, déterminé, bizarre, & qui brave tous les périls & tous les malheurs, semble à la premiere vûe, absoudre ce législateur de l'atrocité de ses lois ; mais des gens, qui naturellement méprisent la mort, & qui s'ouvrent le ventre par la moindre fantaisie, sont-ils corrigés ou arrêtés par la vûe des supplices, & ne peuvent-ils pas s'y familiariser ?

En même tems que l'empereur dont je parle tâchoit, par des lois atroces, de pourvoir à la tranquillité de l'état, il ne changea rien aux diverses religions établies de tems immémorial, dans le pays, & laissa à tous ses sujets la liberté de penser comme ils voudroient sur cette matiere.

Entre ces religions, celle qui est la plus étendue au Japon, admet des récompenses & des peines après la vie, & même celle de Sinto qui a tant de sectateurs, reconnoît des lieux de délices pour les gens de bien, quoiqu'elle n'admette point de lieu de tourmens pour les méchans ; mais ces deux sectes s'accordent dans la morale. Leur principaux commandemens qu'ils appellent divins, sont les nôtres ; le mensonge, l'incontinence, le larcin, le meurtre, sont défendus ; c'est la loi naturelle réduite en préceptes positifs. Ils y ajoûtent le précepte de la tempérance, qui défend jusqu'aux liqueurs fortes, de quelque nature qu'elles soient, & ils étendent la défense du meurtre jusqu'aux animaux ; Siaka qui leur donna cette loi, vivoit environ mille ans avant notre ere vulgaire. Ils ne different donc de nous en morale, que dans le précepte d'épargner les bêtes, & cette différence n'est pas à leur honte. Il est vrai qu'ils ont beaucoup de fables dans leur religion, en quoi ils ressemblent à tous les peuples, & à nous en particulier, qui n'avons connu que des fables grossieres avant le Christianisme.

La nature humaine a établi d'autres ressemblances entre ces peuples & nous. Ils ont la superstition des sortileges que nous avons eu si long-tems. On retrouve chez eux les pélerinages, les épreuves de feu, qui faisoient autrefois une partie de notre jurisprudence ; enfin ils placent leurs grands hommes dans le ciel, comme les Grecs & les Romains. Leur pontife (s'il est permis de parler ainsi) a seul, comme celui de Rome moderne, le droit de faire des apothéoses, & de consacrer des temples aux hommes qu'il en juge dignes. Ils ont aussi depuis très-long-tems des religieux, des hermites, des instituts même, qui ne sont pas fort éloignés de nos ordres guerriers ; car il y avoit une ancienne société de solitaires, qui faisoient voeu de combattre pour la religion.

Le Japon étoit également partagé entre plusieurs sectes sous un pontife roi, comme il l'est sous un empereur séculier ; mais toutes les sectes se réunissoient dans les mêmes points de morale. Ceux qui croyoient la métempsycose & ceux qui n'y croyoient pas, s'abstenoient & s'abstiennent encore aujourd'hui de manger la chair des animaux qui rendent service à l'homme ; tous s'accordent à les laisser vivre, & à regarder leur meurtre comme une action d'ingratitude & de cruauté. La loi de Moyse tue & mange, n'est pas dans leurs principes, & vraisemblablement le Christianisme adopta ceux de ce peuple, quand il s'établit au Japon.

La doctrine de Confucius a fait beaucoup de progrès dans cet empire ; comme elle se réduit toute à la simple morale, elle a charmé tous les esprits de ceux qui ne sont pas attachés aux bonzes, & c'est toujours la saine partie de la na tion. On croit que le progrès de cette philosophie, n'a pas peu contribué à ruiner la puissance du Dairi : l'empereur qui régnoit en 1700, n'avoit pas d'autre religion.

Il semble qu'on abuse plus au Japon qu'à la Chine de cette doctrine de Confucius. Les philosophes japonois regardent l'homicide de soi-même, comme une action vertueuse, quand elle ne blesse pas la société ; le naturel fier & violent de ces insulaires met souvent cette théorie en pratique, & rend l'homicide beaucoup plus commun encore au Japon, qu'il ne l'est en Angleterre.

La liberté de conscience ayant toujours été accordée dans cet empire, ainsi que dans presque tout le reste de l'Orient, plusieurs religions étrangeres s'étoient paisiblement introduites au Japon. Dieu permettoit ainsi que la voie fut ouverte à l'évangile dans ces vastes contrées ; personne n'ignore qu'il fit des progrès prodigieux sur la fin du seizieme siecle, dans la moitié de cet empire. La célebre ambassade de trois princes chrétiens Japonois au pape Grégoire XIII, est, ce me semble, l'hommage le plus flateur que le saint-siege ait jamais reçu. Tout ce grand pays, où il faut aujourd'hui abjurer l'évangile, & dont aucun sujet ne peut sortir, a été sur le point d'être un royaume chrétien, & peut-être un royaume portugais. Nos prêtres y étoient honorés plus que parmi nous ; à présent leur tête y est à prix, & ce prix même y est fort considérable : il est d'environ douze mille livres.

L'indiscrétion d'un prêtre portugais, qui refusa de céder le pas à un des officiers de l'empereur, fut la premiere cause de cette révolution. La seconde, fut l'obstination de quelques jésuites, qui soutinrent trop leurs droits, en ne voulant pas rendre une maison qu'un seigneur japonois leur avoit donnée, & que le fils de ce seigneur leur redemandoit. La troisieme, fut la crainte d'être subjugués par les chrétiens. Les bonzes appréhenderent d'être dépouillés de leurs anciennes possessions, & l'empereur enfin craignit pour l'état. Les Espagnols s'étoient rendus maîtres des Philippines voisines du Japon ; on savoit ce qu'ils avoient fait en Amérique, il n'est pas étonnant que les Japonois fussent allarmés.

L'empereur séculier du Japon proscrivit donc la religion chrétienne en 1586 ; l'exercice en fut défendu à ses sujets sous peine de mort ; mais comme on permettoit toujours le commerce aux Portugais & aux Espagnols, leurs missionnaires faisoient dans le peuple autant de prosélytes, qu'on en condamnoit au supplice. Le monarque défendit à tous les habitans d'introduire aucun prêtre chrétien dans le pays ; malgré cette défense, le gouverneur des îles Philippines fit passer des Cordeliers en ambassade à l'empereur du Japon. Ces ambassadeurs commencerent par bâtir une chapelle publique dans la ville capitale ; ils furent chassés, & la persécution redoubla. Il y eut longtems des alternatives de cruautés & d'indulgences. Enfin arriva la fameuse rébellion des chrétiens, qui se retirerent en force & en armes en 1637, dans une ville de l'empire ; alors ils furent poursuivis, attaqués, & massacrés au nombre de trente-sept mille l'année suivante 1638, sous le regne de l'impératrice Mikaddo. Ce massacre affreux étouffa la révolte, & abolit entierement au Japon la religion chrétienne, qui avoit commencé de s'y introduire dès l'an 1549.

Si les Portugais & les Espagnols s'étoient contentés de la tolérance dont ils jouissoient, ils auroient été aussi paisibles dans cet empire, que les douze sectes établies à Méaco, & qui composoient ensemble dans cette seule ville, au-delà de quatre cent mille ames.

Jamais commerce ne fut plus avantageux aux Portugais que celui du Japon. Il paroît assez, par les soins qu'ont les Hollandois de se le conserver, à l'exclusion des autres peuples, que ce commerce produisoit, sur-tout dans les commencemens, des profits immenses. Les Portugais y achetoient le meilleur thé de l'Asie, les plus belles porcelaines, ces bois peints, laqués, vernissés, comme paravents, tables, coffres, boëtes, cabarets, & autres semblables, dont notre luxe s'appauvrit tous les jours ; de l'ambre gris, du cuivre d'une espece supérieure au nôtre ; enfin l'argent & l'or, objet principal de toutes les entreprises de négoce.

Le Japon, aussi peuplé que la Chine à proportion, & non moins industrieux, tandis que la nation y est plus fiere & plus brave, possede presque tout ce que nous avons, & presque tout ce qui nous manque. Les peuples de l'Orient étoient autrefois bien supérieurs à nos peuples occidentaux, dans tous les arts de l'esprit & de la main. Mais que nous avons regagné le tems perdu, ajoûte M. de Voltaire ! les pays où le Bramante & Michel Ange ont bâti Saint Pierre de Rome, où Raphaël a peint, où Newton a calculé l'infini, où Leibnitz partagea cette gloire, où Huyghens appliqua la cycloïde aux pendules à secondes, où Jean de Bruges trouva la peinture à l'huile, où Cinna & Athalie ont été écrits ; ces pays, dis-je, sont devenus les premiers pays de la terre. Les peuples orientaux ne sont à présent dans les beaux arts, que des barbares, ou des enfans, malgré leur antiquité, & tout ce que la nature a fait pour eux. (D.J.)


JAPONNERv. act. (Poterie) c'est donner une nouvelle cuisson aux porcelaines de la Chine, pour les faire passer pour porcelaines du Japon. Par cette manoeuvre pratiquée en Angleterre & en Hollande, on colore en rouge & l'on ajoûte des fleurs & des filets d'or aux pieces de la Chine, qui sont toutes bleues & blanches ; mais ces ornemens ajoûtés, ayant trop d'éclat, on les affoiblit par le feu : avec toutes ces précautions, les connoisseurs ne sont pas trompés.


JAPONOISPHILOSOPHIE DES (Hist. de la Philosophie.) Les Japonois ont reçu des Chinois presque tout ce qu'ils ont de connoissances philosophiques, politiques & superstitieuses, s'il en faut croire les Portugais, les premiers d'entre les Européens qui aient abordé au Japon, & qui nous aient entretenus de cette contrée. François Xavier, de la Compagnie de Jésus, y fut conduit en 1549 par un ardent & beau zele d'étendre la religion chrétienne : il y prêcha ; il y fut écouté ; & le Christ seroit peut-être adoré dans toute l'étendue du Japon, si l'on n'eût point allarmé les Peuples par une conduite imprudente qui leur fit soupçonner qu'on en vouloit plus à la perte de leur liberté qu'au salut de leurs ames. Le rôle d'apôtre n'en souffre point d'autre : on ne l'eut pas plutôt deshonoré au Japon en lui associant celui d'intérêt & de politique, que les persécutions s'éleverent, que les échaffauds se dresserent, & que le sang coula de toutes parts. La haine du nom chrétien est telle au Japon, qu'on n'en approche point aujourd'hui sans fouler le Christ aux pieds ; cérémonie ignominieuse à laquelle on dit que quelques Européens plus attachés à l'argent qu'à leur Dieu, se soumettent sans répugnance.

Les fables que les Japonois & les Chinois débitent sur l'antiquité de leur origine, sont presque les mêmes ; il résulte de la comparaison qu'on en fait, que ces sociétés d'hommes se formoient & se polissoient sous une ere peu différente. Le célebre Kempfer qui a parcouru le Japon en naturaliste, géographe, politique & théologien, & dont le voyage tient un rang distingué parmi nos meilleurs livres, divise l'histoire japonoise en fabuleuse, incertaine & vraie. La période fabuleuse commence long-tems avant la création du monde, selon la chronologie sacrée. Ces peuples ont eu aussi la manie de reculer leur origine. Si on les en croit, leur premier gouvernement fut théocratique ; il faut entendre les merveilles qu'ils racontent de son bonheur & de sa durée. Le tems du mariage du dieu Isanagi Mikotto & de la déesse Isanami Mikotto, fut l'âge d'or pour eux. Allez d'un pole à l'autre ; interrogez les peuples, & vous y verrez par-tout l'idolatrie & la superstition s'établir par les mêmes moyens. Par-tout ce sont des hommes qui se rendent respectables à leurs semblables, en se donnant ou pour des dieux ou pour des descendans des dieux. Trouvez un peuple sauvage ; faites du bien ; dites que vous êtes un dieu, & l'on vous croira, & vous serez adoré pendant votre vie & après votre mort.

Le regne d'un certain nombre de rois dont on ne peut fixer l'ere, remplit la période incertaine. Ils y succedent aux premiers fondateurs, & s'occupent à dépouiller leurs sujets d'un reste de férocité naturelle, par l'institution des lois & l'invention des arts, l'invention des arts qui fait la douceur de la vie, l'institution des loix qui en fait la sécurité.

Fohi, le premier législateur des Chinois, est aussi le premier législateur des Japonois, & ce nom n'est pas moins célebre dans l'une de ces contrées que dans l'autre. On le représente tantôt sous la figure d'un serpent, tantôt sous la figure d'un homme à tête sans corps, deux symboles de la science & de la sagesse. C'est à lui que les Japonois attribuent la connoissance des mouvemens célestes, des signes du zodiaque, des révolutions de l'année, de son partage en mois, & d'une infinité de découvertes utiles. Ils disent qu'il vivoit l'an 396 de la création, ce qui est faux, puisque l'histoire du déluge universel est vraie.

Les premiers Chinois & les premiers Japonois instruits par un même homme, n'ont pas eu vraisemblablement un culte fort différent. Le Xékia des premiers est le Siaka des seconds. Il est de la même période ; mais les Siamois, les Japonois & les chinois qui le réverent également, ne s'accordent pas sur le tems précis où il a vécu.

L'histoire vraie du Japon ne commence guere que 660 avant la naissance de J. C. c'est la date du regne de Syn-mu ; Syn-mu qui fut si cher à ses peuples qu'ils le surnommerent Nin-O, le très-grand, le très-bon, optimus, maximus ; ils lui font honneur des mêmes découvertes qu'à Fohi.

Ce fut sous ce prince que vécut le philosophe Roosi, c'est-à-dire le vieillard enfant. Koosi ou Confucius naquit 50 ans après Roosi. Confucius a des temples au Japon, & le culte qu'on lui rend differe peu des honneurs divins. Entre les disciples les plus illustres de Confucius, on nomme au Japon Ganquai, autre vieillard enfant. L'ame de Ganquai qui mourut à 33 ans fut transmise à Kossobosati, disciple de Xékia ; d'où il est évident que le Japon n'avoit dans les commencemens d'autres notions de philosophie, de morale & de religion, que celles de Xékia, de Confucius & des Chinois, quelle que soit la diversité que le tems y ait introduite.

La doctrine de Siaka & de Confucius n'est pas la même. Celle de Confucius a prévalu à la Chine, & le Japon a préféré celle de Siaka ou Xékia.

Sous le regne de Synin, Kobote, philosophe de la secte de Xékia, porta au Japon le livre kio. Ce sont proprement des pandectes de la doctrine de son maître. Cette philosophie fut connue dans le même tems à la Chine. Quelle différence entre nos philosophes & ceux-ci ! Les réveries d'un Xékia se répandent dans l'Inde, la Chine & le Japon, & deviennent la loi de cent millions d'hommes. Un homme naît quelquefois parmi nous avec les talens les plus sublimes, écrit les choses les plus sages, ne change pas le moindre usage, vit obscur, & meurt ignoré.

Il paroît que les premieres étincelles de lumiere qui aient éclairé la Chine & le Japon, sont parties de l'Inde & du Brachmanisme.

Kobote établit au Japon la doctrine ésotérique & exotérique de Fohi. A peine y fut-il arrivé, qu'on lui éleva le Fakubasi, ou le temple du cheval blanc ; ce temple subsiste encore. Il fut appellé du cheval blanc, parce que Kobote parut au Japon monté sur un cheval de cette couleur.

La doctrine de Siaka ne fut pas tout-à-coup celle du peuple. Elle étoit encore particuliere & secrette lorsque Darma, le vingt-huitieme disciple de Xékia, passa de l'Inde au Japon.

Mokuris suivit les traces de Darma. Il se montra d'abord dans le Tinsiku, sur les côtes du Malabar & de Coromandel. Ce fut là qu'il annonça la doctrine d'un dieu ordonnateur du monde & protecteur des hommes, sous le nom d'Amida. Cette idée fit fortune, & se répandit dans les contrées voisines, d'où elle parvint à la Chine & au Japon. Cet évenement fait date dans la chronologie des Japonois. Le prince Tonda Josimits porta la connoissance d'Amida dans la contrée de Sinano. C'est au dieu Amida que le temple Sinquosi fut élevé, & sa statue ne tarda pas à y opérer des miracles, car il en faut aux peuples. Mêmes impostures en Egypte, dans l'Inde, à la Chine, au Japon. Dieu a permis cette ressemblance entre la vraie religion & les fausses, pour que notre foi nous fût méritoire ; car il n'y a que la vraie religion qui ait de vrais miracles. Nous avons été éclairés par les moyens qu'il fut permis au diable d'employer pour précipiter dans la perdition les nations sur lesquelles Dieu n'avoit point résolu dans ses decrets éternels d'ouvrir l'oeil de sa miséricorde.

Voilà donc la superstition & l'idolatrie s'échappant des sanctuaires égyptiens, & allant infecter au loin l'Inde, la Chine & le Japon, sous le nom de doctrine xékienne, Voyons maintenant les révolutions que cette doctrine éprouva ; car il n'est pas donné aux opinions des hommes de rester les mêmes en traversant le tems & l'espace.

Nous observons d'abord que le Japon entier ne suit pas le dogme de Xékia. Le mensonge national est tolérant chez ces peuples ; il permet à une infinité de mensonges étrangers de subsister paisiblement à ses côtés.

Après que le Christianisme eût été extirpé par un massacre de trente-sept mille hommes, exécuté presqu'en un moment, la nation se partagea en trois sectes. Les uns s'attacherent au sintos ou à la vieille religion ; d'autres embrasserent le budso ou la doctrine de Budda, ou de Siaka, ou de Xékia, & le reste s'en tint au sindo, ou au code des philosophes moraux.

Du Sintos, du Budso, & du Sindo. Le sintos qu'on appelle aussi sinsin & kammitsi, le culte le plus ancien du Japon, est celui des idoles. L'idolatrie est le premier pas de l'esprit humain dans l'histoire naturelle de la religion ; c'est de-là qu'il s'avance au manichéisme, du manichéisme à l'unité de Dieu, pour revenir à l'idolatrie, & tourner dans le même cercle. Sin & Kami sont les deux idoles du Japon. Tous les dogmes de cette théologie se rapportent au bonheur actuel. La notion que les Sintoistes paroissent avoir de l'immortalité de l'ame, est fort obscure ; ils s'inquietent peu de l'avenir : rendez-nous heureux aujourd'hui, disent-ils à leurs dieux, & nous vous tenons quittes du reste. Ils reconnoissent cependant un grand dieu qui habite au haut des cieux, des dieux subalternes qu'ils ont placés dans les étoiles ; mais ils ne les honorent ni par des sacrifices ni par des fêtes. Ils sont trop loin d'eux pour en attendre du bien ou en craindre du mal. Ils jurent par ces dieux inutiles, & ils invoquent ceux qu'ils imaginent présider aux élémens, aux plantes, aux animaux & aux évenemens importans de la vie.

Ils ont un souverain pontife qui se prétend descendu en droite ligne des dieux qui ont anciennement gouverné la nation. Ces dieux ont même encore une assemblée générale chez lui le dixieme mois de chaque année. Il a le droit d'installer parmi eux ceux qu'il en juge dignes, & l'on pense bien qu'il n'est pas assez mal-adroit pour oublier le prédécesseur du prince régnant, & que le prince régnant ne manque pas d'égard pour un homme dont il espere un jour les honneurs divins. C'est ainsi que le despotisme & la superstition se prêtent la main.

Rien de si mystérieux & de si misérable que la physcologie de cette secte. C'est la fable du chaos défigurée. A l'origine des choses le chaos étoit ; il en sortit je ne sais quoi qui ressembloit à une épine : cette épine se mut, se transforma, & le Kunitokhodatsno micotto ou l'esprit parut. Du reste, rien dans les livres sur la nature des dieux ni sur leurs attributs, qui ait l'ombre du sens commun.

Les Sentoistes qui ont senti la pauvreté de leur systême, ont emprunté des Budsoïstes quelques opinions. Quelques-uns d'entr'eux qui font secte, croyent que l'ame d'Amida a passé par métempsycose dans le Tin-sio-dai-sin, & a donné naissance au premier des dieux ; que les ames des gens de bien s'élevent dans un lieu fortuné au-dessus du trente-troisieme ciel ; que celles des méchans sont errantes jusqu'à ce qu'elles ayent expié leurs crimes, & qu'on obtient le bonheur avenir par l'abstinence de tout ce qui peut souiller l'ame, la sanctification des fêtes, les pélerinages religieux, & les macérations de la chair.

Tout chez ce peuple est rappellé à l'honnêteté civile & à la politique, & il n'en est ni moins heureux ni plus méchant.

Ses hermites, car il en a, sont des ignorans & des ambitieux ; & le peu de cérémonies religieuses auxquelles le peuple est assujetti, est conforme à son caractere mol & voluptueux.

Les Budsoïstes adorent les dieux étrangers Budso & Fotoke : leur religion est celle de Xekia. Le nom Budso est indien, & non japonois. Il vient de Budda ou Budha, qui est synonyme à Hermès.

Siaka ou Xékia s'étoit donné pour un dieu. Les Indiens le regardent encore comme une émanation divine. C'est sous la forme de cet homme que Wisthnou s'incarna pour la neuvieme fois ; & les mots Budda & Siaka désignent au Japon les dieux étrangers, quels qu'ils soient, sans excepter les saints & les philosophes qui ont prêché la doctrine xékienne.

Cette doctrine eut de la peine à prendre à la Chine & au Japon où les esprits étoient prévenus de celle de Confucius qui avoient en mépris les idoles ; mais de quoi ne viennent point à bout l'enthousiasme & l'opiniatreté aidés de l'inconstance des peuples & de leur goût pour le nouveau & le merveilleux ! Darma attaqua avec ces avantages la sagesse de Confucius. On dit qu'il se coupa les paupieres de peur que la méditation ne le conduisît au sommeil. Au reste les Japonois furent enchantés d'un dogme qui leur promettoit l'immortalité & les récompenses à venir ; & une multitude de disciples de Confucius passerent dans la secte de Xékia, prêchée par un homme qui avoit commencé de se rendre vénérable par la sainteté de ses moeurs. La premiere idole publique de Xékia fut élevée chez les Japonois l'an de J. C. 543. Bientôt on vit à ses côtés la statue d'Amida, & les miracles d'Amida entraînerent la ville & la cour.

Amida est regardé par les disciples de Xékia comme le dieu suprème des demeures heureuses que les bons vont habiter après leur mort. C'est lui qui les rejette ou les admet. Voila la base de la doctrine exotérique. Le grand principe de la doctrine exotérique, c'est que tout n'est rien, & que c'est de ce rien que tout dépend. De-là le distique qu'un enthousiaste xékien écrivit après trente ans de méditations, au pied d'un arbre sec qu'il avoit dessiné : arbre, dis-moi qui t'a planté ? Moi dont le principe n'est rien, & la fin rien ; ce qui revient à cette autre inscription d'un philosophe de la même secte : mon coeur n'a ni être ni non-être ; il ne va point, il ne revient point, il n'est retenu nulle part. Ces folies paroissent bien étranges ; cependant qu'on essaye, & l'on verra qu'en suivant la subtilité de la métaphysique aussi loin qu'elle peut aller, on aboutira à d'autres folies qui ne seront guere moins ridicules.

Au reste, les Xékiens négligent l'extérieur, s'appliquent uniquement à méditer, méprisent toute discipline qui consiste en paroles, & ne s'attachent qu'à l'exercice qu'ils appellent soquxin, soqubut, ou du coeur.

Il n'y a, selon eux, qu'un principe de toutes choses, & ce principe est par-tout.

Tous les êtres en émanent & y retournent.

Il existe de toute éternité ; il est unique, clair, lumineux, sans figure, sans raison, sans mouvement, sans action, sans accroissement ni décroissement.

Ceux qui l'ont bien connu dans ce monde acquierent la gloire parfaite de Fotoque & de ses successeurs.

Les autres errent & erreront jusqu'à la fin du monde : alors le principe commun absorbera tout.

Il n'y a ni peines ni récompenses à venir.

Nulle différence réelle entre la science & l'ignorance, entre le bien & le mal.

Le repos qu'on acquiert par la méditation est le souverain bien, & l'état le plus voisin du principe général, commun & parfait.

Quant à leur vie ils forment des communautés, se levent à minuit pour chanter des hymnes, & le soir ils se rassemblent autour d'un supérieur qui traite en leur présence quelque point de morale, & leur en propose à méditer.

Quelles que soient leurs opinions particulieres, ils s'aiment & se cultivent. Les entendemens, disent-ils, ne sont pas unis de parentés comme les corps.

Il faut convenir que si ces gens ont des choses en quoi ils valent moins que nous, ils en ont aussi en quoi nous ne les valons pas.

La troisieme secte des Japonois est celle des Sendosivistes ou de ceux qui se dirigent par le sicuto ou la voie philosophique. Ceux-ci sont proprement sans religion. Leur unique principe est qu'il faut pratiquer la vertu, parce que la vertu seule peut nous rendre aussi heureux que notre nature le comporte. Selon eux le méchant est assez à plaindre en ce monde, sans lui préparer un avenir fâcheux ; & le bon assez heureux sans qu'il lui faille encore une récompense future. Ils exigent de l'homme qu'il soit vertueux, parce qu'il est raisonnable, & qu'il soit raisonnable parce qu'il n'est ni une pierre ni une brute. Ce sont les vrais principes de la morale de Confucius & de son disciple japonois Moosi. Les ouvrages de Moosi jouissent au Japon de la plus grande autorité.

La morale des Sendosivistes ou philosophes Japonois se réduit à quatre points principaux.

Le premier ou dsin est de la maniere de conformer ses actions à la vertu.

Le second gi, de rendre la justice à tous les hommes.

Le troisieme re, de la décence & de l'honnêteté des moeurs.

Le quatrieme tsi, des regles de la prudence.

Le cinquieme sin, de la pureté de la conscience & de la rectitude de la volonté.

Selon eux, point de métempsycose ; il y a une ame universelle qui anime tout, dont tout émane, & qui absorbe tout ; ils ont quelques notions de spiritualité ; ils croient l'éternité du monde ; ils célebrent la mémoire de leurs parens par des sacrifices ; ils ne reconnoissent point de dieux nationaux ; ils n'ont ni temple ni cérémonies religieuses : s'ils se prêtent au culte public, c'est par esprit d'obéissance aux loix ; ils usent d'ablutions & s'abstiennent du commerce des femmes dans les jours qui précedent leurs fêtes commémoratives ; ils ne brûlent point les corps des morts, mais ils les enterrent comme nous ; ils ne permettent pas seulement le suicide, ils y exhortent : ce qui prouve le peu de cas qu'ils font de la vie. L'image de Confucius est dans leurs écoles. On exigea d'eux au temps de l'extirpation du Christianisme, qu'ils eussent une idole ; elle est placée dans leurs foyers, couronnée de fleurs & parfumée d'encens. Leur secte souffrit beaucoup de la persécution des chrétiens, & ils furent obligés de cacher leurs livres. Il n'y a pas long-tems qu'un prince japonois, appellé Sisen, qui avoit pris du goût pour les Sciences & pour la Philosophie, fonda une académie dans ses domaines, y appella les hommes les plus instruits, les encouragea à l'étude par des récompenses ; & la raison commençoit à faire des progrès dans un canton de l'empire, lorsque de vils petits sacrificateurs qui vivoient de la superstition & de la crédulité des peuples, fachés du discrédit de leurs rêveries, porterent des plaintes à l'empereur & au dairo, & menacerent la nation des plus grands desastres, si l'on ne se hâtoit d'étouffer cette race naissante d'impies. Sisen vit tout-à-coup la tyrannie ecclésiastique & civile conjurée contre lui, & ne trouva d'autre moyen d'échapper au péril qui l'environnoit, qu'en renonçant à ses projets, & en cédant ses livres & ses dignités à son fils. C'est Kempfer même qui nous raconte ce fait, bien propre à nous instruire sur l'espece d'obstacles que les progrès de la raison doivent rencontrer par-tout. Voyez Bayle, Brucker, Possevin, &c. Voyez aussi les articles INDIENS, CHINOIS & EGYPTIENS.


JAPPERv. n. (Gramm.) C'est le cri des petits chiens. Les gros chiens aboient, les petits chiens jappent, le renard jappe.


JAPUou JUPUJUBA, s. m. (Ornithol. exot.) oiseau du Brésil de la classe des pic-verds. Tout son corps est d'un noir luisant, avec une grande moucheture jaune sur le milieu de chaque aîle, & une rayure semblable près du croupion. On admire l'adresse & la délicatesse avec laquelle il forme son nid qui pend à l'extrémité des branches d'arbres. Ray, Ornitholog. p. 98. (D.J.)


JAPYGIES. f. Japygia, (Géog. ancienne) ancienne contrée d'Italie dans la grande Grece. Elle est nommée indifféremment par les Auteurs, Japygie, Messapie, Pincétie, Salentine, Pouille, & Calabre. Voyez Hérodote, lib. III. cap. cxxxviij. lib. IIII. cap. lxxxxjx. lib. VIII. cap. clxx. Strabon, lib. VI. & Pline, lib. V. cap. xj. La terre d'Otrante fait une partie de l'ancienne Japygie.

Japyx, fils de Dédale, donna son nom à ce canton de l'Italie méridionale qui formoit proprement l'ancienne Pouille & la Messapie. M. Delisle dans sa carte de l'ancienne Italie, compte pour la Japygie les deux parties de la Pouille, savoir la Daunienne & la Pencétienne. Antoine Galatoeus, medecin, a publié un livre exprès, fort rare & fort savant, de la situation de la Japygie, de situ Japygiae. Basileae, 1558, in-12. (D.J.)


JAPYX(Géog. anc.) c'est-là le nom de l'ouest-nord-ouest, quand il souffle de la pointe orientale de l'Italie. On l'a confondu mal-à-propos, & M. Dacier entr'autres, avec le corus des Latins & l'argestés des Grecs. Le vent régionnaire, nommé japyx, étoit favorable à ceux qui s'embarquoient à Brindes pour la Grece ou pour l'Egypte, parce qu'il souffloit toujours en poupe jusqu'au dessous du Péloponese ; voilà pourquoi Horace, liv. I. ode 3, le souhaite au vaisseau qui devoit porter Virgile sur les côtes de l'Attique :

Ventorumque regat pater

Obstrictis aliis, praeter japyga,

Navis, quae tibi creditum

Debes Virgilium ; finibus Atticis

Reddas incolumem, precor,

Et serves animae dimidium meae. (D.J.)


JAQUE LEou LA JAQUE, (Art milit.) étoit autrefois une espece de juste-au-corps qui venoit au moins jusqu'aux genoux, que Nicot définit ainsi : JAQUE, habillement de guerre renflé de coton.

Ces jacques étoient bourés entre les toiles ou l'étoffe dont ils étoient composés. Ils s'appelloient aussi gambessons ou gambeson. Voyez GAMBESON.


JAQUEMARS. m. (ancien terme de monnoyage) c'étoit un ressort placé au premier balancier ; on le croyoit capable de relever la vis du balancier. C'est ce que l'expérience a démontré faux.

On a donné le même nom à ces figures placées à certaines horloges, où elles frappent les heures avec un marteau qu'elles ont à la main.


JAQUETTES. f. (Gram. mod.) c'est le vêtement des enfans ; il consiste en un jupon attaché à un corps. On dit aussi la jaquette d'un capucin. En général on appelle jaquette tout vêtement d'enfant ou de religieux, qui descend jusqu'aux piés, sous lequel le corps est nud, & qui ne couvre pas un autre vêtement.


JAou JIAR, s. m. (Hist. anc.) mois des Hébreux qui répond à notre mois d'Avril. Il étoit le huitieme de l'année civile, & le second de l'année sainte, & n'avoit que vingt-neuf jours.

Le dixieme de ce mois les juifs font le deuil de la mort du grand-prêtre Heli & de ses deux fils Ophni & Phinées. Ceux qui n'ont pu faire la pâque dans le mois de Mian, la font dans le mois de Jar, & de plus on y jeûne trois jours pour l'expiation des péchés commis pendant la pâque.

Le dix-huitieme jour les Juifs commençoient la moisson du froment trente-trois jours après la pâque. Le vingt-troisieme ils célebrent une fête en mémoire de la purification du temple fait par Judas Macchabée, après qu'il en eut chassé les Syriens. Le vingt-neuvieme ils font mémoire de la mort du prophete Samuel. Diction. de la Bib. (G)


JARANNA(Géog.) forteresse de l'empire russien dans la province de Daurie, habitée par les Tonguses, nation tartare. C'est près de cet endroit qu'on prend les plus belles zibelines.


JARARAS. m. coaypitinga, (Ophiolog. exot.) serpent d'Amérique assez semblable à notre vipere européenne, & non moins dangereuse par son venin. (D.J.)

JARARA, EPHEBA, s. m. (Ophiol. exot.) nom d'une espece de serpent d'Amérique, de couleur brune marquetée d'une belle rayure rouge, ondée, & qui décourt en forme de chaîne sur toute l'étendue du dos. Ray, Syn. Anim. pag. 330. (D.J.)


JARARACou JARACUCU, s. m. (Hist. nat.) espece de serpent d'Amérique ; il est vivipare & produit un très-grand nombre de petits ; on en a trouvé treize dans le corps d'une femelle. Il a entre deux & trois piés de longueur ; ses dents sont très-grandes & longues comme celles des autres serpens venimeux ; elles sont cachées dans les gencives, & contiennent une liqueur jaunâtre qui ne sort que lorsqu'il mord. Sa morsure est si dangereuse, qu'on en meurt en vingt-quatre heures. Ray, Synopsis anim.


JARDINS. m. (Arts) lieu artistement planté & cultivé, soit pour nos besoins, soit pour nos plaisirs.

On a composé les jardins, suivant leur étendue, de potagers pour les légumes, de vergers pour les arbres fruitiers, de parterres pour les fleurs, de bois de haute-futaie pour le couvert. On les a embellis de terrasses, d'allées, de bosquets, de jets-d'eau, de statues, de boulingrins, pour les promenades, la fraîcheur, & les autres apanages du luxe ou du goût. Aussi le nom de jardin se prend en hébreu pour un lieu délicieux, planté d'arbres ; c'est ce que désigne le mot de jardin d'Eden. Le terme grec , paradis, signifie la même chose. Delà vient encore que le nom de jardin a été appliqué à des pays fertiles, agréables & bien cultivés ; c'est ainsi qu'Athénée donne ce nom à une contrée de la Sicile auprès de Palerme ; la Touraine est nommée le jardin de la France par la même raison.

Il est quelquefois parlé, dans l'Ecriture-sainte, des jardins du roi, situés au pié des murs de Jérusalem. Il y avoit chez les Juifs des jardins consacrés à Vénus, à Adonis. Isaïe, chap. j, vers. 29, reproche à ce peuple les scandales & les actes d'idolatrie qu'il y commettoit.

L'antiquité vante comme une des merveilles du monde, les jardins suspendus de Sémiramis ou de Babylone. Voyez JARDIN DE BABYLONE.

Les rois de Perse se plaisoient fort à briller par la dépense de leurs jardins ; & les satrapes, à l'imitation de leurs maîtres, en avoient dans les provinces de leur district, d'une étendue prodigieuse, clos de murs, en forme de parcs, dans lesquels ils enfermoient toutes sortes de bêtes pour la chasse. Xénophon nous parle de la beauté des jardins que Pharnabase fit à Dascyle.

Ammien Marcellin rapporte que ceux des Romains, dans le tems de leur opulence, étoient, pour me servir de ses expressions, instar villarum, quibus vivaria includi solebant. On y prisoit entr'autres pour leur magnificence, les jardins de Pompée, de Luculle, & de Mecene. Ils n'offroient pas seulement en spectacle au milieu de Rome des terres labourables, des viviers, des vergers, des potagers, des parterres, mais de superbes palais & de grands lieux de plaisance, ou maisons champêtres faites pour s'y reposer agréablement du tumulte des affaires. Jamquidem, dit Pline, liv. 29. ch. 4. hortorum nomine, in ipsâ urbe, delicias, agros, villasque possident. Le même goût continue de regner dans Rome moderne, appauvrie & dépeuplée.

Ce fut Cn. Marius, dont il reste quelques lettres à Ciceron, & qu'on nommoit par excellence l'ami d'Auguste, qui enseigna le premier aux Romains le raffinement du jardinage, l'art de greffer & de multiplier quelques uns des fruits étrangers des plus recherchés & des plus curieux. Il introduisit aussi la méthode de tailler les arbres & les bosquets dans des formes régulieres. Il passa la fin de ses jours dans un de ces lieux de plaisance de Rome, dont nous venons de parler, où il employoit son tems & ses études au progrès des plantations, aussi bien qu'à raffiner sur la délicatesse d'une vie splendide & luxurieuse, qui étoit le goût général de son siecle. Enfin il écrivit, sur les jardins & l'agriculture, plusieurs livres mentionnés par Columelle & autres auteurs de la vie rustique qui parurent après lui.

Les François si long-tems plongés dans la barbarie, n'ont point eu d'idées de la décoration des jardins ni du jardinage, avant le siecle de Louis XIV. C'est sous ce prince que cet art fut d'un côté créé, perfectionné par la Quintinie pour l'utile, & par le Nôtre pour l'agréable. Arrêtons-nous à faire connoître ces deux hommes rares.

Jean de la Quintinie, né près de Poitiers en 1626, vint à Paris s'attacher au barreau, & s'y distingua ; mais sa passion pour l'Agriculture l'emporta sur toute autre étude ; après avoir acquis la théorie de l'art, il fit un voyage en Italie pour s'y perfectionner, & de retour il ne songea plus qu'à joindre la pratique aux préceptes. Il trouva, par ses expériences, ce qu'on ne savoit pas encore en France, qu'un arbre transplanté ne prend de nourriture que par les racines qu'il a poussées depuis qu'il est replanté, & qui sont comme autant de bouches par lesquelles il reçoit l'humeur nourriciere de la terre. Il suit delà qu'au lieu de conserver les anciennes petites racines, quand on transplante un arbre, il faut les couper, parce qu'ordinairement elles se sechent & se moisissent.

La Quintinie découvrit encore la méthode de tailler fructueusement les arbres. Avant lui nous ne songions, en taillant un arbre, qu'à lui donner une belle forme, & le dégager des branches qui l'offusquent. Il a su, il nous a enseigné ce qu'il falloit faire pour contraindre un arbre à donner du fruit, & à en donner aux endroits où l'on veut qu'il en vienne, même à le répandre également sur toutes ses branches.

Il prétendoit, & l'expérience le confirme, qu'un arbre qui a trop de vigueur ne pousse ordinairement que des rameaux & des feuilles ; qu'il faut réprimer avec adresse la forte pente qu'il a à ne travailler que pour sa propre utilité ; qu'il faut lui couper de certaines grosses branches, où il porte presque toute sa séve, & l'obliger par ce moyen à nourrir les autres branches foibles & comme délaissées, parce que ce sont les seules qui fournissent du fruit en abondance.

Ainsi la Quintinie apprit de la nature,

Des utiles jardins l'agréable culture.

Charles II. roi d'Angleterre, lui donna beaucoup de marques de son estime dans des voyages qu'il fit à Londres. Il lui offrit une pension très-considérable pour se l'attacher ; mais l'espérance de s'avancer pour le moins autant dans son pays, l'empêcha d'accepter ces offres avantageuses. Il ne se trompa pas ; M. Colbert le nomma directeur des jardins fruitiers & potagers de toutes les maisons royales ; & cette nouvelle charge fut créée en sa faveur.

André le Nôtre, né à Paris en 1625, mort en 1700, étoit un de ces génies créateurs, doué par la nature d'un goût & d'une sagacité singuliere, pour la distribution & l'embellissement des jardins. Il n'a jamais eu d'égal en cette partie, & n'a point encore trouvé de maître. On vit sans-cesse éclorre, sous le crayon de cet homme unique en son genre, mille compositions admirables, & nous devons à lui seul toutes les merveilles qui font les délices de nos maisons royales & de plaisance.

Cependant depuis la mort de ce célebre artiste, l'art de son invention a étrangement dégénéré parmi nous, & de tous les arts de goût, c'est peut-être celui qui a le plus perdu de nos jours. Loin d'avoir enchéri sur ses grandes & belles idées, nous avons laissé tomber absolument le bon goût, dont il nous avoit donné l'exemple & les principes, nous ne savons plus faire aucune de ces choses, dans lesquelles il excelloit, des jardins tels que celui des Tuileries, des terrasses comme celle de Saint-Germain en Laye, des boulingrins comme à Trianon, des portiques naturels comme à Marly, des treillages comme à Chantilly, des promenades comme celles de Meudon, des parterres du Tibre, ni finalement des parterres d'eau comme ceux de Versailles.

Qu'on blâme, si l'on veut, la situation de ce dernier château, ce n'est point la faute de le Nôtre ; il ne s'agit ici que de ses jardins. Qu'on dise que les richesses prodiguées dans cet endroit stérile y siéent aussi mal que la frisure & les pompons à un visage laid ; il sera toujours vrai qu'il a fallu beaucoup d'art, de génie & d'intelligence, pour embellir, à un point singulier de perfection, un des plus incultes lieux du royaume.

Jettons sans partialité les yeux sur notre siecle. Comment décorons-nous aujourd'hui les plus belles situations de notre choix, & dont le Nôtre auroit su tirer des merveilles ? Nous y employons un goût ridicule & mesquin. Les grandes allées droites nous paroissent insipides ; les palissades, froides & uniformes ; nous aimons à pratiquer des allées tortueuses, des parterres chantournés, & des bosquets découpés en pompons ; les plus grands lieux sont occupés par de petites parties toujours ornées sans grace, sans noblesse & sans simplicité. Les corbeilles de fleurs, fanées au bout de quelques jours, ont pris la place des parterres durables ; l'on voit par-tout des vases de terre cuite, des magots chinois, des bambochades, & autres pareils ouvrages de sculpture d'une exécution médiocre, qui nous prouvent assez clairement que la frivolité a étendu son empire sur toutes nos productions en ce genre.

Il n'en est pas de même d'une nation voisine, chez qui les jardins de bon goût sont aussi communs, que les magnifiques palais y sont rares. En Angleterre, ces sortes de promenades, pratiquables en tout tems, semblent faites pour être l'asyle d'un plaisir doux & serein ; le corps s'y délasse, l'esprit s'y distrait, les yeux y sont enchantés par le verd du gazon & des boulingrins ; la variété des fleurs y flatte agréablement l'odorat & la vûe. On n'affecte point de prodiguer dans ces lieux-là, je ne dis pas les petits, mais même les plus beaux ouvrages de l'art. La seule nature modestement parée, & jamais fardée, y étale ses ornemens & ses bienfaits. Profitons de ses libéralités, & contentons-nous d'employer l'industrie à varier ses spectacles. Que les eaux fassent naître les bosquets & les embellissent ! Que les ombrages des bois endorment les ruisseaux dans un lit de verdure ! Appellons les oiseaux dans ces endroits de délices ; leurs concerts y attireront les hommes, & feront cent fois mieux l'éloge d'un goût de sentiment, que le marbre & le bronze, dont l'étalage ne produit qu'une admiration stupide. Voyez au mot JARDIN d'Eden, la charmante description de Milton ; elle s'accorde parfaitement à tout ce que nous venons de dire. (D.J.)

JARDIN d'Eden, (Géog. sacrée) nom du jardin que Dieu planta dès le commencement dans Eden, c'est-à-dire, dans un lieu de délices, comme porte le texte hébreu. Tandis que les savans recherchent sans succès la position de cette contrée (voyez EDEN & PARADIS TERRESTRE), amusons-nous de la description enchanteresse du jardin même, faite par Milton.

blisfull field, circled with groves of myrrh,

And flowing odours, cassia, nard, and balm,

A wilderners of sweets ! for nature here

Wantonn'd as in prime, and play'd at will

Her virgin fancies, pouring forth more sweet

Wild, above rule or art, enormous bliss !

Out of this fertile ground, God caused to grow

All trees of noblest Kind for sight, smell, taste,

And all amidst them, stood the Tree of life,

High eminent, blooming ambrosial fruit

Of vegetable gold ; and next to life,

Our death, the Tree of Knowledge, grew fast by.

happy rural seat, of various view !

Groves, whose rich trees wept odorous gums, and balm ;

Others whose fruit, burnish'd with golden rind,

Hung amiable ; Hesperian fable true,

If true, here only, and of delicious taste !

Betwixt them lawns, or level-downs, and flocks

Grazing the tender herb, were interpos'd ;

Or palmy hillock, or the flowry lap,

Of some irrignous valley, spread her flore ;

Flow'rs of all hew, and without thorn, the rose :

Another side, umbrageous grots, and caves

Of cool recess, o'er which the mantling vine

Lays forth her purple grappes, and gently creeps

Luxuriant. Mean while murm'ring water fall

Down the slope hills, dispers'd, or in a lake

That to the fringed bank, with myrtle crown'd,

Her crystal, mirrour holds, unite their streams.

The birds their choir apply : Airs, vernal airs,

Breathing the smell of field and grove, attune

The trembling leafs, while universal Pan,

Knit with the graces, and the Hours in dance,

Led on th'eternal spring....

Thus was this place. (D.J.)

JARDIN, s. m. (Marine) nom que quelques-uns donnent aux balcons d'un vaisseau, lorsqu'ils ne sont point couverts. (Q)

JARDIN, (Fauconnerie) on dit donner le jardin, & jardiner le lanier, le sacre, l'autour, &c. c'est l'exposer au soleil dans un jardin, ou sur la barre, ou sur le roc, ou sur la pierre froide.

JARDINS de Babylone, (Hist. anc.) les jardins de Babylone ou de Semiramis ont été mis par les anciens au rang des merveilles du monde, c'est-à-dire des beaux ouvrages de l'art. Ils étoient soûtenus en l'air par un nombre prodigieux de colonnes de pierre, sur lesquelles posoit un assemblage immense de poutres de bois de palmier ; le tout supportoit un grand poids d'excellente terre rapportée, dans laquelle on avoit planté plusieurs sortes d'arbres, de fruits & de légumes, qu'on y cultivoit soigneusement. Les arrosemens se faisoient par des pompes ou canaux, dont l'eau venoit d'endroits plus élevés. Avec la même dépense, on auroit fait dans un terrein choisi des jardins infiniment supérieurs en goût, en beauté & en étendue ; mais ils n'auroient pas frappé par le merveilleux, & l'on ne sauroit dire jusqu'à quel point les hommes en sont épris. (D.J.)


JARDINAGEle jardinage est l'art de planter, de décorer & de cultiver toutes sortes de jardins ; il fait partie de la Botanique.

Cet art est fort étendu, & a plusieurs branches, si l'on fait attention à toutes les différentes parties qui composent les jardins, voyez JARDIN. On ne peut douter que ce ne soit une occupation très-noble, dont les Grecs & les Romains faisoient leurs délices. Pline (Hist. nat. liv. XVIII. chap. iij.) nous le fait bien connoître par ces mots, imperatorum olim manibus colebantur agri. Les philosophes les plus distingués ont suivi leur exemple, & nous lisons dans Goetzius, de eruditis hortorum cultoribus dissertatio, Lubec 1706, qu'Epicure, Théophraste, Démocrite, Platon, Caton, Ciceron, Columelle, Palladius, Varron, & autres ont aimé le jardinage. Feu Gaston frere de Louis XIII. Louis XIII. Louis XIV. Monsieur frere unique de Louis XIV. les princes mêmes de nos jours n'ont pas dédaigné, après leurs travaux guerriers, de s'y appliquer.


JARDINEUXadj. terme de jouaillier, on appelle éméraude jardineuse celle dont le verd n'est pas d'une suite, qui a quelque ombre qui la rend mal nette, des nuées & veines à travers des poils, des brouillards, un air-brun entre-courant & entreluisant, un éclat engourdi, foible & plein de crasse. Voyez EMERAUDE.


JARDINIERS. m. (Art Méch.) est celui qui a l'art d'inventer, de dresser, tracer, planter, élever & cultiver toutes sortes de jardins, il doit outre cela connoître le caractere de toutes les plantes, pour leur donner à chacune la culture convenable.

Les différentes parties des jardins détaillées au mot JARDIN, font juger qu'un jardinier ne peut guere les posseder toutes ; l'inclination, le goût l'entraîne vers celle qui lui plaît davantage : ainsi on appelle celui qui cultive les fleurs un jardinier-fleuriste, celui qui prend soin des orangers un orangiste (Daviler), des fruits un fruitier, des légumes & marais un maréchais, des simples un simpliciste (Furetiere), des pépinieres un pépineriste (la Quintinie & Daviler.)

On ne donnera point le détail des travaux d'un jardinier dans chaque mois de l'année. Il suffit de dire qu'ils doivent être continuels, qu'ils se succedent, & sont presque toûjours les mêmes. La saison de l'hiver, qui en paroît exempte, peut être utilement employée à retourner les terres usées, à les améliorer, & à faire des treillages, des caisses & autres ouvrages.


JARDINIERES. f. (Brodeur) petite broderie étroite & légere en fil, exécutée à l'extrémité d'une manchette de chemise ou de quelqu'autre vêtement semblable.


JARDOou JARDE, s. m. (Maréchallerie) tumeur calleuse & dure qui vient aux jambes de derriere du cheval, & qui est située au dehors du jarret, au lieu que l'éparvin vient en-dedans. Voyez éPARVIN.

Les jardons estropient le cheval lorsqu'on n'y met pas le feu à-propos. Ce mot signifie aussi l'endroit du cheval où cette maladie vient. Soleisel.


JARGEAou GERGEAU, (Géog.) ancienne ville de France dans l'Orléanois sur le bord méridional de la Loire, avec un pont qui faisoit un passage important durant les guerres civiles. Le roi Charles VII. tint ses grands jours dans cette ville en 1430, & Louis XI. y maria sa fille Jeanne de France avec Pierre de Bourbon comte de Beaujeu, le 3 de Novembre 1473. Jargeau n'est pas le Gergovia de César, mais elle est connue sous le nom de Gergosilum dans le 9e siecle ; & dans le 10e, elle appartenoit à l'église d'Orléans ; aussi l'évêque d'Orléans en est encore le seigneur temporel ; elle est à 4 lieues S. E. d'Orléans, 28 S. O. de Paris. Long. 19. 45. lat. 47. 50. (D.J.)


JARGONS. m. (Gram.) ce mot a plusieurs acceptions. Il se dit 1°. d'un langage corrompu, tel qu'il se parle dans nos provinces. 2°. D'une langue factice, dont quelques personnes conviennent pour se parler en compagnie & n'être pas entendues. 3°. D'un certain ramage de société qui a quelquefois son agrément & sa finesse, & qui supplée à l'esprit véritable, au bon sens, au jugement, à la raison & aux connoissances dans les personnes qui ont un grand usage du monde ; celui-ci consiste dans des tours de phrase particuliers, dans un usage singulier des mots, dans l'art de relever de petites idées froides, puériles, communes, par une expression recherchée. On peut le pardonner aux femmes : il est indigne d'un homme. Plus un peuple est futile & corrompu, plus il a de jargon. Le précieux, ou cette affectation de langage si opposée à la naïveté, à la vérité, au bon goût & à la franchise dont la nation étoit infectée, & que Moliere décria en une soirée, fut une espece de jargon. On a beau corriger ce mot jargon par les épithetes de joli, d'obligeant, de délicat, d'ingénieux, il emporte toûjours avec lui une idée de frivolité. On distingue quelquefois certaines langues anciennes qu'on regarde comme simples, unies & primitives, d'autres langues modernes qu'on regarde comme composées des premieres, par le mot de jargon. Ainsi l'on dit que l'italien, l'espagnol & le françois ne sont que des jargons latins. En ce sens, le latin ne sera qu'un jargon du grec & d'une autre langue ; & il n'y en a pas une dont on n'en pût dire autant. Ainsi cette distinction des langues primitives & en jargons, est sans fondement. Voyez l'article LANGUE.

JARGONS, s. m. (Hist. nat. Litholog.) nom que donnent quelques auteurs à un diamant jaune, moins dur que le diamant véritable. On appelle aussi jargons des crystallisations d'un rouge-jaunâtre, & qui imitent un peu les hyacinthes ; elles viennent d'Espagne & d'Auvergne.


JARIBOLOSS. m. (Antiq.) divinité palmyrénienne, dont le nom se lit dans les inscriptions des ruines de Palmyre. Elle avoit, selon les apparences, les mêmes attributs que le dieu Lunus des Phéniciens, je veux dire une couronne sur la tête, & un croissant derriere les épaules ; car jari signifie le mois auquel la lune préside. Jaribolus n'est peut-être que Baal ou Belus. Le soleil qui tourne en différentes manieres, à cause de la difficulté d'exprimer les mots orientaux en caractères grecs, a été la principale divinité des Phéniciens & Palmyréniens ; de ce mot de baal ou belus ont été formés malakbelus, aglibolus, jaribolus, & autres semblables qu'on trouve dans les inscriptions. (D.J.)


JARJUNAS. m. (Bot. exotiq.) arbre qui croît dans l'île de Huaga & qui ressemble au figuier. Il porte un fruit oblong d'une palme, mou comme la figue, savonneux & vulnéraire ; on emploie sa feuille dans les luxations. Ray.


JARLOou RABLURE, (Marine) c'est une entaille faite dans la quille, dans l'étrave & dans l'étambord d'un bâtiment, pour y faire entrer une partie du bordage qui couvre les membres du vaisseau. Voyez RABLURE. (Q)


JARNAC(Géog.) bourg de France dans l'Angoumois sur la Charente, à 2 lieues de Cognac, 6 N. O. d'Angoulême, 100 S. O. de Paris. Long. 17 d. 22' lat. 45. 40.

C'est à la bataille donnée sous les murs de ce lieu en 1569, que Louis de Bourbon fut tué à la fleur de son âge, & traitreusement, par Montesquiou capitaine des gardes du duc d'Anjou, qui sous le nom d'Henri III. monta depuis sur le trône ; ainsi périt (non sans soupçon des ordres secrets de ce prince) le frere du roi de Navarre pere d'Henri IV. Il réunissoit à sa grande naissance toutes les qualités du héros & les vertus du sage, sa vie n'offre qu'un mêlange d'événemens singuliers ; la faction des Lorrains l'ayant fait condamner injustement à perdre la tête, il ne dut son salut qu'au décès de François II. qui arriva dans cette conjoncture : il fut ensuite fait prisonnier à la bataille de Dreux en changeant de cheval, & conduit au duc de Guise son ennemi mortel, mais qui le reçut avec les manieres & les procédés les plus propres à adoucir son infortune ; ils mangerent le soir à la même table, & comme il ne se trouva qu'un lit, les bagages ayant été perdus ou dispersés, ils coucherent ensemble, ce qui est, je pense, un fait unique dans l'histoire. Henri de Bourbon mort empoisonné à S. Jean d'Angely, ne dégénéra point du mérite de son illustre pere ; les malheurs qu'ils éprouverent l'un & l'autre dans l'espace d'une courte vie, & qui finirent par une mort prématurée, arrachent les larmes de ceux qui en lisent le récit dans M. de Thou, parce qu'on s'intéresse aux gens vertueux, & qu'on voudroit les voir triompher de l'injustice du sort, & des entreprises odieuses de leurs ennemis. (D.J.)


JAROMITZ(Géog.) petite ville de Bohème sur l'Elbe, à 11 lieues S. O. de Glatz, 25 N. E. de Prague. Long. 33. 55. lat. 50. 18. (D.J.)


JAROSLAW(Géog.) ville de Pologne au Palatinat de Russie, avec une bonne citadelle ; elle est remarquable par sa foire & par la bataille que les Suédois gagnerent sous ses murs en 1656 ; elle est sur la Sane, à 28 lieues N. O. de Lemberg, 50 S. E. de Cracovie. Long. 40. 58'. lat. 49. 58'. (D.J.)


JARRES. f. (Commerce) cruche de terre à deux anses, dont le ventre est fort gros. Ce mot vient de l'espagnol jarre ou jarro, qui signifie la même chose.

C'est aussi une espece de mesure : la jarre d'huile contient depuis 18 jusqu'à 26 jalons ; la jarre de gingembre pese environ cent livres.

M. Savari dit que la jarre est une mesure de continence pour les vins & les huiles dans quelques échelles du levant, particulierement à Mételin où elle est de six orques, qui font environ quarante pintes de Paris. Voyez ORQUE & PINTE. Diction. de Commerce. (G)

JARRE, terme dont les Chapeliers se servent pour désigner le poil long, dur & luisant, qui se trouve sur la superficie des peaux de castor, & qui n'étant pas propre à se feutrer, est tout-à-fait inutile, & ne peut pas entrer dans la manufacture des chapeaux.

Arracher le jarre, c'est l'ôter de dessus les peaux avec des especes de pinces. On emploie ordinairement à cet ouvrage des ouvrieres qu'on appelle arracheuses ou éplucheuses.

Les chapeliers se servent du jarre pour remplir des especes de pelotes couvertes de chifons de laine, avec lesquelles ils frottent les chapeaux, & leur donnent le lustre. Voyez CHAPEAU, voyez aussi CASTOR.

Jarre se dit aussi du poil de vigogne.

JARRES ou GIARES, plur. (Marine) ce sont de grandes cruches ou vaisseaux de terre, dans lesquels on met de l'eau douce pour la conserver meilleure que dans les futailles ; on les place ordinairement dans les galeries du vaisseau (Q)


JARREBOSSE(Marine) voyez CANDELLETTE qui est la même chose.


JARRET LES. m. (Anat.) c'est la jointure de l'os de la cuisse avec ceux de la jambe dans la partie postérieure. La jointure de l'os de la cuisse avec ceux de la jambe dans la partie antérieure se nomme le genou, au sujet duquel M. Mery rapporte un fait bien singulier dans le recueil de l'académie des Sciences, c'est l'histoire d'une exostose au genou qui pesoit vingt livres. (D.J.)

JARRET, (Maréchallerie) dans le cheval, c'est la jointure du train de derriere, qui assemble la cuisse avec la jambe. Il faut qu'un cheval ait les jarrets grands, amples, bien vuidés & sans enflure, qu'il sache bien plier les jarrets. Des jarrets gras, charnus & petits sont défectueux. Plier les jarrets, voyez PLIER ; on dit d'un cavalier qui serre les jarrets avec trop de force & sans y avoir de liant, qu'il a des jarrets de fer.

JARRET, (Hydr.) en fait de fontaines, s'entend d'une conduite d'eau qui fait un coude, & qu'on n'a pû faire aller en droite ligne à cause de la situation du terrein, ou de la disposition du jardin qui fait un angle. Cette conduite s'appelle jarrette : il faut prendre ces jarrets de loin pour éviter les frottemens. Voyez CONDUITE. (K)

JARRET, (Coupe des pierres) imperfection d'une direction de ligne ou de surface, qui fait une sinuosité ou un angle. Le jarret saillant s'appelle coude, & le rentrant s'appelle pli. Une ligne droite fait un jarret avec une ligne courbe, lorsque leur jonction ne se fait pas au point d'attouchement, ou que la ligne droite n'est pas tangente à la courbe.

JARRET, en terme d'Eperonnier, est cette partie d'un mors qui descend depuis le rouleau jusqu'aux petits tourets de la premiere chaînette. Voyez CHAINETTE & TOURETS, & nos Planches de l'Eperonnier.

JARRET, (Jardinage) se dit d'un coude ou d'une branche d'arbre très-longue, dénuée de toutes ses ramilles, & dont on ne laisse pousser que celles qui viennent à son extrémité, ce qui forme une espece de jarret.


JARRETEadj. (Maréchallerie) c'est la même chose que crochu. Voyez CROCHU.


JARRETIER(Anat.) voyez POPLITE.


JARRETIERES. f. lien avec lequel on attache ses bas.

L'ordre de la jarretiere, c'est un ordre militaire institué par Edouard III. en 1350, sous le titre des suprèmes chevaliers de l'ordre le plus noble de la jarretiere. Voyez ORDRE.

Cet ordre est composé de vingt six chevaliers ou compagnons, tous pairs, ou princes, dont le roi d'Angleterre est ou le chef, ou le grand-maître.

Ils portent à la jambe gauche une jarretiere garnie de perles & de pierres précieuses, avec cette devise, honni soit qui mal y pense. Voyez DEVISE.

Cet ordre de chevalerie forme un corps ou une société qui a son grand & son petit sceau, & pour officiers un prélat, un chancelier, un greffier, un roi d'armes & un huissier. Voyez PRELAT, CHANCELIER, &c.

Il entretient de plus un doyen & douze chanoines, des soûchanoines, des porte-verges, & vingt-six pensionnaires ou pauvres chevaliers. Voyez CHANOINES, &c.

L'ordre de la jarretiere est sous la protection de saint Georges de Cappadoce, qui est le patron tutélaire d'Angleterre. Voyez GEORGES.

L'assemblée ou chapitre des chevaliers se tient au château de Windsor dans la chapelle de saint Georges, dont on y voit le tableau peint par Rubens, sous le regne de Charles I. & dans la chambre du chapitre que le fondateur a fait construire pour cet effet.

Leurs habits de cérémonie sont la jarretiere enrichie d'or & de pierres précieuses, avec une boucle d'or qu'ils doivent porter tous les jours ; aux fêtes & aux solennités, ils ont un surtout, un manteau, un grand bonnet de velours, un collier de G G G, composé de roses émaillées, &c. Voyez MANTEAU, COLLIER, &c.

Quand ils ne portent pas leurs robes, ils doivent avoir une étoile d'argent au côté gauche, & communément ils portent le portrait de saint Georges émaillé d'or & entouré de diamans au bout d'un cordon bleu placé en baudrier qui part de l'épaule gauche. Ces chevaliers ne doivent point paroître en public sans la jarretiere, sous peine de dix sols huit deniers qu'ils sont obligés de payer au greffier de l'ordre.

Il paroît que l'ordre de la jarretiere est de tous les ordres séculiers le plus ancien & le plus illustre qu'il y ait au monde. Il a été institué 50 ans avant l'ordre de saint Michel de France, 83 ans avant celui de la toison d'or, 190 ans avant celui de saint André, & 209 ans avant celui de l'éléphant. Voyez TOISON D'OR, CHARDON, ou L'ORDRE DU CHARDON, ou de SAINT ANDRE, en Ecosse, ELEPHANT, &c.

Depuis son institution, il y a eu huit empereurs & vingt-sept ou vingt-huit rois étrangers, outre un très-grand nombre de princes souverains étrangers qui ont été de cet ordre en qualité de chevaliers compagnons.

Les auteurs varient sur son origine : on raconte communément qu'il fut institué en l'honneur d'une jarretiere de la comtesse de Salisbury, qu'elle avoit laissé tomber en dansant, & que le roi Edouard ramassa : mais les antiquaires d'Angleterre les plus estimés traitent ce récit d'historiette & de fable.

Cambden, Fern, &c. disent qu'il fut institué à l'occasion de la victoire que les Anglois remporterent sur les François à la bataille de Crécy : selon quelques historiens, Edouard fit déployer sa jarretiere comme le signal du combat, & pour conserver la mémoire d'une journée si heureuse, il institua un ordre dont il voulut qu'une jarretiere fût le principal ornement, & le symbole de l'union indissoluble des chevaliers. Mais cette origine s'accorde mal avec ce qu'on va lire ci-dessous.

Le pere Papebroke, dans ses analectes sur saint Georges, au troisieme tome des actes des Saints publiés par les Bollandistes, nous a donné une dissertation sur l'ordre de la jarretiere. Il observe que cet ordre n'est pas moins connu sous le nom de saint Georges que sous celui de la jarretiere ; & quoiqu'il n'ait été institué que par le roi Edouard III. néanmoins avant lui, Richard I. s'en étoit proposé l'institution du tems de son expédition à la terre-sainte (si l'on en croit un auteur qui a écrit sous le regne d'Henri VIII.) ; cependant Papebroke ajoute qu'il ne voit pas sur quoi cet auteur fonde son opinion, & que malgré presque tous les écrivains qui fixent l'époque de cette institution en 1350, il aime mieux la rapporter avec Froissard, à l'an 1344 ; ce qui s'accorde beaucoup mieux avec l'histoire de ce prince, dans laquelle on voit qu'il convoqua une assemblée extraordinaire de chevaliers cette même année 1344.

Si par cette assemblée extraordinaire de chevaliers, il faut entendre les chevaliers de la jarretiere, il s'ensuivra que cet ordre subsistoit dès l'an 1344 ; par conséquent l'origine que lui ont donné Cambden, Fern & d'autres, est une pure supposition, car il est constant que la bataille de Créci ne fut donnée qu'en 1346 le 26 d'Août. Comment donc Edouard auroit-il pû instituer un ordre de chevalerie en mémoire d'un événement qui n'étoit encore que dans la classe des choses possibles ? ou s'il a retardé jusqu'en 1350 à l'instituer en mémoire de la victoire de Créci, il faut avouer qu'il s'écartoit fort de l'usage commun de ces sortes d'établissemens, qui suivent toujours immédiatement les grands évenemens qui y donnent lieu. Ne seroit-il pas permis de conjecturer que les écrivains anglois ont voulu par-là sauver la gloire d'Edouard, & tourner du côté de l'honneur une action qui n'eut pour principe que la galanterie. Ce prince fut un héros, & nous le fit bien sentir ; mais comme beaucoup d'autres héros, il eut ses foiblesses. En tout cas, si la jarretiere de la comtesse de Salisbury est une fable, la jarretiere déployée à la bataille de Créci pour signal du combat, est une nouvelle historique.

En 1551 Edouard VI. fit quelques changemens au cérémonial de cet ordre. Ce prince le composa en latin, & l'on en conserve encore aujourd'hui l'original écrit de sa main ; il y ordonna que l'ordre ne seroit plus appellé l'ordre de saint Georges, mais celui de la jarretiere ; & au lieu du portrait de saint Georges suspendu ou attaché au collier, il substitua l'image d'un cavalier portant un livre sur la pointe de son épée, le mot protectio gravé sur l'épée, verbum Dei gravé sur le livre, & dans la main gauche une boucle sur laquelle est gravé le mot fides. Larrey.

On trouvera une histoire plus détaillée de l'ordre de la jarretiere dans Cambden, Dawson, Heland, Polydore Virgil, Heylin, Legar, Glover & Favyn.

Erhard, Cellius & le prince d'Orange, ajoute Papebroke, ont donné des descriptions des cérémonies usitées à l'installation ou à la réception des chevaliers. Un moine de Citeaux, nommé Mendocius Valetus, a composé un traité intitulé la jarretiere, ou speculum anglicanum, qui a été imprimé depuis sous le titre de cathéchisme de l'ordre de la jarretiere, où il explique toutes les allégories réelles ou prétendues de ces cérémonies avec leur sens moral.

JARRETIERES, (Littérature) en Italie comme en Grece les femmes galantes se piquoient d'avoir des jarretieres fort riches ; c'étoit même un ornement des filles les plus sages, parce que comme leurs jambes étoient découvertes dans les danses publiques, les jarretieres servoient à les faire paroître, & à en relever la beauté. Nos usages n'exigent pas ce genre de luxe ; c'est pourquoi les jarretieres de nos dames ne sont pas si magnifiques que celles des dames greques & romaines. (D.J.)


JARRETTA LA(Géog.) riviere de Sicile dans la vallée de Noto, ou pour mieux dire, ce sont diverses petites rivieres réunies dans un même lit, qui prennent le nom de Jaretta, laquelle va se perdre dans le golfe de Catane. (D.J.)


JARSvoyez OYE.


JAS D'ANCRES. m. (Marine) assemblage de deux pieces de bois de même forme & de même grosseur, jointes ensemble vers l'arganeau de l'ancre, & qui empêchent qu'elle ne se couche sur le fond lorsqu'on la jette en mer ; ce qui est nécessaire pour que les pattes de l'ancre puissent s'enfoncer & mordre dans le fond, soit sable ou vase. Voyez ANCRE. (Z)

JAS, s. m. (Salines) c'est, dit le dictionnaire de Trévoux, le nom qu'on donne dans le marais salans au premier réservoir de ces marais. Le jas n'est séparé de la mer que par une digue de terre revêtue de pierre seche, & on y laisse entrer l'eau salée par la varaigne, qui est une ouverture assez semblable à la bonde d'un étang, que l'on ouvre dans les grandes marées, & que l'on ferme quand on veut. Voyez MARAIS SALANS, SALINES, &c. (D.J.)


JASIDES. m. (Histoire mod.) les jasides sont des voleurs de nuit du Curdistan, bien montés, qui tiennent la campagne autour d'Erzeron, jusqu'à ce que les grandes neiges les obligent de se retirer ; & en attendant ils sont à l'affut, pour piller les foibles caravanes qui se rendent à Téflis, Tauris, Trébizonde, Alep & Tocat. On les nomme jasides parce que par tradition, ils disent qu'ils croyent en Jaside, ou Jesus ; mais ils craignent & respectent encore plus le diable.

Ces sortes de voleurs errans s'étendent depuis Monsul ou la nouvelle Ninive, jusqu'aux sources de l'Euphrate. Ils ne reconnoissent aucun maître, & les Turcs ne les punissent que de la bourse lorsqu'ils les arrêtent ; ils se contentent de leur faire racheter la vie pour de l'argent, & tout s'accommode au dépens de ceux qui ont été volés.

Il arrive d'ordinaire que les caravanes traitent de même avec eux, lorsqu'ils sont les plus forts ; on en est quitte alors pour une somme d'argent, & c'est le meilleur parti qu'on puisse prendre ; il n'en coute quelquefois que deux ou trois écus par tête.

Quand ils ont consumé les pâturages d'un quartier, ils vont camper dans un autre, suivant toujours les caravanes à la piste : pendant que leurs femmes s'occupent à faire du beurre, du fromage, à élever leurs enfans, & à avoir soin de leurs troupeaux.

On dit qu'ils descendent des anciens Chaldéens ; mais en tout cas, ils ne cultivent pas la science des astres ; ils s'attachent à celle des contributions des voyageurs, & à l'art de détourner les mulets chargés de marchandises, qu'ils dépaysent adroitement à la faveur des ténebres. (D.J.)


JASMELÉES. f. (Pharm. anc.) espece d'huile que les Perses nommoient aussi jasme ; on la préparoit par l'infusion de deux onces de fleurs blanches de violettes dans une livre d'huile de sésame ; on s'en servoit pour oindre le corps au sortir du bain, quand il s'agissoit d'échauffer ou de relâcher ; les uns en trouvoient l'odeur agréable, & d'autres difficile à supporter ; c'est tout ce qu'en dit Aëtius dans son Tétrab. I. serm. 1. (D.J.)


JASMINS. m. jasminum, (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur monopétale faite en forme d'entonnoir & découpée ; il sort du calice un pistil qui est attaché comme un clou à la partie inférieure de la fleur ; il devient dans la suite un fruit mou, ou une baie qui renferme une ou deux semences. Tournefort, inst. rei. herb. Voyez PLANTE.

JASMIN, jasminum, arbrisseau dont il y a plusieurs especes qui ont entr'elles tant de différences, qu'il n'est guere possible de faire en général une description satisfaisante sur leurs qualités, leur culture, leur agrément : quelques-uns de ces arbrisseaux sont des plantes sarmenteuses & grimpantes, qui veulent un appui, tandis que les autres se soutiennent sur leurs tiges. Il y a des jasmins à fleurs blanches, à fleurs jaunes & à fleurs rouges : les uns sont toujours verds, d'autres quittent leurs feuilles : dans plusieurs especes les fleurs ont une excellente odeur, & dans d'autres elles n'en ont que peu, ou point du tout : ceux qui peuvent passer l'hiver en pleine terre, sont en petit nombre ; la plûpart exigent l'orangerie, & il faut même la serre chaude à quelques-uns. Toutes ces dissemblances exigent un détail particulier pour chaque espece.

Le jasmin blanc commun pousse de longues tiges, sarmenteuses, auxquelles il faut un soutien ; sa feuille d'un verd foncé est composée de plusieurs folioles attachées à un filet commun. Ses fleurs paroissent à la fin de Juin, & se renouvellent jusqu'aux gelées ; elles sont blanches, viennent en bouquet, & rendent une odeur agréable qui se repand au loin. Cet arbrisseau ne porte point de graines dans ce climat, mais il se multiplie aisément de boutures ou de branches couchées, qu'il faut faire au printems. De l'une ou de l'autre façon, les plants feront des racines suffisantes pour être transplantés au bout d'un an ; mais les branches couchées font toujours des plants plus forts & mieux conditionnés ; c'est la méthode la plus simple & la plus suivie. Ce jasmin réussit dans tous les terreins ; mais il lui faut l'exposition la plus chaude afin qu'il soit moins endommagé par le givre & les gelées, qui quelquefois le font périr jusque contre terre, dans les hivers trop rigoureux : cet arbrisseau pousse si vigoureusement pendant tout l'été, qu'il faut le tailler souvent pour le retenir dans la forme qu'on lui veut faire garder ; avec l'attention néanmoins de conserver & palisser les petites branches ; ce sont celles qui produisent le plus de fleurs. Si la taille d'été n'a pas été suivie, il faudra y suppléer en hiver, & ne la faire qu'après les gelées au mois de Mars ou d'Avril : si on la faisoit plus tôt les frimats venant à dessécher le bout des branches, en ôteroient l'agrément & la production. Ce jasmin sert à garnir les murailles, à couvrir des berceaux, à former des haies : c'est sur-tout à ce dernier usage qu'on peut l'employer le plus avantageusement, lorsqu'il est entremêlé de rosiers & de chevrefeuilles. La verdure égale & constante de ses feuilles, la beauté, la durée & l'excellente odeur de ses fleurs, & la qualité assez rare de n'être sujet aux attaques ni à la fréquentation d'aucun insecte, doivent engager à placer ce jasmin dans les jardins d'ornement. Cette espece de jasmin a deux variétés ; l'une a les feuilles tachées de jaune, & l'autre de blanc : elles sont plus délicates que l'espece commune, la blanche sur-tout ; il faut les tenir en pot, & les serrer pendant l'hiver. On les multiplie par la greffe en écusson, & cette greffe réussit rarement, néanmoins ce qu'il y a de singulier, c'est que le sujet greffé contracte les mêmes bigarures que celles de l'arbrisseau dont l'oeil écussonné a eté tiré, malgré qu'il n'ait pas poussé, & qu'il se soit desséché. Ce qui désigne dans le jasmin une finesse de seve très-active & très communicative.

Le jasmin jaune d'Italie, c'est un petit arbrisseau qui ne s'éleve qu'à quatre ou cinq piés. Sa tige se soutient, sa feuille est large, brillante & d'un beau verd ; sa fleur est jaune, petite & sans odeur. Il est encore plus délicat que l'espece précédente. Il faut le mettre dans un terrein léger, contre un mur de bonne exposition, & le couvrir de paillassons dans les grandes gelées. On le multiplie de boutures & de branches couchées : on peut aussi le greffer en écusson ou en approche sur le jasmin jaune commun, qui est le suivant : ce sera même un moyen de le rendre plus robuste.

Le jasmin jaune commun s'éleve à cinq ou six piés : il pousse du pié quantité de tiges minces qui se soutiennent fort droites, & dont l'écorce est verte & cannelée ; sa feuille est petite, faite en treffle, & d'un verd brun ; ses fleurs d'un jaune assez vif, viennent en petite quantité le long des nouvelles branches ; elles paroissent au mois de Mai, & elles sont sans odeur. Les baies noires qui leur succedent, peuvent servir à le multiplier ; mais il est plus court & plus aisé de le faire par les rejettons que cet arbrisseau produit dans la plus grande quantité. Il réussit dans tous les terreins ; il est très-robuste ; il fait naturellement un très-joli buisson : & comme il garde ses feuilles pendant tout l'hiver, il doit trouver place dans un bosquet d'arbres toujours verds.

Le jasmin d'Espagne est un bel arbrisseau, qui de la façon dont on le cultive, ne s'éleve dans ce climat qu'à deux ou trois piés. Il pousse des tiges minces & foibles, dont l'écorce est verte ; ses feuilles ressemblent assez à celles du jasmin commun ; mais elles les surpassent par le brillant & l'agrément de la verdure. Ses fleurs blanches en-dessus & veinées de rouge en-dessous, sont plus grandes & d'une odeur plus délicieuse ; ce jasmin est délicat, il faut le tenir en pot & lui faire passer l'hiver dans l'orangerie, où il fleurira pendant toute cette saison. Mais pour l'avoir dans toute sa beauté, il faut le mettre en pleine terre, où avec quelques précautions, il résistera aux hivers ordinaires : on pourra le planter en tournant le pot dans une terre limoneuse & fraiche contre un mur, à l'exposition la plus favorable & la plus chaude ; ce qui se doit faire au mois de Mai, afin que l'arbrisseau puisse faire de bonnes racines avant l'hiver. Il faudra palisser les rejettons à la muraille, & retrancher à deux piés ceux qui seront trop vigoureux, afin de faire de la garniture. Les fleurs commenceront à paroître au mois de Juillet, & dureront jusqu'aux gelées ; alors il faudra supprimer toutes les fleurs & couper les bouts des branches, qui étant trop tendres, occasionneroient de la moisissure en se flétrissant, & infecteroient l'arbre ; ensuite couvrir l'arbrisseau par un tems sec avec des paillassons qu'on levera dans les tems doux, & qu'on n'ôtera entierement que vers le milieu d'Avril ; alors il faudra le tailler, & réduire à deux piés les rejettons les plus vigoureux ; ce qui fera produire quantité de fleurs qui seront plus grandes & beaucoup plus belles que celles des plants que l'on tient en pot. La culture de ceux-ci consiste à couper tous les ans au mois de Mars, toutes les branches à un oeil au-dessus de la greffe. Il leur faut cette opération pour les soutenir en vigueur ; car si on les laissoit monter à leur gré, ils s'épuiseroient & dépériroient bientôt. On multiplie cet arbre par la greffe sur le jasmin blanc ordinaire. Il y a une variété de cet arbrisseau qui est à fleur double ; cette fleur est composée d'un premier rang de cinq ou six feuilles, du milieu desquelles il s'en éleve trois ou quatre, qui quand elles ne s'épanouissent pas, restent serrées dans le milieu de la fleur, où elles forment un globule : cette fleur a l'odeur plus forte que celle du jasmin d'Espagne simple, & elle se soutient plus longtems sur l'arbrisseau, où elle se desseche sans tomber ; & il arrive quelquefois que le même bouton qui a fleuri se r'ouvre, & donne une seconde fleur. On multiplie & on cultive ce jasmin comme celui à fleur simple ; l'un & l'autre sont toujours verds.

Le jasmin jaune des Indes ou le jasmin jonquille : c'est un bel arbrisseau, qui par l'éducation qu'on est forcé de lui donner, faute d'une température suffisante de ce climat, ne s'éleve qu'à quatre ou cinq piés. Il prend une tige forte & ligneuse, qui a du soutien : ses feuilles en forme de treffle, sont grandes & de la plus brillante verdure ; ses fleurs qui viennent aux extrémités des branches, sont jaunes, petites, rassemblées en bouquets d'une excellente odeur de jonquille, & de longue durée ; l'arbrisseau en fournit pendant tout l'été & une partie de l'automne. On le tient en pot, & on le met pendant l'hiver dans l'orangerie comme le jasmin d'Espagne, quoiqu'il soit moins délicat. On peut le multiplier de graines ou de branches couchées ; mais cette derniere méthode a prévalu par la longueur & la difficulté de l'autre : si on marcotte ses branches au mois de Mars, elles auront au printems suivant de bonnes racines pour la transplantation. Il faut tailler ce jasmin au printems, supprimer les branches languissantes, & n'accourcir que celles qui s'élancent trop, attendu que les fleurs ne viennent qu'à leur extrémité, & que cet arbrisseau étant plus ligneux que les autres jasmins, les nouveaux rejettons qu'il pousseroit ne seroient pas assez forts pour fleurir la même année. Il est toujours verd.

Le jasmin de Açores est un très bel arbrisseau, dont la délicatesse exige dans ce climat l'abri de l'orangerie pendant l'hiver ; aussi ne s'éleve-t-il qu'à trois ou quatre piés, parce qu'on est obligé de le tenir en pot. Ce jasmin se garnit de beaucoup de branches, ce qui permet de lui donner une forme réguliere. Sa feuille est grande, d'un verd foncé, très-brillant. Ses fleurs sont petites, blanches, d'une odeur douce, très-agréable : elles viennent en grappes & en si grande quantité que l'arbrisseau en est couvert : elles durent pendant toute l'automne. Les graines qu'elles produisent dans ce climat ne levent point. On peut le multiplier de marcotte ; mais l'usage est de le greffer comme le jasmin d'Espagne sur le jasmin blanc commun. Il lui faut la même culture qu'au jasmin jonquille, si ce n'est pour la taille, qu'il faut faire au printems, & qui doit être relative à la forme que l'on veut faire prendre à l'arbrisseau. Nul ménagement à garder pour conserver les branches à fleurs, attendu qu'elles ne viennent que sur les nouveaux rejettons. Il est toujours verd.

Le jasmin d'Arabie, c'est le plus petit & le plus délicat de tous les jasmins ; on ne peut guere le laisser en plein air que pendant trois ou quatre mois d'été ; il lui faut une serre chaude pour lui faire passer l'hiver. Ses feuilles sont entieres, arrondies, de médiocre grandeur, & placées par paires sur les branches ; ses fleurs sont purpurines en-dessous, & d'un blanc terne en-dessus, qui devient jaunâtre dans le milieu ; elles exhalent une odeur délicieuse, qui approche beaucoup de celle de la fleur d'orange. Ce jasmin fleurit au printems & pendant toute l'automne. Dans sa jeunesse la taille lui est nécessaire pour lui faire prendre de la consistance ; on doit au printems couper à moitié les jeunes rejettons jusqu'à ce que la tête de l'arbrisseau en soit suffisamment garnie, après quoi on se contente de retrancher les branches foibles, seches ou superflues. On le multiplie par la greffe sur le jasmin blanc ordinaire. Il y a une variété de ce jasmin qui est à fleur double, & c'est ce qui en fait toute la différence. L'un & l'autre sont toujours verds.

Le jasmin de Virginie, cet arbrisseau selon les méthodes de Botanique, ne devroit pas avoir place parmi les jasmins, attendu qu'il est d'un genre tout différent que l'on nomme bignone. Mais comme il est plus généralement connu sous le nom de jasmin, il est plus convenable d'en traiter à cet article. Ce jasmin pousse des tiges longues & sarmenteuses qui s'attachent d'elles-mêmes aux murailles ; à la faveur des griffes dont les rejettons sont garnis à chaque noeud. Ces griffes ressemblent à celle du lierre, & sont aussi tenaces ; l'écorce des jeunes branches est jaunâtre ; sa feuille est aussi d'un verd jaunâtre ; elle est grande, composée de plusieurs folioles qui sont profondément dentelées & attachées à un filet commun ; elle a quelque ressemblance avec celle du frêne. Ses fleurs paroissent au mois de Juillet, & elles durent jusqu'en Septembre ; elles sont rassemblées en grouppes assez gros au bout des jeunes rejettons : un grouppe contient quelquefois jusqu'à vingt-cinq fleurs, qui sont chacune de la grosseur & de la longueur du petit doigt, & d'un rouge couleur de tuile : elles fleurissent par partie ; les unes se détachent & tombent, tandis que les autres s'épanouissent ; elles n'ont point d'odeur. Ce jasmin ne donne point de graines dans ce climat. On le multiplie de branches couchées que l'on fait au printems, & qui font assez de racines pour être transplantées au bout d'un an. On peut aussi le faire venir de boutures, qui à voir les griffes qui sont attachées à chaque noeud, font présumer une grande disposition à faire des racines ; cependant ces griffes n'y contribuent en rien, & les boutures ne réussissent qu'en petit nombre : on les fait au mois de Mars ; celles qui prosperent ne sont en état d'être transplantées qu'après deux ans. La taille de cet arbrisseau demande des attentions pour lui faire produire des fleurs : il faut retrancher au printems toutes les branches foibles ou seches ; tailler celles qu'on veut conserver à trois ou quatre yeux, à peu près comme la vigne, & les palisser fort loin les unes des autres. Cet arbrisseau pousse si vigoureusement pendant tout l'été, qu'il est force d'y revenir souvent ; mais il faut se garder de le tondre au ciseau, & d'accourcir indifféremment tous les rejettons. Comme les fleurs ne viennent qu'au bout des branches, & qu'elles ne paroissent qu'au commencement de Juillet, il faut attendre ce tems pour arranger ce jasmin ; on retranche alors toutes les branches gourmandes qui ne donnent aucune apparence de fleurs, & on attache à la palissade toutes celles qui en promettent. Ce jasmin est très robuste, il croît très-promtement, & il s'éleve à une grande hauteur. Il réussit à toutes expositions & dans tous les terreins, si ce n'est pourtant que dans les terres seches & légeres son feuillage devient trop jaune, mais il y donne plus de fleurs. Il y a deux variétés de cet arbrisseau ; l'une a les feuilles plus vertes, l'autre les a plus petites ; toutes deux sont d'un moindre accroissement : elles ne s'élevent qu'à quatorze ou quinze piés. On doit les multiplier, les cultiver, & les conduire comme la grande espece. M. Miller, auteur anglois, fait encore mention dans la sixieme édition de son dictionnaire des Jardiniers, d'un jasmin de Caroline à fleur jaune ; mais cet arbrisseau est très-rare. C'est un grimpant toujours verd, ses feuilles sont étroites & brillantes, & il donne en été des fleurs jaunes en bouquets qui sont d'une odeur délicieuse. Il peut passer en pleine terre dans les hivers ordinaires : on le multiplie de branches couchées.

