A B C D E F G H I K L M N O P Q R S T U W XYZ

    
CLe C,c, (Gram.) est la troisieme lettre de notre alphabet. La figure de cette lettre nous vient des Latins. Elle a aujourd'hui un son doux devant l'e & devant l'i ; on prononce alors le c comme une s, ce, ci, comme se, si ; ensorte qu'alors on pourroit regarder le c, comme le sigma des Grecs, tel qu'il se voit souvent, sur-tout dans les inscriptions, avec la figure de notre C capital, TAIC HMEPAIC (Gruter, tom. I. p. 70.), c'est-à-dire tais emerais ; & au tome. II. pag. 1020, on lit une ancienne inscription qui se voit à Alexandrie sur une colonne, Democrates periclitos architectos, Democrates illustre architecte. Il y a un très-grand nombre d'exemples du sigma ainsi écrit, sur-tout en lettres majeures ou capitales ; car en lettres communes le sigma s'écrit ainsi au commencement & au milieu des mots, & ainsi à la fin des mots. A l'égard de la troisieme figure du sigma, elle est précisément comme notre c dans les lettres capitales, & elle est en usage au commencement, au milieu, & à la fin des mots : mais dans l'écriture commune on recourbe la pointe inférieure du c, comme si on ajoûtoit une virgule au c : en voici la figure, .

Ainsi il paroît que le c doux n'est que le sigma des Grecs ; & il seroit à souhaiter que le c eût alors un caractere particulier qui le distinguât du c dur : car lorsque le c est suivi d'un a, d'un o, ou d'un u, il a un son dur ou sec, comme dans canon, cabinet, cadenat, coffre, Cologne, colombe, copiste, curiosité, cuvette, &c. Alors le c n'est plus la même lettre que le c doux, quoiqu'il paroisse sous la même figure ; c'est le cappa des Grecs, K, dont on a retranché la premiere partie ; c'est le q des Latins écrit sans u, ainsi qu'on le trouve en quelques anciens : pronunciandum q latinum sine u, quod hae voces ostendunt, punicè qalam, , calamus, qane, , canna. Angeli Caninii . Parisiis, 1578, pag. 31.

En bas-breton on écrit aussi le q sans u, ê qever, envers ; qen, qer, tant, tellement. Le q sans u est le cappa des Grecs, qui a les mêmes regles & le même son. Grammaire françoise celtique, à Vannes, 1738.

S'il arrive que par la raison de l'étymologie on conserve le c dans l'écriture devant a, o, u ; que dans la prononciation on donne le son doux au c, comme quand on écrit, il prononça, François, conçu, reçu, &c. à cause de prononcer, France, concevoir, recevoir, &c. alors on met sous le c une petite marque, qu'on appelle cédille ; ce qui pourroit bien être le même sigma dont nous avons déjà parlé, qui en lettre commune s'écrit ainsi , , sô : ensorte que la petite queue de ce sigma pourroit bien être nôtre cédille.

Depuis que l'auteur du bureau typographique a mis en usage la méthode dont on parle au chapitre vj. de la grammaire générale de P. R. les maîtres qui montrent aujourd'hui à lire, à Paris, donnent une double dénomination au c ; ils l'appellent ce devant e & devant i : ainsi en faisant épeler, ils font dire ce, e, ce : ce, i, ci.

A l'égard du c dur ou sec, ils l'appellent ke ou que ; ainsi pour faire épeler cabane, ils font dire ke, a, ca ; be, a, ba, caba ; ne, e, ne, ca-ba-ne ; car aujourd'hui on ne fait que joindre un e muet à toutes les consonnes : ainsi on dit be, ce, de, me, re, te, se, ve ; & jamais effe, emme, enne, erre, esse. Cette nouvelle dénomination des lettres facilite extrèmement la lecture, parce qu'elle fait assembler les lettres avec bien plus de facilité. On lit en vertu de la dénomination qu'on donne d'abord à la lettre.

Il n'y a donc proprement que le c dur qui soit le kappa des Grecs n, dont on a retranché la premiere partie. Le c garde ce son dur après une voyelle & devant une consonne ; dicter, effectif.

Le c dur & le q sans u ne sont presque qu'une même lettre : il y a cependant une différence remarquable dans l'usage que les Latins ont fait de l'une & de l'autre de ces lettres, lorsqu'ils ont voulu que la voyelle qui suit le q accompagné de l'u, ne fît qu'une même syllabe ; ils se sont servis de qu : ainsi ils ont écrit, aqua, qui, quiret, reliquum, &c. mais lorsqu'ils ont eu besoin de diviser cette syllabe, ils ont employé le c au lieu de notre trema ; ainsi on trouve dans Lucrece a-cu-a en trois syllabes, au lieu de aqua en deux syllabes : de même ils ont écrit qui monosyllabe au nominatif, au lieu qu'ils écrivoient cu-i dissyllabe au datif. On trouve aussi dans Lucrece cu-i-ret pour quiret, relicu-um pour reliquum.

Il faut encore observer le rapport du c au g. Avant que le caractere g eût été inventé chez les Latins, le c avoit en plusieurs mots la prononciation du g ; ce fut ce qui donna lieu à Sp. Carvilius, au rapport de Terentius Scaurus, d'inventer le g pour distinguer ces deux prononciations : c'est pourquoi Diomede, lib. II. cap. de litterâ, appelle le g lettre nouvelle.

Quoique nous ayons un caractere pour le c, & un autre pour le g, cependant lorsque la prononciation du c a été changée en celle du g, nous avons conservé le c dans notre orthographe, parce que les yeux s'étoient accoûtumés à voir le c en ces mots-là : ainsi nous écrivons toûjours Claude, Cicogne, second, secondement, seconder, secret, quoique nous prononcions Glaude, Cigogne, segond, segondement, segonder : mais on prononce secret, secrettement, secrétaire.

Les Latins écrivoient indifféremment vicesimus ou vigesimus ; Gaius ou Caius ; Gneius pour Cneius.

Pour achever ce qu'il y a à dire sur ce rapport du c au g, je ne puis mieux faire que de transcrire ici ce que l'auteur de la méthode latine de P. R. a recueilli à ce sujet, pag. 647.

" Le g n'est qu'une diminution du c, au rapport de Quintilien ; aussi ces deux lettres ont-elles grande affinité ensemble, puisque de nous faisons gubernator ; de , gloria ; de agere, actume de nec-otium, negotium : & Quintilien témoigne ; que dans Gaius, Gneius, on ne distinguoit pas si c'étoit un c ou un g, c'est de-là qu'est venu que de centum on a formé quadringenti, quingenti, septengenti, &c. de porricere, qui est demeuré en usage dans les sacrifices, on a fait porrigere ; & semblables.

On croit que le g n'a été inventé qu'après la premiere guerre de Carthage, parce qu'on trouve toûjours le c pour le g dans la colonne appellée rostrata, qui fut élevée alors en l'honneur de Duillius consul, & qui se voit encore à Rome au capitole ; on y lit, macistratos leciones pucnando copias Cartaciniensis : ce que l'on ne peut bien entendre si l'on ne prend le c dans la prononciation du k. Aussi est-il à remarquer que Suidas parlant du croissant que les sénateurs portoient sur leurs souliers, l'appelle ; faisant assez voir par-là que le c & le k passoient pour une même chose, comme en effet ils n'étoient point différens dans la prononciation ; car au lieu qu'aujourd'hui nous adoucissons beaucoup le c devant l'e & devant l'i ensorte que nous prononçons Cicero comme s'il y avoit Sisero ; eux au contraire prononçoient le en ce mot & en tous les autres, de même que dans caput & dans corpus, kikero ".

Cette remarque se confirme par la maniere dont on voit que les Grecs écrivoient les mots latins où il y avoit un c, sur-tout les noms propres, Caesar, ; Cicero, , qu'ils auroient écrit , s'ils avoient prononcé ce mot comme nous le prononçons aujourd'hui.

Voici encore quelques remarques sur le c.

Le c est quelquefois une lettre euphonique, c'est-à-dire mise entre deux voyelles pour empêcher le bâillement ou hiatus ; si-c-ubi, au lieu de si-ubi, si en quelque part, si en quelque endroit ; nun-c-ubi, pour num-ubi ? est-ce que jamais ? est-ce qu'en quelque endroit ?

Quelques auteurs ont cru que le c venoit du chaph des Hébreux, à cause que la figure de cette lettre est une espece de quarré ouvert par un côté ; ce qui fait une sorte de c tourné à gauche à la maniere des Hébreux : mais le chaph est une lettre aspirée qui a plus de rapport au , chi, des Grecs qu'à notre c.

D'ailleurs les Latins n'ont point imité les caracteres hébreux. La lettre des Hébreux dont la prononciation répond davantage au & à notre c, c'est le kouph dont la figure n'a aucun rapport au c.

Le P. Mabillon a observé que Charlemagne a toujours écrit son nom avec la lettre c ; au lieu que les autres rois de la seconde race, qui portoient le nom de Charles, l'écrivoient avec un k ; ce qui se voit encore sur les monnoies de ces tems-là.

Le C qui est la premiere lettre du mot centum, étoit chez les Romains une lettre numérale qui signifioit cent. Nous en faisons le même usage quand nous nous servons du chiffre romain, comme dans les comptes qu'on rend en justice, en finance, &c. Deux CC marquent deux cent, &c. Le avec une barre au-dessus, comme on le voit ici, signifioit cent mille. Comme le C est la premiere lettre de condemno, on l'appelloit lettre funeste ou triste, parce que quand les juges condamnoient un criminel, ils jettoient dans l'urne une tablette sur quoi la lettre c étoit écrite, au lieu qu'ils y écrivoient un A quand ils vouloient absoudre. Universi judices in cistam tabulas simul conjiciebant suas : easque inculptas litteras habebant, A, absolutionis, C, condemnationis. Asconius Pedianus in Divinat. Cic.

Dans les noms propres, le C écrit par abréviation signifie Caius : s'il est écrit de droite à gauche, il veut dire Caia. Voyez Valerius Probus, de notis Romanorum, qui se trouve dans le recueil des grammairiens latins, Auctores linguae latinae.

Le C mis après un nom propre d'homme, ou doublé après deux noms propres, marquoit la dignité de consul. Ainsi Q. Fabio & T. Quintio CC, signifie sous le consulat. de Quintus Fabius, & de Titus Quintus. En italien, le c devant l'e ou devant l'i, a une sorte de son qui repond à notre tche, tchi, faisant entendre le t foiblement : au contraire si le c est suivi d'une h, on le prononce comme le ké ou qué, ki ou qui : mais la prononciation particuliere de chaque consonne regarde la grammaire particuliere de chaque langue.

Parmi nous, le C sur les monnoies est la marque de la ville de Saint-Lô en Normandie. (F)


Cdans le Commerce : cette lettre seule, ou suivie, ou précédée de quelques autres, sert aux marchands, négocians, banquiers & teneurs de livres, pour abréger certains termes qu'ils sont obligés de répéter souvent dans les écritures, qu'ils portent sur leurs journaux ou registres ; C. signifie compte ; C. O. compte ouvert ; C. C. compte courant ; M. C. mon compte ; S. C. son compte ; L. C. leur compte ; N. C. notre compte. Voyez ABREVIATION. (G)

C est, en Musique, le signe de la mesure à quatre tems. Voyez MESURE.

C BARRE, qui se fait ainsi , est en Musique, le signe de la mesure à quatre tems vîtes, ou plûtôt à deux tems posés, conservant pourtant toûjours le caractere de la mesure à quatre tems, qui est l'égalité des croches. Voyez MESURE.

C-SOL-UT, C-SOL-FA-UT, ou simplement C, caractere ou terme de Musique, qui indique la note que nous appellons ut. Voyez GAMME. C'est aussi le nom de l'une des trois clés de la Musique. Voy. CLE. (S)

* Quant à la formation de la lettre C, considérée comme caractere d'écriture, voyez l'art. ECRITURE.


C'EST POURQUOIAINSI, (Gramm. Syn.) termes relatifs à la liaison d'un jugement de l'esprit avec un autre jugement. C'est pourquoi, dit M. l'abbé Girard, dans ses Synonymes François, renferme dans sa signification particuliere un rapport de cause & d'effet ; & ainsi ne renferme qu'un rapport de prémisses & de conséquences. Les femmes sont changeantes ; c'est pourquoi les hommes deviennent inconstans : nous leur donnons la liberté, ainsi nous paroissons les estimer plus que les Orientaux qui les enferment. C'est pourquoi se rendroit par cela est la raison pour laquelle ; & ainsi, par cela étant. La derniere de ces expressions n'indique qu'une condition. L'exemple suivant où elles pourroient être employées toutes deux, en fera bien sentir la différence. Je puis dire : nous avons quelqu'affaire à la campagne, ainsi nous partirons demain s'il fait beau ; ou c'est pourquoi nous partirons demain s'il fait beau ; Dans cet exemple, ainsi se rapporte à s'il fait beau, qui n'est que la condition du voyage ; & c'est pourquoi, se rapporte à nous avons quelqu'affaire, qui est la cause du voyage.


CA-REVAUcri de Chasse, c'est-à-dire que le cerf s'en retourne dans son pays.


CA-VA-LA-HAUT(Chasse) maniere de parler aux chiens quand ils chassent.


CAA-APIA(Hist. nat. bot.) petite plante du Bresil dont la racine est longue d'un ou deux travers de doigt, grosse comme le tuyau d'une plume de cygne, noüeuse, garnie de petits filamens d'un gris jaunâtre en-dehors, blanche en-dedans ; d'abord insipide au goût, puis un peu acre & piquante. Il part de cette racine trois ou quatre pédicules longs de trois ou quatre travers de doigt, & portant chacun une feuille large d'un travers de doigt, longue de trois ou quatre, d'un verd luisant en-dessus, un peu blanchâtre en-dessous, traversée d'une nervure principale, d'où il en part d'autres latérales qui sont relevées en-dessous. La fleur a son pédicule particulier : elle est ronde, radiée, approchante de la fleur du bellis, à plusieurs étamines, & à semences rondes plus petites que la graine de moutarde. On attribue à la racine les vertus de l'ipecacuhana : mais c'est à tort. Cependant elle arrête le flux, & fait vomir. Les habitans du Bresil pilent la plante entiere, & se servent de son suc contre la morsure des serpens & la blessure des fleches empoisonnées. Mém. de l'acad. des Sciences, 1700.


CAA-ATAYA(Hist. nat. bot.) plante du Bresil dont la racine est petite, blanche, quarrée, de la hauteur d'un pié, d'un verd pâle, foible, genouillée, partie droite, partie rampante, & prenant racine où ses noeuds touchent la terre. Elle a à chaque noeud deux petites feuilles opposées, semblables à celles de la véronique mâle pour la position & pour la figure, d'un verd pâle, & dentelée par les bords. A chaque paire de feuilles est une petite fleur blanche en casque, à laquelle succede une gousse semblable au grain d'avoine. Cette gousse s'ouvre & répand une petite semence ronde, d'un jaune foncé, & plus menue que celle du pavot. La plante n'a point d'odeur ; elle est un peu amere au goût. Broyée & bouillie dans l'eau, on en tire par décoction un purgatif violent par haut & par bas. On la pourroit rapporter au genre de l'eufraise.


CAA-ETIMAY(Hist. nat. bot.) plante du Bresil qui s'éleve à la hauteur de trois piés, a la tige verte, pleine d'une substance médullaire & couronné à son origine d'un grand nombre de feuilles longues de quatre à cinq doigts, étroites, dentelées par les bords, un peu velues, ainsi que la tige, dont la partie supérieure se divise en quatre, cinq, six, ou sept branches, couvertes de petites feuilles semblables à celles de l'hysope. Les plus petites branches portent un grand nombre de petites fleurs semblables à celles du seneçon. Ces fleurs dégénerent en un duvet qu'emporte le vent.

Cette plante a la feuille chaude & acre : on l'employe bouillie & broyée, contre la gratelle. Ray, Hist. plant.


CAA-OPIA(Hist. nat. bot.) arbre du Bresil qui n'est pas fort considérable. Son écorce est d'une couleur cendrée tirant sur le rouge, avec des raies brunes ; son bois est fort, il pousse beaucoup de branches ; ses feuilles sont fermes, vertes, tirant sur le rouge en-dessous, & d'un verd pâle & luisant en-dessus ; ses fleurs sont en ombelle, & tirent leur origine de petites éminences rondes, brunes, de la forme d'une lentille, d'où elles sortent à la longue, composées de cinq pétales d'un verd tirant sur le jaune, couvertes au-dedans d'une espece de laine blanche, & bien pourvûes de belles étamines jaunes : les fleurs sont suivies de baies vertes d'abord, de la grosseur d'une cerise, rondes, couvertes d'une coque molle, d'où étant tirées & écrasées, elles rendent par exsudation une substance liquide d'un fort beau jaune : au-dedans de l'écorce de cet arbre est renfermée une pulpe blanche composée de corps cylindriques, placés les uns à côté des autres, & adhérens entr'eux à l'extrémité des branches qui portent le fruit. Il y a toûjours deux feuilles brunes, pointues, unies ou à moitié collées, qui ressemblent assez à une pique. Cet arbre fleurit en Novembre & en Décembre, & son fruit est mûr en Janvier ou Février. Si l'on fait une incision à son écorce, sur-tout lorsqu'il commence à bourgeonner, il en sortira au-bout d'un ou de deux jours une larme d'une couleur de safran, rougeâtre, qui est molle d'abord, mais qui se durcit par la suite : cette larme est de la couleur & consistance de la gutta-gamba. Elle se dissout dans l'esprit-de-vin, à qui elle donne une belle couleur de safran.

On se servoit autrefois de cette gomme comme d'un remede pour la gratelle, en la faisant dissoudre dans l'eau : mais elle n'a point tant d'efficacité que la gutta-gamba. En la faisant macérer dans du vinaigre de squille ou dans l'esprit-de-vin, on a un purgatif violent. Ray, Hist. plant.


CAABLÉadj. (Commerce de bois) on donne ce nom aux arbres que les vents ont abattus dans les forêts : ainsi caablé est synonyme à versé & à chablis. Voyez BOIS.


CAACICA(Hist. nat. bot.) plante du Bresil à racine petite & filamenteuse, d'où part un grand nombre de tiges voisines les unes des autres, hautes d'un demi-pié, & quelquefois davantage ; d'un verd rougeâtre, un peu velues, genouillées, de la grosseur du doigt, & portant à chaque noeud deux feuilles bien découpées, de la grandeur & de la forme de celles de la véronique mâle ; vertes en-dessus & blanchâtres en-dessous. Entre ces feuilles croît une multitude de petites fleurs en ombelle, d'un verd mêlé d'un peu de rouge : toute la plante rend un suc laiteux. Broyée, on l'applique pour la morsure des serpens & d'autres blessures.


CAAGHIYNITO(Hist. nat. bot.) arbrisseau de la grosseur du framboisier : sa tige est ligneuse & velue ; ses feuilles croissent par paires opposées, & sont couvertes d'un duvet doux au toucher, legerement découpées, divisées par trois nervures éminentes qui les traversent dans toute leur longueur, & d'où partent en grand nombre de petites veines qui se croisent en tous sens, plus vertes en-dessus qu'en-dessous, relevées en bosses en-dessus, & parsemées de cavités en-dessous. Il croît sur tout l'arbrisseau trois, quatre, cinq fleurs blanches, à cinq pétales qui se réunissent : elles sont suivies de baies noires de la grosseur de celles du genievre, douces au goût, & pleines d'un suc semblable à celui des baies de myrte. Les Negres les mangent. Le caaghiynito croît en plusieurs contrées du Bresil. On dit que ses feuilles mises en poudre, sont un bon remede contre les ulceres qui proviennent d'un principe chaud.


CAAGUA-CUBA(Hist. nat. bot.) petit arbre droit peu vigoureux, non branchu, couvert au sommet d'un grand nombre de feuilles larges d'un pié & davantage, longues d'un pié & demi, divisées par des nervures douces au toucher, velues, & plus vertes en-dessus qu'en-dessous. Il porte de petites fleurs disposées en ombelle, semblables à celles du tilleul, blanches, à cinq pétales, avec un ovaire jaune au milieu : elles ont aussi l'odeur des fleurs du tilleul. L'écorce de l'arbre est cendrée, & le bois en est cassant. Son fruit est noir quand il est mûr, & les oiseaux s'en nourrissent. Ray ne dit rien de ses vertus médicinales.


CAAIO(Hist. nat. bot.) plante du Bresil. M. Ray en distingue deux especes : il les appelle sensitives. Il n'en donne point la description, & ne leur attribue aucune propriété médicinale.


CAANA(Géog.) ville d'Egypte sur le bord oriental du Nil, agréable par sa situation, & curieuse par beaucoup de monumens. Long. 49. 58. lat. 25. 30.


CAAPEBA(Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur en rose, composée de quatre pétales disposés en rond, & stérile. Il s'éleve du milieu un pistil applati, rond, & marqué d'un ombilic. Il y a sur la même plante des embryons séparés des fleurs, qui deviennent dans la suite une baie molle & sphérique, qui renferme une semence ridée. Plumier, Nova plant. amer. gener. Voyez PLANTE.


CAB(Hist. anc.) mesure hébraïque, qui étoit la sixieme partie du séah ou satum, & la dix-huitieme partie de l'epha. Le cab contenoit une pinte, chopine, un poisson, un pouce cube & un peu plus. Le quart du cab étoit cette mesure de fiente de pigeon, ou plûtôt d'une sorte de pois chiche appellée de ce nom, qui fut vendue à Samarie jusqu'à cinq sicles pendant le siege de cette ville, comme il est rapporté au IV. livre des Rois, c. vj. vers. 25. Ce quart de cab contenoit un demi-septier, un poisson, un quart de poisson, trois lignes cubes & un peu plus. On l'appelle aussi rog ou robah. Le cab étoit fort différent du cad, cadus. Voyez CAD. Dictionnaire de la bible. (G)


CABACK(Hist. mod.) c'est ainsi qu'on appelle en Russie les cabarets & les maisons où l'on va boire du vin, de l'eau-de-vie, & d'autres liqueurs fortes. Tous les cabacks ou cabarets qui sont dans l'étendue de l'empire appartiennent au souverain ; il est le seul cabaretier de ses états : il afferme en argent ces sortes de maisons ; cela fait une partie considérable de ses revenus, attendu la vaste étendue des pays qui lui sont soûmis, & l'invincible penchant que ses sujets ont à s'enivrer de vin, & sur-tout d'eau-de-vie.


CABAIGNAC(Géog.) petite ville de France dans le haut Languedoc, entre Toulouse & Carcassonne.


    
    
CABALES. f. (Jurisp.) concert ou conspiration de plusieurs personnes, qui par des menées secrettes & illicites, travaillent sourdement à quelque chose d'injuste, comme à perdre un innocent, à sauver un coupable, à décréditer une bonne marchandise, un bon ouvrage, à ruiner quelque établissement utile, ou à faire éclorre quelque projet préjudiciable à l'état ou à la société.

Il se dit aussi du projet même des personnes qui cabalent. Ainsi l'on dit, si les manoeuvres des personnes mal-intentionnées ont réussi, ou ont manqué : la cabale l'a emporté cette fois ; la cabale a échoüé, &c.

De ce mot on a fait cabaleur, pour désigner celui qui trempe dans une cabale, ou plûtôt même celui qui en est le promoteur. (H)

CABALE, (Philos.) On n'entend pas seulement ici par le mot de Cabale, cette tradition orale dont les Juifs croyoient trouver la source sur le mont Sinaï où elle fut donnée à Moyse, en même tems que la loi écrite, & qui, après sa mort, passa aux prophetes, aux rois chéris de Dieu, & sur-tout aux sages, qui la reçurent les uns des autres par une espece de substitution. On prend sur-tout ce mot pour la doctrine mystique, & pour la philosophie occulte des Juifs, en un mot pour leurs opinions mystérieuses sur la Métaphysique, sur la Physique & sur la Pneumatique.

Parmi les auteurs chrétiens qui ont fait leurs efforts pour relever la Cabale, & pour la mettre au niveau des autres sciences, on doit distinguer le fameux Jean Pic de la Mirandole, qui à l'âge de vingt-quatre ans soûtint à Rome un monstrueux assemblage de toute sorte de propositions tirées de plusieurs livres cabalistiques qu'il avoit achetés à grands frais. Son zele pour l'Eglise Romaine fut ce qui l'attacha à la Cabale. Séduit par les éloges qu'on donnoit à la tradition orale des Juifs, qu'on égaloit presque à l'Ecriture-sainte, il alla jusqu'à se persuader que les livres cabalistiques qu'on lui avoit vendus comme authentiques, étoient une production d'Esdras, & qu'ils contenoient la doctrine de l'ancienne église judaïque. Il crut y découvrir le mystere de la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption du genre humain, la passion, la mort & la résurrection de J. C. le purgatoire, le baptême, la suppression de l'ancienne loi, enfin tous les dogmes enseignés & crûs dans l'Eglise catholique. Ses efforts n'eurent pas un bon succès. Ses thèses furent supprimées, & treize de ses propositions furent déclarées hérétiques. On peut lire dans Wolf le catalogue des auteurs qui ont écrit sur la Cabale.

Origine de la Cabale. Les commencemens de la Cabale sont si obscurs, son origine est couverte de si épais nuages, qu'il paroît presque impossible d'en fixer l'époque : cette obscurité d'origine est commune à toutes les opinions qui s'insinuent peu-à-peu dans les esprits, qui croissent dans l'ombre & dans le silence, & qui parviennent insensiblement à former un corps de système.

Il seroit assez inutile de rapporter ici les rêveries des Juifs sur l'origine de la philosophie cabalistique, on peut consulter l'article PHILOSOPHIE JUDAÏQUE, & nous aurons occasion d'en dire quelque chose dans le cours même de celui-ci : nous nous contenterons de dire ici qu'il y a des Juifs qui ont prétendu que l'ange Raziel, précepteur d'Adam, lui avoit donné un livre contenant la science céleste ou la Cabale, & qu'après le lui avoir arraché au sortir du jardin d'Eden, il le lui avoit rendu, se laissant fléchir par ses humbles supplications. D'autres disent qu'Adam ne reçut ce livre qu'après son péché, ayant demandé à Dieu qu'il lui accordât quelque petite consolation dans le malheureux état où il se voyoit réduit. Ils racontent que trois jours après qu'il eut ainsi prié Dieu, l'ange Raziel lui apporta un livre qui lui communiqua la connoissance de tous les secrets de la nature, la puissance de parler avec le soleil & avec la lune, de faire naître les maladies & de les guérir, de renverser les villes, d'exciter des tremblemens de terre, de commander aux anges bons & mauvais, d'interpréter les songes & les prodiges, & de prédire l'avenir en tout tems. Ils ajoûtent que ce livre en passant de pere en fils, tomba entre les mains de Salomon, & qu'il donna à ce savant prince la vertu de bâtir le temple par le moyen du ver Zamir, sans se servir d'aucun instrument de fer. Le rabbin Isaac Ben Abraham a fait imprimer ce livre au commencement de ce siecle, & il fut condamné au feu par les Juifs de la même tribu que ce rabbin.

Les savans qui ont écrit sur la Cabale sont si partagés sur son origine, qu'il est presque impossible de tirer aucune lumiere de leurs écrits : la variété de leurs sentimens vient des différentes idées qu'ils se formoient de cette science ; la plûpart d'entr'eux n'avoient point examiné la nature de la Cabale, comment ne se seroient-ils pas trompés sur son origine ? Ainsi sans prétendre à la gloire de les concilier, nous nous bornerons à dire ici ce que nous croyons de plus vraisemblable.

1°. Ceux qui ont étudié l'histoire de la Philosophie, & suivi les progrès de cette science depuis le commencement du monde jusqu'à la naissance de J. C. savent que toutes les nations, & sur-tout les peuples de l'orient, avoient une science mystérieuse qu'on cachoit avec soin à la multitude, & qu'on ne communiquoit qu'à quelques privilégiés : or, comme les Juifs tenoient un rang distingué parmi les nations orientales, on se persuadera aisément qu'ils durent adopter de bonne heure cette méthode secrette & cachée. Le mot même de Cabale semble l'insinuer ; car il signifie une tradition orale & secrette de certains mysteres dont la connoissance étoit interdite au peuple. (Lisez Vachterus in Elucidario Cabba. Schrammius, Dissert. de mysteriis Judaeorum philosophicis.) Mais parmi le grand nombre de témoignages que nous pourrions citer en faveur de ce sentiment, nous n'en choisirons qu'un tiré de Jochaïdes écrivain cabalistique. Idra Rabba §. 16. Cabb. denud. tom. II.

R. Schimeon exorsus dixit : qui ambulat ut circumforaneus, revelat secretum ; sed fidelis spiritu operit verbum, ambulans ut circumforaneus : hoc dictum quaestionem meretur, quia dicitur circumforaneus quare ambulans, vir circumforaneus dicendus erat, quid est ambulans ? Verumenimvero in illo, qui non est sedatus in spiritu suo, nec verax, verbum quod audivit, hùc illuc movetur, sicut spina in aquâ, donec illuc foras expellat ; quamobrem ? quia spiritus ejus non est stabilis.... nec enim mundus in stabilitate manet nisi per secretum, & si circa negotia mundana opus est secreto, quanto magis in negotiis secretorum secretissimorum & consideratione senis dierum, quae nequidem tradita sunt angelis.... Coelis non dicam ut auscultent ; terrae non dicam at audiat ; certè enim nos columnae mundorum summus.

Ainsi parle Schimeon Jochaïdes ; & il regardoit le secret comme une chose si importante qu'il fit jurer ses disciples de le garder. Le silence étoit si sacré chez les Esseniens, que Josephe (Prooem. hist. Judaïc.) assûre que Dieu punissoit ceux qui osoient le violer.

2°. Il n'est donc pas douteux que les Juifs n'ayent eu de bonne heure une science secrette & mystérieuse : mais il est impossible de dire quelque chose de positif soit sur la vraie maniere de l'enseigner, soit sur la nature des dogmes qui y étoient cachés, soit sur les auditeurs choisis auxquels on la communiquoit. Tout ce qu'on peut assûrer, c'est que ces dogmes n'étoient point contraires à ceux qui sont contenus dans l'Ecriture-sainte. On peut cependant conjecturer avec vraisemblance, que cette science secrette contenoit une exposition assez étendue des mysteres de la nouvelle alliance, dont les semences sont répandues dans l'ancien Testament. On y expliquoit l'esprit des cérémonies qui s'observoient chez les Juifs, & on y donnoit le sens des Prophéties dont la plûpart avoient été proposées sous des emblèmes & des énigmes : toutes ces choses étoient cachées au peuple, parce que son esprit grossier & charnel ne lui faisoit envisager que les biens terrestres.

3°. Cette Cabale, ou bien cette tradition orale se conserva pure & conforme à la loi écrite tout le tems que les prophetes furent les dépositaires & les gardiens de la doctrine : mais lorsque l'esprit de prophétie eut cessé, elle se corrompit par les questions oisives & par les assertions frivoles qu'on y mêla. Toute corrompue qu'elle étoit, elle conserva pourtant l'éclat dont elle avoit joüi d'abord, & on eut pour ces dogmes étrangers & frivoles qu'on y inséra, le même respect que pour les véritables. Voilà quelle étoit l'ancienne Cabale, qu'il faut bien distinguer de la philosophie cabalistique, dont nous cherchons ici l'origine.

4°. On peut d'abord établir qu'on ne doit point chercher l'origine de la philosophie cabalistique chez les Juifs qui habitoient la Palestine ; car tout ce que les anciens rapportent des traditions qui étoient en vogue chez ces Juifs, se réduit à des explications de la loi, à des cérémonies, & à des constitutions des sages. La philosophie cabalistique ne commença à paroître dans la Palestine que lorsque les Esseniens, imitant les moeurs des Syriens & des Egyptiens, & empruntant même quelques-uns de leurs dogmes & de leurs instituts, eurent formé une secte de philosophie. On sait par les témoignages de Josephe & de Philon, que cette secte gardoit un secret religieux sur certains mysteres & sur certains dogmes de Philosophie.

Cependant ce ne furent point les Esseniens qui communiquerent aux Juifs cette nouvelle Cabale ; il est certain qu'aucun étranger n'étoit admis à la connoissance de leurs mysteres : ce fut Simeon Schetachides qui apporta d'Egypte ce nouveau genre de tradition, & qui l'introduisit dans la Judée. (Voyez l'Histoire des Juifs) Il est certain d'ailleurs que les Juifs, dans le séjour qu'ils firent en Egypte sous le regne de Cambise, d'Alexandre le grand, & de Ptolomée Philadelphe, s'accommoderent aux moeurs des Grecs & des Egyptiens, & qu'ils prirent de ces peuples l'usage d'expliquer la loi d'une maniere allégorique, & d'y mêler des dogmes étrangers : on ne peut donc pas douter que l'Egypte ne soit la patrie de la philosophie cabalistique, & que les Juifs n'ayent inseré dans cette science quelques dogmes tirés de la philosophie égyptienne & orientale. On en sera pleinement convaincu, si l'on se donne la peine de comparer les dogmes philosophiques des Egyptiens avec ceux de la Cabale. On y mêla même dans la suite quelques opinions des Peripatéticiens (Morus, Cabb. denud. tom. I.) & J. Juste Losius (Giessae 1706.) a fait une dissertation divisée en cinq chapitres, pour montrer la conformité des sentimens de ces derniers philosophes avec ceux des Cabalistes.

L'origine que nous donnons à la philosophie cabalistique, sera encore plus vraisemblable pour ceux qui seront bien au fait de la Philosophie des anciens, & sur-tout de l'histoire de la Philosophie judaïque.

Division de la Cabale. La Cabale se divise en contemplative & en pratique : la premiere est la science d'expliquer l'Ecriture-sainte conformément à la tradition secrette, & de découvrir par ce moyen des vérités sublimes sur Dieu, sur les esprits & sur les mondes : elle enseigne une Métaphysique mystique, & une Physique épurée. La seconde enseigne à opérer des prodiges par une application artificielle des paroles & des sentences de l'Ecriture-sainte, & par leur différente combinaison.

1°. Les partisans de la Cabale pratique ne manquent pas de raisons pour en soûtenir la réalité. Ils soûtiennent que les noms propres sont les rayons des objets dans lesquels il y a une espece de vie cachée. C'est Dieu qui a donné les noms aux choses, & qui en liant l'un à l'autre, n'a pas manqué de leur communiquer une union efficace. Les noms des hommes sont écrits au ciel ; & pourquoi Dieu auroit-il placé ces noms dans ses livres, s'ils ne méritoient d'être conservés ? Il y avoit certains sons dans l'ancienne Musique, qui frappoient si vivement les sens, qu'ils animoient un homme languissant, dissipoient sa mélancolie, chassoient le mal dont il étoit attaqué, & le faisoient quelquefois tomber en fureur. Il faut nécessairement qu'il y ait quelque vertu attachée dans ces sons pour produire de si grands effets. Pourquoi donc refusera-t-on la même efficace aux noms de Dieu & aux mots de l'Ecriture ? Les Cabalistes ne se contentent pas d'imaginer des raisons pour justifier leur Cabale pratique ; ils lui donnent encore une origine sacrée, & en attribuent l'usage à tous les saints. En effet ils soûtiennent que ce fut par cet art que Moyse s'éleva au-dessus des magiciens de Pharaon, & qu'il se rendit redoutable par ses miracles. C'étoit par le même art qu'Elie fit descendre le feu du ciel, & que Daniel ferma la gueule aux lions. Enfin, tous les prophetes s'en sont servis heureusement pour découvrir les évenemens cachés dans un long avenir.

Les Cabalistes praticiens disent qu'en arrangeant certains mots dans un certain ordre, ils produisent des effets miraculeux. Ces mots sont propres à produire ces effets, à proportion qu'on les tire d'une langue plus sainte ; c'est pourquoi l'hébreu est préféré à toutes les autres langues. Les miracles sont plus ou moins grands, selon que les mots expriment ou le nom de Dieu, ou ses perfections & ses émanations ; c'est pourquoi on préfere ordinairement les séphirots, ou les noms de Dieu. Il faut ranger les termes, & principalement les soixante & douze noms de Dieu, qu'on tire des trois versets du xjv. chap. de l'Exode, d'une certaine maniere à la faveur de laquelle ils deviennent capables d'agir. On ne se donne pas toûjours la peine d'insérer le nom de Dieu : celui des démons est quelquefois aussi propre que celui de la divinité. Ils croyent, par exemple, que celui qui boit de l'eau pendant la nuit, ne manque pas d'avoir des vertiges & mal aux yeux : mais afin de se garantir de ces deux maux, ou de les guérir lorsqu'on en est attaqué, ils croyent qu'il n'y a qu'à ranger d'une certaine maniere le mot hébreu Schiauriri. Ce Schiauriri est le démon qui préside sur le mal des yeux & sur les vertiges ; & en écrivant son nom en forme d'équerre, on sent le mal diminuer tous les jours & s'anéantir. Cela est appuyé sur ces paroles de la Genese, où il est dit, que les anges frapperent d'ébloüissement ceux qui étoient à la porte de Loth, tellement qu'ils ne purent la trouver. Le Paraphraste chaldaïque ayant traduit aveuglement, beschiauriri, on a conclu que c'étoit un ange, ou plûtôt un démon qui envoyoit cette espece de mal, & qu'en écrivant son nom de la maniere que nous avons dit, on en guérit parfaitement. On voit par-là que les Cabalistes ont fait du démon un principe tout-puissant, à la Manichéenne ; & ils se sont imaginés qu'en traitant avec lui, ils étoient maîtres de faire tout ce qu'ils vouloient. Quelle illusion ! les démons sont-ils les maître de la nature, indépendans de la divinité ; & Dieu permettroit-il que son ennemi eût un pouvoir presque égal au sien ? Quelle vertu peuvent avoir certaines paroles préférablement aux autres ? Quelque différence qu'on mette dans cet arrangement, l'ordre change-t-il la nature ? Si elles n'ont aucune vertu naturelle, qui peut leur communiquer ce qu'elles n'ont pas ? Est-ce Dieu ? est-ce le démon ? est-ce l'art humain ? On ne le peut décider. Cependant on est entêté de cette chimere depuis un grand nombre de siecles.

Carmine laesa Ceres sterilem vanescit in herbam ?

Deficiunt laesae carmine fontis aquae ;

Ilicibus glandes, cantataque vitibus uva

Decidit, & nullo poma movente fluunt.

(Ovid. Amor. lib. III. Eleg. 7.)

Il faudroit guérir l'imagination des hommes, puisque c'est-là où réside le mal : mais il n'est pas aisé de porter le remede jusque-là. Il vaut donc mieux laisser tomber cet art dans le mépris, que de lui donner une force qu'il n'a pas naturellement, en le combattant & en le réfutant.

2°. La Cabale contemplative est de deux especes ; l'une qu'on appelle littérale, artificielle, ou bien symbolique ; l'autre qu'on appelle philosophique ou non artificielle.

La Cabale littérale est une explication secrette, artificielle, & symbolique de l'Ecriture-sainte, que les Juifs disent avoir reçûe de leurs peres, & qui, en transposant les lettres, les syllabes, & les Paroles, leur enseigne à tirer d'un verset un sens caché, & différent de celui qu'il présente d'abord. On peut voir dans Banage les soûdivisions de cette espece de Cabale, & les exemples de transpositions. Hist. des Juifs, chap. iij.

La Cabale philosophique contient une Métaphysique sublime & symbolique sur Dieu, sur les esprits, & sur le monde, selon la tradition que les Juifs disent avoir reçûe de leurs peres. Elle se divise encore en deux especes, dont l'une s'attache à la connoissance des perfections divines & des intelligences célestes, & s'appelle le Chariot ou Mercava ; parce que les Cabalistes sont persuadés qu'Ezéchiel en a expliqué les principaux mysteres dans le chariot miraculeux, dont il parle au commencement de ses révélations ; & l'autre qui s'appelle Bereschit ou le Commencement, roule sur l'étude du monde sublunaire. On lui donne ce nom à cause que c'est le premier mot de la Genese. Cette distinction étoit connue dès le tems de Maïmonides, lequel déclare qu'il veut expliquer tout ce qu'on peut entendre dans le Bereschit & le Mercava. (Maïmonides More Nevochim, pag. 2. ch. xxxjx. pag. 273.) Il soûtient qu'il ne faut parler du bereschit, que devant deux personnes ; & que si Platon & les autres Philosophes ont voilé les secrets de la nature sous des expressions métaphoriques, il faut à plus forte raison cacher ceux de la religion, qui renferment des mysteres beaucoup plus profonds.

Il n'est pas permis aux maîtres d'expliquer le Mercava devant leurs disciples. (Excerpta Gemarae de opere currus, apud Hottinger, pag. 50, 53, 89.) Les docteurs de Pumdebita consulterent un jour un grand homme qui passoit par-là, & le conjurerent de leur apprendre la signification de ce chariot. Il demanda pour condition, qu'ils lui découvrissent ce qu'ils savoient de la création : on y consentit ; mais, après les avoir entendus, il refusa de parler sur le chariot, & emprunta ces paroles du Cantique des Cantiques, le lait & le miel sont sous ta langue, c'est-à-dire qu'une vérité douce & grande doit demeurer sous la langue, & n'être jamais publiée. Un jeune étudiant se hasarda un jour de lire Ezéchiel, & à vouloir expliquer sa vision : mais un feu dévorant sortit du chasmal qui le consuma : c'est pourquoi les docteurs délibérerent s'il étoit à propos de cacher le livre du prophete, qui causoit de si grands desordres dans la nation. Un rabbin chassant l'âne de son maître, R. Jochanan, fils de Sauai, lui demanda la permission de parler, & d'expliquer devant lui la vision du chariot. Jochanan descendit aussi-tôt, & s'assit sous un arbre ; parce qu'il n'est pas permis d'entendre cette explication en marchant, monté sur un âne. Le disciple parla, & aussi-tôt le feu descendit du ciel ; tous les arbres voisins entonnerent ces paroles du pseaume : Vous, la terre, louez l'Eternel, &c. On voit par-là que les Cabalistes attachent de grands mysteres à ce chariot du prophete. Maïmonides (More Nevochim, part. III. préf.) dit, qu'on n'a jamais fait de livre pour expliquer le chariot d'Ezéchiel ; c'est pourquoi un grand nombre de mysteres qu'on avoit trouvés sont perdus. Il ajoûte qu'on doit le trouver bien hardi d'en entreprendre l'explication ; puisqu'on punit ceux qui révelent les secrets de la loi, & qu'on récompense ceux qui les cachent : mais il assûre qu'il ne débite point ce qu'il a appris par la révélation divine ; que les maîtres ne lui ont pas enseigné ce qu'il va dire, mais qu'il l'a puisé dans l'Ecriture même ; tellement qu'il semble que ce n'étoit qu'une traduction. Voilà de grandes promesses : mais ce grand docteur les remplit mal, en donnant seulement à son disciple quelques remarques générales, qui ne développent pas le mystere.

En effet, on se divise sur son explication. Les uns disent que le vent qui devoit souffler du septentrion avec impétuosité, représentoit Nabuchodonosor, lequel ruina Jérusalem & brûla son temple ; que les quatre animaux étoient les quatre anges qui présidoient sur les monarchies. Les roues marquoient les empires qui recevoient leur mouvement, leur progrès & leur décadence du ministere des anges. Il y avoit une roue dans l'autre ; parce qu'une monarchie a détruit l'autre. Les Babyloniens ont été renversés par les Perses : ceux-ci par les Grecs, qui ont été à leur tour vaincus par les Romains. C'est-là le sens littéral, mais on y découvre bien d'autres mysteres, soit de la nature, soit de la religion. Les quatre animaux sont quatre corps célestes, animés, intelligens. La roue est la matiere premiere, & les quatre roues sont les quatre élémens. Ce n'est-là que l'écorce du chariot ; si vous pénétrez plus avant, vous y découvrez l'essence de Dieu, ses attributs & ses perfections, la nature des anges, & l'état des ames après la mort. Enfin Morus, grand cabaliste, y a trouvé le regne du messie. (Visionis Ezechieliticae, sive mercavae expositio, ex principiis philosophiae pytag. theosophiaeque judaicae ; Cabbala Denud. tom. I. p. 225.)

Pour donner aux lecteurs une idée de la subtilité des Cabalistes, nous mettrons encore ici l'explication philosophique, qu'ils donnent du nom de Jehovah. Lexicon cabalisticum.

" Tous les noms & tous les sur noms de la divinité sortent de celui de Jehovah, comme les branches & les feuilles d'un grand arbre sortent d'un même tronc, & ce nom ineffable est une source infinie de merveilles & de mysteres. Ce nom sert de lien à toutes les splendeurs, ou séphirots : il en est la colonne & l'appui. Toutes les lettres qui le composent sont pleines de mysteres. Le Jod, ou l'J, est une de ces chose que l'oeil n'a jamais vûes : elle est cachée à tous les mortels ; on ne peut en comprendre ni l'essence ni la nature ; il n'est pas même permis d'y méditer. Quand on demande ce que c'est, on répond non, comme si c'étoit le néant ; parce qu'elle n'est pas plus compréhensible que le néant. Il est permis à l'homme de rouler ses pensées d'un bout des cieux à l'autre : mais il ne peut pas aborder cette lumiere inaccessible, cette existence primitive que la lettre Jod renferme. Il faut croire sans l'examiner & sans l'approfondir : c'est cette lettre qui découlant de la lumiere primitive, a donné l'être aux émanations : elle se lassoit quelquefois en chemin ; mais elle reprenoit de nouvelles forces par le secours de la lettre h, he, qui fait la seconde lettre du nom ineffable. Les autres lettres ont aussi des mysteres ; elles ont leurs relations particulieres aux séphirots. La derniere h découvre l'unité d'un Dieu & d'un Créateur ; mais de cette unité sortent quatre grands fleuves ; les quatre majestés de Dieu, que les Juifs appellent Schetinah. Moyse l'a dit ; car il rapporte qu'un fleuve arrosoit le jardin d'Eden, le Paradis terrestre, & qu'ensuite il se divisoit en quatre branches. Le nom entier de Jehovah renferme toutes choses. C'est pourquoi celui qui le prononce met dans sa bouche le monde entier, & toutes les créatures qui le composent. De-là vient aussi qu'on ne doit jamais le prononcer qu'avec beaucoup de précaution. Dieu lui-même l'a dit : Tu ne prendras point le nom de l'Eternel en vain. Il ne s'agit pas-là des sermens qu'on viole, & dans lesquels on appelle mal-à-propos Dieu à témoin des promesses qu'on fait ? mais la loi défend de prononcer ce grand nom, excepté dans son temple, lorsque le souverain sacrificateur entre dans le lieu très-saint au jour des propitiations. Il faut apprendre aux hommes une chose qu'ils ignorent, c'est qu'un homme qui prononce le nom de l'Eternel ou de Jehovah, fait mouvoir les cieux & la terre, à proportion qu'il remue sa langue & ses levres. Les anges sentent le mouvement de l'univers ; ils en sont étonnés, & s'entredemandent pourquoi le monde est ébranlé : on répond que cela se fait, parce que N. impie a remué ses levres pour prononcer le nom ineffable ; que ce nom a remué tous les noms & les surnoms de Dieu, lesquels ont imprimé leur mouvement au ciel, à la terre, & aux créatures. Ce nom a une autorité souveraine sur toutes les créatures. C'est lui qui gouverne le monde par sa puissance ; & voici comment tous les autres noms & surnoms de la divinité se rangent autour de celui-ci, comme les officiers & les soldats autour de leur général. Quelques-uns qui tiennent le premier rang, sont les princes & les Porte-étendards ; les autres sont comme les troupes & les bataillons qui composent l'armée. Au-dessous des LXX. noms, sont les LXX. princes des nations qui composent l'univers ; lors donc que le nom de Jehovah influe sur les noms & surnoms, il se fait une impression de ces noms sur les princes qui en dépendent, & des princes sur les nations qui vivent sous leur protection. Ainsi le nom de Jehovah gouverne tout. On représente ce nom sous la figure d'un arbre qui a LXX. branches, lesquelles tirent leur suc & leur seve du tronc ; & cet arbre est celui dont parle Moyse, qui étoit planté au milieu du jardin, & dont il n'étoit pas permis à Adam de manger : ou bien ce nom est un roi qui a différens habits, selon les différens états où il se trouve. Lorsque le prince est en paix, il se revêt d'habits superbes, magnifiques, pour ébloüir les peuples ; lorsqu'il est en guerre, il s'arme d'une cuirasse, & a le casque en tête : il se deshabille lorsqu'il se retire dans son appartement, sans courtisans & sans ministres. Enfin il découvre sa nudité lorsqu'il est seul avec sa femme.

Les LXX. nations qui peuplent la terre, ont leurs princes dans le ciel, lesquels environnent le tribunal de Dieu, comme des officiers prêts à exécuter les ordres du roi. Ils environnent le nom de Jehovah, & lui demandent tous les premiers jours de l'an leurs étrennes ; c'est-à-dire, une portion de bénédictions qu'ils doivent répandre sur les peuples qui leur sont soûmis. En effet, ces princes sont pauvres, & auroient peu de connoissance, s'ils ne la tiroient du nom ineffable qui les illumine & qui les enrichit. Il leur donne au commencement de l'année, ce qu'il a destiné pour chaque nation, & on ne peut plus rien ajoûter ni diminuer à cette mesure. Les princes ont beau prier & demander pendant tous les jours de l'année, & les peuples prier leurs princes, cela n'est d'aucun usage : c'est-là la différence qui est entre le peuple d'Israël & les autres nations. Comme le nom de Jehovah est le nom propre des Juifs, ils peuvent obtenir tous les jours de nouvelles graces ; car Salomon dit, que les paroles, par lesquelles il fait supplication à Dieu, seront présentes devant l'Eternel, Jehovah, le jour & la nuit ; mais David assûre, en parlant des autres nations, qu'elles prieront Dieu, & qu'il ne les sauvera pas ". Que de folies !

L'intention des Cabalistes est de nous apprendre que Dieu conduit immédiatement le peuple des Juifs, pendant qu'il laisse les nations infideles sous la direction des anges : mais ils poussent le mystere plus loin. Il y a une grande différence entre les diverses nations, dont les unes paroissent moins agréables à Dieu & sont plus durement traitées que les autres : mais cela vient de ce que les princes sont différemment placés autour du nom de Jehovah ; car quoique tous ces princes reçoivent leur nourriture de la lettre Jod ou J, qui commence le nom de Jehovah, cependant la portion est différente, selon la place qu'on occupe. Ceux qui tiennent la droite, sont des princes doux, libéraux : mais les princes de la gauche sont durs & impitoyables. De-là vient aussi ce que dit le prophete, qu'il vaut mieux espérer en Dieu qu'aux princes, comme fait la nation Juive, sur qui le nom de Jehovah agit immédiatement.

D'ailleurs, on voit ici la raison de la conduite de Dieu sur le peuple juif. Jérusalem est le nombril de la terre, & cette ville se trouve au milieu du monde. Les royaumes, les provinces, les peuples, & les nations l'environnent de toutes parts, parce qu'elle est immédiatement sous le nom de Jehovah. C'est-là son nom propre ; & comme les princes, qui sont les chefs des nations, sont rangés autour de ce nom dans le ciel, les nations infideles environnent le peuple juif sur la terre.

On explique encore par-là les malheurs du peuple juif, & l'état déplorable où il se trouve ; car Dieu a donné quatre capitaines aux LXX. princes, lesquels veillent continuellement sur les péchés des Juifs, afin de profiter de leur corruption, & de s'enrichir à leurs dépens. En effet lorsqu'ils voyent que le peuple commet de grands péchés, ils se mettent entre Dieu & la nation, & détournent les canaux qui sortoient du nom de Jehovah, par lesquels la bénédiction couloit sur Israel, & les font pancher du côté des nations, qui s'en enrichissent & s'en engraissent. & c'est ce que Salomon a si bien expliqué lorsqu'il dit : La terre tremble pour l'esclave qui regne, & le sot qui se remplit de viande : l'esclave qui regne, ce sont les princes ; & le sot qui se remplit de viande, ce sont les nations que ces princes gouvernent, &c.

Au fond, les Cabalistes nous menent par un long détour, pour nous apprendre, 1°. que c'est Dieu de qui découlent tous les biens, & qui dirige toutes choses : 2°. que Dieu juge tous les hommes avec une justice tempérée par la miséricorde : 3°. que quand il est irrité contre les pécheurs, il s'arme de colere & de vengeance : 4°. que lorsqu'on le fléchit par le repentir, il laisse agir sa compassion & sa miséricorde : 5°. qu'il préfere le peuple juif à toutes les autres nations, & qu'il leur a donné sa connoissance : enfin, ils entremêlent ces vérités de quelques erreurs, comme de prétendre que Dieu laisse toutes les nations du monde sous la conduite des anges.

On rapporte aussi à la Cabale réelle ou non artificielle l'alphabet astrologique & céleste, qu'on attribue aux Juifs. On ne peut rien avancer de plus positif que ce que dit là-dessus Postel : Je passerai peut-être pour un menteur, si je dis que j'ai lû au ciel, en caracteres hébreux, tout ce qui est dans la nature ; cependant Dieu & son Fils me sont témoins que je ne ments pas : j'ajoûter ai seulement que je ne l'ai lû qu'implicitement.

Pic de la Mirandole attribue ce sentiment aux docteurs juifs ; & comme il avoit fort étudié les Cabalistes dont la science l'avoit ébloüi, on peut s'imaginer qu'il ne se trompoit pas (Picus Mir. in Astrolog. lib. VIII. cap. v.). Agrippa soûtient la même chose (Voyez de occultâ Philosoph. lib. III. capit. xxx.) ; & Gaffarel, (Curiosités inoüies, cap. xiij.) ajoûte à leur témoignage l'autorité d'un grand nombre de rabbins célebres, Maimonides, Nachman, Aben-Esra, &c. Il semble qu'on ne puisse pas contester un fait appuyé sur un si grand nombre de citations.

Pic de la Mirandole avoit mis en problème, si toutes choses étoient écrites & marquées dans le ciel à celui qui savoit y lire. (Pici Mir. heptaplus, cap. jv.) Il soûtenoit même que Moyse avoit exprimé tous ces effets des astres par le terme de lumiere, parce que c'est elle qui traîne & qui porte toutes les influences des cieux sur la terre. Mais il changea de sentiment, & remarqua que non-seulement ces caracteres, vantés par les docteurs hébreux, étoient chimériques ; mais que les signes mêmes n'avoient pas la figure des noms qu'on leur donne ; que la sphere d'Aratus étoit très-différente de celle des Chaldéens, qui confondant la balance avec le scorpion, ne comptent qu'onze signes du zodiaque. Aratus même, qui avoit imaginé ces noms, étoit au jugement des anciens, très-ignorant en Astrologie.

Enfin, il faut être visionnaire pour trouver des lettres dans le ciel, & y lire, comme Postel prétendoit l'avoir fait. Gaffarel, quoique engagé dans l'Eglise par les places, n'étoit pas plus raisonnable ; s'il n'avoit pas prédit la chûte de l'empire Ottoman, du moins il la croyoit, & prouvoit la solidité de cette science par un grand fatras de littérature. Cependant il eut la honte de survivre à sa prédiction : c'est le sort ordinaire de ceux qui ne prennent pas un assez long terme pour l'accomplissement de leurs prophéties. Ils devroient être assez sages, pour ne hasarder pas un coup qui anéantit leur gloire, & qui les convainc d'avoir été visionnaires : mais ces astrologues sont trop entêtés de leur science & de leurs principes, pour écouter la raison & les conseils que la prudence leur dicte.

Examinons maintenant quels sont les fondemens de la Cabale philosophique.

Principes & fondemens de la Cabale philosophique. Henri Morus & Van-Helmont (Knorrius, Cabala denud. tom. I.) sont les deux savans qui ont les premiers débrouillé le cahos de la philosophie cabalistique. Les efforts qu'ils ont faits tous les deux pour porter la lumiere dans un système où on avoit comme affecté de répandre tant d'obscurité, seroient plus loüables & plus utiles, s'ils n'eussent point attribué aux Cabalistes des sentimens qu'ils n'ont jamais eus : l'exposition qu'ils ont donnée des principes de la Cabale, a été examinée par des savans distingués ; qui ne l'ont pas trouvée conforme à la vérité (Cel. Wachterus, Spinosism. in Judaism. detect. p. 2.) Pour éviter de tomber dans le même défaut, nous puiserons ce que nous avons à dire sur ce sujet, dans les auteurs anciens & modernes qui passent pour avoir traité cette matiere avec le plus d'ordre & de clarté. Parmi les modernes on doit distinguer R. Iizchak Loriia, & R. Abraham-Cohen Irira. Le premier est auteur du livre Druschim : qui contient une introduction métaphysique à la Cabale ; & le second du livre Schaar hascamaim, c'est-à-dire, Porte des cieux, qui renferme un traité des dogmes cabalistiques, écrit avec beaucoup de clarté & de méthode. Voici donc les principes qui servent de base à la philosophie cabalistique.

PREMIER PRINCIPE. De rien il ne se fait rien, c'est-à-dire qu'aucune chose ne peut être tirée du néant. Voilà le pivot sur lequel roule toute la Cabale philosophique, & tout le système des émanations, selon lequel il est nécessaire que toutes choses émanent de l'essence divine, parce qu'il est impossible qu'aucune chose de non-existente devienne existente. Ce principe est supposé dans tout le livre d'Irira. Dieu, dit-il, (Dissert. IV. cap. j.) n'a pas seulement produit tous les êtres existans, & tout ce que ces êtres renferment, mais il les a produits de la maniere la plus parfaite, en les faisant sortir de son propre fonds par voie d'émanation, & non pas en les créant.

Ce n'est pas que le terme de création fût inconnu chez les Cabalistes : mais ils lui donnoient un sens bien différent de celui qu'il a chez les Chrétiens, parmi lesquels il signifie l'action par laquelle Dieu tire les êtres du néant ; au lieu que chez les premiers il signifioit une émission, une expansion de la divine lumiere faite dans le tems, pour donner l'existence aux mondes. C'est ce qu'on verra clairement dans le passage suivant de Loriia (Tr. I. Druschim, cap. j.). L'existence de la création, dit-il, dépend du tems où a commencé l'expansion & l'émission de ces lumieres, & de ces mondes dont nous venons de parler ; car puisqu'il falloit que l'expansion de ces lumieres se fit dans un certain ordre, il n'étoit pas possible que ce monde existât ou plûtôt ou plus tard. Chaque monde a été créé après le monde qui lui étoit supérieur, & tous les mondes ont été créés en différens tems, & les uns après les autres, jusqu'à ce qu'enfin le rang de celui-ci arrivât, &c. On peut lire beaucoup de choses semblables dans le Lexicon cabalistique.

On peut bien juger que les Cabalistes n'ont point emprunté ce principe de l'église judaïque ; il est certain qu'ils l'ont tiré de la philosophie des Gentils. Ceux-ci regardoient comme une contradiction évidente, de dire qu'une chose existe & qu'elle a été faite de rien, comme c'en est une de soûtenir qu'une chose est & n'est pas. Cette difficulté qui se présente assez souvent à la raison, avoit déjà choqué les Philosophes. Epicure l'avoit poussée contre Héraclite & les Stoïciens. Comme cet axiome est véritable dans un certain sens, on n'a pas voulu se donner la peine de développer ce qu'il a de faux. Accoûtumés que nous sommes à nous laisser frapper par des objets sensibles & matériels, qui s'engendrent & qui se produisent l'un l'autre, on ne peut se persuader qu'avec peine, que la chose se soit faite autrement, & on fait préexister la matiere sur laquelle Dieu a travaillé ; c'est ainsi que Plutarque comparoit Dieu à un charpentier, qui bâtissoit un palais de matériaux qu'il avoit assemblés, & à un tailleur qui faisoit un habit d'une étoffe qui existoit déjà. Voyez CHAOS.

On avoue aux Cabalistes, qu'il est vrai que rien ne peut être fait de rien, & qu'il y a, comme ils disent, une opposition formelle & une distance infinie entre le néant & l'être, s'il entendent par-là ces trois choses. 1°. Que le néant & l'être subsistent en même-tems ; en effet, cela implique contradiction aussi évidemment que de dire qu'un homme est aveugle & qu'il voit : mais comme il n'est pas impossible qu'un aveugle cesse de l'être, & voye les objets qui lui étoient auparavant cachés, il n'est pas impossible aussi que ce qui n'existoit pas acquiere l'existence & devienne un être. 2°. Il est vrai que le néant ne peut concourir à la production de l'être ; il semble que les Cabalistes regardent le néant comme un sujet sur lequel Dieu travaille, à-peu-près comme la boue dont Dieu se servit pour créer l'homme ; & comme ce sujet n'existe point, puisque c'est le néant, les Cabalistes ont raison de dire que Dieu n'a pû tirer rien du néant. Il seroit ridicule de dire que Dieu tire la lumiere des ténebres, si on entend par-là que les ténebres produisent la lumiere : mais rien n'empêche que le jour ne succede à la nuit, & qu'une puissance infinie donne l'être à ce qui ne l'avoit pas auparavant. Le néant n'a été ni le sujet, ni la matiere, ni l'instrument, ni la cause des êtres que Dieu a produits. Il semble que cette remarque est inutile, parce que personne ne regarde le néant comme un fond sur lequel Dieu ait travaillé, ou qui ait coopéré avec lui. Cependant c'est en ce sens que Spinosa, qui avoit pris ce principe des Cabalistes, combat la création tirée du néant : il demande avec insulte : si on conçoit que la vie puisse sortir de la mort : dire cela, ce seroit regarder les privations comme les causes d'une infinité d'effets ; c'est la même chose que si on disoit, le néant & la privation de l'être sont la cause de l'être. Spinosa & ses maîtres ont raison ; la privation d'une chose n'en est point la cause. Ce ne sont ni les ténebres qui produisent la lumiere, ni la mort qui enfante la vie. Dieu ne commande point au néant comme à un esclave qui est obligé d'agir & de plier sous ses ordres, comme il ne commande point aux ténebres ni à la mort, d'enfanter la lumiere ou la vie. Le néant est toûjours néant, la mort & les ténebres ne sont que des privations incapables d'agir : mais comme Dieu a pû produire la lumiere qui dissipe les ténebres, & ressusciter un corps, le même Dieu a pû aussi créer des êtres qui n'existoient point auparavant, & anéantir le néant, si on peut parler ainsi, en produisant un grand nombre de créatures. Comme la mort ne concourt point à la résurrection, & que les ténèbres ne sont point le sujet sur lequel Dieu travaille pour en tirer la lumiere, le néant aussi ne coopere point avec Dieu, & n'est point la cause de l'être, ni la matiere sur laquelle Dieu a travaillé pour faire le monde. On combat donc ici un phantôme ; & on change le sentiment des Chrétiens orthodoxes, afin de le tourner plus aisément en ridicule. 3°. Enfin il est vrai que rien ne se fait de rien ou par rien, c'est-à-dire sans une cause qui préexiste. Il seroit, par exemple, impossible que le monde se fût fait de lui-même ; il falloit une cause souverainement puissante pour le produire.

L'axiome, rien ne se fait de rien, est donc vrai dans ces trois sens.

II. PRINCIPE. Il n'y a donc point de substance qui ait été tirée du néant.

III. PRINCIPE. Donc la matiere même n'a pû sortir du néant.

IV. PRINCIPE. La matiere, à cause de sa nature vile, ne doit point son origine à elle-même : la raison qu'en donne Irira, est que la matiere n'a point de forme, & qu'elle n'est éloignée du néant que d'un degré.

V. PRINCIPE. De-là il s'ensuit que dans la nature il n'y a point de matiere proprement dite.

La raison philosophique que les Cabalistes donnent de ce principe, est que l'intention de la cause efficiente est de faire un ouvrage qui lui soit semblable ; or la cause premiere & efficiente étant une substance spirituelle, il convenoit que ses productions fussent aussi des substances spirituelles, parce qu'elles ressemblent plus à leur cause que les substances corporelles. Les Cabalistes insistent beaucoup sur cette raison. Suivant eux, il vaudroit autant dire que Dieu a produit les ténebres, le péché & la mort, que de soûtenir que Dieu a créé des substances sensibles & matérielles, différentes de sa nature & de son essence : car la matiere n'est qu'une privation de la spiritualité, comme les ténebres sont une privation de la lumiere, comme le péché est une privation de la sainteté, & la mort une privation de la vie.

VI. PRINCIPE. De-là il s'ensuit que tout ce qui est, est esprit.

VII. PRINCIPE. Cet esprit est incréé, éternel, intellectuel, sensible, ayant en soi le principe du mouvement ; immense, indépendant, & nécessairement existant.

VIII. PRINCIPE. Par conséquent cet esprit est l'Ensoph ou le Dieu infini.

IX. PRINCIPE. Il est donc nécessaire que tout ce qui existe soit émané de cet esprit infini. Les Cabalistes n'admettant point la création telle que les Chrétiens l'admettent, il ne leur restoit que deux partis à prendre ; l'un de soûtenir que le monde avoit été formé d'une matiére préexistante, l'autre de dire qu'il étoit sorti de Dieu même par voie d'émanation. Ils n'ont osé embrasser le premier sentiment, parce qu'ils auroient crû admettre hors de Dieu une cause matérielle, ce qui étoit contraire à leurs dogmes. Ils ont donc été forcés d'admettre les émanations ; dogme qu'ils ont reçû des Orientaux, qui l'avoient reçû eux-mêmes de Zoroastre, comme on peut le voir dans les livres cabalistiques.

X. PRINCIPE. Plus les choses qui émanent sont proches de leur source, plus elles sont grandes & divines ; & plus elles en sont éloignées, plus leur nature se dégrade & s'avilit.

XI. PRINCIPE. Le monde est distingué de Dieu, comme un effet de sa cause ; non pas à la vérité comme un effet passager, mais comme un effet permanent. Le monde étant émané de Dieu, doit donc être regardé comme Dieu même, qui étant caché incompréhensible dans son essence, a voulu se manifester & se rendre visible par ses émanations.

Voilà les fondemens sur lesquels est appuyé tout l'édifice de la Cabale. Il nous reste encore à faire voir comment les Cabalistes tirent de ces principes quelques autres dogmes de leur systême, tels que ceux d'Adam Kadmon, des dix séphirots, des quatre mondes, des anges, &c.

Explication des séphirots ou des splendeurs. Les séphirots font la partie la plus secrette de la Cabale. On ne parvient à la connoissance de ces émanations & splendeurs divines, qu'avec beaucoup d'étude & de travail : nous ne nous piquons pas de pénétrer jusqu'au fond de ces mysteres, la diversité des interprétations qu'on leur donne est presque infinie.

Losius (Pomum Aristot. dissert. II. de Cabb. cap. ij.) remarque que les interpretes y trouvent toutes les sciences dont ils font profession ; les Logiciens y découvrent leurs dix prédicamens ; les Astronomes dix spheres ; les Astrologues des influences différentes ; les Physiciens s'imaginent qu'on y a caché les principes de toutes choses ; les Arithméticiens y voyent les nombres, & particulierement celui de dix, lequel renferme des mysteres infinis.

Il y a dix séphirots ; on les représente quelquefois sous la figure d'un arbre, parce que les uns sont comme la racine & le tronc, & les autres comme autant de branches qui en sortent ; on les range souvent en dix cercles différens, parce qu'ils sont enfermés les uns dans les autres. Ces dix séphirots sont la couronne, la sagesse, l'intelligence, la force ou la sévérité, la miséricorde ou la magnificence ; la beauté, la victoire ou l'éternité, la gloire, le fondement, & le royaume.

Quelques-uns soûtiennent que les splendeurs (c'est le nom que nous leur donnerons dans la suite) ne sont que des nombres ; mais selon la plûpart, ce sont les perfections & les attributs de la divinité. Il ne faut pas s'imaginer que l'essence divine soit composée de ces perfections, comme d'autant de parties différentes ; ce seroit une erreur : l'essence de Dieu est simple. Mais afin de se former une idée plus nette de la maniere dont cette essence agit, il faut distinguer ses attributs ; considérer sa justice, sa miséricorde, sa sagesse. Il semble que les Cabalistes n'ayent pas d'autre vûe que de conduire leurs disciples à la connoissance des perfections divines, & de leur faire voir que c'est de l'assemblage de ces perfections que dépendent la création & la conduite de l'Univers ; qu'elles ont une liaison inséparable ; que l'une tempere l'autre : c'est pourquoi ils imaginent des canaux par lesquels les influences d'une splendeur se communiquent aux autres. " Le monde, disoit Siméon Jochaïdes (in Jezirah, cum not. Bittangel, pag. 185 & 186.) ne pouvoit être conduit par la miséricorde seule & par la colonne de la grace ; c'est pourquoi Dieu a été obligé d'y ajoûter la colonne de la force ou de la sévérité, qui fait le jugement. Il étoit encore nécessaire de concilier les deux colonnes ; & de mettre toutes choses dans une proportion & dans un ordre naturel ; c'est pourquoi on met au milieu la colonne de la beauté, qui accorde la justice avec la miséricorde, & met l'ordre sans lequel il est impossible que l'Univers subsiste. De la miséricorde qui pardonne les péchés, sort un canal qui va à la victoire ou à l'éternité " ; parce que c'est par le moyen de cette vertu qu'on parvient au triomphe ou à l'éternité. Enfin les canaux qui sortent de la miséricorde & de la force, & qui vont aboutir à la beauté, sont chargés d'un grand nombre d'anges. Il y en a trente-cinq sur le canal de la miséricorde, qui récompensent & qui couronnent la vertu des saints ; & on en compte un pareil nombre sur le canal de la force, qui châtient les pécheurs : & ce nombre de soixante dix anges, auxquels on donne des noms différens, est tiré du xjv. chap. de l'Exode. Il y a là une vérité assez sensible ; c'est que la miséricorde est celle qui récompense les fideles, & que la justice punit les impénitens.

Il me semble que la clé du mystere consiste en ceci : les Cabalistes regardant Dieu comme une essence infinie qui ne peut être pénétrée, & qui ne peut se communiquer immédiatement à la créature, ont imaginé qu'elle se faisoit connoître & qu'elle agissoit par les perfections qui émanoient de lui, comme les perfections de l'ame & son essence se manifestent & se font connoître par les actes de raison & de vertu qu'elle produit, & sans lesquels ces perfections seroient cachées.

Ils appellent ces attributs les habits de Dieu, parce qu'il se rend plus sensible par leur moyen. Il semble à la vérité que Dieu se cache par-là au lieu de se revéler, comme un homme qui s'enveloppe d'un manteau ne veut pas être vû ; mais la différence est grande, parce que l'homme est fini & borné, au lieu que l'essence de la divinité est imperceptible sans le secours de quelqu'opération : ainsi on ne peut voir le soleil, parce que son éclat nous ébloüit ; mais on le regarde derriere un nuage, ou au travers de quelque corps diaphane.

Ils disent aussi que c'étoient les instrumens dont le souverain architecte se servoit, mais de peur qu'on ne s'y trompe, ils ont ajoûté (Abrahami patriarchae liber Jezirah, cap. j. sect. 2. p. 175.) que ces nombres sont sortis de l'essence de Dieu même ; & que si on les considere comme des instrumens, ce seroit pourtant une erreur grossiere que de croire que Dieu peut les quitter & les reprendre selon les besoins qu'il en a, comme l'artisan quitte les outils lorsque l'ouvrage est fini ou qu'il veut se reposer, & les reprend lorsqu'il recommence son travail. Cela ne se peut, car les instrumens ne sont pas attachés à la main du Charpentier ; mais les nombres, les lumieres resplendissantes sortent de l'essence de l'infini & lui sont toûjours unies, comme la flamme au charbon. En effet, comme le charbon découvre par la flamme sa force & sa vertu qui étoit cachée auparavant, Dieu revele sa grandeur & sa puissance par les lumieres resplendissantes dont nous parlons.

Enfin les Cabalistes disent que ce ne sont pas là seulement des nombres, comme Morus l'a crû, mais des émanations qui sortent de l'essence divine, comme les rayons sortent du soleil, & comme la chaleur naît par le feu sans en être séparée. La divinité n'a souffert ni trouble, ni douleur, ni diminution, en leur donnant l'existence, comme un flambeau ne perd pas sa lumiere & ne souffre aucune violence lorsqu'on s'en sert pour en allumer un autre qui étoit éteint, ou qui n'a jamais éclairé. Cette comparaison n'est pas tout-à-fait juste ; car le flambeau qu'on allume, subsiste indépendamment de celui qui lui a communiqué sa lumiere : mais l'intention de ceux qui l'ont imaginée étoit seulement de prouver que Dieu ne souffre aucune altération par l'émanation de ses perfections, & qu'elles subsistent toûjours dans son essence.

L'ensoph, qu'on met au-dessus de l'arbre séphirotique ou des splendeurs divines, est l'infini. On l'appelle tantôt l'être, & tantôt le non-être. C'est un être, puisque toutes choses tirent de lui leur existence : c'est le non-être, parce qu'il est impossible à l'homme de pénétrer son essence & sa nature. Il s'enveloppe d'une lumiere inaccessible, il est caché dans une majesté impénétrable ; d'ailleurs il n'y a dans la nature aucun objet qu'on puisse lui comparer, & qui le représente tel qu'il est. C'est en ce sens que Denys l'Aréopagite a osé dire que Dieu n'étoit rien, ou que c'étoit le néant. On fait entendre par-là que Dieu est une essence infinie, qu'on ne peut ni la sonder ni la connoître ; qu'il possede toutes choses d'une maniere plus noble & plus parfaite que les créatures ; & que c'est de lui qu'elles tirent toute leur existence & leurs qualités par le moyen de ses perfections, qui sont comme autant de canaux par lesquels l'être souverain communique ses faveurs.

Les trois premieres splendeurs sont beaucoup plus excellentes que les autres. Les Cabalistes les distinguent : ils les approchent beaucoup plus près de l'infini, auquel elles sont étroitement unies ; & la plûpart en font le chariot d'Ezéchiel ou le mercava, qu'on ne doit expliquer qu'aux initiés. Les Chrétiens (Kirch. Oedip. Aegypt. Gymnas. Hyerog. ciass. 4. §. 2.) profitent de cet avantage, & soûtiennent qu'on a indiqué par-là les trois personnes de la Trinité dans une seule & même essence qui est infinie. Ils se plaignent même de l'ignorance & de l'aveuglement des Cabalistes modernes, qui regardent ces trois splendeurs comme autant d'attributs de la Divinité ; mais ces Cabalistes sont les plus sages. En effet, on a beau citer les Cabalistes qui disent que celui qui est un a fait émaner les lumieres ; qu'il a fait trois ordres d'émanations, & que ces nombres prouvent la trinité du roi pendant toute l'éternité ; ces expressions vagues d'Isachor Beer (Isachor Beer, fil. Mosis. Pesahc. lib. imve Beriah.) sont expliquées un moment après : tout le mystere consiste dans l'émanation de quatre mondes ; l'Archetipe, l'Angélique, celui des Etoiles, & l'Elémentaire. Cependant ces quatre mondes n'ont rien de commun avec la Trinité, c'est ainsi que Siméon Jochaïdes trouvoit dans le nom de Jehovah, le Pere, le Fils, la Fille & la Mere ; avec un peu de subtilité, on trouveroit le Saint-Esprit dans la Fille de la Voix, & la Mere pourroit être regardée comme l'essence divine ou l'Eglise chrétienne. Cependant on voit bien que ce n'étoit point l'intention de ce cabaliste. Le jod, disoit-il, est le Pere ; l'h, ou la seconde lettre du nom ineffable, est la Mere ; l'a est le Fils ; la derniere, h, est la Fille : & qu'entend-il par-là ? l'Esprit, le Verbe, la voix, & l'ouvrage. On cite Maimonides, qui dit que " la couronne est l'esprit original des dieux vivans ; que la sagesse est l'esprit de l'Esprit, & que l'intelligence est l'eau qui coule de l'esprit ; que s'il y a quelque distinction entre les effets de la sagesse, de l'intelligence & de la science, cependant il n'y a aucune différence entr'elles ; car la fin est liée avec le commencement, & le commencement avec la fin ". Mais il s'explique lui-même, en comparant cela au feu ou à la flamme qui jette au-dehors plusieurs couleurs différentes, comme autant d'émanations qui ont toutes leur principe & leur racine dans le feu. On ne conçoit pas les personnes de la Trinité. comme le bleu, le violet & le blanc qu'on voit dans la flamme ; cependant les Cabalistes soûtiennent que les splendeurs émanent de la Divinité, comme les couleurs sortent de la flamme, ou plûtôt du feu. Il ne faut donc pas s'arrêter aux éloges que les docteurs font des trois premiers séphirots, comme si c'étoient les personnes de la Trinité, d'autant plus qu'ils unissent tous les séphirots à l'essence de Dieu ; & dès le moment qu'on regarde les trois premiers comme autant de personnes de l'Essence divine, il faudra les multiplier jusqu'à dix, puisqu'ils subsistent tous de la même maniere, quoiqu'il y ait quelque différence d'ordre.

La couronne est la premiere des grandes splendeurs, parce que comme la couronne est le dernier habit qui couvre l'homme, & qu'on porte sur la tête, cette splendeur est la plus proche de l'infini, & le chef du monde azileutique : elle est pleine de mille petits canaux d'où coulent les effets de la bonté & de l'amour de Dieu. Toutes les troupes des anges attendent avec impatience qu'une portion de cette splendeur descende sur eux, parce que c'est elle qui leur fournit les alimens & la nourriture. On l'appelle le non-être, parce qu'elle se retire dans le sein caché de Dieu, dans un abysme inaccessible de lumiere.

On donne quelquefois le titre de couronne au royaume, qui n'est que la derniere des splendeurs : mais c'est dans un sens impropre, parce qu'il est la couronne du temple, de la foi, & du peuple d'Israël.

La seconde émanation est la sagesse, & la troisieme est l'intelligence : mais nous serions trop longs si nous voulions expliquer ces trois grandes splendeurs, pour descendre ensuite aux sept autres. Il vaut mieux remarquer la liaison qui est entre ces splendeurs, & celle qu'elles ont avec les créatures qui composent l'univers. A chaque séphirot on attache un nom de Dieu, un des principaux anges, une des planetes, un membre du corps humain, un des commandemens de la loi ; & de là dépend l'harmonie de l'univers. D'ailleurs une de ces choses fait penser à l'autre, & sert de degré pour parvenir au plus haut degré de la connoissance & de la Théologie contemplative. Enfin on apprend par-là l'influence que les splendeurs ont sur les anges, sur les planetes, sur les astres, sur les parties du corps humain, &c.

Il y a donc une subordination entre toutes les choses dont cet univers est composé, & les unes ont une grande influence sur les autres ; car les splendeurs influent sur les anges, les anges sur les planetes, & les planetes sur l'homme : c'est pourquoi on dit que Moyse qui avoit étudié l'Astronomie en Egypte, eut beaucoup d'égard aux astres dans sa loi. Il ordonna qu'on sanctifiât le jour du repos, à cause de Saturne qui préside sur ce jour là, & dont les malignes influences seroient dangereuses, si on n'en détournoit pas les effets par la dévotion & par la priere. Il mit l'ordre d'honorer son pere & sa mere sous la sphere de Jupiter, qui étant plus doux, est capable d'inspirer des sentimens de respect & de soûmission. Je ne sai pourquoi Moyse qui étoit si habile, mit la défense du meurtre sous la constellation de Mars ; car il est plus propre à les produire qu'à en arrêter le cours. Ce sont là les excès & les visions de la Cabale. Passons à d'autres.

En supposant la liaison des splendeurs ou perfections divines, & leur subordination, il a fallu imaginer des canaux & des conduits, par lesquels les influences de chaque perfection se communiquassent à l'autre : autrement l'harmonie auroit été traversée ; & chaque splendeur agissant dans sa sphere particuliere, les mondes des anges, des astres, & des hommes terrestres, n'en auroient tiré aucun avantage. C'est pourquoi les Cabalistes ne manquent pas de dire qu'il y a vingt-deux canaux, conformément au nombre des lettres de l'alphabet hébreu, & ces vingt-deux canaux servent à la communication de tous les séphirots : car ils portent les influences de l'une à l'autre.

Ils ont trois canaux de la couronne, dont l'un va se rendre à la sagesse, le second à l'intelligence, & le troisieme à la beauté. De la sagesse sort un quatrieme canal qui va se jetter dans l'intelligence : le cinquieme passe de la même source à la beauté, & le sixieme à la magnificence.

Il faut remarquer que ces lignes de communication ne remontent jamais, mais elles descendent toûjours. Tel est le cours des eaux qui ont leur source sur les montagnes, & qui viennent se répandre dans les lieux plus bas. En effet quoique toutes les splendeurs soient unies à l'essence divine, cependant la premiere a de la superiorité sur la seconde ; du-moins c'est de la premiere que sort la vertu & la force, qui fait agir la seconde ; & le royaume, qui est le dernier, tire toute sa vigueur des splendeurs qui sont au-dessus de lui. Cette subordination des attributs de Dieu pourroit paroître erronée : mais les Cabalistes disent que cela ne se fait que selon notre maniere de concevoir ; & qu'on range ainsi ces splendeurs, afin de distinguer & de faciliter la connoissance exacte & pure de leurs opérations.

C'est dans la même vûe qu'ils ont imaginé trente-deux chemins & cinquante portes qui conduisent les hommes à la connoissance de ce qu'il y a de plus secret & de plus caché. Tous les chemins sortent de la sagesse ; parce que l'Ecriture dit, tu as créé le monde avec sagesse. Toutes ces routes sont tracées dans un livre qu'on attribue au patriarche Abraham ; & un rabbin célebre du même nom y a ajoûté un commentaire, afin d'y conduire plus sûrement les hommes.

Les Chrétiens se divisent sur l'explication des séphirots aussi-bien que les Juifs ; & il n'y a rien qui puisse mieux nous convaincre de l'incertitude de la Cabale, que les différentes conjectures qu'ils ont faites : car ils y trouvent la Trinité & les autres principes de la religion chrétienne. (Morus, epist. in Cab. denud. tom. II. Kircher, Oedip. Aegypt. Gymnas. &c. cap. jx. tom. II.) Mais si l'on se donne la peine d'examiner les choses, on trouvera que si les Cabalistes ont voulu dire quelque chose, ils ont eu dessein de parler des attributs de Dieu. Faut-il, parce qu'ils distinguent trois de ces attributs comme plus excellens, conclure que ce sont trois personnes ? Qu'on lise leurs docteurs sans préjugé, on y verra qu'ils comparent les séphirots à dix verres peints de dix couleurs différentes. La lumiere du soleil qui frappe tous ces verres est la même, quoiqu'elle fasse voir des couleurs différentes : c'est ainsi que la lumiere ou l'essence divine est la même, quoiqu'elle se diversifie dans les splendeurs, & qu'elle y verse des influences très-différentes. On voit par cette comparaison que les séphirots ne sont point regardés par les Cabalistes comme les personnes de la Trinité que les Chrétiens adorent. Ajoûtons un autre exemple qui met la même chose dans un plus grand jour, quoiqu'on s'en serve quelquefois pour prouver le contraire.

Rabbi Schabté compare les splendeurs à un arbre, dans lequel on distingue la racine, le germe, & les branches. " Ce trois choses forment l'arbre ; & la seule différence qu'on y remarque, est que la racine est cachée pendant que le tronc & les branches se produisent au dehors. Le germe porte sa vertu dans les branches qui fructifient : mais au fond, le germe & les branches tiennent à la racine, & forment ensemble un seul & même arbre. Disons la même chose des splendeurs. La couronne est la racine cachée, impénétrable ; les trois esprits, ou séphirots, ou splendeurs, sont le germe de l'arbre ; & les sept autres, sont les branches unies au germe sans pouvoir en être séparées : car celui qui les sépare, fait comme un homme qui arracheroit les branches de l'arbre, qui couperoit le tronc & lui ôteroit la nourriture en le séparant de sa racine. La couronne est la racine qui unit toutes les splendeurs. " (Schabté in Jezirah.)

Comment trouver là la Trinité ? Si on l'y découvre, il faut que ce soit dans ces trois choses qui composent l'arbre, la racine, le germe, & les branches. Le Pere sera la racine, le germe sera le Fils, & les branches le saint Esprit qui fructifie. Mais alors les trois premieres splendeurs cessent d'être les personnes de la Trinité, car ce sont elles qui forment le tronc & le germe de l'arbre ; & que fera-t-on des branches & de la racine, si l'on veut que ce tronc seul, c'est-à-dire les trois premieres splendeurs soient la Trinité ? D'ailleurs ne voit-on pas que comme les dix splendeurs ne font qu'un arbre, il faudroit conclure qu'il y a dix personnes dans la Trinité, si on vouloit adopter les principes des Cabalistes ?

Création du monde par voie d'émanation. Les Cabalistes ont un autre système, & qui n'est pas plus intelligible que le précédent. Ils soûtiennent qu'il y a plusieurs mondes, & que ces mondes sont sortis de Dieu par voie d'émanation. Ils sont composés de lumiere. Cette lumiere divine étoit fort subtile dans sa source, mais elle s'est épaissie peu-à-peu à proportion qu'elle s'est éloignée de l'Etre souverain, auquel elle étoit originairement attachée.

Dieu vouloit donc créer l'univers, il y trouva deux grandes difficultés. Premierement tout étoit plein, car la lumiere éclatante & subtile (Introduct. ad lib. Zohar. sect. I. Cab. denud. tom. III.) qui émanoit de l'essence divine, remplissoit toutes choses : il falloit donc former un vuide pour placer les émanations & l'univers. Pour cet effet, Dieu pressa un peu la lumiere qui l'environnoit, & cette lumiere comprimée se retira aux côtés, & laissa au milieu un grand cercle vuide, dans lequel on pouvoit situer le monde. On explique cela par la comparaison d'un homme qui se trouvant chargé d'une robe longue la retrousse. On allegue l'exemple de Dieu qui changea de figure ou la maniere de sa présence, sur le mont Sinaï & dans le buisson ardent. Mais toutes ces comparaisons n'empêchent pas qu'il ne reste une idée de substance sensible en Dieu. Il n'y a que les corps qui puissent remplir un lieu, & qui puissent être comprimés.

On ajoûte que ce fut pour l'amour des justes & du peuple saint, que Dieu fit ce resserrement de lumiere. Ils n'étoient pas encore nés, mais Dieu ne laissoit pas de les avoir dans son idée. Cette idée le réjoüissoit : & ils comparent la joie de Dieu qui produisit les points, & ensuite les lettres de l'alphabet, & enfin les récompenses & les peines, au mouvement d'un homme qui rit de joie.

La lumiere qui émanoit de l'essence divine, faisoit une autre difficulté, car elle étoit trop abondante & trop subtile pour former les créatures. Afin de prévenir ce mal, Dieu tira une longue ligne, qui descendant les parties basses, tantôt d'une maniere droite, & tantôt en se recourbant, pour faire dix cercles ou dix séphirots, servit de canal à la lumiere. Elle se communiqua d'une maniere moins abondante, & s'épaississant à proportion qu'elle s'éloignoit de son centre, & descendant par le canal, elle devenoit plus propre à former les esprits & les corps.

La premiere émanation, plus parfaite que les autres, s'appelle Adam Kadmon, le premier de tout ce qui a été créé au commencement. Son nom est tiré de la Genese, où Dieu dit, faisons l'homme ou Adam à notre image ; & on lui a donné ce nom, parce que comme l'Adam terrestre est un petit monde, celui du ciel est un grand monde ; comme l'homme tient le premier rang sur la terre, l'Adam céleste l'occupe dans le ciel ; comme c'est pour l'homme que Dieu a créé toutes choses, l'Eternel a possedé l'autre dès le commencement, avant qu'il fît aucunes de ses oeuvres, & dès les tems anciens. (Prov. ch. viij. vers. 22.) Enfin, au lieu qu'en commençant par l'homme (Abraham Cohen Irirae philosoph. Cab. dissert. VI. cap. vij.) on remonte par degrés aux intelligences supérieures jusqu'à Dieu ; au contraire, en commençant par Adam céleste qui est souverainement élevé, on descend jusqu'aux créatures les plus viles & les plus basses. On le représente comme un homme qui a un crane, un cerveau, des yeux, & des mains ; & chacune de ses parties renferme des mysteres profonds. La sagesse (Apparatus in lib. Zohar. figurâ primâ, pag. 195.) est le crane du premier Adam, & s'étend jusqu'aux oreilles, l'intelligence est son oreille droite ; la prudence fait son oreille gauche ; ses piés ne s'allongent pas au-delà d'un certain monde inférieur, de peur que s'ils s'étendoient jusqu'au dernier ils ne touchassent à l'infini, & qu'il ne devînt lui-même infini. Sur son diaphragme est un amas de lumiere qu'il a condensée : mais une autre partie s'est échappée par les yeux & par les oreilles. La ligne qui a servi de canal à la lumiere, lui a communiqué avec l'intelligence & la bonté, le pouvoir de produire d'autres mondes. Le monde de cet Adam premier est plus grand que tous les autres ; ils reçoivent de lui leurs influences, & en dépendent. Les cercles qui forment la couronne, marquent sa vie & sa durée, que Plotin & les Egyptiens ont représentée par un cercle ou par une couronne.

Comme tout ce qu'on dit de cet Adam premier semble convenir à une personne, quelques chrétiens interprétant la Cabale, ont cru qu'on désignoit par-là Jésus-Christ, la seconde personne de la Trinité. Ils se sont trompés, car les Cabalistes (Abraham Cohen Irirae philosoph. Cab. Dissert. IV. cap. vij.) donnent à cet Adam un commencement : ils ont même placé un espace entre lui & l'infini, pour marquer qu'il étoit d'une essence différente, & fort éloigné de la perfection de la cause qui l'avoit produit ; & malgré l'empire qu'on lui attribue pour la production des autres mondes, il ne laisse pas d'approcher du néant, & d'être composé de qualités contraires : d'ailleurs les Juifs qui donnent souvent le titre de fils à leur Seir-Anpin, ne l'attribuent jamais à Adam Kadmon qu'ils élevent beaucoup au-dessus de lui.

On distingue quatre sortes de mondes, & quatre manieres de création.

1°. Il y a une production par voye d'émanation, & ce sont les séphirots & les grandes lumieres qui ont émané de Dieu, & qui composent le monde Azileutique ; c'est le nom qu'on lui donne. Ces lumieres sont sorties de l'Etre infini, comme la chaleur sort du feu, la lumière du soleil, & l'effet de la cause qui le produit. Ces émanations sont toujours proches de Dieu, où elles conservent une lumiere plus vive & plus subtile ; car la lumiere se condense & s'épaissit à proportion qu'on s'éloigne de l'Etre infini.

Le second monde s'appelle Briathique, d'un terme qui signifie dehors ou détacher. On entend par là le monde ou la création des ames qui ont été détachées de la premiere cause, qui en sont plus éloignées que les séphirots, & qui par conséquent sont plus épaisses & plus ténébreuses. On appelle ce monde le throne de la gloire, & les séphirots du monde supérieur y versent leurs influences.

Le troisieme degré de la création regarde les anges. On assûre (Philos. Cabb. diss. I. cap. xvij.) qu'ils ont été tirés du néant dans le dessein d'être placés dans des corps célestes, d'air ou de feu ; c'est pourquoi on appelle leur formation Jesirah, parce que ces esprits purs ont été formés pour une substance qui leur étoit destinée. Il y avoit dix troupes de ces anges. A leur tête étoit un chef nommé Métraton, élevé au-dessus d'eux, contemplant incessamment la face de Dieu, leur distribuant tous les jours le pain de leur ordinaire. Ils tirent de lui leur vie & leurs autres avantages ; c'est pourquoi tout l'ordre angélique a pris son nom.

Enfin Dieu créa les corps qui ne subsistent point par eux-mêmes comme les ames, ni dans un autre sujet, comme les anges. Ils sont composés d'une matiere divisible changeante, ils peuvent se détruire, & c'est cette création du monde qu'ils appellent Asiah. Voilà l'idée des Cabalistes, dont le sens est que Dieu a formé différemment les ames, les anges & les corps, car pour les émanations, ou le monde Azileutique, ce sont les attributs de la divinité qu'ils habillent en personnes créées, ou des lumieres qui découlent de l'Etre infini.

Quelque bisarres que soient toutes ces imaginations, on a tâché de justifier les visionnaires qui les ont enfantées, & ce sont les Chrétiens qui se chargent souvent de ce travail pour les Juifs. Mais il faut avoüer qu'ils ne sont pas toûjours les meilleurs interpretes de la Cabale. Ils pensent toûjours à la Trinité des personnes divines ; & quand il n'y auroit que ce seul article dont ils s'entêtent, ils n'entreroient jamais dans le sentiment des Cabalistes. Ils nous apprennent seulement par leur idée de la Trinité ; qu'on peut trouver tout ce qu'on veut dans la Cabale. Cohen Irira, dans son livre intitulé, Philos. Cab. dissert. V. chap. viij. nous fait mieux comprendre la pensée des Cabalistes, en soûtenant, 1°. que la lumiere qui remplissoit toutes choses étoit trop subtile pour former des corps ni même des esprits.

Il falloit condenser cette lumiere qui émanoit de Dieu. Voilà une premiere erreur, que le monde est sorti de la divinité par voie d'émanation, & que les esprits sont sortis de la lumiere. 2°. Il remarque que Dieu ne voulant pas créer immédiatement lui-même, produisit un être qu'il revêtit d'un pouvoir suffisant pour cela, & c'est ce qu'ils appellent Adam premier ou Adam kadmon. Ce n'est pas que Dieu ne pût créer immédiatement, mais il eut la bonté de ne le pas faire, afin que son pouvoir parût avec plus d'éclat, & que les créatures devinssent plus parfaites. 3°. Ce premier principe que Dieu produisit, afin de s'en servir pour la création de l'Univers, étoit fini & borné : Dieu lui donna les perfections qu'il a, & lui laissa les défauts qu'il n'a pas. Dieu est indépendant, & ce premier principe dépendoit de lui ; Dieu est infini, & le premier principe est borné ; il est immuable, & la premiere cause étoit sujette au changement.

Il faut donc avoüer que ces théologiens s'éloignent des idées ordinaires, & de celles que Moyse nous a données sur la création. Ils ne parlent pas seulement un langage barbare ; ils enfantent des erreurs, & les cachent sous je ne sai quelles figures. On voit évidemment par Isaac Loriia, commentateur Juif, qui suit pas à pas son maître, qu'ils ne donnent pas immédiatement la création à Dieu ; ils font même consister sa bonté à avoir fait un principe inférieur à lui qui pût agir. Trouver J. C. dans ce principe, c'est non-seulement s'éloigner de leur idée, mais en donner une très-fausse du Fils de Dieu, qui est infini, immuable, & dépendant.

Si on descend dans un plus grand détail, on aura bien de la peine à ne se scandaliser pas du Seir Anpin, qui est homme & femme ; de cette mere, ce pere, cette femme, ou Nucha, qu'on fait intervenir ; de cette lumiere qu'on fait sortir par le crane, par les yeux & par les oreilles du grand Anpin. Ces métaphores sont-elles bien propres à donner une juste idée des perfections de Dieu, & de la maniere dont il a créé le monde ? Il y a quelque chose de bas & de rampant dans ces figures, qui bien loin de nous faire distinguer ce qu'on doit craindre & ce qu'on doit aimer, ou de nous unir à la divinité, l'avilissent, & la rendent méprisable aux hommes.

Voilà les principes généraux de la Cabale, que nous avons tâché d'expliquer avec clarté, quoique nous ne nous flattions pas d'y avoir réussi. Il faut avoüer qu'il y a beaucoup d'extravagance, & même de péril dans cette méthode ; car si on ne dit que ce que les autres ont enseigné sur les opérations & sur les attributs de Dieu, il est inutile d'employer des allégories perpétuelles, & des métaphores outrées, qui, bien loin de rendre les vérités sensibles, ne servent qu'à les obscurcir. C'est répandre un voile sur un objet qui étoit déjà caché, & dont on ne découvroit qu'avec peine quelques traits. D'ailleurs, on renverse toute l'écriture, on en change le sens, & jusqu'aux mots, afin de pouvoir trouver quelque fondement & quelque appui à ses conjectures. On jette même souvent les hommes dans l'erreur, parce qu'il est impossible de suivre ces théologiens, qui entassent figures sur figures, & qui ne les choisissent pas toûjours avec jugement. Ce mêlange d'hommes & de femmes qu'on trouve associés dans les splendeurs, leur union conjugale, & la maniere dont elle se fait, sont des emblêmes trop puérils & trop ridicules pour représenter les opérations de Dieu, & sa fécondité. D'ailleurs, il y a souvent une profondeur si obscure dans les écrits des Cabalistes, qu'elle devient impénétrable : la raison ne dicte rien qui puisse s'accorder avec les termes dont leurs écrits sont pleins. Après avoir cherché long-tems inutilement, on se lasse, on ferme le livre ; on y revient une heure après, on croit appercevoir une petite lueur, mais elle disparoît aussitôt. Leurs principes paroissent d'abord avoir quelque liaison, mais la diversité des interpretes qui les expliquent est si grande, qu'on ne sait où se fixer. Les termes qu'on employe sont si étrangers ou si éloignés de l'objet, qu'on ne peut les y ramener ; & il y a lieu d'être étonné qu'il y ait encore des personnes entêtées, qui croyent que l'on peut découvrir ou éclaircir des vérités importantes, en se servant du secours de la Cabale. Il seroit difficile de les guérir : d'ailleurs si en exposant aux yeux cette science dans son état naturel, on ne s'apperçoit pas qu'elle est creuse & vuide, & que sous des paroles obscures, souvent inintelligibles à ceux-mêmes qui s'en servent, on cache peu de chose ; tous les raisonnemens du monde ne convaincroient pas. En effet, un homme de bon sens qui aura étudié à fond les séphirots, la couronne qui marque la perfection, la sagesse, ou la magnificence, en comprendra-t-il mieux que Dieu est un être infiniment parfait, & qu'il a créé le monde ? Au-contraire, il faut qu'il fasse de longues spéculations avant que de parvenir là. Il faut lire les Cabalistes, écouter les différentes explications qu'ils donnent à leurs splendeurs, les suivre dans les conséquences qu'ils en tirent, peser si elles sont justes. Après tout, il faudra en revenir à Moyse ; & pourquoi n'aller pas droit à lui, puisque c'est le maître qu'il faut suivre, & que le cabaliste s'égare dès le moment qu'il l'abandonne ? Les séphirots sont, comme les distinctions des scholastiques, autant de remparts, derriere lesquels un homme qui raisonne juste ne peut jamais percer un ignorant qui sait son jargon. Les écrivains sacrés ont parlé comme des hommes sages & judicieux, qui voulant faire comprendre des vérités sublimes, se servent de termes clairs. Ils ont dû nécessairement fixer leur pensée & celle des Lecteurs, n'ayant pas eu dessein de les jetter dans un embarras perpétuel & dans des erreurs dangereuses. S'il est permis de faire à Dieu tout ce qu'il a pû dire, sans que ni le terme qu'il a employé, ni la liaison du discours détermine à un sens précis, on ne peut jamais convenir de rien. Les systêmes de religion varieront à proportion de la fécondité de l'imagination de ceux qui liront l'Ecriture ; & pendant que l'un s'occupera à chercher les évenemens futurs & le sort de l'Eglise dans les expressions les plus simples, un autre y trouvera sans peine les erreurs les plus grossieres.

Mais, nous dira-t-on, puisque les Juifs sont entêtés de cette science, ne seroit-il pas avantageux de s'en servir pour les combattre plus facilement ? Quel avantage ! quelle gloire pour nous, lorsqu'on trouve, par la Cabale, la Trinité des personnes, qui est le grand épouvantail des Juifs, & le phantôme qui les trouble ! quelle consolation, lorsqu'on découvre tous les mysteres dans une science qui semble n'être faite que pour les obscurcir !

Je réponds 1°. que c'est agir de mauvaise foi que de vouloir que le Christianisme soit enfermé dans les séphirots ; car ce n'étoit point l'intention de ceux qui les ont inventés. Si on y découvre nos mysteres, afin de faire sentir le ridicule & le foible de cette méthode, à la bonne heure : mais Morus & les autres cabalistes chrétiens entrent dans le combat avec une bonne foi qui déconcerte, parce qu'elle fait connoître qu'ils ont dessein de prouver ce qu'ils avancent, & qu'ils sont convaincus que toute la religion chrétienne se trouve dans la Cabale ; ils insultent ceux qui s'en moquent, & prétendent que c'est l'ignorance qui enfante ces sourires méprisans. On peut employer cette science contre les rabbins qui en sont entêtés, afin d'ébranler leur incrédulité par les argumens que l'on tire de leur propre sein ; & l'usage qu'on fait des armes qu'ils nous prêtent, peut être bon quand on les tourne contre eux-mêmes : mais il faut toûjours garder son bon sens au milieu du combat, & ne se laisser pas ébloüir par l'éclat d'une victoire qu'on remporte facilement, ni la pousser trop loin. Il faut sentir la vanité de ces principes, & n'en pas faire dépendre les vérités solides du Christianisme ; autrement on tombe dans deux fautes sensibles.

En effet, le juif converti par des argumens cabalistiques, ne peut pas avoir une véritable foi. Elle chancellera dès le moment que la raison lui découvrira la vanité de cet art ; & son christianisme, s'il n'est tiré que du fond de la Cabale, tombera avec la bonne opinion qu'il avoit de sa science ; quand même l'illusion dureroit jusqu'à la mort, en seroit-on plus avancé ? On feroit entrer dans l'église chrétienne un homme dont la foi n'est appuyée que sur des roseaux. Une connoissance si peu solide peut-elle produire de véritables vertus ? Mais, de plus, le prosélyte, dégagé des préjugés de sa nation, & de l'autorité de ses maîtres, & de leur science, perdra peu à peu l'estime qu'il avoit pour elle. Il commencera à douter : on ne le ramenera pas aisément, parce qu'il se défiera de ses maîtres qui ont commencé par la fraude ; & s'il ne r'entre pas dans le Judaïsme par intérêt, il demeurera Chrétien sans religion & sans piété. Cet article est extrait de l'histoire des Juifs de Basnage. (C)

Voilà bien des chimeres : mais l'histoire de la Philosophie, c'est-à-dire des extravagances d'un grand nombre de savans, entre dans le plan de notre ouvrage ; & nous croyons que ce peut être pour les Philosophes même un spectacle assez curieux & assez intéressant, que celui des reveries de leurs semblables. On peut bien dire qu'il n'y a point de folies qui n'ayent passé par la tête des hommes, & même des sages ; & Dieu merci, nous ne sommes pas sans doute encore au bout. Ces Cabalistes qui découvrent tant de mysteres en transposant des lettres ; cette lumiere qui sort du crâne du grand Anpin ; la flamme bleue que les brachmanes se cherchent au bout du nez ; la lumiere du Tabor que les ombilicaux croyoient voir à leur nombril ; toutes ces visions sont à peu-près sur la même ligne : & après avoir lû cet article & plusieurs autres, on pourra dire ce vers des Plaideurs :

Que de fous ! je ne fus jamais à telle fête. (O)


CABALIG(Géog.) ville d'Asie dans le Turquestan. Long. 103. lat. 44.


CABALISTEterme de Commerce usité à Toulouse & dans tout le Languedoc. C'est un marchand qui ne fait pas le commerce sous son nom, mais qui est intéressé dans le négoce d'un marchand en chef. (G)


CABALISTESS. m. plur. (Hist.) secte des Juifs qui suit & pratique la Cabale, qui interprete l'Ecriture selon les regles de la Cabale prise au second sens que nous avons expliqué. Voyez CABALE.

Les Juifs sont partagés en deux sectes générales ; les Karaïtes, qui ne veulent pas recevoir les traditions, ni le thalmud, mais le seul texte de l'Ecriture (Voyez KARAÏTES) ; & les Rabbinistes ou Thalmudistes, qui outre cela reçoivent encore les traditions, & suivent le Thalmud. Voyez RABBINISTES.

Ceux-ci sont encore divisés en deux partis ; savoir, Rabbinistes simples, qui expliquent l'Ecriture selon le sens naturel, par la grammaire, l'histoire, ou la tradition ; & en Cabalistes, qui pour y découvrir les sens cachés & mysterieux que Dieu y a mis, se servent de la Cabale, & des principes sublimes que nous avons rapportés dans l'article précédent.

Il y a des visionnaires parmi les Juifs, qui disent que ce n'est que par les mysteres de la Cabale, que J. C. a opéré ses miracles. Quelques savans ont cru que Pythagore & Platon avoient appris des Juifs en Egypte l'art cabalistique, & ils ont cru en trouver des vestiges bien marqués dans leurs philosophies. D'autres croyent au contraire que c'est la Philosophie de Pythagore & de Platon qui a produit la Cabale. Quoi qu'il en soit, il est certain que dans les premiers siecles de l'Eglise, la plûpart des hérétiques donnerent dans les vaines idées de la Cabale. Les Gnostiques, les Valentiniens, les Basilidiens, y furent surtout très-attachés. C'est ce qui produisit l', & tant de talismans, dont il nous reste encore une grande quantité dans les cabinets des antiquaires. Voyez TALISMAN, &c. (G)


CABAMITEou CABAMITAN, (Géog.) petite contrée d'Asie dans la Tartarie.


CABANES. f. (Architecture) du Latin capana ; c'est aujourd'hui un petit lieu bâti avec de la bauge (espece de terre grasse) & couvert de chaume, pour mettre à la campagne les pauvres gens à l'abri des injures du tems. Anciennement les premiers hommes n'avoient pas d'autres demeures pour habitation ; l'Architecture a commencé par les cabanes, & a fini par les palais. Voyez ARCHITECTURE. (P)

CABANE, s. m. en terme de Marine ; c'est un petit logement de planches pratiqué à l'arriere, ou le long des côtés du vaisseau, pour coucher les pilotes ou autres officiers ; ce petit réduit est long de six piés, & large de deux & demi ; & comme il n'en a que trois de hauteur, on n'y peut être debout.

On donne le même nom à l'appartement pratiqué à l'arriere des bûches qui vont à la pêche du hareng, & qui est destiné pour les officiers qui les conduisent. Voyez Pl. XII. fig. 2.

C'est aussi un bateau couvert de planches de sapin, sous lequel un homme peut se tenir debout & à couvert ; il a un fond plat, & on s'en sert sur la Loire.

Les bateliers appellent aussi cabane un bateau couvert du côté de la poupe, d'une toile que l'on nomme banne, soûtenue sur deux cerceaux pliés en forme d'arc, pour mettre les passagers à couvert du soleil & de la pluie. Voyez BATEAU. (Z)


CABANIou KABANIA, (Géog.) ville & forteresse de la Russie septentrionale, dans la province de Burati.


CABAR-HUD(Géog.) ville de l'Arabie heureuse dans la province de Hadhramuth.


CABARERverb. neut. est un terme de brasserie, qui signifie jetter les métiers ou l'eau d'un vaisseau dans un autre, soit avec le jet ou avec le chapelet. Voyez l'article BRASSERIE.


CABARETS. m. (Hist. nat. bot.) asarum, genre de plante à fleurs sans pétales, composée de cinq ou six étamines qui sortent d'un calice découpé en trois parties. La partie postérieure de ce calice devient dans la suite un fruit qui est pour l'ordinaire anguleux, divisé en six loges, & rempli de quelques semences oblongues. Tournefort. Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

L'asarum offic. germ. a la racine purgative & émétique ; elle desobstrue le foie, provoque les regles, expulse l'arriere-faix, & même le foetus. On la recommande dans la jaunisse, l'hydropisie, les douleurs des reins, & la goutte ; on l'appelle la panacée des fievres quartes. Les paysans en font leur fébrifuge. Une emplâtre de ses feuilles appliquée sur la région lombaire, pousse les urines ; extérieurement elle est résolutive, détersive, & vulnéraire. Les femmes enceintes doivent en éviter l'usage, quoi qu'en dise Fernel.

Potion émétique avec le cabaret. Prenez suc d'asarum une once ; oxymel de squille demi-once ; eau de chardon deux onces : c'est un très-puissant émétique, excellent dans la manie, où il réussit mieux que tous les remedes ordinaires.

Le cabaret pris en décoction purge doucement, & ne fait point vomir. Fernel en faisoit une composition émétique qui convient, selon lui, à tout le monde. Elle se prépare dans les boutiques.

Le cabaret est ainsi nommé, parce que les ivrognes s'en servent pour s'exciter au vomissement. (N)

CABARET, TAVERNE, (Commerce) ces deux lieux ont eu cela de commun, que l'on y vendoit du vin : mais dans les tavernes on n'y vendoit que du vin, sans y donner à manger ; au lieu qu'on donnoit à manger dans les cabarets. Cette distinction est ancienne. Les Grecs nommoient les lieux où l'on vendoit du vin, & , ceux où l'on donnoit à manger. Les Romains avoient aussi leurs tabernae & popinae, dont la distinction étoit la même. Les professions d'Hôteliers, de Cabaretiers, & de Taverniers, sont maintenant confondues : la police leur a prescrit quelques regles relatives à la religion, aux moeurs, à la santé, & à la sûreté publique, qui sont fort belles, mais de peu d'usage.


CABARETIERS. m. celui qui est autorisé à donner à boire & à manger dans sa maison à tous ceux qui s'y présentent. Voyez CABARET.


CABARNESS. m. pl. (Hist. anc.) c'est ainsi qu'on appelloit les prêtres de Cerès dans l'île de Paros. Ce mot vient du Phénicien ou de l'Hébreu carbarnin ou careb, offrir : il étoit en usage dans le même sens parmi les Syriens, ainsi que Josephe le fait voir par Théophraste : d'autres prétendent que ce fut le nom du premier de ces prêtres, qui apprit, à ce qu'on dit, à Cerès l'enlevement de sa fille.


CABARRESS. m. pl. (Marine & Commerce) on donne ce nom à toutes sortes de petits bâtimens à fonds plats, qui servent à secourir & alléger les gros vaisseaux en mer. Les Suédois & les Danois les appellent clincar.


CABASS. m. (Messagerie) grand coche dont le corps est d'osier clissé. Cette voiture appartient ordinairement aux messageries.

CABAS ou CABAT, (Commerce) panier fait de jonc ou de feuilles de palmier. C'est dans ces sortes de paniers que l'on met les figues de Provence, après les avoir fait sécher. Il y en a de grands & de petits ; les uns pour la marchandise d'élite, & les autres pour la commune : on les ouvre également avec une toile ordinairement bleue ou violette. Voyez FIGUE.

Cabat se dit aussi dans quelques provinces de France, d'une mesure à mesurer les grains, particulierement le blé. (G)


CABASETS. m. signifioit autrefois, dans l'Art milit. une arme défensive qui couvroit la tête. Ce mot vient, selon Nicod, de l'Hébreu coba, qui signifie un casque ou heaume, ou de l'Espagnol cabeça, tête. (Q)


CABAYS. m. (Hist. mod.) c'est le nom que les Indiens, & les habitans de l'île de Ceylan & d'Aracan, donnent à des habits faits de soie ou de coton ornés d'or, que les seigneurs & principaux du pays ont coûtume de porter.


CABE(Géog.) petite riviere d'Espagne au royaume de Galice, qui se jette dans le Velezar, & tombe avec lui dans le Minho.


CABEÇA-DE-VIDE(Géog.) petite ville avec château, en Portugal, dans l'Alentéjo, à cinq lieues de Port-Alegre. Longitude 10. 48. latitude 39.


CABELA(Hist. nat.) c'est le nom d'un fruit des Indes occidentales, qui ressemble beaucoup à des prunes : l'arbre qui le produit ne differe presqu'en rien du cerisier.


CABENDE(Géog.) ville & port d'Afrique au royaume de Congo, dans la province d'Angoy, où il se fait un grand commerce de Negres.


CABEou GABES, (Géog.) ville d'Afrique au royaume de Tunis, assez près du golfe du même nom. Long. 28. 30. lat. 33. 40.


CABESTANS. m. (Mar.) c'est une machine de bois reliée de fer, faite en forme de cylindre, posée perpendiculairement sur la pointe du vaisseau, que des barres passées en travers par le haut de l'essieu font tourner en rond. Ces barres étant conduites à force de bras font tourner autour du cylindre un cable, au bout duquel sont attachés les gros fardeaux qu'on veut enlever. Voyez CABLE.

C'est encore en virant le cabestan qu'on remonte les bateaux, & qu'on tire sur terre les vaisseaux pour les calfater, qu'on les décharge des plus grosses marchandises, qu'on leve les vergues & les voiles, aussi bien que les ancres. Voyez ANCRE.

Il y a deux cabestans sur les vaisseaux, qu'on distingue par grand & petit cabestan : le grand cabestan est placé derriere le grand mât sur le premier pont, & s'éleve jusqu'à quatre ou cinq piés de hauteur au-dessus du deuxieme. Voyez Pl. IV. fig. 1 n°. 102. On l'appelle aussi cabestan double, à cause qu'il sert à deux étages pour lever les ancres, & qu'on peut doubler sa force en mettant des gens sur les deux ponts pour le faire tourner.

Le petit cabestan est posé sur le second pont, entre le grand mât & le mât de misene. Voyez Plan. IV. fig. 1. n°. 103. il sert principalement à isser les mats de hune & les grandes voiles, & dans les occasions où il faut moins de force que pour lever les ancres.

Les François appellent cabestan anglois, celui où l'on n'employe que des demi-barres, & qui à cause de cela n'est percé qu'à demi ; il est plus renflé que les cabestans ordinaires.

Il y a encore un cabestan volant que l'on peut transporter d'un lieu à un autre. Voyez VINDAS.

Virer au cabestan, pousser au cabestan, faire joüer an cabestan, c'est-à-dire faire tourner le cabestan.

Aller au cabestan, envoyer au cabestan : quand les garçons de l'équipage ou les mousses ont commis quelque faute, le maître les fait aller au cabestan pour les y châtier : on y envoye aussi les matelots. Tous les châtimens qu'on fait au cabestan chez les François, se font au pié du grand mât chez les Hollandois. (Z)

Le cabestan n'a pas la forme exactement cylindrique, mais est à peu-près comme un cone tronqué qui va en diminuant de bas en haut, afin que le cordage qu'on y roule soit plus ferme, & moins sujet à couler ou glisser de haut en bas.

Il est visible par la description de cette machine, que le cabestan n'est autre chose qu'un treuil, dont l'axe au lieu d'être horisontal, est vertical. Voyez à l'article AXE les lois par lesquelles on détermine la force du treuil, appellé en latin axis in peritrochio, axe dans le tambour, ou essieu dans le tour. Dans le cabestan le tambour, peritrochium, est le cylindre, & l'axe ou l'essieu sont les leviers qu'on adapte aux cylindres, & par le moyen desquels on fait tourner le cabestan.

Le cabestan n'est donc proprement qu'un levier, ou un assemblage de leviers auxquels plusieurs puissances sont appliquées. Donc suivant les lois du levier, & abstraction faite du frottement, la puissance est au poids comme le rayon du cylindre est à la longueur du levier auquel la puissance est attachée ; & le chemin de la puissance est à celui du poids comme le levier est au rayon du cylindre. Moins il faut de force pour élever le poids, plus il faut faire de chemin : il ne faut donc point faire les leviers trop longs, afin que la puissance ne fasse pas trop de chemin ; ni trop courts, afin qu'elle ne soit pas obligée de faire trop d'effort ; car dans l'un & l'autre cas elle seroit trop fatiguée.

On appelle encore en général du nom de cabestan tout treuil dont l'axe est posé verticalement : tels sont ceux dont on se sert sur les ports à Paris, pour attirer à terre les fardeaux qui se trouvent sur les gros bateaux, comme pierres, &c.

Un des grands inconvéniens du cabestan, c'est que la corde qui se roule dessus descendant de sa grosseur à chaque tour, il arrive que quand elle est parvenue tout-à-fait au bas du cylindre, le cabestan ne peut plus virer, & l'on est obligé de choquer, c'est-à-dire de prendre des bosses, de dévirer le cabestan, de hausser le cordage, &c. manoeuvre qui fait perdre un tems considérable. C'est pour y remédier que l'Académie des Sciences de Paris proposa pour le sujet du prix de 1739 ; de trouver un cabestan qui fut exempt de ces inconvéniens. Elle remit ce prix à 1741, & l'on a imprimé en 1745 les quatre pieces qu'elle crut devoir couronner, avec trois accessit. L'Académie dit dans son avertissement, qu'elle n'a trouvé aucun des cabestans proposés exempt d'inconvéniens. Cela n'empêche pas néanmoins, comme l'Académie l'observe, que ces pieces, sur-tout les quatre pieces couronnées, & parmi les accessit, celle de M. l'abbé Fenel, aujourd'hui de l'Académie des Belles-lettres, ne contiennent d'excellentes choses, principalement par rapport à la théorie. Nous y renvoyons nos lecteurs. (O)


CABESTERRE(Géog.) on appelle ainsi dans les îles Antilles, la partie de l'île qui regarde le levant, & qui est toûjours rafraîchie par les vents alisés, qui courent depuis le nord jusqu'à l'est-sud-est. La basse terre est la partie opposée ; les vents s'y font moins sentir, & par conséquent cette partie est plus chaude ; & la mer y étant plus tranquille, elle est plus propre pour le mouillage & le chargement des vaisseaux : joint à ce que les côtes y sont plus basses que dans les cabesterres, où elles sont ordinairement hautes & escarpées, & où la mer est presque toûjours agitée. Voyages du P. Labat.


CABIDOou CAVIDOS, s. m. (Commerce) sorte de mesure de longueur, dont on se sert en Portugal pour mesurer les étoffes, les toiles, &c.

Le cabidos, ainsi que l'aune de Hollande ou de Nuremberg, contient 2 piés 11 lignes, qui font quatre septiemes d'aune de Paris. L'aune de Paris fait un cabidos & trois quarts de cabidos ; desorte que sept cabidos sont quatre aunes de Paris. Voyez AUNE. (G)


CABIGIAou CAPCHAK, s. m. (Hist. mod.) tribu des Turcs Orientaux. Une femme de l'armée d'Oghuz Kan pressée d'accoucher, se retira dans le creux d'un arbre. Oghuz prit soin de l'enfant, l'adopta, & l'appella Cabigiak, écorce de bois ; nom qui marquoit la singularité de sa naissance. Cabigiak eut une postérité nombreuse qui s'étendit jusqu'au nord de la mer Caspienne. Il s'en fit un peuple qu'on connoît encore aujourd'hui sous le nom de Descht Kitchak : c'est de ces peuples que sont sorties les armées qui ont ravagé les états que le Mogol possédoit dans la Perse, & ce furent les premieres troupes que Bajazet opposa à Tamerlan.


CABILLou CABILAH, s. m. (Hist. mod.) nom d'une tribu d'Arabes, indépendans & vagabonds, qu'un chef conduit. Ils appellent ce chef cauque. On compte quatre-vingt de ces tribus : aucune ne reconnoît de souverain.


CABILLOTSS. m. pl. (Marine) ce sont de petits bouts de bois, qui sont faits comme les boutons des Récollets, c'est-à-dire taillés longs & étroits, plus épais vers le milieu, & un peu courbes, les deux extrémités étant plus pointues, & se relevant un peu. On met ces morceaux de bois au bout de plusieurs herses qui tiennent aux grands haubans, qui servent à tenir les poulies des pantoquieres.

CABILLOTS ; ce sont aussi de petites chevilles de bois qui tiennent aux chouquets avec une ligne, & qui servent à tenir la balancine de la vergue de hune quand les perroquets sont serrés. (Z)


CABIN(Géog.) riviere de France en Gascogne.


CABINETS. m. (Architect.) sous ce nom on peut entendre les pieces destinées à l'étude, ou dans lesquelles l'on traite d'affaires particulieres ; ou qui contiennent ce que l'on a de plus précieux en tableaux, en bronzes, livres, curiosités, &c. On appelle aussi cabinet, les pieces où les dames font leur toilette, leur oratoire, leur méridienne, ou autres qu'elles destinent à des occupations qui demandent du recueillement & de la solitude. On appelle cabinet d'aisance, le lieu où font placées les commodités, connues aujourd'hui sous le nom de lieux à soupape.

Les premieres especes de cabinets doivent être pour plus de décence, placés devant les chambres à coucher & non après, n'étant pas convenable que les étrangers passent par la chambre à coucher du maître pour arriver au cabinet, cette derniere piece chez un homme d'un certain rang, lui servant à conférer d'affaires particulieres avec ceux que son état ou sa dignité amenent chez lui ; par ce moyen le maître, au sortir du lit, peut aller recevoir ses visites, parler d'affaires sans être interrompu par les domestiques, qui pendant son absence entrent dans la chambre à coucher par des dégagemens particuliers, & y font leur devoir, sans entrer dans le lieu qu'habitent les maîtres, à moins qu'on ne les y appelle. Je parle ici d'un cabinet faisant partie d'un appartement destiné à un très-grand seigneur, à qui pour lors il faut plusieurs de ces pieces, qui empruntent leur nom de leurs différens usages, ainsi que nous venons de le dire ci-dessus. On a une piece qu'on appelle le grand cabinet de l'appartement du maître ; elle est consacrée à l'usage dont nous venons de parler ; c'est dans son cabinet paré qu'il rassemble ce qu'il a de tableaux ou de curiosités ; son arriere-cabinet contient ses livres, son bureau, & c'est-là qu'il peut recevoir en particulier, à la faveur des dégagemens qui l'environnent, les personnes de distinction qui demandent de la préférence : un autre lui sert de serre-papiers, c'est là que sont conservés sous sa main & en sûreté ses titres, ses contracts, son argent : enfin il y en a un destiné à lui servir de garde-robe & à contenir des lieux à soupape, où il entre par sa chambre à coucher, & les domestiques par un dégagement. Ce détail nous a paru nécessaire.

Il y a encore d'autres cabinets ; on en a un du côté de l'appartement de société, qui a ses usages particuliers ; il peut servir pour un concert vocal ; les lieux pour les concerts composés de beaucoup d'instrumens devant être plus spacieux, alors on les appelle salle de concert ; dans ce même cabinet on peut tenir jeu, pendant que la salle d'assemblée, qui est à côté, serviroit ainsi que celle de compagnie, à recevoir une plus nombreuse société. Un petit sallon peut aussi servir de cabinet au même usage : mais sa forme elliptique, la maniere dont il est plafonné, & principalement les pieces qui l'environnent, lui ont fait donner le nom de sallon, pendant que la piece qui lui est opposée peut recevoir le nom de cabinet, par rapport à l'appartement dont elle fait partie ; cependant il faut avoüer qu'il est pour ainsi dire, des formes consacrées à l'usage de chaque piece en particulier : par exemple, il semble que les cabinets destinés aux affaires ou à l'étude, doivent être de forme réguliere, à cause de la quantité des meubles qu'ils sont obligés de contenir, au lieu que ceux de concerts, de bijoux, de toilette, & autres de cette espece, peuvent être irréguliers : il faut sur-tout que la décoration des uns & des autres soit relative à leur usage, c'est-à-dire qu'on observe de la gravité dans l'ordonnance des cabinets d'affaires ou d'étude ; de la simplicité dans ceux que l'on décore de tableaux : & de la legereté, de l'élegance, & de la richesse, dans ceux destinés à la société, sans que pour cela on use de trop de licence.

Il n'y a personne qui ne sente la nécessité qu'il y a de faire précéder les chambres à coucher par les cabinets, sur-tout dans les appartemens qui ne sont composés que d'un petit nombre de pieces.

On appelle aussi cabinets, certains meubles en forme d'armoire, faits de marqueterie, de pieces de rapport & de bronze, servant à serrer des médailles, des bijoux, &c. Ces cabinets étoient fort en usage dans le dernier siecle : mais comme ils ne laissoient pas d'occuper un espace assez considérable dans l'intérieur des appartemens, on les y a supprimés. Il s'en voit encore cependant quelques-uns dans nos anciens hôtels, exécutés par Boule, ébeniste du roi, ainsi que des bureaux, des secrétaires, serre-papiers, bibliotheques, &c. dont l'exécution est admirable, & d'une beauté fort au-dessus de ceux qu'on fait aujourd'hui.

On appelle aussi cabinets, de petits bâtimens isolés en forme de pavillons, que l'on place à l'extrémité de quelque grande allée, dans un parc, sur une terrasse ou sur un lieu éminent ; mais leur forme étant presque toûjours sphérique, elliptique ou à pans couverts, en calotte, & souvent percés à jour, le nom de sallons leur convient davantage ; & lorsque ces pieces sont accompagnées de quelques autres, comme de vestibules, d'anti-chambres, garde-robes, &c. on les nomme belvederes. Voyez BELVEDERE.

On appelle cabinets de treillage, de petits sallons quarrés, ronds, ou à pans, composés de barreaux de fer maillé, d'échalats peints en verd, tels qu'il s'en voit un à Clagny, d'un dessein & d'une élégance très-estimable, & plusieurs à Chantilly, d'une distribution très-ingénieuse. (P)

CABINET D'HISTOIRE NATURELLE. Le mot cabinet doit être pris ici dans une acception bien différente de l'ordinaire, puisqu'un cabinet d'Histoire naturelle est ordinairement composé de plusieurs pieces & ne peut être trop étendu ; la plus grande salle ou plutôt le plus grand appartement, ne seroit pas un espace trop grand pour contenir des collections en tout genre des différentes productions de la nature : en effet, quel immense & merveilleux assemblage ! comment même se faire une idée juste du spectacle que nous présenteroient toutes les sortes d'animaux, de végétaux, & de minéraux, si elles étoient rassemblées dans un même lieu, & vûes, pour ainsi dire, d'un coup d'oeil ? ce tableau varié par des nuances à l'infini, ne peut être rendu par aucune autre expression, que par les objets mêmes dont il est composé : un cabinet d'Histoire naturelle est donc un abregé de la nature entiere.

Nous ne savons pas si les anciens ont fait des cabinets d'Histoire naturelle. S'il y en a jamais eu un seul, il aura été établi chez les Grecs, ordonné par Alexandre, & formé par Aristote. Ce fameux naturaliste voulant traiter son objet avec toutes les vûes d'un grand philosophe, obtint de la magnificence d'Alexandre des sommes très-considérables, & il les employa à rassembler des animaux de toute espece, & à les faire venir de toutes les parties du monde connu. Ses livres sur le regne animal, prouvent qu'il avoit observé presque tous les animaux dans un grand détail, & ne permettent pas de douter qu'il n'eût une ménagerie très-complete à sa disposition, ce qui fait le meilleur cabinet que l'on puisse avoir pour l'histoire des animaux. D'ailleurs les dépouilles de tant d'animaux, & leurs différentes parties disséquées, étoient plus que suffisantes pour faire un très-riche cabinet d'Histoire naturelle dans cette partie ; car on ne peut pas douter qu'Aristote n'ait disséqué les animaux avec soin, puisqu'il nous a laissé des résultats d'observations anatomiques, & qu'il a attribué à certaines especes des qualités particulieres, dont elles sont doüées à l'exclusion de toute autre espece. Pour tirer de pareilles conséquences, il faut avoir, pour ainsi dire, tout vû. Si nous sommes quelquefois tentés de les croire hasardées ; ce n'est peut-être que parce que les connoissances que l'on a acquises sur les animaux depuis la renaissance des lettres, ne sont pas encore assez étendues, & que les plus grandes collections d'animaux que l'on a faites sont trop imparfaites en comparaison de celles d'Aristote.

La science de l'Histoire naturelle fait des progrès à proportion que les cabinets se complete nt ; l'édifice ne s'éleve que par les matériaux que l'on y employe, & l'on ne peut avoir un tout que lorsqu'on a mis ensemble toutes les parties dont il doit être composé. Ce n'a guere été que dans ce siecle que l'on s'est appliqué à l'étude de l'Histoire naturelle avec assez d'ardeur & de succès pour marcher à grands pas dans cette carriere. C'est aussi à notre siecle que l'on rapportera le commencement des établissemens les plus dignes du nom de cabinet d'Histoire naturelle.

Celui du jardin du roi est un des plus riches de l'Europe. Pour en donner une idée il suffira de faire ici mention des collections dont il est composé, en suivant l'ordre des regnes.

Regne animal. Il y a au cabinet du Roi différens squeletes humains de tout âge, & une très-nombreuse collection d'os remarquables par des coupes, des fractures, des difformités, & des maladies : des pieces d'anatomie injectées & desséchées ; des foetus de différens âges, & d'autres morceaux singuliers conservés dans les liqueurs : de très-belles pieces d'anatomie représentées en cire, en bois, &c. quelques parties des momies & des concrétions pierreuses tirées du corps humain. Voyez la description du cabinet du Roi, Hist. nat. tome III. Quantité de vêtemens d'armes, d'ustenciles de sauvages, &c. apportés de l'Amérique & d'autres parties du monde.

Par rapport aux quadrupedes, une très grande suite de squeletes & d'autres pieces d'ostéologie, & quantité d'animaux & de parties d'animaux conservées dans des liqueurs, des peaux empaillées, une collection de toutes les cornes de quadrupedes, des bézoards, des égagropiles, &c.

De très-beaux squeletes des oiseaux les plus gros & les plus rares ; des oiseaux entiers conservés dans des liqueurs, & d'autres empaillés, &c.

Une nombreuse collection de poissons de mer & d'eau douce desséchés ou conservés dans des liqueurs.

Un très-grand nombre d'especes différentes de serpens, de lésards, &c. recueillis de toutes les parties du monde.

Une très-grande suite de coquilles, de crustacées, &c.

Enfin quantité d'insectes de terre & d'eau, entr'autres une suite de papillons presque complete , & une très-grande collection de fausses plantes marines de toutes especes.

Regne végétal. Des herbiers très-complets faits par M. de Tournefort & par M. Vaillant ; de nombreuses suites de racines, d'écorces de bois, de semences & de fruits de plantes ; une collection presqu'entiere, de gommes, de résines, de baumes, & d'autres sucs de végétaux.

Regne minéral. Des collections de terres, de pierres communes & de pierres figurées, de pétrifications, d'incrustations, de résidus pierreux, & de stalactites : une très-belle suite de cailloux, de pierres fines, brutes, polies, façonnées en plaques, taillées en vases, &c. & de pierres précieuses, de crystaux ; toutes sortes de sels & de bitumes, de matieres minérales & fossiles, de demi-métaux & de métaux. Enfin une très-nombreuse collection de minéraux du royaume, & de toutes les parties de l'Europe, surtout des pays du nord, des autres parties du monde, & principalement de l'Amérique.

Toutes ces collections sont rangées par ordre méthodique, & distribuées de la façon la plus favorable à l'étude de l'Histoire naturelle. Chaque individu porte sa dénomination, & le tout est placé sous des glaces avec des étiquettes, ou disposé de la maniere la plus convenable. (I)

* Pour former un cabinet d'Histoire naturelle, il ne suffit pas de rassembler sans choix, & d'entasser sans ordre & sans goût, tous les objets d'Histoire naturelle que l'on rencontre ; il faut savoir distinguer ce qui mérite d'être gardé de ce qu'il faut rejetter, & donner à chaque chose un arrangement convenable. L'ordre d'un cabinet ne peut être celui de la nature ; la nature affecte par-tout un desordre sublime. De quelque côté que nous l'envisagions, ce sont des masses qui nous transportent d'admiration, des grouppes qui se font valoir de la maniere la plus surprenante. Mais un cabinet d'Histoire naturelle est fait pour instruire ; c'est-là que nous devons trouver en détail & par ordre, ce que l'univers nous présente en bloc. Il s'agit d'y exposer les thrésors de la nature selon quelque distribution relative, soit au plus ou moins d'importance des êtres, soit à l'intérêt que nous y devons prendre, soit à d'autres considérations moins savantes & plus raisonnables peut-être, entre lesquelles il faut préférer celles qui donnent un arrangement qui plaît aux gens de goût, qui intéresse les curieux, qui instruit les amateurs, & qui inspire des vûes aux savans. Mais satisfaire à ces différens objets, sans les sacrifier trop les uns aux autres : accorder aux distributions scientifiques autant qu'il faut, sans s'éloigner des voies de la nature, n'est pas une entreprise facile ; & entre tant de cabinets d'Histoire naturelle formés en Europe, s'il doit y en avoir de bien rangés, il doit aussi y en avoir beaucoup d'autres qui peut-être auront le mérite de la richesse, mais qui n'auront pas celui de l'ordre. Cependant qu'est-ce qu'une collection d'êtres naturels sans le mérite de l'ordre ? A quoi bon avoir rassemblé dans des édifices, à grande peine & à grands frais, une multitude de productions, pour me les offrir confondues pêle-mêle & sans aucun égard, soit à la nature des choses, soit aux principes de l'Histoire naturelle ? " Je dirois volontiers à ces Naturalistes qui n'ont ni goût ni génie : Renvoyez toutes vos coquilles à la mer ; rendez à la terre ses plantes & son engrais, & nettoyez vos appartemens de cette foule de cadavres, d'oiseaux, de poissons, & d'insectes, si vous n'en pouvez faire qu'un chaos où je n'apperçois rien de distinct, qu'un amas où les objets épars ou entassés ne me donnent aucune idée nette & précise. Vous ne savez pas faire valoir l'opulence de la nature, & sa richesse dépérit entre vos mains. Restez au fond de la carriere, taillez des pierres ; mais laissez à d'autres le soin d'ordonner l'édifice ". Qu'on pardonne cette sortie au regret que j'ai de savoir dans des cabinets, même célebres, les productions de la nature les plus précieuses, jettées comme dans un puits : on accourt sur les bords de ce puits, vous y suivez la foule, vous cherchez à percer les ténebres qui couvrent tant de raretés ; mais elles sont trop épaisses, vous vous fatiguez envain, & ne remporterez que le chagrin d'être privé de tant de richesses soit par l'indolence de celui qui les possede, soit par la négligence de ceux à qui le soin en est confié.

Nous n'aurions jamais fait, si nous entreprenions la critique ou l'éloge de toutes les collections d'Histoire naturelle qui sont en Europe ; nous nous arrêterons seulement à la plus florissante de toutes, je veux dire le cabinet du Roi. Il me semble qu'on n'a rien négligé soit pour faire valoir, soit pour rendre utile ce qu'il renferme. Il a commencé dès sa naissance à intéresser le public par sa propreté & par son élégance : on a pris dans la suite tant de soins pour le complete r, que les acquisitions qu'il a faites en tout genre, sont surprenantes, sur-tout si on les compare avec le peu d'années que l'on compte depuis son institution. Les choses les plus belles & les plus rares y ont afflué de tous les coins du monde ; & elles y ont heureusement rencontré des mains capables de les réunir avec tant de convenance, & de les mettre ensemble avec tant d'ordre, qu'on n'auroit aucune peine à y rendre à la nature un compte clair & fidele de ses richesses. Un établissement si considérable & si bien conduit, ne pouvoit manquer d'avoir de la célébrité, & d'attirer des spectateurs ; aussi il en vient de tous états, de toutes nations, & en si grand nombre, que dans la belle saison, lorsque le mauvais tems n'empêche pas de rester dans les salles du cabinet, leur espace y suffit à peine. On y reçoit douze à quinze cent personnes toutes les semaines : l'accès en est facile ; chacun peut à son gré s'y introduire, s'amuser, ou s'instruire. Les productions de la nature y sont exposées sans fard, & sans autre apprêt que celui que le bon goût, l'élegance, & la connoissance des objets devoient suggérer : on y répond avec complaisance aux questions qui ont du rapport à l'Histoire naturelle. La pédanterie qui choque les honnêtes gens, & la charlatanerie qui retarde les progrès de la science, sont loin de ce sanctuaire : on y a senti par une impulsion particuliere aux ames d'un certain ordre, quelle bassesse ce seroit à des particuliers qui auroient quelques collections d'Histoire naturelle, de prétendre s'en faire un mérite réel, & de travailler à enfler ce mérite, soit en les étalant avec faste, soit en les vantant au-delà de leur juste prix, soit en mettant du mystere dans de petites pratiques qu'il est toûjours assez facile de trouver, lorsqu'on veut se donner la peine de les chercher. On a senti qu'une telle conduite s'accorderoit moins encore avec un grand établissement, où l'on ne doit avoir d'autres vûes que le bien de l'établissement, où en rendant le public témoin des procédés qu'on suit, on en tire de nouvelles lumieres, & l'on répand le goût des mêmes occupations. C'est le but que M. Daubenton, garde & démonstrateur au cabinet du Roi, s'est proposé, & dans son travail au cabinet même qu'il a mis en un si bel ordre, & dans la description qu'on en trouve dans l'Histoire naturelle. Nous ne pouvons mieux faire que d'insérer ici ses observations sur la maniere de ranger & d'entretenir en général un cabinet d'Histoire naturelle ; elles ne sont point au-dessous d'un aussi grand objet.

" L'arrangement, dit M. Daubenton, le plus favorable à l'étude de l'Histoire naturelle, seroit l'ordre méthodique qui distribue les choses qu'elle comprend, en classes, en genres, & en especes ; ainsi les animaux, les végétaux, & les minéraux, seroient exactement séparés les uns des autres ; chaque regne auroit un quartier à part. Le même ordre subsisteroit entre les genres & les especes : on placeroit les individus d'une même espece les uns auprès des autres, sans qu'il fût jamais permis de les éloigner. On verroit les especes dans leurs genres, & les genres dans leurs classes. Tel est l'arrangement qu'indiquent les principes qu'on a imaginés pour faciliter l'étude de l'Histoire naturelle, tel est l'ordre qui seul peut les réaliser. Tout en effet y devient instructif ; à chaque coup-d'oeil, non-seulement on prend une connoissance réelle de l'objet que l'on considere, mais on y découvre encore les rapports qu'il peut avoir avec ceux qui l'environnent. Les ressemblances indiquent le genre, les différences marquent l'espece ; ces caracteres plus ou moins ressemblans, plus ou moins différens, & tous comparés ensemble, présentent à l'esprit & gravent dans la mémoire l'image de la nature. En la suivant ainsi dans les variétés de ses productions, on passe insensiblement d'un regne à un autre ; les dégradations nous préparent peu-à-peu à ce grand changement, qui n'est sensible dans son entier que par la comparaison des deux extrèmes. Les objets de l'Histoire naturelle étant présentés dans cet ordre, nous occupent assez pour nous intéresser par leurs rapports, sans nous fatiguer, & même sans nous donner le dégoût qui vient ordinairement de la confusion & du desordre.

Cet arrangement paroît si avantageux, que l'on devroit naturellement s'attendre à le voir dans tous les cabinets ; cependant il n'y en a aucun où l'on ait pû le suivre exactement. Il y a des especes & même des individus qui, quoique dépendans du même genre & de la même espece, sont si disproportionnés pour le volume, que l'on ne peut pas les mettre les uns à côté des autres ; il en est de même pour les genres, & quelquefois aussi pour les classes. D'ailleurs on est souvent obligé d'interrompre l'ordre des suites ; parce qu'on ne peut pas concilier l'arrangement de la méthode avec la convenance des places. Cet inconvénient arrive souvent, lorsque l'espace total n'est pas proportionné au nombre des choses qui composent les collections : mais cette irrégularité ne peut faire aucun obstacle à l'étude de l'Histoire naturelle : car il n'est pas possible de confondre les choses de différens regnes & de différentes classes ; ce n'est que dans le détail des genres & des especes, que la moindre équivoque peut causer une erreur.

L'ordre méthodique qui, dans ce genre d'étude, plaît si fort à l'esprit, n'est presque jamais celui qui est le plus avantageux aux yeux. D'ailleurs, quoiqu'il ait bien des avantages, il ne laisse pas d'avoir plusieurs inconvéniens. On croit souvent connoître les choses, tandis que l'on n'en connoît que les numéros & les places : il est bon de s'éprouver quelquefois sur des collections, qui ne suivent que l'ordre de la symmétrie & du contraste. Le cabinet du Roi étoit assez abondant pour fournir à l'un & à l'autre de ces arrangemens ; ainsi dans chacun des genres qui en étoit susceptible, on a commencé par choisir une suite d'especes, & même de plusieurs individus, pour faire voir les variétés aussi-bien que les especes constantes ; & on les a rangés méthodiquement par genres & par classes. Le surplus de chaque collection a été distribué dans les endroits qui ont paru le plus favorables, pour en faire un ensemble agréable à l'oeil, & varié par la différence des formes & des couleurs. C'est-là que les objets les plus importans de l'Histoire naturelle sont présentés à leur avantage ; on peut les juger sans être contraint par l'ordre méthodique, parce qu'au moyen de cet arrangement, on ne s'occupe que des qualités réelles de l'individu, sans avoir égard aux caracteres arbitraires du genre de l'espece. Si on avoit toûjours sous les yeux des suites rangées méthodiquement, il seroit à craindre qu'on ne se laissât prévenir par la méthode, & qu'on ne vînt à négliger l'étude de la nature, pour se livrer à des conventions auxquelles elle n'a souvent que très-peu de part. Tout ce qu'on peut rassembler de ses productions, dans un cabinet d'histoire naturelle, devroit y être distribué dans l'ordre qui approcheroit le plus de celui qu'elle suit, lorsqu'elle est en liberté. Quoique contrainte, on pourroit encore l'y reconnoître, après avoir rassemblé dans un petit espace des productions qui sont dispersées au loin sur la terre ; mais pour peu que ces objets soient nombreux, on se croit obligé d'en faire des classes, des genres & des especes, pour faciliter l'étude de leur histoire : ces principes arbitraires sont fautifs pour la plûpart ; ainsi il ne faut les suivre rangés méthodiquement, que comme des indices qui conduisent à observer la nature dans les collections où elle paroît, sans presqu'aucun autre apprêt que ceux qui peuvent la rendre agréable aux yeux. Les plus grands cabinets ne suffiroient pas, si on vouloit imiter scrupuleusement les dispositions & les progressions naturelles. On est donc obligé, afin d'éviter la confusion, d'employer un peu d'art, pour faire de la symmétrie ou du contraste.

Tant qu'on augmente un cabinet d'histoire naturelle, on n'y peut maintenir l'ordre qu'en déplaçant continuellement tout ce qui y est. Par exemple, lorsqu'on veut faire entrer dans une suite une espece qui y manque, si cette espece appartient au premier genre, il faut que tout le reste de la suite soit déplacé, pour que la nouvelle espece soit mise en son lieu.... Quoique ce genre d'occupation demande de l'attention, & qu'il emporte toûjours beaucoup de tems, ceux qui font des collections d'histoire naturelle ne doivent point le négliger : on ne le trouvera point ennuyeux, ni même infructueux, si on joint au travail de la main l'esprit d'observation. On apprend toûjours quelque chose de nouveau en rangeant méthodiquement une collection ; car dans ce genre d'étude plus on voit, plus on sait. Les arrangemens qui ne sont faits que pour l'agrément, supposent aussi des tentatives inutiles ; ce n'est qu'après plusieurs combinaisons qu'on trouve un résultat satisfaisant dans les choses de goût : mais on est bien dédommagé de la peine qu'on a eue par le plaisir qu'on ressent, lorsqu'on croit avoir réussi. Ce qu'il y a de plus desagréable sont les soins que l'on est obligé de prendre pour conserver certaines pieces sujettes à un promt dépérissement ; l'on ne peut être trop attentif à tout ce qui peut contribuer à leur conservation, parce que la moindre négligence peut être préjudiciable. Heureusement toutes les pieces d'un cabinet ne demandent pas autant de soins les unes que les autres, & toutes les saisons de l'année ne sont pas également critiques.

Les minéraux en général ne demandent que d'être tenus proprement, & de façon qu'ils ne puissent pas se choquer les uns contre les autres ; il y en a seulement quelques-uns qui craignent l'humidité, comme les sels qui se fondent aisément, & les pyrites qui se fleurissent, c'est-à-dire qui tombent en poussiere. Mais les animaux & les végétaux sont plus ou moins sujets à la corruption. On ne peut la prévenir qu'en les desséchant le plus qu'il est possible, ou en les mettant dans des liqueurs préparées ; dans ce dernier cas, il faut empêcher que la liqueur ne s'évapore ou ne se corrompe. Les pieces qui sont desséchées demandent encore un plus grand soin ; les insectes qui y naissent & qui y trouvent leurs alimens, les détruisent dans l'intérieur avant qu'on les ait apperçûs. Il y a des vers, des scarabées, des teignes, des papillons, des mites, &c. qui s'établissent chacun dans les choses qui leur sont le plus convenables ; ils rongent les chairs, les cartilages, les peaux, les poils, & les plumes, ils attaquent les plantes, quoique desséchées avec le plus grand soin ; on sait que le bois même peut être réduit en poudre par les vers : les papillons ne font pas autant de mal que les scarabées ; & il n'y a que ceux qui produisent les teignes qui soient nuisibles. Tous ces insectes pullulent en peu de tems, & leur génération est si abondante, que le nombre en deviendroit prodigieux, si on n'employoit pas différens moyens pour les détruire. La plûpart de ces petits animaux commencent ordinairement à éclorre ou à se mettre en mouvement au mois d'Avril, lorsque le printems est chaud, ou au mois de Mai, lorsque la saison est plus tardive ; c'est alors qu'il faut tout visiter, & examiner si on n'appercevra pas la trace de ces insectes, qui est ordinairement marquée par une petite poussiere qu'ils font tomber des endroits où ils sont logés ; dans ce cas il y a déjà du mal de fait ; ils ont rongé quelque chose : ainsi on ne doit point perdre de tems, il faut travailler à les détruire. On doit observer ces petits animaux jusqu'à la fin de l'été ; dans ce tems il n'en reste plus que des oeufs, ou bien ils sont arrêtés & engourdis par le froid. Voilà donc environ cinq mois pendant lesquels il faut veiller sans-cesse ; mais aussi pendant le reste de l'année, on peut s'épargner ce soin.

Il suffit en général de garantir l'intérieur d'un cabinet du trop grand froid, de la trop grande chaleur, & sur-tout de l'humidité. Si les animaux desséchés, particulierement ceux de la mer, qui restent toûjours imprégnés de sel marin, étoient exposés à l'air extérieur dans les grandes gelées, après avoir été imbibés de l'humidité des brouillards, des pluies, ou des dégels, ils seroient certainement altérés & décomposés en partie, par l'action de la gelée & par de si grands changemens de température. Aussi pendant la fin de l'autonne & pendant tout l'hyver, on ne peut mieux faire que de tenir tous les cabinets bien fermés, il ne faut pas craindre que l'air devienne mauvais pour n'avoir pas été renouvellé : il ne peut avoir de qualité plus nuisible que celle de l'humidité. D'ailleurs les salles des cabinets sont ordinairement assez grandes pour que l'air y circule aisément : au reste en choisissant un tems sec, on pourroit les ouvrir au milieu du jour. Pendant l'été on a moins à craindre de l'humidité : mais la chaleur produit de mauvais effets, qui sont la fermentation & la corruption. Plus l'air est chaud, plus les insectes sont vigoureux, plus leur multiplication est facile & abondante, plus les ravages qu'ils font sont considérables : il faut donc parer les rayons du soleil par tous les moyens possibles, & ne jamais donner l'entrée à l'air du dehors, que lorsqu'il est plus frais que celui du dedans. Il seroit à souhaiter que les cabinets d'histoire naturelle ne fussent ouverts que du côté du nord ; cette exposition est celle qui leur convient le mieux, pour les préserver de l'humidité de l'hyver, & des chaleurs de l'été.

Enfin par rapport à la distribution & aux proportions de l'intérieur, comme les planchers ne doivent pas être fort élevés, on ne peut pas faire de très-grandes salles ; car si l'on veut décorer un cabinet avec le plus d'avantage, il faut meubler les murs dans toute leur hauteur, & garnir le plat-fond comme les murs, c'est le seul moyen de faire un ensemble qui ne soit point interrompu ; & même il y a des choses qui sont mieux en place étant suspendues, que par-tout ailleurs. Mais si elles se trouvent trop élevées, on se fatigueroit inutilement à les regarder sans pouvoir les bien distinguer. En pareil cas, l'objet qu'on n'apperçoit qu'à demi, est toûjours celui qui pique le plus la curiosité : on ne peut guere voir un cabinet d'histoire naturelle, sans une certaine application qui est déjà assez fatiguante, quoique la plûpart de ceux qui y entrent, ne prétendent pas en faire une occupation sérieuse, cependant la multiplicité & la singularité des objets fixent leur attention.

Par rapport à la maniere de placer & de présenter avantageusement les différentes pieces d'histoire naturelle, je crois que l'on a toûjours à choisir. Il y en a plusieurs qui peuvent être aussi convenables les unes que les autres pour le même objet ; c'est au bon goût à servir de regle " M. Daubenton ne prétend entrer dans aucune discussion à cet égard, il s'est contenté dans sa description du cabinet du Roi, de rapporter la façon dont les choses de différens genres y sont disposées, & en même tems les moyens de les conserver.

Me sera-t-il permis de finir cet article par l'exposition d'un projet qui ne seroit guere moins avantageux qu'honorable à la nation ? Ce seroit d'élever à la nature un temple qui fût digne d'elle. Je l'imagine composé de plusieurs corps de bâtimens proportionnés à la grandeur des êtres qu'ils devroient renfermer : celui du milieu seroit spacieux, immense, & destiné pour les monstres de la terre & de la mer : de quel étonnement ne seroit-on pas frappé à l'entrée de ce lieu habité par les crocodiles, les éléphans & les baleines ? On passeroit de-là dans d'autres salles contiguës les unes aux autres, où l'on verroit la nature dans toutes ses variétés & ses dégradations. On entreprend tous les jours des voyages dans les différens pays, pour en admirer les raretés ; croit-on qu'un pareil édifice n'attireroit pas les hommes curieux de toutes les parties du monde, & qu'un étranger un peu lettré pût se resoudre à mourir, sans avoir vû une fois la nature dans son palais ? Quel spectacle que celui de tout ce que la main du tout-puissant a répandu sur la surface de la terre, exposé dans un seul endroit ! Si je pouvois juger du goût des autres hommes par le mien, il me semble que pour joüir de ce spectacle, personne ne regretteroit un voyage de cinq ou six cent lieues ; & tous les jours ne fait-on pas la moitié de ce chemin pour voir des morceaux de Raphael & de Michel-Ange ? Les millions qu'il en coûteroit à l'état pour un pareil établissement, seroient payés plus d'une fois par la multitude des étrangers qu'il attireroit en tout tems. Si j'en crois l'histoire, le grand Colbert leur fit autrefois acquiter la magnificence d'une fête pompeuse, mais passagere. Quelle comparaison entre un carrousel & le projet dont il s'agit ? & quel tribut ne pourrions-nous pas en espérer de la curiosité de toutes les nations ?

CABINETS SECRETS, (Physique) sorte de cabinets dont la construction est telle que la voix de celui qui parle à un bout de la voûte, est entendue à l'autre bout : on voit un cabinet ou chambre de cette espece à l'Observatoire royal de Paris. Tout l'artifice de ces sortes de chambres consiste en ce que la muraille auprès de laquelle est placée la personne qui parle bas, soit unie & cintrée en ellipse ; l'arc circulaire pourroit aussi convenir, mais il seroit moins bon. Voici pourquoi les voutes elliptiques ont la propriété dont nous parlons. Si on imagine (fig. 16. n°. 3. Pneumatique.) une voûte elliptique A B C, dont les deux foyers soient F & f (voyez ELLIPSE), & qu'une personne placée au point F parle tout aussi bas qu'on peut parler à l'oreille de quelqu'un, l'air poussé suivant les directions F D, F C, F O, &c. se réfléchira à l'autre foyer f par la propriété de l'ellipse qui est connue & démontrée en Géométrie ; d'où il s'ensuit qu'une personne qui auroit l'oreille à l'endroit f, doit entendre celui qui parle en F aussi distinctement que si elle en étoit tout proche.

Les endroits fameux par cette propriété étoient la prison de Denys à Syracuse, qui changeoit en un bruit considérable un simple chuchotement, & un claquement de mains en un coup très-violent ; l'aquéduc de Claude, qui portoit la voix, dit-on, jusqu'à seize milles ; & divers autres rapportés par Kircher dans sa Phonurgie.

Le cabinet de Denys à Syracuse, étoit, dit-on, de forme parabolique : Denys ayant l'oreille au foyer de la parabole, entendoit tout ce qu'on disoit en-bas parce que c'est une propriété de la parabole, que toute action qui s'exerce suivant des lignes paralleles à l'axe, se réfléchit au foyer. Voyez PARABOLE & FOYER.

Ce qu'il y a de plus remarquable sur ce point en Angleterre, c'est le dome de l'église de saint Paul de Londres, où le battement d'une montre se fait entendre d'un côté à l'autre, & où le moindre chuchotement semble faire le tour du dome. M. Derham dit que cela ne se remarque pas seulement dans la galerie d'embas, mais au-dessus dans la charpente, où la voix d'une personne qui parle bas, est portée en rond au-dessus de la tête jusqu'au sommet de la voute, quoique cette voute ait une grande ouverture dans la partie supérieure du dome.

Il y a encore à Glocester un lieu fameux dans ce genre ; c'est la galerie qui est au-dessus de l'extrémité orientale du choeur, & qui va d'un bout à l'autre de l'église : deux personnes qui parlent bas, peuvent s'entendre à la distance de vingt-cinq toises. Tous les phénomenes de ces différens lieux dépendent à-peu-près des mêmes principes. Voyez ECHO & PORTE-VOIX. (O)


CABIRESS. m. plur. (Mythologie) divinités du Paganisme révérées particulierement dans l'île de Samothrace. Ces dieux étoient, selon quelques-uns, Pluton, Proserpine & Cerès ; & selon d'autres, c'étoient toutes les grandes divinités des Payens. Ce nom est hébreu ou phénicien d'origine, cabir, & signifie grand & puissant. Mnascas met ces dieux au nombre de trois ; Axierès, Cerès ; Axiocersa, Proserpine ; & Axiocersus, Pluton, auxquels Dionysiodore ajoûte un quatrieme nommé Casimil, c'est-à-dire Mercure. On croyoit que ceux qui étoient initiés dans les mysteres de ces dieux, en obtenoient tout ce qu'ils pouvoient souhaiter ; mais leurs prêtres avoient affecté de répandre une si grande obscurité sur ces mysteres, qu'on regardoit comme un sacrilége de prononcer seulement en public le nom de ces dieux : de-là vient que les anciens se sont contentés de parler des mysteres de Samothrace & du culte des dieux Cabires, comme d'une chose très-respectable, mais sans entrer dans le moindre détail. M. Pluche, dans son histoire du Ciel, dit que les figures de ces dieux venues d'Egypte en Phénicie, & de-là en Grece, portoient sur la tête des feuillages, des cornes, des ailes & des globes, qui, ajoûte cet auteur, ne pouvoient pas manquer de paroître ridicules à ceux qui ne comprenoient pas la signification de ces symboles, comme il arriva à Cambyse, roi des Perses, en entrant dans leur temple. Mais ces mêmes figures, si singulieres en apparence, désignoient Osiris, Isis & Horus, qui enseignoient au peuple à se précautionner contre les ravages de l'eau. Voilà, selon lui, à quoi se réduisoit tout l'appareil de ces mysteres, à apprendre à ceux qui y étoient initiés, une vérité fort simple & fort commune.

CABIRES, dans Origene contre Celse, se prend pour les anciens persans qui adoroient le soleil & le feu. Hyde dans son histoire de la religion des anciens Persans, confirme cette étymologie : Cabiri, dit-il ch. xxjx. sunt Gabri, voce persicâ aliquantulum detortâ ; c'est-à-dire que du mot Gabres ou Guebres, qui est persan, on a fait celui de Cabires. Voyez GUEBRES. (G)


CABIRIESS. f. pl. (Myth.) fêtes que les anciens habitans de Lemnos & de Thebes célébroient en l'honneur des dieux Cabires.

Cette fête passoit pour être très ancienne, & antérieure au tems même de Jupiter, qui la renouvella à ce qu'on dit. Les cabiries se célébroient pendant la nuit, & l'on y consacroit les enfans depuis un certain âge. Cette consécration étoit, selon l'opinion payenne, un préservatif contre tous les dangers de la mer.

La cérémonie de la consécration, appellée , ou , consistoit à mettre l'initié sur un throne, autour duquel les prêtres faisoient des danses. La marque des initiés étoit une ceinture ou écharpe d'un ruban couleur de pourpre.

Quand on avoit commis quelque meurtre, c'étoit un asyle que d'aller aux sacrifices des cabiries. Meursius produit les preuves de tout ce que nous venons d'avancer. (G)


CABITA(Géog.) une des îles Philippines, avec un port, à deux lieues de Manilla.


CABLAN(Géog.) ville & royaume d'Asie dans l'Inde, au-delà du Gange, dépendant du roi d'Ava.


CABLES. m. (Corderie) se dit en général de tous cordages nécessaires pour traîner & enlever les fardeaux. Ceux qu'on nomme brayers, en Architecture, servent pour lier les pierres, baquets à mortier, bouriquets à moilon, & c. les haubans, pour retenir & haubaner les engins, grues & gruaux, &c. les vintaines, qui sont les moindres cordages, pour conduire les fardeaux en les montant, & pour les détourner des saillies & des échafauds : ils servent aussi à attacher les boulins pour former les échafauds. On dit bander, pour tirer un cable. Ce mot vient du latin capulum ou caplum, fait du verbe capere, prendre. Voy. BANDER. (P)

CABLE, s. m. en Marine, que quelques-uns écrivent & prononcent chable : ce dernier n'est point usité par les gens de mer. C'est une grosse & longue corde ordinairement de chanvre, faite de trois hansieres, dont chacune a trois torons. V. HANSIERE & TORON.

Le cable sert à tenir un vaisseau en rade ou en quelqu'autre lieu. On appelle aussi cables, les cordes qui servent à remonter les grands bateaux dans les rivieres, & à élever de gros fardeaux dans les bâtimens, par le moyen des poulies.

Il y a ordinairement quatre cables dans les vaisseaux, & le plus gros s'appelle maître-cable. Ce maître-cable est long de 120 brasses & cela est cause que le mot de cable se prend aussi pour cette mesure ; desorte que quand on dit qu'on mouille à deux ou trois cables de terre ou d'un vaisseau, on veut dire qu'on en est à la distance de 240 ou 360 brasses. A l'égard de la fabrique des cables voyez CORDAGE, CORDE, & CORDERIE.

Les plus petits vaisseaux ont au moins trois cables. Il y a le cable ordinaire, le maître-cable, & le cable d'affourché, qu'on nomme aussi groslin, qui est le plus petit. La longueur la plus ordinaire de ces cables est de 110 & de 120 brasses.

On proportionne souvent la grosseur du cable de la moyenne ancre à la longueur du vaisseau, & on lui donne un pouce d'épais pour chaque dix piés de cette longueur. On se sert bien aussi de ces mêmes cables pour la maîtresse ancre. Lorsqu'on mou ille dans un très-mauvais tems, on met jusqu'à deux cables à une même ancre, afin qu'ils ayent plus de force, & qu'en même tems l'ancre puisse joüer plus facilement.

Un vaisseau de 134 piés de long de l'étrave à l'étambord, doit être pourvû de quatre cables de treize pouces de circonférence & de 100 brasses de long, & d'un autre de douze pouces.

Mais les vaisseaux de guerre sont pourvûs de cables de 120 brasses, afin qu'ils joüent plus aisément sur l'ancre. Ces cables ont vingt à vingt-deux pouces de circonférence, & sont composés de trois hansieres : chaque hansiere est de trois torons, & chaque toron est de trois cordons & d'environ 600 fils ; desorte que le cable entier est de 1800 fils, pris à 20 pouces de circonférence, & il doit peser 9500 livres sans être goudronné. Ces proportions peuvent cependant varier un peu ; & ne sont pas toûjours également suivies.

Quelques-uns reglent sur la largeur du vaisseau les proportions des cables, & donnent autant de demi-pouces de circonférence au maître-cable, que le vaisseau a de piés de largeur. D'autres font tous les cables presque d'égale grosseur pour les navires de guerre ; mais pour les navires marchands, dont les équipages sont foibles, c'est-à-dire qui ont peu de monde, on ne leur donne qu'un gros cable pour maître-cable ; & on fait le cable ordinaire d'un huitieme plus leger, & le cable d'affourché encore plus leger d'un autre huitieme.

Le cable de toue n'est qu'une simple hansiere, & l'on ne s'en sert ordinairement que dans les rivieres, & dans les endroits où les bancs rendent le chenal étroit & le resserrent.

Le cable d'affourché sert avec le cable ordinaire ou avec le maître-cable ; parce que si les vaisseaux n'étoient que sur une ancre ou sur un cable, ils ne manqueroient pas de tourner au premier changement de vent & de marée, ce qui pourroit nuire à la sûreté du vaisseau.

Les cables, & cordages dont on se sert dans les vaisseaux, ont depuis trois pouces jusqu'à 20 & 22 pouces de circonférence, & sont composés d'un plus grand nombre de fils, selon leur grosseur : on en auroit pû joindre ici une table, de même que de leur poids ; mas on le trouvera à l'article de la CORDERIE.

Quoiqu'on ait dit ci-devant que les vaisseaux ont ordinairement quatre cables, les vaisseaux du roi en sont mieux pourvûs. Le vaisseau le dauphin royal, du premier rang, avoit quatre cables de 32 pouces de circonférence & de 120 brasses de long, pesant chacun 9650 livres en blanc, & 12873 liv. goudronné ; quatre cables de vingt-deux pouces de circonférence, pesant chacun 8900 livres en blanc, & 11869 livres goudronné ; deux de douze pouces, pesant chacun 2620 livres en blanc, & 3495 livres goudronnés ; deux de onze pouces, pesant 1157 livres en blanc, & 2872 livres goudronnés : un tournevire de douze pouces de circonférence & de soixante brasses de longueur, pesant 1400 liv. blanc, & 1866 liv. goudronné. Voyez GOUDRONNERIE.

Bitter le cable, voyez BITTER.

Couper le cable, le tailler ; c'est le couper à coups de hache sur l'écubier, & abandonner l'ancre, afin de mettre plus vîte à la voile, soit pour éviter d'être surpris par le gros tems ou par l'ennemi, soit dans le dessein de chasser sur quelque vaisseau, n'ayant pas alors le loisir de lever l'ancre & de retirer le cable. On laisse alors une boüée sur l'ancre attachée avec une corde, par le moyen de laquelle on sauve l'ancre & le cable qui y tient, lorsqu'on peut renvoyer le chercher.

Lever un cable, c'est le mettre en rond en maniere de cerceau, pour le tenir prêt à le filer, & en donner ce qu'il faut pour la commodité du mouillage.

Donner le cable à un vaisseau, c'est secourir un vaisseau qui est incommodé ou qui marche mal ; ce qu'on fait en le toüant ou en le remorquant par l'arriere d'un autre vaisseau. En terme de Marine, cela s'appelle tirer en ouaiche.

Laisser traîner un cable sur le sillage du vaisseau ; cette manoeuvre se fait pour ralentir la course du vaisseau. Les vaisseaux corsaires se servent assez volontiers de cette ruse pour contrefaire les méchans voiliers.

Les cables sont dits avoir un demi-tour ou un tour, lorsqu'un vaisseau qui est mouillé & affourché, a fait un tour ou deux en obéissant au vent ou au courant de la mer ; ensorte qu'il ait croisé ou cordonné près des écubiers les cables qui les tiennent.

Filer du cable, c'est lâcher & laisser descendre le cable. Filer le cable bout pour bout, c'est lâcher & abandonner tout le cable qui tient l'ancre, & le laisser aller à la mer avec l'ancre, quand on n'a pas le tems de la lever.

Le cable à pic, c'est lorsque le vaisseau approchant de l'ancre qui est mouillée, ce cable commence à se roidir pour être à pic, c'est-à-dire perpendiculaire. (Z)


CABLÉadj. en termes d'Architecture, se dit des cannelures qui sont relevées & contournées en forme de cables. Voyez CANNELURE. (P)

CABLE, en termes de Blason, se dit d'une croix faite de deux bouts de cable de vaisseau, ou bien d'une croix couverte & entortillée de corde ; ce qu'on appelle plus proprement croix cordée. Voyez CROIX & CORDEE. (V)


CABLEAUS. m. (Marine) on se sert de ce mot pour le diminutif d'un cable : on l'applique communément à la corde qui sert d'amarre à la chaloupe d'un vaisseau lorsqu'elle est mouillée.

On appelle aussi cableau ou cincenelle, cette longue corde dont les bateliers se servent pour tirer les bateaux en remontant les rivieres. (Z)


CABLERterme de Boutonnier ; c'est assembler plusieurs fils ou cordons, au moyen d'un instrument nommé sabot ; & les tordre avec un roüer, pour en former un cordon plus gros. Voyez SABOT.


CABLIAUXS. m. pl. (Hist. mod.) nom de factieux qui troublerent la Hollande en 1350. Ils le prirent du poisson appellé cabliau, & ils promettoient de dévorer leurs adversaires, comme le cabliau dévore les autres poissons. La faction opposée se fit appeller des Hoeckens ou Hameçonniers.


CABO(Géog.) royaume d'Afrique dans la Nigritie, sur le Riogrande, vers le sud.


CABO-CORSO(Géog.) cap. d'Afrique sur la côte d'Or de Guinée, auprès duquel les Anglois ont une importante forteresse. Long. 18. 20. lat. 4. 40.


CABO-MISERADO(Géogr.) cap d'Afrique sur la côte de Malaguette, près d'une riviere nommée Duro.


CABOCEIRou CABACEIRA, (Géogr.) presqu'île attachée au continent de l'Afrique près de Mosambique, par une langue de terre que la mer couvre lorsqu'elle est haute. Elle est fort près & vis-à-vis de l'île Saint George.


CABOCHES. f. terme de Cloutier, espece de clous qu'on nomme plus souvent clous à souliers, parce que le menu peuple & les ouvriers de la campagne en font garnir le dessous du talon & de la semelle de leurs souliers, afin qu'ils durent plus long-tems. Il y a deux sortes de caboches ; les unes qu'on nomme à deux têtes, & les autres à tête de diamant. En général, ces sortes de clous sont courts, & ont la tête large.


CABOCHÉadj. terme de Blason, se dit d'une tête d'animal coupée derriere les oreilles par une section parallele à la fasce, ou par une section perpendiculaire ; au lieu qu'on diroit coupé, si la section étoit faite horisontalement. (A)


CABOCHONS. m. terme de Joaillier, pierre précieuse qui n'est que polie, & qu'on a laissée telle qu'on l'a trouvée, c'est-à-dire à laquelle on a seulement ôté ce qu'elle avoit de brut, sans lui donner aucune figure particuliere. On dit sur-tout rubis-cabochon. Voyez RUBIS.


CABOLETTO(Commerce) monnoie d'Italie usitée dans les états de la république de Genes, qui vaut environ quatre sous de notre argent.


CABOTpoisson de mer. Voyez MULET.


CABOTAGES. m. (Marine) on appelle ainsi la navigation le long des côtes. On entend aussi par ce mot la connoissance des mouillages, bancs, courans & marée que l'on trouve le long d'une côte.


CABOTERv. neut. terme de Marine, pour dire aller de cap en cap, de port en port, naviguant le long des côtes.


CABOTTIERES. f. (Commerce) barque plate, longue & étroite, d'environ trois piés de profondeur, avec un gouvernail très-long, fait en forme de rame. Cette espece de bateau n'est utile qu'au commerce qui se fait par la riviere d'Evre. Cette riviere prend sa source du côté de Chartres, passe à Dreux, & se jette dans la Seine à un quart de lieue au-dessus du Pont-de-l'Arche. (Z)


CABOUCHAN(Géog.) ville d'Asie dans le Corasan, dépendante de Nichabour.


CABRA(Géog.) ville d'Afrique au royaume de Tombut dans la Nigritie, sur le bord du Sénégal. Long. 18. 25. lat. 15. 10.


CABRÉadj. en terme de Blason, se dit d'un cheval acculé.

La Chevalerie dans le Maine, de gueules aux cheval cabré d'argent.


CABRERv. pass. se cabrer, (Manege) se dit des chevaux qui se levent & dressent sur les piés de derriere, prêts à se renverser lorsqu'on leur tire trop la bride, ou qu'ils sont vicieux ou fougueux. Lorsqu'un cheval se cabre plusieurs fois de suite, & se jette si haut sur les jambes de derriere qu'il est en péril de se renverser, on appelle ce desordre faire des ponts-levis : il faut que le cheval ait beaucoup de force, & lui rendre la main à propos, autrement ces ponts-levis sont très-dangereux. Le moyen de rendre obéissant un poulain sujet à se cabrer souvent & à desobéir, est de prendre le tems que ses piés de devant retombent à terre, & lui appuyer alors fortement des deux. (V)


CABRERA(Géog.) contrée d'Espagne dans la partie septentrionale du royaume de Léon.


CABRERou CAPRARIA, (Géog.) petite île d'Espagne dans la mer Méditerranée, à peu de distance de celle de Mayorque.


CABRESS. f. c'est ainsi qu'on appelle, dans les Manufactures d'ouvrages en soie, deux pieces de bois de sept à huit piés de longueur, soûtenues d'un côté par des piés qui les traversent dans une mortaise de neuf à dix pouces de hauteur en-dehors. On s'en sert pour placer l'ensuple quand on plie les chaînes, ou qu'on les met sur l'ensuple.


CABRESTAN(Géog.) petite ville d'Afrique dans une plaine formée par les montagnes qui regnent le long du golfe Persique.


CABRIOLou CAPRIOLE, s. f. terme de Danse, élévation du corps, saut leger & agile que les danseurs font ordinairement à la fin des cadences.

Friser la cabriole, c'est agiter les piés avec vîtesse tandis qu'ils sont en l'air. En matiere de danse, la cabriole est la même chose que le saut. La demi-cabriole est lorsqu'on ne retombe que sur l'un des piés. Voyez SAUT.

CABRIOLE, en terme de Manege, est un saut vif que le cheval fait sans aller en avant, de façon qu'étant en l'air il montre les fers, détache des ruades aussi loin qu'il peut les porter, & fait du bruit avec les piés. Ce mot vient de capreolare, & celui-ci de capreolus.

La cabriole est la plus difficile de toutes les ruades. Il y a plusieurs sortes de cabrioles : cabriole droite ; cabriole en arriere, cabriole de côté, cabriole battue ou grisée, cabriole ouverte. Lever à cabriole, voyez LEVER ; voyez aussi SAUTER. (V)


CABROLLEpoisson de mer. Voyez BICHE.


CABRUou CAPRUS, (Myth.) dieu particulier qu'on honoroit à Phaselis, ville de Pamphilie : on ne lui offroit en sacrifice que du poisson salé : ce qui donna lieu de nommer proverbialement un repas de poisson salé, un sacrifice de Phaselites.


CABUJA(Hist. nat. bot.) plante d'Amérique dont les feuilles ressemblent beaucoup à celles du chardon. On dit que les Américains travaillent cette plante comme nous faisons le chanvre & le lin, & qu'ils s'en servent pour faire du fil & des cordes.


CABUou CABOUL, (Géog.) grande ville d'Asie dans les Indes, capitale du Cabulistan, avec deux bons châteaux.


CABULISTAou CABOULISTAN, province d'Asie dans l'empire du Mogol, bornée au nord par la Tartarie, à l'est par la Cachemire, à l'ouest par le Zabulistan & le Candahar, au sud par le Multan. On y trouve des mines de fer, des bois aromatiques, & plusieurs sortes de drogues. Ce pays, peu fertile d'ailleurs, est cependant riche par le commerce.


CABURA(Géog.) endroit de la Mésopotamie où il y a, dit-on, une fontaine dont les eaux ont une odeur douce & agréable. Pline qui en parle, dit que cette odeur leur fut laissée par Junon qui s'y baigna une fois.


CABURLAUTpoisson de mer ; voyez CHABOT.


CAÇAÇA(Géog.) ville d'Afrique au royaume de Fez, proche Melille.


CACALIAS. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante dont la fleur est un bouquet à fleurons découpés en quatre parties, portés par un embryon, & soûtenus par un calice cylindrique. Lorsque la fleur est passée, chaque embryon devient une graine garnie d'une aigrette. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

* On dit que sa racine macérée dans du vin, ou mâchée seule, soulage dans la toux ; & que ses baies pulvérisées & réduites en cérat, adoucissent la peau & effacent les rides.


CACAou CACAOYER, s. m. (Hist. nat.) arbre étranger.

Sa description. Le cacaoyer est un arbre d'une grandeur & d'une grosseur médiocres, qui augmentent ou diminuent selon la qualité du fonds où il vient.

Sur la côte de Caraque, par exemple, il prend beaucoup plus de croissance que dans nos îles Françoises.

Son bois est poreux & fort leger : son écorce est assez unie, & de couleur de canelle plus ou moins foncée, suivant l'âge de l'arbre.

Ses feuilles sont longues d'environ neuf pouces sur quatre, dans le fort de leur largeur, qui diminue vers les deux extrémités où elles se terminent en pointe ; leur couleur est d'un verd un peu foncé, mais plus clair en-dessus qu'en-dessous ; elles sont attachées à des pédicules longs de trois pouces, & d'une ligne de diametre. L'allongement de ces pédicules forme le long du milieu de chaque feuille une côte droite un peu relevée, qui depuis sa naissance jusqu'au bout va en diminuant ; & de part & d'autre de cette côte sortent alternativement treize à quatorze nervures obliques.

Comme ces feuilles ne tombent guere que successivement, & à mesure que d'autres les remplacent, l'arbre ne paroît jamais dépouillé : il fleurit en tout tems ; mais plus abondamment vers les deux solstices que dans les autres saisons.

Ses fleurs qui sont régulieres & en rose, mais fort petites & sans odeur, sortent par bouquets des aisselles des anciennes feuilles, dont on apperçoit encore, pour ainsi dire, les cicatrices aux endroits où l'arbre s'en étoit autrefois dépouillé. Une grande quantité de ces fleurs coulent, & à peine de mille y en a-t-il dix qui nouent ; ensorte que la terre qui est au-dessous paroît toute couverte de ces fausses fleurs.

Chaque fleur est attachée à l'arbre par un pédicule délié, & long de cinq à six lignes ; & quand elle est encore en bouton, elle n'a qu'environ deux lignes de diametre, sur deux & demie ou trois tout au plus de longueur. Plus elle est petite par rapport à l'arbre & au fruit, plus elle m'a paru singuliere & digne d'attention.

Lorsque le bouton vient à s'épanoüir, on peut considérer le calice, le feuillage & le coeur de la fleur.

Le calice se forme de l'enveloppe du bouton, divisée en cinq parties ou feuilles de couleur de chair fort pâle.

Les cinq véritables feuilles de même couleur leur succedent, & remplissent les vuides ou séparations du calice. Ses feuilles ont deux parties, l'une qui est au-dessous en forme de tasse oblongue, panachée intérieurement de pourpre, se recourbe vers le centre par le moyen d'une étamine qui lui sert comme de lien, d'où sort ensuite au-dehors l'autre partie de la feuille, qui semble en être séparée, & est formée en maniere de fer de pique.

Le coeur de la fleur est composé de cinq filets & de cinq étamines, avec le pistil au milieu ; les filets sont droits, de couleur de pourpre, & disposés vis-à-vis des intervalles des feuilles ; les étamines sont blanches & courbes en-dehors, avec une espece de bouton au sommet qui s'engage dans le milieu de chaque feuille pour la soûtenir.

Quand on observe ces menues parties avec le microscope, on diroit que la pointe des filets est argentine, & que les étamines sont de crystal, aussi-bien que le pistil que la nature semble avoir placé au centre, en forme de filet blanc, ou pour être les prémices du jeune fruit ou pour lui servir de défense, s'il est vrai que cet embryon ne se produise & ne se développe qu'à sa base.

Le cacaoyer porte presque toute l'année des fruits de tout âge, qui mûrissent successivement, mais qui ne viennent point au bout des petites branches, comme nos fruits en Europe, mais le long de la tige & des meres branches ; ce qui n'est pas rare en ces pays-là, où plusieurs arbres ont la même propriété : tels sont les cocotiers, les abricotiers de S. Domingue, les calebassiers, les papayers, &c.

Le fruit du cacao est contenu dans une cosse, qui d'une extrème petitesse parvient en quatre mois à la grosseur & à la figure d'un concombre qui seroit pointu par le bas, & dont la surface seroit taillée en côte de melon.

Cette gousse dans les premiers mois est ou rouge ou blanche, ou mêlée de rouge & de jaune ; & cette variété de couleur fait trois sortes d'arbres de cacao, qui n'ont entr'eux que cette seule difference, que je ne crois pas suffisante pour établir trois especes de cacao.

La premiere est d'un rouge vineux & foncé principalement sur les côtes, lequel devient plus clair & plus pâle en mûrissant.

La seconde qui est la blanche, est au commencement d'un verd si clair, qu'il en paroît blanc ; peu-à-peu elle prend la couleur de citron ; & se colorant toûjours de plus en plus, elle devient enfin tout-à-fait jaune dans sa maturité.

La troisiéme, qui est rouge & jaune tout ensemble tient un milieu entre ces deux premieres ; car en mûrissant la rouge pâlit, & la jaune se renforce.

On a remarqué que les cosses blanches sont plus trapues que les autres, sur-tout du côté qu'elles tiennent à l'arbre ; & que les cacaoyers de cette sorte en rapportent communément davantage.

Si l'on fend une de ces cosses suivant sa longueur, on trouve qu'elle a environ quatre lignes d'épaisseur & que sa capacité est pleine d'amandes de cacao, dont les intervalles sont remplis avant leur maturité d'une substance blanche & ferme, mais qui se change enfin en une espece de mucilage d'une acidité charmante ; c'est pourquoi on se donne souvent le plaisir de mettre de ces amandes de cacao avec leurs enveloppes dans la bouche, pour la rafraîchir agréablement, & pour étancher la soif : mais on se garde bien d'y appuyer la dent, parce qu'en perçant la peau du cacao on sentiroit une amertume extrème.

Lorsqu'on examine avec attention la structure intérieure de ces cosses, & qu'on en anatomise, pour ainsi dire, toutes les parties, on trouve que les fibres de la queue du fruit passant à-travers la cosse se partagent en cinq branches ; que chacune de ces branches se divise en plusieurs filamens, qui se terminent chacun au gros bout d'une des amandes ; & que le tout ensemble forme comme une espece de grappe de vingt, vingt-cinq, trente à trente-cinq grains au plus, rangés & appliqués l'un contre l'autre dans la cosse avec un ordre merveilleux.

Après un grand nombre d'expériences, on n'en trouve ni moins ni plus de vingt-cinq : peut-être qu'à force de chercher les plus grosses cosses, dans les fonds les plus féconds, & sur les sujets les plus vigoureux, on en pourroit trouver de quarante amandes ; mais comme cela n'ira jamais au-delà, il est de même certain qu'on ne trouvera point de cosses qui en ayent au-dessous de quinze, à moins que ce ne soient des cosses avortées, ou le fruit de quelqu'arbre fatigué, c'est-à-dire usé de vieillesse, de méchant fonds, ou par defaut de culture.

Lorsqu'on ôte la peau à quelqu'une des graines de cacao, on découvre la substance de l'amende, qui paroît tendre, lisse, un peu violette, & comme divisée en plusieurs lobes, quoique dans la vérité elle n'en ait que deux, mais fort irréguliers, & fort embarrassés l'un dans l'autre.

Enfin coupant l'amande en deux suivant la longueur, on trouve à l'extrémité du gros bout une espece de grain cylindrique de deux lignes de long, sur demi-ligne de diametre, qui est le vrai germe de la plante ; au lieu que dans nos amandes européennes cette partie est placée à l'autre bout.

On peut voir même en France cette irrégularité de lobes, & le germe du cacao, dans les amandes rôties & mondées pour faire le chocolat.

Du choix & de la disposition du lieu pour planter une cacaoyere. Le cacaoyer croît naturellement dans plusieurs contrées de la zone torride de l'Amérique, mais particulierement au Mexique, dans les provinces de Nicarague & de Guatimale, comme aussi le long des bords de la riviere des Amazones, & sur la côte de Caraque, c'est-à-dire, depuis Comana jusqu'à Carthage, & à l'île d'Or ; on en a même trouvé quelques-uns dans les bois de la Martinique.

Les Espagnols & les Portugais ont été les premiers à qui les Indiens ont donné connoissance du cacao ; ils en ont long-tems usé sans le communiquer aux autres nations.