Dans le système botanique de Linnaeus, le jasmin est un arbrisseau qui fait un genre de plante particulier, qu'il caractérise ainsi ; le calice de la fleur est oblong, tubulaire, d'une seule piece, découpé à l'extrémité en cinq segmens. La fleur est composée semblablement d'un seul pétale, formant un long tube cylindroïde, partagé en cinq quartiers dans son extrémité supérieure. Les étamines sont deux courts filamens ; les antheres sont petites, & cachées dans le tuyau de la fleur. Le pistil est composé d'un germe arrondi. Le stile est un filet de la même longueur que les étamines. Le fruit est une baie lisse, rondelette, avec une loge qui contient deux graines ovoïdes, allongées, couvertes d'un pedicule, convexes d'un côté, & applaties de l'autre.

M. de Tournefort compte quatorze especes de jasmin, auxquelles il faut nécessairement ajoûter le caffier, ou l'arbre du caffé, nommé par Commelin jasminum arabicum, castaneae folio, flore albo, odoratissimo, cujus fructus coffy in officinis dicuntur nobis, & dont la culture intéresse tant de peuples. Mais nous ne ferons ici que la description du jasmin ordinaire de nos jardins, jasminum vulgatius, flore albo.

C'est un arbrisseau qui pousse un grand nombre de tiges longues, vertes, grêles, foibles & pliantes, lesquelles s'étendent beaucoup, & ont besoin d'être soûtenues. Elles sont couvertes de feuilles oblongues, pointues, lisses, crenelées, d'un verd obscur, rangées comme par paires le long d'une côte, qui est terminée par une seule feuille beaucoup plus grande que les autres. Les fleurs blanches, petites, agréables, d'une odeur douce, naissent d'entre les feuilles par bouquets, & en maniere d'ombelles ; elles forment un tuyau évasé par le haut, & découpé en étoile, en cinq parties, & elles sont portées sur un calice fort court, ce qui fait qu'elles sont sujettes à tomber après leur épanouissement. Chaque fleur est remplacée par une baie molle, ronde, verdâtre, contenant deux semences ovoïdes & plates. Cet arbrisseau fleurit au mois de Juin & de Juillet ; & ses charmantes fleurs, que l'air ne ternit jamais, exhalent un parfum délicieux. (D.J.)

JASMIN, (Chimie) les fleurs de jasmin sont du nombre de celles qui tiennent une partie aromatique qu'on n'en peut retirer d'aucune maniere par la distillation, mais qu'on peut fixer par le moyen des huiles auxquelles elle est réellement miscible.

On choisit pour cette espece d'extraction une huile par expression absolument inodore, & qui ne soit point sujette à rancir, telle que l'excellente huile d'olive, ou l'huile de ben. On ne sauroit se servir pour cet usage des huiles essentielles, & encore moins des empyreumatiques, parce qu'elles ont toutes de l'odeur. On y procede par l'opération décrite à l'article BEN, Hist. natur. & Botan. Voyez cet article.

L'essence de jasmin de nos Parfumeurs n'est autre chose que l'une ou l'autre de ces huiles chargées de l'aromate du jasmin.

Si l'on veut faire passer le parfum de cette essence dans l'esprit-de-vin, il n'y a qu'à les battre ensemble dans une bouteille pendant un certain tems : l'esprit de vin ne touchera point à l'huile, & s'aromatisera d'une maniere très-agréable. (b)

JASMIN, en terme de Boutonnier, c'est une chûte de différens ornemens en franges, en paquets, en sabots & en pompons, qui tombent d'une corniche, &c. Pour plus grand enjolivement, on varie les jasmins en diverses manieres, ensorte qu'une partie est en franges, une autre en assemblage de différens ouvrages brillans pour faire contraste. Voyez PAQUETS, POMPONS & SABOTS. On donne encore aux jasmins le nom de chûte, sans-doute parce qu'ils pendent de quelqu'endroit que ce soit.


JASPES. m. (Hist. nat. Litholog.) c'est le nom d'une pierre du nombre de celles qu'on appelle précieuses. Elle est très-dure, prend très-bien le poli, donne des étincelles lorsqu'on la frappe avec de l'acier ; elle est opaque à cause de la grossiereté de ses parties colorantes, sans quoi le jaspe ne différeroit en rien de l'agate, & l'on pourroit avec raison dire que le jaspe est une agate non-transparente, mêlée d'un plus grand nombre de parties terrestres & grossieres. Cependant il y a des morceaux de jaspe dans lesquels on trouve des taches ou veines transparentes ; cela vient de ce que la matiere qui lui a donné l'opacité, n'a point également pénétré dans toutes les parties de la pierre. Ce qu'il y a de certain, c'est que le quartz ou le caillou fait la base du jaspe, ainsi que celle de l'agate, & que tout caillou opaque & coloré qui prend le poli, doit être regardé comme un véritable jaspe.

Il regne une grande variété de couleur parmi les jaspes ; il y en a qui n'ont qu'une seule couleur, qui est ou blanche, ou brune, ou bleue, ou verte, ou grise, &c. le jaspe rouge est le plus rare, & cela dans différentes nuances ; d'autres sont de plusieurs couleurs différentes, tels sont ceux qu'on nomme jaspes fleuris, dans lesquels on voit des couleurs jaunes, rouges, grises, blanches, &c. confusément répandues. L'imagination des Naturalistes a travaillé sur ces sortes de jaspes, où quelques-uns ont vû ou du moins ont crû voir les figures les plus extraordinaires, qui ne sont souvent représentées que très-imparfaitement, & que l'on ne peut regarder que comme formées par le hasard pur, & par la disposition fortuite des couleurs & des veines qui s'y trouvent.

Les moindres accidens & les différentes couleurs des jaspes leur ont fait donner des noms différens par les anciens Naturalistes ; c'est ainsi qu'ils ont nommé lapis pantherinus ou pierre de panthere, un jaspe jaunâtre moucheté de rouge. Pline donne le nom de grammatias à un jaspe dans lequel on voyoit des taches ou des veines blanches, sans parler d'une infinité d'autres noms qui ont été donnés aux jaspes en faveur de différences qui ne sont qu'accidentelles, & qui ne changent rien à la nature de ces pierres. Ces noms ne sont donc propres qu'à charger inutilement la mémoire : les vrais Naturalistes ne doivent s'embarrasser que de ce qui constitue l'essence d'une pierre, sans s'arrêter à des petites variétés minucieuses. Si cependant quelqu'un vouloit un détail sur les différentes dénominations données au jaspe à cause de ses différentes couleurs, il le trouveroit dans Hill, histoire naturelle des fossiles en anglois.

Le jaspe sanguin est verd, & rempli de taches rouges comme du sang.

Le jaspe floride ou fleuri est de plusieurs couleurs différentes, comme nous l'avons déja fait remarquer.

Le lapis lazuli est un vrai jaspe d'un bleu plus ou moins vif, parsemé de petits points brillans comme de l'or. Voyez LAPIS.

Le caillou d'Egypte est un vrai jaspe d'une couleur brune, dans lequel on voit des accidens tout-à-fait singuliers.

Le caillou de Rennes ou pavé de Rennes est aussi un vrai jaspe jaunâtre, ou d'un brun clair & rougeâtre.

La pierre que les Minéralogistes allemands nomment hornstein ou pierre cornée, n'est qu'une espece de jaspe mêlé d'agate, comme on verra à la fin de cet article.

Wallerius & quelques autres auteurs mettent aussi le porphyre au rang des jaspes.

Quelques Naturalistes mettent le jade au rang des jaspes ; mais il y a des différences entre ces deux pierres. Voyez JADE.

Quelques auteurs confondent mal-à-propos le jaspe avec le marbre. La différence entr'eux est très-sensible : le premier donne des étincelles, lorsqu'on le frappe avec un briquet, & ne se dissout point dans les acides ; au lieu que le marbre s'y dissout & ne fait point feu lorsqu'on le frappe avec le briquet.

Le jaspe se trouve dans le sein de la terre par masses détachées de différentes grandeurs : des voyageurs parlent d'un morceau de jaspe de neuf piés de diametre, qui fut tiré d'une carriere de l'archevêché de Saltzbourg, & placé parmi le pavé d'une des cours du palais impérial à Vienne en Autriche.

M. Gmelin, dans son voyage de Sibérie, dit y avoir vû, dans le voisinage de la riviere d'Argun, une montagne qui est presque entierement composée d'un jaspe verd très-beau, mais extrêmement mêlé de roche brute, desorte qu'il est rare de trouver des morceaux de trois livres exemts de gersures & de défauts. Le même auteur ajoûte que quelquefois on en a tiré des masses qui pesoient un ou deux piés (le pié fait 33 livres) ; mais ils se fendoient à l'air au bout de quelques jours, desorte qu'on ne pouvoit point s'en servir pour faire des colonnes, des tables ou d'autres grands ouvrages. Voyez Gmelin, voyage de Sibérie.

On trouve aussi des jaspes de différentes couleurs en Bohème, en Italie, & dans beaucoup d'autres pays de l'Europe : mais on donne la préférence à ceux des Indes orientales, parce qu'on les regarde comme plus durs, ils prennent mieux le poli, les couleurs en sont plus vives.

On ne peut se dispenser de rapporter ici l'expérience singuliere de Beccher sur le jaspe. Ce savant chimiste mit du jaspe dans un creuset avec un mêlange convenable (adhibitis requisitis) pour le faire entrer en fusion, il lutta le couvercle avec le creuset ; en donnant un feu violent, la matiere se fondit. Quand le creuset fut refroidi, il l'ouvrit, & trouva que le jaspe avoit formé une masse solide presque aussi dure que cette pierre étoit auparavant ; mais elle avoit changé de couleur, & étoit devenue laiteuse & demi-transparente, comme une agate blanche ; mais les parois supérieurs du creuset, c'est-à-dire, le couvercle & les côtés auxquels le jaspe n'avoit pu toucher pendant la fusion, étoient couverts d'une couleur de jaspe parfaite, & il ne leur manquoit que la consistance & la dureté pour ressembler parfaitement à du jaspe poli ; mais cette couleur n'étoit que légerement attachée à la superficie. De cette maniere Beccher a séparé la partie colorante du jaspe, qu'il nomme son ame, & l'a sublimée par la violence du feu. Voyez Beccher, Physica subterranea, édition de 1739, page 77. Il y a lieu de croire que Beccher joignit de l'acide vitriolique à son jaspe pulvérisé ; du-moins est-il certain qu'en versant de l'huile de vitriol sur du jaspe en poudre, & le mettant ensuite sous une moufle à un feu médiocre, toute la couleur du jaspe disparoît, & il reste sous la forme d'une poudre blanche.

M. Henckel dans sa Pyrithologie, décrit un jaspe très-singulier qui se trouve près de Freyberg en Misnie, dans un endroit qu'on nomme la carriere de jaspe, ou de corail : on trouve 1°. une couche de spath très-pesant, 2°. au-dessous est du crystal de roche ; ces deux couches n'ont qu'environ deux travers de doigt d'épaisseur ; ensuite 3°. vient de l'améthiste, 4°. une nouvelle couche de crystal, 5°. du jaspe, 6°. du crystal, 7°. du jaspe, 8°. du crystal, 9°. du jaspe, 10°. du crystal. Chacune de ces huit dernieres couches n'est souvent pas plus épaisse qu'un fil ; & toutes ensemble ont à peine trois lignes d'épaisseur, & sont cependant très-distinctes. Il vient ensuite 11°. du jaspe d'un rouge clair, 12°. un jaspe d'un rouge obscur, 13°. de la chalcédoine, 14°. du jaspe, 15°. de la chalcédoine ; enfin on voit un quarré compacte & solide. Les six ou huit dernieres couches vont en augmentant au point que dans quelques endroits le jaspe a plus d'un pouce d'épaisseur. Ces couches sont si intimement liées, que la masse de pierre où elles se trouvent se divisent plus aisément selon son épaisseur, que suivant la direction des couches. C'est ce jaspe que les ouvriers des mines & quelques naturalistes, pour se conformer à leur langage, nomment hornstein, ou pierre de corne. Voyez la Pyrithologie de Henckel. (-)

JASPE-AGATE, (Hist. nat. Lythologie) nom donné par quelques naturalistes à une espece d'agate, dans laquelle se trouvent quelques endroits entierement opaques qui sont du jaspe. On en trouve des pierres de cette espece aux Indes orientales & occidentales, ainsi qu'en différens pays de l'Europe, & sur-tout en Italie, en Allemagne, &c. On regarde celles d'Orient comme plus dures que celles d'Europe. Voyez JASPE. (-)

JASPE-CAMEE, (Hist. nat. Lythologie) nom donné par quelques auteurs à une pierre précieuse demi-transparente, connue sur-tout des Lapidaires italiens, mais qu'on ne voit guere parmi nous. Il est rare de la trouver grande ; elle est composée de zones ou de couches assez larges d'un beau blanc & d'un beau verd, qui ressemble à celui de quelques jaspes. On trouve, dit-on, cette pierre dans les Indes orientales, & dans quelques endroits de l'Amérique ; les Italiens en sont fort curieux ; ils la nomment jaspi-cames, & s'en servent comme des autres camées, pour y graver des figures en relief ou en creux, & pour contrefaire des antiques, métier qu'ils entendent parfaitement bien. Voyez Hill, Hist. nat. des fossiles. (-)

JASPE-ONYX, (Hist. nat. Lythologie) quelques naturalistes donnent ce nom à une espece de jaspe, dans lequel il se trouve des taches & des veines transparentes & de la couleur de la corne ou des ongles, telle que l'onyx ; cela vient de ce que la partie colorante qui a donné l'opacité à la pierre, n'a pas également pénétré par-tout. Voyez JASPE. (-)

JASPE, (Mat. med.) c'est un des corps dans lesquels on a trouvé des vertus médicinales annoncées par des caracteres extérieurs, ou une signature ; c'est un médicament signé. Voyez SIGNATURE. (Mat. med.) & ces vertus sont occultes, magnétiques, astrales. En un mot, le jaspe spécialement celui qu'on appelle sanguin, qui est veiné de rouge (ce qui est sa signature), a la propriété constante & infaillible d'arrêter les pertes de sang, en le portant attaché à la cuisse. Boot, Sennert, & la tourbe de pharmacologistes paracelsistes l'assurent. Boyle lui-même, qui fait profession ouverte de pyrrhonisme sur les merveilles de cet ordre, n'a pas été assez incrédule sur celle-ci. (b)


JASPERv. act. (Peint. & Reliûre) c'est peindre en jaspe. Les Relieurs jaspent la couverture & même la tranche des livres. Pour cet effet, ils ont un pinceau fait de racine de chien-dent d'une moyenne grosseur, avec lequel ils jettent la couleur qui est ou verte ou rouge, ou bleue, ou mêlée : il y a des tranches marbrées. Ce travail occupe des ouvriers qui ne font rien de plus. Voyez l'article RELIURE.


JASPRIN(Géog.) petite ville de la haute-Hongrie, dans le comté de Pest, sur la riviere de Zagiwa.


JASQUE(Géog.) petite ville maritime de Perse, sur un cap qui resserre le golfe d'Ormus, dans la province de Tubéran. Ce cap a 25d. 31'. d'élévation, & est éloigné d'Ormus de 30 lieues ; il dépend du gouverneur de Gomron. Voyez Thévenot, voyage du Levant. (D.J.)


JASSIS. m. (Hist. nat.) poisson qui, suivant M. Gmelin se trouve abondamment dans quelques rivieres de Sibérie ; il dit que c'est le même poisson que Gesner appelle rutilus ou rubellus.


JASSUSou JASUS, (Géog. anc.) ville d'Asie dans la Carie ; Polybe dit qu'elle étoit située sur la côte d'Asie, dans le golfe qui est terminé d'un côté par le temple de Neptune sur le territoire des Milésiens, & de l'autre côté par la ville des Mindiens. Pline en parle aussi deux fois, lib. IX. chap. viij. La notice de Hiéroclès qui la met entre les villes épiscopales de la Carie, l'appelle ; c'est présentement Askem-Kalési. Voyez ASKEM-KALESI.

Chérille poëte grec, étoit natif de Jase ; il se rendit célebre par son poëme sur la victoire que les Athéniens remporterent contre Xerxès ; & cet ouvrage leur parut si beau, qu'ils lui donnerent une piece d'or pour chaque vers. C'est ainsi qu'Octavie récompensa Virgile, pour l'éloge de Marcellus qu'il avoit placé avec tant d'art dans le VI. livre de l'Enéïde. Nous connoissons cet éloge de la plume du cygne de Mantoue, & nous ne cessons de l'admirer ; mais le tems nous a envié la piece de Chérille qui lui fit tant d'honneur ; il ne nous reste que quelques courts fragmens des vers du poëte de Carie. (D.J.)


JASTIENadj. (Musique) est en Musique le nom qu'Aristoxene & Alypius donnent à ce mode, que la plûpart des autres auteurs appellent ïonien. Voyez MODES. (S)


JASWA-MOREWAIA(Medecine) c'est ainsi que les Russiens nomment une maladie épidémique fort contagieuse qui paroît être la peste ; elle se fait sentir assez fréquemment en plusieurs endroits de la Sibérie, & sur-tout dans la ville de Tara, près des bords de la riviere d'Irtisch, & chez les Calmouques. Le mot russien moreswie signifie peste, & jaswa signifie bubon : cependant cette maladie differe de celle à qui nous donnons ce nom. Cette contagion attaque tout le monde sans distinction d'âge ni de sexe, les chevaux eux-mêmes n'en sont point exempts ; elle s'annonce par une tache blanche ou rouge qui se place sur une des parties du corps, & au milieu de cette tache on dit qu'il y a souvent un petit point noir. Cette tache ou tumeur est entierement dépourvûe de sentiment ; elle est dure & s'éleve un peu au-dessus du reste de la peau ; elle augmente en peu de tems, & en quatre ou cinq jours elle acquiert la grosseur du poing & a toûjours la même dureté & la même insensibilité. Le malade éprouve durant ce tems une grande lassitude, & une soif extraordinaire ; il perd entierement l'appétit, est toûjours assoupi ; il lui prend des étourdissemens aussi-tôt qu'il se tient debout ; il sent un serrement considérable de la poitrine ; enfin, il a de la difficulté à respirer ; son haleine devient puante ; il pâlit ou jaunit ; il éprouve de grandes douleurs intérieurement ; il se retourne & change perpétuellement de situation, & la soif va toûjours en augmentant. Quand tous ces symptomes sont suivis d'une sueur abondante, c'est un signe que la mort approche, & les personnes robustes périssent ordinairement le dixieme ou onzieme jour ; les plus délicates ne vont pas si loin. Ceux qui sont attaqués de cette maladie ne se plaignent que de douleurs de tête tant qu'elle dure ; on ne remarque aucun changement sur la langue, aucune constipation, ni rétention d'urine, & la tête demeure saine jusqu'au dernier moment.

Aussi-tôt qu'un tartare apperçoit une de ces taches sur son corps, il va trouver un cosaque, qui n'est ordinairement qu'un medecin de bestiaux ; il arrache la tache avec ses dents jusqu'au sang, où il enfonce dans le milieu une aiguille & la tourne en-dessous en tous sens, & continue à la détacher ainsi jusqu'à-ce que le malade sente son aiguille ; aprèquoi il acheve de l'arracher avec les dents : il mâs che ensuite du tabac, & le saupoudre d'un peu de sel ammoniac ; il applique ce mêlange sur la plaie, & recouvre le tout d'un emplâtre, ou bien il se contente de la bander ; il renouvelle le tabac & le sel ammoniac toutes les vingt-quatre heures, jusqu'à la guérison parfaite, qui se fait au bout de deux, cinq, ou sept jours, suivant le degré de dureté, & la grandeur de la tache ou du bubon : il n'y a pas lieu de craindre que les autres parties du corps prennent la contagion. La partie affligée reprend sa couleur naturelle, & la plaie se cicatrise. Le régime qu'on fait observer au malade consiste à le tenir dans un endroit obscur, à l'empêcher de boire, ou si on le lui permet, ce n'est que du petit-lait aigri ; les autres boissons lui sont interdites : on lui défend aussi les fruits à siliques, & toute nourriture sujette à fermenter ; on lui permet le pain trempé dans le petit-lait, du bouillon de poulet, des raves ; mais toute viande est regardée comme nuisible. On a remarqué que la chair qui est au-dessous de la tache qu'on a enlevée, est bleuâtre.

Cette maladie se manifeste dans les chevaux à-peu près par les mêmes symptomes, excepté que la tache ou le bubon sont beaucoup plus considérables ; souvent leur soif est si ardente, qu'ils se noyent dans les rivieres à force de boire. Quand on s'apperçoit à tems qu'ils sont attaqués de cette maladie, on ouvre le bubon avec un couteau, ou bien on y enfonce jusqu'au vif un fer rouge. Ce bubon se forme sur toutes les parties du corps du cheval, mais sur-tout sur le poitrail, & sur les parties de la génération : on laisse manger très-peu l'animal durant la cure ; les vaches sont moins sujettes à cette contagion que les chevaux, & les brebis encore moins que les vaches. M. Gmelin, dont nous avons tiré le détail qui précede, observe qu'on ne se souvient point d'avoir jamais éprouvé la vraie peste en Sibérie. Voyez Gmelin, voyage de Sibérie. Ce savant voyageur dit avoir eu occasion de traiter un homme du pays attaqué de la même maladie : la tache ou la tumeur lui étoit venue au menton ; & comme après avoir eu recours au remede usité par les Cosaques, il négligea de faire autre chose ; M. Gmelin voyant que le cas étoit pressant, eut recours aux remedes les plus violens ; il commença par faire à la plaie des scarifications profondes ; il arrêta le sang avec de l'eau de-vie, faute d'autre chose ; il répandit sur la plaie du précipité rouge, & mit par-dessus un emplâtre émollient, pour exciter la suppuration, & lui fit prendre intérieurement en quatre prises quatre grains de mercure doux à trois heures de distance : de cette maniere, il le tira d'affaire & fit disparoître les symptomes qui menaçoient sa vie. Gmelin, voyage de Sibérie, tome IV. de l'édition allemande. (-)


IATRALIPTES. m. (Gymn. milit. & medic.) un ïatralipte dans sa premiere signification, étoit un officier particulier du gymnase, dont l'emploi se bornoit à oindre les athletes pour les exercices athlétiques ; on le nommoit autrement aliptés, alipte.

Ensuite le mot ïatralipte, désigna un medecin, qui traitoit les maladies par les frictions huileuses, un medecin oignant, , mot composé de , medecin, & , je oins ; cette méthode de traitement s'appella , ïatroliptique. Ce fut, au rapport de Pline, liv. XXIX. ch. j. Prodicus, natif de Sélymbria, & disciple d'Esculape, qui mit ce genre de medecine en usage.

On sait que dans le tems des Romains, l'application des huiles, des onguens, des parfums liquides, dont on se servoit avant & après le bain, occupoit un grand nombre de personnes. Alors ceux qui enseignoient l'art d'administrer ces onguens ou ces huiles aux gens en santé, se firent à leur tour appeller ïatraliptes, & établirent sous eux en hommes & en femmes, des manieurs ou manieuses de jointures pour assouplir les membres, tractatores, & tractatrices ; des dépileurs & des dépileuses, alipilarii & tonstrices ; enfin, des personnes de l'un & de l'autre sexe, pour oindre le corps des différentes huiles, onguens, & parfums nécessaires, unctores, & unctrices ; j'ai déja dit quelque chose de ces divers offices, au mot GYMNASTIQUE (medicinale.) Voyez-le. (D.J.)


    
    
IATRIQUES. f. (Med.) , ïatrice, medica ; c'est une épithete du mot grec , ars, qui est sous-entendu ; ensorte qu'elle est employée comme substantif, pour signifier l'art ou la science de la Medecine.

C'est dans le même sens, que le mot est synonyme de medicus, medecin : ainsi on dit ïater, archiater, poliater, chimiater, philiater, pour medicus, protomedicus, medicus publicus, medicus chimicus, medicinae studiosus, c'est-à-dire, medecin, premier medecin, medecin praticien, medecin chimiste, étudiant en Medecine. Voyez MEDECINE, MEDECIN.

Le terme grec est encore employé quelquefois, pour signifier un médicament, comme le mot françois medecine a aussi deux acceptions : par l'une il signifie l'art de guérir ; par l'autre, une purgation ou un purgatif ; puisqu'on dit prendre une medecine, dans le même sens, que se purger : & même dans quelques provinces le peuple appelle toute sorte de remede une medecine. Voyez PURGATION, PURGATIF, MEDICAMENT, REMEDE.


JATTES. f. (Art méchaniq.) vaisseau rond, fait d'une piece de bois creusée au tour, qui sert à la cuisine, à la vendange, & à une infinité d'autres usages dans le domestique & dans les atteliers.

JATTE, AGATHE, GATTE, s. f. (Marine) c'est une enceinte de planches mises vers l'avant du vaisseau, qui servent à recevoir l'eau qui entre par les écubiers, lorsqu'elle est poussée par un coup de mer, ce qui donne facilité de la vuider. Voyez GATTE. (Z)

JATTE, ou GIRANDOLE POUR L'EAU, (Artificier) l'artifice dont il s'agit, est semblable aux roues de feu appellées girandoles, si on le considere seulement par son effet ; mais il en differe en plusieurs choses dans la construction.

1°. Dans sa situation qui est horisontale, au lieu que les roues à feu sont ordinairement posées verticalement, pour qu'elles soient mieux exposées à la vûe.

2°. Leur révolution ne se fait pas sur un essieu fixe, mais sur une base flottante sur l'eau.

3°. Son centre n'est pas vuide de feu comme les girandoles, mais rempli d'artifice.

4°. Ce qui tient lieu de roue n'est qu'un plateau de planche taillé en polygone, d'autant de côtés qu'on y veut mettre des fusées pour le faire tourner plus ou moins long-tems, ce qui en détermine aussi le diametre. Supposons, par exemple, qu'on veuille y employer huit fusées de la grosseur de celle qu'on appelle de partement, le plateau aura quatorze à quinze pouces de diametre, on en creusera les bords en cavet ou demi-canal d'environ un pouce de diametre, pour y attacher & arranger tout autour les fusées volantes qui doivent lui donner le mouvement, dans le même ordre & les mêmes précautions que pour les girandoles, assujettissant leurs ligatures par des clous plantés dans le bois sur lesquels on fait passer la ficelle.

Le milieu du plateau pourra être percé d'un trou assez grand pour y faire entrer un pot-à-feu, ou quelqu'autre artifice, comme on voit à la figure.

Pour supporter cet octogone ainsi équipé, & lui donner le pivot sur lequel il doit tourner ; on fait faire un plat de bois creux, rond, fait au tour, d'un diametre beaucoup plus petit que le plateau ; son fond extérieur doit être convexe en hémisphéroïde applati. Mais parce que le mouvement lui fait aussi changer de place, on peut, pour le rendre moins errant, ajouter sous le milieu un cône renversé, lequel formant un pivot plus profond dans l'eau, assujettira mieux le pirouettement de la girandole. Ce plat ou bassin sera cloué sous le plateau de rouage, & gaudronné le long de ses joints & sur toute sa surface, pour le rendre impénétrable à l'eau. Voyez nos Planches d'Artificier.

JATTE, terme de Passementier Boutonnier, est une espece de sébille à pressoir trouée par le milieu, & placée à la renverse sur quatre piés de bois. C'est sur cette jatte que les Passementiers Boutonniers fabriquent avec des fuseaux les gros cordons de soie, de fleuret, de fil, &c. qui servent à faire des guides de chevaux de carosse, à suspendre des lustres, à attacher aux bras des cochers pour les faire arrêter quand on veut, & à bien d'autres usages, &c. Voyez dans nos Planches de PASSEMENTIER BOUTONNIER un ouvrier travaillant à la jatte : la jatte en particulier, savoir la jatte nue, & la jatte chargée d'ouvrage.


JAUvoyez DOREE.


JAUFFNDEIGRAS. m. (Hist.) nom du troisieme mois des Islandois, il répond à notre Mars, c'est le mois de l'équinoxe du printems. Jauffndeigra manudar signifie mois équinoctial.


JAUGES. f. (Gram. & Art) c'est en général un instrument dont on se sert pour connoître la quantité de quelque qualité physique, telle que la longueur, la largeur, la profondeur, le nombre, la consistance, &c. d'où l'on voit qu'il doit y avoir un grand nombre de jauges. Il y a

La jauge à déterminer la capacité des vaisseaux, celle qui donne le nombre de pintes, de pouces cubes, &c. qu'un muid contient de liquide. Voyez sa construction & son usage au mot JAUGE. On dit la ligne de jauge ; c'est le trait marqué sur le bâton ou la verge de jauge. Voyez le même article.

JAUGE facile pour les vaisseaux en vuidange, tels que tonneaux, feuillettes, &c. Pour commencer l'opération, il faut avoir, indépendamment du modele qu'on voit Planche de Mathématique, une verge de fer ou de bois sur laquelle les pouces soient marqués. Cette verge sert à mettre dans la piece dont on veut savoir combien il y a de * pots débités. Pour prendre la hauteur de pouces, non-compris l'épaisseur du bois à la bonde, que la piece a de diametre, en laissant tomber perpendiculairement par le bondon cette verge dans la piece jusqu'au fond ; cette verge sert en même tems à voir combien il reste de pouces marquant mouillant dans la piece.

Cela posé & bien compris, il faut présentement tâcher de s'expliquer plus clairement sur l'usage que l'on fait du triangle de jauge. Voyez les figures.

Avant que d'aller plus avant, il faut savoir que les lignes transversales du triangle ne sont d'aucun autre usage que pour conduire l'échelle des pouces toûjours sur une ligne droite & égale, n'y ayant que les lignes diamétrales de haut en bas du triangle en le plaçant en forme d'équerre, qui comptent ; je dis, en le plaçant en forme d'équerre pour faire comprendre ce que j'entends par lignes diamétrales ; car, pour opérer, le triangle doit être couché à plat, le plus grand côté en-haut.

Je suppose à présent une piece marquée de la continence de 186 pots, telle mesure que l'on voudra, qui a 25 pouces de diametre à la bonde non-compris l'épaisseur du bois à ladite bonde ; restent à 8 pouces marquans mouillans. Il faut trouver combien ces 8 pouces forment de pots restans dans la piece.

Pour y parvenir, on cherche sur l'échelle des pouces (qui est la même que cette regle de papier divisée en trente-deux parties égales) le nombre 25, qui est la quantité de pouces, que la piece a de diametre à sa bonde ; je mets ce nombre 25 parallelement du côté vis-à-vis sa premiere ligne du triangle, & de l'autre côté qui est le nombre premier de cette échelle des pouces, vis-à-vis la derniere ligne du triangle qui est le nombre 100. Lorsque je suis parvenu à rendre ces deux nombres de pouces justes ; savoir, le nombre 25 vis-à-vis la premiere ligne, & le nombre premier vis-à-vis la derniere ligne du triangle, je vois combien de lignes sur le triangle me donne le nombre 8 de mon échelle des pouces, lequel nombre 8 est les 8 pouces restant mouillant dans la piece. Je trouve qu'il me donne 26 lignes sur le triangle, pour-lors je multiplie la continence de ma piece qui est de 186 pots, par cette quantité de lignes que donne le triangle, c'est-à-dire par 26. La multiplication faite, j'en retranche les deux dernieres figures. Les deux premieres figures sont la quantité de pots restante dans la piece, & les deux dernieres retranchées sont autant de centaines parties d'un pot en sus des entiers.

Preuve. La piece ayant 25 pouces de diametre à la bonde, & ne restant qu'à 8 pouces mouillant, il y a 17 pouces vuides.

Je pose l'échelle de pouces, comme ci-dessus, sur

* Le pot ou le lot contient à-peu-près deux bouteilles ou pintes de Paris.

le triangle, & je cherche combien de lignes sur ledit triangle, donnera le nombre 17 de l'échelle des pouces, qui sont les 17 pouces vuides. Je trouve que le triangle me donne 74 lignes. Je fais la même opération pour le vuide que j'ai faite pour le restant mouillant, en multipliant la continence de la piece qui est 186, par les 74 lignes du triangle ; & je trouve par l'addition du résultat de mes deux multiplications ensemble, la continence entiere de ma piece.

On voit par cette opération combien il reste de liqueur dans une piece, suivant la continence qui est marquée sur la piece ; mais cette opération ne prouve pas que la piece est jaugée à sa juste continence : ce qui ne se peut qu'en jaugeant la même piece à l'eau lorsqu'elle est vuide, c'est-à-dire en comptant la quantité de pots d'eau qui entreront dans la piece pour la remplir.

Dans le commerce, un muid est de bonne ou mauvaise jauge, quand il est plus ou moins grand, relativement à son espece, à son usage, aux usages & aux lieux.

La jauge en Architecture, c'est dans la tranchée qu'on a faite pour fonder un bâtiment, un bâton étalonné sur la profondeur & la largeur que doit avoir la tranchée, sur toute la largeur.

Les ouvriers en bas au métier & les ouvriers en métier à bas ont chacun leur jauge. La premiere s'appelle jauge de soie ; la seconde jauge du métier. Voyez l'article BAS AU METIER.

La jauge de l'Aiguilletier est une plaque de fer, fendue de distance en distance. Les fentes ont différens degrés de largeur, & servent à déterminer les mesures & les especes différentes d'aiguilles. Voyez nos Planches de l'Aiguilletier-bonnetier.

Les Chaînetiers, les marchands de fils de fer & de laiton ont aussi leur jauge ; c'est un composé de plusieurs s redoublées. L'intervalle qui se trouve entre deux s, sert à mesurer le fil dont la grosseur est marquée à côté par un chiffre qui la désigne. Les marchands de fer de Paris ne jaugent que les sortes dont les numeros ne sont pas fixés, tels que les fils de Bourgogne, de Champagne & de quelques lieux d'Allemagne.

Les Ceinturiers ont deux jauges, l'une à bord & l'autre du milieu. La jauge à bord leur sert à marquer sur le bord de l'ouvrage l'endroit où il faut piquer, & la jauge du milieu à marquer l'endroit du milieu. La premiere est un morceau de fer rond, de la longueur de sept à huit pouces, emmanché de bois par en-haut, un peu recourbé par en-bas, & aplati de maniere à former une surface quarrée longue qui finit en s'arrondissant ; cette surface a trois cannelures. Ces cannelures tracent trois lignes, lorsque la jauge étant chauffée, on la fait couler sur les bords de l'ouvrage à piquer, & ces lignes dirigent l'ouvrier. La seconde ne differe de celle-ci qu'en ce que le bout plat d'enbas est fendu en deux & est mobile, & qu'au milieu de cette partie ouverte, il y a une vis sur le côté qui sert à augmenter ou à retrécir l'intervalle des deux raies. On s'en sert comme dans la jauge à bord. Voyez ces jauges dans nos Planches de Ceinturier.

La jauge du Charpentier est une petite regle de bois fort mince, d'un pié de long sur un pouce de large, divisée par lignes & par pouces, & servant à tracer les mortiers, tenons, &c. Voyez nos Planches de Charpenterie.

L'Epinglier, le Cloutier d'épingle &c. ont un fil d'archal plié en s à plusieurs plis, plus ou moins serrés les uns contre les autres, & mesurent par leurs intervalles la grosseur des fils de laiton. Voyez la Planche du Cloutier d'épingle.

Voyez à l'article FAYENCE ce que c'est que la jauge du fayencier.

Les Jardiniers labourent à vive jauge, soit une terre, soit un quarré, soit un potager ; & ils entendent par-là labourer profondément ; ils ont aussi une mesure portative qui leur sert à déterminer la profondeur de chaque tranchet à placer des arbres, & qu'ils appellent jauge.

Le Tonnelier a sa jauge ; c'est un instrument qui lui sert à réduire à une mesure connue, la capacité ou continence de divers tonneaux. C'est un bâton ou une tringle de fer, quarrée, de quatre à cinq lignes d'équarrissage, & de quatre piés deux ou trois pouces de longueur. Par un des côtés, elle est divisée par pouces & piés de roi. Les quatre côtés portent encore la mesure de neuf différentes sortes de vaisseaux réguliers, marquée par deux points qui donnent la longueur & la hauteur. Sur le premier, il y a le muid & le demi-muid ; sur le second, la demi-queue & le quarteau d'Orléans ; sur le troisieme, la pipe & le bussard ; sur le quatrieme, la demi-queue, & le quarteau de Champagne & le quart de muid. Chacune de ces neuf especes de tonneaux a deux places sur la jauge, l'une pour le fond, l'autre pour la longueur. Au-dessus de chaque caractere appartenant à chaque vaisseau, des points placés d'espace en espace désignent un septier ou huit pintes de liqueur, mesure de Paris, excédant la juste continence du tonneau jaugé.

Le Fontainier a une boëte de fer blanc, percée pardevant d'autant de trous d'un pouce, demi-pouce, ligne, demi-ligne qu'il veut. Il expose cette boëte à une source, tous les trous bouchés ; elle s'emplit & se répand ; alors il débouche le plus petit, puis le suivant, & ainsi de suite, jusqu'à ce que la boëte laissant échapper par les trous ouverts autant d'eau qu'elle en reçoit de la source, & demeurant par conséquent toûjours pleine, les trous débouchés lui donnent la quantité d'eau qu'il cherche à connoître.

Les Tireurs d'or & une infinité d'ouvriers ont leurs jauges, dont il sera fait mention aux articles de leur art, & aux articles JAUGER ; voyez ce dernier.


JAUGEAGES. m. (Comm.) action de jauger les tonneaux, les navires. Cet homme entend bien le jaugeage ; on a fait le jaugeage de ce tonneau, de ce navire.

Jaugeage se dit aussi du droit que prennent les jurés-jaugeurs, ou officiers qui jaugent les vaisseaux à liqueurs.

Jaugeage signifie encore un certain droit que perçoivent les fermiers des aides sur les vins & liqueurs conjointement avec le droit de courtage. Ainsi l'on dit : " Il a été payé tant pour les droits de jaugeage & courtage de ce vin ". Dict. de Com. (G)


JAUGERv. act. (Géom.) c'est l'art de mesurer la capacité ou le contenu de toutes sortes de vaisseaux ; & de déterminer la quantité des fluides ou d'autres matieres que ces vaisseaux peuvent contenir, &c. Ainsi on trouve par la jauge combien un tonneau peut tenir ou tient de vin, d'eau-de-vie, &c. Si toutes les surfaces du tonneau étoient pleines, il n'y auroit nulle difficulté à cette détermination, il n'y en auroit pas même beaucoup pour les géometres habiles, si les surfaces courbes du tonneau avoient des courbures connues & déterminées par des équations ; car on auroit l'aire & la capacité formées par ces courbes ou exactement, ou en valeurs aussi approchées que l'on voudroit ; mais les courbures que les ouvriers donnent à ces surfaces presque au hasard, n'ont rien de régulier & sont transcendantes à la Géométrie la plus transcendante. Il faut donc renoncer à jauger les tonneaux exactement & géométriquement, & leur supposer des courbures régulieres les plus approchantes qu'il se pourra des irrégulieres qu'ils ont en effet. Et ces plus approchantes mêmes ne seront pas encore des meilleures, à moins qu'elles ne soient en même tems fort simples, & ne produisent des méthodes courtes & faciles, car le plus souvent ce ne seront pas de bons géometres ou de grands calculateurs qui jaugeront, & d'ailleurs dans l'usage cette matiere demande beaucoup d'expédition. La facilité & la promtitude méritent qu'on leur sacrifie quelque chose de la justesse. Le jaugeage le plus difficile est celui des vaisseaux de mer. Cette difficulté vient de la grande irrégularité des courbes, & du grand nombre de différentes courbes qui entrent dans la surface d'un même vaisseau, & produisent sa capacité. Comme on ne jauge les vaisseaux que pour savoir ce qu'ils peuvent contenir de marchandises, outre toutes les choses qui leur sont nécessaires pour faire voyage, parce que les souverains levent des droits sur ces marchandises, on appelle proprement jaugeage des vaisseaux la mesure, non de la capacité entiere de leur creux ou vuide, mais seulement de la partie de cette capacité que les marchandises peuvent remplir. Ainsi le vaisseau étant construit, & pourvu seulement de tout ce qui lui est nécessaire pour le voyage, il enfonce dans l'eau d'une certaine quantité & jusqu'à une ligne qu'on appelle ligne de l'eau ; si de plus on le charge de toutes les marchandises qu'il peut porter commodément ou sans péril, il enfonce beaucoup davantage & jusqu'à une ligne qu'on appelle ligne du fort, parce que la distance de cette ligne jusqu'à celle où le vaisseau seroit prêt de submerger, se prend par rapport au milieu du vaisseau qui en est la partie la plus basse, & en même tems la plus large, qu'on appelle le fort. La ligne du fort dans un vaisseau aussi chargé qu'il peut l'être, est ordinairement un pié au-dessus du fort. La ligne de l'eau & celle du fort sont toutes deux horisontales, & par conséquent paralleles, & il faut concevoir que par elles passent deux sections ou coupes du vaisseau, qui sont aussi deux plans horisontaux. Il est visible que c'est entre ces deux plans qu'est comprise toute la capacité du vaisseau que les marchandises occupent ou peuvent occuper ; c'est elle qui doit les droits, & qu'il faut jauger. Le volume d'eau qui la rempliroit, est d'un poids égal à celui des marchandises ; & si l'on sait quel est ce volume & par conséquent son poids, car un pié cube d'eau pese 72 liv. on sait le poids des marchandises du vaisseau. La difficulté de ce jaugeage consiste en ce que chacune des deux coupes horisontales du vaisseau a une circonférence, ou un contour très-bizarre formé de différentes portions de courbes différentes ; & de plus, en ce que les deux coupes ont des contours très-différens, ainsi la Géométrie doit desespérer d'en avoir les aires. Quant à la distance des deux plans, qui est la hauteur du solide qu'ils comprennent, il est très-aisé de la prendre immédiatement. La lumiere de la Géométrie manquant, les hommes ont, pour ainsi dire, été abandonnés chacun à son sens particulier ; en différentes nations, & en différens ports d'une même nation, & en différens tems, on a pris différentes manieres de jauger. Sur cela M. le comte de Toulouse, amiral de France, chef du conseil de marine, demanda à l'académie royale des Sciences de Paris son sentiment, en lui envoyant en même tems les meilleures méthodes pratiquées, soit chez les étrangers, soit en France, afin que par la préférence qu'elle donneroit à une d'entr'elles, ou par l'invention de quelqu'autre méthode, on pût établir quelque chose d'assez sûr & d'uniforme pour le royaume. MM. Varignon & de Mairan furent principalement chargés du soin de répondre aux intentions de S. A. S. On peut voir dans l'histoire de l'académie an. 1721, p. 57, ce qu'ils firent pour cet effet. M. Varignon suivit une route purement géométrique. M. de Mairan entra dans l'examen de toutes les méthodes envoyées par le conseil de la marine, & préfera celle de M. Hocquart, intendant de la marine dans le port de Toulon. Elle consiste à prendre l'aire des deux surfaces horisontales de la partie du vaisseau submergée par la charge, & à multiplier la moitié de la somme des deux aires par la hauteur de la partie submergée. Tout bien considéré (c'est la conclusion de M. de Fontenelle), il faut que la pure Géométrie se recuse elle-même de bonne grace sur le fait du jaugeage, & qu'elle en laisse le soin à la Géométrie imparfaite & tâtonneuse. M. Formey.

Le jaugeage consiste donc à réduire à quelque mesure cubique connue la capacité inconnue de vaisseaux de différentes formes, cubiques, parallelipipedes, cylindriques, sphéroïdes, coniques, &c. & à supputer, par exemple, combien ces vaisseaux peuvent contenir de quartes, de pintes, &c. d'une liqueur, comme de biere, de vin, d'eau-de-vie.

Le jaugeage est une partie de la Stéréométrie. Voy. STEREOMETRIE.

Les principaux vaisseaux, que l'on a communément à jauger, sont des tonneaux, des barrils, des barriques, des muids, &c.

Par rapport aux solidités des vases cubes, parallélipipedes, prismatiques, il est facile de les déterminer en pouces cubes, ou en autres mesures, en multipliant l'aire de leur base par leur hauteur perpendiculaire. Voyez PRISME, &c.

Quant aux vases cylindriques, on trouve la même chose, en multipliant l'aire de leur base circulaire, par leur hauteur perpendiculaire, comme ci-dessus. Voyez CYLINDRE.

Les tonneaux qui ont la forme ordinaire des muids, des demi-barrils, &c. peuvent être considérés comme des segmens d'un sphéroïde, coupé par deux plans perpendiculaires à l'axe ; ce qui les soumet au théorème d'Ougthred, qui apprend à mesurer les tonneaux : le voici. Ajoûtez le double de l'aire du cercle au bondon à l'aire du cercle du fond, multipliez la somme par le tiers de la longueur du tonneau, & ce produit donnera en pouces cubes la capacité du vaisseau.

Mais, afin de parvenir à une plus grande exactitude, Messieurs Wallis, Caswel, &c. pensent qu'il seroit mieux de considérer nos tonneaux comme des portions de fuseaux paraboliques, qui sont moindres que les portions des sphéroïdes de même base & de même hauteur. Cette maniere de les considérer donne leur capacité beaucoup plus exactement que la méthode d'Oughtred, qui les suppose des sphéroïdes, ou que celle de multiplier les cercles au bondon & au fond, par la moitié de la longueur du tonneau, qui les suppose des conoïdes paraboliques ; ou que celle de Clavius, qui les prend pour des cônes tronqués ; cette derniere méthode est la moins exacte de toutes.

La regle ordinaire, pour tous les tonneaux, est de prendre les diametres au bondon & au fond ; moyennant quoi on peut trouver les aires de ces cercles. Alors prenant les deux tiers de l'aire du cercle au bondon, & un tiers de l'aire du cercle du fond ; faisant ensuite une somme de ces tiers, que l'on multiplie par la longueur intérieure du tonneau, elle donne en pouces solides la capacité du tonneau.

Mais le jaugeage, tel qu'on le pratique aujourd'hui, s'exécute ou se fait principalement par le moyen d'instrumens, que l'on appelle verge ou regle de jauge ; avec cela l'affaire est expédiée sur le champ, & l'on sait, sans un plus long calcul, quelle est la capacité d'un vaisseau proposé ; ce qui n'est pas d'une petite considération, tant par rapport à la facilité d'opérer, qu'à la célérité avec laquelle on expédie l'ouvrage : c'est pourquoi nous allons ici nous étendre principalement sur les différens instrumens de jaugeage.

Construction d'une verge ou regle de jauge, par laquelle on trouve facilement la capacité d'un vase cylindrique quelconque, ou de tout autre vaisseau ordinaire. Prenez le diametre A B d'un vaisseau cylindrique ABDE (Pl. d'arpent. fig. 26.) qui tient une des mesures dans lesquelles on évalue le fluide ; que ce soit, par exemple, en pintes, & mettez-le à angles droits sur la ligne indéfinie A 7. depuis A jusqu'à 1 portez une ligne droite égale au diametre A B, alors B 1 sera le diametre d'un vase qui contient deux mesures, & de même hauteur que le premier.

De plus, soit A 2 = BI, alors B 2 sera le diametre d'un vase qui contient trois mesures, & de même hauteur que celui qui n'en contient qu'une. On peut trouver de la même maniere les diametres B 4, B 5, B 6, B 7, &c... d'autres vaisseaux plus grands.

Enfin mettez sur le côté d'une verge ou d'une regle, les différentes divisions A 1, A 2, A 3 &c. ainsi trouvées ; & sur l'autre côté mettez la hauteur ou la profondeur d'un cylindre, qui contient une mesure autant de fois qu'elle pourra y aller, vous aurez par ce moyen une verge, une regle, ou un bâton de jauge entierement complet.

Car, les cylindres de même hauteur sont entr'eux comme les quarrés de leurs diametres ; par conséquent le quarré du diametre qui contient 2, 3 ou 4 mesures, doit être double, triple ou quadruple de celui qui n'en contient qu'une ; & puisque dans le premier AB = A 1, le quarré de B 1 est double, celui de B 2 est triple, celui de B 3 est quadruple, &c. il est évident que les lignes droites A 2, A 3, A 4, &c. sont les diametres des vaisseaux ou des vases proposés.

Ainsi, en appliquant ces divisions sur le côté d'un vase cylindrique, on verra tout-à-coup combien de mesures contiendra un vase cylindrique d'une certaine base, & de même hauteur que celui qui contient une mesure.

C'est pourquoi, en trouvant par les divisions de l'autre côté de la verge, combien de fois la hauteur d'une est contenue dans la hauteur du vase donné, & multipliant par ce nombre le diametre que l'on a trouvé ci-devant, ce produit sera le nombre de mesure que contient le vase proposé.

Par exemple, si le diametre du vase cylindrique = 8, & la hauteur = 12, sa capacité sera = 96 mesures. Remarquez 1°. que plus petite on prend la hauteur du cylindre qui contient une mesure, plus aussi sera grand le diametre de la base ; d'où il suit que ce diametre, & les diametres des cylindres qui contiennent plusieurs mesures, seront plus facilement divisibles en petites parties.

2°. Les diametres des vases qui contiennent une, ou plusieurs parties décimales d'une mesure, se trouveront en divisant une ou plusieurs parties décimales du vase qui contient une mesure, par la hauteur de ce vase, ce qui donnera l'aire de la base circulaire ; d'où il est aisé d'en déterminer le diametre.

Et l'on trouvera de la même maniere les diametres pour les divisions des vases qui contiennent deux ou plusieurs mesures.

Usage de la verge ou du bâton de jauge. Pour trouver la capacité d'un tonneau, c'est-à-dire, pour déterminer le nombre de mesures, par exemple, le nombre de pintes qu'il contient, appliquez au vase la verge ou le bâton de jauge, ainsi qu'on l'a enseigné dans l'article précédent, & cherchez la longueur du tonneau AC fig. 27. & des diametres GH, AB. Maintenant, comme on trouve par l'expérience, quoique éloignée de la rigueur ou de l'exactitude géométrique, qu'un tonneau ordinaire de cette forme peut être pris, sans une grande erreur, pour un cylindre qui a sa hauteur égale à la longueur intérieure du tonneau, & sa base égale au cercle, dont le diametre est moyen proportionnel arithmétique entre les diametres à l'endroit des fonds, & celui du milieu sous le bondon, trouvez ce diametre que vous appellerez diametre égal ; alors multipliant ce nombre ainsi trouvé, par la longueur du tonneau A C, le produit sera le nombre des mesures contenues dans le vaisseau proposé.

Supposons, par exemple, AB = 8, GH = 12, AC = 15, le diametre d'égalité sera 10, lequel multiplié par 15 donne 150 mesures pour la capacité du tonneau.

S'il arrive que les diametres des deux bouts ou des deux fonds, ne soient point égaux, mesurez-les l'un & l'autre, & prenez la moitié de leur somme pour le diametre, qui doit vous servir à faire votre opération.

Il y a une autre méthode de connoître la capacité d'un vaisseau, sans aucun calcul absolument, & dont on fait usage en différentes parties de l'Allemagne & dans les Pays-bas ; mais comme on y suppose que tous les vaisseaux sont semblables les uns aux autres, & que leur longueur est double du diametre égalé, c'est-à-dire, double de la moitié de la somme des diametres AB, GH, on ne peut pas s'en servir par-tout avec sûreté. Cependant Kepler la préfere à toutes les autres, comme renfermant toutes les précautions, dont cette matiere est susceptible. Il voudroit même que l'on établît une loi, par laquelle il fût ordonné que l'on construisît tous les tonneaux selon cette proportion. (E)

On trouve dans les Mémoires de l'académie des Sciences 1741 un excellent mémoire de M. Camus, sur la jauge des tonneaux. Il les regarde comme des segmens d'un rhomboïde, formé par la révolution d'une parabole, qui auroit son sommet sur le bondon ; il a de plus imaginé une verge ou bâton de jauge d'une construction nouvelle.

La verge de jauge ordinaire, est un bâton quarré, de quatre à cinq lïgnes de largeur, & de quatre piés deux ou trois pouces de longueur ; une des faces est divisée en piés, pouces, &c. les autres sont marquées de divisions relatives aux différentes especes de tonneaux qu'on peut avoir à mesurer. Le bâton de jauge de M. Camus est d'une construction très-différente, & d'un usage plus sûr & plus universel. Voyez le volume cité des Mém. de l'ac. de 1741, pag. 385. Voyez aussi l'Histoire de la même année. (O)

JAUGER, (Coupe des pierres) c'est appliquer une mesure d'épaisseur ou de largeur vers les bouts d'une pierre, pour en faire les arêtes, ou les surfaces opposées paralleles.

JAUGER, (Hydr.) On connoît la quantité d'eau que fournit une source, par le moyen d'un instrument appellé jauge, construit de bois, de cuivre, ou de fer blanc. Cette jauge contient une cuvette percée par devant de plusieurs ouvertures circulaires, d'inégale grosseur, qui vont depuis un pouce jusqu'à deux lignes de diametre. Il y a souvent des tuyaux appellés canons, qui se bouchent avec des couvercles attachés à une petite chaîne, lesquels se tirent ou se bouchent suivant le besoin ; la jauge est meilleure sans canons, & il y a moins de frottement. Elle est séparée dans le milieu par une cloison de la même matiere, appellée languette de calme, servant à calmer la surface de l'eau, que le tuyau de la source amene avec impétuosité, & à empêcher qu'elle ne vienne en ondoyant vers la languette du bord, où sont percés les orifices des jauges, ce qui interromproit le niveau de l'eau, augmenteroit sa force, & par conséquent sa dépense. Les cloisons, ou languettes de calme, ne touchent point au fond des cuvettes ; elles ont environ 4 lignes de jour par em-bas, pour que l'eau puisse remonter dans l'autre partie de la cuvette, & se communiquer partout.

On fait entrer dans cette cuvette l'eau d'une source, & ensuite on la vuide par ces ouvertures ; si elle fournit un tuyau bien plein, elle donne un pouce d'eau, si elle en remplit deux, elle fournit deux pouces, ainsi des autres. Quand elle ne remplit pas entierement l'ouverture d'un pouce, on ouvre celle d'un demi-pouce, d'un quart, d'un demi-quart, & jusqu'aux plus petites, s'il s'en trouve dans la jauge ; on rebouche alors avec des tampons de bois tous les autres trous.

On tient l'eau dans la cuvette une ligne plus haute que les ouvertures de la jauge ; ainsi elle doit être 7 lignes au-dessus du centre de chaque trou ou canon. On bouche avec le doigt, ou un tampon de bois, le trou circulaire du tuyau, jusqu'à ce que l'eau soit montée une ligne au-dessus, & on la laisse couler ensuite pour juger de son effet ; alors l'eau se trouve un peu forcée, & le tuyau est entretenu bien plein. Si au lieu d'une ligne on faisoit monter l'eau de 2 ou 3 lignes au-dessus de l'orifice des jauges, elle seroit alors trop forcée, & dépenseroit beaucoup plus ; l'eau étant donc tenue une ligne audessus de l'orifice d'un pouce, ou à 7 lignes de son centre, & coulant par le trou circulaire d'un pouce, dépense pendant l'espace d'une minute 13 pintes 1/2 mesure de Paris, ce qui donne par heure deux muids 3/4 & 18 pintes ; le pié cube étant de 36 pintes, huitieme du muid, & l'on aura par jour 67 muids & demi, sur le pié de 288 pintes le muid.

Le pouce quarré qui a douze lignes en tout sens, multiplié par lui-même, produit 144 lignes quarrées. Il est constant que le pouce circulaire contient également 144 lignes circulaires, parce que les surfaces des cercles sont entr'elles comme les quarrés de leurs diametres ; cependant le pouce circulaire est toûjours plus petit que le quarré, à cause des quatre angles. L'usage est de diminuer le quart de 144 lignes, pour avoir la proportion du pouce quarré au pouce circulaire, ce qui est trop, puisque par la proportion du quarré au cercle, qui est de 14 à 11, on trouve dans la superficie du pouce quarré de 144 lignes, celle du pouce circulaire qui est de 13 lignes deux points ; au lieu qu'ôtant le quart de 144 qui est 36, il ne reste que 108. Ce même pouce circulaire qui donne en une minute 3 pintes 1/2 mesure de Paris, en donneroit, étant quarré, près de 18 pintes même mesure, ce qui est une vraie perte pour les particuliers.

Quoique l'on ait préféré de donner aux tuyaux la forme circulaire, parce que n'ayant point d'angles, elle est moins sujette aux frottemens, & moins exposée à se détruire ; on devroit donner aux jauges la forme quarrée, & il y en a plusieurs exemples dans les fontaines de Paris ; alors on auroit moins de difficulté de calculer la dépense des eaux, & de les distribuer ; les particuliers y gagneroient aussi, & ils perdroient proportionnellement, chacun suivant leurs jauges, dans les diminutions d'eau qui sont inévitables. Il est aisé de concevoir une ouverture rectangulaire, qui auroit trente-six lignes de large, sur quatre lignes de hauteur ; on voit qu'en multipliant 4 par 36, il viendra 144 lignes quarrées qui sont la valeur du pouce quarré : pour avoir de même quatre lignes d'eau qui est une des plus petites jauges, la base aura une ligne sur la même hauteur 4, ainsi des autres.

Les Fontainiers ont un instrument appellé quille, fait de cuivre ou de fer blanc en pyramide, qui diminue par étage ; sa base a 12 lignes, & elle dégrade d'une demi-ligne à chaque saut, de maniere que le plus petit terme de la division commence par une ligne 1/2, le second est 2, ensuite 2 1/2, ensorte que tous les termes ont pour différence un 1/2 ; ces nombres sont chiffrés sur 23 séparations ; les uns dénotent les diametres des jauges, les autres marquent leurs superficies. Le manche qui soutient cette quille sert à l'introduire dans l'ouverture des jauges de la cuvette, la pointe la premiere ; on bouche le trou de la jauge, de maniere qu'il n'y passe pas une goutte d'eau ; on marque avec le doigt l'endroit où on s'arrête, & retirant la quille sur le champ, on connoît si la mesure est exacte.

Cet instrument n'est point dans toute la rigueur géométrique, parce que la dépense d'une jauge qui a 3 lignes de diametre ou neuf lignes de sortie, ne donne pas précisément le quart de dépense de celle qui a 6 lignes de diametre ou 36 lignes de sortie, comme elle devroit faire, puisque la superficie de la premiere qui est 9 lignes est le quart exactement de la seconde qui est 36, & qu'on a négligé les fractions dans les rapports des superficies de jauges qui produiroient quelqu'avantage aux concessionnaires.

La quantité d'eau fournie par un ruisseau ou une petite riviere, se peut jauger en cette maniere. Arrêtez en le cours par une digue ou batardeau, construit de clayonnages avec des pierres & de la glaise, & ajustez sur le devant une planche de plusieurs trous d'un pouce de diametre, avec des tuyaux de fer blanc du même calibre, rangés sur une même ligne. Cette digue arrêtera toute l'eau du ruisseau, qui sera contrainte de passer par les trous de la planche ; & les tuyaux bien remplis vous feront connoître la quantité de pouces que le ruisseau donne en un certain tems.

On jauge l'eau que fournit une pompe à bras, à cheval, un moulin, en faisant tomber l'eau de la nappe que fournit le tuyau montant dans la cuvette de la jauge ; & la quantité de pouces qui tombera dans le reservoir pendant l'espace d'une minute, fera connoître ce que produit la machine. (K)


JAUGEURS. m. officier de ville qui sait l'art & la maniere de jauger les tonneaux ou futailles à liqueurs, ou celui qui a titre & pouvoir d'en faire le jaugeage. Voyez JAUGEAGE & JAUGER.

Chaque juré jaugeur doit avoir sa jauge juste & de bon patron, suivant l'échantillon qui est dans l'hôtel-de-ville de Paris. Il doit aussi imprimer sa marque sur l'un des fonds du tonneau ou futaille qu'il a jaugé, avec une rouanette, & y mettre la lettre B, si la jauge est bonne, la lettre M, si elle est trop foible ou moindre, & la lettre P, si elle est plus forte, avec un chiffre, pour faire connoître la quantité des pintes qui s'y sont trouvées de plus ou de moins.

Chaque jaugeur doit avoir sa marque particuliere, laquelle il doit figurer en marge du registre de sa reception, pour y avoir recours dans le besoin, en cas de fausse jauge ; le jaugeur de la marque duquel la piece se trouve marquée, demeurant responsable envers l'acheteur, si la jauge est moindre, & envers le vendeur pour l'excédent.

Il est permis à chacun de demander une nouvelle jauge, dont les frais sont payés par le premier jaugeur si la jauge se trouve défectueuse, & par celui qui s'en plaint, si elle se trouve bonne.

Nul aprentif jaugeur ne peut s'immiscer de faire aucune jauge, s'il n'a servi un maître jaugeur au moins un an, à peine d'amende ; & en cas qu'il l'ait fait par ordre du maître, celui-ci en est responsable en son nom.

Il y a eu en France des jaugeurs pour les grosses mesures de liqueurs, dès que la police a commencé à y avoir des regles certaines. Il en est parlé dans le recueil des ordonnances de Saint Louis en 1258 ; & ils étoient alors commis par le prévôt des marchands & échevins de Paris. Charles VI. en 1415, en fixa le nombre pour cette ville à six jaugeurs & six apprentifs. Henri IV, par un édit de Février 1596, les créa en titre d'office, tant pour Paris que dans les autres villes, & leur attribua douze deniers par chaque muid. Louis XIII, en 1633, créa deux nouveaux jaugeurs, & augmenta leurs droits ; en 1645, Louis XIV créa huit nouveaux jaugeurs, & les droits de tous ces officiers furent portés à cinq sols par muid de vin, cidre, biere, eau-de-vie, &c. entrant à Paris par eau ou par terre. On ajoûta encore trente-deux nouveaux jaugeurs en 1689 ; cinquante-deux en 1690, & cinquante-deux autres en 1703, sous le titre d'essayeurs & contrôleurs d'eau-de-vie. Par un édit du mois de Mai 1715, tous les nouveaux offices créés depuis 1689 ayant été supprimés, les jurés jaugeurs se trouverent réduits à leur ancien nombre de seize. Celui des commis jaugeurs nommés pour les remplacer, fut fixé à 24 par arrêt du conseil, du 12 Septembre 1719 ; enfin les officiers jaugeurs ont été rétablis par l'édit de Juin 1730. Diction. de Commerce. (G)


JAUMIERES. f. (Marine) petite ouverture à la poupe du vaisseau proche de l'étambord, par laquelle le timon passe pour se joindre au gouvernail afin de le faire jouer. Cette ouverture a ordinairement de largeur en dedans les deux tiers de l'épaisseur du gouvernail, & en dehors un tiers moins qu'en dedans ; à l'égard de sa hauteur, elle est un peu plus grande que son ouverture intérieure. Lorsqu'on est en mer, on garnit quelquefois cette ouverture de toile gaudronnée, pour empêcher que l'eau n'entre par-là dans le vaisseau ; mais si on ne veut pas prendre cette précaution, on laisse entrer l'eau qui s'écoule par les côtés, sans autre inconvénient.


JAUNEadj. (Gram. Physiq. & Teint.) couleur brillante, & celle qui réfléchit le plus de lumiere après le blanc. Voyez COULEUR & LUMIERE.

Il y a plusieurs substances jaunes qui deviennent blanches, en les mettant alternativement pendant quelque tems au soleil & à la rosée, telles sont la cire, la toile de chanvre, &c. Voyez BLANCHISSEMENT, POIL, &c.

Ces mêmes substances, quoiqu'entierement blanches, si on les laisse long-tems sans les mouiller redeviennent jaunes.

Le papier & l'ivoire présentés au feu deviennent successivement jaunes, rouges & noirs. La soie qui est devenue jaune se blanchit, par le moyen de la fumée du soufre. Voyez BLANC & BLANCHEUR.

Le jaune en teinture est une des cinq couleurs primitives. Voyez COULEUR & TEINTURE.

Pour avoir les jaunes les plus fins, on commence par faire bouillir le drap ou l'étoffe dans de l'alun & de la potasse, ensuite on lui donne la couleur avec la gaude. Voyez GAUDE.

La turmeric donne aussi un bon jaune, mais moins estimé cependant. On a encore un bois des Indes, qui donne un jaune tirant sur l'or ; & l'on fait une quatrieme espece de jaune avec de la sariette, mais c'est le moindre de tous.

Le verd se fait ordinairement avec du jaune & du bleu, mêlés l'un avec l'autre.

Avec du jaune, du rouge de garance, & du poil de chevre teint par la garance, on fait le jaune doré, l'aurore, la pensée, le nacarat, l'isabelle & la couleur de chamois, qui sont toutes des nuances du jaune.

JAUNE DE NAPLES. (Peinture) Le jaune de Naples est une pierre seche, & trouée comme nos pierres communes que l'on met dans des fondations avec la chaux & sable pour faire corps ensemble ; elle est cependant friable. Elle se tire des environs du mont Vésuve, proche Naples, & participe beaucoup du soufre ; elle a un sel très-âcre, que l'on ne peut lui ôter qu'en la faisant tremper dans de l'eau, & la changeant d'eau tous les jours ; malgré cela le sel pénetre au travers de la terrine, & paroît tout blanc au-dehors ; il faut aussi la réduire en poudre avant de la mettre tremper, & lorsqu'on la broye sur le porphyre, ne point se servir de couteau de fer pour la ramasser, parce que le fer la fait verdir & noircir ; mais on se sert pour cela de couteau de bois de châtaignier, cette couleur est très-bonne à l'huile comme à l'eau.

JAUNE des Corroyeurs, couleur que ces ouvriers donnent aux cuirs ; cette couleur se fait avec de la graine d'Avignon & de l'alun, dont ils mettent une demi-livre de chacun sur trois pintes d'eau, qu'ils font bouillir à petit feu, jusqu'à ce que le tout soit réduit aux deux tiers pour le moins. Voyez CORROYEUR.

JAUNE d'oeuf. Voyez OEUF.


JAUNIRv. act. & neut. (Gram.) on dit ce corps jaunit ; on dit aussi jaunir un corps.

JAUNIR, en terme de Doreur en bois, se dit de l'action d'enduire un ouvrage à dorer d'une couche de jaune à l'eau après la couche d'assiette, pour rendre la dorure plus belle.

JAUNIR, en terme d'Epinglier, s'entend de la premiere de toutes les façons qu'on donne au fil de laiton. On le met pour cela dans une chaudiere, où il bout pendant quelque tems dans l'eau & de la gravelle ; on bat ensuite le paquet sur un billot, à force de bras, pour en séparer la rouille & la gravelle ; on le jette ensuite dans l'eau fraîche, on le fesse encore quelque tems, voyez FESSER ; on le fait sécher au feu ou au soleil, pour le tirer ensuite. Voyez TIRER. Voyez la Planche de l'Epinglier. Voyez aussi celle du laiton, & l'art. LAITON.

JAUNIR, en terme de Cloutier d'épingle, c'est éclaircir les clous de cuivre ou de laiton, en les secouant dans un pot de grès, avec du vinaigre ou de la gravelle. Voyez GRAVELLE.


JAUNISSES. f. (Médecine) est une maladie dont le symptome caractéristique est le changement de la couleur naturelle du corps en jaune ; on l'appelle aussi en françois par pléonasme, ictere jaune, en latin icterus flavus, aurigo, morbus regius ; en grec ; l'étymologie de ce mot vient d'une espece de belette, , ou milan, qu'on appelloit aussi du même nom, & qui avoient les yeux jaunes ; ainsi ictere est synonyme à jaunisse : les anciens l'employoient aussi dans ce sens-là. Hippocr. passim, & Galien, definit. medical. n°. 276. Le nom d'aurigo lui vient de la ressemblance qu'a la couleur du corps avec celle de l'or, c'est peut-être aussi pour cette raison qu'on l'appelle morbus regius ; cette étymologie a beaucoup excité les recherches des écrivains : c'est avec plus d'esprit que de raison que Quintus Serenus Sammonicus dit,

Regius est vero signatus nomine morbus,

Molliter hic quoniam celsà curatur in aulâ.

On distingue plusieurs especes de jaunisse, par rapport à la variété des symptomes, à la différence des causes, & à la maniere de l'invasion ; on peut diviser d'abord l'ictere en chaud & en froid, cette division est assez importante en pratique, en primaire & secondaire, en critique & symptomatique ; il y en a aussi une espece qui est périodique. La décoloration jaune qui constitue cette maladie, n'est quelquefois sensible que dans les yeux & au visage ; d'autres fois on l'observe sur toute l'habitude du corps ; l'ouverture des cadavres a fait voir que les parties intérieures sont aussi dans certains cas teintes de la même couleur ; il y a même des cas où elle a infecté jusqu'aux os. Thomas Kerkringius raconte, Observat. anatom. 57, qu'une femme ictérique accoucha d'un enfant attaqué de la même maladie, dont les os étoient très-jaunes. Toutes les humeurs de notre corps reçoivent aussi quelquefois la même couleur, la salive, la transpiration, la sueur, mais plus fréquemment les urines en sont teintes. On lit dans les relations du fameux voyageur Tavernier, que chez les Persans la sueur est quelquefois tellement jaune, que non-seulement elle teint de cette couleur les linges, les habits, les couvertures, mais que les vapeurs qui s'en exhalent font une impression jaune très-sensible sur les murs & les portraits qui se trouvent dans la chambre. On a trouvé dans quelques ictériques la liqueur du péricarde extrêmement jaune ; il y a quelques observations qui prouvent, si elles sont vraies, que la couleur même du sang a été changée en jaune ; Théodore Zwingerus dit avoir vû quelquefois le sang des personnes ictériques imitant la couleur de l'urine des chevaux, & il assure qu'ayant fait saigner une femme attaquée de jaunisse, il avoit peine à distinguer son sang d'avec son urine. Quelquefois la couleur jaune du visage devient si forte, si saturée, qu'elle tire sur le verd, le livide & le noir ; on donne alors à la maladie les noms impropres d'ictere verd & noir. La couleur des yeux est quelquefois si altérée, que la vue en est affoiblie & dérangée ; les objets paroissent aux ictériques tout jaunes, de même qu'ils trouvent souvent par la même raison, c'est-à-dire par le vice de la langue, tous les alimens amers. Outre cette décoloration, on observe dans la plûpart des ictériques des vomissemens, cardialgie, anxiétés, difficulté de respirer, lassitude, défaillances ; les malades se plaignent d'une douleur compressive aux environs du coeur, & vers la région inférieure du ventricule, d'un malaise, d'un tiraillement ou déchirement obscur, quelquefois d'une douleur vive dans l'hypocondre droit ; le pouls est toûjours petit, inégal, concentré, quelquefois, & sur-tout au commencement, dur & serré ; l'inégalité de ce pouls consiste, suivant M. Bordeaux, en ce que deux ou trois pulsations inégales entr'elles succedent à deux ou trois pulsations parfaitement égales, & qui semblent naturelles. Dans l'ictere chaud, la chaleur est plus forte, elle est acre, la soif est inextinguible, le pouls est dur & un peu vîte, les diarrhées sont bilieuses, de même que les rots & vomissemens, les urines sont presque rouges couleur de feu ; dans l'ictere froid, la chaleur est souvent moindre que dans l'état naturel, le pouls est sans beaucoup d'irritation, sans roideur, le ventre est constipé, les excrémens sont blanchâtres, les vomissemens glaireux, le corps est languissant, engourdi, fainéant, &c.

Les causes qui produisent le plus constamment cette maladie, les symptomes qui la constituent, les observations anatomiques faites sur le cadavre des ictériques, les qualités & propriétés connues de la bile, sont autant de raisons de présumer que la jaunisse est formée par une pléthore de bile mêlée avec le sang, ou par un sang d'un caractere bilieux. Les ouvertures de cadavres font presque toûjours appercevoir des vices dans le foie ; le plus souvent ce sont des obstructions dans le parenchime de ce viscere, occasionnées par une bile épaissie, ou par des calculs biliaires ; il y a un nombre infini d'observations, qu'on peut voir rapportées dans la bibliotheque médicinale de Manget, dans lesquelles on voit l'ictere produit, ou du moins accompagné de pierres biliaires dans la vésicule du fiel ; on en tira jusqu'à soixante & douze de la vésicule de Rumoldus van-der-Borcht, premier medecin de l'empereur Léopold, qui étoit mort d'une jaunisse. Journal des curieux, ann. 1670. On a trouvé dans plusieurs le foie extrêmement grossi, la vésicule du fiel gorgée de bile, le canal cholidoque obstrué, rempli de calculs & de vers. Barthel. Cabrol rapporte l'observation d'une jaunisse, occasionnée par la mauvaise conformation de ce conduit, qui étoit telle que son extrémité qui est du côté du foie étoit fort évasée, tandis que son ouverture dans les intestins étoit capillaire. On a vû aussi quelquefois la ratte d'une grosseur monstrueuse, ou d'une petitesse incroyable, remplie de concrétions, pourrie, ou manquant tout-à-fait. Zacutus-Lusitanus fait mention d'un ictere noir, survenu à une personne qui n'avoit point de rate, Prax. admirand. lib. III. observ. 137. Je supprime une foule d'autres semblables observations, qui donnent lieu de penser que dans la jaunisse la bile regorge dans le sang, ce qui peut arriver de deux façons, ou si le sang trop tourné à cette excrétion d'un caractere bilieux, en fournit plus qu'il ne peut s'en séparer, sans qu'il y ait aucun vice dans le foie ; en second lieu, si cette excrétion ou sécrétion est empêchée par l'épaississement de la bile, l'atonie des vaisseaux, leur obstruction, &c. le premier cas est celui de l'ictere chaud, qui est principalement excité par les passions d'ame vive, par des travaux excessifs, des voyages longs sous un soleil brûlant, par des boissons vineuses, spiritueuses, aromatiques, par l'inflammation du foie, par les fievres ardentes inflammatoires, par un émétique placé mal-à-propos ; ou un purgatif trop fort, la bile coule plus abondamment par le foie, excite des diarrhées bilieuses, & cependant va se séparer dans les autres couloirs, sans avoir égard aux lois de l'attraction & de l'affinité qui devroient l'en empêcher.

Les passions d'ame languissantes, une vie sédentaire, méditative, triste, mélancolique, des études forcées, faites sur-tout d'abord après le repas, sont les causes les plus fréquentes de l'ictere froid ; la morsure de quelques animaux, de la vipere, des araignées, des chiens enragés, &c. les exhalaisons du crapaud, l'aconit, & quelques autres poisons, excitent aussi quelquefois à l'ictere : ces causes concourent aux obstructions du foie, aux calculs biliaires, &c. La sécrétion de la bile empêchée pour lors, fait que le sang ne peut se décharger de celle qui s'est formée déja dans ses vaisseaux ou dans le foie, & il en passe très-peu dans les intestins, ce qui rend le ventre paresseux & les excrémens blanchâtres, &c.

Lorsque la jaunisse est l'effet d'une maladie aiguë & qu'elle paroît avant le septieme jour, c'est-à-dire avant la coction, elle est censée symptomatique ; celle qui paroît après ce tems-là, & qui termine la maladie, est critique. Lorsque la jaunisse succede à l'inflammation, ou skirrhe du foie, à la colique hépatique, elle est secondaire ou deutéropathique ; si elle paroît avant aucune lésion manifeste de ce viscere, on la dit primaire ou protopathique ; celle qui est périodique, dépend ordinairement des vers ou des calculs placés dans la vésicule du fiel ou dans le canal cholidoque.

Diagnostic. La plus légere attention à la couleur jaune de tout le corps, ou d'une partie du visage, des yeux, par exemple, suffit pour s'assurer de la présence de cette maladie, & l'on peut aussi facilement, de tout ce que nous avons dit, tirer un diagnostic assuré des especes & des causes.

Prognostic. La jaunisse ne sauroit être regardée comme une maladie dangereuse ; il est rare, lorsqu'elle est simple, d'y voir succomber les malades ; lorsqu'il y a danger, il vient des accidens qui s'y rencontrent, des causes particulieres des maladies qui l'ont déterminée, &c. La jaunisse est souvent salutaire, critique ; toutes les fois qu'elle paroît dans une fievre aiguë, le 7, le 9 ou le 14e. jour, elle est d'un bon augure, pourvû qu'en même tems l'hypochondre droit ne soit pas dur, autrement elle seroit un mauvais signe. Hippocr. aphor. 64. lib. IV. L'ictere survenu à certains buveurs qui ont des langueurs d'estomac, des coliques, dissipe tous ces symptomes, & met fin à un état valétudinaire auquel ils sont fort sujets. Il est fort avantageux aussi à quelques hystériques ; il est critique dans la maladie hectique chronique.

L'ictere est prêt à guérir quand le malade sent une démangeaison par tout le corps, que les urines deviennent troubles, chargées, que le pouls conservant son inégalité particuliere devient souple & mou ; on a observé que les sueurs, le flux hémorrhoïdal, la dissenterie, ont terminé cette maladie sujette à de fréquens retours. L'hydropisie est une suite assez fréquente des jaunisses négligées ou mal traitées, alors le foie se durcit, & c'est avec raison qu'Hippocrate regarde comme pernicieuse la tumeur dure du foie dans cette maladie. Aphor. 52. lib. VI. On peut aussi craindre quelquefois qu'il ne dégénere en abscès au foie. La tension du ventre, la tympanite, le vomissement purulent, les déjections de la même nature, l'oppression, les défaillances, la consomption, &c. sont dans cette maladie des signes mortels. Si l'ictere paroît sans frisson dans une maladie aiguë, avant le septieme jour, il est un signe fâcheux. Aphor. 62. lib. IV. L'ictere chaud est accompagné d'un danger plus promt, pressant, mais moins certain que le froid ; celui qui est périodique est très-fâcheux ; celui qui succede aux fievres intermittentes, aux inflammations du foie, est plus dangereux, il désigne un dérangement ancien & considérable dans le foie.

Les différentes especes de jaunisse demandent des traitemens particuliers ; les remedes, curations, qui conviennent dans l'ictere froid, seroient pernicieux dans le chaud ; & par la même raison, ceux qui pourroient réussir dans le chaud ne feroient que blanchir dans l'ictere froid ; les uns & les autres seroient tout au moins inutiles dans la jaunisse critique, qui ne demande aucune espece de remede. Les médicamens les plus appropriés dans l'ictere chaud sont les émétiques en lavage, les rafraîchissans antibilieux, acides, le petit lait nitré ; par exemple, une légere limonade, des aposemes avec la patience, la laitue, l'oseille, la racine de fraisier, le nitre, le cristal minéral, &c. Les purgatifs légers acidules conviennent très-bien, il est bon même de les réitérer souvent ; l'ictere qui dépend d'une cacochimie bilieuse, ne se dissipe que par de fréquens purgatifs. Hippocr. Epidem. lib. VII. Les médicamens appropriés pour lors sont les tamarins, la manne, la rhubarbe, & un peu de scammonée ; mais il faut avoir attention d'assouplir, de détendre, de relâcher auparavant les vaisseaux qui sont dans l'irritation, d'appaiser l'orgasme & la fougue du sang. Le même Hippocrate nous avertit de ne pas purger, de peur d'augmenter le trouble, de loc. in homin. On peut terminer le traitement de cet ictere par le petit lait ferré, les eaux minérales acidules ; telles sont celles de Vals, de Passi, de Forges, &c.

Dans l'ictere froid, l'indication qui se présente naturellement à remplir, est de diviser & de désobstruer ; parmi les apéritifs, il y en a qui exercent plus particulierement leur action sur le foie, ceux-là sont préférables ; tels sont l'aigremoine, le fumeterre, la chélidoine, la rhubarbe, & sur-tout l'aloës, qui a cette propriété dans un degré éminent. Avant d'en venir aux remedes stomachiques, hépatiques, actifs, il faut humecter, préparer par des légers apéritifs, principalement salins, des légeres dissolutions de sel de glauber, de sel de seignette, & autres semblables, après quoi on peut en venir aux opiates apéritives un peu plus énergiques ; celle qui est composée avec l'aloës & le tartre vitriolé produit des effets admirables. J'ai éprouvé dans pareils cas l'efficacité des cloportes écrasés en vie, & mêlés avec le suc de cerfeuil ; l'élixir de propriété de Paracelse, ou l'élixir de Garus, qui n'en differe pas beaucoup, sont aussi très-convenables dans ce cas-là. Les savonneux sont très-propres pour emporter les résidus d'une jaunisse mal guérie ; ils sont particulierement indiqués dans les jaunisses périodiques qui dépendent des calculs biliaires : on ne connoît pas jusqu'ici de dissolvans, de fondans plus assurés ; il s'en faut cependant de beaucoup qu'ils soient infaillibles. Lorsque l'ictere commence à se dissiper, il faut recourir aux martiaux, & sur-tout aux eaux minérales ferrugineuses, salines, & principalement aux thermales, comme celles de balaruc, &c. Comme dans cette espece d'ictere le ventre est paresseux, les lavemens peuvent avoir quelque avantage, ou du moins de la commodité ; ne pourroit-on pas suppléer le défaut de bile naturelle en faisant avaler des pilules composées avec la bile des animaux, comme quelques auteurs ont pensé ? Article de M. MENURET.

JAUNISSE, (Maréchallerie) c'est une maladie des chevaux, qui est fort approchante de la jaunisse des hommes.

Cette maladie est de deux especes, la jaune & la noire.

La jaune est, suivant les Maréchaux, une maladie fort ordinaire, qui vient d'obstructions dans le canal du fiel, ou dans les petits conduits qui y aboutissent : ces obstructions sont occasionnées par des matieres visqueuses ou graveleuses que l'on y trouve, ou par une plénitude ou une compression des vaisseaux sanguins qui l'avoisinent, moyennant quoi la matiere qui devroit se changer en fiel enfile les veines, & est portée dans toute la masse du sang, ce qui le teint en jaune ; desorte que les yeux, le dedans des levres, & les autres parties de la bouche, capables de faire voir cette couleur, paroissent toutes jaunes.

L'effet de cette maladie consiste à rendre un cheval lâche, pesant, morne, aisément surmené par le plus petit travail ou le moindre exercice, &c.


JAUTEREAUX(Marine) voyez JOUTEREAUX.


JAVA(L'ISLE DE) Géog. nom de deux îles de la mer des Indes, dont l'une est appellée la grande Java, & l'autre la petite Java, ou Bali.

La grande Java a au N. O. l'île de Sumatra, dont elle est séparée par le détroit de la Sonde, au N. les îles de Banea & de Bornéo, au N. E. l'île de Madura, à l'E. celle de Bali, & au S. la mer des Indes, qui la sépare de la terre d'Endraght, ou de la Concorde.

Les anciens ont connu l'île de Java, c'est la , Jaba diu de Ptolomée : ce mot diu, qui dans le langage des Indiens, veut dire une île, nous fait connoître que l'île de Java portoit déjà le même nom qu'aujourd'hui du tems de cet auteur, & c'est une chose bien remarquable. Ptolomée ajoute, que Jaba diu, signifie l'île de l'Orge, & l'on sait qu'il y vient très-bien, quoique les naturels du pays y cultivent le riz par préférence, s'étant accoutumés à cette nourriture, de même que les étrangers qui viennent l'habiter.

Il semble que les habitans de Bornéo ayent les premiers découverts cette île ; du-moins ils y ont eu un grand hameau, mais elle est au pouvoir des Hollandois, qui en 1619, ont établi le centre de leur commerce à Batavia. Cependant ils ne sont pas les uniques souverains de l'île ; elle a ses rois & ses peuples qui sont alliés de la compagnie ; cette compagnie possede la côte du Nord, où elle a bâti de très-bonnes forteresses pour sa défense ; la côte méridionale est occupée par des peuples indomptés, & indépendans, dont le plus puissant est le sourapati ; l'intérieur du pays est sous la domination d'un empereur appellé le Mataram, qui fait sa résidence à Cartasoura.

L'île de Java comprend le royaume de Bantam, le royaume de Jacarra ou de Batavia, la province de Karavang qui appartient en propre à la compagnie, le royaume de Tsieribom qui est considérable : son roi est indépendant du Mataram, & allié des Hollandois. On trouve ensuite le pays de Tagal, où sont de vastes campagnes de riz, le petit royaume de Gressic qui a son roi particulier le meilleur ami des Hollandois, & le pays de Diapan.

Presque toute la côte méridionale est bornée par une chaîne de montagnes, qui enferme une vaste région presque inaccessible ; c'est entre cette chaîne & la mer, que se trouve le pays de Kadoevang, qui est soumis à l'empereur ; mais cet empereur même ne regne que par la protection que lui donne la compagnie ; à plus forte raison peut-elle compter sur les vassaux de cet empereur. De plus elle ne doit rien craindre des peuples qui sont entre la mer & les montagnes au midi de l'île ; en un mot, elle a par tout la supériorité territoriale, & finalement ce qui lui assure la possession de la grande Java, c'est la conquête qu'elle a fait de l'île de Madura, qui lui est assurée par un traité conclu en 1725, & exécuté jusqu'à ce jour.

L'île de Java en renferme plusieurs autres ; elle est traversée par diverses grandes montagnes, & coupée par quantité de rivieres ; elle produit beaucoup de riz ; on y recueille du poivre, du gingembre, des oignons, de l'ail ; elle abonde en fruits, cocos, mangues, citrons, concombres, citrouilles, bananes, pommes d'or, &c. On n'y manque ni de drogues, ni de gommes, ni d'épiceries ; on y a très-abondamment des bêtes domestiques & sauvages, des boeufs, des vaches, des brebis, des chevres, & même des chevaux ; la volaille, les paons, les pigeons, les perroquets y multiplient à souhait.

Les lieux inhabités sont peuplés de tigres, de rhinocéros, de cerfs, de bufles, de sangliers, de fouines, de chats sauvages, de civettes, de serpens ; & les rivieres ont des crocodiles très-dangereux pour ceux qui s'y baignent, ou qui se promenent sur le rivage sans précaution. Quelques montagnes de l'île ont des volcans, qui jettent bien loin des cendres, des flammes, & de la fumée.