En 1649 on ne connoissoit encore aux îles du Vent qu'un seul arbre de cacao, planté par curiosité dans le jardin d'un anglois habitant de l'île de Sainte-Croix. En 1655 les Caraïbes montrerent à M. du Parquet le cacaoyer, dans les bois de l'île de la Martinique dont il étoit seigneur : cette découverte donna lieu à plusieurs autres de même espece, dans les mêmes bois de la Capestere de cette île, & c'est apparemment aux graines qu'on en tira, que les cacaoyeres qu'on y a depuis plantées doivent leur origine. Un Juif nommé Benjamin y planta la premiere vers l'année 1660 : mais ce ne fut que vingt ou vingt-cinq ans après, que les habitans de la Martinique commencerent à s'appliquer à la culture du cacao, & à planter des cacaoyeres.

On appelle une cacaoyere, une espece de verger d'arbres de cacao plantés au cordeau, à-peu-près comme nous disons en France une cerisaie, une pommeraie, une prunelaie, une figuerie, &c.

Lorsqu'on veut planter une cacaoyere, il faut surtout choisir la situation du lieu & la nature du terroir qui lui conviennent.

Le cacaoyer demande un lieu plat, humide, & à l'abri des vents, une terre neuve, & pour ainsi dire vierge, médiocrement grasse, meuble & profonde ; c'est pourquoi les fonds nouvellement défrichés, dont la terre est noire & sablonneuse, qu'une riviere tient frais, & que les coteaux ou mornes d'alentour (pour parler le langage du pays) mettent à couvert des vents, sur-tout du côté de la mer, sont préférables à toute autre situation ; & l'on ne manque guere de les mettre à cet usage, quand on est assez heureux pour en avoir de semblables.

J'entends par fonds nouvellement défrichés, ceux dont le bois vient d'être abattu exprès pour cela ; car il faut remarquer qu'on place encore aujourd'hui toutes les cacaoyeres au milieu des bois, de même qu'on a fait depuis la création du monde ; & cela pour deux raisons très-essentielles ; le premiere, afin que le bois debout qui reste autour leur serve d'abri ; & la seconde, afin qu'elles donnent moins de peine à sarcler, la terre qui n'a jamais produit d'herbe n'en poussant que peu faute de graines.

Aux cacaoyeres plantées sur des éminences, la terre n'a pas assez d'humidité ni assez de profondeur, & ordinairement le pivot ou la maîtresse racine, qui seule s'enfonce à-plomb dans la terre, ne peut percer le tuf qu'elle rencontre bien-tôt : les vents d'ailleurs y ayant plus de prise, font couler les fleurs noüées, & pour peu qu'ils soient forts, abattent les arbres dont presque toutes les racines sont superficielles.

C'est encore pis aux côteaux dont la pente est un peu rude ; car outre les mêmes inconvéniens, les avalaisons en entraînent la bonne terre, & découvrent insensiblement toutes les racines.

On peut donc conclure que toutes ces sortes de cacaoyeres sont longtems à porter, qu'elles ne sont jamais abondantes, & qu'elles se ruinent en peu de tems.

Il est bon aussi (autant qu'il est possible) qu'une cacaoyere soit entourée de bois debout ; ou s'il y a quelque côté d'ouvert, on doit y remédier de bonne heure par une lisiere à plusieurs rangs de bananiers.

Il faut encore qu'une cacaoyere soit d'une grandeur médiocre ; car les petites, sur-tout dans les fonds, n'ont pas assez d'air, & sont comme étouffées ; & les grandes jusqu'à l'excès sont trop exposées à la sécheresse & aux grands vents qu'on nomme ouragans en Amérique.

La place de la cacaoyere étant choisie, & les dimensions déterminées, on se met à abattre le bois : on commence par arracher les petites plantes, & à couper les arbrisseaux & le menu bois ; puis on tronçonne les tiges & les grosses branches des petits arbres, & des médiocres ; on fait des bûchers & on allume des feux de toutes parts ; on brûle même sur pié les plus gros arbres, pour s'épargner la peine de les couper.

Lorsque tout est brûlé, qu'il ne reste plus sur la terre que les troncs des plus grands arbres qu'on néglige de faire consumer, & que l'abattis se trouve parfaitement nettoyé, on dresse au cordeau des allées équidistantes & paralleles, où l'on plante en quinconce des piquets de deux à trois piés de long à l'intervalle de 5, 6, 7, 8, 9 ou 10 piés, en un mot, à telle distance qu'on a résolu de donner aux cacaoyers qu'ils représentent. Enfin on fait une piece de manioc de tout l'espace défriché, prenant garde de n'en planter aucun pié trop près des piquets.

On observera que les cacaoyeres plantées à grandes distances de 8, 6 & 10 piés donnent bien plus de peine à tenir nettes dans les premieres années (comme nous dirons dans la suite) : mais aussi quand elles sont dans de bons fonds, elles réussissent mieux de cette sorte, rapportent & durent beaucoup plus.

Les habitans qui sont pressés de leurs besoins, plantent plus près les arbres, parce que cela augmente considérablement le nombre des piés, & diminue en même tems le travail de les tenir nets. Quand dans la suite les arbres viennent à se nuire réciproquement par leur proximité, ils ont déjà recueilli quelques levées de cacao, qui ont pourvû à leurs nécessités les plus urgentes, & au pis aller ils coupent alors une partie des arbres pour donner de l'air au reste.

A la côte de Caraque, on plante des cacaoyers à 12 & 15 piés d'intervalle, & l'on pratique des rigoles de tems en tems pour les arroser dans les grandes sécheresses : on a fait aussi une heureuse expérience de cette pratique à la Martinique depuis quelques années.

Au reste le manioc est un arbuste dont les racines gragées & cuites sur le feu, fournissent la cassave & la farine qui servent de pain à tous les habitans naturels de l'Amérique. On en plante dans les nouveaux abattis, non-seulement parce qu'il en faut nécessairement à un habitant pour la nourriture de ses negres, mais aussi pour diminuer la production des mauvaises herbes, & pour mettre à l'ombre les piés de cacao qui levent, dont la plume tendre ni même les secondes feuilles ne pourroient résister à l'ardeur excessive du soleil : c'est pourquoi on attend que le manioc puisse ombrager le pié des piquets, avant que de planter le cacao.

De la maniere de planter une cacaoyere, & de la cultiver jusqu'à la maturité des fruits. Tout le cacao se plante de graine, le bois de cet arbre ne prenant point de bouture. On ouvre une cosse de cacao, & à mesure qu'on en a besoin, on en tire les amandes, & on les plante une à une : commençant, par exemple, par le premier piquet, on l'arrache, & avec une sorte de houlette de fer bien affilée ayant fait une espece de petit labour, & coupé, en béquillant tout-autour, les petites racines qui pourroient nuire, on plante la graine à trois ou quatre pouces de profondeur, & l'on remet le piquet un peu à côté pour servir de marque ; & ainsi de piquet en piquet, & de rang en rang, on parcourt toute la cacaoyere.

Il faut observer, 1°. de ne point planter dans les tems secs ; on le peut à la vérité tous les mois, & toutes les lunes vieilles ou nouvelles ; lorsque la saison est fraîche, & que la place est prête : mais on croit communément que plantant depuis le mois de Septembre jusqu'aux fêtes de Noël, les arbres rapportent plûtôt de quelques mois.

2°. De ne planter que de grosses amandes, & bien nourries ; car puisque dans les plus belles cosses il se trouve des graines avortées, il y auroit de l'imprudence de les employer.

3°. De planter le gros bout des graines en bas, c'est celui-là qui tient par un petit filet au centre de la cosse quand on tire l'amande en-dehors. Si on plantoit le petit bout en-bas, le pié viendroit tortu, & ne réussiroit point ; si on plantoit la graine de plat, le pié ne laisseroit pas de venir assez bien.

4°. De mettre deux ou trois graines à chaque piquet, afin que si par malheur les criquets ou autres petits insectes coupoient la plume encore tendre d'un ou deux piés, il en restât une troisieme pour suppléer au défaut des autres. S'il n'arrive point d'accident, on a au moins l'avantage de pouvoir choisir ensuite le brin qui est le plus droit & de meilleure venue, mais on ne se résout à couper les piés surnuméraires, que lorsque celui qu'on a choisi, est couronné, & hors de risque selon toutes les apparences.

Les graines de cacao levent dans huit, dix ou douze jours plus ou moins, selon que le tems plus ou moins propre avance ou recule la végétation : le grain cylindrique du germe venant à se gonfler, pousse en-bas la radicule, qui devient ensuite le pivot de l'arbre, & en-haut la plume, qui est un raccourci de la tige & des branches : ces parties croissant & se développant de plus en plus, les deux lobes de l'amande un peu séparés & recourbés, sortent les premiers de la terre, & à mesure que le pié s'éleve, se redressent & se séparent tout-à-fait en deux feuilles dissemblables, d'un verd obscur, épaisses, inégales, & comme recoquillées, qui font ce qu'on appelle les oreilles de la plante : la plume paroît en même tems, & se partage en deux feuilles tendres, & d'un verd clair & naissant ; à ces deux premieres feuilles opposées deux à deux en succedent deux autres de même, à celles-ci deux troisiemes, le pié s'éleve à proportion, & ainsi de suite durant une année ou environ.

Toute la culture du cacao se réduit alors à la pratique de deux choses.

Premierement à le recouvrir tous les quinze jours, c'est-à-dire planter de nouvelles graines aux lieux où les premieres n'ont pas levé, ou bien plûtôt, où les piés ont été rongés par les criquets & autres insectes, qui font souvent un dégât terrible de ces nouvelles plantes, lors même qu'on les croit hors de tout danger. Quelques habitans font des pépinieres à part, & transplantent ensuite des piés de cacao où il en manque, mais comme ils ne prennent pas tous, lors principalement qu'ils sont un peu grands, ou que la saison n'est pas favorable, & que la plûpart même de ceux qui prennent, sont long-tems à languir, il a toûjours paru plus convenable de recouvrir avec la graine.

Secondement, à ne laisser croître aucune herbe dans la cacaoyere, recommençant à sarcler par un bout dès qu'on a fini par l'autre, & prenant garde sur toutes choses de ne laisser jamais grener aucune herbe ; car s'il arrive une fois qu'on en laisse monter en graine, on a dans la suite bien de la peine & du travail à détruire les mauvaises herbes, & à tenir nets les cacaoyers, parce que la végétation n'est jamais interrompue en ce pays-là par le froid.

Ces sarclaisons continuelles durent jusqu'à ce que les cacaoyers devenus grands, & leurs branches se croisant, l'ombrage empêche les herbes de pousser ; & que d'ailleurs les feuilles tombant des arbres & couvrant la terre, achevent d'étouffer les herbes. Ainsi finit le pénible exercice de sarcler ; il suffit alors de faire tous les mois une revûe en se promenant dans la cacaoyere, d'arracher par-ci par-là le peu d'herbes qu'on y trouve, & de les transporter loin dans le bois crainte des graines.

Dès que les cacaos ont neuf mois, on doit commencer à arracher le manioc, & faire si bien qu'en trois mois au plus tard il n'y en ait plus. A mesure qu'on l'arrache, on peut encore en replanter une rangée ou deux au milieu de chaque allée, & semer dans les autres vuides des concombres, des citrouilles, des giraumonts & des choux caraïbes ; parce que ces plantes ayant de grandes feuilles rempantes, sont fort propres à conserver la fraîcheur de la terre, & à étouffer les méchantes herbes. Quand les cacaoyers sont parvenus à couvrir leur terre, on est contraint d'arracher tout, car rien ne peut plus profiter au-dessous.

Les cacaoyers d'un an ont ordinairement quatre piés de tige ou environ, & commencent à faire leur tête en poussant tout-à-la-fois cinq branches au sommet, qui forment ce qu'on appelle la couronne du cacao. Il arrive rarement que cette couronne n'ait pas ces cinq branches, & lorsque par quelque accident, ou contre l'ordre de la nature, elle n'en a que trois ou quatre, l'arbre ne vient jamais bien, & il seroit peut-être mieux de le recéper d'abord, & d'attendre une nouvelle couronne qui ne seroit pas long-tems à se former.

Si à la fin de l'année le manioc n'étoit pas encore arraché, cela retarderoit la portée des arbres ; & leurs tiges montant trop haut, seroient foibles, veules, & plus exposées aux coups de vent, que si elles couronnoient, les couronnes seroient trop serrées, & les meres branches ne s'évasant pas assez, les arbres ne seroient jamais bien dégagés, & n'auroient point l'étendue qui leur est naturelle.

Quand tous les piés sont couronnés ; on fait choix des plus beaux jets, & l'on coupe sans misericorde tous les surnuméraires ; si l'on ne prend brusquement ce parti, on a bien de la peine à s'y résoudre dans la suite ; cependant il n'est pas possible que des arbres ainsi accolés ne s'entrenuisent à la fin.

Les cacaoyers ne sont pas plûtôt couronnés qu'ils poussent de tems en tems un pouce ou deux au-dessous de leur couronne, de nouveaux jets qu'on appelle rejettons, si on laisse agir la nature, ces rejettons produisent bientôt une seconde couronne, sous laquelle un nouveau rejetton venant à pousser, en forme encore une troisieme, &c. C'est ainsi que sont faits les cacaoyers naturels, & sans culture, qu'on trouve dans les bois de la Capestere de la Martinique. Mais parce que toutes ces couronnes à plusieurs étages ne font qu'anéantir en quelque maniere la premiere, qui est la principale, & que l'arbre abandonné à lui-même devient trop haut & trop effilé ; on a soin tous les mois en sarclant, ou en cueillant le fruit, d'ébourgeonner, c'est-à-dire de châtrer tous ces rejettons ; & c'est ce qu'on appelle sur les lieux rejettonner.

On ne s'est point encore avisé de tailler, non plus que de greffer les cacaoyers ; il y a cependant une espece de taille qui pourroit leur être avantageuse. Il est constant, par exemple, que ces sortes d'arbres ont toûjours quelque partie de bois mort, les uns plus, les autres moins ; sur-tout aux extrémités des branches : & il n'y a pas lieu de douter qu'il ne leur fût très-utile de trancher ce bois mort jusqu'au vif avec la serpette : mais comme l'avantage qu'on en retireroit ne seroit pas si présent ni si sensible que le tems & le travail qu'on y employeroit, il y a bien apparence qu'on négligera toûjours cette opération, & qu'on la traitera même de peine inutile. Les Espagnols n'en jugent pas de même, & ils ont au contraire un grand soin de retrancher tous ces bois morts ; aussi leurs arbres sont plus vigoureux que les nôtres, & donnent de plus beaux fruits. On doute qu'ils ayent la même attention de les greffer, & que personne ait encore tenté de le faire ; on croit néanmoins que les cacaos en seroient bien meilleurs.

A mesure que les cacaoyers croissent, ils se dépouillent peu-à-peu des feuilles de la tige, qu'il faut laisser tomber d'elles-mêmes ; car dès qu'ils en sont entierement dépouillés, ils ne sont pas long-tems à fleurir ; mais ces premieres fleurs coulent ordinairement : & on ne doit guere espérer de fruit mûr avant trois ans, encore faut-il que ce soit en bonne terre : à quatre ans la levée est médiocre, & à cinq elle est dans toute sa force. Pour lors les cacaoyers portent ordinairement pendant toute l'année des fleurs & des fruits de tout âge ; il est à la vérité des mois où ils n'en ont presque point & d'autres où ils en sont chargés : vers les solstices les levées sont toûjours plus abondantes que dans les autres saisons.

Comme dans les ouragans le vent peut faire le tour du compas en très-peu d'heures, il est mal-aisé que perçant par l'endroit le plus foible & le moins couvert des cacaoyers, il n'y fasse bien du desordre, & il est nécessaire d'y remédier le plus promtement qu'il est possible. Si le vent n'a fait que renverser les arbres sans rompre leur pivot, en ce cas le meilleur parti qu'il y ait à prendre, sur-tout dans les bonnes terres, est de relever sur le champ ces arbres, & de les remettre en place, les appuyant avec une fourchette, & les rechaussant bien avec de la terre d'alentour : de cette maniere ils sont raffermis en moins de six mois, & rapportent comme s'ils n'avoient jamais eu de mal. Dans les mauvaises terres il vaut mieux les laisser couchés, rechausser les racines, & cultiver à chaque pié le rejetton de plus belle venue, & le plus proche des racines qu'il poussera, en retranchant avec soin tous les autres. L'arbre en cet état ne laisse pas de fleurir & de porter du fruit ; & quand dans deux ans le rejetton conservé est devenu un arbre nouveau, on étronçonne le vieux arbre à un demi-pié du rejetton.

De la cueillette du cacao, & de la maniere de le faire ressuer & sécher pour pouvoir être conservé & transporté en Europe. Le cacao est bon à cueillir lorsque toute la cosse a changé de couleur, & qu'il n'y a que le petit bouton d'en-bas qui soit demeuré verd. On va d'arbre en arbre & de rang en rang, & avec des gaulettes fourchues on fait tomber les cosses mûres, prenant garde de ne point toucher à celles qui ne le sont pas, non plus qu'aux fleurs. On employe à cela les Negres les plus adroits ; & d'autres qui les suivent avec des paniers, ramassent les cosses à terre, & en font à droite & à gauche dans la cacaoyere des piles qu'on laisse-là quatre jours sans y toucher.

Dans les mois d'un grand rapport, on cueille tous les quinze jours ; dans les saisons moins abondantes, on cueille de mois en mois.

Si les graines restoient dans les cosses plus de quatre jours, elles ne manqueroient pas de germer & de se gâter ; c'est pourquoi lorsque de la Martinique on a voulu envoyer aux îles voisines des cosses de cacao, pour avoir de la graine à planter, on a eu un soin extrème de ne cueillir que lorsque le bâtiment de transport alloit mettre à la voile, & de les employer d'abord en arrivant. Il n'est donc pas possible que les Espagnols voulant avoir de la semence pour produire ces arbres, laissent parfaitement mûrir & sécher les gousses qui la contiennent ; qu'après ils ôtent les semences de ces gousses, & qu'ils les fassent soigneusement sécher à l'ombre, pour les planter enfin en pépiniere, comme le rapporte Oexmelin, histoire des avanturiers, tom. I. pag. 424. Il est nécessaire de les écaler dès le matin du cinquieme jour au plus tard ; pour cela on frappe sur le milieu des cosses avec un morceau de bois, pour les fendre ; & avec les mains on acheve de les ouvrir en-travers, & d'en tirer les amandes qu'on met dans des paniers, jettant dans la cacaoyere les écosses vuides pour lui servir d'amandement & d'engrais, quand elles sont pourries, à-peu-près comme les feuilles de la dépouille des arbres leur servent de fumier continuel.

On porte ensuite dans une case tout le cacao écalé, & on le met en pile sur une espece de plancher volant, couvert de feuille de balisier qui ont environ quatre piés de long sur vingt pouces de large ; puis entourant le cacao de planches recouvertes des mêmes feuilles, & faisant une espece de grenier qui puisse contenir toute la pile de cacao étendue on couvre le tout de semblables feuilles, qu'on affermit avec quelques planches. Le cacao ainsi entassé, couvert & enveloppé de toutes parts, ne manque pas de s'échauffer par la fermentation de ses parties insensibles, & c'est ce qu'on appelle sur les lieux ressuer.

On découvre ce cacao soir & matin, & l'on fait entrer dans le lieu où il est, des Negres qui, travaillant à force des piés & des mains, le remuent bien, & le renversent c'en-dessus-dessous ; après quoi on le recouvre comme auparavant avec les mêmes feuilles & les mêmes planches. On continue cette opération chaque jour jusqu'au cinquieme, auquel il est ordinairement assez ressué ; ce qu'on connoît à la couleur, qui est beaucoup plus foncée & tout-à-fait rousse.

Plus le cacao ressue, & plus il perd de sa pesanteur & de son amertume ; mais s'il ne ressue pas assez, il est plus amer, sent le verd, & germe quelquefois ; il y a donc pour bien faire un certain milieu à garder, ce qui s'apprend par l'usage.

Dès que le cacao a assez ressué, on le met à l'air, & on l'expose au soleil pour le faire sécher en la maniere suivante.

On a déjà dressé d'avance plusieurs établis à deux piés ou environ, au-dessous du plan d'une cour destinée à cela : ce sont deux especes de sablieres paralleles, à deux piés l'une de l'autre, affermies sur de petits poteaux enfoncés dans la terre. On étend sur ces établis plusieurs nattes faites de brins de roseaux refendus, assemblés avec des liens d'écorce de mahot : (le mahot est un arbrisseau dont les feuilles sont rondes & douces au maniement, comme celles de la guimauve ; son écorce, qui se leve facilement, & qu'on divise en longs rubans, sert de ficelle & de corde aux habitans & aux sauvages) ; & sur ces nattes on met du cacao ressué environ à la hauteur de deux pouces ; on le remue & on le retourne fort souvent avec un rabot de bois, sur-tout les deux premiers jours : le soir on plie le cacao dans ses nattes, qu'on recouvre de quelques feuilles de balisier, crainte de la pluie ; on en fait autant le jour quand il va pleuvoir. Ceux qui craignent qu'on ne le vole la nuit, l'enferment dans une case.

Il y a des habitans qui se servent de caisses d'environ cinq piés de long sur deux de large, & trois à quatre pouces de rebord, pour faire sécher leur cacao. Elles ont cette commodité, que dans les grandes pluies, ou qui surviennent tout-à coup lorsque le cacao commence à sécher, on peut vîte mettre toutes ces caisses en pile l'une sur l'autre, ensorte qu'il ne reste que la derniere à couvrir ; ce qui est bientôt fait avec des feuilles de balisier recouvertes d'une caisse vuide renversée. Mais ce qui rend l'usage des nattes préférable, est que l'air qui passe par-dessous à-travers les vuides des roseaux, fait mieux sécher le cacao. Des caisses dont le fond seroit en réseau fort serré de fil de laiton, seroient excellentes ; mais il faudroit les faire faire en Europe, ce qui seroit une dépense considérable.

Quand le cacao est assez ressué, il faut l'exposer sur les nattes, quelque tems qu'il fasse : si l'on prévoyoit même une pluie abondante & de durée, il seroit bon de le laisser moins ressuer d'un demi-jour ou environ. On remarque que quelques heures de pluie dans le commencement, bien loin de lui nuire, ne servent qu'à le rendre plus beau & mieux conditionné. Dans la belle saison, au lieu de cette pluie, il n'est pas mal de l'exposer les premieres nuits au serein & à la rosée ; la pluie même d'un jour ou deux ne lui sera pas fort nuisible, si l'on observe de ne le point couvrir absolument jusqu'à ce qu'il ait eu un jour, ou tout au moins un demi-jour de soleil : car après un jour de beau tems on le plie le soir dans sa natte, comme nous avons dit ; & après un demi-jour on se contente, sans le plier, de le couvrir pendant la nuit de feuilles de balisier arrêtées avec des pierres mises dessus aux deux bouts. Mais une trop longue pluie fait fendre le cacao ; & parce qu'alors il ne se conserve pas longtems, on l'employe sur les lieux à faire du chocolat.

Si le cacao n'est pas assez ressué, & qu'on le plie trop-tôt dans sa natte, il est sujet à germer ; ce qui le rend fort amer & tout-à-fait mauvais.

Lorsque le cacao a été une fois plié dans sa natte, & qu'il a commencé à se sécher, il ne faut plus souffrir qu'il se mouille : il ne s'agit alors que de le remuer de tems-en-tems, jusqu'à ce qu'il soit suffisamment sec ; ce qu'on connoît, si en prenant une poignée de cacao dans la main, & la serrant, il craque : alors il est tems de le mettre en magasin, & de l'exposer en vente.

Ceux qui veulent acquérir la réputation de livrer de belle marchandise, se donnent le soin, avant que d'enfutailler leur cacao, de trier & de mettre à part les grains trop petits, mal nourris & plats, qui sont seulement moins beaux à la vûe, & rendent un peu moins en chocolat.

C'est de cette maniere que les graines ou amandes de cacao séchées au soleil, nous sont apportées en Europe & vendues chez les Epiciers, qui les distinguent, je ne sai pourquoi, en gros & petit caraque, & en gros & petit cacao des îles : car sur les lieux il n'est point fait mention de cette diversité ; & il faut apparemment que les marchands qui en font commerce, ayent trouvé leur compte à faire ce triage, puisque naturellement tout cacao provenu du même arbre & de la même cosse, n'est jamais de la même grosseur. Il est bien vrai que comparant une partie entiere de cacao avec une autre, on peut trouver que l'une est pour la plûpart composée de plus gros grains que l'autre ; ce qui peut provenir ou de l'âge du plant, ou de la vigueur des arbres, ou bien de la fécondité particuliere de la terre : mais très-assûrément il n'y a point d'espece de cacao qu'on puisse appeller grande par rapport à une autre qu'on puisse appeller petite.

Le cacao qui nous vient de la côte de Caraque, est plus onctueux & moins amer que celui de nos îles, & on le préfere en Espagne & en France à ce dernier ; mais en Allemagne & dans le Nord, on est, à ce qu'on dit, d'un goût tout opposé. Bien des gens mêlent le cacao de Caraque avec celui des îles moitié par moitié, & prétendent par ce mélange rendre leur chocolat meilleur. On croit que dans le fond la différence des cacaos n'est pas fort considérable, puisqu'elle n'oblige qu'à augmenter ou diminuer la dose du sucre, pour tempérer le plus ou le moins d'amertume de ce fruit : car il faut considérer, comme nous l'avons déjà dit, qu'il n'y a qu'une espece de cacao, qui croît aussi naturellement dans les bois de la Martinique que dans ceux de la côte de Caraque ; que le climat de ces lieux est presque le même, & par conséquent la température des saisons égale ; & qu'ainsi il ne sauroit y avoir entre ces fruits de différence intrinseque qui soit fort essentielle.

A l'égard des différences extérieures qu'on y remarque, elles ne sauroient provenir que du plus ou du moins de fécondité des terroirs, du plus ou du moins de soin donné à la culture des arbres, du plus ou du moins d'industrie & d'application de ceux qui le préparent & qui le travaillent depuis sa cueillette jusqu'à sa livraison, & peut-être même de tous les trois ensemble ; ce qu'on peut observer à la Martinique même, où il y a des quartiers où le cacao réussit mieux que dans d'autres, par la seule différence des terres plus ou moins grasses, plus ou moins humides.

On a l'expérience de ce que l'attention à la culture & à la préparation du cacao, peuvent ajoûter à son prix. Avec des soins & de l'intelligence, on trouve le moyen de faire la plus belle marchandise de toute l'île, & de se procurer la préférence de tous les marchands, pour la vente & le prix du cacao, sur tous ses voisins.

Le cacao de Caraque est un peu plat, & ressemble assez par son volume & sa figure à une de nos grosses féves ; celui de Saint Domingue, de la Jamaïque & de l'île de Cube, est généralement plus gros que celui des Antilles. Plus le cacao est gros & bien nourri, & moins il y a de déchet après l'avoir rôti & mondé.

Le bon cacao doit avoir la peau fort brune & assez unie ; & quand on l'a ôtée l'amande doit se montrer pleine, bien nourrie & lisse, de couleur de noisette fort obscure au-dehors, un peu plus rougeâtre en-dedans ; d'un goût un peu amer & astringent, sans sentir le verd ni le moisi ; en un mot sans odeur & sans être piqué des vers.

Le cacao est le fruit le plus oléagineux que la nature produise, il a cette prérogative admirable de ne jamais rancir, quelque vieux qu'il soit, comme font tous les autres fruits qui lui sont analogues en qualité, tels que les noix, les amendes, les pignons, les pistaches, les olives, &c.

On nous apporte aussi de l'Amérique du cacao réduit en pains cylindriques d'environ une livre chacun ; & comme cette préparation est la premiere & la principale qu'on lui donne pour faire le chocolat, il me semble à-propos d'ajoûter ici la maniere de la faire.

Les Indiens, dont on l'a tirée, n'y faisoient pas grande façon : ils faisoient rôtir leur cacao dans des pots de terre ; puis l'ayant mondé de sa peau & bien écrasé & broyé entre deux pierres, ils en formoient des masses avec leurs mains.

Les Espagnols, plus industrieux que les Sauvages, & aujourd'hui les autres nations à leur exemple, font choix du meilleur cacao, & du plus récent. (Comme le cacao n'est jamais si net que parmi les bons grains il n'y en ait d'avortés, de la terre, des pierres, &c. il faut avant que de l'employer, faire passer ces ordures à-travers un crible qui leur donne issue sans donner passage aux amandes de cacao). Ils en mettent environ deux livres dans une grande poële de fer sur un feu clair, & ils les remuent & les retournent continuellement avec une grande spatule, jusqu'à ce que les amandes soient assez rôties pour être facilement dépouillées de leur peau ; ce qu'il faut faire une à une, & les mettre à part ; prenant un soin extrème de rejetter les grains cariés, les moisis, & toute la dépouille des bons : car ces pellicules restées parmi le cacao ne se dissolvent jamais dans aucune liqueur, pas même dans l'estomac, & se précipitent au fond des tasses de chocolat dont le cacao n'a pas été bien mondé. Les ouvriers, pour expédier plus promtement cette opération & gagner du tems, mettent une grosse nappe sur une table, & y étendent leur cacao sortant tout chaud de la poêle ; puis ils font couler le rouleau de fer dessus, pour faire craquer & détacher les pellicules du cacao : enfin ils vannent le tout dans un van d'osier, jusqu'à ce que le cacao soit parfaitement mondé.

Si on a eu soin de peser le cacao chez l'épicier, & qu'ensuite on le repese après qu'il est rôti & mondé, on y trouvera environ un sixieme de déchet, un peu plus, un peu moins, selon la nature & les qualités du cacao ; c'est-à-dire, par exemple, que de trente livres d'achat, il en restera à-peu-près vingt-cinq toutes mondées.

Tout le cacao étant ainsi rôti & mondé à diverses reprises, on le met encore une fois rôtir dans la même poêle de fer, mais avec un feu moins violent ; on remue sans-cesse les amandes avec la spatule, jusqu'à ce qu'elles soient rôties également & au point qu'il faut ; ce qu'on connoit au goût savoureux & à la couleur brune sans être noire ; l'habileté consiste à éviter les deux extrémités, de ne les pas rôtir suffisamment & de les trop rôtir, c'est-à-dire de les brûler. Si on ne les rôtit pas assez, elles conservent une certaine rudesse de goût desagréable ; & si on les rôtit jusqu'à les brûler, outre l'amertume & le dégoût qu'elles contractent, on les prive entierement de leur onctuosité & de la meilleure partie de leurs bonnes qualités.

En France, où on outre ordinairement toutes choses, on s'est fort entêté du goût de brûlé & de la couleur noire, comme de qualités requises au bon chocolat ; ne considérant pas que charbon pour charbon il vaudroit autant y mettre celui du feu que celui du cacao. Cette observation n'est pas seulement conforme à la raison & au bon sens : mais elle est d'ailleurs confirmée par le consentement unanime de tous ceux qui ont écrit sur cette matiere, & elle est de même autorisée par la pratique universelle de toute l'Amérique.

Lorsque le cacao est rôti à-propos & bien mondé, on le pile dans un grand mortier pour le réduire en masse grossiere, qu'on passe enfin sur la pierre jusqu'à ce qu'elle soit d'une extrème finesse, ce qui demande une explication plus étendue.

On choisit une pierre qui résiste naturellement au feu, & dont le grain soit ferme, sans être ni trop doux pour s'égrainer, ni trop dur pour recevoir le poli. On la taille de seize à dix-huit pouces de large sur vingt-sept à trente de long & trois d'épaisseur, ensorte que sa surface soit courbe & creuse au milieu d'environ un pouce & demi ; cette pierre est affermie sur un chassis de bois ou de fer, un peu plus relevé d'un côté que de l'autre : on place dessous un brasier pour échauffer la pierre, afin que la chaleur mettant en mouvement les parties huileuses du cacao, & le réduisant en consistance liquide de miel, facilite beaucoup l'action d'un rouleau de fer, dont on se sert pour le travailler avec force, le broyer, & l'affiner jusqu'à ce qu'il n'y ait ni grumeau, ni la moindre dureté. Ce rouleau est un cylindre de fer poli, de deux pouces de diametre sur dix-huit ou environ de long, ayant à chaque bout un manche de bois de même grosseur, & de six pouces de long pour placer les mains de l'ouvrier.

Quand la pâte est autant broyée qu'on le juge nécessaire, on la met toute chaude dans des moules de fer-blanc, où elle se fige & se rend solide en très-peu de tems. La forme de ces moules est arbitraire & chacun les peut faire à sa fantaisie : cependant les cylindriques qui peuvent contenir deux à trois livres de matiere, me paroissent les plus convenables, parce que les pains les plus gros se conservent plus longtems dans leur bonté, & sont plus commodes pour le maniement quand il s'agit de les râper. On doit conserver ces billes enveloppées de papier dans un lieu sec, & observer qu'elles sont fort susceptibles des bonnes & des mauvaises odeurs, & qu'il est bon de les garder cinq ou six mois avant que d'en user.

Au reste le cacao étant suffisamment broyé & passé sur la pierre, comme nous venons de l'expliquer, si l'on veut achever la composition du chocolat en masse il ne s'agit plus que d'ajoûter à cette pâte une poudre passée au tamis de soie, & composée de sucre, de cannelle, & si l'on veut de vanille, suivant les doses & les proportions que nous enseignerons dans la suite de cet article ; de repasser le tout sur la pierre pour le bien mêler & incorporer ensemble, & de distribuer enfin cette confection américaine dans des moules de fer-blanc en forme de tablettes d'environ quatre onces chacune, ou demi-livre si l'on veut.

Propriétés du cacao. Le cacao est fort tempéré, nourrissant, & de facile digestion. Il répare promtement les esprits dissipés & les forces épuisées ; il est salutaire aux vieillards.

Usages du cacao ; on en fait des confitures, du chocolat, & l'on en tire l'huile qu'on appelle beurre de cacao.

Du cacao en confiture. On fait choix des cosses de cacao à demi mûres ; on en tire proprement les amandes sans les endommager, & on les met tremper pendant quelques jours dans de l'eau de fontaine, que l'on a soin de changer soir & matin : ensuite les ayant retirées & essuyées, on les larde avec des petits lardons d'écorce de citron & de cannelle, à-peu-près comme on fait les noix à Roüen.

On a cependant préparé un sirop du plus beau sucre, mais fort clair, c'est-à-dire où il y ait fort peu de sucre ; & après l'avoir bien purifié & bien clarifié, on l'ôte tout bouillant de dessus le feu, on y jette les grains de cacao, & on les y laisse tremper pendant vingt-quatre heures, après quoi on les retire de ce sirop ; & pendant qu'on les laisse égoutter, on en fait un nouveau semblable au précédent, mais plus fort de sucre, où on les fait pareillement tremper durant vingt-quatre heures. On réitere cinq ou six fois cette opération, augmentant à chaque fois la quantité de sucre, sans les mettre jamais sur le feu ni donner d'autre cuisson. Enfin ayant fait cuire un dernier sirop en consistance de sucre, on le verse sur les cacaos qu'on a mis bien essuyer dans un pot de fayence pour les conserver, & quand le sirop est presque refroidi, on y mêle quelques gouttes d'essence d'ambre.

Quand on veut tirer cette confiture au sec, on ôte les amandes hors de leur sirop ; & après les avoir bien égouttées, on les plonge dans une bassine pleine d'un sirop bien clarifié & fort de sucre, & sur le champ on les met dans une étuve, où elles prennent le candi.

Cette confiture, qui ressemble assez aux noix de Roüen, est excellente pour fortifier l'estomac sans trop l'échauffer ; ce qui fait qu'on peut même en donner aux malades qui ont la fievre.

Du chocolat. Voyez l'article CHOCOLAT.

Beurre de cacao. On prend du cacao rôti, mondé, & passé sur la pierre ; on jette cette pâte bien fine dans une grande bassine pleine d'eau bouillante sur un feu clair, où on la laisse bouillir jusqu'à la consomption presque entiere de l'eau ; alors on verse dessus une nouvelle eau dont on remplit la bassine : l'huile monte à la surface, & se fige en maniere de bourre, à mesure que l'eau se refroidit. Si cette huile n'est pas bien blanche, il n'y a qu'à la faire fondre dans une bassine pleine d'eau chaude, où elle se dégagera & se purifiera des parties rousses & terrestres qui lui restoient.

A la Martinique cette huile est en consistance de beurre : mais portée en France, elle devient comme du fromage assez dur, qui se fond néanmoins & se rend liquide à une legere chaleur ; elle n'a point d'odeur fort sensible, & a la bonne qualité de ne rancir jamais. L'huile d'olive ayant manqué une année, on usa de celle de cacao pendant tout un carême : elle est de fort bon gout ; & bien loin d'être malfaisante, elle contient les parties les plus essentielles & les plus salutaires du cacao.

Comme cette huile est très-anodyne, elle est excellente à l'intérieur pour guérir l'enrouement, & pour émousser l'acreté des sels qui dans le rhûme picotent la poitrine. Pour s'en servir on la fait fondre, on y mêle une suffisante quantité de sucre candi, & on en forme de petites tablettes, qu'on retient le plus long-tems qu'on peut dans la bouche, les laissant fondre tout doucement sans les avaler.

L'huile de cacao prise à propos, pourroit être encore merveilleuse contre les poisons corrosifs. Elle n'a pas de moindres vertus pour l'extérieur : 1°. elle est la meilleure & la plus naturelle de toutes les pommades, dont les dames qui ont le teint sec puissent se servir, pour se le rendre doux & poli, sans qu'il y paroisse rien de gras ni de luisant. Les Espagnols du Mexique en connoissent bien le mérite : mais comme en France elle durcit trop, il faut nécessairement la mêler avec l'huile de ben, ou celle d'amandes douces tirée sans feu.

2°. Si l'on vouloit rétablir l'ancienne coûtume que les Grecs & les Romains avoient d'oindre le corps humain d'huile, il n'y en a point dont l'usage répondît mieux aux vûes qu'ils avoient de conserver par ce moyen aux parties, & même de leur augmenter la force & la souplesse des muscles, & de les garantir des rhûmatismes & de plusieurs autres douleurs qui les affligent. On ne peut attribuer l'anéantissement de la pratique de ces onctions qu'à la mauvaise odeur & à la mal-propreté qui l'accompagnoient ; mais comme en substituant l'huile de cacao à celle d'olive, on ne tomberoit point dans ces inconvéniens, parce que celle-là ne sent rien, & qu'elle se seche plûtôt sur le cuir ; rien sans-doute ne seroit plus avantageux, sur-tout pour les personnes âgées, que de renouveller aujourd'hui un usage si autorisé par l'expérience de toute l'antiquité.

3°. Les Apothicaires doivent employer cette huile préférablement à toute autre chose pour servir de base à leurs baumes apoplectiques ; parce que toutes les graisses rancissent, & que l'huile de muscade blanchie avec l'esprit-de-vin, conserve toûjours un peu de son odeur naturelle, au lieu que l'huile de cacao n'est point sujette à ces accidens.

4°. Il n'y en a aucune plus propre pour empêcher les armes de rouiller, parce qu'elle contient moins d'eau que toutes les autres huiles dont on se sert ordinairement pour cela.

5°. Aux îles de l'Amérique, on se sert beaucoup de cette huile pour la guérison des hémorrhoïdes : quelques-uns en usent sans mélange ; d'autres ayant fait fondre deux ou trois livres de plomb, en ramassent la crasse, la réduisent en poudre, la passent au tamis de soie, l'incorporent avec cette huile, & en sont un liniment très-efficace pour cette maladie.

D'autres pour la même intention mêlent avec cette huile la poudre des cloportes, le sucre de saturne, le pompholyx, & un peu de laudanum.

D'autres se servent utilement de cette huile pour appaiser les douleurs de la goutte, l'appliquant chaudement sur la partie avec une compresse imbibée qu'ils couvrent d'une serviette chaude. On pourroit en user de même pour les rhûmatismes.

6°. Enfin l'huile de cacao entre dans la composition de l'emplâtre merveilleux, & de la pommade pour les dartres.

Emplâtre excellent pour la guérison de toutes sortes d'ulceres. Prenez huile d'olive une livre ; ceruse de Venise (elle est plus chere que celles d'Hollande & d'Angleterre, qui sont mélangées de craie, & qu'il faut laisser aux peintres) en poudre demi-livre : mettez-les dans une bassine de cuivre ou dans une casserole de terre vernissée sur un feu clair & moderé, remuant toûjours avec une spatule de bois jusqu'à ce que le tout soit devenu noir, & de consistance presque d'emplâtre (ce qu'on connoît en laissant tomber quelques gouttes sur une assiette d'étain ; car si la matiere se fige sur le champ, & ne prend presque point aux doigts en la maniant, elle est suffisamment cuite). Alors on y ajoûte de la cire coupée en petites tranches, une once & demie ; huile ou beurre de cacao, une once ; baume de copahu, une once & demie. Quand tout est fondu & bien mêlé, on tire la bassine de dessus le feu, & remuant toûjours avec la spatule, on y ajoûte peu-à-peu les drogues suivantes réduites en poudre très-subtile, séparément, & puis bien mêlées ensemble ; savoir, de la pierre calaminaire rougie au milieu des charbons, puis éteinte dans l'eau de chaux, & broyée sur le porphyre, une once ; de la myrrhe en larmes, de l'aloès succotrin, de l'aristoloche ronde, de l'iris de Florence, de chacun deux dragmes ; du camphre, une dragme. Lorsque tout sera bien incorporé, on le laissera un peu refroidir, après quoi on le versera sur le marbre, pour en former des magdaléons en la maniere ordinaire.

Ce remede produit des effets surprenans ; il guérit les ulceres les plus rebelles & les plus invétérés, pourvû que l'os ne soit pas carié ; car en ce cas, pour ne pas travailler en vain, il faut commencer par la cure de l'os, & traiter ensuite l'ulcere avec l'emplâtre. On panse la plaie soir & matin après l'avoir nettoyée avec l'eau de chaux, & bien essuyée avec un linge fin.

Le même emplâtre peut servir plusieurs fois, pourvû qu'avant que de l'appliquer on l'ait lavé avec l'eau de chaux, qu'on l'ait essuyé avec un linge, présenté au feu un moment, & qu'on l'ait un peu manié avec les doigts pour le renouveller en quelque maniere. On exhorte les personnes charitables de faire cet emplâtre & de le distribuer aux pauvres, surtout à ceux de la campagne.

Pommade excellente pour guérir les dartres, les rubis & les autres difformités de la peau. Prenez fleurs de soufre de Hollande (la fleur de soufre de Hollande est en pain comme le stil de grain, fort legere, douce, friable, & plûtôt blanche que jaune ; elle ne doit pas moins coûter de trente sols la livre. A son défaut on prendra de celle de Marseille, qui est en poudre impalpable, legere, & d'un jaune doré), salpetre raffiné, de chaque demi-once ; bon précipité blanc, deux dragmes (l'examen du précipité blanc se fait ainsi. On en met un peu sur un charbon allumé ; s'il exhale, c'est signe qu'il est bon & fidele ; s'il reste sur le feu ou qu'il se fonde, ce n'est que de la ceruse broyée, ou quelqu'autre blanc semblable) ; benjoin, une dragme. Pilez pendant long-tems le benjoin avec le salpetre raffiné dans un mortier de bronze, jusqu'à ce que la poudre soit très-fine ; mêlez-y ensuite la fleur de soufre & le précipité blanc ; & quand le tout sera bien mélangé, gardez cette poudre pour le besoin.

A la Martinique, lorsqu'il étoit question de m'en servir, je l'incorporois avec le beurre de cacao ; mais en France où il durcit trop, je lui ai substitué la pommade blanche de jasmin la plus odorante ; cette odeur jointe à celle du benjoin corrige en quelque maniere celle du soufre, que beaucoup de personnes abhorrent. Hist. nat. du cacao. vol. in -12. chez M de Dhoury.


CACAOTETL(Hist. nat.) nom qu'on donne dans les Indes à une pierre que Borelli nomme en latin lapis corvinus Indiae ; on prétend que si on vient à faire chauffer cette pierre dans le feu, elle fait un bruit très-considérable, & semblable à un coup de tonnerre.


CACATOWA(Géog.) petite île de la mer des Indes, près de l'île de Sumatra.


CACCIONDES. f. (Pharm.) nom d'une pilule dont le cachou fait la base, & que Baglivi recommande dans la dyssenterie.


CACERES(Géog.) petite ville d'Espagne dans l'Estramadure, proche les confins de Portugal : elle est sur la riviere de Sabrot, à neuf lieues d'Alcantara. Long. 12. 8. lat. 39. 15.

CACERES DE CAMERINHA (Géog.) petite ville d'Asie dans l'île de Luçon. Long. 142. 25. lat. 14. 15.


CACHALOTS. m. cette, Clus. (Hist. nat. Ichthyol.) très-grand poisson de mer, du genre des cétacées. Willughby fait la description, d'après Clusius, d'un cachalot qui fut jetté sur les côtes occidentales de la Hollande par une violente tempête : cet animal respiroit encore lorsqu'on l'apperçut, environ dix heures après la tempête. Il avoit cinquante-deux ou cinquante-trois piés de longueur, & trente-un piés de circonférence, & même beaucoup plus selon d'autres relations : on ne put pas avoir des mesures exactes, parce qu'une partie du corps s'étoit enfoncée dans le sable par les mouvemens que fit l'animal avant que de mourir. Il y avoit quinze piés de distance depuis le bout de la mâchoire supérieure jusqu'aux yeux. Le palais étoit percé de quarante-deux alvéoles, vingt-un de chaque côté, dans lesquels entroient autant de dents de la mâchoire inférieure, qui étoient de la grandeur d'un pouce d'un homme de haute taille. Ce poisson avoit sur sa tête auprès du dos un évent d'environ trois piés de diametre, par lequel il jettoit de l'eau en l'air. La mâchoire inférieure étoit longue de sept piés. Les yeux de cet animal étoient très petits à proportion de sa grosseur énorme : on auroit pû les entourer en faisant toucher l'extrémité du pouce avec celle du premier doigt. Il y avoit quatre piés de distance entre les yeux & les nageoires ; seize piés depuis les mâchoires jusqu'au nombril ; trois piés depuis le nombril jusqu'à la verge ; trois piés & demi depuis la verge jusqu'à l'anus, & treize piés & demi depuis l'anus jusqu'à la queue. Les nageoires avoient quatre piés quatre pouces de longueur, & un pié d'épaisseur. La longueur du membre étoit de six piés après la mort de l'animal. La queue étoit fort épaisse ; & elle avoit treize piés d'étendue. On tira de la tête de ce poisson du blanc de baleine en assez grande quantité, pour remplir plus du quart d'un tonneau ; & le corps entier rendit environ quarante tonneaux de graisse, sans compter celle qui se répandit sur la terre & dans la mer. La peau du dos étoit noire comme celle des dauphins ou des thons ; le ventre étoit blanc.

Clusius fait mention d'un autre cachalot qui avoit soixante piés de longueur, quatorze piés de hauteur, & trente-six piés de circonférence.

M. Anderson fait mention de plusieurs cachalots dans son histoire de Groenland, &c. Il y en a, dit cet auteur, qui ont de grosses dents plus ou moins longues, un peu arrondies & plates par le dessus ; les autres les ont minces & recourbées comme des faucilles. On ne trouve dans le détroit de Davis & aux environs de Spitzberg, qu'une espece de cachalot. Il a les dents courtes, grosses, & applaties ; la tête fort grosse ; deux nageoires longues aux côtés ; une sorte de petite nageoire qui s'éleve sur le dos, & une queue large de douze ou quinze piés. Les cachalots de cette espece voyagent par troupes. On en a vû qui avoient plus de cent piés de longueur, & qui faisoient en soufflant l'eau un très-grand bruit, que l'on pourroit comparer au son des cloches. Ces poissons se trouvent en quantité au cap du Nord, & sur les côtes de Finmarchie : mais on en prend rarement, parce qu'ils sont plus agiles que les baleines de Groenland, & qu'ils n'ont que deux ou trois endroits au-dessus de la nageoire où le harpon puisse pénétrer ; d'ailleurs leur graisse est fort tendineuse, & ne rend pas beaucoup d'huile.

Les marins, dit M. Anderson, distinguent deux especes de cachalots qui se ressemblent parfaitement par la figure du corps & par les dents, mais qui different en ce que les uns sont verdâtres, & ont un crane ou couvercle dur & osseux par-dessus le cerveau ; les autres sont gris sur le dos, & blancs sous le ventre, & leur cerveau n'est recouvert que par une forte membrane qui est de l'épaisseur du doigt. On prétend que cette différence ne dépend pas de l'âge du poisson.

Lorsqu'on a ôté la peau du haut de la tête des cachalots qui n'ont point de crane on trouve de la graisse de l'épaisseur de quatre doigts, & au-dessous une membrane épaisse & fort nerveuse qui sert de crane, & plus bas une autre cloison qui est assez semblable à la premiere, & qui s'étend dans toute la tête depuis le museau jusqu'à la nuque. La premiere chambre qui est entre ces deux membranes, renferme le cerveau le plus précieux, & dont on prépare le meilleur blanc de baleine. Cette chambre est divisée en plusieurs cellules, qui sont formées par une sorte de réseau ressemblant en quelque façon à un gros crêpe. Dans le cachalot sur lequel cette description a été faite, on tira de cette chambre sept petits tonneaux d'huile qui étoit claire & blanche : mais lorsqu'on la jettoit sur l'eau, elle se coaguloit comme du fromage ; & lorsqu'on l'en retiroit, elle redevenoit fluide comme auparavant. Au-dessous de la premiere chambre il y en a une autre qui se trouve au-dessus du palais, & qui a depuis quatre jusqu'à sept piés & demi de hauteur, selon la grosseur du poisson, & est remplie de blanc de baleine ; il est renfermé comme le miel dans de petites cellules, dont les parois ressemblent à la pellicule intérieure d'un oeuf. A mesure que l'on enleve le blanc de baleine qui est dans cette chambre, il en revient de nouveau en assez grande quantité, pour que le tout remplisse jusqu'à onze petits tonneaux. La matiere qui remplace celle que l'on tire, sort d'un vaisseau qui est auprès de la tête du poisson, & qui est gros comme la cuisse d'un homme ; il s'étend le long de l'épine jusqu'à la queue, où il n'est pas plus gros que le doigt. Lorsqu'on coupe la graisse du cachalot, il faut éviter ce vaisseau ; car si on le coupe, le blanc de baleine s'écoule par l'ouverture.

Le cachalot que l'on prend sur les côtes de la nouvelle Angleterre & aux Bermudes, est une espece différente. Ses dents sont plus grosses & plus larges, elles ressemblent aux dents de la roue d'un moulin, & sont de la grosseur du poignet. On trouve dans les cachalots de cette espece des boules d'ambre-gris qui ont jusqu'à un pié de diametre, & qui pesent jusqu'à vingt livres. Voyez l'article BALEINE. (I)


CACHAN(Géog.) ville de Perse dans l'Irac, située dans une grande plaine à vingt-deux lieues d'Ispahan. Il s'y fait grand commerce d'étoffes de soie en or & argent, & de belle fayence.


CACHAO(Géog.) grande ville d'Asie, capitale de la province du même nom, au royaume de Tonquin. Les Anglois & les Hollandois y ont un comptoir. Long. 132. 32. lat. 22.


CACHE-ENTRÉES. m. c'est ainsi que les Serruriers appellent une petite piece de fer qui dérobe l'entrée d'une serrure. Il y a des cache-entrées faits avec beaucoup d'art. Voyez l'article SERRURE, & l'explication des Planches de Serrurerie.


CACHECTIQUESadj. plur. (Medecine) c'est ainsi qu'on appelle des remedes bons pour prévenir la cachexie, ou la guérir lorsque le malade en est attaqué. Il s'agit pour parvenir à la guérison de cette maladie, d'enlever les obstructions commençantes, même les plus enracinées. Les préparations de Mars, les sels apéritifs, les amers, & sur-tout le quinquina, ont cette vertu.

Ces remedes sont souvent employés trop tard. Les malades négligent de demander du secours, & laissent par ce moyen enraciner sur eux la cause d'une maladie qui devient par la suite fâcheuse, & qu'on auroit pû détruire au commencement. Voyez CACHEXIE. (N)


CACHEMIRE(Géog.) province d'Asie dans les états du Mogol au nord ; elle a environ trente lieues de long sur douze de large. Ce pays est peuplé, & fertile en pâturages, riz, froment, légumes : on y trouve beaucoup de bois & de bétail. Les habitans sont adroits & laborieux, & les femmes y sont belles. On les croit Juifs d'origine, parce qu'ils ont toûjours à la bouche le nom de Moyse, qu'ils croyent avoit été dans leur pays, ainsi que Salomon. Ils sont aujourd'hui Mahométans ou Idolâtres. Dict, de M. de Vosgien.

CACHEMIRE, c'est la capitale de la province de ce nom. Long. 93. lat. 34. 30.


CACHEO(Géog.) ville d'Afrique dans la Nigritie, sur la riviere de Saint-Domingue : elle appartient aux Portugais. Long. 2. 40. lat. 22.


CACHERDISSIMULER, DÉGUISER, (Gram.) termes relatifs à la conduite que nous avons à tenir avec les autres hommes, dans les occasions où il nous importe qu'ils se trompent sur nos pensées & sur nos actions, ou qu'ils les ignorent. On cache ce qu'on ne veut point laisser appercevoir ; on dissimule ce qui s'apperçoit fort bien ; on déguise ce qu'on a intérêt de montrer autre qu'il n'est. Les participes dissimulé & caché se prennent dans un sens plus fort que les verbes dissimuler & cacher. L'homme caché est celui dont la conduite est impénétrable par les ténebres dont elle est couverte ; l'homme dissimulé est celui dont la conduite est toûjours masquée par de fausses apparences. Le premier cherche à n'être pas connu ; le second à l'être mal. Il y a souvent de la prudence à cacher ; il y a toûjours de l'art & de la fausseté soit à dissimuler, soit à déguiser. On cache par le silence : on dissimule par les démarches ; on déguise par les propos. L'un appartient à la conduite ; l'autre au discours. On pourroit dire que la dissimulation est un mensonge en action.


CACHERES. f. terme de verrerie en bouteilles ; c'est ainsi qu'on appelle une petite muraille contiguë aux fils des ouvraux, ou au remettement du four, sur laquelle le maître sépare la bouteille de la canne. Le cou de la bouteille étant placé, il pose le corps dans la cachere : & tenant ses deux mains étendues en avant, il presse de la main gauche le milieu de la canne ; & plaçant la main droite à l'extrémité de la canne, il leve cette extrémité, & donne en même tems en sens contraire une secousse de la main gauche. Cette secousse sépare la bouteille de la canne. Cela fait, il tourne le cul de la bouteille de son côté ; il y applique la partie du cou qui reste attachée à la canne, & met le cou au crochet pour y appliquer la cordeline. V. CORDELINE ; voy. VERRERIE en bouteille.


CACHETS. m. petit instrument qu'on peut faire de toutes sortes de métaux, & de toutes les pierres qui se gravent, & dont on se sert pour fermer des lettres, sceller des papiers, &c. par le moyen d'une substance fusible sur laquelle on l'applique. Voy. l'article SCEAU. Il y a des cachets en bague, c'est toûjours une pierre gravée & montée en or ou en argent : il y en a à manche ; ils sont ordinairement d'argent, le manche en est en poire, & la matiere du manche d'ébene, d'ivoire, de bouis, &c. Il y en a qui sont tout d'or ou d'argent ; ils sont petits ; ils ont une poignée proportionnée, qu'on prend entre le pouce & l'index quand on les applique sur la cire. Mais de quelque espece que soient les cachets, ils se fondent tous ; & ils ont le même usage & la meme forme principale, je veux dire une surface plane, ronde, ou ovale, sur laquelle on a gravé en creux ou des armes, ou une tête, ou quelques figures d'hommes, d'animaux, de plantes, &c. Cette gravure en creux appliquée sur une matiere molle, rend ces figures en relief. Voyez l'article GRAVURE. Les cachets ont été à l'usage des anciens : il nous en reste même quelques-uns d'eux qui sont précieux par le travail. Celui qui est connu sous le nom de cachet de Michel-Ange, peut être mis au nombre des chefs-d'oeuvres de gravure antique. Il est au cabinet du roi ; c'est une petite cornaline transparente, gravée en creux, que l'on croit avoir servi de cachet à Michel-Ange, & qui dans un espace de cinq à six lignes, contient quatorze figures humaines, sans compter des animaux, des arbres, des fleurs, des vases, &c. & un exergue, où l'on voit encore des monticules, des eaux avec un petit pêcheur, &c.

On prétend que le tout est une espece de fête qu'on célébroit anciennement en mémoire de la naissance de Bacchus. On remarque d'abord deux femmes dont l'une tient sur ses genoux un enfant nud ; c'est Bacchus, dit-on, avec sa nourrice, & la belle Hippa dont il est parlé dans les hymnes d'Orphée. Le vieillard assis par terre est Athamas, mari d'Ino, ou si l'on veut un faune qui tient une patere, & qui fait une libation, &c. C'est ainsi que M. de Mautour qui a tâché d'expliquer le cachet dont il s'agit, amene à son système toutes les autres figures de la pierre, hors celle du cheval.

M. Bourdelot prétend au contraire que les puanepsies sont le sujet de la cornaline de Michel-Ange. Voy. PUANEPSIES. Il prend la figure humaine couronnée d'olivier, élevant de la main droite un vase, & tenant de la gauche les renes d'un cheval pour Thesée ; le cheval pour le symbole de Neptune, pere de Thesée, les autres figures d'hommes & de femmes, pour des Athéniens & des Athéniennes qui prennent part à la fête ; l'enfant entre les bras de sa mere, pour le signe de la délivrance de ce tribut ; & le petit pêcheur de l'exergue, pour l'image de la paix que Thesée avoit assurée à son pays.

Quoi qu'on puisse dire du talent des modernes & des progrès des beaux Arts parmi nous, nous aurions de la peine à trouver quelque ouvrage dans le même genre qu'on pût comparer à la piece dont il s'agit, soit pour sa difficulté, soit pour sa perfection.


CACHEURS. m. en termes de Raffineur de sucre, est un morceau de bois de neuf à dix pouces de long, plat par un bout & rond par le manche. Le bout qui est plat, sert à frapper les cercles de bois qui environnent les formes. Celui qui est rond sert alors de poignée. On s'en sert pour sonder les formes. Voyez SONDER, FORME.


CACHEXIES. f. (Medecine) ce mot est tiré du grec ; mauvais, & constitution. Ainsi l'on entend par cachexie la mauvaise constitution, le mauvais état du corps humain dans toute son habitude.

Pour donner une idée juste de la cachexie, il faut poser pour principes, 1° que le corps ne peut rester dans son état naturel, ni augmenter, s'il n'est réparé à proportion de la déperdition qu'il fait journellement. On appelle la premiere opération nutrition, & la seconde accroissement, qui arrive lorsque la déperdition est plus que compensée par l'addition du suc nourricier. Voyez NUTRITION, CROISSEMENTMENT. 2° Que ce suc nourricier doit être tiré des alimens changés en chyle par l'opération nommée digestion (voyez DIGESTION) & convertis en sang dans la veine soûclaviere gauche. Voyez SANGUIFICATION, 3°. Que de ce sang se sépare le suc nourricier ; que ce suc sera propre à la nutrition lorsque le chyle & le sang seront de bonne qualité : qu'au contraire il sera dépravé, & ne produira pas une bonne nutrition, lorsqu'il sera fourni par un mauvais chyle & un mauvais sang. 4°. Que le chyle ni le sang ne seront pas loüables, lorsque les alimens dont ils sont tirés seront de mauvaise qualité, ou que les visceres destinés à les composer seront viciés. Cela posé, examinons à-présent quels effets produira sur le corps la dépravation du chyle & du sang. Lorsque le sang n'aura pas une consistance requise, qu'il ne sera pas fourni ou renouvellé par un bon chyle, il s'ensuivra par son défaut de couleur la pâleur de toutes les parties charnues, & sur-tout du visage, la déperdition des forces du corps en général, & l'inaptitude aux fonctions tant naturelles que volontaires ; d'où naîtront les lassitudes dans les bras & les jambes, la difficulté de respirer, l'inégalité du pouls, la fievre même, la perte de l'appétit, la douleur d'estomac appellée cardialgie, les palpitations, &c. enfin la dépravation du suc nourricier, d'où l'amaigrissement & l'affaissement total de la machine, à quoi se joignent les obstructions dans les glandes, & sur-tout dans le foie. Tous les accidens ci-dessus détaillés caractérisent la cachexie, qui lorsqu'on la néglige dégénere très-facilement en hydropisie ; le chyle mal préparé faisant, pour ainsi dire, sur le sang le même effet que le vinaigre sur le lait, en sépare la sérosité qui s'épanche. On voit aisément après cette exposition, pourquoi les jeunes personnes qui n'ont point encore été reglées, ou les femmes qui auront essuyé des pertes considérables, deviennent cachectiques ; la trop grande abondance ou la suppression de quelque évacuation ordinaire ou nécessaire, étant une cause de cachexie, leur appétit déréglé pour le fruit verd, pour la craie, le charbon, & autres drogues de cette espece, produit souvent chez elles le même accident. Par la mauvaise qualité du chyle qui en résulte, on voit de quelle conséquence il est de corriger la cause de la cachexie. Pour y parvenir, il faut examiner si le vice est dans les liqueurs ou dans les parties solides, ou enfin dans l'un & l'autre ensemble ; lorsque l'on se sera apperçu que ce sont les liqueurs qui pechent, & que l'on reconnoîtra par les signes détaillés aux articles ACIDE & ALKALI, considérés comme causes de maladies, il sera question de vuider l'estomac & les intestins, soit par un vomitif doux, soit par un purgatif leger, & empêcher par toutes sortes de moyens le renouvellement de la matiere morbifique. Lorsque les parties solides seront cause de la cachexie, les remedes corroborans, & sur-tout les martiaux, seront convenables ; enfin lorsqu'elle procédera du vice de l'un & de l'autre, on la détruira par les remedes destinés à réparer ce vice. On aura soin de joindre aux remedes dans l'un & l'autre cas, l'usage d'un exercice modéré, & d'un régime capable de rendre au suc nourricier la douceur qui lui est nécessaire pour être employé utilement ; de défendre l'usage des alimens grossiers, farineux, & de difficile digestion. De tout ce que j'ai dit ci-dessus, il faut conclure que la cachexie est un état très-fâcheux ; que lorsqu'elle est la suite de la foiblesse de quelque partie solide, elle est plus difficile à guérir ; & que lorsqu'elle est accompagnée d'une fievre opiniâtre, elle est très-dangereuse. (N)


CACHIS. m. (Hist. nat. foss.) c'est une espece de pierre blanche fort ressemblante à de l'albâtre, qu'on trouve en quantité dans les mines d'argent de l'Amérique : elles contiennent ordinairement quelques parties de plomb.


CACHIMAS(Hist. nat. bot.) arbre des Indes occidentales dans les îles Antilles. On en compte de deux especes ; le cachimas sauvage, & le cachimas privé. Le premier est garni de pointes ; son fruit est de la grosseur d'une pomme de moyenne grandeur, dont la pelure, qui demeure toûjours verte & dure, est remplie de bosses & d'inégalités. Le cachimas privé a une écorce lisse, & des fruits unis qui sont beaucoup plus grands que ceux du premier ; lorsqu'ils sont mûrs ils sont d'un beau rouge, & blancs au-dessous de l'enveloppe ; le goût en est très-agréable. Les feuilles des deux especes de cachimas ressemblent beaucoup à celles du châtaigner. On dit que le fruit donne de l'appétit, & a la propriété de diviser les humeurs.


CACHIMENTIER(Hist. nat. bot.) arbre très-commun aux îles Antilles, & dans plusieurs endroits de l'Amérique. Il y en a plusieurs especes. Cet arbre porte un fruit que l'on appelle cachiment ? il est de forme ronde, d'environ cinq ou six pouces de diametre ; il est couvert d'une peau brune rougeâtre, & quelquefois d'un verd tirant sur le jaune ; au-dedans de laquelle se trouve une substance blanche ; d'un goût fort fade & d'une consistance de creme, tout le fruit est rempli de graines grosses comme de petites feves, oblongues, brunes, lisses & fort astringentes. Les deux principales especes de cachiment sont le coeur de boeuf, qui a la forme & la couleur de ce dont il porte le nom, & le cachiment morveux très-bien nommé par comparaison. Cette derniere espece est fort rafraîchissante ; la peau qui le couvre est verte, & devient un peu jaunâtre lorsqu'il est mûr. Voyez Gonzalez Oviedo & le P. Plumier, qui appellent cet arbre guanabanus fructu purpureo.


CACHIMIAS. f. (Chimie) ce mot ne se trouve guere que dans Paracelse, qui s'en sert pour désigner des substances minérales qui ne sont point parvenues à perfection, ou ce qui n'est ni sel ni métal, mais qui participe cependant plus de la nature métallique que de toute autre. Les substances de ce genre sont les différentes especes de cobalt, le bismuth, le zinc, l'arsenic, &c. (-).


CACHLEX(Hist. nat.) espece de pierre dont il n'y a point de description, mais qu'on dit se trouver sur le bord de la mer. Galien prétend que si on la fait rougir dans le feu, & qu'on vienne à l'éteindre ensuite dans du petit-lait, elle lui donne la vertu d'être un excellent remede contre la dyssenterie.


CACHOS(Hist. nat. bot.) arbrisseau qui ne croît que sur les montagnes du Pérou. Il est fort verd ; sa feuille est ronde & mince, & son fruit comme la pomme d'amour ; il s'ouvre d'un côté, & a la forme de coquillage : sa couleur est cendrée, & son goût agréable. Il contient une petite semence. Les Indiens lui attribuent de grandes propriétés ; telles que celle de débarrasser les reins de la gravelle, & même de diminuer la pierre dans la vessie, quand elle commence à s'y former.


CACHOTS. m. (Architect.) c'est dans les prisons un lieu soûterrain, voûté, sans aucun jour, où l'on enferme les malfaiteurs.


CACHOU(Hist. nat. des drogues) suc épaissi tiré du regne des végétaux ; en anglois cashoo, en latin terra japonica, terre du Japon ; dénomination reçûe depuis près d'un siecle, quoique très-fausse en elle-même, & d'autant plus impropre, que tout le cachou, qu'on trouve au Japon y est apporté d'ailleurs.

Il en est du cachou, suivant la remarque de M. de Jussieu, comme de la plûpart des autres drogues, sur l'histoire desquelles il y a autant de variations que de relations de voyageurs.

Le cachou n'est point une terre. Le public & les marchands épiciers séduits par la sécheresse & la friabilité du cachou, ont commencé par goûter avidement les décisions de ceux qui s'éloignent du récit de Garcie du Jardin, & ont mis cette drogue au rang des terres. M. de Caen, docteur en Medecine de la faculté de Paris, est un des particuliers qui a le plus accrédité cette opinion de France, en détaillant l'origine & la nature de cette terre, sur l'attestation d'un de ses amis voyageur.

On trouve, a-t-il dit, cette terre dans le Levant, & elle y est appellée masquiqui ; on la ramasse principalement sur les plus hautes montagnes où croissent les cedres, & sous la racine desquels on la rencontre dure & en bloc. Pour ne rien perdre de cette terre, les naturels du pays, qu'on nomme Algonquins, la ramassent en entier avec ce sable qui s'y trouve joint. Ils versent dessus le tout de l'eau de riviere, le rendent liquide, & en pétrissent une pâte qu'ils mettent sécher au soleil, jusqu'à ce qu'elle soit dure comme nous la voyons. Les Algonquins en portent toûjours sur eux, & en usent pour les maux d'estomac. Ils l'appliquent aussi extérieurement en forme d'onguent sur la région du bas-ventre.

Ce roman a passé de bouche en bouche, de livres en livres, avec d'autres circonstances singulieres : tout cela n'a servi qu'à lui donner plus de créance ; & le petit gravier qu'on trouve quelquefois dans le cachou n'y a pas nui. Enfin le nom même de terre de Japon, sous lequel le cachou est connu depuis si longtems parmi les auteurs de matiere médicale, n'a pas peu contribué à confirmer l'opinion que c'est effectivement une terre, ou du moins qu'il y a une terre qui lui sert de base.

Mais on est à-présent détrompé de cette erreur par l'examen analytique qui a été fait des principes du cachou ; premierement en Allemagne par Hagendorn, Wedelius, & autres, & ensuite en France par M. Boulduc.

Les expériences, les dissolutions, & les différentes analyses de ce mixte, ont prouvé démonstrativement que c'est un suc de végétal épaissi : car 1°. au lieu de jetter comme toutes les autres terres un limon dans l'humidité, il s'y dissout entierement, à quelques parties grossieres près, & non-seulement dans les liqueurs aqueuses, mais encore dans les spiritueuses : 2°. il se dissout facilement dans l'eau commune, s'incorpore avec elle, & lui communique une teinture rouge, de même qu'un grand nombre d'extraits & de sucs de végétaux épaissis : 3°. la filtration ne l'en sépare point ainsi qu'elle fait les terres ; mais il passe par le filtre avec l'eau : 4°. en le filtrant on n'y trouve jamais de terre, si ce n'est lorsqu'il est mal-propre : 5°. il s'enflamme, brûle dans le feu, & ne donne que peu de cendres : 6°. mis dans la bouche il ne laisse sur la langue aucun goût de terre, & s'y fond totalement : 7°. on en tire par la chimie beaucoup d'huile & de sels essentiels, pareils à ceux qu'on tire des plantes.

Le cachou n'est point une substance vitriolique. Ces raisons étant décisives, d'autres physiciens ont imaginé de placer le cachou dans la classe des vitriols, c'est-à-dire de le regarder comme une substance composée, qui tient de leur nature : mais cette imagination n'a pas fait fortune ; les expériences la détruisent, & prouvent que le cachou n'a rien de vitriolique : en effet, 1°. on n'en sépare aucun sel de cette nature ; 2°. si on le mêle avec un alkali, il ne produit ni effervescence ni précipitation ; 3°. sa solution fait l'encre, avec une addition de quelques substances vitrioliques.

C'est une substance végétale. Il seroit inutile de m'étendre davantage sur de pures fictions : d'ailleurs tout le monde convient aujourd'hui qu'il faut mettre le cachou dans le rang des substances végétales ; personne n'oseroit le contester ; c'est un fait dont on est pleinement convaincu.

Sa définition. Par conséquent on peut hardiment le définir un suc gommeux, résineux, sans odeur, fait & durci par art, d'un roux noir âtre extérieurement, & d'un roux brun intérieurement ; son goût est astringent, amer quand on le met dans la bouche, ensuite plus doux & plus agréable. Voilà ce qu'on connoît du cachou : mais on n'est point encore assûré si c'est un suc qu'on tire de la décoction de diverses plantes, ou le fruit d'une seule, & si notre cachou est la même chose que le lycium indien de Dioscoride.

Il ne faut pas le confondre avec le cajou. Quelques-uns se fondant sur l'affinité des noms, ont avancé que le cachou est l'extrait ou le suc épaissi du fruit que nous appellons noix d'acajou ; car ce fruit se nomme catzu ou cajou : mais ceux qui ont eu cette idée ne connoissoient pas l'acajou, qui contient dans sa substance un suc acre, mordicant, brûlant les levres & la langue, & qui est d'une saveur bien différente de celle du cachou.

Arbre dont on tire le cachou suivant Garcie. Si nous nous en rapportons à Garcie, l'arbre dont on tire le cachou est de la hauteur du frêne : il a des feuilles très-petites, & fort semblables à celle de la bruyere ou du tamaris : il est toûjours verd, & hérissé de beaucoup d'épines. Voici comment il rapporte la maniere de le tirer. On coupe par petits morceaux les branches de cet arbre, on les fait bouillir, en suite on les pile ; après cela on en forme des pastilles & des tablettes avec la farine de nachani, & avec la sciure d'un certain bois noir qui naît dans le pays. On fait sécher ces pastilles à l'ombre : quelquefois on n'y mêle pas cette sciure.

Description de cet arbre suivant Bontius. Bontius, un des premiers voyageurs qui en ait parlé, dit que cet arbre est tout couvert d'épines sur le tronc & sur les branches, ayant des feuilles qui sont presque comme celles de la sabine, ou de l'arbre que l'on appelle l'arbre de vie, hormis qu'elles ne sont pas si grosses ni si épaisses. Il porte, dit-il, des feves rondes de couleur de pourpre, dans lesquelles sont renfermées trois ou quatre noix tout au plus, & qui sont si dures que l'on ne peut les casser avec les dents. On en fait bouillir les racines, l'écorce, & les feuilles, pour en faire un extrait que l'on appelle cate ; extrait, pour le dire en passant, que ces deux auteurs Garcie & Bontius, croyent être le lycium indien de Dioscoride.

Suivant Hebert de Jager. Mais Hebert de Jager, dans les éphémerides des curieux de la nature, décad. Il. an. 3. écrit que le lycium des Indes, ou le cate de Garcias, ou le kaath, comme les Indiens l'appellent, & le reng des Perses, est un suc tiré non d'un arbre, mais de presque toutes les especes d'acacia qui ont l'écorce astringente & rougeâtre, & de beaucoup d'autres plantes dont on peut tirer par l'ébullition un suc semblable. Tous ces sucs sont désignés, ajoûte-t-il, dans ces pays-là sous le nom de kaath, quoiqu'ils soient bien différens en bonté & en vertu.

Il parle cependant d'un arbre qui porte le plus excellent & le meilleur kaath : cet arbre est nommé khier par les Indiens, khadira par les Brachmanes, tsaanra par les Golcondois, karanggalli fatti par les Malabares.

C'est une espece d'acacia épineux, branchu, dont les plus grandes branches sont couvertes d'une écorce blanchâtre cendrée. Les rameaux qui produisent des feuilles sont couverts d'une peau roussâtre, & ils sortent des plus grandes branches entre les petites épines, placées deux à deux, crochues & opposées. Les feuilles ailées, portées sur une côte, sont semblables à celles de l'acacia, mais plus petites. Cet auteur n'a pas vû les fleurs ni le fruit. On retire de cet arbre par la décoction, dans le royaume de Pégu, un suc dont on fait le kaath, si recherché dans toutes les Indes orientales.

L'arbre qui fournit le cachou est sur-tout l'areca. En effet, quoi qu'en dise Hebert de Jager, l'arbre qu'on nomme areca est le plus célebre parmi ceux qui donnent l'extrait de kaath ou le cachou ; & c'est même le seul qui fournit le vrai cachou, si l'on en croit les voyageurs qui méritent le plus de créance, & en particulier Jean Othon Helbigius, homme très-versé dans la connoissance des plantes orientales, & qui a fait un très-long séjour dans le pays.

Synonymes de cet arbre. Voilà donc la plante que nous cherchions : c'est un grand arbre des Indes orientales, qui croît seulement sur les bords de la mer & dans les terres sablonneuses, une espece de palmier qui porte les noms suivans dans nos ouvrages de Botanique ; palma cujus fructus sessilis. Fausel dicitur, C. B. P. 510. Filfil & Fufel, Avicen. Faufel, sive areca palma foliis, J. B. 1. 389. areca, sive Fauvel, Clus. Exot. 188. Pinung. Bont. caunga hort. Malab. où l'on en trouvera la figure très-exacte.

Sa description. Sa racine est noirâtre, oblongue, épaisse d'un empan, garnie de plusieurs petites racines blanchâtres & rousses : son tronc est gros d'un empan près de la racine, & un peu moins vers son sommet ; son écorce est d'un verd gai, & si unie, qu'on ne peut y monter à moins qu'on n'attache à ses piés des crochets & des cordes, ou qu'on ne l'entoure par intervalles de liens faits de nattes, ou de quelqu'autre matiere semblable.

Les branches feuillées sortent du tronc en sautoir deux à deux ; celles qui sont au-dessus sortent de l'entre-deux des inférieures ; elles enveloppent par leur base le sommet du tronc, comme par une gaine ou une capsule ronde & fermée ; elles forment par ce moyen une tête oblongue au sommet, plus grosse que le tronc de l'arbre même.

Le pié des branches feuillées extérieurement se fend & se rompt, & elles tombent successivement l'une après l'autre : les branches feuillées sont composées d'une côte un peu creuse en-dessus, arrondie en-dessous, & de feuilles placées deux à deux & opposées, longues de trois ou quatre piés, larges de trois ou quatre pouces plus ou moins, pliées comme un éventail, vertes, & luisantes : au haut du tronc il sort de chaque aisselle de feuille une capsule en forme de gaîne, longue de quatre empans, plus ou moins, qui renferme les tiges chargées de fleurs & de fruits, concaves par où elles se rompent & s'ouvrent, d'un verd blanchâtre d'abord extérieurement, jaunâtre ensuite, & blanches en-dedans.

Les tiges qui sont renfermées dans ces gaînes sont les unes plus grosses, & chargées vers le bas de fruits tendres ; les autres sont plus grêles, & garnies des deux côtés de boutons de fleurs : ces boutons sont petits, anguleux, blanchâtres, s'ouvrant en trois pétales, roides, pointus, & un peu épais ; ils contiennent dans leur milieu neuf étamines grêles, dont trois sont plus longues, d'un jaune blanchâtre, qui sont entourées des six autres plus petites & plus jaunes.

Description du fruit arec. Les fruits encore tendres & mous sont blancs & luisans, attachés à des pédicules blancs, de figure anguleuse & non arrondis, renfermés pour la plus grande partie dans les feuilles du calice, qui sont ovalaires & entrelacées les unes avec les autres : ils contiennent beaucoup de liqueur limpide, d'un goût astringent, placée au milieu de la pulpe, qui s'augmente avec le tems ; & la liqueur diminue jusqu'à ce qu'il n'en reste plus : ensuite il naît une moelle blanchâtre, tandis que la pulpe s'endurcit & l'écorce acquiert enfin la couleur de jaune doré.

Les fruits devenus assez gros, & n'étant pas encore secs, sont ovalaires, & ressemblent fort à des dattes : ils sont plus serrés aux deux bouts, & composés d'une écorce épaisse, lisse, membraneuse, & d'une pulpe d'un brun rougeâtre, qui devient en séchant fibreuse ou cotonneuse, & jaunâtre : la moelle, ou plûtôt le noyau ou la semence qui est au milieu, est blanchâtre.

Lorsque le fruit est sec, le noyau se sépare aisément de la pulpe fibreuse ; il est de la grosseur d'une aveline ou d'une muscade, le plus souvent en forme de poire, ou applati d'un côté & sans pédicule, convexe de l'autre, ridé, cannelé extérieurement ; d'une couleur rousse ou de cannelle, d'une matiere dure, difficile à couper, panaché de veines blanchâtres, rousses & rougeâtres ; d'un goût un peu aromatique, & legerement astringent. C'est ce fruit que nous nommons proprement arec, & les Arabes fauvel.

Usages que les Indiens font de ce fruit. L'usage que les Indiens en font tous les jours, lui a donné une très-grande réputation. Ils le mâchent continuellement, soit qu'il soit mou, soit qu'il soit dur, avec le lycium indien, ou le kaath, les feuilles de betel, & très-peu de chaux. Ils avalent le suc ou la salive teinte de ces choses, & ils crachent le reste ; leur bouche alors paroît toute en sang, & fait peur à voir.

Ils ne manquent pas de l'employer comme une espece de régal dans les visites qu'ils se font. Leur maniere de le servir, est de le présenter en entier, ou coupé en plusieurs tranches. Lorsqu'on le présente entier, on sert en même tems un instrument propre à le couper, qui est une espece de ciseau, composé de deux branches mobiles arrêtées par une de leurs extrémités, & qui s'ouvre de l'autre. C'est par l'extrémité par laquelle le ciseau s'ouvre, que l'on presse l'arec, que l'on met entre ces deux branches pour le couper en autant de parties que l'on veut : & de ces deux branches il n'y en a qu'une, qui est la supérieure, destinée à couper ; l'inférieure ne sert que d'appui pour soûtenir cette semence dans le tems de l'effort que l'on fait par l'abaissement de la partie supérieure du ciseau.

Lorsqu'on le sert coupé en tranches, c'est ordinairement sur des feuilles de betel dans lesquelles on enveloppe ces morceaux, après les avoir auparavant couverts d'une couche legere de chaux, propre à se charger du suc de l'arec & du betel, quand on les mâche, pour en faire conserver plus long-tems dans la bouche une saveur agréable.

Préparations du cachou. Je viens à la maniere de préparer l'extrait d'areca ; la voici, selon que le rapporte Herbert de Jager dans les éphémerides des curieux de la nature, decur. II. an. 3.

On coupe en deux ou en trois morceaux la noix d'areca ou fauvel avant qu'elle soit tout-à-fait mûre, & lorsqu'elle est encore verte, & on la fait bouillir dans de l'eau, en y ajoûtant un peu de chaux de coquillages calcinés pendant l'espace de quatre heures, jusqu'à ce que les morceaux de cette noix ayent contracté une couleur d'un rouge obscur. La chaux y sert beaucoup. Alors on passe cette décoction encore chaude ; & lorsqu'elle est refroidie, on la sépare un peu de la matiere épaisse & de la lie qui va au fond du vaisseau. Cette lie étant épaisse, s'appelle aussi kaath, & on l'employe de la même maniere que l'extrait appellé cate. Mais pour rendre cet extrait plus excellent, ils y ajoûtent l'eau de l'écorce encore verte du tsianra, ou de l'acacia, dont nous avons parlé, qu'ils pilent & font macérer pendant trois jours. Enfin, lorsque ce suc est épaissi, ils l'exposent au soleil sur des nattes, & ils le réduisent en petites masses ou en pastilles.

Les grands du pays & les riches ne se contentent pas de ce cachou : ils y mêlent du cardamome, du bois d'aloès, du musc, de l'ambre, & d'autres choses, pour le rendre plus agréable & plus flateur au goût. Telle est la composition de quelques pastilles que l'on prépare dans les Indes, qui sont rondes, plates, de la grosseur d'une noix vomique, que les Hollandois apportent en Europe sous le nom de siri gata gamber.

Telles sont aussi des pastilles noires qui ont différentes figures, tantôt rondes comme des pilules, tantôt comme des graines, des fleurs, des fruits, des mouches, des insectes, tantôt comme des crottes de souris, &c. que les Portugais font dans la ville de Goa, & que les François méprisent à cause de leur violente odeur aromatique. Mais comme les nations qui fabriquent ces pastilles, sont fort trompeuses, il leur arrive souvent d'y mêler d'autres corps étrangers, pour en augmenter le poids & le volume ; desorte qu'il est rare d'en voir sortir de pures de leurs mains.

Pour ce qui est du cachou simple, naturel, & sans aromates, qui passe en Europe, & que nous recherchons le plus ; c'est un pur extrait de l'arec fait sur les lieux, & rendu solide par l'évaporation de toute l'humidité que cet extrait contenoit.

On coupe les graines d'arec vertes, en tranches ; on les met bouillir dans l'eau, jusqu'à ce que cette eau soit chargée d'une forte teinture rouge-brune ; on passe cette décoction, qu'on fait évaporer jusqu'à consistance d'extrait, auquel on donne telle forme que l'on veut, & qui se durcit bientôt après.

Effets de l'arec quand il est verd. Garcias & Bontius assûrent que si l'on mâche l'arec verd, il cause une espece de vertige & d'ivresse semblable à celle que cause le vin, mais qu'on dissipe bientôt en prenant un peu de sel & d'eau fraîche : quand ce fruit est mûr ou cuit, il ne fait point le même effet, il n'en produit que de salutaires ; & je ne crois pas vraisemblable qu'il tire son seul mérite de la mode, de l'habitude, & de la volupté.

Vertus médicinales du cachou. Les Orientaux l'employent continuellement contre la puanteur de l'haleine, pour raffermir les gencives, pour aider la digestion, pour arrêter le vomissement, la diarrhée, la dyssenterie ; & les relations de nos voyageurs, de Garcie, de Linschot, de Bontius, de Cleyer, d'Herman, d'Helbigius, conviennent de son efficace dans tous ces cas.

Par l'usage que nous en avons fait en Europe, nous y avons remarqué à-peu-près les mêmes propriétés ; nous avons trouvé que le cachou naturel est bon pour raffermir les gencives, pour l'angine aqueuse, pour dissiper les catarrhes, pour appaiser la toux qui vient d'une pituite acre, pour arrêter les flux de ventre qui viennent du relâchement de l'estomac & des intestins, & autres maladies semblables.

Si nous pénétrons jusque dans les principes qui peuvent opérer ces effets, il semble que ce soit à l'astriction dont cette drogue est principalement doüée, que l'on doive ses vertus.

Effectivement, c'est par cette astriction que l'estomac plus capable de retenir les alimens, est en état de les mieux digérer ; ce qui est le vrai remede de la plûpart des diarrhées qui ont pour cause la foiblesse de ce viscere.

C'est par cette même astriction, que réunissant les principes du sang qui étoient divisés, elle peut arrêter la dissenterie, & les fluxions dans lesquelles le sang ou sa sérosité s'épanchent avec trop de facilité.

Le caractere spécifique du cachou est donc d'être comme un composé des sucs d'hypocistis & d'acacia, desquels il a l'astriction ; & par sa douceur il approche de celle de la réglisse & du sang-dragon, ensorte qu'il réunit en soi les vertus de ces différens sucs, en modifiant ce qu'ils ont de trop astringent ou de trop difficile à dissoudre dans l'eau simple.

Nous pouvons le disputer aux Indiens par rapport aux différentes préparations que nous donnons au cachou pour le rendre plus agréable. On le dissout dans l'eau simple, qui dans peu de tems se charge de ses parties les plus pures ; on la coule, on laisse évaporer la colature, & l'on ne trouve au fond du vase qu'un extrait rouge-brun, qui est ce cachou purifié, auquel on ajoûte les aromates les plus convenables au goût de chacun, quelquefois même le sucre, pour en corriger cette amertume qui ne prévient pas d'abord en sa faveur.

Les formes sous lesquelles on le réduit, sont celles ou de pilules, ou de pastilles, ou de tablettes, pour s'accommoder aux goûts des diverses personnes qui en font usage ; l'ambre gris, dont l'odeur est utile à ceux qui ont l'haleine mauvaise, s'y retranche ordinairement pour les dames à qui elle pourroit causer des vapeurs. On le donne en substance sous la forme de pilules, de pastilles, ou de tablettes, depuis un demi-scrupule jusqu'à une drachme.

Son usage, sous quelqu'une de ces formes que ce soit, convient le matin à jeûn, avant & après le repas, & dans tous les cas où l'on veut faciliter la digestion, qui manque par l'affoiblissement de l'estomac, ou par l'acide qui domine dans les premieres voies.

Enfin, une qualité particuliere par laquelle le cachou se fait distinguer des autres drogues avec lesquelles il a quelque analogie, est, qu'au lieu que celles-ci se déguisent aisément par le mélange des autres ingrédiens que l'on y joint, le cachou se fait toûjours reconnoître, dans quelque composition qu'on le fasse entrer.

Je ne dois pas oublier un avantage que l'on peut tirer du cachou, en faveur de ceux qui ont de la répugnance pour les tisanes, & pour la commodité de ceux qui veulent faire sur le champ une boisson convenable dans les dévoiemens, dans les fievres bilieuses, dans les maladies provenantes d'une abondance de sérosités acres, &c. c'est que la quantité d'un ou deux gros de cette substance, jettée dans demi-pinte d'eau, lui donnera une teinture rougeâtre, une saveur douce & un peu astringente, telle qu'il convient dans ces occasions.

Il me paroît que l'on n'a rien à craindre d'une trop grande dose du cachou ; car l'on peut en retenir continuellement de petits morceaux dans la bouche, & en substituer de nouveaux à ceux qui sont dissous, sans accident fâcheux. Il faut observer que plus les morceaux sont petits, plus ils paroissent agréables au goût. On en prend de la grosseur d'une graine d'anis ou de coriandre.

Teinture de cachou. Wedelius en tire une teinture de la maniere suivante. cachou en poudre quantité suffisante ; versez dessus six ou huit fois autant d'esprit-de-vin rectifié : digérez. On retire une très-belle teinture, que l'on sépare de la lie, en la versant peu-à-peu, & on la garde pour l'usage ; la dose est depuis 20 gouttes jusqu'à 60.

On employe heureusement cette teinture dans la cachexie & autres maladies de fibres lâches ; où les astringens conviennent. On peut s'en servir en gargarisme dans un véhicule propre, pour le scorbut, pour raffermir les dents & les gencives, & pour adoucir l'haleine.

Pastilles de cachou. cachou, une drachme ; sucre royal, une once : réduisez-les en poudre fine. M. avec du mucilage de gomme adraganth, & une goutte ou deux d'huile de cannelle. Faites des pastilles, que l'on tiendra dans la bouche, dans les toux catarrhales.

Opiate de cachou. cachou, trois onces ; corail rouge préparé, deux drachmes ; sirop de coing, quantité suffisante. M. F. un opiat. La dose est une drachme trois ou quatre fois le jour, dans la super-purgation, la diarrhée, & la dyssenterie.

Julep de cachou. cachou, une drachme ; diacode, trois onces ; sirop de roses seches, une once ; eau de pourpier, de laitue, ana quatre onces : faites-en un julep dans le crachement de sang, ou la dyssenterie.

Looch de cachou. cachou en poudre, deux drachmes ; mucilage de gomme adraganth, trois onces ; sirop de grande consoude, une once : M. & faites-en un looch, contre la toux provenante de pituite acre ; qui tombe sur le poumon.

Tout medecin peut changer, combiner, amplifier ces sortes de formules à son gré, & les employer dans les occasions. Je ne les ai indiquées que parce que je mets le cachou au rang des bonnes drogues qui ont le moins d'inconvéniens.

Choix du cachou. Il faut le choisir pesant, d'un rouge tanné au-dessus, point brûlé, & très-luisant. On l'apporte de Malabar, de Surate, de Pégu, & des autres côtes des Indes.

Notre cachou paroît un extrait du seul areca. Parmi celui que nous recevons, il se trouve des morceaux de différentes couleurs & figures ; les uns sont formés en boules, & d'autres en masses applaties plus ou moins grosses ; de plus, il y en a de pur, qui se fond promtement dans la bouche, & d'autre plus grossier, plus amer, terreux, sablonneux, brûlé. Ces différences ont porté plusieurs auteurs de matiere médicale, à distinguer deux sortes de cachou, qu'ils ont imaginé être des sucs extraits de différentes plantes, cependant toutes les différences dont on vient de parler, ne semblent qu'accidentelles, & peuvent venir de diverses préparations d'un seul & même fruit.

En effet, suivant l'observation de M. de Jussieu, la différence des couleurs de l'intérieur & de l'extérieur des masses, peut ne dépendre que du plus ou du moins de cuisson du suc extrait, qui ayant été exposé au feu & au soleil pour être désseché, a reçu à l'extérieur plus d'impression de feu qu'à l'intérieur.

Il ne faut d'ailleurs qu'un peu d'expérience sur les différens effets qu'est capable de produire le plus ou le moins de maturité dans les fruits & les semences dont on extrait ces sucs, pour juger de la cause de cette diversité de couleur dans les différentes masses de cachou qui nous sont apportées des Indes.

Le plus ou le moins de sécheresse de l'arec peut aussi contribuer à rendre ces morceaux de cachou plus ou moins terreux, & à les faire paroître plus ou moins résineux ; puisqu'il est impossible qu'à proportion de l'un de ces deux états dans lequel cette semence aura été employée, il n'y ait plus ou moins de fécules, dont la quantité le rendra plus terrestre & plus friable ; il sera au contraire plus compact, plus pesant, moins cassant, & paroîtra plus résineux, plus il y aura d'extrait gommeux.

Le sable, les petites pierres, & corps étrangers qu'on trouve dans quelques morceaux & non dans d'autres, sont l'effet de la malpropreté & du manque de soin dans la préparation.

Enfin la couleur & la saveur de l'arec, qui se rencontrent dans l'un & l'autre cachou, paroissent indiquer qu'ils ne tirent leur origine que de ce seul & même fruit, & que tous les autres accidens qu'on a détaillés ne dépendent que de la préparation.

Cependant je n'oserois nier qu'il n'y ait d'autre cachou dans le monde que celui qu'on retire de l'arec ; il n'est pas même vraisemblable que ce seul fruit puisse suffire à la quantité prodigieuse qu'on débite de cette drogue aux Indes ; & il est à présumer que leur extrait kaath est un suc tiré non-seulement du fruit de l'arec, mais de beaucoup d'autres fruits ou plantes, dont on tire par l'ébullition un suc qui lui est analogue.

Le cachou n'est point le lycium indien des Grecs. Il ne me reste plus qu'à examiner si le cachou est la même chose que le lycium indien de Dioscoride ; on a grand sujet d'en douter.

L'illustre medecin d'Anazarbe, Galien, & Pline, ont fait mention de deux sortes de lycium ; savoir, de celui de Cappadoce, & de celui des Indes. Le premier étoit un suc tiré d'un certain arbre épineux, dont les branches ont trois coudées de long, & même plus ; son écorce est pâle ; ses feuilles sont semblables à celles du bouis ; elles sont touffues : son fruit est noir comme le poivre, luisant, amer, compact ; ses racines sont nombreuses, obliques, & ligneuses. Cet arbre croit dans la Cappadoce, la Lycie, & plusieurs autres endroits. Les Grecs l'appelloient & .

On préparoit le lycium, ou cet extrait, avec les rameaux & les racines que l'on piloit : on les macéroit ensuite pendant plusieurs jours dans l'eau, & enfin on les faisait bouillir. Alors on rejettoit le bois ; on faisoit bouillir de nouveau la liqueur jusqu'à la consistance de miel.

On en faisoit de petites masses noires en-dehors, rousses en-dedans lorsqu'on venoit de les rompre, mais qui se noircissoient bien-tôt, d'une odeur qui n'étoit point du-tout puante ; d'un goût astringent avec un peu d'amertume. On avoit aussi coûtume de faire un lycium, que l'on exprimoit & que l'on faisoit sécher.

L'autre lycium, ou celui des Indes, étoit de couleur de safran ; il étoit plus excellent & plus efficace que le précédent. On dit, ajoûte Dioscoride, que l'on fait ce lycium d'un arbrisseau qui s'appelle lonchitis.

Il est aussi du genre des arbres à épines ; ses branches sont droites ; elles ont trois coudées, ou même plus, elles sortent en grand nombre de la racine, & sont plus grosses que celles de l'églantier : l'écorce devient rousse après qu'on l'a brisée ; les feuilles paroissent semblables à celle de l'olivier.

Ces descriptions ne conviennent point du-tout avec celles que Garcias & Bontius font du caté, ou avec celle que Herbert de Jager fait de l'acacia indien, ni avec celle que nous avons donnée du palmier areca ; d'où nous pouvons conclure avec Clusius & Veslingius, que nous n'avons pas le lycium indien des Grecs. On ne trouve plus dans les boutiques le lycium de Cappadoce.

Auteurs sur le cachou. J'ai lû sur le cachou quantité de relations de voyageurs, qui m'ont paru la plûpart infideles ; le Traité d'Hagendorn, imprimé en Latin à Genes en 1679, in -8°, qui est une fort médiocre compilation ; plusieurs Dissertations d'Allemagne, qui n'ont rien de remarquable : les Ephémerides des curieux de la nature, qui ont du bon & du mauvais ; un Mémoire de M. Bolduc, dans le recueil de l'Académie des Sciences, qui ne renferme rien de particulier, un autre de M. de Jussieu, qui est intéressant ; l'article qu'en a donné M. Geoffroi dans sa Matiere médicale, qui est excellent, & dont j'ai fait le plus d'usage. Enfin j'ai beaucoup travaillé ce sujet pour m'en instruire & pour en parler avec quelque connoissance. Article communiqué par M(D.J.)


CACHRY(Hist. nat. bot.) c'est la graine d'une plante que M. Ray appelle libanotis cachryophora ; elle est échauffante & dessicative.


CACHUNDEsub. m. (Pharmacie) remede fort vanté dans la Chine & dans l'Inde, décrit dans Zacutus Lusitanus, dont cet auteur fait un si grand éloge, qu'il lui attribue les avantages de prolonger la vie & d'éloigner la mort ; enfin c'est selon lui un remede vraiment royal.

Ce remede est un opiat composé de médicamens aromatiques, de pierres précieuses, & d'autres choses fort coûteuses. Zacutus Lusitan. de Medic. princip. lib. I. obs. 37. (N)


CACIQUEsubst. m. (Hist. mod.) nom que les peuples d'Amérique donnoient aux gouverneurs des provinces & aux généraux des troupes sous les anciens Yncas ou empereurs du Pérou. Les princes de l'île de Cuba, dans l'Amérique septentrionale, portoient le nom de caciques quand les Espagnols s'en rendirent maîtres. Depuis leurs conquêtes dans le nouveau monde, ce titre est éteint quant à l'autorité parmi les peuples qui leur obéissent ; mais les Sauvages le donnent toûjours par honneur aux plus nobles d'entr'eux ; & les chefs des Indiens qui ne sont pas encore soûmis aux Européens ont retenu ce nom de caciques. (G)


CACOCHYMIEsub. f. (Medecine) état dépravé des humeurs ; mot tiré du Grec , mauvais, & de , suc.

Un corps devient sujet à la cacochymie par plusieurs causes : 1°. par l'usage habituel d'alimens qui ont peine à être digérés, soit par leur trop grande viscosité, soit par leur texture trop forte pour céder à l'action des organes de la digestion : la plethore, les hémorrhagies considérables, les diarrhées, les pertes dans les femmes, les fleurs blanches, ainsi que leur cessation subite, l'oisiveté, les veilles immodérées, sont autant de causes de la cacochymie, qui est elle-même la cause d'une infinité de maladies.

Un régime doux, un exercice modéré, quelques legers purgatifs appropriés au tempérament, au sexe & à l'âge de la personne menacée de cacochymie, en sont les préservatifs. (N)


CACONGO(Géog.) petit royaume d'Afrique, dans le Congo, sur la riviere de Zair ; Malemba en est la capitale.


CACOPHONIES. f. terme de Grammaire ou plûtôt de Rhétorique : c'est un vice d'élocution, c'est un son desagréable ; ce qui arrive ou par la rencontre de deux voyelles ou de deux syllabes, ou enfin de deux mots rapprochés, dont il résulte un son qui déplaît à l'oreille.

Ce mot cacophonie vient de deux mots Grecs ; , mauvais, & , voix, son.

Il y a cacophonie, sur-tout en vers, par la rencontre de deux voyelles : cette sorte de cacophonie se nomme hiatus ou bâillement, comme dans les trois derniers vers de ce quatrain de Pibrac, dont le dernier est beau :

Ne vas au bal qui n'aimera la danse,

Ni à la mer qui craindra le danger,

Ni au festin qui ne voudra manger,

Ni à la cour qui dira ce qu'il pense.

La rime, qui est une ressemblance de son, produit un effet agréable dans nos vers, mais elle nous choque en prose. Un auteur a dit que Xerxès transporta en Perse la bibliotheque que Pisistrate avoit faite à Athenes, où Seleucus Nicanor la fit reporter : mais que dans la suite Sylla la pilla : ces trois la font une cacophonie qu'on pouvoit éviter en disant, mais dans la suite elle fut pillée par Sylla. Horace a dit, aequam memento rebus in arduis servare mentem ; il y auroit eu une cacophonie si ce poëte avoit dit mentem memento, quoique la pensée eût été également entendue. Il est vrai que l'on a rempli le principal objet de la parole quand on s'est exprimé de maniere à se faire entendre : mais il n'est pas mal de faire attention qu'on doit des égards à ceux à qui l'on adresse la parole : il faut donc tâcher de leur plaire ou du moins éviter ce qui leur seroit desagréable & qui pourroit offenser la délicatesse de l'oreille, juge sévere qui décide en souverain, & ne rend aucune raison de ses décisions : Ne extremorum verborum cum insequentibus primis concursus, aut hiulcas voces efficiat aut asperas : quamvis enim suaves gravesque sententiae, tamen si inconditis verbis efferuntur, offendent, quarum est judicium superbissimum : quod quidem Latina lingua sic observat, nemo ut tam rusticus sit quin vocales nolit conjungere, Cic. Orat. c. 44. (F)

CACOPHONIE, s. f. bruit desagréable, qui résulte du mélange de plusieurs sons discordans ou dissonans. Voyez DISSONANCE, HARMONIE, &c. (O)


CAÇORLA(Géog.) ville d'Espagne, dans l'Andalousie ; sur le ruisseau de Véga, à deux lieues de la source du Guadalquivir, sur les frontieres du royaume de Grenade.


CACOUCHACS(Géog.) nation sauvage de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle France.


CACTONITES. f. (Hist. nat. Litholog.) cactonites ; pierre que quelques-uns prennent pour la sarde ou pour la cornaline. On a prétendu que son seul attouchement rendoit victorieux, & que prise dans la dose d'un scrupule elle mettoit à couvert des maléfices ; propriétés si fabuleuses, qu'à peine osons-nous en faire mention.


CAou CADILS, (Hist. anc.) signifie en hébreu une mesure de continence pour les liquides, une cruche, une barrique, un seau ; mais dans S. Luc, c. xvj. vers. 9. il se prend pour une certaine mesure déterminée. Combien donnez-vous à mon maître ? cent cades d'huile. Le Grec lit cent baths ; or le bath ou éphi contenoit vingt-neuf pintes, chopine, demi-septier, un poisson & un peu plus d'une mesure de Paris.


CADAHALSO(Géog.) petite ville d'Espagne, dans la nouvelle Castille.


CADALENSou CADELENS, (Géog.) ville de France dans l'Albigeois, au Languedoc.


CADAou KADAN, (Géog.) petite ville de Boheme, au cercle de Zatz, sur l'Egre.


CADARIEN(Hist. mod.) nom d'une secte mahométane. Les Cadariens sont une secte de Musulmans qui attribue les actions de l'homme à l'homme même, & non à un decret divin qui détermine sa volonté.

L'auteur de cette secte fut Mabedben-Kaled-al-Gihoni, qui souffrit le martyre pour défendre sa croyance : ce mot vient de l'arabe , kadara, pouvoir, Ben-Aun appelle les Cadariens, les Mages ou les Manichéens du Musulmanisme ; on les appelle autrement Motazales. (G)


CADASTRESS. m. (terme d'Aides ou de Finances) est un registre public pour l'assiette des tailles dans les lieux où elles sont réelles, comme en Provence ou en Dauphiné. Le cadastre contient la qualité, l'estimation des fonds de chaque communauté ou paroisse, & les noms des propriétaires. (H)

CADASTRE, (Commerce) est aussi le nom que les marchands de Provence & de Dauphiné donnent quelquefois au journal ou registre sur lequel ils écrivent chaque jour les affaires concernant leur commerce & le détail de la dépense de leur maison. Voyez JOURNAL & LIVRE. Dictionn. du Commerce, tom. II. pag. 19. (G)


CADAVRES. m. c'est ainsi qu'on appelle le corps d'un homme mort : il est des cas où ne pouvant procéder contre la personne d'un criminel, parce qu'il est mort avant que son procès pût lui être fait, on le fait au cadavre, s'il est encore existant, sinon à sa mémoire. Voyez les cas dans lesquels cette forme de procéder est usitée, au mot MEMOIRE.

Pour cet effet, le juge doit nommer un curateur au cadavre ou à la mémoire, lequel prête serment de bien & fidelement défendre le cadavre ou sa mémoire. Toute la procédure se dirige contre ce curateur, à l'exception du jugement définitif qui se rend contre le cadavre ou la mémoire du défunt.

Le curateur cependant peut interjetter appel du jugement rendu contre le défunt : il peut même y être obligé par quelqu'un des parens du défunt, lequel en ce cas est tenu d'avancer les frais pour ce nécessaires.

Et s'il plaît à la cour souveraine où l'appel est porté, de nommer un autre curateur que celui qu'avoient nommé les juges dont est appel, elle le peut. Voyez CURATEUR. (H)

La loi salique, dit l'illustre auteur de l'esprit des lois, interdisoit à celui qui avoit dépouillé un cadavre le commerce des hommes, jusqu'à ce que les parens acceptant la satisfaction du coupable, eussent demandé qu'il pût vivre parmi les hommes. Les parens étoient libres de recevoir cette satisfaction ou non : encore aujourd'hui, dit M. de Fontenelle, éloge de M. Littre, la France n'est pas sur ce sujet autant au-dessus de la superstition chinoise, que les anatomistes le desiroient. Chaque famille veut qu'un mort joüisse pour ainsi dire, de ses obseques, & ne souffre point, ou souffre très-rarement, qu'il soit sacrifié à l'instruction publique ; tout au plus permet-elle en certain cas qu'il le soit à son instruction, ou plûtôt à sa curiosité particuliere. M. de Marsollier raconte dans la vie de S. François de Sale, que ce saint encore fort jeune étant tombé dangereusement malade, vouloit léguer son corps par testament aux écoles de Medecine, parce qu'il étoit scandalisé de l'impiété des étudians qui déterroient les morts pour en faire la dissection. Il est pourtant nécessaire que les magistrats ferment jusqu'à un certain point les yeux sur cet abus, qui produit un bien considérable. Les cadavres sont les seuls livres où on puisse bien étudier l'Anatomie. Voyez ANATOMIE. (O)

* L'ouverture des cadavres ne seroit pas moins avantageuse aux progrès de la Medecine. Tel, dit M. de la Métrie, a pris une hydropisie enkistée dans la duplication du péritoine, pour une hydropisie ordinaire, qui eût toûjours commis cette erreur, si la dissection ne l'eût éclairé. Mais pour trouver les causes des maladies par l'ouverture des cadavres, il ne faudroit pas se contenter d'un examen superficiel ; il faudroit fouiller les visceres, & remarquer attentivement les accidens produits dans chacun & dans toute l'économie animale ; car un corps mort differe plus encore au-dedans d'un corps vivant, qu'il n'en differe à l'extérieur. La conservation des hommes & les progrès de l'art de les guérir, sont des objets si importans, que dans une société bien policée les prêtres ne devroient recevoir les cadavres que des mains de l'anatomiste, & qu'il devroit y avoit une loi qui défendit l'inhumation d'un corps avant son ouverture. Quelle foule de connoissances n'acquerroit-on pas par ce moyen ! Combien de phénomenes qu'on ne soupçonne pas & qu'on ignorera toûjours, parce qu'il n'y a que la dissection fréquente des cadavres qui puisse les faire appercevoir ! la conservation de la vie est un objet dont les particuliers s'occupent assez, mais qui me semble trop négligé par la société. Voyez les articles FUNERAILLES, BUCHER, SEPULCRE, TOMBEAU, &c.


CADDOR(Géog.) ville d'Asie dans l'Inde, au royaume de Brampour, dépendante du grand Mogol.

CADDOR, (Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne en Turquie à une épée dont la lame est droite, que les spahis sont dans l'usage d'attacher à la selle de leurs chevaux, & dont ils se servent dans une bataille au défaut de leurs sabres.


CADEAUS. m. (Art d'écrire) grand trait de plume dont les maîtres d'Ecriture embellissent les marges, le haut & le bas des pages, & qu'ils font exécuter à leurs éleves, pour leur donner de la fermeté & de la hardiesse dans la main.


CADÉES. f. (Hist. mod.) c'est ainsi qu'on nomme celle des trois ligues qui composent la république des Grisons, qu'on appelle autrement la ligue de la maison de Dieu. C'est la plus étendue & la plus puissante des trois ; elle renferme l'évêché de Coire, la vallée Engadine, & celle de Bregaille ou Prigel. Elle est alliée aux sept premiers cantons suisses depuis 1498 ; on y professe le Protestantisme. L'allemand est la langue de deux des onze grandes & vingt-une petites communautés dont la Cadée est composée : les autres parlent le dialecte italien, appellé le rhétique.


CADEGI(Hist. nat. bot.) arbre qui croît aux Indes & en Arabie, & qui a beaucoup de ressemblance avec celui qui porte la casse, mais dont la feuille est cependant plus longue & plus mince. On donne aussi le même nom à un autre arbre des Indes, qui a beaucoup de conformité avec un prunier ; son écorce est d'un brun foncé ; ses feuilles sont un peu plus longues que celles du poirier ; la fleur qu'il produit est blanche & pourpre, d'une odeur fort agréable, & le fruit ressemble aux poires de bergamotte.


CADEL-AVANACU(Hist. nat. bot.) espece de ricin qui croît au Bresil, fleurit, & porte fruit en Janvier & en Juillet ; c'est tout ce que Ray nous en apprend. Voyez dans le dictionn. de Medecine, ses propriétés, qui sont en grand nombre, & qui feroient desirer une meilleure description du cadel-avanacu : si elles étoient bien réelles.


CADENAC(Géog.) petite ville de France dans le Quercy, sur la riviere de Lot.


CADENATS. m. est une espece de petite serrure qui sert à fermer les malles, les coffres-forts, les cassettes, &c. Il y en a de différentes figures & de méchanisme différent ; mais on peut les renfermer tous sous trois classes, & dire que les uns sont à serrure, les autres à ressort, & les troisiemes à secret. Quant aux figures, il y en a de ronds, de longs, d'ovales, en écusson, en cylindre, en triangle, en balustre, en coeur, &c.

Les cadenats d'Allemagne ont toutes leurs pieces brasées.

Pour expliquer les cadenats, nous allons commencer par ceux en coeur, en triangle, & en boule. Ils ont une anse O N, fig. 3. & 4. Planche II. de Serrurerie, arrêtée par une goupille entre les deux oreilles qui forment la tête du palâtre. Cette anse, par un mouvement de charniere, va se rendre dans une ouverture pratiquée entre les deux oreilles opposées aux précédentes, où son extrémité, à laquelle on voir une encoche, rencontre un pêle I L soûtenu sur une coulisse K qu'elle pousse, & qui est repoussé dans l'encoche par un ressort à chien M qui est fixé sur le palâtre du cadenat : c'est ainsi que le cadenat se ferme de lui-même. Pour l'ouvrir, on a une clé dont le panneton vient s'appliquer en tournant de gauche à droite contre la queue L du pêle, qui est coudé en équerre, repousse le ressort, & fait sortir le pêle I de l'encoche de l'anse du cadenat, & alors le cadenat est ouvert.

Ces cadenats sont, comme on voit, composés d'un palâtre, d'une cloison, & d'une couverture, qui est le côté où entre la clé, pour le dehors ; & quant à la garniture de dedans ; c'est un pêle à queue coudé en équerre, & soûtenu sur une coulisse K avec un ressort à chien par derriere, & une broche qui entre dans le canon de la clé.

Autre cadenat en demi-coeur & à anse quarrée. Celui-ci a les mêmes parties au-dehors, mais aucune garniture en-dedans. Les deux extrémités de son anse, F G H, F G H, sont garnies sur deux faces, savoir celles qui regardent le ventre du cadenat, & celles qui se regardent sous l'anse, chacune d'un ressort en aile FG, FG, soudé sur les extrémités F, F, de l'anse. On fait entrer ces extrémités de l'anse avec ces ressorts dans les ouvertures E, E, qui sont entre les oreilles de dessus la tête du palâtre. Dans ce mouvement les ressorts FG, FG, se pressent contre les faces des extrémités de l'anse ; & se détendant ensuite dans l'intérieur du cadenat, au-delà du diametre des ouvertures, l'anse ne peut sortir d'elle-même, & le cadenat se trouve fermé. Pour l'ouvrir, on a une clé forée K I, dont le panneton est entaillé à ses deux extrémités, suivant la forme des bouts de l'anse. En tournant cette clé de gauche à droite, les deux parties entaillées du panneton pressent les deux ressorts de devant ; & la partie du panneton qui est restée entiere, & qui passe entre les deux autres ressorts qui se regardent entre les branches de l'anse, les presse en même tems : d'où il arrive qu'ils sont tous quatre appliqués sur les faces de l'extrémité de l'anse qui perd son arrêt, & lui permet de sortir.

Cadenat cylindrique à ressort à boudin, (fig. 7. même Planche). Ce cadenat a pour corps un cylindre creux, A B I, fermé par une de ses extrémités B, & garni à l'autre extrémité d'un guide immobile & brasé avec le corps, ou fixé par une goupille. Le corps porte à la même extrémité du guide où entre la clé, deux oreilles entre lesquelles se meut l'anse B 2, qui y est arrêtée par une goupille d'un bout ; & dont l'autre, terminée par une surface plate, quarrée, & percée dans son milieu d'un trou quarré, entre par une ouverture faite au corps dans sa cavité, à la partie opposée des oreilles : voilà toutes les parties extérieures. L'intérieur est garni d'un guide ou plaque circulaire E 5, percée pareillement d'un trou quarré, & soudée parallelement au guide, à très-peu de distance de l'ouverture qui reçoit l'extrémité de l'anse qui doit recevoir le pêle. Entre ces deux guides se pose un ressort à boudin HG 3, sur l'extrémité duquel est située une nouvelle plaque ou piece ronde G 3, & percée dans son milieu d'un trou quarré, dans lequel le pêle a F 6 est fixé. Ce pêle traverse le ressort à boudin, la piece ronde mobile dans laquelle il est fixé, l'autre piece ronde fixée dans le corps, & s'avance par un de ses bouts jusqu'au-delà de l'ouverture du cadenat, comme on voit en K L M 7. Son autre extrémité est en vis, & entre dans le guide du côté de l'anse : il est évident que dans cet état le cadenat est fermé. Pour l'ouvrir, on a une clé I 4, dont la tige est forée en écrou. Cet écrou reçoit la vis du pêle, tire cette vis, fait mouvoir le pêle, approcher la piece ronde à laquelle il est fixé, & sortir son extrémité de la piece ronde fixée dans le corps, & du trou quarré de l'auberon : alors le cadenat est ouvert. La piece ronde s'appelle picolet. Il est évident que quand on retire la clé, on donne lieu à l'action du ressort qui repousse le picolet mobile, & fait aller le bout du pêle de dessus le picolet fixe, dans l'auberon. Cette clé a un épaulement vers le milieu de sa tige ; cet épaulement l'empêche d'entrer, & contraint le ressort à laisser revenir le pêle.

Autre cadenat à cylindre, figure 6. Il est fermé par un de ses bouts, M ; l'autre, N, est ouvert. Le côté ouvert peut recevoir une broche D E F, qui a quatre ailes soudées par la pointe de la broche, & formant ressort. L'anse accrochée par un bout M ou B dans un anneau qui est à l'extrémité par laquelle entre la clé, a en son autre extrémité un auberon, C, percé d'un trou quarré & qui entre dans le cylindre qui forme le corps de cadenat. Lorsqu'on veut fermer le cadenat, on pousse la broche D E F par le côté ouvert du cylindre, & on la fait passer avec les ressorts E F à-travers l'auberon. Ces ressorts passent au-delà de l'auberon, s'ouvrent, forment un arrêt, & le cadenat est fermé. Pour l'ouvrir, on a une clé G H K garnie d'un auberon, qui reçoit la pointe de la broche, resserre les ressorts, & les ressorts sont serrés avant que l'auberon de la clé soit parvenu jusqu'à l'auberon de l'anse : cette clé ouvre le cadenat & chasse la broche.

Cadenat à serrure, fig. 2. même Planche. Il est composé, quant à la cage, d'un palâtre, d'un cloison, d'une couverture & d'une anse ; quant au-dedans, d'un pêle monté dans deux picolets fixés sur le palâtre ; un grand ressort à gorge, aussi monté sur le palâtre : au-dessous du pêle est un roüet simple, avec une broche, des étochios qui arrêtent la cloison entre le palâtre & la couverture, & fixent le tout ensemble. La cloison est ouverte en-dessus en deux endroits, dont l'un reçoit une des branches de l'anse allongée, & terminée par un bouton qui fixe sa course, l'empêche de sortir du cadenat, & dont l'autre reçoit l'autre branche de l'anse qui est plate, & qui a une entaille ou ouverture. Cette entaille reçoit le pêle, lorsque la clé tournant de droite à gauche, rencontre la gorge du ressort, le fait lever & échapper de son encoche, & pousse les barbes du pêle qui entre dans l'entaille de l'anse, & reçoit le ressort qui tombe dans une autre encoche qui empêche le pêle de reculer : alors le cadenat est fermé. Si l'on meut la clé en sens contraire, tout s'exécutera en sens contraire, & le cadenat sera ouvert.

On voit encore à ce cadenat un cache-entrée qui est fixé sur la couverture par deux vis, dont l'une est rivée, & l'autre peut sortir jusqu'à fleur du cache-entrée. L'utilité du cache-entrée est d'empêcher que l'eau n'entre dans le cadenat. La tête de la broche qui est sur le palâtre, est tout-à-fait semblable au cache-entrée.

Cadenat à secret, même Pl. Il est formé d'une plaque A B, au milieu de laquelle est rivé un canon C D ouvert par sa partie supérieure. Sur ce canon peuvent s'enfiler des plaques rondes, percées dans le milieu E, échancrées circulairement en F G H, & fendues en F. Une autre plaque I K porte fixée sur son milieu une broche L M faite en scie. Cette broche entre dans le canon C D, & traverse toutes les plaques F G H, de maniere pourtant que ses dents débordent par l'ouverture du canon, & sont reçûes dans les échancrures des plaques. Quand la broche L M avance dans le canon C D, l'extrémité Q d'une des moitiés de l'anse entre dans l'extrémité R de l'autre moitié. Si vous faites tourner les plaques F G H sur elles-mêmes, il est évident que les dents de la broche L M seront retenues par toutes les échancrures de ces plaques ; & qu'on ne pourra en faire sortir cette broche qu'en faisant mouvoir toutes les plaques, jusqu'à ce que toutes les fentes F de ces plaques se trouvent & dans la même direction, & dans la direction des dents de la broche : or s'il y avoit seulement six à sept plaques échancrées, il faudroit les tourner long-tems avant que le hasard fit rencontrer cette position unique. Mais, dira-t-on, comment ouvre-t-on donc ce cadenat ? c'est par le moyen de signes & de caracteres répandus en grand nombre sur toutes les circonférences des plaques enfilées. Il n'y a qu'une seule position de tous ces caracteres, qui donne aux plaques celle dans laquelle on peut faire sortir la broche du canon ; & il n'y a que le maître du cadenat qui connoisse cette position ; & qu'un géometre qui épuiseroit les combinaisons de tous les caracteres, & qui éprouveroit ces combinaisons de caracteres les unes après les autres, qui puisse rencontrer la bonne : mais par malheur cette espece de cadenat est à l'usage de gens dont l'humeur inquiete ne laisse guere aux autres le tems de faire un si grand nombre d'épreuves.


CADENCES. f. (Belles-Lettr.) Ce mot, dans le discours oratoire & la Poésie, signifie la marche harmonieuse de la prose & des vers, qu'on appelle autrement nombre, & que les anciens nommoient . Voyez NOMBRE, RYTHME, RMONIEONIE.

Quant à la prose, Aristote veut que sans être mesurée comme les vers, elle soit cependant nombreuse ; & Cicéron exige que l'orateur prenne soin de contenter l'oreille, dont le jugement, dit-il, est si facile à révolter, superbissimum aurium judicium. En effet, la plus belle pensée a bien de la peine à plaire, lorsqu'elle est énoncée en termes durs & mal arrangés. Si l'oreille est agréablement flattée d'un discours doux & coulant, elle est choquée quand le nombre est trop court, mal soûtenu, la chûte trop rapide ; ce qui fait que le style haché, si fort à la mode aujourd'hui, ne paroît pas être le style convenable aux orateurs : au contraire, s'il est traînant & languissant, il lasse l'oreille & la dégoûte. C'est donc en gardant un juste milieu entre ces deux défauts, qu'on donnera au discours cette harmonie toûjours nécessaire pour plaire, & quelquefois pour persuader ; & tel est l'avantage du style périodique & soûtenu, comme on peut s'en convaincre par la lecture de Cicéron.

Quant à la cadence des vers, elle dépend dans la poésie greque & latine, du nombre & de l'entrelacement des piés ou mesures périodiques, qui entrent dans la composition des vers, des césures, &c. ce qui varie selon les différentes especes de vers : & dans les langues vivantes, la cadence résulte du nombre de syllabes qu'admet chaque vers, de la richesse, de la variété & de la disposition des rimes. Voyez HARMONIE.

" Dans l'ancienne Poésie, il y a, dit M. Rollin, deux sortes de cadences : l'une simple, commune, ordinaire, qui rend les vers doux & coulans, qui écarte avec soin tout ce qui pourroit blesser l'oreille par un son rude & choquant ; & qui par le mélange de différens nombres & différentes mesures, forme cette harmonie si agréable, qui regne universellement dans tout le corps d'un poëme.

Outre cela, continue-t-il, il y a de certaines cadences particulieres, plus marquées, plus frappantes, & qui se font plus sentir ; ces sortes de cadences forment une grande beauté dans la versification, & y répandent beaucoup d'agrément, pourvû qu'elles soient employées avec ménagement & avec prudence, & qu'elles ne se rencontrent pas trop souvent. Elles sauvent l'ennui que des cadences uniformes, & des chûtes reglées sur une même mesure ne manqueroient pas de causer.... Ainsi la Poésie latine a une liberté entiere de couper ses vers où elle veut, de varier ses césures & ses cadences à son choix, & de dérober aux oreilles délicates les chûtes uniformes produites par le dactyle & le spondée, qui terminent les vers héroïques ".

Il cite ensuite un grand nombre d'exemples tous tirés de Virgile ; nous en rapporterons quelques uns.

1°. Les grands mots placés à propos forment une cadence pleine & nombreuse, sur-tout quand il entre beaucoup de spondées dans le vers :

Luctantes ventos tempestatesque sonoras

Imperio premit. Aeneid. I.

Ainsi le vers spondaïque a beaucoup de gravité :

Constitit, atque oculis Phrygia agmina circumspexit,

Un monosyllabe à la fin du vers lui donne de la force :

Haeret pes pede densusque viro vir. Aeneid. x.

Il y a des cadences suspendues propres à peindre les objets, telle que celle-ci :

Et frustra retinacula tendens,

Fertur equis auriga. Georg. I.

d'autres coupées, d'autres où les élisions font un très-bel effet. Les spondées multipliés sont propres à peindre la tristesse :

Extinctum nymphae crudeli funere Daphnim

Flebant. Eclog.

des dactyles au contraire, à marquer la joie, le plaisir :

Saltantes satyros imitabitur Alphesibaeus. Eclog. v.

Pour exprimer la douceur, on choisit des mots où il n'entre presque que des voyelles avec des consonnes douces & coulantes :

Devenere locos laetos & amaena vireta,

Fortunatorum nemorum sedesque beatas. Aeneid. VI.

La durée se peint par des rr, ou d'autres consonnes dures redoublées :

Ergo aegrè rastris terram rimantur. Georg. III.

la legereté par des dactyles :

Ergo ubi clara dedit sonitum tuba, finibus omnes,

Haud mora, prosiluere suis ; ferit aethera clamor.

Aeneid. v.

& la pesanteur par des spondées :

Illi inter sese magna vi brachia tollunt,

In numerum, versantque tenaci forcipe ferrum.

Georg. IV.

Dans d'autres cadences, un mot placé & comme rejetté à la fin, a beaucoup de grace :

Vox quoque per lucos vulgo exaudita silentes

Ingens. Georg. I.

Traité des Etudes, tom. prem. pag. 335. & suiv. (G)

CADENCE, en Musique, est la terminaison d'une phrase harmonique sur un repos ou sur un accord parfait, ou pour parler plus généralement, c'est tout passage d'un accord dissonant à un autre accord quelconque ; car on ne peut jamais sortir d'un accord dissonnant que par une cadence. Or comme toute phrase harmonique est nécessairement liée par des dissonances exprimées ou sous-entendues, il s'ensuit que toute l'harmonie n'est proprement qu'une suite de cadences.

Ce qu'on appelle acte de cadence résulte toûjours de deux sons fondamentaux, dont l'un annonce la cadence, & l'autre la termine.

Comme il n'y a point de dissonance sans cadence, il n'y a point non plus de cadence sans dissonance exprimée ou sous entendue ; car pour faire sentir agréablement le repos, il faut qu'il soit précédé de quelque chose qui le fasse desirer, & ce quelque chose ne peut être que la dissonance : autrement les deux accords étant également parfaits, on pourroit se reposer sur le premier ; le second ne s'annonceroit point, & ne seroit pas nécessaire : l'accord formé sur le premier son d'une cadence, doit donc toûjours être dissonant. A l'égard du second, il peut être consonnant ou dissonant, selon qu'on veut établir ou éluder le repos. S'il est consonnant, la cadence est pleine : s'il est dissonant, c'est une cadence évitée.

On compte ordinairement quatre especes de cadences : savoir, cadence parfaite, cadence interrompue, cadence rompue, & cadence irréguliere. Ce sont les noms que leur a donné M. Rameau.

1. Toutes les fois qu'après un accord de septieme, la basse fondamentale descend de quinte sur un accord parfait, c'est une cadence parfaite pleine, qui procede toûjours d'une dominante à une tonique : mais si la cadence est évitée par une dissonance ajoûtée à la seconde note, elle peut se faire derechef sur cette seconde note, & se continuer autant qu'on veut en montant de quarte, ou descendant de quinte sur toutes les cordes du ton, & cela forme une succession de cadences parfaites évitées. Dans cette succession qui est la plus parfaite de toutes, deux sons, savoir la septieme & la quinte, descendent sur la tierce & sur l'octave de l'accord suivant, tandis que deux autres sons, savoir la tierce & l'octave, restent pour faire la septieme & la quinte, & descendent ensuite alternativement avec les deux autres : ainsi une telle succession donne une harmonie descendante : elle ne doit jamais s'arrêter qu'à une dominante pour tomber ensuite par cadence pleine sur la tonique. Voyez Pl. I. de musique, fig. 1.

2. Si la basse fondamentale descend seulement de tierce, au lieu de descendre de quinte après un accord de septieme, la cadence s'appelle interrompue : celle-ci ne peut jamais être pleine : mais il faut nécessairement que la seconde note de cette cadence porte un autre accord de septieme : on peut de même continuer à descendre par tierce ou monter par sixtes, d'accords de septieme en accords de septieme, ce qui fait une seconde succession de cadences évitées, mais bien moins parfaite que la précédente ; car la septieme qui se sauve ici sur la tierce dans la cadence parfaite, se sauve ici sur l'octave, ce qui fait moins d'harmonie, & fait même sous-entendre deux octaves ; desorte que pour les éviter, on retranche ordinairement la dissonance, ou l'on renverse l'harmonie.

Puisque la cadence interrompue ne peut jamais être pleine, il s'ensuit qu'une phrase ne peut finir par elle, mais il faut recourir à la cadence parfaite pour faire entendre l'accord dominant. Voyez fig. 2.

La cadence interrompue forme encore par sa succession une harmonie descendante : mais il n'y a qu'un seul son qui descende ; les trois autres restent en place pour descendre successivement chacun à son tour. (Voyez même fig.) Quelques-uns prennent pour cadence interrompue un renversement de la cadence parfaite, où la basse après un accord de septieme, descend de tierce portant un accord de sixte : mais il est évident qu'une telle marche n'étant point fondamentale, ne sauroit constituer une cadence particuliere.

3. Cadence rompue est celle où la basse fondamentale, au lieu de monter de quarte après un accord de septieme, comme dans la cadence parfaite, monte seulement d'un degré. Cette cadence s'évite le plus souvent par une septieme sur la seconde note : il est certain qu'on ne peut la faire pleine que par licence ; car alors il y a nécessairement défaut de liaison. Voyez fig. 3.

Une succession de cadences rompues est encore descendante ; trois sons y descendent, & l'octave reste seule pour préparer la dissonance : mais une telle succession est dure, & se pratique très-rarement.

4. Quand la basse descend de quinte de la dominante sur la tonique, c'est, comme je l'ai dit, un acte de cadence parfaite : si au contraire la basse monte de quinte de la tonique sur la dominante, c'est un acte de cadence irréguliere, selon M. Rameau, ou de cadence imparfaite, selon la dénomination commune. Pour l'annoncer on ajoûte une sixte à l'accord de la tonique, d'où cet accord prend le nom de sixte ajoûtée. Voyez ACCORD. Cette sixte qui fait dissonance sur la quinte, est aussi traitée comme dissonance sur la basse fondamentale, & comme telle est obligée de se sauver en montant diatoniquement sur la tierce de l'accord suivant.

Il faut remarquer que la cadence irréguliere forme une opposition presqu'entiere à la cadence parfaite. Dans le premier accord de l'un & de l'autre on divise la quarte qui se trouve entre la quinte & l'octave par une dissonance qui y produit une nouvelle tierce ; cette dissonance doit aller se resoudre sur la tierce de l'accord suivant par une marche fondamentale de quinte. Voilà tout ce que ces deux cadences ont de commun : voici ce qu'elles ont de contraire.

Dans la cadence parfaite, le son ajoûté se prend au haut de l'intervalle de quarte auprès de l'octave, formant tierce avec la quinte, & produit une dissonance mineure qui se sauve en descendant ; tandis que la basse fondamentale monte de quarte, ou descend de quinte de la dominante à la tonique, pour établir un repos parfait. Dans la cadence irréguliere, le son ajoûté se prend au-bas de l'intervalle de quarte auprès de la quinte, & formant tierce avec l'octave, il produit une dissonance majeure qui se sauve en montant, tandis que la basse fondamentale descend de quarte, ou monte de quinte de la tonique à la dominante, pour établir un repos imparfait.

M. Rameau qui a parlé le premier de cette cadence, & qui en a admis plusieurs renversemens, nous défend dans son traité de l'Harmonie, pag. 117. d'admettre celui où le son ajoûté est au grave, portant un accord de septieme. Il a pris cet accord de septieme pour fondamental, desorte qu'il fait sauver une septieme par une autre septieme, une dissonance par une autre dissonance, par un mouvement semblable sur la basse fondamentale. Voyez fig. 4. Mais l'harmonie sous laquelle cet auteur a mis une telle basse fondamentale, est visiblement renversée d'une cadence irréguliere évitée par une septieme ajoûtée sur la seconde note, même figure ; & cela est si vrai, que la basse continue qui frappe la dissonance, est nécessairement obligée de monter diatoniquement pour la sauver, autrement le passage ne vaudroit rien. D'ailleurs M. Rameau donne dans le même ouvrage, pag. 272. un exemple d'un passage semblable avec la vraie basse fondamentale : on peut remarquer encore que dans un ouvrage postérieur, (Gener. Harm. pag. 186.) le même auteur semble reconnoître le véritable fondement de ce passage à la faveur de ce qu'il appelle le double emploi. Voyez DOUBLE EMPLOI. (S)

M. Rameau donne les raisons suivantes des dénominations qu'on a données aux différentes especes de cadence.

La cadence parfaite consiste dans une marche de quinte en descendant, & au contraire l'imparfaite consiste dans une marche de quinte en montant. En voici la raison : quand je dis ut, sol, sol est déjà renfermé dans ut, puisque tout son comme ut, porte avec sa douzieme, dont sol est l'octave. Ainsi quand on va d'ut à sol, c'est le son générateur qui passe à son produit, de maniere pourtant que l'oreille desire toûjours de revenir à ce premier générateur ; au contraire, quand on dit sol, ut, c'est le produit qui retourne au générateur, l'oreille est satisfaite, & ne desire plus rien. De plus dans cette marche, sol, ut, le sol se fait encore entendre dans ut, ainsi l'oreille entend à la fois le générateur & son produit ; au lieu que dans la marche ut, sol, l'oreille qui dans le premier son avoit entendu ut & sol, n'entend plus dans le second que sol sans ut. Ainsi le repos ou cadence de sol à ut est plus parfait que le repos ou cadence de ut à sol.

Il semble que dans les principes de M. Rameau, on peut encore expliquer l'effet de la cadence rompue & de la cadence interrompue : imaginons pour cet effet qu'après un accord de septieme sol si re fa, on monte diatoniquement par une cadence rompue à l'accord la ut mi sol, il est visible que cet accord est renversé de l'accord de sous-dominante ut mi sol la, ainsi la marche de cadence rompue équivaut à celle-ci sol si re fa, ut mi sol la, qui n'est autre chose qu'une cadence parfaite, dans laquelle ut au lieu d'être traité comme tonique, est rendu sous-dominante. Or toute tonique peut toûjours être rendue sous-dominante en changeant de mode. Voyez DOMINANTE, SOUS-DOMINANTE, BASSE FONDAMENTALE, &c.

A l'égard de la cadence interrompue, qui consiste à descendre d'une dominante sur une autre par l'intervalle de tierce en descendant, en cette sorte sol si re fa, mi sol si re, il semble qu'on peut encore l'expliquer : en effet le second accord mi sol si re, est renversé de l'accord de sous-dominante, sol si re mi ; ainsi la cadence interrompue équivaut à cette succession, sol si re fa, sol si re mi, où la note sol, après avoir été traitée comme dominante, est rendue sous-dominante en changeant de mode, ce qui est permis, & dépend du compositeur. Voyez MODE, &c. (O)

La cadence irréguliere se prend aussi de la sous-dominante à la tonique : on peut de cette maniere lui donner une succession de plusieurs notes, dont les accords formeront une harmonie, dans laquelle la sixte & l'octave montent sur la tierce & la quinte de l'accord suivant, tandis que la quinte & la tierce restent pour faire l'octave, & préparer la sixte, &c.

Nul auteur jusqu'ici n'a parlé de cette ascension harmonique, & il est vrai qu'on ne pourroit pratiquer une longue suite de pareilles cadences, à cause des sixtes majeures qui éloigneroient la modulation, ni même en remplir sans précaution toute l'harmonie. Mais enfin si les meilleurs ouvrages de Musique, ceux, par exemple, de M. Rameau, sont pleins de pareils passages ; si ces passages sont établis sur de bons principes, & s'ils plaisent à l'oreille, pourquoi n'en avoir pas parlé ? (S)

On pourroit au reste, ce me semble, observer que M. Rameau a parlé du-moins indirectement de cette sorte de cadence, lorsqu'il dit dans sa Génération harmonique, que toute sous-dominante doit monter de quinte sur la tonique, & que toute tonique peut être rendue à la volonté sous-dominante. Car il s'ensuit de-là qu'on peut avoir dans une basse fondamentale une suite de sous-dominantes qui vont en montant de quinte, ou en descendant de quarte, ce qui est la même chose. (O)

Il y a encore une autre espece de cadence que les Musiciens ne regardent point comme telle, & qui, selon la définition, en est pourtant une véritable ; c'est le passage de l'accord de septieme diminuée de la note sensible, à l'accord de la tonique ; dans ce passage il ne se trouve aucune liaison harmonique, & c'est le second exemple de ce défaut dans ce qu'on appelle cadence. On pourroit regarder les transitions enharmoniques comme des manieres d'éviter cette même cadence : mais nous nous bornons à expliquer ce qui est établi.

CADENCE se dit, en terme de chant, de ce battement de voix que les Italiens appellent trillo, que nous appellons autrement tremblement, & qui se fait ordinairement sur la pénultieme note d'une phrase musicale, d'où sans-doute il a pris le nom de cadence. Quoique ce mot soit ici très-mal adapté, & qu'il ait été condamné par la plûpart de ceux qui ont écrit sur cette matiere, il a cependant tout-à-fait prévalu ; c'est le seul dont on se serve aujourd'hui à Paris en ce sens, & il est inutile de disputer contre l'usage.

CADENCE, dans nos danses modernes, signifie la conformité des pas du danseur avec la mesure marquée par l'instrument : mais il faut observer que la cadence ne se marque pas toûjours comme se bat la mesure. Ainsi le maître de Musique marque le mouvement du menuet en frappant au commencement de chaque mesure ; au lieu que le maître à danser ne bat que de deux en deux mesures, parce qu'il en faut autant pour former les quatre pas de menuet. (S)

CADENCE, dans la Danse, se prend dans le même sens que mesure & mouvement en Musique : ainsi sentir la cadence, c'est sentir la mesure, & suivre le mouvement d'un air ; sortir de cadence, c'est cesser d'accorder ses pas avec la mesure & le mouvement d'une piece de musique. Les danseurs distinguent deux sortes de mesures ; une vraie & une fausse, & conséquemment deux sortes de cadences, l'une vraie & l'autre fausse. Exemple : dans le menuet la mesure vraie est la premiere mesure, & la seconde est la fausse ; & comme les couplets du menuet sont de huit ou de douze mesures, la vraie cadence est en commençant, & la fausse en finissant. La premiere se marque en frappant de la main droite dans la gauche ; & la seconde ou fausse cadence en levant, ce que l'on continue par deux tems égaux.

Le pié fait tout le contraire de la main. En effet, dans le tems que l'on releve sur la pointe du pié droit, c'est dans ce même tems que vous frappez ; ainsi on doit plier sur la fin de la derniere mesure ; pour se trouver à portée de relever dans le tems que l'on frappe.

La cadence s'exprime de deux manieres en dansant : 1°. les pas qui ne sont que pliés & élevés sont relevés en cadence. 2°. Ceux qui sont sautés doivent tomber en cadence. Il faut donc toûjours que les mouvemens la préviennent, & plier sur la fin de la derniere mesure, afin de se relever lorsqu'elle se doit marquer.

CADENCE, en terme de Manege, se dit de la mesure & proportion égale que le cheval doit garder dans tous ses mouvemens, soit qu'il manie au galop, ou terre à terre, ou dans les airs, ensorte qu'aucun de ses tems n'embrasse pas plus de terrein que l'autre, qu'il y ait de la justesse dans tous ses mouvemens, & qu'ils se soûtiennent tous avec la même égalité. Ainsi on dit qu'un cheval manie toûjours de la même cadence, qu'il suit sa cadence, ne change point sa cadence, pour dire qu'il observe régulierement son terrein, & qu'il demeure également entre les deux talons. Lorsqu'un cheval a la bouche fine, les épaules & les hanches libres, il n'a aucune peine d'entretenir sa cadence. Cheval qui prend une belle cadence sur les airs, sans se démentir, sans se brouiller ; qui manie également aux deux mains. (V)


CADENEen terme de Marine, est synonyme à chaîne.

Cadene de hauban ; ce sont des chaînes de fer, au bout desquelles on met un cap de mouton pour servir à rider les haubans.

On voit à chaque porte-hauban une cadene ou chaîne de fer, faite d'une seule barre recourbée, & qui surmonte. Il y a une corde qui est amarrée, & qui passant dans les trous du cap de mouton que la cadene environne, & qui servent comme de roüets, tient ferme les haubans & les fait rider, & contribue par ce moyen à l'affermissement du mât ; les cadenes sont tenues par de bonnes chevilles de fer. Celles des hunes sont fort longues, & sur-tout celles qui sont aux hunes des mâts d'avant & d'artimon, parce que les haubans des mâts, qui sont entés dessus, ne descendent pas jusqu'aux cercles de la hune. Il n'y a point de cadence à la hune de beaupré. Les cadenes qui sont aux porte-haubans font rider les haubans par le moyen des palanquins : mais les haubans des hauts-mâts ne se rident qu'avec des caps de mouton.

Il y a dans les grands porte-haubans deux longues barres de fer plates qui sont mobiles, & que l'on appelle pareillement cadenes : l'un sert à mettre le palang qui ride les grands haubans, & l'autre à descendre la chaloupe à la mer, ou à la haler à bord. (Z)


CADENET(Géog.) petite ville de France, en Provence, à cinq lieues d'Aix, près de la Durance.


CADEQUIou CADAQUEZ, (Géog.) port d'Espagne, en Catalogne, sur la mer Méditerranée.


CADES(Géog. sainte) ville de la tribu de Nephtali, située au haut d'une montagne, à l'occident du lac de Lamechon. Ce fut là que Jonathas, frere de Judas Macchabée, tua trois mille hommes à Demetrius Nicanor, avec une poignée de soldats.


CADÉS(Géog. sainte) ville dans le desert de Pharan & de Sin, qui est entre la terre promise, l'égypte, & l'Arabie. Ce fut là que Marie, soeur de Moyse mourut & fut enterrée. Il y avoit dans la Palestine d'autres villes du même nom.


CADESSIA(Géog.) ville d'Asie dans la province de l'Irac Babylonienne.


CADETS. m. (terme de relation) est synonyme à puîné, & se dit de tous les garçons nés depuis l'aîné.

Dans la coûtume de Paris les cadets des familles bourgeoises partagent également avec leurs aînés. Dans d'autres coûtumes les aînés ont tout ou presque tout. En Espagne, l'usage dans les grandes familles est qu'un des cadets prenne le nom de sa mere. (H)

CADET, (Art militaire) un officier est dit le cadet d'un autre de même fonction que lui, lorsque sa commission est plus nouvelle ; il n'importe qu'il soit plus âgé ou qu'il eût beaucoup plus de service dans un autre grade.

CADETS ; se dit aussi, dans l'art militaire, de plusieurs compagnies de jeunes gentilshommes que Louis XIV. avoit créé en 1682, pour leur faire donner toutes les instructions nécessaires à un homme de guerre. Le roi payoit pour chaque compagnie un maître de mathématique, un maître à dessiner, un maître de langue allemande, un maître à danser, & deux maîtres d'armes.

Cet établissement dura dix ans dans sa vigueur : mais les grandes guerres que le roi eut sur les bras après la ligue d'Augsbourg, l'obligerent à retrancher les dépenses qui n'étoient pas absolument nécessaires, & l'on pensa à se décharger de celles qui se faisoient pour les cadets. On avoit déjà commencé à ne pas admettre gratuitement ceux qui se présentoient. Il falloit cautionner pour eux cinquante écus de pension, & ils étoient obligés d'aller prendre leurs lettres à la cour. Ces frais en rebuterent beaucoup, altérerent même l'établissement, en ce que plusieurs qui n'étoient pas gentilshommes étoient reçûs à ces conditions, pourvû qu'ils fussent de bonne famille & vivant noblement. Enfin, après 1692 on cessa de faire des recrues, & peu-à-peu dans l'espace de deux ans ces compagnies furent anéanties.

Le Roi a rétabli plusieurs compagnies de cadets en 1726, mais elles ont été reformées lors de la guerre de 1733.

CADETS D'ARTILLERIE, sont de jeunes gens de famille, que le grand-maître reçoit pour les faire instruire dans les écoles d'Artillerie, & les mettre par-là en état de se rendre capables de devenir officiers. Voyez ÉCOLES D'ARTILLERIE.

On appelle encore cadets, dans les troupes, de jeunes gentilshommes qui font un service comme les cavaliers & soldats, en attendant qu'ils ayent pû obtenir le grade d'officier. (Q)


CADI(Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne aux juges des causes civiles chez les Sarrasins & les Turcs. On peut cependant appeller de leurs sentences aux juges supérieurs.

Ce mot vient de l'Arabe, kadi, juge. D'Herbelot écrit cadhi.

Le mot cadi, pris dans un sens absolu, dénote le juge d'une ville ou d'un village ; ceux des provinces s'appellent molla ou moulas, quelquefois moula-cadis ou grand-cadis. (G)


CADIAR(Géog.) riviere d'Espagne, au royaume de Grenade, qui se jette dans la Méditerranée près de Salobrena.


CADIER(LA) ; Géog. petite ville de France, en Provence, à trois lieues de Toulon.


CADILESQUEou CADILESQUIER, sub. m. (Hist. mod.) chef de la justice chez les Turcs. Voyez CADI.

Ce mot est arabe, composé de kadi, juge, & aschar, & avec l'article al, alaschar, c'est-à-dire armée, d'où s'est formé kadilascher, juge d'armée parce que d'abord il étoit juge des soldats. D'Herbelot écrit cadhi-lesker ou cadhiasker.

Chaque cadilesquier a son district particulier ; d'Herbelot n'en compte que deux dans l'empire, dont l'un est le cadilesquier de Romanie, c'est-à-dire d'Europe, & le second d'Anatolie ou d'Asie. M. Ricaut en ajoûte un troisieme, qu'il appelle cadilesquier du Caire.

Le cadilesquier d'Europe & celui d'Asie sont subordonnés au reis effendi, qui est comme le grand chancelier de l'empire. Voyez REIS EFFENDI. (G)


CADILLACpetite ville de France, en Guienne dans le Basadois, proche la Garonne, à 4 lieues de Basas.


CADISS. m. (Commerce) petite étoffe de laine croisée, ou serge étroite & legere, qui n'a qu'une demi-aune moins 1/12 de large, sur 30 à 31 aunes de long. Il s'en fabrique beaucoup dans le Gévaudan & les Cévennes. Elle est exceptée par les reglemens du nombre de celles qu'il est défendu de teindre en rouge avec le bresil, à moins qu'elles n'ayent une demi-aune de large.

On donne encore le nom de cadis à une autre espece d'étoffe de laine fine croisée & drapée, d'une demi-aune de large, & dont les pieces portent depuis 38 jusqu'à 42 aunes. Ces derniers cadis se fabriquent particulierement en Languedoc. On appelle cadis ras, ceux qui ont la croisure déliée & peu de poil ; on nous les envoye à Paris en blanc & en noir. Les religieux en consomment beaucoup.


CADISADELITESS. m. pl. (Hist. mod.) nom d'une secte musulmane. Les Cadisadelites sont une espece de Stoïciens Mahométans, qui fuient les festins & les divertissemens, & qui affectent une gravité extraordinaire dans toutes leurs actions.

Ceux des Cadisadelites qui habitent vers les frontieres de Hongrie & de Bosnie, ont pris beaucoup de choses du Christianisme qu'ils mêlent avec le Mahométisme. Ils lisent la traduction Esclavonne de l'évangile, aussi-bien que l'alcoran, & boivent du vin, même pendant le jeune du Ramasan.

Mahomet, selon eux, est le S. Esprit qui descendit sur les apôtres le jour de la Pentecôte. Ils pratiquent la circoncision comme tous les autres Musulmans, & se servent pour l'autoriser de l'exemple de Jesus-Christ, quoique la plûpart des Turcs & des Arabes se fondent bien davantage sur celui d'Abraham. (G)


CADISÉadj. (Commerce) On désigne par cette épithete une espece de droguets croisés & drapés, dont les chaînes sont de 48 portées, & chaque portée de 16 fils, & qui ont, tout apprêtés, une demi-aune de large & 40 aunes de long. Ils se fabriquent en plusieurs endroits du Poitou.


CADIX(Géog. anc. & mod.) ville d'Espagne, en Andalousie, avec bon port. Cette ville bâtie par les Phéniciens, est grande, fort riche, & très-commerçante : elle est dans une petite île, à 8 lieues de Medina Sidonia, & à 18 de Gibraltar. Long. 12. lat. 36. 25. Les anciens l'ont nommée Gades & Gadira.


CADMIES. f. (Chimie & Métallurgie) c'est une substance semi-métallique, arsénicale, sulphureuse, & alkaline, qui s'attache comme une croûte aux parois des fourneaux où l'on fait la premiere fonte de certains minéraux. On la nomme cadmia fornacum, cadmie des fourneaux, pour la distinguer de la pierre calaminaire, qu'on appelle quelquefois cadmia fossilis, cadmie fossile. Voyez l'article CALAMINE. En effet elle en a toutes les propriétés. La vraie différence qui se trouve entre ces deux substances, c'est que la pierre calaminaire est une production de la nature, au lieu que la cadmie des fourneaux en est une de l'art.

Il semble que les auteurs qui ont écrit sur la cadmie, loin de chercher à nous la faire connoître d'une façon distincte, se sont étudiés à obscurcir l'idée qu'on pouvoit s'en former. En effet, à quoi peut on attribuer les différens noms inutiles, empruntés du grec & de l'arabe, dont ils se sont servis pour la défigurer ? On trouve dans différens ouvrages cette matiere désignée sous les noms de capnites, diphryges, spodium, ostracites, botryites, catimia, climia, &c. qui tous doivent signifier la cadmie des fourneaux, & qui ne marquent cependant dans leur étymologie que la figure différente qu'elle prend, & la place qu'elle occupe dans le fourneau. C'est encore plus mal-à-propos qu'on la trouve dans quelques auteurs confondue avec d'autres substances, avec qui elle n'a que certains points de conformité, telles que la tutie, le pompholix, & le nihilum. Voyez ces articles. On a cru devoir se récrier contre cette erreur & cet abus de mots, sur-tout attendu les suites fâcheuses qui peuvent en résulter. En voici un exemple frappant. On sait que la tutie passe pour un bon remede contre les maux d'yeux, & que le pompholix est employé pour dessécher les plaies : où en seroit-on, si au lieu de ces remedes on employoit à cet usage la cadmie, qui est presque toûjours mêlée de parties arsénicales.

Il y a différentes sortes de cadmies ; c'est la diversité des minéraux, dont les vapeurs les produisent, qui en font la différence. On en voit qui s'élevent sous la forme d'une farine legere, d'autres sous celle d'une pierre compacte, & cependant friable ; tandis qu'une autre est legere, feuilletée, & spongieuse. La couleur ne laisse point d'en varier comme la figure ; elle est tantôt d'un bleu d'ardoise, tantôt brune, & tantôt elle tire sur le jaune. Enfin il y a de la cadmie qui a la propriété de jaunir le cuivre de rosette ; celle qui a cette qualité, en est redevable au zinc qui lui communique sa volatilité : la preuve est qu'on peut aisément tirer ce demi-métal de la cadmie. Celle qui ne jaunit point le cuivre, ne peut point être appellée une vraie cadmie ; ce n'est autre chose qu'une fumée condensée, dont jusqu'à présent on n'a pû découvrir l'usage.

De toutes les cadmies, la meilleure & la plus usitée est celle de Goslar dans le duché de Brunswick : il y a dans le voisinage de cette ville plusieurs fonderies où l'on travaille des mines de plomb qui sont entremêlées de quelque chose de terrestre, qu'on peut, selon M. Marggraf, à la simple vûe, distinguer de ses autres parties, & qui n'est autre chose que de la calamine, où par conséquent il se trouve du zinc ; dans la fonte une partie s'en dissipe en fumée, & l'autre demeure attachée comme un enduit aux parois des fourneaux. M. Stahl dit qu'anciennement on jettoit cet enduit comme inutile avec les scories : mais depuis qu'on a trouvé à le vendre à ceux qui font le cuivre de laiton, on le recueille avec soin, & même on a la précaution d'humecter de tems en tems, avec un peu d'eau, la partie antérieure du fourneau vis-à-vis des tuyeres, qu'on appelle ordinairement la chemise, afin qu'il s'y forme davantage de cadmie. Cette partie antérieure ou chemise, est faite avec des tables ou plaques de pierre fort minces, néanmoins capables de résister au feu. Quand après la fonte on les ôte des fourneaux, on en détache à coups de ciseau la cadmie qui s'y est attachée. Elle est d'une couleur d'ardoise, ou d'un gris tirant sur le jaune. C'est-là la matiere dont on se sert en bien des endroits d'Allemagne pour faire le cuivre de laiton ; on la préfere même à la calamine. Nous allons en donner le procédé.

Lorsqu'on a détaché la cadmie, on la laisse exposée pendant long-tems, quelquefois même pendant deux ou trois ans, aux injures de l'air : on prétend que cela la rend beaucoup meilleure, parce que par-là elle devient moins compacte & plus friable. On la torréfie dans des fourneaux faits exprès ; on la réduit en une poudre très-fine, qu'on passe au tamis : on en mêle une partie avec deux parties de charbon pilé ; on unit bien exactement ces deux matieres toutes seches ; on y verse de l'eau ; d'autres veulent que ce soit de l'urine, & qu'on y joigne un peu d'alun ; ils prétendent que cela contribue à donner une plus belle couleur au laiton : on remue bien tout le mélange, & on y ajoûte du sel marin. Voilà la préparation qu'on donne à la cadmie de Goslar. Lorsqu'on veut en faire du laiton, on a pour cela des fourneaux ronds enfoncés en terre, qui sont percés de plusieurs trous par le bas ; pour que le vent puisse y entrer & faire aller le feu ; on met dans chaque fourneau huit creusets à-la-fois, & lorsqu'ils sont échauffés, on y met le mélange qu'on vient de dire, de charbon & de cadmie ; de façon que quarante-six livres de ce mélange se trouvent également reparties dans les huit creusets : on met ensuite dans chaque creuset huit livres de cuivre en morceaux ; on les remet au fourneau, & on les laisse exposés à un feu violent pendant neuf heures : au bout de ce tems, on prend un des creusets pour examiner si la fonte s'est bien faite ; on le remet, & on laisse le tout encore une heure au feu, & enfin on vuide les creusets dans des lingotieres, où on coule le cuivre de laiton en tables. Il y a des gens qui sont dans l'usage de remettre le laiton encore une fois au fourneau, & qui prétendent par-là lui donner une plus belle couleur : mais il n'y a point de profit à le faire. Le cuivre dans l'opération que nous venons de décrire, acquiert près d'un tiers de son poids : en effet, si avant la fonte on répartit soixante-quatre livres de cuivre dans les huit creusets, on aura à la fin de l'opération quatre-vingt-dix livres de laiton. Voilà suivant Lazare Ercker, la maniere dont se fait le cuivre de laiton dans plusieurs endroits d'Allemagne, comme dans le Hartz, dans le pays de Hesse, & près de la ville de Goslar.

On peut tirer du zinc de la cadmie des fourneaux, comme de la cadmie fossile ou calamine. Voyez l'article ZINC. Cette substance fait comme elle effervescence dans les acides. M. Swedenborg dit, que si on fait dissoudre la cadmie dans l'esprit de vinaigre, elle donne une couleur jaune ; si on fait évaporer à siccité ce dissolvant, on trouve au fond du vase un précipité ou une chaux qui a la forme de petites étoiles inscrites dans un cercle, & dont tous les rayons sont à une distance égale les uns des autres. (-)


CADODACHEou CADODAQUIOS, (Géog.) peuple sauvage de la Loüisiane, dans l'Amérique septentrionale.


CADORou PIEVE DI CADORE, (Géog.) petite ville d'Italie dans l'état de Venise, au petit pays de Cadorino, ainsi appellé de son nom.


CADOROUSou CADEROUSSE, (Géog.) petite ville de France dans la principauté d'Orange, à l'endroit où l'Argente tombe dans le Rhone.


CADRAou CADRAN SOLAIRE, (Ordre encyclopédique. Entend. Raison. Philosophie ou Science. Science de la nature. Mathématiques. Mathématiques mixtes. Astronomie géométrique. Gnomonique, ou Art de faire des Cadrans.) c'est une surface sur laquelle on trace certaines lignes qui servent à mesurer le tems par le moyen de l'ombre du soleil sur ces lignes. Voyez TEMS & OMBRE.

Les anciens donnoient aussi aux cadrans le nom de sciatériques, parce que l'ombre, , sert à y marquer les heures.

On définit plus exactement le cadran, la description de certaines lignes sur un plan, ou sur la surface d'un corps donné, faite de telle maniere que l'ombre d'un style, ou les rayons du soleil passant à-travers un trou pratiqué au style, tombent sur de certains points à certaines heures. Voyez STYLE.

La diversité des cadrans solaires vient de la différente situation des plans & de la différente figure des surfaces sur lesquelles on les décrit : c'est pourquoi il y a des cadrans équinoctiaux, horisontaux, verticaux, polaires, directs, élevés, déclinans, inclinans, réclinans, cylindriques, &c. Voy. PLAN, GNOMONIQUE.

Pour montrer l'heure sur la surface des cadrans, on y met deux sortes de styles : l'un appellé droit, qui consiste en une verge pointue, laquelle par son extrémité & par la pointe de son ombre, marque l'heure ou partie d'heure qu'il est. Au lieu de ces verges on peut se contenter d'une plaque de métal, élevée parallelement au cadran, & percée d'un trou par où passe l'image du soleil : ce trou représente l'extrémité supérieure de la verge, comme on le voit à presque toutes les méridiennes. Voy. MERIDIENNE. L'autre espece de style est nommé style oblique ou incliné, ou bien axe, & montre l'heure par une ombre étendue.

Le bout du style droit de tous les cadrans représente le centre du monde, & par conséquent aussi le centre de l'horison, de l'équateur, des méridiens, des verticaux, &c. en un mot de tous les grands cercles de la sphere. Le plan du cadran est supposé éloigné du centre de la terre d'une quantité égale à la longueur du style droit.

En effet la distance du soleil au centre de la terre est si grande, que l'on peut regarder tous les points de la superficie de la terre que nous habitons, comme s'ils étoient réunis au centre sans que l'on puisse s'appercevoir que la différence de leur distance réciproque, qui est tout au plus le diametre de la terre, apporte aucun changement sensible au mouvement journalier du soleil autour du centre de la terre ou autour d'une ligne qui représente ce centre, & que l'on nomme l'axe du monde. C'est pourquoi l'extrémité du style de tous les cadrans peut être prise pour le centre de la terre, & la ligne parallele à l'axe du monde qui passe par l'extrémité de ce style, peut être considérée comme l'axe du monde.

Les lignes horaires que l'on trace sur les plans des cadrans sont la rencontre des cercles horaires, c'est-à-dire des méridiens où le soleil se trouve aux différentes heures, avec le plan du cadran.

Le centre du cadran est la rencontre de sa surface avec l'axe du cadran qui passe par l'extrémité du style & qui est parallele à l'axe du monde. Toutes les lignes horaires se rencontrent au centre du cadran ; d'où il s'ensuit qu'une ligne tirée par l'extrémité du style & par le point de rencontre des lignes horaires, est parallele à l'axe du monde.

Tous les plans des cadrans peuvent avoir un centre, excepté ceux dont le plan est placé de maniere qu'il soit parallele à l'axe du monde ; car alors la ligne tirée par l'extrémité du style parallelement à cet axe, est parallele au plan du cadran, & par conséquent elle ne rencontre point ce plan : ainsi le cadran n'a point alors de centre, & les lignes horaires ne se rencontrent point ; par conséquent elles sont paralleles.

La verticale du plan du cadran est une ligne qui passant par l'extrémité du style, rencontre perpendiculairement ce plan, & y détermine le pié ou le lieu du style. On appelle hauteur du style, la distance du pié du style à sa pointe.

La ligne horisontale est une ligne parallele à l'horison, qui est la rencontre du plan du cadran avec un plan horisontal. qu'on imagine passer par la pointe ou par le pié du style.

La verticale du lieu est à ligne droite, qui passant par le pié du style, est perpendiculaire à l'horison.

On appelle encore verticale, celle des lignes d'un cadran, qui passant par le pié du style, est perpendiculaire à la ligne horisontale : cette ligne est la section que fait avec la surface du cadran, le cercle vertical qui lui est perpendiculaire.

Il y a aussi deux méridiennes, dont l'une est la méridienne propre du plan ou la soûstylaire, parce que son cercle qui est un des méridiens, passe par la verticale du plan, & par conséquent par le pié du style ; l'autre qui est la méridienne du lieu, a son cercle méridien qui passe par la verticale du lieu.

Lorsque le cadran ne décline point vers l'orient ou vers l'occident, c'est-à-dire qu'il regarde directement le nord ou le midi, ces deux méridiennes se confondent.

La ligne équinoctiale est la section ou rencontre du plan du cadran avec le plan de l'équinoctial ou de l'équateur : cette ligne est toûjours d'équerre avec la soûstylaire.

Le point où se rencontrent la soûstylaire & la méridienne, est le centre du cadran ; car le centre du cadran est déterminé par la rencontre de deux lignes qui soient les sections du plan du cadran avec deux méridiens. Or la soûstylaire & la méridienne sont les sections du plan du cadran avec deux méridiens : ainsi le point où ces deux lignes se rencontrent, doit être le centre. Ces principes posés, nous allons enseigner la description des principaux cadrans. Voyez Bion, description des instrumens de mathématique.

Les cadrans se distinguent quelquefois en deux especes.

Les cadrans de la premiere espece sont ceux qui sont tracés sur le plan de l'horison, & que l'on appelle cadrans horisontaux ; ou bien perpendiculaires à l'horison sur les plans du méridien ou du premier vertical, & qui sont appellés cadrans verticaux ; au nombre desquels on met aussi ordinairement ceux que l'on trace sur des plans polaires & équinoctiaux quoiqu'ils ne soient ni horisontaux ni verticaux.

Les cadrans de la seconde espece sont ceux qui sont tracés sur des plans déclinans, ou inclinés, ou reclinés, ou déinclinés. On trouvera dans la suite de cet article les explications d e tous ces mots.

Le cadran équinoctial se décrit sur un plan équinoctial, c'est-à-dire sur un plan qui représente l'équateur. Voyez EQUINOCTIAL & EQUATEUR.

Un plan oblique à l'horison s'incline d'un côté & fait un angle aigu avec l'horison, ou se renverse en arriere en faisant un angle obtus : on appelle ce dernier un plan réclinant ; si sa réclinaison est égale au complément de la latitude du lieu, il se trouve dans le plan de l'équinoctial : ainsi un cadran tracé dessus, prend le nom de cadran équinoctial.

Les cadrans équinoctiaux se distinguent ordinairement en supérieurs, qui regardent le zénith, & en inférieurs qui regardent le nadir.

Or comme le soleil n'éclaire que la surface supérieure d'un plan équinoctial, quand il est sur notre hémisphere ou du côté septentrional de l'équateur, un cadran équinoctial supérieur ne marquera les heures que dans les saisons du printems & de l'été.

De même, comme le soleil n'éclaire que la surface inférieure d'un plan équinoctial, quand il est dans l'hémisphere méridional ou de l'autre côté de l'équateur, un cadran équinoctial inférieur ne marquera les heures qu'en automne & en hyver.

C'est pourquoi afin d'avoir un cadran équinoctial qui serve pendant toute l'année, il faut joindre ensemble le supérieur & l'inférieur, c'est-à-dire qu'il faut tracer un cadran sur chaque côté du plan.

Et puisque le soleil luit pendant tout le jour sur l'un ou l'autre côté d'un plan équinoctial, un cadran de cette espece marquera toutes les heures d'un jour quelconque.

Tracer géométriquement un cadran équinoctial. Le cadran équinoctial est le premier, le plus aisé & le plus naturel de tous : mais la nécessité de le faire double, est cause que l'on n'en fait pas un grand usage. Néanmoins comme sa construction fait entendre celle des cadrans des autres especes, & qu'elle fournit même une bonne méthode de les tracer, nous allons en enseigner ici la pratique.

1°. Pour décrire un cadran équinoctial supérieur d'un centre C (Pl. I. de Gnomon. fig. 4.) décrivez un cercle A B D E, & par deux diametres A D & B E, qui s'entre-coupent à angles droits, divisez ce cercle en quatre quarts A B, B D, D E, & E A ; subdivisez chaque quart en six parties égales par les lignes droites C 1, C 2, C 3, &c. ces lignes seront les lignes horaires. Au centre C attachez un style perpendiculaire au plan A B D E.

Après que le cadran a été ainsi tracé, disposez-le de maniere qu'il soit parallele au plan de l'équateur, que la ligne C 12 soit dans le plan du méridien, & que le point A regarde le sud ou le midi ; l'ombre du style marquera les heures avant & après midi.

Car les cercles horaires divisent l'équateur en arcs de quinze degrés (voyez EQUATION DU TEMS) ; par conséquent le plan A B D E étant supposé dans le plan de l'équateur, les cercles horaires diviseront pareillement le cercle A B D E en arcs de quinze degrés chacun. C'est pourquoi puisque les angles 12 C 11, 11 C 10, 10 C 9, &c. sont supposés chacun de 15 degrés, les lignes C 12, C 11, C 10, C 9, sont les intersections des cercles horaires avec le plan de l'équinoctial.

De plus, puisque le style qui passe par le centre C représente l'axe du monde, & qu'il est outre cela le diametre commun des cercles horaires ou méridiens, son ombre couvrira la ligne horaire C 12, quand le Soleil sera dans le méridien ou dans le cercle de douze heures ; la ligne C 11, quand il sera dans le cercle de onze heures ; la ligne C 10, quand il sera dans le cercle de dix heures.

Pour disposer le plan du cadran parallelement au plan de l'équateur, il ne faut qu'avoir un triangle rectangle de bois dont l'angle oblique à la base soit égal à l'élévation de l'équateur, (par exemple, 41d 10' pour Paris) & d'appliquer le plan du cadran à l'hypoténuse ou grand côté de ce triangle, dont on placera la base horisontalement ; & pour mettre la ligne A D dans la direction de la méridienne, il faut savoir trouver la méridienne. Voyez LIGNE MERIDIENNE.

2°. Pour décrire un cadran équinoctial inférieur, la méthode n'est pas différente de celle que nous venons de suivre pour tracer le supérieur, excepté que l'on ne doit pas tracer les lignes horaires au-delà de la ligne de six heures ; parce que ces cadrans ne peuvent servir qu'en autonne & en hyver, où les jours ne passent pas six heures.

3° Pour décrire un cadran équinoctial universel, joignez deux plans de métal ou d'ivoire A B C D & C D E F (fig. 5.), qui soient mobiles à l'endroit où ils se joignent : sur la surface supérieure du plan A B C D, décrivez un cadran équinoctial supérieur, & un inférieur sur la surface inférieure, ainsi qu'on l'a déjà enseigné, & placez un style au centre I : placez une boîte G dans le plan D E F C, & mettez-y une aiguille aimantée : ajustez sur le même plan un quart de cercle de cuivre A E bien exactement divisé, & qui passe par un trou fait au plan A B C D : cela posé, moyennant l'aiguille aimantée, on peut placer le plan A B C D de maniere que la ligne I 12 soit dans le plan du méridien ; & par le moyen du quart de cercle, on peut le disposer de maniere que l'angle B C F soit égal à l'élévation de l'équateur. On pourra donc se servir de ce cadran en quelqu'endroit du monde que ce soit. Il est à remarquer que le jour de l'équinoxe, les cadrans équinoctiaux ne marquent point l'heure ? parce qu'ils ne sont point éclairés par le Soleil, qui ces jours-là est dans le plan de l'équateur.

Le cadran horisontal est celui qui est tracé sur un plan horisontal ou parallele à l'horison. Voyez HORISON.

Puisque le Soleil peut éclairer un plan horisontal pendant toute l'année, lorsqu'il est au-dessus de l'horison : un cadran horisontal peut montrer toutes les heures du jour pendant toute l'année ; ainsi l'on ne sauroit avoir un cadran plus parfait.

Tracer géométriquement un cadran horisontal. Tirez une ligne méridienne A B (fig. 6.) sur le plan immobile donné. Ou tracez-là à volonté sur un plan immobile. Voyez LIGNE MERIDIENNE.

D'un point pris à volonté, comme C, élevez une perpendiculaire C D, & faites l'angle C A D égal à l'élévation du pole. En D faites un autre angle C D E égal aussi à l'élévation du pole, & tirez la ligne droite D E qui rencontre A B en E. Ensuite faites E B = E D, & du centre B avec le rayon E B, décrivez un quart de cercle E B F, & divisez-le en six parties égales. Par E tirez la ligne droite G H, qui coupe A B à angles droits. Du centre B par les divisions du quart de cercle E F tirez les lignes droites B a, B b, B c, B d, B H, qui rencontrent la ligne G H aux points a, b, c, d, H. Du point E sur la ligne droite E G portez les intervalles E a, E b, &c. c'est-à-dire portez E a de E en e, E b de E en f, E c de E en g, &c. Du centre A décrivez un petit cercle, & mettant une petite regle sur le point A & sur les différens points de division a, b, c, d, H, & f, g, h, G, tirez les lignes A 1, A 2, A 3, A 4, A 5 & A 11, A 10, A 9, A 8, A 7. Par le point A tirez une ligne droite 6 6, perpendiculaire à la ligne A B. Prolongez la ligne droite A 7, au-delà du petit cercle jusqu'en 7, A 8 jusqu'en 8, A 5 jusqu'en 5, A 4 jusqu'en 4. Autour de tout le plan, tracez un quarré, un cercle, ou un ovale. Enfin au point A fixez un style, qui fasse avec le méridien A B un angle égal à l'élévation du pole : ou bien élevez en C un style perpendiculaire égal à C D ; ou bien sur la ligne A E placez un triangle A D E perpendiculaire au plan du cadran.

Les lignes A 11, A 10, A 9, &c. sont les lignes horaires d'avant midi ; & les lignes A 1, A 2, A 3, &c. sont celles d'après midi. Et l'ombre des styles dont on a parlé ci-dessus, tombera à chaque heure sur les lignes horaires respectives.

Si on s'est contenté de tracer à volonté la ligne méridienne, & de décrire ensuite toutes les lignes du cadran, ce qui n'est permis que quand le plan du cadran est mobile, il faut alors orienter le cadran de maniere que la ligne méridienne qu'on y a tracée se trouve dans le plan du méridien : on peut en venir à bout par différens moyens, entr'autres par le moyen de la boussole : mais cette méthode n'est pas extrèmement exacte, parce que la déclinaison de l'aiguille aimantée varie ; ainsi il vaut mieux tracer géométriquement la méridienne sur un plan horisontal immobile.

Décrire un cadran horisontal trigonométriquement. Dans les grands cadrans, où l'on a besoin de la plus grande exactitude, il vaut mieux se passer des lignes géométriques, & déterminer les lignes du cadran par un calcul trigonométrique. M. Clapiès, dans les Mémoires de l'académie royale des Sciences, pour l'année 1707, nous a donné un moyen très-aisé & très-expéditif de calculer les lignes horaires : nous rapporterons ses regles ou ses analogies pour chaque espece de cadran dont nous aurons à parler.

Pour le cadran horisontal : l'élévation du pole du lieu étant donnée, trouver les angles que les lignes horaires font avec le méridien, au centre du cadran.

Voici la regle ou l'analogie ; comme le sinus total est au sinus de l'élévation du pole du lieu proposé, ainsi la tangente de la distance du Soleil au méridien pour l'heure requise, est à la tangente de l'angle cherché.

Le cadran vertical est un cadran tracé sur le plan d'un cercle vertical. Voyez VERTICAL.

Ces sortes de cadrans varient selon le vertical que l'on choisit. Les verticaux qui sont principalement en usage, sont le méridien, & le premier vertical, c'est-à-dire le cercle vertical perpendiculaire au méridien : d'où viennent les cadrans méridionaux, septentrionaux, orientaux, & occidentaux.

Les cadrans qui regardent les points cardinaux de l'horison, s'appellent particulierement cadrans directs. Voyez DIRECT.

Si l'on prend un autre vertical, on dit que le cadran décline. Voyez DECLINANT.

De plus en général, si le plan sur lequel on opere, est perpendiculaire à l'horison, comme on le doit supposer dans tous les cas dont il est question à présent, les cadrans sont appellés particulierement des cadrans droits. Par exemple on dit : un cadran droit méridional, ou septentrional, &c.

Si le plan du cadran est oblique à l'horison, on dit qu'il incline, ou qu'il récline. Voyez INCLINAISON, RECLINANT, &c.

Le cadran méridional, ou pour le désigner plus particulierement, cadran droit directement méridional, est celui que l'on décrit sur la surface du premier vertical, qui regarde le midi.

Le Soleil éclaire le plan du premier vertical qui regarde le midi, lorsque dans sa course il passe de ce vertical au méridien, ou qu'il va du méridien au premier vertical : en quoi il employe six heures avant midi & six heures après le jour de l'équinoxe ; & environ quatre heures & demie avant midi, & quatre heures & demie après le jour du solstice d'été, & ainsi des autres jours ; & en hyver, le Soleil ne paroît sur l'horison qu'après six heures : d'où il s'ensuit qu'un cadran méridional ne peut marquer les heures que depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir.

Tracer un cadran vertical méridional. Sur le plan du vertical qui regarde le midi, tracez une ligne méridienne A B (fig. 9.) & prenant l'intervalle A C à volonté pour la grandeur du cadran proposé, élevez en C une perpendiculaire d'une longueur indéfinie C D ; & faisant un angle C A D égal à l'élévation de l'équateur, tirez une ligne droite A D qui rencontre la perpendiculaire C D en D ; ensuite faites au point D l'angle C D E égal aussi à l'élévation de l'équateur en tirant la ligne droite D E qui coupe le méridien en E par le point E tirez la ligne droite G H qui coupe le méridien A B à angles droits. Prenez E C égal à E D, & avec ce rayon décrivez un quart de cercle E F. Le reste se fait comme dans le cadran horisontal, excepté que les heures d'après midi doivent être écrites à main droite, & celles d'avant midi à main gauche, ainsi que la figure le fait comprendre. Enfin au point A fixez un style oblique, qui fasse un angle égal à l'élévation de l'équateur ; ou bien, élevez en C un style perpendiculaire égal à C D ; ou enfin, élevez sur A E un triangle A D E, qui soit perpendiculaire au plan du cadran.

L'ombre du style couvrira les différentes lignes horaires aux heures qui répondent à ces lignes.

Le cadran septentrional, ou le cadran droit directement septentrional, se trace sur la surface du premier vertical qui regarde le nord. Voyez NORD.

Le Soleil n'éclaire cette surface que quand il avance de l'orient au premier vertical, ou qu'il vient de ce même vertical au couchant : de plus le Soleil est dans le premier vertical à six heures du matin & à six heures du soir le jour de l'équinoxe ; le jour du solstice d'été il se leve sur l'horison de Paris à quatre heures, & arrive au premier vertical vers les sept heures & demie ; & en hyver le Soleil n'éclaire point du tout ce plan septentrional : d'où il est évident que le cadran septentrional ne peut marquer que les heures d'avant sept heures & demie du matin, & celles d'après sept heures & demie du soir. C'est pourquoi comme dans l'automne & dans l'hyver le Soleil ne se leve pas avant six heures, & qu'il se couche avant six heures du soir, on voit que pendant toutes ces deux saisons, le cadran septentrional n'est d'aucun usage : mais en le joignant au cadran méridional, il supplée ce qui manque à celui-ci.

Décrire un cadran vertical septentrional. Tirez une ligne méridienne E B (fig. 10.) & du point A décrivez un petit cercle à volonté : au point A faites l'angle D A C égal à l'élévation de l'équateur, & du point C pris à volonté, élevez une perpendiculaire C D qui rencontre A D au point D. Faites un autre angle C D E égal aussi à l'élévation de l'équateur, & tirez pareillement une ligne D E qui rencontre A E au point E. Ensuite prenez I B égal à E D, & par I tirez G H qui coupe S B à angles droits. Du centre B avec le rayon I B décrivez un quart de cercle ; & divisez-le en six parties égales. Par les deux dernieres divisions tirez des lignes du centre B, c'est-à-dire B h & B G qui rencontrent G H en h & G, & faites I d égal à I h, & I H égal à I G. Ensuite appliquant une regle aux points A, d & H, & encore aux points A, h & G, tirez les lignes droites A 5, A 4, A 7, A 8. Enfin, au point A, fixez un style oblique A D, faisant un angle D A E, avec la ligne méridienne dans le plan du méridien, égal à l'élévation de l'équateur : ou bien un style perpendiculaire en C, égal à C D ; ou, au lieu d'un style, mettez sur la ligne méridienne E A un triangle E D A perpendiculaire au plan du cadran.

Les lignes A 4, A 5, A 6, marqueront les heures du matin ; & les lignes A 6, A 7, A 8, marqueront celles de l'après-midi, & par conséquent l'ombre de l'index montrera ces heures.

Ou bien encore, opérez de la maniere suivante. Dans le cadran méridional (fig. 9.) si les lignes horaires 4 & 5, de même que 7 & 8, sont continuées au-delà de la ligne 6 A 6, & que le triangle A D E tourne autour de son pole A, jusqu'à ce que A E tombe sur le prolongement de A 12 ; il est évident que par ce moyen on a un cadran septentrional, observant seulement ce que l'on dit sur la maniere de marquer les heures.

Si sur l'extrémité I K d'un cadran horisontal (fig. 7. Gnomon.) on éleve à angles droits un plan vertical I K N M, & qu'on prolonge l'index horaire A L du cadran horisontal jusqu'à ce qu'il rencontre le plan vertical en L, on n'aura qu'à tirer ensuite du point L à la ligne de contingence ou de rencontre I K des deux plans, des lignes droites qui passent par les différens points des heures marquées sur cette ligne I K : on aura un cadran vertical méridional, dont L sera le centre ; ce qui est évident, puisque l'ombre du style marquera les mêmes heures sur les deux cadrans.

Tracer par la Trigonométrie un cadran vertical septentrional ou méridional. La description de ces cadrans ne differe de celle du cadran horisontal, qu'en ce que l'angle C A D, est égal au complément de l'élévation du pole du lieu ; desorte que l'on doit se servir de la même analogie que pour le cadran horisontal : en observant seulement que le second terme soit le complément de l'élévation du pole pour le lieu où l'on trace le cadran.

Le cadran oriental, ou le cadran droit directement oriental, c'est celui que l'on trace sur le côté du méridien qui regarde l'orient. Voyez ORIENT.

Comme le Soleil n'éclaire le plan du méridien qui regarde l'orient, qu'avant midi ; un cadran oriental ne peut marquer les heures que jusqu'à midi.

Tracer un cadran oriental. Sur le côté oriental du plan du méridien, tirez une ligne droite A B (fig. 11.) parallele à l'horison, joignez-y la ligne A K, qui fasse avec elle un angle K A B, égal à l'élévation de l'équateur. Ensuite avec le rayon D E décrivez un cercle, & par le centre D, tirez E C perpendiculaire à A K ; moyennant quoi le cercle sera divisé en quatre quarts. Subdivisez chacun de ces quarts en six parties égales. Et du centre D, par les différentes divisions, tirez les lignes droites D 4, D 5, D 6, D 7, D 8, D 9, D 10, D 11. Enfin, en D élevez un style égal au rayon D E perpendiculairement au plan, ou sur deux petites pieces fixées perpendiculairement en E, C, & égales au même rayon D E, attachez un style parallele à E C.

Par ce moyen, chaque index aux différentes heures, rejettera une ombre sur les lignes respectives 44 55, 66, &c.

Le cadran occidental, ou le cadran droit directement occidental, se trace sur le côté occidental du méridien. Voyez OCCIDENT.

Comme le Soleil n'éclaire qu'après-midi le côté du plan du méridien, qui regarde l'occident, on voit qu'un cadran occidental ne peut marquer les heures que depuis midi jusqu'au Soleil couchant.

Ainsi en joignant le cadran occidental avec l'oriental, ces deux cadrans marqueront toutes les heures du jour.

Tracer un cadran occidental. La construction est précisément la même que celle du cadran orient al, excepté que sa situation est renversée, & les heures écrites conformément à cette disposition.

Le cadran polaire est tracé sur un plan qu'on imagine passer par les poles du monde, & par les points de l'orient & de l'occident de l'horison. Il y en a de deux especes ; ceux de la premiere espece regardent le zénith, & sont appellés polaires supérieurs ; ceux de la seconde regardent le nadir, & sont appellés polaires inférieurs.

Ainsi le cadran polaire est incliné à l'horison, avec lequel il fait un angle égal à l'élevation du pole.

Comme le plan polaire P O, Q S, (figure 12.) passe par les points O & S de l'orient & de l'occident, il y a un quart de l'équateur, & de chacun des paralleles à l'équateur, intercepté entre ce plan & le méridien P H Q : donc la surface supérieure est éclairée par le soleil depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir ; & la surface inférieure depuis le lever du soleil jusqu'à six heures du matin, & depuis six heures du soir jusqu'au coucher du soleil.

C'est pourquoi un cadran polaire inférieur marque les heures du matin depuis le lever du soleil jusqu'à six heures, & celles du soir depuis six heures jusqu'à son coucher ; & un cadran polaire supérieur marque les heures depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir.

Tracer un cadran polaire supérieur. Tirez une ligne droite A B (figure 13.) parallele à l'horison ; & si le plan est immobile, trouvez la ligne méridienne C E : divisez C E en deux parties égales, & par C tirez une ligne droite F G, parallele à A B ; ensuite du centre D avec l'intervalle D E, décrivez un quart de cercle, & divisez-le en six parties égales : du centre D, par les différens points de division, tirez les lignes droites D 1, D 2, D 3, D 4, D 5, & placez en sens contraire les intervalles E 1, E 2, E 3, E 4, E 5, c'est-à-dire E 11, 10, 9, 8 & 7 des points 5, 4, 3, 2, 1, &c. élevez des perpendiculaires qui rencontrent la ligne FG aux points correspondans, enfin élevez en D un style perpendiculaire égal à D E ; ou sur deux styles égaux à E D, placez une verge horisontale, parallele à E C, les lignes 12, 12, 11, 22, 33, &c. seront les lignes horaires.

Un cadran polaire supérieur ne differe des cadrans orientaux & occidentaux que par sa situation, & que par la maniere d'écrire les heures.