La religion des Javans est la mahométane, que leur a porté un arabe, dont le tombeau est en grande vénération dans le pays. Les Européens y professent comme en Hollande, la religion réformée : Valentin qui a séjourné long-tems dans cette île, en a publié en hollandois la description la plus exacte, mais trop diffuse, & compilée sans ordre ; l'article qu'en a donné M. de la Martiniere, ne laisse rien à desirer.

La grande île de Java gît ès-quart de sud-est, près de l'île de Sumatra, entre le 123 & le 134d de long. & entre le sixiemed de lat. sud pour sa partie la plus septentrionale, & 8d. 30'. pour sa partie la plus méridionale.

La petite Java s'appelle autrement l'île de Bali, & est située à l'E. de l'île de Java ; elle n'a que douze lieues d'Allemagne de circuit : on remarque au sud de cette île un grand cap très-haut.

Le cap du nord gît par les 8d. 30'. de lat. sud ; l'île de Bali est très-peuplée ; ses habitans sont idolâtres, noirs, & ont des cheveux crépus ; le pays abonde en coton, en riz, en gros & menu bétail, & en chevaux de la plus petite race ; les fruits les plus communs, sont des noix de coco, des oranges, & des citrons, dont on voit des lieux incultes & des bois tous remplis ; la mer y est des plus poissonneuses ; le prince de Bali exerce sur ses sujets un empire absolu ; son île est une rade commune pour les vaisseaux qui vont aux îles Moluques, à Banda, Amboine, Macassar, Timor, & Solor ; ils viennent tous relâcher ici pour y prendre des rafaîchissemens, à cause de l'abondance & du bon marché des denrées ; la ville capitale de l'île porte aussi le nom de Bali. (D.J.)


JAVARISS. m. (Hist. nat. Zoologie) animal quadrupede assez semblable au sanglier, qui se trouve dans quelques parties de l'Amérique ; ses oreilles sont très-courtes, & il n'a presque point de queue ; son nombril est sur le dos ; il y a de ces animaux qui sont tout noirs ; d'autres sont mouchetés de blanc ; ils ont un cri plus desagréable que celui du cochon ; leur chair est assez bonne à manger ; ils sont difficiles à prendre, parce que, dit-on, ils ont sur le dos une ouverture par où l'air entre & rafraîchit leur poûmon, ce qui fait qu'ils peuvent courir long-tems sans se fatiguer ; d'ailleurs ils sont armés de fortes dents ou défenses.


JAVARTS. m. (Maréchallerie) c'est une petite tumeur qui se résoud en apostume ou bourbillon, & se forme au paturon sous le boulet, & quelquefois sous la corne : le javart nerveux est celui qui vient sur le nerf, & javart encorné, celui qui vient sous la corne. Il faut dessoler le plus souvent un cheval qui a un javart encorné, & lui couper le tendon. Voyez DESSOLER. Dictionn. de Trévoux.


JAVEAUS. m. (Jurisprud.) terme usité en matiere d'eaux & forêts, pour exprimer une île nouvellement formée au milieu d'une riviere par alluvion ou amas de limon & de sable. Voyez l'ordonnance des eaux & forêts, tit. I. art. jv. (A)


JAVELINES. f. (Art. milit.) on appelloit ainsi une espece de demi-pique dont les anciens se servoient. Elle avoit cinq piés & demi de long, & son fer avoit trois faces aboutissantes en pointe ; on s'en servoit à pié & à cheval : cette arme est encore en usage parmi les cavaliers arabes, ceux du royaume de Fez & de Maroc. Elle a environ huit piés de longueur ; le bois va un peu en diminuant depuis le milieu jusqu'au talon, où il y a une espece de rebord de plomb ou de cuivre, du poids d'une demi-livre ; la lance d'un grand pié de long très-aiguë & très-tranchante, de deux pouces ou environ dans sa plus grande largeur, avec une petite banderolle sous le fer. Les Maures se servent de cette javeline avec une adresse surprenante ; ils la tiennent à la main par les bouts des doigts & en équilibre ; & le poids qui est à l'extrémité du talon fait que le côté du fer est toûjours plus long que vers le talon ; ce qui sert à faire porter le coup plus loin.

M. le chevalier de Folard prétend qu'on ne peut rien imaginer de plus redoutable que cette arme pour la cavalerie. Le moyen, dit-il, d'aborder un escadron armé de la sorte, qui au premier choc jette un premier rang par terre, & en fait autant du second, si celui-ci veut tenter l'avanture, chaque cavalier étant comme assûré de tuer son homme ; car il porte son coup de toute la longueur de son arme, en se levant droit sur les étriers. Il se baisse & il s'étend jusques sur le cou de son cheval, & porte son coup avec tant de force & de roideur, qu'il perce un homme d'outre en outre, avant qu'il ait eu le tems de l'approcher, & il se releve avec la même légereté & la même vigueur pour redoubler encore. Le lancier n'avoit qu'un coup à donner, & ce coup n'étoit jamais sans remede, l'ennemi pouvant l'éviter en s'ouvrant ; mais rien ne sauroit résister contre la lance des Maures, qui charge par coups redoublés, comme l'on feroit avec une épée. Comment. de Polybe, par M. le chevalier Folard.


JAVELLES. f. (Econ. rustiq.) c'est la quantité de blé, d'avoine, de seigle, ou d'un autre grain qui se moissonne, que le moissonneur peut embrasser avec sa faucille & couper d'une seule fois : on ramasse les javelles, & l'on en forme des gerbes.

On appelle avoines javelées, celles dont le grain est devenu noir & pesant par la pluie qui les a mouillées en javelles. De javelle, on a fait le verbe javeller : javeller, c'est mettre le grain en javelle, pour le faire sécher ; il faut laisser javeller le blé pendant trois ou quatre jours : dans les saisons pluvieuses, le blé est plus long-tems à javeller.


JAVELOTS. m. jaculus, acontias, serpens, sagittaris, (Hist. nat.) ce serpent a été ainsi nommé, parce qu'étant monté sur les arbres, il s'élance de branche en branche, & même d'un arbre à l'autre, & qu'il tombe comme un trait sur les animaux & même sur les hommes qui sont aux alentours, il est si promt qu'on l'a aussi appellé serpent volant : on dit qu'il se porte d'un seul saut à la distance de vingt coudées ; on lui a aussi donné le nom de cenchrias, aspisacontias, &c. Il y a différentes especes d'acontias ; Belon en trouva un dans l'îsle de Rhode qui avoit trois palmes de longueur, il n'étoit pas plus gros que le petit doigt ; sa couleur étoit cendrée, tirant sur le blanc de lait ; il avoit le ventre tout blanc & le cou noir, deux bandes noires s'étendoient sur toute la longueur du dos jusqu'à la queue ; il étoit parsemé de taches noires pas plus grandes que des lentilles, & entourées d'un cercle blanc. On trouve des serpens acontias en Afrique, en Egypte, en Norvege, & dans quelques îles de la Méditerranée. Mathiole a dit qu'il y en avoit en Sicile & en Calabre, mais on en doute, il faudroit savoir si le serpent que les habitans de ces pays appellent saettone est un acontias ; on prétend que ces serpens ont un venin qui produit des effets plus violens que le venin de la vipere. Belon, Aldrovande, Jonston. Voyez SERPENT.

JAVELOT, (Art milit.) espece de dard, dont se servoient les anciens, & particulierement les vélites ou troupes légeres des Romains. Il avoit pour l'ordinaire deux coudées de long & un doigt de grosseur. La pointe étoit longue d'une grande palme, & si amenuisée, dit Polybe, qu'au premier coup elle se faussoit, ce qui empêchoit les ennemis de la renvoyer.

JAVELOT, (Art milit.) espece de petite pique qui s'élançoit sans le secours de l'arc, c'est-à-dire par la force seule du bras. Le javelot étoit plus court que la javeline ou demi-pique, dont les anciens se servoient tant à pié qu'à cheval. Voyez ARMES DES ROMAINS.

JAVELOT, (Gymnast. athlétiq.) espece de dard que l'on lançoit contre un but dans les jeux agonistiques, & celui qui le lançoit le plus près du but étoit victorieux à cet égard. Le javelot dont se servoient les Pentathles, se nommoit chez les Grecs, & l'exercice s'appelloit ; c'étoit un des cinq qui composoient le pentathle, suivant l'opinion la plus commune ; les quatre autres étoient la course, le saut, le disque & la lutte. Dans la suite des tems, on y admit le pugilat, en retenant néanmoins le nom de pentathle consacré par un long usage. Voyez PENTATHLE. (D.J.)


JAVER(Géog.) ville d'Allemagne, capitale d'une province considérable de même nom, dans la basse Silésie, avec une citadelle & une grande place environnée de portiques ; elle est à 5 lieues S. E. de Schweidnitz, 12 S. O. de Breslaw, 35 N. E. de Prague. Long. 34. 4'. lat. 50. 66. (D.J.)


JAXARTESS. m. (Géog.) riviere d'Asie qui bornoit la Sogdiane au nord, & la Scythie au midi. Alexandre & ses soldats prirent le Jaxartes pour le Tanaïs, dont ils étoient bien loin ; mais si cette erreur est excusable dans des gens de guerre désorientés, elle n'est point pardonnable à Quinte-Curce, qui, liv. VI. liv. VII. & ailleurs, appelle toûjours cette riviere le Tanaïs. Le nom moderne que les historiens lui donnent est Sihun. Voyez SIHUN.

J'ajouterai seulement ici que le Jaxartes, qui formoit autrefois une barriere entre les nations policées & les nations barbares, a été détourné comme l'Oxus par les Tartares, & ne va plus jusqu'à la mer. (D.J.)


JAYET(Chimie & Matiere médicinale) l'analyse chimique prouve clairement que le jayet est un bitume fort analogue au charbon de terre, dont il ne différe presque que par un plus grand degré de pureté, & une moindre proportion de parties terrestres. Le jayet distillé sans intermede donne d'abord un phlegme blanchâtre un peu acide, & une huile empyreumatique qui devient de plus en plus noire & épaisse. Il laisse un residu abondant très-spongieux, qui n'a pas été examiné que je sache.

Le jayet s'enflamme aisément & sans le secours des soufflets ; il brûle en repandant une fumée noire & épaisse, & il ne se fond point au feu. L'esprit-de-vin n'en tire qu'une teinture très-legere.

Quelques anciens, tels que Dioscoride & Aëtius, ont celebré dans le jayet la vertu émolliente & résolutive ; le dernier de ces auteurs dit que le vin, dans lequel on a éteint des morceaux de jayet enflammés, guérit la cardialgie. On ne fait plus d'usage, parmi nous, que de son huile, soit noire, soit rectifiée. On la fait flairer aux femmes pendant les paroxysmes de passion hystérique, & l'odeur bien forte de cette huile les soulage en effet ; on donne aussi quelquefois intérieurement cette huile rectifiée, aussi bien que l'huile de succin, contre les vapeurs hystériques, & la supression des menstrues & des vuidanges. Il regne au sujet de ce remede une erreur populaire qui n'a pas le plus leger fondement. On pense communément que l'usage intérieur de l'huile de jayet cause infailliblement la stérilité, & que les lois défendent au médecin d'en donner à une femme sans l'aveu de son mari. (b)


JAYET GAGATE(Hist. nat.) Voyez JAIS.


JAZYGES(Géog. anc.) peuples de Sarmatie en Europe, au-delà de la Germanie à l'orient. Les Jazyges Métanastes, qui furent subjugués par les Romains, mains, habitoient sur les bords de la Theisse & du Danube ; voilà tout ce que nous en savons aujourd'hui, quoique Ptolomée ait indiqué leurs bornes & leurs villes, avec les degrés de longitude & de latitude, dans un chapitre exprès qu'il leur a destiné ; c'est le chapitre vij. du livre III. de son ouvrage. (D.J.)


IBA-PARANGAS. m. (Hist. nat. Bot.) espece de prunier du Brésil ; il a le fruit doux, il renferme un noyau de la grosseur & de la figure d'une amande ; il en renferme trois : il est bon à manger, mais on ne lui attribue aucune vertu, ni à l'arbre qui le produit. Ray.


IBAICAVAL(Géog.) riviere d'Espagne dans la Biscaye, qui va se jetter dans la mer à Bilbao.


IBAR(Géog.) riviere de la Servie en Hongrie, qui se jette dans le Danube près de Semendria.


IBÉIXUMAS. m. (Botan. exot.) arbre du Brésil, décrit par Marggrave. Il porte un fruit sphérique, de la grosseur d'une balle de paume & verd avant que d'être mûr ; il est hérissé de tubercules bruns, & contient une substance visqueuse ; il noircit dans sa maturité, & se partage ensuite en cinq segmens égaux, contenant chacun des semences brunes, rondes & oblongues, de la grosseur de celles de moutarde. L'écorce de cet arbre est gluante, & sert aux mêmes usages que le savon d'Espagne. Marggrave, Hist. Brasil. & Ray. Hist. plant. Voyez aussi SAVONIER. (D.J.)


IBÉRIE(Géog. anc.) ancien nom de deux pays différens, l'un en Asie & l'autre en Europe. L'Ibérie asiatique est une contrée de l'Asie, entre la mer Noire & la mer Caspienne ; Ptolomée dit qu'elle étoit terminée au nord par une partie de la Sarmatie, à l'orient par l'Albanie, au midi par la grande Arménie, & au couchant par la Colchide ; elle est présentement comprise dans la Géorgie.

L'Ibérie européenne est l'ancienne Espagne, nommée Iberia, soit pour sa position occidentale à cause des Ibériens asiatiques qui s'y établirent selon Varron, soit à cause de l'Ebre, en latin berus, qui la séparoit en deux parties, dont l'une appartenoit aux Carthaginois & l'autre aux Romains, avant que ces derniers l'eussent entierement conquise.

L'Ibérie maritime européenne fut découverte par les Celtes, par les Iberes, & ensuite par les Phéniciens, ainsi que depuis les Espagnols ont découvert l'Amérique ; les Tyriens, les Carthaginois, les Romains y trouverent tour-à-tour de quoi les enrichir dans les trésors que la terre produisoit alors.

Les Carthaginois y firent valoir des mines, aussi riches que celles du Méxique & du Pérou, que le tems a épuisées comme il épuisera celles du nouveau monde. Pline rapporte que les Romains en tirerent en neuf ans huit mille marcs d'or, & environ vingtquatre mille d'argent. Il faut avouer que ces prétendus descendans de Gomer profiterent bien mal des présens que leur faisoit la nature, puisqu'ils furent subjugués successivement par tant de peuples. Ils ne profitent guere mieux aujourd'hui des avantages de leur heureux climat, & sont aussi peu curieux des antiquités ibériques, monumens, inscriptions, médailles, qui se trouvent par-tout dans leur royaume, que le seroient les Ibériens asiatiques, habitans de la Géorgie.

On reconnoît encore les Espagnols de nos jours dans le portrait que Justin fait des Ibériens de l'Europe ; corpora hominum ad inediam.... parati ; dura omnibus & adstricta parcimonia. Illis fortior taciturnitatis cura quam vitae. Leurs corps peuvent souffrir la faim ; ils savent vivre de peu, & ils craignent autant de perdre la gravité, que les autres hommes de perdre la vie. (D.J.)


IBIBIRABAS. m. (Hist. nat. Bot.) arbre du Brésil, qui porte des baies, une fleur en rose, & un fruit de la grosseur de la cerise, où l'on trouve plusieurs pepins que l'on mange avec la chair. Ce fruit est doux, & d'un goût un peu résineux ; il irrite la gorge quand on en mange beaucoup. On emploie la feuille de l'ibibiraba avec sa fleur, mêlée au camara, dans les lotions des piés indiquées par le mal de tête : on tire de ses fleurs, cueillies avant le lever du soleil, & de ses feuilles, une eau rafraîchissante & mondificative, dont on use dans les inflammations des yeux. Ray.


IBIBOBOCAsubst. masc. (Hist. nat. Zoolog.) serpent d'Amérique que les Portugais nomment cobra de coral. Il a communément deux pieds de long, est gros comme le pouce, & sa queue se termine en une pointe très-mince ; il est entierement d'un blanc luisant sous le ventre, sa tête est couverte d'écailles d'une figure cubique dont quelques-unes sont noires sur les bords. Son corps est moucheté de blanc, de noir & de rouge. Il ne se remue que fort lentement, & est regardé comme très-venimeux. Ray, synops. anim.


IBIJARAsubst. mas. (Ophiol. exot.) le même serpent d'Amérique que les Portugais nomment cega cobre vega, ou cobra de las cabeças. Il passe pour être de la classe des amphisbènes, c'est-à-dire, des serpens à deux têtes, ce qui est une grande erreur. Comme sa tête & sa queue sont d'une même forme & épaisseur, & que cet animal frappe également par ces deux parties de son corps, on a supposé qu'elles étoient également dangereuses, seconde erreur à ajouter à la premiere. L'ibijara est un serpent de la plus petite espece ; car il n'a guere que la longueur d'un pied, & la grosseur du doigt ; sa couleur est d'un blanc luisant, tacheté de rayures & d'anneaux d'un jaune de cuivre ou brun ; ses yeux sont si petits qu'ils ne paroissent que comme une tête d'épingle ; il vit en terre de fourmis & autres petits insectes. Les Portugais du Brésil prétendent que sa piquûre est inguérissable. Ray, Syn. anim. p. 289. (D.J.)


IBIJAUS. m. (Ornith. exot.) sorte de chat-huant du Brésil, du genre des tete-chevres, & de la grosseur d'une hirondelle ; sa tête est grosse & applatie ; son bec est extrêmement fin, & laisse appercevoir au-dessus ses deux narines ; sa bouche ouverte est excessivement grande ; sa queue est large, & ses jambes sont basses ; tout son corps est couvert de plumes les unes blanches, les autres jaunes. (D.J.)


IBIRACOAS. m. (Ophiol. exot.) serpent des Indes occidentales, marbré de blanc, de noir, & de rouge ; sa morsure passe pour être extrêmement cruelle par ses effets. (D.J.)


IBISibis, s. m. (Ornith.) oiseau d'Egypte : celui qui a été décrit dans les mémoires pour servir à l'Hist. nat. dressée par M. Perrault, III. partie, ressembloit beaucoup à la cigogne. Voyez CIGOGNE. Voyez aussi la Pl. X. fig. 3. Hist. nat. Cependant il étoit un peu plus petit, & il avoit le col & les piés à proportion encore plus petits ; le plumage étoit d'un blanc sale & un peu roussâtre, excepté des taches d'un rouge pourpre & d'un rouge de couleur de chair, qui étoient au-dessous de l'aile, & la couleur des grandes plumes du bout de l'aile qui étoient noires. Le bec avoit un pouce & demi de largeur à son origine ; le bout n'étoit pas pointu ; il avoit un demi-pouce de largeur ; les deux pieces du bec étoient recourbées en-dessous dans toute leur longueur : elles avoient à la base une couleur jaune claire ; & sur l'extrémité une couleur orangée ; toute leur surface étoit polie comme de l'ivoire : lorsque le bec étoit fermé, il paroissoit parfaitement conique au-dehors, & il avoit au-dedans une cavité de même forme qui communiquoit au-dehors par un trou rond placé au bout du bec ; le bas de la jambe & le pié en entier, depuis le talon jusqu'aux doigts, étoient gris ; les côtés des quatre doigts étoient garnis, bordés d'une membrane, excepté le côté interne des deux doigts extérieurs qui n'en avoient point ; les ongles étoient étroits, pointus & noirâtres, de même que l'extrémité des doigts. L'ibis se nourrit de serpens, de lézards, de grenouilles, &c. Voyez OISEAU.


IBITINS. m. (Hist. naturelle) serpent très-dangereux des îles Philippines ; il est d'une grosseur & d'une longueur prodigieuse ; il se tient suspendu par la queue au tronc d'un arbre, pour attendre sa proie sur laquelle il s'élance. Il attaque de cette maniere les hommes, les cerfs, les sangliers, &c. qu'il dévore tout entiers, après quoi il se serre contre son arbre pour digérer ce qu'il a mangé.


IBUMS. m. (Théologie) les rabbins ont donné ce nom à la cérémonie du frere qui, selon la loi mosaïque rapportée au chap. xxv. du Deutéronome, peut épouser sa belle-soeur, veuve de son frere, mort sans enfans. (D.J.)


IBURG(Géog.) petite ville d'Allemagne au cercle de Westphalie, dans l'évêché d'Osnabruck ; elle est à quatre lieues d'Osnabruck, 12. N. E. de Munster. Long. 25. 46. lat. 52. 20. (D.J.)


IBYARAS. m. (Hist. nat. Zoolog.) serpent du Brésil, dont on nous dit que la morsure produit le même effet que celle de l'hemorrhois. Voyez HEMORRHOIS.


ICACOS. m. (Bot.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposées en rond ; il s'éleve du fond du calice un pistil qui devient dans la suite un fruit ovale & charnu. Ce fruit renferme un noyau de la même forme, qui est cassant & ridé, & qui contient une amande arrondie. Plumier.


ICADESsubst. fem. (Hist. ancienne) fêtes que les philosophes épicuriens célébroient tous les mois en l'honneur d'Epicure, le vingtieme de la lune, qui étoit le jour de la naissance de ce philosophe. C'est du mot vingtaine, qu'ils donnerent à ces fêtes le nom d'Icades. Ils ornoient ce jour-là leurs chambres, portoient en cérémonie le portrait d'Epicure de chambre en chambre dans leurs maisons, & lui faisoient des sacrifices ou des libations.


ICANATESS. m. (Hist. & Art milit.) soldats qui dans l'empire grec gardoient les dehors du palais. Ce corps avoit pour chef un officier qu'on appelloit domestique. Diction. de Trév.


ICAQUESS. m. pl. (Géog.) peuples du golfe d'Honduras, ainsi appellés d'un petit prunier dont les branches sont revêtues en tout tems de petites feuilles longuettes, & deux fois l'an d'une grande quantité de fleurs blanches ou violettes, suivies d'un petit fruit rond de la grosseur d'une prune de damas. Les Icaques qui s'en nourrissent, empêchent leurs voisins de dépouiller cet arbre de son fruit quand il est mûr, par des gardes composés des plus braves d'entr'eux, & armés de fleches & de massues. L'icaque croît aux Antilles en buisson.


ICARIENNEMER. (Géog. anc.) Les anciens ont appellé de ce nom cette partie de l'Archipel qui s'étend entre les isles de Nicaria, de Samos, de Co, & le continent de la Natolie. Le grand nombre de petites isles & de rochers dont elle est remplie, en rend la navigation dangereuse, scopulis surdior Icari, dit Horace. Les Poëtes ont feint qu'Icare, dont tout le monde sait l'avanture, tomba dans cette mer & lui laissa son nom. (D.J.)


ICCIUS PORTUSou STIUS, & même ITCIUS PORTUS, (Géog. anc.) car on varie sur l'orthographe de ce mot, Strabon écrit , ancien port de la Gaule, sur la Manche. Les uns, comme M. de Thou, Vigenere, Marlieu, &c. pensent que c'étoit le port où l'on a bâti depuis la ville de Calais. Cluvier, Joseph Scaliger, Sanson, & plusieurs autres, prétendent que c'est Boulogne ; ce dernier a composé un traité pour la défense de cette opinion. Enfin d'autres savans (car nous avons quantité de dissertations sur ce port) disent que c'est entre Boulogne & Calais qu'il faut chercher l'Ictius portus : or Wissant ou Wissand est situé au nord de Boulogne, à l'endroit où le détroit qu'on nomme le pas de Calais, est le plus resserré, & d'où le trajet pour passer en Angleterre est le plus court ; son nom signifie originairement sable blanc ; les Romains n'ayant point de double w, l'ont obmis, & avec une terminaison latine en ont fait Itius, Itcius, Iccius. Vissand est présentement un village assis sur le bord de la mer, entre Boulogne & Calais ; mais ce lieu a été de plus grande étendue ; c'étoit un bourg précédemment ; & Froissard lui donnoit de son tems le nom de grosse ville. Trente Historiens rapportent qu'avant que les Anglois se fussent emparé de Calais, c'étoit-là le lieu ordinaire où l'on s'embarquoit pour passer en Angleterre, & pour venir d'Angleterre en France, quoiqu'aujourd'hui il n'en reste aucun vestige. M. Ducange a remarqué en se rendant sur les lieux, que les grands chemins qu'on nomme chaussées de Brunehaut, aboutissent à Wissand aussi bien qu'à Boulogne. (D.J.)


ICÈLES. m. (Mythol.) fils du sommeil, selon la fable, & frere de Morphée. Il avoit la propriété de se changer en toutes sortes de formes parfaitement ressemblantes, comme son nom le désigne du verbe , je suis semblable. Les dieux, dit Ovide, Métam. liv. XI. v. 639. l'appelloient Icèle, & les hommes Phobetor, c'est-à-dire, celui qui épouvante. Cette fable étoit prise des illusions trompeuses que font les songes dans le sommeil, varias imitantia formas somnia, delusae mentis imago. Voyez SONGE, (D.J.)


ICÉNIENSIceni, (Géogr. anc.) ancien peuple de l'isle de la Grande-Bretagne ; ils habitoient les bords de l'Ouse, que d'autres appellent Iken ou Yan. Dans ces quartiers-là on trouve encore des lieux qui conservent des traces de leur ancien nom, comme Ikentorp, Ikenworth ; & la petite riviere qui tombe dans le port d'Oxford, s'appelle Ike : mais il y avoit aussi d'autres Icéniens dans l'Hampshire, auprès de la riviere d'Iken, aujourd'hui nommée Iching ; Cambden donne aux Icéniens le pays voisin des Trinobantes, qui fut ensuite appellé Cast Angleae ; il y comprend Suffolck, Norfolck, Cambridge, Huntingtonshire, & il décrit les avantures de ce peuple lors de la conquête des Romains. Quand les Saxons eurent affermi leur heptarchie, le pays des Icéniens devint le royaume des Anglois orientaux, qui, à cause de sa position à l'orient fut appellé East-Angle-Ryk, & eut pour premier roi Uffa. (D.J.)


ICH-DIEN(Hist. mod.) C'est le mot des armes du Prince de Galles, qui signifie en haut-Allemand je sers.

M. Henri Spelman croit que ce mot est saxon ic ien, ic-thien ; le saxon d avec une barre au-travers étant le même que th, & signifiant je sers ou je suis serviteur ; car les ministres des rois saxons s'appelloient thiens.


ICHARA-MOULIS. m. (Hist. nat. Botan.) racine qui croît aux indes orientales, & à laquelle on attache plusieurs propriétés médicinales, mais dont on ne donne aucune description.


ICHIEou ICHIN, s. m. (Commerce) C'est l'aulne du Japon, à laquelle on mesure les étoffes de soie & les toiles qui s'y fabriquent. L'ichien est à-peu-près de trois aulnes de Hollande. Voyez l'article suivant. (G)


ICHINS. m. (Commerce) aulne ou mesure des longueurs dont on se sert au Japon. Cette mesure est uniforme dans toutes les îles qui composent ce vaste empire ; non-seulement chaque marchand a des ichins dans sa boutique auxquels il mesure & vend ses marchandises ; mais encore il y a des ichins publics qu'on trouve pendus presqu'à chaque coin de rue, où l'acheteur peut aller vérifier si on ne lui a point fait faux aunage. Cette espece d'aulne a environ six pieds de long divisés en six parties, & chacune de ses divisions en dix autres, ensorte que l'ichin entier a soixante divisions. Un ichin fait à-peu-près trois aulnes de Hollande, & une canne de Provence. Voyez AULNE & CANNE, Dictionnaire de Commerce. (G)


ICHNÉadj. fém. (Mythologie) surnom de Thémis déesse de la justice, & de Nemesis vangeresse des crimes. Ichnée vient de , trace, vestige. Ces divinités furent ainsi appellées de ce qu'on les supposoit toujours attachées sur les pas des coupables.


ICHNEUMONS. m. (Hist. nat.) animal quadrupede. Voyez MANGOUSTE.

ICHNEUMON, (Hist. nat.) insecte ; on a donné ce nom à des mouches voraces qui mangent les araignées ; elles ont deux fortes dents, quatre aîles, & d'assez longues antennes qu'elles agitent continuellement ; c'est pourquoi on a appellé ces insectes vibrantes. Le ventre ne tient à la poitrine que par un filet très-fin. Il y a grand nombre d'especes d'ichneumons, & de grandeur très-différente ; les uns n'ont point de queue apparente ; d'autres en ont une qui est très-longue dans plusieurs especes. Les ichneumons qui n'ont point de queue apparente, déposent leurs oeufs sur des chenilles ; les vers qui en éclosent vivent de la substance de ces chenilles, & forment des coques qui sont rangées régulierement les unes à côté des autres, & attachées à des branches d'arbres, d'arbrisseaux, ou à des tiges de chaume. Des vers un peu plus gros, & qui éclosent aussi sur des chenilles, forment leurs coques sur une feuille ; ces coques sont blanches & dispersées sur la feuille ; de gros ichneumons ne déposent qu'un oeuf ou deux sur chaque chenille : les vers qui en sortent suffisent pour la manger, & deviennent presqu'aussi grands qu'elle. Il y a de ces vers qui après avoir vécu dans le corps d'une chenille, la percent par le côté, & filent une coque qu'ils attachent à la chenille & au terrein sur lequel elle se trouve posée : ces coques sont rondes, blanches, & grosses comme un grain de froment ; elles semblent être les oeufs de la chenille. On trouve de ces coques qui sont sur des feuilles, & qui ont différentes couleurs, du noir, du blanc, du brun, disposées par bandes. On voit dans les forêts de chênes des coques d'ichneumons qui sont attachées à des fils longs de trois ou quatre pouces, & attachées à de petites branches. Ces coques ont une bande blanche sur le milieu. " Lorsqu'on les prend sur la main elles sautent à terre où elles continuent de faire plusieurs sauts à des distances de tems trop éloignées les unes des autres pour que l'on puisse croire que ce sont les bonds d'une balle qui feroit ressort ". En effet les bonds que fait la coque sont causés par le mouvement du ver qu'elle renferme. Les femelles des ichneumons ont à leur partie postérieure une espece d'aiguillon qui pénetre dans les chairs les plus compactes, & même dans des substances beaucoup plus dures ; cet aiguillon est renfermé dans le corps de l'ichneumon, ou sort tout entier en dehors ; il paroît être la queue de l'insecte ; il s'en sert pour enfoncer ses oeufs dans le corps des chenilles. Il y en a qui les déposent seulement sur la chenille, mais le ver sort de l'oeuf par le bout qui pose sur son corps, & y entre en naissant. D'autres ichneumons placent leurs oeufs auprès de ceux d'autres insectes, tels que l'abeille maçonne, avant que le nid soit fermé ; lorsque le ver de l'ichneumon est éclos, il mange les vers qui sortent des autres oeufs. Les ichneumons à longue queue, c'est-à-dire à longue tariere, percent avec cette tariere des matieres dures, telles que le bois, la terre, le mortier, pour introduire leurs oeufs dans des lieux convenables. La tariere des ichneumons est composée de trois filets aussi déliés que des poils. Quelquefois ils sont réunis ensemble, d'autrefois ils sont séparés les uns des autres : celui du milieu est la tige de la tariere, les autres sont les étuis. La tariere est ferme, solide & dentelée par le bout : " l'espece de cannelure qui paroît la partager en deux est le canal par lequel l'insecte fait descendre ses oeufs ". Il fait faire à sa tariere des demi-tours à droite & à gauche en la pressant contre la substance qu'il veut percer. Abregé de l'histoire des Insectes, tom. III. pag. 142. & suiv. Voyez INSECTE.


ICHNOGRAPHIEsub. f. (Mathem.) Ce mot signifie proprement le plan ou la trace que forme sur un terrein la base d'un corps qui y est appuyé.

Ce mot vient du grec , vestigium, trace, & de , scribo, je décris ; l'ichnographie étant véritablement une description de l'empreinte ou de la trace d'un ouvrage.

En perspective, c'est la vûe ou la représentation d'un objet quelconque, coupé à sa base ou à son rez-de-chaussée par un plan parallele à l'horison.

L'ICHNOGRAPHIE, en Architecture, est une section transverse d'un bâtiment, qui représente la circonférence de tout l'édifice, des différentes chambres & appartemens, avec l'épaisseur des murailles, les distributions des pieces, les dimensions des portes, des fenêtres, des cheminées, les saillies des colonnes & des piédroits, en un mot, avec tout ce qui peut être vû dans une pareille section.

En Fortification, le mot ichnographie signifie le plan ou la représentation de la longueur & de la largeur des différentes parties d'une forteresse, soit qu'on trace cette représentation sur le terrein ou sur le papier. Voyez FORTIFICATION. (E)

C'est aussi, dans la même science, le plan ou le dessein d'une forteresse coupée parallelement & un peu au-dessus du rez-de-chaussée. Voyez PLAN.

L'ICHNOGRAPHIE est la même chose que ce que nous appellons plan géométral, ou simplement plan. L'ichnographie est opposée à la stéréographie, qui est la représentation d'un objet sur un plan perpendiculaire à l'horison, & qu'on appelle autrement élévation géométrale. Voyez PLAN.


ICHOGLANS. m. (Hist. turq.) espece de page du grand-seigneur.

Les ichoglans sont de jeunes gens qu'on éleve dans le serrail, non-seulement pour servir auprès du prince, mais aussi pour remplir dans la suite les principales places de l'empire.

L'éducation qu'on leur donne à ce dessein, est inestimable aux yeux des Turcs. Il n'est pas inutile de la passer en revûe, afin que le lecteur puisse comparer l'esprit & les usages des différens peuples.

On commence par exiger de ces jeunes gens, qui doivent un jour occuper les premieres dignités, une profession de foi musulmane, & en conséquence on les fait circoncire : on les tient dans la soumission la plus servile ; ils sont châtiés séverement pour les moindres fautes par les eunuques qui veillent sur leur conduite ; ils gémissent pendant 14 ans sous ces sortes de précepteurs, & ne sortent jamais du serrail, que leur terme ne soit fini.

On partage les ichoglans en quatre chambres bâties au-delà de la salle du divan : la premiere qu'on appelle la chambre inférieure, est ordinairement de 400 ichoglans, entretenus de tout aux dépens du grand-seigneur, & qui reçoivent chacun quatre ou cinq aspres de paye par jour, c'est-à-dire, la valeur d'environ sept à huit sols de notre monnoie. On leur enseigne sur-tout à garder le silence, à tenir les yeux baissés, & les mains croisées sur l'estomac. Outre les maîtres à lire & à écrire, ils en ont qui prennent soin de les instruire de leur religion, & principalement de leur faire faire les prieres aux heures ordonnées.

Après six ans de cette pratique, ils passent à la seconde chambre avec la même paye, & les mêmes habits qui sont assez communs. Ils y continuent les mêmes exercices, mais ils s'attachent plus particulierement aux langues : ces langues sont la turque, l'arabe, & la persienne. A mesure qu'ils deviennent plus forts, on les fait exercer à bander un arc, à le tirer, à lancer la zagaie, à se servir de la pique, à monter à cheval, & à tout ce qui regarde le manege, comme à darder à cheval, à tirer des fleches en-avant, en arriere, & sur la croupe, à droite & à gauche. Le grand-seigneur s'amuse quelquefois à les voir combattre à cheval, & récompense ceux qui paroissent les plus adroits. Les ichoglans restent quatre ans dans cette classe, avant que d'entrer dans la troisieme.

On leur apprend dans celle-ci pendant quatre ans, de toutes autres choses, que nous n'imaginerions pas, c'est-à-dire, à coudre, à broder, à jouer des instrumens, à raser, à faire les ongles, à plier des vestes & des turbans, à servir dans le bain, à laver le linge du grand-seigneur, à dresser des chiens & des oiseaux ; le tout afin d'être plus propres à servir auprès de sa hautesse.

Pendant ces 14 ans de noviciat, ils ne parlent entr'eux qu'à certaines heures ; & s'ils se visitent quelquefois, c'est toûjours sous les yeux des eunuques, qui les suivent par-tout. Pendant la nuit, non-seulement leurs chambres sont éclairées ; mais les yeux de ces argus, qui ne cessent de faire la ronde, découvrent tout ce qui se passe. De six lits en six lits, il y a un eunuque qui prête l'oreille au moindre bruit.

On tire de la troisieme chambre les pages du trésor, & ceux qui doivent servir dans le laboratoire, où l'on prépare l'opium, le sorbet, le caffé, les cordiaux, & les breuvages délicieux pour le serrail. Ceux qui ne paroissent pas assez propres à être avancés plus près de la personne du sultan, sont renvoyés avec une petite récompense. On les fait entrer ordinairement dans la cavalerie, qui est aussi la retraite de ceux qui n'ont pas le don de persévérance ; car la grande contrainte & les coups de bâton leur font bien souvent passer la vocation. Ainsi la troisieme chambre est réduite à environ 200 ichoglans, au lieu que la premiere étoit de 400.

La quatrieme chambre n'est que de 40 personnes, bien éprouvées dans les trois premieres classes ; leur paye est double, & va jusqu'à neuf ou dix aspres par jour. On les habille de satin, de brocard, ou de toile d'or, & ce sont proprement les gentils-hommes de la chambre. Ils peuvent fréquenter tous les officiers du palais ; mais le sultan est leur idole ; car ils sont dans l'âge propre à soupirer après les honneurs. Il y en a quelques-uns qui ne quittent le prince, que lorsqu'il entre dans l'appartement des dames, comme ceux qui portent son sabre, son manteau, le pot à eau pour boire, & pour faire les ablutions, celui qui porte le sorbet, & celui qui tient l'étrier quand sa hautesse monte à cheval, ou qu'elle en descend.

C'est entre ces quarante ichoglans de la quatrieme chambre, que sont distribuées les premieres dignités de l'empire, qui viennent à vaquer. Les Turcs s'imaginent que Dieu donne tous les talens & toutes les qualités nécessaires à ceux que le sultan honore des grands emplois. Nous croirions nous autres, que des gens qui ont été nourris dans l'esclavage, qui ont été traités à coups de bâton par des eunuques pendant si long-tems, qui ont mis leur étude à faire les ongles, à raser, à parfumer, à servir dans le bain, à laver du linge, à plier des vestes, des turbans, ou à préparer du sorbet, du caffé, & autres boissons, seroient propres à de tous autres emplois qu'à ceux du gouvernement des provinces. On pense différemment à la cour du grand-seigneur ; c'est ces gens-là que l'on en gratifie par choix & par préférence ; mais comme ils n'ont en réalité ni capacité, ni lumieres, ni expérience pour remplir leurs charges, ils s'en reposent sur leurs lieutenans, qui sont d'ordinaire des fripons ou des espions que le grand-visir leur donne, pour lui rendre compte de leur conduite, & les tenir sous sa férule. (D.J.)


ICHOREUXEUSE, adj. (terme de Chirurgie) on appelle ichoreuse, l'humeur séreuse & âcre qui découle de certains ulceres. Les parties exangues, telles que les ligamens, les membranes, les aponévroses, les tendons, ne fournissent jamais une suppuration vraiment purulente ; les ulceres qui affectent ces parties donnent un pus ichoreux, une espece de sanie : ce mot vient du grec , ichor, sanies, sanie, ou sérosité âcre.

On tarit la source de l'humeur ichoreuse dans les plaies des parties membraneuses & aponévrotiques, par l'usage de l'esprit de térébenthine. Ce médicament desseche l'extrémité des vaisseaux qui fournit l'ichor. Lorsque dans la piquûre d'une aponévrose ou d'un ligament, les matieres ichoreuses & âcres seront retenues derriere, elles y produisent des accidens qu'on ne fait cesser ordinairement qu'en faisant une incision pour donner une issue à ces matieres ; l'incision est d'ailleurs indiquée pour arrêter les suites funestes de l'étranglement que l'aponévrose enflammée fait sur les parties qu'elle embrasse. Voyez GANGRENE.

Si le pus est ichoreux par le défaut de ressort des chairs relâchées & spongieuses d'un ulcere, les remedes détersifs corrigent ce vice ; l'indication particuliere peut déterminer à les rendre cathérétiques ou anti-putrides. Voyez DETERSIF. Les chairs mollasses d'un cautere forment quelquefois un bourrelet pâle dont il ne sort qu'un pus ichoreux. On applique ordinairement de l'alun calciné pour détruire les chairs excédentes. Je me suis servi avec succès dans ce cas de la poudre de scammonée & de rhubarbe ; j'en ai même chargé une boule de cire pour mettre à la place du pois. La vertu de ces médicamens ranime les chairs, & produit un dégorgement purulent : ces bons effets montrent la justesse de l'idée des anciens sur la qualité des remedes détersifs qu'ils appelloient les purgatifs des ulceres. (Y)


ICHOROIDES. f. (Medecine) moiteur, sueur, dite malsaine, & semblable à la sanie que rendent les ulceres.


ICHTHYOLOGIES. f. (Hist. nat.) la science qui traite des poissons, ces animaux aquatiques qui ont des nageoires, & qui n'ont point de piés.

L'affaire de l'Ichthyologie est premierement de distinguer toutes les parties des poissons, par leurs noms propres ; secondement, d'appliquer à chaque poisson ses noms génériques & spécifiques, c'est-à-dire ceux qui constituent son genre & ses especes ; troisiemement d'exposer quelques-unes des qualités particulieres de l'animal.

Le naturaliste qui s'applique à cette étude, doit d'abord connoître les parties externes & internes du poisson, pour rapporter à sa propre famille tout poisson étranger ou inconnu qui s'offre à ses yeux ; desorte qu'au moyen de ses marques caractéristiques, il puisse découvrir son espece & l'assigner au genre de la famille à laquelle il appartient. Ensuite, par des observations subséquentes, il tâchera de savoir le lieu de l'habitation du poisson dont il s'agit, si c'est l'eau douce, salée, courante ou dormante ; item sa nourriture végétable ou animale, & de quelle sorte ; son tems, sa maniere de multiplier & de faire des petits. Ces dernieres particularités veulent être jointes très-briévement à la description des parties du poisson ; car les discours étendus à cet égard sont plutôt une charge qu'une instruction judicieuse. La vraie méthode des genres & des especes, est la principale fin de l'Histoire naturelle.

On divise communément les poissons en trois classes, les cétacés, les cartilagineux & les épineux. Les cétacés sont ceux dont la queue est parallele à l'horison, quand le poisson est dans sa posture naturelle : les cartilagineux sont ceux dont les nageoires qui servent à nager sont soûtenues par des cartilages à la place des rayons osseux qui soûtiennent les nageoires dans les autres poissons, qui ont par tout le corps des cartilages au lieu d'os. Tels sont les caracteres des deux premieres classes de poissons. Tous les poissons qui ont leurs nageoires soûtenues par des rayons osseux, qui ont leur queue placée perpendiculairement & non horisontalement, & qui ont des os & non des cartilages, se nomment poissons épineux.

Les poissons cétacés sont rangés par les derniers écrivains de l'Histoire naturelle, sous le nom latin de plagiuri. Ils s'accordent en plusieurs choses avec les animaux terrestres ; & on les distingue les uns des autres par les caracteres qui servent à la distinction des quadrupedes, particulierement par les dents. La structure générale de ces poissons, c'est la même dans tous ; leur seule différence consiste dans les dents & le nombre des nageoires. C'est donc des dents & des nageoires seules qu'on tire proprement les caracteres génériques des plagiuri, ou poissons cétacés.

Les poissons cartilagineux different seulement les uns des autres, par la forme de leur corps, & le nombre de trous de leur ouie, le nombre de leurs nageoires, la figure & la position de leurs dents, qui dans les cétacés constituent les caracteres génériques, varient si fort dans les cartilagineux, que cela s'étend jusques sur les diverses especes du même genre : ainsi les distinctions des genres des poissons cartilagineux, ne peuvent être tirés que de leurs figures & du nombre des trous de leurs ouies.

Les caracteres des deux classes des poissons qu'on nomme cétacés & cartilagineux, sont aisés à trouver ; mais les caracteres des épineux demandent plus de soins, & ne s'offrent pas promtement aux yeux. L'étendue de cette classe & la grande ressemblance qui se trouve entre plusieurs genres différens, ne facilitent pas l'entreprise qui consiste à les distinguer les uns des autres. Quoique ce soit une regle générale, que les caracteres génériques des poissons doivent être pris de leurs parties extérieures ; cependant dans les cas où ces parties extérieures different elles-mêmes en nombre, en figure & en proportion, il est nécessaire que les caracteres primitifs du genre soient tirés des parties qui sont les moins variables de toutes, les plus particulieres au genre de poisson dont il s'agit, en même tems qu'elles sont les moins communes aux autres genres. Il faut beaucoup d'attention & de capacité à l'ichthyologiste pour discerner solidement ces caracteres ; & après un mûr examen, il trouve que les parties qui lui sembloient d'abord les plus propres à les établir, sont quelquefois celles qui y conviennent le moins en réalité.

La forme des nageoires & de la queue du poisson peut paroître un des caracteres essentiels pour fonder la distinction générique ; néanmoins une recherche approfondie, démontre que ces deux choses ne sont ici d'aucun service. Presque toutes les especes de cyprini, genre fondé sur des caracteres naturels & invariables, ont les nageoires pointues à l'extrémité, & offrent des queues fourchues. Si on eût fait de ces deux choses les caracteres de ce genre de poisson, on en eût exclus la tenche & autres qui lui appartiennent, quoiqu'elles aient des nageoires obtuses & des queues unies. D'ailleurs il y a plusieurs genres différens de poissons, dans lesquels les nageoires & la queue sont entierement semblables, comme la perche, le maquereau, le congre. On prétendra peut-être que les nageoires & la queue peuvent au-moins passer pour des marques collatérales de distinction ; mais cette idée même n'est pas suffisante, parce que ces marques sont communes à plusieurs genres de poissons.

La forme du dos, du ventre, & de toute la figure du corps considéré en longueur & largeur, semblent encore des caracteres essentiels ; mais ils ne le sont pas davantage pour établir les distinctions des genres. Le dos, dans quelques cyprini, est un peu pointu, comme dans la carpe ordinaire, tandis qu'il est convexe dans presque tous les autres. Ce seul fait écartoit l'idée de la forme du dos, comme propre à constituer un caractere générique.

Le ventre de la plûpart des poissons du même genre est applati dans la partie antérieure, & s'éleve en maniere de sillon entre les nageoires du ventre & l'anus : cependant dans la tenche tout le corps est applati de la tête à la queue. Ajoûtez que la figure générale du corps en grandeur & en largeur, varie singulierement dans les cyprini de différentes especes, dont quelques-uns ont le corps plat, & d'autres rond.

La tête, la bouche, les yeux, les narines & les autres parties de la tête, sont plus fixes, & par conséquent d'une grande importance pour constituer les distinctions des genres entre les poissons. Cependant comme les mêmes figures sont communes à plusieurs especes également, elles servent plutôt à distinguer les ordres, les classes & les familles des poissons, que leurs genres. Ainsi les poissons nommés clupeae, les cotti, les coregoni, les scorpaenae des auteurs, se ressemblent par la figure de la tête, & néanmoins sont de genres très-différens.

Comme la position & la forme des écailles sont assez semblables dans le même genre de poisson, on peut l'admettre en qualité de marque collatérale distinctive ; mais cette forme même d'écailles étant commune à plusieurs genres de poissons, il est impossible d'en tirer avantage pour les caracteres des genres. Disons la même chose d'autres parties extérieures du corps, qui ne donnent pas des indices suffisans, pour former les caracteres distinctifs des genres.

Quant à la position des nageoires, tout le monde convient que les saumons, les clupeae, les coregoni, les cohitides, ou loches, sont autant de divers genres de poissons ; cependant dans tous, leurs nageoires ont la même situation. Celles de la poitrine sont dans tous, les plus proches de la tête, puis la nageoire du dos, ensuite celles du ventre, & derriere toutes, est la nageoire de l'anus. La même observation se peut étendre à d'autres genres de poissons.

La situation des dents est semblable dans plusieurs especes d'un même genre, comme dans plusieurs genres différens. Tous les cyprini ont leurs dents placées avec le même ordre & de la même maniere, savoir dans le gosier à l'orifice de l'estomac. Les saumons & les brochets ont leurs dents en quatre endroits, aux mâchoires, au palais, à la langue, & au gosier. Les perches & les cotti les ont en trois endroits, à la mâchoire, au palais, & au gosier, & n'en ont point sur la langue ; mais parmi les coregoni, il y a une espece, savoir l'albula nobilis de Schoenfeld, qui a les dents à la mâchoire supérieure, au palais, & au gosier. Une autre espece que les Suédois nomment silk-joia, n'en a que sur la langue ; & une autre espece du même genre, le thymallus des auteurs, que les Anglois nomment gréyling, les a dans les deux mâchoires, au palais, & sur la langue. Il est donc certain, qu'aucun caractere générique ne sauroit s'établir par ce moyen.

Le nombre des dents ne peut pas mieux servir à former le caractere des genres, à cause de leur variété dans les individus d'une même espece, comme dans les brochets, & les saumons.

Le nombre des nageoires n'est pas plus favorable à ce dessein, parce qu'il est égal dans plusieurs genres, & quelquefois variable dans diverses especes des mêmes genres. La longue merluche, asellus longus, est évidemment du même genre que les autres aselli ; néanmoins elle n'a que deux nageoires sur le dos, tandis que les autres en ont trois ; elle n'en a qu'une sur le ventre, au lieu que les autres en ont deux. Le maquereau a dix-sept nageoires, & le thon vingt-cinq ou environ ; cependant on n'en fera pas deux genres de poissons, puisqu'ils conviennent ensemble à tous les autres égards.

Le nombre des os qui soutiennent les nageoires des poissons, particulierement celles du dos & de l'anus, varie beaucoup, même dans les diverses especes d'un même genre ; il est vrai toutefois, que l'on doit regarder cette marque comme utile, pour distinguer les especes, mais elle ne l'est pas pour former les genres.

Pour ce qui concerne les autres parties extérieures, il n'y en a aucune qui se trouvant dans tous les poissons épineux, ne differe dans tous les différens genres, excepté les deux petits os qu'on voit de chaque côté de la membrane de la tête qui couvre les ouies. Ces os se rencontrent dans presque tous les poissons épineux, quoique dans quelques genres, l'épaisseur de la membrane les rende moins visibles que dans d'autres. Le nombre de ces os est d'ailleurs beaucoup plus régulier dans les mêmes genres de poissons, que celui des nageoires.

Les quatre genres de maquereaux ou scombri, de perches, de gadi, de syngnathi, c'est-à-dire, de ceux dont les mâchoires sont fermées par les côtés, & dont la bouche ne s'ouvre qu'à l'extrémité du museau, ont le nombre des nageoires très-varié dans les diverses especes de chaque genre ; mais dans tous ces genres, le nombre des os de la membrane qui tapisse les ouies, est régulierement le même dans chaque espece ; tous les gadi ont régulierement sept os de chaque côté ; tous les cyprini en ont trois, les cotti six, les clariae sept, les clupeae huit, les ésoces quatorze, & ainsi des autres.

Il n'y a que deux genres connus de poissons, qui ne s'accordent pas dans toutes leurs especes pour le nombre de ces os ; ce sont les saumons & les coregoni. Parmi les saumons, quelques especes en ont sept, d'autres huit, neuf, dix, onze, & douze. C'est une chose cependant bien digne d'observation, que la nature a mis cette variété du nombre de ces os dans les différentes especes, seulement pour les genres de poissons, chez lesquels toutes les especes se ressemblent si fort par leurs parties extérieures, qu'il ne falloit pas moins que cette ressemblance, pour faire juger qu'ils appartenoient les uns aux autres ; car outre que tous les saumons & les coregoni ont une appendice membraneuse, semblable à une nageoire sur le derriere du dos, les diverses especes de chaque genre se ressemblent tellement, qu'il est difficile de les distinguer en plusieurs occasions.

Par rapport aux nageoires, plusieurs genres de poissons, comme on l'a déja dit, en ont tous le même nombre en général, comme les saumons, les cyprini, les clupeae, les coregoni, les osmeri, les cobitides, les spari, ou ceux qui tremblent de tout leur corps quand ils sont hors de l'eau ; les labri, ou ceux dont les levres sont épaisses & proéminentes ; les gastérostei, ou ceux dont le ventre est soutenu par des bandes osseuses, les ésoces, les pleuronecti, ou ceux qui nagent d'un seul côté ; tous, disje, ont sept nageoires radiées de côtes osseuses. Ce même nombre de sept nageoires est commun à divers autres genres.

Mais tandis que toutes les especes d'un même genre ont constamment même nombre d'os dans la membrane qui couvre les ouies, il est très-rare que les divers genres ayent ce même nombre. Les perches, les maquereaux, les gadi en ont tous sept de chaque côté. Les cyprini & les gasterostei en ont chacun trois, les cotti, les pleuronecti en ont six. Cependant tous ces genres different tellement dans leurs autres caracteres & dans leur face externe, qu'on n'est point en crainte de les confondre ensemble. Concluons que le nombre des os qui soutiennent la membrane des ouies, fournit le premier & le plus essentiel de tous les caracteres pour la distinction des genres des ostéoptérygions ou poissons osseux ; cependant, quoique ce caractere soit essentiel à la détermination des genres, il n'est pas toûjours suffisant.

En effet, pour rapporter solidement les poissons à leurs propres genres, il est non-seulement nécessaire, que tous ceux d'un même genre ayent le même nombre d'os dans les ouies, il faut encore qu'ils ayent dans les genres la même forme externe. Il faut 3°. qu'ils ayent une même position, & le même nombre de nageoires. 4°. La position des dents doit semblablement être la même ; car généralement toutes les especes de poissons ont dans chaque genre le même ordre de dents. 5°. Enfin, on y joindra les écailles qui doivent être semblables en figure & en position. Voilà les considérations nécessaires pour fonder les genres naturels & véritables de poissons. Si toutes ces choses se rencontrent dans toutes les especes ; s'il se trouve de plus une analogie dans la situation, la forme des autres parties externes & internes, particulierement de l'estomac, des appendices, des intestins, de la vessie urinaire, il ne restera plus de doute pour établir les genres en Ichthyologie, sur des fondemens inébranlables.

Cependant, il ne faut pas s'attendre que chacun de ces caracteres se trouve régulierement parfait dans chaque espece du même genre ; quelques-uns le seront plus, d'autres moins ; mais les trois choses essentielles au genre pour la similitude, sont le même nombre d'os dans la membrane branchiostege, la même figure & forme extérieure générale, & la même position de nageoires ; les autres circonstances ne sont qu'additionnelles & confirmatives.

Il résulte de ce détail, qui est un précis du système & des découvertes d'Artedi, quelles sont les vraies marques qui peuvent fonder les caracteres génériques des poissons, & quelles sont les marques équivoques. Nous ne prétendons point qu'Artédiait indubitablement trouvé la vérité à tous égards, nous disons seulement que ses recherches sur cette matiere, sont plus approfondies & plus solides que celles de tous les naturalistes qui l'ont précédé jusqu'à ce jour en cette partie. (D.J.)


ICHTHYOLOGISTES. m. (Hist. nat.) c'est ainsi qu'on appelle, en termes d'art, un naturaliste qui a donné quelque ouvrage sur les poissons.

Quoique les auteurs, qui ont traité ce sujet, soient en grand nombre, on peut néanmoins les ranger commodément sous les classes particulieres que nous allons parcourir.

Les Ichthyologistes systématiques sont Aristote, Pline, Albert-le-Grand, Gaza, dans son interprétation d'Aristote, Marschall, Wotton, Belon, Rondelet, Salvian, Gesner, Aldrovand, Jonston, Charleton, Ray, Willughby, Artédi.

Les Ichthyologistes, qui ont écrit seulement sur des poissons de pays ou de lieux particuliers, sont Ovide, sur les poissons du Pont-Euxin ; Oppian & Donati, sur ceux de la mer Adriatique ; Ausone & Figulus, sur ceux de la Moselle ; Mangold, sur ceux du lac Podamique ; Paul Jove, sur ceux du lac Larins ; Pierre Gilles, sur ceux de la côte de Marseille ; Salviani, sur ceux de la mer de Toscane ; Schwenckfelt, sur ceux de Silésie ; Schoenveld, sur ceux d'Hambourg ; Pison & Marggrave, sur ceux du Brésil ; Petiver, Ruysch & Valentin, sur ceux d'Amboine. Entre ces auteurs, Ovide, Ausone, Oppian, ont écrit en vers, & les autres en prose.

Les Ichthyologistes, qui ont tiré leurs observations des écrivains qui les ont précédé, sont Pline, Athénée, l'auteur des livres de naturâ rerum, Albert-le-Grand, Marschall, Gesner en grande partie, Aldrovand en grande partie, Jonston, Charleton & autres.

Par rapport à la méthode, il y a des Ichthyologistes qui n'en ont point observé ; d'autres ont mieux aimé en adopter une bonne ou mauvaise ; d'autres enfin se sont contentés de l'ordre alphabétique.

Les Ichthyologistes, qui n'ont point suivi de méthode, sont Ovide, Aelien, Athénée, Ausone, Paul Jove, Figulus, Salviani, dans son Histoire des poissons romains, Parthénius, Ruysch, &c.

Les Ichthyologistes méthodiques sont Aristote, inventeur de la division générale des poissons en cétacés, cartilagineux & épineux ; Wotton & Rondelet sont encore de ce nombre ; mais Willughby & Ray ont ajouté plusieurs choses aux idées d'Aristote, & ont fait un pas en avant, qui a donné naissance à la belle méthode trouvée par Artédi.

Les Ichthyologistes qui, négligeant toute méthode, ont employé l'ordre alphabétique, pour ne se point gêner, sont Marschall, Salviani, dans sa Tabula piscatoria, Gesner, Schoenveld, Jonston, &c.

Il est d'autres écrivains qui n'ont considéré que l'Ichthyologie sacrée, ou l'anatomie particuliere de quelques poissons, comme par exemple, Blasius, Severinus, Tyson ; outre d'autres naturalistes dans les mémoires de l'académie des Sciences & de la société royale ; il faut mettre au rang de ceux qui se sont attachés à éclaircir l'Ecriture-sainte dans cette partie, Bochart, Rudbeck, Franzius, & Dom Calmet.

En général, les plus recommandables Ichthyologistes sont sans-doute Aristote, Belon, Rondelet, Salviani, Willughby, Ray, Klein & Artédi. Il faut aussi leur joindre, pour cette étude, tous ceux qui, dans leurs descriptions de poissons particuliers, ont jetté des lumieres sur cette partie de l'histoire naturelle : tels sont Paul Jove, Pierre Gilles, Schoenveld, Sibbald, Marsigli, Grew, Catesby, &c. Cependant Willughby est avec raison regardé par Artédi, comme étant à tous égards le premier des Ichthyologistes ; mais Artédi lui-même ne mérite guere de moindres éloges.

Indiquons maintenant les ouvrages de tous les auteurs que nous venons de nommer, & leurs meilleures éditions, en faveur des curieux qui voudront se faire une belle bibliotheque ichthyologique.

Aelianus, de animalibus, curâ Gronovii. Amst. 1731. in-4°. 2 vol. edit. opt.

Albertus Magnus, de animalibus, libri xxvi. Venet. 1519 fol. Lugd. 1651 fol. edit. opt.

Aldrovandi (Ullyssis) de piscibus. Bonon. 1613, in-fol. cum fig. edit. opt.

Athenaeus, graeco-latin. è curâ Casauboni. Lugd. 1657. in fol. edit. opt.

Aristoteles, de animalibus, graec. & lat. curâ Scaligeri. Tolosae 1619, fol. ed. opt. item, ex interpretatione Theod. Gaza, Lugd. 1590, fol. edit. opt.

Artedi (Petri) Ichthyologia, ex edit. Caroli Linnaei. Lugd. Batav. 1738, in-8°.

Ausonii (Decii Magni) Opera, curâ Tollii. Ultraj. 1715, in-4°. Son poëme de la Moselle, dont il décrit les poissons, est le meilleur de ses ouvrages.

Belon, (Pierre) Histoire naturelle des étranges poissons marins. Paris 1551, in-4°. Item, la nature & diversité des poissons, chez Charles Etienne 1555, in-8°. obl. Item, Observations de choses mémorables, &c. Paris 1554, in-4°.

Blasii (Gerardi). Anatom. aquatilium, Amstel. 1681. 4°. fig.

Bochart (Samuel). Hierozoicon, Lond. 1663, fol. fig. edit. opt.

Boussueti (Francisci) de universâ aquatilium naturâ, carmen. Lugd. 1558, in-4°.

Catesby (Marc). History of Florida, Carolina, &c. Lond. 1731. fol. fig. edit. prima.

Calmet (Dom), dans son dictionnaire & dans ses commentaires sur la bible.

Charleton (Gualter.) Onomasticon zoicon. Oxon. 1677, fol. edit. secunda opt.

Columna (Fabius). aquatilium nonnullorum Historia. Romae 1616, in-4°. edit. unica.

Donati (Antonii) Trattato de'pesci marini, che nascono nel lito di Venezia, Venet. 1631 in-4°.

Dubravius (Janus,) de piscinis & piscibus, Tiguri 1659. 8°. edit. prima. Norimb. 1623 8°. ed. auctior. Helmst. 1671, in-4°. edit. opt.

Figuli (Caroli) , sive de piscibus Dialogus, Colon. 1540, in-4°.

Franzii (Wolfgangi) Historia animalium, &c. Francof. 1712, 4°. 4 vol.

Gesnerus (Conrad.) de piscibus & aquatilibus, lib. iv. Tiguri 1558. fol. fig.

Gillius (Petrus) de gallicis & latinis nominibus piscium. Lugd. 1535, 4°. edit. prima.

Grew (Nehem.) in musoeo societ. regiae. Lond. 1681. fol. fig.

Jonstonus (Joannes,) de piscibus & cetis, lib. v. Francof. 1649. fol. fig. edit. prima.

Jovius (Paulus,) de piscibus romanis. Romae 1524. fol. edit. prima opt. Basil. 1531, in-8°. edit. secunda.

Klein (Jacob. Theodor.) de piscibus Tractatus. Gedani 1739. in-4°.

Linocier (Geoffroy,) Histoire des plantes, animaux, poissons, serpens. Paris 1584. in-8°.

Mangoldus (Joan. Gaspar.) in operibus editis. Basileae 1710, in-4°.

Marschalcus (Nicolaüs,) de aquatilium & piscium historiâ. Rostochii apud autorem 1520, in-fol.

Marsigli (Aloisius Ferdin. Comes de), dans son histoire physique de la mer, Amst. 1725, fol. fig. & dans son quatrieme tome de son Danube.

Massarius (Franc.) Annotationes & castigationes in nonum Plinii librum, de naturâ piscium. Basileae 1537, in-4°. Lutetiae apud Vascosan 1542, in-4°. edit. opt.

Oppiani A', sive de naturâ & venatione piscium, lib. v. apud Juntas, 1515 in-8°. Lutetiae 1555, in-4°. Lugd. Batav. 1597 in-8°. edit. opt.

Parthenius (Nicolaus) de halieuticâ. Neapoli 1693, in-12.

Petiver (Jacob.) aquatilium amboinae icones & nomina, XX tabulis. Lond. 1713, in-fol. Item, in sui gazophylacii naturae & artis, decadibus X. Lond. 1702, in-fol.

Piso & Marggravius, in historiâ Brasiliae. Lugd. Batav. 1648 & 1651, in-fol.

Plinius (Cajus) in historiâ naturali, curâ Harduini. Lutetiae 1723, in-fol.

Raii (Joannis) synopsis methodica piscium. Lond. 1713, in-8°.

Rondelet (Guillaume) de piscibus marinis. Lugd. 1554, fol. 2 tom. fig. Le même ouvrage en françois plus abregé parut à Lyon en 1558, fol. fig.

Rudbeck (Olai) Ichthyologia Biblica. Upsal. 1705, in-4°.

Rumphii (Georg. Everhard.) thesaurus imaginum piscium testaceorum, &c. Lugd. Batav. 1711. fol. & dans son livre intitulé, Amboinische Rariteit-Kamer, Amst. 1705, fol.

Ruysch (Frederic) Il n'y a de ce célébre Anatomiste, que quelques courtes descriptions de poissons étrangers dans ses ouvrages. Le Trésor latin des animaux, publié sous son nom, à Amsterdam en 1718, in-fol. fig. n'est autre chose qu'une nouvelle édition de Jonston.

Salviani (Hippoliti) aquatilium historia. Romae 1555, 1558, 2 tom. fol. fig. nitid. édition unique, rare & précieuse.

Schoenveld (Stephani) Ichthyologia. Hamb. 1624, in-4°.

Schwencfeldi (Gaspari) Theoriotrophaeum Silesiae. Lignit. 1603, in-4°.

Seba (Alberti) Thesaurus rerum naturalium. Amstel. 1734. 4 vol. fol. Max. ubi nonnulla de piscibus exoticis.

Severinus (Marc. Aurel.) De respiratione piscium, Neapoli 1659, in-fol. Amstel. 1661, fol. edit. opt.

Sibbaldi (Roberti) dans sa scotiâ illustratâ. Edimb. 1684, fol. fig.

Sideta (Marcellus,) de remediis ex piscibus ; Graece cum metricâ versione. Lutet. apud Morellum, 1591, in-8°. rare.

Valentini (Michael Bernardus) Amphitheatrum zootomicum. Francof. 1720, fol. fig.

Vincentii (Bellovacensis) Speculum naturale. Duaci 1604, fol. 4 vol. Ibi quaedam de piscibus.

Willughby (Francisci) Historia piscium. Oxonii 1686, fol. fig. C'est une édition donnée par Ray, qui a revû, corrigé & augmenté ce bel ouvrage.

Wotton (Edward.) de differentiis animalium, lib. X. Lutetiae apud Vascosan, 1552, in-fol. (D.J.)


ICHTHYOPHAGES(Géog. anc.) c'est-à-dire, mangeurs de poissons ; les anciens ont ainsi nommé plusieurs nations, dont ils ignoroient les vrais noms, & savoient seulement qu'elles habitoient au bord de la mer, & qu'elles vivoient principalement de la pêche. Ptolomée trouve des Ichthyophages dans la Chine ; Agatharchide en place vers la Germanie & la Gédrosie ; Pausanias en décrit sur la mer Rouge ; & Pline en peuple plusieurs îles à l'orient de l'Arabie heureuse. C'en est assez pour faire voir que cette dénomination générale, donnée par les anciens à tant de peuples différens, prouve qu'ils ne les connoissoient point. (D.J.)


ICHTHYPÉRIES. m. (Hist. des Fossiles) le D. Hill a donné le nom d'ichthypéries, ichthypersa, aux palais osseux des poissons, qu'on trouve fréquemment fossiles, à une grande profondeur en terre, & ensevelis d'ordinaire dans des lits pierreux. M. Lhuyd les a nommés siliquastra, à cause de leur ressemblance dans cet état à des siliques, ou gousses de lupins, & autres plantes légumineuses.

C'est cette ressemblance qui a fait croire à plusieurs naturalistes, que c'étoit des fossiles qui provenoient des végétaux dans leur premiere origine ; mais ce sont uniquement des couvertures osseuses des différentes parties de la bouche de poissons cartilagineux, & peut-être d'autres especes, dont la principale nourriture ayant été de coquillages, un palais osseux leur convenoit pour les pouvoir briser ; en effet, les ichthypéries sont pour la plûpart entiérement déchirés ou arrondis.

On les trouve quelquefois dans leur état fossile, en tas joints ensemble, tels qu'ils étoient dans la bouche du poisson ; cependant ils paroissent communément en pieces & en fragmens.

Ils sont tous de la substance des crapaudines, & de cent figures différentes, conformément aux diverses especes de poissons, ou aux différentes parties de la bouche du poisson.

Le plus grand nombre ressemble de figure à une demi-gousse de lupin, à un poids, ou à une feve de marais ; mais courts, larges, les autres longs & éfilés, bosselés, cintrés, applatis, crochus à une extrémité, tortueux, rhomboïdes, triangulaires, en un mot de toutes sortes de formes & de grandeurs. Il y en a depuis un dixieme de pouce jusqu'à deux pouces de long & un pouce de large ; les uns lisses & polis, d'autres striés, cannelés, & d'autres tout couverts de tubercules ; leur couleur n'est pas moins variée, on en voit de bruns, de fauves, de noirâtres, de noirs, de verds, de bleus, de jaunâtres, de blanchâtres, enfin de tachetés de diverses couleurs.

On les trouve enfouis dans différens lits pierreux, en Allemagne, en France, en Italie, dans les îles de l'Archipel, en Syrie, & plus fréquemment en Angleterre que par-tout ailleurs ; car il est peu de carrieres de pierres de ce pays-là qui n'en fournissent plus ou moins. Voyez l'Histoire des fossiles, écrite par M. Hill, en anglois. (D.J.)


ICHTYODONTESS. f. (Hist. nat.) nom donné par quelques auteurs aux dents de poissons que l'on trouve répandues dans l'intérieur de la terre, telles que les glossopetres ou dents de lamies, les crapaudines, &c. (-)


ICHTYOLITESS. f. (Hist. nat. Lythologie) nom générique donné par quelques naturalistes à toutes les pierres dans lesquelles on trouve des empreintes de poissons, ou à toutes les parties de poissons pétrifiées, telles que des têtes, des arêtes, des vertebres, des dents, &c. En un mot, le nom d'ichtyolite peut s'appliquer à toutes les pierres qui renferment des poissons ou quelques-unes de leurs parties. Le mont Bolca, près de Vérone, fournit un grand nombre de pierres chargées des empreintes de poissons ; on en trouve aussi en Allemagne dans le voisinage d'Abensleben, d'Eisleben, de Mansfeld, d'Osterode, ainsi que dans le duché de Deux-Ponts. Voyez PIERRES, EMPREINTES, PETRIFICATIONS, &c. (-)


ICHTYOMANTIES. f. (Art divinat.) espece de divination qui se tiroit en considérant les entrailles des poissons. On faisoit sur ces animaux à peu près les mêmes observations, que l'on avoit coutume de faire sur les autres victimes. Tirésias & Polydamas y recoururent dans le tems de la guerre de Troye. Pline, livre xxxij, chap. ij, rapporte qu'à Mire en Lycie, on jouoit de la flute à trois reprises, pour faire approcher les poissons de la fontaine d'Apollon, appellée curius ; que ces poissons ne manquoient pas de venir ; que tantôt ils dévoroient la viande qu'on leur jettoit, ce que les consultans prenoient en bonne part ; & que tantôt ils la méprisoient & la repoussoient avec leur queue, ce qu'on regardoit comme un présage funeste. Ichthyomantie est un terme formé de , poisson, & de , divination. (D.J.)


ICHTYOPETRESS. f. (Hist. nat. foss.) pierres qui portent empreinte de poissons. Voyez l'article PIERRE.


ICHTYS(Hist. ecclésiastiq.) fameuse acrostiche de la sibylle Erytrée, dont parlent Eusebe & saint Augustin, dans laquelle les premieres lettres de chaque vers formoient les mots de , c'est-à-dire, Jesus Christ fils de Dieu sauveur, dont les lettres initiales en grec sont , Supplément de Chambers.


ICIadv. de lieu, (Gramm.) il désigne l'endroit où l'on est ; mais il comprend une certaine étendue qui varie. Celui qui entre dans une maison & qui demande du maître s'il est ici, l'adverbe ici comprend l'étendue de la maison. En changeant la question, on concevra par la réponse que l'adverbe ici peut comprendre l'étendue d'une ville ; mais je ne connois aucun cas où il puisse désigner une province, une très-grande contrée ; je ne crois pas qu'un homme qui seroit aux îles, dise d'un autre qu'il est ici. Il répéteroit le mot îles, ou il changeroit sa façon de parler.


ICICARIBAS. m. (Botan. exot.) c'est l'arbre qui fournit la résine élémi d'Amérique ; car l'arbre d'où découle le vrai élémi d'Ethiopie, est l'olivier d'Egypte assez semblable à ceux de la Pouille.

L'icicariba est caractérisé par Ray, arbor Brasiliensis, foliis pinnatis, flosculis verticillatis, fructu olive figurâ & magnitudine, hist. 2. 1546. C'est le prunus javanica, atriplicis foliis commelini, kakousa javanis, Hort. Beaum. 35. Prunifera fago similis, ex insula Barbadensi, Pluken. Almag. 306. Arbor ex surinamâ, myrti laureae foliis, Breyn Prodrom. 2. 19. Kakuria, myrabolanus zeylanica, Herman. Mus. Zeylan. 48, &c.

C'est un grand arbre qui s'éleve & vient comme le hêtre, son tronc cependant n'est pas fort gros ; son écorce est lisse & cendrée ; ses feuilles sont composées de deux & quelquefois de trois paires de petites feuilles, terminées à l'extrémité par une seule, semblable à celle du poirier, longue de trois doigts, finissant en pointe, épaisse comme du parchemin, d'un verd gai & luisant. Elles ont une côte qui les partage dans toute leur longueur, & des nervures qui s'étendent obliquement.

Vers la base des feuilles composées, sortent plusieurs petites fleurs ramassées en grappes ou par anneaux ; elles sont fort petites, à quatre pétales verds, en forme d'étoile, bordées d'une ligne blanche ; le milieu de la fleur est occupé par quelques petites étamines jaunâtres.

Quand les fleurs sont tombées, il leur succede des fruits de la grosseur & de la figure d'une olive, & de la couleur de la grenade. Ils renferment une pulpe qui a la même odeur que la résine de cet arbre ; car si l'on fait le soir une incision à l'écorce, il en découle pendant la nuit une résine très-odorante, ayant l'odeur de l'anis nouvellement écrasé, & que l'on peut recueillir le lendemain. Cette résine a la consistance de la manne, est d'une couleur verte un peu jaunâtre, & se manie aisément. Voyez son article. Si l'on presse un peu fortement l'écorce extérieure de l'icicariba sans l'ouvrir, elle donne par la seule pression une odeur assez vive. (D.J.)


ICIDIENSou DOMESTIQUES, subst. m. pl. (Mytholog.) il se disoit des dieux lares ou pénates. Servius en fait des freres. Ce mot vient de , dérivé de , maison.


ICONDRE(Géog.) petit pays d'Afrique dans l'île de Madagascar. Il est montueux, fertile en bons plantages & pâturages, par la hauteur de 22. 30. (D.J.)


ICONE(Géog. anc.) ancienne ville de la Cappadoce, dans le département de la Lycaonie, selon Ptolomée : Strabon, contemporain d'Auguste & de Tibere, en parle lib. XII. p. 586, comme d'une petite ville, mais bien bâtie ; elle s'aggrandit sans-doute peu de tems après ; car nous lisons dans les actes des Apôtres, chap. xiv. v. 1. 18. 20. qu'il y avoit à Icone une grande multitude de Juifs & de Grecs. Il est encore question de cette ville dans les mêmes actes des Apôtres, chap. xiij. v. 51. chap. xvj. v. 2. & dans la I. à Timothée, chap. iij. v. 1. Tout cela s'accorde avec le témoignage de Pline, liv. V. chap. xxvij. qui dit que de son tems c'étoit une ville célebre ; elle fut épiscopale de bonne heure. Hieroclès & les autres auteurs des Notices ecclésiastiques, la nomment métropole.

Icone devint la conquête des Turcs avant qu'ils eussent passé en Europe ; ils en formerent le siége d'un grand gouvernement, & défirent devant cette ville l'armée des Croisés d'Allemagne conduits par Conrard ; l'empereur blessé, qui comptoit arriver à Jérusalem en général d'armée victorieux, s'y rendit en pélerin.

Cogni est le nom moderne de l'ancienne Icone ; elle est grande, peuplée, située dans une belle campagne, fertile en blé, en arbres fruitiers, & en toutes sortes de légumes. Elle est la capitale de toute la Caramanie, & le Beglierbeg y fait sa résidence ordinaire. Le sangiac de Cogni a sous lui dix huit ziamets & cinq cent douze timars. Rochefort, dans son voyage de Turquie, en a donné une ample description. (D.J.)


ICONIQUE STATUE(Antiq. greq.) on nommoit ainsi dans la Grece les statues que l'on élevoit en l'honneur de ceux qui avoient été trois fois vainqueurs aux jeux sacrés. On mesuroit exactement ces statues sur leur taille & sur leurs membres, & l'on les appella statues iconiques, parce qu'elles étoient censées devoir représenter plus parfaitement qu'aucune autre, la ressemblance de ceux pour qui elles étoient faites. Voyez STATUE. (D.J.)


ICONIUM(Géog. anc.) Voyez-en l'article sous le nom françois ICONE.


ICONOCLASTESS. m. (Théologie) briseurs d'images. Nom qu'on donna dans le vij. siecle à une secte d'hérétiques qui s'éleva contre le culte religieux que les Catholiques rendoient aux images. Voyez IMAGES.

Ce mot est grec formé de , image, & , rumpere, rompre, parce que les Iconoclastes brisoient les images.

On a depuis donné ce nom à tous ceux qui se sont déclarés avec la même fureur contre le culte des images. C'est dans ce sens qu'on appelle Iconoclastes non-seulement les réformés, mais encore quelques-unes des églises d'orient, & qu'on les regarde comme hérétiques, parce qu'ils s'opposent au culte des images de Dieu & des saints, & qu'ils en brisent toutes les figures & représentations dans les églises. Voyez LATRIE, culte, &c.

Les anciens Iconoclastes soutenus d'abord par les califes sarrasins, ensuite par quelques empereurs grecs, tels que Leon l'Isaurien & Constantin Copronyme, remplirent l'orient de carnage & d'horreurs. Sous Constantin & Irene le culte des images fut rétabli, & l'on tint un concile à Nicée, où les Iconoclastes furent condamnés. Mais leur parti se releva sous Nicephore, Leon l'Arménien, Michel le Begue & Theophile, qui les favoriserent & tolérerent, & commirent eux-mêmes contre les Catholiques des cruautés inouies, dont on peut voir le détail dans l'histoire que M. Maimbourg a donnée de cette hérésie.

Parmi les nouveaux Iconoclastes, on peut compter les Pétrobrusiens, les Albigeois & les Vaudois, les Wiclefites, les Hussites, les Zuingliens & les Calvinistes, qui dans nos guerres de religion, se sont portés aux mêmes excès contre les images que les anciens Iconoclastes. (G)


ICONOGRAPHIES. f. iconographia, (Antiq.) description des images ou statues antiques de marbre & de bronze, des bustes, des demi-bustes, des dieux pénates, des peintures à fresque, des mosaïques & des miniatures anciennes. Voyez ANTIQUE, STATUE, &c.

Ce mot est grec, , & vient d', image, & , je décris.


ICONOLATRES. m. (Théologie) qui adore les images, est le nom que les Iconoclastes donnent aux Catholiques qu'ils accusent faussement d'adorer les images, & de leur rendre le culte qui n'est dû qu'à Dieu.

Ce mot vient du grec , image, & , j'adore. Voyez IMAGE, IDOLATRIE, &c. (G)


ICONOLOGIES. f. (Antiq.) science qui regarde les figures & les représentations, tant des hommes que des dieux.

Elle assigne à chacun les attributs qui leur sont propres, & qui servent à les différencier. Ainsi elle représente Saturne en vieillard avec une faux ; Jupiter armé d'un foudre avec un aigle à ses côtés ; Neptune avec un trident, monté sur un char tiré par des chevaux marins ; Pluton avec une fourche à deux dents, & traîné sur un char attelé de quatre chevaux noirs ; Cupidon ou l'Amour avec des fleches, un carquois, un flambeau, & quelquefois un bandeau sur les yeux ; Apollon, tantôt avec un arc & des fleches, & tantôt avec une lyre ; Mercure, un caducée en main, coeffé d'un chapeau aîlé, avec des talonnieres de même ; Mars armé de toutes pieces, avec un coq qui lui étoit consacré ; Bacchus couronné de lierre, armé d'un tirse & couvert d'une peau de tigre, avec des tigres à son char, qui est suivi de bacchantes ; Hercule revêtu d'une peau de lion, & tenant en main une massue ; Junon portée sur des nuages avec un paon à ses côtés ; Vénus sur un char tiré par des cignes, ou par des pigeons ; Pallas le casque en tête, appuyée sur son bouclier, qui étoit appellé égide, & à ses côtés une chouette qui lui étoit consacrée ; Diane habillée en chasseresse, l'arc & les fleches en main ; Cérès, une gerbe & une faucille en main. Comme les Payens avoient multiplié leurs divinités à l'infini, les Poëtes & les Peintres après eux se sont exercés à revêtir d'une figure apparente des êtres purement chimériques, ou à donner une espece de corps aux attributs divins, aux saisons, aux fleuves, aux provinces, aux sciences, aux arts, aux vertus, aux vices, aux passions, aux maladies, &c. Ainsi la Force est représentée par une femme d'un air guerrier appuyée sur un cube ; on voit un lion à ses piés. On donne à la Prudence un miroir entortillé d'un serpent, symbole de cette vertu ; à la Justice une épée & une balance ; à la Fortune un bandeau & une roue ; à l'Occasion un toupet de cheveux sur le devant de sa tête chauve par-derriere ; des couronnes de roseaux & des urnes à tous les fleuves ; à l'Europe une couronne fermée, un sceptre & un cheval ; à l'Asie un encensoir, &c.


ICONOMAQUEadj. (Gramm.) qui attaque le culte des images. L'empereur Leon Isaurien fut appellé iconomaque après qu'il eut rendu l'édit qui ordonnoit d'abattre les images. Iconomaque est synonyme à Iconoclaste. Voyez ICONOCLASTE.


ICOSAEDRES. m. terme de Géometrie, c'est un corps ou solide régulier terminé par vingt triangles équilatéraux & égaux entr'eux.

On peut considérer l'icosaëdre comme composé de vingt pyramides triangulaires, dont les sommets se rencontrent au centre d'une sphere, & qui ont par conséquent leurs hauteurs & leurs bases égales ; d'où il suit qu'on aura la solidité de l'icosaëdre, en multipliant la solidité d'une de ces pyramides par 20, qui est le nombre des bases. Harris & Chambers. (E)


ICOSAPROTES. m. (Hist. mod.) dignité chez les Grecs modernes. On disoit un icosaprote ou un vingt-princier, comme nous disons un cent suisse.


ICREPOMONGAS. m. (Hist. nat.) serpent marin des mers du Brésil, qui se tient communément immobile sous les eaux ; on lui attribue la propriété d'engourdir comme la torpille ; on assure que tous les animaux qui s'en approchent y demeurent si fortement attachés, qu'ils ne peuvent s'en débarrasser, & le serpent en fait sa proie. Il s'avance quelquefois sur le rivage, où il s'arrange de maniere à occuper un très-petit espace ; les mains des hommes qui voudroient le saisir demeurent attachées à son corps, & il les entraîne dans la mer pour les dévorer.


ICTERE(Medecine) Voyez JAUNISSE.


ICTERIUS LAPIS(Hist. nat.) nom que les anciens ont donné à une pierre fameuse par la vertu de guérir la jaunisse qu'on lui attribuoit. Pline en décrit quatre especes ; la premiere étoit d'un jaune foncé ; la seconde d'un jaune plus pâle & plus transparente ; la troisieme se trouvoit en morceaux applatis, & étoit d'une couleur verdâtre avec des veines foncées ; la quatrieme espece enfin étoit verdâtre, avec des veines noires. Sur une description aussi seche, il est très-difficile de deviner de quelle nature étoit cette pierre si vantée. Voyez Pline, hist. nat. (-)


ICTIARS. m. (Hist. d'Asie) officier qui a passé par tous les grades de son corps, & qui par cette raison a acquis le droit d'être membre du divan. Pococ. aegypt. pag. 166. (D.J.)


IDAS. m. (Géog. anc.) il y a deux montagnes de ce nom également célebres dans les écrits des anciens, l'une dans la Troade, & l'autre dans l'île de Crete.

Le mont Ida en Troade, pris dans toute son étendue, peut être regardé comme un de ces grands réservoirs d'eau, que la nature a formés pour fournir & entretenir les rivieres ; de celles-là, quelques-unes tombent dans la Propontide, comme l'Aesepe & le Granique ; d'autres dans l'Hellespont, comme les deux entre lesquelles la ville d'Abidos étoit située ; j'entends le Ximois, & le Xante qui se joint avec l'Andrius : d'autres enfin vont se perdre au midi dans le Golphe d'Adramyte, entre le Satnioeis & le Cilée. Ainsi Horace, liv. III. ode 20, a eu raison d'appeller l'Ida de la Troade, aquatique, lorsqu'il dit de Ganymede,

Raptus ab aquosâ Idâ.

Diodore de Sicile ajoute que cette montagne est la plus haute de tout l'Hellespont, & qu'elle a au milieu d'elle un antre qui semble fait exprès pour y recevoir des divinités ; c'est là où l'on prétend que Paris jugea les trois déesses, qui disputoient le prix de la beauté. On croit encore que dans ce même endroit, étoient nés les Dactyles d'Ida, qui furent les premiers à forger le fer, ce secret si utile aux hommes, & qu'ils tenoient de la mere des dieux ; ce qui est plus sûr, c'est que le mont Ida s'avance par plusieurs branches vers la mer, & de là vient qu'Homere se sert souvent de cette expression, les montagnes d'Ida. Virgile, Aeneid. liv. III. v. 5. parle de même.

Classemque sub ipsâ

Antandro & Phrygiâ molimur montibus Ida.

En un mot, Homere, Virgile, Strabon, Diodore de Sicile, ne s'expriment guere autrement. En effet le mont Ida qui, comme on sait, est dans cette partie de la Natolie occidentale nommée Aidinzic, ou la petite Aidine, pousse plusieurs branches, dont les unes aboutissent au golphe d'Aidine ou de Booa dans la mer de Marmora ; les autres s'étendent vers l'Archipel à l'ouest, & quelques-unes s'avancent au sud, jusques au golphe de Gueresto, vis-à-vis de l'île de Mételin ; l'ancienne Troade étoit entre ces trois mers.