On a un cadran polaire inférieur, ne négligeant les heures d'avant midi, 9, 10 & 11, & celles d'après midi, 1, 2 & 3, avec l'heure 12 de midi ; & en ne laissant que les heures 7 & 8 du matin, & 4 & 5 du soir, qui deviendront alors les heures 7 & 8 du soir, & 4 & 5 du matin, en renversant le cadran c'en-dessus-dessous.

Tracer tous les cadrans de la premiere espece sur le même corps irrégulier. 1°. Supposons que le plan ABCD (fig. 12.) dans la situation naturelle du corps, soit horisontal : décrivez dessus un cadran horisontal, comme il a été enseigné plus haut.

2°. Tirez les lignes E M & F L paralleles à D C, qui seront par conséquent paralleles à l'horison dans la situation naturelle du corps. Si on suppose ensuite que le plan B N M C fasse un angle C M E avec E M, égal à l'élévation du pole, décrivez dessus un cadran polaire supérieur.

3°. Supposant que le plan opposé A D E fasse avec E M un angle D E M égal à l'élévation de l'équateur, tracez sur ce plan un cadran équinoctial supérieur.

4°. Supposant que le plan K L H fasse avec L F un angle H L F égal à l'élévation de l'équateur, tracez sur ce plan un cadran équinoctial inférieur.

5°. Si le plan opposé F G fait avec F L un angle G F L égal à l'élévation du pole, tracez-y un cadran polaire inférieur.

6°. Si le plan M N K L & l'opposé E F sont perpendiculaires à F L, sur l'un deux tracez un cadran méridional, & sur l'autre un cadran septentrional.

7°. Sur le plan E M L F décrivez un cadran occidental, & un oriental sur le plan opposé.

Nous avons expliqué plus haut, & fort en détail, les méthodes dont on doit se servir pour tracer ces différentes especes de cadrans.

Cela fait, si le corps est disposé de maniere que le plan M N K L regarde le midi, & que le plan du méridien le coupe en deux dans la ligne de 12 heures du cadran horisontal A B C D ; & du cadran méridional M N K L, tous ces différens plans marqueront en même tems les heures du jour.

Les cadrans secondaires, ou de la seconde espece, sont tous ceux que l'on place sur les plans de cercles différens de l'horison, du premier vertical, de l'équinoctial, & des cercles polaires ; c'est-à-dire sur des plans qui déclinent, inclinent, réclinent.

Les cadrans verticaux déclinans, sont des cadrans droits ou verticaux qui déclinent, ou qui ne regardent pas directement quelqu'un des points cardinaux.

Les cadrans déclinans sont d'un usage fort ordinaire ; car les murailles des maisons sur lesquelles on trace communément les cadrans, ne sont pas directement exposées aux points cardinaux. Voyez DECLINANT.

Il y a différentes especes de cadrans déclinans qui prennent leurs noms des points cardinaux vers lesquels ils paroissent le plus tournés, mais dont ils déclinent réellement : il y en a qui déclinent du midi ou du nord, & même du zénith.

Tracer trigonométriquement un cadran vertical déclinant. 1°. La déclinaison du plan & l'élévation du pole du lieu étant donnés, voici la regle pour trouver l'angle formé au centre du cadran par la méridienne & la soûstylaire. Comme le sinus total est à la tangente du complément de la hauteur du pole du lieu, ainsi le sinus de l'angle de déclinaison du plan est à la tangente de l'angle cherché.

2°. La déclinaison du plan étant donnée, avec l'élévation du pole du lieu, voici comment on trouve l'angle formé au centre d'un cadran vertical déclinant, par la soûstylaire & l'axe.

Regle. Comme le sinus total est au sinus du complément de l'élévation du pole, ainsi le sinus du complément de déclinaison du plan est au sinus de l'angle cherché.

3°. La déclinaison du plan & l'élévation du pole étant données, si on veut trouver l'arc de l'équateur compris entre le méridien du lieu & le méridien du plan, voici la regle.

Comme le sinus total est au sinus de la hauteur du pole du lieu, ainsi la tangente du complément de déclinaison du plan est à la tangente du complément de l'angle cherché, que nous appellerons, pour abréger, angle de la différence des longitudes.

4°. L'angle de la différence des longitudes, & celui de l'axe avec la soûstylaire, étant donnés, on demande les angles formés au centre d'un cadran vertical déclinant, entre la soûstylaire & les lignes horaires.

Ce problème a trois cas ; car les lignes horaires dont on cherche les angles, peuvent être, 1°. entre le méridien & la soustylaire ; ou, 2°. au-delà de la soûstylaire ; ou, 3°. du côté du méridien où la soûstylaire n'est pas. Dans les deux premiers cas, on doit prendre la différence entre la distance du soleil au méridien à chaque heure, & l'angle de la différence des longitudes trouvées par le dernier problème ; & dans le troisieme cas on doit prendre la somme de ces deux angles, & faire usage de la regle suivante.

Regle. Comme le sinus total est au sinus de l'angle entre l'axe & la soûstylaire, ainsi la tangente de la différence de la distance du soleil au méridien, & de la différence des longitudes, ou la tangente de la somme de ces deux angles est à la tangente de l'angle cherché.

5°. L'angle formé par la soûstylaire avec les lignes horaires, & celui de la soûstylaire avec le méridien, étant donnés, on peut trouver les angles formés entre le méridien & les lignes horaires, au centre des cadrans verticaux déclinans.

Les angles des lignes horaires entre le méridien & la soûstylaire, se trouvent en ôtant l'angle formé par la soûstylaire avec la ligne horaire, de l'angle formé par la soûstylaire avec la méridienne.

Les angles au-delà de la soûstylaire, & du côté opposé à celui du méridien, se trouvent en ajoûtant ces deux angles.

On trouve ceux qui sont de l'autre côté du méridien, en prenant leur différence.

Décrire géométriquement un cadran vertical qui décline du midi à l'orient ou au couchant. Trouvez la déclinaison du plan, ainsi qu'il est enseigné à l'article DECLINAISON & DECLINATEUR.

Ensuite tracez sur le papier un cadran horisontal, en supposant que G H soit la ligne de contingence, ou de rencontre du plan avec le plan équinoctial, (figure 16.) : par le point E où la ligne méridienne A E coupe la ligne G H, tirez une ligne droite I K qui fasse avec G H un angle H E K, égal à la déclinaison du plan donné ; ainsi comme G H représente l'intersection du premier vertical avec l'horison, I K sera l'intersection du plan déclinant & de l'horison : c'est pourquoi la partie I E doit être élevée au-dessus de G E, en cas que le plan donné décline vers l'occident ; ou bien au-dessous de G H, si le plan décline vers l'orient. Tirez une ligne droite parallele à l'horison, sur le plan ou sur le mur donné pour représenter I K ; & prenant sur cette ligne un point correspondant au point E, transportez-y les différentes distances horaires E 1, E 2, E 3, &c. marquées dans la ligne I K tracée sur le papier : ensuite du point E élevez une perpendiculaire B C, égale à la distance qu'il y auroit de la ligne de contingence G H au centre d'un cadran méridional élevé sur G H, & dont le style passeroit par le centre de ce cadran & par le point A : de-là tirez aux différens points 1, 2, 3, &c. les lignes C 1, C 2, C 3, &c. qui seront les lignes horaires ; ensuite faites tomber une perpendiculaire A D du centre A du cadran horisontal, sur la ligne de contingence I K, & transportez la distance E D du point E sur la muraille, C D sera la ligne soûstylaire. Voyez SOUSTYLAIRE.

C'est pourquoi joignant A D & D C à angles droits, l'hypothénuse A C sera un style oblique, qui doit être attaché sur la muraille au point C, de maniere que le côté C D tombe sur le côté C D, & que A D soit perpendiculaire au plan de la muraille. Il faut bien remarquer que la ligne I K qui est tracée obliquement sur le papier, doit être horisontale sur le plan ; & comme on suppose que le soleil éclaire la face du plan qui est tournée vers A, il faut que sur le cadran le point C soit en-haut, & le point E en-bas.

Tracez un cadran vertical déclinant du nord vers l'orient ou l'occident. Trouvez d'abord la déclinaison du plan ; ensuite tracez un cadran vertical déclinant du midi, dans lequel le point C soit en-haut, & le point E en-bas ; renversez-le de maniere que le centre C soit en-bas, & le point E en-haut, & portez sur la gauche les heures de la main droite ; & au contraire, en supprimant toutes les lignes horaires que l'on ne peut pas voir dans un plan de cette espece.

La meilleure méthode dans la pratique, c'est après que l'on a tracé sur le papier un cadran méridional déclinant, d'en piquer les différens points en les perçant avec une épingle ; appliquant ensuite à la muraille la face du papier sur laquelle le cadran est tracé, & ayant soin de mettre le point C en-bas ; le revers donnera tous les points nécessaires pour tracer un cadran septentrional déclinant.

Si le cadran décline trop, ensorte que le point C doive être trop éloigné, on se contentera de ne tracer qu'une partie des lignes horaires ; & au lieu du style triangulaire A C D, on ne mettra qu'une partie du style A C soûtenue par deux appuis ; de maniere pourtant que cette partie de style étant prolongée, ainsi que les lignes horaires, puisse rencontrer le plan du cadran au point C.

Les cadrans inclinés sont ceux que l'on trace sur des plans qui ne sont point verticaux, mais qui s'inclinent ou qui panchent vers le côté méridional de l'horison, en faisant un angle plus grand ou plus petit que le plan équinoctial. Voyez INCLINAISON.

On peut concevoir un plan incliné, en supposant que le plan de l'équateur se rapproche du zénith d'un côté, & de l'autre s'abaisse vers le nadir, en tournant sur une ligne tirée du point est au point oüest de l'horison.

Tracer un cadran incliné. 1°. L'inclinaison du plan, comme D C (fig. 17.), étant trouvée par le moyen d'un déclinateur, ainsi qu'il sera enseigné à l'article DECLINATEUR, si ce plan tombe entre le plan équinoctial C E & le vertical C B, de maniere que l'angle d'inclinaison D C A soit plus grand que l'élévation de l'équateur E C A, sur le côté supérieur tracez un cadran septentrional, & sur le côté inférieur un méridional pour une élévation de l'équateur, qui soit égale à la somme de l'élévation de l'équateur du lieu donné, & du complément de l'inclinaison du plan à un quart de cercle.

2°. Si le plan incliné F C tombe entre l'horisontal C A & l'équinoctial C E, tellement que l'angle d'inclinaison F C A soit plus petit que l'élévation de l'équateur E C A, décrivez un cadran horisontal pour une élévation du pole égale, à la somme de l'élévation du pole du lieu donné & de l'inclinaison du plan.

Les cadrans ainsi inclinés se tracent de la même maniere que les cadrans de la premiere espece, excepté que le style, dans le premier cas, doit être fixé sous l'angle A D C ; & dans le dernier cas, sous l'angle D F C ; & que la distance du centre du cadran à la ligne de contingence, dans le premier cas, est D C, & dans le dernier, est F C.

Les cadrans réclinans sont ceux que l'on trace sur des plans qui ne sont pas verticaux, mais penchés ; en s'écartant du zénith vers le nord, & faisant un angle plus grand ou plus petit que le plan polaire.

On peut concevoir un plan réclinant, en supposant que le plan polaire s'éleve d'un côté vers le zénith, & de l'autre s'abaisse vers le nadir, en tournant autour d'une ligne tirée de l'orient à l'occident. Pour trouver la réclinaison d'un plan, voyez RECLINAISON.

Tracer un cadran réclinant. 1°. Si le plan réclinant II C tombe entre le plan vertical B C & le plan polaire I C, de maniere que l'angle de réclinaison B C H soit plus petit que la distance du pole au zénith B C I, décrivez deux cadrans verticaux, un septentrional & un méridional, pour une élévation de l'équateur égale à la différence entre l'élévation de l'équateur du lieu donné, & l'angle de réclinaison.

2°. Si le plan récliné comme K C, tombe entre se plan polaire I C, & l'horisontal C L, de maniere que l'angle de réclinaison B C K soit plus grand que la distance du pole au zénith I C B : décrivez dessus un cadran horisontal pour une élévation du pole, égale à la différence entre l'angle de réclinaison & l'élévation de l'équateur du lieu donné.

On trace aussi par la Trigonométrie les cadrans inclinans & réclinans, l'inclinaison ou la réclinaison du plan, & l'élévation du pole étant connues ; & l'on trouve les angles faits, au centre d'un cadran inclinant ou réclinant, par le méridien & les lignes horaires.

Un cadran de cette espece est proprement un cadran horisontal pour une latitude égale à l'élévation particuliere du pole sur le plan du cadran : c'est pourquoi l'on détermine les angles par la regle que l'on a donnée pour les cadrans horisontaux.

Quant à l'élévation du pole sur le plan du cadran, on la trouve de cette maniere : le plan étant incliné, son élévation est plus grande que l'élévation du pole du lieu, ou est plus petite, ou lui est égale ; dans les deux premiers cas, pour les cadrans supérieurs méridionaux, ou inférieurs septentrionaux, on a l'élévation particuliere du pole sur le plan en prenant la différence entre l'élévation du pole du lieu, & l'inclinaison du plan : & dans le dernier cas, le cadran est un cadran polaire, où les lignes horaires seront paralleles, à cause que le plan étant placé sur l'axe du monde, aucun des deux poles n'y peut être représenté.

Pour les cadrans supérieurs septentrionaux, & inférieurs méridionaux, 1°. si l'inclinaison est plus grande que le complément de l'élévation, il faut ajoûter le complément de l'inclinaison au complément de l'élévation. 2°. Si elle est plus petite, il faut ajoûter l'inclinaison à l'élévation. 3°. Si elle est égale, le cadran sera un cadran équinoctial, où les angles au centre seront égaux à la distance du soleil au méridien.

Les cadrans déinclinés sont ceux qui sont en même tems déclinans & réclinans ou inclinés.

On se sert rarement des cadrans inclinés, réclinans, & surtout des cadrans déinclinés ; c'est pourquoi la construction géométrique & trigonométrique en étant un peu compliquée, nous prenons le parti de la supprimer, & de renvoyer ceux qui auroient du goût ou de la curiosité pour les cadrans de cette espece, à la méthode méchanique générale de tracer toutes sortes de cadrans : méthode que nous allons exposer en peu de mots.

Méthode facile de tracer un cadran sur toutes sortes de plans par le moyen d'un cadran équinoctial mobile. Supposons, par exemple, que l'on demande un cadran sur un plan horisontal ; si le plan est immobile, comme A B D C (fig. 18.) déterminez sa ligne méridienne G F ; ou, si le plan est mobile, prenez une méridienne à volonté. Ensuite par le moyen du triangle E K F, dont vous appliquerez la base sur la ligne méridienne, élevez le cadran équinoctial H, jusqu'à ce que le stile G I devienne parallele à l'axe du monde ; ce qui se trouve en faisant l'angle K E F égal à l'élévation du pole, & que la ligne de 12 heures du cadran soit bien directement au-dessus de la lige méridienne du plan ou de la base du triangle. Alors, si pendant la nuit une bougie allumée est appliquée à l'axe GI, desorte que l'ombre de l'index ou le stile G I tombe successivement sur les lignes horaires ; cette même ombre marquera les différentes lignes horaires sur le plan A B C D.

Ainsi marquant des points sur l'ombre, tirez par ces points des lignes au point G ; alors un index étant placé en G, suivant l'angle I G F, son ombre marquera les différentes heures, à la lumiere du soleil.

Si vous voulez un cadran sur un plan vertical, ayant élevé le cercle équinoctial, comme on l'a dit ci-dessus, poussez en avant l'index G I, jusqu'à ce que sa pointe I touche le plan vertical sur lequel vous voulez tracer le cadran.

Si le plan est incliné à l'horison, il faudra trouver l'élevation du pole sur ce même plan, & l'on fera l'angle du triangle K E F égal à cette élévation.

Remarquez qu'outre les différentes especes de cadrans ci-dessus mentionnés, qui sont des cadrans à centre, il y en a d'autres appellés des cadrans sans centre.

Les cadrans sans centre sont ceux dont les lignes horaires sont à la vérité convergentes, c'est-à-dire tendent à se réunir en un point, mais si lentement que l'on ne sauroit marquer sur le plan donné le centre vers lequel elles sont convergentes.

Les cadrans horisontaux sans centre, doivent être faits pour les endroits où l'élévation du pole est très-petite, ou, ce qui revient au même, l'élévation de l'équateur très-grande : en effet dans la fig. 6. si l'on suppose l'angle A E D presque droit, c'est-à-dire l'équateur presque perpendiculaire à l'horison, le point A qui est le centre du cadran deviendra très-éloigné, & la ligne D A qui représente l'axe du monde, sera presque parallele à l'horison.

De-là il s'ensuit que les cadrans verticaux sans centre conviennent aux endroits qui sont fort près du pole, & que les cadrans horisontaux sans centre conviennent aux endroits qui sont fort près de l'équateur.

Pour tracer un cadran horisontal sans centre (fig. 15.) on commencera par tracer la méridienne A O, & par un point quelconque E de cette méridienne, on tirera la perpendiculaire G H qui désignera la ligne de contingence de l'horison & du plan de l'équateur. On fera l'angle C E D, égal à l'élévation de l'équateur ; & ensuite ayant porté E D en E B, on divisera la ligne de contingence comme pour un cadran horisontal ordinaire ; on élevera ensuite au point D une perpendiculaire D F de longueur arbitraire ; & ayant tiré la perpendiculaire F L à D F, on transportera F L en L O, & on divisera par le point O, la ligne M N, en intervalles horaires, comme on a divisé la ligne G H par le point B ; ensuite par les points horaires correspondans de ces deux lignes G H, M N, on tirera les lignes horaires X I I I ; enfin aux points E, L, on placera perpendiculairement au plan du cadran l'index E D F L, composé du stile D F, & de deux appuis E D, F L, & le cadran sera achevé.

Pour tracer un cadran vertical méridional sans centre, on remarquera qu'un tel cadran n'est autre chose, qu'un cadran horisontal construit pour une hauteur de pole égale au complément de l'élévation du pole donnée ; ainsi la construction de ce cadran sera la même que celle du cadran horisontal sans centre.

Dans la sphere droite, c'est-à-dire dans les lieux situés sous l'équateur, le cadran horisontal est le même que le cadran polaire, & le cadran vertical est le même que le cadran équinoctial.

Dans la sphere parallele, c'est-à-dire, pour les habitans des poles, le cadran horisontal est le même que le cadran équinoctial ; & le cadran vertical est le même que le cadran polaire.

Outre la description des heures, on trace sur les cadrans solaires beaucoup d'autres choses qui leur servent comme d'accompagnement & d'ornement.

On décrit aussi les cadrans solaires sur la surface de différens corps irréguliers : nous avons déjà fait voir comment sur un corps irrégulier, on pouvoit tracer tous les cadrans de la premiere espece. On peut en tracer le plus sur différens autres corps ; par exemple, sur un bâton, sur un cylindre, on n'attend pas de nous que nous entrions sur ce sujet dans un plus grand détail, qui n'appartiendroit qu'à un ouvrage complet sur la Gnomonique. Ceux qui voudront en savoir davantage, pourront avoir recours aux différens traités qui en ont été publiés.

On trouvera aussi dans ces même traités des méthodes pour tracer géométriquement des cadrans universels ; mais nous ne nous y arrêterons point, parce qu'elles nous paroissent plus curieuses qu'utiles, & que dans un ouvrage de la nature de celui-ci, nous devons principalement faire mention de ce qui peut être le plus d'usage.

Nous ne dirons rien non plus des Cadrans qu'on appelle à réflexion & à réfraction. Voyez ces mots.

Le cadran nocturne ou de nuit, montre les heures de la nuit.

Il y en a de deux especes ; le lunaire ou le cadran à la lune, & le sidéréal ou le cadran aux étoiles.

Le cadran à la lune ou le cadran lunaire est celui qui montre l'heure de la nuit, par le moyen de la lumiere ou de l'ombre de la lune, qu'un index jette dessus.

Tracer un cadran lunaire. Supposons, par exemple, que l'on demande un cadran lunaire horisontal : décrivez d'abord un cadran solaire horisontal : élevez ensuite les deux perpendiculaires A B & C D, (fig. 19.) à la ligne de douze heures ; & divisant l'intervalle G F en douze parties égales, par les différens points de division, tirez des lignes paralleles. Maintenant si on destine la premiere ligne C D au jour de la nouvelle lune, & la seconde au jour où la lune arrive au méridien, une heure plus tard que le soleil ; & enfin la derniere ligne A B au jour de la pleine lune : les intersections de ces lignes avec les lignes horaires donneront des points, par lesquels on tracera une ligne courbe 12 12, qui sera la ligne méridienne de la lune ; on déterminera ensuite de la même maniere les autres lignes horaires, 11, 22, 33, &c. lesquelles seront coupées aux heures solaires correspondantes & respectives, ou par l'ombre de la lune, que jettera le style du cadran. On effacera les lignes horaires du cadran solaire, aussi bien que les perpendiculaires, par où l'on a tiré les heures lunaires ; & on divisera l'intervalle G F par d'autres lignes paralleles en quinze parties égales, qui répondent aux quinze jours entre la nouvelle & la pleine lune. Enfin on écrira auprès de ces lignes les différens jours de l'âge de la lune.

Maintenant, connoissant par un calendrier l'âge de la lune, l'intersection de la ligne de l'âge de la lune, avec les lignes horaires de la lune, donnera l'heure de la nuit.

On peut de la même maniere transformer tout autre cadran solaire en cadran lunaire.

Tracer un cadran lunaire portatif sur un plan ; qui peut être disposé selon l'élévation de l'équateur. Décrivez un cercle A B (fig. 20.) & divisez sa circonférence en 29 parties égales. Du même centre D décrivez un autre cercle mobile D E, divisez-le en 24 parties ou en 24 heures égales. Au centre C placez un index, de même que pour un cadran équinoctial.

Si l'on place ce cadran, comme il faut, dans un plan parallele à l'équateur, comme le cadran équinoctial, & que l'on porte la ligne de 12 heures au jour de l'âge de la lune, l'ombre du style donnera l'heure.

Pour se servir d'un cadran solaire, comme si c'étoit un cadran lunaire, c'est-à-dire trouver l'heure de la nuit, par le moyen d'un cadran solaire, on observera l'heure que l'ombre du style montre à la lumiere de la lune. On trouvera l'âge de la lune dans le calendrier, & on multipliera le nombre des jours par 3/4 ; le produit est le nombre d'heures qu'il faut ajoûter à l'heure marquée par l'ombre, afin d'avoir l'heure qu'on demande. La raison de cette pratique est, que la lune passe tous les jours au méridien, ou à quelque cercle horaire que ce soit, trois quarts d'heure plus tard que le jour précédent. Or le jour de la nouvelle & de la plaine lune, elle passe au méridien en même tems que le soleil ; d'où il s'ensuit que le troisieme jour, par exemple, après la nouvelle lune, elle doit passer deux fois trois quarts d'heure plus tard au méridien, & ainsi des autres.

Si le nombre des jours multipliés par 3/4 & ajoûtés au nombre des heures, excede 12, il faudra en ôter 12, pour avoir l'heure cherchée.

Si on veut connoitre plus facilement & plus exactement l'heure de la nuit par le moyen de l'ombre de la lune sur un cadran solaire, on pourra se servir de la table suivante, & ajouter pour chacun des jours de l'âge de la lune, les heures marquées dans cette table, aux heures marquées sur le cadran par l'ombre de la lune.

Le cadran aux étoiles est un instrument par lequel on peut connoître l'heure de la nuit en observant quelque étoile ; ce cadran se fait par la connoissance du mouvement journalier que font autour du pole ou de l'étoile polaire, qui n'en est présentement éloignée que de deux degrés, les deux étoiles de la grande ourse, qu'on appelle ses gardes, ou la claire du quarré de la petite ourse : pour la construction de ce cadran, il faut savoir l'ascension droite de ces étoiles, ou à quel jour de l'année elles se trouvent dans le même cercle horaire que le soleil ; ce qui se peut connoître par le calcul astronomique, ou par un globe, ou avec un planisphere céleste construit sur les nouvelles observations, en mettant sous le méridien l'étoile dont il s'agit, & en examinant quel degré de l'écliptique se trouve en même tems sous ce méridien. V. GLOBE.

Les jours de l'année où les deux étoiles ont la même ascension droite que le soleil, elles marqueront les mêmes heures que le soleil : mais comme les étoiles fixes retournent au méridien chaque jour plûtôt que le soleil d'environ 1 degré ou 40 minutes d'heures ; ce qui fait 2 heures par mois, il faudra avoir égard à cette différence, pour avoir l'heure du soleil par le moyen des étoiles.

Le cadran, dont il s'agit, est composé de deux plaques circulaires appliquées l'une sur l'autre (fig. 21. Gnomon.) ; la plus grande a un manche pour tenir à la main l'instrument dans les usages qu'on en fait.

La plus grande roue a environ deux pouces & demi de diametre : elle est divisée en 12 pour les 12 mois de l'année, & chaque mois de 5 en 5 jours ; de telle sorte que le milieu du manche réponde justement au jour de l'année auquel l'étoile, dont on veut se servir, a la même ascension droite que le soleil. Et si on veut que le même cadran serve pour différentes étoiles, il faut rendre le manche mobile autour de la roue, afin de l'arrêter où l'on voudra.

La roue de dessus, qui est la plus petite, doit être divisée en 24 parties égales, ou deux fois 12 heures pour les 24 heures du jour, & chaque heure en quarts ; ces 24 heures se distinguent par autant de dents, dont celles où sont marquées 12 heures, sont plus longues que les autres, afin de pouvoir compter la nuit les heures sans lumiere.

A ces deux roues, on ajoûte une regle ou alidade qui tourne autour du centre, & qui déborde au-delà de la plus grande circonférence.

Ces trois pieces doivent être jointes ensemble par le moyen d'un clou à tête, percé de telle sorte dans toute sa longueur, qu'il y ait au centre de ce clou un petit trou d'environ deux lignes de diametre, pour voir facilement à-travers ce trou l'étoile polaire.

L'instrument étant ainsi construit, si on veut savoir l'heure qu'il est de la nuit, on tournera la roue des heures jusqu'à ce que la plus grande dent où est marqué 12 heures, soit sur le jour du mois courant ; on approchera l'instrument de ses yeux, en le tenant par le manche, ensorte qu'il ne panche ni à droite ni à gauche, & qu'il regarde directement l'étoile polaire, ou ce qui est la même chose, qu'il soit à-peu-près parallele au plan de l'équinoctial ; ensuite ayant vû par le trou du centre l'étoile polaire, on tournera l'alidade jusqu'à ce que son extrémité, qui passe au-delà des circonférences des cercles, rase la claire du quarré de la petite ourse, si l'instrument est disposé pour cette étoile. Alors la dent de la roue des heures, qui sera sous l'alidade, marquera l'heure qu'il est de la nuit. Voyez BION, instrument de Mathématique, & Wolf, Elémens de Gnomonique. On trace souvent sur la surface d'un cadran d'autres lignes que celles des heures, comme des lignes qui marquent les signes du zodiaque, la longueur des jours, les paralleles des déclinaisons, les azimuths, les méridiens des principales villes, les heures babyloniennes & italiques, &c. Voyez GNOMONIQUE.

L'analemme ou le trigone des signes, est l'instrument dont on se sert principalement pour tracer ces sortes de lignes & de points sur les cadrans. Voyez ANALEMME & TRIGONE DES SIGNES.

Au reste la description de ces sortes de lignes & de points est plus curieuse qu'utile ; la condition la plus essentielle pour un bon cadran solaire, c'est que les lignes horaires, & surtout la méridienne, y soient bien tracées, & le stile bien posé ; & toutes les autres lignes qu'on y peut décrire, pour marquer autre chose que les heures du lieu où l'on est, peuvent être quelquefois nuisibles par trop de confusion. (O)

CADRAN DE MER. Voyez BOUSSOLE.

CADRAN, dans les horloges, est une plaque sur laquelle sont peintes ou gravées les heures, les minutes, les secondes, & tout ce que la disposition du mouvement lui permet d'indiquer.

Ce que l'on exige principalement d'un cadran, c'est qu'il soit bien divisé, bien monté, & que toutes les parties s'en distinguent facilement.

Le cadran des montres est fait d'une plaque de cuivre rouge, recouverte d'une couche d'émail de l'épaisseur d'un liard environ.

Les cadrans tiennent pour l'ordinaire à la platine des piliers, par le moyen de plusieurs piés soudés vers leur circonférence, au côté qu'on ne voit pas. Ces piés entrent juste dans des trous percés à la platine ; ils la débordent & l'on fiche des goupilles dans de petits trous percés dans leur partie excédante : ainsi le cadran tient à la platine des piliers de la même maniere que cette platine tient à celle du dessus. Voyez CAGE. Pl. I. Horl. fig. 1. (T)

CADRAN, se dit, en Architecture, de la décoration extérieure d'une horloge enrichie d'ornemens d'architecture & de sculpture, comme le cadran du palais à Paris, où il y a pour attributs la loi & la justice, avec les armes de Henri III. roi de France & de Pologne. Cet ouvrage est du célebre Germain Pilon.

On ne fait guere usage de ces sortes de décorations dans les bâtimens particuliers, mais elles sont presqu'indispensables aux édifices sacrés, tels que sont les paroisses, les couvens, communautés, &c. ou bien aux monumens publics, comme hôtels-de-ville, bourses, marchés ; alors il est convenable de rendre leurs attributs relatifs aux différens caracteres de l'édifice, & sur-tout que les ornemens soient unis avec des membres d'architecture qui paroissent liés avec le reste de l'ouvrage. Quelquefois ces cadrans sont surmontés par des lanternes, dans lesquelles sont pratiqués des carillons, tels qu'il s'en voyoit au marché-neuf il y a quelques années, & qu'on en voit encore aujourd'hui à celle de la Samaritaine, bâtiment hydraulique situé sur le pont-neuf à Paris.

Les cadrans solaires qui sont placés sur la surface perpendiculaire des murailles dans les grandes cours ou jardins des hôtels, comme au palais royal à Paris, ou posés sur des piédestaux, s'ornent aussi de figures, attributs & allégories relatifs au sujet ; tel est celui qu'on voit à Fontainebleau dans le jardin de l'orangerie. (P)

CADRAN, s. m. (instrument du Lapidaire) est une machine fort ingénieusement inventée pour tenir le bâton à ciment, à l'extrémité duquel le diamant est attaché, soit avec du mastic ou de l'étain fondu, & lui faire prendre telle inclinaison que l'on souhaite à l'égard de la meule.

Cet instrument, qui est de bois, est composé de quatre pieces principales ; savoir, le corps, la base, & les deux noix. Le corps représenté séparément, fig. 13. Planche du Lapidaire, est une piece de bois d'environ 5 ou 6 pouces de long & de 4 à 5 de large, dans laquelle est un trou K qui est le centre de l'arc h i percé à jour. Sur l'épaisseur de la face g g s'éleve la vis m qui est dans le même plan, & par laquelle elle s'assemble avec la base u x en passant par le trou y ; elle y est retenue par l'écrou en S marqué z, ainsi qu'on peut le voir dans la figure 10. qui représente le cadran tout monté.

La base, outre le trou y, en a encore un autre x qui descend verticalement : ce trou reçoit le clou qui est fixé sur l'établi, comme on voit en R, fig. 5.

Le trou K du corps reçoit la noix I I. La partie o est celle qui entre dans le trou K, & la partie p faite en vis reçoit l'écrou Z, fig. 19. au moyen duquel elle se trouve fixée sur le corps du cadran.

L'ouverture circulaire h i reçoit la noix de la fig. 8. la partie r est celle qui entre dans l'ouverture h i ; cette partie est cavée du côté qui doit s'appliquer sur l'arc convexe de l'ouverture circulaire, & elle est de même que la premiere retenue par l'écrou 6, fig. 19.

Les deux noix sont chacune percées d'un trou, dans lequel passe le bâton à ciment 3, 1, 2, fig. 10. qui peut tourner sur son axe & se fixer dans les ouvertures des noix par le seul frottement, à quoi contribue beaucoup sa forme conique.

Voyez pour l'usage de cet instrument l'article LAPIDAIRE & la figure 5. R est le cadran monté sur son clou, ensorte que le diamant soudé au bout du bâton à ciment porte sur la meule K.


CADRATURES. f. signifie en général, parmi les Horlogers, l'ouvrage contenu dans l'espace qui est entre le cadran & la platine d'une montre ou d'un pendule, &c. Planches VI. VII. & XI. de l'Horlog. mais il signifie plus particulierement cette partie de la répétition, laquelle, dans une montre ou une pendule qui répete, est contenue dans cet espace.

Dans les montres simples, la cadrature est composée de la chaussée, de la roue de minutes, & de la roue de cadran. Ces deux roues servent à faire tourner l'aiguille des heures, portée sur la roue de cadran pour cet effet ; la chaussée tournant en une heure a 12 dents, & elle engrene la roue des minutes de 36, celle-ci porte un pignon de 10, qui engrene dans la roue de cadran de 40 ; par ce moyen un tour de la chaussée fait faire à la roue de cadran 1/12 de tour, ou plûtôt 12 tours de la chaussée, où 12 heures équivalent à un tour de la roue de cadran ; & ainsi l'aiguille portée par cette roue marquera les heures. Dans toutes les montres simples, à répétition, ou autres, il y a toûjours ces trois roues qui servent à faire tourner l'aiguille des heures. Dans les pendules, il y a de même toûjours une cadrature pour faire tourner les aiguilles, & elle est disposée selon les mêmes principes.

Dans les montres ou pendules à répétition, la cadrature, comme nous l'avons dit plus haut, ouvre les roues dont nous venons de parler, contient encore une partie des pieces de la répétition, l'autre étant contenue dans la cage. Ces pieces sont la crémaillere, le tout ou rien, la piece des quarts, le doigt, l'étoile ou le limaçon des heures ; le valet, le limaçon des quarts, & la surprise ; la sourdine, les deux poulies, les ressorts des marteaux, les levées, & tous les ressorts qui servent au jeu de ces différentes pieces.

Comme la construction & la disposition de ces pieces, les unes par rapport aux autres, peuvent être très-variées, il est facile d'imaginer qu'on a fait un grand nombre de cadratures très-différentes les unes des autres : mais de toutes ces cadratures il n'y en a guere que trois ou quatre qu'on employe ordinairement : telles sont les cadratures à l'angloise, à la stagden, à la françoise, & celle de M. Julien le Roy. Voyez là-dessus l'article REPETITION. Voyez aussi les fig. 31. 34. 35.

La perfection d'une cadrature consiste principalement dans la justesse & la sûreté de ses effets ; cette derniere condition est sur-tout essentielle, parce que sans cela il arrive souvent que les machines de la répétition venant à se déranger, elles font arrêter la montre.

Plusieurs horlogers ont fait des tentatives pour placer toutes les parties de la répétition dans la cadrature, mais jusqu'ici elles ont été infructueuses : il est vrai que ce seroit un grand avantage, car la cage ne contenant alors que le mouvement, on pourroit le faire aussi grand & aussi parfait que celui des montres simples.

Nous avons dit dans la définition de cadrature, que c'étoit cette partie de la répétition contenue entre le cadran & la platine : mais quoique cette définition soit vraie en général, il semble que les Horlogers entendent plus particulierement par cadrature, l'assemblage des pieces dont nous avons parlé plus haut, soit que ces pieces soient situées entre le cadran & la platine, soit qu'elles le soient ailleurs. C'est ainsi que dans une pendule à répétition que M. Julien le Roy a imaginée, & dans laquelle ces mêmes pieces sont situées sur la platine de derriere, elles ont toujours conservé le nom de cadrature. Voyez PENDULE A REPETITION. (T)


CADRATURIERsub. m. nom que les Horlogers donnent à celui qui fait des cadratures ; il ne se dit qu'en parlant des cadratures des montres à répétition, parce que dans les pendules il n'y a point d'ouvrier particulier pour les cadratures, c'est-à-dire qui ne fasse que de cela. (T)


CADRES. m. en Architecture, est une bordure de pierre ou de plâtre traîné au calibre, laquelle dans les compartimens des murs de face & les plafonds renferme des ornemens de sculpture. V. BORDURE.

Cadre de plafond ; ce sont des renfoncemens causés par les intervalles des poutres dans les plafonds lambrissés avec de la sculpture, peinture, & dorure. (P)

CADRE, (Marine) c'est un carré fait de quatre pieces de bois d'une moyenne force & grosseur, mises en quarré long & entrelacées de petites cordes, ce qui forme un chassis, sur lequel on met un matelas pour se coucher à la mer. (Z)

CADRES, terme de manufacture de papier ; ce sont des chassis, GG, HH, voy. Pl. IV. de Papeterie, composés de quatre tringles de bois jointes ensemble par les extrémités, à angles droits, & ayant un drageoir comme les cadres des miroirs & tableaux. L'ouvrier fabriquant les applique sur la forme pour lui servir de rebord & empêcher que la pâte ne tombe quand il égoutte la forme.

Cadre est encore synonyme à bordure, & s'applique aux tableaux & aux estampes.


CADRITES. m. (Hist. mod.) sorte de religieux mahométans.

Les Cadrites ont eu pour fondateur un habile philosophe & jurisconsulte, nommé Abdul Cadri, de qui ils ont pris le nom de Cadrites.

Les Cadrites vivent en communauté & dans des especes de monasteres, qu'on leur permet néanmoins de quitter s'ils veulent, pour se marier, à condition de porter des boutons noirs à leur veste pour se distinguer du peuple.

Dans leurs monasteres, ils passent tous les vendredis une bonne partie de la nuit à tourner, en se tenant tous par la main, & repétant sans-cesse ghai, c'est-à-dire vivant, qui est un des noms de Dieu. Pendant ce tems-là un d'entr'eux joue de la flûte, pour les animer à cette danse extravagante. Ils ne rasent jamais leurs cheveux, ne se couvrent point la tête, & marchent toûjours les piés nuds. Ricaut, de l'empire Ottom. (G)


CADSANDT(Géog.) île de la Flandre Hollandoise, entre la ville de l'Ecluse & l'île de Zélande.


CADUCadj. VIEUX, CASSé, qui a perdu ses forces & qui en perd tous les jours davantage. On dit devenir caduc, âge caduc, santé caduque. Voyez VIEILLESSE.

CADUC (mal), Medecine, se dit de l'épilepsie ; elle a été ainsi nommée, parce que les malades tombent à la renverse dans l'accès de cette maladie ; cet accident joint aux convulsions qui l'accompagnent, donne beaucoup de frayeur aux spectateurs. Cette chûte fait souvent périr les malades, sur-tout lorsqu'elle arrive la nuit, qu'ils sont seuls, ou qu'ils tombent d'un lieu élevé. Voyez éPILEPSIE. (N)

CADUC, dans les matieres de Jurisprudence, se dit de ce qui étant valide dans l'origine, est cependant devenu nul dans la suite à cause de quelqu'évenement postérieur : ainsi l'on dit en ce sens qu'un legs ou une institution d'héritier est devenue caduque par la mort du légataire ou de l'héritier institué, avant celle du testateur. Caducité se dit aussi dans le même sens. (H)


CADUCÉES. m. (Hist.) verge ou baguette que les Poëtes & les Peintres donnent à Mercure. Quelques mythologistes disent que ce dieu ayant rencontré deux serpens qui se battoient, il jetta sa baguette au milieu d'eux, & les réunit, & que depuis il la porta toûjours pour symbole de paix. Aussi peint-on le caducée avec deux serpens entrelacés, & sur le haut on ajoûte deux ailerons ; ce qui, selon d'autres, marque la force de l'éloquence, dont Mercure étoit réputé le dieu aussi-bien qu'Apollon. Et en ce cas les serpens, symboles de la prudence, marquent combien cette qualité est nécessaire à l'orateur ; & les ailes signifient la promptitude & la vehémence des paroles. Comme Mercure étoit aussi censé présider aux négociations, pour avoir plus d'une fois rétabli la bonne intelligence entre Jupiter & sa femme Junon ; les ambassadeurs feciaux ou hérauts, chargés à Rome de traiter de la paix, portoient en main un caducée d'or, d'où leur vint le nom de caduceatores. Les Poëtes attribuoient encore au caducée de Mercure diverses autres propriétés, comme de conduire les ames aux enfers, & de les en tirer, d'exciter ou de troubler le sommeil, &c.

Le caducée qu'on trouve sur les médailles, est un symbole commun ; il signifie la bonne conduite, la paix & la félicité : le bâton marque le pouvoir ou l'autorité ; les deux serpens, la prudence, & les deux aîles la diligence, toutes choses nécessaires pour réussir dans les entreprises où l'on s'engage. Jobert, Science des médailles, tome I. pag. 377. (G)

CADUCEE, en Physique. Voyez BAGUETTE DIVINATOIRE. (O)


CADUCITÉS. f. l'état d'une personne caduque : on dit cette personne approche de la caducité ; d'où l'on voit que la caducité se prend pour l'extrème vieillesse ; mais il n'en est pas de même de caduc ; on dit d'un jeune homme qu'il est caduc, & d'un vieillard qu'il ne l'est pas.


CADURCIENSS. m. pl. (Géog. ant.) peuples qui occupoient les pays que nous nommons aujourd'hui le Quercy : c'étoit un des quatorze qui habitoient entre la Loire & la Garonne.


CADUou CERANIUM, (Hist. anc.) grande mesure des anciens, contenant cent vingt livres de vin, & environ cent cinquante livres d'huile.


CADUSIENSS. m. pl. (Géog.) peuples d'Asie, qui habitoient quelques contrées voisines du Pont-Euxin ; selon Strabon, ils occupoient la partie septentrionale de la Médie Atropatene, pays montagneux, & assez semblable à la description que Plutarque fait de celui des Cadusiens.


CAEN(Géog.) ville de France, capitale de la basse Normandie ; elle est sur l'Orne. Long. 17. 18. 13. lat. 49. 11. 10.


CAERDEN(Géog.) petite ville d'Allemagne, dans l'électorat de Treves, sur la Moselle.


CAERMARTHEN(Géog.) ville d'Angleterre, dans la principauté de Galles, sur la riviere de Towy, dans une province qui se nomme Caermarthenshire.


CAERNARVAN(Géog.) ville d'Angleterre, dans le pays de Galles, sur le Menay, capitale du Caernarvanshire.


CAESALPINAS. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante, dont le nom a été dérivé de celui d'André Caesalpin, medecin du pape Clément VII. la fleur des plantes de ce genre est monopétale, faite en forme de masque, irréguliere, & divisée en quatre parties inégales : celle du dessus est la plus grande, elle est creusée en forme de cuilliere : il s'éleve du fond de la fleur un pistil entouré d'étamines recourbées. Ce pistil devient une silique remplie de semences oblongues. Plumier, nova plant. amer. gener. Voyez PLANTE. (I)

On ne lui attribue aucune propriété médicinale.


CAESAR(Hist. rom.) les empereurs communiquoient le nom de Caesar à ceux qu'ils destinoient à l'empire ; mais ils ne leur donnoient point les titres d'imperator & d'augustus ; c'eût été les associer actuellement. Ces deux derniers titres marquoient la puissance souveraine. Celui de Caesar n'étoit proprement qu'une désignation à cette puissance, qu'une adoption dans la maison impériale. Avant Dioclétien on avoit déja vu plusieurs empereurs & plusieurs Caesars à-la-fois : mais ces empereurs possédoient l'empire par indivis. Ils étoient maîtres solidairement avec leurs collégues de tout ce qui obéissoit aux Romains. Dioclétien introduisit une nouvelle forme de gouvernement, & partagea les provinces romaines. Chaque empereur eut son département. Les Caesars eurent aussi le leur : mais ils étoient au-dessous des empereurs. Ils étoient obligés de les respecter comme leurs peres. Ils ne pouvoient monter au premier rang que par la permission de celui qui les avoit fait Caesar, ou par sa mort. Ils recevoient de sa main leurs principaux officiers. Ordinairement ils ne portoient point le diadème, que les augustes avoient coutume de porter depuis Dioclétien. Cette remarque est de M. de la Bléterie. (D.J.)


CAFFA(Géog.) autrefois Théodosie, ville riche, ancienne & considérable, capitale de la Tartarie Crimée, avec deux citadelles ; elle est sur la mer Noire, à 60 lieues de Constantinople. Long. 52. 30. lat. 44. 58.


CAFFÉS. m. (Hist. nat. bot.) Depuis environ soixante ans, disoit M. de Jussieu en 1715, que le caffé est connu en Europe, tant de gens en ont écrit sans connoître son origine, que si l'on entreprenoit d'en donner une histoire sur les relations qu'on nous en a laissées, le nombre des erreurs seroit si grand, qu'un seul mémoire ne suffiroit pas pour les rapporter toutes.

Ce que nous en allons dire est tiré d'un mémoire contenu dans le recueil de l'Académie des Sciences, année 1713. Ce mémoire est de M. de Jussieu, le nom de l'auteur suffit pour garantir les faits. L'Europe, dit M. de Jussieu, a l'obligation de la culture de cet arbre aux soins des Hollandois, qui de Moka l'ont porté à Batavia, & de Batavia au jardin d'Amsterdam. La France en est redevable au zele de M. de Ressons, lieutenant général de l'Artillerie, & amateur de la Botanique, qui se priva en faveur du jardin du Roi, d'un jeune pié de cet arbre qu'il avoit fait venir de Hollande. Il est maintenant assez commun, & on lui voit donner successivement des fleurs & des fruits.

Cet arbre dans l'état où il étoit au jardin du Roi, lorsque M. de Jussieu fit son mémoire, avoit cinq piés de hauteur & la grosseur d'un pouce ; il donne des branches qui sortent d'espace en espace de toute la longueur de son tronc, toûjours opposées deux à deux, & rangées de maniere qu'une paire croise l'autre. Elles sont souples, arrondies, noüeuses par intervalles, couvertes aussi-bien que le tronc, d'une écorce blanchâtre fort fine, qui se gerse en se desséchant : leur bois est un peu dur & douçâtre au goût ; les branches inférieures sont ordinairement simples, & s'étendent plus horisontalement que les supérieures qui terminent le tronc, lesquelles sont divisées en d'autres plus menues qui partent des aisselles des feuilles, & gardent le même ordre que celles du tronc. Les unes & les autres sont chargées en tout tems de feuilles entieres, sans dentelures ni crénelures dans leur contour, aiguës par leurs deux bouts, opposées deux à deux, qui sortent des noeuds des branches, & ressemblent aux feuilles du laurier ordinaire ; avec cette différence qu'elles sont moins seches & moins épaisses, ordinairement plus larges, plus pointues par leur extrémité, qui souvent s'incline de côté ; qu'elles sont d'un beau verd gai & luisant en-dessus, verd pâle en-dessous, & verd jaunâtre dans celles qui sont naissantes ; qu'elles sont ondées par les bords, ce qui vient peut-être de la culture, & qu'enfin leur goût n'est point aromatique, & ne tient que de l'herbe. Les plus grandes de ses feuilles ont deux pouces environ dans le fort de leur largeur, sur quatre à cinq pouces de longueur ; leurs queues sont fort courtes. De l'aisselle de la plûpart des feuilles naissent des fleurs jusqu'au nombre de cinq, soûtenues par un pédicule court ; elles sont toutes blanches, d'une seule piece, à-peu-près du volume & de la figure de celles du jasmin d'Espagne, excepté que le tuyau en est plus court, & que les découpures en sont plus étroites, & sont accompagnées de cinq étamines blanches à sommets jaunâtres, au lieu qu'il n'y en a que deux dans nos jasmins : ces étamines débordent le tuyau de leurs fleurs, & entourent un style fourchu qui surmonte l'embryon ou pistil placé dans le fond d'un calice verd à quatre pointes, deux grandes & deux petites, disposées alternativement. Ces fleurs passent fort vîte, & ont une odeur douce & agréable. L'embryon ou jeune fruit, qui devient à-peu-près de la grosseur & de la figure d'un bigarreau, se termine en ombilic, & est verd clair d'abord, puis rougeâtre, ensuite d'un beau rouge, & enfin rouge obscur dans sa parfaite maturité. Sa chair est glaireuse, d'un goût desagréable, qui se change en celui de nos pruneaux noirs secs, lorsqu'elle est séchée, & la grosseur de ce fruit se réduit alors en celle d'une baie de laurier. Cette chair sert d'enveloppe à deux coques minces, ovales, étroitement unies, arrondies sur leur dos, applaties par l'endroit où elles se joignent, de couleur d'un blanc jaunâtre, qui contiennent chacune une semence calleuse, pour ainsi dire ovale, voûtée sur son dos, & plate du côté opposé, creusée dans le milieu & dans toute la longueur de ce même côté, d'un sillon assez profond. Son goût est tout-à-fait pareil à celui du caffé qu'on nous apporte d'Arabie : une de ses deux semences venant à avorter, celle qui reste acquiert ordinairement plus de volume, a ses deux côtés plus convexes, & occupe seule le milieu du fruit. Voyez Plan. XXVIII. d'Hist. nat. fig. 3.

On appelle caffé en coque, ce fruit entier & desséché ; & caffé mondé, ses semences dépouillées de leurs enveloppes propres & communes.

Par cette description faite d'après nature, il est aisé de juger que l'arbre du caffé, que l'on peut appeller le caffier, ne peut être rangé sous un genre qui lui convienne mieux que sous celui des jasmins, si l'on a égard à la figure de la fleur, à la structure de son fruit, & à la disposition de ses feuilles.

Cet arbre croît dans son pays natal, & même à Batavia, jusqu'à la hauteur de quarante piés ; le diametre de son tronc n'excede pas quatre à cinq pouces : on le cultive avec soin ; on y voit en toutes les saisons des fruits, & presque toûjours des fleurs. Il fournit deux ou trois fois l'année une récolte très-abondante. Les vieux piés portent moins de fruit que les jeunes, qui commencent à en produire dès la troisieme & quatrieme année après la germination.

Les mots caffé en françois, & coffee en anglois & en hollandois, tirent l'un & l'autre leur origine de caouhe, nom que les Turcs donnent à la boisson qu'on prépare de cette plante.

Quant à sa culture, on peut assûrer que si la semence du caffé n'est pas mise en terre toute récente, comme plusieurs autres semences des plantes, on ne doit pas espérer de la voir germer. Celles de l'arbre qu'on cultivoit depuis une année au jardin-royal, mises en terre aussi-tôt après avoir été cueillies, ont presque toutes levé six semaines après. Ce fait, dit M. de Jussieu, justifie les habitans du pays où se cultive le caffé, de la malice qu'on leur a imputée de tremper dans l'eau bouillante, ou de faire sécher au feu tout celui qu'ils débitent aux étrangers, dans la crainte que venant à élever comme eux cette plante, ils ne perdissent un revenu des plus considérables.

La germination de ces semences n'a rien que de commun.

A l'égard du lieu où cette plante peut se conserver, comme il doit y avoir du rapport avec le pays dans lequel elle naît naturellement, & où l'on ne ressent point d'hyver, on a été obligé jusqu'ici de suppléer au défaut de la température de l'air & du climat, par une serre à la maniere de celles de Hollande, sous laquelle on fait un feu modéré, pour y entretenir une chaleur douce ; & l'on a observé que pour prévenir la sécheresse de cette plante, il lui falloit de tems en tems un arrosement proportionné.

Soit que ces précautions en rendent la culture difficile, soit que les Turcs, naturellement paresseux, ayent négligé le soin de la multiplier dans les autres pays sujets à leur domination ; nous n'avons pas encore appris qu'aucune contrée que celle du royaume d'Yemen en Arabie, ait l'avantage de la voir croître chez elle abondamment ; ce qui paroît être la cause pour laquelle avant le xvj. siecle son usage nous ait été presqu'inconnu.

On laisse à d'autres le soin de rapporter au vrai ce qui y a donné occasion, & d'examiner si l'on en doit la premiere expérience à la vigilance du supérieur d'un monastere d'Arabie, qui voulant tirer ses moines du sommeil qui les tenoit assoupis dans la nuit aux offices du choeur, leur en fit boire l'infusion, sur la relation des effets que ce fruit causoit aux boucs qui en avoient mangé ; ou s'il faut en attribuer la découverte à la piété d'un mufti, qui pour faire de plus longues prieres, & pousser les veilles plus loin que les dervis les plus dévots, a passé pour s'en être servi des premiers.

L'usage depuis ce tems en est devenu si familier chez les Turcs, chez les Persans, chez les Arméniens, & même chez les différentes nations de l'Europe, qu'il est inutile de s'étendre sur la préparation, & sur la qualité des vaisseaux & instrumens qu'on y employe.

Il est bon d'observer que des trois manieres d'en prendre l'infusion, savoir ou du caffé mondé & dans son état naturel, ou du caffé roti, ou seulement des enveloppes propres & communes de cette substance, auxquelles nos françois au retour de Moka ont improprement donné le nom de fleur de caffé ; la seconde de ces manieres est préférable à la premiere, & à la troisieme appellée aussi caffé à la sultane.

Qu'entre le gros & le blanchâtre qui nous vient par Moka, & le petit verdâtre qui nous est apporté du Caire par les caravanes de la Meque, celui-ci doit être choisi comme le plus mûr, le meilleur au goût, & le moins sujet à se gâter.

Que de tous les vaisseaux pour le rôtir, les plus propres sont ceux de terre vernissée, afin d'éviter l'impression que ceux de fer ou d'airain peuvent lui communiquer.

Que la marque qu'il est suffisamment brûlé ou rôti est la couleur tirant sur le violet, qu'on ne peut appercevoir qu'en se servant pour le rôtir d'un vaisseau découvert.

Que l'on ne doit en pulvériser qu'autant & qu'au moment que l'on veut l'infuser : on se sert pour cet effet d'un petit moulin portatif, composé de deux ou trois pieces ; d'une gorge qui fait la fonction de trémie, dans laquelle on met le caffé grillé, & qu'on bouche d'un couvercle percé d'un trou ; d'une noix dont l'arbre est soûtenu & fixé dans le coffre ou le corps du moulin qui la cache, & dans lequel elle se meut sur elle-même : la partie du coffre qui correspond à la noix est de fer, & taillée en dent ; il y a au-dessous de la noix un coffret qui reçoit le caffé à mesure qu'il se moud. Voyez Plan. du Tailland. 3 un moulin à caffé, r s tout monté ; & dans les fig. 4. m m l, k, o p p, n, un autre moulin & son détail. La fig. 4. est l'arbre séparé du moulin r s : m m l, autre moulin ; m, son arbre ; k, son embase ; n, sa coupe par le milieu ; o, sa noix ; fig. r s, r est la trémie.

Et qu'étant jetté dans l'eau bouillante, l'infusion en est plus agréable, & souffre moins de dissipation de ses parties volatiles, que lorsqu'il est mis d'abord dans l'eau froide.

Quant à sa maniere d'agir & à ses vertus, la matiere huileuse qui se sépare du caffé, & qui paroît sur sa superficie lorsqu'on le grille, & son odeur particuliere qui le fait distinguer du seigle, de l'orge, des pois, des feves, & autres semences que l'épargne fait substituer au caffé, doivent être les vraies indications de ses effets, si l'on en juge par leur rapport avec les huiles tirées par la cornue, puisqu'elle contient aussi-bien que celles-là, des principes volatils, tant salins que sulphureux.

C'est à la dissolution de ses sels, & au mélange de ses soufres dans le sang, que l'on doit attribuer la vertu principale de tenir éveillé, que l'on a toûjours remarquée comme l'effet le plus considérable de son infusion. C'est de-là que viennent ses propriétés de faciliter la digestion, de précipiter les alimens, d'empêcher les rapports des viandes, & d'éteindre les aigreurs, lorsqu'il est pris après le repas.

C'est par-là que la fermentation qu'il cause dans le sang, utiles aux personnes grasses, replettes, pituiteuses, & à celles qui sont sujettes aux migraines, devient nuisible aux gens maigres, bilieux, & à ceux qui en usent trop fréquemment.

Et c'est aussi ce qui dans certains sujets rend cette boisson diurétique.

L'expérience a introduit quelques précautions qu'on ne sauroit blâmer, touchant la maniere de prendre cette infusion : telles sont celle de boire un verre d'eau auparavant, afin de la rendre laxative ; de corriger par le sucre l'amertume qui pourroit la rendre desagréable, & de la mêler ou de la faire quelquefois au lait ou à la creme, pour en éteindre les soufres, en embarrasser les principes salins, & la rendre nourrissante.

Enfin l'on peut dire en faveur du caffé, que quand il n'auroit pas des vertus aussi certaines que celles que nous lui connoissons, il a toûjours l'avantage pat-dessus le vin de ne laisser dans la bouche aucune odeur desagréable, ni d'exciter aucun trouble dans l'esprit ; & que cette boisson au contraire semble l'égayer, le rendre plus propre au travail, le récréer, en dissiper les ennuis avec autant de facilité, que ce fameux Népenthe si vanté dans Homere. Mémoires de l'académie royale des Sciences, année 1713 pag. 299.

M. Leaulté pere, docteur en Medecine de la faculté de Paris, a fait une observation sur l'infusion de caffé, qu'il n'est pas inutile de rapporter ici. Un homme à qui un charlatan avoit conseillé l'usage d'une composition propre, à ce qu'il disoit, à arrêter une toux opiniâtre qui le tourmentoit depuis longtems, prit le remede, sans être instruit des ingrédiens qui y entroient : cet homme fut tout-à-coup saisi d'un assoupissement & d'un étouffement considérable, accompagnés de la suppression de toutes les évacuations ordinaires, plus de crachats, plus d'urine, &c. On appella M. Leaulté, qui informé de la nature des drogues que cet homme avoit prises, lui ordonna sur le champ une saignée : mais le poison avoit figé le sang, de maniere qu'il n'en vint ni des bras ni des piés : le medecin ordonna plusieurs tasses d'une forte infusion de caffé sans sucre, ce qui en moins de cinq à six heures restitua au sang un mouvement assez considérable pour sortir par les quatre ouvertures, & le malade guérit.

Simon Pauli, medecin danois, a prétendu qu'il enivroit les hommes, & les rendoit inhabiles à la génération. Les Turcs lui attribuent le même effet, & pensent que le grand usage qu'ils en font, est la cause pour laquelle les provinces qu'ils occupent, autrefois si peuplées, le sont aujourd'hui si peu. Mais Dufour réfute cette opinion, dans son traité du caffé, du thé, & du chocolat.

Le pere Malebranche assûra à MM. de l'académie des Sciences, qu'un homme de sa connoissance avoit été guéri d'une apoplexie par le moyen de plusieurs lavemens de caffé : d'autres disent qu'employé de la même maniere, ils ont été délivrés de maux de tête violens & habituels. (N)

Le commerce du caffé est considérable : on assûre que les seuls habitans du royaume d'Yemen en débitent tous les ans pour plusieurs millions ; ce qu'on n'aura pas de peine à croire, si l'on fait attention à sa consommation prodigieuse.

Caffé mariné ; c'est ainsi qu'on appelle celui qui dans le transport a été mouillé d'eau de mer, on en fait peu de cas, à cause de l'acreté de l'eau de mer, que la torréfaction ne lui ôte pas.

CAFFES : ce sont des lieux à l'établissement desquels l'usage du caffé a donné lieu : on y prend toutes sortes de liqueurs. Ce sont aussi des manufactures d'esprit, tant bonnes que mauvaises.


CAFFETIERS. m. (Commerce) celui qui a le droit de vendre au public du caffé, du thé, du chocolat, & toutes sortes de liqueurs froides & chaudes. Les Caffetiers sont de la communauté des Limonadiers. Voyez LIMONADIER.


CAFFILAS. f. (Commerce) troupe de marchands ou de voyageurs, ou composée des uns & des autres, qui s'assemblent pour traverser avec plus de sûreté les vastes états du Mogol, & autres endroits de la terre ferme des Indes.

Il y a aussi de semblables caffilas qui traversent une partie des deserts d'Afrique, & particulierement ce qu'on appelle la mer de sable, qui est entre Maroc & Tambouctou, capitale du royaume de Gago. Ce voyage, qui est de quatre cent lieues, dure deux mois pour aller, & autant pour le retour, la caffila ne marchant que la nuit à cause des chaleurs excessives du pays.

La caffila est proprement ce qu'on appelle caravane dans l'empire du grand-seigneur, en Perse, & autres lieux de l'Orient. Voyez CARAVANE.

Caffila se dit aussi dans les différens ports que les Portugais occupent encore sur les côtes du royaume de Guzarate, des petites flottes marchandes qui vont de ces ports à Surate, ou qui reviennent de Surate sous l'escorte d'un vaisseau de guerre que le roi de Portugal y entretient à cet effet.


CAFFISS. m. (Commerce) mesure de continence dont on se sert pour les grains à Alicante. Le caffis revient à une charge & demie de Marseille, & contient six quillots de Constantinople, c'est-à-dire quatre cent cinquante livres poids de Marseille ; ce qui revient à trois cent soixante-quatre livres poids de marc. (G)


CAFICI(Commerce) mesure usitée en Afrique, sur les côtes de Barbarie. Vingt guibis font un cafici, & sept cafici font un last d'Amsterdam, ou 262 1/2 livres de Hollande.


CAFRERIE(Géog.) grand pays situé dans la partie méridionale de l'Afrique, borné au nord par l'Abyssinie & la Nigritie ; à l'occident par la Guinée & le Congo ; au sud par le cap de Bonne-Espérance ; à l'orient par l'Océan. Les habitans de cette contrée sont negres & idolâtres. Ce pays est peu connu des Européens, qui n'ont point encore pû y entrer bien avant : cependant on accuse les peuples qui l'habitent d'être anthropophages.


CAFRI(Hist. nat. bot.) fruit des Indes, qui croît sur de petits arbrisseaux. Il est à-peu-près de la grosseur des noix ; lorsqu'il est mûr, il est d'un beau rouge, comme la cerise ; ses fleurs ressemblent à celles du dictamne de Crete.


CAFSA(Géog.) ville d'Afrique dans le Biledulgerid, tributaire du royaume de Tunis. Long. 40. lat. 27. 10.


CAFTAN(Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne à une espece de manteau chez les Turcs & les Persans.


CAGASIAN(Géog.) fort d'Afrique sur la côte de Malaguette.


CAGASTRUM(Medecine) Paracelse se sert de ce mot, pour désigner le germe & le principe de toutes les maladies.


CAGAVELpoisson de mer. Voyez MERDOLE.


CAGAYAN(Géog.) province & riviere d'Asie dans l'île de Luçon, l'une des Philippines.


CAGES. f. c'est au propre un assemblage de plusieurs petits bois équarris, emmortoisés les uns avec les autres, & traversés de bas en-haut par des fils d'archal, de maniere que le tout renferme un espace dans lequel des oiseaux puissent se mouvoir facilement, sans s'échapper. On place en travers dans l'intérieur de la cage, quelques petits bâtons ronds, sur lesquels les oiseaux puissent se reposer. On en couvre le fond d'une planche mince, qui entre pardevant à coulisses dans les traverses assemblées en rectangle, qui forment la base & les contours inférieurs de la cage. Ces traverses sont aussi grillées de fils d'archal, afin que quand on tire la planche du fond, les oiseaux ne puissent pas sortir par ce fond qui resteroit tout ouvert. On a laissé cette planche mobile, afin de pouvoir nettoyer la cage ; on la tire par un petit anneau de fer qui y est attaché. On pratique une petite porte par-devant, & aux deux côtés des ouvertures, au-dessous desquelles on place des petits augets, dans lesquels l'oiseau peut boire & manger. Le fond de toutes ces cages est nécessairement rectangle ou quarré. On lui donne au reste telle forme qu'on veut ; on coupe sur cette forme les petits bois qui servent à la construction ; on les perce au foret & à l'archet. On peut se servir pour plus d'expédition, de la perçoire & de la machine à percer les moules de bouton. Voyez l'article BOUTON. Si on ajoûtoit à cette commodité des patrons d'acier sur lesquels on équarrît les petits bois à la lime, il faudroit très-peu de tems & d'adresse pour faire une cage, où il paroîtroit qu'il y auroit beaucoup d'art & d'ouvrage. On pourroit aisément équarrir & percer plusieurs bâtons à-la-fois par le moyen des patrons.

On a transporté le mot de cage dans plusieurs arts méchaniques, aux parties extérieures qui servent de base à d'autres, dans une grande machine. Ainsi on dit la cage du métier des ouvriers en soie ; la cage du métier à faire des bas ; la cage d'une grande horloge, &c. Voyez à la suite de cet article, plusieurs de ces acceptions.

CAGE, en Architecture, est un espace terminé par quatre murs, qui renferment un escalier, ou quelque division d'appartement.

CAGE de cloches ; c'est un assemblage de charpente, ordinairement revêtu de plomb, & compris depuis la chaise sur laquelle il pose, jusqu'à la base de la fleche.

CAGE de moulin à vent ; c'est un assemblage quarré de charpente en maniere de pavillon, revêtu d'ais & couvert de bardeau, qu'on fait tourner sur un pivot posé sur un massif rond de maçonnerie, pour exposer au vent les volans du moulin.

CAGE, terme de Bijoutier ; c'est une tabatiere qui differe de la garniture en ce que celle-ci a sa bate d'or, & que la cage n'a qu'une bate de fermeture. (Voyez BATE), une petite moulure, & un pilier sur chaque angle : le reste est rempli, comme le dessous & le dessus.

CAGE signifie, dans l'Horlogerie, une espece de bâti qui contient les roues de l'horloge. Dans les montres & les pendules elle est composée de deux plaques qu'on appelle platines. Ces plaques sont tenues éloignées l'une de l'autre d'une certaine distance, au moyen des piliers P, P, P, P. Voyez les fig. 42. 47. & 56. Pl. X. de l'Horlog. Ces piliers d'un côté sont rivés à la platine des piliers E, & de l'autre ils ont chacun un pivot qui entre dans les trous faits exprès dans l'autre platine D. De plus, ils ont un rebord ou assiette R, pour faire, comme on l'a dit, que ces platines soient tenues à une certaine distance l'une de l'autre. Pour qu'elles ne fassent qu'un corps ensemble, & que celle qui entre sur les pivots des piliers n'en sorte pas, chacun de ces pivots est percé d'outre-en-outre d'un petit trou situé à une distance du rebord R, un peu moindre que l'épaisseur de la platine : une petite goupille étant enfoncée à force dans ce trou, elle la presse contre ce rebord ; & chaque pilier en ayant une même, la platine D est retenue fermement avec l'autre E.

Tout ce que nous venons de dire des cages de montres, s'applique également à celles des pendules.

Pour qu'une cage soit bien montée, il faut que les platines soient bien paralleles entr'elles, & que la platine O qui entre sur les piliers, le fasse librement & sans brider. On trouvera à l'article HORLOGE de clocher, la description des cages de ces horloges. Voy. PLATINE, PILIER, &c. (T)

CAGE, chez les Tourneurs, est la partie ambiante du tour à figurer : elle sert à porter les roulettes qui poussent contre les rosettes de l'arbre. Voy. TOUR FIGURE, & Planche du tour III. & IV.

CAGE, (Marine) c'est une espece d'échauguette qui est faite en cage au haut du mât d'un vaisseau. On lui donne le nom de hune sur l'Océan, & celui de gabie sur la Méditerranée. (Z)


CAGLI(Géog.) ville d'Italie au duché d'Urbin au pié de l'Appennin. Long. 30. 18. lat. 43. 30.


CAGLIARI(Géog.) ville capitale du royaume de Sardaigne, dans la partie méridionale de l'île sur la mer Méditerranée. Long. 27. 7. lat. 39. 20.


CAGNARDS. m. sorte de fourneau à l'usage des Ciriers. Il consiste en une espece de baquet sans fond & renversé, sur lequel on pose la cuve qui contient la cire fondue, dont les Ciriers forment les bougies de table & les cierges. Dans l'un des côtés du cagnard on a ménagé une ouverture, par laquelle on fait entrer sous la cuve une poële de fer remplie de feu, pour faire fondre la cire que la cuve contient. Voyez les fig. 8. & 2. Plan. du Cirier. On se sert pour modérer le feu lorsqu'il devient trop violent, d'une plaque de tole percée de plusieurs trous, représentée fig. 10. avec laquelle on couvre la poële.


CAGOTou CAPOTS, s. m. pl. (Hist. mod.) c'est ainsi, dit Marca dans son histoire de Béarn, qu'on appelle en cette province, & dans quelques endroits de la Gascogne, des familles qu'on prétend descendues des Visigots qui resterent dans ces cantons après leur déroute générale. Ce que nous en allons raconter, est un exemple frappant de la force & de la durée des haines populaires. Ils sont censés ladres & infects ; & il leur est défendu, par la coûtume de Béarn, sous les peines les plus séveres, de se mêler avec le reste des habitans. Ils ont une porte particuliere pour entrer dans les églises, & des siéges séparés. Leurs maisons sont écartées des villes & des villages. Il y a des endroits où ils ne sont point admis à la confession. Ils sont charpentiers, & ne peuvent s'armer que des instrumens de leur métier. Ils ne sont point reçus en témoignage. On leur faisoit anciennement la grace de compter sept d'entr'eux pour un témoin ordinaire. On fait venir leur nom de caas Goths, chiens de Goths. Cette dénomination injurieuse leur est restée, avec le soupçon de ladrerie, en haine de l'Arianisme dont les Goths faisoient profession. Ils ont été appellés chiens & réputés ladres, parce qu'ils avoient eu des ancêtres Ariens. On dit que c'est par un châtiment semblable à celui que les Israélites infligerent aux Gabaonites, qu'ils sont tous occupés au travail des bois. En 1460, les états de Béarn demanderent à Gaston d'Orléans, prince de Navarre, qu'il leur fût défendu de marcher piés nuds dans les rues, sous peine de les avoir percés, & enjoint de porter le pié d'oie ou de canard sur leur habit. On craignoit qu'ils n'infectassent ; & l'on prétendoit annoncer par le pié d'un animal qui se lave sans-cesse, qu'ils étoient immondes. On les a aussi appellés Geziatins, de Giezi, serviteur d'Elisée, qui fut frappé de lepre. Le mot cagot est devenu synonyme à hypocrite.


CAGOUILLou GAGOUILLE, s. f. (Marine) volute du revers de l'éperon. C'est ce qui fait un ornement au haut du bout de l'éperon d'un vaisseau. Voyez REVERS D'éPERON.


CAGUES. f. (Marine) c'est une sorte de petit bâtiment hollandois, dont il faut voir le dessein Pl. XIV. fig. 1. pour pouvoir s'en former une idée juste. Voici le devis de la cague qui est représentée ici.

Ce bâtiment a 47 piés de long de l'étrave à l'étambord, 12 piés 6 pouces de large de dedans en-dedans, & 4 piés 2 pouces de creux. L'étrave a 9 piés de haut, un de large par le haut, & 5 piés & demi de queste. L'étambord a 7 piés 8 pouces de haut & 3 piés de queste. Il a 7 pouces d'épais en-dedans, & 5 pouces en-dehors, & un pié de large par le haut. La salle a 8 piés 5 pouces & demi de large, & 4 pouces d'épais. Les varengues ont 3 pouces & demi d'épais, & sont à un pié de distance l'une de l'autre ; les genoux sont à même distance, ayant 4 pouces d'épaisseur vers le haut, & 5 pouces de largeur. Le bordage a un pouce & demi d'épais, & la ceinte en a 4 & demi, & autant de largeur. Le bordage au-dessus de la ceinte a un pié de large, le serre-gouttiere qui est au-dessus a un pié 7 pouces de large, & 2 pouces d'épais. La couverte de l'avant a 15 piés de long. La carlingue a un pié 2 pouces de large, & 3 pouces d'épais. Le cornet du mât s'éleve d'un pié 7 pouces au-dessus du tillac, & a 4 pouces d'épais ; son étendue en-dedans est de 13 pouces d'épais, & 15 pouces de large. L'écoutille qui est au-devant a 7 piés 7 pouces de long. La hisse a un pouce & demi d'épais. La couverte de l'arriere a 4 piés 8 pouces de long, & deux écoutilles. Le traversin d'écoutille a deux pouces d'épais & 4 pouces de large. Les courbatons ont 4 pouces d'épais & 5 de large. La serre-gouttiere a un pié 9 pouces de large. Derriere le mât, il y a un ban où les semelles sont attachées, & un autre au bout de la couverte de l'arriere. Les semelles ont 11 piés & demi de long, 2 piés de large par-devant, 4 piés & demi par-derriere, & 2 pouces & demi d'épaisseur. Le gouvernail a 2 piés & demi de large par le haut, 4 piés 5 pouces & demi par le bas, d'épaisseur par-devant autant que l'étambord : mais il est un peu plus mince par-derriere. La barre du gouvernail a 8 piés de long, 4 pouces d'épais & 5 de large. Le mât a 45 piés de long. Le baleston a 50 piés de long. Il y a dans les courcives un taquet au-dessus de chaque courbaton. Les branches supérieures des genoux aboutissent sur la préceinte. (Z)


CAHou CAHYS. Voyez CAHYS.


CAHIERS. m. c'est au propre l'assemblage de plusieurs feuillets de papier blanc ou écrits, pliés ensemble, sans être ni attachés ni reliés. On a transporté ce nom à des ouvrages qui se dictent sous cette forme : ainsi on dit, des cahiers de Philosophie, des cahiers de Droit, &c.

CAHIER, en terme de Droit public, est la supplique ou le mémoire des demandes, des propositions, ou remontrances que le clergé ou les états d'une province font au Roi. (H)

CAHIER ; les relieurs appellent cahier les feuilles d'un livre pliées suivant leur format. Les feuilles in -4°. & in -8°. ne font jamais qu'un cahier. Il faut deux ou trois feuilles in-fol. pliées l'une dans l'autre pour faire le cahier in-fol. suivant que le livre est imprimé. Les in -12 font quelquefois deux cahiers : mais plus souvent un seul. Les formats au-dessous font toûjours plusieurs cahiers. Voyez PLIER.


CAHORLou CAORLE, (Géog.) petite île du golfe de Venise, sur les côtes du Frioul, avec une ville de même nom.


CAHORS(Géog.) ville de France, capitale du Quercy dans la Guienne sur la Lot. Long. 19. 7. 9. lat. 44. 36. 4.


CAHUCHU(Hist. des drogues) prononcez cahoutchou, c'est la résine qu'on trouve dans les pays de la province de Quito, voisins de la mer. Elle est aussi fort commune sur les bords du Maragnon, & est impénétrable à la pluie. Quand elle est fraîche, on lui donne avec des moules la forme qu'on veut ; mais ce qui la rend le plus remarquable, c'est sa grande élasticité. On en fait des bouteilles qui ne sont pas fragiles, & des boules creuses qui s'applatissent quand on les presse, & qui dès qu'elles ne sont plus gênées, reprennent leur premiere figure.

Les Portugais du Para ont appris des Omaguas à faire, avec la même matiere, des seringues qui n'ont pas besoin de piston. Elles ont la forme de poires creuses, percées d'un petit trou à leurs extrémités, où l'on adapte une cannule de bois ; on les remplit d'eau, & en les pressant lorsqu'elles sont pleines, elles font l'effet d'une seringue ordinaire. Ce meuble est fort en usage chez les Omaguas.

Quand ils s'assemblent entr'eux pour quelque fête, le maître de la maison ne manque pas d'en présenter une par politesse à chacun des conviés, & son usage précede toujours parmi eux le repas de cérémonie. En 1747, on a trouvé l'arbre qui produit cette résine dans les bois de Cayenne, où jusqu'alors il avoit été inconnu. Hist. de l'acad. des Scienc. année 1745. (D.J.)


CAHYSS. m. (Commerce) mesure de grains dont on se sert en quelques endroits d'Espagne, particulierement à Seville & à Cadix. Quatre cahys font le fanega, & cinquante fanegas font le last d'Amsterdam. Il faut douze anegras pour un cahys. Voyez FANEGA, LAST, ANEGRA, Dictionn. du Commerce, tome II. page 31.

* Le cahys est généralement en usage en Espagne pour les marchandises seches ; l'anegra tient douze almudas, & l'almuda répond à environ sept livres de Hollande ou d'Amsterdam, & neuf à dix onces.


CAI(Géog.) petit royaume dépendant de l'empire du Japon, dans l'île de Niphon.


CAIABO(Géog.) province de l'Amérique septentrionale dans l'île Espagnole.


CAICHEsorte de bâtiment. Voyez QUAICHE.


CAICOS(Géog.) îles de l'Amérique, au nord de celle de Saint-Domingue : elles sont au nombre de six.


ÇAICou SAIQUES, s. f. pl. (Hist. & Navigat.) L'on nomme ainsi de petites barques qui sont ordinairement attachées aux galeres, de même qu'une chaloupe l'est aux vaisseaux. On donne aussi ce nom à des bâtimens dont on se sert assez communément en Hongrie pour naviger sur le Danube, aussi-bien qu'à des barques couvertes par en-haut de peaux d'animaux, dont les Cosaques se servent pour pirater & croiser sur la mer Noire. Une çaïc tient quarante à cinquante hommes. (Z)


CAIENNou CAYENNE, (Géog.) île de l'Amérique, avec une ville de même nom, appartenant à la France. Voyez PENDULE.


CAIESS. f. (Marine) c'est un banc de sable ou de roche, couvert d'une vase épaisse ou de quantité d'herbages, quelquefois à fleur-d'eau, & le plus souvent couvert de très-peu d'eau, sur lequel les petits bâtimens peuvent échoüer. On écrit aussi cayes. (Z)


CAIFUNG(Géog.) ville d'Asie dans la Chine, province de Honnang. Long. 131. 30. lat. 35.


CAILLES. f. coturnix, (Hist. nat. Ornith.) oiseau plus petit, plus large, & moins resserré par les côtés que le râle. Il a sept pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue, & treize à quatorze pouces d'envergeure. Le bec a un peu plus d'un demi-pouce de longueur depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche : il est plus applati que le bec des autres oiseaux de ce genre ; la piece inférieure est noire, & la supérieure est legerement teinte de brun, & son extrémité est pointue. L'iris des yeux est couleur de noisette. Le ventre & la poitrine sont d'un jaune pâle mêlé de blanc, & la gorge a de plus une teinte de roux. Il y a sous la piece inférieure du bec une large bande noirâtre qui s'étend en-bas, & au-dessus des yeux une ligne blanchâtre qui passe sur le milieu de la tête, dont les plumes sont noires, à l'exception des bords qui sont roux ou cendrés. Les plumes du dessous du cou, & celles qui recouvrent le dos, ont chacune à leur milieu une marque de couleur jaune-blanchâtre, & le reste de la plume est bigarré de noir & de roux cendré. On voit sous les ailes une longue bande dont le milieu est noir & les côtés de couleur rousse mêlée de noir. Les grandes plumes des ailes sont brunes & parsemées de lignes transversales de couleur rousse pâle. Les petites plumes des ailes qui recouvrent les grandes, sont presqu'entierement roussâtres. La queue est courte, & n'a qu'un pouce & demi de longueur ; elle est composée de douze plumes de couleur noirâtre entremêlée de lignes transversales d'un roux peu foncé. Les pattes sont de couleur pâle, & recouvertes d'une peau divisée plûtôt en écailles qu'en anneaux entiers. Le dessous du pié est jaune ; le doigt extérieur tient par une membrane au doigt du milieu jusqu'à la premiere articulation. Les cailles sont des oiseaux de passage : elles quittent ces pays-ci aux approches de l'hyver, pour aller dans des climats plus chauds, & elles passent les mers pour y arriver. Willughby, Ornit. Voyez OISEAU.

CAILLE, (roi de) ortigometra, oiseau qui pese environ cinq onces. Il a treize ou quatorze pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité des ongles, & onze pouces, si on ne prend la longueur que jusqu'au bout de la queue. L'envergeure est d'environ un pié & demi. Le bec a un pouce de longueur depuis sa pointe jusqu'aux coins de la bouche. Le corps est applati sur les côtés. Le bas de la poitrine & le ventre sont blancs. Le menton est blanc ; le jabot de couleur sale. Il y a sur la tête deux traits noirs ; le milieu des plumes du dos est de même couleur, & les bords sont de couleur cendrée rousse. Les cuisses sont marquées de bandes transversales blanches. Il y a vingt-trois grandes plumes dans chaque aile. Les petites plumes qui recouvrent les grandes, sont de couleur de safran en-dessus, & en-dessous de même couleur que les bords des grandes plumes. La queue a près de deux pouces de longueur, & elle est composée de douze plumes. La partie supérieure du bec est blanchâtre, & l'inférieure de couleur brune. Les jambes sont dégarnies de plumes jusqu'au-dessus de l'articulation du genou. Les piés sont blanchâtres. On dit que cet oiseau sert de guide aux cailles lorsqu'elles passent d'un pays à un autre. On le nomme rallus ou grallus, parce que ses jambes sont si longues qu'il semble marcher sur des échasses. Cet oiseau est excellent à manger : c'est pourquoi on dit vulgairement que c'est un morceau de roi. Willughby, Ornith. Voyez OISEAU.

CAILLE DE BENGALE, (Hist. nat. Ornith.) oiseau un peu plus gros que notre caille ; son bec est d'une couleur de frêne sombre, tirant sur le brun ; les coins de sa bouche sont rouges, ses narines sont grandes & oblongues ; l'iris des yeux est de couleur blanchâtre ; le sommet de la tête est noir ; au-dessous de ce noir il y a une couche de jaune, & ensuite une ligne noire qui commence auprès des coins de la bouche, & qui entoure le derriere de la tête : au-dessous de cette bande, il y a une couche de blanc ; la poitrine, le ventre, les cuisses sont de couleur de bufle pâle & tirant sur le jaune ; la partie de dessous contiguë à la queue est tachetée de rouge ; le derriere du cou & les plumes qui recouvrent les ailes, sont d'un verd jaunâtre, à l'exception d'une marque d'un verd pâle bleuâtre qui est à la naissance des ailes & d'une autre de la même couleur sur le croupion ; les grandes plumes des ailes sont noires, & il y a une ligne blanche sur les petites ; les jambes & les pattes sont de couleur de citron, & les ongles sont rougeâtres. Hist. nat. des Oiseaux. Derham. Voyez OISEAU. (I)

* Chasse de la caille. La caille se chasse au chien couchant & au fusil, au hallier & à la tirasse. Voyez HALLIER, voyez TIRASSE. La chasse de la caille au chien couchant n'a rien de particulier ; on tend le hallier en zig-zag ; c'est un petit filet d'un pié de hauteur au plus, qui se tient perpendiculaire à l'aide de piquets ; on a un appeau ; le hallier se place entre la caille & le chasseur : le chasseur contrefait la voix de la femelle ; & les mâles accourant, se jettent dans les mailles du hallier dont ils ne peuvent plus se débarrasser. L'appeau de la caille est fait d'une petite bourse de cuir pleine de crin, à laquelle on ajuste un sifflet fait d'un os de jambe de chat, de cuisse d'oie, d'aile de héron, &c. qu'on rend sonore avec un peu de cire molle ; ou d'un morceau de peau mollette attachée sur un fil de fer en spirale, & collée à l'une de ses extrémités sur un petit morceau de bois en forme de cachet, & à l'autre extrémité sur un petit sifflet semblable à celui du premier appeau. On tient celui-ci de la main gauche appuyé contre le côté droit, & l'on frappe dessus avec le doigt index, de maniere à imiter le chant de la caille. L'autre appeau a un fil passé à l'extrémité du petit morceau de bois en cachet ; on prend ce fil entre le pouce & l'index de la main gauche, & tenant le sifflet de la droite, on pousse l'appeau contre les doigts de la gauche, afin de le faire résonner convenablement. On peut au lieu d'appeau se servir d'une caille femelle qu'on a dans une cage qu'on entoure de hallier ; cette méthode est la plus sûre. Voyez Planches de chasses en A & B, les deux appeaux dont il s'agit, & en C le hallier.

On rôtit les cailles comme tout autre gibier ; on les met en ragoût, ou on les sert à la braise.

* CAILLES, (Myth.) Latone persécutée par Junon, fut changée en caille par Jupiter, & se réfugia sous cette forme dans l'île de Delos. Les Phéniciens sacrifioient la caille à Hercule, en mémoire de ce que ce héros que Typhon avoit tué, fut rappellé à la vie par l'odeur d'une caille qu'Iolaus lui fit sentir.


CAILLÉS. m. qui ne doit être employé, proprement parlant, que pour signifier du lait caillé. On dit aussi au participe passif, caillé ; lait caillé, sang caillé. De-là vient le mot caillebotte, lait caillé en petites masses. Voyez LAIT.


CAILLEBOTISS. m. (Marine) c'est une espece de treillis fait de petites pieces de bois entrelacées & mises à angle droit. Ils sont bordés par des hiloires, & on les place au milieu des ponts des vaisseaux. Les caillebotis servent non-seulement à donner de l'air à l'entre-deux des ponts quand les sabords sont fermés durant l'agitation de la mer, mais encore à faire exhaler par ces sortes de treillis, la fumée du canon qui tire sous les tillacs. On met des prélarts sur les caillebotis, pour les couvrir, afin que l'eau de la mer ne tombe pas sous les ponts dans le gros tems. Voyez Planche VI. n°. 75. la figure d'un caillebotis. Voyez aussi Planche IV. fig. 1. n°. 126. le caillebotis du second pont, n°. 147. le caillebotis des gaillards, n°. 191. le caillebotis d'éperon.

Le caillebotis est composé des hiloires, des vassales, & des lattes ; le grand caillebotis dans les vaisseaux de guerre doit avoir sept piés de large dans son milieu ; ses hiloires 10 à 11 pouces de large, sur 5 à 6 d'épais ; les vassales environ 2 pouces & demi de large, & au moins 2 pouces d'épais ; les lattes doivent avoir trois pouces & demi de large, & plus de demi pouce d'épais ; elles sont posées sur les vassales par la longueur du vaisseau.

Le petit caillebotis qui est derriere le mât doit avoir trois piés en quarré, les hiloires sept à huit pouces, les lattes trois pouces & demi de large, & un peu plus de demi-pouce d'épais.

Le caillebotis qui est devant la grande écoutille, & celui qui est sur le château d'avant, doivent être de même largeur. (Z)


CAILLELAITS. m. gallium, (Hist. nat. bot.) genre de plante dont la fleur est faite en forme de cloche, ouverte & découpée. Le calice devient dans la suite un fruit composé de deux semences seches, dont la figure ressemble pour l'ordinaire à celle d'un croissant. Ajoûtez aux caracteres de ce genre, que les feuilles ne sont ni rudes ni cotonneuses, & qu'il y en a cinq ou six ensemble, & même davantage, autour des noeuds des tiges. Tournefort. Inst. rei herb. Voy. PLANTE. (I)

On a donné ce nom françois à la plante appellée gallium luteum, à cause de la propriété que l'on lui a découvert de faire cailler le lait. On se sert du caillelait contre l'épilepsie, en le donnant en poudre le matin à jeun, la dose d'un gros ; ou bien on fait prendre quatre onces de son suc dans une chopine d'eau commune ; ou enfin on fait bouillir une poignée de cette plante dans une pareille quantité d'eau.

On lui donne aussi la propriété d'arrêter les hémorrhagies, sur-tout celles du nez, en la mettant en poudre, & la prenant comme du tabac.

Nota, que lorsqu'on fait une infusion de gallium luteum ou caillelait, on doit la faire à froid, parce qu'en la mettant dans l'eau bouillante comme le thé, elle perd beaucoup de sa vertu. Il faut donc la mettre infuser le soir pour la prendre le lendemain. (N)


CAILLERv. n. p. (Chimie) Cailler & coaguler sont mots synonymes ; cependant cailler ne se dit ordinairement que du sang & du lait, & plus particulierement du lait. On ne peut dire en parlant d'autres liqueurs, qu'elles se caillent, ou qu'on les fait cailler ; on se sert alors du terme de coaguler. On peut en parlant du sang, se servir également du terme de coaguler, & de celui de cailler : mais en parlant du lait, cailler est un terme plus propre que coaguler, soit que cela se fasse par la chaleur, par la présure, &c. Voyez LAIT-PRIS & PETIT-LAIT.

On dit aussi quelquefois en Chimie, en parlant du changement qui arrive à certaines dissolutions, qu'elles se caillent, comme il arrive à la dissolution d'argent faite par l'acide du nitre, qui se caille lorsqu'on y ajoûte de l'acide du sel marin, & il s'y fait un précipité en caillé blanc. (M)


CAILLETTES. f. la partie du veau où se trouve la présure à cailler le lait. La caillette est le dernier estomac de ces animaux : les animaux ruminans ont quatre estomacs différens ; savoir la panse, le réseau, le feuillet, & la caillette. Voyez RUMINATION. (M)


CAILLIQUEpoisson de mer. Voyez HARENGADE.


CAILLOTS. m. qui ne se dit que du sang caillé en petites masses.


CAILLOUsilex, (Hist. nat.) matiere vitrifiable produite par l'argille, & analogue au sable vitrifiable, grès, granit, &c. Il y a des carrieres de cailloux où cette matiere est disposée en grandes masses & par couches ; il y a aussi dans différens pays des cailloux en petite masse & répandus en très-grande quantité, soit à la surface, soit à l'intérieur de la terre. Ainsi la matiere du caillou est une de celles qui tombent le plus souvent sous les yeux, & qu'il importe par conséquent de connoître le mieux. Or pour la considérer sous deux aspects, l'un relatif à l'Histoire naturelle, l'autre à la Chimie ; nous allons commencer par le premier. Voici comment M. de Buffon explique la formation du caillou, Hist. nat. tome I. pag. 259.

" Je conçois, dit-il, que la terre dans le premier état étoit un globe, ou plutôt une sphéroïde de matiere vitrifiée de verre, si l'on veut très-compacte, couverte d'une croûte legere & friable, formée par les scories de la matiere en fusion d'une véritable pierre-ponce : le mouvement & l'agitation des eaux & de l'air briserent bientôt & réduisirent en poussiere cette croûte de verre spongieuse, cette pierre-ponce qui étoit à la surface ; de-là les sables qui en s'unissant, produisirent ensuite les grès & le roc vif, ou ce qui est la même chose, les cailloux en grande masse, qui doivent aussi-bien que les cailloux en petite masse, leur dureté, leur couleur, ou leur transparence, & la variété de leurs accidens, aux différens degrés de pureté & à la finesse des grains de sable qui sont entrés dans leur composition.

Ces mêmes sables, dont les parties constituantes s'unissent par le moyen du feu, s'assimilent & deviennent un corps dur très-dense, & d'autant plus transparent, que le sable est plus homogène ; exposée au contraire long-tems à l'air, ils se décomposent par la désunion & l'exfoliation des petites lames dont ils sont formés, ils commencent à devenir terre ; & c'est ainsi qu'ils ont pû former les glaises & les argilles. Cette poussiere, tantôt d'un jaune brillant, tantôt semblable à des paillettes d'argent, dont on se sert pour sécher l'écriture, n'est autre chose qu'un sable très-pur, en quelque façon pourri, presque réduit en ses principes, & qui tend à une décomposition parfaite ; avec le tems ces paillettes se seroient atténuées & divisées au point qu'elles n'auroient plus eu assez d'épaisseur & de surface pour refléchir la lumiere, & elles auroient acquis toutes les propriétés des glaises. Qu'on regarde au grand jour, un morceau d'argille, on y apercevra une grande quantité de ces paillettes talqueuses, qui n'ont pas encore entierement perdu leur forme. Le sable peut donc avec le tems produire l'argille, & celle-ci en se divisant acquiert de même les propriétés d'un véritable limon, matiere vitrifiable comme l'argille, & qui est du même genre.

Cette théorie est conforme à ce qui se passe tous les jours sous nos yeux ; qu'on lave du sable sortant de sa miniere, l'eau se chargera d'une assez grande quantité de terre noire, ductile, grasse, de véritable argille. Dans les villes où les rues sont pavées de grès, les boues sont toûjours noires & très-grasses ; & desséchées, elles forment une terre de la même nature que l'argille. Qu'on détrempe & qu'on lave de même l'argille prise dans un terrein où il n'y a ni grès ni cailloux, il se précipitera toûjours au fond de l'eau une assez grande quantité de sable vitrifiable.

Mais ce qui prouve parfaitement que le sable, & même le caillou & le verre existent dans l'argille, & n'y sont que déguisés, c'est que le feu en réunissant les parties de celle-ci, que l'action de l'air & des autres élémens avoit peut-être divisées, lui rend sa premiere forme. Qu'on mette de l'argille dans un fourneau de réverbere échauffé au degré de la calcination, elle se couvrira au-dehors d'un émail très-dur ; si à l'extérieur elle n'est point encore vitrifiée, elle aura cependant acquis une très-grande dureté ; elle résistera à la lime & au burin ; elle étincellera sous le marteau ; elle aura enfin toutes les propriétés du caillou : un degré de chaleur de plus la fera couler, & la convertira en un véritable verre.

L'argille & le sable sont donc des matieres parfaitement analogues & du même genre. Si l'argille en se condensant peut devenir du caillou, du verre, pourquoi le sable en se divisant ne pourroit-il pas devenir de l'argille ? le verre paroît être la véritable terre élémentaire, & tous les mixtes un verre déguisé ; les métaux, les minéraux, les sels, &c. ne sont qu'une terre vitrescible ; la pierre ordinaire, les autres matieres qui lui sont analogues, & les coquilles de testacées, de crustacées, &c. sont les seules substances qu'aucun agent connu n'a pû jusqu'à présent vitrifier, & les seules qui semblent faire une classe à part. Le feu en réunissant les parties divisées des premieres, en fait une matiere homogène, dure, transparente à un certain degré, sans aucune diminution de pesanteur, & à laquelle il n'est plus capable de causer aucune altération ; celles-ci au contraire, dans lesquelles il entre une plus grande quantité de principes actifs & volatils, & qui se calcinent, perdent au feu plus du tiers de leur poids, & reprennent simplement la forme de terre, sans autre altération de leurs principes ; ces matieres exceptées, qui ne sont pas en grand nombre, & dont les combinaisons ne produisent pas de grandes variétés dans la nature, toutes les autres substances, & particuliérement l'argille, peuvent être converties en verre, & ne sont essentiellement par conséquent qu'un verre décomposé. Si le feu fait changer promtement de forme à ces substances, en les vitrifiant, le verre lui-même, soit qu'il ait sa nature de verre, ou bien celle de sable & de caillou, se change naturellement en argille, mais par un progrès lent & insensible.

Dans les terreins où le caillou est la pierre dominante, les campagnes en sont ordinairement jonchées ; & si le lieu est inculte, & que ces cailloux ayent été long-tems exposés à l'air sans avoir été remués, leur superficie est toûjours très-blanche, tandis que le côté opposé qui touche immédiatement la terre, est très-brun & conserve sa couleur naturelle. Si on casse plusieurs de ces cailloux, on reconnoîtra que la blancheur n'est pas seulement au-dehors, mais qu'elle pénétre dans l'intérieur plus ou moins profondément, & y forme une espece de bande, qui n'a dans de certains cailloux que très-peu d'épaisseur ; mais qui dans d'autres occupe presque toute celle du caillou. Cette partie blanche est un peu grenue, entierement opaque, aussi tendre que la pierre ; & elle s'attache à la langue comme les bols, tandis que le reste du caillou est lisse & poli, qu'il n'a ni fil ni grain, & qu'il a conservé sa couleur naturelle, sa transparence & sa même dureté. Si on met dans un fourneau ce même caillou à moitié décomposé, sa partie blanche deviendra d'un rouge couleur de tuile, & sa partie brune d'un très-beau blanc. Qu'on ne dise point avec un de nos plus célebres naturalistes, que ces pierres sont des cailloux imparfaits de différens âges, qui n'ont point encore acquis leur perfection ; car pourquoi seroient-ils tous imparfaits ? pourquoi le seroient-ils tous d'un même côté, & du côté qu'il est exposé à l'air ? il me semble qu'il est aisé au contraire de se convaincre que ce sont des cailloux altérés, décomposés, qui tendent à reprendre la forme & les propriétés de l'argille & du bol, dont ils ont été formés.

Si c'est conjecturer que de raisonner ainsi, qu'on expose en plein air le caillou le plus caillou (comme parle ce fameux naturaliste) le plus dur & le plus noir ; en moins d'une année il changera de couleur à la surface ; & si on a la patience de suivre cette expérience, on lui verra perdre insensiblement & par degrés sa dureté, sa transparence & ses autres caracteres spécifiques, & approcher de plus en plus chaque jour de la nature de l'argille.

Ce qui arrive au caillou arrive au sable ; chaque grain de sable peut être considéré comme un petit caillou, & chaque caillou comme un amas de grains de sable extrêmement fins & exactement engrainés. L'exemple du premier degré de décomposition du sable se trouve dans cette poudre brillante, mais opaque, mica, dont nous venons de parler, & dont l'argille & l'ardoise sont toûjours parsemées ; les cailloux entierement transparens, les quartz produisent, en se décomposant, des talcs gras & doux au toucher, aussi paitrissables & ductiles que la glaise, & vitrifiables comme elle, tels que ceux de Venise & de Moscovie. Il me paroît que le talc est un terme moyen entre le verre ou le caillou transparent & l'argille ; au lieu que le caillou grossier & impur, en se décomposant, passe à l'argille sans intermede.

Nous avons dit qu'on pouvoit diviser toutes les matieres en deux grandes classes, & par deux caracteres généraux ; les unes sont vitrifiables, les autres sont calcinables ; l'argille & le caillou, la marne & la pierre, peuvent être regardées comme les deux extrèmes de chacune de ces classes, dont les intervalles sont remplis par la variété presque infinie des mixtes, qui ont toujours pour base l'une ou l'autre de ces matieres.

Les matieres de la premiere classe ne peuvent jamais acquérir la nature & les propriétés de celle de l'autre ; la pierre quelqu'ancienne qu'on la suppose, sera toûjours aussi éloignée de la nature du caillou, que l'argille l'est de la marne : aucun agent connu ne sera jamais capable de les faire sortir du cercle de combinaisons propres à leur nature ; les pays où il n'y a que des marbres & de la pierre, aussi certainement que ceux où il n'y a que du grès, du caillou, & du roc vif, n'auront jamais que de la pierre ou du marbre.

Si l'on veut observer l'ordre & la distribution des matieres dans une colline composée de matieres vitrifiables, comme nous l'avons fait tout-à-l'heure dans une colline composée de matieres calcinables, on trouvera ordinairement sous la premiere couche de terre végétale un lit de glaise ou d'argille, matiere vitrifiable & analogue au caillou, & qui n'est, comme je l'ai dit, que du sable vitrifiable décomposé ; ou bien on trouve sous la terre végétale, une couche de sable vitrifiable ; ce lit d'argille ou de sable répond au lit de gravier qu'on trouve dans les collines composées de matieres calcinables : après cette couche d'argille ou de sable, on trouve quelques lits de grès, qui, le plus souvent n'ont pas plus d'un demi pié d'épaisseur, & qui sont divisés en petits morceaux par une infinité de fentes perpendiculaires, comme le moilon du troisieme lit de la colline, composée de matieres calcinables ; sous ce lit de grès on en trouve plusieurs autres de la même matiere, & aussi des couches de sable vitrifiable, & le grès devient plus dur, & se trouve en plus gros blocs à mesure que l'on descend. Au-dessous de ces lits de grès, on trouve une matiere très-dure, que j'ai appellée du roc vif, ou du caillou en grande masse : c'est une matiere très dure, très-dense, & qui résiste à la lime, au burin, à tous les esprits acides, beaucoup plus que n'y résiste le sable vitrifiable, & même le verre en poudre, sur lesquels l'eau-forte paroît avoir quelque prise ; cette matiere frappée avec un autre corps dur jette des étincelles, & elle exhale une odeur de souffre très-pénétrante. J'ai crû devoir appeller cette matiere du caillou en grande masse ; il est ordinairement stratifié sur d'autres lits d'argille, d'ardoise, de charbon de terre, de sable vitrifiable d'une très-grande épaisseur, & ces lits de cailloux en grande masse, répondent encore aux couches de matieres dures, & aux marbres qui servent de base aux collines composées de matieres calcinables.

L'eau, en coulant par les fentes perpendiculaires & en pénétrant les couches de ces sables vitrifiables, de ces grès, de ces argilles, de ces ardoises, se charge des parties les plus fines, les plus homogenes de ces matieres, & elle en forme plusieurs concrétions différentes, telles que les talcs, les amiantes, & plusieurs autres matieres, qui ne sont que des productions de ces stillations de matieres vitrifiables.

Le caillou malgré son extrème dureté & sa grande densité, a aussi, comme le marbre ordinaire & comme la pierre dure, ses exudations, d'où résultent des stalactites de différentes especes, dont les variétés dans la transparence des couleurs & la configuration, sont relatives à la différente nature du caillou qui les produit, & participent aussi des différentes matieres métalliques ou hétérogenes qu'il contient ; le crystal de roche, toutes les pierres précieuses, blanches ou colorées, & même le diamant, peuvent être regardées comme des stalactites de cette espece.

Les cailloux en petite masse, dont les couches sont ordinairement concentriques, sont aussi des stalactites & des pierres parasites du caillou en grande masse, & la plûpart des pierres fines opaques ne sont que des especes de cailloux. Les matieres du genre vitrifiable produisent, comme l'on voit, une aussi grande variété de concrétions que celles du genre calcinable ; & ces concrétions produites par les cailloux, sont presque toutes des pierres dures & précieuses ; au lieu que celles de la pierre calcinable ne sont guere que des matieres tendres, & qui n'ont aucune valeur ". (I)

Nous allons ajoûter ici plusieurs observations & conjectures sur le caillou, qui se trouvent répandues dans les opuscules minéralogiques de M. Henckel, & dans le commentaire de M. Zimmermann sur ces opuscules, ouvrages allemands qui n'ont jamais paru en françois ; laissant au lecteur à décider de ce qu'elles peuvent avoir de favorable au système de M. de Buffon.

M. Henckel pense que le caillou, dans sa premiere origine, a été formé par de la marne, fondé sur ce que la marne sans addition a la propriété de se durcir dans le feu, au point de donner des étincelles lorsqu'on la frappe avec l'acier ; ce qui fait une des principales propriétés du caillou : mais il ne peut pas croire que dans sa fermentation le feu doive être regardé comme agent extérieur. Il est vrai dit-il, que le caillou est vitreux, ainsi qu'il est visible quand il a la pureté & la transparence du crystal ; mais il ne se trouve point dans les entrailles de la terre un feu assez violent pour vitrifier, à l'exception des volcans qui jettent des flammes, & dont le feu destructif n'est qu'accidentel & incapable de produire aucun être, & que d'ailleurs la nature est lente dans toutes ses opérations : d'où l'on voit que M. de Buffon & M. Henckel ont été portés l'un & l'autre à croire, par l'inspection du caillou, que c'étoit une matiere donnée par le feu ; mais que M. Henckel ne s'est écarté de cette idée, que parce qu'il ne rencontroit point dans les entrailles de la terre un principe de vitrification ; ce que M. de Buffon lui accordera fort volontiers, puisqu'il remonte beaucoup plus loin pour trouver ce principe, & le déduit du système général.

M. Zimmermann dit que si l'on vient à casser un caillou, on le trouvera feuilleté & tranchant à l'endroit où il aura été cassé ; que les cailloux sont toûjours plus durs, plus purs & plus transparens vers le milieu ou le centre, ce qu'il appelle le grain intérieur, qu'à l'enveloppe, de maniere que ce grain central se distingue toûjours des autres parties environnantes, qui sont plus molles & moins compactes ; qu'il a rencontré dans plusieurs cailloux deux, trois, & même davantage de ces grains ou centres à côté les uns des autres, & séparés seulement par la partie molle & rare du caillou ; desorte qu'un grand caillou à plusieurs grains lui parut être un assemblage de cailloux petits, fondus ensemble, & réunis de quelque façon que ce fût : que quand on polit les cailloux, ils deviennent transparens ; mais qu'ils le deviennent encore plus, quand on n'en polit que les grains : que s'étant informé des Lapidaires s'il étoit vrai, ainsi qu'on le disoit, & qu'Henckel conseilloit de le rechercher, que le caillou contient du crystal, ils avoient varié dans leur rapport, les uns l'assûrant, les autres le niant, mais tous convenant de ce qu'il vient de dire sur le grain intérieur, & s'accordant à le regarder comme plus crystallin que le reste du caillou, qu'il s'ensuit de-là que puisque le caillou est transparent & pur, il faut qu'il ait été dans son principe sous une forme liquide ; car la transparence suppose un ordre, un arrangement & une sorte de symmétrie dans les parties qu'on ne peut trouver que dans un fluide : que le caillou étant gersé & plein de crevasses, il est clair que la matiere en est aigre, qualité qui vient apparemment d'une condensation subite, comme on le remarque aux larmes de verre qu'on éteint dans l'eau, & à tous les verres qui se refroidissent subitement ; ce qui rend en même tems le grain intérieur plus clair & plus compact que l'enveloppe, parce qu'il n'a pas été saisi & condensé si promtement : que si les cailloux sont si petits, c'est une preuve nouvelle de la promtitude du refroidissement & de la condensation qui a occasionné l'effraction : en un mot, que nous pouvons tenir pour certain, 1°. que le caillou a été originairement liquide, 2°. qu'il a été saisi & condensé subitement ; d'où il suit, selon lui, que s'il n'eût pas été interrompu dans sa formation, il seroit devenu un corps plus pur & plus parfait ; que la cause de ce saisissement & de cette condensation subite a été tout-à-fait accidentelle, hors de l'ordre commun, & extraordinaire ; & que c'est-là ce qui nous rend obscure la formation des cailloux. Ainsi parlent deux grands observateurs de la nature ; & quelle preuve M. de Buffon n'en auroit-il pas tirée en faveur de son système du monde, si ces autorités lui avoient été connues ?

Voilà ce que les Naturalistes pensent du caillou : voici maintenant le sentiment des Chimistes sur la même substance. Le caillou est une pierre qui est dans la classe des terres ou pierres vitrifiables ; non pas qu'il se vitrifie tout seul & sans addition, mais il faut pour cela qu'il soit mêlé avec suffisante quantité de sel alkali, Voyez l'article CRYSTAL FACTICE. Un des caracteres distinctifs du caillou, est de faire feu lorsqu'il est frappé avec l'acier. M. Cramer dit que si on regarde avec le microscope les étincelles que l'acier en fait partir, on les trouvera tout-à-fait semblables à des scories de fer mêlées d'un peu de ce métal & de caillou vitrifié. On trouve par l'examen du feu, de la différence entre les cailloux, il y en a qui n'entrent que très-difficilement en fusion au feu de reverbere, tandis que d'autres se fondent assez facilement ; mais ce n'est jamais que par l'addition de plus ou de moins de sel alkali. Cependant M. Henckel parle dans ses opuscules minéralogiques, d'une espece de caillou qui lui fut envoyé, qui entroit en fusion sans aucune addition, & formoit en fondant une masse noire. Il assûre la même chose d'une sorte de pierre à fusil qui se trouve, quoique rarement, dans des couches de terre argilleuse près de Waldenburg. Le sable ne doit être regardé que comme un amas de petits cailloux, aussi en a-t-il toutes les propriétés. Voyez l'article ACIER.

Les cailloux ont bien des formes & couleurs différentes ; les blancs sont regardés comme les meilleurs dans l'usage de la verrerie. Les taches ou veines rouges qu'on y remarque, ne sont autre chose que du fer qui s'y est attaché extérieurement ; mais lorsqu'on veut les employer dans l'art de la verrerie, il faut avoir soin d'en séparer la partie métallique, de peur qu'elle ne donne une couleur au verre.

M. Henckel dit avoir trouvé des cailloux de riviere qui devenoient plus pesans au feu, sur quoi son commentateur remarque que si le fait étoit bien prouvé, ce seroit un triomphe pour ceux qui, comme Boyle, pensent que les particules ignées ont du poids, & doivent par conséquent augmenter celui des corps où elles entrent.

Becker se vante d'avoir réduit les cailloux en une substance grasse, huileuse & mucilagineuse, semblable à de la gelée, & qui pouvoit se pétrir comme la cire, en la faisant rougir au feu, & en faisant l'extinction dans l'eau. Le même auteur prétend tirer de cette liqueur un sel verd & une huile rougeâtre, qui a, selon lui, la propriété de précipiter le mercure, & de le fixer en partie beaucoup mieux que ne peut faire l'huile de vitriol. Mais ces grandes promesses ont bien l'air d'être du genre merveilleux de celles que tous les Alchimistes affectent de faire, sans jamais les tenir.

Si on mêle deux ou trois parties de sel de tartre avec une partie de caillou bien pulverisé ; qu'on mette ce mélange dans une cornue tubulée toute rouge, il se fait une effervescence très-considérable, & il passe à la distillation un esprit acide d'une odeur sulphureuse ; c'est ce qu'on appelle liquor silicum, ou liqueur de caillou : les Alchimistes lui ont attribué des vertus tout extraordinaires, & l'ont même regardée comme le vrai alkahest ou dissolvant universel. Glauber va plus loin, & dit qu'en y mettant en digestion des métaux dissous, il se formera des végétations métalliques.

M. Lemery donne une autre maniere de faire le liquor silicum ; c'est de mêler quatre onces de cailloux calcinés & réduits en une poudre impalpable, avec 24 onces de cendre gravelée ; de vitrifier ce mélange dans un creuset ; & lorsque la vitrification est faite, de mettre ce verre à la fraîcheur de la cave, où il se résout en eau. Si on mêle à cette eau une dose égale de quelqu'acide corrosif, il se formera une espece de pierre. (-)


CAIMACAou CAIMACAM, s. m. (Hist. mod.) dignité dans l'empire ottoman, qui répond à celle de lieutenant ou de vicaire parmi nous.

Ce mot est composé de deux mots arabes, qui sont caim machum, celui qui tient la place d'un autre, qui s'acquite de la fonction d'un autre.

Il y a pour l'ordinaire deux caïmacans : l'un réside à Constantinople, dont il est gouverneur ; l'autre accompagne toûjours le grand-visir en qualité de lieutenant. Quelquefois il y en a trois, dont l'un ne quitte jamais le grand-seigneur, l'autre le grand-visir ; & le troisieme réside à Constantinople, où il examine toutes les affaires de police, & les regle en partie.

Le caïmacan qui accompagne le grand-visir, n'exerce sa fonction que quand il est éloigné du grand-seigneur, & sa fonction demeure suspendue quand le visir est auprès du sultan. Le caïmacan du visir est comme son secrétaire d'état, & le premier ministre de son conseil.

Un auteur moderne qui, après beaucoup d'autres, a écrit sur le gouvernement des Turcs, parle ainsi du caïmacan : " Le caïmacan est proprement le gouverneur de la ville de Constantinople ; il a rang après les visirs, & son pouvoir égale celui des bachas dans leurs gouvernemens : cependant il ne peut rien statuer par rapport à l'administration de la justice ou le reglement civil, sans un mandement du visir.

Si ce ministre est engagé dans quelqu'expédition militaire, & que le grand-seigneur soit resté au serrail, ce prince nomme toûjours un des visirs du kubbe ou un bacha à trois queues, rekiaf kaimacan, c'est-à-dire député pour tenir l'étrier. Le visir azem ne fait donner cette charge qu'à une de ses créatures, de peur qu'un autre abusant du privilége de sa place, qui veut qu'en l'absence du premier ministre le caïmacan ne quitte jamais sa hautesse, ne profite de la conjoncture pour le supplanter.

Cet officier est chargé, dans l'absence du visir, de toutes les affaires qui regardent le gouvernement, & que le visir décideroit s'il étoit présent ; mais il ne peut pas créer de nouveaux bachas, ni dégrader ceux qui le sont, ou en mettre aucun à mort. Dès que le premier ministre est de retour, le pouvoir du caïmacan cesse. Il n'a nulle autorité dans les villes de Constantinople & d'Andrinople, tant que le sultan y est présent ; mais si ce prince s'en absente seulement huit heures, l'autorité du caïmacan commence, & va presque de pair avec celle du souverain ". Guer, moeurs des Turcs, tome II. (G)


CAIMANS. m. (Hist. nat. Lith.) pierre que l'on apportoit, suivant quelques auteurs, des Indes orientales, & sur-tout de Carthagene & de Nombre de Dios. On prétend qu'elle ressemble au caillou des rivieres ; qu'elle se trouve dans l'estomac des grands crocodiles appellés caimans, & que les Indiens & les Espagnols la recherchent avec soin, comme un remede assûré contre la fievre quarte : il faut en appliquer une à chaque tempe. Voyez CROCODILE.

CAIMAN ou CAYMANES, (Géogr.) île de l'Amérique dans le golfe de Mexique ; il y a encore une île de ce nom au même endroit, qu'on appelle le petit Caiman.


CAINITEou CAIANIENS, s. m. pl. (Hist. ecclés.) nom d'anciens hérétiques qui rendoient un honneur extraordinaire aux personnes que l'Ecriture nous représente comme les plus méchans de tous les hommes. Ils ont été ainsi appellés de Caïn, qu'ils regardoient comme leur pere. C'étoit une branche de Gnostiques, qui soûtenoient des erreurs monstrueuses. Ils prétendoient que Caïn & même Esaü, Lot & ceux de Sodome, étoient nés d'une vertu céleste très-puissante, & qu'Abel au contraire étoit né d'une vertu fort inférieure à la premiere. Ils associoient à Caïn & aux autres du même ordre, Judas, qui avoit eu, selon eux, une grande connoissance de toutes choses ; & ils en faisoient une si grande estime, qu'ils avoient un ouvrage sous son nom, intitulé l'évangile de Judas. S. Epiphane a rapporté & réfuté en même tems leurs erreurs, dont les principales étoient, que l'ancienne loi n'étoit pas bonne, & qu'il n'y auroit point de résurrection. Ils exhortoient les hommes à détruire les ouvrages du Créateur, & à commettre toutes sortes de crimes, persuadés que les mauvaises actions conduisoient au salut. Ils invoquoient même les anges à chaque crime qu'ils commettoient, parce qu'ils croyoient qu'il y avoit un ange qui assistoit à chaque péché & à chaque action honteuse, & qui aidoit à la faire. Enfin ils faisoient consister la souveraine perfection à dépouiller tellement toute honte & tous remords, qu'on commit publiquement les actions les plus brutales. Ils erroient aussi sur le baptême, comme il paroît par Tertullien ; & la plûpart de leurs opinions étoient contenues dans un livre qu'ils avoient composé sous le titre d'ascension de S. Paul, où, sous prétexte des revélations faites à cet apôtre dans son ravissement au ciel, ils débitoient leurs impiétés & leurs blasphèmes. Dupin, biblioth. des auteurs ecclés. tome II. Fleury, hist. ecclés. tome I. liv. iij. (G)


CAINITOS. m. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur monopétale, en cloche ouverte & découpée. Il s'éleve du calice un pistil qui devient dans la suite un fruit mou, charnu, rond, ou de la forme d'une olive, contenant un ou plusieurs noyaux qui renferment chacun une amande. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez PLANTE. (I)


CAIRE(LE) Géog. grande ville d'Afrique, capitale de l'Egypte ; elle passe pour l'une des plus considérables de la domination des Turcs : elle est sur la rive orientale du Nil. Long. 49. 6. 15. lat. 30. 2. 30.


CAIROAN(Géog.) ville d'Afrique, au royaume de Tunis. Long. 29. lat. 35. 40.


CAISSES. f. du latin capsa, coffre ou boîte, se dit au propre d'un coffre de planches de bois de sapin, assemblées avec des clous, ou des traverses cloüées ou autrement, & destinées à renfermer des marchandises, soit pour les conserver, soit pour les transporter : le nom de caisse a pris par analogie, un grand nombre d'autres acceptions, comme on va voir à la suite de cet article.

CAISSE, terme d'Architecture, c'est dans chaque intervalle des modillons du plafond de la corniche corinthienne, un renfoncement quarré qui renferme une rose. Ces renfoncemens qu'on nomme aussi panneaux ou caissettes, sont de diverses figures dans les compartimens des voûtes & plafonds. (P)

CAISSE, (Lutherie) c'est une machine ou instrument de guerre, de la grosseur d'un minot, couvert à chaque bout d'une peau de veau, qui rend un son vraiment martial en battant sur l'une de ces peaux avec deux baguettes de bois faites exprès. Ce son est plus ou moins fort, selon que les peaux sont plus ou moins tendues par le moyen de plusieurs cordages qui se resserrent avec de petits tirets, ou des oreilles de cuir qui les environnent, & selon que le timbre, qui n'est autre chose qu'une corde qui traverse la peau de dessous ; est plus ou moins tendu. Voyez TAMBOUR & les Planches de Lutherie.

CAISSE de fusées ; les Artificiers appellent ainsi un coffre de planches, long & étroit, en quarré sur sa longueur, & posé verticalement, dans lequel on enferme une grande quantité de fusées volantes, lorsqu'on veut faire partir en même tems & former en l'air une figure de feu semblable à une gerbe de blé qu'on appelle pour la même raison gerbe de feu.

Caisse aérienne, c'est une espece de ballon qui renferme beaucoup d'artifice de petites fusées.

CAISSE à sable, est un coffre de bois de quatre piés de long, de deux de large, & de dix pouces environ de profondeur, soûtenu à hauteur d'appui par quatre piés. C'est dans cette caisse qu'est contenu le sable dont on forme les moules, & qu'on les corroye. Voyez l'article FONDEUR EN SABLE, & la fig. 14. Plan. du Fondeur en sable.

CAISSE, à la Monnoie, se prend à-peu-près dans le même sens que chez le Fondeur en sable.

CAISSE, (Jardinage) vaisseau quarré fait de planches de chêne cloüées sur quatre piliers du même bois, qui sert à renfermer les orangers, les jasmins, & autres arbres de fleur.

Pour faire durer les caisses, on les peint par dehors de deux couches à l'huile, soit de blanc, soit de verd, & on les goudronne en-dedans. Les grandes sont ferrées. Les petites caisses se font de douves sortant des tonneaux : les moyennes, de mairain ou panneau : les grandes, de chevrons de chêne, avec de gros ais de chêne attachés dessus, garnies d'équerres & de liens de fer. (K)

CAISSE, en terme de Raffineur de sucre, c'est un petit coffret de bois plus long que large, sur le derriere duquel il y a un rebord plus élevé que le reste, & à gauche une traverse d'environ deux pouces de hauteur & d'un pouce & demi d'épaisseur. Le rebord empêche le sucre que l'on gratte de tomber par terre, & la traverse sert à soûtenir la forme que l'on gratte sur la caisse. Voyez GRATTER.

CAISSE des marches, (Manufacture de soie) espece de coffret percé de part en part, & qui reçoit le boulon qui enfile les marches. On le charge d'un poids considérable pour lester les marches arrêtées. Cette façon d'arrêter les marches dans la caisse est la meilleure, parce qu'on peut avancer ou reculer le poids selon le besoin : mais il n'en est pas de même quand le boulon est arrêté à de gros pitons fichés dans le plancher.

CAISSE, (Commerce) espece de vaisseau ou coffre fait de menues planches de sapin, ou autre bois leger, jointes ensemble par des clous ou des chevilles de bois, & propre à transporter des marchandises plus facilement sans les gâter ou corrompre. On dit une caisse d'étoffes, de toiles, d'oranges, de vins étrangers, &c.

Caisse emballée, est une caisse pleine de marchandises, entourée de paille, & couverte d'une grosse toile qu'on nomme balle ou emballage. Voyez BALLE & EMBALLAGE.

Caisse cordée, est une caisse qui n'a point d'emballage, & qui est seulement liée par-dessus avec de la corde de distance en distance, pour empêcher les planches de s'écarter.

Caisse ficelée & plombée, est celle que les commis de la doüanne ont fait emballer & corder en leur présence, après avoir fait payer les droits nécessaires, & qu'ils ont fait noüer autour du noeud de la corde d'une ficelle dans laquelle est un plomb marqué dessus & dessous des coins du bureau. Ces sortes de caisses ne doivent être ouvertes qu'au dernier bureau de la route, suivant l'ordonnance de 1687.

CAISSE, (Commerce) signifie aussi une espece de coffre fort tout de fer, ou de bois de chêne garni de bonnes barres de fer, & d'une ou de plusieurs serrures, qui ordinairement ont des ressorts qui ne sont connus que de ceux à qui la caisse appartient.

C'est dans ces sortes de caisses que les Marchands, Négocians & banquiers en ferment leur argent comptant & leurs principaux effets de petit volume, comme lettres & billets de change, promesses, lingots d'or, &c.

On entend aussi par le mot de caisse le cabinet du Caissier, où est la caisse ou coffre-fort, & où il fait sa recette & ses payemens. Voyez CAISSIER.

On appelle livre de caisse, une sorte de livre qui contient en débit & crédit tout ce qui entre d'argent dans la caisse, & tout ce qui en sort. Ce livre est le plus important de tous ceux que les Négocians nomment livres auxiliaires.

CAISSE se dit de tout l'argent qu'un marchand Négociant ou Banquier peut avoir à sa disposition pour négocier : on dit en ce sens que la caisse d'un tel Banquier est de cent mille écus, de huit cent mille livres, M. Savary, dans son parfait Négociant, II part. liv. I. chap. jv. donne d'excellentes maximes pour le bon gouvernement d'une caisse. Voyez-les dans cet ouvrage ou dans le Dictionn. du commerce, tom. II. pag. 33. & 35.

CAISSE, de crédit, c'est une caisse établie en faveur des Marchands forains qui amenent à Paris des vins & autres boissons.

Le premier établissement de cette caisse est du mois de Septembre 1719. L'Edit porte : " que les Marchands forains & autres pourront y recevoir sur le champ le prix de leurs vins & boissons, & y prendre crédit moyennant six deniers pour livres ". On peut voir ce qui concerne la police & l'administration de cette caisse dans le Dictionn. du commerce, tom. II. page 36.

CAISSE des emprunts, nom qu'on a donné en France à une caisse publique établie à Paris dans l'hôtel des fermes-unies du Roi, où toutes sortes de personnes de quelque qualité ou condition qu'ils fussent, tant François qu'étrangers, étoient reçûs à porter leur argent pour le faire valoir, & d'où ils pouvoient le retirer à l'échéance des promesses solidaires que les Fermiers généraux de sa Majesté leur en fournissoient, signées de quatre de la compagnie préposés à cet effet.

Ces sortes de promesses dont le nom de celui qui en avoit payé la valeur restoit en blanc, étoient faites payables au porteur dans un an, & les intérêts qui y étoient compris pour l'année, ne se payoient qu'à leur échéance, soit en les renouvellant, soit en retirant son capital.

Cette caisse avoit d'abord été établie en 1673, & fut supprimée vers la fin du même siecle : elle fut rétablie en 1702, & les intérêts réglés à huit pour cent par an. Mais les promesses qu'on nommoit billets de la caisse des emprunts, s'étant prodigieusement multipliés pendant la guerre finie en 1713, on prit alors divers moyens de les rembourser : ils furent ensuite convertis en billets de l'état en 1715, & enfin retirés du commerce par différentes voyes qu'explique l'auteur du Dictionn. du commerce, tom. II. pag. 38. & 39. (G)

* Selon M. le Pr. Henault (Abrégé de l'Hist. de Fr.) ces billets furent introduits en 1707, M. de Chamillard étant controleur général des finances.


CAISSETINS. m. c'est ainsi qu'on appelle dans les Manufactures d'ouvrages en soie, une petite armoire en forme de caisse, de trois piés de longueur, d'un demi-pié de large, à plusieurs étages, dans lesquels l'ouvrier range les dorures & les soies qu'il employe.

CAISSETINS, (Commerce) petites caisses de sapin plus longues que larges, dans lesquelles on envoye de Provence les raisins en grappes séchées au Soleil, qu'on appelle raisins aux jubis. Voyez RAISINS AUX JUBIS. (G)


CAISSIERS. m. (Commerce & Finance) est celui qui tient un état des revenus & des deniers d'une compagnie, & en rend compte. Voyez RECEVEUR, THRESORIER.

Savary le définit celui qui garde l'argent d'une compagnie ou d'un banquier, négociant, &c. & qui est chargé de recevoir & de payer. (G)


CAISSONS. m. diminutif de caisse, petite caisse dans laquelle on envoye des marchandises. (G)

CAISSON, est aussi un chariot couvert dont on se sert pour voiturer le pain de munition à l'armée.

CAISSON de bombes, (Artillerie) est une tonne ou une cuve qu'on emplit de bombes chargées ; on l'enterre jusqu'au niveau du rez-de-chaussée, en l'inclinant un peu de côté, & répandant beaucoup de poudre de guerre dessus : on y met le feu par le moyen d'un saucisson qui répond au fond de ce caisson ; il fait élever les bombes en l'air du côté que le caisson est incliné. Cette invention n'est plus guere d'usage, on y a substitué les fougaces, qui produisent de plus grands effets. Voyez FOUGACE. (Q)

CAISSONS, s. m. pl. (Marine) on nomme ainsi les coffres qui sont attachés sur le revers de l'arriere d'un vaisseau. (Z)


CAITHNESS(Géog.) province au nord de l'Ecosse.


CAIUS(Hist. anc.) nom propre, mais en général & sans addition employé par les Romains pour signifier un homme, de même que Caia signifioit une femme. Ils exprimoient le premier de ces mots par la lettre C toute seule, dans sa position naturelle, & le second par la même lettre, mais renversée C. Quintilien rapporte que dans les épousailles & fêtes nuptiales, on faisoit mention de Caïus & de Caïa ; ce que Plutarque confirme lorsqu'il dit : " Pourquoi ceux qui conduisoient la nouvelle épouse en la maison du mari, lui font-ils prononcer ces mots : ubi tu Caïus, & ego Caïa ; où tu seras Caïus, je serai aussi Caïa ? sinon pour marquer qu'elle y entre à cette condition, d'avoir part aux biens & au gouvernement de la famille, & que Caïus étant maître, Caïa doit être aussi maîtresse ". D'où il s'ensuit que les noms Caïus & Caïa dans cette cérémonie, équivalent à ceux de pater familias, & de mater familias ; pere & mere de famille. (G)


CAJAou KAYAN, (Hist. nat. bot.) arbre des Indes d'une grandeur médiocre, dont les feuilles sont rondes & attachées trois à trois comme des treffles à l'arbre. Il porte des fleurs d'une odeur agréable, & conserve sa verdure l'hyver & l'été. Il produit une graine ou semence qui ressemble à des pois chiches.


CAJANEBURG(Géog.) ville forte de la Suede en Finlande, sur le lac d'Ula.


CAJANIE(Géog.) grande province de la Finlande appartenante aux Suédois, sur le golfe de Bothnie, dont la capitale est Cajaneburg.


CAJARE(Géog.) petite ville de France dans le Quercy.


CAJAZZO(Géog.) petite ville d'Italie au royaume de Naples, dans la terre de Labour. Long. 32. lat. 51. 10.


CAJOLERv. n. (Marine) c'est mener un vaisseau contre le vent à la faveur du courant. On se sert aussi de ce terme pour dire faire de petites bordées, ou attendre sans voile, en faisant peu de route.


CAJUMANE(Hist. nat. bot.) c'est une espece de canellier sauvage qui croît dans certains pays des Indes orientales, dont on n'a point de bonne description.


CAJUMANIS(Hist. nat. bot.) on appelle de ce nom une espece de canellier sauvage qui croît dans les Indes orientales, sur les côtes du Sunde.


CAJUTESS. f. pl. (Marine) on appelle ainsi les lits des vaisseaux qui sont emboîtés autour du navire ; on les appelle aussi cabanes. Voyez CABANE. (Z)


CAKET(Géog.) ville & petit royaume d'Asie, dépendant du roi de perse, près du Caucase. Long. 63. 50. lat. 43. 32.


CAKETA(Géog.) grande riviere de l'Amérique méridionale, qui prend sa source dans la nouvelle Grenade.


CAKILES. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur en croix ; le pistil sort d'un calice, & devient dans la suite un fruit semblable en quelque façon à la pointe d'une pique, & composé de deux parties qui sont jointes ensemble par une sorte d'articulation, & qui renferment une semence singuliere, & ordinairement oblongue. Tournefort, Inst. rei herb. cor. Voyez PLANTE. (I)


CALA-DUCIRA(Géog.) ville & port de l'île de Gozo, dans la mer Méditerranée.


CALAA(Géog.) ville d'Afrique au royaume de Tremecen. Long. 12. 30. lat. 31. 10.


CALABAS. m. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond ; il s'éleve du fond du calice un pistil, qui devient dans la suite un fruit sphérique, charnu, qui renferme un noyau ou une semence de la même forme, dans laquelle il y a une amande aussi de la même figure. Plumier, nova plantar. Amer. gen. Voyez PLANTE. (I)

* Il sort de son tronc & de ses branches une gomme claire, à-peu-près semblable au mastic, dont elle porte le nom, & auquel on la substitue quelquefois.


CALABRE(LA) Géog. province d'Italie dans la partie méridionale du royaume de Naples, avec titre de duché. On la divise en citérieure & ultérieure.

CALABRE, (la mer de) s'appelloit anciennement mare Ausonium. C'est celle qui baigne les côtes de la Calabre.


CALABRISMES. m. (Hist. anc.) nom d'une danse des anciens, dont nous ne connoissons rien de plus.


CALACIA(Géog.) ville d'Asie dans la Tartarie, au royaume de Tanguth.


CALACOROLY(Géog.) royaume d'Afrique dans la Nigritie, au nord de la riviere de Saint-Domingo.


CALADARISS. f. toile de coton rayée de rouge ou de-noir, qu'on apporte des Indes orientales, sur-tout de Bengale. La piece a huit aunes de long, sur 7/8 d'une aune de large.


CALADE(Maréch.) est la même chose que basse, Voyez BASSE. (V)


CALAF(Géog.) petite ville d'Espagne dans la province de Catalogne.


CALAFIGUER(Géog.) ville & port de la côte méridionale de l'île de Majorque.


CALAFUSUNG(Géog.) grande ville d'Asie dans l'île de Buton, l'une des Moluques.


CALAH(Géog.) île de la mer des Indes, près de la ligne équinoctiale.


CALAHORRA(Géog.) ville d'Espagne dans la vieille Castille. Long. 15. 48. lat. 42. 12.


CALAIS(Géog.) ville fortifiée de France dans la Picardie, sur le bord de la mer. Long. 19. 30. 65. lat. 50. 57. 31.

CALAIS, (le pas de) on nomme ainsi la partie la plus étroite de la Manche, ou du canal qui sépare la France de l'Angleterre.

CALAIS, (Saint-) Géog. petite ville de France dans le Maine.


CALAJATE(Géog.) ville ruinée d'Asie, dans l'Arabie heureuse, vers le golfe Persique.


CALALOU(Hist. mod.) ragoût que préparent les dames créoles en Amérique ; c'est un composé d'herbes potageres du pays, comme choux caraïbes, goment, gombaut & force piment : le tout soigneusement cuit avec une bonne volaille, un peu de boeuf salé, ou du jambon. Si c'est en maigre, on y met des crabes, du poisson, & quelquefois de la morue seche. Le calalou passe pour un mets fort sain & très-nourrissant ; on le mange avec une pâte nommée ouangou, qui tient lieu de pain.


CALAMA(Géog.) ville d'Afrique au royaume d'Alger, sur la Malvia.


CALAMALA(Géog.) ville d'Europe dans la Morée, sur la riviere de Spinarza. Long. 39. 45. lat. 37. 8.


CALAMBOURG(Comm.) bois odoriférant dont la couleur tire sur le verd : il differe du calambouc qui vient de la Chine, & qu'on substitue au bois d'aloès. On l'apporte des Indes en bûches. On l'employe en ouvrages de tabletterie, & dans les bains de propreté.


CALAMENTS. m. (Hist. nat. bot.) calamintha, genre de plante à fleur monopétale labiée, dont la levre supérieure est échancrée, arrondie, & relevée ; & l'inférieure est divisée en trois parties. Il sort du calice un pistil, qui est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur, & qui est environné de quatre embryons, qui deviennent dans la suite autant de semences arrondies & renfermées dans la capsule qui a servi de calice à la fleur. Ajoûtez aux caracteres de ce genre, que les fleurs naissent dans les aisselles des feuilles, & tiennent à des pédicules branchus. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

Le calamintha vulgaris officinarum, est plein d'un sel aromatique, volatil, huileux ; il est stomachique, diurétique, apéritif, & provoque les regles, on peut s'en servir comme du thé : sa décoction en clystere calme les douleurs de la colique, résout les tumeurs oedémateuses, & fortifie les parties. Tournefort. (N)


CALAMIANES(Géog.) île d'Asie dans la mer des Indes, entre celle de Borneo & les Philippines.


CALAMINou PIERRE CALAMINAIRE, s. f. (Minéral. & Métall.) en latin calamites, mais plus communément lapis calaminaris, cadmia nativa, ou cadmia fossilis, cadmie fossile, pour la distinguer de la cadmie des fourneaux. C'est une pierre ou terre, qui mêlée au cuivre par le moyen de la partie inflammable du charbon, produit un mixte métallique qu'on appelle cuivre jaune ou laiton.

Cette pierre se trouve en plusieurs endroits de l'Europe, comme en Allemagne, en Bohème, en Hongrie, en Pologne, en Espagne, en Angleterre ; il s'en trouve en Berri : le pays de Liége & les environs d'Aix-la-Chapelle en fournissent une grande quantité.

M. Henckel dit, dans sa Pyritologie, que la calamine se trouve ordinairement dans des terres grasses & argilleuses. Il n'est pas besoin pour cela de creuser bien avant, attendu qu'elle se présente très-souvent aussi-tôt qu'on a levé la premiere couche ; il arrive même quelquefois qu'elle forme elle-même cette premiere couche. On la trouve aussi mêlée à des mines métalliques, & sur-tout à des mines de plomb, comme on peut le voir dans celles de Goslar & d'Angleterre.

La calamine est ordinairement d'une figure irréguliere : elle ne laisse pas aussi de varier dans sa couleur ; tantôt elle est d'un beau jaune de couleur d'or ; tantôt elle est brune ; quelquefois elle tire sur le rouge : celle de Berri est de cette derniere couleur.

Celle qui est pesante & compacte, est préférable à celle qui est legere & spongieuse ; & celle qui est entremêlée de veines blanches, passe pour la meilleure. L'inconvénient de celle d'Angleterre est d'être mêlée avec beaucoup de plomb ; c'est pour cela qu'on est obligé de lui donner bien des préparations avant de l'employer à faire du laiton, parce que le plomb ne vaudroit rien dans cette opération.

La calamine contient la terre qui sert de base au zinc volatil & inflammable, & à ce qu'on appelle la cadmie des fourneaux : on juge de sa bonté par l'abondance de zinc qui y est contenu, & par le plus ou le moins de mélange qui s'y trouve d'autres terres limoneuses ou ferrugineuses qui lui sont tout-à-fait étrangeres. On confond quelquefois mal-à-propos avec la pierre calaminaire beaucoup d'autres minéraux qui lui ressemblent à l'extérieur. Agricola l'a confondue avec une mauvaise espece de mine de cobalt très-arsénical, qu'on nomme en allemand fliegenstein, pierre aux mouches ; mais la marque distinctive de la pierre calaminaire, c'est de jaunir le cuivre de rosette & de contenir du zinc. La regle de M. Marggraf, savant chimiste de l'académie de Berlin, est que " toute pierre qui mêlée avec des charbons, & qui exposée à l'action la plus véhémente d'un feu renfermé, ne produit point de zinc, ou qui à un feu découvert ne compose point le laiton lorsqu'elle est mêlée avec le cuivre & le charbon, n'est point une pierre calaminaire ".

Il y a néanmoins du choix à faire entre les différentes especes de pierres calaminaires : en effet, il s'en trouve quelques-unes qui augmentent plus, d'autres moins le cuivre, lorsqu'on en fait du laiton. Voyez l'article CUIVRE. Il y en a qui lui donnent une couleur plus ou moins belle, le rendent plus ou moins malléable, lorsque la calamine se trouve mêlée à du plomb ; comme cela est ordinaire à celle de la province de Sommerset en Angleterre ; ou à du fer, comme il arrive à celle de Bohème & à celle du Berri. Il n'est point douteux que ces especes ne rendent le cuivre fragile & cassant, à moins qu'on ne prévienne ces mauvais effets par des torréfactions réitérées avant de mêler la calamine au cuivre, tandis qu'il s'en trouve d'autre qui peut être employée tout de suite sans aucune préparation antérieure. Ce seroit donc se tromper que d'attendre les mêmes effets de toutes sortes de pierres calaminaires.

M. Henckel observe qu'un des phénomenes les plus remarquables de la Chimie, c'est la façon dont la calamine, qui est une terre, s'unit & s'incorpore avec le cuivre qui est un métal, sans lui ôter sa malléabilité. Il conclut de-là qu'il y a des terres qui ont la faculté de se métalliser. En effet, du laiton où l'on aura fait entrer un tiers de pierre calaminaire, se laisse travailler avec autant de facilité que le cuivre de rosette le plus pur & le plus fin ; il faut pour cela que l'union qui se fait par ce mélange soit bien intime & toute particuliere, sur-tout attendu qu'il est possible de séparer ensuite la calamine du cuivre, sans qu'il arrive aucun changement à ce métal.

Le rapport qui se trouve entre la calamine & le zinc, lui a fait donner par Glauber le nom de cadmie fusible : en effet, comme on a dit, toute bonne pierre calaminaire contient du zinc, & doit être regardée comme la miniere de ce demi-métal. M. Henckel a observé que la calamine de Bohème contient une petite quantité de mauvais fer : elle se trouve mêlée à des pyrites ferrugineuses appellées en allemand eisenstein ; on peut en tirer du vitriol de Mars, & on la trouve jointe à de l'alun. Ce savant minéralogiste ne doute point qu'il n'en soit de même de toutes les pierres calaminaires.

La calamine ressemble en quatre points à la cadmie des fourneaux : 1°. elle contient du zinc comme elle ; 2°. elle jaunit comme elle le cuivre de rosette ; 3°. elles ont toutes deux pour base une terre alkaline ; 4°. elles font toutes deux effervescence avec les acides.

La grande volatilité des fleurs de la calamine, & l'odeur qui s'en éleve, donnent lieu de croire que cette pierre est ordinairement mêlée d'arsenic ; sa promtitude à s'enflammer sur les charbons ou avec le nitre, est une marque qu'elle contient beaucoup de parties inflammables ou de phlogistique. C'est à la même raison qu'il faut attribuer sa promte & véhémente solution dans les acides, sa concrétion avec le cuivre, & les autres phénomenes qu'on y remarque. Voyez à l'article CUIVRE la maniere de l'exploiter, & de l'employer à la fonte du cuivre de rosette.

La calamine est quelquefois usitée extérieurement dans la Medecine : on lui attribue la propriété d'être astringente, & de sécher & cicatriser les plaies & les ulceres : mais il faut pour cela la bien dégager de toute partie arsénicale. Ce que les Apothicaires nomment calamine préparée, n'est autre chose que cette pierre bien broyée & formée en trochisques avec de l'eau-rose. (-)


CALAMITA(Géog.) riviere d'Asie dans la Tartarie-Crimée, qui se jette dans la mer Noire.


CALAMITEadj. (Mat. med.) épithete que l'on donne quelquefois au styrax, à cause qu'on le mettoit autrefois dans des roseaux appellés calami pour le conserver. Voyez STYRAX. (N)


CALAMO(Géog.) riviere de la Grece qui prend sa source dans l'Albanie, & se jette dans la mer, vis-à-vis de l'île de Corfou.

CALAMO, (Géog.) île de l'Archipel autrefois appellée Claros, près de la côte d'Asie.


CALAMUSCALAMUS

On donne, en Pharmacie, le nom de calamus aromaticus, roseau aromatique, à une racine amere & épicée, produite par une espece particuliere de jonc, ou plutôt de flambe ou de glayeul qui vient dans le Levant, & même en plusieurs endroits d'Angleterre, de l'épaisseur environ d'une plume d'oie, & haute de deux ou trois piés, dont on fait un grand usage comme d'un céphalique & d'un stomachique, sur-tout dans les douleurs occasionnées par la foiblesse de l'estomac.

Le calamus aromaticus est ce que l'on appelle autrement acorus. Voyez ACORUS.

On l'appelle aussi calamus odoratus, & calamus amarus ; & quelquefois calamus verus ou officinalis, pour le distinguer d'une autre espece, que l'on appelle adulterinus, en françois le roseau doux ou flambe aromatique.

Le meilleur est celui qui est grisâtre en-dehors & rougeâtre en-dedans, dont la pulpe est blanche & le goût extrèmement amer, mais qui a ses feuilles & ses racines d'une bonne odeur. (N)

CALAMUS SCRIPTORIUS, en Anatomie, est le nom de l'extrémité postérieure du quatrieme ventricule du cerveau, qui se termine comme le bec d'une plume à écrire. Voyez CERVEAU. (L)


CALANDRES. f. calandra, (Ornith.) oiseau du genre des aloüettes. Voyez ALOUETTE. Il est un peu plus gros que l'aloüette ordinaire, & il lui ressemble assez par la forme du corps. On peut le comparer à la grive pour sa grandeur ; cependant la tête est plus grosse, le bec plus court & plus épais : les pattes sont comme celles des autres aloüettes. Toute la face antérieure ou inférieure est de couleur cendrée, avec quelques taches noires qui sont sur la poitrine comme dans les grives. Toute la face supérieure ou postérieure est de couleur de terre d'ombre. A deux pouces au-dessous du bec il y a un cercle, ou plûtôt un collier de plumes noires qui entoure le cou. Willughby, Ornith. Voyez OISEAU. (I)

CALANDRE, insecte. Voyez CHARENÇON.


CALANGUECALE, s. f. (Marine) c'est un abri le long d'une côte, derriere une hauteur ou dans quelque petit enfoncement, où des bâtimens médiocres peuvent se mettre à couvert du mauvais tems. (Z)


CALANTIGAS(Géog.) nom qu'on donne à trois petites îles, sur la côte orientale de l'île de Sumatra.


CALANTIQUES. f. (Hist. anc.) ornement de tête des femmes romaines, dont Cicéron fait mention : Vous ajustiez, dit-il à Clodius, la calantique a sa tête. On ne sait rien de plus.


CALAOIDIESS. f. pl. (Hist. anc.) fêtes instituées en l'honneur de Junon. On n'en sait autre chose, sinon qu'elles se célébroient dans la Laconie.


CALAPATE(Géog.) ville d'Asie dans l'Inde en-deçà du Gange, sur la côte de Coromandel, dans le royaume de Bisnagar.


CALARÉ(Géog.) contrée des Indes sur la côte de Malabar, aux confins des royaumes de Travancor & de Changanate.


CALASINIS. f. (Hist. anc.) tunique de lin, frangée par le bas, que les Egyptiens portoient sous un habit de laine blanche. Quand ils entroient dans les temples, ils quittoient l'habit de laine, & ne conservoient que celui de lin. La calasini paroît leur avoir servi d'habit & de chemise. Elle a été aussi en usage chez les Grecs : il en est parlé dans les nuées d'Aristophane, & Hesychius l'appelle la tunique au clou large. Voyez CLOU LARGE.


CALAT(Géog.) ville d'Asie dans le royaume de Cotan, près de Candahar.


CALATA-BELLOTA(Géog.) ville de Sicile, sur une riviere du même nom.

CALATA-FIMI, (Géog.) ville de Sicile dans la vallée de Mazare.

CALATA-GIRONE, (Géog.) ville de Sicile dans la vallée de Noto, près de la riviere de Drillo.

CALATA-NISSETA, (Géog.) ville de Sicile dans la vallée de Noto, près de la riviere de Salso.

CALATA-XIBETA, (Géog.) petite ville de Sicile dans la vallée de Noto, près des sources de la riviere de Dataino.


CALATAYUD(Géog.) ville d'Espagne dans le royaume d'Aragon, au confluent du Xalon & du Xiloca. Long. 16. 10. lat. 41. 22.


CALATHUS(Hist. anc.) corbeille ou panier à ouvrage, fait ordinairement de jonc ou de bois fort leger qui servoit aux ouvriers à mettre leurs laines, & étoit spécialement consacré à Minerve, qu'on regardoit comme l'inventrice des Arts & des ouvrages faits à l'aiguille. Virgile pour exprimer que Camille reine des Volsques, avoit les inclinations martiales, & ne s'amusoit point aux petits travaux propres à son sexe, dit :

Non illa colo, calathisve Minervae,

Foemineas assueta manus. Aeneid. 7.

Pline compare ce panier à la fleur du lis, dont les feuilles vont en s'évasant à mesure qu'elles s'élargissent : ab angustiis in latitudinem paulatim sese laxantis effigie calathi ; & telles étoient les corbeilles que les Canephores portoient sur leur tête dans les fêtes de Minerve, & qui renfermoient les choses sacrées destinées à ses mysteres.

Sur les monumens antiques, les dieux d'Egypte sont représentés avec une espece de boisseau sur la tête, qu'on croit être le calathus ; mais il n'y a pas de doute que ce ne soit ce même calathus dont est surmontée la coëffure de Minerve dans une médaille que M. l'abbé de Fontenu a expliquée sous le titre de Minerve Iliade. Mémoires acad. des Belles-Lett. tome V. (G)


CALATISMES. m. (Hist. anc.) danse ancienne dont il ne nous est parvenu que le nom. V. DANSE.


CALATRAVA(Géog.) ville d'Espagne dans la nouvelle Castille, sur la riviere de Guadiane, près de la Sierra-Morena, dans un pays nommé Campo di Calatrava. Long. 14. 20. lat. 39. 8.

CALATRAVA, (Hist. mod.) ordre militaire en Espagne, institué en 1158 par Sanche III. roi de Castille. Les historiens en rapportent l'origine à ce que ce prince ayant conquis sur les Mores le chateau de Calatrava, qui étoit alors une forteresse importante, il en confia d'abord la garde aux Templiers, qui ne pouvant défendre cette place, la lui rendirent. Ils ajoûtent qu'à la sollicitation de Diego Velasquez, moine de Cîteaux, & homme de condition, Raimond, abbé de Fitero, l'un des monasteres du même ordre, obtint du roi la permission de défendre Calatrava, & s'en acquitta très-bien contre les Mores ; que plusieurs de ceux qui l'avoient accompagné dans cette entreprise, prirent l'habit de l'ordre de Cîteaux, sans toutefois renoncer aux exercices militaires. De là, dit-on, se forma l'ordre de Calatrava, qui s'étant beaucoup augmenté sous le regne d'Alphonse le Noble, fut d'abord approuvé par le pape Alexandre III. en 1164, & confirmé par Innocent III. en 1198, & ensuite gouverné par des grands-maîtres, dont le premier fut don Garcias Redon ; mais sous Ferdinand & Isabelle la grande-maîtrise fut réunie à la couronne de Castille en 1486. Le premier habit de ces chevaliers étoit la robe & le scapulaire blanc, comme les religieux de Cîteaux, & ils ne pouvoient pas se marier ; mais les papes les ont dispensés des deux regles, & les quatre-vingt commanderies que cet ordre possede en Espagne, sont ordinairement tenues par des gens mariés. Leurs armes sont d'or à la croix fleurdelisée de gueules, accostée en pointe de deux entraves ou menottes d'azur ; & les chevaliers portent de même sur l'estomac une croix rouge, qui est la marque de leur ordre. (G)


CALAVON(Géog.) petite riviere de France dans le comté de Provence, qui se jette dans la Durance près de Cavaillon.


CALAW(Géog.) petite ville de Bohème, sur la riviere de Bober.


CALAZEITA(Géog.) petite ville d'Espagne au royaume d'Aragon, près de la riviere de Mataranna.


CALAZZOPHYLACESS. m. plur. (Hist. anc.) prêtres ou ministres de la religion chez les anciens Grecs, dont la fonction étoit d'observer les grêles, les orages & les tempêtes, pour les détourner par le sacrifice d'un agneau ou d'un poulet. Au défaut de ces animaux, où s'ils n'en tiroient pas un augure favorable, ils se découpoient le doigt avec un canif ou un poinçon, & croyoient ainsi appaiser les dieux par l'effusion de leur propre sang. Ils avoient été institués par Cléon. Leur nom est formé de , grêle, & de , j'observe, j'épie. Les Ethiopiens ont de semblables charlatans qui se déchiquettent le corps à coups de couteau & de rasoir, pour obtenir la pluie ou le beau tems ; & l'on trouve dans l'Ecriture un exemple des mêmes pratiques mises en oeuvre par les prêtres de Baal que confondit Elie. Voyez BAAL, BELLONAIRES, &c. (G)


CALBARY(Géog.) riviere d'Afrique au royaume de Benin, qui se jette dans le golfe de Guinée.


CALBE(Géog.) ville d'Allemagne sur la Saale au duché de Magdebourg.


CALBOTINS. m. est un panier de paille dans lequel les Cordonniers mettent le fil. Voyez les fig. 35. & 36. qui en est le profil.


CALCAIRE(TERRE ou PIERRE) Hist. nat. & Chim. L'on nomme ainsi les terres ou pierres qui exposées à l'action d'un feu convenable, se réduisent en poudre ou en chaux, ou qui sont disposées par le feu à prendre cette forme. M. Pott, savant chimiste, qui dans son excellent traité de la Lithogéognosie, a fait un examen tout particulier des différentes espèces de terres & pierres, distingue absolument la terre calcaire de la terre gypseuse, avec laquelle cependant presque tous les auteurs la confondent. Suivant ce savant naturaliste, les caractères distinctifs de la vraie terre ou pierre calcaire, sont de ne point prendre corps lorsqu'elle a été mise en dissolution dans l'eau, sans le secours d'une substance intermédiaire, comme le sable, le ciment, &c. & de se dissoudre dans les acides. On peut même dire en général que toute terre qui ne se dissout point dans l'eau-forte, ne doit point être appellée une terre calcaire. Le même auteur nomme aussi cette espece de terre, alkaline : en effet, elle a toutes les propriétés des alkalis. Elle fait effervescence dans tous les acides ; elle s'y dissout, & peut être précipitée par les sels alkalis.

Lorsque la terre ou pierre calcaire a éprouvé l'action du feu, elle est encore plus disposée à se dissoudre dans les acides ; elle attire pour lors l'humidité de l'air, & fait effervescence même dans l'eau commune : c'est ce que nous voyons tous les jours dans la chaux vive.

Les principales especes du genre des calcaires sont la craie, le marbre, une espece de spath, que M. Pott nomme alkalin ; la marne, le lapis judaicus, la pierre de lynx, la pierre à ciment, la terre d'Angleterre, la terre d'alun, le corail, les cendres lessivées, le lapis spongiae, les os des animaux, & toutes les coquilles calcinées ; on la trouve aussi dans quelques ardoises, dans l'argille, le limon, l'ostéocolle, &c. & dans un grand nombre de corps qui ne different entr'eux que par des choses qui leur sont accidentelles.

C'est la terre calcaire qui fait la base des os des animaux, où elle se trouve liée par une espece de gluten qui leur donne la consistance nécessaire. C'est ce même gluten ou lien qui met aussi toute la différence que nous remarquons entre les substances du genre des calcaires, comme entre la craie & le marbre, la pierre à chaux & la marne, &c. différence qui ne s'y trouve plus lorsque le gluten a été chassé par l'action du feu. C'est aussi ce lien qui empêche quelquefois les acides d'agir sur les terres calcaires, comme on peut le voir dans la pierre à chaux, qui ne se dissout point dans l'eau avant d'avoir été brûlée, & dans l'eau-forte qui n'agit point sur l'ivoire, quoiqu'il ait été calciné, parce que l'action du feu n'a pû entiérement détruire le gluten qui y lie la terre calcaire.

Les terres calcaires ne peuvent point se vitrifier, ni se mettre en fusion toutes seules & sans addition, quelque violent que soit le feu qu'on y employe. Pour produire cet effet, il faut y joindre une bonne quantité de sel alkali. Cette terre s'unit assez bien aux matieres déjà vitrifiées, sans leur ôter leur transparence, pourvû qu'elle n'y soit mêlée qu'en très-petite quantité.

Le savant M. Henckel explique comment nous voyons que plusieurs eaux minérales & sources d'eau chaude participent aux propriétés de la chaux : c'est, selon lui, parce que les terres ou pierre calcaire pardessus lesquelles ces eaux viennent à passer, sont brûlées & tournées en chaux par l'action du feu caché dans les entrailles de la terre, & par-là disposées à se dissoudre dans ces eaux, à les échauffer, & à leur communiquer leurs vertus & leurs propriétés.

De toutes les qualités de la terre calcaire, ne pourroit-on point conclure, 1°. que c'est par sa facile dissolution dans les acides qu'elle devient propre à passer avec eux dans tous les corps organisés de la nature ; 2°. que par la propriété que la terre calcaire a de favoriser la dissolution des soufres & des sels par les acides, elle développe les organes des corps, & les rend visibles en se mêlant à eux ; 3°. que par la faculté qu'elle a d'attirer l'humidité de l'air, & d'en être réciproquement attirée, elle produit l'élévation & l'accroissement des corps. Ce sont-là des conséquences naturelles des propriétés de la terre calcaire, dont il faut laisser l'examen aux Chimistes, à qui des expériences exactes feront connoître si ces conjectures sont bien ou mal fondées. (-)


CALCANEUMen Anatomie ; c'est la même chose que l'os du talon. Il est situé sous l'astragale, à la partie postérieure du tarse : c'est le plus gros des os du pié.

On peut y distinguer six faces ; une postérieure, convexe & inégale, qui forme la partie du pié qu'on appelle le talon ; une supérieure, qui est divisée en deux portions, dont la postérieure est la plus élevée, inégale & un peu concave ; l'antérieure, plus basse, a deux faces articulaires séparées l'une de l'autre par une gouttiere : une inférieure, à la partie postérieure de laquelle on remarque deux tubérosités ; une grosse, située intérieurement ; l'autre petite, située postérieurement : deux latérales, dont l'externe est legerement convexe ; l'interne est concave : une antérieure, qu'on appelle la grande apophyse. (L)


CALCAR(Géog.) ville d'Allemagne dans le duché de Cleves, sur le ruisseau de Men. Long. 24. 25. lat. 51. 45.


CALCE(Géog.) petite ville d'Italie au duché de Milan, sur la riviere d'Oglio.

CALCE, (Géog.) petite île de l'Archipel, sur les côtes de l'Asie mineure.


CALCEDOINou CHALCEDOINE, lapis chalcedonius, pierre fine qui a été mise dans la classe des pierres fines demi-transparentes. Voyez PIERRE FINE. Les descriptions de la calcedoine, que nous trouvons dans les anciens auteurs, sont si différentes les unes des autres, qu'on ne peut pas les rapporter à la même pierre, parce qu'on a donné autrefois le nom de calcedoine à plusieurs especes de pierres. La description que Pline nous a laissée, donne l'idée d'un grenat oriental ou d'une améthiste. D'autres descriptions designent l'onyce ou la sardoine onyce. Le nom de calcedoine appartient aujourd'hui à une pierre de même nature que le caillou que l'on appelle communément pierre à fusil, de couleur blanche, laiteuse, & légerement teinte de gris, de bleu & de jaune. Cette pierre a aussi été nommée agate blanche. Si la teinte de bleu est assez foncée pour approcher du brun ou du noir, la pierre prend le nom d'agate noire ; si la teinte de jaune est assez vive pour approcher de la couleur orangée ou du rouge, la pierre doit être appellée sardoine ou cornaline.

On distingue la calcedoine, comme l'agate, en orientale & en occidentale ; l'orientale a des couleurs plus vives & plus nettes que celles de l'occidentale, qui est ordinairement d'un blanc sale, ou d'une couleur rousse. On trouve des calcedoines de cette espece en Allemagne, en Flandre, aux environs de Louvain & de Bruxelles, &c. Il y a des calcedoines assez grosses pour faire des vases ; mais ces grandes pieces sont rares, & on trouve communément de petits morceaux que l'on grave pour faire des bagues ou des cachets. La dureté de la calcedoine est égale à celle de l'agate.

Les Joüailliers appellent pierres calcedoineuses, celles qui ont des nuages ou des teintes laiteuses, comme la calcedoine. Ce défaut est assez commun dans les grenats & dans les rubis : on tâche, par la maniere de les tailler, de faire disparoître ces taches : le moyen le plus sûr est de les chever, c'est-à-dire de rendre concave l'une des faces de la pierre, & l'autre convexe. (I)

CALCEDOINE FACTICE, (Chimie) Comme il y a beaucoup de rapport entre l'agate, le jaspe & la calcedoine, le même procédé pourra servir pour imiter ces trois especes de pierres précieuses. Faites dissoudre une once d'argent dans de l'eau-forte : prenez de chaux, d'étain, de cinnabre, de bol d'arménie, de chacun 1/2 once ; de safran de Mars, d'antimoine crud, de minium, d'orpiment & d'arsenic blanc, d'aes ustum, de chacun 1/2 once : réduisez toutes ces matieres en une poudre très-fine, & versez par-dessus petit-à-petit & bien doucement, suffisante quantité d'eau-forte, parce qu'il se fera une effervescence considérable : lorsque toute l'effervescence sera passée, versez-y encore de l'eau-forte, & mettez le vase en digestion dans un lieu modérément chaud. On pourra au bout de quelques jours retirer l'eau-forte par distillation ; il restera un sédiment ou une poudre d'un rouge verdâtre ; on n'aura qu'à la broyer & la réduire en une poudre très-fine, & en mêler à différentes reprises une 1/2 once ou deux onces sur 12 liv. de fritte de crystal, faite avec des morceaux de crystal cassé. On remuera bien exactement ce mélange pendant qu'il sera en fusion, en donnant un feu convenable : au bout de vingt-quatre heures l'opération sera faite, & le verre ou crystal coloré sera en état d'être travaillé. (-)

CALCEDOINE, (Géog.) ville autrefois considérable d'Asie mineure, sur la mer de Marmara, n'est plus qu'un mauvais bourg que les Turcs nomment aujourd'hui Calcitiu.


CALCETS. m. (Marine) assemblage de planches élevé & cloüé sur le haut des arbres d'une galere, & qui sert à renfermer les poulies de bronze qui sont destinées au mouvement des antennes. (Z)


CALCINATIONS. f. (Chimie) L'opération chimique connue sous le nom de calcination, est l'application d'un feu ouvert à des matieres solides & fixes, disposées de maniere qu'elles présentent au feu & à l'air le plus de surface qu'il est possible.

On se propose en général dans la calcination deux objets différens : ou l'on cherche à séparer une substance volatile qu'on ne se met pas en peine de retenir, d'une substance fixe qu'on a seule en vûe, comme dans la calcination des mines, dont on dissipe par cette operation les matieres volatiles étrangeres au métal qui est l'objet du travail, principalement le soufre & l'arsenic. Cette opération est plus connue dans le traitement des mines, soit pour l'essai, soit pour le travail en grand, sous le nom de rôtissage ou de grillage. Voyez GRILLAGE. C'est cette espece de calcination que M. Cramer appelle ustulatio, & qu'il distingue, mais seulement par son objet, de celle dont nous allons parler dans un moment. L'opération par laquelle on souffle ou fait fumer les culots d'or, dans la purification de ce métal par l'antimoine, se peut rapporter aux calcinations de la premiere espece : comme aussi la calcination des sels fixes, soit neutres, soit alkalis, gras, ou empâtés de matieres huileuses qu'on blanchit : on purifie par ce moyen celle des vrais savons, celle des sels très-aqueux, comme l'alun, le vitriol, le sel de Glauber, &c. La calcination de ces sels au soleil, & leur calcination à l'air, ne different de la précédente & entr'elles, que par le degré de feu. Voyez FEU.

Le second objet général de la calcination, c'est d'ouvrir certains corps, ou de rompre la liaison, de détruire le mastic naturel, le gluten de certaines matieres, telles que les parties dures des animaux & des pierres, & les terres alkalines & gypseuses, qui fournissent par la calcination ces produits connus de tout le monde sous les noms de chaux & de plâtre ; telles encore que les gangues dures, réfractaires ou sauvages, des mines d'ailleurs peu sulphureuses & peu arsénicales, qu'on ne grille que pour disposer cette gangue à la fusion. C'est à peu-près dans la même vûe que cette opération est en usage dans les travaux de la verrerie, des émaux, des porcelaines, & dans les laboratoires des Chimistes, pour la préparation des chaux métalliques, &c.

On appelle encore calcination en Chimie, calcination par la voie humide, la division de toute substance métallique opérée par un menstrue, lorsque cette division est suivie d'un précipité, soit spontanée, soit produit par l'action d'un précipitant ; & tous les précipités sont appellés indistinctement chaux. Ainsi on appelle chaux d'or, l'eau d'or départi de l'argent, ou l'or de départ précipité par l'huile de tartre ; chaux d'argent, l'argent départi de l'or, ou l'argent de départ précipité par le cuivre, le précipité par le sel marin ou par son acide de la dissolution d'argent dans l'acide nitreux, &c. Mais la plûpart de ces substances ne conviennent avec les chaux proprement dites, que par le nom. La calcination par la voie humide porte encore le nom bien plus exact de pulvérisation philosophique. Voyez PULVERISATION & & PRECIPITE.

On prend aussi le mot de calcination dans un sens trop vague, quand on l'applique à la préparation des parties solides des animaux, qu'on épuise de leur partie lymphatique par l'eau bouillante : on appelle ces substances ainsi épuisées, calcinées philosophiquement ; corne de cerf calcinée philosophiquement, &c. mais ce n'est ici absolument qu'une décoction. Voyez DECOCTION.

Quel est donc le caractere propre de la vraie calcination ? J'entre pour le déterminer dans un examen plus détaillé de ses principaux phénomenes, des différens changemens qu'elle opere dans les divers sujets auxquels on l'applique. Cette discussion nous conduira de la maniere la plus abrégée à la vraie théorie de notre opération.

Je distingue d'abord les effets qui lui sont communs avec d'autres opérations chimiques, de ceux qui lui sont propres : 1°. la calcination considérée comme séparant des parties volatiles d'avec des parties plus fixes, peut ne différer de la distillation qu'en ce qu'on retient ces parties volatiles dans la derniere opération, & qu'elles s'échappent dans la premiere. C'est ainsi que les sels aqueux se dessécheroient dans les vaisseaux fermés, comme ils se dessechent dans les vaisseaux ouverts ; la premiere opération exigeroit seulement un feu plus violent : mais les deux produits de chaque opération, c'est-à-dire, le phlegme passé dans la distillation, ou dissipé par la calcination (on peut en ramasser en exposant un miroir à la vapeur), & le résidu de l'une & de l'autre, seroient exactement les mêmes. Je pourrois faire de cette opération une espèce distincte de calcination : mais elle est si distincte des deux autres que je vais proposer, qu'il sera plus exact encore de l'en séparer absolument. Voyez DESSICCATION.

2°. Les savons, les sels gras ou empâtés de matieres grasses ou huileuses, pourroient aussi être privés de ces matieres par la distillation, aussi bien que par la calcination. La plûpart des substances métalliques minéralisées, traitées dans les vaisseaux fermés, laisseroient sublimer du soufre & de l'arsenic, mais j'observe dans ce cas une différence remarquable ; c'est que la substance volatile séparée qui est inflammable, du moins pour la plus grande partie, s'éleve dans la distillation ou dans la sublimation, sans éprouver aucune altération, ou n'étant que très-peu altérée ; au lieu qu'elle est décomposée dans la calcination, elle est enflammée, détruite. Cette espece de calcination opere donc la séparation réelle de deux especes de corps qui formoient un composé ou un surcomposé par leur union, circonstance commune à cette opération & à la distillation, mais de plus la destruction d'un des principes de la composition du corps calciné, celle du mixte ou du composé inflammable. Cette espece de calcination sera propre à tous les corps solides composés ou surcomposés, dans la formation desquels entreront des mixtes ou des composés inflammables. Ces corps sont les mines ou substances métalliques minéralisées, les métaux sulphurés, tous les savons, extraits solides des végétaux, le tartre, la lie, les os des animaux, les bitumes solides, &c.

Il est enfin une autre espece de calcination essentiellement distincte des opérations faites dans les vaisseaux fermés : c'est l'opération qui prive par l'action du feu un mixte fixe & solide de son phlogistique, ou la décomposition par le feu d'un mixte fixe & solide, dont le phlogistique pur est principe constituant. Les sujets de cette calcination sont les métaux imparfaits, les demi-métaux, excepté le mercure, & tous les vrais charbons tirés des trois regnes. L'hépar sulphuris ou foie de soufre peut se ranger aussi avec ces corps, quoiqu'avec quelqu'inexactitude.

Quoique la fixité absolue de l'or & de l'argent tenus en fusion pendant un tems très-considérable, soit unanimement adoptée d'après les expériences de Kunckel, il est très-probable cependant que leur calcination n'est pas beaucoup plus difficile que celle des autres substances métalliques, mais non pas absolument impraticable. C'est la doctrine de plusieurs Chimistes illustres.

Isaac le Hollandois, dans son traité de salibus & oleis metallorum, cap. ij. de reverberatione calcis, assûre que la chaux d'argent, c'est-à-dire, l'argent déjà ouvert par un menstrue, exposée pendant vingt-un jours à un feu non-interrompu, & tel qu'il est nécessaire pour tenir le plomb en fusion sans le rougir, se réduit en une vraie chaux ; & que la chaux ou le précipité d'or exposé au même degré de feu, éprouve la même altération en six semaines.

Kunckel ne daigne pas même réfuter un auteur à qui il avoit fait cet honneur sur plusieurs autres points ; un auteur, dis-je, qui avoit mis la vraie chaux d'or parmi les non-êtres chimiques.

Stahl qui compte beaucoup sur se témoignage de ces deux auteurs, est persuadé qu'ils entendent parler l'un & l'autre de la même opération ; savoir, de la réverbération, ou de la calcination au grand réverbere, tant vantée par le premier (Isaac le Hollandois.) Voyez le Vitulus aureus igne combustus de Stahl.

Il paroît que l'or & l'argent sont vitrifiables, qu'ils sont dans l'état de verre dans les émaux. (Voyez VITRIFICATION.) Il paroît encore par les expériences faites avec le miroir de Tschirnhausen, ou grande lentille du Palais-royal, (Voyez Mém. de l'Acad. royale des Scienc. 1702.) que ces metaux ont été vitrifiés, même sans addition, du moins évidente. Or la vitrification suppose une calcination : calciner l'or & l'argent, est pourtant encore un problème chimique.

Les produits de cette calcination sont des chaux ou des cendres.

Les chaux métalliques sont plus ou moins parfaites, selon que les substances qui les ont fournies ont été plus ou moins exactement calcinées : elles sont des chaux absolues, si le phlogistique en a été entierement séparé.

Lorsque ces chaux sont volatiles, elles s'appellent fleurs. Voyez FLEURS & SUBLIMATION.

Ma derniere espece de calcination ne differe pas réellement de la précédente, considérée comme détruisant un mixte inflammable. Le caractere générique & essentiel de l'une & de l'autre, ou de la calcination proprement dite, c'est de ne pouvoir être exécutée dans les vaisseaux fermés ; car les mixtes inflammables volatils ne peuvent être qu'élevés dans les vaisseaux fermés, quelque feu qu'on employe ; & les mixtes fixes, tels que sont les sujets de la derniere espece de calcination, peuvent y être actuellement ignés ou embrasés, sans y éprouver aucune espece d'altération, pas même un changement de lieu, dimotionem à loco.

Ces faits n'ont été qu'énoncés jusqu'à présent, sur tout l'inaltérabilité du charbon parfait, celle des métaux dans les vaisseaux fermés. Cette propriété singuliere peut se déduire pourtant par une analogie toute simple de plusieurs phénomenes connus, & très-bien expliqués par les Chimistes, entr'autres par Stahl. C'est par la théorie de la flamme en un mot qu'il faut expliquer les phénomenes de la calcination : car nous ne connoissons que deux especes d'ignition réelle, la flamme & l'embrasement simple : or les corps propres à la calcination restent embrasés dans les vaisseaux fermés sans s'y calciner ; donc ce n'est pas dans l'embrasement simple qu'il faut chercher le méchanisme de cette opération.

Ce méchanisme est sensible dans la destruction des mixtes inflammables humides ou aqueux : l'huile, le soufre, l'esprit-de-vin, le phosphore de Kunckel, ne se décomposent que par l'inflammation : mais les mixtes inflammables secs ou terreux, tels que sont les sujets propres de ma 2e espece de calcination, ne paroissent pas capables de donner une vraie flamme ; on a même fait entrer dans la détermination de leur caractere la propriété de n'en point donner, même à l'air libre, du moins par eux-mêmes : le zinc seul est excepté.

Voici par quelle chaîne de considérations je me crois autorisé à généraliser cette théorie, à l'étendre à tous les sujets de la calcination.

Les charbons qui flambent (je demande grace pour cette expression) lorsqu'ils sont exposés à un courant rapide d'air, sont infiniment plûtôt consumés ou détruits, que lorsqu'ils brûlent sans flamber dans un lieu où l'air n'est point renouvellé, comme dans un fourneau dont le cendrier est fermé, ou dans la casse d'une forge dont le soufflet ne joue point. On ne sauroit attribuer cette différence à la simple augmentation de la vivacité du feu ; c'est la flamme, comme telle, qui la constitue ; car des charbons exposés dans les vaisseaux fermés à un feu dix fois plus fort que celui qui les consume lentement, lorsqu'on les couvre de cendres par exemple, ne les altere pas.

Le zinc ne se calcine qu'en flambant : les substances métalliques qui ne flambent pas par elles-mêmes, le fer, l'étain, le régule d'arsenic, le régule d'antimoine, détonnent ou flambent avec le nitre : or le nitre seul ne flambe jamais ; donc ces substances métalliques contribuent matériellement à la flamme : car d'ailleurs par cette détonation ou cette inflammation, leur calcination, très-lente sans ce secours, est effectuée sur le champ.

Voilà si je ne me trompe, l'énergie de l'inflammation ou de la flamme bien constatée pour la calcination : n'est-il donc pas permis de la regarder comme une ustion avec flamme sensible dans la plûpart des sujets ; cachée, ou même insensible dans la moindre partie, dans les quatre métaux imparfaits, dont deux même flambent avec le nitre, & dans trois demi-métaux dont un seul, le bismuth, ne flambe point avec le nitre ? Voyez FEU.

La calcination des pierres & des terres calcaires, & celle des pierres & des terres gypseuses, sera plus ou moins analogue à l'opération dont je viens restraindre l'idée, à raison du plus ou du moins de combustibilité des parties qu'on dissipe dans la préparation des chaux & des plâtres : des inductions très-bien fondées rangent cette opération, du moins pour les matieres calcaires, dans la classe des calcinations les plus proprement dites. Les parties dures des animaux donnent des chaux par la destruction d'une matiere lymphatique, c'est-à-dire, d'une substance inflammable, qui constituoit leur gluten. Or entre le corps d'un animal le moins dégénéré, une corne, un os récent, & la pierre calcaire la plus déguisée, le marbre, il existe tant d'especes intermédiaires dans lesquelles on distingue évidemment l'espece même des matieres animales dont elles sont formées, & où l'on voit ces matieres plus ou moins détruites, depuis la plus grosse corne d'ammon, jusqu'aux fragmens ou aux semences de coquilles imperceptibles sans le secours de la loupe ou du microscope, qu'il est naturel de conclure de cette ressemblance extérieure, que le gluten des pierres calcaires est en général une matiere animale, qui peut-être un peu dégénérée à la vérité, & que leur calcination est par conséquent une vraie destruction d'une substance inflammable : la conformité des qualités intérieures de toutes ces substances, avec celles des parties dures des animaux, confirme cette analogie. Il en est de même de ces qualités intérieures qui démontrent immédiatement du phlogistique dans les pierres & les terres calcaires, comme dans la craie, le marbre, &c. Voyez TERRE.

La théorie de la calcination des pierres & des terres gypseuses tient moins immédiatement à celle-ci. Voyez TERRE.

Le feu s'applique de différentes façons aux matieres qu'on veut calciner ; ou on expose ces matieres immédiatement à un feu de bois ou de charbon. Cette matiere est la plus usitée dans la préparation des chaux & des plâtres. Voyez CHAUX & PLATRE.

Ou on les expose à la flamme d'un réverbere. L'une & l'autre de ces méthodes est en usage dans les travaux des mines. Voyez GRILLAGE.

Ou enfin on les place dans des vaisseaux plats & évasés, appellés têt, écuelles à rôtir ou scorificatoires, qu'on met sur un feu de charbon, ou sous la moufle du fourneau d'essai. Les calcinations pratiquées dans les laboratoires des Chimistes pour des vûes d'analyse, s'exécutent ordinairement dans ces vaisseaux.

Les regles générales du manuel de ces dernieres opérations sont :

1°. De réduire en poudre grossiere le corps à calciner.

2°. De gouverner le feu de sorte que la matiere n'entre point en fusion, du moins d'éviter la fusion autant qu'il est possible. Cette regle n'est pas absolument générale ; car la fusion favorise la calcination du plomb & de l'étain, & elle ne nuit pas à celle du bismuth, pourvû néanmoins que ce ne soit qu'une fusion commençante.

3°. Si on a laissé fondre sa matiere, ou seulement s'empâter, de la laisser refroidir & de la réduire de nouveau en poudre grossiere.

4°. De remuer souvent la matiere.

5°. Enfin de ménager l'accès libre de l'air, autant qu'il est possible.

Quelques substances métalliques éprouvent par la calcination, dans de certaines circonstances, un changement singulier. Leurs chaux se chargent d'une matiere qui augmente le poids absolu du corps calciné. Cette circonstance est sur-tout très-remarquable dans le minium. Voyez MINIUM.

La calcination vraie peut être considérablement hâtée par le secours du soufre, par celui du nitre, & par celui de l'un & de l'autre employés en même tems.

L'aes ustum, le safran de Mars, communément appellé astringent, &c. sont des chaux préparées par le soufre. Les chaux de cette espece portent le nom générique de safran, crocus. La théorie de cette opération, est précisément la même que celle du grillage des métaux imparfaits & des demi-métaux minéralisés. Voyez GRILLAGE.

Le nitre projetté dans un creuset rougi au feu avec les charbons en poudre, avec la limaille des métaux imparfaits, & avec les demi-métaux solides pulvérisés, ou jettés sur ces substances embrasées, concourt très-efficacement à leur calcination, qui s'opere dans ce cas très-promtement. Lorsque cette calcination se fait avec bruit & flamme manifeste, comme celle du fer, de l'étain, du régule d'antimoine, du zinc, du régule d'arsenic, elle s'appelle détonation. Voyez DETONATION.

Les chaux d'antimoine tirées de l'antimoine crud ordinaire par le secours du nitre, comme l'antimoine diaphorétique préparé avec l'antimoine crud, le safran des métaux, &c. sont dûes au concours du nitre & du soufre.

L'esprit de nitre opere aussi des calcinations vraies. Le fer dissous par l'acide nitreux & abandonné par cet acide à mesure qu'il est attaqué, est une vraie chaux de fer. Voyez FER. Cet acide agit de la même façon sur le zinc, & même un peu sur le bismuth. Voyez les articles ZINC, BISMUTH, & MENSTRUE.

Mais la chaux de cette espece la plus parfaite, une chaux absolue, c'est le produit de l'action de l'acide nitreux sur la partie réguline de l'antimoine, soit qu'on l'applique immédiatement à ce régule, soit qu'on l'applique à l'antimoine crud, ou au beurre d'antimoine pour faire le bézoard minéral.

Glauber a fort ingénieusement observé dans la premiere partie de ses fourneaux philosophiques, que le bézoard minéral & l'antimoine diaphorétique étoient exactement la même chose, & qu'il n'importoit pas que ce diaphorétique fût fait avec l'esprit de nitre ou avec le nitre même corporel. Voyez MENSTRUE, ANTIMOINE & FEU.

Il ne faut pas confondre ces chaux avec les précipités métalliques qui portent le même nom, dont on a parlé plus haut. Cet article est de M. VENEL.


CALCIO(Jeu) il giuoco del calcio : c'est une espece de jeu de ballon fort usité en Italie, sur-tout dans les environs de Florence : on y joue avec bien des formalités & solennités pendant l'hyver. Les jeunes gens qui y jouent se partagent en deux bandes, qui pour se distinguer portent les unes des rubans rouges, d'autres des rubans verds. Chaque bande élit un chef qu'on nomme principe del calcio, qui est pour l'ordinaire un gentilhomme riche. Ce prince ou chef se choisit des officiers, & se forme une cour parmi ceux de sa bande ou de son parti ; il envoye des ambassadeurs au chef qui lui est opposé, & en use comme feroient de vrais souverains. Comme il ne manque jamais d'arriver une rupture, il lui déclare la guerre & va lui livrer bataille, qui n'est point sanglante ; c'est une partie au ballon qui décide de la victoire, & le vainqueur marche la tête haute, aussi content de lui que s'il avoit remporté des lauriers plus sanglans. Cette bataille se livre ordinairement dans la ville de Florence, & ci-devant se donnoit sous les fenêtres du grand-duc.


CALCULS. m. (Mathém. pures) supputation de plusieurs sommes ajoûtées, soustraites, multipliées, ou divisées. Voyez ARITHMETIQUE.

L'erreur de calcul ne se couvre jamais ni par arrêt ni par transaction, &c. Quand on arrête un compte, on sous-entend toûjours sauf erreur de calcul.

L'art de calculer en général, est proprement l'art de trouver l'expression d'un rapport unique, qui résulte de la combinaison de plusieurs rapports. Les différentes especes de combinaisons, donnent les différentes regles de calcul. Cela est expliqué plus au long à l'article ARITHMETIQUE.

Voyez les différentes especes de calcul aux articles ALGEBRE, DIFFERENTIEL, EXPONENTIEL, INTEGRAL, ADDITION, &c.

Plusieurs peuples de l'Amérique, de l'Afrique, & de l'Asie calculent avec des cordes, auxquelles ils font des noeuds.

Le calcul aux jettons se fait aisément, en représentant les unités par les jettons, les dixaines par d'autres jettons, les centaines par d'autres. Par exemple, si je veux exprimer 315 avec des jettons, je mets 3 jettons pour marquer les centaines, 1 pour les dixaines, 5 pour les unités. Voyez DIXAINE, &c. (E)

Le mot calcul vient du latin calculus, qui signifie une pierre, parce que les anciens se servoient de petits cailloux plats pour faire leurs supputations, soit des sommes multipliées ou divisées dans les comptes, soit en Astronomie & en Géométrie. De-là vient que nous avons donné le nom de calcul aux Sciences des nombres, à l'Arithmétique, à l'Algebre. Les Romains s'en servoient encore pour donner les suffrages dans les assemblées & dans les jugemens ; ils marquoient aussi les jours heureux avec une pierre blanche, dies albo notanda lapillo, dit Horace, & les jours malheureux par une pierre noire. Ils avoient emprunté la premiere de ces coûtumes des Grecs qui nommoient ces especes de jettons naturels ; c'étoient d'abord des coquilles de mer, remplacées depuis par des pieces d'airain de la même figure, appellées spondyles. Deux choses distinguoient les calculs ; la forme & la couleur. Ceux qui portoient condamnation étoient noirs & percés par le milieu, les autres étoient entiers & blancs. M. l'abbé de Canaye, dont nous avons déjà parlé à l'article AREOPAGE, avec l'éloge que méritent la finesse de son esprit & la variété de ses connoissances, dit qu'on pourroit regarder la précaution de percer les noirs comme une preuve que les Aréopagites, qui s'en servoient, jugeoient pendant la nuit ; car à quoi bon percer les calculs noirs, si l'on eût pû voir les uns & les autres, & appercevoir, par le secours de la lumiere, la différence de leur couleur ; au lieu qu'en jugeant dans les ténebres il est clair qu'on avoit besoin d'une différence autre que celle de la couleur & relative au tact, pour démêler les calculs de condamnation d'avec ceux qui marquoient l'absolution. On comptoit ces calculs, & le nombre des uns ou des autres décidoit pour ou contre l'accusé.