Parlons à présent du mont Ida de Crete, situé au milieu de cette île. Virgile, Aeneid. liv. III. v. 104. l'appelle mons Idaeus.

Creta Jovis magni medio jacet insula ponto,

Mons Idaeus ubì, & gentis cunabula nostrae.

L'Ida de Crete étoit fameux, non-seulement par les belles villes qui l'environnoient, mais sur-tout parce que selon la tradition populaire, le souverain maître des dieux & des hommes, Jupiter lui-même, y avoit pris naissance. Aussi l'appelle-t-on encore aujourd'hui Monte-Giove, ou Psiloriti.

Cependant cet Ida de Crete n'a rien de beau que son illustre nom ; cette montagne si célebre dans la Poésie, ne présente aux yeux qu'un vilain dos d'âne tout pelé ; on n'y voit ni paysage ni solitude agréable, ni fontaine, ni ruisseau ; à peine s'y trouve-t-il un méchant puits, dont il faut tirer l'eau à force de bras, pour empêcher les moutons & les chevaux du lieu d'y mourir de soif. On n'y nourrit que des haridelles, quelques brebis & de méchantes chevres, que la faim oblige de brouter jusques à la Tragacantha, si hérissée de piquans, que les Grecs l'ont appellée épine de bouc. Ceux donc qui ont avancé que les hauteurs du mont Ida de Candie étoient toutes chauves, & que les plantes n'y pouvoient pas vivre parmi la neige & les glaces, ont eu raison de ne nous point tromper, & de nous en donner un récit très-fidele.

Au reste le nom Ida dérive du grec , qui vient lui-même d', qui signifie voir, parce que de dessus ces montagnes, qui sont très-élevées, la vue s'étend fort loin, tant de dessus le mont Ida de la Troade, que de dessus le mont Ida de Crete. (D.J.)


IDALIUM(Géog. anc.) ville de l'île de Chypre consacrée à la déesse Venus, & qui ne subsistoit plus déja du tems de Pline. Lucain nomme la Troade, Idalis Tellus ; Idalis veut dire le pays du mont Ida. J'ai déja parlé de cette montagne. (D.J.)


IDANHA NUEVA(Géog.) petite ville de Portugal dans la province de Béira, à deux lieues S. O. de la vieille Idanha. Longit. 11. 23. latit. 39. 42. (D.J.)


IDANHA-VELHA(Géog.) c'est-à-dire Idanha la vieille, ville de Portugal dans la province de Béira, elle fut prise d'assaut par les Irlandois en 1704 ; elle est sur le Ponsul, à dix lieues N. E. de Castel-Branco, huit N. O. d'Alcantara. Long. 11. 32. lat. 39. 46. (D.J.)


IDÉALadj. (Gramm.) qui est d'idée. On demande d'un tableau si le sujet en est historique ou idéal ; d'où l'on voit qu'idéal s'oppose à réel. On dit c'est un homme idéal, pour désigner le caractere chimérique de son esprit ; c'est un personnage idéal, pour marquer que c'est une fiction, & non un être qui ait existé ; sa philosophie est toute idéale, par opposition à la philosophie d'observations & d'expérience.

IDEAL, (Docimast.) poids idéal ou fictif. Voyez POIDS FICTIF.


IDÉES. f. (Philos. Log.) nous trouvons en nous la faculté de recevoir des idées, d'appercevoir les choses, de se les représenter. L'idée ou la perception est le sentiment qu'a l'ame de l'état où elle se trouve.

Cet article, un des plus importans de la Philosophie, pourroit comprendre toute cette science que nous connoissons sous le nom de Logique. Les idées sont les premiers degrés de nos connoissances, toutes nos facultés en dépendent. Nos jugemens, nos raisonnemens, la méthode que nous présente la Logique, n'ont proprement pour objet que nos idées. Il seroit aisé de s'étendre sur un sujet aussi vaste, mais il est plus à propos ici de se resserrer dans de justes bornes ; & en indiquant seulement ce qui est essentiel, renvoyer aux traités & aux livres de Logique, aux essais sur l'entendement humain, aux recherches de la vérité, à tant d'ouvrages de Philosophie qui se sont multipliés de nos jours, & qui se trouvent entre les mains de tout le monde.

Nous nous représentons, ou ce qui se passe en nous mêmes, ou ce qui est hors de nous, soit qu'il soit présent ou absent ; nous pouvons aussi nous représenter nos perceptions elles-mêmes.

La perception d'un objet à l'occasion de l'impression qu'il a fait sur nos organes, se nomme sensation.

Celle d'un objet absent qui se représente sous une image corporelle, porte le nom d'imagination.

Et la perception d'une chose qui ne tombe pas sous les sens, ou même d'un objet sensible, quand on ne se le représente pas sous une image corporelle, s'appelle idée intellectuelle.

Voilà les différentes perceptions qui s'allient & se combinent d'une infinité de manieres ; il n'est pas besoin de dire que nous prenons le mot d'idée ou de perception dans le sens le plus étendu, comme comprenant & la sensation & l'idée proprement dite.

Réduisons à trois chefs ce que nous avons à dire sur les idées ; 1°. par rapport à leur origine, 2°. par rapport aux objets qu'elles représentent, 3°. par rapport à la maniere dont elles représentent ces objets.

1°. Il se présente d'abord une grande question sur la maniere dont les qualités des objets produisent en nous des idées ou des sensations ; & c'est sur celles-ci principalement que tombe la difficulté. Car pour les idées que l'ame apperçoit en elle-même, la cause en est l'intelligence, ou la faculté de penser, ou si l'on veut encore, sa maniere d'exister ; & quant à celles que nous acquérons en comparant d'autres idées, elles ont pour causes les idées elles-mêmes, & la comparaison que l'ame en fait. Restent donc les idées que nous acquérons par le moyen des sens ; sur quoi l'on demande comment les objets produisant seulement un mouvement dans les nerfs, peuvent imprimer des idées dans notre ame ? Pour résoudre cette question, il faudroit connoître à fond la nature de l'ame & du corps, ne pas s'en tenir seulement à ce que nous présentent leurs facultés & leurs propriétés, mais pénétrer dans ce mystere inexplicable, qui fait l'union merveilleuse de ces deux substances.

Remonter à la premiere cause, en disant que la faculté de penser a été accordée à l'homme par le Créateur, ou avancer simplement que toutes nos idées viennent des sens ; ce n'est pas assez, & c'est même ne rien dire sur la question : outre qu'il s'en faut de beaucoup que nos idées soient dans nos sens, telles qu'elles sont dans notre esprit, & c'est là la question. Comment à l'occasion d'une impression de l'objet sur l'organe, la perception se forme-t-elle dans l'ame ?

Admettre une influence réciproque d'une des substances sur l'autre, c'est encore ne rien expliquer.

Prétendre que l'ame forme elle-même ses idées, indépendamment du mouvement ou de l'impression de l'objet, & qu'elle se représente les objets desquels par le seul moyen des idées elle acquiert la connoissance, c'est une chose plus difficile encore à concevoir, & c'est ôter toute relation entre la cause & l'effet.

Recourir aux idées innées, ou avancer que notre ame a été créée avec toutes ses idées, c'est se servir de termes vagues qui ne signifient rien ; c'est anéantir en quelque sorte toutes nos sensations, ce qui est bien contraire à l'expérience ; c'est confondre ce qui peut être vrai à certains égards, des principes, avec ce qui ne l'est pas des idées dont il est ici question ; & c'est renouveller des disputes qui ont été amplement discutées dans l'excellent ouvrage sur l'entendement humain.

Assurer que l'ame a toujours des idées, qu'il ne faut point chercher d'autre cause que sa maniere d'être, qu'elle pense lors même qu'elle ne s'en apperçoit pas, c'est dire qu'elle pense sans penser, assertion dont, par cela même qu'on n'en a ni le sentiment ni le souvenir, l'on ne peut donner de preuve.

Pourroit-on supposer avec Malebranche, qu'il ne sauroit y avoir aucune autre preuve de nos idées, que les idées mêmes dans l'être souverainement intelligent, & conclure que nous acquérons nos idées dans l'instant que notre ame les apperçoit en Dieu ? Ce roman métaphysique ne semble-t-il pas dégrader l'intelligence suprème ? La fausseté des autres systèmes suffit-elle pour le rendre vraisemblable ? & n'est-ce pas jetter une nouvelle obscurité sur une question déja très-obscure par elle-même ?

A la suite de tant d'opinions différentes sur l'origine des idées, l'on ne peut se dispenser d'indiquer celle de Leibnitz, qui se lie en quelque sorte avec les idées innées ; ce qui semble déjà former un préjugé contre ce système. De la simplicité de l'ame humaine il en conclut, qu'aucune chose créée ne peut agir sur elle ; que tous les changemens qu'elle éprouve dépendent d'un principe interne ; que ce principe est la constitution même de l'ame, qui est formée de maniere, qu'elle a en elle différentes perceptions, les unes distinctes, plusieurs confuses, & un très-grand nombre de si obscures, qu'à peine l'ame les apperçoit-elle. Que toutes ces idées ensemble forment le tableau de l'univers ; que suivant la différente relation de chaque ame avec cet univers, ou avec certaines parties de l'univers, elle a le sentiment des idées distinctes, plus ou moins, suivant le plus ou moins de relation. Tout d'ailleurs étant lié dans l'univers, chaque partie étant une suite des autres parties ; de même l'idée représentative a une liaison si nécessaire avec la représentation du tout, qu'elle ne sauroit en être séparée. D'où il suit que, comme les choses qui arrivent dans l'univers se succedent suivant certaines lois, de même dans l'ame, les idées deviennent successivement distinctes, suivant d'autres lois adaptées à la nature de l'intelligence. Ainsi ce n'est ni le mouvement, ni l'impression sur l'organe, qui excite des sensations ou des perceptions dans l'ame ; je vois la lumiere, j'entends un son, dans le même instant les perceptions représentatives de la lumiere & du son s'excitent dans mon ame par sa constitution, & par une harmonie nécessaire, d'un côté entre toutes les parties de l'univers, de l'autre entre les idées de mon ame, qui d'obscures qu'elles étoient, deviennent successivement distinctes.

Telle est l'exposition la plus simple de la partie du système de Leibnitz, qui regarde l'origine des idées. Tout y dépend d'une connexion nécessaire entre une idée distincte que nous avons, & toutes les idées obscures qui peuvent avoir quelque rapport avec elle, qui se trouvent nécessairement dans notre ame. Or, l'on n'apperçoit point, & l'expérience semble être contraire à cette liaison entre les idées qui se succedent ; mais ce n'est pas là la seule difficulté que l'on pourroit élever contre ce système, & contre tous ceux qui vont à expliquer une chose qui vraisemblablement nous sera toujours inconnue.

Que notre ame ait des perceptions dont elle ne prend jamais connoissance, dont elle n'a pas la conscience (pour me servir du terme introduit par M. Locke) ou que l'ame n'ait point d'autres idées que celles qu'elle apperçoit, ensorte que la perception soit le sentiment même, ou la conscience qui avertit l'ame de ce qui se passe en elle ; l'un ou l'autre système, auxquels se réduisent proprement tous ceux que nous avons indiqués, n'explique point la maniere dont le corps agit sur l'ame, & celle-ci réciproquement. Ce sont deux substances trop différentes ; nous ne connoissons l'ame que par ses facultés, & ces facultés que par leurs effets : ces effets se manifestent à nous par l'intervention du corps. Nous voyons par-là l'influence de l'ame sur le corps, & réciproquement celle du corps sur l'ame ; mais nous ne pouvons pénétrer au-delà. Le voile restant sur la nature de l'ame, nous ne pouvons savoir ce qu'est une idée considérée dans l'ame, ni comment elle s'y produit ; c'est un fait, le comment est encore dans l'obscurité, & sera sans-doute toujours livré aux conjectures.

2°. Passons aux objets de nos idées. Ou ce sont des être réels, & qui existent hors de nous & dans nous, soit que nous y pensions, soit que nous n'y pensions pas ; tels sont les corps, les esprits, l'être suprème. Ou ce sont des êtres qui n'existent que dans nos idées, des productions de notre esprit qui joint diverses idées. Alors ces êtres ou ces objets de nos idées, n'ont qu'une existence idéale ; ce sont ou des êtres de raison, des manieres de penser qui nous servent à imaginer, à composer, à retenir, à expliquer plus facilement ce que nous concevons ; telles sont les relations, les privations, les signes, les idées universelles, &c. Ou ce sont des fictions distinguées des êtres de raison, en ce qu'elles sont formées par la réunion ou la séparation de plusieurs idées simples, & sont plutôt un effet de ce pouvoir ou de cette faculté que nous avons d'agir sur nos idées, & qui, pour l'ordinaire est désignée par le mot d'imagination. Voyez IMAGINATION. Tel est un palais de diamant, une montagne d'or, & cent autres chimères, que nous ne prenons que trop souvent pour des réalités. Enfin, nous avons, pour objet de nos idées, des êtres qui n'ont ni existence réelle, ni idéale, qui n'existent que dans nos discours, & pour cela on leur donne simplement une existence verbale. Tel est un cercle quarré, le plus grand de tous les nombres, & si l'on vouloit en donner d'autres exemples, on les trouveroit aisément dans les idées contradictoires, que les hommes & même les philosophes joignent ensemble, sans avoir produit autre chose que des mots dénués de sens & de réalité. Ce seroit trop entreprendre que de parcourir dans quelque détail, les idées que nous avons sur ces différens objets ; disons seulement un mot sur la maniere dont les êtres extérieurs & réels se présentent à nous au moyen des idées ; & c'est une observation générale qui se lie à la question de l'origine des idées. Ne confondons pas ici la perception qui est dans l'esprit avec les qualités du corps qui produisent cette perception. Ne nous figurons pas que nos idées soient des images ou des ressemblances parfaites de ce qu'il y a dans le sujet qui les produit ; entre la plûpart de nos sensations & leurs causes, il n'y a pas plus de ressemblance, qu'entre ces mêmes idées & leurs noms ; mais pour éclaircir ceci, faisons une distinction.

Les qualités des objets, ou tout ce qui est dans un objet, se trouve propre à exciter en nous une idée. Ces qualités sont premieres & essentielles, c'est-à-dire, indépendantes de toutes rélations de cet objet avec les autres êtres, & telles qu'il les conserveroit, quand même il existeroit seul. Ou elles sont des qualités secondes, qui ne consistent que dans les relations que l'objet a avec d'autres, dans la puissance qu'il a d'agir sur d'autres, d'en changer l'état, ou de changer lui-même d'état, étant appliqué à un autre objet ; si c'est sur nous qu'il agit, nous appellons ces qualités sensibles ; si c'est sur d'autres, nous les appellons puissances ou facultés. Ainsi la propriété qu'a le feu de nous échauffer, de nous éclairer, sont des qualités sensibles, qui ne seroient rien s'il n'y avoit des êtres sensibles, chez lesquels ce corps peut exciter ces idées ou sensations ; de même la puissance qu'il a de fondre le plomb par exemple, lorsqu'il lui est appliqué, est une qualité seconde du feu, qui excite chez nous de nouvelles idées, qui nous auroient été absolument inconnues, si l'on n'avoit jamais fait l'essai de cette puissance du feu sur le plomb.

Disons que les idées des qualités premieres des objets représentent parfaitement leurs objets ; que les originaux de ces idées existent réellement ; qu'ainsi l'idée que vous vous formez de l'étendue, est véritablement conforme à l'étendue qui existe. Je pense qu'il en est de même des puissances du corps, ou du pouvoir qu'il a en vertu de ses qualités premieres & originales de changer l'état d'un autre, ou d'en être changé. Quand le feu consume le bois, je crois que la plûpart des hommes conçoivent le feu, comme un amas de particules en mouvement, ou comme autant de petits coins qui coupent, séparent les parties solides du bois, qui laissent échapper les plus subtiles & les plus légeres pour s'élever en fumée, tandis que les plus grossieres tombent en forme de cendre.

Mais, pour ce qui est des qualités sensibles, le commun des hommes s'y trompe beaucoup. Ces qualités ne sont point réelles, elles ne sont point semblables aux idées que l'on s'en forme ; ce qui influe pour l'ordinaire, sur le jugement qu'on porte des puissances & des qualités premieres. Cela peut venir de ce que l'on n'apperçoit pas par les sens, les qualités originales dans les élemens dont les corps sont composés ; de ce que les idées des qualités sensibles, qui sont effectivement toutes spirituelles, ne nous paroissent tenir rien de la grosseur, de la figure, ou des autres qualités corporelles ; & enfin de ce que nous ne pouvons pas concevoir, comment ces qualités peuvent produire les idées & les sensations des couleurs, des odeurs, & des autres qualités sensibles, suite du mystere inexplicable qui regne, comme nous l'avons dit, sur la liaison de l'ame & du corps. Mais, pour cela, le fait n'en est pas moins vrai ; & si nous en cherchons les raisons, nous verrons que l'on en a plus d'attribuer au feu, par exemple, de la chaleur, ou de croire que cette qualité du feu que nous appellons la chaleur, nous est fidelement représentée par la sensation à laquelle nous donnons ce nom, que l'on en a de donner à une aiguille qui me pique, la douleur qu'elle me cause ; si ce n'est que nous voyons distinctement l'impression que l'aiguille produit chez moi, en s'insinuant dans ma chair, au lieu que nous n'appercevons pas la même chose à l'égard du feu ; mais cette différence, fondée uniquement sur la portée de nos sens, n'a rien d'essentiel. Autre preuve encore du peu de réalité des qualités sensibles, & de leur conformité à nos idées, ou sensations ; c'est que la même qualité nous est représentée par des sensations très-différentes, de douleur ou de plaisir suivant les tems & les circonstances. L'expérience montre d'ailleurs en plusieurs cas, que ces qualités que les sens nous font appercevoir dans les objets, ne s'y trouvent réellement pas. D'où nous nous croyons fondés à conclure que les qualités originelles des corps sont des qualités réelles, qui existent réellement dans les corps, soit que nous y pensions, soit que nous n'y pensions pas, & que les perceptions que nous en avons, peuvent être conformes à leurs objets ; mais que les qualités sensibles n'y sont pas plus réellement que la douleur dans une aiguille ; qu'il y a dans les corps quelques qualités premieres, qui sont les sources & les principes des qualités secondes, ou sensibles, lesquelles n'ont rien de semblable avec celles-ci qui en dérivent, & que nous prêtons aux corps.

Faites que vos yeux ne voyent ni lumiere ni couleur, que vos oreilles ne soient frappées d'aucun son, que votre nez ne sente aucune odeur ; dès-lors toutes ces couleurs, ces sons, & ces odeurs s'évanouiront & cesseront d'exister. Elles rentreront dans les causes qui les ont produites, & ne seront plus ce qu'elles sont réellement, une figure, un mouvement, une situation de partie : aussi un aveugle n'a-t-il aucune perception de la lumiere, des couleurs.

Cette distinction bien établie pourroit nous mener à la question de l'essence & des qualités essentielles des êtres, à faire voir le peu d'exactitude des idées que nous nous formons des êtres extérieurs ; à ce que nous connoissons des substances, & à ce qui nous en restera toujours inconnu, aux modes ou aux manieres d'être, & à ce qui en fait le principe ; mais outre que cela nous meneroit trop loin, on trouvera ces sujets traités dans les articles relatifs. Contentons-nous d'avoir indiqué cette distinction sur la maniere de connoître les qualités premieres, & les qualités sensibles d'un objet, & passons aux êtres qui n'ont qu'une existence idéale. Pour les faire connoître, nous choisissons, comme ayant un rapport distinct à nos perceptions, ceux que notre esprit considere d'une maniere générale, & dont il se forme ce que l'on appelle idées universelles.

Si je me représente un être réel, & que je pense en même tems à toutes les qualités qui lui sont particulieres, alors l'idée que je me fais de cet individu, est une idée singuliere ; mais, si écartant toutes ces idées particulieres, je m'arrête seulement à quelques qualités de cet être, qui soient communes à tous ceux de la même espece, je forme par-là une idée universelle, générale.

Nos premiéres idées sont visiblement singulieres. Je me fais d'abord une idée particuliere de mon pere, de ma nourrice ; j'observe ensuite d'autres êtres qui ressemblent à ce pere, à cette femme, par la forme, par le langage, par d'autres qualités. Je remarque cette ressemblance, j'y donne mon attention, je la détourne des qualités par lesquelles mon pere, ma nourrice, sont distingués de ces êtres ; ainsi je me forme une idée à laquelle tous ces êtres participent également ; je juge ensuite par ce que j'entends dire, que cette idée se trouve chez ceux qui m'environnent, & qu'elle est désignée par le mot d'hommes. Je me fais donc une idée générale, c'est-à-dire, j'écarte de plusieurs idées singulieres, ce qu'il y a de particulier à chacune, & je ne retiens que ce qu'il y a de commun à toutes : c'est donc à l'abstraction que ces sortes d'idées doivent leur naissance. Voyez ABSTRACTION.

Nous avons raison de les ranger dans la classe des êtres de raison, puisqu'elles ne sont que des manieres de penser, & que leurs objets qui sont des êtres universels, n'ont qu'une existence idéale, qui néanmoins a son fondement dans la nature des choses, ou dans la ressemblance des individus ; d'où il suit qu'en observant cette ressemblance des idées singulieres, on se forme des idées générales ; qu'en retenant la ressemblance des idées générales, on vient à s'en former de plus générales encore ; ainsi l'on construit une sorte d'échelle ou de pyramide qui monte par dégrés, depuis les individus jusqu'à l'idée de toutes, la plus générale, qui est celle de l'être.

Chaque degré de cette pyramide, à l'exception du plus haut & du plus bas, sont en même tems espece & genre ; espece, relativement au dégré supérieur ; genre, par rapport à l'inferieur. La ressemblance entre plusieurs personnages de différentes nations, leur fait donner le nom d'hommes. Certains rapports entre les hommes & les bêtes, les fait ranger sous une même classe, désignée sous le nom d'animaux. Les animaux ont plusieurs qualités communes avec les plantes, on les renferme sous le nom d'êtres vivans ; l'on peut aisément ajoûter des degrés à cette échelle. Si on la borne là, elle présente l'être vivant, pour le genre, ayant sous lui deux especes, les animaux & les plantes, qui, relativement à des dégrés inférieurs, deviennent à leur tour des genres.

Sur cette exposition des idées universelles, qui ne sont telles, que parce qu'elles ont moins de parties, moins d'idées particulieres, il semble qu'elles devroient être d'autant plus à la portée de notre esprit. Cependant l'expérience fait voir que plus les idées sont abstraites, & plus on a de peine à les saisir & à les retenir, à moins qu'on ne les fixe dans son esprit par un nom particulier, & dans sa mémoire, par un emploi fréquent de ce nom ; c'est que ces idées abstraites ne tombent ni sous les sens, ni sous l'imagination, qui sont les deux facultés de notre ame, dont nous aimons le plus à faire usage. Que pour produire ces idées universelles ou abstraites, il faut entrer dans le détail de toutes les qualités des êtres, observer & retenir celles qui sont communes, écarter celles qui sont propres à chaque individu ; ce qui ne se fait pas sans un travail d'esprit, pénible pour le commun des hommes & qui devient difficile, si l'on n'appelle les sens & l'imagination au secours de l'esprit, en fixant ces idées par des noms ; mais, ainsi déterminées, elles deviennent les plus familieres & les plus communes. L'étude & l'usage des langues nous apprennent que presque tous les mots, qui sont des signes de nos idées, sont des termes généraux, d'où l'on peut conclure, que presque toutes les idées des hommes sont des idées générales, & qu'il est beaucoup plus aisé & plus commode de penser ainsi d'une maniere universelle. Qui pourroit en effet imaginer & retenir des noms propres pour tous les êtres que nous connoissons ? A quoi aboutiroit cette multitude de noms singuliers ? Nos connoissances, il est vrai, sont fondées sur les existences particulieres, mais elles ne deviennent utiles que par des conceptions générales des choses, rangées pour cela sous certaines especes, & appellées d'un même nom.

Ce que nous venons de dire sur les idées universelles, peut s'étendre à tous les objets de nos perceptions, dont l'existence n'est qu'idéale : passons à la maniere dont elles nous peignent ces objets.

3°. A cet égard on distingue les idées, en idées claires ou obscures, appliquant par analogie à la vûe de l'esprit, les mêmes termes dont on se sert pour le sens de la vûe. C'est ainsi que nous disons qu'une idée est claire, quand elle est telle, qu'elle suffit pour nous faire connoître ce qu'elle représente, dès que l'objet vient à s'offrir à nous. Celle qui ne produit pas cet effet, est obscure. Nous avons une idée claire de la couleur rouge, lorsque, sans hésiter, nous la discernons de toute autre couleur ; mais bien des gens n'ont que des idées obscures des diverses nuances de cette couleur, & les confondent les unes avec les autres, prenant, par exemple, le couleur de cerise pour le couleur de rose. Celui-là a une idée claire de la vertu, qui sait distinguer sûrement une action vertueuse d'une qui ne l'est pas ; mais c'est en avoir une idée obscure, que de prendre des vices à la mode pour des vertus.

La clarté & l'obscurité des idées peuvent avoir divers degrés, suivant que ces idées portent avec elles plus ou moins de marques propres à les discerner de toute autre. L'idée d'une même chose peut être plus claire chez les uns, moins claire chez les autres ; obscure pour ceux-ci, très-obscure à ceux-là ; de même elles peuvent être obscures dans un tems, & devenir très-claires dans un autre. Ainsi une idée claire peut être subdivisée en idée distincte & confuse. Distincte, quand nous pouvons detailler ce que nous avons observé dans cette idée, indiquer les marques qui nous les font reconnoître, rendre compte des différences qui distinguent cette idée d'autres à peu-près semblables ; mais on doit appeller une idée confuse, lorsqu'étant claire, c'est-à-dire distinguée de toute autre, on n'est pas en état d'entrer dans le détail de ses parties.

Il en est encore ici comme du sens de la vûe. Tout objet vû clairement ne l'est pas toujours distinctement. Quel objet se présente avec plus de clarté que le soleil, & qui pourroit le voir distinctement à moins que d'affoiblir son éclat ? des exemples diront mieux que les définitions. L'idée de la couleur rouge est une idée claire, car l'on ne confondra jamais le rouge avec une autre couleur ; mais si l'on demande à quelqu'un, à quoi donc il reconnoît la couleur rouge, il ne saura que repondre. Cette idée claire est donc confuse pour lui, & je crois qu'on peut dire la même chose de toutes les perceptions simples. Combien de gens qui ont une idée claire de la beauté d'un tableau, qui guidés par un goût juste & sûr, n'hésiteront pas à le distinguer sur dix autres tableaux médiocres. demandez-leur ce qui les détermine à trouver cette peinture bonne, & ce qui en fait la beauté, ils ne sauront pas rendre raison de leur jugement, parce qu'ils n'ont pas une idée distincte de la beauté. Et voilà une différence sensible entre une idée simplement claire, & une idée distincte ; c'est que celui qui n'a qu'une idée claire d'une chose, ne sauroit la communiquer à un autre. Si vous vous adressez à un homme qui n'a qu'une idée claire, mais confuse de la beauté d'un poëme, il vous dira que c'est l'Iliade, l'Enéide, ou il ajoûtera quelques synonymes ; c'est un poëme qui est sublime, noble, harmonieux, qui ravit, qui enchante ; des mots tant que vous voudrez, mais des idées, n'en attendez pas de lui.

Ce ne sont aussi que les idées distinctes qui sont propres à étendre nos connoissances, & qui par-là sont préférables de beaucoup aux idées simplement claires, qui nous séduisent par leur éclat, & nous jettent cependant dans l'erreur ; ce qui mérite que l'on s'y arrête pour faire voir que, quoique distinctes, elles sont encore susceptibles de perfection. Pour cela une idée distincte doit être complete , c'est-à-dire qu'elle doit renfermer les marques propres à faire reconnoître son objet en tout tems & en toutes circonstances. Un fou, dit-on, est un homme qui allie des idées incompatibles ; voilà peut-être une idée distincte, mais fournit-elle des marques pour distinguer en tout tems un fou d'un homme sage ?

Outre cela les idées distinctes doivent être ce qu'on appelle dans l'école adéquates. On donne ce nom à une idée distincte des marques même qui distinguent cette idée ; un exemple viendra au secours de cette définition. On a une idée distincte de la vertu, quand on sait que c'est l'habitude de conformer ses actions libres à la loi naturelle. Cette idée n'est ni complete ment distincte, ni adéquate, quand on ne sait que d'une maniere confuse ce que c'est que l'habitude de conformer ses actions à une loi, ce que c'est qu'une action libre. Mais elle devient complete & adéquate, quand on se dit qu'une habitude est une facilité d'agir, qui s'acquiert par un fréquent exercice ; que conformer ses actions à une loi, c'est choisir entre plusieurs manieres d'agir également possibles, celle qui suit la loi ; que la loi naturelle est la volonté du Législateur suprême qu'il a fait connoître aux hommes par la raison & par la conscience ; qu'enfin les actions libres sont celles qui dépendent du seul acte de notre volonté.

Ainsi l'idée de vertu emporte tout ceci, une facilité acquise par un fréquent exercice, de choisir entre plusieurs manieres d'agir, que nous pouvons exécuter par le seul acte de notre volonté, celle qui s'accommode le mieux à ce que la raison & la conscience nous représentent, comme conformes à la volonté de Dieu ; & cette idée de la vertu est non-seulement distincte, mais adéquate au premier degré. Pour la rendre plus distincte encore, on pourroit pousser cette analyse plus loin, & en cherchant les idées distinctes de tout ce qui entre dans l'idée de vertu, on seroit surpris combien ce mot embrasse de choses, auxquelles la plûpart de ceux qui l'emploient, ne pensent gueres. Il convient même de s'arrêter quand on est parvenu à des idées claires, mais confuses que l'on ne peut plus résoudre ; aller au-de-là ce seroit manquer son but, qui ne peut être que de former un raisonnement pour s'éclairer soi-même, ou pour communiquer aux autres ce que nous avons dans l'esprit. Dans le second cas nous remplissons nos vûes, lorsque nous nous faisons entendre de celui à qui nous parlons : au premier il suffit d'être parvenu à des principes assez certains, pour que nous puissions y donner notre assentiment.

De-là on peut conclure l'importance de ne pas se contenter d'idées confuses dans les cas où l'on peut s'en procurer de distinctes ; c'est ce qui donne cette netteté d'esprit qui en fait toute la justice. Pour cela il faut s'exercer de bonne heure & assidument sur les objets les plus simples, les plus familiers, en les considérant avec attention sous toutes leurs faces, & sous toutes les relations qu'ils peuvent avoir en les comparant ensemble, en ayant égard aux moindres différences, & en observant l'ordre & la liaison qu'elles ont entr'elles.

Passant ensuite à des objets plus composés, on les observera avec la même exactitude, & l'on se fera par-là une habitude d'avoir presque sans travail & sans peine des idées distinctes, & même de discerner toutes les idées particulieres qui entrent dans la composition de l'idée principale. C'est ainsi qu'en analysant les idées de plusieurs objets, l'on parviendra à acquérir cette qualité d'esprit qu'on désigne par le mot profondeur. Au contraire en négligeant cette attention, l'on n'aura jamais qu'un esprit superficiel qui se contente des idées claires, & qui n'aspire point à s'en former de distinctes ; qui donne beaucoup à l'imagination, peu au jugement, qui ne saisit les choses que par ce qu'elles ont de sensible, ne voulant ou ne pouvant avoir d'idées de ce quelles ont d'abstrait & de spirituel ; esprit qui peut se faire écouter, mais qui pour l'ordinaire est un fort mauvais guide.

C'est sur-tout le manque d'attention à examiner les objets de nos idées, à nous les rendre familiers, qui fait que nous n'en avons que des idées obscures ; & comme nous ne pouvons pas toujours conserver présens les objets dont nous avons acquis même des idées distinctes, la mémoire vient à notre secours pour nous les retracer ; mais, si alors nous ne donnons pas la même attention à cette faculté de notre ame, l'expérience fait voir que les idées s'effaçent autant, & par les mêmes degrés par lesquels elles ont été acquises & se sont gravées dans l'ame, ensorte que nous ne pouvons plus nous représenter l'objet quand il est absent, ni le reconnoître quand il est présent : des idées légérement saisies, imparfaitement digérées, quoique distinctes, ne seront bientôt plus que claires, ensuite confuses, puis obscures, & deviendront si obscures qu'elles se réduisent à rien. L'exemple de la maniere dont un jeune homme transporté en pays étranger, vient à oublier sa langue maternelle apprise par routine, en seroit une preuve, si l'on n'en avoit une infinité d'autres.

La maniere de voir, d'envisager un objet, de le considérer avec attention sous toutes ses faces, de l'étudier, de ranger dans son esprit sous un certain ordre les idées particulieres qui en dépendent, de s'appliquer à se rendre familiers les premiers principes & les propositions générales, de se les rappeller souvent, de ne pas s'occuper de trop d'objets à la fois, ni d'objets qui ayant trop de rapports peuvent se confondre ; de ne point passer d'un objet à l'autre qu'on ne s'en soit fait une idée distincte s'il est possible. Tout cela forme une méthode de se représenter les objets, de connoître, d'étudier, sur laquelle on ne peut prescrire ici toutes les regles, que l'on trouvera dans un traité de logique bien fait.

Convenons cependant qu'il est des choses, dont avec toute l'attention & la disposition possible, on ne peut parvenir à se faire des idées distinctes, soit parce que l'objet est trop composé, soit parce que les parties de cet objet different trop peu entr'elles pour que nous puissions les demêler & en saisir les différences, soit qu'elles nous échappent par leur peu de proportion avec nos organes, ou par leur éloignement, soit que l'essentiel d'une idée, ce qui la distingue de toute autre, se trouve enveloppé de plusieurs circonstances étrangeres qui les dérobent à notre pénétration. Toute machine trop composée, le corps humain, par exemple, est tellement combiné dans toutes ses parties, que la sagacité des plus habiles n'y peut voir la millieme partie de ce qu'il y auroit à connoître, pour s'en former une idée complete ment distincte. Le microscope, le télescope nous ont donné à la vérité des idées plus distinctes sur des objets, qui avant ces découvertes, étoient dans le second cas, c'est-à-dire très-obscures par la petitesse ou l'éloignement de ces objets, & encore combien sommes-nous éloignés d'en avoir des idées nettes ! La plûpart des hommes n'ont qu'une idée assez obscure de ce qu'ils entendent par le mot de cause, parce que dans la production d'un effet la cause se trouve ordinairement enveloppée, & tellement jointe à diverses choses, qu'il leur est difficile de discerner en quoi elle consiste.

Cet exemple même nous indique un obstacle à nous procurer des idées distinctes, c'est l'imperfection & l'abus des mots comme signes représentatifs, mais signes arbitraires de nos idées. Voyez MOTS, SYNTAXE. Il n'est que trop fréquent, & l'expérience nous montre tous les jours que l'on est dans l'habitude d'employer des mots sans y joindre d'idées précises, ou même aucune idée, de les employer tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, ou de les lier à d'autres, qui en rendent la signification indéterminée, & de supposer toujours comme on le fait, que les mots excitent chez les autres les mêmes idées que nous y avons attachées. Comment se faire des idées distinctes avec des signes aussi équivoques ? Le meilleur conseil que l'on puisse donner contre cet abus, c'est qu'après s'être appliqué à n'avoir que des idées bien nettes & bien terminées, nous n'employons jamais, ou du moins le plus rarement qu'il nous sera possible, de mots qui ne nous donnent du moins une idée claire, que nous tâchions de fixer la signification de ces mots ; qu'en cela nous suivions autant qu'on le pourra, l'usage commun, & qu'enfin nous évitions de prendre le même mot en deux sens différens. Si cette regle générale dictée par le bon sens, étoit suivie & observée dans tous ses détails avec quelque soin, les mots bien loin d'être un obstacle, deviendroient un aide, un secours infini à la recherche de la vérité, par le moyen des idées distinctes, dont ils doivent être les signes. C'est à l'article des définitions & à tant d'autres, sur la partie philosophique de la Grammaire que nous renvoyons.

Quelque étendue que l'on ait donné à cet article, il y auroit encore bien des choses à dire sur nos idées, considérées relativement aux facultés de notre ame, sur leurs usages, comme étant les sources de nos jugemens, & les principes de nos connoissances. Mais tout cela a été dit, & se trouve dans un si grand nombre de bons ouvrages sur l'art de penser & de communiquer nos pensées, qu'il seroit superflu de s'y arrêter davantage. Quiconque voudra méditer sur ce qui se passe en lui, lorsqu'il s'applique à la recherche de quelque vérité, s'instruira mieux par lui-même de la nature des idées, de leurs objets, & de leur utilité.

IDEE, s. f. (Antiq. grecq. & rom.) Idaea, surnom de Cybele, qu'on adoroit particulierement sur le mont Ida ; par la même raison ses ministres les dactyles, ou les corybantes, étoient appellés Idéens, mais ils ne tenoient cette qualification que de l'honneur qu'ils avoient de servir la mere des dieux ; on la nommoit par excellence Idaea magna mater, & c'est elle que regardent les inscriptions avec ces trois lettres I. M. M. Idaeae magnae matri. On célébroit solemnellement dans toute la Phrygie la fête sacrée de la mere Idéenne, par des sacrifices & des jeux, & on promenoit sa statue au son de la flûte & du tympanon.

Les Romains lui sacrifierent à leur tour, & instituerent des jeux à sa gloire, avec les cérémonies romaines ; mais ils y employerent des Phrygiens & des Phrygiennes, qui portoient par la ville la statue de Cybele, en sautant, dansant, battant de leurs tambours, & jouant de leurs crotales. Denys d'Halycarnasse remarque qu'il n'y avoit aucun citoyen de Rome qui se mêlât avec ces Phrygiens, & qui fût initié dans les mysteres de la déesse. (D.J.)


IDÉENDACTYLE, (Littérat.) prêtre de Jupiter, sur le mont Ida en Phrygie, ou dans l'île de Crete. On n'est d'accord ni sur l'origine des dactyles idéens, ni sur leur nombre, ni sur leurs fonctions. On les confond avec les curetes, les corybantes, les telchines, & les cabires ; on peut consulter sur cet article, parmi les anciens, Diodore de Sicile, lib. V. & XVII. Strabon, lib. X. p. 473. le Scholiaste d'Apollonius de Rhodes, lib. I. Eustathe sur Homere, Iliad. 2. p. 353. & Pausanias, lib. V. cap. xvij.

Ce furent les dactyles idéens de Crete qui les premiers fondirent la mine de fer, après avoir appris dans l'incendie des forêts du mont Ida que cette mine étoit fusible. La chronique de Paros (Epoch. 11. Marm. oxon. p. 163.) met cette découverte dans l'année de cette chronique 1168, sous le regne de Pandion à Athenes, & l'attribue aux deux dactyles idéens, nommés Celmis & Damnacé ; voyez les mémoires de l'acad. des Inscr. tom. XIV. & le mot DACTYLE.


IDENTIFIERv. act. & neut. (Gram.) de deux ou plusieurs choses différentes n'en faire qu'une ; on dit aussi s'identifier.


IDENTIQUEadj. Voyez son substantif IDENTITE.

IDENTIQUE, (Alg.) on appelle équation identique celle dont les deux membres sont les mêmes, ou contiennent les mêmes quantités, sous la même ou sous différentes formes ; par exemple, a = a, ou aa - xx = (a + x) x (a - x), sont des équations identiques. Dans ces équations, si on passe tous les termes d'un même côté, on trouve qu'ils se détruisent mutuellement, & que tout se réduit à o = o, ce qui n'apprend rien. Ces sortes d'équations ne servent à rien pour la solution des problêmes, & il faut prendre garde dans la solution de certains problèmes compliqués de tomber dans des équations identiques ; car on croiroit être parvenu à la solution, & l'on se tromperoit : c'est ce qui arrive quelquefois ; par exemple, on veut transformer une courbe en une autre, on croit avoir résolu le problème, parce qu'on est parvenu à une équation qui en apparence differe de la proposée, & on n'a fait quelquefois que transformer les axes. (O)

IDENTITE, s. f. (Métaphysiq.) l'identité d'une chose est ce qui fait dire qu'elle est la même & non une autre ; il paroît ainsi qu'identité & unité ne different point, sinon par certain regard de tems & de lieu. Une chose considérée en divers lieux, ou en divers tems, se retrouvant ce qu'elle étoit, est alors dite la même chose. Si vous la considériez sans nulle différence de tems ni de lieu, vous la diriez simplement une chose ; car par rapport au même tems & au même lieu, on dit voilà une chose, & non voilà la même chose.

Nous concevons différemment l'identité en différens êtres ; nous trouvons une substance intelligente, toûjours précisément la même, à raison de son unité ou indivisibilité, quelques modifications qu'il y survienne, telles que ses pensées ou ses sentimens. Une même ame n'en est pas moins précisément la même, pour éprouver des changemens d'augmentation ou de diminution de pensées ou de sentimens ; au lieu que dans les êtres corporels, une portion de matiere n'est plus dite précisément la même, quand elle reçoit continuellement augmentation ou altération dans ses modifications, telles que sa figure & son mouvement.

Observons que l'usage admet une identité de ressemblance, qui se confond souvent avec la vraie identité ; par exemple, en versant d'une bouteille de vin en deux verres, on dit que dans l'un & l'autre verre c'est le même vin ; & en faisant deux habits d'une même piece de drap, on dit que les deux habits sont de même drap. Cette identité n'est que dans la ressemblance, & non dans la substance, puisque la substance de l'un peut se trouver détruite, sans que la substance de l'autre se trouve altérée en rien. Par la ressemblance deux choses sont dites aussi la même, quand l'une succede à l'autre dans un changement imperceptible, bien que très-réel, ensorte que ce sont deux substances toutes différentes ; ainsi la substance de la riviere de Seine change tous les jours imperceptiblement, & par-là on dit que c'est toûjours la même riviere, bien que la substance de l'eau qui forme cette riviere change & s'écoule à chaque instant ; ainsi le vaisseau de Thesée étoit dit toûjours le même vaisseau de Thesée, bien qu'à force d'être radoubé il ne restât plus un seul morceau du bois dont il avoit été formé d'abord ; ainsi le même corps d'un homme à cinquante ans n'a-t-il plus rien peut-être de la substance qui composoit le même corps quand cet homme n'avoit que six mois, c'est-à-dire qu'il n'y a souvent dans les choses materielles qu'une identité de ressemblance, que l'équivoque du mot fait prendre communément pour une identité de substance. Quelque mince que paroisse cette observation, on en peut voir l'importance par une réflexion de M. Bayle, dans son Dictionnaire critique, au mot Spinosa, lettre L. Il montre que cette équivoque pitoyable est le fondement de tout le fameux système de Spinosa.

Séneque fait un raisonnement sophistique, en le composant des différentes significations du terme d'identité. Pour consoler un homme de la perte de ses amis, il lui représente qu'on peut en acquérir d'autres ; mais ils ne seront pas les mêmes ? ni vous non plus, dit-il, vous n'êtes pas le même, vous changez toujours. Quand on se plaint que de nouveaux amis ne remplacent pas ceux qu'on a perdus, ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas de la même humeur, du même âge, &c. ce sont là des changemens par où nous passons ; mais nous ne devenons pas nous-mêmes d'autres individus, comme les amis nouveaux sont des individus différens des anciens.

M. Locke me paroît définir juste l'identité d'une plante, en disant que l'organisation qui lui a fait commencer d'être plante subsiste : il applique la même idée au corps humain.

IDENTITE, (Gramm.) terme introduit récemment dans la Grammaire, pour exprimer le rapport qui sert de fondement à la concordance. Voyez CONCORDANCE.

Un simple coup d'oeil jetté sur les différentes especes de mots, & sur l'unanimité des usages de toutes les langues à cet égard, conduit naturellement à les partager en deux classes générales, caractérisées par des différences purement matérielles. La premiere classe comprend toutes les especes de mots déclinables, je veux dire les noms, les pronoms, les adjectifs & les verbes, qui, dans la plûpart des langues, reçoivent à leurs terminaisons des changemens qui désignent des idées accessoires de relation, ajoutées à l'idée principale de leur signification. La seconde classe renferme les especes de mots indéclinables, c'est-à-dire les adverbes, les prépositions, les conjonctions & les interjections, qui gardent dans le discours une forme immuable, parce qu'ils expriment constamment une seule & même idée principale.

Entre les inflexions accidentelles des mots de la premiere classe, les unes sont communes à toutes les especes qui y sont comprises, & les autres sont propres à quelqu'une de ces especes. Les inflexions communes sont les nombres, les cas, les genres & les personnes ; les tems & les modes sont des inflexions propres au verbe.

C'est entre les inflexions communes aux mots qui ont quelque correlation, qu'il y a, & qu'il doit y avoir concordance dans toutes les langues qui admettent ces inflexions. Mais pour établir cette concordance, il faut d'abord déterminer l'inflexion de l'un des mots corrélatifs, & ce sont les besoins réels de l'énonciation, d'après ce qui existe dans l'esprit de celui qui parle, qui reglent cette premiere détermination, conformément aux usages de chaque langue : les autres mots correlatifs se revêtent ensuite des inflexions correspondantes, par imitation, & pour être en concordance avec leur correlatif, qui leur sert comme d'original : celui-ci est dominant, les autres sont subordonnés. C'est ordinairement un nom ou un pronom qui est le correlatif dominant ; les adjectifs & les verbes sont subordonnés : c'est à eux à s'accorder, & la concordance de leurs inflexions avec celles du nom ou du pronom, est comme une livrée qui atteste leur dépendance.

Cette dépendance est fondée sur un rapport, qui est selon les meilleurs Grammairiens modernes, un rapport d'identité. On voit en effet que le nom & l'adjectif qui l'accompagne par opposition, ne font qu'un, n'expriment ensemble qu'une seule & même chose indivisible ; la loi naturelle, la loi politique, la loi évangélique, sont trois objets différens, mais il n'y en a que trois ; la loi naturelle est un objet aussi unique que la loi en général. C'est la même chose du verbe avec son sujet ; le soleil luit, est une expression qui ne présente à l'esprit qu'une seule idée indivisible.

Cependant l'adjectif & le verbe expriment très-distinctement une idée attributive, fort différente du sujet exprimé par le nom ou par le pronom : comment peut-il y avoir identité entre des idées si disparates ?

C'est que les noms & les pronoms présentent à l'esprit des êtres déterminés, voyez NOM & PRONOM, & que les adjectifs & les verbes présentent à l'esprit des sujets quelconques sous une idée précise, applicable à tout sujet déterminé qui en est susceptible ; voyez VERBE. Or il en est, dans le discours, de cette idée vague de sujet quelconque, comme de la signification générale & indéfinie des symboles algébriques dans le calcul : de part & d'autre, la généralisation des idées n'a été instituée que pour éviter l'embarras des cas particuliers trop multipliés ; mais de part & d'autre, c'est à la charge de ramener la précision dans chaque occurrence par des applications particulieres ou individuelles.

C'est la concordance des inflexions de l'adjectif ou du verbe avec celles du nom ou du pronom, qui désigne l'application du sens vague de l'un au sens précis de l'autre, & l'identification du sujet vague présenté par la premiere espece, avec le sujet déterminé énoncé par la seconde.

Pour prévenir une erreur dans laquelle bien des gens pourroient tomber, puisque M. l'abbé Fromant y a donné lui-même, qu'il me soit permis d'insister un peu sur la véritable idée que l'on doit prendre de l'identité, qui sert de fondement à la concordance. J'ose avancer que ce grammairien n'en a pas une idée exacte ; il la suppose entre le sujet d'un mode & ce mode : en voici la preuve dans son supplément, aux ch. ij. iij. & iv. de la II. partie de la gramm. gén. pag. 62. Il rapporte d'abord un passage de M. du Marsais, extrait de l'article adjectif, dans lequel il assure que la concordance n'est fondée que sur l'identité physique de l'adjectif avec le substantif ; puis il discute ainsi l'opinion du grammairien philosophe.

" S'il y a des adjectifs qui marquent l'appartenance sans marquer l'identité physique, il s'ensuit que la concordance n'est pas fondée uniquement sur cette identité, comme le prétend M. du Marsais. Or dans ces expressions meus liber, Evandrius ensis, meus marque l'appartenance du livre à moi, Evandrius marque l'appartenance de l'épée à Evandre ; ces deux mots meus liber, & ces deux autres Evandrius ensis, présentent à l'esprit deux objets divers, dont l'un n'est pas l'autre ; & bien loin de désigner l'identité physique, ils indiquent au contraire une vraie diversité physique. Meus liber équivaut à liber mei, , le livre de moi ; Evandrius ensis équivaut à ensis Evandri, l'épée d'Evandre ; par conséquent le sentiment qui fonde la concordance sur l'identité physique n'est pas exact, & M. du Marsais n'a point tant à se glorifier d'en être l'auteur ; encore s'il eût dit que la concordance est fondée sur l'identité physique ou métaphysique, il auroit rendu ce sentiment probable : ce n'est pas moi qui suis une même chose avec mon livre, c'est la qualité d'être à moi, c'est la propriété de m'appartenir qui est une même chose avec mon livre ; de même ce n'est pas Evandre qui est une même chose avec son épée, mais c'est la qualité d'être à Evandre. On peut soutenir qu'il y a rapport d'identité métaphysique entre la qualité d'appartenir & la chose appartenante ; mais on ne prouvera jamais, ce me semble, qu'il puisse s'y trouver un rapport d'identité physique, puisque l'appartenance n'est qu'une qualité métaphysique ".

La doctrine de M. Fromant sur l'identité n'est point équivoque, mais elle confond positivement la nature des choses. L'identité ne suppose pas deux choses différentes, il n'y auroit plus d'identité ; elle suppose seulement deux aspects d'un même objet : or une substance & un mode sont des choses si différentes, que nous en avons nécessairement des idées toutes différentes, & conséquemment il ne peut jamais y avoir d'identité, sous quelque dénomination que ce soit, entre une substance & un mode.

L'identité qui fonde la concordance est donc l'identité du sujet, présenté d'une maniere vague & indéfinie dans les adjectifs & dans les verbes, & d'une maniere précise & déterminée dans les noms & dans les pronoms. Ces deux mots, pour me servir du même exemple, meus liber, ne présentent pas à l'esprit deux objets divers ; meus exprime un être quelconque qualifié par la propriété de m'appartenir, & liber exprime un être déterminé qui a cette propriété : la concordance de meus avec liber, indique que le sujet actuel de la qualification exprimée par l'adjectif meus, est l'être particulier déterminé par le nom liber : meus, par lui-même, exprime un sujet quelconque ainsi qualifié ; mais dans le cas présent, il est appliqué au sujet particulier liber ; & dans un autre, il pourroit être appliqué à un autre sujet, en vertu même de son indétermination. La concordance indique donc l'application du sens vague d'une espece au sens précis de l'autre ; & l'identité, si j'ose le dire, très-physique du sujet énoncé par les deux especes de mots, sous des aspects différens.

Peut-être y a-t-il en effet peu d'exactitude à dire, l'identité physique de l'adjectif avec le substantif, comme a fait M. du Marsais, parce que l'adjectif & le substantif sont des mots absolument différens, & qui ne peuvent jamais être un même & unique mot : l'identité n'appartient pas aux différens signes d'un même objet, mais à l'objet désigné par différens signes. Il me semble pourtant que l'on pourroit regarder l'expression de M. du Marsais comme un abrégé de celle que la justesse métaphysique paroît exiger ; mais quand cela ne seroit point, ne faut-il donc avoir aucune indulgence pour la premiere exposition d'un principe véritablement utile & lumineux ? Et un petit défaut d'exactitude peut-il empêcher que M. du Marsais n'ait à se glorifier beaucoup d'être l'auteur de ce principe ? M. Fromant lui-même ne doit guere se glorifier d'en avoir fait une censure si peu mesurée & si peu juste ; je dis, si peu juste, car il est évident que c'est pour avoir mal compris le vrai sens du principe de l'identité, qu'il est tombé dans l'inconséquence qui a été remarquée en un autre lieu. Voyez GENRE. Art. de M. BEAUZEE.


IDESLES, s. f. plur. (Calendrier romain) idus, uum, ce terme étoit d'usage chez les Romains pour compter & distinguer certains jours du mois ; on se sert encore de cette méthode dans la chancellerie romaine, & dans le calendrier du breviaire.

Les ides venoient le treizieme jour de chaque mois, excepté dans les mois de Mars, de Mai, de Juillet & d'Octobre, où elles tomboient le quinzieme, parce que ces quatre mois avoient six jours devant les nones, & les autres en avoient seulement quatre.

On donnoit huit jours aux ides ; ainsi le huitieme dans les mois de Mars, Mai, Juillet & Octobre, & le sixieme dans les huit autres, on comptoit le huitieme avant les ides, & de même en diminuant jusqu'au douze ou au quatorze, qu'on appelloit la veille des ides, parce que les ides venoient le treize ou le quinze, selon les différens mois.

Ceux qui veulent employer cette maniere de dater, doivent encore savoir que les ides commencent le lendemain du jour des nones, & se ressouvenir qu'elles durent huit jours : or les nones de Janvier étant le cinquieme dudit mois, on datera le sixieme de Janvier, octavo idus Januarii, huit jours avant les ides de Janvier ; l'onzieme Janvier se datera tertio idus, le troisieme jour avant les ides ; & le treizieme idibus Januarii, le jour des ides de Janvier ; si c'est dans les mois de Mars, de Mai, de Juillet & d'Octobre, où le jour des nones n'est que le sept, on ne commence à compter avant les ides que le huitieme jour de ces quatre mois, à cause que celui des ides n'est que le quinze.

Pour trouver aisément le jour qui marque les dates des ides dont se sert la chancellerie romaine, comme nous l'avons dit ci-dessus, il faut compter combien il y a de jours depuis la date jusqu'au treize, ou au quinze du mois que tombent les ides, selon le nom du mois, en y ajoutant une unité, & l'on aura le jour de la date. Par exemple, si la lettre est datée quinto idus Januarii, c'est-à-dire le cinquieme jour avant les ides de Janvier, joignez une unité au treize, qui est le jour des ides de ce mois, vous aurez quatorze, ôtez-en cinq, il restera neuf ; ainsi le cinquieme avant les ides est le neuf de Janvier. Si la lettre est datée quinto idus Julii, qui est un mois où le jour des ides tombe le quinze, joignez une unité à quinze, vous aurez seize ; ôtez-en cinq, il reste onze ; ainsi le cinquieme avant les ides de Juillet, c'est le onzieme dudit mois.

On observera la même méthode quand on voudra employer cette sorte de date ; par exemple, si j'écris le neuf Juillet, depuis le neuf jusqu'à seize il y a sept jours ; ainsi je date septimo idus Julii, le septieme jour avant les ides de Juillet. Voyez Antoine Aubriot, Principes de compter les kalendes, ides & nones.

Le mot ides vient du latin idus, que plusieurs dérivent de l'ancien toscan iduare, qui signifioit diviser, parce que les ides partageoient les mois en deux parties presqu'égales. D'autres tirent ce mot d'idulium, qui étoit le nom de la victime qu'on offroit à Jupiter le jour des ides ; mais peut-être aussi qu'on a donné à la victime le nom du jour qu'elle étoit immolée. Quoi qu'il en soit, la raison pour laquelle chaque mois à huit ides, c'est que le sacrifice se faisoit toûjours neuf jours après les nones, le jour des nones étant compris dans le nombre de neuf.

Enfin, pour obmettre peu de chose en littérature sur ce sujet, nous ajouterons que les ides de Mai étoient consacrées à Mercure ; les ides de Mars passerent pour un jour malheureux, dans l'idée des partisans de la tyrannie, depuis que César eut été tué ce jour-là ; le tems d'après les ides de Juin étoit réputé favorable aux noces. Les ides d'Août étoient consacrées à Diane, & les esclaves les chommoient aussi comme une fête. Aux ides de Septembre on prenoit les augures pour faire les magistrats, qui entroient en charge autrefois aux ides de Mai, & puis aux ides de Mars, qui furent transportées finalement aux ides de Septembre. (D.J.)


IDIOCRASES. f. (Méd.) on entend par ce mot la nature, l'espece, le caractere, la disposition, le tempérament propre d'une chose, d'une substance animale, minérale ou végétale.


IDIOMES. f. (Gram.) variétés d'une langue propres à quelques contrées ; d'où l'on voit qu'idiome est synonyme à dialecte ; ainsi nous avons l'idiome gascon, l'idiome provençal, l'idiome champenois : on lui donne quelquefois la même étendue qu'à langue. Servez-vous de l'idiome que vous aimerez le mieux, je vous répondrai.


IDIOMELES. m. (Théolog.) certains versets qui ne sont point tirés de l'Ecriture-sainte, & qu'on chante sur un ton particulier dans l'office divin suivant le rit grec. Le mot idiomele vient de , propre, particulier, & de , chant.


IDIOPATHIES. f. (Méd.) , proprius affectus : c'est un terme de Pathologie, employé pour distinguer la maladie qui affecte une partie quelconque, qui ne dépend pas du vice d'une autre partie, parce que la cause physique de cette affection a son siége là où se manifeste la lésion des fonctions.

Ainsi l'apoplexie est idiopathique lorsqu'elle dépend d'une hémorrhagie, d'un épanchement de sang qui se forme dans les ventricules du cerveau.

La pleurésie est une maladie idiopathique, lorsqu'elle a commencé par un engorgement inflammatoire dans la plevre même.

On entend ordinairement par idiopathie la même chose que par protopathie, primarius affectus, & on attache à ces deux termes un sens opposé à ceux de sympathie & de deutéropathie. Voyez MALADIE, SYMPATHIE.


IDIOPATHIQUE(Patholog.) , mot dérivé du grec ; il est formé de , qui signifie propre, & , passion, affection, maladie ; c'est comme si on disoit maladie propre ; son sens est parfaitement conforme à son étymologie ; on l'ajoute comme épithete aux maladies dont la cause est propre à la partie où l'on observe le principal symptome. Il ne faut qu'un exemple pour éclaircir ceci ; on appelle une phrénésie idiopathique lorsque la cause, le dérangement qui excite la phrénésie, est dans le cerveau ; ces maladies sont par-là opposées à celles qu'on nomme sympathiques, qui sont entraînées par une espece de sympathie de rapport qu'il y a entre les différentes parties ; ainsi un délire phrénétique occasionné par la douleur vive d'un panaris, par l'inflammation du diaphragme, est censé sympathique ; l'affection se communique dans ce dernier cas par les nerfs ; on voit par-là qu'idiopathique ne doit point être confondu avec essentiel, & qu'il n'est point opposé à symptomatique, la même maladie pouvant être en même-tems symptomatique & idiopathique. Article de M. MENURET.


IDIOSYNCRASES. f. (Médec.) particularité de tempérament ; , mot composé de , propre, , avec, & , mêlange.

Comme il paroît que chaque homme a sa santé propre, & que tous les corps different entr'eux, tant dans les solides que dans les fluides, quoiqu'ils soient sains chacun ; on a nommé cette constitution de chaque corps, qui le fait différer des autres corps aussi sains, idiosyncrase, & les vices qui en dépendent passoient quelquefois pour incurables, parce qu'on pensoit qu'ils existoient dès les premiers instans de la formation de ce corps ; mais nous ne pouvons point attribuer toûjours à une disposition innée, ces maladies des vaisseaux & des visceres trop débiles.

Une fille de qualité élevée dans le luxe, la mollesse & le repos, a le corps foible & languissant ; une paysanne en venant au monde, semblable à cette fille de condition, s'accoutume au travail dès sa plus tendre jeunesse, devient forte & vigoureuse ; la débilité de la premiere, & les maladies qui en résultent, sont donc prises mal-à-propos pour des maladies innées, car on ne sauroit croire quels changemens on peut produire dès l'enfance dans ce qu'on appelle d'ordinaire tempérament particulier ; cependant quand cette idiosyncrase existe, il faut y avoir un grand égard dans l'usage des remedes, sans quoi l'on risque de mettre la vie du malade en danger. Hippocrate en a fait l'observation, confirmée par l'expérience de tous les tems & de tous les lieux. (D.J.)


IDIOTadj. (Gramm.) il se dit de celui en qui un défaut naturel dans les organes qui servent aux opérations de l'entendement est si grand, qu'il est incapable de combiner aucune idée, ensorte que sa condition paroît à cet égard plus bornée que celle de la bête. La différence de l'idiot & de l'imbécille consiste, ce me semble, en ce qu'on naît idiot, & qu'on devient imbécille. Le mot idiot vient de , qui signifie homme particulier, qui s'est renfermé dans une vie retirée, loin des affaires du gouvernement ; c'est-à-dire celui que nous appellerions aujourd'hui un sage. Il y a eu un célebre mystique qui prit par modestie la qualité d'idiot, qui lui convenoit beaucoup plus qu'il ne pensoit.


IDIOTISMEsubst. masc. (Gramm.) c'est une façon de parler éloignée des usages ordinaires, ou des lois générales du langage, adaptée au génie propre d'une langue particuliere. R. , peculiaris, propre, particulier. C'est un terme général dont on peut faire usage à l'égard de toutes les langues ; un idiotisme grec, latin, françois, &c. C'est le seul terme que l'on puisse employer dans bien des occasions ; nous ne pouvons dire qu'idiotisme espagnol, portugais, turc, &c. Mais à l'égard de plusieurs langues, nous avons des mots spécifiques subordonnés à celui d'idiotisme, & nous disons anglicisme, arabisme, celticisme, gallicisme, germanisme, hébraïsme, hellénisme, latinisme, &c.

Quand je dis qu'un idiotisme est une façon de parler adaptée au génie propre d'une langue particuliere, c'est pour faire comprendre que c'est plutôt un effet marqué du génie caractéristique de cette langue, qu'une locution incommunicable à tout autre idiome, comme on a coutume de le faire entendre. Les richesses d'une langue peuvent passer aisément dans une autre qui a avec elle quelque affinité ; & toutes les langues en ont plus ou moins, selon les différens degrés de liaison qu'il y a ou qu'il y a eu entre les peuples qui les parlent ou qui les ont parlées. Si l'italien, l'espagnol & le françois sont entés sur une même langue originelle, ces trois langues auront apparemment chacune à part leurs idiotismes particuliers, parce que ce sont des langues différentes ; mais il est difficile qu'elles n'aient adopté toutes trois quelques idiotismes de la langue qui sera leur source commune, & il ne seroit pas étonnant de trouver dans toutes trois des celticismes. Il ne seroit pas plus merveilleux de trouver des idiotismes de l'une des trois dans l'autre, à cause des liaisons de voisinage, d'intérêts politiques, de commerce, de religion, qui subsistent depuis long-tems entre les peuples qui les parlent ; comme on n'est pas surpris de rencontrer des arabismes dans l'espagnol, quand on sait l'histoire de la longue domination des Arabes en Espagne. Personne n'ignore que les meilleurs auteurs de la latinité sont pleins d'hellénismes : & si tous les littérateurs conviennent qu'il est plus facile de traduire du grec que du latin en françois, c'est que le génie de notre langue approche plus de celui de la langue greque que de celui de la langue latine, & que notre langage est presque un hellénisme continuel.

Mais une preuve remarquable de la communicabilité des langues qui paroissent avoir entr'elles le moins d'affinité, c'est qu'en françois même nous hébraïsons. C'est un hébraïsme connu que la répétition d'un adjectif ou d'un adverbe, que l'on veut élever au sens que l'on nomme communément superlatif. Voyez AMEN & SUPERLATIF. Et le superlatif le plus énergique se marquoit en hébreu par la triple répétition du mot : de là le triple kirie eleison que nous chantons dans nos églises, pour donner plus de force à notre invocation ; & le triple sanctus pour mieux peindre la profonde adoration des esprits célestes. Or il est vraisemblable que notre très, formé du latin tres, n'a été introduit dans notre langue, que comme le symbole de cette triple répétition, très-saint, ter sanctus, ou sanctus, sanctus, sanctus : & notre usage de lier très au mot positif par un tiret, est fondé sans-doute sur l'intention de faire sentir que cette addition est purement matérielle, qu'elle n'empêche pas l'unité du mot, mais qu'il doit être répété trois fois, ou du-moins qu'il faut y attacher le sens qu'il auroit s'il étoit répété trois fois ; & en effet les adverbes bien & fort qui expriment par eux-mêmes le sens superlatif dont il s'agit, ne sont jamais liés de même au mot positif auquel on les joint pour le lui communiquer. On rencontre dans le langage populaire des hébraïsmes d'une autre espece : un homme de Dieu, du vin de Dieu, une moisson de Dieu, pour dire un très-honnête homme, du vin très-bon, une moisson très-abondante ; ou, en rendant par-tout le même sens par le même tour, un homme parfait, du vin parfait, une moisson parfaite : les Hébreux indiquant la perfection par le nom de Dieu, qui est le modele & la source de toute perfection. C'est cette espece d'hébraïsme qui se trouve au Ps. 35. v. 7. justitia tua sicut montes Dei, pour sicut montes altissimi ; & au Ps. 64. v. 10. flumen Dei, pour flumen maximum.

Malgré les hellénismes reconnus dans le latin, on a cru assez légérement que les idiotismes étoient des locutions propres & incommunicables, & en conséquence on a pris & donné des idées fausses ou louches ; & bien des gens croient encore qu'on ne désigne par ce nom général, ou par quelqu'un des noms spécifiques qui y sont analogues, que des locutions vicieuses imitées mal-adroitement de quelqu'autre langue. Voyez GALLICISME. C'est une erreur que je crois suffisamment détruite par les observations que je viens de mettre sous les yeux du lecteur : je passe à une autre qui est encore plus universelle, & qui n'est pas moins contraire à la véritable notion des idiotismes.

On donne communément à entendre que ce sont des manieres de parler contraires aux lois de la Grammaire générale. Il y a en effet des idiotismes qui sont dans ce cas ; & comme ils sont par-là même les plus frappans & les plus aisés à distinguer, on a cru aisément que cette opposition aux lois immuables de la Grammaire, faisoit la nature commune de tous. Mais il y a encore une autre espece d'idiotismes qui sont des façons de parler éloignées seulement des usages ordinaires, mais qui ont avec les principes fondamentaux de la Grammaire générale toute la conformité exigible. On peut donner à ceux-ci le nom d'idiotismes réguliers, parce que les regles immuables de la parole y sont suivies, & qu'il n'y a de violé que les institutions arbitraires & usuelles : les autres au contraire prendront la dénomination d'idiotismes irréguliers, parce que les regles immuables de la parole y sont violées. Ces deux especes sont comprises dans la définition que j'ai donnée d'abord ; & je vais bientôt les rendre sensibles par des exemples ; mais en y appliquant les principes qu'il convient de suivre pour en pénétrer le sens, & pour y découvrir, s'il est possible, les caracteres du génie propre de la langue qui les a introduits.

I. Les idiotismes réguliers n'ont besoin d'aucune autre attention, que d'être expliqués littéralement pour être ramenés ensuite au tour de la langue naturelle que l'on parle.

Je trouve par exemple que les Allemands disent, diese gelehrten männer, comme en latin, hi docti viri, ou en françois, ces savans hommes ; & l'adjectif gelehrten s'accorde en toutes manieres avec le nom männer, comme l'adjectif latin docti avec le nom viri, ou l'adjectif françois savans avec le nom hommes ; ainsi les Allemands observent en cela, & les lois générales & les usages communs. Mais ils disent, diese männer sind gelehrt ; & pour le rendre littéralement en latin, il faut dire hi viri sunt doctè, & en françois, ces hommes sont savamment, ce qui veut dire indubitablement ces hommes sont savans : gelehrt est donc un adverbe, & l'on doit reconnoître ici que les Allemands s'écartent des usages communs, qui donnent la préférence à l'adjectif en pareil cas. On voit donc en quoi consiste le germanisme lorsqu'il s'agit d'exprimer un attribut ; mais quelle peut être la cause de cet idiotisme ? le verbe exprime l'existence d'un sujet sous un attribut. Voyez VERBE. L'attribut n'est qu'une maniere particuliere d'être ; & c'est aux adverbes à exprimer simplement les manieres d'être, & conséquemment les attributs : voilà le génie allemand. Mais comment pourra-t-on concilier ce raisonnement avec l'usage presque universel, d'exprimer l'attribut par un adjectif mis en concordance avec le sujet du verbe ? Je réponds qu'il n'y a peut-être entre la maniere commune & la maniere allemande d'autre différence que celle qu'il y auroit entre deux tableaux, où l'on auroit saisi deux momens différens d'une même action : le germanisme saisit l'instant qui précede immédiatement l'acte de juger, où l'esprit considere encore l'attribut d'une maniere vague & sans application au sujet : la phrase commune présente le sujet tel qu'il paroît à l'esprit après le jugement, & lorsqu'il n'y a plus d'abstraction. L'Allemand doit donc exprimer l'attribut avec les apparences de l'indépendance ; & c'est ce qu'il fait par l'adverbe qui n'a aucune terminaison dont la concordance puisse en désigner l'application à quelque sujet déterminé. Les autres langues doivent exprimer l'attribut avec les caracteres de l'application ; ce qui est rempli par la concordance de l'adjectif attributif avec le sujet. Mais peut-être faut-il sous-entendre alors le nom avant l'adjectif, & dire que hi viri sunt docti, c'est la même chose que hi viri sunt viri docti ; & que ego sum miser, c'est la même chose que ego sum homo miser : en effet la concordance de l'adjectif avec le nom, & l'identité du sujet exprimé par les deux especes, ne s'entendent clairement & d'une maniere satisfaisante, que dans le cas de l'apposition ; & l'apposition ne peut avoir lieu ici qu'au moyen de l'ellipse. Je tirerois de tout ceci une conclusion surprenante : la phrase allemande est donc un idiotisme régulier, & la phrase commune un idiotisme irrégulier.

Voici un latinisme régulier dont le développement peut encore amener des vues utiles : neminem reperire est id qui velit. Il y a là quatre mots qui n'ont rien d'embarrassant : qui velit id (qui veuille cela) est une proposition incidente déterminative de l'antécédent neminem ; neminem (ne personne) est le complément ou le régime objectif grammatical du verbe reperire ; neminem qui velit id (ne trouver personne qui veuille cela) ; c'est une construction exacte & réguliere. Mais que faire du mot est ? il est à la troisieme personne du singulier ; quel en est le sujet ? comment pourra-t-on lier à ce mot l'infinitif reperire avec ses dépendances ? Consultons d'autres phrases plus claires dont la solution puisse nous diriger.

On trouve dans Horace (III. Od. 2.) dulce & decorum est pro patriâ mori ; & encore (IV. Od. 12.) dulce est desipere in loco. Or la construction est facile : mori pro patriâ est dulce & decorum ; desipere in loco est dulce : les infinitifs mori & desipere y sont traités comme des noms, & l'on peut les considérer comme tels : j'en trouve une preuve encore plus forte dans Perse, Sat. 1. scire tuum nihil est ; l'adjectif tuum mis en concordance avec scire, désigne bien que scire est considéré comme nom. Voilà la difficulté levée dans notre premiere phrase : le verbe reperire est ce que l'on appelle communément le nominatif du verbe est ; ou en termes plus justes, c'en est le sujet grammatical, qui seroit au nominatif, s'il étoit déclinable : reperire neminem qui velit id, en est donc le sujet logique. Ainsi il faut construire, reperire neminem qui velit id, est ; ce qui signifie littéralement, ne trouver personne qui le veuille, est ou existe ; ou en transposant la négation, trouver quelqu'un qui le veuille, n'est pas ou n'existe pas ; ou enfin, en ramenant la même pensée à notre maniere de l'énoncer, on ne trouve personne qui le veuille.

C'est la même syntaxe & la même construction par-tout où l'on trouve un infinitif employé comme sujet du verbe sum, lorsque ce verbe a le sens adjectif, c'est-à-dire lorsqu'il n'est pas simplement verbe substantif, mais qu'il renferme encore l'idée de l'existence réelle comme attribut, & conséquemment qu'il est équivalent à existo. Ce n'est que dans ce cas qu'il y a latinisme ; car il n'y a rien de si commun dans la plûpart des langues, que de voir l'infinitif sujet du verbe substantif, quand on exprime ensuite un attribut déterminé : ainsi dit-on en latin turpe est mentiri, & en françois, mentir est une chose honteuse. Mais nous ne pouvons pas dire voir est pour on voit, voir étoit pour on voyoit, voir sera, pour on verra, comme les Latins disent videre est, videre erat, videre erit. L'infinitif considéré comme nom, sert aussi à expliquer une autre espece de latinisme qu'il me semble qu'on n'a pas encore entendu comme il faut, & à l'explication duquel les rudimens ont substitué les difficultés ridicules & insolubles du redoutable que retranché. Voyez INFINITIF.

II. Pour ce qui regarde les idiotismes irréguliers, il faut, pour en pénétrer le sens, discerner avec soin l'espece d'écart qui les détermine, & remonter, s'il est possible, jusqu'à la cause qui a occasionné ou pû occasionner cet écart : c'est même le seul moyen qu'il y ait de reconnoître les caracteres précis du génie propre d'une langue, puisque ce génie ne consiste que dans la réunion des vues qu'il s'est proposées, & des moyens qu'il a autorisés.

Pour discerner exactement l'espece d'écart qui détermine un idiotisme irrégulier, il faut se rappeller ce que l'on a dit au mot GRAMMAIRE, que toutes les regles fondamentales de cette science se réduisent à deux chefs principaux, qui sont la Lexicologie & la Syntaxe. La Lexicologie a pour objet tout ce qui concerne la connoissance des mots considérés en soi & hors de l'élocution : ainsi dans chaque langue, le vocabulaire est comme l'inventaire des sujets de son domaine ; & son principal office est de bien fixer le sens propre de chacun des mots autorisés dans cet idiome. La Syntaxe a pour objet tout ce qui concerne le concours des mots réunis dans l'ensemble de l'élocution ; & ses décisions se rapportent dans toutes les langues à trois points généraux, qui sont la concordance, le régime & la construction.

Si l'usage particulier d'une langue autorise l'altération du sens propre de quelques mots, & la substitution d'un sens étranger, c'est alors une figure de mots que l'on appelle trope. Voyez ce mot.

Si l'usage autorise une locution contraire aux lois générales de la Syntaxe, c'est alors une figure que l'on nomme ordinairement figure de construction, mais que j'aimerois mieux que l'on designât par la dénomination plus générale de figure de Syntaxe, en réservant le nom de figure de construction aux seules locutions qui s'écartent des regles de la construction proprement dite. Voyez FIGURE & CONSTRUCTION. Voilà deux especes d'écart que l'on peut observer dans les idiotismes irréguliers.

1°. Lorsqu'un trope est tellement dans le génie d'une langue, qu'il ne peut être rendu littéralement dans une autre, ou qu'y étant rendu littéralement il y exprime un tout autre sens, c'est un idiotisme de la langue originale qui l'a adopté ; & cet idiotisme est irrégulier, parce que le sens propre des mots y est abandonné ; ce qui est contraire à la premiere institution des mots. Ainsi le superstitieux euphémisme, qui dans la langue latine a donné le sens de sacrifier au verbe mactare, quoique ce mot signifie dans son étymologie augmenter davantage (magis auctare) ; cet euphémisme, dis-je, est tellement propre au génie de cette langue, que la traduction littérale que l'on en feroit dans une autre, ne pourroit jamais y faire naître l'idée de sacrifice. Voyez EUPHEMISME.

C'est pareillement un trope qui a introduit dans notre langue ces idiotismes déjà remarqués au mot GALLICISME, dans lesquels on emploie les deux verbes venir & aller, pour exprimer par l'un des prétérits prochains, & par l'autre des futurs prochains (voyez TEMS) ; comme quand on dit, je viens de lire, je venois de lire, pour j'ai ou j'avois lû depuis peu de tems ; je vais lire, j'allois lire, pour je dois, ou je devois lire dans peu de tems. Les deux verbes auxiliaires venir & aller perdent alors leur signification originelle, & ne marquent plus le transport d'un lieu en un autre ; ils ne servent plus qu'à marquer la proximité de l'antériorité ou de la postériorité ; & nos phrases rendues littéralement dans quelqu'autre langue, ou n'y signifieroient rien, ou y signifieroient autre chose que parmi nous. C'est une catachrese introduite par la nécessité (voyez CATACHRESE), & fondée néanmoins sur quelque analogie entre le sens propre & le sens figuré. Le verbe venir, par exemple, suppose une existence antérieure dans le lieu d'où l'on vient ; & dans le moment qu'on en vient, il n'y a pas long-tems qu'on y étoit : voilà précisément la raison du choix de ce verbe, pour servir à l'expression des prétérits prochains. Pareillement le verbe aller indique la postériorité d'existence dans le lieu où l'on va ; & dans le tems qu'on y va, on est dans l'intention d'y être bientôt : voilà encore la justification de la préférence donnée à ce verbe, pour désigner les futurs prochains. Mais il n'en demeure pas moins vrai que ces verbes, devenus auxiliaires, perdent réellement leur signification primitive & fondamentale, & qu'ils n'en retiennent que des idées accessoires & éloignées.

2°. Ce que l'on vient de dire des tropes, est également vrai des figures de Syntaxe : telle figure est un idiotisme irrégulier, parce qu'elle ne peut être rendue littéralement dans une autre langue, ou que la version littérale qui en seroit faite, y auroit un autre sens. Ainsi l'usage où nous sommes, dans la langue françoise, d'employer l'adjectif possessif masculin, mon, ton, son, avant un nom féminin qui commence par une voyelle ou par une h muette, est un idiotisme irrégulier de notre langue, un gallicisme ; parce que l'imitation littérale de cette figure dans une autre langue n'y seroit qu'un solécisme. Nous disons mon ame, & l'on ne diroit pas meus anima ; ton opinion, & l'on ne peut pas dire tuus opinio : c'est que les Latins avoient pour éviter l'hiatus occasionné par le concours des voyelles, des moyens qui nous sont interdits par la constitution de notre langue, & dont il étoit plus raisonnable de faire usage ; que de violer une loi aussi essentielle que celle de la concordance que nous transgressons : ils pouvoient dire anima mea, opinio tua ; & nous ne pouvons pas imiter ce tour, & dire ame ma, opinion ta. Notre langue sacrifie donc ici un principe raisonnable aux agrémens de l'euphonie (voyez EUPHONIE), conformément à la remarque sensée de Cicéron, Orat. n. 47 : impetratum est à consuetudine ut peccare, suavitatis causâ, liceret.

Voici une ellipse qui est devenue une locution propre à notre langue, un gallicisme, parce que l'usage en a prévalu au point qu'il n'est plus permis de suivre en pareil cas la Syntaxe pleine : il ne laisse pas d'agir, notre langue ne laisse pas de se prêter à tous les genres d'écrire, on ne laisse pas d'abandonner la vertu en la louant, c'est-à-dire il ne laisse pas le soin d'agir, notre langue ne laisse pas la faculté de se prêter à tous les genres d'écrire, on ne laisse pas la foiblesse d'abandonner la vertu en la louant. Nous préférons dans ces phrases le mérite de la briéveté à une locution pleine, qui sans avoir plus de clarté, auroit le désagrément inséparable des longueurs superflues.

S'il est facile de ramener à un nombre fixe de chefs principaux les écarts qui déterminent les différens idiotismes, il n'en est pas de même de vues particulieres qui peuvent y influer : la variété de ces causes est trop grande, l'influence en est trop délicate, la complication en est quelquefois trop embarrassante pour pouvoir établir à ce sujet quelque chose de bien certain. Mais il n'en est pas moins constant qu'elles tiennent toutes, plus ou moins, au génie des diverses langues, qu'elles en sont des émanations, & qu'elles peuvent en devenir des indices. " Il en est des peuples entiers comme d'un homme particulier, dit du Tremblay, traité des langues, chap. 22 ; leur langage est la vive expression de leurs moeurs, de leur génie & de leurs inclinations ; & il ne faudroit que bien examiner ce langage pour pénétrer toutes les pensées de leur ame & tous les mouvemens de leur coeur. Chaque langue doit donc nécessairement tenir des perfections & des défauts du peuple qui la parle. Elles auront chacune en particulier, disoit-il un peu plus haut, quelque perfection qui ne se trouvera pas dans les autres, parce qu'elles tiennent toutes des moeurs & du génie des peuples qui les parlent : elles auront chacune des termes & des façons de parler qui leur seront propres, & qui seront comme le caractere de ce génie ". On reconnoît en effet le flegme oriental dans la répétition de l'adjectif ou de l'adverbe ; amen, amen ; sanctus, sanctus, sanctus : la vivacité françoise n'a pû s'en accommoder, & très-saint est bien plus à son gré que saint, saint, saint.

Mais si l'on veut démêler dans les idiotismes réguliers ou irréguliers, ce que le génie particulier de la langue peut y avoir contribué, la premiere chose essentielle qu'il y ait à faire, c'est de s'assurer d'une bonne interprétation littérale. Elle suppose deux choses ; la traduction rigoureuse de chaque mot par sa signification propre, & la réduction de toute la phrase à la plénitude de la construction analytique, qui seule peut remplir les vuides de l'ellipse, corriger les rédondances du pléonasme, redresser les écarts de l'inversion, & faire rentrer tout dans le système invariable de la Grammaire générale.

" Je sais bien, dit M. du Marsais, Meth. pour apprendre la langue latine, pag. 14, que cette traduction littérale fait d'abord de la peine à ceux qui n'en connoissent point le motif ; ils ne voyent pas que le but que l'on se propose dans cette maniere de traduire, n'est que de montrer comment on parloit latin ; ce qui ne peut se faire qu'en expliquant chaque mot latin par le mot françois qui lui répond.

Dans les premieres années de notre enfance, nous lions certaines idées à certaines impressions ; l'habitude confirme cette liaison. Les esprits animaux prennent une route déterminée pour chaque idée particuliere ; de sorte que lorsqu'on veut dans la suite exciter la même idée d'une maniere différente, on cause dans le cerveau un mouvement contraire à celui auquel il est accoutumé, & ce mouvement excite ou de la surprise ou de la risée, & quelquefois même de la douleur : c'est pourquoi chaque peuple différent trouve extraordinaire l'habillement ou le langage d'un autre peuple. On rit à Florence de la maniere dont un François prononce le latin ou l'italien, & l'on se moque à Paris de la prononciation du Florentin. De même la plûpart de ceux qui entendent traduire pater ejus, le pere de lui, au lieu de son pere, sont d'abord portés à se moquer de la traduction.

Cependant comme la maniere la plus courte pour faire entendre la façon de s'habiller des étrangers, c'est de faire voir leurs habits tels qu'ils sont, & non pas d'habiller un étranger à la françoise ; de même la meilleure méthode pour apprendre les langues étrangeres, c'est de s'instruire du tour original, ce qu'on ne peut faire que par la traduction littérale.

Au reste il n'y a pas lieu de craindre que cette façon d'expliquer apprenne à mal parler françois.

1°. Plus on a l'esprit juste & net, mieux on écrit & mieux on parle : or il n'y a rien qui soit plus propre à donner aux jeunes gens de la netteté & de la justesse d'esprit, que de les exercer à la traduction littérale, parce qu'elle oblige à la précision, à la propriété des termes, & à une certaine exactitude qui empêche l'esprit de s'égarer à des idées étrangeres. "

2°. La traduction littérale fait sentir la différence des deux langues. Plus le tour latin est éloigné du tour françois, moins on doit craindre qu'on l'imite dans le discours. Elle fait connoître le génie de la langue latine ; ensuite l'usage, mieux que le maître, apprend le tour de la langue françoise. Article de M. de Beauzée.


IDOLATRIES. f. (Philos. & Théolog.) l'idolâtrie proprement dite differe de l'adoration légitime dans son objet. C'est un acte de l'esprit qui met finalement toute sa confiance dans un faux dieu, quel que soit au-dehors le signe toujours équivoque de cette vénération intérieure. L'idolâtrie peut en effet se rencontrer avec un vrai culte extérieur, au lieu que la superstition renferme tout faux culte qui se rend au vrai Dieu directement ou indirectement. L'une se méprend dans son objet, & l'autre dans la maniere du culte.

L'idée que les hommes se font de Dieu est plus ou moins conforme à son original ; elle est différente dans ceux-là mêmes qu'on ne sauroit appeller idolâtres. Enfin elle peut tellement changer & se défigurer peu-à-peu, que la divinité ne voudra plus s'y reconnoître, ou bien, ce qui est la même chose, l'objet du culte ne sera plus le vrai Dieu. Jusqu'à quel point faut-il donc avoir une assez juste idée de l'être suprême, pour n'être pas idolâtre, & pour être encore son adorateur ? C'est ainsi que par degrés insensibles, comme par des nuances qui vont imperceptiblement du blanc au noir, on seroit réduit à ne pouvoir dire précisément où commence le faux dieu.

La difficulté vient en partie du nom, qui voudroit limiter la chose. Faux dieu, dans le langage ordinaire, est un terme qui tranche, qui réveille l'idée, quoique confuse, d'un être à part & distingué de tout autre. A parler philosophiquement, ce ne seroit qu'une idée plus ou moins difforme de la divinité elle-même, qu'aucun adorateur ne peut se vanter de connoître parfaitement. L'idée qu'ils en ont tous, quelque différente qu'elle soit, n'est au fond que plus ou moins défectueuse ; & plus elle approche de la ressemblance ou de la perfection, plus son objet s'attire de vénération & de solide confiance. L'idolâtre seroit donc un adorateur plus ou moins imparfait, selon le degré d'imperfection dans l'idée qu'il se forme de la divinité. Il ne s'agiroit plus, pour assigner à chacun sa place, que d'estimer ce degré d'imperfection à mesure qu'il affoiblit la vénération ou la confiance, & de le qualifier, si l'on veut, d'un nom particulier, sans recourir aux deux classes générales ou cathégories d'adorateurs & d'idolâtres, qui souvent mettent trop de différence entre les personnes. D'ailleurs ces termes ont acquis une force qu'ils n'avoient pas d'abord. Aujourd'hui c'est une flétrissure que d'avoir le nom d'idolâtre, & une espece d'absolution pour celui qui ne l'a pas.