On se servoit aussi de calculs ou bulletins pour tirer les athletes au sort dans les jeux publics, & les apparier. Voici comme la chose se pratiquoit aux jeux olympiques, au rapport de Lucien dans son dialogue intitulé Hermotime ou des Sectes. " On place, dit-il, devant les juges, une urne d'argent consacrée au dieu en l'honneur de qui se célebrent les jeux. On met dans cette urne des ballotes de la grosseur d'une féve, & dont le nombre répond à celui des combattans. Si ce nombre est pair, on écrit sur deux de ces ballotes la lettre A, sur deux autres la lettre B, sur deux autres la lettre T, & ainsi du reste. Si le nombre est impair, il y a de nécessité une des lettres employées qui ne se trouve inscrite que sur une seule ballote ; ensuite les athletes s'approchent l'un après l'autre, & ayant invoqué Jupiter, chacun met la main dans l'urne & en tire une ballote. Mais un des mastigophores ou porte-verges lui retenant la main, l'empêche de regarder la lettre marquée sur cette ballote jusqu'à ce que tous les autres ayent tiré la leur. Alors un des juges faisant la ronde examine les ballotes de chacun, & apparie ceux qui ont les lettres semblables. Si le nombre des athletes est impair, celui qui a tiré la lettre unique est mis en réserve pour se battre contre le vainqueur ". Mém. de l'Académ. des Bell. Lett. tom. I. & VII. (G)

CALCUL des nombres, signifie, en Méchanique & parmi les Horlogers, l'art de calculer les nombres des roues & des pignons d'une machine, pour leur faire faire un nombre de révolutions donné dans un tems donné. On ne peut parvenir à cela, qu'en modérant la vîtesse des roues par un pendule ou balancier, dont les vibrations soient isochrones. Voy. PENDULE & la fig. 2. & 3. Pl. I. de l'Horlogerie, qui représente un roüage de pendule ; D, la roue de rencontre ; C, la roue de champ ; B, la grande roue, laquelle doit faire un tour en une heure. Le mouvement lui est communiqué par la roue A adossée à une poulie que le poids G fait tourner en tirant en en-bas : cette roue engrene dans un pignon fixe au centre ou sur la même tige que la roue B, qui doit faire un tour en une heure. Cette roue engrene de même dans le pignon fixe sur la tige de la roue de champ C ; cette derniere engrene dans le pignon de la roue de rencontre D, dont la vîtesse est modérée par les vibrations du pendule, qui ne laisse passer qu'une dent de la roue de rencontre à chaque vibration du pendule. Mais comme chaque dent de la roue de rencontre, dans une révolution entiere, frappe deux fois contre les palettes du pendule, il suit que le nombre de vibrations pendant un tour de la roue de rencontre est double de celui des dents de cette roue. Ainsi, si les vibrations du pendule durent chacune une seconde, & que la roue de rencontre ait 15 dents, le tems de sa révolution sera de 30" ou une demi minute. Si on suppose que le pignon x de la roue de rencontre D ait six ailes ou dents, & que la roue de champ qui le mene en ait 24, il est manifeste, vû que les dents du pignon ne passent qu'une à une dans celle de la roue, qu'il faudra, avant que la roue de champ C ait fait un tour, que le pignon x en ait fait quatre, puisque le nombre de ses dents 6 est contenu 4 fois dans le nombre 24 de la roue. Mais on a observé que la roue de rencontre, & par conséquent le pignon x qui est fixé sur la même tige, employe 30" à faire une révolution ; par conséquent la roue de champ C doit employer quatre fois plus de tems à faire une révolution entiere : 30" x 4 = 120"= 2', ainsi le tems de sa révolution est de deux minutes.

Présentement si on suppose que le pignon y fixé sur la roue de champ ait six ailes, & que la roue à longue tige B ait 60 dents, il faudra que le pignon y fasse dix tours avant que la roue B en ait fait un ; mais le pignon y fixé sur la tige de la roue de champ C employe le même tems qu'elle à faire une révolution, & ce tems est de 2'; la roue B en employera donc 10 fois davantage, c'est-à-dire 20' ou 1200" ou vibrations du pendule. Ainsi l'on voit que le tems qu'elle met à faire une révolution, n'est que le tiers de 3600" ou d'une heure, qu'elle devoit employer à la faire. Les nombres supposés sont donc moindres que les vrais, puisqu'ils ne satisfont pas au problème proposé ; ainsi on sent qu'il est nécessaire d'avoir une méthode sûre de trouver les nombres convenables.

Il faut d'abord connoître le nombre des vibrations du pendule que l'on veut employer pendant le tems qu'une roue quelconque doit faire une révolution. Voyez à l'article PENDULE la maniere de déterminer le nombre des vibrations, par cette regle, que le quarré de ce nombre, dans un tems donné, est en raison inverse de la longueur du pendule. Divisez le nombre par deux, & vous aurez le produit de tous les exposans : on appelle les exposans les nombres qui marquent combien de fois une roue contient en nombre de dentures le pignon qui engrene dans cette roue. Ainsi on a une roue de soixante dents & un pignon de six qui y engrene ; l'exposant sera 10 qui marque que le pignon doit faire dix tours pour un de la roue : on écrit les pignons au-dessus des roues, & l'exposant entre deux en cette sorte :

6 = pignon,

10 = exposant,

60 = roue.

Lorsqu'il y a plusieurs pignons & roues, on les écrit à la file les uns des autres, en séparant les exposans par le signe x (multiplié par) dont un des côtés représente la tige sur laquelle est un pignon & une roue, qui ne composant qu'une seule piece, font leur révolution en tems égaux. Exemple :

1, 2, 15, 6, 5, 7 1/2, sont des exposans ou les quotiens des roues divisés par leurs pignons. 7, 7, 8, les pignons. 15, 42, 35, 60, les roues qui engrenent dans les pignons placés au-dessus. Les x marquent comme il a été dit, que le pignon 7 & la roue 15 sont sur une même tige, ainsi que le second pignon 7 & la roue 42, de même le pignon 8 est sur la tige de la roue 35.

Théorème. Le produit des exposans doublé est égal au nombre des vibrations du pendule pendant une révolution de la derniere roue B.

Démonstration. La roue de rencontre 15, ainsi qu'il a été expliqué ci-dessus ne laisse passer qu'une dent à chaque vibration du pendule : mais comme chaque dent passe deux fois sous les palettes du pendule, le nombre des vibrations, pendant une révolution de la roue de rencontre, est le double du nombre de dents de cette roue ; ainsi on doit compter 30 vibrations ou 2 x 15 : mais le pignon 7 fixé sur la tige de la roue de rencontre, fait sa révolution en même tems que la roue fait la sienne ; & il faut qu'il fasse six révolutions pour que la roue 42 en fasse une ; le nombre de vibrations pendant une révolution de cette seconde roue 42, sera donc sextuple de celui du pignon 7 qui employe B x 15 à faire sa révolution ; ainsi la roue 42 employera 2 x 15 x 6 vibrations à faire une révolution entiere. Le second pignon 7 fixé sur la tige de cette roue, employera autant de tems qu'elle à faire une révolution : mais il faut cinq révolutions de ce pignon pour un tour de la roue 35 : ainsi le nombre de vibrations pendant un tour de cette derniere roue, sera (2 x 15 x 6) x 5 vibrations ; le pignon 8 employera le même tems, & la roue 60, 7 1/2 fois davantage, puisqu'il faut que le pignon 8 fasse 7 1/2 tours, pour que la roue 60 en fasse un : ainsi le nombre des vibrations pendant une révolution de cette derniere roue, sera (2 x 15 x 6 x 5) x 7 1/2, ce qui est le produit de tous les exposans multiplié par 2. Ce qu'il falloit démontrer.

Dans un roüage on place ordinairement les plus petits pignons vers l'échappement, & les plus gros vers le moteur : on place de même les roues plus chargées de dentures ; ce qui fait que les plus grands exposans se trouvent vers l'échappement : ainsi dans l'exemple précédent, les roues 35 & 42 devroient changer de place, pour que les exposans allassent en décroissant de A vers B en cette sorte :

ce qui fait un roüage qui peut être employé avec avantage pour toutes les parties. On met le nombre de vibrations ou produit des exposans à la fin, séparé seulement par le signe = en cette sorte :

ce qui exprime le nombre de vibrations pendant une révolution entiere de la derniere roue 63.

Lors donc que l'on se propose de construire un roüage, il faut connoître le nombre de vibrations du pendule qu'on veut appliquer au roüage pendant le tems que l'on veut qu'une roue employe à faire sa révolution. Supposons que ce tems soit une heure, & que le pendule batte les secondes ; c'est-à-dire que chaque vibration soit de la durée d'une seconde, une heure en contient 3600 : ainsi pendant la révolution de la roue qui fera un tour en une heure, le pendule fera 3600 vibrations, & ce nombre 3600 est le double du produit de tous les exposans 2 x r x s x t des roues & des pignons qu'il faut connoître. Divisez le nombre 3600 par 2, il vient 1800, qui est le produit de trois grandeurs inconnues r, s, t, mais que l'on sait devoir aller en décroissant de r à t ; & que l'exposant r qui représente le rochet de la roue de rencontre, peut être double du triple de l'exposant s, qui ne doit surpasser le troisieme t que d'une unité au plus.

Pour trouver ces trois inconnues, on suppose une valeur à la premiere r, & cette valeur est un nombre commode pour être un rochet, & est toûjours un nombre impair pour une roue de rencontre. Supposant que r = 30, on le dégage facilement de l'équation 1800 = r s t, & on a pour la valeur s t, s t = 1800/30 = 60. Présentement, puisque s & t sont égaux ou presqu'égaux, en supposant t = s, on aura l'équation s s = 60 ; donc s = 60 : ainsi il faut extraire la racine quarrée de 60 ; mais comme elle n'est pas exacte, on prend pour exposant la racine du quarré le plus prochain, soit en-dessus ou en-dessous, & on divise le produit s t = 60 par cette racine, & le quotient est l'autre exposant, & le plus grand est celui que l'on met le premier : ainsi dans l'exemple, 64 est le quarré le plus prochain de 60 ; sa racine est 8 ; on divise 60 par 8, il vient 7 4/8 pour l'autre exposant.

On les disposera tous en cette sorte :

2 x 30 x 8 x 7 4/8 = 3600

Présentement il faut trouver les pignons & les roues, ce qui n'est point difficile. Pour 7 4/8 on prendra 8 pour pignon, & pour roue huit fois l'exposant 7 4/8 ; ce qui fait 60. Pour l'exposant 8 on prendra un pignon 7, & la roue sera 56. La troisieme roue, qui est le rochet, est toûjours égale au premier exposant :

On doit observer, 1°. lorsque l'exposant est un mixte, que le pignon doit toûjours être le dénominateur de la fraction du mixte, ou un multiple de ce dénominateur, s'il est trop petit pour être un pignon : 2°. que s'il y avoit trois exposans s t u, non compris le rochet ou la roue de rencontre, on devroit extraire la racine cubique de leur produit : cette racine cubique ou celle du cube le plus prochain, sera un des exposans. (D)

CALCUL, (Medecine) Voyez PIERRE.


CALCULATEURSS. m. pl. (Hist. anc.) nom que les Romains donnoient aux maîtres d'Arithmétique, parce qu'ils montroient d'abord aux enfans à calculer ou compter avec des jettons appellés en latin calculi. Ce terme se trouve dans les anciens jurisconsultes ; & selon d'habiles critiques, il servoit à désigner les maîtres d'Arithmétique de condition libre ; au lieu que par le mot calculones qui s'y rencontre aussi, l'on entendoit les esclaves ou les affranchis de nouvelle date, qui exerçoient la même profession. Tertullien appelle ces maîtres, primi numerorum arenarii, peut-être parce qu'après avoir enseigné aux enfans la maniere de compter aux jettons, ils leur montroient l'Arithmétique en traçant sur le sable les figures des chiffres, à la maniere des anciens géometres. Ordinairement il y avoit un de ces maîtres pour chaque maison considérable, & le titre de sa charge étoit à calculis, à rationibus, c'est-à-dire, officier chargé des comptes, des calculs. (G)


CALCULERv. act. c'est en général appliquer les regles ou de l'Arithmétique ou de l'Algebre, ou les unes & les autres, à la détermination de quelque quantité. Voyez CALCUL. Ainsi

CALCULER, en Hydraulique, est chercher à connoître la force & la vîtesse d'un jet, d'un ruisseau, d'un courant de riviere, ce qui est la même chose que sa dépense. Voyez DEPENSE.

Quand il s'agit du poids de l'eau & de son élévation, voyez ces deux mots & celui de COLONNE. Si l'on veut connoître le contenu d'eau d'un bassin, voyez TOISE DES BASSINS.

On ne se sert point dans l'Hydraulique vulgaire du calcul algébrique ; l'Arithmétique vulgaire lui a été préférée, comme plus familiere à tout le monde. (K)


CALES. f. en Architecture, est un petit morceau de bois mince qui détermine la largeur du joint de lit d'une pierre. Mettre une pierre sur cales, c'est la poser sur quatre cales de niveau & à demeure, pour ensuite la ficher avec un mortier fin. On se sert quelquefois de cales de cuivre ou de plomb pour poser le marbre. (P)

CALE, fond de cale, (Marine) c'est la partie la plus basse d'un navire qui entre dans l'eau sous le franc tillac ; elle s'étend de poupe en proue. Le fond de cale comprend tout l'espace compris depuis la carlingue jusqu'au franc tillac ou premier pont. C'est le lieu où l'on met les munitions & les marchandises. Voyez Pl. IV. fig. 1. n°. 31. le fond de cale & sa distribution, ses cloisons & séparations. Il n'y a point d'usage particulier pour sa distribution, qui se fait suivant la destination du bâtiment.

On tient le fond de cale plus large dans les vaisseaux qu'on destine pour charger à cueillette ou au quintal, que dans les autres ; parce que la diverse matiere des paquets, des tonneaux, des caisses & de toutes les choses qu'on y charge, fait qu'il est plus difficile de les bien arrimer. Voyez ARRIMER, ARRIMAGE, CUEILLETTE.

Dans le combat, si l'on a des prisonniers ou des esclaves contre lesquels on doive être en garde, on les enferme sous le tillac dans le fond de cale.

CALE, donner la cale, (Marine) c'est une sorte d'estrapade en usage parmi les gens de mer, à laquelle on condamne ceux de l'équipage qui sont convaincus d'avoir volé, blasphémé ou excité quelque révolte. Il y a la cale ordinaire & la cale seche. Lorsqu'on donne la cale ordinaire, on conduit le criminel vers le plat bord au-dessous de la grande vergue, & là on le fait asseoir sur un bâton qu'on lui passe entre les jambes, afin de le soulager ; il embrasse un cordage auquel ce bâton est attaché, & qui répond à une poulie suspendue à un des bouts de la vergue. Ensuite trois ou quatre matelots hissent cette corde le plus promtement qu'ils peuvent, jusqu'à ce qu'ils ayent guindé le patient à la hauteur de la vergue ; après quoi ils lâchent le cordage tout-à-coup, ce qui le précipite dans la mer. Quelquefois, quand le crime est tel qu'il fait condamner celui que l'on veut punir à une chûte plus rapide, on lui attache un boulet de canon aux piés. Ce supplice se réitere jusqu'à cinq fois, selon que la sentence le porte ; on l'appelle cale seche, quand le criminel est suspendu à une corde raccourcie, qui ne descendant qu'à quelques piés de la surface de l'eau, empêche qu'il ne plonge dans la mer ; c'est une espece d'estrapade. Ce châtiment est rendu public par un coup de canon qu'on tire, pour avertir tous ceux de l'escadre ou de la flotte d'en être les spectateurs.

Donner la grande cale, ou donner la cale par-dessous la quille, (Marine) c'est une sorte de punition qu'on pratique à la mer parmi les Hollandois. On mene le coupable au bord du vaisseau, & on y attache une corde, au milieu de laquelle il est lié par le milieu du corps, ou bien on amene la vergue sur le vibord ; & ayant mis le coupable sur le bout, on y attache la corde : autour de son corps on met quelque chose de pesant, ou bien on l'attache à ses piés. La corde est aussi longue qu'il faut pour passer sous la quille du vaisseau ; un des bouts en est tenu de l'autre côté par quelques-uns des plus forts matelots de l'équipage, & l'autre bout est celui qui est attaché au vibord ou à la vergue. Le coupable, à l'ordre qu'en donne le quartier-maître, étant jetté à la mer, ceux qui tiennent la corde à l'autre bord du vaisseau, la tirent le plus vîte qu'ils peuvent, desorte qu'il passe avec une grande rapidité dans l'eau sous la quille. On recommence même quelquefois, & on le jette autant de fois que la sentence le porte. Ce châtiment est rude & dangereux ; car le moindre défaut de diligence ou d'adresse de la part de ceux qui tirent la corde, ou quelqu'autre petit accident, peut être cause que celui qu'on tire, se rompe ou bras ou jambes, & même le cou : aussi l'on met ce châtiment au rang des peines capitales. (Z)

CALE (Marine) c'est un abri sur la côte. Voyez CALANGUE.

CALE se dit encore d'un terrein creusé d'une certaine longueur & largeur dans un chantier de construction, préparé en pente douce & s'étendant jusque dans la mer, pour tirer les vaisseaux à terre lorsqu'il est question de les radouber.

On a long-tems agité en France si les cales étoient plus avantageuses pour la construction que les formes ; mais les formes paroissent l'avoir emporté. Le principal inconvénient que l'on trouve dans les cales, c'est que le vaisseau est en danger de tomber sur le côté quand on le tire sur la cale, ou qu'on le remet à l'eau ; & quand le navire reste sur la cale, il ne peut être soûtenu que par les coittes, qui ne pouvant aller d'un bout à l'autre du vaisseau, à cause du relevement des façons de l'arriere & de l'avant, n'en soûtiennent qu'une partie, pendant que le devant & le derriere, qui ne sont soûtenus de rien, souffrent beaucoup. D'ailleurs la cale étant plus étroite que le vaisseau, on ne peut l'épontiller d'un bout à l'autre. Ces inconvéniens ne se rencontrent point dans la forme.

Pour qu'une cale soit dans sa perfection ; il faut que le fond en soit fort solide & extrèmement uni, conservant une pente douce & égale d'environ 6 à 8 lignes par pié ; desorte qu'elle devient extrèmement longue, & peut avoir environ 600 piés de long sur 25 à 30 piés de large. Il faut qu'elle s'étende sous l'eau, de façon qu'il y ait au moins 21 piés d'eau au bout, afin qu'un navire se puisse porter tout entier sur la cale, & que la quille touche d'un bout à l'autre dans le même moment ; car un vaisseau dont une partie touche & l'autre est à flot, souffre beaucoup. Pour rendre le fond de la cale solide, on le fait de grandes caisses maçonnées, qu'il faut avoir attention de poser de façon que le niveau de la pente soit bien conservé : la caisse du bout, qui est la plus avant sous l'eau, est fort difficile à enfoncer. On met sur ce fond un grillage de bois qu'on appelle échelle, qui sert à faire glisser le vaisseau, & y établir des coulisses pour le tirer droit & l'empêcher de varier. On se sert de plusieurs cabestans pour tirer le vaisseau sur la cale, & d'un bâtis de charpente qu'on appelle berceau. Il faut pour le service d'une cale, une échelle, trois berceaux, un pour les grands vaisseaux, un pour les moyens & un pour les petits, & plusieurs cabestans.

CALE, (Marine) ce mot se dit enfin d'un plomb dont on se sert pour faire enfoncer l'hameçon au fond de l'eau dans la pêche de la morue.

CALE, (Marine) terme de commandement qui se fait pour laisser tomber tout-d'un-coup ce que l'on tient suspendu. Cale-tout. (Z)


CALE-BASCARGUEBAS, CAL-BAS, CARQUE-BAS, s. m. (Marine) c'est un cordage qui sert à amener les vergues des pacfis : il est amarré par un bout au racage de l'un de ces pacfis, & par l'autre bout à un arganeau qui est au pié du mât ; & ce cordage est un palan simple.

CALEBAS, (Marine) c'est aussi un petit palan dont on se sert pour rider le grand étai. (Z)


CALEBASSEcucurbita, s. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante dont les fleurs sont faites en forme de cloche ouverte, & pour l'ordinaire découpées de façon qu'elles paroissent être composées de cinq pétales. Les unes de ces fleurs sont stériles, & ne tiennent à aucun embryon ; les autres sont fécondes, & sont portées sur un embryon qui devient dans la suite un fruit cylindrique dans quelques especes, & fait en forme de flacon : dans d'autres ce fruit est ordinairement partagé en six loges remplies de semences applaties, oblongues, émoussées par les deux bouts, échancrées par le plus large. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)


CALEBASSIERCALEBASSIER

Un arbre d'Amérique dont on ne peut presque se passer dans aucune habitation, est le calebassier. Le lecteur en va juger tout-à-l'heure.

Ses caracteres. Sa fleur est d'une seule piece, faite en forme de cloche, & découpée en divers segmens. Du calice de la fleur s'éleve un pistil qui devient un gros fruit plein de chair, semblable à nos calebasses, revêtu d'une écorce dure & forte, & contenant plusieurs semences faites en coeur.

Description du calebassier. Cet arbre s'éleve à une grande hauteur dans les pays chauds de l'Amérique. Son tronc est tortueux, couvert d'une écorce grise, blanchâtre & raboteuse. Il est divisé en plusieurs branches composées d'autres plus petites, chargées de feuilles. Son bois est plus coriace que dur. Ses feuilles ont quatre, cinq, six pouces de longueur sur un pouce de largeur ; plus larges dans le milieu que par l'une ou l'autre de leurs extrémités ; épaisses, lisses, glabres, d'un verd clair en-dessous, plus obscures en-dessus : elles sont attachées le long des branches les unes après les autres. Ses fleurs qui croissent sur le tronc comme sur les branches, sont d'une seule piece en forme de cloche, approchant assez pour la figure à des roses sauvages écloses à moitié : elles sont longues d'un pouce & demi sur un pouce de largeur, pointillées sur leur surface, & d'une odeur désagréable. Les étamines sont blanches, & le calice de la fleur est verdâtre, à deux feuilles arrondies, du milieu desquelles s'éleve un pistil qui devient un fruit semblable aux calebasses & au potiron, de différente figure & grosseur, revêtu d'une écorce blanchâtre, dure, lisse, épaisse, forte, & renfermant plusieurs graines brunes.

Noms de son fruit. On nomme communément ce fruit macha-mona en Guinée, cuicte dans la Nouvelle-Espagne, & couï dans nos colonies françoises.

On connoît que les calebasses sont mûres, quand la queue qui les attache à l'arbre se flétrit & se noircit : pour lors on les détache de l'arbre. Si on veut s'en servir pour mettre de l'eau ou d'autres liqueurs, on fait près de la queue un trou d'une grandeur convenable, par lequel on jette de l'eau bouillante dans la calebasse pour macérer plus promtement la moëlle ou pulpe dont elle est remplie.

Usage de la coque de ce fruit. Après que cette pulpe est bien macérée, on introduit dans la calebasse un petit bâton, pour rompre entierement cette pulpe & la faire sortir : ensuite on y met encore de l'eau chaude avec du gros sable, que l'on remue fortement pour achever de détacher ce qui peut rester de la calebasse, & en polir le dedans. Quand les calebasses sont ainsi nettoyées & séchées, le vin & les autres liqueurs qu'on y met s'y conservent parfaitement, & ne contractent point de mauvais goût. Lorsqu'on veut séparer une calebasse en deux parties pour en faire deux couis, qui sont propres à une infinité d'usages, on l'environne avec une petite corde que l'on serre fortement à l'endroit où l'on veut couper la calebasse ; & de cette maniere on la separe en deux : mais il faut pour cela qu'elle ne soit ni trop seche, ni trop fraîchement cueillie. Etant ouverte, on la vuide facilement, on en gratte le dedans avec une coquille de moule ou autre, pour le polir.

Les Indiens polissent l'écorce du coui en-dedans & en-dehors, l'émaillent si agréablement avec du roucou, de l'indigo, & autres belles couleurs, que les délicats même peuvent boire & manger sans dégoût dans les divers vaisseaux qu'ils en forment. Ils dessinent & gravent sur la convexité, des compartimens & des grotesques à leur maniere. Ils remplissent les hachures de couleurs assorties ; & leurs desseins sont aussi justes qu'on peut l'attendre de gens qui ne se servent ni de regle, ni de compas. Il y a des curieux qui recherchent ces sortes d'ouvrages, & qui ne les estiment pas indignes d'une place entre les raretés de leurs cabinets.

Ces couis sont d'un usage très-diversifié ; & quoiqu'ils ne soient que de bois, on ne laisse pas que de les employer à y faire chauffer de l'eau. Lorsqu'ils sont rompus, leurs pieces servent à faire des cuillieres : on en fait des écumoires & des passoires, en les perçant avec un petit fer rouge. C'est la vaisselle ordinaire & la batterie de cuisine, tant des Caraïbes que de nos Negres. En un mot le calebassier fournit tout seul la plus grande partie des petits meubles du ménage des Indiens & des habitans étrangers qui demeurent aux îles.

Usages de la pulpe. Mais la pulpe de la calebasse leur est encore plus précieuse que la coque : c'est-là leur grande panacée pour une infinité de maladies ou d'accidens. Dans toute espece de brûlure, ils en font une espece de cataplasme, qu'ils appliquent sur la partie brûlée ou échaudée ; ils renouvellent de tems en tems ce cataplasme, & le maintiennent par un bandage : ils suivent la même méthode pour guérir les maux de tête causés par des coups de soleil. Ils cuisent cette pulpe, ou la macerent dans des cendres chaudes ; & du suc qu'elle fournit, ils en composent des lavemens pour la colique. Ils l'employent encore comme un préservatif contre tout accident dans les chûtes considérables : pour cet effet, ils vont cueillir une calebasse presque mûre, la cuisent sous des cendres chaudes, l'ouvrent ensuite, expriment le suc de la moëlle dans un vase, & le donnent à boire au malade. Ne nous moquons point ici de cette pratique ; cette boisson rafraîchissante vaut mieux en pareil cas que celle de l'infusion des herbes vulnéraires, que plusieurs de nos Médecins ordonnent, & que je trouve recommandée dans les Mémoires de l'Académie des Sciences.

Enfin les habitans de l'Amérique regardent la pulpe du coui comme souveraine pour arrêter les hémorrhagies causées par des blessures, pour prévenir des abcès, pour résoudre des tumeurs par contusion, pour empêcher les défaillances, &c. Les pauvres gens sont excusables de croire à ce prétendu remede : mais nos voyageurs Oviedo, Rochefort, du Tertre, Labat, & tant d'autres, ne se moquent-ils pas de nous quand ils nous vantent les merveilleux effets opérés par la moëlle de calebasse dans les derniers cas dont nous venons de parler ?

Culture du calebassier en Europe. Quoique la pulpe de calebasse ni sa coque ne nous touchent guere en Europe par le peu d'utilité que nous en pouvons tirer, nous avons cependant poussé la curiosité jusqu'à chercher à élever dans nos climats le calebassier d'Amérique, & nous y avons réussi. En voici la méthode enseignée par Miller, & que tout le monde ne connoît pas.

Il faut tenir cet arbre dans un endroit de la serre dont le degré de chaleur soit modéré, par le moyen du thermometre. Il sembleroit qu'étant originaire des pays chauds, il auroit besoin d'une très-forte chaleur : mais on a trouvé par expérience, que la chaleur tempérée lui est beaucoup plus avantageuse. Il demande une terre legere, sablonneuse, de fréquens arrosemens, & beaucoup d'air en été ; autrement il arrive que ses feuilles sont mangées d'insectes, ce qui la défigure étrangement & retarde sa pousse. Il n'y a d'autres moyens de prevenir ce mal ou d'y remédier, que de nettoyer soigneusement les feuilles avec une guenille de laine, de mettre l'arbre en été à un plus grand air, & en hyver dans un endroit plus frais.

On multipliera le calebassier en plantant pendant l'été de ses rejettons dans des pots garnis de bonne terre, & en plongeant ces pots dans un lit de tan d'une chaleur modérée, observant de les arroser & de les abriter pendant le chaud du jour, jusqu'à ce que les rejettons ayent pris racine. Les graines de cet arbre, si on les apporte fraîches dans le fruit même, viendront à merveille en les semant sur des couches chaudes, & en les cultivant comme des ananas. Le calebassier vient mieux de bouture que de graine, & porte bien plûtôt. On en transplante même en Amérique de très-grands & gros, d'un lieu à un autre, avec succès, sans qu'ils en reçoivent le moindre dommage.

De la calebasse d'herbe d'Amérique. Je n'entrerai dans aucun détail sur une autre espece de calebasse commune en Amérique, très-grosse, longue, qu'on seme chaque année, & que les François de nos îles nomment calebasse d'herbe. Ces sortes de calebasses ne sont autre chose que la gourde européenne, plante cucurbitacée dont la racine branchue périt toutes les années, & dont la graine a été portée de l'Europe dans le nouveau monde. Leur écorce ou coque est beaucoup plus épaisse que celle des calebasses d'arbres, mais beaucoup moins durable, parce qu'elle est molle & spongieuse : ce qui fait encore qu'elles contractent aisément un mauvais goût, & qu'elles gâtent ce qu'on y met.

Les curieux trouveront toutes sortes de détails sur le calebassier d'Amérique dans le recueil général des voyages, Oviedo, Marcgrave, du Tertre, Rochefort, Labat, Plumier, & Miller. Cet article est de M(D.J.)


CALEBEou KILBEG, (Géog.) petite ville d'Irlande dans la province d'Ulster, au comté de Dunnegal.


CALEÇONNIERS. m. Les maitres Peaussiers-Teinturiers en cuir prennent la qualité de Caleçonniers, parce que leurs statuts leur donnent pouvoir de passer les cuirs propres à faire des caleçons, qu'ils peuvent aussi fabriquer & vendre dans leurs boutiques. Voyez PEAUSSIER.


CALECOULON(Géog.) petit royaume d'Asie dans l'Inde, sur la côte de Malabar.


CALEDONIEN(OCEAN) Géog. anc. & mod. c'est ainsi qu'on nomme quelquefois la mer qui environne l'Ecosse, qui est une partie de la mer du Nord : elle s'étend depuis le Nord de l'Ecosse jusqu'à la partie méridionale de l'Islande.


CALÉFACTIONS. f. terme de Pharmacie, qui se dit de l'action du feu qui cause de la chaleur, ou l'impulsion que les particules d'un corps chaud impriment sur d'autres corps à la ronde. Voyez CHALEUR.

Ce mot est particulierement usité en Pharmacie, où l'on distingue la caléfaction de la coction ; la caléfaction n'étant en usage que pour exprimer l'action du feu sur quelque liqueur, sans qu'on l'ait fait bouillir. Voyez COCTION & FEU. (N)


CALEMARS. m. se dit, dans l'Ecriture, d'un vase de plomb ou de verre plein d'encre, qu'on a placé au milieu d'une éponge mouillée, dans un plateau de fayence ou de bois. On donne aussi le nom de calemar à un vaisseau de crystal, à peu-près de la forme d'un alambic, excepté que le bec de celui-ci tend en-bas, & celui-là en-haut. On l'appelle plus communément cornet à lampe.


CALEMBERG(Géog.) principauté d'Allemagne dans la basse-Saxe, qui fait partie du duché de Brunswick : on l'appelle ordinairement le pays de Hanovre.


CALENCARDSS. m. pl. (Commerce) toiles peintes qui viennent des Indes & de Perse : ce sont les plus estimées des indiennes.


CALENDARIS(Myth.) surnom donné à Junon, à qui les calendes de chaque mois étoient consacrées, & qu'on honoroit dans ces jours par des sacrifices.


CALENDER-HERREou FRERES DES CALENDES, (Hist. mod.) c'est ainsi qu'on appelloit il y a quelques siecles, une société ou confrairie de laïques & d'ecclésiastiques, établie dans presque toutes les principales villes de l'Allemagne. Le nom de freres des Calendes leur fut donné, parce qu'ils s'assembloient le premier jour de chaque mois, que les Latins nomment calendae : chacun apportoit à ces assemblées de l'argent, qui étoit destiné à prier pour les morts, & à être employé en aumônes. Cette espece de société n'a plus lieu aujourd'hui.


CALENDERSS. m. pl. (Hist. mod.) espece de derviches ou religieux mahométans, répandus surtout dans la Perse & dans les Indes ; ainsi nommés du Santon Calenderi, leur fondateur. C'est une secte d'Epicuriens qui s'adonnent aux plaisirs au-moins autant qu'aux exercices de la religion, & qui usant de toutes les commodités de la vie, pensent aussi bien honorer Dieu par-là que les autres sectes par leurs austérités ; en général, ils sont habillés simplement d'une tunique de plusieurs pieces, piquée comme des matelats. Quelques-uns ne se couvrent que d'une peau d'animal velue, & portent au lieu de ceinture un serpent de cuivre, que leurs maîtres ou docteurs leur donnent quand ils font profession, & qu'on regarde comme une marque de leur science. On les appelle abdals ou abdallas, c'est-à-dire en persan ou en arabe, gens consacrés à Dieu. Leur occupation est de prêcher dans les marchés & les places publiques ; de mêler dans leurs discours des imprécations contre Aboubekre, Omar, & Osman, que les Turcs honorent, & de tourner en ridicule les personnages que les Tartares Usbegs reverent comme des saints. Ils vivent d'aumônes ; font le métier de charlatans, même celui de voleurs, & sont très-adonnés à toutes sortes de vices : on craint autant leur entrée dans les maisons, que leur rencontre sur les grands chemins ; & les magistrats les obligent de se retirer dans des especes de chapelles bâties exprès proche des mosquées. Les Calenders ressemblent beaucoup aux Santons des Turcs. Voyez SANTON. (G)


CALENDESS. f. pl. calendae, c'étoit dans la chronologie romaine, le premier jour de chaque mois. Voyez MOIS.

Ce mot est formé du latin calo, ou plûtôt du grec , j'appelle ou je proclame, parce qu'avant la publication des fastes romains, une des charges des pontifes étoit d'observer la nouvelle lune, & d'en donner connoissance au rex sacrificulus : alors, après avoir offert un sacrifice, le pontife ajournoit le peuple au capitole, & là il publioit à haute voix le nombre des calendes, ou quel jour seroient les nones ; ce qu'il faisoit en répetant cette formule, calo juro novellae, autant de fois qu'il y avoit de jours de calendes. C'est de-là qu'est venu le mot calendae, de calo, calare, appeller ou publier. C'est la raison qu'en donne Varron. Plutarque, & après lui Gaza, dérivent ce mot de clam, quia luna calendis clam sit ; mais cela paroît cherché trop loin : d'autres font venir ce nom de ce que le peuple étant assemblé ce jour-là, le pontife nommoit ou publioit les jours de fêtes qui devoient arriver dans le mois. Cette coûtume continua jusqu'à l'an de Rome 450, où Caius Flavius édile curule ordonna que l'on affichât les fastes ou le calendrier dans les places publiques, afin que tout le monde pût connoître la différence des tems & le retour des fêtes. Voyez FASTES.

Les calendes se comptoient à reculons, ou dans un ordre rétrograde : ainsi, par exemple, le premier de Mai étant les calendes de Mai, le dernier ou le trentieme d'Avril étoit le pridie calendas ou le second des calendes de Mai ; le vingt-neuf d'Avril, le troisieme des calendes, ou avant les calendes, & ainsi de suite en rétrogradant jusqu'au treizieme, où commençoient les ides que l'on comptoit pareillement en rétrogradant jusqu'au cinquieme qui étoit le commencement des nones ; elles se comptoient toûjours de même jusqu'au premier jour du mois, qui étoit les calendes d'Avril. Voyez NONES & IDES.

On a renfermé dans les vers suivans les regles du comput par calendes.

Prima dies mensis cujusque est dicta calendae ;

Sex Maius nonas, October, Julius & Mars

Quatuor at reliqui : dabit idus quilibet octo.

Inde dies reliquos omnes dic esse calendas,

Quos retro numerans dices à mense sequente.

Pour trouver le jour des calendes qui répondent à chaque jour du mois où l'on est, voyez combien il y a encore de jours du mois qui restent, & ajoûtez deux à ce nombre. Par exemple, supposons que l'on soit au vingt-deux d'Avril, c'est donc le 10e des calendes de Mai : car Avril a 30 jours ; & 22 ôtés de 30, donnent 8 pour reste, auquel ajoûtant 2, la somme est 10. La raison pour laquelle on ajoûte 2, c'est que le dernier du mois s'appelle secundo calendas, d'où il s'ensuit que le pénultieme ou le 29e doit s'appeller tertio calendas, l'antépenultieme ou le 28e quarto calendas, & ainsi de suite. Or si de 30 on ôte 29, il reste 1, auquel par conséquent il faut ajoûter 2 pour avoir le tertio calendas : de même si de 30 on ôte 28, il reste 2 auquel il faut ajoûter 2 pour avoir le quarto calendas, &c.

Les auteurs romains ne savent pas trop eux-mêmes la raison de cette maniere absurde & bizarre de compter les jours du mois, néanmoins on s'en sert encore aujourd'hui dans la chancellerie romaine ; & quelques auteurs, par une affectation frivole d'érudition, la préferent à la méthode commune qui est bien plus naturelle & plus aisée. Voyez AN, NONES, JOUR, IDES.

Cette maniere de compter par calendes étoit si particuliere aux Romains, qu'elle a donné lieu à une espece de proverbe encore en usage aujourd'hui : on dit qu'on fera une chose aux calendes greques, pour dire qu'on ne la fera jamais, parce que les Grecs ne comptoient point par calendes. Chambers.


CALENDRES. m. machine qui sert à tabiser & à moirer certaines étoffes, & à cacher les défauts des toiles & de quelques autres étoffes. Cette machine qu'on voit fig. 2. Pl. XI. des manufactures en soie, est composée de deux montans AB, ab, fixés en Aa, dans un bâtis de gros bois de charpente, ou dans un massif de pierre C D c d, ce massif est couvert d'un grand bloc de marbre E A F e a f qui embrasse par chacun de ses bouts un des montans, & descend ensuite en plans inclinés : les deux plans inclinés sont séparés par une grande surface plane : ce marbre s'appelle la table inférieure de la calendre : sa partie plane H h est garnie d'une plaque de cuivre d'un pouce d'épaisseur ; les montans A B, a b, sont ouverts selon la longueur de la calendre, chacun de deux ouvertures i i, k k ; I I, K K. Les trois ouvertures k k, K K, I I, sont chacune garnies d'une poulie ; les montans sont encore consolidés par une traverse B b : on remarque à celui qui est marqué A B, un boulon percé dans son milieu, & tenu par deux pitons cloüés sur les côtés du montant. On voit sur la table deux rouleaux L, l, & sur ces rouleaux une forte piece de bois O M N n o p, dont la surface inférieure M N n m, imite celle de la table ; ses extrémités M N, m n, sont coupées en plans inclinés, & sa partie N d est plate & garnie pareillement d'une table de cuivre d'un pouce au moins d'épaisseur ; à chaque extrémité de cette piece de bois, sur le milieu, est assemblé perpendiculairement un montant O P, o p ; chacun de ces montans O P, o p, est percé de deux ouvertures, selon la longueur de la calendre, q q, r r, Q Q, R R ; & il y a dans chacune de ces quatre ouvertures une poulie ; les extrémités supérieures des montans O P, o p, sont consolidées & soûtenues par une forte barre de fer P p qui les traverse. Sur le bois O M N n m o est assis un massif de pierre de taille u s t V S T du plus grand poids. A l'une des extrémités de la calendre est un plancher A B C D. Sur le milieu de ce plancher est arrêté une espece de treuil ou tourniquet F G H E, à la partie supérieure duquel, au-dessous du tambour, est adapté un levier ou bras ou aisselier I K, qui porte à son extrémité K un bout de traverse armé de deux pitons ou anneaux L L. Une corde attachée au boulon x passe sous la poulie Q Q, revient dessus la même poulie, passe sous la poulie I I, revient dessus la même poulie, passe sous la poulie R R, revient dessus la même poulie, passe sous la poulie K K, revient dessus la même poulie, & se rend sur le tambour supérieur G du tourniquet F E. Une corde fixée à la broche y passe dessous la poulie r r, revient dessous la même poulie, passe dessus la poulie k k, revient dessous la même poulie, passe dessus la poulie q q, revient dessous la même poulie, traverse le montant a b par l'ouverture i i, & se rend sur le tambour inférieur H du tourniquet F E, sous le plancher A B C D. La corde x & la corde y s'enveloppent sur leurs tambours, chacune en sens contraire. Si donc on attelle un cheval au bras I K, & qu'il fasse envelopper la corde x G sur le tambour G ; la masse M N n m & tout son équipage avancera dans la direction m M, & à mesure que la corde x G s'enveloppera sur le tambour G, la corde y H se developpera de dessus le tambour H. Si la corde x G se développe de dessus son tambour G, la corde y H s'enveloppera sur le sien, & la masse M N n m & tout son équipage reviendra dans la place M n. On a donc par ce méchanisme le moyen de faire aller & venir la masse M N n m & toute sa charge ; & cette machine est ce qu'on appelle une calendre.

L'usage de cette machine est, comme nous avons dit, de tabiser & de moirer, on entend par moirer, tracer sur une étoffe ces sillons de lustre qui semblent se succéder comme des ondes qu'on remarque sur certaines étoffes de soie & autres, & qui s'y conservent plus ou moins de tems ; & il n'y a de différence entre tabiser & moirer, que celle qui est occasionnée par la grosseur du grain de l'étoffe ; c'est-à-dire que dans le tabis, le grain de l'étoffe n'étant pas considérable, les ondes se remarquent moins que dans le moiré où le grain de l'étoffe est plus considérable. L'opération de la calendre n'est pas entierement la même pour toutes les étoffes, & l'on ne moire pas précisément comme l'on tabise : pour moirer on prend un coutil, & un rouleau L ou l, comme on le voit sous la calendre ; on fait faire au coutil un tour sur le rouleau ; on plie l'étoffe à moirer en deux selon sa longueur, ensorte que la lisiere se trouve sur la lisiere. Puis on la met en zig-zag, ensorte que l'étendue de chaque zig-zag soit à-peu-près celle du rouleau, & que chaque pli couvre en partie celui qui le précede, & soit couvert en partie par celui qui le suit, comme on voit même Pl. fig. 2. A B est le rouleau ; 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, &c. sont les zig-zags de l'étoffe. On enveloppe l'étoffe ainsi pliée en zig-zag sur le rouleau, observant de serrer chaque tour à force de bras, les uns contre les autres, par le moyen du coutil ; & l'on continue de plier en zig-zag, & d'envelopper jusqu'à la fin de la piece. On ne met guere sur un rouleau plus de trente à trente-cinq aunes de gros grain, comme moire, cannelé, & autres semblables, & guere plus de cinquante aunes, si c'est un petit grain ; le coutil qui enveloppe n'en a pas plus de six, sur trois quarts de large. On appelle fourreau, cette enveloppe de coutil qui suit tous les tours de l'étoffe en zig-zag sur le rouleau. Il faut observer quand on roule la piece à moirer de mettre la lisiere en face de soi, & de mouiller la tête du fourreau, afin d'arrêter l'étoffe & le fourreau sur le rouleau.

Lorsque le rouleau est ainsi chargé, on le fait passer sous la calendre, & on lui en donne vingt-cinq tours. On entend par un tour une allée & une venue, c'est-à-dire qu'on fait aller & venir la masse M N n m avec sa charge vingt-cinq fois. On retire ensuite le rouleau, on déroule l'étoffe, puis on la remet en zig-zag, mais de maniere que les parties de l'étoffe, qui faisoient l'extrémité des premiers zigzags, fassent le milieu de ceux-ci. Cela fait, on la remet sous la calendre, & on lui donne encore quinze tours, après lesquels on retire le rouleau, on développe l'étoffe, & on la dresse : la dresser, c'est la mettre en plis égaux d'une demi-aune, mais non pas en zig-zag, sans toutefois l'ouvrir ; quand elle est dressée, on la presse à chaud. La presse des Calendriers n'a rien de particulier : on a des plaques de fer chaud de la grandeur de l'étoffe pliée ; on met une plaque de fer chaud tiede, on la couvre d'une feuille de carton ; on met l'étoffe pliée sur ce carton ; on met une autre plaque de fer chaud sur l'étoffe avec une autre feuille de carton, & on serre le tout à force de bras. Cette précaution de presser à chaud l'étoffe moirée, fait tenir l'onde plus long-tems ; sans la presse, l'humidité agiroit tellement sur les ondes, qu'elle les effaceroit dans les envois qu'on fait au loin des étoffes moirées. On presse tous les draps à plaque chaude, excepté l'écarlate.

Il s'ensuit de ce qui précede, que la moire n'est ni un effet du travail de l'étoffe, ni un effet de la teinture ; que ce n'est autre chose que les différentes impressions des plis de l'étoffe sur elle-même ; ces plis appliqués sur l'étoffe par un poids immense, en écrasent le grain en zig-zag, & forment en entraînant le rouleau, ces ondes ou reflects de lumiere qui frappent si agréablement les yeux. Le massif de pierre u s t, V S T, est ordinairement de vingt-six à vingt-sept mille livres pesant : on le pousse à la calendre royale jusqu'à quarante mille.

Pour tabiser, on plie en deux, mais on ne fait point de zig-zag ; on se contente de bien rouler l'étoffe sur elle-même, & de bien serrer les tours les uns sur les autres. L'étoffe étant foible, si on la mettoit en zig-zag comme pour moirer, elle ne pourroit soûtenir l'impression des plis appliqués par le poids, sans s'érailler & même se déchirer. Quand on presse les étoffes tabisées, c'est à froid ; on observe seulement d'en séparer chaque lit par les planches.

Mais soit moire, soit tabis, les étoffes ne passent qu'une nuit sous la presse.

Les belsamines qui sont fil & soie se tabisent seulement. On ne met les damas sur fil à la calendre que pour les unir, leur donner plus d'oeil, les faire paroître serrés, & les allonger. L'allongement est de trois aunes sur quarante, selon toutefois que la chaîne a été plus ou moins tendue, & la trame plus ou moins frappée. Les étoffes de Paris, les satins sur coton, la papeline, s'étendent à la calendre : mais quand cette derniere est déroulée, elle se remet dans le même état : ce qui est commun à toutes les étoffes en laine. Il y a des camelots qui se moirent, mais c'est à force de calendre & de presse à feu. On calendre les toiles à carreaux & les toiles de coton ; les toiles de coton, pour les faire paroître serrées. Les toiles à carreaux s'étendent beaucoup & ne se remettent pas. La calendre écrase les fleurs des siamoises à fleurs & d'autres étoffes figurées, & les empêche d'avoir du relief. Les siamoises à raies sont exposées à un inconvénient sous la calendre, c'est de faire serpenter leurs raies. On donne à ces étoffes & aux toiles à carreaux, dix à douze tours, en deux reprises ; après les six premiers tours, elles se lâchent tellement sur le rouleau qu'il faut les resserrer. On donne plus ou moins de tours, selon que l'étoffe est plus ou moins dure. Les papelines ne se pressent point ; il faut les tenir roulées, afin qu'elles ne se retirent pas. On presse les toiles à carreaux, à coton ; mais on observe d'avoir des ais & de les rouler dessus ; autant de pieces, autant d'ais. Les siamoises & les toiles communes se pressent seulement, cueillies ou faudées, c'est-à-dire plis sur plis.

Il n'est permis qu'aux maîtres Teinturiers d'avoir des calendres. On paye la moire deux sous par aune ; les belsamines, un sou ; les tabis, six blancs ou deux sous ; les autres étoffes, à peine un liard ; les toiles communes, un liard.

Les rouleaux dont on se sert sont de charme ; ils ont trois piés huit pouces de long, y compris les pommes ou poignées, sur six à sept pouces de diametre. Ils servent tout au sortir des mains du tourneur ; ils ne sont pas tous également bons : les filamenteux & blancs sont préférables aux durs & roux. Ces premiers ne se paîtrissent ni ne se cassent. S'il arrive à un rouleau de s'écraser, il faut arrêter sur le champ la calendre ; sans cela, les fragmens du rouleau couperoient l'étoffe.

Quand les pieces ont peu d'aunage, on les calendre les unes sur les autres ; le moins qu'on en puisse calendrer à la fois, c'est douze ou quinze aunes, quand elles ne se doublent pas ; & sept à huit aunes, quand elles se doublent ou plient en deux. Toutes les étoffes ne se serrent pas sur le rouleau également bien. Quand on les apperçoit lâches, il faut les dérouler. Pour empêcher les pieces de se décharger les unes sur les autres, ou on les fait seules, ou on les sépare par des papiers blancs sur le même rouleau. Quand on a des rouleaux neufs, il est à propos de les faire travailler d'abord avec des pieces qui soient en largeur de toute la longueur de ces rouleaux. Il arrive d'en perdre jusqu'à vingt, trente, quarante en une semaine.

Lorsqu'on s'apperçoit qu'il se forme un bourlet à l'étoffe moite, ou qu'étant seche & la calendre glissant dessus, le rouleau se dérange, on le remet en place avec une mailloche ; ce qui s'appelle en terme de l'art, châtier le rouleau.

Mais la maniere dont on fait mouvoir la masse M N, n m, avec sa charge, n'est pas la seule qui soit en usage. Il y a des calendres ou la piece de bois M N, n m, est toute plate, comme on voit même Pl. fig. 3. La table inférieure est terminée à ses deux extrémités G g en plans inclinés ; il y a à la masse u s t, U S T, deux anneaux P p ; il passe dans ces deux anneaux deux crochets R r ; ces crochets sont attachés aux extrémités de deux cables, dont l'un se roule sur l'arbre X X ; quand l'autre se développe, on fait tourner l'arbre X X, par la grande roue Y Y, dans laquelle des hommes montent, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre ; ce qui fait aller & venir la masse M N, n m, avec sa charge & ses rouleaux L l qu'elle presse ; quand on veut retirer les rouleaux, on fait avancer la masse M N, n m, vers l'une des extrémités de la table G g, jusqu'à ce que la partie de cette masse, qui correspond à un des plans inclinés, étant plus lourde que l'autre, & l'emportant en haut, comme on voit dans la figure, elle n'appuie plus dessus le rouleau.

Il y a à Paris deux calendres royales, la grande & la petite ; la grande a sa table inférieure d'un marbre bien uni, & la supérieure d'une plaque de cuivre bien polie : la petite a les deux tables de fer ou d'acier bien poli ; au lieu que les calendres ordinaires des Teinturiers n'ont que des tables de bois.

Avant M. Colbert il n'y avoit point de calendre en France ; c'est à l'amour que ce grand ministre avoit pour les arts & pour les machines utiles, que nous devons les premieres calendres.

On prétend que la calendre à roue est meilleure que la calendre à cheval, parce qu'elle a le mouvement plus égal & plus uni ; reste à savoir si un peu d'irrégularité dans le mouvement est un desavantage, quand il s'agit de former des ondes sur une étoffe.


CALENDREURS. m. (Commerce) c'est ainsi qu'on appelle dans quelques manufactures, l'ouvrier qui met les étoffes sous la calendre.


CALENDRIERS. m. (Hist. & Astron.) c'est une distribution de tems accommodée aux usages de la vie ; ou bien c'est une table ou un almanach qui contient l'ordre des jours, des semaines, des mois, des fêtes, &c. qui arrivent pendant le cours de l'année. Voyez TEMS, ANNEE, MOIS & FETE.

Il a été appellé calendrier, du mot calendae, que l'on écrivoit anciennement en gros caracteres au commencement de chaque mois. Voyez CALENDES.

Le calendrier romain, qui est encore en usage, doit son origine à Romulus : mais depuis il a subi différentes réformes. Ce législateur distribua le tems en différentes périodes, pour l'usage du peuple qui vivoit sous son gouvernement : mais comme il étoit beaucoup plus versé dans la guerre que dans les matieres astronomiques, il ne divisa l'année qu'en dix mois, qui étoient alternativement de trente-un & de trente jours : elle commençoit le premier de Mars ; & Romulus croyoit qu'au moyen de cette distribution l'année recommençoit toûjours au printems, s'imaginant que le soleil parcouroit toutes les saisons dans l'espace de trois cent quatre jours, au lieu qu'en effet il s'en falloit soixante-un jours que cette année ne s'accordât avec la vraie année solaire.

Le calendrier de Romulus fut réformé par Numa, qui y ajoûta deux mois de plus, Janvier & Février, qu'il plaça avant le mois de Mars. De plus Numa ordonna que le mois de Janvier auroit vingt-neuf jours, Février vingt-huit, & les autres mois alternativement trente-un & vingt-neuf, excepté Août & Septembre, qui en avoient vingt-neuf chacun ; de maniere que l'année de Numa consistoit en trois cent cinquante-cinq jours, & commençoit au premier de Janvier. Il s'en falloit dix jours par an, & quarante-un jours au bout de quatre ans, que cette année ne s'accordât avec le cours du soleil ; & l'année greque lunaire, qui étoit de trois cent cinquante-quatre jours, donnoit en quatre ans quarante-cinq jours d'erreur. Cependant Numa, à l'imitation des Grecs, aima mieux faire une intercalation de quarante-cinq jours, qu'il divisa en deux parties, intercalant un mois de vingt-deux jours à la fin de chaque deuxieme année, & à la fin de deux autres années suivantes un autre mois de vingt-trois jours. Il appella ce mois ainsi interposé, le macédonien ou le Février intercalaire.

On ne fut pas long-tems sans s'appercevoir du défaut de cette intercalation, & on y ordonna une réforme. Voyez AN.

Mais cette réforme étant mal observée par les pontifes auxquels Numa en confia le soin, occasionna de grands desordres dans la constitution de l'année.

César, en qualité de souverain pontife, tâcha d'y remédier. Dans cette vûe il s'adressa à Sosigenes, célebre astronome de son tems. Cet astronome trouva que la distribution du tems dans le calendrier ne pourroit jamais être établie sur un pié bien sûr, sans avoir auparavant observé avec beaucoup de soin le cours annuel du soleil ; & comme le cours annuel du soleil ne s'acheve qu'en trois cent soixante-cinq jours six heures, il réduisit l'année à ce même nombre de jours. L'année de cette correction du calendrier fut une année de confusion ; car on fut obligé, afin d'absorber l'erreur de soixante-sept jours dans laquelle on étoit tombé, & qui étoit cause de la confusion, d'ajoûter deux mois outre le macédonien, qui se trouvoit avoir lieu dans cette même année ; de maniere qu'elle fut composée de quinze mois, ou de quatre cent quarante-cinq jours. Cette réformation se fit l'an de Rome 708, quarante-deux ou quarante-trois ans avant J. C.

Le calendrier romain, que l'on appelle aussi calendrier julien, du nom de Jules César son réformateur, est disposé en périodes de quatre années. Les trois premieres années, qu'on appelle communes, ont trois cent soixante-cinq jours ; & la quatrieme, nommée bissextile, en a trois cent soixante-six, à cause des six heures qui, dans l'espace de quatre ans, composent un jour. Il s'en faut à la vérité quelque chose : en effet, après un espace de cent trente-quatre ans, il faut retrancher un jour intercalaire. Ce fut pour cette raison que le pape Grégoire XIII. suivant les conseils de Clavius & de Ciaconius, ordonna que la centieme année de chaque siecle ne seroit point bissextile, excepté celle de chaque quatrieme siecle ; c'est-à-dire que l'on feroit une soustraction de trois jours bissextiles dans l'espace de quatre siecles, à cause des onze minutes qui manquent dans les six heures dont la bissextile est composée. Voyez BISSEXTILE.

La réformation du calendrier, ou le nouveau style, ainsi qu'on l'appelle en Angleterre, commença le 4 Octobre 1582, où l'on retrancha tout-d'un-coup dix jours qui, faute d'avoir tenu compte des onze minutes, s'étoient introduits dans le comput depuis le concile de Nicée en 325 : ce concile avoit fixé l'équinoxe paschal au 21 de Mars.

Le calendrier Julien des Chrétiens est celui dans lequel les jours de la semaine sont déterminés par les lettres A, B, C, D, E, F, G, au moyen du cycle solaire ; & les nouvelles & pleines lunes, particulierement la pleine lune de Pâque, avec la fête de Pâque & les autres fêtes mobiles qui en dépendent, par celui des nombres d'or, disposés comme il faut dans tout l'espace de l'année julienne. Voyez NOMBRE D'OR & CYCLE SOLAIRE.

On suppose dans ce calendrier, que l'équinoxe du printems est fixé au vingt-unieme de Mars (V. EQUINOXE), & que le cycle de dix-neuf ans, ou les nombres d'or indiquent constamment les lieux des nouvelles & pleines lunes ; cependant l'une & l'autre de ces suppositions est erronée (voyez CYCLE) : aussi cette erreur fit naître une fort grande irrégularité dans le tems de la Pâque.

Pour démontrer cette erreur d'une maniere plus évidente, appliquons cette méthode de comput à l'année 1715, où l'équinoxe du printems tomboit au 20 de Mars, suivant le vieux style, & au 21, suivant le nouveau. La vraie pleine lune d'après l'équinoxe tomboit au 7 d'Avril ; ainsi c'étoit trois jours trop tard par rapport au cycle lunaire ou nombre d'or, qui donnoit cette année la pleine lune paschale le 10 d'Avril : or le 10 d'Avril se trouvant un dimanche, la Pâque doit être remise au 17, suivant la regle ; ainsi la Pâque qui devroit être le dixieme d'Avril, ne seroit que le dix-septieme. L'erreur consiste ici dans la post-position de la pleine lune : ce qui vient du défaut du cycle lunaire. Si la pleine lune eût tombé le onzieme de Mars, Pâque auroit tombé le treizieme du même mois ; ainsi l'erreur qui vient de l'anticipation de l'équinoxe, auroit excessivement augmenté celle qui procede de la post-position. Voyez METEMPTOSE.

Ces erreurs étoient si multipliées par la succession du tems, que Pâque n'avoit plus aucune régularité dans le calendrier. Ainsi le pape Grégoire XIII. en 1582 retrancha dix jours du mois d'Octobre, pour rétablir l'équinoxe dans sa vraie place, c'est-à-dire au vingt-unieme de Mars. Il introduisit de cette maniere la forme de l'année grégorienne, ordonnant que l'on prendroit toûjours l'équinoxe au vingt-unieme Mars. Ce pape déclara qu'on n'indiqueroit plus les nouvelles & pleines lunes par les nombres d'or, mais par les épactes. Voyez EPACTE. Cependant on suit encore aujourd'hui (en 1749) l'ancien calendrier en Angleterre, sans cette correction ; & c'est ce qui cause une différence de onze jours entre le comput des Anglois & celui de la plûpart des autres nations de l'Europe.

Le calendrier grégorien est donc celui qui détermine les nouvelles & pleines lunes, le tems de la Pâque, avec les fêtes mobiles qui en dépendent dans l'année grégorienne, par le moyen des épactes disposées dans les différens mois de l'année.

C'est pourquoi le calendrier grégorien est différent du calendrier julien, 1°. par la forme de l'année (voy. AN) ; 2°. par les épactes qui ont été substituées au lieu des nombres d'or : quant à leur usage & à leur disposition, voyez EPACTE.

Quoique le calendrier grégorien soit préférable au calendrier julien, il n'est pas cependant sans défaut : peut-être n'est-il pas possible, ainsi que le conjecturent Cassini & Tycho-Brahé, de porter ce comput à une justesse qui ne laisse rien à désirer ; car premierement l'intercalation grégorienne n'empêche pas que l'équinoxe n'arrive après le vingt-unieme de Mars : ce n'est quelquefois que le vingt-troisieme, & quelquefois l'équinoxe anticipe en tombant le dix-neuvieme ; la pleine lune qui tombe le vingtieme de Mars, est alors la vraie lune paschale : néanmoins dans le calendrier grégorien on ne la compte pas pour telle. D'un autre côté, dans ce calendrier on prend pour la lune paschale la pleine lune du vingt-deuxieme de Mars, qui cependant n'est point paschale lorsqu'elle tombe avant l'équinoxe : ainsi dans chacun de ces deux cas le calendrier grégorien induit en erreur. De plus, le comput par épactes étant fondé sur les lunes moyennes, qui peuvent néanmoins précéder ou suivre les vraies lunes de quelques heures, la pleine lune de Pâque peut tomber un samedi, lorsque l'épacte la met au dimanche ; & au contraire l'épacte peut mettre au samedi la pleine lune qui est le dimanche : d'où il suit que dans le premier cas la Pâque est célébrée huit jours plus tard qu'elle ne doit être ; dans le second cas elle est célébrée le vrai jour de la pleine lune, avec les Juifs & les hérétiques quarto-décimans, condamnés pour de bonnes raisons par le concile de Nicée ; ce qui est, dit M. Wolf, un inconvénient fort à craindre. Scaliger fait voir d'autres défauts dans le calendrier grégorien. C'est ce calendrier que suivent les Catholiques romains, & même la plûpart des Protestans. Voyez les articles EPACTE & PASQUE.

Le calendrier réformé ou corrigé, est celui où sans s'embarrasser de tout l'appareil des nombres d'or, des épactes, des lettres dominicales, on détermine l'équinoxe, avec la pleine lune de Pâque & les fêtes mobiles qui en dépendent, par les calculs astronomiques, suivant les tables rudolphines.

Ce calendrier fut introduit dans les états protestans d'Allemagne l'an 1700, où l'on retrancha tout-d'un-coup onze jours du mois de Février ; de maniere qu'en 1700 Février n'eût que dix-huit jours : par ce moyen le style corrigé revint à celui du calendrier grégorien. Les protestans d'Allemagne ont ainsi reçû pour un certain tems la forme de l'année grégorienne, jusqu'à ce que la quantité réelle de l'année tropique étant enfin déterminée par observation d'une maniere plus exacte, les Catholiques romains puissent convenir avec eux d'une forme plus exacte & plus commode.

Construction d'un calendrier ou d'un almanach. 1°. Calculez le lieu de la lune & du soleil pour chaque jour de l'année, ou bien prenez-les dans les éphémérides. Voyez SOLEIL & LUNE. 2°. Trouvez la lettre dominicale, & par son moyen divisez le calendrier en semaines. Voyez LETTRE DOMINICALE. 3°. Calculez le tems de la Pâque, & déterminez par-là les autres fêtes mobiles. Voyez PASQUE. 4°. Ecrivez aux jours marqués les fêtes immobiles, avec les noms des saints qu'on y célebre. 5°. Marquez à chaque jour le lieu du soleil & de la lune, avec leur lever & leur coucher ; la longueur du jour & de la nuit, le crépuscule & les aspects des planetes. 6°. Mettez aux endroits qui conviennent les principales phases de la lune. Voyez PHASE. Mettez-y aussi l'entrée du soleil dans les points cardinaux, c'est-à-dire dans les solstices & dans les équinoxes, avec le lever & le coucher des planetes, particulierement leur lever & leur coucher héliaque, & ceux des principales étoiles fixes. On trouvera les méthodes pour ces différens calculs, aux articles qui leur sont particuliers.

La durée des crépuscules, c'est-à-dire la fin de l'après-midi & le commencement du matin, avec le lever & le coucher du soleil, & la longueur des jours ; tout cela peut être transporté des calendriers d'une année dans ceux d'une autre, la différence étant trop petite dans chaque année, pour être de quelque considération dans l'usage civil.

Ainsi la construction d'un calendrier n'a rien en soi de fort difficile, pourvû que l'on ait sous la main des tables des mouvemens célestes. V. EPHEMERIDES.

Le calendrier gélaléen est une correction du calendrier persan ; elle fut faite par l'ordre du sultan Gélaleddan, la 467e année de l'hégire, & de J. C. 1089. La correction du calendrier ordonnée par ce sultan est telle, qu'elle donne fort exactement la grandeur de l'année. Voyez AN.

Dans le calendrier des Juifs il y a un cycle de dix-neuf années, commençant à une nouvelle lune que les Juifs feignent être arrivée un an avant la création. Cette nouvelle lune est appellée par eux molad tohu ; & dans le cycle de 19 années, qui sont des années lunaires, la 3e, la 6e, la 8e, la 11e, la 14e, la 17e, & la 19e, nt des années embolismiques de 383 jours 21 heures : les autres sont des années communes de 354 jours 8 heures.

Dans le calendrier des Mahométans il y a un cycle de 30 années, dans lequel les années 2, 5, 7, 10, 13, 15, 18, 21, 24, 26, 29, sont embolismiques ou de 355 jours ; les autres communes, ou de 354 jours.

Selon les Juifs, l'année de la création du monde est la 959e. de la période julienne, commençant au 7e d'Octobre ; & comme l'année de la naissance de J. C. est la 4714e de la période julienne, il s'ensuit que J. C. est né l'an 3761 de l'ere des Juifs : c'est pourquoi si on ajoûte 3761 à une année quelconque de l'ere chrétienne, on aura l'année Juive correspondante qui doit commencer en automne ; bien entendu qu'on regarde alors l'année juive comme une année solaire : & elle peut être regardée comme telle en effet à cause des années embolismiques, qui remettent à-peu-près de trois en trois ans le commencement de l'année juive avec celui de l'année solaire.

L'ere des Mahométans commence à l'an 622 de J. C. qui est l'année de l'hégire ; d'où il s'ensuit que si d'une année quelconque de l'ere chrétienne on ôte 621, le reste sera le nombre des années de J. C. écoulées depuis le commencement de l'ére mahométane. Or l'année julienne est de 365 jours 6 heures, & les années de l'hégire, qui sont des années lunaires, sont de 354 jours 8 heures 48'; d'où il s'ensuit que chaque année de l'hégire anticipe sur l'année julienne de 10 jours 21 heures 12'; & par conséquent 33 ans, de 359 jours 3 heures 36', c'est-à-dire d'une année, plus 4 jours 18 heures 48': donc si on divise par 33 le nombre trouvé des années juliennes écoulées depuis l'ere mahométane ; & qu'on ajoûte le quotient à ce nombre d'années, on aura le nombre des années mahométanes.

Il faut remarquer que le surplus des 4 jours 18 heures 48', doit former aussi une année au bout de plusieurs siecles, c'est-à-dire au bout d'environ 72 fois 33 ans ; mais cette correction ne regardera que nos descendans. Wolf, élém. de Chronol.

On se sert aussi du mot calendrier pour désigner le catalogue ou les fastes que l'on gardoit anciennement dans chaque église, & où étoient les saints que l'on y honoroit en général ou en particulier, avec les évêques de cette église, les martyrs, &c. Voyez SAINT, NECROLOGE, &c.

Il ne faut pas confondre les calendriers avec les martyrologes ; car chaque église avoit son calendrier particulier, au lieu que les martyrologes regardent toute l'Eglise en général : ils contiennent les martyrs & les confesseurs de toutes les églises. De tous les différens calendriers on en a formé un seul martyrologe, ensorte que les martyrologes sont postérieurs aux calendriers. Voyez MARTYROLOGE.

Il y a encore quelques-uns de ces calendriers qui existent, particulierement un de l'église de Rome fort ancien, qui fut fait vers le milieu du quatrieme siecle, il contenoit les fêtes des payens comme celles des chrétiens ; ces derniers étoient alors en assez petit nombre. Le pere Mabillon a fait imprimer aussi le calendrier de l'église de Carthage, qui fut fait vers l'an 483. Le calendrier de l'église d'Ethiopie, & celui des Cophtes, publiés par Ludolphe, paroissent avoir été faits après l'année 760. Le calendrier des Syriens imprimé par Genebrard, est fort imparfait ; celui des Moscovites, publié par le pere Papebrock, convient pour la plus grande partie avec celui des Grecs, publié par Genebrard. Le calendrier mis au jour par dom Dachery, sous le titre d'année solaire, ne differe en rien du calendrier de l'église d'Arras. Le calendrier que Beckius publia à Augsbourg en 1687, est selon toute apparence, celui de l'ancienne église d'Augsbourg, ou plutôt de Strasbourg, qui fut écrit vers la fin du dixieme siecle. Le calendrier Mosarabique, dont on fait encore usage dans les cinq églises de Tolede ; le calendrier Ambrosien de Milan, & ceux d'Angleterre, avant la réformation, ne contiennent rien que l'on ne trouve dans ceux des autres églises occidentales, c'est-à-dire les saints que l'on honore dans toutes ces églises en général, & les saints particuliers aux églises qui faisoient usage des ces calendriers. Chambers.

CALENDRIER PERPETUEL. On appelle ainsi une suite de calendriers relatifs aux différens jours où la fête de Pâque peut tomber ; & comme cette fête n'arrive jamais plûtard que le 25 Avril, ni plûtôt que le 22 Mars, le calendrier perpétuel est composé d'autant de calendriers particuliers, qu'il y a de jours depuis le 22 Mars inclusivement, jusqu'au 25 Avril inclusivement ; ce qui fait 35 calendriers.

On trouve un calendrier perpétuel fort utile & fort bien entendu, dans l'excellent ouvrage de l'art de vérifier les dates, par des religieux Bénédictins de la congrégation de S. Maur.

CALENDRIER RUSTIQUE, est le nom qu'on donne à un calendrier propre pour les gens de la campagne, dans lequel ils apprennent les tems où il faut semer, planter, tailler la vigne, &c. Ces sortes de calendriers sont ordinairement remplis de beaucoup de regles fausses, & fondées la plûpart sur les influences & les aspects de la Lune & des planetes. C'est pourquoi il est bon de distinguer avec soin les regles qui sont fondées sur des expériences exactes & réitérées, d'avec celles qui n'ont que le préjugé pour principe. (O)


CALENGES. f. (Jurisprudence) terme qui se trouve fréquemment dans les anciennes coûtumes, où il se prend tantôt pour débat ou contestation, tantôt pour accusation ou dénonciation judiciaire, &c. tantôt pour défi ou appel.


CALENGERverbe formé de calenge, a les mêmes significations : en Normandie où il est encore en usage, il signifie barguigner. (H)


CALENTERS. m. (Hist. mod.) les Perses nomment ainsi le thrésorier & receveur des finances d'une province ; il a la direction du domaine, fait la recette des deniers, & en rend compte au conseil ou au chan de la province. Voyez CHAN.


CALENTURES. f. (Médecine) espece de fievre accompagnée d'un délire subit, commune à ceux qui font des voyages de long cours dans des climats chauds, & sur-tout à ceux qui passent sous la ligne.

L'histoire suivante donnera une idée de cette maladie, & de la maniere de la traiter.

Un matelot âgé de trente à quarante ans, assez grand, mais fluet, fut attaqué d'une calenture si violente, que quatre de ses camarades suffisoient à peine pour le retenir : il s'écrioit de tems en tems qu'il vouloit aller dans les champs : il avoit la vûe égarée, furieuse ; son corps étoit dans une chaleur brûlante, & son pouls fort déréglé, sans aucune vibration distincte. Le chirurgien du vaisseau tâcha de le saigner : mais quoique la veine du bras fût assez ouverte, il n'en put jamais tirer une once de sang ; on lui ouvrit la veine du front avec aussi peu de succès ; on passa à la jugulaire, il en sortit deux onces de sang fleuri, après quoi il cessa de couler, quoique l'ouverture fût assez large ; on répéta les saignées, on en tiroit de trois ouvertures à la fois ; le sang couloit plus librement à mesure que les vaisseaux se vuidoient. Après une évacuation considérable, la fievre diminua de même que l'agitation ; le malade avoit la vûe moins égarée, il ne crioit plus ; le pouls devint plus régulier, la chaleur se modéra, & la fureur se ralentit, de façon qu'un seul homme suffisoit pour le contenir. On lui tira environ cinquante onces de sang par les trois ouvertures dont on a parlé : l'ayant fait coucher, on lui donna une once de sirop de diacode dans un verre d'eau d'orge ; après quoi il dormit fort tranquillement pendant quelques heures, & ne sentit en s'éveillant qu'une foiblesse qui venoit du sang qu'on lui avoit tiré, & un malaise par tout le corps produit apparemment par la violence des convulsions qu'il avoit eues, & des efforts qu'il avoit faits pour s'échapper.

Il est vraisemblable que quand les matelots sont attaqués de cette chaleur violente & de cette maladie, ce qui leur arrive ordinairement pendant la nuit, ils se levent, s'en vont sur le bord, & se jettent dans la mer, croyant aller dans les prés ; ce qui rend cette conjecture d'autant plus vraisemblable, c'est que dans la mer Méditerranée, il arrive souvent en été dans des tems chauds, que des gens de mer disparoissent sans qu'on sache ce qu'ils sont devenus ; ceux qui restent dans le bâtiment, pensent que tous ceux qui disparoissent ainsi se sont sauvés sans qu'on s'en soit apperçu. Quant à celui dont il est parlé ci-dessus, le medecin apprit d'un de ses camarades, qu'ayant soupçonné son dessein, il l'avoit saisi, comme il étoit sur le point de s'élancer dans l'eau, & qu'on l'avoit conservé par ce moyen. Si les calentures sont plus fréquentes pendant la nuit que pendant le jour, c'est qu'alors les bâtimens sont plus fermés & reçoivent moins d'air. Philosoph. transact. abr. vol. IV. par le docteur Olivier.

Le docteur Shaw veut qu'on traite cette maladie de la maniere suivante.

Il faut tâcher de procurer du repos : on donnera de l'eau d'orge avec du vin blanc ; on proscrira la biere, & toute liqueur spiritueuse, & on prescrira un régime foible & liquide. Le premier pas qu'on ait à faire dans la cure, c'est de saigner ; il arrive assez souvent que les vaisseaux sont pleins d'un sang si épais, qu'on est obligé d'en ouvrir plusieurs pour évacuer assez de sang ; la veine jugulaire est préférable à celle du bras. Huit ou dix heures après la saignée, on donnera l'émétique, on appliquera au cou un large épispastique, on reviendra à la saignée aussi-tôt qu'on le pourra ; le soir lorsque le malade sera prêt à reposer, on lui donnera un parégorique.

Si la maladie est suffisamment calmée, on ordonnera le purgatif doux qui suit.

Prenez feuilles de séné deux gros & demi, rhubarbe un demi-gros, sel de tartre un demi-scrupule, graine de coriandre broyée un scrupule ; faites infuser le tout dans suffisante quantité d'eau de fontaine ; & sur deux onces & demie de la liqueur passée, ajoûtez sirop solutif de rose six gros ; sirop de corne de cerf deux gros ; esprit de nitre dulcifié, sel volatil huileux, de chacun trente gouttes. Faites-en une potion que le malade prendra deux ou trois fois, selon que la maladie l'exigera, & en gardant un régime exact.

Voilà la maniere ordinaire de traiter la calenture. (N)


CALER(terme d'Architecture) c'est arrêter la pose d'une pierre, mettre une cale de bois mince qui détermine la largeur du joint, pour la ficher ensuite avec facilité. (P)

CALER, v. n. (Marine) c'est enfoncer dans l'eau ; lorsqu'un vaisseau est trop chargé, cela le peut faire caler si bas dans l'eau, que sa batterie d'entre deux ponts est noyée.

CALER les voiles, (Marine) c'est amener ou abaisser les voiles avec les vergues, en les faisant glisser & descendre le long du mât. On dit à présent amener les voiles, & très-rarement caler les voiles. (Z)

CALER, v. act. (Plomberie) on dit caler des tuyaux, quand on en arrête la pose avec des pierres pour qu'ils ne s'affaissent pas, ce qui les feroit crever. (K)


CALESIAM(Hist. nat. bot.) arbre qui croît dans les contrées du Malabar. Il est grand ; son bois est de couleur de pourpre obscur, uni & flexible ; ses fleurs croissent en grappes à l'extrémité de ses branches ; elles ressemblent assez à celles de la vigne : ses baies sont oblongues, rondes, plates, vertes, couvertes d'une écorce mince, pleines d'une pulpe insipide, contenant un noyau verd, oblong, plat, & portant une amande blanche & insipide. Outre ce fruit, qui est le vrai, il en porte un second à la chûte des feuilles, qui croît au tronc & aux branches ; il est plus gros que le fruit vrai, ridé, en forme de rein, couvert d'une écorce de couleur de verd d'eau, sous laquelle on trouve une pulpe dense. Ray croit que ce fruit bâtard n'est qu'une grosseur produite par la piquûre des insectes, qui cherchent dans cet arbre une retraite & de la nourriture. Il donne du fruit une fois l'an, depuis dix ans jusqu'à cinquante.

Son écorce pulvérisée & réduite en onguent avec le beurre, guérit le spasme cynique & les convulsions causées par les grandes douleurs ; le même remede s'employe avec succès dans les ulceres malins & calme les douleurs de la goutte ; le suc de l'écorce dissipe les aphthes & arrête la dyssenterie ; sa poudre avec celle de compulli purge & chasse les humeurs pituiteuses & atrabilaires.

On fait prendre une tasse de la décoction de l'écorce & des feuilles dans de l'eau, pour hâter l'accouchement.


CALETURE(Géog.) forteresse de l'île de Ceylan, appartenante aux Hollandois. Longit. 97. 26. lat. 6. 38.


CALFATS. m. (Marine) on nomme ainsi un instrument de fer, ressemblant assez à un ciseau qui auroit la tête arrondie au lieu d'être emmanché dans un morceau de bois, qui sert au calfas, pour calfater un vaisseau. Il y a différens calfats destinés à différens usages.

Calfat à fret, c'est un instrument qui a le bout à demi-rond, & avec lequel on cherche autour des têtes de clous & des chevilles s'il n'y a point quelques ouvertures, afin d'y pousser des étoupes pour les boucher.

Calfat simple ; celui-ci est plus large que le précédent, & un peu coupant : on s'en sert pour faire entrer l'étoupe jusqu'au fond de la couture.

Calfat double ; il est rayé, & paroît comme double par le bout : on s'en sert à rabattre les coutures. (Z)


CALFATAGES. m. (Marine) c'est l'étoupe qui a été mise à force de la couture du vaisseau.


CALFATERCALFADER, CALFEUTRER, v. act. (Marine) c'est boucher les fentes des jointures du bordage ou des membres d'un vaisseau, avec ce qui peut être propre à le tenir sain & étanché, ensorte qu'il ne puisse y entrer d'eau. On se sert pour cela de planches, de plaques de plomb, d'étoupes, & d'autres matieres.

Calfater, c'est pousser l'étoupe dans les coutures.

Calfater les sabords, c'est emplir d'étoupe le vuide du tour des sabords, ainsi que les coutures du vaisseau. On ne fait ce calfatage que très-rarement, & lorsqu'on est obligé de tenir long-tems la mer.


CALFATEUR(Marine) Voyez CALFAT.


CALFATINS. m. (Marine) c'est le mousse qui sert de valet au calfateur.


CALFEUTRER(Marine) V. CALFATER. (Z)


CALGIN(Géog.) ville d'Afrique, dans l'Abyssinie, dans une contrée deserte.


CALI(Géog.) ville de l'Amérique méridionale, au Popayan, sur le bord de la riviere Cauca. Long. 304. 30. lat. 3. 15.


CALIACA(Géog.) ville & port d'Europe, dans la Bulgarie, sur la mer Noire, appartenante aux Turcs.


CALIBRES. m. (Arts méch.) ce mot a deux acceptions différentes ; il se prend ou pour le diametre d'un corps ; & en ce sens on dit, ces colonnes, ces fusils, &c. sont de même calibre, ou pour l'instrument qui sert à en mesurer les dimensions, & en ce sens les Serruriers, & presque tous les ouvriers en métaux, ont des calibres. Voyez les articles suivans.

* CALIBRE, pris dans le second sens, est un instrument ou de fer ou de bois, dont l'usage est différent, selon les différens ouvriers.

Les Maçons ont leur calibre ; c'est une planche sur le champ de laquelle on a découpé les différens membres d'architecture qu'ils veulent exécuter en plâtre aux entablemens des maisons, corniches des plafons, des appartemens, plintes, & ouvrages de maçonnerie qui se traînent. Ce calibre se monte sur un morceau de bois qu'ils appellent sabot. On a pratiqué sur le sabot, à sa partie du devant qui se doit traîner sur les regles, une rainure pour servir de guide au calibre.

CALIBRE des Serruriers ; les uns sont faits de fer plat battu en lame, & découpés comme ceux des maçons, suivant la forme & figure que l'on se propose de donner à la piece que l'on veut ou forger ou limer. Ce calibre a une queue, que le forgeron tient à sa main, pour le présenter sur le fer rouge quand il forge : Pour ceux dont on se sert en limant, ils sont figurés & terminés fort exactement ; on les applique sur la piece à limer, & avec une pointe d'acier on trace la figure & les contours du calibre, pour enlever avec la lime ce qui est au-delà du trait.

D'autres servent à mettre les fers droits ou contournés de largeur & d'épaisseur égales dans toute la longueur. Ces sortes de calibres sont des lames de fer battu mince, dans lesquelles on a fait des entailles suivant la largeur & l'épaisseur que l'on veut donner au fer. On fait glisser ce calibre sur le fer, & l'on forge jusqu'à ce qu'il puisse s'appliquer successivement sur toute la barre. Il est évident que ces sortes de calibres ne peuvent servir que pour un seul & même ouvrage.

Il y a d'autres calibres qu'on appelle calibres brisés ou à coulisse. Il y en a de plusieurs figures : les uns sont composés de quatre parties ; savoir, de la tige retournée en équerre par une de ses extrémités, qui forme une des ailes du calibre, & ouverte dans son milieu & dans toute sa longueur d'une entaille qui reçoit un bouton à vis, à tête & à collet quarré, qui glisse exactement dans l'entaille ; il est garni d'un écrou à oreille, & il traverse une coulisse qui embrasse entierement & exactement la largeur de la tige ; la partie de cette coulisse qui regarde l'aile de la tige pareillement conduite en équerre, forme une autre aile parallele en tout sens à l'aile de la tige ; desorte que ces deux ailes peuvent s'écarter plus ou moins l'une de l'autre, à la volonté de l'ouvrier, sans perdre leur parallélisme par le moyen de l'entaille & de la coulisse, & sont fixées à la distance que l'ouvrier veut par le moyen de l'écrou. On se sert de ce calibre pour dresser des pieces, & s'assurer si elles sont par-tout de grosseur & de largeur égales.

Il y en a d'autres qui ont le même usage, & dont la construction ne differe de la précédente, qu'en ce qu'une des deux ailes peut s'éloigner de l'autre par le moyen d'une vis de la longueur de la tige, qui traverse le talon de la tige, & passe dans un talon en écrou pratiqué au derriere de la coulisse mobile dans laquelle passe la tige que cette coulisse embrasse entierement ; quant à l'extrémité de la vis, elle est fixée au talon de l'autre aile, qui est pareillement à coulisse, mais immobile, par deux goupilles qui l'arrêtent sur le bout de la tige : le bout de la vis est reçu dans un petit chapeau fixé immobilement sur le talon de l'aile supérieure, desorte que cette vis, sans baisser ni descendre, tourne toûjours sur elle-même, & fait seulement monter & descendre la coulisse avec l'aile inférieure.

Un calibre portatif d'une troisieme construction, est composé d'une tige sur laquelle est fixée une aile, & sous laquelle se meuvent deux coulisses en ailes qui l'embrassent entierement, mais qu'on fixe à la distance qu'on veut de l'aile fixe, par le moyen de deux petites vis qui traversent la coulisse : par ce moyen on peut prendre deux mesures à la fois.

Le second qui est à vis en-dessous, est divisé pardessus en pouces, lignes, & demi-lignes ; ainsi on donne à la distance des ailes tel accroissement ou diminution qu'on veut, ce qui montre encore l'excès de dimensions d'une piece sur une autre.

Mais au premier calibre on met entre l'écrou & la coulisse une rondelle de cuivre, pour empêcher les deux fers de se ronger, & pour rendre le mouvement plus doux.

CALIBRE, terme d'Arquebusier ; les Arquebusiers se servent de diverses sortes d'outils, auxquels ils donnent le nom de calibre, dont les uns sont de bois, & les autres d'acier.

Les calibres de bois sont proprement les modeles, d'après lesquels ils font débiter ou débitent eux-mêmes les pieces de bois de noyer, de frêne, ou d'érable, dont ils font les fûts, sur lesquels ils montent les canons & les platines des armes qu'ils fabriquent. Ce ne sont que de simples planches très-minces, taillées de la figure du fût qu'on veut faire ; desorte qu'il y en a autant que de différentes especes d'armes, comme calibres de fusil, de mousquet, de pistolet, &c.

Les calibres d'acier pour l'Arquebuserie sont de deux sortes ; les uns doubles, & les autres simples. Les simples sont des especes de limes sans manche ni queue, percées de distance en distance par des trous de différens diametres. Ils servent à dresser & limer le dessous des vis. Ces calibres doubles ne different des simples, que parce qu'ils sont composés de deux limes posées l'une sur l'autre, & jointes par deux vis qui sont aux deux bouts, & avec lesquelles on les éloigne & on les rapproche à discrétion. La lime de dessous a de plus un manche aussi d'acier un peu recourbé en-dedans. Ces derniers calibres servent à roder, c'est-à-dire à tourner comme on fait au tour les noix des platines que l'on met entre deux.

CALIBRE, dans l'Artillerie, est l'ouverture de la piece de canon & de toutes les autres armes à feu, par où entrent & sortent le boulet & la balle. On dit, cette piece est d'un tel calibre : on le dit aussi d'un boulet ; l'instrument même dont on se sert pour prendre la grandeur de l'ouverture ou diametre d'une piece ou d'un mortier, s'appelle aussi calibre.

Cet instrument est fait en maniere de compas, mais ayant des branches courbes, afin de pouvoir aussi s'en servir pour calibrer & embrasser le boulet.

Quand il est entierement ouvert, il a la longueur d'un pié de roi, qui est de douze pouces, chaque pouce composé de douze lignes, entre les deux branches.

Sur l'une des branches sont gravés & divisés tous les calibres, tant des boulets que des pieces ; & au-dedans de la branche sont des crans qui répondent aux sections des calibres.

Et à l'autre branche est attachée une petite traverse ou languette, faite quelquefois en forme d'S, & quelquefois toute droite, que l'on arrête sur le cran opposé qui marque le calibre de la piece.

Le dehors des pointes sert à calibrer la piece ; & le dedans qui s'appelle talon, à calibrer les boulets. Voyez Pl. VII. de l'Art milit. fig. 3.

Il y a un autre moyen de calibrer les pieces. L'on a une regle bien divisée, & où sont gravés les calibres tant des pieces que des boulets, comme il se voit dans la Planche. Appliquez cette regle bien droit sur la bouche de la piece, rien de plus simple ; le calibre se trouve tout d'un coup : ou bien l'on prend un compas que l'on présente à la bouche de la piece ; on le rapporte ensuite sur la regle, & vous trouvez votre calibre.

Mais en cas qu'il ne se trouvât pas de regle divisée par calibre dans le lieu où vous serez, il faut prendre un pié de roi divisé par pouces & par lignes à l'une de ses extrémités.

Rapportez sur ce pié le compas, après que vous l'aurez retiré de la bouche de la piece où il faudra l'enfoncer un peu avant ; car il arrive souvent que des pieces se sont évasées & aggrandies par la bouche, où elles sont d'un plus fort calibre que n'est leur ame.

Vous compterez les pouces & les lignes que vous aurez trouvés pour l'ouverture de la bouche & de la volée de la piece, & vous aurez recours à la table que voici, pour en connoître le calibre : elle est très-exacte.

Calibre des pieces. La piece qui reçoit un boulet pesant une once poids de marc, a d'ouverture à sa bouche neuf lignes & cinq seiziemes de ligne.

Celle qui reçoit un boulet pesant deux onces, a d'ouverture à sa bouche onze lignes & trois quarts de ligne.

On va continuer suivant l'ordre.

La piece qui reçoit un boulet pesant 1 livre. qui fait 16 onces, a d'ouverture à sa bouche un pouce 11 lignes & demie.

Il est bon de remarquer qu'en l'année 1668, l'on rétablit le pié de roi conformément à la toise du châtelet de Paris ; c'est de ce pié rétabli que l'on s'est servi ici, & dont l'original aussi-bien que celui de la toise, se conserve à l'Observatoire royal de Paris. Il faut aussi remarquer que pour avoir le pié de roi bien exact, il faut avoir la toise du châtelet bien juste, & la diviser en six parties bien égales.

On a omis exprès quelques nombres, parce qu'il ne se trouve que peu ou point du tout de ces calibres rompus. Saint-Remy, mémoires d'artillerie.

CALIBRE, signifie, dans les Manufactures d'armes à feu, l'ouverture d'un fusil ou d'un pistolet par où entre & sort la balle : ainsi on dit, cette arme a trop de calibre. Voyez CANON de fusil.

CALIBRE, chez les Fontainiers, se dit de l'ouverture d'un tuyau, d'un corps de pompe, exprimée par leur diametre : ainsi on dit, tel tuyau a un demi-pié de calibre, c'est-à-dire de diametre. (K)

CALIBRE dans l'Horlogerie ; les Horlogers en ont de plusieurs especes : mais celui dont ils font le plus d'usage, est le calibre à pignon, fig. 57. Pl. XV. de l'Horlogerie. Il est composé de la vis V & des deux branches A B, A B, qui par leur ressort tendent toûjours à s'éloigner l'une de l'autre ; au moyen de cette vis on les approche à volonté. Les Horlogers s'en servent pour prendre la grosseur des pignons, & pour égaler leurs ailes. Voyez EGALER. (I)

CALIBRE, chez les Horlogers, signifie encore une plaque de laiton ou de carton, sur laquelle les grandeurs des roues & leurs situations respectives sont marquées. C'est en fait de machine la même chose qu'un plan en fait d'Architecture. Voyez la fig. 50. Pl. X. d'Horlogerie. C'est pourquoi l'Horloger dans la construction d'un calibre, doit avoir la même attention qu'un architecte dans celle d'un plan : celui-ci doit bien profiter du terrein, selon les lois de convenance & de la belle architecture ; de même l'autre doit profiter du peu d'espace qu'il a, pour disposer tout selon les lois de la méchanique.

Il seroit fort difficile de donner des regles générales pour la construction d'un calibre, parce que l'impossibilité où l'on est souvent de le faire de maniere qu'il réunisse tous les avantages possibles, fait que l'on est contraint d'en sacrifier certains à d'autres plus importans. Nous donnerons cependant ici le détail des regles que l'on doit observer ; & comme c'est particulierement dans les montres que se rencontrent les plus grandes difficultés, nous nous bornerons à ne parler que de leurs calibres, parce que l'application de nos principes aux calibres des pendules, sera facile à faire.

Une des premieres regles & des plus essentielles à observer, c'est que la disposition des roues, les unes par rapport aux autres, soit telle que les engrenages changent le moins qu'il est possible par l'usure des trous ; c'est-à-dire que la distance du centre d'une roue au centre du pignon dans lequel elle engrene, soit autant que faire se peut toûjours la même.