Mais si l'usage le veut ainsi, il faudroit du-moins être fort réservé dans l'accusation d'idolâtrie, & ne prononcer qu'avec l'Ecriture, dont la doctrine bien entendue semble revenir à ceci. Quand l'idée est corrompue à ce point, que l'honneur de l'être suprême & ses relations essentielles avec les hommes ne lui permettent plus de s'y reconnoître, ni d'accepter par conséquent l'hommage rendu sous cette même idée, elle prend dès-lors le nom de faux dieu, & son adorateur celui d'idolâtre.

A faire sur ce pié-là une courte revue des cas proposés, on seroit idolâtre, quand même on croiroit un seul Dieu créateur, mais cruel & méchant, caractere incompatible avec notre estime & notre confiance ; tel étoit à-peu-près le Moloc, à qui l'on sacrifioit des victimes humaines, & avec lequel le Jehova ne veut rien avoir de commun ; ainsi qu'un honnête homme à qui l'on feroit un présent dans la vue de le gagner, comme un esprit dangereux, & qui diroit aussi-tôt : vous me prenez pour un autre.

Au contraire, l'on ne seroit pas idolâtre, si l'on croyoit un être très-bon & très-parfait, mais d'une puissance que l'on ne concevroit pas aller jusqu'à celle de créer. Il seroit toujours un digne objet de la plus profonde vénération, & il auroit encore assez de pouvoir pour s'attirer notre confiance, même dans la supposition d'un monde éternel.

L'antropomorphite chrétien conçoit sous une figure humaine toutes les perfections divines ; il lui rend les vrais hommages de l'esprit & du coeur. L'antropomorphite payen la revêt au contraire de toutes les passions humaines qui diminuent la vénération & la vraie confiance d'autant de degrés qu'il y a de vices ou d'imperfections dans son Jupiter, en si grand nombre & à tel point, que la divinité ne sauroit s'y reconnoître ; mais elle daigneroit agréer l'hommage du chrétien, dont l'erreur laisse subsister tous les sentimens d'une parfaite vénération.

Encore moins une simple erreur de lieu, qui ne changeroit point l'idée en fixant son objet quelque part, pourroit-elle constituer l'idolâtrie ; mais le culte pourroit dégénérer en superstition, à-moins qu'il ne fût d'ordonnance ou de droit positif, comme d'adorer la divinité dans un buisson ardent ou bien à la présence de l'arche, pour ne rien dire d'un cas à-peu-près semblable, où l'on dispute seulement s'il est ordonné.

S'il étoit donc vrai que les Perses eussent adoré l'être tout parfait, ils ne seroient que superstitieux, pour l'avoir adoré sous l'emblême du soleil ou du feu. Et si l'on suppose encore avec l'écrit dont il s'agit, que tout faux culte qui se termine au vrai Dieu directement ou indirectement, est du ressort de la superstition, on mettroit encore au même rang cette espece de platoniciens qui rendoient à l'être tout parfait les hommages de l'esprit & du coeur, comme les seuls dignes de lui, & destinoient à des génies subalternes les génuflexions, les encensemens & tout le culte extérieur.

Il est plus aisé de juger des lettrés Chinois, des Spinosistes, & même des Stoïciens, en prenant leur opinion à toute rigueur, & la conséquence pour avouée. Ce qui n'est que pur méchanisme ou fatale nécessité, ne sauroit être & ne fut jamais un objet de vénération, ni par conséquent d'idolâtrie dans l'esprit de ceux dont je parle, qui vont tout-droit à la classe des athées. En sont-ils pires ou meilleurs ? On a fort disputé là-dessus. L'idolâtrie, pour le dire en passant, fait plus de tort à la divinité, & l'athéisme fait plus de mal à la société.

En général pour n'être point athée, il faut reconnoître à tout le moins une suprême intelligence de qui l'on dépende. Pour n'être point idolâtre, ou bien pour que la divinité se reconnoisse elle-même dans l'idée que l'on s'en fait, malgré certains traits peu ressemblans qu'elle y désavoue, il suffit que rien n'y blesse l'honneur, l'estime & la confiance qu'on lui doit. Enfin pour n'être point superstitieux, il faut que le culte extérieur soit conforme, autant qu'il se peut, à la vraie idée de Dieu & à la nature de l'homme.


IDOLEIDOLATRE, IDOLATRIE ; idole vient du grec , figure, , représentation d'une figure, , servir, révérer, adorer. Ce mot adorer est latin, & a beaucoup d'acceptions différentes ; il signifie porter la main à la bouche en parlant avec respect ; se courber, se mettre à genoux, saluer, & enfin communément rendre un culte suprême.

Il est utile de remarquer ici que le dictionnaire de Trévoux commence cet article par dire que tous les Payens étoient idolâtres, & que les Indiens sont encore des peuples idolâtres : premierement, on n'appella personne payen avant Théodose le jeune ; ce nom fut donné alors aux habitans des bourgs d'Italie, pagorum incolae pagani, qui conserverent leur ancienne religion : secondement, l'Indostan est mahométan, & les Mahométans sont les implacables ennemis des images & de l'idolatrie : troisiémement, on ne doit point appeller idolâtres beaucoup de peuples de l'Inde qui sont de l'ancienne religion des Perses, ni certaines côtes qui n'ont point d'idoles.

S'il y a jamais eu un gouvernement idolâtre. Il paroît que jamais il n'y a eu aucun peuple sur la terre qui ait pris le nom d'idolâtre. Ce mot est une injure que les Gentils, les Politéistes sembloient mériter ; mais il est bien certain que si on avoit demandé au sénat de Rome, à l'aréopage d'Athènes, à la cour des rois de Perse, êtes-vous idolâtres ? ils auroient à peine entendu cette question. Nul n'auroit répondu, nous adorons des images, des idoles. On ne trouve ce mot idolâtre, idolatrie, ni dans Homere, ni dans Hésiode, ni dans Hérodote, ni dans aucun auteur de la religion des Gentils. Il n'y a jamais eu aucun édit, aucune loi qui ordonnât qu'on adorât des idoles, qu'on les servît en dieux, qu'on les crût des dieux.

Quand les capitaines romains & carthaginois faisoient un traité, ils attestoient toutes les divinités ; c'est en leur présence, disoient-ils, que nous jurons la paix : or les statues de tous ces dieux, dont le dénombrement étoit très-long, n'étoit pas dans la tente des généraux ; ils regardoient les dieux comme présens aux actions des hommes, comme témoins, comme juges, & ce n'étoit pas assurément le simulacre qui constituoit la divinité.

De quel oeil voyoient-ils donc les statues de leurs fausses divinités dans les temples ? du même oeil, s'il étoit permis de s'exprimer ainsi, que nous voyons les images des vrais objets de notre vénération. L'erreur n'étoit pas d'adorer un morceau de bois ou de marbre, mais d'adorer une fausse divinité représentée par ce bois & par ce marbre. La différence entre eux & nous n'est pas qu'ils eussent des images, & que nous n'en ayons point ; qu'ils aient fait des prieres devant des images, & que nous n'en faisions point : la différence est que leurs images figuroient des êtres fantastiques dans une religion fausse, & que les nôtres figurent des êtres réels dans une religion véritable.

Quand le consul Pline adresse ses prieres aux dieux immortels, dans l'exorde du panégyrique de Trajan, ce n'est pas à des images qu'il les adresse ; ces images n'étoient pas immortelles.

Ni les derniers tems du paganisme, ni les plus reculés, n'offrent pas un seul fait qui puisse faire conclure qu'on adorât réellement une idole. Homere ne parle que des dieux qui habitent le haut olympe : le palladium, quoique tombé du ciel, n'étoit qu'un gage sacré de la protection de Pallas ; c'étoit elle qu'on adoroit dans le palladium.

Mais les Romains & les Grecs se mettoient à genoux devant des statues, leur donnoient des couronnes, de l'encens, des fleurs, les promenoient en triomphe dans les places publiques : nous avons sanctifié ces coutumes, & nous ne sommes point idolâtres.

Les femmes en tems de sécheresse portoient les statues des faux dieux après avoir jeûné. Elles marchoient piés nuds, les cheveux épars, & aussi-tôt il pleuvoit à sceaux, comme dit ironiquement Pétrone, & statim urceatim pluebat. Nous avons consacré cet usage illégitime chez les Gentils, & légitime parmi nous. Dans combien de villes ne porte-t-on pas nuds piés les châsses des saints pour obtenir les bontés de l'Etre suprême par leur intercession ?

Si un turc, un lettré chinois étoit témoin de ces cérémonies, il pourroit par ignorance nous accuser d'abord de mettre notre confiance dans les simulacres que nous promenons ainsi en procession ; mais il suffiroit d'un mot pour le détromper.

On est surpris du nombre prodigieux de déclamations débitées contre l'idolâtrie des Romains & des Grecs ; & ensuite on est plus surpris encore quand on voit qu'en effet ils n'étoient point idolâtres ; que leur loi ne leur ordonnoit point du tout de rapporter leur culte à des simulacres.

Il y avoit des temples plus privilégiés que les autres ; la grande Diane d'Ephèse avoit plus de réputation qu'une Diane de village, que dans un autre de ses temples. La statue de Jupiter Olympien attiroit plus d'offrandes que celle de Jupiter Paphlagonien. Mais puisqu'il faut toûjours opposer ici les coutumes d'une religion vraie à celles d'une religion fausse, n'avons nous pas eu depuis plusieurs siecles, plus de dévotion à certains autels qu'à d'autres ? Ne seroit-il pas ridicule de saisir ce prétexte pour nous accuser d'idolâtrie ?

On n'avoit imaginé qu'une seule Diane, un seul Apollon, & un seul Esculape ; non pas autant d'Apollons, de Dianes, & d'Esculapes, qu'ils avoient de temples & de statues ; il est donc prouvé autant qu'un point d'histoire peut l'être, que les anciens ne croyoient pas qu'une statue fût une divinité, que le culte ne pouvoit être rapporté à cette statue, à cette idole, & que par conséquent les anciens n'étoient point idolâtres.

Une populace grossiere & superstitieuse qui ne raisonnoit point, qui ne savoit ni douter, ni nier, ni croire, qui couroit aux temples par oisiveté, & parce que les petits y sont égaux aux grands ; qui portoit son offrande par coutume, qui parloit continuellement de miracles sans en avoir examiné aucun, & qui n'étoit guere au-dessus des victimes qu'elle amenoit ; cette populace, dis-je, pouvoit bien à la vûe de la grande Diane, & de Jupiter tonnant, être frappé d'une horreur religieuse, & adorer sans le savoir la statue même. C'est ce qui est arrivé quelquefois dans nos temples à nos paysans grossiers ; & on n'a pas manqué de les instruire que c'est aux bienheureux, aux immortels reçus dans le ciel, qu'ils doivent demander leur intercession, & non à des figures de bois & de pierre, & qu'ils ne doivent adorer que Dieu seul.

Les Grecs & les Romains augmenterent le nombre de leurs dieux par des apotheoses ; les Grecs divinisoient les conquérans, comme Bacchus, Hercule, Persée. Rome dressa des autels à ses empereurs. Nos apothéoses sont d'un genre bien plus sublime ; nous n'avons égard ni au rang, ni aux conquêtes. Nous avons élevé des temples à des hommes simplement vertueux qui seroient la plûpart ignorés sur la terre, s'ils n'étoient placés dans le ciel. Les apothéoses des anciens sont faites par la flatterie ; les nôtres par le respect pour la vertu. Mais ces anciennes apothéoses sont encore une preuve convaincante que les Grecs & les Romains n'étoient point idolâtres. Il est clair qu'ils n'admettoient pas plus une vertu divine dans la statue d'Auguste & de Claudius, que dans leurs médailles. Cicéron dans ses ouvrages philosophiques ne laisse pas soupçonner seulement qu'on puisse se méprendre aux statues des dieux, & les confondre avec les dieux mêmes. Ses interlocuteurs foudroient la religion établie ; mais aucun d'eux n'imagine d'accuser les Romains de prendre du marbre & de l'airain pour des divinités.

Lucrece ne reproche cette sottise à personne, lui qui reproche tout aux superstitieux : donc encore une fois, cette opinion n'existoit pas, & l'erreur du politéïsme n'étoit pas erreur d'idolâtrie.

Horace fait parler une statue de Priape : il lui fait dire : j'étois autrefois un tronc de figuier ; un charpentier ne sachant s'il feroit de moi un dieu ou un banc, se détermina enfin à me faire dieu, &c. Que conclure de cette plaisanterie ? Priape étoit de ces petites divinités subalternes, abandonnées aux railleurs ; & cette plaisanterie même est la preuve la plus forte que cette figure de Priape qu'on mettoit dans les potagers pour effrayer les oiseaux, n'étoit pas fort révérée.

Dacier, en digne commentateur, n'a pas manqué d'observer que Baruc avoit prédit cette avanture, en disant, ils ne seront que ce que voudront les ouvriers ; mais il pouvoit observer aussi qu'on en peut dire autant de toutes les statues : on peut d'un bloc de marbre tirer tout aussi-bien une cuvette, qu'une figure d'Alexandre ou de Jupiter, ou de quelque chose de plus respectable. La matiere dont étoient formés les chérubins du saint des saints, auroit pû servir également aux fonctions les plus viles. Un tronc, un autel en sont-ils moins révérés, parce que l'ouvrier en pouvoit faire une table de cuisine ?

Dacier au lieu de conclure que les Romains adoroient la statue de Priape, & que Baruc l'avoit prédit, devoit donc conclure que les Romains s'en mocquoient. Consultez tous les auteurs qui parlent des statues de leurs dieux, vous n'en trouverez aucun qui parle d'idolâtrie ; ils disent expressément le contraire : vous voyez dans Martial.

Qui finxit sacros auro vel marmore vultus,

Non facit ille deos.

Dans Ovide. Colitur pro Jove forma Jovis.

Dans Stace. Nulla autem effigies nulli commissa metallo.

Forma Dei montes habitare ac numina gaudet.

Dans Lucain. Est-ne Dei nisi terra & pontus, & aer ?

On feroit un volume de tous les passages qui déposent que des images n'étoient que des images.

Il n'y a que le cas où les statues rendoient des oracles, qui ait pu faire penser que ces statues avoient en elles quelque chose de divin ; mais certainement l'opinion regnante étoit que les dieux avoient choisi certains autels, certains simulacres, pour y venir résider quelquefois, pour y donner audience aux hommes, pour leur répondre. On ne voit dans Homère, & dans les choeurs des tragédies greques, que des prieres à Apollon, qui rend ses oracles sur les montagnes, en tel temple, en telle ville ; il n'y a pas dans toute l'antiquité la moindre trace d'une priere adressée à une statue.

Ceux qui professoient la magie, qui la croyoient une science, ou qui feignoient de le croire, prétendoient avoir le secret de faire descendre les dieux dans les statues, non pas les grands dieux, mais les dieux secondaires, les génies. C'est ce que Mercure Trismégiste appelloit faire des dieux ; & c'est ce que S. Augustin réfute dans sa cité de Dieu ; mais cela même montre évidemment qu'on ne croyoit pas que les simulacres eussent rien en eux de divin, puisqu'il falloit qu'un magicien les animât ; & il me semble qu'il arrivoit bien rarement qu'un magicien fût assez habile pour donner une ame à une statue pour la faire parler.

En un mot, les images des dieux n'étoient point des dieux ; Jupiter & non pas son image lançoit le tonnerre. Ce n'étoit pas la statue de Neptune qui soulevoit les mers, ni celle d'Apollon qui donnoit la lumiere ; les Grecs & les Romains étoient des gentils, des polithéistes, & n'étoient point des idolâtres.

Si les Perses, les Sabéens, les Egyptiens, les Tartares, les Turcs ont été idolâtres, & de quelle antiquité est l'origine des simulacres appellés idoles ; histoire abrégée de leur culte. C'est un abus des termes d'appeller idolâtres les peuples qui rendirent un culte au soleil & aux étoiles. Ces nations n'eurent long-tems ni simulacres, ni temples ; si elles se tromperent, c'est en rendant aux astres ce qu'elles devoient au créateur des astres : encore les dogmes de Zoroastre, ou Zardust, recueillis dans le Sadder, enseignent-ils un être suprême vangeur & rémunérateur ; & cela est bien loin de l'idolâtrie. Le gouvernement de la Chine n'a jamais eu aucune idole ; il a toûjours conservé le culte simple du maître du ciel Kingtien, en tolérant les pagodes du peuple. Gengis-Kan chez les Tartares n'étoit point idolâtre, & n'avoit aucun simulacre ; les Musulmans qui remplissent la Grece, l'Asie mineure, la Syrie, la Perse, l'Inde, & l'Afrique, appellent les Chrétiens idolâtres, giaour, parce qu'ils croyent que les Chrétiens rendent un culte aux images. Ils briserent toutes les statues qu'ils trouverent à Constantinople dans sainte Sophie, dans l'église des saints Apôtres, & dans d'autres qu'ils convertirent en mosquées. L'apparence les trompa comme elle trompe toûjours les hommes ; elle leur fit croire que des temples dédiés à des saints qui avoient été hommes autrefois, des images de ces saints révérées à genoux, des miracles opérés dans ces temples, étoient des preuves invincibles de l'idolâtrie la plus complete ; cependant il n'en est rien. Les Chrétiens n'adorent en effet qu'un seul Dieu, & ne réverent dans les bienheureux que la vertu même de Dieu qui agit dans ses saints. Les Iconoclastes, & les Protestans ont fait le même reproche d'idolâtrie à l'Eglise ; & on leur a fait la même réponse.

Comme les hommes ont eu très-rarement des idées précises, & ont encore moins exprimé leurs idées par des mots précis, & sans équivoque, nous appellâmes du nom d'idolâtres les Gentils, & sur-tout les Polithéïstes. On a écrit des volumes immenses ; on a débité des sentimens différens sur l'origine de ce culte rendu à Dieu, ou à plusieurs dieux, sous des figures sensibles : cette multitude de livres & d'opinions ne prouve que l'ignorance.

On ne sait pas qui inventa les habits & les chaussures, & on veut savoir qui le premier inventa les idoles ! Qu'importe un passage de Sanchoniaton qui vivoit avant la guerre de Troie ? Que nous apprend-il, quand il dit que le cahos, l'esprit, c'est-à-dire le souffle, amoureux de ses principes, en tira le limon, qu'il rendit l'air lumineux, que le vent Colp, & sa femme Baü engendrerent Eon, & qu'Eon engendra Jenos ? que Cronos leur descendant avoit deux yeux par-derriere, comme par-devant, qu'il devint dieu, & qu'il donna l'Egypte à son fils Thaut ; voilà un des plus respectables monumens de l'antiquité.

Orphée, antérieur à Sanchoniaton, ne nous en apprendra pas davantage dans sa théogonie, que Damascius nous a conservée ; il représente le principe du monde sous la figure d'un dragon à deux têtes, l'une de taureau, l'autre de lion, un visage au milieu qu'il appelle visage-dieu, & des aîles dorées aux épaules.

Mais vous pouvez de ces idées bisarres tirer deux grandes vérités ; l'une que les images sensibles & les hiéroglyphes sont de l'antiquité la plus haute ; l'autre que tous les anciens philosophes ont reconnu un premier principe.

Quant au polithéïsme, le bon sens vous dira que dès qu'il y a eu des hommes, c'est-à-dire des animaux foibles, capables de raison, sujets à tous les accidens, à la maladie & à la mort, ces hommes ont senti leur foiblesse & leur dépendance ; ils ont reconnu aisément qu'il est quelque chose de plus puissant qu'eux. Ils ont senti une force dans la terre qui produit leurs alimens ; une dans l'air qui souvent les détruit ; une dans le feu qui consume, & dans l'eau qui submerge. Quoi de plus naturel dans des hommes ignorans, que d'imaginer des êtres qui président à ces élémens ! Quoi de plus naturel que de révérer la force invisible qui faisoit luire aux yeux le soleil & les étoiles ? Et dès qu'on voulut se former une idée de ces puissances supérieures à l'homme, quoi de plus naturel encore que de les figurer d'une maniere sensible ? La religion juive qui précéda la nôtre, & qui fut donnée par Dieu même, étoit toute remplie de ces images sous lesquelles Dieu est représenté. Il daigne parler dans un buisson le langage humain ; il paroît sur une montagne. Les esprits célestes qu'il envoie, viennent tous avec une forme humaine ; enfin, le sanctuaire est rempli de chérubins, qui sont des corps d'hommes avec des aîles & des têtes d'animaux ; c'est ce qui a donné lieu à l'erreur grossiere de Plutarque, de Tacite, d'Appion, & de tant d'autres, de reprocher aux Juifs d'adorer une tête d'âne. Dieu, malgré sa défense de peindre & de sculpter aucune figure, a donc daigné se proportionner à la foiblesse humaine, qui demandoit qu'on parlât aux sens par des images.

Isaïe dans le chap. VI. voit le Seigneur assis sur un trône, & le bas de sa robe qui remplit le temple. Le Seigneur étend sa main & touche la bouche de Jérémie au chap. I. de ce prophete. Ezéchiel au chap. III. voit un trône de saphir, & Dieu lui paroît comme un homme assis sur ce trône. Ces images n'alterent point la pureté de la religion juive, qui jamais n'employa les tableaux, les statues, les idoles, pour représenter Dieu aux yeux du peuple.

Les lettrés Chinois, les Perses, les anciens Egyptiens n'eurent point d'idoles ; mais bien-tôt Isis & Osiris furent figurés : bien-tôt Bel à Babylone fut un gros colosse ; Brama fut un monstre bizarre dans la presqu'île de l'Inde. Les Grecs sur-tout multiplierent les noms des dieux, les statues & les temples ; mais en attribuant toûjours la suprême puissance à leur Zeus, nommé par les Latins Jupiter, maître des dieux & des hommes. Les Romains imiterent les Grecs : ces peuples placerent toûjours tous les dieux dans le ciel sans savoir ce qu'ils entendoient par le ciel & par leur olympe. Il n'y avoit pas d'apparence que ces êtres supérieurs habitassent dans les nuées qui ne sont que de l'eau. On en avoit placé d'abord sept dans les sept planetes, parmi lesquelles on comptoit le soleil ; mais depuis, la demeure ordinaire de tous les dieux fut l'étendue du ciel.

Les Romains eurent leurs douze grands dieux, six mâles & six femelles, qu'ils nommerent dii majorum gentium ; Jupiter, Neptune, Apollon, Vulcain, Mars, Mercure, Junon, Vesta, Minerve, Cérès, Vénus, Diane. Pluton fut alors oublié ; Vesta prit sa place.

Ensuite venoient les dieux minorum gentium, les dieux indigetes, les héros, comme Bacchus, Hercule, Esculape ; les dieux infernaux, Pluton, Proserpine ; ceux de la mer, comme Thétis, Amphitrite, les Néréïdes, Glaucus ; puis les Driades, les Naïades, les dieux des jardins, ceux des bergers. Il y en avoit pour chaque profession, pour chaque action de la vie, pour les enfans, pour les filles nubiles, pour les mariées, pour les accouchées ; on eut le dieu Pet. On divinisa enfin les empereurs : ni ces empereurs, ni le dieu Pet, ni la déesse Pertunda, ni Priape, ni Rumilia la déesse des tétons, ni Stercutius le dieu de la garde-robe, ne furent à la vérité regardés comme les maîtres du ciel & de la terre. Les empereurs eurent quelquefois des temples ; les petits dieux Pénates n'en eurent point ; mais tous eurent leur figure, leur idole.

C'étoient de petits magots dont on ornoit son cabinet ; c'étoient les amusemens des vieilles femmes & des enfans, qui n'étoient autorisés par aucun culte public. On laissoit agir à son gré la superstition de chaque particulier : on retrouve encore ces petites idoles dans les ruines des anciennes villes.

Si personne ne sait quand les hommes commencerent à se faire des idoles, on sait qu'elles sont de l'antiquité la plus haute ; Tharé pere d'Abraham en faisoit à Ur en Chaldée : Rachel déroba & emporta les idoles de son beau-pere Laban ; on ne peut remonter plus haut.

Mais quelle notion précise avoient les anciennes nations de tous ces simulacres ? Quelle vertu, quelle puissance leur attribuoit-on ? Croira-t-on que les dieux descendoient du ciel pour venir se cacher dans ces statues ? ou qu'ils leur communiquoient une partie de l'esprit divin ? ou qu'ils ne leur communiquoient rien du tout ? C'est encore sur quoi on a très-inutilement écrit ; il est clair que chaque homme en jugeoit selon le degré de sa raison, ou de sa crédulité, ou de son fanatisme. Il est évident que les prêtres attachoient le plus de divinité qu'ils pouvoient à leurs statues, pour s'attirer plus d'offrandes ; on sait que les Philosophes détestoient ces superstitions ; que les guerriers s'en mocquoient ; que les magistrats les toléroient, & que le peuple toûjours absurde ne savoit ce qu'il faisoit : c'est en peu de mots l'histoire de toutes les nations à qui Dieu ne s'est pas fait connoître.

On peut se faire la même idée du culte que toute l'Egypte rendit à un boeuf, & que plusieurs villes rendirent à un chien, à un singe, à un chat, à des oignons. Il y a grande apparence que ce furent d'abord des emblèmes : ensuite un certain boeuf Apis, un certain chien nommé Anubis, furent adorés. On mangea toûjours du boeuf & des oignons ; mais il est difficile de savoir ce que pensoient les vieilles femmes d'Egypte, des oignons sacrés & des boeufs.

Les idoles parloient assez souvent : on faisoit commémoration à Rome le jour de la fête de Cybèle, des belles paroles que la statue avoit prononcées lorsqu'on en fit la translation du palais du roi Attale :

Ipsa peti volui, ne sit mora, mitte volentem,

Dignus Roma locus quo deus omnis eat.

" J'ai voulu qu'on m'enlevât, emmenez moi vîte ; Rome est digne que tout dieu s'y établisse ".

La statue de la fortune avoit parlé ; les Scipions, les Cicérons, les Césars à la vérité n'en croyoient rien ; mais la vieille à qui Encolpe donna un écu pour acheter des oies & des dieux, pouvoit fort bien le croire.

Les idoles rendoient aussi des oracles, & les prêtres cachés dans le creux des statues parloient au nom de la divinité.

Comment, au milieu de tant de dieux, & de tant de théogonies différentes & de cultes particuliers, n'y eût-il jamais de guerre de religion chez les peuples nommés idolâtres ? Cette paix fut un bien qui naquit d'un mal de l'erreur même : car chaque nation reconnoissant plusieurs dieux inférieurs, trouvoit bon que ses voisins eussent aussi les leurs. Si vous exceptez Cambise, à qui on reproche d'avoir tué le boeuf Apis, on ne voit dans l'histoire profane aucun conquérant qui ait maltraité les dieux d'un peuple vaincu. Les Gentils n'avoient aucune religion exclusive ; & les prêtres ne songerent qu'à multiplier les offrandes & les sacrifices.

Les premieres offrandes furent des fruits ; bientôt après il fallut des animaux pour la table des prêtres ; ils les égorgeoient eux-mêmes ; ils devinrent bouchers & cruels : enfin, ils introduisirent l'usage horrible de sacrifier des victimes humaines, & surtout des enfans & des jeunes filles. Jamais les Chinois, ni les Perses, ni les Indiens, ne furent coupables de ces abominations ; mais à Héliopolis en Egypte, au rapport de Porphire, on immola des hommes. Dans la Tauride on sacrifioit les étrangers : heureusement les prêtres de la Tauride ne devoient pas avoir beaucoup de pratiques. Les premiers Grecs, les Cipriots, les Phoeniciens, les Tyriens, les Carthaginois, eurent cette superstition abominable. Les Romains eux-mêmes tomberent dans ce crime de religion ; & Plutarque rapporte qu'ils immolerent deux Grecs & deux Gaulois, pour expier les galanteries de trois vestales. Procope, contemporain du roi des Francs Théodebert, dit que les Francs immolerent des hommes quand ils entrerent en Italie avec ce prince : les Gaulois, les Germains, faisoient communément de ces affreux sacrifices.

On ne peut guere lire l'histoire, sans concevoir de l'horreur pour le genre humain. Il est vrai que chez les Juifs Jephté sacrifia sa fille, & que Saül fut prêt d'immoler son fils. Il est vrai que ceux qui étoient voués au Seigneur par anathème, ne pouvoient être rachetés, ainsi qu'on rachetoit les bêtes, & qu'il falloit qu'ils périssent : mais Dieu qui a créé les hommes, peut leur ôter la vie quand il veut, & comme il le veut : & ce n'est pas aux hommes à se mettre à la place du maître de la vie & de la mort, & à usurper les droits de l'Etre suprème.

Pour consoler le genre humain de l'horrible tableau de ces pieux sacriléges, il est important de savoir que chez presque toutes les nations nommées idolâtres, il y avoit la Théologie sacrée, & l'erreur populaire ; le culte secret, & les cérémonies publiques ; la religion des sages, & celle du vulgaire. On n'enseignoit qu'un seul Dieu aux initiés dans les mysteres ; il n'y a qu'à jetter les yeux sur l'hymne attribué à Orphée, qu'on chantoit dans les mysteres de Cérès Eleusine, si célebres en Europe & en Asie.

" Contemple la nature divine, illumine ton esprit, gouverne ton coeur, marche dans la voie de la justice ; que le Dieu du ciel & de la terre soit toûjours présent à tes yeux. Il est unique, il existe seul par lui-même ; tous les êtres tiennent de lui leur existence ; il les soûtient tous ; il n'a jamais été vu des yeux mortels, & il voit toutes choses ".

Qu'on lise encore ce passage du philosophe Maxime de Madaure, dans sa lettre à saint Augustin. " Quel homme est assez grossier, assez stupide, pour douter qu'il soit un Dieu suprême, éternel, infini, qui n'a rien engendré de semblable à lui-même, qui est le pere commun de toutes choses " ? Il y a mille témoignages que les sages abhorroient nonseulement l'idolâtrie, mais encore le polithéïsme.

Epictete, ce modele de résignation & de patience, cet homme si grand dans une condition si basse, ne parle jamais que d'un seul Dieu : voici une de ses maximes. " Dieu m'a créé, Dieu est au-dedans de moi ; je le porte par-tout ; pourrois-je le souiller par des pensées obscènes, par des actions injustes, par d'infâmes desirs ? Mon devoir est de remercier Dieu de tout, de le louer de tout, & de ne cesser de le benir qu'en cessant de vivre ". Toutes les idées d'Epictete roulent sur ce principe.

Marc-Aurele, aussi grand peut-être sur le trône de l'empire romain qu'Epictete dans l'esclavage, parle souvent à la vérité des dieux, soit pour se conformer au langage reçu, soit pour exprimer des êtres mitoyens entre l'Etre suprême & les hommes. Mais en combien d'endroits ne fait-il pas voir qu'il ne reconnoît qu'un Dieu éternel, infini ? Notre ame, dit-il, est une émanation de la divinité ; mes enfans, mon corps, mes esprits viennent de Dieu.

Les Stoïciens, les Platoniciens admettoient une nature divine & universelle ; les Epicuriens la nioient ; les pontifes ne parloient que d'un seul Dieu dans les mysteres ; où étoient donc les idolâtres ?

Au reste, c'est une des grandes erreurs du Dictionnaire de Moréri, de dire que du tems de Théodose le jeune, il ne resta plus d'idolâtres que dans les pays reculés de l'Asie & de l'Afrique. Il y avoit dans l'Italie beaucoup de peuples encore gentils, même au septieme siecle : le nord de l'Allemagne depuis le Vezer n'étoit pas chrétien du tems de Charlemagne ; la Pologne & tout le Septentrion resterent long-tems après lui dans ce qu'on appelle idolâtrie : la moitié de l'Afrique, tous les royaumes au de-là du Gange, le Japon, la populace de la Chine, cent hordes de Tartares ont conservé leur ancien culte. Il n'y a plus en Europe que quelques lapons, quelques samoïedes, quelques tartares, qui ayent persévéré dans la religion de leurs ancêtres. Article de M. DE VOLTAIRE. Voyez ORACLES, RELIGION, SUPERSTITION, SACRIFICES, TEMPLES.


IDOLOTHYTESS. m. (Théolog.) c'est le nom que S. Paul donne aux viandes offertes aux idoles, & que l'on présentoit ensuite avec cérémonie, tant aux prêtres qu'aux assistans, qui les mangeoient couronnés. Il y eut entre les premiers chrétiens difficulté au sujet de la manducation de ces idolothytes, & dans le concile de Jérusalem il leur fut ordonné de s'en abstenir ; cependant comme les viandes qui étoient offertes aux idoles, étoient quelquefois vendues au marché, & présentées ensuite aux repas des chrétiens, les plus scrupuleux n'en vouloient pas, quoiqu'alors ce ne fut plus un acte de religion. S. Paul consulté sur cette question, répondit aux Corinthiens que l'on en pouvoit manger, sans s'informer si cette viande avoit été offerte aux idoles ou non, pourvû que cela ne causât point de scandale aux foibles. Cependant l'usage de ne point manger des idolothytes a subsisté parmi les chrétiens, & dans l'apocalypse ceux de Pergame sont repris de ce qu'il y avoit parmi eux des gens qui faisoient manger des viandes qui avoient été offertes aux idoles. Dans la primitive église il est défendu aux chrétiens, par plusieurs canons des conciles, de manger des idolothytes. Actor. j. 15. I. Corinth. j. 8. Apocalyps. 2.


IDON-MOULLYS. m. (Botan. exot.) c'est le nom malabare d'une espece de prunier des Indes orientales, que les Botanistes appellent prunus indica, fructu umbilicato, pyriformi, spinosa, racemosa, ce qui suffit pour le distinguer des autres pruniers ; ajoutez qu'il s'éleve jusqu'à la hauteur de soixante & dix piés ; il est décrit dans l'Hort. malab. part. IV. tab. 18. p. 41. (D.J.)


IDRA(Géog.) ville de Suede, capitale de la Dalécarlie, sur la riviere d'Elsinam : presque tous les habitans travaillent aux mines & aux forges.


IDRIA(Géog.) ville d'Italie dans le Frioul, au comté de Goritz, avec un château. Cette ville, célebre par sa mine de vif-argent, appartient à la maison d'Autriche ; elle est de tous côtés entourée de montagnes, à 7 lieues N. E. de Goritz, 10 N. de Trieste. Long. 31. 35. lat. 46. 16.

La riche mine de vif-argent que cette ville possede dans son propre sein, est une chose bien curieuse. L'entrée de cette mine n'est point sur une montagne, mais dans la ville même ; elle n'a pas plus de 120 ou 130 brasses de profondeur. On en tire du vif-argent vierge & du simple vif-argent, & c'étoit certainement autrefois une des plus riches mines du monde en ce genre ; car il s'y trouvoit d'ordinaire moitié pour moitié, c'est-à-dire de deux livres une, & quelquefois même lorsqu'on en tiroit un morceau qui pesoit trois livres, on en trouvoit encore deux après qu'il étoit raffiné. Le détail que Brown en a fait comme témoin oculaire, en 1669, mérite d'être lû.

Etant descendu dans cette mine par une échelle qui avoit 89 brasses de long, il vit dans un endroit où l'on travailloit à la purification du vif-argent par le feu seize mille barres de fer, qu'on avoit achetées dans la Carinthie ; on employoit aussi quelquefois au même usage 800 barres de fer tout-à-la-fois, pour purifier le vif-argent dans seize fournaises ; on en mettoit 50 dans chaque fournaise, 25 de chaque côté, 12 dessus & 13 au-dessous ; le produit étoit tel, que M. Brown vit emporter un jour 40 sacs de vif-argent purifié pour les pays étrangers, objet de 40 mille ducats. On en envoyoit jusqu'à Chremnitz, en Hongrie, pour s'en servir dans cette mine d'or ; chaque sac pesoit 315 livres. Il y avoit encore alors dans le château trois mille sacs de vif-argent purifié en réserve ; enfin, à force d'exploitations précipitées, on a presque épuisé la mine & le bois nécessaire pour le travail. (D.J.)


IDSTEIN(Géog.) bourg ou petite ville d'Allemagne, dans la Wétéravie, résidence d'une branche de la maison de Nassau, à qui elle appartient ; elle est à 5 lieues N. E. de Mayence. Long. 25. 33. lat. 50. 9. (D.J.)


IDULIES. f. (Belles-lettres) c'est ainsi qu'on appelloit la victime qu'on offroit à Jupiter le jour des ides, d'où peut-être elle a pris son nom. (D.J.)


IDUMÉES. f. (Géog. anc.) pays d'Asie, aux confins de la Palestine & de l'Arabie : l'Idumée tire son nom d'Edom ou Esaü, qui y fixa sa demeure. Il s'établit d'abord dans les montagnes de Seïr, à l'orient & au midi de la mer Morte ; ensuite ses descendans, comme nous le verrons tout-à-l'heure, se répandirent dans l'Arabie Pétrée, dans le pays qui est au midi de la Palestine, & finalement dans la Judée méridionale, lorsque ce pays devint comme desert durant la captivité de Babylone ; ainsi quand on parle de l'étendue de l'Idumée, il faut distinguer les tems. Sous les rois de Juda les Iduméens étoient resserrés à l'orient & au sud de la mer Morte, au pays de Seïr ; mais dans la suite l'Idumée s'étendit beaucoup davantage au midi de Juda. La ville capitale de l'Idumée orientale étoit Bosra, & la capitale de l'Idumée méridionale étoit Pétra ou Jectaël.

L'Idumée dont Strabon, Josephe, Pline, Ptolomée, & autres auteurs font mention, n'étoit pas le pays d'Edom, ou cette Idumée qui a donné le nom à la mer Rouge, mais une autre ancienne Idumée, d'une beaucoup plus grande étendue, car elle comprenoit toute cette région qui fut appellée Arabie Pétrée de Pétra sa capitale. Tout ce pays ayant été habité par les descendans d'Edom ou d'Esaü, fut delà nommé le pays d'Edom.

Dans la suite des tems une sédition, à ce que prétend Strabon, s'étant élevée parmi eux, une partie se sépara du reste, & vint s'établir dans les contrées méridionales de la Judée, qui se trouvoit alors comme deserte, par l'absence de ses habitans captifs à Babylone ; ceux-ci conserverent le nom d'Iduméens, & le pays qu'ils occuperent prit celui d'Idumée.

Les Iduméens qui ne suivirent pas les autres, se joignirent aux Ismaélites, & furent appellés comme eux Nabathéens, de Nébajoth ou Nabath fils d'Ismael, & le pays qu'ils posséderent Nabathée ; c'est sous ce nom qu'il en est souvent parlé dans les auteurs, tant grecs que latins.

Les Iduméens furent premierement gouvernés par des chefs ou princes, & puis par des rois ; Nabuchodonosor, cinq ans après la prise de Jérusalem, subjugua toutes les puissances voisines de la Judée, & en particulier les Iduméens ; Judas Macchabée leur fit la guerre, & les battit en plus d'une rencontre : enfin, Hircan les dompta & les obligea de recevoir la circoncision ; dès-lors ils demeurerent assujettis aux derniers rois de la Judée, jusqu'à la ruine de Jérusalem par les Romains. (D.J.)


IDYLLEterme de Poésie, petit poëme champêtre qui contient des descriptions ou narrations de quelques aventures agréables. Voy. EGLOGUE. Ce mot vient du grec , diminutif d', figure, représentation, parce que le propre de cette poésie est de représenter naturellement les choses.

Théocrite est le premier auteur qui ait fait des idylles ; les Italiens l'ont imité, & en ont ramené l'usage. Voyez PASTORAL.

Les idylles de Théocrite, sous une simplicité toute naïve & toute champêtre, renferment des agrémens inexprimables ; elles paroissent puisées dans le sein de la nature, & dictées par les graces elles-mêmes.

C'est une poésie qui peint naturellement les objets qu'elle décrit ; au lieu que le poëme épique les raconte, & le dramatique les met en action. On ne s'en tient plus dans les idylles à la simplicité originale de Théocrite : notre siecle ne souffriroit pas une fiction amoureuse qui ressembleroit aux galanteries grossieres de nos paysans. Boileau remarque que les idylles les plus simples sont ordinairement les meilleures.

Ce poëte en a tracé le caractere dans ce peu de vers, par une image empruntée elle-même des sujets sur lesquels roule ordinairement l'idylle.

Telle qu'une bergere au plus beau jour de fête

De superbes rubis ne charge point sa tête ;

Et sans mêler à l'or l'éclat des diamans,

Cueille en un champ voisin ses plus beaux ornemens.

Telle aimable en son air, mais humble dans son style,

Doit éclater sans pompe une élégante idylle ;

Son tour simple & naïf n'a rien de fastueux,

Et n'aime point l'orgueil d'un vers présomptueux.

Art poëtique, chant II.

S'il y a quelque différence entre les idylles & les églogues, elle est fort légere ; les auteurs les confondent souvent. Cependant il semble que l'usage veut plus d'action, de mouvement dans l'églogue, & que dans l'idylle on se contente d'y trouver des images, des récits, ou des sentimens seulement. Cours de belles-lettres, tom. I.

Un autre auteur moderne y trouve cette différence, qui n'est pourtant pas absolument générale. Dans l'églogue, dit-il, ce sont des bergers qu'on fait dialoguer entr'eux, qui racontent leurs propres aventures, leurs peines & leurs plaisirs, qui comparent la douceur de la vie qu'ils menent avec les passions & les soins dont la nôtre est traversée. Dans l'idylle, au contraire, c'est nous qui comparons le trouble & les travaux de notre vie avec la tranquillité de celle des bergers, & la tyrannie de nos passions ou de nos usages, avec la simplicité de leurs moeurs & de leurs sentimens. Celle-ci même peut rouler toute entiere sur une allégorie soutenue, tirée de l'instinct des animaux ou de la nature des choses inanimées ; tel est le ton de quelques idylles de madame Deshoulieres : d'où il est aisé de conclure que l'idylle pourroit admettre un peu plus de force & d'élévation que l'églogue, puisque sous ce rapport elle suppose un homme qui vit au milieu du monde, dont il reconnoît les dangers & les abus : son esprit peut donc être plus orné, plus vif, moins simple & moins uni que ne seroit celui des bergers, principalement occupés d'idées relatives à leur condition. Princip. pour la lect. des poët. tom. I.


ou GÉ, s. m. (Commerce) mesure des longueurs dont on se sert en quelques endroits des Indes. Voyez GE.

Jé, mesure des liqueurs dont on se sert en quelques lieux d'Allemagne, particulierement à Augsbourg. Le jé est de deux muids, ou de douze besons, le beson de douze masses ; huit jé font le féoder. Voyez BESON, MASSE, FEODER. Dict. de commerce.


JEAN(Evangile de S. Jean) nom d'un des livres canoniques du Nouveau Testament, qui contient l'histoire de la vie & des miracles de Jesus-Christ, écrite par l'apôtre S. Jean, fils de Zébédée & de Salomé.

On croit que cet apôtre étoit dans une extrême vieillesse, lorsque vers l'an du salut 97 les évêques & les fideles d'Asie lui ayant demandé avec empressement qu'il leur écrivît l'histoire de ce qu'il avoit vû & oui de notre Sauveur, il se rendit à leurs desirs. Il s'appliqua principalement à y rapporter ce qui sert à établir la divinité du Verbe, contre certains hérétiques d'alors qui la nioient. La sublimité des connoissances qui regne au commencement de cet évangile, a fait donner à S. Jean le surnom de théologien.

Outre cet évangile, & l'apocalypse dont nous avons parlé sous son titre, cet apôtre a composé trois épitres, que l'Eglise reconnoît pour canoniques. On lui a supposé quelques écrits apocryphes, par exemple, un livre de ses prétendus voyages ; des actes dont se servoient les Encratites, les Manichéens & les Priscillianistes ; un livre de la mort & de l'assomption de la Vierge ; un symbole, que l'on prétendoit avoir été donné à S. Grégoire de Néocésarée par la sainte Vierge & par saint Jean. Ce symbole fut cité dans le cinquieme concile écuménique ; mais les actes & l'histoire dont nous venons de parler, ont été de tout tems généralement reconnus pour apocryphes. Calmet, Dict. de la Bible.

JEAN, S. (Hist. eccles.) il y a un grand nombre de communautés ecclésiastiques & religieuses instituées sous le nom de S. Jean. Les unes subsistent encore ; d'autres se sont éteintes. L'histoire ecclésiastique fait mention des chanoines hospitaliers de S. Jean-Baptiste de Conventry, en Angleterre. Honorius III. les approuva ; ils porterent une croix noire sur leurs robes & sur leurs manteaux, qui les fit nommer porte-croix. Il y avoit aussi des soeurs hospitalieres du même nom. Il est parlé des hospitaliers & des hospitalieres de S. Jean-Baptiste de Nottingham ; des hermites de S. Jean-Baptiste de la pénitence, établis en Navarre sous l'obéissance de l'évêque de Pampelune, & confirmés par Grégoire XIII ; des hermites de S. Jean Baptiste, fondés en France par le frere Michel de Sainte Sabine, en 1630, pour la réformation des hermites ; une congrégation de chanoines particuliers en Portugal, sous le titre de S. Jean l'évangéliste ; l'ordre de S. Jean de Jérusalem, de S. Jean de Latran, &c.

JEAN, (mal de S.) c'est une espece de maladie convulsive, qui tient de la nature de l'épilepsie, dans laquelle on tombe de son haut, après s'être fort agité, comme en dansant, en sautant, ce qui l'a fait confondre avec le mal caduc, selon le Dictionnaire de Trévoux. Elle a beaucoup de rapport avec la maladie du même genre, appellée la danse de S. Wit. Voyez EPILEPSIE, DANSE DE S. WIT.

JEAN, S. (Géog.) petite ville de France au Vasgau, aux confins de la Lorraine, sur la Sare, dans le Comté de Sarbruck ; elle est à 5 lieues O. de Deux-Ponts. Long. 25. 47. lat. 49. 16. (D.J.)

JEAN, riviere de S. (Géog.) grande riviere de l'Amérique septentrionale, dans l'Acadie, où elle coule derriere le cap Rouge, à 45 deg. 40 min. de lat. septentr. Cette riviere est fort dangereuse, si on ne reconnoît bien les basses, les rochers, & les pointes qui sont des deux côtés ; elle est renommée pour la pêche des saumons.

Il y a une autre riviere de ce nom dans la Louisiane ; cette derniere riviere a un cours d'une quarantaine de lieues d'occident en orient, & se jette dans la mer à environ dix lieues de la riviere de May. (D.J.)

JEAN D'ANGELY, S. (Géog.) Angeriacum, ancienne ville de France en Saintonge, avec une abbaye de bénédictins, fondée en 942 par Pepin, roi d'Aquitaine ; elle est sur la Boutonne, à six lieues N. E. de Saintes, 13 S. E. de la Rochelle, 92 S. O. de Paris. Long. 17. 5. lat. 45. 55.

Cette ville a été le lieu de la naissance de Priolo, & celui de la mort du premier prince de Condé.

Priolo (Benjamin) naquit en 1602 ; il est auteur d'une histoire latine de France, qui s'étend depuis 1601 jusqu'à 1664 ; il la composa dans un esprit éloigné de la flatterie, quoiqu'il eût des pensions du roi, qui l'employa à des négociations importantes. Cette histoire doit plaire à ceux qui aiment les portraits & les caracteres, car les phrases de Tacite en fournissent presque toutes les couleurs, & semblent s'y être placées d'elles-mêmes.

Henri de Bourbon, premier du nom, prince de Condé, mourut vraisemblablement de poison à S. Jean d'Angély, en 1588, âgé de 35 ans. Le roi de Navarre (Henri IV.) son cousin, n'en reçut la nouvelle qu'en versant un torrent de larmes, purpureos & ego spargam flores ; il les mérite par ses malheurs & par ses vertus. Humain, brave, affable, ferme, généreux, éloquent, il joignit, d'après l'exemple de son pere, toutes les vertus du héros à l'amour & à la pratique de sa religion ; ayant échappé comme on sait avec le roi de Navarre au massacre de la S. Barthélemi, il répondit à Charles IX. qui vouloit par la force l'engager à changer de religion, que son autorité ne s'étendoit pas sur les consciences, & en même tems il quitta la cour. Il est grand-pere du célebre prince de Condé (Louis de Bourbon, II. du nom), si fameux par les batailles de Rocroy, de Fribourg, de Nortlingue, de Lens, de Sénef, &c. (D.J.)

JEAN DE LONE, S. (Géog.) petite ville de France en Bourgogne, dans le Dijonois, chef lieu du bailliage de même nom, & la sixieme qui députe aux états. Les armées de l'empereur, du roi d'Espagne, & du duc Charles de Lorraine, formant 80 mille hommes, furent contraintes d'en lever le siege en 1635. Louis XIII. par reconnoissance lui accorda une exemption perpétuelle de tailles, taillons, & de tous autres subsides en 1636. Peut-être que le nom qu'elle porte lui vient d'un temple que Latone avoit dans l'endroit où elle est située ; c'est sur la Saône, à 6 lieues S. de Dijon, 3 d'Auxonne, 62 S. E. de Paris. Long. 22. 44. lat. 47. 10. (D.J.)

JEAN DE LUZ, S. (Géog.) Lucius Vicus ; le nom basque est Loitzun, petite ville de France en Gascogne, la deuxieme du pays de Labour, & la derniere du côté de l'Espagne, avec un port. Elle est sur une petite riviere, que Piganiol de la Force nomme la Ninette, & M. Delisle le Nivelet, à 4 lieues N. E. de Fontarabie, 4 S. O. de Bayonne, 174 S. O. de Paris. Long. 15. 59. 28. lat. 43. 23. 15. (D.J.)

JEAN DE MAURIENNE, S. (Géog.) petite ville de Savoie, sans murailles, capitale du comté de Maurienne, dans la vallée du même nom, avec un évêché suffragant de l'archevêché de Vienne ; elle est sur la riviere d'Arche, aux confins du Dauphiné, à 5 lieues S. O. de Moutiers, 10 N. E. de Grenoble, 9 S. E. de Chambéry. Long. 24. 1. lat. 45. 118. (D.J.)

JEAN-PIED-DE-PORT, S. (Géog.) ville de France en Gascogne, à une lieue des frontieres d'Espagne, autrefois capitale de la basse Navarre, avec une citadelle sur une hauteur. Antonin appelle ce lieu imus Pyrenaeus, le pié des Pyrénées, parce qu'en effet il est au pié de cette chaîne de montagnes ; dans ce pays-là on appelle port les passages ou défilés par où l'on peut traverser les Pyrénées, & comme cette ville de S. Jean est à l'entrée de ces ports ou passages, on la nomme S. Jean-pied-de-port, elle est sur la Nive, à l'entrée d'un des passages des Pyrénées, à 8 lieues S. E. de Bayonne, 12 N. E. de Pampelune, 176 S. O. de Paris. Long. 16. 22. lat. 43. 8. (D.J.)

JEAN D'ULUA, S. (Géog.) petite île de l'Amérique septentrionale sur la mer du nord, dans la nouvelle Espagne, à l'entrée du port de la Véra-Crux ; elle a été découverte vers l'an 1518, par Grijalva. Long. 280. 20. lat. 19. (D.J.)


JEAN-LE-BLANCS. m. (Hist. nat. Ornithol.) oiseau de S. Martin, pigargus, oiseau du genre des aigles. Willughbi a donné la description d'un jean-le-blanc qui étoit mâle, & de la grandeur d'un coq-d'inde, & qui pesoit huit livres & demie ; il avoit six piés quatre pouces d'envergure, & environ deux piés & demi de longueur depuis l'extrémité du bec jusqu'au bout de la queue. Le bec étoit crochu, & la membrane qui recouvroit sa base avoit une couleur jaune ; les yeux étoient grands & enfoncés, les piés avoient une couleur jaunâtre, les ongles étoient courbes, celui du doigt de derriere avoit un pouce de longueur ; la tête étoit blanche, le commencement du cou avoit une couleur roussâtre, le croupion étoit noirâtre ; au reste, le corps avoit une couleur obscure de rouille de fer. Il y avoit dans chaque aîle vingt-sept grandes plumes noirâtres, elles sont bonnes pour écrire ; les bords des petites plumes étoient de couleur cendrée ; la queue étoit composée de douze plumes, en partie noires & en partie blanches. Cet oiseau differe de celui qu'Aldrovande a décrit sous le nom de pigargus. Willugh. Ornit. Voyez OISEAU.

JEAN DE GAND, (Hist. nat.) nom donné par les navigateurs Hollandois à un oiseau qui se trouve dans le nord, sur les côtes de Spitzberg ; il a la grosseur & la forme d'une cygogne, ses plumes sont blanches & noires comme les siennes ; mais il a les pattes fort larges. Il vit de poissons, sur lesquels il s'élance avec une dextérité singuliere : cet oiseau habite les mers du nord, où se font les pêches du hareng.


JEANNEL'ILE DE SAINTE, (Géog.) île de la mer des Indes, l'une des quatre îles de Comore, proche de l'extrémité de l'île de Madagascar ; on conjecture qu'elle a environ 30 milles de longueur, & 15 de largeur ; sa fertilité engage les vaisseaux d'Europe qui vont vers Surate, & les parties septentrionales des Indes, à aller s'y rafraîchir ; elle abonde en riz, en poivre, en bananes, en oranges, en citrons, en limons, & autres fruits, dont la plûpart viennent sans culture. On y voit aussi beaucoup de miel & de cannes de sucre ; tous les fruits y sont communs, à l'exception des noix de coco. La religion des habitans est la mahométane, mêlée de superstitions ; il y a dans cette île de belles mosquées. Les femmes y sont en quelque maniere esclaves, car elles cultivent seules la terre, servent leurs maris, & leur préparent à manger : on y marie les filles à l'âge de 11 ou 12 ans, au plus tard. Lat. mérid. 12. 30. (D.J.)


JEBLEVoyez YEBLE.


JEBUSESS. f. pl. (Hist. mod. superstition) espece de prêtresse de l'île de Formosa ou de TayVan, qui est située vis-à-vis de la province de ToKyen. Ces prêtresses, qui font le métier de sorcieres & de devineresses, en imposent au peuple par des tours de force au-dessus de leur portée ; elles commencent leurs cérémonies par le sacrifice de quelques porcs ou d'autres animaux ; ensuite, à force de contorsions, de postures indécentes, de chants, de cris & de conjurations, elles parviennent à s'aliéner, & entrent dans une espece de frénésie, à la suite de laquelle elles prétendent avoir eu des visions, & être en état de prédire l'avenir, d'annoncer le tems qu'il fera, de chasser les esprits malins, &c. Une autre fonction des jébuses ou prêtresses de Formosa, est de fouler aux piés les femmes qui sont devenues grosses avant l'âge de trente-sept ans, afin de les faire avorter, parce qu'il n'est, dit-on, point permis par les lois du pays de devenir mere avant cet âge.


JÉÇO(Géog.) grande île d'Asie, au nord de la partie septentrionale de Niphon, gouvernée par un prince tributaire, & dépendant de l'empereur du Japon. Elle est remplie de bois ; les habitans ne vivent presque que de chasse & de poisson. Quelques cartes mettent ce pays d'Asie entre les 200 & 230 deg. de long. mais c'est une erreur de plus de 50 degrés. Kempfer assure que cette île est à 42 degrés de lat. sept. N. N. E. vis-à-vis la grande province d'Osin. (D.J.)


JECTIGATIONS. f. (Méd.) jectigatio, ce terme a plus d'une signification ; il est pris pour une espece de tremblement, de mouvement convulsif, de palpitation que l'on ressent dans tout le corps ou dans le coeur seulement, ou dans tout autre organe ou membre en particulier ; ensorte que, selon van Helmont (tr. de caduc.), la jectigation est une espece d'épilepsie. Voyez EPILEPSIE, PALPITATION.

Sennert emploie ce mot dans un autre sens ; selon cet auteur (oper. tom. II. lib. I. part. II. cap. xxiij.), on doit le regarder comme barbare ; il signifie la même chose qu'inquiétude, anxiété, jactation, qui sont un symptome de maladie. Voyez JACTATION.


JEDBINSK(Géog.) ville de la petite Pologne, dans le Palatinat de Sendomir.


IÉDO(Géog.) ville d'Asie, capitale du Japon, dans l'île de Niphon, avec un superbe palais fortifié, où l'empereur fait sa résidence.

Iédo est une des cinq grandes villes de commerce qui appartiennent au domaine de l'empereur, ou aux terres de la couronne ; mais elle est comptée comme la premiere, la plus considérable & la plus vaste de tout l'empire. Kempfer la regarde comme une des plus grandes villes du monde connu ; il mit un jour entier pour aller d'un bout à l'autre dans sa longueur : le nombre de ses habitans est prodigieux. La riviere de Tonkaw la traverse, & se jette dans la mer par cinq embouchures. On a construit sur cette riviere un pont de 42 brasses de longueur. Les maisons des particuliers sont petites, basses, & bâties de bois, ce qui occasionne souvent des incendies ; mais il y a quantité de palais bâtis de pierre, & des temples superbes consacrés aux dieux de toutes les sectes & religions établies au Japon. Le château destiné pour l'empereur & sa cour, a environ 5 lieues du pays de circuit ; celui que l'empereur habite en particulier, est fortifié de toutes parts ; la structure des appartemens qui le composent, & qui sont immenses pour la grandeur, est d'une beauté exquise selon l'architecture du pays, qui n'est pas la nôtre, & qui ne connoît ni regle, ni dessein, ni proportion ; les plafonds, les solives, & les piliers, sont de cedre, de camphre, de bois de jeseri, dont les veines forment naturellement des fleurs & d'autres figures. Le lecteur trouvera la description complete d'Iédo dans Kempfer. Long. 157. lat. 35. 32. (D.J.)


JEDOGAWA-TSUTSUSI(Hist. nat. Botan.) c'est un cytise fort célebre au Japon ; ses rameaux sont hérissés de pointes ; sa feuille est couverte de poils, & de la figure d'un fer de lance. On en distingue un à fleurs blanches, un autre à fleurs purpurines, & un autre à fleurs incarnates.


JEGUR(Hist. nat.) C'est le nom qu'on donne en Tartarie à une espece de graine dont la tige ressemble assez à une canne de sucre, & s'éleve aussi haut qu'elle ; la graine est semblable à du riz, & forme comme une espece de grappe au sommet de la tige. Les habitans du pays la mangent ; elle croît abondamment sur les bords de la riviere d'Amon, qui est l'Oxus des anciens.


JEHOVou JEHOVAH, s. m. (Gramm. & Hist.) nom propre de Dieu dans la langue hébraïque. Son étymologie, sa force, sa signification, ses voyelles & sa prononciation ont enfanté des volumes ; il vient du mot être ; Jehovah est celui qui est.


JEJUNUMS. f. (Anat.) le second des intestins grêles, à qui l'on a donné ce nom parce qu'on le trouve toûjours moins plein que les autres. Voyez INTESTINS.


JELLES. m. (Navigation) c'est le nom que l'on donne à des bâtimens pointus par la poupe & par la proue, qui sont fort en usage en Norvege & en Russie.


JEMMou GEMENé, (Géog.) riviere de l'Indoustan, qui passe par les villes d'Agra & de Dehli, & qui se jette dans le Gange à environ 23 dégrés de latitude septentrionale.


JEMPTERLANDJemptia, (Géog.) contrée de Suede dans sa partie septentrionale, entre la Laponie, l'Angermanie, la Médelpadie, l'Helsingie, & la Dalécarlie. Elle est pauvre, dépeuplée, & n'a que quelques bourgs & quelques villages. (D.J.)


JEMSÉE(Géog.) ville du royaume de Suede, en Finlande, dans la province de Tavasthus, près d'un lac fort-poissonneux.


JEN-Y-CÉRIS-EFFENDIS. m. (Hist. Turq.) officier des janissaires, dont la charge répond à celle de prevôt d'armée dans nos régimens. Il juge des différends & de légers délits qui peuvent survenir parmi les janissaires ; s'il s'agit de délits considérables, & de choses très-graves, il en fait son rapport à l'aga qui décide en dernier ressort. Voyez JANISSAIRE. (D.J.)


JENCKAU(Géog.) ville de Bohème, dans le cercle de Czaslau, sur la route de Prague à Vienne.


JENDAYAS. m. (Ornith. exot.) espece de perroquet du Brésil, qui est de la grosseur du merle, & a comme cet oiseau le bec & les jambes noirs. Son dos, ses aîles & sa queue sont d'un verd bleuâtre ; le bout des aîles est noirâtre ; sa tête, le cou & la poitrine sont d'un jaune pâle, avec un mélange d'un jaune plus foncé en quelques endroits. Marggrave, Hist. brasil. (D.J.)


JÈNE(Géog.) ville d'Allemagne en Thuringe, dans les états de la maison de Saxe-Eisenac, avec une université qui fait tout son lustre. Elle est sur la Sala, à 2 lieues sud-est de Weimar, 4 sud-ouest de Naumbourg, 7 sud est d'Erford. Schutteus (Joh. Henr.) a donné une description de ses fossiles & de ses minéraux, sous le titre de Orychtographia Jenensis. Lipsiae, 1720, in 8°. Long. selon Cassini, 28, 55, 30, lat. 54, 25.

Entre les médecins qu'a produit Jène, car la médecine y est cultivée, je me contenterai de nommer Schelhammer (Gonthier Christophe), qui a publié plusieurs ouvrages dont les principaux sont : In physiologiam introductio, Helmstad 1681, in-4°. De auditu, Lugd. Batav. 1684. in-8°. De tumoribus, Jenae 1695, in-4°. De nitro, vitriolo, alumine & atramentis, Amstel. 1709, in-8°. (D.J.)


JENÉEN(Géog.) vieille ville d'Asie, dans la Palestine, avec un ancien château & deux mosquées. C'est le lieu de la résidence d'un émir qui leve un caphar sur tous ceux qui vont de Jérusalem à Nazareth. On seroit tenté de croire que c'est la Nain de l'Ecriture, si Maundrell ne les distinguoit dans son voyage d'Alep à Jérusalem. (D.J.)


JENIPAou JENIPAPAN, s. m. (Hist. nat. Bot.) espece de calebasse des Indes, de la grosseur d'un oeuf de canard ; l'écorce n'en est point dure, la chair qui est à l'intérieur est blanche, mêlée de petits grains applatis ; le goût en est un peu âpre, sans cependant être desagréable ; l'arbre qui porte ce fruit ressemble au frêne ; son écorce, comme celle du fruit, est d'un gris clair. Dict. de Hubner.


JÉNISESKOIautrement JÉNISCÉA, ou JÉNISEISK, (Géog.) ville assez peuplée de l'empire russien dans la Tartarie, en Sibérie, sur la riviere dont elle prend le nom, aux confins des Ostiaques & des Tunguses. On y a du bled, de la viande de boucherie, & de la volaille. Les Tunguses payens qui habitent le long de la riviere, y payent au souverain de Russie un tribut de toutes sortes de pelletteries. La grande riviere qu'on nomme la Jeniscéa, se déborde comme le Nil, l'espace de 70 milles, & fertilise les terres qu'elle inonde. Ce fleuve ne peut être navigé fort loin, à cause de neuf poroges ou chûtes d'eau qui étant à quelque distance les unes des autres, interrompent la navigation ; il forme l'isle de Gansko à son embouchure, & après un très-long cours, il se jette dans la mer Glaciale, au midi de la nouvelle Zemble. Long. de Jéniseskoi, suivant le P. Gaubil, 100. 42. 45. lat. 53.

Le froid qui y regne empêche que les arbres fruitiers n'y portent de fruit ; il n'y croît que des especes de groseilles sauvages, rouges & noires, mais ce n'est pas tout : il faut ajouter que le plus grand froid observé jusqu'à ce jour par le thermometre, l'a été dans cette ville de Sibérie, où, le 16 Janvier 1735, le mercure du thermometre baissa pendant quelques heures à 70 dégrés au dessous de la congélation.

On sait que le dégré de froid de 1709 à Paris, exprimé par 15 dégrés 1/2 au-dessous de la congélation, a passé long-tems pour le plus considérable dont on ait eu connoissance dans nos climats. On sait que MM. les académiciens qui en 1737 allerent en Laponie pour déterminer la figure de la terre, éprouverent un froid tout autrement violent, puisque lorsqu'on ouvroit la chambre chaude dans laquelle ils s'étoient enfermés, l'air du dehors convertissoit en neige la vapeur qu'on exhaloit ; le thermometre qui mesuroit ce froid descendit au trente-septieme dégré de celui de M. de Réaumur ; mais 37 dégrés comparés à 70 dégrés, font qu'on peut regarder ce terrible froid de Tornéo comme médiocre, relativement à celui de Jéniseskoi en 1735.

Cependant si l'on juge du froid par ses effets, on en trouvera peut-être d'aussi cruels rapportés dans plusieurs voyages. Quand, par exemple, les Hollandois cherchant le chemin de la Chine par la mer septentrionale, furent obligés de passer l'hyver à la nouvelle Zemble en 1596, ils ne se garantirent de la mort, qu'en s'enfermant bien couverts d'habits & de fourrures, dans une hutte qui n'avoit aucune ouverture, & dans laquelle, avec un feu continuel, ils eurent bien de la peine à s'empêcher de périr de froid ; leur vin de Xérès y étoit si parfaitement gelé en masses, qu'ils se le distribuoient par morceaux. Voyez encore l'article HUDSON, baie de (Géog.) (D.J.)


JÉNIZZAR(Géog.) ville de Grece dans la Macédoine, près du golfe de Salonique, dans le Coménolitari, bâtie sur les ruines de l'ancienne Pella, patrie d'Alexandre le Grand. Elle est à 5 lieues sud-ouest de Salonique, 7 nord-est de Caravéria. Long. 40. 12. lat. 40. 38.

Il y a une autre petite ville de ce nom dans la Janna, & qui est l'ancienne Pheroe de Thessalie. (D.J.)


JENJAPOUR(Géog.) ville de l'Indoustan, dans les états du Grand-Mogol, capitale d'une petite contrée de même nom, sur la riviere de Chaul, à 50 lieues nord ouest de Déhly, long. 49. lat. 30. 30. (D.J.)


JENKOPINGJanocopia, (Géog.) ville ouverte de Suede, dans la province de Smaland, sur le lac Water, avec une citadelle, à 22 lieues nord-ouest de Calmar, 18 sud-est de Falkoping. Long. 31. 55. lat. 57. 22. (D.J.)


JENO(Géogr.) ville & château de la haute-Hongrie, vers les frontieres de la Transylvanie, sur la riviere de Keres, entre Gyalay & Thémeswar.


JENUPAR(Géog.) royaume & ville d'Asie, dans la péninsule de l'Inde, en-deçà du Gange, sous la domination du Grand-Mogol.


JEQUITINGUACU(Hist. natur. Botan.) fruit qui croît au Brésil, & qui ressemble à nos grosses fraises ; ce fruit recouvre un noyau très-dur, noir & luisant comme du jais, & dont l'écorce est très-amere. On écrase ce noyau qui est de la grosseur d'un pois, pour en tirer une huile dont on fait du savon.


JERA(Géogr.) riviere d'Allemagne, dans le duché de Wolfembutel, qui prend sa source dans la principauté d'Halberstadt.


JÉRÉMIE(PROPHETIE DE) Théolog. livre canonique de l'ancien Testament, ainsi appellé de Jérémie son auteur, l'un des quatre grands prophetes, & fils d'Helcias, du bourg d'Anatoth, dans la tribu de Benjamin, proche de Jérusalem.

Jérémie étoit de la race sacerdotale. Il commença fort jeune à prophétiser, sur la fin du regne de Josias, & continua ses prophéties jusqu'à la captivité des Juifs en Babylone. La prophétie de Jérémie est terminée à la fin du chapitre 51 par ces mots : huc usque verba Jeremiae, . 64. Le 52 est de Baruch ou d'Esdras.

Outre la prophétie de Jérémie, nous avons encore ses lamentations, où il dépeint & déplore d'une maniere pathétique la désolation & la ruine de Jérusalem par les Chaldéens. Cet ouvrage est écrit en vers, dont les premieres lettres sont disposées suivant l'ordre de l'alphabet. Il y a une préface dans le grec & dans la vulgate, qui ne se rencontre ni dans l'hébreu, ni dans la paraphrase chaldaïque, ni dans le syrique, & qui paroît avoir été ajoutée pour servir d'argument à ce livre.

Le style de Jérémie est moins sublime & moins véhément que celui d'Isaïe ; mais il est plus tendre & plus affectueux. Il y avoit anciennement une autre prophétie de Jérémie, dont parle Origene, où l'on trouvoit ces paroles citées dans l'Evangile ; appenderunt mercedem meam triginta argenteos, &c. Mais il y a apparence que c'étoit un ouvrage apocryphe dont se servoient les Nazaréens, comme l'a remarqué S. Jérome dans son commentaire sur S. Matthieu, chap. XXVII. Dupin, dissert. prelim. sur la bib. chap. iij. liv. I. §. xviij. pag. 358. & suiv. (G)


JÈRÉPÉ-MONGAS. m. (Hist. nat. Zoolog.) serpent marin qui se trouve au Brésil ; il se tient sous l'eau immobile ; tous les animaux qui le touchent y demeurent attachés, & il s'en nourrit : il sort quelquefois & se repose sur le rivage. Si on le prend avec la main, la main s'y colle ; si l'on cherche à dégager la main prise avec l'autre, celle-ci se prend également : alors l'animal se déploie, se jette dans les eaux, & y entraîne sa proie.


JERICHAU(Géogr.) ville & bailliage d'Allemagne, dans le duché de Magdebourg, sur les frontieres de Brandebourg.


JÉRICHO(Géog. anc.) appellée par les Arabes Rihiba, ville d'Asie dans la Palestine, bâtie par les Jébuséens, à deux lieues du Jourdain, & à sept de Jérusalem ; c'est la premiere ville du pays de Chanaan, que Josué prit & saccagea ; on en rebâtit une nouvelle dans son voisinage. Vespasien la détruisit, Hadrien la répara. Cette ville fut encore relevée sous les empereurs chrétiens, & décorée d'un siége épiscopal ; mais finalement les guerres des Sarrasins dans la terre-sainte, ont détruit le siége & la ville ; on n'y voit plus que quelques huttes où demeurent des Arabes si gueux qu'à peine ont-ils de quoi couvrir leur nudité.

La rose de Jéricho louée dans l'Ecriture, est une plante qui nous est inconnue ; elle ne présente point celle à laquelle les modernes donnent vulgairement ce nom, & qui est une espece de thlaspi de Sumatra & de Syrie.

Pompée campoit à Jéricho dont il avoit dejà fait abattre deux forts, quand il apprit l'agréable nouvelle de la mort de Mithridate ; & Josephe saisit cette occasion du campement de Pompée, pour observer que le territoire de cette ville étoit fameux par l'excellence de son baume. Pline rapporte d'après Théophraste, que cet arbrisseau balsamifere ne se trouvoit que dans ce lieu-là, & qu'il n'y en avoit que dans deux jardins, dont l'un étoit de 20 arpens (il falloit dire de dix arpens, car il a mal rendu le mot grec ), & l'autre de moins encore ; mais ce n'est ni Jéricho, ni Galaad, ni la Judée, ni l'Egypte qui sont le terroir naturel de cet arbrisseau, c'est l'Arabie heureuse. Apparemment que l'on cultivoit cet arbre dans les jardins de Jéricho, & qu'il y prospéroit. En tout cas les choses ont bien changé : il n'y a plus de jardins à Jéricho, ni de baume en Judée ; tout celui que nous avons en Europe vient de la Mecque & de l'Arabie heureuse, & pour dire quelque chose de plus, le mot hébreu zori, que nous avons rendu par baume, est un mot générique qui signifie seulement toute gomme résineuse ; ainsi le baume de Jéricho, de Galaad de Chanaan, n'étoit qu'une espece de térébenthine dont on se servoit pour les blessures & quelques autres maux.

Josephe prétend encore que les environs de Jéricho ressembloient au paradis terrestre, tandis que selon Suidas ils étoient pleins de serpens & de viperes ; cependant Jéricho est très-fameuse dans l'Ecriture-sainte ; Moyse l'appelle la ville des palmiers. Notre Sauveur y fit quelques miracles, & ne dédaigna pas d'y loger chez Zachée dont la foi mérita de justes louanges ; c'est à Jéricho qu'Hérode le Grand, ou l'Iduméen, avoit fait bâtir un superbe palais dans lequel il finit ses jours l'an de Rome 750, après 37 ans d'un regne célebre par d'illustres & d'horribles actions.

Ce prince eut l'habileté de se procurer consécutivement la faveur de Sextus César, de Cassius, d'Antoine & d'Octave, qui lui firent décerner la couronne de Judée par le Sénat Romain ; il en reçut l'investiture en marchant au capitole entre les deux triumvirs ; il prit Jérusalem, se soutint auprès d'Antoine malgré Cléopatre, vainquit Antigone, Malchus, les Arabes, augmenta sans-cesse sa puissance par les bontés d'Octave, & introduisit dans son royaume des coutumes étrangeres ; il réédifia Samarie, construisit par-tout des forteresses, procura de ses propres fonds de grands secours aux Juifs pendant la famine & la peste qui les desoloit, fonda plusieurs villes, & dissipa les brigands de la Tragonite ; enfin il fut nommé Procurateur de Syrie, éleva un superbe temple en l'honneur d'Auguste, rebâtit celui de Jérusalem, rétablit les jeux olympiques dans leur ancienne splendeur, & obtint d'Agrippa toutes sortes de graces en faveur de ses sujets.

Tel a été la vie d'Hérode, d'ailleurs le plus malheureux des hommes dans son domestique ; on sait quels troubles sa soeur Salomé excita dans sa famille, & quelles en furent les tristes suites. Il fit mourir le vieillard Hircan dans sa 80e année, le grand-prêtre Aristobule son beau-frere, Joseph son propre oncle, Alexandra mere de Mariamne son épouse, cette belle & vertueuse Mariamne elle-même, dont la fin l'accabla de regrets, & le déchira de remords pendant le reste de sa vie ; alors on ne vit plus en lui qu'un furieux qui sacrifia trois fils à sa colere, Alexandre, Aristobule, & finalement Antipater ; ce cruel prince périt cinq jours après l'exécution de ce dernier, dans les plus cruels tourmens, dont Josephe vous donnera les détails. Il avoit eu neuf femmes. Trois autres fils qui lui restoient encore, Archélaus, Hérode & Philippe partagerent ses états. (D.J.)


JERKÉEN(Géogr.) ville d'Asie, capitale de la petite Tartarie, sur les bords de la riviere d'Ilac ; elle est assez grande. C'est l'entrepôt du commerce entre les Indes & la partie septentrionale de l'Asie, de la Chine, de la grande Tartarie & de la Sibérie.


IÉRONYMITESS. m. (Théol.) est le nom que l'on donne à divers ordres ou congrégations de religieux, autrement appellés hermites de saint Jérôme. Voyez HERMITES.

Les premiers, que l'on appelle hermites de Saint Jérôme d'Espagne, doivent leur naissance au tiers-ordre de saint François, dont les premiers Jéronimites étoient membres. Grégoire XI. approuva cet ordre en 1373, ou 1374, sous le nom de saint Jérôme, qu'ils avoient choisi pour leur protecteur & leur modele, & leur donna les constitutions du couvent de sainte Marie du Sépulchre, avec la regle de saint Augustin ; & pour habit une tunique de drap blanc, un scapulaire de couleur tannée, un petit capuce & un manteau de même couleur ; le tout de couleur naturelle, sans teinture & d'un vil prix.

Les Jéronimites sont en possession du couvent de saint Laurent de l'Escurial, où les rois d'Espagne ont leur sépulture ; de ceux de saint Isidore de Seville, & de saint Just, où Charles V se retira après avoir abdiqué la couronne impériale & celle d'Espagne. Il y a aussi en Espagne des religieux Jéronimites, qui furent fondés vers la fin du XV siecle. Sixte IV. les mit sous la jurisdiction des Jéronimites, & leur donna les constitutions du monastere de Sainte Marthe de Cordoue, mais Léon X leur ordonna de prendre celle de l'ordre de saint Jérôme. Voyez le Dictionnaire de Trévoux.

Les hermites de saint Jérôme de l'Observance, ou de Lombardie, ont pour fondateur Loup d'Olmedo, qui les établit en 1424 dans les montagnes de Cazalla, au diocese de Séville, & leur donna une regle composée des sentimens de Saint Jérôme, approuvée par le pape Martin V. qui dispensa pour lors les Jéronimites de garder celle de saint Augustin.

Pierre Gambacorti fonda la troisieme congrégation des Jéronimites vers l'an 1377. Ils ne firent que des voeux simples jusqu'en 1568, que Pie V. leur ordonna d'en faire des solemnels ; ils ont des maisons en Italie, dans le Tirol & dans la Baviere.

La quatrieme congrégation des Jéronimites, dite des hermites de S. Jérôme de Fiesoli, commença l'an 1360, que Charles de Montegranelli, de la famille des comtes de Montegranelli, se retira dans la solitude, & s'établit d'abord à Vérone. Elle fut approuvée par Innocent VII. sous la regle & les constitutions de Saint Jérôme ; mais Eugene IV. leur donna en 1441 la regle de saint Augustin. Comme le fondateur étoit du tiers-ordre de saint François, il en garda l'habit ; mais en 1460, Pie II permit de le quitter à ceux qui voudroient, ce qui occasionna une division parmi eux. Clément IX. supprima tout-à-fait cet ordre en 1668.


IEROPHILAXS. m. (Hist.) garde des choses sacrées ; titre que désigne assez la fonction de celui qui le portoit dans l'Eglise grecque : il revient à notre sacristain.


IEROPHORES. m. (Hist. anc.) celui qui porte les choses sacrées. Ce titre s'étendoit chez les Grecs à un grand nombre de fonctions ; mais on appelloit sur-tout ïérophores, ceux qui, dans les cérémonies, portoient les statues des dieux.


IEROSCOPIES. f. (Divinat.) inspection des choses sacrées, & prédiction par ce moyen. Voyez ARUSPICES & ARUSPICINES.


JEROSLAW(Géogr.) M. Delisle écrit Yéroslawle, ville de l'empire Russien, capitale du duché de même nom, sur le Wolga. Long. 58. 30. Lat. 57. 24. (D.J.)


JERSEY(Géog.) île de la mer Britannique, sujette aux Anglois, quoique sur les côtes de France, à 10 lieues des côtes de Bretagne, & à cinq de celles de Normandie. Elle jouit d'un air sain & d'un terroir fertile ; elle est très-peuplée, défendue par deux châteaux, & dépend du comté de Hant. On croit qu'elle a fait autrefois partie du Cotentin, & qu'elle en a été séparée par la mer qui a inondé le terrein, qui la joignoit à la terre ferme. Voyez Hadrien de Valois, Notit. Gal. p. 219. Son circuit est de 21 milles ; S. Elle en est le chef-lieu. Long. 15 d. 15'. 25''. Lat. 49 d. 14'. 20''.

Saint Magloire natif du pays de Galles, établit pendant sa vie un couvent dans cette île, où il mourut fort âgé en 575. Ses reliques furent transférées au faubourg S. Jacques, dans un monastere de bénédictins, qui a été cédé aux PP. de l'Oratoire ; & c'est, aujourd'hui le séminaire de Saint Magloire.

Waice (Robert) Poëte, reçut le jour à Jersey, vers le milieu du xij siecle. Il est l'auteur du roman de Rou & des Normands, écrit en vers françois ; ce livre fort rare, est important pour ceux qui recherchent la signification de beaucoup d'anciens termes de notre langue. (D.J.)


JERTHS. m. (Hist. nat.) nom qu'on donne en Laponie à une espece de mousse qui y croît ainsi que dans d'autres pays froids. On en prend la racine dont on fait une décoction, que l'on fait avaler aux malades dans du petit lait de rennes d'heure en heure, pour les faire transpirer. Les principales maladies de ce pays sont les pleurésies & la petite vérole, & les malades s'en tirent très bien au moyen de ce seul remede. Au défaut de cette racine de jerth, on se sert de l'angélique. Voyez Scheffer, Description de la Laponie.


JÉRUSALEM(Géog.) ancienne & fameuse ville d'Asie, capitale du petit royaume d'Israël, après que David l'eut conquis sur les Jébuséens. Depuis ce tems-là Jérusalem éprouva bien des événemens, & son histoire devint celle de la nation des Juifs ; voici les principales époques des vicissitudes de cette ville, cent fois prise, détruite, & rebâtie.

David & Salomon l'embellirent ; Sesac roi d'Egypte, Hazaël roi de Syrie, Amasias roi d'Israël, enleverent consécutivement les trésors du temple ; mais Nabuchodonosor ayant pris la ville même pour la quatrieme fois, la réduisit en cendre, & emmena les Juifs captifs à Babylone. Après cette captivité, Jérusalem fut reconstruite & repeuplée de nouveau. Antiochus le Grand, ayant conquis la Célé-Syrie & la Judée, assiégea & ruina Jérusalem. Ensuite Simon Macchabée vainquit Nicanor, rétablit la ville & les sacrifices ; elle jouit d'une assez grande paix jusqu'aux démêlés d'Hircan & d'Aristobule. Pompée s'étant déclaré pour Hircan, s'empara de Jérusalem 63 ans avant J. C. & démolit ses murailles, dont Jules César permit le rétablissement 20 ans après.

A peine la Judée fut réduite en province sous l'obéissance du gouverneur de Syrie, que les Juifs se révolterent, & passerent au fil de l'épée la garnison romaine ; Alors, l'empereur Titus vint en personne dans le pays, assiégea Jérusalem, l'emporta, la brûla, & la réduisit en solitude, l'an 70 de l'ere chrétienne ; mais comme dit quelque part M. de Voltaire,

Jérusalem conquise, & ses murs abattus,

N'ont point éternisé le grand nom de Titus ;

Il fut aimé, voilà sa grandeur véritable.

Adrien fit bâtir une nouvelle ville de Jérusalem, près des ruines de l'ancienne, & la fit appeller Aelia Capitolina ; cependant elle reprit son ancien nom sous Constantin, & son évêque obtint le second rang des évêques de la Palestine, l'an 614 de J. C. La ville de Jérusalem fut brûlée par les Perses, & son patriarche Zacharie fut emmené prisonnier avec beaucoup d'autres.

Bientôt après, les Arabes soûmirent l'Asie mineure, la Perse, & la Syrie. Omar successeur de Mahomet, s'étant emparé de la contrée de la Palestine, entra victorieux dans Jérusalem, l'an 638 de J. C. Comme cette ville est une ville sainte pour les Mahométans, il l'enrichit d'une magnifique mosquée de marbre, couverte de plomb, ornée dans l'intérieur d'un nombre prodigieux de lampes d'argent, parmi lesquelles il y en avoit beaucoup d'or pur. Quand ensuite, dit M. de Voltaire, les Turcs déja Mahométans, s'emparerent du pays, vers l'an 1055, ils respecterent la mosquée, & la ville resta toujours peuplée de huit mille ames : c'étoit tout ce que son enceinte pouvoit contenir, & ce que le terroir d'alentour pouvoit nourrir. Elle n'avoit d'autres fonds de subsistance, que le pélérinage des Chrétiens & des Musulmans ; les uns alloient visiter la mosquée, les autres le saint-sépulchre. Tous payoient un léger tribut à l'émir turc qui résidoit dans la ville, & à quelques imans, qui vivoient de la curiosité des pélerins.

Dans ces conjonctures, on vit se répandre en Europe cette opinion religieuse ou fanatique, que les lieux de la naissance & de la mort de J. C. étant prophanés par les infideles, le seul moyen d'effacer les péchés des chrétiens, étoit d'exterminer ces misérables. L'Europe se trouvoit pleine de gens qui aimoient la guerre, qui avoient beaucoup de crimes à expier, & qu'on leur proposoit d'expier en suivant leur passion dominante : ils prirent la croix & les armes. Voyez CROISADES.

Les églises & les cloîtres acheterent à vil prix plusieurs terres des seigneurs, qui crurent n'avoir besoin que de leur courage, & d'un peu d'argent pour aller conquérir des royaumes en Asie ; Godefroy de Bouillon, par exemple, duc de Brabant, vendit sa terre de Bouillon au chapitre de Liége, & Stenay à l'évêque de Verdun. Les moindres seigneurs châtelains partirent à leurs frais, les pauvres gentils-hommes servirent d'écuyers aux autres. Cette foule de croisés se donna rendez-vous à Constantinople : moines, femmes, marchands, vivandiers, ouvriers partirent aussi, comptant ne trouver sur la route que des chrétiens, qui gagneroient des indulgences en les nourrissant.

La premiere expédition fut d'égorger & de piller les habitans d'une ville chrétienne en Hongrie. On s'empara de Nicée en 1097, Jérusalem fut emportée en 1099, & tout ce qui n'étoit pas chrétien fut massacré. Après ce carnage, les croisés dégouttans de sang, allerent à l'endroit qu'on leur dit être le sépulchre de J. C. & y fondirent en larmes. Godefroy de Bouillon fut élu duc de Jérusalem ; mais, comme un légat nommé d'Anberto, prétendit le royaume pour lui-même, il fallut que le duc de Bouillon cédât la ville à cet évêque, & se contentât du port de Joppé.

En peu de tems, de nouveaux états divisés & subdivisés entre les mains des chrétiens, passerent en beaucoup de mains différentes. Il s'éleva de petits seigneurs, des comtes de Joppé, des marquis de Galilée, de Sidon, d'Acre, de Césarée. Cependant la situation des croisés étoit si mal affermie, que Baudoin premier roi de Jérusalem, après la mort de Godefroy son frere, fut pris presque aux portes de la ville par un prince turc.

Les conquêtes des chrétiens alloient chaque jour en s'affoiblissant, tandis que Saladin s'élevoit pour les leur ravir. En vain Guy de Lusignan couronné roi de Jérusalem, marcha contre Saladin, il devint son captif, & fut traité comme aujourd'hui les prisonniers de guerre le sont par les généraux les plus humains. Saladin étant entré dans Jérusalem, fit laver avec de l'eau rose la mosquée qui avoit été changée en église, & fit graver sur la porte : " le roi Saladin serviteur de Dieu, mit cette inscription après que le tout-puissant eut pris Jérusalem par ses mains. " Il fonda des écoles musulmanes, & néanmoins rendit aux chrétiens orientaux l'église du saint-sépulchre.

Au bruit des victoires de Saladin toute l'Europe se troubla ; les rois suspendirent leurs querelles pour marcher au secours de l'Asie, & cependant leur armée saccagea Constantinople, au lieu d'aller reprendre Jérusalem. Saphadin frere du fameux Saladin mort à Damas, démolit en 1218, le reste des murailles de ce triste lieu.

En 1244, son territoire n'appartenoit déja plus à personne. Les Chorasmins, tous idolâtres, égorgerent ce qu'ils trouverent dans ce bourg de musulmans, de chrétiens & de Juifs. De nouveaux turcs vinrent après eux ravager les côtes de Syrie, exterminérent le reste des chrétiens, & furent eux-mêmes exterminés par les Tartares. Enfin Sélim empereur des Turcs, ayant vaincu le soudan d'Egypte en 1517, se rendît maître du Caire, de l'Egypte, de la Syrie, & par conséquent de Jérusalem, qui est demeurée jusqu'à ce jour avec tout le pays qui l'environne, sous la domination du grand-seigneur.

Elkods est son nom moderne chez les Turcs, les Arabes, & les Mahométans de ces quartiers-là. Elle est à 45 lieues S. O. de Damas, 18 de la mer Méditerranée, 100 N. O. du grand Caire. Long. suivant de la Hire 58 deg. 29 min. 30 sec. suivant Street, 55 deg. 11 min. 30 sec. suivant Cassini, 52 deg. 51 min. 30 sec. Lat. suivant la Hire 31 deg. 38 min. 30. sec. suivant Street 32. 10. suivant Cassini 31. 50. (D.J.)

JERUSALEM, temple de, (Hist. sac. & proph.) autrement nommé temple de Salomon, parce que ce prince le fonda, l'acheva & le dédia avec de grandes solemnités, plus de mille ans avant J. C.

Sa description est trop épineuse pour nous y engager, & les savans qui ont consumé leurs veilles à nous en donner le plan, ont eu le malheur de ne point s'accorder ensemble. Le lecteur peut s'en convaincre, s'il a le loisir de consulter, de confronter Villalpand dans ses commentaires sur Ezéchiel ; Louis Cappel dans son abrégé de l'histoire judaïque ; Constantin l'empereur, dans son ouvrage sur le traité du thalmud, intitulé Middotth ; Jean Lightfoot, dans le recueil de ses oeuvres ; le P. Bernard Lami, prêtre de l'Oratoire ; dom Calmet & M. Prideaux ; voilà les plus illustres d'entre les modernes, qui ont épuisé cette matiere sans beaucoup de succès.

Cependant le temple de Salomon n'étoit qu'une petite masse de bâtiment, qui n'avoit que cent cinquante piés de long & autant de large, en prenant tout le corps de l'édifice d'un bout à l'autre ; mais l'embarras de sa description consiste principalement dans ses décorations, ses ornemens, ses portes, ses portiques, ses galeries & ses cours, dont nous pouvons d'autant moins nous faire d'idées justes, que les détails de l'Ecriture sainte, de Josephe, & du thalmud sont également confus.

Personne n'ignore les tristes catastrophes que ce temple éprouva dans le cours des siecles. Après avoir subsistésisté 424 ans, il fut ravagé & détruit par Nabuchodonosor. Zorobabel mit pendant vingt ans tous ses soins à le rebâtir, lors du retour de la captivité, & l'on en fit la dédicace sous le regne de Darius. Mais ce nouveau temple fut pillé, souillé, & prophané par Antiochus Epiphane. Ce prince recueillit un butin sacrilege 171 ans avant J. C. qui montoit à dix-huit cent talens d'or. Le talent d'or chez les Hébreux valoit 16 fois le talent d'argent.

Judas Macchabée ayant eu le bonheur de tirer sa patrie des mains d'Antiochus, purifia le temple 165 ans avant J. C. & les richesses y coulerent avec tant d'abondance en moins d'un siecle, que le pillage qu'en fit Crassus, pendant qu'il fut gouverneur de Syrie, lui valut la somme de dix mille talens, c'est-à-dire, plus de deux millions sterlings, ou plus de quarante-deux millions de notre monnoye ; cet événement arriva 54 ans avant J. C.

Hérode néanmoins rebâtit de nouveau le temple même avec une grande magnificence, dont la splendeur fut de courte durée. Tout le monde sait qu'il subit le sort de Jérusalem, lorsque Titus assiégea cette ville, l'emporta, la brûla, & la réduisit en cendres, l'an 70 de l'ere vulgaire. (D.J.)


JERVENLAND(Géog.) Jervia ; petit canton de Livonie dans l'Estonie, sujet à la Russie ; le château de Wittentein, & le bourg d'Oberbalen, en sont les lieux principaux. (D.J.)


JÉSI(Géog.) ancienne ville de l'état de l'église ; dans la Marche d'Ancone, avec un évêché qui ne releve que du saint siege : elle est sur une montagne proche la riviere de Jési, à 7 lieues S. O. d'Ancone, 45 N. E. de Rome. Long. 30. 55. lat. 43. 30. Il y a aussi une ville de ce nom au Japon, dans l'île de Niphon, au voisinage de Méneo. Long. 157. 40. lat. (D.J.)


JESILBASCHS. m. (Hist.) terme de relation ; il signifie tête-verte, & c'est le nom que les Persans donnent aux Turcs, parce que leurs émirs portent le turban verd. Voyez TURBAN. Diction. de Trévoux.


JESNITZ(Géog.) petite ville d'Allemagne dans la principauté d'Anhalt-Dessau, sur la riviere de Muldan.


JESSELMERE(Géog.) ville de l'Indoustan, capitale d'une province de même nom, dans les états du grand Mogol, à 75 lieues N. d'Amadabad. Long. 90. 15. lat. 26. 40. (D.J.)


JESSERO(Géog.) nom d'un ruisseau de Carinthie, qui est près du fameux lac de Cirkniz, qui disparoît sous terre pour se remontrer de nouveau à quelque distance de-là, après quoi il se perd encore de nouveau dans les rochers & dans les précipices ; enfin il reparoît encore de l'autre côté des montagnes.


JÉSUAT(Géog.) contrée de l'Indoustan, dans les états du grand Mogol, sur le Gadet qui se perd dans le Gange. Elle est bornée au nord par le royaume de Néebal, à l'E. par le royaume d'Assem, au S. par le royaume de Bengale, à l'O. par la terre de Patna. Rajapour en est la capitale, & la seule ville. (D.J.)


JÉSUATESS. m. (Théolog.) nom d'une sorte de religieux, qu'on appelloit autrement clercs apostoliques, ou jésuates de S. Jérôme.

Le fondateur des jésuates est Jean Colombin. Urbain V. approuva cet institut en 1367, à Viterbe, & donna lui-même à ceux qui étoient présens l'habit qu'ils devoient porter. Ils suivoient la regle de S. Augustin, & Paul V. les mit au nombre des ordres mendians.

Le nom de jésuates leur fut donné, parce que leurs premiers fondateurs avoient toûjours le nom de Jesus à la bouche. Ils y ajouterent celui de S. Jérôme, parce qu'ils le prirent pour leur protecteur.

Pendant plus de deux siecles les jésuates n'ont été que freres lais ; Paul V. leur permit en 1606 de recevoir les ordres. Ils s'occupoient dans la plûpart de leurs maisons à la pharmacie ; d'autres faisoient le métier de distillateurs, & vendoient de l'eau-de-vie, ce qui les fit appeller en quelques endroits peres de l'eau-de-vie.

Comme ils étoient assez riches dans l'état de Venise, la république demanda leur suppression à Clement IX. pour employer leurs biens aux frais de la guerre de Candie, ce que le pape accorda en 1668. Voyez le Dict. de Trévoux.


JÉSUITES. m. (Hist. eccles.) ordre religieux, fondé par Ignace de Loyola, & connu sous le nom de compagnie ou société de Jésus.

Nous ne dirons rien ici de nous-mêmes. Cet article ne sera qu'un extrait succinct & fidele des comptes rendus par les procureurs généraux des cours de judicature, des mémoires imprimés par ordre des parlemens, des différens arrêts, des histoires, tant anciennes que modernes, & des ouvrages qu'on a publiés en si grand nombre dans ces derniers tems.

En 1521 Ignace de Loyola, après avoir donné les vingt-neuf premieres années de sa vie au métier de la guerre & aux amusemens de la galanterie, se consacra au service de la Mere de Dieu, au montserrat en Catalogne, d'où il se retira dans sa solitude de Manrese, où Dieu lui inspira certainement son ouvrage des exercices spirituels, car il ne savoit pas lire quand il l'écrivit. Abregé hist. de la C. D. J.

Décoré du titre de chevalier de Jésus-Christ & de la Vierge-Marie, il se mit à enseigner, à prêcher, & à convertir les hommes avec zele, ignorance & succès. Même ouvrage.

Ce fut en 1538, sur la fin du carême, qu'il rassembla à Rome les dix compagnons qu'il avoit choisis selon ses vûes.

Après divers plans formés & rejettés, Ignace & ses collegues se vouerent de concert à la fonction de catéchiser les enfans, d'éclairer de leurs lumieres les infideles, & de défendre la foi contre les hérétiques.

Dans ces circonstances, Jean III. roi de Portugal, prince zélé pour la propagation du Christianisme, s'adressa à Ignace pour avoir des missionnaires, qui portassent la connoissance de l'Evangile aux Japonois & aux Indiens. Ignace lui donna Rodriguès & Xavier ; mais ce dernier partit seul pour ces contrées lointaines, où il opéra une infinité de choses merveilleuses que nous croyons, & que le jésuite Acosta ne croit pas.

L'établissement de la compagnie de Jésus souffrit d'abord quelques difficultés ; mais sur la proposition d'obéir au pape seul, en toutes choses & en tous lieux, pour le salut des ames & la propagation de la foi ; le pape Paul III. conçut le projet de former, par le moyen de ces religieux, une espece de milice répandue sur la surface de la terre, & soumise sans reserve aux ordres de la cour de Rome ; & l'an 1540 les obstacles furent levés ; on approuva l'institut d'Ignace, & la compagnie de Jésus fut fondée.

Benoît XIV. qui avoit tant de vertus, & qui a dit tant de bons mots ; ce pontife, que nous regretterons long-tems encore, regardoit cette milice comme les janissaires du saint siége ; troupe indocile & dangereuse, mais qui sert bien.

Au voeu d'obéissance fait au pape & à un général, représentant de Jésus-Christ sur la terre, les Jésuites joignirent ceux de pauvreté & de chasteté, qu'ils ont observé jusqu'à ce jour, comme on sait.

Depuis la bulle qui les établit, & qui les nomma Jésuites, ils en ont obtenu quatre-vingt-douze autres qu'on connoît, & qu'ils auroient dû cacher, & peut-être autant qu'on ne connoît pas.

Ces bulles, appellées lettres apostoliques, leur accordent depuis le moindre privilege de l'état monastique, jusqu'à l'indépendance de la cour de Rome.

Outre ces prérogatives, ils ont trouvé un moyen singulier de s'en créer tous les jours. Un pape a-t-il proféré inconsidérément un mot qui soit favorable à l'ordre, on s'en fait aussitôt un titre, & il est enregistré dans les fastes de la société à un chapitre, qu'elle appelle les oracles de vive voix, vivae vocis oracula.

Si un pape ne dit rien, il est aisé de le faire parler. Ignace élu général, entra en fonction le jour de pâques de l'année 1541.

Le généralat, dignité subordonnée dans son origine, devint sous Lainèz & sous Aquaviva un despotisme illimité & permanent.

Paul III. avoit borné le nombre des profès à soixante ; trois ans après il annulla cette restriction, & l'ordre fut abandonné à tous les accroissemens qu'il pouvoit prendre & qu'il a pris.

Ceux qui prétendent en connoître l'économie & le régime, le distribuent en six classes, qu'ils appellent des profès, des coadjuteurs spirituels, des écoliers approuvés, des freres lais ou coadjuteurs temporels, des novices, des affiliés ou adjoints, ou Jésuites de robe-courte. Ils disent que cette derniere classe est nombreuse, qu'elle est incorporée dans tous les états de la société, qu'elle se déguise sous toutes sortes de vêtemens.

Outre les trois voeux solemnels de religion, les profès qui forment le corps de la société font encore un voeu d'obéissance spéciale au chef de l'église, mais seulement pour ce qui concerne les missions étrangeres.

Ceux qui n'ont pas encore prononcé ce dernier voeu d'obéissance, s'appellent coadjuteurs spirituels.

Les écoliers approuvés sont ceux qu'on a conservés dans l'ordre après deux ans de noviciat, & qui se sont liés en particulier par trois voeux non solemnels, mais toutefois déclarés voeux de religion, & portant empêchement dirimant.

C'est le tems & la volonté du général qui conduiront un jour les écoliers aux grades de profès ou de coadjuteurs spirituels.

Ces grades, sur-tout celui de profès, supposent deux ans de noviciat, sept ans d'études, qu'il n'est pas toûjours nécessaire d'avoir faites dans la société ; sept ans de régence, une troisieme année de noviciat, & l'âge de trente-trois ans, celui ou notre Seigneur Jésus-Christ fut attaché à la croix.

Il n'y a nulle réciprocité d'engagemens entre la compagnie & ses écoliers, dans les voeux qu'elle en exige ; l'écolier ne peut sortir, & il peut être chassé par le général.

Le général seul, même à l'exclusion du pape, peut admettre ou rejetter un sujet.

L'administration de l'ordre est divisée en assistances, les assistances en provinces, & les provinces en maisons.

Il y a cinq assistans ; chacun porte le nom de son département, & s'appelle l'assistant ou d'Italie, ou d'Espagne, ou d'Allemagne, ou de France, ou de Portugal.

Le devoir d'un assistant est de préparer les affaires, & d'y mettre un ordre qui en facilite l'expédition au général.

Celui qui veille sur une province porte le titre de provincial ; le chef d'une maison, celui de recteur.

Chaque province contient quatre sortes de maisons ; des maisons professes qui n'ont point de fonds, des colleges où l'on enseigne, des résidences où vont séjourner un petit nombre d'apostolizans, & des noviciats.

Les profès ont renoncé à toute dignité ecclésiastique ; ils ne peuvent accepter la crosse, la mitre, ou le rochet, que du consentement du général.

Qu'est-ce qu'un jésuite ? est-ce un prêtre séculier ? est-ce un prêtre régulier ? est-ce un laic ? est-ce un religieux ? est-ce un homme de communauté ? est-ce un moine ? c'est quelque chose de tout cela, mais ce n'est point cela.

Lorsque ces hommes se sont présentés dans les contrées où ils sollicitoient des établissemens, & qu'on leur a demandé ce qu'ils étoient, ils ont répondu, tels quels, tales quales.

Ils ont dans tous les tems fait mystere de leurs constitutions, & jamais ils n'en ont donné entiere & libre communication aux magistrats.

Leur régime est monarchique ; toute l'autorité réside dans la volonté d'un seul.

Soumis au despotisme le plus excessif dans leurs maisons, les Jésuites en sont les fauteurs les plus abjects dans l'état. Ils prêchent aux sujets une obéissance sans réserve pour leurs souverains ; aux rois, l'indépendance des loix & l'obéissance aveugle au pape ; ils accordent au pape l'infaillibilité & la domination universelle, afin que maîtres d'un seul, ils soient maîtres de tous.

Nous ne finirions point si nous entrions dans le détail de toutes les prérogatives du général. Il a le droit de faire des constitutions nouvelles, ou d'en renouveller d'anciennes, & sous telle date qu'il lui plaît ; d'admettre ou d'exclure, d'édifier ou d'anéantir, d'approuver ou d'improuver, de consulter ou d'ordonner seul, d'assembler ou de dissoudre, d'enrichir ou d'appauvrir, d'absoudre, de lier ou de délier, d'envoyer ou de retenir, de rendre innocent ou coupable, coupable d'une faute légere ou d'un crime, d'annuller ou de confirmer un contrat, de ratifier ou de commuer un legs, d'approuver ou de supprimer un ouvrage, de distribuer des indulgences ou des anathèmes, d'associer ou de retrancher ; en un mot, il possede toute la plénitude de puissance qu'on peut imaginer dans un chef sur ses sujets ; il en est la lumiere, l'ame, la volonté, le guide, & la conscience.

Si ce chef despote & machiavéliste étoit par hasard un homme violent, vindicatif, ambitieux, méchant, & que dans la multitude de ceux auxquels il commande il se trouvât un seul fanatique, où est le prince, où est le particulier qui fût en sûreté, sur son trône ou dans son foyer ?

Les provinciaux de toutes les provinces sont tenus d'écrire au général une fois chaque mois ; les recteurs, supérieurs des maisons, & les maîtres des novices, de trois mois en trois mois.

Il est enjoint à chacun des provinciaux d'entrer dans le détail le plus étendu sur les maisons, les colleges, tout ce qui peut concerner la province ; à chaque recteur d'envoyer deux catalogues, l'un de l'âge, de la patrie, du grade, des études, & de la conduite des sujets ; l'autre, de leur esprit, de leurs talens, de leurs caracteres, de leurs moeurs : en un mot, de leurs vices & de leurs vertus.

En conséquence, le général reçoit chaque année environ deux cent états circonstanciés de chaque royaume, & de chaque province d'un royaume, tant pour les choses temporelles, que pour les choses spirituelles.

Si ce général étoit par hasard un homme vendu à quelque puissance étrangere ; s'il étoit malheureusement disposé par caractere, ou entraîné par interêt à se mêler de choses politiques, quel mal ne pourroit-il pas faire ?

Centre où vont aboutir tous les secrets de l'état & des familles, & même des familles royales ; aussi instruit qu'impénétrable ; dictant des volontés absolues, & n'obéissant à personne ; prévenu d'opinions les plus dangereuses sur l'aggrandissement & la conservation de sa compagnie, & les prérogatives de la puissance spirituelle ; capable d'armer à nos côtés des mains dont on ne peut se défier, quel est l'homme sous le ciel à qui ce général ne pût susciter des embarras fâcheux, si encouragé par le silence & l'impunité il osoit oublier une fois la sainteté de son état ?

Dans les cas importans, on écrit en chiffres au général.

Mais un article bizarre du régime de la compagnie de Jésus, c'est que les hommes qui la composent sont tous rendus par serment espions & délateurs les uns des autres.

A peine fut-elle formée qu'on la vit riche, nombreuse & puissante. En un moment elle exista en Espagne, en Portugal, en France, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, au nord, au midi, en Afrique, en Amérique, à la Chine, aux Indes, au Japon, par-tout également ambitieuse, redoutable & turbulente ; par-tout s'affranchissant des loix, portant son caractere d'indépendance & le conservant, marchant comme si elle se sentoit destinée à commander à l'univers.

Depuis sa fondation jusqu'à ce jour, il ne s'est presque écoulé aucune année sans qu'elle se soit signalée par quelque action d'éclat. Voici l'abrégé chronologique de son histoire, tel à-peu-près qu'il a paru dans l'arrêt du parlement de Paris, 6 Août 1762, qui supprime cet ordre, comme une secte d'impies, de fanatiques, de corrupteurs, de régicides, &c..... commandés par un chef étranger & machiavéliste par institut.

En 1547, Bobadilla, un des compagnons d'Ignace, est chassé des états d'Allemagne, pour avoir écrit contre l'Interim d'Augsbourg.

En 1560, Gonzalès Silveira est supplicié au Monomotapa, comme espion du Portugal & de sa société.

En 1578, ce qu'il y a de Jésuites dans Anvers en est banni, pour s'être refusés à la pacification de Gand.

En 1581, Campian, Skerwin & Briant sont mis à mort pour avoir conspiré contre Elisabeth d'Angleterre.

Dans le cours du regne de cette grande Reine, cinq conspirations sont tramées contre sa vie, par des Jésuites.

En 1588, on les voit animer la ligue formée en France contre Henry III.

La même année, Molina publie ses pernicieuses rêveries sur la concorde de la grace & du libre arbitre.

En 1593, Barriere est armé d'un poignard contre le meilleur des rois, par le jésuite Varade.

En 1594, les Jésuites sont chassés de France, comme complices du parricide de Jean Chatel.

En 1595, leur pere Guignard, saisi d'écrits apologétiques de l'assassinat d'Henry IV. est conduit à la greve.

En 1597, les congrégations de auxiliis se tiennent, à l'occasion de la nouveauté de leur doctrine sur la grace, & Clément VIII. leur dit : brouillons, c'est vous qui troublez toute l'Eglise.

En 1598, ils corrompent un scélérat, lui administrent son Dieu d'une main, lui présentent un poignard de l'autre, lui montrent la couronne éternelle descendant du ciel sur sa tête, l'envoyent assassiner Maurice de Nassau, & se font chasser des états de Hollande.

En 1604, la clémence du cardinal Frédéric Borromée les chasse du college de Braida, pour des crimes qui auroient dû les conduire au bucher.

En 1605, Oldecorn & Garnet, auteurs de la conspiration des poudres, sont abandonnés au supplice.

En 1606, rebelles aux decrets du sénat de Venise, on est obligé de les chasser de cette ville & de cet état.

En 1610, Ravaillac assassine Henry IV. Les Jésuites restent sous le soupçon d'avoir dirigé sa main ; & comme s'ils en étoient jaloux, & que leur dessein fût de porter la terreur dans le sein des monarques, la même année Mariana publie avec son institution du prince l'apologie du meurtre des rois.

En 1618, les Jésuites sont chassés de Boheme, comme perturbateurs du repos public, gens soulevant les sujets contre leurs magistrats, infectant les esprits de la doctrine pernicieuse de l'infaillibilité & de la puissance universelle du pape, & semant par toutes sortes de voies le feu de la discorde entre les membres de l'état.

En 1619, ils sont bannis de Moravie, pour les mêmes causes.

En 1631, leurs cabales soulevent le Japon, & la terre est trempée dans toute l'étendue de l'empire de sang idolâtre & chrétien.

En 1641, ils allument en Europe la querelle absurde du jansénisme, qui a coûté le repos & la fortune à tant d'honnêtes fanatiques.

En 1643, Malte indignée de leur dépravation & de leur rapacité, les rejette loin d'elle.

En 1646, ils font à Séville une banqueroute, qui précipite dans la misere plusieurs familles. Celle de nos jours n'est pas la premiere, comme on voit.

En 1709, leur basse jalousie détruit Port-Royal, ouvre les tombeaux des morts, disperse leurs os, & renverse les murs sacrés dont les pierres leur retombent aujourd'hui si lourdement sur la tête.

En 1713, ils appellent de Rome cette bulle Unigenitus, qui leur a servi de prétexte pour causer tant de maux, au nombre desquels on peut compter quatre-vingt mille lettres de cachets décernées contre les plus honnêtes gens de l'état, sous le plus doux des ministeres.

La même année le jésuite Jouvency, dans une histoire de la société, ose installer parmi les martyrs les assassins de nos rois ; & nos magistrats attentifs font brûler son ouvrage.

En 1723, Pierre le Grand ne trouve de sûreté pour sa personne, & de moyen de tranquilliser ses états, que dans le bannissement des Jésuites.

En 1728, Berruyer travestit en roman l'histoire de Moïse, & fait parler aux patriarches la langue de la galanterie & du libertinage.

En 1730, le scandaleux Tournemine prêche à Caën dans un temple, & devant un auditoire chrêtien, qu'il est incertain que l'évangile soit Ecriture-sainte.

C'est dans ce même tems qu'Hardouin commence à infecter son ordre d'un scepticisme aussi ridicule qu'impie.

En 1731, l'autorité & l'argent dérobent aux flammes le corrupteur & sacrilege Girard.

En 1743, l'impudique Benzi suscite en Italie la secte des Mamillaires.

En 1745, Pichon prostitue les sacremens de Pénitence & d'Eucharistie, & abandonne le pain des saints à tous les chiens qui le demanderont.

En 1755, les Jésuites du Paraguay conduisent en bataille rangée les habitans de ce pays contre leurs légitimes souverains.

En 1757, un attentat parricide est commis contre Louis XV. notre monarque, & c'est par un homme qui a vécu dans les foyers de la société de Jésus, que ces peres ont protégé, qu'ils ont placé en plusieurs maisons ; & dans la même année ils publient une édition d'un de leurs auteurs classiques, où la doctrine du meurtre des rois est enseignée. C'est comme ils firent en 1610, immédiatement après l'assassinat de Henry IV. mêmes circonstances, même conduite.

En 1758, le roi de Portugal est assassiné, à la suite d'un complot formé & conduit par les Jésuites Malagrida, Mathos & Alexandre.

En 1759, toute cette troupe de religieux assassins est chassée de la domination portugaise.

En 1761, un de cette compagnie, après s'être emparé du commerce de la Martinique, menace d'une ruine totale ses correspondans. On réclame en France la justice des tribunaux contre le jésuite banqueroutier, & la société est déclarée solidaire du pere la Valette.

Elle traîne maladroitement cette affaire d'une jurisdiction à une autre. On y prend connoissance de ses constitutions ; on en reconnoît l'abus, & les suites de cet évenement amenent son extinction parmi nous.

Voilà les principales époques du Jésuitisme. Il n'y en a aucune entre lesquelles on n'en pût intercaler d'autres semblables.

Combien cette multitude de crimes connus n'en fait-elle pas présumer d'ignorés ?

Mais ce qui précede suffit pour montrer que dans un intervalle de deux cent ans, il n'y a sortes de forfaits que cette race d'hommes n'ait commis.

J'ajoute qu'il n'y a sortes de doctrines perverses qu'elle n'ait enseignées. L'Elucidarium de Posa en contient lui seul plus que n'en fourniroient cent volumes des plus distingués fanatiques. C'est-là qu'on lit entr'autre chose de la mere de Dieu, qu'elle est Dei-pater & Dei mater, & que, quoiqu'elle n'ait été sujette à aucune excrétion naturelle, cependant elle a concouru comme homme & comme femme, secundùm generalem naturae tenorem ex parte maris & ex parte feminae, à la production du corps de Jésus-Christ, & mille autres folies.

La doctrine du probabilisme est d'invention jésuitique.

La doctrine du péché philosophique est d'invention jésuitique.

Lisez l'ouvrage intitulé les Assertions, & publié cette année 1762, par arrêt du parlement de Paris, & frémissez des horreurs que les théologiens de cette société ont débitées depuis son origine, sur la simonie, le blasphème, le sacrilege, la magie, l'irreligion, l'astrologie, l'impudicité, la fornication, la pédérastie, le parjure, la fausseté, le mensonge, la direction d'intention, le faux témoignage, la prévarication des juges, le vol, la compensation occulte, l'homicide, le suicide, la prostitution, & le régicide ; ramas d'opinions, qui, comme le dit M. le procureur général du roi au parlement de Bretagne, dans son second compte rendu page 73, attaque ouvertement les principes les plus sacrés, tend à détruire la loi naturelle, à rendre la foi humaine douteuse, à rompre tous les liens de la sociéte civile, en autorisant l'infraction de ses lois ; à étouffer tout sentiment d'humanité parmi les hommes, à anéantir l'autorité royale, à porter le trouble & la désolation dans les empires, par l'enseignement du régicide ; à renverser les fondemens de la révélation, & à substituer au christianisme des superstitions de toute espece.

Lisez dans l'arrêt du parlement de Paris, publié le 6 Août 1762, la liste infamante des condamnations qu'ils ont subies à tous les tribunaux du monde chrétien, & la liste plus infamante encore des qualifications qu'on leur a données.

On s'arrêtera sans-doute ici pour se demander comment cette société s'est affermie, malgré tout ce qu'elle a fait pour se perdre ; illustrée, malgré tout ce qu'elle a fait pour s'avilir ; comment elle a obtenu la confiance des souverains en les assassinant, la protection du clergé en le dégradant, une si grande autorité dans l'Eglise en la remplissant de troubles, & en pervertissant sa morale & ses dogmes.

C'est ce qu'on a vû en même tems dans le même corps, la raison assise à côté du fanatisme, la vertu à côté du vice, la religion à côté de l'impiété, le rigorisme à côté du relâchement, la science à côté de l'ignorance, l'esprit de retraite à côté de l'esprit de cabale & d'intrigue, tous les contrastes réunis. Il n'y a que l'humilité qui n'a jamais pû trouver un asile parmi ces hommes.

Ils ont eu des poëtes, des historiens, des orateurs, des philosophes, des géometres & des érudits.

Je ne sais si ce sont les talens & la sainteté de quelques particuliers qui ont conduit la société au haut degré de considération dont elle jouissoit il n'y a qu'un moment ; mais j'assurerai sans crainte d'être contredit, que ces moyens étoient les seuls qu'elle eût de s'y conserver ; & c'est ce que ces hommes ont ignoré.

Livrés au commerce, à l'intrigue, à la politique, & à des occupations étrangeres à leur état, & indignes de leur profession, il a fallu qu'ils tombassent dans le mépris qui a suivi, & qui suivra dans tous les tems, & dans toutes les maisons religieuses, la décadence des études & la corruption des moeurs.

Ce n'étoit pas l'or, ô mes peres, ni la puissance, qui pouvoient empêcher une petite société comme la vôtre, enclavée dans la grande, d'en être étouffée. C'étoit au respect qu'on doit & qu'on rend toûjours à la science & à la vertu, à vous soutenir & à écarter les efforts de vos ennemis, comme on voit au milieu des flots tumultueux d'une populace assemblée, un homme vénérable demeurer immobile & tranquille au centre d'un espace libre & vuide que la considération forme & réserve autour de lui. Vous avez perdu ces notions si communes, & la malédiction de S. François de Borgia, le troisieme de vos généraux, s'est accomplie sur vous. Il vous disoit, ce saint & bon-homme : " Il viendra un tems où vous ne mettrez plus de bornes à votre orgueil & à votre ambition, où vous ne vous occuperez plus qu'à accumuler des richesses & à vous faire du crédit, où vous négligerez la pratique des vertus ; alors il n'y aura puissance sur la terre qui puisse vous ramener à votre premiere perfection, & s'il est possible de vous détruire, on vous détruira ".

Il falloit que ceux qui avoient fondé leur durée sur la même base qui soutient l'existence & la fortune des grands, passassent comme eux ; la prospérité des Jésuites n'a été qu'un songe un peu plus long.

Mais en quel tems le colosse s'est-il évanoui ? au moment même où il paroissoit le plus grand & le mieux affermi. Il n'y a qu'un moment que les Jésuites remplissoient les palais de nos rois ; il n'y a qu'un moment que la jeunesse, qui fait l'espérance des premieres familles de l'état, remplissoit leurs écoles ; il n'y a qu'un moment que la religion les avoit portés à la confiance la plus intime du monarque, de sa femme & de ses enfans ; moins protégés que protecteurs de notre clergé, ils étoient l'ame de ce grand corps. Que ne se croyoient-ils pas ? J'ai vû ces chênes orgueilleux toucher le ciel de leur cime ; j'ai tourné la tête, & ils n'étoient plus.

Mais tout évenement a ses causes. Quelles ont été celles de la chûte inopinée & rapide de cette société ? en voici quelques-unes, telles qu'elles se présentent à mon esprit.

L'esprit philosophique a décrié le célibat, & les Jésuites se sont ressentis, ainsi que tous les autres ordres religieux, du peu de goût qu'on a aujourd'hui pour le cloître.

Les Jésuites se sont brouillés avec les gens de lettres, au moment où ceux-ci alloient prendre parti pour eux contre leurs implacables & tristes ennemis. Qu'en est-il arrivé ? c'est qu'au lieu de couvrir leur côté foible, on l'a exposé, & qu'on a marqué du doigt aux sombres enthousiastes qui les menaçoient, l'endroit où ils devoient frapper.

Il ne s'est plus trouvé parmi eux d'homme qui se distinguât par quelque grand talent ; plus de poëtes, plus de philosophes, plus d'orateurs, plus d'érudits, aucun écrivain de marque, & on a méprisé le corps.

Une anarchie interne les divisoit depuis quelques années ; & si par hasard ils avoient un bon sujet, ils ne pouvoient le garder.

On les a reconnus pour les auteurs de tous nos troubles intérieurs, & on s'est lassé d'eux.

Leur journaliste de Trévoux, bon-homme, à ce qu'on dit, mais auteur médiocre & pauvre politique, leur a fait avec son livret bleu mille ennemis redoutables, & ne leur a pas fait un ami.

Il a bêtement irrité contre sa société notre de Voltaire, qui a fait pleuvoir sur elle & sur lui le mépris & le ridicule, le peignant lui comme un imbécille, & ses confreres, tantôt comme des gens dangereux & méchans, tantôt comme des ignorans ; donnant l'exemple & le ton à tous nos plaisans subalternes, & nous apprenant qu'on pouvoit impunément se moquer d'un jésuite, & aux gens du monde qu'ils en pouvoient rire sans conséquence.

Les Jésuites étoient mal depuis très-long-tems avec les dépositaires des lois, & ils ne songeoient pas que les magistrats, aussi durables qu'eux, seroient à la longue les plus forts.

Ils ont ignoré la différence qu'il y a entre des hommes nécessaires & des moines turbulens, & que si l'état étoit jamais dans le cas de prendre un parti, il tourneroit le dos avec dédain à des gens que rien ne recommandoit plus.

Ajoutez qu'au moment où l'orage a fondu sur eux dans cet instant où le ver de terre qu'on foule du pié montre quelque énergie, ils étoient si pauvres de talens & de ressources, que dans tout l'ordre il ne s'est pas trouvé un homme qui sût dire un mot qui fît ouvrir les oreilles. Ils n'avoient plus de voix, & ils avoient fermé d'avance toutes les bouches qui auroient pû s'ouvrir en leur faveur.

Ils étoient haïs ou enviés.

Pendant que les études se relevoient dans l'université elles achevoient de tomber dans leur college, & cela lorsqu'on étoit à demi convaincu que pour le meilleur emploi du tems, la bonne culture de l'esprit, & la conservation des moeurs & de la santé, il n'y avoit guere de comparaison à faire entre l'institution publique & l'éducation domestique.

Ces hommes se sont mêlés de trop d'affaires diverses ; ils ont eu trop de confiance en leur crédit.

Leur général s'étoit ridiculement persuadé que son bonnet à trois cornes couvroit la tête d'un potentat, & il a insulté lorsqu'il falloit demander grace.

Le procès avec les créanciers du pere la Valette les a couverts d'opprobre.

Ils furent bien imprudens, lorsqu'ils publierent leurs constitutions ; ils le furent bien davantage, lorsqu'oubliant combien leur existence étoit précaire, ils mirent des magistrats qui les haïssoient à portée de connoître de leur régime, & de comparer ce système de fanatisme, d'indépendance & de machiavélisme, avec les lois de l'état.

Et puis, cette révolte des habitans du Paraguay, ne dut-elle pas attirer l'attention des souverains, & leur donner à penser ? & ces deux parricides exécutés dans l'intervalle d'une année ?

Enfin, le moment fatal étoit venu ; le fanatisme l'a connu, & en a profité.

Qu'est ce qui auroit pû sauver l'ordre, contre tant de circonstances réunies qui l'avoient amené au bord du précipice ? un seul homme, comme Bourdaloue peut-être, s'il eût existé parmi les Jésuites ; mais il falloit en connoître le prix, laisser aux mondains le soin d'accumuler des richesses, & songer à ressusciter Cheminais de sa cendre.

Ce n'est ni par haine, ni par ressentiment contre les Jésuites, que j'ai écrit ces choses ; mon but a été de justifier le gouvernement qui les a abandonnés, les magistrats qui en ont fait justice, & d'apprendre aux religieux de cet ordre qui tenteront un jour de se rétablir dans ce royaume, s'ils y réussissent, comme je le crois, à quelles conditions ils peuvent espérer de s'y maintenir.


JÉSUITESSESS. f. (Hist. eccles.) ordre de religieuses, qui avoient des maisons en Italie & en Flandres. Elles suivoient la regle des Jésuites, & quoique leur ordre n'eût point été approuvé par le saint siege, elles avoient plusieurs maisons, auxquelles elles donnoient le nom de colleges ; d'autres qui portoient celui de noviciat, dans lesquelles il y avoit une supérieure, entre les mains de qui les religieuses faisoient leurs voeux de pauvreté, de chasteté & d'obéissance ; mais elles ne gardoient point de clôture, & se mêloient de prêcher. Ce furent deux filles angloises, nommées Warda & Tuitia, qui étoient en Flandres, lesquelles instruites & excitées par le pere Gerard, recteur du college, & quelques autres Jésuites, établirent cet ordre ; leur dessein étoit d'envoyer de ces filles prêcher en Angleterre. Warda devint bientôt supérieure générale de plus de deux cent religieuses. Le pape Urbain VIII, supprima cet ordre par une bulle du 13 Janvier 1630, adressée à son nonce de la basse Allemagne, & imprimée à Rome en 1632. Bulla Urbani VIII. Vilson, rapporté par Heidegger Hist. papatus, §. 35.


JESUPOLIS(Géog.) ville de Pologne, dans la petite Russie, au Palatinat de Lemberg.


JESURAS. m. (Hist. nat. Bot.) c'est un arbrisseau du Japon d'environ trois coudées de haut, qui ressemble au philirrea. Ses feuilles sont garnies de poils, longues de trois pouces, ovales, terminées par une pointe, avec un bord très-découpé. Ses baies sont de la grosseur d'un pois, rouges & charnues.


JESUS-CHRIST(Hist. & Philosoph.) fondateur de la religion chrétienne. Cette religion, qu'on peut appeller la Philosophie par excellence, si l'on veut s'en tenir à la chose sans disputer sur les mots, a beaucoup influé sur la Morale & sur la Métaphysique des anciens pour l'épurer, & la Métaphysique & la Morale des anciens sur la religion chrétienne, pour la corrompre. C'est sous ce point de vue que nous nous proposons de la considérer. Voyez ce que nous en avons déja dit à l'article CHRISTIANISME. Mais pour fermer la bouche à certains calomniateurs obscurs, qui nous accusent de traiter la doctrine de Jesus-Christ comme un système, nous ajouterons avec saint Clément d'Alexandrie, ; Philosophi apud nos dicuntur qui amant sapientiam, quae est omnium opifex & magistra, hoc filii Dei cognitionem.

A parler rigoureusement, Jesus-Christ ne fut point un philosophe ; ce fut un Dieu. Il ne vint point proposer aux hommes des opinions, mais leur annoncer des oracles ; il ne vint point faire des syllogismes, mais des miracles ; les apôtres ne furent point des philosophes, mais des inspirés. Paul cessa d'être un philosophe lorsqu'il devint un prédicateur. Fuerat Paulus Athenis, dit Tertullien, & istam sapientiam humanam, adfectatricem & interpolatricem veritatis de congressibus noverat, ipsam quoque in suas haereses multipartitam varietate sectarum invicem repugnantium. Quid ergo Athenis & Jerosolymis ? quid academiae & ecclesiae ? quid haereticis & christianis ? nobis curiositate non opus est, post Jesum Christum, nec inquisitione post evangelium. Cum credimus, nihil desideramus ultra credere. Hoc enim prius credimus, non esse quod ultrà credere debemus. Paul avoit été à Athènes ; ses disputes avec les Philosophes lui avoient appris à connoître la vanité de leur doctrine, de leurs prétentions, de leurs vérités, & toute cette multitude de sectes opposées qui les divisoit. Mais qu'y a-t-il de commun entre Athènes & Jérusalem ? entre les sectaires & des chrétiens ? il ne nous reste plus de curiosité, après avoir ouï la parole de Jesus-Christ, plus de recherches après avoir lû l'Evangile. Lorsque nous croyons, nous ne desirons point à rien croire au-delà ; nous croyons même d'abord que nous ne devons rien croire au-delà de ce que nous croyons.

Voilà la distinction d'Athènes & de Jérusalem, de l'académie & de l'Eglise, bien déterminée. Ici l'on raisonne ; là on croit. Ici l'on étudie ; là on sait tout ce qu'il importe de savoir. Ici on ne reconnoît aucune autorité ; là il en est une infaillible. Le philosophe dit amicus Plato, amicus Aristoteles, sed magis amica veritas. J'aime Platon, j'aime Aristote, mais j'aime encore davantage la vérité. Le chrétien a bien plus de droit à cet axiome, car son Dieu est pour lui la vérité même.

Cependant ce qui devoit arriver arriva ; & il faut convenir 1°. que la simplicité du Christianisme ne tarda pas à se ressentir de la diversité des opinions philosophiques qui partageoient ses premiers sectateurs. Les Egyptiens conserverent le goût de l'allégorie ; les Pythagoriciens, les Platoniciens, les Stoïciens, renoncerent à leurs erreurs, mais non à leur maniere de présenter la vérité. Ils attaquerent tous la doctrine des Juifs & des Gentils, mais avec des armes qui leur étoient propres. Le mal n'étoit pas grand, mais il en annonçoit un autre. Les opinions philosophiques ne tarderent pas à s'entrelacer avec les dogmes chrétiens, & l'on vit tout-à-coup éclorre de ce mélange une multitude incroyable d'hérésies ; la plûpart sous un faux air de philosophie. On en a un exemple frappant, entr'autres dans celle des Valentiniens. Voyez l'article VALENTINIENS. De là cette haine des Peres contre la Philosophie, avec laquelle leurs successeurs ne se sont jamais bien reconciliés. Tout système leur fut également odieux, si l'on en excepte le Platonisme. Un auteur du seizieme siecle nous a exposé cette distinction, avec son motif & ses inconvéniens, beaucoup mieux que nous ne le pourrions faire. Voici comment il s'en exprime. La citation sera longue ; mais elle est pleine d'éloquence & de vérité. Plato humaniter & plusquam par erat, benigne à nostris susceptus, cum ethnicus esset, & hostium famosissimus antesignatus, & vanis tum Graecorum, tum exterarum gentium superstitionibus apprime imbutus, & mentis acumine & variorum dogmatum cognitione, & famosâ illâ ad Aegyptum navigatione. Ingenii sui, alioqui praeclarissimi vires adeo roboraverit, & patria eloquentia usque adeo disciplinas adauxit, ut sive de Deo, & de ipsius una quadam nescio quâ trinitate, bonitate, providentia, sive de mundi creatione, de coelestibus mentibus, de daemonibus, sive de anima, sive tandem de moribus sermonem habuerit solus é Graecorum numero ad sublimem sapientiae graecae metam pervenisse videretur. Hinc nostri prima mali labes. Hinc haeretici spargere voces ambiguas in vulgus ausi sunt ; hinc superstitionum, mendaciorum, & pravitatum omne genus in Ecclesiam Dei, agmine facto, caepit irruere. Hinc Ecclesiae parietibus, tectis, columnis ac postibus sanctis horrificum quoddam & nefarium omni imbutum odio atque scelere bellum, haeretici intulerunt : & quidem tanta fuit in captivo Platone sapientia, tantaque leporis eloquentiae dulcedo, ut parum abfuerit, quin de victoribus, triumpho ipse actus, triumpharet. Nam, ut à primis nostrorum patrum proceribus exordiar, si Clementem Alexandrinum inspicimus, quanti ille Platonem fecerit, plusquam sexcentis in locis, dum libet, videre licet, & tanquam veri amatorem à primofere suorum librorum limine salutavit. Si vero etiam Origenem, quam frequenter in ejusdem sententiam iverit, magno quidem sui & christianae reipublicae documento experimur. Si Justinum, gavisus ipse olim est, se in Platonis doctrinam incidisse. Si Eusebium, nostra ille ad Platonem cuncta fere ad satietatem usque retulit. Si Theodoretum, adeo illius doctrina perculsus est, ut cum Graecos affectus curasse tentasset, medicamenta non sine Platone praeparante, illis adhibere sit ausus. Si vero tandem Augustinum, dissimulem ne pro millibus unum quod referre piget. Platonis ille quidem, jam, non dicta, verum decreta, & eadem sacro-sancta apellare non dubitavit. Vide igitur quantos, qualesque viros victus ille graecus ad sui benevolentiam de se triumphantes pellexerit ; ut nec aliis deinde artibus ipsemet Plato in multorum animis sese veluti hostis deterrimus insinuaverit ; quem tamen vel egregie corrigi, vel adhibita potius cautione legi, quam veluti captivum servari praestitisset. Joan. Bapt. Crisp.

Je ne vois pas pourquoi le Platonisme a été reproché aux premiers disciples de Jesus-Christ, & pourquoi l'on s'est donné la peine de les en défendre. Y a-t-il eu aucun système de Philosophie qui ne contînt quelques vérités ? & les Chrétiens devoient-ils les rejetter parce qu'elles avoient été connues, avancées ou prouvées par des Payens ? Ce n'étoit pas l'avis de saint Justin, qui dit des Philosophes, quaecumque apud omnes recte dicta sunt, nostra Christianorum sunt, & qui retint des idées de Platon tout ce qu'il en put concilier avec la morale & les dogmes du Christianisme. Qu'importe en effet au dogme de la Trinité, qu'un métaphysicien, à force de subtiliser ses idées, ait ou non rencontré je ne sais quelle opinion qui lui soit analogue ? Qu'en conclure, sinon que ce mystere loin d'être impossible, comme l'impie le prétend, n'est pas tout-à-fait inaccessible à la raison.

2°. Qu'emportés par la chaleur de la dispute, nos premiers docteurs se sont quelquefois embarrassés dans des parallogismes, ont mal choisi leurs argumens, & montré peu d'exactitude dans leur logique.

3°. Qu'ils ont outré le mépris de la raison & des sciences naturelles.

4°. Qu'en suivant à la rigueur quelqu'un de leurs préceptes, la religion qui doit être le lien de la société, en deviendroit la destruction.

5°. Qu'il faut attribuer ces défauts aux circonstances des tems & aux passions des hommes, & non à la religion qui est divine, & qui montre par-tout ce caractere.

Après ces observations sur la doctrine des Peres en général, nous allons parcourir leurs sentimens particuliers, selon l'ordre dans lequel l'histoire de l'Eglise nous les présente.

Saint Justin fut un des premiers Philosophes qui embrasserent la doctrine évangélique. Il reçut au commencement du second siecle, & signa de son sang la foi qu'il avoit défendue par ses écrits. Il avoit d'abord été stoïcien, ensuite péripatéticien, pythagoricien, platonicien, lorsque la constance avec laquelle les Chrétiens alloient au martyre, lui fit soupçonner l'imposture des accusations dont on les noircissoit. Telle fut l'origine de sa conversion. Sa nouvelle façon de penser ne le rendit point intolérant ; au contraire, il ne balança pas de donner le nom de Chrétiens, & de sauver tous ceux qui avant & après Jésus-Christ, avoient su faire un bon usage de leurs raisons. Quicumque, dit-il, secundum rationem & verbum vixere, Christiani sunt, quamvis athei, id est, nullius numinis cultores habiti sunt, quales inter Graecos fuere Socrates, Heraclitus, & his similes, inter barbaros autem Abraham & Ananias & Azarias & Misael & Elias, & alii complures ; & celui qui nie la conséquence que nous venons de tirer de ce passage, & que nous pourrions inférer d'un grand nombre d'autres, est, selon Brucker, d'aussi mauvaise foi que s'il disputoit en plein midi contre la lumiere du jour.

Justin pensoit encore, & cette opinion lui étoit commune avec Platon & la plûpart des peres de son tems, que les Anges avoient habité avec les filles des hommes, & qu'ils avoient des corps propres à la génération.

D'où il s'ensuit que quelques éloges qu'on puisse donner d'ailleurs à la piété & à l'érudition de Bullus, de Baltus & de le Nourri, ils nuisent plus à la religion qu'ils ne la servent, par l'importance qu'ils semblent attacher aux choses, lorsqu'on les voit occupés à obscurcir des questions fort claires. Saint Justin étoit homme, & s'il s'est trompé en quelques points, pourquoi n'en pas convenir ?

Tatien syrien d'origine, gentil de religion, sophiste de profession, fut disciple de saint Justin. Il partagea avec son maître la haine & les persécutions du cynique Crescence. Entraîné par la chaleur de son imagination, Tatien se fit un christianisme mêlé de philosophie orientale & égyptienne. Ce mélange malheureux souilla un peu l'apologie qu'il écrivit pour la vérité du Christianisme, apologie d'ailleurs pleine de vérité, de force & de sens. Celui-ci fut l'auteur de l'hérésie des Encratites. Voyez cet article. Cet exemple ne sera pas le seul d'hommes transfuges de la Philosophie que l'Eglise reçut d'abord dans son giron, & qu'elle fut ensuite obligée d'en rejetter comme hérétiques.

Sans entrer dans le détail de ses opinions, on voit qu'il étoit dans le système des émanations ; qu'il croyoit que l'ame meurt & ressuscite avec le corps ; que ce n'étoit point une substance simple, mais composée de parties ; que ce n'étoit point par la raison, qui lui étoit commune avec la bête, que l'homme en étoit distingué, mais par l'image & la ressemblance de Dieu qui lui avoit été imprimée ; que si le corps n'est pas un temple que Dieu daigne habiter, l'homme ne differe de la bête que par la parole ; que les démons ont trouvé le secret de se faire auteurs de nos maladies, en s'emparant quelquefois de nous quand elles commencent ; que c'est par le péché que l'homme a perdu la tendance qu'il avoit à Dieu, tendance qu'il doit travailler sans-cesse à recouvrer, &c.

Théophile d'Antioche eut occasion de parcourir les livres des Chrétiens chez son savant ami Antolique, & se convertit ; mais cette faveur du ciel ne le débarrassa pas entiérement de son platonisme. Il appelle le Verbe , & ce mot joue dans ses opinions le même rôle que dans Platon. Du-moins le savant Petau s'y est-il trompé.

Athenagoras fut en même tems chrétien, platonicien & éclectique. On peut conjecturer ce qu'il entendoit par ce mot , qui a causé tant de querelles ; lorsqu'il dit : a principio Deus, qui est mens aeterna, ipse in se ipso habet, cum ab aeterno rationalis sit ; & ailleurs, Plato excelso animo mentem aeternam & sola ratione comprehendendum Deum est contemplatus ; de suprema potestate optime disseruit. Le Verbe ou est en Dieu de toute éternité, parce qu'il a raisonné de toute éternité. Platon homme d'un esprit élevé & profond, a bien connu la nature divine.

Celui-ci croyoit aussi au commerce des Anges avec les filles des hommes. Ces impudiques errent à présent autour du globe, & traversent autant qu'il est en eux, les desseins de Dieu. Ils entraînent les hommes à l'idolatrie, & ils avalent la fumée des victimes ; ils jettent pendant le sommeil dans nos esprits, des songes & des images qui les souillent, &c.

Après Athénagore, on rencontre dans les fastes de l'Eglise, les noms d'Hermias & d'Irenée. L'un s'appliqua à exposer avec soin les sentimens des Philosophes payens, & l'autre à en purger le Christianisme. Il seroit seulement à souhaiter qu'Irenée eût été aussi instruit qu'Hermias fut zèlé ; il eût travaillé avec plus de succès.

Nous voici arrivés au tems de Tertullien, ce bouillant Africain qui a plus d'idée que de mots, & qui seroit peut-être à la tête de tous les docteurs du Christianisme, s'il eût pû concevoir la distinction des deux substances, & ne pas se faire un Dieu & une ame corporels. Ses expressions ne sont point équivoques. Quis negabit, dit-il, Deum corpus esse, etsi spiritus sit ?

Clément d'Alexandrie parut dans le second siecle. Il avoit été l'éleve de Pantaenus, philosophe stoïcien, avant que d'être chrétien. Si cependant on juge de sa philosophie, par les précautions qu'il exige avant que d'initier quelqu'un au Christianisme, on sera tenté de la croire un peu pythagorique ; & si l'on en juge par la diversité de ses opinions, fort éclectique. L'éclectisme ou cette philosophie qui consistoit à rechercher dans tous les systèmes ce qu'on y reconnoissoit de vérités, pour s'en composer un particulier, commençoit à se renouveller dans l'Eglise. Voyez l'article ECLECTIQUE.

L'histoire d'Origene, dont nous aurions maintenant à parler, fourniroit seule un volume considérable ; mais nous nous en tiendrons à notre objet, en exposant les principaux axiomes de sa Philosophie.

Selon Origene, Dieu dont la puissance est limitée par les choses qui sont, n'a créé de matiere qu'autant qu'il en avoit à employer ; il n'en pouvoit ni créer ni employer davantage. Dieu est un corps seulement plus subtil. Toute la matiere tend à un état plus parfait. La substance de l'homme, des Auges, de Dieu & des personnes divines est la même. Il y a trois hypostases en Dieu, & par ce mot il n'entend point des personnes. Le fils differe du pere, & il y a entr'eux quelque inégalité. Il est le ministre de son pere dans la création. Il en est la premiere émanation. Les Anges, les esprits, les ames occupent dans l'univers un rang particulier, selon leur degré de bonté. Les Anges sont corporels ; les corps des mauvais anges sont plus grossiers. Chaque homme a un ange tutélaire, auquel il est confié au moment de sa naissance ou de son baptême. Les Anges sont occupés à conduire la matiere, chacun selon son mérite. L'homme en a un bon & un mauvais. Les ames ont été créées avant les corps. Les corps sont des prisons où elles ont été renfermées pour quelques fautes commises antérieurement. Chaque homme a deux ames ; c'étoient des esprits purs qui ont dégénéré avec l'intérêt que Dieu y prenoit. Outre le corps, les ames ont encore un véhicule plus subtil qui les enveloppe. Elles passent successivement dans différens corps. L'état d'ame est moyen entre celui d'esprit & de corps. Les ames les moins coupables sont allées animer les astres. Les astres, en qualité d'êtres animés, peuvent indiquer l'avenir. Tout étant en vicissitude, la damnation n'est point éternelle ; les ames peuvent se relever & retomber. Les fautes des ames s'expient par le feu. Il y a des régions basses où les ames des pécheurs subissent des châtimens proportionnés à leurs fautes. Elles en sortent libres de souillures, & capables d'atteindre aux demeures éternelles. Voici les différens degrés du bonheur de l'homme, perdre ses erreurs, connoître la vérité, être ange, s'assimiler à Dieu, s'y unir. L'homme en jouit successivement sur la terre, dans l'air, dans le paradis. Le cours de félicité se remplit dans un espace de siecles indéfinis ; après lequel Dieu étant tout en tout, & tout étant en Dieu, il n'y aura plus de mal dans l'univers, & le bonheur sera général & parfait. A ce monde il en succédera un autre ; à celui-ci un troisieme, & ainsi de suite, jusqu'à celui où Dieu sera tout en tout, & ce monde sera le dernier. La base de ce système, c'est que Dieu produit sans cesse, & qu'il en émane des mondes qui y retournent & y retourneront jusqu'à la consommation des siecles où il n'y aura plus que lui.

Les tems de l'Eglise qui suivent, virent naître Anatolius, qui ressuscita le Péripatétisme ; Arnobe, qui mélant l'Optimisme avec le Christianisme, disoit que nous prenant pour la mesure de tout, nous faisons à la nature qui est bonne, un crime de notre ignorance ; Lactance, qui prit en une telle haine toutes les sectes philosophiques, qu'il ne put souffrir que ni Socrate ni Platon eussent dit d'eux-mêmes quelque chose de bien, & qui affectant des connoissances de toutes sortes d'especes, tomba dans un grand nombre de puérilités qui défigurent ses ouvrages d'ailleurs très-précieux ; Eufebe, qui nous auroit laissé un ouvrage incomparable dans sa préparation évangélique, s'il eût été mieux instruit des principes de la Philosophie ancienne, & qu'il n'eût pas pris les dogmes absurdes des argumentateurs de son tems pour les vrais sentimens de ceux dont ils se disoient les disciples ; Didyme d'Alexandrie, qui sut très-bien séparer d'Aristote & de Platon ce qu'ils avoient de faux & de vrai, être philosophe & chrétien, croire avec jugement, & raisonner avec sobriété ; Chalcidius, dont le Christianisme est demeuré fort suspect jusqu'à ce jour ; Augustin, qui fut d'abord manichéen ; Synesius, dont les incertitudes sont peintes dans une lettre qu'il écrivit à son frere d'une maniere naïve qui charme. La voici : ego cum me ipsum considero, omnino inferiorem sentio quam ut episcopali fastigio respondeam. Plus je m'examine moi-meme, plus je me sens au-dessous du poids & de la dignité épiscopale ; ac sane apud te de animi mei motibus disputabo ; neque enim apud alium, quam amicissimum tuum unaque mecum educatum caput, commodius istud facere possum. Je ne balancerai point à vous dévoiler mes sentimens ; & à qui pourrois-je montrer plus volontiers le fond de mon coeur, qu'à mon frere, qu'à celui avec lequel j'ai été nourri, élevé, qu'à l'homme qui m'aime le mieux, & à qui je suis le plus cher ? Te enim aequum est & earumdem curarum esse participem, & cum noctu vigilare, tum interdiu cogitare, quemadmodum aut boni mihi aliquid contingat aut mali quidpiam evitare possim. Il faut qu'il partage tous mes soins ; s'il est possible qu'en veillant avec moi la nuit, en m'entretenant le jour, je me procure quelque bien, ou que j'évite quelque mal, il ne s'y refusera pas. Audi igitur quis sit mearum rerum status, quarum plerumque, jam, opinor, tibi fuerint cognitae. Vous connoissez déja une partie de ma situation, écoutez-moi, mon frere, & sachez le reste. Cum exiguum onus suscepissem, commode mihi hactenus sustinuisse videor, philosophiam. Jusqu'à présent je me suis contenté du rôle de philosophe ; il étoit facile, & je crois m'en être assez bien acquité. Mais on a mal jugé de ma capacité ; & parce qu'on m'a vû soutenir sans peine un fardeau leger, on a cru que j'en pourrois porter un plus pesant. Pro eo vero quod non omnino ab ea aberrare videor, à nonnullius laudatus, majoribus dignus ab iis existimor, qui animi facultatem habilitatemque dignoscere nequeant. Jugeons-nous nous-mêmes, & ne nous laissons point séduire par cet éloge. Craignons que de nouveaux honneurs ne nous rendent vains, & qu'un poste plus élevé ne m'ôte le peu de mérite que j'ai dans celui que j'occupe, s'il arrive qu'après avoir pour ainsi dire, méprisé l'un, l'on me reconnoisse indigne de l'autre. Vereor autem ne arrogantior redditus, cum honorem admittent, ab utroque excidam, postquam alterum quidem contempsero, alterius vero non fuerim dignitatem assecutus. Dieu, la loi, & la main sacrée de Théophile, m'ont attaché à une femme ; il ne me convient ni de m'en séparer, ni de vivre secrettement avec elle, comme un adultere. Mihi & Deus ipse & lex & sacra Theophili manus uxorem dedit, quare hoc omnibus praedico, & testor neque me ab ea prorsus sejungi velle, neque adulteri instar cum ea clanculum consuescere. Je partage mon tems en deux portions. J'étudie ou j'enseigne. En étudiant, je suis ce qu'il me plaît. En enseignant, c'est autre chose. Duobus hisce tempus identidem distinguo ludis, atque studiis. At cum in studiis occupor, tum mihi uni deditus sum ; in ludendo vero, maximè omnibus expositus. Il est difficile, il est impossible de chasser de son esprit des opinions qui y sont entrées par la voie de la raison, & que la force de la démonstration y retient. Et vous n'ignorez pas qu'en plusieurs points, la Philosophie ne s'accorde ni avec nos dogmes, ni avec nos decrets. Difficile est, vel fieri potius nullo pacto potest ut quae dogmata scientiarum ratione ad demonstrationem perducta in animum pervenerint, convellantur. Nosti autem Philosophiam cum plerisque ex pervulgatis usu decretis pugnare. Jamais, mon frere, je ne me persuaderai que l'origine de l'ame soit postérieure au corps ; je ne prendrai jamais sur moi de dire que ce monde & ses autres parties puissent passer en même tems. J'ai une façon de penser qui n'est point celle du vulgaire, & il y a dans cette doctrine usée & rebattue de la résurrection, je ne sais quoi de ténébreux & de sacré, que je ne saurois digérer. Une ame imbue de la Philosophie, un esprit accoutumé à la recherche de la vérité, ne s'expose pas sans répugnance à la nécessité de mentir. Etenim nunquam profecto mihi persuasero animum originis esse posteriorem corpore ; mundum caeterasque ejus partes unà interire nunquam dixero ; tritam illam ac decantatam resurrectionem sacrum quidpiam atque arcanum arbitror, longeque absum à vulgi opinionibus comprobandis. Animus certè quidem Philosophia imbutus ac veritatis inspector mentiendi necessitati non nihil remittit. Il en est de la vérité comme de la lumiere. Il faut que la lumiere soit proportionnée à la force de l'organe, si l'on ne veut pas qu'il en soit blessé. Les ténebres conviennent aux ophtalmiques, & le mensonge aux peuples ; & la vérité nuit à ceux dont l'esprit ou inactif ou hébété ne peut ou n'est pas accoutumé à approfondir. Lux enim veritati, oculus vulgo proportione quadam respondent. Et oculus ipse non sine damno suo immodica luce perfruitur. Ac uti ophtalmicis caligo magis expedit, eodem modo mendacium vulgo prodesse arbitror, contra nocere veritatem iis qui in rerum perspicuitatem intendere mentis aciem nequeunt. Cependant voyez ; je ne refuse pas d'être évêque, s'il m'est permis d'allier les fonctions de cet état avec mon caractere & ma franchise, philosophant dans mon cabinet, répetant des fables en public, n'enseignant rien de nouveau, ne desabusant sur rien, & laissant les hommes dans leurs préjugés à-peu-près comme ils me viendront ; mais le croyez-vous ? Haec si mihi episcopalis nostri muneris jussa concesserint, subire hanc dignitatem possint, ita ut domi quidem philosopher, foris vero fabulas texam, ut nihil penitùs docens, sic nihil etiam dedocens atque in praesumptâ animi opinione sistens. Sans cela, s'il faut qu'un évêque soit populaire dans ses opinions, je me décélerai sur le champ. On me conférera l'épiscopat si l'on veut ; mais je ne veux pas mentir. J'en atteste Dieu & les hommes. Dieu & la vérité se touchent. Je ne veux point me rendre coupable d'un crime à ses yeux. Non, mon frere, non, je ne puis dissimuler mes sentimens. Jamais ma bouche ne proférera le contraire de ma pensée. Mon coeur est sur le bord de mes levres. C'est en pensant comme je fais, c'est en ne disant rien que je ne pense, que j'espere de plaire à Dieu. Si dixerint episcopum opinionibus popularem esse, ego me illico omnibus manifestum praebebo. Si ad episcopale munus vocer, nolo ementiri dogmata. Horum Deum, horum homines testes facio. Affinis est Deo veritas, apud quem criminis expers omnis cupio. Dogmata porro mea nunquam obtegam, neque mihi ab animo lingua dissidebit. Ita sentiens, itaque loquens placere me Deo arbitror. Voyez les ouvrages de Synésius dans la Collect. des Peres de l'Eglise.

Cette protestation ne l'empêcha point d'être consacré évêque de Ptolomaïs. Il est incroyable que Théophile n'ait point balancé à élever à cette dignité un philosophe infecté de Platonisme, & s'en faisant honneur. On eut égard, dit Photius, à la sainteté de ses moeurs, & l'on espéra de Dieu qu'il l'éclaireroit un jour sur la résurrection & sur les autres dogmes que ce philosophe rejettoit.

Denis l'Aréopagite, Claudien Mamert, Boëce, Aeneas Gazaeus, Zacharie le Scholastique, Philopon & Nemesius, ferment cette ere de la Philosophie chrétienne que nous allons suivre, dans l'Orient, dans la Grece & dans l'Occident, en exposant les révolutions depuis le septieme siecle jusqu'au douzieme.

Cette philosophie des émanations, cette chaîne d'esprits qui descendoit & qui s'élevoit, toutes ces visions platonico-origénico-alexandrines qui promettoient à l'homme un commerce plus ou moins intime avec Dieu, étoient très-propres à entretenir l'oisiveté pieuse de ces contemplateurs inutiles qui remplissoient les forêts, les monasteres & les solitudes ; aussi fit-elle fortune parmi eux. Le Péripatéticisme au contraire, dont la dialectique subtile fournissoit des armes aux hérétiques, s'accréditoit d'un autre côté. Il y en eut qui, jaloux d'un double avantage, tâcherent de concilier Aristote avec Platon ; mais celui-ci perdit de jour en jour ; Aristote gagna, & la philosophie alexandrine étoit presque oubliée, lorsque Jean Damascene parut. Il professa dans le monde le Péripatétisme qu'il ne quitta point dans son monastere. Il fut le premier qui commença à introduire l'ordre didactique dans la Théologie. Les scholastiques pourroient le regarder comme leur fondateur. Damascene fit-il bien d'associer Aristote à Jesus-Christ, & l'Eglise lui a-t-elle une grande obligation d'avoir habillé ses dogmes à la mode scholastique ? c'est ce que je laisse discuter à de plus habiles.

Les ténebres de la barbarie se répandirent en Grece au commencement du huitieme siecle. Dans le neuvieme la Philosophie y avoit subi le sort des Lettres qui y étoient dans le dernier oubli. Ce fut la suite de l'ignorance des empereurs, & des incursions des Arabes. Le jour ne reparut, mais foible, que vers le milieu du neuvieme ; sous le regne de Michel & de Bardas. Celui-ci établit des écoles, & stipendia des maîtres. Les connoissances s'étendirent un peu sous Constantin Porphyrogenete. Psillus l'ancien & Léon Allatius son disciple lutterent contre les progrès de l'ignorance, mais avec peu de succès. L'honneur de relever les Lettres & la Philosophie étoit réservé à ce Photius qui deux fois nommé patriarche, & deux fois déposé, mit toute l'Eglise d'orient en combustion. Cet homme nous a conservé dans sa bibliotheque des notices d'un grand nombre d'ouvrages qui n'existent plus. Il fit aussi l'éducation de l'empereur Léon, qu'on a surnommé le sage, & qui a passé pour un des hommes les plus instruits de son tems. On trouve sous le regne de Léon, dans la liste des restaurateurs de la Science, les noms de Nicetas David, de Michel Ephesius, de Magentinus, d'Eustratius, de Michel Anchialus, de Nicephore Blemmides, qui furent suivis de Georgius de Pachemere, de Théodore Méthochile, de Georgius de Chypre, de Georgius Lapitha, de Michel Psellius le jeune, & de quelques autres travaillans successivement à ressusciter les Lettres, la Poésie & la Philosophie aristotélique & péripatéticienne jusqu'à la prise de Constantinople, tems où les connoissances abandonnerent l'Orient, & vinrent chercher le repos en Occident, où nous allons examiner l'état de la Philosophie depuis le septieme siecle jusqu'au douzieme.

Nous avons vû les Sciences, les Lettres & la Philosophie décliner parmi les premiers Chrétiens, & s'éteindre pour ainsi dire à Boëce. La haine que Justinien portoit aux Philosophes ; la pente des esprits à l'esclavage, les miseres publiques, les incursions des Barbares, la division de l'Empire romain, l'oubli de la langue greque, même par les propres habitans de la Grece, mais sur-tout la haine que la superstition s'efforçoit à susciter contre la Philosophie, la naissance des Astrologues, des Genethliaques & de la foule des fourbes de cette espece, qui ne pouvoient espérer d'en imposer qu'à la faveur de l'ignorance, consommerent l'ouvrage ; les livres moraux de Grégoire devinrent le seul livre qu'on eût.

Cependant il y avoit encore des hommes ; & quand n'y en a-t-il plus ? mais les obstacles étoient trop difficiles à surmonter. On compte parmi ceux qui chercherent à secouer le joug de la barbarie, Capella, Cassiodore, Macrobe, Firmicus Maternus, Chalcidius, Augustin ; au commencement du septieme siecle, Isidore d'Hispale, les moines de l'ordre de S. Benoît, sur la fin de ce siecle Aldhelme, au milieu du huitieme Beda, Acca, Egbert, Alcuin, & notre Charlemagne auquel ni les tems antérieurs, ni les tems postérieurs n'auroient peut-être aucun homme à comparer, si la Providence eût placé à côté de lui des personnages dignes de cultiver les talens qu'elle lui avoit accordés. Il tendit la main à la science abattue, & la releva. On vit renaître par ses encouragemens les connoissances profanes & sacrées, les Sciences, les Arts, les Lettres & la Philosophie. Il arrachoit cette partie du monde à la barbarie, en la conquérant ; mais la superstition renversoit d'un côté ce que le prince édifioit d'un autre. Cependant les écoles qu'il forma subsisterent, & c'est de-là qu'est sortie la lumiere qui nous éclaire aujourd'hui. Qui est-ce qui écrira dignement la vie de Charlemagne ? Qui est-ce qui consacrera à l'immortalité le nom d'Alfred, à qui la Science a les mêmes obligations en Angleterre, qu'à Charlemagne en France ?

Nous n'oublierons pas ici Rabanus Maurus, qui naquit dans le huitieme siecle, & qui se fit distinguer dans le neuvieme ; Strabon, Scot, Eginhart, Ansegisus, Adelhard, Hincmar, Paule-Wenfride, Lupus-Servatus, Herric, Angilbert, Agobard, Clément, Wandalbert, Reginon, Grimbeld, Ruthard, & d'autres qui repousserent la barbarie, mais qui ne la dissiperent point. On sait quelle fut encore l'ignorance du dixieme siecle. C'étoit envain que les Ottons d'un côté, les rois de France d'un autre, les rois d'Angleterre & différens princes offroient des asyles & des secours à la Science, l'ignorance duroit. Ah, si ceux qui gouvernent, parcouroient des yeux l'histoire de ces tems, ils verroient tous les maux qui accompagnent la stupidité ; & combien il est difficile de reproduire la lumiere, lorsqu'une fois elle s'est éteinte ! Il ne faut qu'un homme & moins d'un siecle pour hébêter une nation ; il faut une multitude d'hommes & le travail de plusieurs siecles pour la ranimer.

Les écoles d'Oxford produisirent en Angleterre Bridferth, Dunstan, Alfred de Malmesburi ; celles de France, Remy, Constantin Abbon ; on vit en Allemagne Notkere, Ratbode, Nannon, Bruno, Baldric, Israel, Ratgerius, &c.... mais aucun ne se distingua plus que notre Gerbert, souverain pontife sous le nom de Sylvestre second, & notre Odon ; cependant le onzieme siecle ne fut pas fort instruit. Si Guidon Arétin composa la gamme, un moine s'avisa de composer le droit pontifical, & prépara bien du mal aux siecles suivans. Les princes occupés d'affaires politiques, cesserent de favoriser les progrès de la Science, & l'on ne rencontre dans ces tems que les noms de Fulbert, de Berenger & de Lanfranc, & des Anselmes ses disciples, qui eurent pour contemporains ou pour successeurs Léon neuf, Maurice, Franco, Willeram, Lambert, Gerard, Wilhelme, Pierre Damien, Herman Contracte, Hildebert, & quelques autres, tels que Roscelin.

La plûpart de ces hommes, nés avec un esprit très-subtil, perdirent leur tems à des questions de dialectique & de théologie scholastique ; & la seule obligation qu'on leur ait, c'est d'avoir disposé les hommes à quelque chose de mieux.

On voit les frivolités du Péripatétisme occuper toutes les têtes au commencement du douzieme siecle. Que font Constantinus Afer, Daniel Morlay, Robert, Adelard, Oton de Frisingue, &c. ils traduisent Aristote, ils disputent, ils s'anathématisent, ils se détestent, & ils arrêtent plutôt la Philosophie qu'ils ne l'avancent. Voyez dans Gerson & dans Thomasius l'histoire & les dogmes d'Alméric. Celui-ci eut pour disciple David de Dinant. David prétendit avec son maître, que tout étoit Dieu, & que Dieu étoit tout ; qu'il n'y avoit aucune différence entre le créateur & la créature ; que les idées créent & sont créées ; que Dieu étoit la fin de tout, en ce que tout en étoit émané, & y retournoit, &c. Ces opinions furent condamnées dans un concile tenu à Paris, & les livres de David de Dinant brûlés.

Ce fut alors qu'on proscrivit la doctrine d'Aristote ; mais tel est le caractere de l'esprit humain, qu'il se porte avec fureur aux choses qu'on lui défend. La proscription de l'Aristotélisme fut la date de ses progrès, & les choses en vinrent au point qu'il y eut plus encore de danger à n'être pas péripatéticien qu'il y en avoit eu à l'être. L'Aristotélisme s'étendit peu-à-peu, & ce fut la philosophie régnante pendant le treizieme & le quatorzieme siecles entiers. Elle prit alors le nom de scholastique. Voyez SCHOLASTIQUE philosophie. C'est à ce moment qu'il faut aussi rapporter l'origine du droit canonique, dont les premiers fondemens avoient été jettés dans le cours du douzieme siecle. Du droit canonique, de la théologie scholastique & de la philosophie, mêlés ensemble, il naquit une espece de monstre qui subsiste encore, & qui n'expirera pas si-tôt.

JESUS-CHRIST, ordre militaire de Portugal. Voyez CHRIST.

JESUS-CHRIST, nom d'un ordre de chevalerie, institué à Avignon par le pape Jean XXII. en 1320. Les chevaliers de cet ordre portoient une croix d'or pleine, émaillée de rouge, enfermée dans une autre croix patée d'or de même façon, mais d'émaux différens que celle de Christ en Portugal. Voy. CHRIST. Favin, théat. d'honn. & de chevalerie.

JESUS ET MARIE, ordre de chevalerie connu à Rome sous le nom de Jesus & Marie du tems du pape Paul V. qui à ce qu'on croit en forma le projet. Par les lois de cet ordre, que l'on a encore, il est ordonné que chacun des chevaliers porteroit un habit blanc dans les solemnités, & qu'il entretiendroit un cheval & un homme armé contre les ennemis de l'état ecclésiastique. Les chevaliers portoient une croix bleu-céleste, dans laquelle étoient écrits les noms de Jesus & Marie. Le grand-maître étoit pris d'entre trois chevaliers que le pape proposoit au chapitre, comme digne d'être revêtus de cette charge, & capables d'en remplir les fonctions. Ceux qui demandoient d'entrer dans l'ordre sans faire preuve de leur noblesse, étoient obligés de fonder une commanderie de deux cent écus de rente pour le moins, dont ils jouissoient eux-mêmes pendant leur vie, & qui à leur mort demeuroit à l'ordre. Bonami, catalog. ordin. equestr.


JETS. m. (Gramm.) il se dit, 1°. du mouvement d'un corps lancé avec le bras, ou avec un instrument ; le jet de la pierre avec la fronde est plus violent qu'avec le bras : 2°. de l'espace qu'il mesure ; à deux jets de pierre : 3°. de la poussée d'une branche : 4°. des essains d'abeilles : 5°. des eaux jaillissantes : 6°. du calcul par les jettons : 7°. en fauconnerie, en pêche, en fonderie, en peinture, en marine, en artifice, en plusieurs autres arts, voyez les articles suivans.

JET des bombes, (Artillerie) est le nom qu'on donne à la partie des Mathématiques qui traite du mouvement des bombes, de la ligne qu'elles décrivent dans l'air, de la maniere dont il faut disposer le mortier pour qu'elles aillent tomber à une distance donnée, &c. Voyez les articles BALISTIQUE & PROJECTILE, où sont expliquées les lois du mouvement des bombes, ou plutôt en général de tout corps pesant lancé avec une vîtesse & une direction donnée. Voyez aussi JET, Art milit. (O)

JET d'eau, (Hydraulique) est une lance ou lame d'eau qui s'éleve en l'air par un seul ajutage qui en détermine la grosseur. Les jets croisés en forme de berceaux, sont appellés jets dardans, & les droits perpendiculaires. Il y a encore des gerbes, des bouillons. Consultez ces articles à leur lettre. (K)

Mariotte démontre qu'un jet d'eau ne peut jamais monter aussi haut qu'est l'eau dans son réservoir. En effet, l'eau qui sort d'un ajutage devroit monter naturellement à la hauteur de son réservoir, si la résistance de l'air & les frottemens des tuyaux ne l'en empêchoient. Voyez l'article FLUIDE. Mais cette résistance & ces frottemens font que l'eau perd nécessairement une partie de son mouvement, & par conséquent ne remonte pas aussi haut. Ce même auteur a aussi fait voir que lorsqu'un grand jet se distribue en un grand nombre d'autres plus petits, le quarré du diametre du principal ajutage doit être proportionnel à la somme de toutes les dépenses de ses branches ; & que si le réservoir a cinquante-deux piés de haut, & l'ajutage six lignes de diametre, celui du conduit doit être de trois pouces. Les différentes regles pour les jets d'eau se trouvent renfermées dans un ouvrage exprès de M. Mariotte, imprimé dans le recueil de ses oeuvres. Chambers. (O)

JET se dit, dans l'Art militaire, des armes propres à lancer des corps avec force pour offenser l'ennemi de loin. Chez les anciens, la fronde, l'arc, la baliste, la catapulte, &c. étoient des armes de jet. Dans l'usage présent, les canons, les mortiers, les fusils, &c. sont les armes de jet qui ont été substituées aux anciennes.

Jet se dit particulierement de la bombe jettée ou lancée par le moyen du mortier. On appelle le jet des bombes, l'art ou la science de les tirer avec méthode pour les faire tomber sur des lieux déterminés. Cette science fait la principale partie de la balistique, qui traite du mouvement des corps pesans jettés ou lancés en l'air suivant une ligne de direction oblique ou parallele à l'horison. Voyez BALISTIQUE ou PROJECTILE.

On a vû au mot BOMBE quelle est à peu-près l'époque de l'invention de cette machine. Les premiers qui ont fait usage des bombes, les tiroient avec très-peu de méthode.

Ils avoient observé que le mortier, plus ou moins incliné à l'horison, portoit la bombe à des distances inégales ; qu'en éloignant la direction du mortier de la verticale, la bombe alloit tomber d'autant plus loin que l'angle formé par la verticale & la direction du mortier approchoit de 45 degrés ; & que lorsqu'il surpassoit cette valeur, les distances où la bombe étoit portée, alloient en diminuant ; ce qui leur avoit fait conclure que la plus grande portée de la bombe étoit sous l'angle de 45 degrés. Muni de cette connoissance que la théorie a depuis confirmée, lorsqu'il s'agissoit de jetter des bombes, on commençoit à s'assûrer, par quelques épreuves, de la portée sous l'angle de 45 degrés ; & lorsqu'on vouloit jetter les bombes à une distance moins grande, on faisoit faire au mortier un angle avec la verticale plus grand ou plus petit que 45 degrés. Cet angle se prenoit au hasard ; mais après avoir tiré quelques bombes, on parvenoit à trouver à peu-près la direction ou l'inclinaison qu'il falloit donner au mortier pour faire tomber les bombes sur les lieux proposés.

Telle étoit à-peu-près la science des premiers bombardiers ; elle leur servoit presque autant que si elle avoit été plus exacte, parce que la variation de l'action de la poudre, la difficulté de faire tenir fixement & solidement le mortier dans la position qu'on veut lui donner, sont des causes qui dérangent presque toûjours les effets déterminés par la théorie.

Les premiers auteurs qui ont écrit sur l'Artillerie, comme Tartaglia de Bresce, Diego Uffano, &c.... croyoient que la bombe, ainsi que le boulet, avoit trois mouvemens particuliers ; savoir, le violent ou le droit, le mixte ou le courbe, & le naturel ou perpendiculaire.

Le mouvement étoit droit, selon ces auteurs, tant que l'impulsion de la poudre l'emportoit considérablement sur la pesanteur de la bombe : aussi-tôt que cette impulsion venoit à être balancée par la pesanteur, la ligne du mouvement du mobile devenoit courbe ; elle redevenoit naturelle ou perpendiculaire, lorsque la pesanteur l'emportoit sur la force de l'impulsion de la poudre.

C'est à Galilée, mathématicien du grand duc de Florence, qu'on doit les premieres idées exactes sur ce sujet. Il considéra la bombe comme se mouvant dans un milieu non résistant ; & en supposant que la pesanteur fait tendre les corps au centre de la terre, il trouva, comme nous allons bien-tôt le faire voir, que la courbe décrite par la bombe est une parabole. Voyez PARABOLE.

Si l'on suppose qu'un corps soit poussé par une force quelconque dans une direction oblique ou parallele à l'horisontale, elle sera celle de projection de ce corps, c'est-à-dire, la ligne dans laquelle il tend à se mouvoir ; son mouvement le long de cette ligne sera appellé mouvement de projection.

Par le mouvement de projection, le corps ou le mobile avance uniformément dans la même direction (en supposant qu'il soit sans pesanteur, & que le milieu dans lequel il se meut ne résiste point), il parcourt des espaces égaux dans des tems égaux ; mais si l'on considere que la pesanteur qui agit toujours sur lui, l'approche continuellement du centre de la terre lorsqu'il se meut librement, on verra bien-tôt que son mouvement sera composé de celui de projection, & de celui que lui imprime sa tendance au centre de la terre ; qu'ainsi il doit s'écarter de la direction qui lui a d'abord été donnée.

Si le mouvement de pesanteur étoit uniforme comme celui de projection, le corps se mouvroit dans une ligne droite qui seroit la diagonale d'un parallélograme dont les deux côtés seroient entr'eux comme le mouvement de projection est à celui de la pesanteur.

Mais comme la pesanteur fait parcourir au corps des espaces inégaux dans des tems égaux, la ligne qui résulte du concours de ces deux mouvemens doit être une ligne courbe.

Pour trouver cette ligne, il faut diviser celle de projection en plusieurs parties égales ; ces parties étant parcourues dans des tems égaux, peuvent exprimer le tems de la durée du mouvement du corps : & comme les espaces que la pesanteur fait parcourir au mobile sont comme les quarrés des tems, ces espaces sont donc entr'eux comme les quarrés des parties de la ligne de projection.

Ainsi A 6 (Planc. VIII. fig. 2. de l'Art milit.) étant la ligne de projection de la bombe qui tombe en B sur le plan horisontal A B, on divisera cette ligne en plusieurs parties égales, par exemple en 6, abaissant des perpendiculaires de tous les points de division de A 6 sur A B, l'espace 6 B parcouru par la pesanteur, sera à celui qu'elle fera parcourir au mobile dans le tems exprimé par A 1, comme 36 est à 1. C'est pourquoi on prendra D I de la 36e. partie de 6 B ; par la même raison 2 E sera les 4/36 de 6 B, 3 F les 9/36, 4 G les 16/36, & 5 H les 25/36 ; faisant ensuite passer une courbe par les points D, E, F, G, H, B, elle sera celle que la bombe ou le mobile aura décrite pendant la durée de son mouvement.

Si par le point A on mene A b égale & parallele à 6 B, & que par les points D, E, F, G, H, B, on tire des paralleles à A 6, les parties de la ligne A b, A d, A e, &c. seront égales aux espaces que la pesanteur aura fait parcourir à la bombe ; elles seront les abscisses de la courbe A D E F G H B, & les ordonnées D d, E e, F f, seront égales aux divisions correspondantes de A 6. D'où il suit que les quarrés des ordonnées de cette courbe sont entr'eux comme les abscisses. Mais cette propriété appartient à la parabole : donc la courbe décrite par la bombe est une parabole.

Si le milieu dans lequel la bombe ou le mobile se meut est résistant, la courbe qu'il décrit n'est plus une parabole. Pour la déterminer, il faudroit savoir quelle est la loi suivant laquelle l'air résiste au mouvement. En supposant que cette résistance soit proportionnelle aux quarrés des vîtesses, comme on le croit communément, M. Newton a démontré que la courbe décrite par le mobile est une espece d'hyperbole dont le sommet ne répond point au milieu de la ligne tirée du mortier au lieu où tombe la bombe ; la perpendiculaire abaissée de ce point sur cette ligne, la couperoit en deux parties inégales, dont la plus grande est celle du côté du mortier. Comme plusieurs expériences ont fait voir que la résistance de l'air n'opere pas assez sensiblement sur le mouvement des bombes, pour causer des erreurs sensibles dans les calculs où l'on en fait abstraction ; nous supposerons, comme on le fait ordinairement, qu'elles se meuvent dans un milieu non résistant.

Les lignes de projection des bombes jettées parallelement ou obliquement à l'horison, sont autant de tangentes à la courbe qu'elles décrivent ; car comme la pesanteur agit toujours sur les corps qui se meuvent librement, elle doit les détacher d'abord de la ligne de projection ; par conséquent cette ligne ne doit toucher celle qu'ils décrivent que dans un point.

On sait que les bombes se tirent avec des especes de canons courts appellés mortiers. Voyez MORTIER. La poudre dont le mortier est chargé est la force qu'on emploie pour chasser la bombe. Comme il y auroit beaucoup de difficultés à calculer les différentes impressions que les bombes peuvent recevoir des différentes quantités de poudre dont on peut charger le mortier, on a trouvé le moyen de les éluder, en supposant que la force dont la poudre est capable, est acquise par la chûte de la bombe d'une hauteur verticale quelconque. Plus cette hauteur sera grande, & plus la force ou la vîtesse acquise pendant la durée de la chûte, le sera aussi. C'est pourquoi il n'y a point de charge de poudre dont la force ne puisse se considérer comme étant produite par une chûte verticale relative à la quantité de poudre de cette charge.

En supposant que les bombes décrivent des paraboles, on peut des différentes propriétés de ces courbes tirer les regles générales & particulieres du jet des bombes ; mais comme on peut aussi les déduire du mouvement des corps pesans, nous allons en donner un précis, en ne supposant que la connoissance de la théorie de ce mouvement.

Pour exprimer la vîtesse avec laquelle la bombe est poussée suivant les différentes directions qu'on peut lui donner, nous supposerons qu'elle a acquis cette vîtesse en tombant d'une hauteur déterminée B A (Fig. 1. Planc. VIII. de l'Art milit. n°. 2.)

Il est démontré que si un corps pesant qui a acquis une vîtesse en tombant d'une hauteur déterminée B A, est poussé de bas en haut avec cette vîtesse, qu'il remontera à la même hauteur d'un mouvement retardé, dans le même tems que celui de la durée de sa chûte le long de cette hauteur. Voyez MOUVEMENT DES CORPS PESANS.

Si l'on suppose qu'il se meuve d'un mouvement uniforme pendant le même tems, avec la vîtesse acquise en tombant de B en A, il parcourra un espace double de A B, c'est-à-dire A C : dans le tems qu'il employeroit à tomber d'un mouvement accéléré de B en A, & à remonter de A en B d'un mouvement retardé, il parcourra d'un mouvement uniforme A E quadruple de A B.

Si le corps pesant est poussé suivant une ligne de direction quelconque A F, (fig. 1, 2 & 3. Planc. VIII. n°. 2.) avec la vîtesse acquise par sa pesanteur en tombant librement de B en A, pour avoir la distance où ce corps ira tomber, soit sur un plan horisontal A X, ou incliné au-dessus de l'horison A Y, ou au-dessous A Z ; il faut sur A E, quadruple de A B, décrire un arc tangent au plan, qui coupera la ligne de projection en F ou f ; si l'on abaisse de ce point la verticale F f G, le point G où elle rencontrera les plans A X, A Y & A Z, sera celui où le corps ira tomber.

Pour le démontrer, tirez la corde E F. On aura les deux triangles semblables E A F, F A G ; car les angles E A F, A F G sont égaux étant alternes : de plus, l'angle F E A qui a pour mesure la moitié de l'arc F f A, est égal à F A G qui étant formé de la tangente A G & de la corde F A, a pour mesure la moitié du même arc F f A : donc les deux triangles A E F & F A G sont semblables. C'est pourquoi l'on a E A. A F : : A F. F G. Mais dans la proportion continue le premier terme est au dernier comme le quarré du premier est au quarré du second. Donc E A. F G : : . . Et E A. F G : : E A. A F. Les deux premiers termes de cette derniere proportion expriment les vitesses que le mobile acquiert en tombant librement de E en A, & de F en G ; car les vîtesses peuvent être exprimées par les racines quarrées des espaces que la pesanteur fait parcourir au mobile. Il suit de-là que les espaces E A & A F étant entr'eux comme les vîtesses précédentes, sont parcourus uniformément dans le même tems. Ainsi ils peuvent exprimer ces vîtesses, mais les espaces parcourus par la pesanteur sont entr'eux comme les quarrés des vîtesses. Donc, puisque E A & F G sont entr'eux comme les quarrés de E A & de A F, ces lignes sont celles que la pesanteur fait parcourir à la bombe ou au mobile dans le tems qu'il décriroit E A & A F uniformément, c'est-à-dire dans un tems double de celui qu'il employeroit à tomber de B en A, d'un mouvement accéléré, ou ce qui est la même chose, dans celui qu'il employeroit à monter de A en B, & à descendre de B en A.

Il est évident que cette dénomination s'applique également aux figures 1, 2 & 3 (Planc. VIII. n°. 2.) à la ligne de projection A f des mêmes figures, & à toutes les autres qu'on peut tirer de A aux différens points de l'arc A f F E ; que si le plan est horisontal comme A X (fig. 1.), l'arc A f F E est une demi-circonférence dont A E est le diametre ; mais que si le plan est élevé sur l'horison comme A Y (fig. 2.) l'arc précédent est plus petit que la demi-circonférence, & qu'il est plus grand quand le plan est abaissé sous l'horison, comme A Z (fig. 3.)

Pour décrire ces arcs dans ces deux derniers cas, il faut élever du point A sur A Y & A Z, la perpendiculaire indéfinie A N (fig. 2. & 3.) ; puis du point C milieu de A E, élever sur cette ligne une autre perpendiculaire C L, qui étant prolongée jusqu'à la rencontre de A N, la coupera dans le point O qui sera le centre de l'arc. C'est pourquoi, si de ce point pris pour centre, & de l'intervalle O A ou O E on décrit l'arc A f F N terminée en N (fig. 3.) par sa rencontre avec A N (fig. 3.) & prolongée jusqu'en E (fig. 4.) on aura l'arc demandé.

La distance A G à laquelle la bombe va tomber du mortier, se nomme la ligne du but, ou l'amplitude de la parabole ; A E quadruple de A B, la force du jet ; & F G ou f G, la ligne de chûte.

Comme il n'est point d'usage de tirer les bombes parallelement à l'horison, nous n'entrerons point dans le détail des circonstances particulieres de ce jet ; nous donnerons seulement la maniere de déterminer la hauteur le long de laquelle la bombe doit tomber pour acquérir la vîtesse nécessaire pour décrire la ligne de projection qui dans ce cas est égale à celle de but, pendant que la pesanteur lui fait décrire la ligne de chûte.

Si l'on suppose que du point B (fig. 11.), élevé sur l'horisontal A X de la quantité B A, on ait tiré une bombe avec une charge de poudre déterminée, & que la bombe ait été tomber en G sur A X, pour trouver la hauteur de laquelle elle auroit dû tomber pour acquérir la force ou la vîtesse que lui imprime la charge de poudre du mortier pour décrire la ligne de projection B F d'un mouvement uniforme, pendant que la pesanteur lui fera décrire B A ou F G d'un mouvement accéléré, il faut mener B F parallele à A X, terminée en F par sa rencontre avec G F perpendiculaire à A X. On coupera B F en deux également en D, & l'on tirera A D, sur laquelle on élevera la perpendiculaire D E, qui sera terminée en E par sa rencontre avec le prolongement de A B ; l'on aura E B pour la hauteur demandée.

La bombe en tombant de B en A acquiert une vîtesse capable de lui faire décrire cette même ligne d'un mouvement uniforme pendant la moitié du tems de la durée de sa chûte d'un mouvement accéléré ; elle doit donc décrire B D moitié de B F, dans le même tems ; comme A B & B D sont ainsi parcourus uniformément dans le même tems, ces deux lignes sont entr'elles comme les vîtesses qui les leur font parcourir. Mais à cause du triangle rectangle A D E, l'on a A B. B D : : B D. B E ; ce qui donne A B. B E : : A B. B D. Or la vîtesse par la chûte le long de A B est égale à la racine quarrée de A B ; donc la racine quarrée de E B exprime la vîtesse par B D : donc E B est la hauteur de laquelle la bombe doit tomber pour acquérir une vîtesse capable de pousser la bombe par le mouvement de projection de B en D, dans le tems de la moitié de la durée de la chûte accélérée de la bombe le long de B A. Or dans un tems double cette même vîtesse doit lui faire parcourir B F double de B D ; donc elle lui fera parcourir cet espace dans le tems que la pesanteur fera parcourir à la bombe la ligne B A ; donc, &c.

La force du jet, la ligne de projection, & la ligne de chûte sont en proportion continue, c'est-à-dire que (Planc. VIII. n°. 2. fig. 1, 2 & 3.) A E. A F : : A F. F G ; ce qui est évident, puisque les triangles semblables E A F, F A G donnent cette même proportion.

Il suit de-là que lorsqu'on connoît l'amplitude de la parabole, & l'angle de l'inclinaison du mortier, on peut trouver la force du jet. Car dans le triangle F G A on connoît A G par la supposition, ainsi que l'angle F A G. De plus l'angle A G F qui est droit fig. 1, & qui est égal à G A P, plus G P A, fig. 2, & au droit A P G moins P A G fig. 3. C'est pourquoi on viendra par la Trigonométrie à la connoissance de G F & de A F. Ces deux lignes étant connues, on trouvera A F, en cherchant une troisieme proportionnelle à G F & A F.

On voit par-là que si l'on tire une bombe avec une charge de poudre quelconque, qu'on observe l'angle d'inclinaison du mortier, & la distance où la bombe sera portée, on peut trouver la hauteur d'où elle auroit dû tomber pour acquérir une force qui agissant sur elle dans la direction du mortier, soit capable de produire le même effet que l'impulsion de la poudre dont il aura été chargé.

Si par les points f F (fig. 4.) on tire f d & F D perpendiculaire à A E, ces lignes seront égales à l'amplitude A G. Or comme tous les points de la demi-circonférence A F f E terminent les différentes lignes de projection selon lesquelles on peut tirer la bombe pour la faire tomber sur A X avec la charge de poudre exprimée par la force du jet A E, il s'ensuit que si de tous ces points on mene des perpendiculaires à A E, ou si l'on tire une infinité d'ordonnées à A E, elles exprimeront chacune la distance où la bombe ira tomber, tirée sous l'angle d'inclinaison formée par l'horisontale A X, & par les lignes de projection menées de A aux différens points ou aux ordonnées, rencontrant la demi-circonférence A f F E.

Il résulte de cette considération (Planc. VIII. n°. 2. fig. 1 & 4.), 1°. que le rayon C L étant la plus grande de ces ordonnées, exprime la plus grande distance A M où la bombe peut être chassée par la charge du mortier ; comme l'on a cette amplitude lorsque la ligne de projection est A L qui donne l'angle L A M de 45 degrés, puisque sa mesure est la moitié de l'arc A ff L de 90 degrés, il s'ensuit que pour avoir la plus grande distance où la bombe peut aller, il faut que l'angle de projection soit de 45 degrés.

2°. Que comme les ordonnées également distantes du rayon C L perpendiculaire sur A E sont égales, les inclinaisons A f, A F également au-dessus & au-dessous de 45 degrés, donnent des amplitudes égales.

Ainsi l'angle de projection étant de 30 degrés ou de 60, la bombe ira à la même distance, parce qu'ils different également de 45 degrés.

3°. Comme les ordonnées d f, d f, sont les sinus des arcs A f, A f, & que les angles f A G, f A G ont pour mesure la moitié de ces arcs, les portées A G, A G égales aux ordonnées d f, d f sont entr'elles comme les sinus des arcs A f, A f, ou ce qui est la même chose, comme les sinus des angles doubles de l'inclinaison du mortier.

Ainsi, lorsque l'angle d'inclinaison du mortier est de 15 degrés, l'arc A f est à 30 ; mais comme le sinus de cet arc est la moitié du rayon, la portée de la bombe tirée sous l'angle de 15 degrés, est la moitié de celle qu'on a sous l'angle de 45 degrés.

Si l'on veut connoître la plus grande hauteur à laquelle la bombe s'éleve sur l'horisontal A X (fig. 1. Planc. VIII. n°. 2.), il faut du point I milieu de A G, élever sur cette ligne la perpendiculaire I R, prolongée jusqu'à ce qu'elle rencontre la ligne de projection A F. On suppose qu'elle le fait en R. Si l'on coupe ensuite I R en deux également en K, ce point sera celui de la plus grande élévation de la bombe, & par conséquent I K sera la hauteur demandée.

Pour le démontrer, considérez que I R coupant A G en deux également, coupe de même A F en R, & que comme I R est la moitié de la ligne de chûte F G, I K moitié de I R est le quart de F G. Or le tems que la bombe emploie à parcourir A F par son mouvement de projection, est double de celui de A R ; mais les espaces que la pesanteur lui fait parcourir, sont entr'eux comme les quarrés des tems ; donc la ligne de chûte F G est quadruple de R K ou I K ; donc I K exprime la plus grande élévation de la bombe sur l'horisontale A X.

Les principes précédens suffisent pour la résolution des différens problèmes qui concernent le jet des bombes, lorsque le plan où elles doivent tomber est de niveau avec la batterie. On peut aussi les appliquer aux plans élevés au-dessus de l'horison, ou inclinés au-dessous, mais d'une maniere moins générale, parce que dans ces deux derniers cas les portées ne sont point entr'elles comme les sinus des angles doubles de l'inclinaison du mortier. Nous ferons voir la maniere de faire cette application dans les problèmes suivans ; mais auparavant nous allons donner le moyen de trouver l'angle de projection qui donne la plus grande portée de la bombe, soit que le plan sur lequel elle doit tomber soit élevé sur l'horison, ou incliné au-dessous.

Soient pour cet effet les figures 2 & 3. Planc. VIII. n°. 2. Nous supposerons dans la premiere que le plan A Y sur lequel la bombe doit tomber, est élevé sur l'horisontale A X de 20 degrés, & dans la seconde, que A Z est au-dessous, de la même quantité.

Cela posé, l'arc dont A E est la corde, sera de 40 degrés plus petit que la demi-circonférence ; car l'angle N A E est égal à G A X formé par le plan incliné A Y, & l'horisontale A X : or E A N a pour mesure la moitié de l'arc N E ; mais cette moitié étant de 20 degrés, par la supposition le double E N doit en avoir 49. Si l'on ôte ce nombre de 180 degrés, valeur de la demi-circonférence, il restera 140 degrés pour l'arc A L E, dont A E est la corde.

La perpendiculaire C L qui coupe la corde E A en deux également, coupe de la même maniere l'arc A L E ; c'est pourquoi dans cet exemple l'angle L A G de la plus grande portée a pour mesure le quart de 140 degrés, c'est-à-dire 35 degrés.

Il est évident que les angles également au-dessus & au-dessous de cet angle, donneront les mêmes portées, ainsi que ceux qui different également de 45 degrés, lorsque le plan sur lequel la bombe doit tomber, est horisontal ou de niveau avec la batterie.

Si le plan A Z, fig. 3, est au-dessous de l'horisontale A X de 20 degrés, l'arc A L N E en aura 180 plus 40, c'est-à-dire 220 ; le quart de ce nombre qui est 55, donnera dans cet exemple l'angle de projection de la plus grande portée de la bombe sur A Z.

Il est aisé de tirer de-là une regle générale pour avoir l'angle de la plus grande portée de la bombe sur un plan élevé sur l'horison ou incliné au-dessous d'une quantité connue.

Dans le premier cas, il faut ôter de 180 degrés le double de l'angle de l'élévation du plan, & prendre le quart du reste : dans le second, il faut ajoûter à 180 degrés le double de l'inclinaison du plan, & prendre également le quart de la somme qui en résulte ; ou bien il faut dans le premier cas, ôter de 45 degrés la moitié de l'angle de l'élévation du plan, & ajoûter dans le second à 45 degrés la moitié de l'inclinaison du plan sous l'horison.

PROBLEMES. I. Ayant tiré une bombe sous un angle de projection pris à volonté, & connoissant la distance où elle aura été tomber sur un plan horisontal, trouver la force du jet.

Soit (fig. 4. Pl. VIII. n°. 2.) l'angle de projection F A Y, & G le point où la bombe aura tombé sur le plan horisontal A Y.

Comme on suppose que A G est connue, on trouvera par la Trigonométrie F G & A F ; cherchant ensuite une troisieme proportionnelle à F G & A F, on aura la force du jet A F.

Si le plan est incliné au-dessus ou au-dessous de l'horison d'une quantité connue G A X, (fig. 5.) on connoîtra dans le triangle F A G, l'angle A G F, qui est égal à G A P, plus A P G, l'angle de projection F A G, & le côté A G ; c'est pourquoi on viendra par la Trigonométrie à la connoissance des deux autres côtés A F & F G.

Si le plan est incliné au-dessous de l'horison, (fig. 6.) on connoîtra l'angle d'inclinaison X A Z, & par conséquent A G P, qui en est le complément ; l'angle P A F formé par l'horisontale A X, & la ligne de projection A F est aussi connue. Donc G A F qui est égal à G A P, plus P A F, le sera également ; or comme le côté A G est supposé connu, on connoît dans le triangle G A F un côté & les angles ; c'est pourquoi on peut par la Trigonométrie venir à la connoissance des deux autres côtés G F & A F.

Les lignes de chûte & de projection, (fig. 5. & 6.) étant connues, on leur cherchera une troisieme proportionnelle, qui sera la force du jet E A.

II. La force du jet étant connue, trouver la plus grande distance où la bombe peut être portée sur un plan quelconque, fig. 1. 2. & 3. Pl. VIII. n°. 2.

Il est évident par tout ce que l'on a exposé précédemment, que la plus grande distance où la bombe peut être portée sur un plan quelconque avec une charge de poudre exprimée par la force du jet A E, est déterminée par la partie A M du plan, comprise entre le point A, où l'on suppose le mortier & la parallele L M, à la force du jet A E, menée de l'extrémité L de la ligne C L qui coupe l'arc A L E en deux également. C'est pourquoi il ne s'agit que de trouver la valeur de A M dans les fig. 1. 2. & 3. pour la résolution du problème proposé.

Lorsque le plan est horisontal (fig. 1.), on a déja vu que la plus grande distance où la bombe peut tomber est égale à la moitié de la force du jet A E, & qu'elle se trouve en tirant le mortier sous l'angle L A M de 45 degrés.

Si le plan A Y (fig. 2.) est incliné au-dessus de l'horison A X, d'une quantité connue Y A X, il faut d'abord trouver l'angle de projection de la plus grande portée L A M, comme on l'a enseigné ci-devant, & chercher ensuite la valeur de la ligne de projection A L.

Pour cet effet, considérez que l'angle N A Y est droit ; qu'ôtant de cet angle les angles connus N A E & L A Y, il restera l'angle E A L : or dans le triangle rectangle A C L, connoissant A C égal à la moitié de la force du jet A E, & un angle C A L, on viendra par la Trigonométrie à la connoissance de A L.

Présentement dans le triangle A M L, on connoîtra le côté A L, l'angle L A M, & A M L égal à M A X, plus l'angle droit A R M ; c'est pourquoi on viendra par la Trigonométrie à la connoissance de la plus grande distance A M, où la bombe peut être portée avec la charge du mortier exprimée par la force du jet A E.

Si le plan est incliné sous l'horison comme A Z (fig. 3.), & qu'on connoisse l'angle d'inclinaison X A Z formé par l'horisontale A X & le plan A Z, on cherchera d'abord, comme dans le cas précédent, l'angle de la projection L A M, de la plus grande portée de la bombe ; on ôtera ensuite de l'angle droit N A Z, l'angle de projection L A Z, il restera l'angle N A L, auquel ajoutant N A C égal à celui de l'inclinaison du plan X A Z, on aura E A L, ou C A L. Alors dans le triangle A C L, connoissant, outre cet angle, le côté C A, égal à la moitié de la force du jet, on viendra à la connoissance de A L.

La ligne de projection A L étant ainsi connue, de même que les angles de la base du triangle L A M, savoir L A M & A M L (ce dernier est égal à A P G, moins P A G), il sera aisé de venir par la Trigonométrie à la connoissance de A M, ou de la plus grande portée de la bombe.

III. La plus grande distance où une bombe puisse aller sur un plan quelconque étant connue, & la force du jet, trouver la distance où elle ira, tirée sous tel angle de direction que l'on voudra, le mortier étant toûjours chargé de la même quantité de poudre, ou, ce qui est la même chose, la force du jet étant toûjours la même.

Lorsque le plan est horisontal, les différentes portées sont entr'elles comme les sinus des angles doubles de l'inclinaison du mortier ; c'est pourquoi l'on trouvera la distance demandée par cette analogie.

Comme le sinus total est au sinus de l'angle double de l'inclinaison du mortier ; ainsi la plus grande distance est à la distance demandée.

Si le plan donné A Y (fig. 5.) est incliné sur l'horison A X, du centre O de l'arc A L N, on tirera le rayon O F : comme l'arc A L F est double de celui de l'inclinaison du mortier, l'angle A O F sera connu ; le rayon A O le sera aussi : car connoissant dans le triangle rectangle O C A, le côté A C égal à la moitié de la force du jet, & l'angle O A C, qui est égal à celui de l'inclinaison du plan Y A X, on viendra aisément à la connoissance de O A. Ainsi dans le triangle A O F, on connoîtra les angles & les côtés O A & O F, qui feront venir à la connoissance de la ligne de projection A F. Dans le triangle A F G, on connoîtra le côté A F ; de plus l'angle d'inclinaison donné F A G, & l'angle A G F égal à A P G, plus P A G ; par conséquent on trouvera par la Trigonométrie la distance demandée A G.

Si le plan A Z est incliné sous l'horison (fig. 6.) il est évident qu'on viendra de la même maniere à la connoissance de sa ligne de projection A F, & ensuite à celle de la distance demandée A G.

IV. La plus grande distance où une bombe puisse aller sur un plan quelconque étant connue, & la force du jet, trouver l'angle de projection ou d'inclinaison du mortier pour la faire tomber à une distance donnée.

Si le plan est horisontal, on fera cette analogie.

Comme la plus grande distance est à la distance donnée ; ainsi le sinus total est au sinus de l'angle double de celui de projection.

Ce sinus étant connu, on cherchera dans les tables de sinus l'angle auquel il appartiendra ; sa moitié sera la valeur de l'angle de projection demandé.

Si le plan est incliné au-dessus ou au-dessous de l'horison comme A Y & A Z (fig. 5. & 6.), il y a plus de difficulté à trouver l'angle dont il s'agit ; voici néanmoins une méthode assez facile pour y parvenir.

Nous supposerons d'abord (fig. 5.) que le plan A Y est élevé sur l'horison A X d'une quantité connue Y A X ; que E A est la force du jet, & l'arc A L E décrit du point O, milieu du diametre A N, renferme toutes les différentes lignes de projection que la charge de poudre de mortier, ou la force du jet peut faire décrire à la bombe. Nous supposerons aussi que A G est la distance donnée. C'est pourquoi si l'on imagine que par G, on a mené G F parallele à A E, qui coupe l'arc A L E en f, & F ; tirant du point A, les lignes de projection A f, & A F, elles donneront l'angle demandé f A G, ou F A G.

Pour venir à la connoissance de cet angle par le calcul, il faut observer que dans le triangle A G F, on connoît le côté donné A G ; de plus l'angle A G F égal à G A P plus G P A ; qu'ainsi si l'on parvient à la connoissance de G F, ou de A F, on pourra connoître par la Trigonométrie, l'angle de projection F A G.

Pour cet effet, soit tiré du centre O de l'arc A L F sur A E, la perpendiculaire O C, qui étant prolongée jusqu'à la rencontre de cet arc en L, le coupera en deux également, ainsi que A E en C, & F f en T.

On aura le triangle rectangle A C O, dans lequel le côté A C qui est égal à la moitié de la force du jet A E sera connu, ainsi que l'angle O A C, égal à celui de l'élévation du plan Y A X, ou G A P ; c'est pourquoi on viendra par la Trigonométrie à la connoissance de O C & de O A, égale à O L.

Présentement si l'on prolonge F G jusqu'à ce qu'elle rencontre l'horisontale A X dans le point P, il sera aisé, dans le triangle rectangle A P G, semblable au triangle A C O, de venir à la connoissance de A P & de P G.

Comme C T est égale à A P, à cause des paralleles A E & F P, O T qui est égal à O C plus C T sera connue ; si l'on ôte O T de O L, il restera T L.

Cette ligne étant connue, on viendra par la propriété du cercle, à la connoissance de F T ou T f, en multipliant O L plus O T par T L, & extraisant la racine quarrée du produit.

Pour déterminer F G ou f G, il faut considérer que C A moins P G est égale à T G ; ajoûtant T F à cette ligne, on a F G, & ôtant T f de cette même ligne A C, il restera f G.

G F ou G f étant connue, on connoît dans le triangle A F G ou A f G deux côtés, l'angle A G F compris par ces côtés ; c'est pourquoi on viendra par la Trigonométrie à la connoissance des angles F A G, A F G.

Lorsque le plan sur lequel la bombe doit tomber, est incliné sous l'horison A X, comme A Z fig. 6. il est clair qu'on déterminera de la même maniere la valeur de l'angle de projection F A G, pour faire tomber la bombe à la distance donnée A G.

Remarques. 1°. Il est évident que, si la distance A P, prise du point A, où l'on suppose la batterie, fig. 5 & 6. jusqu'à la rencontre de la ligne de chûte F G avec l'horisontale A X, est plus grande que C L, le problème est impossible ; car, dans ce cas la ligne de chûte ne toucheroit ni ne rencontreroit l'arc A L E dans aucun point. Et 2°. que si A P se trouve égale à C L, l'angle cherché sera celui de la plus grande portée de la bombe.

2°. On peut, par la résolution des problèmes précédens, calculer des tables pour trouver avec toutes les charges de poudre qu'on peut employer, les distances où les bombes iront tomber, soit que le plan sur lequel on les tire soit horisontal, ou incliné à l'horison, sous tel angle d'inclinaison que l'on voudra, & réciproquement pour trouver les angles d'inclinaison, lorsque les distances où les bombes doivent tomber sont données. M. Bélidor a rempli cet objet dans le Bombardier françois pour les plans horisontaux ; les deux derniers problèmes qu'on vient de résoudre, donnent les moyens de continuer ces tables pour les autres plans.

2°. Il faut observer que, comme il y a deux angles de projection pour chaque amplitude de la bombe, audessus de la plus grande portée, & que le plus grand lui donne plus d'élévation que le petit, on doit se servir du premier lorsque l'objet des bombes est de ruiner des édifices, le second & le plus petit angle doit être employé pour tirer des bombes dans les ouvrages attaqués, & sur des corps de troupes, parce que les bombes ayant alors moins d'élévation, elles s'enfoncent moins dans la terre, ce qui en rend les éclats plus dangereux.

Description & usage de l'instrument universel pour jetter les bombes. Quoique les différens calculs nécessaires pour tirer les bombes avec regle & principes soient fort simples, cependant, comme il peut arriver que tous ceux qui peuvent être chargés de la pratique du jet des bombes, n'en soient pas également capables, on a imaginé différens instrumens pour leur épargner ces calculs ou pour les abréger. On peut voir ces différens instrumens, & la maniere de s'en servir dans l'Art de jetter les bombes par M. Blondel. Nous donnerons seulement ici la construction & l'usage de celui qui peut servir le plus généralement à ce sujet, & qu'on appelle par cette raison l'instrument universel.

C'est un cercle X, fig. 7. assez grand pour être divisé en degrés ; il est d'une matiere solide, comme de cuivre ou de bois. Il a une regle A F tangente à sa circonférence, attachée fixement à l'extrémité de son diametre A B, & de pareille longueur ; elle est divisée dans un grand nombre de parties égales, comme par exemple 200.

On attache à la tangente ou à la regle A F, un filet R P, de maniere qu'on puisse le faire couler le long de A F ; ce filet est tendu par un plomb P, qui tient à son extrémité.

Pour trouver, par le moyen de cet instrument, l'inclinaison qu'il faut donner au mortier pour jetter une bombe à une distance donnée sur un plan horisontal, ou de niveau avec la batterie.

On cherchera d'abord la force du jet, en tirant le mortier avec la charge de poudre dont on veut se servir, sous un angle d'inclinaison pris à volonté.

La force du jet A E, fig. 8. étant trouvée, par exemple de 923, pour connoître l'angle d'inclinaison ou de projection F A G, on fera une regle de trois, dont les deux premiers termes seront la force du jet A E, & le diametre A B de l'instrument universel X, égal à la regle A F, divisée en 200 parties égales ; le troisieme terme de cette regle sera la distance donnée A G, que nous supposerons ici de 250 toises.

Ainsi nommant x le quatrieme terme de cette regle, l'on aura 923. 200 : : 250. x ; faisant l'opération, on trouvera 54 pour la valeur de x, ou du quatrieme terme.

On fera couler le filet R P de l'instrument universel X, fig. 7. & 8. depuis A jusqu'à la 54e. division R de la regle A F ; on mettra ensuite cet instrument dans une situation verticale, & de maniere que la regle A F soit parallele à l'horison. Alors le filet R P coupera l'instrument dans deux points d & D, qui donneront les arcs A d, A D, dont la moitié sera la valeur de l'angle cherché.

Pour le démontrer, il faut imaginer l'instrument universel X, placé immédiatement sous l'horisontale A G, fig. 8, de maniere que le diametre A B soit dans le prolongement de la force du jet A E. On verra alors que les parties A d, A d D du demi-cercle de X sont proportionnelles à A f & A f F de la demi-circonférence A f F E, ou que les triangles A R D, A G F sont semblables, ainsi que A R d, A G f ; d'où il suit que les arcs A d & A d D sont de même nombre de degrés que A f & A f F ; mais f A G & F A G sont les angles de projection pour faire tomber la bombe au point G. Donc, &c.

Remarque. Si le filet R P, au lieu de couper le demi-cercle de l'instrument ne faisoit que le toucher, l'angle de projection cherché seroit de 45 degrés, & la portée donnée seroit la plus grande. Mais s'il tomboit en dehors le problème seroit impossible, c'est-à-dire, que la charge de poudre déterminée, ne seroit pas suffisante pour chasser la bombe à la distance donnée.

Si l'angle d'inclinaison du mortier, ou de la ligne de projection est donné, & qu'on veuille savoir à quelle distance la charge du mortier portera la bombe sur un plan horisontal, supposant cette charge, ou la force du jet, la même que dans le problème précédent.

On fera couler le filet R P le long de la regle A F, fig. 7 & 8. qu'on tiendra dans une situation parallele à l'horison, jusqu'à ce qu'il coupe le demi-cercle de l'instrument dans un point d, qui donne l'arc A d double de l'inclinaison donnée : après cela on comptera exactement le nombre des parties de A F, depuis A jusqu'en R, que nous supposons être le point auquel le filet R P étant parvenu, donne l'arc A d double de l'inclinaison du mortier. Supposant que le nombre des parties de cette regle, depuis A jusqu'en R, soit 54, on fera une regle de trois, dont les deux premiers termes seront toutes les parties de la regle A E, & celle de la force du jet A E. Le troisieme sera A R, supposé de 54 parties ; ainsi l'on aura 200. 923 : : 54. x : faisant cette regle, on trouvera 250 toises pour la distance A G où la bombe ira tomber.

Si le plan sur lequel la bombe doit tomber, est plus élevé ou plus bas que la batterie, on trouvera de même avec l'instrument universel, l'angle d'inclinaison convenable pour la faire tomber à une distance donnée.

Soit le plan A Y, fig. 9. élevé sur l'horison A, & d'une quantité connue Y A M ; le point de ce plan, où l'on veut faire tomber la bombe, soit aussi A G ; la distance donnée, & la force A F décrite de 923 toises, comme dans les problèmes précédens, il s'agit de trouver l'angle d'inclinaison du mortier.

On déterminera d'abord, par la Trigonométrie, l'horisontale A M, on trouvera ensuite le nombre des parties de la regle A F de l'instrument universel, correspondant aux toises de A E, par cette regle de trois.

La partie A R de la regle A F étant connue, on placera le filet R P en R, & l'on fera ensorte qu'il y soit attaché fixement. Cela fait, on mettra l'instrument universel verticalement en A, fig. 10. on le disposera de maniere que le prolongement de la regle A F, donne sur le lieu donné G, où la bombe doit tomber. Alors le filet R P qui pend librement, coupera le demi-cercle de l'instrument dans deux points d & D, qui détermineront les arcs A d, A D, dont la moitié sera la valeur des deux inclinaisons du mortier pour jetter la bombe en G.

On opérera de la même maniere pour trouver ces mêmes angles, si le lieu où la bombe doit tomber, est au-dessus de l'horison.

Remarque. Il est évident que si le filet R P ne faisoit que toucher le demi-cercle A d D B, la distance A G seroit la plus grande où la bombe pourroit aller avec la force du jet donné, ou la charge du mortier ; & que s'il tomboit en dehors, le problème seroit impossible.

Pour démontrer cette opération, il faut, comme on l'a fait dans la précédente, supposer le demi-cercle A F f E N, fig. 9. qui termine toutes les différentes lignes de projection que la bombe peut décrire avec la force du jet A E, & imaginer que le diametre A B de l'instrument universel, est placé dans le prolongement du diametre N A de ce demi-cercle ; alors la regle A F sera dans le prolongement de A G, & l'on verra que le filet R P coupe le demi-cercle de l'instrument, de la même maniere que la ligne de chûte F G coupe A f F E N ; ainsi les angles F A G, R A D sont égaux, de même que f A G, R A D, &c.

Il est aisé d'observer que, comme le point A du diametre A B de l'instrument universel est élevé sur l'horison, la direction A G n'est pas exactement la même, que si ce point étoit immédiatement sur la ligne B M ; mais comme cette élévation est très petite, par rapport à la distance A G, la différence qui en résulte, ne peut être d'aucune considération dans la pratique du jet des bombes, & c'est par cette raison qu'on n'y a nul égard.

Pour ce qui concerne la maniere de pointer le mortier. Voyez MORTIER. Article de M. Le Blond.

JET DE VOILES, JEU DE VOILES (Marine) c'est l'appareil complet de toutes les voiles d'un vaisseau. Un vaisseau bien équipé doit avoir au moins deux jets de voiles, & de la toile pour en faire en cas de besoin.

JET DE FEU, (Artificier) on appelle ainsi certaines fusées fixes, dont les étincelles sont d'un feu clair comme les gouttes d'eau jaillissantes, éclairées le jour par le soleil, ou la nuit par une grande lumiere.

La composition des jets n'est autre chose qu'un mélange de poulverin, & de limaille de fer. Lorsqu'elle est fine, pour les petits jets, on en met le quart du poids de la poudre, & lorsqu'elle est grosse, comme pour les gros jets, dont les étincelles doivent être plus apparentes, on y en met le tiers & même davantage. On peut diminuer cette dose de force, lorsqu'on se propose d'imiter des cascades d'eau, parce qu'alors au lieu de monter, les étincelles doivent tomber, pour imiter la chûte de l'eau.

On fait des jets de toute grandeur, depuis 12 jusqu'à 20 pouces de long, & depuis six lignes jusqu'à 15 de diametre.

JET (Brasserie) c'est une espece de timbale à deux douilles, une au-dedans hachée au-devant, & une autre sur le derriere, à-travers lesquelles on passe un bâton de six à sept piés de long, dont le bout est emmanché dans la douille de devant, & à l'autre bout est un contrepoids de plomb. Cet instrument sert à jetter l'eau, ou les métiers dans les bacs. Voyez l'article BRASSERIE & ses Planches. Voyez aussi l'article JETTER.

JETS (Fonderie) Les Fondeurs appellent ainsi des tuyaux de cire que l'on pose sur une figure, après que la cire a été réparée, & qui étant par la suite enfermés dans le moule de terre, & fondus ainsi que les cires de la figure, par le moyen du feu qu'on fait pour les retirer, laissent dans le moule reposé des canaux qui servent à trois différens usages ; les uns sont les égoûts par lesquels s'écoulent toutes les cires ; les autres sont les jets qui conduisent le métal du fourneau à toutes les parties de l'ouvrage, & les évents qui laissent une issue libre à l'air renfermé dans l'espace qu'occupoient les cires, lequel, sans cette précaution, seroit comprimé par le métal à mesure qu'il descendroit, & pourroit faire fendre le moule, pour se faire une sortie, ou occuper une place où le métal ne pourroit entrer. On fait ces tuyaux creux comme un chalumeau, pour qu'ils soient plus légers, & de grosseur proportionnée à la grandeur de l'ouvrage, & aux parties où ils doivent être posés, & diminuent de grosseur depuis le haut jusqu'au bas. Voyez à l'article BRONZE, la Fonderie des statues équestres ; & dans nos Planches de Fonderie, les figures.

JET, (Fondeurs de caracteres d'Imprimerie) ce sont deux pieces du moule à fondre les caracteres d'Imprimerie, qui forment ensemble une ouverture quarrée, qui va en diminuant depuis son entrée jusqu'à l'autre bout opposé. Ce jet est la premiere chose qui se présente en fondant, & sert pour ainsi dire d'entonnoir pour faire couler la matiere dans le reste du moule, jusqu'à la matrice. Voyez MOULE, Voyez aussi nos Planches.

JET, JETTER, (Jardinage) ; on dit qu'un arbre fait de beaux jets, qu'il jette bien, quand on voit sortir des branches fortes & vigoureuses de sa tige.

On dit encore des melons, qu'ils ont jetté de grands bras.

JET DU BOIS, (Jardinage) c'est la pousse même de l'année qui forme un jet.

JET D'EAU, (Menuiserie) c'est une traverse des bas des dormans aux chassis à verre, qui rejette l'eau lorsqu'il pleut. Voyez les figures de nos Planches.

JET DE MOULE, (à la Monnoye) c'est l'action de verser le métal dans les moules, où l'on a imprimé les planches gravées.

L'or se jette dans les moules avec le creuset, en le prenant avec des happes creuses construites à cet effet. Quant à l'argent & au cuivre on se sert de cuillieres, en puisant dans le creuset le métal en bain que l'on veut mouler.

JET, PICOT, ou RET TRAVERSANT (Pêche) ces mots sont en usage dans le ressort de l'amirauté d'Abbeville, & la sorte de rets qu'ils désignent se tend en-travers de la riviere. Ses mailles ont vingt-une lignes en quarré ; sa chûte, deux brasses & demie à trois brasses, & sa longueur, 30 à 35 brasses. Son pié est garni de plaques de plomb qui le font caler, & sa tête est soutenue de flottes de liége.

Les pêcheurs sur la Somme se servent du jet autrement que ceux qui l'emploient au-de-là de S. Valery, plus avant vers la mer. Les premiers frappent sur une petite ancre le bout de leur filet, qu'ils jettent de leur bateau, au milieu de la riviere. De-là ils le filent jusqu'au bord ; à l'extrémité opposée, au bout de la piece où est frappée l'ancre, ils mettent une grosse pierre ou cabliere à une brasse au plus du rivage ; & comme il ne reste alors pas assez d'eau dans le lit pour faire flotter le filet de toute sa hauteur, il se replie & forme une espece de ventre, ou de follée, ou de poche.

Ils frappent encore & sur la tête du ret amarrée à l'ancre, & sur la cabliere une bouée ou un petit barril ; ils reconnoissent ainsi l'étendue du filet qui bat la riviere, la follée ou poche exposée au courant.

Lorsque le jet est ainsi établi, les pêcheurs au nombre de trois ou quatre dans un bateau, hommes & femmes, voguent avec leurs avirons, à quelques cent brasses au-dessus du filet, vont & viennent, refoulant la marée vers le filet, chantant, faisant le plus de bruit qu'ils peuvent, criant, sifflant, & frappant sur le bord du bateau. D'autres cependant se mettent à l'eau, la battent, l'agitent avec leurs avirons ou de petites perches. Le poisson s'éleve du fond où il est enfoui, suit le courant, & va se jetter dans la follée du filet qu'on releve de tems en tems du côté de la cabliere, par la ligne de la tête & du pié du jet, dont on n'emploie à cette pêche qu'une seule piece. Le poisson pris, on replace le filet, & l'on continue la pêche jusqu'à-ce que la marée montante la fasse cesser.

Les pêcheurs conviennent que leur pêche n'en seroit pas moins bonne, sans le fracas qu'ils font ; il est d'habitude : mais la précaution d'agiter l'eau est nécessaire pour faire sortir le poisson.

Il y a encore un filet du nom de jet, qui differe peu du coleret, sur-tout lorsqu'on le traîne. Sédentaire, il est fixé à des pieux, traversant toute une riviere, une gorge, un bras. Les pêcheurs battent l'eau, & le poisson renfermé dans l'enceinte du fer à cheval que le filet forme, va s'arrêter dans ses mailles qui sont de deux pouces. Il est, comme les autres, plombé par le bas, & garni de flottes de liége par le haut.

JET, chez le Plombier, c'est un petit entonnoir de cuivre, qui est à un des bouts du moule à fondre les tuyaux sans soudure, & par lequel on verse le métal fondu dans le moule. Voyez PLOMBIER. Voyez nos Planches de Plomberie.

JET, (Jurisprudence) sur mer se dit lorsque pour soulager le navire, on est obligé de jetter une partie de sa charge.

On entend aussi quelquefois par ce terme de jet, la contribution que chacun des intéressés au navire doit supporter pour le jet qui a été fait en mer.

Suivant l'ordonnance de la Marine, l. III. tit. 8. si par tempête, ou par chasse d'ennemis ou de pyrates, le maître du navire se croit obligé de jetter en mer une partie de son chargement, il doit prendre l'avis des marchands & principaux de son équipage ; & si les avis sont partagés, celui du maître & de l'équipage doit être suivi.

Les ustensiles du vaisseau, & autres choses les moins nécessaires, les plus pesantes & de moindre prix, doivent être jettées les premieres, & ensuite les marchandises du premier pont ; le tout cependant au choix du capitaine, & par l'avis de l'équipage.

L'écrivain doit tenir registre des choses jettées à la mer. Au premier port où le navire abordera, le maître doit déclarer devant le juge de l'amirauté, s'il y en a, sinon devant le juge ordinaire, la cause pour laquelle il aura fait le jet. Si c'est en pays étranger qu'il aborde, il doit faire sa déclaration devant le consul de la nation françoise. Après l'estimation des marchandises sauvées, & de celles qui ont été jettées, la répartition de la perte se fait sur les unes & sur les autres, & sur la moitié du navire & du fret au marc la livre.

Les munitions de guerre & de bouche, ni les loyers & hardes des matelots ne contribuent point au jet, & néanmoins ce qui en a été jetté est payé par contribution sur tous les autres effets.

On ne peut pas demander de contribution pour le payement des effets qui étoient sur le tillac, s'ils sont jettés ou endommagés par le jet, sauf au propriétaire son recours contre le maître, & néanmoins ils contribuent s'ils sont sauvés.

On ne fait pas non plus de contribution, pour raison du dommage arrivé au bâtiment, s'il n'a été fait exprès pour faciliter le jet.

Si le jet ne sauve pas le navire, il n'y a lieu à aucune contribution, & les marchandises qui peuvent être sauvées du naufrage, ne sont point tenues du payement ni du dédommagement de celles qui ont été jettées ou endommagées.

Mais si le navire ayant été sauvé par le jet, & continuant sa route vient à se perdre, les effets sauvés du naufrage, contribuent au jet sur le pié de leur valeur, en l'état qu'ils se trouvent, déduction faite des frais du sauvement.

L'ordonnance de la Marine contient encore plusieurs autres regles pour la contribution qui se fait à cause du jet. (A)

JET, terme de Fauconnerie, petite entrave que les fauconniers mettent au pié de l'oiseau ; on le nomme autrement l'attache d'envoi ou de réserve.


JETIJEUCUS. m. (Hist. nat. Bot.) plante du Brésil, dont la racine a beaucoup de rapport avec celle du Méchoacan. Sa longueur est celle d'une rave ordinaire. C'est un purgatif : écrasée & mêlée avec du vin, cette racine guérit la fievre. Les Portugais la font aussi confire avec du sucre ; on dit qu'elle a le défaut de donner une grande altération.


JETSCH(Géog.) ville de Tartarie sur les bords du Dnieper, où réside le chef des Cosaques de Zaporow.


JETTÉS. m. (Danse) c'est un pas qui ne fait que partie d'un autre. Voyez COUPE DU MOUVEMENT & TOMBE. Un jetté seul ne peut remplir une mesure ; il en faut faire deux de suite pour faire l'équivalent d'un autre pas. Il se lie aisément avec d'autres. Comme ce n'est que par le plus ou le moins de force du coup de pié que l'on s'éleve, ce pas en dépend pour le faire avec légereté.

Est-il question de le faire en avant ? je suppose que l'on ait le pié gauche devant, & le corps posé dessus, la jambe droite étant prête à partir dans le moment que l'on plie sur la jambe gauche, la droite s'en approche en se relevant ; ce qui se fait par la force du pié gauche, qui en s'étendant vigoureusement, vous rejette sur la droite ; & lorsque vous vous relevez en tombant sur la pointe du pié droit, vous finissez le pas en posant le talon. On en peut faire plusieurs de suite d'un pié comme de l'autre, en observant la même regle.

JETTES EN CHASSE, terme de Danse ; il se dit des pas formés de la maniere qui suit.

Le corps étant posé sur le pié gauche, on plie dessus ; on passe par-devant la jambe droite qui est en l'air en l'étendant ; & lorsque l'on se releve, elle se croise en se jettant dessus à la troisieme position ; ainsi le pié droit tombant devant le gauche, en prend la place, & l'obligeant de se lever derriere, le genou droit se plie aussi-tôt ; en se relevant on se jette sur le gauche, qui tombe derriere à la troisieme position ; on chasse le droit en le faisant lever ; on plie sur le pié gauche, & l'on se rejette sur le droit, comme on a fait au premier pas ; ces trois mouvemens doivent se succéder l'un à l'autre sans aucune interruption ; car dans le moment que l'on plie sur une jambe, son mouvement fait relever l'autre, & en se relevant le corps retombe dessus le pié droit en devant ; & en se rejettant dessus le gauche, le corps tombe sur ce pié. On voit par là l'équilibre qu'il faut observer dans ce pas, & la perfection qui en résulte.

JETTEE, s. f. (Architect. maritim.) digue ou muraille qu'on fait dans la mer à force d'y jetter une grande quantité de quartiers de pierres, pour servir d'entrée, de mole, d'abri, de couverture à un port, & pour le resserrer à son entrée.

Les jettées sont utiles à plusieurs usages ; 1°. à arrêter le gros galet, ou le sable, ou la vase qui pourroit entrer dans le port, & le combler peu-à-peu ; 2°. à haller les vaisseaux, qui en entrant ne peuvent se servir de leurs voiles, à cause des vents contraires ; 3°. à rompre les vagues, & à procurer la tranquillité aux vaisseaux qui sont dans le port ; 4°. souvent aussi à resserrer le lit de la riviere dont l'embouchure forme le port, & à lui ménager une profondeur d'eau suffisante pour tenir les vaisseaux à flot. La tête des jettées est souvent fortifiée d'une batterie de canon, pour protéger & la jettée, & les vaisseaux qui entrent dans le port. (D.J.)

JETTEES, en terme de Fortification, sont des especes de digues, ou larges chaussées qui avancent dans la mer, à l'extrémité desquelles on construit des forts qui défendent l'entrée du port. Voyez l'article CITADELLE.


JETTERverbe, dont jet est le substantif. Voyez l'article JET.

JETTER, (Marine) ce terme s'emploie dans différentes significations par les marins.

Jetter dehors le fond du hunier, c'est pousser dehors la voile du mât de hune.

Jetter du blé ou autres grains à la bande, c'est jetter ou pousser vers un seul côté du vaisseau les grains qui étoient chargés uniment & à plat dans le fond de cale ; ce que l'on ne fait que lorsqu'on y est contraint par la tempête ou quelque autre accident, pour alléger un côté, & faire un contre-balancement.

Jetter l'ancre, c'est laisser tomber l'ancre lorsqu'on est dans une rade pour y arrêter le vaisseau.

Jetter le plomb ou la sonde, c'est laisser tomber la sonde pour connoître la hauteur de l'eau, & s'il y a du fond pour mouiller.

Jetter un vaisseau sur des roches ou à la côte, c'est aller donner exprès contre un rocher ou sur la côte pour s'y échouer ; ce que l'on peut faire lorsqu'on espere par ce moyen sauver l'équipage ou les marchandises, dont on voit la perte certaine sans cela.

Tout pilote qui échoue par ignorance est privé pour toujours des fonctions de son état, & même suivant le cas, condamné au fouet. A l'égard de celui qui auroit méchamment & de dessein prémédité, jetté un navire sur un banc ou à la côte, il est puni de mort, & on attache son cadavre à un mât planté près du lieu du naufrage.

JETTER LES SECONDES, en termes de Brasserie ; c'est après avoir tiré les premiers métiers, jetter de l'eau une seconde fois sur la drège.

JETTER EN SOIE, en terme de Boutonnier ; c'est l'action de couvrir un moule de bouton d'une soie tournée sur la bobine en plusieurs brins. Cette bobine est montée sur un rochet (voyez ROCHET), sur lequel elle est fixe, quoiqu'en levant la bobine sur la partie moins grosse du rochet, l'ouvrier la fasse tourner à mesure qu'il emploie sa soie ; pendant ce jettage, la bobine est fixe pour que l'ouvrier puisse serrer sa soie autour du bouton ; on jette ainsi tous les moules des boutons d'or ou d'argent façonnés, afin d'asseoir les cerceaux ou les autres ornemens. Voyez CERCEAUX. On dit aussi jetter en cerceau, ce qui n'est autre chose que de les poser, de les arrêter avec de la soie ou de l'or, &c.

JETTER, en terme de Cirier, c'est verser la cire sur les meches imprimées, & attachées à un cerceau, ou pour m'exprimer plus clairement, c'est la seconde couche de cire dont on enduit les meches. Voyez IMPRIMER & CERCEAU, & nos Planches.

JETTER LES FIGURES DE PLOMB, (Fonderie) pour les figures que l'on jette en plomb, il faut bien moins de précaution que pour celles de bronze. L'on se contente de remplir les creux avec de la terre bien maniée, que l'on met de telle épaisseur que l'on veut ; puis on remplit tout le moule de plâtre, ou d'un mastic fait avec du tuileau bien pulvérisé, dont on fait l'ame ou noyau.

Lorsque l'ame est achevée, on désassemble toutes les pieces du moule pour en ôter toutes les épaisseurs de terre, & ensuite on remet le moule tout assemblé à l'entour de l'ame ou noyau ; mais ensorte pourtant qu'il en soit éloigné de quatre ou cinq pouces. On remplit cet intervalle de charbon depuis le bas jusqu'en haut. On bouche même les ouvertures qui se trouvent entre les pieces du moule, avec des briques, & mettant le feu au charbon, on l'allume par-tout. Cela sert à cuire l'ame, & à secher le plâtre que les épaisseurs de terre avoient humecté. Quand tout le charbon a été bien allumé, & qu'il s'est éteint de lui-même, on a un soufflet avec lequel on fait sortir toute la cendre qui peut être dans toutes les pieces du moule. On rejoint ces pieces autour de l'ame, comme on l'a dit ci-devant. On attache bien toutes les chapes avec des cordes, & on les couvre encore de plâtre ; ensuite on coule le plomb fondu dans le moule ; ce plomb remplit l'espace qu'occupoit la terre sans qu'il soit nécessaire d'enterrer le moule comme pour le bronze, si ce n'est pour de grandes pieces.

JETTER LE PLOMB SUR TOILE, (Plombier) c'est se servir d'une forme ou moule couvert d'un drap de laine, & doublé par-dessus pour jetter le plomb en lames très-fines. Voyez PLOMBERIE.

Cette maniere de jetter le plomb est défendue aux plombiers par leurs statuts ; cependant il y a de certains ouvrages pour lesquels ces sortes de tables de plomb jetté sur toile sont nécessaires. Voyez l'article PLOMBIER, où on a décrit la maniere de jetter le plomb sur toile.

Les facteurs d'orgue jettent ordinairement sur toile l'étain dont ils font certains tuyaux pour cet instrument de musique. La pratique en est semblable à celle qu'on met en usage pour fondre les tables de plomb. Voyez comme ci-dessus & l'article ORGUE.

JETTER EN SABLE, se dit en termes de Fonderie, de ce qui est jetté dans de petits moules faits de sable ou de poudre d'ardoise, de piés de mouton, d'os de seche, de cendres & autres choses semblables ; & on appelle pistole sablée, celle qu'on a moulée & jettée en sable, & qui n'a point été faite au moulin ni au marteau. Voyez les fig. du Fondeur en sable.

Jetter, on dit en Peinture & en Sculpture, jetter les draperies, pour en disposer les plis de façon qu'ils annoncent sans équivoque les objets qu'ils couvrent. Ces draperies sont bien jettées ; ce peintre jette bien une draperie. Ce mot de jetter, dit M. de Pile, est d'autant plus expressif, que les draperies ne doivent point être arrangées comme les habits dont on se sert dans le monde ; mais il faut que suivant le caractere de la pure nature, éloignée de toute affectation, les plis se trouvent comme par hazard, autour des membres.

JETTER SUR LA PIECE, terme de Potier d'étain : c'est jetter une anse en moule sur un pot à vin ou à l'eau, ou autre piece à qui il faut en joindre une autre ; cela se fait par le moyen d'un moule en cuivre composé de plusieurs morceaux qui s'ajustent les uns aux autres ; les moules sont percés aux endroits où l'anse doit s'attacher à la piece. Voyez la forme d'un moule d'anse & ses différens morceaux aux figures du métier.

Pour jetter sur la piece, on remplit les pots de sable ou de son, excepté la gorge ; on le foule & on l'arrête avec un linge ou papier, ensuite on met à la bouche du pot en-dedans, le linge dans lequel il y a du sable mouillé qu'on nomme drapeau à sable, puis on prend le moule d'anse dont les pieces sont jointes ensemble, & tenues par une ou deux serres de fer ; on pose le moule sur la piece qu'on tient devant soi sur les genoux ; ensuite on prend de l'étain fondu & chaud dans une cuillere qui est sur le fourneau avec une autre cuillere plus petite ; on jette de l'étain dans le moule qui se soude de lui-même à la piece, entrefondant l'endroit où il touche, après quoi on le dépouille piece à piece, & on continue de même jusqu'à-ce que tout soit jetté.

Quand on n'a pas des moules convenables aux grandeurs des pieces, on a des moules séparés dont on rapporte les anses ou autres choses qu'on veut faire tenir pour finir un ouvrage, & cela s'appelle mouler (voyez MOULER LES ANSES), ou on les joint par le moyen de la soudure légere. Voyez SOUDER A LA SOUDURE LEGERE.

JETTER SUR LE PIE, chez les Vergettiers, c'est rouler en prenant sous le pié le chiendent pour le dépouiller de son écorce, & le rendre propre à être employé à toutes sortes d'ouvrages.

JETTER, terme de Fauconnerie : on dit jetter un oiseau du poing, ou le donner du poing après la proie qui suit. Jetter sa tête, c'est mettre bas en parlant du cerf.


JETTONS. m. (Littérat. anc. & mod.) j'appelle de ce nom tout ce qui servoit chez les anciens à faire des calculs sans écriture, comme petites pierres, noyaux, coquillages, & autres choses de ce genre.

L'on a donné dans le recueil de l'acad. des Belles-Lettres, l'extrait d'un mémoire instructif dont je vais profiter, sur l'origine & l'usage des jettons. Ils sont peut-être aussi anciens que l'Arithmétique même, pourvû qu'on ne les prenne pas pour ces pieces de métal fabriquées en guise de monnoie, qui sont aujourd'hui si communes. De petites pierres, des coquillages, des noyaux, suffisoient au calcul journalier de gens qui méprisoient ou qui ne connoissoient pas l'or & l'argent. C'est ainsi qu'en usent encore aujourd'hui la plûpart des nations sauvages ; & la maniere de se servir de ces coquillages ou de ces petites pierres, est au fond trop simple & trop naturelle pour n'être pas de la premiere antiquité.

Les Egyptiens, ces grands maîtres des arts & des sciences, employoient cette sorte de calcul pour soulager leur mémoire. Hérodote nous dit, qu'outre la maniere de compter avec des caracteres, ils se servoient aussi de petites pierres d'une même couleur, comme faisoient les Grecs ; avec cette différence que ceux-ci plaçoient & leurs jettons & leurs chiffres, de la gauche à la droite, & ceux-là de la droite à la gauche. Chez les Grecs, ces petites pierres qui étoient plates, polies & arrondies, s'appelloient ; & l'art de s'en servir dans les calculs, . Ils avoient encore l'usage de l', en latin abacus. Voyez ABAQUE.

Ces petites pierres que je dis avoir été nommées par les Grecs, furent appellées calculi par les Romains. Ce qui porte à croire que ceux-ci s'en servirent long-tems, c'est que le mot lapillus est quelquefois synonyme à celui de calculus.

Lorsque le luxe s'introduisit à Rome, on commença à employer des jettons d'ivoire ; c'est pourquoi Juvenal dit sat. xj. v. 131.

Adeò nulla uncia nobis

Est eboris nec Tessalae, nec calculus ex hâc

Materiâ

Il est vrai qu'il ne reste aujourd'hui dans les cabinets des curieux, aucune piece qu'on puisse soupçonner d'avoir servi de jettons ; mais cent expressions qui tenoient lieu de proverbes, prouvent que chez les Romains, la maniere de compter avec des jettons étoit très ordinaire : de-là ces mots ponere calculos, pour désigner une suite de raisons ; hic calculus accedat, pour signifier une nouvelle preuve ajoutée à plusieurs autres ; calculum detrahere, lorsqu'il s'agissoit de la suppression de quelques articles ; voluptatum calculos subducere, calculer, considérer par déduction la valeur des voluptés ; & mille autres qui faisoient allusion à l'addition ou à la soustraction des jettons dans les comptes.

C'étoit la premiere Arithmétique qu'on apprenoit aux enfans, de quelque condition qu'ils fussent. Capitolin parlant de la jeunesse de Pertinax, dit, puer calculo imbutus. Tertullien appelle ceux qui apprenoient cet art aux enfans, primi numerorum arenarii ; les Jurisconsultes les nommoient calculones, lorsqu'ils étoient ou esclaves, ou nouvellement affranchis ; & lorsqu'ils étoient d'une condition plus relevée, on leur donnoit le nom de calculatores ou numerarii. Ordinairement il y avoit un de ces maîtres pour chaque maison considérable, & le titre de sa charge étoit a calculis, a rationibus.

On se servoit de ces sortes de jettons faits avec de petites pierres blanches ou noires, soit pour les scrutins, soit pour spécifier les jours heureux ou malheureux. De-là vient ces phrases, signare, notare aliquid albo nigrove lapillo, seu calculo, calculum album adjicere errori alterius, approuver l'erreur d'une personne.

Mais les jettons, outre la couleur, avoient d'autres marques de valeur, comme des caracteres ou des chiffres peints, imprimés, gravés ; tels étoient ceux dont la pratique avoit été établie par les loix pour la liberté des suffrages, dans les assemblées du peuple & du sénat. Ces mêmes jettons servoient aussi dans les calculs, puisque l'expression omnium calculis, pour désigner l'unanimité des suffrages, est tirée du premier emploi de ces sortes de jettons, dont la matiere étoit de bois mince, poli, & frotté de cire de la même couleur, comme Cicéron nous l'apprend.

On en voit la forme dans quelques médailles de la famille Cassia ; & la maniere dont on les jettoit dans les urnes pour le scrutin, est exprimée dans celles de la famille Licinia. Les lettres gravées sur ces jettons, étoient V. R. uti rogas, & A. antiquo. Les premieres marquoient l'approbation de la loi, & la derniere signifioit qu'on la rejettoit. Enfin, les juges qui devoient opiner dans les causes capitales, en avoient de marqués à la lettre A pour l'absolution, absolvo ; à la lettre C. pour la condamnation, condemno ; & à celles-ci N. L. non liquet, pour un plus amplement informé.

Il y avoit encore une autre espece de bulletins, qu'on peut ranger au nombre des jettons. C'étoient ceux dont on se servoit dans les jeux publics, & par lesquels on décidoit du rang auquel les athletes devoient combattre. Si par exemple ils étoient vingt, on jettoit dans une urne d'argent vingt de ces pieces, dont chaque dixaine étoit marquée de numéros depuis 1 jusqu'à 10 ; chacun de ceux qui tiroient étoit obligé de combattre contre celui qui avoit le même numéro. Ces derniers jettons étoient nommés calculi athletici.

Si nous passons maintenant aux véritables jettons, ainsi nommés proprement dans notre langue, lesquels sont d'or, d'argent, ou de quelqu'autre métal, c'est je crois en France que nous en trouverons l'origine, encore n'y remonte-t-elle pas au-delà du xiv. siecle. On n'oseroit en fixer l'époque au regne de Charles VII. quoique ce soit le nom de ce prince avec les armes de France qui se voit sur le plus ancien jetton d'argent du cabinet du roi.

Les noms qu'on leur donna d'abord, & qu'ils portent sur une de leurs faces, sont ceux de gettoirs, jettouers, getteurs, giets, gets, & giétons, & depuis plus d'un siecle & demi, celui de jettons. Or il paroît que tous ces noms, ou pour parler plus juste, ce nom, varié seulement par les changemens arrivés dans la langue & dans l'orthographe, devoit son étymologie à l'action de compter, ou de jetter, à jactu, comme le pense Ménage.

Les jettons les plus anciens de cette derniere espece, que Saumaise a latinisé en les nommant jacti, ou jaclones, n'offroient dans leurs inscriptions que le sujet pour lequel ils avoient été faits, savoir pour les comptes, pour les finances. On lit sur quelques-uns de ceux qui ont été frappés sous le regne de Charles VIII, entendez bien & loyaument aux comptes ; sous Anne de Bretagne, gardez-vous de mès-compter ; sous Louis XII, calculi ad numerandum reg. jussu Lud. XII ; & sous quelques rois suivans, qui bien jettera, son compte trouvera.

L'usage des jettons pour calculer étoit si fort établi, que nos rois en faisoient fabriquer des bourses pour être distribuées aux officiers de leur maison qui étoient chargés des états des comptes, & aux personnes qui avoient le maniement des deniers publics.

La nature de ces comptes s'exprimoit ainsi dans les légendes ; pour l'écurie de la royne, sous Anne de Bretagne ; pour l'extraordinaire de la guerre, sous François I ; pro pluteo domini Delphini, sous François II. Quelquefois ces légendes portoient le nom des cours à l'usage desquelles ces jettons étoient destinés : pour les gens des comptes de Bretagne, gettoirs aux gens de finances ; pro camerâ computorum Bressiae. Quelquefois enfin, on y lit le nom des officiers même à qui on les destinoit. Ainsi nous en avons sur lesquels se trouvent ceux de Raoul de Refuge, maître des comptes de Charles VII ; de Jean de Saint-Amadour, maître d'hôtel de Louis XII ; de Thomas Boyer, général des finances sous Charles VIII ; de Jean Testu, conseiller & argentier de François I ; & d'Antoine de Corbie, contrôleur sous Henri II.

Les villes, les compagnies & les seigneurs en firent aussi fabriquer à leur nom, & à l'usage de leurs officiers. Les jettons se multiplierent par ce moyen, & leur usage devint si nécessaire pour faire toutes sortes de comptes, qu'il n'y a guere plus d'un siecle qu'on employoit encore dans la dot d'une fille à marier, la science qu'elle avoit dans cette sorte de calcul.

Les états voisins de la France goûterent bientôt la fabrique des jettons de métal ; il en parut peu de tems après en Lorraine, dans les pays-bas, en Allemagne, & ailleurs, avec des légendes françoises, pour les gens des comptes de Bar, de Bruxelles, &c.

Dans le dernier siecle, on s'est appliqué à les perfectionner, & finalement on en a tourné l'usage à marquer les comptes du jeu. On y a mis au revers du portrait du prince, des devises de toutes especes. Les rois de France en reçoivent d'or pour leurs étrennes ; on en donne dans ce royaume aux cours supérieures & à différentes personnes qualifiées par leur naissance ou par leurs charges. Enfin le monarque en gratifie les gens de lettres dans les académies, dont il est le protecteur.

Voilà l'histoire complete des jettons, depuis que de petites pierres employées aux calculs, ils se sont métamorphosés en pieces d'or ou d'argent, de même forme que la monnoie courante ; mais de quelque nature qu'ils soient, ils peuvent également servir aux mêmes usages ; sur quoi Charron dit avec esprit, que les rois font de leurs sujets comme des jettons, & les font valoir ce qu'ils veulent, selon l'endroit où ils les placent. (D.J.)

JETTON, est un petit instrument de cuivre ou de fer mince, à l'usage des Fondeurs de caracteres d'Imprimerie, & fait partie d'un autre instrument aussi de fer ou de cuivre, appellé justification. L'un & l'autre servent à s'assurer si les lettres sont bien en ligne, c'est-à-dire de niveau les unes avec les autres, en posant le jetton horisontalement sur l'oeil des lettres ; le jetton qui a un de ses côtés bien dressé & bien droit en forme de regle, se pose aussi perpendiculairement sur plusieurs lettres qui sont dans la justification. Si ce jetton touche également toutes ces lettres, c'est une marque qu'elles sont égales en hauteur, & bien par conséquent. Le contraire se fait sentir lorsque ce jetton pose sur les unes & non sur les autres ; on s'assure également de la justesse du corps avec le même instrument. Voyez JUSTIFICATION, Planche & figures.

JETTONS, REJETTONS, (Jard.) Voyez TAILLES.


JETTONNIERSS. m. pl. (Hist. littér.) ceux qui assistent régulierement à l'académie françoise, & entre lesquels les jettons destinés aux absens se partagent. Les jettonniers sont les travailleurs de cette société littéraire, & ceux qui l'honorent.


JETZE(Géog.) riviere d'Allemagne dans la vieille marche de Brandebourg, & qui se jette dans l'Elbe au duché de Lunebourg.


JEUS. m. (Droit naturel & Morale) espece de convention fort en usage, dans laquelle l'habileté, le hasard pur, ou le hasard mêlé d'habileté, selon la diversité des jeux, décide de la perte ou du gain, stipulés par cette convention, entre deux ou plusieurs personnes.

On peut dire que dans les jeux, qui passent pour être de pur esprit, d'adresse, ou d'habileté, le hasard même y entre, en ce qu'on ne connoît pas toûjours les forces de celui contre lequel on joue, qu'il survient quelquefois des cas imprévûs, & qu'enfin l'esprit ou le corps ne se trouvent pas toûjours également bien disposés, & ne font pas toûjours leurs fonctions avec la même vigueur.

Quoi qu'il en soit, l'amour du jeu est le fruit de l'amour du plaisir, qui se varie à l'infini. De toute antiquité, les hommes ont cherché à s'amuser, à se délasser, à se récréer, par toutes sortes de jeux, suivant leur génie & leurs tempéramens. Long-tems avant les Lydiens, avant le siege de Troye & durant ce siege, les Grecs, pour en tromper la longueur, & pour adoucir leurs fatigues, s'occupoient à différens jeux, qui du camp passerent dans les villes, à l'ombre du loisir & du repos.

Les Lacédémoniens furent les seuls qui bannirent entiérement le jeu de leur république. On raconte que Chilon, un de leurs citoyens, ayant été envoyé pour conclure un traité d'alliance avec les Corinthiens, il fut tellement indigné de trouver les magistrats, les femmes, les vieux & les jeunes capitaines tous occupés au jeu, qu'il s'en retourna promtement, en leur disant que ce seroit ternir la gloire de Lacédémone, qui venoit de fonder Byzance, que de s'allier avec un peuple de joueurs.

Il ne faut pas s'étonner de voir les Corinthiens passionnés d'un plaisir qui communément regne dans les états, à proportion de l'oisiveté, du luxe & des richesses. Ce fut pour arrêter, en quelque maniere, la même fureur, que les lois romaines ne permirent de jouer que jusqu'à une certaine somme ; mais ces lois n'eurent point d'exécution, puisque parmi les excès que Juvenal reproche aux Romains, celui de mettre tout son bien au hasard du jeu est marqué précisément dans sa premiere satyre, vers 88.

.... Alea quando

Hos animos ? Neque enim loculis comitantibus

Ad casum tabulae, posita sed luditur arca.

" La phrénésie des jeux de hasard a-t-elle jamais été plus grande ? Car ne vous figurez pas qu'on se contente de risquer, dans ces académies de jeux, ce qu'on a par occasion d'argent sur soi ; on y fait porter exprès des cassettes pleines d'or, pour les jouer en un coup de dé "

Ce qui paroît plus singulier, c'est que les Germains mêmes goûterent si fortement les jeux de hasard, qu'après avoir joué tout leur bien, dit Tacite, ils finissoient par se jouer eux-mêmes, & risquoient de perdre, novissimo jactu, pour me servir de son expression, leur personne & leur liberté. Si nous regardons aujourd'hui les dettes du jeu comme les plus sacrées de toutes, c'est peut-être un héritage qui nous vient de l'ancienne exactitude des Germains à remplir ces sortes d'engagemens.

Tant de personnes de tout pays ont mis & mettent sans-cesse une partie considérable de leur bien à la merci des cartes & des dés, sans en ignorer les mauvaises suites, qu'on ne peut s'empêcher de rechercher les causes d'un attrait si puissant.

Un joueur habile, dit l'abbé du Bos, pourroit faire tous les jours un gain certain, en ne risquant son argent qu'aux jeux où le succès dépend encore plus de l'habileté des tenans que du hasard des cartes & des dés ; cependant il préfére souvent les jeux où le gain dépend entierement du caprice des dés & des cartes, & dans lesquels son talent ne lui donne point de supériorité sur les joueurs. La raison principale d'une prédilection tellement opposée à ses intérêts, procéde de l'avarice, ou de l'espoir d'augmenter promtement sa fortune.

Outre cette raison, les jeux qui laissent une grande part dans l'événement à l'habileté du joueur, exigent une contention d'esprit trop suivie, & ne tiennent pas l'ame dans une émotion continuelle, ainsi que le font le passe-dix, le lansquenet, la bassette, & les autres jeux où les événemens dépendent entierement du hasard. A ces derniers jeux, tous les coups sont décisifs, & chaque événement fait perdre ou gagner quelque chose ; ils tiennent donc l'ame dans une espece d'agitation, de mouvement, d'extase, & ils l'y tiennent encore sans qu'il soit besoin qu'elle contribue à son plaisir par une attention sérieuse, dont notre paresse naturelle est ravie de se dispenser.

M. de Montesquieu confirme tout cela par quelques courtes réflexions sur cette matiere. " Le jeu nous plait en général, dit-il, parce qu'il attache notre avarice, c'est-à-dire, l'espérance d'avoir plus. Il flatte notre vanité, par l'idée de la préférence que la fortune nous donne, & de l'attention que les autres ont sur notre bonheur. Il satisfait notre curiosité, en nous procurant un spectacle. Enfin, il nous donne les différens plaisirs de la surprise. Les jeux de hasard nous intéressent particulierement, parce qu'ils nous présentent sans cesse des événemens nouveaux, promts & inattendus. Les jeux de société nous plaisent encore, parce qu'ils sont une suite d'événemens imprévûs qui ont pour cause l'adresse jointe au hasard ".

Aussi le jeu n'est-il regardé dans la société que comme un amusement, & je lui laisse cette appellation favorable, de peur qu'une autre plus exacte ne fît rougir trop de monde. S'il y a même tant de gens sages qui jouent volontiers, c'est qu'ils ne voyent point quels sont les égaremens cachés du jeu, ses violences & ses dissipations. Ce n'est pas que je prétende que les jeux mixtes, ni même les jeux de hasard ayent rien d'injuste, à en juger par le seul droit naturel ; car outre que l'on s'engage au jeu de plein gré, chaque joueur expose son argent à un péril égal ; chacun aussi, comme nous le supposons, joue son propre bien, dont il peut par conséquent disposer. Les jeux, & autres contrats où il entre du hasard, sont légitimes dès que ce qu'on risque de perdre de part & d'autre, est égal ; & dès que le danger de perdre, & l'espérance de gagner, ont de part & d'autre une juste proportion avec la chose que l'on joue.

Cependant, cet amusement se tient rarement dans les bornes que son nom promet ; sans parler du tems précieux qu'il nous fait perdre, & qu'on pourroit mieux employer, il se change en habitude puérile, s'il ne tourne pas en passion funeste par l'amorce du gain. On connoit à ce sujet les vers si délicats & si pleins de vérité de Mde. Deshoulieres :

Le desir de gagner, qui nuit & jour occupe,

Est un dangereux aiguillon :

Souvent quoique l'esprit, quoique le coeur soit bon,

On commence par être dupe,

On finit par être fripon.

C'est en vain qu'on sait que les personnes ruinées par le jeu, passent en nombre les gens robustes que les médecins ont rendu infirmes ; on se flate qu'on sera du petit nombre de ceux que ses bienfaits ont favorisé depuis l'origine du monde.

Mais comme le souverain doit porter son attention à empêcher la ruine des citoyens dans toutes sortes de contrats, c'est à lui qu'il appartient de régler celui-ci, & de voir jusqu'où l'intérêt de l'état & des particuliers exige qu'il défende le jeu, ou souffre qu'il le permette en général. Les lois des gouvernemens sages ne sauroient trop sévir contre les académies de Philocubes (pour me servir du terme d'Aristénete) & celles de tous les jeux de hasard disproportionnés.

M. Barbeyrac a publié un traité des jeux, à Amsterdam en 1709. in-12. où cette matiere, envisagée selon les principes de Morale & de Droit naturel, est traitée à fond avec autant de lumieres que de jugement : j'y renvoie les lecteurs curieux. (D.J.)

Le jeu occupe & flate l'esprit par un usage facile de ses facultés ; il amuse par l'espérance du gain. Pour l'aimer avec passion, il faut être avare ou accablé d'ennui ; il n'y a que peu d'hommes qui ayent une aversion sincere pour le jeu. La bonne compagnie prétend que sa conversation, sans le secours du jeu, empêche de sentir le poids du desoeuvrement : on ne joue pas assez.

JEU DE LA NATURE. (Anat. Physiol.) On entend par jeu de la nature dans le corps humain, une conformation de quelques-unes, ou de plusieurs de ses parties solides, différentes de celle qui est appellée naturelle, parce qu'elle se présente ordinairement.

Si l'on ouvroit plus de cadavres, dit M. de Fontenelle, les singularités des jeux de la nature deviendroient plus communes, les différentes structures mieux connues, & par conséquent les hypothèses plus rares. Peut-être encore qu'avec le tems, on pourroit, par toutes les conformations particulieres, tirer des éclaircissemens sur la conformation générale.

Je n'examinerai point si toutes ces conséquences sont également justes ; c'est assez de remarquer qu'on peut rassembler un nombre très-considérable d'observations qui constatent les jeux de la nature à plusieurs égards, & qui sont en même tems fort singuliers. J'avois moi-même formé sur ce sujet un grand recueil, que je regrette, & qui a péri dans un naufrage. Je desire que quelqu'un plus heureux travaille un plan de cette espece, en réunissant avec choix les faits épars sur cette matiere, & sur-tout en accompagnant son ouvrage de réflexions physiologiques, dans le goût de celles que M. Hunaud nous a données sur les jeux du crâne. Ce travail ainsi digéré, répandroit, je pense, des lumieres intéressantes sur l'économie animale. Au pis aller, un tel répertoire contiendroit quantité de faits curieux ; le lecteur en jugera par un petit nombre d'exemples, qui m'ont paru dignes de lui être communiqués, & dont j'ai conservé le souvenir.

Premier exemple. Jeux variés de la nature dans un même sujet. Non-seulement l'on a découvert par l'Anatomie des jeux de la nature dans diverses personnes, sur quelques parties du corps humain en particulier ; mais il se rencontre quelquefois dans un même sujet plusieurs conformations différentes du cours ordinaire. Morgagni en a vû de pareilles dans trois ou quatre cadavres qu'il disséquoit en 1740.

Savoir, 1°. six vertebres lombaires dans un sujet qui avoit vingt-six côtes, dont la premiere soûtenoit les petites côtes surnuméraires, & la derniere étoit continuée à la premiere de l'os sacrum. 2°. Il a trouvé dans un autre sujet la veine iliaque droite revenant à son origine, après avoir fait quelque chemin au-dessous du tronc de la veine-cave, & formant une espece d'île. 3°. Dans une femme de 39 ans, il a vû quatre valvules, au lieu de trois, à l'orifice de l'artere pulmonaire. Comme les autres variétés qu'il trouva dans les mêmes sujets, portoient sur des ramifications de vaisseaux, sur des vertebres doubles, sur des os, &c. nous n'en parlerons pas.

Second exemple de semblables jeux. M. Poupart, faisant la dissection d'une fille âgée de sept ans, trouva qu'elle n'avoit du côté gauche, ni artere, ni veine émulgente, ni rein, ni uretere, ni artere ni veine spermatiques ; il ne vit même nulle apparence qu'aucune de ces parties eût jamais existé, & se fût flétrie ou détruite par quelque indisposition. Le rein & l'uretere du côté droit étoient seulement plus gros qu'ils ne sont naturellement, parce que chacun d'eux étoit seul à faire une fonction qui auroit dû être partagée. Hist. de l'acad. ann. 1700, p. 35.

Troisieme exemple. Jeux de la nature tant intérieurement qu'extérieurement. Voici un troisieme exemple de jeux de la nature, tant en-dedans qu'en-dehors, dans une petite fille qui vêcut peu de jours, & qui fut disséquée soigneusement par Saviard & Duverney.

Les mains de cette fille étoient extérieurement semblables aux mitaines que l'on met pendant l'hiver aux petits enfans, fort unies au-dehors ; elles avoient en dedans plusieurs replis à l'ordinaire ; il n'y avoit point de doigts à leurs extrémités, mais elles étoient terminées par un gros bourrelet ; les piés étoient comme les mains sans orteils, & terminés de la même maniere.

L'on remarquoit à l'extrémité de chaque os du métacarpe & du métatarse un petit allongement qui sembloit être disposé à former la phalange d'un doigt ou d'un orteil.

Quant aux vaisseaux ombilicaux, il n'y avoit qu'une seule artere, au lieu de deux, qui sont pour l'ordinaire des branches de l'iliaque ou de l'hypogastrique ; & cette artere étoit formée du tronc de l'artere, qui auroit dû produire l'iliaque gauche.

Les capsules rénales étoient trois fois plus grosses qu'elles ne le sont naturellement, & leurs vaisseaux étoient à l'ordinaire.

Il n'y avoit dans la région lombaire, tant au côté droit qu'au côté gauche, ni rein, ni vaisseaux émulgens, ni ureteres ; mais en poursuivant la dissection jusqu'à une tumeur qui s'élevoit sur l'os sacrum, à l'endroit où il commence sa courbure pour former le bassin de l'hypogastre, & ayant ouvert la membrane qui enveloppoit cette éminence, on apperçut les deux reins. Ils étoient distans l'un de l'autre de deux lignes ou environ, & cependant liés ensemble par le moyen d'un petit uretere, qui sortant du rein droit, alloit se décharger dans un canal commun qui recevoit pareillement un autre petit uretere sortant du canal gauche ; ce canal commun se portoit dans une poche commune.

Le souffle introduit dans cette poche donna lieu d'observer deux petites matrices, qui avoient chacune une veine & une artere spermatiques, lesquelles se distribuoient de leur côté à un petit testicule attaché au ligament large.

Ces deux petites matrices avoient chacune leurs ligamens larges & ronds, leurs trompes, leurs franges ou pavillons, leurs vaisseaux déférens, & leur vagin fort court ; cependant le droit un peu plus long que le gauche, tomboit un peu plus bas dans la poche commune ; & le petit vagin gauche étoit percé pour recevoir le canal commun de l'uretere, qui déchargeoit la sérosité séparée par les reins dans cette poche, laquelle n'étoit, à vrai dire, que la fin du boyau droit un peu dilaté.

Il est probable, par la description de ces organes, que si cet enfant eût vêcu jusqu'à l'âge des adultes, il eût été incapable de génération, par le mélange qu'il y auroit eu de la semence avec les excrémens, tant stercoraux qu'urinaires, outre que l'urine & les matieres stercorales seroient sorties involontairement. Saviard, observ. 94.

Quatrieme exemple de jeux de la nature dans la transposition des visceres d'un enfant. J'ai lû les observations de deux ou trois exemples bien singuliers en ce genre. Je commencerai par citer le fait communiqué en 1742 à l'académie royale des Sciences, par M. Sué, parce que ce fait exclut tout sujet de doute. L'enfant, dont il s'agit, est dans le cabinet du Roi, n°. 350. M. Daubenton en a donné la description & la figure dans l'histoire de ce cabinet, tab. iij. pag. 204. Planche VIII.

La poitrine & le bas-ventre de cet enfant, ainsi que les visceres qui y étoient renfermés, paroissent à découvert ; on voit clairement leur transposition. Voici comme ils sont situés.

La pointe du coeur est tournée à droite, & la base est inclinée à gauche. Les troncs des gros vaisseaux sont transposés d'un côté à l'autre ; ainsi la courbure de l'aorte est dirigée du côté droit, l'oesophage est placé du côté droit, la bifurcation de la trachée-artere se trouve au côté gauche de l'aorte, & le poumon a trois lobes de ce même côté.

Le foie est à l'endroit où devroit être la rate, qui est placée du côté droit ; l'orifice supérieur de l'estomac est à droite, & le pylore à gauche. La direction du canal intestinal étoit en sens contraire, à celui de l'état ordinaire. Le pancréas est placé sous la rate, & son conduit est dirigé du côté gauche, pour entrer dans le duodenum avec le canal cholidoque. Il n'avoit que le rein gauche, & il étoit plus gros qu'il ne devoit être. Les capsules atrabilaires étoient à leur place.

Les vaisseaux étoient transposés comme les visceres, & le canal thorachique s'ouvroit dans la soûclaviere du côté droit. La veine ombilicale étoit dirigée du côté gauche, pour arriver dans la scissure du foie.

L'enfant est mort cinq jours après sa naissance ; mais faut-il en attribuer la cause au dérangement de ses parties, qui étoient d'ailleurs très-bien conformées ? C'est ce dont il est permis de douter, d'autant mieux que nous avons l'exemple d'un soldat qui a vecu 70 ans, quoiqu'il eût un déplacement général de toutes les parties contenues dans la poitrine & dans le bas-ventre. On n'a connu cette singularité de déplacement de parties que par l'ouverture de son cadavre.

Cinquieme exemple de pareils jeux dans un vieillard. Le soldat dont il s'agit, étant mort âgé de 70 ans, le 23 Octobre 1688, à l'hôtel des Invalides, M. Morand fit l'ouverture de son cadavre en présence de MM. du Parc, Saviard, & autres chirurgiens.

Après avoir levé les tégumens communs, & découvert la duplicature du péritoine, on y trouva la veine ombilicale couchée au long de la ligne blanche, laquelle, au lieu de se détourner ensuite du côté droit pour entrer dans la scissure du foie, se trouvoit effectivement placée, ainsi que la rate, au côté droit, contre l'ordre naturel.

Le grand lobe du foie occupoit entierement l'hypochondre gauche, & la scissure regardoit le derriere du cartilage xiphoïde. Son petit lobe occupoit une partie de la région épigastrique, & déclinoit vers l'hypochondre droit.

On remarqua dans la poitrine, que l'oesophage y entroit par le côté droit, & passoit au-devant de l'uretere ; puis descendant & se glissant du même côté droit, y perçoit le diaphragme, & après l'avoir traversé, se glissoit entre le foie & la rate pour entrer dans le bas-ventre.

Le fond de l'estomac, suivant la même route, étoit situé du côté droit, entre le foie & la rate ; le pylore & l'intestin duodenum se trouvoient au-dessous du foie ; & ce boyau passant par-dessous la veine & l'artere mésentérique supérieure, puis faisant sa courbure, se glissoit du côté droit vers la partie lombaire, & formoit le jejunum.

Tous les intestins grêles avoient aussi changé de situation ; le coecum & le commencement du colon étoient placés dans l'île gauche, & le contour de ce dernier boyau passoit à l'ordinaire, mais de gauche à droite, sous l'extrémité du foie, du ventricule & de la rate, & descendoit ensuite dans la region iliaque droite, pour produire le rectum.

La même transposition s'étoit faite aux reins & aux parties génitales : car le rein droit se trouvant au côté gauche, & le gauche étant au côté droit, l'on voyoit la veine spermatique droite sortir de l'émulgente, & la veine spermatique gauche sortir du tronc de la cave contre l'ordre naturel.

De plus, le rein du côté droit étoit plus élevé que celui du côté gauche, & deux ureteres sortoient du rein droit, l'un du bassinet à l'ordinaire, & l'autre de sa partie inférieure.

Les capsules atrabilaires avoient aussi passé d'un côté à l'autre, ce qu'on reconnut par les veines, la capsule gauche recevant la sienne du tronc de la cave, & la droite de l'émulgente.

Le coeur lui-même prenoit part à ce changement ; sa base étoit située au milieu de la poitrine, mais sa pointe inclinoit du côté droit contre son ordinaire, qui est de se porter du côté gauche. De cette façon, le ventricule droit du coeur regardoit le côté gauche de la poitrine, & la veine-cave qui en sortoit du même côté, produisoit deux troncs à l'ordinaire ; l'inférieur perçoit le diaphragme au côté gauche du corps des vertebres, & l'artere du poumon sortoit de ce même ventricule, se glissant du côté droit, & là se partageoit en deux branches à l'ordinaire.

Le tronc de l'aorte sortant du ventricule gauche, & se trouvant placé au côté droit de la poitrine, se courboit du même côté contre la coûtume ; après quoi, perçant le diaphragme au côté droit, & descendant jusqu'à l'os sacrum, il occupoit toûjours le côté droit du corps des vertebres.

La veine du poûmon sortant du même ventricule, se courboit aussi un peu du côté droit.

Enfin, la veine azygos se trouvoit au côté droit du corps des vertebres, ensorte que la distribution des vaisseaux souffroit un changement conforme à celui qui étoit arrivé aux visceres. Voyez l'observat. 112 de Saviard, ou l'hist. de l'acad. royale des Sciences de 1686 à 1699. tom. II. p. 44.

6°. Autres exemples confirmatifs. Ce fait tout étrange, tout surprenant qu'il paroisse, n'est cependant pas unique ; on avoit déja vû à Paris en 1650 un pareil exemple dans le meurtrier qui avoit tué un gentilhomme, au lieu de M. le duc de Beaufort, & dont le corps, après avoir été roué, fut disséqué par M. Bertrand, chirurgien, qui en a publié l'histoire avec des remarques, dans un traité particulier. Cette même histoire est détaillée plus au long dans les observat. médic. de M. Cattier, docteur en Médecine. Bonet l'a inséré dans son sepulchretum, liv. IV. sect. 1. obs. 7. 5. 3. Il en est aussi fait mention dans les mémoires de Joly, qui à cette occasion rapporte qu'on avoit observé la même chose dans un chanoine de Nantes.

Un savant plein d'érudition, ce doit être M. Falconet, m'a encore indiqué le journal de dom Pierre de Saint-Romuald, imprimé à Paris en 1661, où il est dit qu'on trouva une pareille transposition de visceres en 1657, dans le cadavre du sieur Audran, commissaire des gardes françoises.

On peut joindre à tout ceci l'observation d'Hoffman, imprimée à Leipsick en 1671, in-4°. sous le titre de Cardianastrophe, seu cordis universi, memorabilis observatio, &c.

Septieme exemple de jeux de la nature sur la situation de visceres dans la poitrine. Les Transactions philosophiques de l'année 1702, n°. 275, & les acta eruditorum, même année 1702, p. 524. font le détail du cas suivant, qui est fort extraordinaire.

Charles Holt, en disséquant un enfant de deux mois, en présence de trois témoins experts en Anatomie, ne découvrit ni d'intestins hormis le rectum, ni de mésentere dans la cavité du bas-ventre ; mais ayant détaché le sternum, il les trouva dans la cavité de la poitrine, couchés sur le coeur & les poumons. Pour comble de surprise, l'omentum & le médiastin manquoient. Le pylore étoit retiré vers le fond du ventricule près des vertebres du dos : le gros boyau s'étendoit obliquement depuis l'anus vers un trou particulier du diaphragme, & étoit caché dessous avec une partie du duodenum. Il paroît que ce trou du diaphragme étoit absolument naturel, & avoit servi au passage des intestins dans la poitrine, car tout étoit entier sans aucun déchirement. On ne trouva pas la moindre communication des intestins avec aucune autre partie du corps ; cependant l'enfant avoit vêcu, prenoit tous les jours des alimens, & alloit à la selle.

Ce petit nombre de faits singuliers, tirés de bonnes sources, ne suffit que trop pour conclure qu'aujourd'hui comme du tems de Pline, nous pouvons répéter avec lui, ignotum est quo modo & per quae vivimus.

Huitieme exemple de jeux de la nature sur le manque des parties de la génération. Ces parties, qui depuis tant de siecles renouvellent continuellement la face de l'univers par un méchanisme inexplicable, sont non-seulement exposées à des vices bisarres d'origine & de conformation ; mais quelquefois même elles manquent absolument dans des enfans qui viennent au monde. Ainsi Saviard a été le témoin oculaire d'un enfant né à l'Hôtel-Dieu de Paris, manquant des parties de la génération qui appartiennent à l'un ou à l'autre sexe, & n'ayant d'autre ouverture à l'extérieur que celle du rectum.

Ainsi le docteur Barton témoigne avoir vû dans le comté d'Yorck un enfant qui ressembloit entierement à celui de Saviard. Cet enfant n'avoit aucune partie extérieure de la génération, ni mâle, ni femelle, ni aucun vestige de ces organes. Les autres parties du corps étoient conformes à l'état naturel & ordinaire, excepté que vers le milieu de l'espace qui est entre le nombril & l'os pubis, se trouvoit une substance spongieuse, nue, sans proéminence, tendre, fort sensible, percée de pores innombrables, desquels pores l'urine sortoit sans-cesse. L'enfant a vêcu cinq ans, & est mort de la petite vérole. Mém. d'Edimb. ann. 1740. tom. V. p. 428.

Exemples de jeux de la nature qui peuvent être utiles dans la pratique. Il est possible quelquefois de trouver dans les jeux de la nature des variations, dont la connoissance peut avoir quelque utilité, c'est-à-dire peut servir dans l'explication des fonctions de l'économie animale ou des maladies, & peut faire éviter quelque erreur dans la pratique. Je compte au nombre de ces variations les os triangulaires, qu'on trouve quelquefois dans les sutures du crane, & plus fréquemment dans la suture lambdoïde, que dans aucune autre ; parce que, faute de connoître ces jeux, quelqu'un pourroit se tromper à l'égard de ceux qui ont de pareils os, & prendre une légere plaie pour une fracture considérable.

Observation génerale. Enfin, personne n'ignore les jeux de la nature qui s'étendent sur les proportions des parties du corps d'un même individu, car nonseulement les mêmes parties du corps n'ont point les mêmes dimensions proportionnelles dans deux personnes différentes ; mais dans la même personne une partie n'est point exactement semblable à la partie correspondante. Par exemple, souvent le bras ou la jambe du côté droit n'a pas les mêmes dimensions que le bras ou la jambe du côté gauche. Ces variétés sont faciles à comprendre ; elles tirent leur origine de celle de l'accroissement des os, de leurs ligamens, de leur nutrition, des vaisseaux qui se distribuent à ces parties, des muscles qui les couvrent, &c. C'est à l'art du dessein qu'on doit les idées de la proportion ; le sentiment & le goût ont fait ce que la méchanique ne pouvoit faire, & comme dit encore M. de Buffon, on a mieux connu la nature par la représentation que par la nature même. (D.J.)

JEU DE LA NATURE, lusus naturae. (Hist. nat. Lithologie) Les Naturalistes nomment ainsi les pierres qui ont pris par divers accidens fortuits une forme étrangere au regne minéral, & qui ressemblent ou à des végétaux, ou à des animaux, ou à quelques-unes de leurs parties, ou à des produits de l'art, &c. sans qu'on puisse indiquer la cause qui a pû leur donner la figure qu'on y remarque. Ces pierres ainsi conformées ne different point dans leur essence des pierres ordinaires ; ce sont ou des cailloux, ou des agates, ou des pierres à chaux, ou du grès, &c. toute la différence, s'il y en a, vient de la curiosité & de l'imagination vive de ceux qui forment des cabinets d'histoire naturelle, & qui attachent souvent de la valeur à ces pierres, en raison de la bizarrerie de leurs figures. Wallerius a raison de dire que dans ces sortes de pierres la nature n'a fait qu'ébaucher des ressemblances grossieres, que l'imagination des propriétaires supplée à ce qui leur manque, & qu'on pourroit plutôt les nommer lusus lithophilorum que lusus naturae.

On doit placer parmi les jeux de la nature les pierres ou marbres de Florence sur lesquelles on voit des ruines, les priapolites, les dendrites, les agates herborisées, les agates & les jaspes, & les marbres sur lesquels on remarque différens objets, dont la ressemblance n'est formée que par l'arrangement fortuit des veines, des taches, & des couleurs de ces sortes de pierres.

Bruckmann, grand compilateur d'histoire naturelle, rapporte une dissertation, intitulée de Papatu à naturâ detestato ; l'auteur de cette ridicule dissertation est un nommé Gleichmann. Il y est question d'une pierre, sur laquelle on voyoit, ou du-moins on croyoit voir, une religieuse ayant une mitre sur sa tête, vêtue des ornemens pontificaux, & portant un enfant dans ses bras. Il dit que la papesse Jeanne se présenta aussitôt à son imagination, & il ne douta pas que la nature en formant cette pierre n'eût voulu marquer combien elle avoit d'horreur pour le papisme. Voyez Bruckmann, Epistolae itinerariae, centuriâ I. epistol. lvj. On conserve deux agates dans le cabinet d'Upsal, sur l'une desquelles on dit qu'on voit le jugement dernier, & sur l'autre le passage de la mer Rouge par les enfans d'Israël. Voyez Wallerius, Minéralogie, tome I.

Il y a des gens qui connoissant le goût de quelques collecteurs d'histoire naturelle pour le merveilleux, savent le mettre à profit, & leur font payer cherement, comme jeux de la nature, des pierres chargées d'accidens, qu'ils ont eu le secret d'y former par art, ou du-moins dans lesquelles ils ont aidé la nature, en perfectionnant des ressemblances qu'elle n'avoit fait que tracer grossierement, avec de la dissolution d'or, avec celle d'argent, &c. On peut tracer des desseins assez durables sur les agates ; il est aussi fort aisé d'en former sur le marbre, &c. Voyez la Minéralogie de Wallerius, tome I. page 172 de la traduction françoise, & tome II. page 128.

On ne doit point confondre avec les jeux de la nature les pierres qui doivent leurs figures à des causes connues, telles que sont celles qui ont été moulées dans des coquilles, celles qui ont pris les empreintes des corps marins qui se trouvent dans le sein de la terre, celles dans lesquelles on voit des empreintes de végétaux & de poissons, les bois pétrifiés, les crabes pétrifiés, &c. ce n'est point le hasard qui a produit les figures qu'on y remarque. Voyez FOSSILES.

Il ne faut point non plus appeller jeux de la nature les corps que la nature produit toûjours sous une forme constante & déterminée, tels que les crystallisations, les marcassites, &c. & encore moins ceux qui sont des produits de l'art des hommes. Voyez FIGUREES PIERRES. (-)

JEU DE MOTS, (Gramm.) espece d'équivoque, dont la finesse fait le prix, & dont l'usage doit être fort modéré. On peut la définir, une pointe d'esprit fondée sur l'emploi de deux mots qui s'accordent pour le son, mais qui different à l'égard du sens. Voyez POINTE.

Les jeux de mots, quand ils sont spirituels, se placent à merveille dans les cris de guerre, les devises & les symboles. Ils peuvent encore avoir lieu, lorsqu'ils sont délicats, dans la conversation, les lettres, les épigrammes, les madrigaux, les impromptus, & autres petites pieces de ce genre. Voltaire pouvoit dire à M. Destouches,

Auteur solide, ingénieux,

Qui du théatre êtes le maître,

Vous qui fites le Glorieux,

Il ne tiendroit qu'à vous de l'être.

Ces sortes de jeux de mots ne sont point interdits, lorsqu'on les donne pour un badinage qui exprime un sentiment, ou pour une idée passagere ; car si cette idée paroissoit le fruit d'une réflexion sérieuse, si on la débitoit d'un ton dogmatique, on la regarderoit avec raison comme une petitesse frivole.

Mais on ne permet jamais les jeux de mots dans le sublime, dans les ouvrages graves & sérieux, dans les oraisons funebres, & dans les discours oratoires. C'est par exemple un jeu de mots bien misérable que ces paroles de Jules Mascaron, évêque de Tulles, & puis d'Agen, dans l'oraison funebre d'Henriette d'Angleterre. " Le grand, l'invincible, le magnanime Louis, à qui l'antiquité eut donné mille coeurs, elle qui les multiplioit dans les héros, selon le nombre de leurs grandes qualités, se trouve sans coeur à ce spectacle ".

Il est certain que ce mauvais goût a paru & s'est éclipsé à plusieurs reprises dans les divers pays. Il n'y a même nul doute qu'il ne revienne dans une nation, toutes les fois que l'amour de la frivolité, de la plaisanterie, & du ridicule, succédera à l'amour du bon, du solide & du vrai. Si cette réflexion est juste, craignons le retour prochain de ce mauvais goût parmi nous. Cependant je n'appréhende pas si-tôt le retour des jeux de mots grossiers ; nous sommes encore assez délicats pour les renvoyer, je ne dirai point aux gens de robe, comme on le prétend à la cour, mais aux spectacles des farceurs, ou aux artisans qui sont les plaisans de leur voisinage. (D.J.)

JEU, lusus. (Bell. lett.) Voyez JOUER & JEUX.

JEU DE THEATRE, (en poésie) Voyez DRAME, TRAGEDIE, COMEDIE, &c.

JEUX (SALLE DE). Voyez THEATRE, AMPHITHEATRE, &c.

JEUX, s. m. pl. (Antiq. greq. & rom.) sortes de spectacles publics qu'ont eû la plûpart des peuples pour se délasser, ou pour honorer leurs dieux ; mais puisque parmi tant de nations nous ne connoissons gueres que les jeux des Grecs & des Romains, nous nous retrancherons à en parler uniquement dans cet article.

La religion consacra chez eux ces sortes de spectacles ; on n'en connoissoit point qui ne fût dédié à quelque dieu en particulier, ou même à plusieurs ensemble ; il y avoit un arrêt du sénat romain qui le portoit expressément. On commençoit toûjours à les solemniser par des sacrifices, & autres cérémonies religieuses : en un mot, leur institution avoit pour motif apparent la religion, ou quelque pieux devoir.

Les jeux publics des Grecs se divisoient en deux especes différentes ; les uns étoient compris sous le nom de gymniques, & les autres sous le nom de scéniques. Les jeux gymniques comprenoient tous les exercices du corps, la course à pié, à cheval, en char, la lutte, le saut, le javelot, le disque, le pugilat, en un mot le pentathle ; & le lieu où l'on s'exerçoit, & où l'on faisoit ces jeux, se nommoit Gymnase, Palestre, Stade, &c. selon la qualité des jeux. Voyez GYMNIQUES, GYMNASE, PALESTRE, STADE, &c.

A l'égard des jeux scéniques on les représentoit sur un théatre, ou sur la scene, qui est prise pour le théatre entier. Voyez SCENE.

Les jeux de Musique & de Poésie n'avoient point de lieux particuliers pour leurs représentations.

Dans tous ces jeux il y avoit des juges pour décider de la victoire, mais avec cette différence que dans les combats tranquilles, où il ne s'agissoit que des ouvrages d'esprit, du chant, de la musique, les juges étoient assis lorsqu'ils distribuoient les prix ; & dans les combats violens & dangereux, les juges prononçoient debout : nous ignorons la raison de cette différence. Pour ce qui regarde l'ordre, les lois, les statuts de ces derniers combats, on en trouvera le détail au mot GYMNIQUES.

Toutes ces choses présupposées connues, nous nous contenterons de remarquer, que parmi tant de jeux, les Olympiques, les Pythiens, les Néméens & les Isthmiens, ne sortiront jamais de la mémoire des hommes, tant que les écrits de l'antiquité subsisteront dans le monde.

Dans les quatre jeux solemnels qu'on vient de nommer ; dans ces jeux qu'on faisoit avec tant d'éclat, & qui attiroient de tous les endroits de la terre une si prodigieuse multitude de spectateurs & de combattans ; dans ces jeux, dis-je, à qui seuls nous devons les odes immortelles de Pindare, on ne donnoit pour toute récompense qu'une simple couronne d'herbe ; elle étoit d'olivier sauvage aux jeux Olympiques, de laurier aux jeux Pythiques, d'ache verd aux jeux Néméens, & d'ache sec aux jeux Isthmiques. La Grece voulut apprendre à ses enfans que l'honneur devoit être l'unique but de leurs actions.

Aussi lisons-nous dans Hérodote que durant la guerre de Perse, Tigrane entendant parler de ce qui constituoit le prix des jeux si fameux de la Grece, il se tourna vers Mardonius, & s'écria, frappé d'étonnement : " Ciel, avec quels hommes nous avez-vous mis aux mains ! insensibles à l'intérêt, ils ne combattent que pour la gloire ". Voyez donc JEUX OLYMPIQUES, PYTHIENS, NEMEENS, ISTHMIENS.

Il y avoit quantité d'autres jeux passagers, qu'on célébroit dans la Grece ; tels sont dans Homere ceux qui furent faits aux funérailles de Patrocle ; & dans Virgile, ceux qu'Enée fit donner pour le jour de l'anniversaire de son pere Anchise. Mais ce n'étoient-là que des jeux privés, des jeux où l'on prodiguoit pour prix des cuirasses, des boucliers, des casques, des épées, des vases, des coupes d'or, des esclaves. On n'y distribuoit point de couronnes d'ache, d'olivier, de laurier ; elles étoient reservées pour de plus grands triomphes.

Les jeux Romains ne sont pas moins fameux que ceux des Grecs, & ils furent portés à un point incroyable de grandeur & de magnificence. On les distingua par le lieu où ils étoient célébrés, ou par la qualité du dieu à qui on les avoit dédiés. Les premiers étoient compris sous le nom de jeux circenses & de jeux scéniques, parce que les uns étoient célébrés dans le cirque, & les autres sur la scene. A l'égard des jeux consacrés aux dieux, on les divisoit en jeux sacrés, en jeux votifs, parce qu'ils se faisoient pour demander quelque grace aux dieux ; en jeux funebres & en jeux divertissans, comme étoient par exemple les jeux compitaux. Voyez CIRCENSES, FUNEBRES, SACRES, VOTIFS.

Les rois réglerent les jeux Romains pendant le tems de la royauté ; mais après qu'ils eurent été chassés de Rome, dès que la république eut pris une forme réguliere, les consuls & les préteurs présiderent aux jeux Circenses, Apollinaires & Séculaires. Les édiles plébéïens eurent la direction des jeux Plébéïens ; le préteur, ou les édiles curules, celle des jeux dédiés à Cérès, à Apollon, à Jupiter, à Cybele, & aux autres grands dieux, sous le titre de jeux Mégalésiens. Voyez APOLLINAIRES, JEUX CEREAUX, CAPITOLINS, MEGALESIENS.

Dans ce nombre de spectacles publics, il y en avoit que l'on appelloit spécialement jeux Romains, & que l'on divisoit en grands, magni, & très-grands, maximi.

Le sénat & le peuple ayant été réunis l'an 387, par l'adresse & l'habileté de Camille, la joie fut si vive dans tous les ordres, que pour marquer aux dieux leur reconnoissance de la tranquillité dont ils esperoient jouir, le sénat ordonna que l'on fît de grands jeux à l'honneur des dieux, & qu'on les solemnisat pendant quatre jours, au lieu qu'auparavant les jeux publics n'avoient eû lieu que pendant trois jours, & ce fut par ce changement qu'on appella ludi maximi les jeux qu'on nommoit auparavant ludi magni.

On célébroit chez les Romains des jeux, non-seulement à l'honneur des divinités qui habitoient le ciel, mais même à l'honneur de celles qui régnoient dans les enfers ; & les jeux institués pour honorer les dieux infernaux étoient de trois sortes, connus sous le nom de Taurilia, Compitalia, & Terentini ludi. Voyez TAURILIENS, jeux, COMPITALES & TERENTINS.

Les jeux scéniques comprenoient toutes les représentations qui se faisoient sur la scene. Elles consistoient en tragédies, comédies, satyres, qu'on représentoit sur le théatre en l'honneur de Bacchus, de Vénus, & d'Apollon. Pour rendre ces divertissemens plus agréables, on les préludoit par des danseurs de corde, des voltigeurs, & autres spectacles pareils ; ensuite on introduisit sur la scene les mimes & les pantomimes, dont les Romains s'enchanterent dans les tems où la corruption chassa les moeurs & la vertu. Voyez SCENIQUES, jeux, SCHOENOBATE, MIME & PANTOMIME.

Les jeux scéniques n'avoient point de tems marqués, non plus que ceux que les consuls & les empereurs donnoient au peuple pour gagner sa bienveillance, & qu'on célébroit dans un amphithéatre environné de loges & de balcons ; là se donnoient des combats d'hommes ou d'animaux. Ces jeux étoient appellés agonales, & quand on couroit dans le cirque, équestres ou curules. Les premiers étoient consacrés à Mars & à Diane ; les autres à Neptune & au soleil. Voyez AGONALES, EQUESTRES, CIRQUE, &c.

Les jeux séculaires en particulier, ne se célébroient que de cent ans en cent ans. Voyez SECULAIRES, jeux.

On peut ajouter ici les jeux Actiaques, Augustaux & Palatins, qu'on célébroit à l'honneur d'Auguste ; les Néroniens à l'honneur de Néron, ainsi que les jeux à l'honneur de Commode, d'Adrien, d'Antinoüs, & tant d'autres imaginés sur les mêmes modeles. Voyez Jeux ACTIAQUES, AUGUSTAUX, NERONIENS, PALATINS.

Enfin, lorsque les Romains devinrent maîtres du monde, ils accorderent des jeux à la plûpart des villes qui en demanderent ; on en trouve les noms dans les marbres d'Arondel, & dans une inscription ancienne érigée à Mégare, dont parle M. Spon dans son voyage de Grece.

Comme les édiles au sortir de charge donnoient toûjours des jeux publics au peuple Romain, ce fut entre Luculle, Scaurus, Lentulus, Hortensius, C. Antonius & Murena, à qui porteroit le plus loin la magnificence ; l'un avoit fait couvrir le ciel des théatres, de voiles azurés ; l'autre avoit couvert l'amphithéatre de tuiles de cuivre surdorées, &c. Mais César les surpassa tous dans les jeux funebres qu'il fit célébrer à la mémoire de son pere ; non content de donner les vases, & toute la fourniture du théatre en argent, il fit paver l'arène entiere de lames d'argent ; desorte, dit Pline, " qu'on vit pour la premiere fois les bêtes marcher & combattre sur ce métal ". Cet excès de dépense de César, étoit proportionné à son excès d'ambition ; les édiles, qui l'avoient précédé, n'aspiroient qu'au consulat, & César aspiroit à l'empire.

C'en est assez sur les jeux de la Grece & de Rome, considérés d'une vûe générale ; mais comme ils sont une branche très-étendue de la littérature, le lecteur trouvera dans cet ouvrage les détails qui concernent chacun de ces jeux, sous leurs noms respectifs : voici la liste des principaux, dont il importe de consulter les articles.

ACTIAQUES, APOLLINAIRES, AUGUSTAUX, CAPITOLINS, CEREAUX, CIRCENSES, JEUX DE CASTOR ET DE POLLUX, COMPITALES, CONSUALES, FLORAUX, FUNEBRES, GYMNIQUES, ISTHMIENS, JEUX DE LA LIBERTE, LUCULLIENS, MARTIAUX, MEGALESIENS, NEMEENS, NERONIENS, OLYMPIQUES, PALATINS, PANHELLENIENS, PANATHENEES, PLEBEIENS, PYRRHIQUES, PYTHIENS, ROMAINS, SACRES, SCENIQUES, SECULAIRES, TAURILIENS, TERENTINS, TROYENS, VOTIFS, & quelques autres, dont les noms échappent à ma mémoire. (D.J.)

JEUX AUGUSTAUX, Augustales ludi ; (Antiq. Rom.) les jeux Augustaux ou les Augustales, étoient des jeux Romains, qui furent établis en l'honneur d'Auguste, l'an 735 de la fondation de Rome, lorsque ce prince revint de Grece. On les célébra le quatrieme avant les ides d'Octobre, c'est-à-dire le 12 de ce mois ; & le sénat par un decret solemnel, émané sous le consulat d'Aelius Tuberon, & de P. Fabius, ordonna qu'ils fussent encore représentés le même jour au bout de huit ans. (D.J.)

JEUX CARNIENS, (Antiq. greq.) fête célébrée à Sparte en l'honneur d'Apollon. Elle y fut instituée dans la xxxvj olympiade, & telle en fut l'occasion suivant Pausanias, liv. III. ch. xij.

Un Arcanien nommé Carnus, devin fameux, inspiré par Apollon même, ayant été tué par Hippotès, Apollon frappa de peste tout le camp des Doriens ; alors ils bannirent le meurtrier, & appaiserent les manes du devin par des expiations, qui furent prescrites sous le nom de fête Carniennes ; d'autres, continue Pausanias, donnent à ces fêtes une origine différente. Ils disent que les Grecs, pour construire ce cheval de bois si fatal aux Troyens, ayant coupé sur le mont Ida beaucoup de cornoüilliers (), dans un bois consacré à Apollon, irriterent ce dieu contr'eux, & que pour le fléchir ils établirent un culte en son honneur, & lui donnerent le surnom de Carnien, en lui appliquant celui de l'arbre qui faisoit le sujet de leur disgrace.

Cette fête Carnienne avoit quelque chose de militaire : on dressoit neuf loges, en maniere de tentes, que l'on appelloit ombrages, ; sous chacun de ces ombrages soupoient ensemble neuf Lacédémoniens, trois de chacune des trois tribus, conformément à la proclamation du crieur public. La fête duroit neuf jours ; on y célébroit des jeux, & l'on y proposoit un prix aux joueurs de cithare. Terpandre fut le premier qui le remporta, & Timothée y reçut un affront pour avoir multiplié les cordes de l'ancienne lyre, & avoir par conséquent introduit dans la musique le genre chromatique : les Lacédémoniens suspendirent sa lyre à la voûte d'un édifice, qu'on voyoit encore du tems de Pausanias. Mém. des Inscript. tom. XIV. (D.J.)

JEUX DE CASTOR ET DE POLLUX, (Antiq. rom.) jeux qu'on célébroit à Rome en l'honneur de ces deux héros, qui étoient comptés au nombre des grands dieux de la Grece : voici quelle fut l'occasion de ces jeux.

A. Posthumius, dictateur, voyant les affaires des Romains dans un état déplorable, s'engagea par un voeu solemnel, au cas que la victoire les rétablît, de faire représenter des jeux magnifiques en l'honneur de Castor & de Pollux. Le succès de cette guerre ayant été favorable, le sénat, pour remplir le voeu de Posthumius, ordonna qu'on célébreroit chaque année, pendant huit jours, les jeux que leur dictateur avoit voués.

Ces jeux étoient précédés du spectacle des gladiateurs, & les magistrats accompagnés de ceux de leurs enfans qui approchoient de l'âge de puberté, & suivis d'une nombreuse cavalcade, portoient les statues ou les images des dieux en procession, depuis le capitole jusques dans la place du grand cirque. Voyez les autres détails dans Hospinien, de festis Graecorum, & dans le Dict. de Pitiscus. (D.J.)

JEUX CURULES, (Antiq. Rom.) les jeux curules ou équestres consistoient en des courses de chars ou à cheval, qui se faisoient dans le cirque dédié à Neptune ou au soleil. (D.J.)

JEUX ELEUTHERIENS, voyez JEUX DE LA LIBERTE.

JEUX DES ENFANS DE ROME, (Hist. Rom.) tous les enfans ont des jeux qui ne sont pas indifférens pour faire connoître l'esprit des nations. Les jeux de nos enfans sont ceux de la toupie, de cligne-musette, de colin-maillard, &c. Les enfans de Rome représentoient dans leurs jeux des tournois sacrés, des commandemens d'armées, des triomphes, des empereurs, & autres grands objets. Nous lisons dans Suétone que Neron dit à ses gens de jetter dans la mer son beau-fils Rufinus Crispinus, fils de Poppée, & encore enfant, quia ferebatur ducatus & imperia ludere.

Un de leurs principaux jeux étoit de représenter un jugement dans toutes les formes, ce qu'ils appelloient judicia ludere. Il y avoit des juges, des accusateurs, des défendeurs, & des licteurs pour mettre en prison celui qui seroit condamné. Plutarque, dans la vie de Caton d'Utique, nous raconte qu'un de ces enfans, après le jugement, fut livré à un garçon plus grand que lui, qui le mena dans une petite chambre, où il l'enferma. L'enfant eut peur, & appella à sa défense Caton, qui étoit du jeu ; alors Caton se fit jour à-travers ses camarades, délivra son client, & l'emmena chez lui, où tous les autres enfans le suivirent.

Ce Caton, depuis si grand homme, tenoit déja dans Rome le premier rang parmi les enfans de son âge. Quand Sylla donna le tournoi sacré des enfans à cheval, il nomma Sextus, neveu du grand Pompée, pour un capitaine des deux bandes ; mais tous les enfans se mirent à crier qu'ils ne couroient point. Sylla leur demanda quel camarade ils vouloient donc avoir à leur tête ; alors tous répondirent à la fois Caton, & Sextus lui céda volontairement cet honneur, comme au plus digne. (D.J.)

JEUX DE LA LIBERTE, (Antiq. greq.) on appelloit ainsi les jeux qui se célébroient à Platée, en mémoire de la victoire remportée par les Grecs à la bataille de ce nom, dans la lxxv. olympiade, l'an de Rome 275.

Aristide établit qu'on tiendroit tous les ans dans cette ville de la Béotie une assemblée générale de la Grece, & que l'on y feroit un sacrifice à Jupiter, pour lui rendre d'éternelles actions de graces. En même tems il ordonna que de cinq ans en cinq ans on y célébreroit les jeux de la liberté, où l'on couroit tout armé autour de l'autel de Jupiter, & il y avoit de grands prix proposés pour cette course.

On célébroit encore du tems de Plutarque, & ces jeux, & la cérémonie de l'anniversaire des vaillans hommes qui périrent à la bataille de Platée. Comme dans le lieu même où les Grecs défirent Mardonius, on avoit élevé un autel à Jupiter éléuthérien, c'est-à-dire libérateur, les jeux de la liberté s'appellerent aussi eleutheria, jeux ou fêtes éléuthériennes. Voyez ELEUTHERE. (D.J.)

JEU DE FIEF, (Jurisprud.) est une aliénation des parties du corps matériel du fief, sans division de la foi dûe pour la totalité du fief. Voyez ce qui en est dit au mot FIEF. (A)

JEUX DE HASARD. Voyez l'article JOUER.

JEU, (Marine) on dit le jeu du gouvernail ; c'est son mouvement

JEU DE VOILES. Voyez JET DE VOILES.

JEU-PARTI ; on dit faire jeu-parti quand de deux ou plusieurs personnes qui ont part à un vaisseau, il y en a une qui veut rompre la société, & qui demande en jugement que le tout demeure à celui qui fera la condition des autres meilleures, ou bien que l'on fasse estimer les parts.

JEU, (terme d'Horlogerie) si l'on suppose une cheville plus petite que le trou dans lequel on la fait entrer, elle pourra se mouvoir dans ce trou de-çà & delà ; c'est l'espace qu'elle parcourt, en se mouvant ainsi, que les Horlogers appellent le jeu. Ainsi ils disent qu'un pivot a du jeu dans son trou, lorsqu'il peut s'y mouvoir de cette façon ; & qu'au contraire il n'a point de jeu, lorsqu'il ne le peut pas, & qu'il ne peut s'y mouvoir qu'en tournant. C'est encore de même qu'ils disent qu'une roue a trop de jeu dans sa cage, lorsque la distance entre ses deux parties n'est pas assez grande, & qu'elle differe trop de celle qui est entre les deux platines. Il faut que les roues ayent un certain jeu dans leur cage, & leur pivot dans leurs trous, pour qu'elles puissent se mouvoir avec liberté ; sans cela elles sont génées, défaut essentiel, dont il résulte beaucoup de frottemens, & par conséquent beaucoup d'usure. Voyez ROUE, TIGE, PORTEE, &c.

JEU, en fait d'escrime ; on entend par jeu, la position des épées de deux escrimeurs qui font assaut.

L'assaut comprend deux jeux, qui sont le sensible & l'insensible. Quelquefois on exécute ces deux jeux dans un même assaut, en passant de l'un à l'autre, & quelquefois on n'en exécute qu'un ; c'est pourquoi je les traiterai séparement. Voyez JEU sensible & insensible.

JEU INSENSIBLE, est un assaut qui se fait sans le sentiment de l'épée. Voyez ASSAUT & SENTIMENT D'EPEE.

Cet assaut s'exécute toujours sous les armes à votre égard, parce que de quelque façon que l'ennemi se mette en garde, d'abord qu'il ne souffre pas que les épées se touchent, vous tenez la garde haute.

On suppose dans ce jeu que les escrimeurs étant en garde, leurs épées ne se touchent point, mais qu'elles se rencontrent dans les parades, & dans les attaques.

De ce qu'on doit pratiquer dans l'assaut du jeu insensible. Article I. Dans ce jeu, 1°. comme on ne sent pas l'épée de l'ennemi, on se met toujours hors de mesure pour éviter d'être surpris. 2°. On tient une garde haute, le bras plus étendu que dans la garde basse, la pointe de l'épée vis-à-vis l'estomac de l'ennemi, afin de le tenir éloigné, & qu'il ne puisse faire aucune attaque sans détourner cette pointe. 3°. On regarde sa main droite, afin de s'appercevoir des mouvemens qu'il fait pour frapper votre épée avec la sienne.

Article II. Les attaques qui se font dans ce jeu, sont des feintes & doubles feintes. On les peut faire parce qu'on est hors de mesure ; d'où il suit que l'ennemi ne peut pas vous prendre sur ce tems. Si ces feintes ébranlent l'ennemi, & qu'il aille à l'épée, voyez ALLER A L'éPEE, on les entreprend ainsi.

Exemple. Lorsque vous faites le premier tems de la feinte, ou feinte droite, voyez FEINTE, si l'ennemi va à votre épée, vous profitez de son mouvement pour entrer en mesure en dégageant, & incontinent vous recommencez la feinte. Remarquez que dans cette attaque vous dégagez quatre fois par la feinte, & trois fois par la feinte droite, que le premier dégagement est volontaire, & les autres forcés (Voyez DEUXIEME DEGAGEMENT FORCE), & qu'au dernier vous détachez l'estocade.

Article III. L'ennemi qui vous attaque, est obligé, par votre position, de détourner votre épée. Voyez ENGAGEMENT. S'il la force, voyez PREMIER DEGAGEMENT FORCE. Et s'il la veut frapper, dégagez par le deuxieme dégagement forcé.

Article IV. On regarde le pié gauche de l'ennemi, & dès qu'on s'apperçoit qu'il l'avance pour entrer en mesure, on l'attaque sur ce mouvement par une estocade. Ce procédé l'oblige de parer, & on profite de ce défaut. Voyez DEFAUT.

Article V. Quand vous attaquez l'ennemi par une feinte, s'il ne va pas à l'épée, Voyez ALLER A L'éPEE, vous entrez en mesure sans dégager, en vous tenant prêt à parer. Si l'ennemi ne vous porte pas l'estocade sur le tems que vous entrez en mesure, incontinent que vous y êtes arrivé, & de la position où vous êtes, vous détachez l'estocade droite ; car il est à présumer que l'ennemi s'attend que vous allez faire une feinte. S'il n'alloit à l'épée que lorsque vous entrez en mesure, alors y étant arrivé, vous lui feriez une feinte. Voyez FEINTE.

Article VI. Dans ce jeu, on n'entreprend ni botte de passe, ni de volte, ni desarmement, excepté le desarmement en faisant tomber l'épée de l'ennemi en la frappant, quand il porte une estocade de seconde.

Article VII. Toutes les fois que l'ennemi vous parera une estocade, & que vous lui en parerez une, il faut suivre ce qui est dit aux articles 1, 2, 3 du jeu sensible. Voyez JEU SENSIBLE.

Article VIII. Si en attaquant l'ennemi il se défend par la parade du cercle, vous ferez sous les armes ce qui se pratique sur les armes au 10 article du jeu sensible. Voyez 10 article du jeu sensible.

JEU SENSIBLE, est un assaut qui se fait par le sentiment de l'épée. Voyez SENTIMENT D'éPEE, SAUTSAUT.

Cet assaut s'exécute sur les armes ou sous les armes, si les escrimeurs tiennent une garde basse ou ordinaire, & sous les armes s'ils en tiennent une haute. Voyez GARDE ORDINAIRE ou GARDE HAUTE.

Si l'ennemi tient une garde haute, il faut absolument la tenir de même ; mais s'il en tient une basse, vous pouvez tenir la même, ou bien la garder haute.

On suppose dans ce jeu que l'ennemi laisse sentir son épée.

Avertissement. Pour entendre ce que je dirai sur ce jeu, j'avertis 1°. qu'il sera toujours supposé qu'on y tiendra la garde qu'il convient. 2°. Tout ce qui se fait dans la garde haute, se peut faire dans la garde ordinaire, à moins que je ne fasse des remarques particulieres. 3°. Quand je ferai tirer de pié ferme, il sera supposé qu'on est en mesure, & qu'il ne faut pas remuer le pié gauche. 4°. Quand je parlerai d'estocade droite, il sera entendu qu'elle se portera sans dégager. 5°. Quand j'indiquerai un mouvement quelconque, de tirer quarte, ou parer quarte, ou tierce, &c. ils se feront comme il est expliqué en son lieu.

De ce qui doit se pratiquer dans l'assaut du jeu sensible sur les armes, ou sous les armes. Article I. On fait d'abord attention si l'on est en mesure ou hors de mesure. Voyez MESURE. Si l'on est en mesure, on regarde le pié droit de l'ennemi, par le mouvement duquel on connoît s'il faut parer, & l'on sent son épée, parce que ce sentiment nous en assure la position, & nous avertit s'il dégage, ou s'il porte l'estocade droite, ou s'il fait toutes autres attaques. Voyez SENTIMENT D'éPEE. Supposons maintenant que les épées soient engagées dans les armes.

La premiere attaque que l'on fait à l'ennemi, est d'opposer en quarte. Voyez OPPOSITION. Ce mouvement vous couvre tout le dedans des armes, & détermine l'ennemi ou à dégager ou à porter l'estocade en dégageant, ou à demeurer en place. 1°. S'il dégage, détachez incontinent l'estocade de tierce-droite. 2°. S'il porte l'estocade en dégageant, son pié droit vous avertit de parer, & vous tâchez de riposter. Voyez RIPOSTE. Et 3°. s'il demeure en place, vous détachez l'estocade de quarte-droite, ou vous faites un coulement d'épée. Voyez COULEMENT D'éPEE DE PIE FERME.

Article II. Si dans l'instant qu'on pare l'estocade, on ne saisit pas le tems de la riposte, voyez RIPOSTE ; on donne le tems à l'ennemi de se remetre en garde, pour le prendre dans le défaut de ce mouvement. Remarquez qu'après avoir poussé une botte, il faut absolument que l'ennemi se remette, ou qu'il le feigne, ce qu'il ne peut faire, & porter l'estocade ; donc, si on l'attaque sur ce tems, on le mettra dans la nécessité de parer, & on le prendra dans le défaut de sa parade. Voyez DEFAUT.

Exemple. Pendant que l'ennemi feint de se remettre, sans quitter son épée, & en la sentant toujours également, on lui porte une estocade droite, qu'on n'allonge qu'à demi, c'est-à-dire, qu'on ne porte le pié droit qu'à moitié chemin de ce qu'il pourroit faire. Sur ce mouvement on doit s'attendre que l'ennemi parera ; s'il pare, vous dégagez finement, & vous lui détachez l'estocade de tierce, tandis qu'il croit parer la quarte, & s'il ne paroit pas votre demi-estocade droite, vous l'acheveriez, car il ne seroit plus à tems de la parer.

Article III. Si l'ennemi pare l'estocade que vous lui portez, il faut remarquer qu'il peut faire, en vous remettant, ce que vous lui avez fait ; mais aussi qu'il peut tomber dans le défaut que voici, qui est de se remettre avec vous, c'est-à-dire, de quitter l'opposition, parce qu'il croit que vous vous remettrez en garde.

Exemple. Après que l'ennemi a paré votre estocade, vous feignez de vous remettre en garde, & si vous vous appercevez, par le sentiment de l'épée, qu'il cesse d'opposer, alors, au lieu d'achever de vous remettre, vous profitez de ce défaut, en lui repoussant la même estocade. Voyez BOTTE DE REPRISE. Si au contraire l'ennemi résistoit toujours également à votre épée ; alors, comme il aura le côté opposé à découvert, il est certain qu'il se portera nécessairement à parer de ce côté-là ; c'est pourquoi en finissant de vous remettre, vous feindrez une estocade en dégageant, voyez FEINTE ; & dans l'instant qu'il se portera à la parade, vous dégagerez. Voyez SECOND DEGAGEMENT SERRE. Il portera la botte dans le défaut, c'est-à-dire qu'il recevra le coup d'un côté, tandis qu'il pare de l'autre. Si l'ennemi n'alloit pas à la parade de cette feinte, vous rompriez la mesure : si l'ennemi profite du tems que vous vous remettrez en garde pour vous attaquer, faites retraite.

Article IV. Vous pourrez aussi attaquer l'ennemi par un battement d'épée, voyez BATTEMENT D'éPEE ; & s'il pare votre estocade, observez, en vous remettant, ce qui est contenu en l'article III. Si l'ennemi vous porte une botte, observez ce qui est contenu à l'article I. & II. & si l'ennemi ne pare pas, & qu'il n'ait pas reçu l'estocade, c'est signe qu'il a rompu la mesure, c'est pourquoi portez-lui une estocade de passe. Voyez ESTOCADE DE PASSE. Si l'ennemi pare l'estocade de passe, vous remettrez promtement votre pié gauche où il étoit, & vous reculerez un peu le droit. Vous devez vous attendre que l'ennemi va venir sur vous ; mais remarquez qu'il n'est pas alors en mesure : (car vous êtes aussi éloigné de lui qu'avant de porter l'estocade de passe ;) c'est pourquoi il ne faut pas s'amuser à parer, mais remarquer son pié gauche, & aussi-tôt qu'il le remue, détacher l'estocade droite, s'il ne force pas votre épée, & si vous sentez qu'il la force, vous détacherez l'estocade en dégageant. Voyez PREMIER DEGAGEMENT FORCE.

Article V. Si l'on est hors de mesure, il faut observer le pié gauche de l'ennemi, & sentir son épée, Voyez SENTIMENT D'éPEE.

Les attaques qu'on doit faire hors de mesure, sont des coulemens d'épées, & toutes les fois que l'ennemi pare votre estocade, & que vous parez la sienne, il faut suivre les maximes des articles I. II. III.

Article VI. Quelque mouvement que l'ennemi puisse faire hors de mesure, vous n'y devez point répondre, à moins que vous ne preniez le tems pour l'attaquer. Observez continuellement son pié gauche, parce qu'il ne peut vous offenser qu'en l'avançant ; mais aussi-tôt qu'il l'avance, détachez-lui l'estocade droite, s'il ne force pas votre épée, & s'il la force, portez l'estocade en dégageant. Voyez PREMIER DEGAGEMENT FORCE.

Il faut aussi faire attention que l'ennemi pourroit avoir la finesse de forcer votre épée, pour vous faire détacher l'estocade, afin de vous la riposter ; voyez RIPOSTE : il n'y a que la pratique qui puisse vous faire connoître cette ruse. Cette remarque se rapporte au précepte 21 ; voyez ESCRIME, précepte 21, qui dit qu'il ne faut jamais tirer dans un jour que l'ennemi vous donne.

Article VII. Tout ce qui est enseigné aux articles 1, 2, 3, 4, 5, 6, peut s'exécuter en tierce, en quarte, en quarte basse, & en seconde ; il n'y a qu'à déterminer une de ses positions, & suivre ce qui y est enseigné.

Article VIII. Vous devez connoître par les attaques que vous faites à l'ennemi, qu'il peut vous en faire autant ; d'où il est clair que s'il vous fait les mêmes attaques, il vous avertit de son dessein, dont vous tâcherez de profiter.

Exemple. Si l'ennemi vous attaque par un coulement d'épée, ou battement d'épée, &c. vous feindrez d'en être ébranlé, pour lui faire détacher l'estocade, afin de lui riposter ou de le désarmer ; voyez RIPOSTE & DESARMEMENT ; ou pour volter, voyez ESTOCADE DE VOLTE. Nota que le desarmement de tierce & de quarte ne s'exécute pas en quarte basse, ni en seconde ; & l'estocade de volte ne se pratique que dans le jeu sensible.

Article IX. Quelque variées que puissent être les attaques d'un escrimeur, elles se rapportent toujours à la feinte ou double feinte, à l'appel, ou coulement d'épée, au battement d'épée, ou à forcer l'épée.

Article X. Si l'ennemi se défend par la parade du cercle, voyez PARADE DU CONTRE, DU CONTRE-DEGAGEMENT, vous le poursuivrez dans le défaut de cette parade.

Exemple. Quand l'ennemi pare au contre du contre, il faut 1°. tenir la pointe de votre épée près de la garde, & du talon de la sienne ; 2°. dégager finement cette pointe autour de sa lame, en suivant son même mouvement ; 3°. pendant ce dégagement vous avancerez à chaque révolution la pointe de votre épée, jusqu'à-ce qu'elle soit si près de son corps qu'il ne puisse plus parer, & alors vous enfoncerez l'estocade.

Nota que l'ennemi ne rencontrera pas votre épée ; à moins qu'il ne rétrograde son mouvement, (maxime que doivent observer tous ceux qui font cette mauvaise parade) ; & que s'il rétrograde, alors il rencontrera necessairement votre épée : en pareil cas, vous lui détacherez aussi-tôt l'estocade du même côté que les épées se seront touchées ; c'est-à-dire, que s'il rencontre votre épée dans les armes, vous lui porterez une estocade de quarte ; & si c'est hors les armes, vous lui porterez une estocade de tierce.

Remarquez que je vous fais pousser l'estocade du même côté où les épées se touchent, pour prendre le défaut du mouvement de l'ennemi ; car (voyez DEFAUT & ASSAUT) quand il a porté son bras du côté de votre épée, pour la détourner de la ligne, il a découvert le côté opposé, & il lui est naturel de venir le couvrir craignant d'y être frappé. Remarquez encore qu'au lieu de venir parer le côté qu'il découvre par son mouvement de rétrograder, il pourroit détacher l'estocade au même instant, & du même côté que les épées se touchent ; c'est pourquoi j'ai eu raison de vous faire détacher cette estocade, puisqu'en la portant avec opposition, ainsi que je l'ai enseigné, voyez OPPOSITION, vous vous garantissez en même tems de celle de l'ennemi.

JEUX, (Orgue) nom que l'on donne aux tuyaux d'orgue qui sont rangés sur le même régistre. Tous les tuyaux du même jeu rendent des sons qui ne different que par les différences de l'aigu au grave ; au lieu que les tuyaux d'un autre jeu rendent des sons qui different encore d'une autre maniere, de même que plusieurs nuances de bleu, par exemple, different des nuances de rouge qui participeroient également du clair & de l'obscur, qui dans cette comparaison répondent à l'aigu & au grave.

Les jeux, outre les noms qui les distinguent les uns des autres, prennent encore une dénomination de la longueur en piés de leur plus grand tuyau qui est le c sol ut, le plus grave des basses. Celui qui répond à la premiere touche du clavier du côté de la main gauche de l'organiste, lorsque le clavier n'est point à ravalement. Ainsi on dit que le prestant sonne le quatre-pié, parce que son plus grand tuyau (le c sol ut) a quatre piés de long. La doublette sonne le deux-pié, parce que son plus grand tuyau, le même c sol ut au clavier n'a que deux piés ; de même des autres jeux, comme on peut voir dans la table du rapport des jeux, dans nos Planches d'orgues, & à leurs articles particuliers.

Cette table du rapport des jeux représente par les espaces ou colonnes verticales les octaves réelles, c'est-à-dire celles qui sont au-dessus & au-dessous du son fixe marqué un pié. Nous prenons pour son fixe le son que rend un tuyau d'un pié ; ce son est moyen entre les extrêmes de l'orgue, & l'octave du son fixe de M. Sauveur ; le pié harmonique est au pié de roi comme 17 à 18, ainsi il n'a que 11 pouces 4 lignes. On a marqué par les longueurs qui rendent les sons, & par les signes + ou -, les octaves de ces sons, savoir les octaves aiguës ou au-dessus du son fixe par + 1, + 2, + 3, + 4, les octaves graves, ou au-dessous du même son fixe par - 1, - 2, - 3, - 4, & par les longueurs un pié, qui est le ton ; 1/2 pié, qui est l'octave au-dessus ; 1/4 pié, la double octave, & 1/8 pié, qui est la triple octave aiguë.

On trouve les octaves graves en doublant successivement la longueur du tuyau du ton ; pour la premiere 2 piés, pour la seconde 4 piés, pour la troisieme 8 piés, pour la quatrieme 16 piés, & pour la cinquieme 32 piés ; dans laquelle les tuyaux ne descendent au plus que jusqu'à la quinte. Voyez la table du rapport des jeux qui sont ceux qui suivent.

Montre de 16 piés toute d'étain, dont le plus grand tuyau le c sol ut des basses, a 16 piés de long. Voyez MONTRE DE 16 PIES, & la figure Planche d'orgue.

Bourdon de 16 piés. Les basses, c'est-à-dire deux octaves, & quelquefois trois sont en bois, & les dessus ont seulement une octave en plomb bouchés aussi-bien que les basses & à oreilles pour les accorder. Voyez l'article BOURDON DE SEIZE PIES, & la fig. Planche d'orgue.

Bombarde d'étain ou de bois, est un jeu d'anche. Voyez TROMPETTE. Elle sonne le 16 piés. Voyez BOMBARDE, & la figure Planche d'orgue.

Bourdon de 4 piés bouché sonnant le 8 piés ; les basses de ce jeu sont de bois, les tailles de plomb bouchées à rase & à oreilles ; & les dessus à cheminées & à oreilles. Voyez BOURDON DE QUATRE PIES BOUCHE, & la fig. Planche d'orgue.

Huit piés ouverts ou huit piés en résonnance, sonne l'unisson de quatre piés bouché : ce jeu est d'étain & ouvert par le haut. Voyez HUIT PIES OUVERT, & la figure Planche d'orgue.

Prestant. Le prestant sonne le quatre piés : ce jeu est d'étain ; c'est le premier jeu de l'orgue, sur lequel on fait la partition, sur lequel on accorde tous les autres. Il doit ce privilége à ce qu'il tient le milieu quant au grave ou à l'aigu entre tous les jeux qui composent l'orgue. Voyez PRESTANT & la figure Planche d'orgue.

Flûte sonne l'unisson du prestant, mais est de plus grosse taille ; les basses sont bouchées à rase, les tailles à cheminées, & les dessus ouverts. Voyez FLUTE, JEU D'ORGUE, & la figure Planche d'orgue.

Gros nazard, sonne la quinte au-dessus du huit piés, & la quarte au-dessous du prestant ; ce jeu est fait en pointe ou en fuseau par le haut, comme la figure le fait voir ; & quelquefois il est comme les autres, les basses bouchées à rase, les tailles à cheminées & les dessus ouverts. Voyez GROS NAZARD, & la figure Planche d'orgue.

Double tierce, sonne la tierce au-dessus du prestant ou 4 piés : ce jeu est de plomb & fait en pointe par le haut ; on l'accorde par les oreilles. Voyez DOUBLE TIERCE, & la fig. Pl. d'orgue.

Nazard. Ce jeu qui est de plomb & fait en pointe, sonne la quinte au-dessus du prestant ou 4 piés, & la tierce mineure au-dessus de la double tierce, l'octave au-dessus du gros nazard. On accorde le jeu lorsqu'il est fait en pointe par les oreilles ; quelquefois sur-tout dans les petits cabinets d'orgue les basses sont bouchées à rase, les tailles à cheminées, & les dessus ouverts. Voyez la fig. Pl. d'orgue, & l'article NAZARD.

Quarte de nazard, sonne l'octave au-dessus du prestant, & par conséquent le deux piés, le jeu qui est de plomb a les basses à cheminées & les dessus ouverts. Voyez la figure. Il y a des orgues où ce jeu a les dessus & la moitié des tailles en pointes par le haut. Voyez l'article 4. de nazard.

Doublette. La doublette sonne l'octave au-dessus du prestant, & l'unisson de la quarte de nazard ; elle doit porter 2 piés de long : ce jeu est d'étain. Voyez DOUBLETTE, & la figure Pl. d'orgue.

Tierce. La tierce est de plomb, & forme la tierce au-dessus de la doublette ou 2 piés, & l'octave audessus de la double-tierce. Voyez TIERCE, jeu d'orgue, & la figure Pl. d'orgue.

Larigot. Le larigot sonne l'octave au-dessus du nazard, & la quinte au-dessus de la doublette ou du 2 piés : ce jeu est de plomb, & tout ouvert. Voyez LARIGOT, & la figure Pl. d'orgue.

Grand cornet, composé de cinq tuyaux sur chaque touche, & composé d'un dessus de bourdon A, c'est-à-dire, des deux octaves supérieures ; ce qui comprend les tailles & les dessus proprement dits, d'un dessus de flûte B, d'un dessus de nazard C, d'un dessus de quarte de nazard D, & d'un dessus de tierce E. Voyez GRAND-CORNET, & la figure Pl. d'orgue : ce jeu n'a que deux octaves.

Cornet de récit, est composé de même que le grand cornet de cinq tuyaux sur chaque touche, mais qui sont de plus menue taille. Voyez CORNET DE RECIT, & la figure ; ce jeu n'a que deux octaves.

Cornet d'écho, composé de même que le grand cornet de cinq tuyaux sur chaque touche, mais qui sont de plus menue taille que ceux du cornet de récit. Ce jeu est renfermé dans le pié de l'orgue, afin qu'on l'entende moins, & qu'il forme ainsi un écho. Voyez CORNET D'ECHO, & la figure Pl. d'orgue.

Flûte allemande, la flûte allemande sonne l'unisson des dessus du huit piés, c'est-à-dire le deux piés ; ce jeu qui est de plomb & de grosse taille, n'a que les deux octaves des tailles & des dessus comme les cornets d'écho de récit, grand cornet, & trompette de récit. Voyez FLUTE ALLEMANDE DE L'ORGUE.

Fourniture, partie du plein jeu, est composée de 4, 5, 6, ou 7 tuyaux sur chaque touche ; elle occupe toute l'étendue du clavier. Voyez FOURNITURE, & la figure Pl. d'orgue.

Cimbale, partie du plein jeu ; elle a aussi plusieurs tuyaux sur chaque touche, & elle occupe toute l'étendue du clavier. Voyez CIMBALE, & la figure Planche d'orgue.

Trompette, jeu d'anche, sonne l'unisson du huit piés ; ce jeu est d'étain & en entonnoir par le haut. Voyez TROMPETTE, & la figure Pl. d'orgue.

Voix humaine de l'orgue, sonne l'unisson du huit piés & de la trompette & du cromorne. Ce jeu est d'étain, & le corps qui n'a pour les plus grands tuyaux que 7 à 8 pouces, est à moitié fermé par une lame de même matiere, que l'on soude sur l'ouverture du tuyau : ce jeu est un jeu d'anche. Voyez VOIX HUMAINE, & la figure Pl. d'orgue.

Cromorne, jeu d'anche, sonne l'unisson du 8 piés ; les corps de ce jeu sont cylindriques, c'est-à-dire, ne sont pas plus larges en-haut qu'en-bas. Voyez CROMORNE, & la figure Pl. d'orgue.

Clairon, jeu d'anches de l'orgue, sonne l'octave au-dessus de la trompette & l'unisson du prestant, & par conséquent le 4 piés ; ce jeu est d'étain & est plus ouvert que la trompette. Voyez CLAIRON, & la figure Pl. d'orgue.

Voix angélique, sonne l'unisson du prestant ou le 4 piés, & l'octave de la voix humaine à laquelle elle est semblable : ce jeu est d'étain, & est à anches. Voyez VOIX ANGELIQUE, & la figure Pl. d'orgue.

Trompette de récit, sonne l'unisson de la trompette, & par conséquent le 8 piés : ce jeu qui est d'étain n'a que les deux octaves des dessus & des tailles. Voyez TROMPETTE DE RECIT, & la figure qu'il faut imaginer plus petite.

Tous ces jeux de l'orgue sont accordés entr'eux, comme il est dit au mot ACCORD, & à leurs articles particuliers. Dans les orgues complets il y a encore les jeux suivans, qu'on appelle pédales, parce que c'est avec le pié qu'on abbaisse les touches du clavier de pédale qui les fait parler ; ces jeux sont,

La pedale de 4 ou de 4 piés, sonne l'unisson du prestant. Lorsqu'il y a ravalement, le ravalement descend à l'unisson du 8 piés ; les basses de ce jeu se font en bois, & les dessus en plomb tous ouverts. Voyez l'article PEDALE de 4, & la figure Planche d'orgue.

Pédale de clairon, jeu d'anche ; ce jeu qui est d'étain sonne l'unisson de la pédale de 4, & l'octave de la pédale de trompette. Voyez PEDALE DE CLAIRON.

Pédale de 8, autrement nommée pédale de flûte, sonne l'unisson du 8 piés ; les basses de ce jeu sont en bois & on ne les bouche pas par le haut avec un tampon ; les dessus sont de plomb. Voyez PEDALE DE 8 ou DE FLUTE.

Pédale de trompette, jeu d'anche, sonne l'unisson du 8 piés, & par conséquent l'unisson de la trompette, dont elle ne differe qu'en ce qu'elle est de plus grosse taille : ce jeu est d'étain. Voyez PEDALE DE TROMPETTE.

Pédale de bombarde, jeu d'anche, ne se met que dans des orgues bien complets ; elle sonne l'unisson de la bombarde, & par conséquent du 16 piés. Ce jeu est d'étain ou de bois ; s'il y a ravalement au clavier de pédale, le ravalement de la bombarde entre dans le 32 piés. Voyez PEDALE DE BOMBARDE, & la figure Pl. d'orgue.

Tous ces jeux sont rangés sur les sommiers ou pieces gravées, en telle sorte que l'organiste laisse aller le vent à tel jeu qu'il lui plaît, en ouvrant le registre qui passe sous les piés des tuyaux, & à tel tuyau de ce jeu qu'il lui plaît, en ouvrant la soûpape qui ferme la gravûre sur laquelle le tuyau répond. Voyez SOMMIER DE GRAND ORGUE, & l'article ORGUE.

On laisse partir ordinairement plusieurs jeux à-la-fois, ce qui forme des jeux composés ; le principal des jeux composés s'appelle plein jeu, qui est la montre & le bourdon de 16 piés, le bourdon de 8 piés ouvert, le prestant, la doublette, la fourniture, la cimbale & la tierce.

Les autres jeux composés sont à la discrétion des Organistes qui les composent chacun à leur gré, en prenant dans le nombre presque infini de combinaisons qu'on en peut faire celles qui leur plaisent le plus, ce dont ils s'apperçoivent en tâtant le clavier. Cependant on peut dire que de toutes les combinaisons possibles de ces différens jeux pris 2 à 2, 3 à 3, 4 à 4, &c. quelqu'unes doivent être exclues : telles, par exemple, que celles dont les sons correspondans à une même touche, forment une dissonance comme les tierces & la quarte de nazard. Voyez la cable générale du rapport & de l'étendue des jeux de l'orgue.

JEU, terme de Fauconnerie. On dit donner le jeu aux autours, c'est leur laisser plumer la proie.

JEU, terme de tripot ; c'est une division d'une partie de paume : les parties sont ordinairement de huit jeux ; chaque jeu contient quatre coups gagnés ou quinze ; le premier se nomme quinze ; le second trente ; le troisieme quarante-cinq ; & le quatrieme jeu. Quand les joueurs ont chacun un quinze, on dit qu'ils sont quinzains ; quand ils ont chacun trente, on dit qu'ils sont trentains ; quand ils ont chacun quarante-cinq, cela s'appelle être en deux ; & pour lors il faut encore deux coups gagnés de suite pour avoir le jeu : le premier se nomme avantage, & le second jeu.

Lorsque les deux joueurs ont chacun sept jeux, ils sont ce qu'on appelle à deux de jeu ; alors la partie est remise en deux jeux gagnés de suite, dont le premier se nomme avantage de jeu.

Cette acception du mot jeu, est commune à presque tous les jeux qui se jouent par parties. La partie est composée de plusieurs jeux, & celui qui le premier a gagné ce nombre de jeux a gagné la partie.

JEU (l'île d') Géog. petite île de l'Océan, sur les côtes de Poitou, à environ 13 lieues de la contrée qu'on nomme l'Arbauge ; c'est à tort que quelques-uns appellent cette île l'île de l'Oie, d'autres l'île des Oeufs, d'autres l'île-Dieu, d'autres enfin, l'île de Dieu ; il faut dire l'île-Dieu, suivant M. de Valois, dans sa not. Gall. p. 390. (D.J.)


JEUDIS. m. (Hist. & Chron.) est le cinquieme jour de la semaine chrétienne, & le sixieme de la semaine judaïque. Ce jour étoit consacré par les payens à la planete de Jupiter, & ils l'appelloient dies Jovis, d'où lui est venu son nom. Voyez JOUR & SEMAINE. (G)


JEUMERANTEoutil de Charron ; c'est une petite planche de bois plat, formant la six ou huitieme partie d'un cercle, qui sert aux Charrons de patron pour faire les gentes de roues. Voyez nos Planches du Charron.


JEUNEvoyez l'article JEUNESSE.

JEUNE, (Jardinage) comme on compte l'âge d'un bois, on dit un jeune, un vieux bois, & de même un jeune arbre, un vieil arbre.

JEUNE, (Vénerie) les jeunes cerfs sont ceux qui sont à leur deuxieme, troisieme, & quatrieme tête ; ils peuvent pousser jusqu'à huit, dix, & douze andouilleres, suivant les pays.


JEÛNES. m. (Littérat.) abstinence religieuse, accompagnée de deuil & de macération.

L'usage du jeûne est de la plus grande antiquité ; quelques théologiens en trouvent l'origine dans le paradis terrestre, où Dieu défendit à Adam de manger du fruit de l'arbre de vie ; mais c'est-là confondre le jeûne avec la privation d'une seule chose. Sans faire remonter si haut l'établissement de cette pratique, & sans parler de sa solemnité parmi les Juifs, dont nous ferons un article à part, nous remarquerons que d'autres peuples, comme les Egyptiens, les Phéniciens, les Assyriens, avoient aussi leurs jeûnes sacrés en Egypte, par exemple, on jeûnoit solemnellement en l'honneur d'Isis, au rapport d'Hérodote.

Les Grecs adopterent les mêmes coûtumes : chez les Athéniens il y avoit plusieurs fêtes, entr'autres celle d'Eleusine, & des Thesmophories, dont l'observation étoit accompagnée de jeûnes, particulierement pour les femmes, qui passoient un jour entier dans un équipage lugubre, sans prendre aucune nourriture. Plutarque appelle cette journée, la plus triste des Thesmophories : ceux qui vouloient se faire initier dans les mysteres de Cybèle, étoient obligés de se disposer à l'initiation par un jeûne de dix jours ; s'il en faut croire Apulée, Jupiter, Cérès, & les autres divinités du paganisme, exigeoient le même devoir des prêtres ou prêtresses, qui rendoient leurs oracles ; comme aussi de ceux qui se présentoient pour les consulter ; & lorsqu'il s'agissoit de se purifier de quelque maniere que ce fût, c'étoit un préliminaire indispensable.

Les Romains, plus superstitieux que les Grecs, pousserent encore plus loin l'usage des jeûnes ; Numa Pompilius lui-même observoit des jeûnes périodiques, avant les sacrifices qu'il offroit chaque année, pour les biens de la terre. Nous lisons dans Tite-Live, que les Décemvirs, ayant consulté par ordre du sénat, les livres de la sybille, à l'occasion de plusieurs prodiges arrivés coup-sur-coup, ils déclarerent que pour en arrêter les suites, il falloit fixer un jeûne public en l'honneur de Cérès, & l'observer de cinq en cinq ans : il paroît aussi qu'il y avoit à Rome des jeûnes réglés en l'honneur de Jupiter.

Si nous passons aux nations asiatiques, nous trouverons dans les Mémoires du P. le Comte, que les Chinois ont de tems immémorial, des jeûnes établis dans leur pays, pour les préserver des années de stérilités, des inondations, des tremblemens de terre, & autres desastres. Tout le monde sait que les Mahométans suivent religieusement le même usage ; qu'ils ont leur ramadan, & des dervis qui poussent au plus haut point d'extravagance leurs jeûnes & leurs mortifications.

Quand on réfléchit sur une pratique si généralement répandue, on vient à comprendre qu'elle s'est établie d'elle-même, & que les peuples s'y sont d'abord abandonné naturellement. Dans les afflictions particulieres, un pere, une mere, un enfant chéri, venant à mourir dans une famille, toute la maison étoit en deuil, tout le monde s'empressoit à lui rendre les derniers devoirs ; on le pleuroit ; on lavoit son corps ; on l'embaumoit ; on lui faisoit des obseques conformes à son rang : dans ces occasions, on ne pensoit guere à manger, on jeûnoit sans s'en appercevoir.

De même dans les desolations publiques, quand un état étoit affligé d'une sécheresse extraordinaire, de plaies excessives, de guerres cruelles, de maladies contagieuses, en un mot de ces fléaux où la force & l'industrie ne peuvent rien ; on s'abandonne aux larmes ; on met les desolations qu'on éprouve sur la colere des dieux qu'on a forgés ; on s'humilie devant eux ; on leur offre les mortifications de l'abstinence ; les malheurs cessent ; ils ne durent pas toûjours ; on se persuade alors qu'il en faut attribuer la cause aux larmes & au jeûne, & on continue d'y recourir dans des conjonctures semblables.

Ainsi les hommes affligés de calamités particulieres ou publiques, se sont livrés à la tristesse, & ont négligé de prendre de la nourriture ; ensuite ils ont envisagé cette abstinence volontaire comme un acte de religion. Ils ont cru qu'en macérant leur corps, quand leur ame étoit désolée, ils pouvoient émouvoir la miséricorde de leurs dieux ou de leurs idoles : cette idée saisissant tous les peuples, leur a inspiré le deuil, les voeux, les prieres, les sacrifices, les mortifications, & l'abstinence. Enfin, Jesus-Christ étant venu sur la terre, a sanctifié le jeûne, & toutes les sectes chrétiennes l'ont adopté ; mais avec un discernement bien différent ; les unes en regardant superstitieusement cette observation comme une oeuvre de salut ; les autres, en ne portant leurs vûes que sur la solide piété, qui se doit toute entiere à de plus grands objets. (D.J.)


JEÛNESJEÛNES

Diverses conjonctures engagerent les souverains sacrificateurs à multiplier ces sortes de cérémonies. L'histoire sacrée fait mention de quatre grands jeûnes réglés que les Juifs de la captivité observoient depuis la destruction de la ville & du temple, en mémoire des calamités qu'ils avoient souffertes.

Le premier de ces jeûnes tomboit le 10 du dixieme mois, parce que ce jour-là Nabuchodonosor avoit mis la premiere fois le siége devant Jérusalem. II. Rois, xxv. 1. Jérémie, LII. 4. Zacharie, VIII. 19.

Le second jeûne arrivoit le 9 du quatrieme mois, à cause que ce jour-là la ville avoit été prise. II. Rois, xxv. 3. Jérémie, XXIX. 2. Zacharie, VIII. 19.

Le troisieme jeûne se célébroit le 10 du cinquieme mois, parce qu'en ce jour la ville & le temple avoient été brûlés par Nébuzaradan. Jérémie, LII. 12. Zacharie, VII. 3. & VIII. 19.

Le quatrieme jeûne se solemnisoit le 3 du septieme mois, parce que dans ce jour Gnédalia avoit été tué, & qu'à l'occasion de cet accident le reste du peuple avoit été dispersé & chassé du pays, ce qui avoit achevé de le détruire. Jérémie, XLI. 1. Zacharie, VII. 5. & VIII. 19.

Les Juifs observent encore aujourd'hui ces quatre grands jeûnes, quoiqu'ils ne soient pas fixés exactement aux mêmes jours dans leur présent calendrier, que dans le premier.

Leur présent calendrier, pour le dire en passant, a été fait par R. Hillel, vers l'an 360 de Notre Seigneur. Leur année ancienne étoit une année lunaire qu'on accordoit avec la solaire par le moyen des intercalations ; la maniere en est inconnue : ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle avoit toûjours son commencement à l'équinoxe du printems, saison à laquelle le provenu de leurs troupeaux & de leurs champs, dont l'usage étoit requis dans leurs fêtes de Pâques & de Pentecôte, le fixoit nécessairement.

Outre ces grands jeûnes universels, il y avoit des jeûnes de surérogation deux fois par semaine, dont ceux qui se piquoient de régularité, se faisoient une loi particuliere ; & l'on voit qu'ils étoient en usage du tems de J. C. puisque le Pharisien de l'évangile se glorifioit de les garder religieusement, jejuno bis sabbato, dit-il.

Ils avoient en outre les jeûnes des vieilles & des nouvelles lunes, c'est-à-dire des derniers jours de leurs mois lunaires, & des jeûnes de l'anniversaire de la mort de leurs proches parens & intimes amis.

Enfin on a vû des Juifs qui jeûnoient un certain jour de l'année, en mémoire de la version des septante, pour expier cette lache condescendance de leurs docteurs pour un prince étranger ; & cette prévarication insigne contre la dignité de leur loi qui dans leur opinion n'avoit été faite que pour eux seuls.

Je n'entrerai point dans le détail des observances dont ils accompagnoient ces actes d'humiliation ; ce sont des choses connues de tout le monde ; on sait que leurs abstinences devoient durer 27 ou 28 heures, qu'elles commençoient avant le coucher du soleil, & ne finissoient que le lendemain quand les étoiles paroissoient ; qu'ils prenoient ces jours-là des surtous blancs faits exprès, en signe de pénitence ; qu'ils se couvroient d'un sac ; qu'ils se couchoient sur la cendre ; qu'ils en mettoient sur leur tête, & dans les grandes occasions sur l'arche de l'alliance ; que plusieurs passoient toute la nuit & le jour suivant dans le temple, en prieres, en lectures tristes, les piés nuds & la discipline à la main, dont ils s'appliquoient des coups par compte & par nombre ; qu'enfin pour couronner régulierement leurs abstinences, ils se contentoient de manger le soir du pain trempé dans l'eau, & du sel pour tout assaisonnement, y joignant quelquefois des herbes ameres, avec quelques légumes.

Mais ceux qui souhaiteront s'instruire particulierement de toutes ces choses, peuvent consulter Maimonides, Léon de Modène, Buxtorf, Basnage, & plusieurs autres savans qui ont traité à fond des cérémonies judaïques, anciennes & nouvelles. (D.J.)

JEUNE, (Médecine) la privation totale des alimens, aux heures où on a coutume d'en prendre, est souvent d'un aussi grand effet pour préserver des maladies, ou pour empêcher les progrès de celles qui commencent, que la modération dans leur usage est utile & nécessaire pour conserver la santé : ainsi les personnes d'un tempérament foible, délicat, se trouvent très-bien non-seulement de diminuer de tems en tems la quantité ordinaire de leur nourriture, mais encore de s'abstenir entierement de manger, en retranchant par intervalles quelque repas ; ce qui est sur-tout très-salutaire dans le cas de pléthore, comme lorsqu'on a passé quelque tems sans faire autant d'exercice qu'à l'ordinaire, lorsqu'on a été exposé par quelque cause que ce soit, à quelque suppression de la transpiration insensible, ou de toute autre évacuation nécessaire ou utile, lorsque les humeurs condensées par le froid & la plus grande action des vaisseaux qui en est une suite, se disposent à tomber en fonte, par le retour de la chaleur de l'air.

C'est pourquoi le jeûne que pratiquent les Chrétiens à l'entrée du printems, semble ne devoir être regardé comme une loi de privation agréable à Dieu, qu'autant qu'elle est une leçon de tempérance, un précepte médicinal, une abstinence salutaire qui tend à préserver des maladies de la saison, qui dépendent principalement de la surabondance des humeurs.

Le jeûne ne convient pas cependant également à toute sorte de personnes ; il faut être d'un âge avancé pour le bien supporter, parce qu'on fait alors moins de dissipation : aussi Hippocrate assure-t-il (aphor. xiij. sect. 1.) que les vieilles gens se passent plus facilement de manger que les autres, par opposition aux enfans qui ne se passent que difficilement de prendre de la nourriture, & ainsi à proportion, tout étant égal, par rapport aux différens tems de la vie. Voyez DIETE, ALIMENT, ABSTINENCE, NOURRITURE.


JEUNESSEjuventus, s. f. (Littérat.) c'est cet âge qui touche & qui accompagne le dernier progrès de l'adolescence, s'étend jusqu'à l'âge viril, & va rarement au-delà de trente ans.

Les Grecs l'appelloient d'ordinaire l'automne, , regardant la jeunesse comme la saison de l'année où les fruits parvenus au point de leur maturité sont excellens à cueillir. Pindare dit dans l'Ode II des Isthmioniques,


JÉVER(Géog.) petite ville d'Allemagne en Westphalie, au pays de Jéverland, auquel elle donne son nom. Le Jéverland ne s'étend en long & en large que trois milles, & contient 18 paroisses, plusieurs châteaux, monasteres, & églises ; il appartient à la maison d'Anhalt-Zerbet. (D.J.)


JEVRASCHKAS. m. (Hist. nat. Zool.) nom que les Russes donnent à un animal quadrupede qui est assez commun aux environs de la ville de Jakusk en Sibérie. Cet animal est une espece de marmotte, mais beaucoup plus petit que les marmottes ordinaires. Il y en a qui vivent sous terre, & leur demeure a une entrée & une sortie ; ils y dorment pendant tout l'hiver. D'autres sont toujours en mouvement, & vont chercher des grains ou des plantes pour se nourrir. Voici comme M. Gmelin décrit le jevraschka : sa tête est assez ronde ; son museau est très-court ; on n'apperçoit point ses oreilles ; il a tout au plus un pié de long ; sa queue qui n'a qu'environ 3 pouces de longueur, est garnie de poils fort longs ; elle est noirâtre, mêlée de jaune en-dessus, & rougeâtre en-dessous ; son corps est renflé comme celui d'une souris ; les poils en sont gris mêlés de jaune ; le ventre est rougeâtre, & les pattes sont jaunâtres ; les pattes de derriere sont plus longues que celles de devant ; ces dernieres ont quatre ergots un peu crochus, & les premieres en ont cinq ; ils mordent très-fort, & ont un cri fort clair quand on leur fait du mal ; ils se tiennent sur leurs pattes de derriere, & mangent avec les pattes de devant comme les marmottes ; ils engendrent ordinairement en Avril, & ont de cinq à huit petits en Mai. C'est suivant M. Gmelin une marmotte en petit. Voyez Gmelin, voyage de Sibérie.


JÉZIDou JÉZIDÉEN, s. m. (Théolog.) nom qui signifie hérétique chez les Mahométans. Voyez HERETIQUE. Dans ce sens jézidéen est opposé à musulman. Voyez MUSULMAN. Leunclavius dit que ce nom vient d'un émir nommé Jézide qui tua les deux fils d'Ali, Hasan & Hussein, neveux de Mahomet par leur mere, & qui persécuta la postérité de ce prophete. Les Agaréniens dont il étoit émir ou prince, le regarderent comme un impie & un hérétique, & de-là vint la coutume d'appeller jézidéens les hérétiques.

Quelques-uns parlent des Jézides comme d'un peuple particulier qui parle une langue différente du turc & du persan, quoiqu'elle approche de la derniere. Ils disent qu'il y a deux sortes de Jézides, les blancs & les noirs. Les blancs n'ont point le collet de leurs chemises fendu ; il n'a qu'une ouverture ronde pour passer la tête, & cela en mémoire d'un cercle d'or & de lumiere descendu du ciel dans le cou de leur grand Scheik, ou chef de leurs sectes. Les Jézides noirs sont faquirs ou religieux. Voyez FAQUIR.

Les Turcs & les Jézides se haïssent fort les uns les autres ; & la plus grande injure que l'on puisse dire à un homme en Turquie, c'est de l'appeller jézide. Au contraire les Jézides aiment fort les Chrétiens, parce qu'ils sont persuadés que Jézide leur chef est Jesus-Christ, ou parce qu'une de leurs traditions porte que Jézide fit autrefois alliance avec les Chrétiens contre les Musulmans. Voyez MAHOMETISME.

Ils boivent du vin même avec excès, & mangent du porc. Ils ne reçoivent la circoncision que quand ils y sont forcés par les Turcs. Leur ignorance est extrème ; ils n'ont aucuns livres ; ils croient cependant à l'Evangile & aux livres sacrés des Juifs, sans les lire ni sans les avoir ; ils font des voeux & des pélerinages ; mais ils n'ont ni mosquées ni temples, ni oratoires, ni fêtes, ni cérémonies ; & tout leur culte se réduit à chanter des cantiques spirituels à l'honneur de Jesus-Christ, de la Vierge, de Moïse & de Mahomet. Quand ils prient ils se tournent du côté de l'orient à l'exemple des Chrétiens, au lieu que les Turcs regardent le midi ; ils croient qu'il se pourra faire que le diable rentre en grace avec Dieu, & ils le regardent comme l'exécuteur de la justice de Dieu dans l'autre monde. De-là vient qu'ils se font un point de religion de ne le point maudire, de peur qu'il ne se vange : aussi quand ils en parlent ils le nomment l'ange paon, ou celui que les ignorans maudissent.

Les Jézides noirs sont réputés saints, & il n'est pas permis de pleurer leur mort ; on s'en réjouit ; ils ne sont pour-tant la plûpart que des bergers. Il ne leur est pas permis de tuer eux-mêmes les animaux dont ils mangent la viande ; & ils laissent ce soin aux Jézides blancs. Les Jézides vont en troupe comme les Arabes, changent souvent de demeure, & habitent sous des pavillons noirs faits de poil de chevre, & entourés de gros roseaux & d'épines liés ensemble. Ils disposent leurs tentes en rond, & mettent leurs troupeaux au milieu. Ils achetent leurs femmes, dont le prix ordinaire est de deux cent écus, quelles qu'elles soient. Le divorce leur est permis, pourvû que ce soit pour se faire faquir. C'est un crime parmi eux de raser ou de couper sa barbe, quelque peu que ce soit. Ils ont certaines coutumes qui semblent montrer qu'ils descendent de quelque secte de Chrétiens ; par exemple, dans leurs festins l'un d'eux présente une tasse pleine de vin à un autre, & lui dit : prenez le calice du sang de J. C. celui-ci baise la main de celui qui lui présente la tasse, & la boit. Diction. de Trévoux.


IFS. m. taxus, (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur composée de sommets, qui, pour la plûpart, ont la forme d'un champignon ; cette fleur est stérile, l'embryon devient dans la suite une baie concave faite en forme de cloche & pleine de suc ; elle renferme une semence. Il y a de ces fruits qui ressemblent à un gland, car ils ont une calotte qui embrasse la semence. Tournefort, Instit. rei herb. Voyez PLANTE.

IF, taxus, arbre toûjours verd, qui vient naturellement dans quelques contrées méridionales de l'Europe ; mais par l'usage que l'on en fait, & la contrainte où on l'assujettit, il ne paroît nulle part que sous la forme d'un arbrisseau. Si cependant on le laisse croître de lui-même, il prend une tige droite, qui s'éleve, grossit, & devient un moyen arbre. Son écorce est mince, rougeâtre, & sans gersures à tout âge ; ses feuilles sont petites, étroites, assez ressemblantes à celles du sapin, mais d'un verd obscur & triste. L'arbre donne au printems, aux extrémités de ses jeunes rameaux, des fleurs mâles ou chatons écailleux qui servent à féconder ses fruits ; ce sont des baies molles, visqueuses, & d'un rouge vif, dont chacune contient une semence.

Cet arbre est très-robuste ; & quoiqu'il habite les pays tempérés, on le trouve plus volontiers sur le sommet des montagnes les plus froides, dans les gorges serrées & exposées au nord, dans des côteaux à l'ombre, dans les lieux secs & pierreux, dans les terres légeres & stériles. Il peut venir sous les autres arbres, & il est si traitable, qu'on le voit réussir dans tous les terreins où on l'emploie pour la décoration des jardins, & où il n'y a que l'humidité qui puisse le faire échouer.

L'if se multiplie aisément de semences, de boutures ou de branches couchées. Le premier moyen est le plus lent, mais le meilleur qu'on puisse employer pour avoir des arbres forts & bien enracinés. Les deux autres méthodes seroient préférables par leur célérité, si elles n'avoient l'inconvénient de donner des plants défectueux, soit parce qu'ils sont courbes, ou qu'ils n'ont point de tige déterminée. La graine de l'if est mûre au mois de Septembre, elle reste ordinairement sur les arbres jusqu'en Décembre ; mais comme les oiseaux en sont fort avides, on court risque de n'en plus trouver en différant plus long-tems de la faire cueillir : il vaut donc mieux faire cette récolte dans le mois d'Octobre. On peut la semer sur-le-champ, ou attendre le printems, ou bien l'automne suivante, ou même différer jusqu'à l'autre printems. En prenant le premier parti, il en pourra lever quelques-unes au printems suivant ; mais le plus grand nombre ne levera qu'au second printems, & il en sera de même des graines que l'on aura semées dans les trois autres tems ; ensorte qu'il faut que cette graine soit surannée pour être assuré de la voir lever au bout de six semaines. Comme il n'y a presque rien à gagner en la semant immédiatement après qu'elle a été recueillie, il vaut encore mieux la garder pendant la premiere année, dans de la terre ou du sable, en un lieu sec ; on épargnera l'occupation du terrein, & la peine de le tenir en culture. Si cependant on avoit intérêt d'accélérer, il y a différens moyens d'en venir à bout que l'on pourra employer ; il faudra où laisser suer les graines, ou les mettre en fermentation : voyez ce qui a été dit à ce sujet à l'article HOUX.

Il faut semer la graine d'if dans un terrein frais & léger, contre un mur exposé au nord. Bien des gens la sement en plein champ ; mais il vaut mieux la mettre en rayons, que l'on recouvrira d'un demi pouce de terreau fort léger ; cela donnera plus de facilité pour la culture. La premiere année les plants s'éleveront à un pouce ; la seconde, à environ trois ou quatre pouces ; & la troisieme année, ils auront communément un pié ; c'est alors qu'ils seront en état d'être mis en pepiniere. Mais comme les racines de cet arbre sont courtes, menues, en petite quantité, & à fleur de terre, il faut avoir la précaution de transplanter les jeunes plants tous les deux ans, afin de les empêcher d'étendre leurs racines, & les disposer à pouvoir être enlevés avec la motte lorsqu'on voudra les placer à demeure : pendant le séjour qu'ils font à la pepiniere on les taille tous les ans, pour les faire brancher & épaissir, & on les prépare ainsi à prendre les figures auxquelles on les destine.

Si on veut multiplier l'if de branches couchées, on doit faire cette opération au printems ; on se sert pour cela des branches qui se trouvent au pié des vieux arbres, & pour en assurer le succès il faut marcotter les branches en les couchant ; elles auront de bonnes racines au bout de deux ans, & alors on pourra les mettre en pepiniere. Si on prend le parti de propager cet arbre de boutures, il faut les faire au mois d'Avril, par un tems humide, dans un terrein frais & bien meuble, contre un mur, à l'exposition du nord. Les plus jeunes branches sont les meilleures pour cet oeuvre ; le plus grand nombre de ces boutures poussera la premiere année, & annoncera du succès ; mais la plûpart malgré cela n'ayant point encore fait racine, ou n'en ayant que de bien foibles, on les verra se dessécher & périr par le hâle du printems suivant, si on n'a grand soin de les couvrir & de les arroser : il ne faut s'attendre à les trouver bien enracinés qu'après la troisieme année, qui sera le tems de les transplanter en pepiniere.

Par les précautions que l'on a conseillé de prendre pour l'éducation de ces arbres durant le tems qu'ils sont en pepiniere, on doit juger qu'il ne faut pas moins d'attention pour les transplanter à demeure, & c'est sur-tout au choix de la saison qu'il faut s'attacher. Le fort de l'hiver & le grand été n'y sont nullement propres ; tous autres tems sont convenables, à l'exception toutes-fois des commencemens du printems, & particulierement de ce tems sec, vif & brûlant, que l'on nomme le hâle de Mars. Ce hâle est le fléau des arbres toûjours verds ; c'est l'intempérie la plus à craindre pour les plants de ces arbres, qui sont jeunes ou languissans, ou nouvellement plantés. Les mois que l'on doit préférer pour la transplantation de l'if sont ceux d'Avril & de Septembre, encore faut-il profiter pour cela d'un tems doux, nébuleux & humide ; garantir les plants du soleil en les couvrant de paille, & les arroser souvent, mais modérément. Si cependant les ifs que l'on prend le parti de transplanter sont trop forts, il sera bien difficile de les faire reprendre avec toutes les précautions possibles, & les plants jeunes ou moyens que l'on sera dans le cas d'envoyer au loin, doivent être enlevés avec la motte de terre, & mis en manequin pour en assurer le succès. L'if est un arbre agreste, sauvage, robuste ; dès qu'il est repris, il n'exige plus aucune culture.

Le bois de l'if est rougeâtre, veineux & fléxible, très-dur, très-fort, & presque incorruptible ; sa solidité le rend propre à différens ouvrages de Menuiserie, il prend un beau poli, & les racines s'emploient par les Tourneurs & les ébénistes.

On ne plante presque jamais cet arbre, pour le laisser croître naturellement ; on ne l'emploie au contraire que pour l'assujettir à différentes formes, qui demandent des soins, & encore plus de goût. L'if n'a nulle beauté, il est toûjours verd, & puis c'est tout ; mais sa verdure est si obscure, si triste, que tout l'agrément de cet arbre vient de la figure que l'art lui impose. Autrefois les ifs envahissoient les jardins par la quantité de plants de cet arbre qu'on y admettoit, & plus encore par les formes volumineuses & surchargées qu'on leur laissoit prendre. Aujourd'hui, quoique le goût soit dominant pour les arbrisseaux, on n'emploie l'if qu'avec ménagement, & on le retient à deux ou trois piés de haut ; on le met dans les plates-bandes des grands jardins pour en interrompre l'uniformité, & marquer à l'oeil des intervalles symmétriques ; on le place aussi entre les arbres des allées, autour des bosquets d'arbres toûjours verds, dans les salles de verdure, & autres pieces de décoration ; mais le meilleur usage que l'on puisse faire de cet arbre, c'est d'en former des banquettes, des haies de clôture ou de séparation, & sur-tout de hautes palissades ; il est très-propre à remplir ces objets, par la régularité dont il est susceptible. Ces haies & ces palissades sont d'une force impénétrable, par l'épaisseur qu'on peut leu