On en concevra facilement la nécessité, si l'on fait attention que l'action d'une roue sur un pignon pour le faire tourner, ne se fait point sans qu'il y ait du frottement sur les pivots de ce pignon : mais ce frottement ne peut se faire sans qu'il en résulte une usure dans les trous, qui se fait toûjours dans le sens de la pression de la roue ; & qui augmentant par conséquent sa distance au centre d'un pignon, diminue l'engrenage, & produit les inconvéniens dont il est parlé à l'article ENGRENAGE.

Pour remédier à ces inconvéniens, il faut que les roues depuis le barrillet jusqu'au balancier, (voyez la fig. 46.) agissent autant qu'on le peut, les unes sur les autres, ensorte que si la grande roue moyenne, par exemple, pousse le pignon de la petite roue moyenne 56 dans la direction di fig. 50. elle soit à son tour poussée par la grande roue dans la direction g c d'une certaine quantité, telle que par ce moyen sa distance entre le centre de cette roue & celui du pignon où elle engrene, ne change pas sensiblement.

La seconde regle, c'est que les roues & les pignons soient encore, autant qu'il est possible, dans le milieu de leurs tiges, ou à une égale distance de leurs pivots : par ce moyen on est plus à portée de mettre en usage la regle que nous venons de donner, & on évite un grand défaut ; c'est que lorsqu'un pignon est à l'extrémité de sa tige, il se fait un très-grand frottement sur le pivot qui est situé du même côté, ce qui en occasionne l'usure, de même que celle de son trou, & diminue beaucoup de la liberté du pignon. Il est même bon de remarquer que lorsqu'un pignon est à une des extrémités de sa tige, & que la roue qui est adaptée sur la même tige, est à l'autre, la premiere regle ne peut avoir lieu ; car quoique le pignon soit poussé par la roue qui le mene dans la direction nécessaire pour que l'engrenage de la roue qui est sur la même tige, se conserve toûjours la même avec le pignon dans lequel elle engrene, cette roue ne fait qu'éprouver une espece de bercement, à cause que la distance où elle se trouve du pignon, fait que, quelque mouvement de transport que celui-ci ait, la roue n'en éprouve qu'un très-petit.

La troisieme regle, mais qu'on ne peut guere mettre parfaitement en usage que dans les pendules & les horloges, est celle dont nous parlerons à l'article HORLOGE DE CLOCHER. Elle consiste à situer les roues, les unes par rapport aux autres, de façon que les pignons dans lesquels elles engrenent soient placés dans les points de leur circonférence, tels qu'il en résulte le moins de frottement possible sur les pignons de ces roues. Tout ceci étant plus détaillé à l'article HORLOGE DE CLOCHER, nous y renvoyons.

Enfin la force motrice dans les montres étant presque toûjours trop petite, on doit s'efforcer d'avoir de grands barillets, pour avoir par-là de plus grands ressorts. De plus, comme il y a toûjours beaucoup de frottement sur les pivots, on doit avoir pour principe de rendre toutes les roues, autant qu'il est possible, fort grandes, afin par-là de le diminuer. Une chose qui n'est pas moins importante, c'est de disposer le calibre de façon que le balancier puisse avoir une certaine grandeur. On en trouve la raison à l'article BALANCIER.

Pour terminer, il faut que le calibre d'une montre, d'une pendule, &c. soit tel qu'il en résulte tous les avantages qui peuvent naître de la disposition respective des roues ; telle que la montre en général éprouve le moins de frottement, & qu'elle subsiste le plus constamment qu'il est possible dans le même état. Voyez ROUE, PIGNON, ENGRENAGE, TIGE, TIGERON, BALANCIER, &c. (T)

CALIBRE se dit, en Marine, d'un modele qu'on fait pour la construction d'un vaisseau, & sur lequel on prend sa longueur, sa largeur & toutes ses proportions : c'est la même chose que gabarit. Voyez GABARIT. (Z)

CALIBRE, en terme d'Orfevre en tabatiere ; c'est un morceau de fer plat, large par un bout, & percé d'un seul trou. Il sert à dresser les charnons, après les y avoir fait entrer à force. Il faut que le calibre soit bien trempé, afin que la lime ne morde que sur le charnon. Voyez l'article TABATIERE.


CALIBRER(Horlogerie) c'est prendre avec un calibre la grandeur ou l'épaisseur de quelque chose. Voyez CALIBRE. (T)


CALICES. m. (Théol.) coupe ou vaisseau qui sert à la messe pour la consécration du vin. Ce mot vient du grec ou , qui signifie un vase ou un verre.

Le vénérable Bede assûre que le calice dont se servit Jesus-Christ à la derniere cene, étoit un vase à deux anses, & contenoit une chopine ; & que ceux dont on s'est servi dans les commencemens, étoient de la même forme. Dans les premiers siecles les calices étoient de bois ; le pape Zéphyrin, ou selon d'autres, Urbain I. ordonna qu'on les fit d'or ou d'argent. Léon IV. défendit qu'on en fit d'étain ou de verre : & le concile de Calchut ou de Celcyth en Angleterre, fit aussi la même défense. Les calices des anciennes églises pesoient au moins trois marcs ; & l'on en voit dans les thresors & sacristies de plusieurs églises anciennes, d'un poids bien plus considérable. Il y en a même dont il est comme impossible qu'on se soit jamais servi, attendu leur volume, & qui paroissent n'être que des libéralités des princes. Horn. Lindan & Beatus Rhenanus attestent qu'ils ont vû en Allemagne quelques anciens calices auxquels on avoit ajusté avec beaucoup d'art un tuyau qui servoit aux laïcs pour recevoir l'Eucharistie sous l'espece du vin. (G)

CALICE, (Bot.) se dit de la partie qui enveloppe les feuilles ou pétales d'une fleur, laquelle est formée en coupe ou calice. (K)


CALICUou CALECUT, (Géog.) ville & royaume des Indes sur la côte de Malabar. La ville de ce nom est une des plus grandes de l'Inde. Le samorin ou roi du pays y fait sa résidence. On dit que lorsque ce prince se marie, les prêtres commencent par coucher avec sa femme ; & qu'ensuite il leur fait un présent, pour leur marquer sa reconnoissance de la faveur signalée qu'ils ont bien voulu lui faire : ce ne sont point ses enfans qui lui succedent, mais ceux de sa soeur. A l'exemple de leur souverain, les habitans de ce royaume ne font point difficulté de communiquer leurs femmes à leurs amis. Une femme peut avoir jusqu'à sept maris ; si elle devient grosse, elle adjuge l'enfant à qui bon lui semble, & on ne peut appeller de son jugement. Les habitans de Calicut croient un Dieu ; mais ils prétendent qu'il ne se mêle point du gouvernement de l'univers, & qu'il a laissé ce soin au diable, à qui conséquemment ils offrent des sacrifices. Il se fait un grand commerce à Calicut ; il consiste en poivre, gingembre, bois d'aloès, cannelle, & autres épiceries. La ville de Calicut est au dégré de long. 93. 10. lat. 11. 21.


CALIDUCSS. m. (Physiq.) c'étoit une sorte de canaux disposés autrefois le long des murailles des maisons & des appartemens, & dont les anciens se servoient pour porter de la chaleur aux parties de leurs maisons les plus éloignées ; chaleur qui étoit fournie par un foyer ou par un fourneau commun. Voyez POELE, FEU, &c.

Ce mot est formé des mots latins calidus, chaud, & duco, je conduis. Chambers.


CALIENDRUM(Hist. anc.) tour de cheveux que les femmes romaines ajoûtoient à leur chevelure naturelle, afin de donner plus de longueur à leurs tresses.


CALIFES. m. (Hist. mod.) titre que prirent les successeurs de Mahomet, dans le nouvel empire temporel & spirituel établi par ce législateur. Voyez l'article MAHOMETAN.

Ce mot est ordinairement arabe, khalifah, qui signifie proprement un successeur ou un héritier. Quelques-uns prétendent qu'il vient d'un verbe qui signifie non-seulement succéder, mais encore être en la place d'un autre en qualité d'héritier & de vicaire. C'est en ce sens selon Erpenius, que les empereurs & les grands-prêtres sarrasins étoient appellés califes, comme étant les vicaires ou les lieutenans de Dieu ; mais l'opinion la plus reçue est qu'ils prirent ce titre en qualité de successeurs de Mahomet.

Après la mort de Mahomet, Aboubekre ayant été élû par les Musulmans pour remplir sa place, il ne voulut point prendre d'autre titre que celui de khalifa ressoul Allah, c'est-à-dire vicaire du prophete ou messager de Dieu. Omar, qui succéda à Aboubekre, représenta au chef des Mahométans que s'il prenoit, à l'imitation du calife dernier mort, le titre de vicaire ou de successeur du prophete, par la suite des tems le mot vicaire seroit répété & multiplié sans fin : sur cette représentation & par l'avis de Mogairah, Omar prit le titre d'emir moumenin, c'est-à-dire le seigneur ou le prince des croyans. Depuis ce tems, tous les califes ou les successeurs légitimes de Mahomet ont consenti à porter ce nom. Ils ont encore retenu le titre de calife sans aucune addition.

Les premiers califes réunissoient donc en leurs personnes l'autorité temporelle & spirituelle, & étoient en même tems chefs de l'empire & du sacerdoce, comme avoient été les empereurs romains dans le Paganisme : aussi les princes mahométans recevoient-ils d'eux l'investiture de leurs états avec beaucoup de cérémonies religieuses, & ils décidoient des points de doctrine. Les califes successeurs de Mahomet ont régné dans la Syrie ; & on les divise en deux races, celle des Ommiades, & celle des Abassides : mais à mesure que les Sarrasins augmenterent leurs conquêtes, les califes se multiplierent, plusieurs de leurs souverains ayant pris ce titre : car outre celui de Syrie & de Babylone, qu'on nommoit encore le calife du Caire, on trouve dans les historiens des califes de Carvan, de Fez, d'Espagne, de Perse, de Cilicie, de Mésopotamie. Mais depuis que les Turcs se sont rendus maîtres de la plus grande partie des conquêtes des Sarrasins, le nom de calife a été aboli ; & la premiere dignité de la religion mahométane chez eux, est devenue celle de muphti. Voyez MUPHTI. (G.)


CALIFORNIE(Géog.) grande presqu'île de l'Amérique septentrionale, au nord de la mer du sud, habitée par des sauvages qui adorent la lune : chaque famille y vit à son gré, sans être soumise à aucune forme de gouvernement. Les Espagnols y ont bâti un fort nommé Notre-Dame de Lorette.


CALIMNO(Géogr.) île de l'Archipel, habitée par des Grecs.


CALINDA(Hist. mod.) danse des Negres créols en Amérique, dans laquelle les danseurs & les danseuses sont rangés sur deux lignes en face les uns des autres ; ils ne font qu'avancer & reculer en cadence sans s'élever de terre, en faisant des contorsions du corps fort singulieres & des gestes fort lascifs, au son d'une espece de guittare & de quelques tambours sans timbre, que des Negres frappent du plat de la main. Le R. P. Labat prétend que les religieuses espagnoles de l'Amérique dansent le calinda par dévotion : & pourquoi non !


CALINGUECARLINGUE, CONTRE-QUILLE, voyez CARLINGUE.


CALIO(Géog.) petite ville d'Asie dans la Natolie, avec un port sur la mer Noire.


CALIORNES. f. (Marine) La caliorne est un gros cordage passé dans deux mouffles à trois poulies, dont on se sert pour guinder & lever de gros fardeaux. On l'attache quelquefois à une poulie sous la hune de misene, & quelquefois au grand étai au-dessus de la grande écoutille. (Z)


CALIPPIQUEpériode calippique, en Chronologie ; c'est une période de soixante-seize ans, après laquelle les nouvelles & pleines lunes moyennes revenoient au même jour de l'année solaire, selon Calippus, Athénien, inventeur de cette période. Voyez PERIODE.

Cent ans auparavant, Méton avoit inventé une période ou un cycle de 19 ans. Voyez CYCLE.

Il avoit formé ce cycle en prenant pour la quantité de l'année solaire 365 jours 6. h. 18' 56" 50''' 31"" 34"''' & le mois lunaire de 29 jours 12. h. 45' 47" 26''' 48"" 30"'''. Mais Calippus considérant que la quantité métonique de l'année solaire n'étoit pas exacte, multiplia par 4 la période de Méton, ce qui produisit une période de 76 ans, appellée calippique : c'est pourquoi la période calippique contient 27759 jours ; & comme le cycle lunaire contient 235 lunaisons, & que la période calippique est quadruple de ce cycle, il s'ensuit qu'elle contient 940 lunaisons.

Il est démontré cependant que la période calippique elle-même n'est point exacte ; qu'elle ne met point les nouvelles & pleines lunes précisément à leurs places, mais qu'elle les fait retarder de tout un jour dans l'espace de 225 ans. En effet, l'année solaire étant de 365 j. 6h. 49', & la période calippique de 76 ans, cette même période sera par conséquent de 27758 j. 10 h. 4'. Or la grandeur du mois lunaire étant de 29 j. 12 h. 44' 3" 11''', 940 mois lunaires font 27758 j. 19 h. 9' 52" 20''', & par conséquent surpassent 76 années solaires, de 8 h. 5' 52" 20'''; ainsi à chaque révolution de la période les pleines lunes & les nouvelles lunes anticipent de cet intervalle. Donc comme cet espace de tems fait environ un jour entier en 225 ans, il s'ensuit que les pleines & nouvelles lunes moyennes anticipent d'un jour dans cette période au bout de 225 ans ; & qu'ainsi la période calippique n'étant bonne que pour cet espace, est encore plus bornée que le cycle métonique de 19 ans, qui peut servir pendant un peu plus de 300 ans.

Au reste, Ptolémée se sert quelquefois de cette période. Calippus avoit supposé l'année solaire de 365 jours 6 h. & le mois lunaire de 29 j. 12 h. 44' 12" 48''', & par conséquent il avoit fait l'un & l'autre trop grand. Wolf, élém. de Chronol. (O)


CALIou CALIX, (Géog.) petite ville de Suede dans la Bothnie occidentale, sur une riviere de même nom qui a sa source dans la Laponie suédoise, & se jette dans le golfe de Bothnie.


CALIXTINSS. m. pl. (Hist. eccl.) sectaires qui s'éleverent en Bohème au commencement du xv. siecle, & qui prirent ce nom parce qu'ils soûtenoient que l'usage du calice ou de la coupe étoit absolument nécessaire au peuple dans la réception de l'Eucharistie.

La doctrine des Calixtins consistoit d'abord en quatre articles ; le premier concernoit la coupe, les trois autres regardoient la correction des péchés publics & particuliers, qu'ils portoient à certains excès : la libre prédication de la parole de Dieu, qu'ils ne vouloient pas qu'on pût défendre à personne ; & les biens d'église, contre lesquels ils déclamoient. Ces quatre articles furent reglés dans le concile de Basle, d'une maniere dont les Calixtins furent contens, & la coupe leur fut accordée à certaines conditions dont ils convinrent : cet accord s'appella Compactatum, nom célebre dans l'histoire de Bohème. L'ambition de Roquesane leur chef en empêcha l'effet, & ils ont duré jusqu'au tems de Luther auquel ils se réunirent. Quoique depuis ce tems-là la secte des Calixtins ne soit pas nombreuse, il s'en trouve cependant quelques-uns répandus en Pologne. Boss. hist. des variat. liv. XI n°. 168. & 171. (G)

CALIXTINS est encore le nom qu'on donne à quelques Luthériens mitigés, qui suivent les opinions de George Calixte, théologien célébre parmi eux, qui mourut vers le milieu du XVIIe siecle. Il n'étoit pas du sentiment de S. Augustin sur la prédestination, la grace, le libre arbitre ; aussi ses disciples sont-ils regardés comme des Sémipélagiens. Calixte soûtenoit qu'il y avoit dans les hommes un certain pouvoir d'intelligence & de volonté, avec un degré suffisant de connoissance naturelle, & qu'en usant bien de ces facultés, Dieu ne manque pas de donner tous les moyens nécessaires pour arriver à la perfection dont la révélation nous montre le chemin. Outre cela il étoit fort tolérant, & ne témoignoit pas un respect aveugle pour les décisions de Luther ; ce qui n'a pas contribué à accréditer son système, ni à grossir le nombre de ses partisans. (G)


CALKA(Géog.) royaume d'Asie dans la Tartarie, borné par la Sibérie, le royaume d'Eluth, &c.


CALLAF(Hist. natur. botan.) arbrisseau fort bas, dont le bois est uni, la feuille semblable à celle du cerisier, dentelée par les bords, & placée à l'extrémité des branches qui sont droites, jaunes, & sans noeuds ; & les fleurs qui viennent avant les feuilles, en grand nombre, sont disposées à égale distance les unes des autres ; ce sont des petites spheres oblongues, cotonneuses, jaunes, ou d'un jaune blanchâtre, & d'une odeur agréable. On en prépare à Damas une eau excellente pour fortifier, d'une agréable odeur, si pénétrante, qu'elle suffit pour dissiper la défaillance. Les Maures s'en servent tant intérieurement qu'extérieurement dans les fievres ardentes & pestilentielles. Elle humecte & rafraîchit. On en tire des huiles qu'on employe à plusieurs usages. Prosper Alpin.


CALLAHUYA(Géog.) province de l'Amérique méridionale au Pérou, très-fertile en mines d'or.


CALLAISS. f. (Hist. nat. Lith.) pierre qui imite le saphyr, excepté que sa couleur est plus claire, & ressemble à celle de l'eau de mer : on la trouve, à ce qu'il dit, dans les rochers escarpés & couverts de glace ; qu'elle a la forme de l'ail, & qu'elle y adhere légerement. Il paroît, ajoûte de Boot, que c'est l'aigue marine des modernes. Voyez AIGUE MARINE. Mais ce n'est pas l'avis de de Laet, qui dit que c'est la turquoise.


CALLAO(Géog.) ville forte & considérable de l'Amérique méridionale, au Pérou, à deux lieues de Lima, avec un bon port qui a été ruiné en 1746 par un tremblement de terre. Long. 30. 1. lat. mérid. 12. 29. Voyez TREMBLEMENT DE TERRE.


CALLEADA(Géog.) ville des Indes, sur la riviere de Septa, dans les états du Mogol.


CALLÉES. f. (Commerce) Cuirs de Caillé ; c'est ainsi qu'on appelle des excellens cuirs de Barbarie, que les Tagrains & les Andalous achetent, & dont ils rendent le commerce difficile, par le cas & les usages qu'ils en font.


CALLEN(Géog.) ville d'Irlande, dans la province de Leinster, au comté de Kilkenny, sur une riviere de même nom.


CALLEUXadjectif, (terme de Chirurgie) qui se dit en général de toutes sortes de duretés de la peau, de la chair & des os ; mais en particulier on donne cette épithete aux bords durs d'une plaie & d'un ulcere : tels que sont ceux des fistules, & des ulceres malins & carcinomateux. (Y)

CALLEUX, corps calleux (en Anatomie) est le nom qu'on a donné à la partie supérieure, ou à celle qui couvre les deux ventricules du cerveau, qui paroît immédiatement au-dessous de la faux, lorsqu'on l'a enlevée, & légerement écarté les deux hémispheres du cerveau. Elle est enfoncée au-dessous de toutes les circonvolutions du cerveau ; elle est formée par l'union des fibres médullaires de chaque côté. Ses fibres paroissent se rencontrer un peu obliquement sous une espece de raphé, que l'on remarque tout le long de la partie moyenne de la face supérieure ; de maniere que celles qui viennent du côté droit se croisent legerement avec celles qui viennent du côté gauche. Voyez SIEGE DE L'AME à l'article AME.


CALLIAR(Géog.) petite ville de l'Inde, au royaume de Visapour.


CALLIGRAPHEadj. pris subst. (Belles-Let.) écrivain copiste, qui mettoit autrefois au net ce qui avoit été écrit en notes par les Notaires ; ce qui revient à-peu-près à ce que nous exprimerions maintenant ainsi, celui qui fait la grosse d'une minute.

Ce mot est Grec, , composé de , beauté, & , j'écris, & signifie par conséquent scriptor elegans, écrivain qui a une belle main.

Autrefois on écrivoit la minute d'un acte, le brouillon ou le premier exemplaire d'un ouvrage, en notes, c'est-à-dire en abréviations, qui étoient une espece de chiffres. Telles sont les notes de Tiron dans Gruter ; c'étoit afin d'écrire plus vîte, & de pouvoir suivre celui qui dictoit. Ceux qui écrivoient ainsi en notes s'appelloient en latin Notaires, & en grec ; c'est-à-dire écrivains en notes, & gens qui écrivoient vîte. Mais parce que peu de gens connoissoient ces notes ou ces abréviations, d'autres écrivains, qui avoient la main bonne, & qui écrivoient bien & proprement, les copioient pour ceux qui en avoient besoin, ou pour les vendre ; & ceux-ci s'appelloient calligraphes, comme on le voit dans plusieurs auteurs anciens. Voyez SCRIBE, LIBRAIRE, NOTAIRE, &c. (G)


CALLIMUSS. m. (Hist. nat. Litholog.) pierre ou caillou qui se trouve dans la pierre d'aigle. Sa couleur & sa dureté varient ; elle est quelquefois aussi transparente que le crystal : on trouve près de l'Elbe, une sorte de pierre d'aigle, qui contient un caillou blanc très-dur, dont la superficie est pleine de capsules, comme un rayon de miel. On lui attribue les mêmes qualités qu'à la pierre d'aigle. Voyez PIERRE D'AIGLE.


CALLINS. m. à la Monnoie, composition de plomb & d'étain, dont l'alliage & l'usage vient de la Chine.

C'est de cette espece de métal que plusieurs faux-monnoyeurs ont fabriqué des écus, en y ajoûtant ce qu'ils ont crû le plus propre à remplir leur dessein.

A la Chine, à la Cochinchine, au Japon, à Siam, on couvre les maisons de callin bas ou commun. On fait avec le callin moyen des boîtes de thé & autres vaisseaux semblables ; & du callin qu'ils appellent fin, on en fabrique des especes.


CALLIOPE(Myth.) une des neuf Muses, ainsi appellée à cause de la douceur de sa voix ; elle préside à l'éloquence & à la poésie héroïque. On la représente le bras gauche chargé de guirlandes, & la main appuyée sur les oeuvres des premiers poëtes héroïques. On la donne pour mere à Orphée, & l'on dit qu'elle eut de Jupiter les deux Corybantes, & les Syrenes d'Acheloüs.


CALLISTEou CALLISTHES, (Myth.) fêtes instituées en l'honneur de Venus ; elles se célébroient dans l'île de Lesbos, & les femmes s'y disputoient le prix de la beauté.


CALLITRICHEN(Hist. nat. Zoologie) nom qu'on donne à une espece de singes à longue queue, qui sont couverts de longs poils fort hérissés, & qui forment autour de leur tête une espece de capuchon.


CALLOSITÉS. f. (Chirurgie) chair blanchâtre, dure, & indolente, qui couvre les bords & les parois des anciennes plaies & des vieux ulceres, qui ont été négligés & mal traités. On détruit ordinairement les chairs calleuses par les escharotiques. Voyez ESCHAROTIQUE, CAUSTIQUE. L'épaississement de la lymphe dans ses vaisseaux est la cause premiere de la callosité. Le mauvais usage des bourdonnets donne souvent lieu aux callosités des ulceres. Voyez BOURDONNET. (Y)

CALLOSITE, en Jardinage, se dit d'une matiere calleuse qui se forme à la jointure ou à la reprise des pousses d'une jeune branche chaque année, ou aux insertions des racines. Voyez CALUS. (K)


CALLYNTERIESS. f. pl. (Hist. anc.) fêtes célébrées par les Athéniens, dont il ne nous est parvenu que le nom.


CALMANDES. f. (Commerce) étoffe de laine d'un excellent user : elle se fabrique particulierement en Flandre. Il y en a de deux especes, des unies ou rayées, & des calmandes à fleurs. On fait entrer dans ces dernieres de la soie, & dans quelques autres du poil de chevre. Il n'y a rien de constant ni sur leur longueur ni sur leur largeur.


CALMANTadj. (Medecine) sorte de remedes qui adoucissent les douleurs causées par des humeurs acres, ou par une distension trop violente des parties ; ils agissent par leur humidité & leurs parties mucilagineuses, qui se glissant entre les fibres, les humectent, les relâchent, & empâtent les molécules acides qui picotent & irritent les tuniques des vaisseaux. Ces remedes sont de plusieurs classes ; ils sont en général nommés sédatifs, parégoriques, adoucissans & émolliens.

C'est ainsi que les béchiques doux sont de vrais calmants dans la toux ; que la graine de lin, le nitre, la guimauve, & les autres diurétiques froids calment les ardeurs d'entrailles, des reins, de la vessie & des ureteres. L'opium est à ce titre le plus grand & le plus énergique de tous les calmans ; toutes ses préparations sont employées pour les mêmes indications. Toutes les plantes soporeuses de la classe des mandragores, des morelles, & des pavots, sont aussi calmantes. Voyez SEDATIF & DOULEUR. (N)


CALMAou CALEMAR, CORNET, loligo, s. m. (Hist. nat. Zoologie) animal du genre des animaux mous, mollia. M. Needham, de la société royale de Londres, nous en a donné la description dans ses nouvelles observations microscop. Voici ce que nous en avons tiré. Le calmar est assez ressemblant à la seche & au polype de mer, & il a comme eux, un réservoir plein d'une liqueur noire comme de l'encre : le corps est allongé ; la partie qui porte le nom d'os dans la seche n'est point dans le calmar ; il y a en place une substance élastique, fine, transparente, ressemblante à du talc, pliée suivant la longueur de son grand axe dans l'état naturel, & de la figure d'un ovale allongé, lorsqu'elle est étendue. Cette substance est placée immédiatement entre la partie intérieure du dos ou de l'étui de l'animal, & les intestins qu'elle renferme dans sa cavité. Le calmar a dix cornes ou bras rangés à égale distance les uns des autres, autour d'une levre disposée en cercle & ridée, qui renferme un bec composé de deux pieces de substance analogue à la corne, & de deux parties crochues emboîtées l'une dans l'autre, & mobiles de droite à gauche. L'ouverture qu'elles laissent entre elles, est perpendiculaire au plan qui passe par les deux yeux, qui sont placés de chaque côté de la tête assez près l'un de l'autre, & au-dessous de la racine des bras de l'animal. Ces bras ne sont pas tous de la même longueur ; il y en a deux qui sont aussi longs que l'animal, tandis que les autres sont beaucoup plus petits : la grosseur de ceux-ci diminue peu à peu depuis la racine jusqu'à l'extrémité qui est terminée en pointe ; leur côté intérieur est convexe, & garni de plusieurs rangées de petits suçoirs mobiles. Il y a sur le côté extérieur deux plans qui forment un angle en se réunissant : les deux bras les plus longs sont cylindriques, excepté à leur extrémité, qui a la même forme que les petits bras, & qui est garnie de suçoirs ; la substance de tous ces bras est assez semblable à celle des tendons des animaux, & fort élastique.

Chaque suçoir tient au bras de l'animal par un pédicule ; lorsqu'ils sont étendus ils ressemblent en quelque sorte au calice d'un gland : dans la contraction, le pédicule s'éleve conjointement avec une membrane fine, qui environne un anneau cartilagineux, garni de petits crochets ; ces crochets s'attachent à ce qu'ils touchent, & ensuite l'animal retire le pédicule & les crochets pour retenir sa proie. C'est par ce moyen que s'opere la suction qui est faite en même tems par plus de mille suçoirs différens ; on en a compté plus de cent à l'un des petits bras, & plus de cent vingt à l'extrémité des longs bras : mais leur nombre ne peut être déterminé au juste, parce qu'ils sont à peine sensibles à l'extrémité des petits bras. Le diametre des plus grands suçoirs dans un de seize pouces est de trois dixiemes de pouce, & leur profondeur est à-peu-près égale au diametre.

Il y a au-dedans de la cavité du bec une membrane garnie de neuf rangées de dents, qui en s'élargissant par le haut & en se contournant par le bas, forme en même tems une langue & un gosier. Le corps du calmar est un étui cartilagineux, garni de deux nageoires ; il y a immédiatement au-dessous du bec un conduit ou canal en forme d'entonnoir ouvert par les deux bouts, qui donne issue à une liqueur noire, qui trouble l'eau lorsque l'animal la répand : cette liqueur étant exposée à l'air, se condense & devient une substance dure & fragile comme du charbon ; & ensuite elle peut se dissoudre dans l'eau. Vers le milieu de Décembre, M. Needham remarqua près de la racine du réservoir, qui renferme la liqueur noire, deux sacs membraneux d'une figure ovale, d'un quart de pouce de diametre ; ils étoient remplis d'une matiere gluante où étoit contenu le frai de l'animal. A la vûe simple on n'y distinguoit que des petites taches d'une belle couleur de cramoisi : mais à l'aide du microscope on voyoit des oeufs très-différens les uns des autres, pour la grandeur & pour la figure : les deux côtés du canal par où passe la liqueur noire sont soûtenus & écartés l'un de l'autre par deux cartilages paralleles & cylindriques. On voit au-dessus du cartilage gauche deux tuyaux fortement adhérens l'un à l'autre, quoique leurs cavités soient séparées : peut-être servent-ils de conduit au frai lorsqu'il sort ; au moins il est certain qu'il y a dans le corps du calmar mâle, deux vaisseaux de la même nature & situés de la même maniere, par lesquels l'animal fait sortir sa laite.

Ce fut au milieu de Décembre que M. Needham découvrit, pour la premiere fois, quelqu'apparence de la laite & des vésicules qui la renferment ; avant ce tems il n'avoit trouvé aucun vestige de semence dans les mâles, ni de frai dans les femelles. Les deux conduits de la semence étoient bien visibles : mais ils ne se terminoient point en un long réservoir ovale, étendu parallelement à l'estomac, & occupant plus de la moitié de la longueur de l'animal ; ces parties se forment & accroissent à mesure que la semence approche de son degré de maturité. Les vaisseaux qui la contiennent sont rangés par paquets, plus ou moins éloignés des conduits déférens.

" L'étui extérieur est transparent, cartilagineux, & élastique ; son extrémité supérieure est terminée par une tête arrondie, qui n'est autre chose que le sommet même de l'étui, contourné de façon qu'il ferme l'ouverture, par où l'appareil intérieur s'échappe dans le tems de son action.

Au-dedans est renfermé un tube transparent, qui est elastique en tous sens, comme il est aisé de s'en convaincre par les phénomenes qu'il offre ; ce tube fait effort pour passer par les ouvertures qu'il trouve : quoiqu'il ne soit pas par-tout également visible, diverses expériences prouvent cependant qu'il renferme la vis, le suçoir, le barillet & la substance spongieuse qui s'imbibe de la semence. La vis en occupe le haut & fait sortir en-deçà de sa partie supérieure, deux petits ligamens par lesquels elle est adhérente, aussi-bien que tout le reste de l'appareil, auquel elle est jointe, au sommet de l'étui extérieur. Le suçoir & le barillet sont placés au milieu de ce tube ; la substance spongieuse dilate sa partie inférieure, & est jointe au barillet par une espece de ligament.

Plusieurs de ces vaisseaux parvenus à leur maturité, & débarrassés de cette matiere gluante qui les environne pendant qu'ils sont dans le réservoir de la laite, agissent dans le moment qu'ils sont en plein air ; & peut-être que la legere pression qu'ils souffrent en sortant, suffit pour les déterminer à cela : cependant la plûpart peuvent être placés commodément pour être vûs au microscope, avant que leur action commence ; & même pour qu'elle s'exécute, il faut humecter avec une goutte d'eau l'extremité supérieure de l'étui extérieur, qui commence alors à se développer, pendant que les deux petits ligamens qui sortent hors de l'étui se contournent & s'entortillent en différentes façons ; en même tems la vis monte lentement, les volutes qui sont à son bout supérieur se rapprochent & agissent contre le sommet de l'étui. Cependant celles qui sont plus bas arrivent aussi & semblent être continuellement suivies par d'autres qui sortent du piston. M. Needham dit qu'elles semblent être suivies, parce qu'il ne croit pas qu'elles le soient en effet ; ce n'est qu'une simple apparence produite par la nature du mouvement de la vis. Le suçoir & le barillet se meuvent aussi suivant la même direction ; & la partie inférieure qui contient la semence s'étend en longueur, & se meut en même tems vers le haut de l'étui : ce qu'on remarque par le vuide qu'elle laisse au fond. Dès que la vis avec le tube dans lequel elle est renfermée, commence à paroître hors de l'étui, elle se plie, parce qu'elle est retenue par ses deux ligamens, & cependant tout l'appareil intérieur continue à se mouvoir, lentement & par degrés, jusqu'à ce que la vis, le suçoir & le barillet soient entierement sortis. Quand cela est fait, tout le reste saute dehors en un moment ; le suçoir se sépare du barillet, le ligament apparent qui est au-dessous de ce dernier, se gonfle & acquiert un diametre égal à celui de la partie spongieuse qui le suit. Celle-ci, quoique beaucoup plus large que dans l'étui, devient encore cinq fois plus longue qu'auparavant ; le tube qui renferme le tout s'étrécit dans son milieu, & forme ainsi deux especes de noeuds distans environ d'un tiers de sa longueur, de chacune de ses extrémités ; ensuite la semence s'écoule par le barillet, & elle est composée de petits globules opaques, qui nagent dans une matiere sereuse, sans donner aucun signe de vie, & qui sont précisément tels qu'on les a vûs, quand ils étoient répandus dans le réservoir de la semence. La partie comprise entre les deux noeuds paroît être frangée ; quand on l'examine avec attention, on trouve que ce qui la fait paroître telle, c'est que la substance spongieuse, qui est en-dedans du tube, est rompue & séparée en paralleles à-peu-près égaux.

Quelquefois il arrive que la vis & le tube se rompent précisément au-dessus du suçoir, lequel reste dans le barillet ; alors le tube se ferme en un moment, & prend une figure conique, en se contractant autant qu'il est possible par-dessus l'extrémité de la vis, ce qui démontre qu'il est très-élastique en cet endroit, & la maniere dont il s'accommode à la figure de la substance qu'il renferme, lorsque celle-ci souffre le moindre changement, prouve qu'il l'est également par-tout ailleurs ".

On sait par les fragmens d'alimens que l'on a trouvés dans l'estomac du calmar, qu'il se nourrit d'animaux, & entre autres de pélamides & de melettes, qui sont de petits poissons, dont il y a grand nombre dans les bas-fonds, près de l'embouchure du Tage. Voyez les nouvelles observations microscopiques.

On a distingué deux sortes de calmars, le grand & le petit, celui-ci est aussi appellé casseron ; il differe de l'autre en ce qu'il est plus petit, & que l'extrémité de son corps est plus pointue.

Le nom du calmar vient de la ressemblance qu'on lui a trouvée avec un encrier, sur tout pour la liqueur noire qui est dans le corps de l'animal, & que l'on prendroit pour de l'encre. Rondelet. (l)


CALMAR(Géog.) grande ville fortifiée de Suede, dans la province de Smaland, avec un port sur la mer Baltique, sur le détroit auquel on donne le nom de Calmar-Sund. Long. 34. 33. lat. 56. 48.


CALMES. m. (Marine) c'est une cessation entiere du vent : on dit sur mer calme tout plat, pour dire qu'il ne fait point du tout de vent. Quelques-uns prétendent que le grand calme est un présage d'une prochaine tempête. On dit mer calme.

Etre pris du calme, c'est demeurer sans aucun vent, ensorte qu'on ne peut plus gouverner.


CALMENDA(Géog.) ville du royaume de Portugal, peu éloignée de Brague.


CALMERappaiser la tempête ; il commence à calmer, se dit à la mer, calmer, devenir calme, pour signifier que le vent diminue.

Dans un combat entre deux armées navales ; le grand nombre de coups de canon qui se tirent, fait presque toûjours calmer. (Z)


CALMOUCKou CALMUQUES, (Géog.) peuples d'Asie, dans la grande Tartarie, entre le Mongul & le Wolga : ils sont divisés en hordes ou tribus qui ont chacune leur chef ou kam, dont le principal réside à Samarcand. Les Calmouks n'ont point de demeure fixe, ils campent toûjours sous des tentes, & ont des especes de chariots que les suivent par-tout, & qui portent leurs femmes, leurs enfans, & le peu de bagage qu'ils peuvent avoir. La Russie est en alliance avec cette nation, & a toûjours 6000 Calmouks à sa solde.


CALOMELS. m. terme de Pharmacie, nom qu'on donne au mercure doux, sublimé jusqu'à quatre fois ou même davantage. Voyez MERCURE.

Il paroît que cette dénomination a été d'abord donnée à l'éthiops minéral, & est composée des deux mots grecs , beau, & , noir, parce que les corps pâles ou blancs qu'on en frotte, deviennent noirs. Voyez ETHIOPS.

D'autres veulent qu'elle ait été donnée dès le commencement au mercure doux, par la fantaisie d'un certain chimiste qui se faisoit servir dans ses opérations par un noir ; & que cette dénomination fait allusion tout-à-la-fois à la couleur de l'aide qui étoit noir, & à la beauté du médicament qui était d'une fort belle apparence. (N)


CALOMNIES. f. (Morale) on calomnie quelqu'un, lorsqu'on lui impute des défauts ou des vices qu'il n'a pas. La calomnie est un mensonge odieux que chacun réprouve & déteste, ne fût ce que par la crainte d'en être quelque jour l'objet. Mais souvent tel qui la condamne, n'en est pas innocent lui-même : il a rapporté des faits avec infidélité, les a grossis, altérés ou changés, étourdiement peut-être, & par la seule habitude d'orner ou d'exagérer ses récits.

Un moyen sûr, & le seul qui le soit, pour ne point calomnier, c'est de ne jamais médire.

Transportez-vous en esprit dans quelque monde imaginaire, où vous supposerez que les paroles sont toûjours l'expression fidele du sentiment & de la pensée ; où l'ami qui vous fera des offres de service, soit en effet rempli de bienveillance ; où l'on ne cherche point à se prévaloir de votre crédulité, pour vous repaître l'esprit de fables ; où la vérité dicte tous les discours, les récits & les promesses ; où l'on vive par conséquent sans soupçon & sans défiance, à l'abri des impostures, des perfidies, & des délations calomnieuses : quel délicieux commerce, que celui des hommes qui pleupleroient cet heureux globe !

Vous voudriez que celui que vous habitez jouît d'une pareille félicité : eh bien, contribuez-y de votre part, & commencez par être vous-même droit, sincere & véridique. (C)

" L'Eglise, dit le célebre M. Pascal, a différé aux calomniateurs, aussi-bien qu'aux meurtriers, la communion jusqu'à la mort. Le concile de Latran a jugé indignes de l'état ecclésiastique ceux qui en ont été convaincus, quoiqu'ils s'en fussent corrigés ; & les auteurs d'un libelle diffamatoire, qui ne peuvent prouver ce qu'ils ont avancé, sont condamnés par le pape Adrien à être fouettés, flagellentur ".

L'illustre auteur de l'esprit des lois observe que chez les Romains, la loi qui permettoit aux citoyens de s'accuser mutuellement, & qui étoit bonne selon l'esprit de la république, où chaque citoyen doit veiller au bien commun, produisit sous les empereurs une foule de calomniateurs. Ce fut Sylla, ajoûte ce philosophe citoyen, qui dans le cours de sa dictature, leur apprit, par son exemple, qu'il ne falloit point punir cette exécrable espece d'hommes : bientôt on alla jusqu'à les récompenser. Heureux le gouvernement où ils sont punis. (O)

* Les Athéniens révererent la calomnie ; Apelle, le peintre le plus fameux de l'antiquité, en fit un tableau dont la composition suffiroit seule pour justifier l'admiration de son siecle : on y voyoit la crédulité avec de longues oreilles, tendant les mains à la calomnie qui alloit à sa rencontre ; la crédulité étoit accompagnée de l'ignorance & du soupçon ; l'ignorance étoit représentée sous la figure d'une femme aveugle ; le soupçon, sous la figure d'un homme agité d'une inquiétude secrette, & s'applaudissant tacitement de quelque découverte. La calomnie, au regard farouche, occupoit le milieu du tableau ; elle secoüoit une torche de la main gauche, & de la droite elle traînoit par les cheveux l'innocence sous la figure d'un enfant qui sembloit prendre le ciel à témoin : l'envie la précédoit, l'envie aux yeux perçans & au visage pâle & maigre ; elle étoit suivie de l'embûche & de la flaterie : à une distance qui permettoit encore de discerner les objets, on appercevoit la vérité qui s'avançoit lentement sur les pas de la calomnie, conduisant le repentir en habit lugubre. Quelle peinture ! Les Athéniens eussent bien fait d'abattre la statue qu'ils avoient élevée à la calomnie, & de mettre à sa place le tableau d'Apelle.

CALOMNIE, en Droit, outre sa signification ordinaire, s'est dit aussi de la peine ou amende imposée pour une action mal intentionnée & sans fondement.

On appelloit aussi anciennement calomnie l'action ou demande par laquelle on mettoit quelqu'un en justice, soit au civil, soit au criminel ; & en ce sens elle se disoit même d'une légitime accusation, & d'une demande juste. (H)


CALONE(Géog.) comté des Pays-bas, dans le duché de Brabant, sur les frontieres du pays de Liége.

CALONE, (Géog.) riviere de France, en Normandie.


CALOPINACO(Géog.) petite riviere du royaume de Naples, dans la Calabre ultérieure.


CALORE(Géog.) riviere du royaume de Naples, dans la principauté ultérieure, qui prend sa source près de Bagnolo, & qui se jette dans le Sabato, près de Benevent.


CALOTS. m. terme de Bimblotier, ou faiseur de dragée au moule : c'est une calotte de chapeau dans laquelle ils mettent les dragées après qu'elles sont séparées des branches. Voyez D. fig. 2. Pl. de la Fonderie des dragées au moule.


CALOTTES. f. est une espece de petit bonnet de cuir, de laine, de satin ou d'autre étoffe, qu'on porta d'abord par nécessité, mais qui par succession est devenu un ornement de tête, sur-tout pour les ecclésiastiques de France.

Le cardinal de Richelieu est le premier qui en ait porté en France. La calotte rouge est celle que portent les cardinaux. Voyez BONNET.

On a transporté par analogie avec la calotte partie de notre vêtement, le nom de calotte à un grand nombres d'autres ouvrages. Voyez la suite de cet article.

CALOTTE, en terme d'Architecture, est une cavité ronde ou un enfoncement en forme de coupe ou de bonnet, latté & plâtré, imaginé pour diminuer la hauteur ou l'élevation d'une chapelle, d'un cabinet, d'une alcove, par rapport à leur largeur. (P)

CALOTTE, en terme de Boutonnier, c'est la couverture d'un bouton orné de tel ou tel dessein. Les calottes sont de cuivre, de plomb, d'étain argenté, d'or, d'argent, de pinchbec, &c. & sont serties sur des moules. Voyez BOUTON.

CALOTTE, en terme de Fourbisseur, c'est cette partie de la garde d'une épée qu'on remarque au-dessus du pommeau, sur laquelle on applique le bouton.

CALOTTE, en terme de Fondeur de petit plomb, se dit des formes de chapeaux dans lesquelles on met le plomb aussi-tôt qu'il est séparé de sa branche. Voyez CALOT.

CALOTTE, nom que les Horlogers donnent à une espece de couvercle qui s'ajuste sur le mouvement d'une montre. Les Anglois sont les premiers qui s'en sont servis. Cette calotte sert à garantir le mouvement de la poussiere ; on n'en met guere aux montres simples ; ce n'est qu'aux répétitions à timbre qu'elles deviennent absolument nécessaires, parce que la boîte étant percée, pour que le timbre rende plus de son, on est obligé d'avoir recours à ce moyen pour garantir le mouvement de toute la poussiere qui y entreroit sans cela.

On a presque abandonné l'usage des calottes, parce qu'elles rendoient les montres trop pesantes ; sans cela elles seroient fort utiles : car il faut convenir qu'une montre en iroit beaucoup mieux, si l'on pouvoit enfermer son mouvement de façon que la poussiere n'y pût pas pénétrer. Voyez la fig. 53. Pl. X. d'Horlogerie, où C marque la cavité nécessaire pour loger le coq. Voyez REPETITION. La fig. de dessus est le profil. (T)

CALOTTE CEPHALIQUE ou CUCUPHA, (Pharmacie) sachet qu'on appliquoit sur la tête dans la céphalalgie ; il étoit fait avec des morceaux de linge, de satin, de coton, doublés, entre lesquels on mettoit des médicamens céphaliques ; on imprégnoit aussi ce sachet de quelque huile distillée.

Nota. Ces calottes ne sont plus en usage, parce que souvent leurs effets devenoient funestes ; le plus petit mal qui en arrivoit, étoit de rendre les malades très-sensibles aux changemens les plus legers de l'air.

On peut voir sur ces calottes les différentes Pharmacopées, sur-tout celle de Lemery. (N)


CALOTTIES. m. (Commerce) celui qui a le droit de faire & de vendre des calottes : les maîtres Calottiers sont de l'état des marchands Merciers


CALOYEou CALOGER, s. m. (Hist. ecclés.) calogeri, moine, religieux & religieuse grecque, qui suivent la regle de S. Basile. Les Caloyers habitent particulierement le mont Athos : mais ils desservent presque toutes les églises d'Orient. Ils font des voeux comme les moines en Occident. Il n'a jamais été fait de réforme chez eux ; car ils gardent exactement leur premier institut, & conservent leur ancien vêtement. Tavernier observe qu'ils menent un genre de vie fort austere & fort retirée ; ils ne mangent jamais de viande, & outre cela ils ont quatre carêmes, & observent plusieurs autres jeûnes de l'église grecque avec une extrème régularité. Ils ne mangent du pain qu'après l'avoir gagné par le travail de leurs mains : il y en a qui ne mangent qu'une fois en trois jours, & d'autres deux fois en sept. Pendant leurs sept semaines de carême, ils passent la plus grande partie de la nuit à pleurer & à gémir pour leurs péchés & pour ceux des autres.

Quelques auteurs observent qu'on donne particulierement ce nom aux religieux qui sont vénérables par leur âge, leur retraite & l'austérité de leur vie, & le dérivent du grec , beau, & , vieillesse. Il est bon de remarquer que quoiqu'en France on comprenne tous les moines grecs sous le nom de caloyers, il n'en est pas de même en Grece ; il n'y a que les freres qui s'appellent ainsi : car on nomme ceux qui sont prêtres, Jéromonaques, Hieromonachi, .

Les Turcs donnent aussi quelquefois le nom de caloyers à leurs dervis ou religieux. Voyez DERVIS.

* Les religieuses caloyeres sont renfermées dans des monasteres, ou vivent séparément chacune dans leur maison. Elles portent toutes un habit de laine noire, & un manteau de même couleur ; elles ont la tête rasée, & les bras & les mains couvertes jusqu'au bout des doigts : chacune a une cellule séparée, & toutes sont soumises à une supérieure ou à une abbesse. Elles n'observent cependant pas une clôture fort réguliere, puisque l'entrée de leur couvent, interdite aux prêtres grecs, ne l'est pas aux Turcs, qui y vont acheter de petits ouvrages à l'aiguille faits par ces religieuses. Celles qui vivent sans être en communauté, sont pour la plûpart des veuves, qui n'ont fait d'autre voeu que de mettre un voile noir sur leur tête, & de dire qu'elles ne veulent plus se marier. Les unes & les autres vont par-tout où il leur plaît, & joüissent d'une assez grande liberté à la faveur de l'habit religieux. (G)


CALPES. f. (Hist. anc.) course de jumens introduite & peu de tems après proscrite par les Eléens dans leurs jeux. Elle consistoit, selon Pausanias, à courre avec deux jumens, dont on montoit l'une, & l'on menoit l'autre à la main. Sur la fin de la course on se jettoit à terre ; on prenoit les jumens par leurs mords, & l'on achevoit ainsi sa carriere. Amasée, dans sa version latine de Pausanias, s'est trompé en rendant par carpentum, chariot, puisque dans l'auteur grec il ne s'agit nullement d'une course de chars, mais d'une course de jumens libres & sans aucun attelage. Budé tire du grec l'étymologie de nos mots françois galop & galoper. En effet, de ou les Grecs ont fait & . Les Latins ont dit calpare & calupere, d'où nous avons formé galop & galoper. Mém. de l'académie des Belles-Lettr. tome VIII. (G)

CALPE, (Géogr.) haute montagne d'Espagne, au royaume d'Andalousie, au détroit de Gibraltar, qui fait l'une des colonnes d'Hercule. La montagne d'Abyla, qui est en Afrique vis-à-vis de celle-ci, fait l'autre.


CALPENTINE(Géog.) petite île d'Asie, à l'oüest de celle de Ceylan, avec une ville de même nom, appartient aux Hollandois.


CALQUES. m. (Hist. anc.) poids de la dixieme partie d'une obole. Voyez OBOLE.


CALQUER(Peinture, Dessein) maniere de dessiner ou transporter un dessein d'un corps sur un autre.

Lorsqu'on veut calquer quelque dessein que ce soit, on en frotte le revers avec un crayon ou une pierre tendre de couleur quelconque, mais différente de celle du papier, ou autre matiere sur laquelle on veut transporter le dessein. On applique le côté frotté de crayon sur le papier ou autre matiere où l'on veut porter le dessein, en l'y assujettissant d'une main, tandis que de l'autre on passe avec une pointe de fer émoussée sur chaque trait du dessein : alors il s'imprime sur le papier placé dessous, au moyen de la couleur dont le dessein est frotté sur son revers. Si l'on vouloit ne pas colorier le revers du dessein, on prépare avec cette même couleur un papier qu'on place entre le dessein & le corps sur lequel on veut le porter, & l'on opere ainsi qu'il vient d'être dit. Lorsqu'un dessein est sur du papier assez mince pour qu'on en puisse voir les contours au-travers du jour, on assujettit dessus celui sur lequel on veut reporter ce dessein ; ensuite on les pose contre une vitre de chambre ou contre une glace exposée au jour, ou bien on les applique sur une table où l'on a fait une ouverture : on pose une lumiere dessous la table ; & par l'une ou l'autre de ces manieres on distingue tous les traits du dessein que l'on veut avoir promtement & exactement, & qu'on trace avec du crayon sur le papier qui se trouve dessus. Lorsqu'on veut avoir le dessein en sens contraire, au lieu de placer le papier sur le dessein même, on le place sur son revers, & l'on suit les traits comme on les voit. La pointe à calquer A fait ordinairement partie du porte-crayon brisé, représenté figure 24. Planche II. de la Gravûre. (R)


CALQUERONS. m. partie du métier des étoffes de soie. Le calqueron est un liteau de quatre piés de long sur un pouce de large & un pouce d'épaisseur. Il sert à attacher les cordes qui répondent aux aleyrons pour faire joüer les lisses, suivant le besoin, pour la fabrication de l'étoffe. On attache encore au calqueron les cordes ou estrivieres, qui le sont aussi aux marches, pour donner le mouvement aux lisses.


CALSERY(Géogr.) ville d'Asie au royaume de Jamba, de la dépendance du grand-Mogol.


CALUCALA(Géog.) riviere d'Afrique au royaume d'Angola, dans la province d'Ilamba.


CALUMETS. m. (Hist. mod.) grande pipe à fumer, dont la tête & le tuyau sont ornés de figures d'animaux, de feuillages, &c. à l'usage des sauvages du Nord. Le calumet est aussi parmi eux un symbole de paix.


CALUNDRONIUSsub. m. (Hist. nat. bot.) pierre merveilleuse dont on ne donne aucune description ; mais à laquelle en récompense on attribue la vertu de rendre victorieux, de chasser la mélancholie, de résister aux enchantemens, & d'écarter les esprits malins.


CALUSS. m. en général signifie une dureté à la peau, à la chair, ou aux os, naturelle ou contre nature.

En ce sens les cors sont des especes de calus. Voyez COR.

Calus se dit plus particulierement d'un noeud ou d'une dureté qui se forme aux deux extrémités contiguës d'un os qui a été fracturé. Voyez OS & FRACTURE.

La formation du calus se fait de la maniere qui suit. Les sucs qui nourrissent l'os & coulent le long de ses fibres, s'extravasent à l'endroit où ces fibres sont rompues ; ensorte que s'y amassant, elles s'y attachent, s'y sechent, & s'y durcissent au point d'acquérir autant de consistance que l'os même, laissant seulement à l'endroit fracturé une inégalité plus ou moins grande, selon que la réduction a été plus ou moins parfaite.

Le calus devient aussi dur qu'un os. On lit dans les Transactions philosophiques, l'exemple d'un calus qui remplaça un humerus que M. Fowler avoit séparé parce qu'il étoit carié ; & celui d'un autre qui remplaça un fémur qu'avoit séparé M. Sherman ; & cela si parfaitement, que la personne n'en eut pas la cuisse plus foible, & marchoit ferme & sans boiter aucunement.

La formation du calus est proprement l'ouvrage de la nature ; lorsque par une par faite réduction & l'application des bandages convenables, on l'a mise en état d'agir. Il faut néanmoins que le suc osseux ne soit point vicié, c'est-à-dire que les principes qui le composent, ne le rendent ni trop ni trop peu disposé à se congeler. Cette disposition plus ou moins favorable du suc nourricier des os, fait souvent que dans des fractures de même espece, le calus est plus ou moins promtement affermi, & que le terme de trente-cinq à quarante jours suffit pour certaines, tandis que d'autres ont besoin d'un tems beaucoup plus considérable. On doit avoir en vûe de corriger les mauvaises dispositions de la lymphe, pour travailler à la formation & à la perfection du calus ; les alimens de bons sucs & de bonne digestion seront les moyens de procurer la formation du calus ; si le sang dépourvû de parties balsamiques y est un obstacle. Si les sucs étoient trop épaissis, il faudroit mettre en usage les délayans, les apéritifs & les fondans appropriés à la nature de l'épaississement ; l'usage des anti-vénériens seroit absolument nécessaire, si l'existence du virus vérolique ôtoit à la lymphe la consistance requise pour prolonger le conduit des fibres osseuses à chaque bout de l'os rompu, & souder l'endroit de la fracture. Extr. du traité des maladies des os, par M. Petit.

Le calus est encore une dureté qui se forme à quelque partie du corps humain, singulierement aux mains, aux piés, &c. en conséquence de frottement ou de pression contre des corps durs. (Y)

CALUS, en Jardinage, est une reprise de la matiere de la seve qui se fait en forme de noeud à la jointure d'une branche ou d'une racine. (K)


CALUTRE(Géog.) ville maritime de l'île de Ceylan, à trois lieues de Colombo.


CALVAIRE(Hist. & Géog.) montagne située hors de Jérusalem, du côté du septentrion, où l'on exécutoit les criminels, & où l'innocence même expira sur une croix.

CALVAIRE, s. m. (Hist. ecclés.) chez les Chrétiens est une chapelle de dévotion où se trouve un crucifix, & qui est élevée sur une terre proche d'une ville, à l'imitation du calvaire où J. C. fut mis en croix proche de Jérusalem. Tel est le calvaire du Mont-Valérien près de Paris : dans chacune des sept chapelles dont il est composé, est représenté quelqu'un des mysteres de la Passion.

On dérive ce nom de calvus, chauve, parce que, dit-on, cette éminence à Jérusalem étoit nue & sans verdure ; & c'est en effet ce que signifie le mot hébreu golgotha, que les interpretes latins ont rendu par calvariae locus.

CALVAIRE, (Congrégation de Notre Dame du) (Hist. ecclés.) ordre de religieuses qui suivent la regle de saint Benoît. Elles furent fondées premierement à Poitiers par Antoinette d'Orléans, de la maison de Longueville. Le pape Paul V. & le roi Louis XIII. confirmerent cet ordre en 1617 ; & le 25 d'Octobre Antoinette d'Orléans prit possession d'un couvent nouvellement bâti à Poitiers, avec vingt-quatre religieuses de l'ordre de Fontevrauld, qu'elle avoit tirées de la maison d'Encloitre, à deux lieues ou environ de Poitiers. Antoinette mourut le 25 d'Avril 1618 ; & en 1620 Marie de Medicis fit venir de ces religieuses à Paris, & les établit proche le palais d'Orléans du Luxembourg, qu'elle avoit fait bâtir. Leur couvent du calvaire au marais ne fut bâti qu'en 1638, par les soins du fameux P. Joseph, capucin, confesseur & agent du cardinal de Richelieu. C'est dans cette derniere maison que réside la générale de tout l'ordre. Supplém. au dictionn. de Moréri, tome I. lett. C. p. 216. (G)


CALVENSANO(Géog.) petite ville d'Italie dans le duché de Milan, sur l'Adda.


CALVI(Géogr.) ville du royaume de Naples, dans la terre de Labour.

CALVI, (Géog.) ville & port de l'île de Corse sur la mer Méditerranée, avec une citadelle. Long. 26. 35. lat. 42. 30.


CALVINISMES. m. (Hist. ecclés.) doctrine de Calvin & de ses sectateurs en matiere de religion.

On peut réduire à six chefs principaux les dogmes caractéristiques du Calvinisme ; savoir, 1°. que Jésus-Christ n'est pas réellement présent dans le sacrement de l'Eucharistie, mais qu'il n'y est qu'en signe ou en figure : 2°. que la prédestination & la réprobation sont antérieures à la présence divine des oeuvres bonnes ou mauvaises : 3°. que la prédestination & la réprobation dépendent de la pure volonté de Dieu, sans égard aux mérites ou démérites des hommes : 4°. que Dieu donne à ceux qu'il a prédestinés, une foi & une justice inamissible, & qu'il ne leur impute point leurs péchés : 5°. que les justes ne sauroient faire aucune bonne oeuvre, en conséquence du péché originel qui les en rend incapables : 6°. que les hommes sont justifiés par la foi seule, qui rend les bonnes oeuvres & les sacremens inutiles. A l'exception du premier article, qu'ils ont constamment retenu, les Calvinistes modernes ou rejettent ou adoucissent tous les autres. Voyez ARMINIENS & GOMARISTES.

Il est vrai que de ces erreurs capitales suivent beaucoup de conséquences qui sont elles-mêmes des erreurs, & qu'ils en ont aussi plusieurs communes avec d'autres hérétiques ; mais c'est une exagération visible que de leur en attribuer cent, comme fait le P. Gauthier, jésuite, dans sa chronologie ; à plus forte raison quatorze cent, comme les leur impute le cordelier Feuardent dans son ouvrage intitulé Theomachia calvinistica.

Le Calvinisme, depuis son établissement, s'est toûjours maintenu à Geneve qui fut son berceau, où il subsiste encore, & d'où il se répandit en France, en Hollande & en Angleterre. Il a été la religion dominante des Provinces-Unies jusqu'en 1572 ; & quoique depuis cette république ait toléré toutes les sectes, on peut toûjours dire que le Calvinisme rigide y est la religion de l'état. En Angleterre il a toûjours été en décadence depuis le regne d'Elisabeth, malgré les efforts qu'ont faits les Puritains & les Presbytériens pour le faire prédominer : maintenant il n'y est plus guere professé que par des Non-conformistes, quoiqu'il subsiste encore, mais bien mitigé, dans la doctrine de l'église anglicane ; mais il est encore dans toute sa vigueur en Ecosse, aussi-bien qu'en Prusse. Des treize cantons suisses, six professent le Calvinisme. La religion est aussi mélangée dans quelques parties de l'Allemagne, comme dans le Palatinat ; mais la catholique romaine commence à y être la dominante. Il a été toléré en France jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes en 1685. Les Protestans qui sortirent à cette occasion du royaume, & se retirerent en Hollande & en Angleterre, remplirent l'univers de plaintes & d'écrits. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner s'il est utile à un état de ne souffrir qu'une religion ; mais nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que lorsqu'ils ont fait éclater à cette occasion les murmures & les reproches les plus sanglans, un espace de plus de quatre-vingt ans leur avoit fait perdre de vûe les moyens dont leurs peres s'étoient servis pour arracher d'Henri IV. alors mal affermi sur son throne, un édit qui n'étoit après-tout que provisionnel, & qu'un des successeurs de ce prince a pû par conséquent révoquer sans injustice.


CALVINISTESS. m. pl. (Hist. ecclés.) sectateurs de Calvin, auxquels on donne encore les noms de Protestans, de Prétendus-Réformés, de Sacramentaires, d'Huguenots. Voyez tous ces mots chacun sous leur titre.

Calvin leur chef commença à dogmatiser en 1533, se retira à Geneve en 1536, d'où il fut chassé deux ans après ; mais il y revint & s'y fixa en 1541. Ses erreurs s'étant insensiblement répandues en France, malgré la sévérité des rois François I. & Henri II. les Calvinistes y formerent sous le regne des trois derniers Valois un parti formidable à l'Eglise & à l'état. Après bien des révoltes & des amnisties, des combats & des défaites, où, comme dans toutes guerres de religion, les deux partis exercerent des cruautés inoüies, les Calvinistes obtinrent d'Henri IV. qui leur avoit été attaché avant sa conversion, le libre exercice de leur religion. Ils exciterent encore des troubles sous le regne de Louis XIII. & furent chassés du royaume sous celui de Louis-le-Grand.

Les Calvinistes ont emprunté une partie de leurs erreurs des hérétiques qui les avoient précédés, & y en ont ajoûté de nouvelles. Les plus célebres protestans conviennent que Calvin a pris pour le fonds de sa doctrine celle des Vaudois, particulierement en ce qui regarde le S. Sacrement, la Messe, le purgatoire, l'invocation des saints, la hiérarchie de l'Eglise & ses cérémonies. A l'égard des autres points qui sont plus théologiques, il a presque tout pris de Luther ; comme les articles de sa doctrine qui concernent le libre arbitre, qu'il détruit ; la grace, qui, selon lui, a toûjours son effet, & entraîne le consentement de la volonté par une nécessité absolue ; la justification par la foi seule ; la justice de Jesus-Christ qui nous est imputée ; les bonnes oeuvres sans aucun mérite devant Dieu ; les sacremens qu'il réduit à deux, & auxquels il ôte la vertu de conférer la grace ; l'impossibilité d'accomplir les commandemens de Dieu ; l'inutilité & la nullité des voeux, à la reserve de ceux du Baptême ; & autres semblables erreurs qu'il a tirées des écrits de Luther, & semées dans son livre de l'institution. Les opinions que Calvin y a ajoûtées du sien, sont, que la foi est toûjours mêlée de doute & d'incrédulité ; que la foi & la grace sont inamissibles ; que le Pere éternel n'engendre pas continuellement son Fils ; que Jesus-Christ n'a rien mérité à l'égard du jugement de Dieu ; que Dieu a créé la plûpart des hommes pour les damner, parce qu'il lui plaît ainsi, & antécédemment à toute prévision de leurs crimes. Quant à l'Eucharistie, Calvin assûre que Jesus-Christ nous donne réellement son sacré corps dans la sainte cene ; mais il ajoûte que c'est par la foi, & en nous communiquant son esprit & sa vie, quoique sa chair n'entre pas dans nous. Telle est l'idée qu'on peut se former des sentimens des Calvinistes d'après leurs livres, leurs catéchismes, leur discipline ecclésiastique, & les quarante articles de la profession de foi qu'ils présenterent au roi de France.

Leurs disputes dans ces derniers tems avec les Catholiques sur l'autorité, la visibilité de l'Eglise & ses autres caracteres, les ont jettés dans des opinions ou fausses ou absurdes, ou dans des contradictions dont les controversistes catholiques ont bien sû tirer avantage pour les convaincre de schisme. Voyez l'histoire des variations de M. Bossuet, liv. XV. & ses instructions sur l'Eglise contre le ministre Jurieu. Voyez aussi les ouvrages de M. Nicole, intitulés de l'unité de l'Eglise, & les Prétendus-Réformés convaincus de schisme. (G)


CALVITIES. f. terme de Medecine, est la chûte des cheveux, sur-tout du devant de la tête, sans qu'il y ait lieu d'espérer qu'ils reviennent ; elle arrive en conséquence du desséchement de l'humidité qui les nourrissoit, causé par une maladie, par le grand âge, ou par l'usage excessif de la poudre. Voyez CHEVEU & ALOPECIE. (N)


CALou CALBA, (Géog.) ville & comté d'Allemagne au duché de Wirtemberg, sur la riviere de Nagold.


CALYPTRAS. m. (Hist. anc.) ornement de tête des femmes romaines, dont il n'est resté de connu que le nom.


CALYPTRES. f. (Hist. anc.) vêtement des femmes greques dont il est fait mention dans Aelien qui parle en même tems d'un grand nombre d'autres. " La femme de Phocion, dit-il, portoit le manteau de son mari, & n'avoit besoin ni de crocote, ni de robe tarentine, ni d'anabolé, ni d'encyclion, ni de cecryphale, ni de calyptre, ni de tuniques teintes en couleur. Son vêtement étoit premiérement la modestie, & ensuite tout ce qu'elle pouvoit trouver pour se couvrir ". On n'a sur la plûpart de ces habits que des conjectures vagues.


CALZA(l'ordre de la) ou de la botte, Hist. mod. c'est le nom d'un ancien ordre militaire qui commença en Italie en l'année 1400 ; il étoit composé de gentilshommes qui choisissoient un chef entr'eux ; leur but étoit d'élever & d'instruire la jeunesse dans les exercices convenables à l'art militaire ; la marque distinctive de cet ordre, qui ne subsiste plus aujourd'hui, étoit de porter à une des jambes une botte qui étoit souvent brodée en or, ou même plus riche.


CALZADA(Géog.) petite ville d'Espagne, sur la riviere de Laglera, dans la Castille vieille.


CALZENOW(Géog.) petite ville de Livonie, dans la province de Letten, à sept lieues de Riga.


CAM-CHAINsub. m. (Hist. nat. bot.) espece d'orange qui croît au royaume de Tonquin, dont la pelure est fort épaisse, & remplie d'inégalités ; elle a l'odeur très-agréable, & le goût délicieux. On regarde ce fruit comme fort sain ; on en permet même l'usage aux malades.


CAMAENAS. f. (Myth.) déesse des Romains dont il est fait mention dans S. Augustin : elle présidoit aux chants.


CAMAGNES(Marine) Quelques gens de mer appellent ainsi les lits des vaisseaux qui sont emboîtés autour du navire. V. CABANE & CAPITE. (Z)


CAMAGUEIA(Géog.) province de l'Amérique septentrionale ; dans l'île de Cuba.


CAMAIEUS. m. pierre sur laquelle se trouvent plusieurs figures ou représentations de paysages & autres choses, par un jeu de la nature, en telle sorte que ce sont des especes de tableaux sans peinture. On le dit aussi de ces pierres précieuses, comme onices, sardoines, & agates, sur lesquelles les Graveurs en pierre employent leur art pour rendre les productions de la nature plus recommandables : alors les têtes ou les bas-reliefs dont ces pierres sont ornées, prennent le nom de camayeu. On en fait aussi sur des coquilles : ce sont les moins recommandables, par la raison de leur peu de dureté.

Camaïeu se dit encore de tous les tableaux faits de deux couleurs seulement : on dit peindre en camayeu, de beaux camayeux. On les appelle quelquefois tableaux de grisaille, & de clair-obscur. (R)


CAMAILS. m. sorte de couvre-chef à l'usage des ecclésiastiques, pendant l'hyver ; c'est une espece de cape qui enveloppe la tête, à l'exception du visage, embrasse le cou, s'étend sur les épaules, se ferme pardevant, & descend jusqu'à la ceinture. L'église prend le camail à la place du bonnet quarré, le 17 Octobre, jour de S. Cerboney.

CAMAIL, terme de Blason, espece de lambrequin qui couvroit les casques & les écus des anciens chevaliers. Quelques uns dérivent ce mot de camélanciers, qui étoit une petite ouverture de tête, faite de camelot ; & d'autres le font venir de cap de maille, à cause qu'il y avoit autrefois des couvertures de tête faites de maille. L'histoire ancienne fait mention de chevaliers armés de camails ; il y a grande apparence que ces camails étoient à-peu-près comme les haussecols, & que les camails des évêques ont été ainsi nommés à cause qu'ils leur ressemblent. (V)


CAMALDULESS. m. pl. (Hist. ecclés.) ordre de religieux fondés par S. Romuald en 1009, ou selon d'autres en 960, dans horrible desert de Campo-maldoli, dans l'état de Florence, sur le mont Appennin.

Leur regle est celle de S. Benoît : par leurs statuts, leurs maisons doivent être éloignées au moins de cinq lieues des grandes villes.

Les Camaldules ne porterent pas ce nom dès les commencemens : jusqu'à la fin du onzieme siecle, on les appella Romualdins, du nom de leur fondateur. On n'appelloit alors Camaldules, que ceux qui habitoient dans le de sert même de Camaldoli ; & le P. Grandi observe que le nom de Camaldules ne leur vient pas de ce que leur premiere maison a été établie à Campo-maldoli, mais de ce que la regle s'est maintenue dans cette maison sans dégénérer, mieux que partout ailleurs. Il n'y a qu'une maison de Camaldules en France, près de Gros-bois.

La congrégation des hermites de S. Romuald, ou du mont de la Couronne, est une branche de celle de Camaldoli, avec laquelle elle s'unit en 1532. Paul Justinien de Venise commença son établissement en 1520, & fonda le principal monastere dans l'Apennin, en un lieu nommé le mont de la Couronne, à dix milles de Pérouse. Baronius, Raynaldi, Sponde. (G)


CAMANHAYA(Hist. nat. bot.) plante du Bresil ; elle est capillaire ; elle croît sur les arbres les plus hauts, & les couvre quelquefois entierement ; elle est grise, & semblable au duvet ; elle a une, deux, trois, cinq, six feuilles comme celle du romarin ; on la prendroit pour un épithyme.


CAMARA(Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur monopétale, faite en forme de masque, irréguliere, dont la levre supérieure est relevée, & l'inferieure découpée en trois parties ; l'embryon qui porte la fleur devient dans la suite un fruit mou, ou une baie qui renferme un noyau rond. Ajoûtez au caractere de ce genre, que plusieurs fruits sont ramassés en une espece de grappe. Plumier, Nova plantar. amer. gener. Voyez PLANTE. (I)


CAMARA-JAPOCAMARA-MIRA, CAMARA-TINGA, CAMARA-CUBA, CAMARA-BAJA, (Hist. nat. bot.) plantes qui croissent au Bresil ; la premiere est une espece de mente à tige ronde, velue & rougeâtre, haute de deux piés, à feuilles legerement découpées, grisâtres en-dessous, opposées deux à deux ; les grandes environnées de petites, & à fleurs placées sur les branches les plus élevées en forme d'ombelles, semblables à celles de la tanesie, naissant pendant toute l'année, à étamines de couleur d'azur, & de l'odeur du mentastrum : toute la plante est aromatique & amere ; la semence en est petite, longue, & noire ; & quand elle est mûre, elle est dispersée par les vents avec son enveloppe cotonneuse.

La seconde est une plante qui s'éleve à la hauteur d'une coudée ; sa tige est foible & ligneuse ; sa fleur petite & jaune, s'ouvrant en tout tems sur le milieu du jour, & se refermant sur les deux heures ; ensorte qu'elle suppléroit en partie au défaut de montre. Ray, Hist. plant.

La troisieme est une espece de chevrefeuille nain, à fleur rouge, & quelquefois jaune, fort odorante ; l'herbe même en est suave ; aux fleurs succedent des grappes de baies vertes, grosses comme celles du sureau.

La quatrieme a la feuille âpre, hérissée comme des chardons, la fleur semblable à celle de l'oeil de boeuf, jaune, à neuf pétales, avec un ombilic large, jaune dans le milieu, & des étamines noires ; elle a l'odeur de l'aminte & de l'ortie ; les semences qui succedent aux fleurs sont longues, noirâtres, semblables à celles de la chicorée ; la plante entiere est très-glutineuse.

La derniere est une espece de lysimachia.


CAMARANA(Géog.) île d'Asie dans l'Arabie, sur la mer Rouge. Lat. 15.


CAMARASSE(Géog.) ville d'Espagne en Catalogne, dans le territoire de Lérida.


CAMARATA(Géog.) petite ville de Sicile, dans la vallée de Mazaro.


CAMARCES(Géog.) riviere d'Afrique, sur la côte de Guinée, dans le royaume de Benin.


CAMAREcaveçon camare, (Manége) espece de caveçon qu'on a banni des académies : il étoit garni de petites dents ou pointes de fer très-aiguës, qui déchiroient le cheval & le tourmentoient. Voyez CAVEÇON. (V)


CAMARGUE(LA) Géog. île de France en Provence, à l'embouchure du Rhône.


CAMARIN-BAou UMARI, (Hist. nat. bot.) arbre qui s'éleve à une hauteur moyenne, & porte de petites fleurs jaunes, suivies d'un fruit ovale semblable à la prune, de la saveur de la pêche, & d'un verd tirant sur le jaune pâle : la pulpe en est petite, douce, jaune, & contient un noyau large, ovale, blanc, dont l'amande est bonne à manger. Le fruit est mûr, & tombe en Mars.

On lui attribue plusieurs propriétés médicinales. On le trouve dans les environs de Riogrande.


CAMARINES(Géog.) contrée d'Asie dans l'île de Luçon, l'une des Philippines.


CAMARONES(LOS) Géog. riviere d'Afrique dans le golfe de Guinée, qui prend sa source dans le royaume de Biafara.


CAMou KAMP, (Géog.) riviere d'Allemagne en Autriche, qui prend sa source aux frontieres de Bohème, & se jette dans le Danube.


CAMBALUvoyez PEKIN.


CAMBAMBA(Géog.) Pays d'Afrique au royaume d'Angola, appartenant aux Portugais.


CAMBANAou CAMBOVA, ou CAMBAVA, (Géog.) île des Indes orientales, entre les îles Molucques, celle de la Sonde & de Java.


CAMBAYE(Géog.) grande ville d'Asie au royaume de Guzurate, dans les états du grand Mogol, proche d'un golfe de même nom. Long. 89. lat. 22. 30.


CAMBERG(Géog.) ville & château d'Allemagne, de l'électorat de Treves.


CAMBIO(Commerce) terme italien qui signifie change, & paroît dérivé du latin cambium, qui veut dire la même chose. On s'en sert assez communément en Provence, & encore davantage en Hollande. Voyez CHANGE.


CAMBISTES. m. nom qu'on donne dans le Commerce à ceux qui se mêlent du négoce des lettres & billets de change, qui vont régulierement sur la place ou à la bourse, pour s'instruire du cours de l'argent, & sur quel pié il est relativement au change des différentes places étrangeres, afin de pouvoir faire à propos des traites & remises, ou des négociations d'argent, de billets, lettres de change, &c. Voyez PLACE, BOURSE, BILLET, LETTRE DE CHANGE. &c.

Ce mot, quoique vieux, ne laisse pas que d'être d'usage parmi les marchands négocians ou banquiers. On croit qu'il vient du latin cambium, ou de l'italien cambio, qui signifient change. Voyez CHANGE. (G)


CAMBORI(Géog.) ville d'Asie au royaume de Siam, sur les frontieres de Pégu.


CAMBOUISS. m. (Medecine) graisse de porc ou d'autres animaux, dont on enduit les extrémités de l'essieu des roues des voitures. Le vieux-oing prend le nom de cambouis, quand il s'est chargé par le frottement des parties de fer de l'essieu & de la garniture des roues. Il passe pour propre à résoudre les hémorrhoïdes, étant appliqué dessus : cette vertu lui vient du mars qui s'est détaché par le mouvement & la chaleur continuelle de l'essieu & de la roue.

Des charlatans en ont fait pendant long-tems un secret, & on l'a regardé comme un remede merveilleux. Il est aisé de voir que ce n'est qu'un mélange de mars & de graisse, ou un liniment épaissi par le fer qui s'y est joint. (N)


CAMBOYou CAMBOGE, (Géog.) ville & royaume d'Asie dans les Indes, borné au nord par le royaume de Laos, à l'orient par la Cochinchine, au sud & à l'oüest par le royaume & le golfe de Siam. Long. 122. 30. lat. 12. 40.


CAMBRAY(Géog.) belle & grande ville de France dans les Pays-bas. Elle est très-fortifiée, munie d'une citadelle très-forte sur l'Escaut. Long. 20d. 53'. 41". lat. 50d. 10'. 32".


CAMBRES. m. en Architecture, ou CAMBRURE, du latin cameratus, courbé, se dit de la courbure du ceintre d'une voûte ou d'une piece de bois.


CAMBRÉvoyez CONCAVE. (P)


CAMBRERv. act. il est synonyme à courber. La différence qu'il peut y avoir entre l'un & l'autre, c'est que cambrer ne se dit que d'une courbure peu considérable ; au lieu que courber se dit de toute inflexion curviligne, grande ou petite.

CAMBRER un livre, en terme de Relieur, c'est le prendre à moitié avec les deux mains, & courber un peu les pointes des cartons en-dedans pour lui donner une meilleure forme. Cambrer est la derniere façon qu'on donne à un livre relié.


CAMBRESIS(Géog.) province de France dans les Pays-bas, bornée au nord & à l'est par le Hainault, au midi par la Picardie, & à l'oüest par l'Artois. Son commerce consiste en grains, & sur-tout en toiles de lin très-belles & très-estimées. Cambray en est la capitale.


CAMBRIDGE(Géog.) ville considérable d'Angleterre, capitale de Cambridgshire, avec titre de duché, fameuse par son université. Elle est sur la riviere de Cam. Long. 17. 28. lat. 52. 10.


CAMBURG(Géog.) petite ville d'Allemagne dans la basse Saxe, à un mille de Naumbourg.


CAMELÉES. f. (Hist. nat. bot.) chamoelea, genre de plante à fleur monopétale, découpée en trois parties, de façon qu'elle paroît quelquefois composée de trois pétales. Le pistil devient dans la suite un fruit à trois noyaux, enveloppés d'une peau mince, & arrondis : ces noyaux renferment chacun une amande oblongue. Tournefort, Inst. rei herb. app. Voyez PLANTE. (I)


CAMÉLEONcameleo, s. m. (Hist. nat. Zoolog.) petit animal du genre des animaux à quatre piés qui font des oeufs, comme le crocodile & le lézard, avec lesquels il a beaucoup de ressemblance. Voyez Planche XV. d'Hist. nat. fig. 2. Nous ne pouvons mieux faire, pour l'histoire du caméléon, que de rapporter ici ce qu'en a écrit M. Formey, secrétaire de l'académie royale des Sciences & Belles-Lettres de Prusse, dans un manuscrit qui nous a été remis.

" Le caméléon est fait comme le lézard, si ce n'est qu'il a la tête plus grosse & plus large : il a quatre piés, à chacun trois doigts ; la queue longue, avec laquelle il s'attache aux arbres, aussi-bien qu'avec les piés ; elle lui sert à grimper, & lorsqu'il ne peut atteindre de ses piés quelque lieu où il veut aller, pourvû qu'il y puisse toucher de l'extrémité de la queue, il y monte facilement. Il a le mouvement tardif comme la tortue, mais fort grave. Sa queue est plate, le museau long : il a le dos aigu, la peau plissée & hérissée comme une scie, depuis le cou jusqu'au dernier noeud de la queue, & une forme de crête sur la tête. Il a la tête sans cou, comme les poissons ; il fait des oeufs comme les lézards ; son museau est en pointe obtuse ; il a deux petites ouvertures dans la tête qui lui servent de narines ; ses yeux sont gros, & ont plus de cinq lignes de diametre, dont l'iris est isabelle, bordée d'un cercle d'or ; & comme il a la tête presqu'immobile, & qu'il ne peut la tourner qu'avec tout le corps, la nature l'a dédommagé de cette incommodité en donnant à ses yeux toutes sortes de mouvemens ; car il peut non-seulement regarder de l'un devant lui, & de l'autre derriere, de l'un en-haut & de l'autre en-bas : mais il les remue indépendamment l'un de l'autre avec tous les changemens imaginables. Sa langue est longue de dix lignes & large de trois, faite de chair blanche, ronde, & applatie par le bout, où elle est creuse & ouverte, semblable en quelque façon à la trompe d'un éléphant. Il la darde & retire promptement sur les mouches, qui s'y trouvent attrapées comme sur de la glu ; il s'en nourrit, & il lui en faut très-peu pour se repaître, quoiqu'il rende beaucoup d'excrémens. On dit même qu'il vit long-tems sans autre nourriture que l'air dont il se remplit au soleil jusqu'à ce qu'il en soit enflé. Il n'a point d'oreilles, & ne reçoit ni ne produit aucun son. Il a dix-huit côtes, & son épine a soixante & quatorze vertebres, y compris les cinquante de sa queue. Il devient quelquefois si maigre qu'on lui compte les côtes, desorte que Tertullien l'appelle une peau vivante. Lorsqu'il se voit en danger d'être pris, il ouvre la gueule & siffle comme une couleuvre. Gesner & Aldrovande disent qu'il se défend du serpent, par un fétu qu'il tient dans sa gueule.

Le caméléon habite dans les rochers : ce qu'il a de plus merveilleux, c'est le changement de couleur qu'il éprouve à l'approche de certains objets. Il est ordinairement verd, tirant sur le brun vers les deux épaules, & d'un verd jaune sous le ventre, avec des taches quelquefois rouges quelquefois blanches. Sa couleur verte se change souvent en un brun foncé, sans qu'il reste rien de la premiere couleur : les taches blanches disparoissent aussi quelquefois, ou changent seulement en une couleur plus obscure qui tire sur le violet, ce qui arrive ordinairement lorsqu'il est épouvanté. Lorsqu'il dort sous une couverture blanche, il devient blanc, mais jamais ni rouge ni bleu ; il devient aussi verd, brun ou noir, si on le couvre de ces couleurs : telles sont au moins les relations ordinaires qu'on a données de ce phénomene. Mais il me paroît exagéré ; & avant que d'en entreprendre l'explication, il faudroit bien constater le fait. Le P. Feuillée, minime, par exemple, prétend dans son Journal d'observations physiques, mathématiques & botaniques, que le changement de couleurs de cet animal vient des divers points de vûe où l'on le regarde ; ce qui n'est point aussi merveilleux que ce qu'en avoient publié les anciens. Mém. de Trévoux, Août 1727, pag. 1419. M. Souchu de Rennefort assûre dans son Histoire des Indes orientales, que les caméléons prennent par les yeux les couleurs des objets sur lesquels ils s'arrêtent. Hist. des ouvr. des Sav. Mars 1688. tom. II. p. 308. Un autre auteur avance qu'il n'est pas vrai que le caméléon change de couleur, suivant les choses sur lesquelles il se trouve ; mais ce changement arrive, selon lui, suivant les différentes qualités de l'air froid ou chaud qui l'environne. Rec. d'Hist. & de Littérat. tom. III. p. 73. Mlle de Scudéry, dans une relation qu'elle a publiée de deux caméléons qui lui furent apportés d'Afrique, assûre qu'elle les conserva dix mois, & que pendant ce tems-là ils ne prirent rien du tout. On les mettoit au soleil & à l'air, qui paroissoit être leur unique aliment : ils changeoient souvent de couleur, sans prendre celles des choses sur quoi on les mettoit. On remarquoit seulement, quand ils étoient variés, que la couleur sur laquelle ils étoient se mêloit avec les autres, qui par leurs fréquens changemens faisoient un effet agréable. Furetiere, article Caméléon. Toutes ces diversités demanderoient un examen plus circonspect ; qui épargnât la peine de chercher des explications pour ce qui n'existe peut-être point : cependant l'on en a proposé plusieurs : les uns disent que ce changement de couleurs se fait par suffusion, les autres par réflexion, d'autres par la disposition des particules qui composent sa peau. Elle est transparente, dit le P. Regnault (Entr. de Phys. tom. IV. p. 182.), & renferme une humeur transparente qui renvoye les rayons colorés, à-peu-près comme une lame mince de corne ou de verre. Mathiole rapporte plusieurs superstitions des anciens touchant le caméléon. Ils ont dit que sa langue, qu'on lui avoit arrachée étant en vie, servoit à faire gagner le procès de celui qui la portoit ; qu'on faisoit tonner & pleuvoir si l'on brûloit sa tête & son gosier avec du bois de chêne, ou si on rôtissoit son foie sur une tuile rouge ; que si on lui arrachoit l'oeil droit étant en vie, cet oeil mis dans du lait de chevre ôtoit les taies ; que sa langue liée sur une femme enceinte la faisoit accoucher sans danger ; que sa mâchoire droite ôtoit toute sa frayeur à ceux qui la portoient sur eux, & que sa queue arrêtoit des rivieres. Ce qui montre que les Naturalistes ont débité des choses aussi fabuleuses que les Poëtes.

Il y a en Egypte des caméléons qui ont onze à douze pouces, y compris la queue ; ceux d'Arabie & du Mexique ont six pouces seulement ".

On ne sait pourquoi les Grecs ont donné à une bête aussi vile & aussi laide, d'aussi beaux noms que ceux de petit-lion ou de chameau-lion. Cependant on a soupçonné que c'étoit parce qu'elle a une crête sur la tête comme le lion : mais cette crête ne paroit à la tête du lion, qu'après que les muscles des tempes ont été enlevés. On a aussi prétendu que c'est parce que le caméléon prend les mouches, comme le lion chasse & dévore les autres animaux, qu'il a été comparé au lion de même que le formica leo.

Les caméléons ont les jambes plus longues que le crocodile & le lézard, cependant ils ne marchent aisément que sur les arbres. On en a observé de vivans, qui avoient été apportés d'Egypte. Le plus grand avoit la tête de la longueur d'un pouce & dix lignes. Il y avoit quatre pouces & demi depuis la tête jusqu'au commencement de la queue. Les piés avoient chacun deux pouces & demi de long, & la queue étoit de cinq pouces. La grosseur du corps se trouvoit différente en différens tems ; il avoit quelquefois deux pouces depuis le dos jusqu'au-dessous du ventre ; d'autres fois il n'avoit guere plus d'un pouce, parce que le corps de l'animal se contractoit & se dilatoit. Ces mouvemens étoient non-seulement dans le thorax & le ventre, mais encore dans les bras, les jambes, & la queue ; ils ne suivoient pas ceux de la respiration, car ils étoient irréguliers, comme dans les tortues, les grenouilles, & les lézards. On a vû ici des caméléons rester enflés pendant plus de deux heures, & demeurer desenflés pendant un plus long-tems ; dans cet état ils paroissent si maigres, qu'on croiroit qu'ils n'auroient que la peau appliquée sur leurs squeletes. On ne peut attribuer ces sortes de contractions & de dilatations qu'à l'air que respire l'animal : mais on ne sait pas comment il peut se répandre dans tout le corps, entre la peau & les muscles ; car il y a toute apparence que l'air forme l'enflure, comme dans la grenouille.

Quoique le caméléon qui a été observé, parût fort maigre lorsqu'il étoit desenflé, on ne pouvoit cependant pas sentir le battement du coeur. La peau étoit froide au toucher, inégale, relevée par de petites bosses comme le chagrin, & cependant assez douce, parce que les grains étoient polis : ceux qui couvroient les bras, les jambes, le ventre, & la queue, avoient la grosseur de la tête d'une épingle ; ceux qui se trouvoient sur les épaules & sur la tête étoient un peu plus gros & de figure ovale. Il y en avoit sous la gorge de plus élevés & de pointus ; ils étoient rangés en forme de chapelet, depuis la levre inférieure jusqu'à la poitrine. Les grains du dos & de la tête étoient rassemblés au nombre de deux, trois, quatre, cinq, six, & sept ; les intervalles qui se trouvoient entre ces petits amas, étoient parsemés de grains presqu'imperceptibles.

Lorsque le caméléon avoit été à l'ombre & en repos depuis longtems, la couleur de tous les grains de sa peau étoit d'un gris bleuâtre, excepté le dessous des pattes qui étoit d'un blanc un peu jaunâtre ; & les intervalles entre les amas de grains du dos & de la tête étoient d'un rouge pâle & jaunâtre, de même que le fond de la peau.

La couleur grise du caméléon changeoit lorsqu'il étoit exposé au soleil. Tous les endroits qui en étoient éclairés prenoient, au lieu de leur gris bleuâtre, un gris plus brun & tirant sur la minime ; le reste de la peau changeoit son gris en plusieurs couleurs éclatantes, qui formoient des taches de la grandeur de la moitié du doigt ; quelques-unes descendoient depuis la crête de l'épine jusqu'à la moitié du dos ; il y en avoit d'autres sur les côtés, sur les bras : & sur la queue ; leur couleur étoit isabelle, par le mélange d'un jaune pâle dont les grains se coloroient, & d'un rouge clair qui étoit la couleur du fond de la peau entre les grains. Le reste de cette peau, qui n'étoit pas exposée au soleil & qui étoit demeurée d'un gris plus pâle qu'à l'ordinaire, ressembloit aux draps mêlés de laines de plusieurs couleurs ; car on voyoit quelques-uns des grains d'un gris un peu verdâtre, d'autres d'un gris minime, d'autres d'un gris bleuâtre qu'ils ont d'ordinaire ; le fond demeuroit rouge comme auparavant. Lorsque le caméléon ne fut plus exposé au soleil, la premiere couleur grise revint peu-à-peu sur tout le corps, excepté le dessous des piés qui conserva sa premiére couleur, avec quelque teinte de brun de plus. Lorsqu'on le toucha, il parut incontinent sur les épaules & sur les jambes de devant plusieurs taches fort noires de la grandeur de l'ongle ; quelquefois il devenoit tout marqueté de taches brunes qui tiroient sur le verd. Après avoir été enveloppé dans un linge pendant deux ou trois minutes, il devint blanchâtre, ou plûtôt d'une couleur grise fort pâle, qu'il perdit insensiblement quelque tems après. Cette expérience ne réussit qu'une seule fois, quoiqu'elle fût répétée plusieurs fois en différens jours, on la tenta aussi sur d'autres couleurs, mais l'animal ne les prit pas. On pourroit croire qu'il ne pâlit dans le linge blanc, que parce qu'il s'y trouva dans l'obscurité, & parce que le linge étoit froid de même que l'air, qui se trouva plus froid le jour de cette expérience, qu'il ne le fut les autres jours où on la répéta.

La tête de ce caméléon étoit assez semblable à celle d'un poisson, parce qu'il avoit le cou fort court, & recouvert par les côtés, de deux avances cartilagineuses assez ressemblantes aux oüies des poissons. Il y avoit sur le sommet de la tête une crête élevée & droite ; deux autres au-dessus des yeux, contournées comme une S couchée ; & entre ces trois crêtes deux cavités le long du dessus de la tête. Le museau formoit une pointe obtuse, & la mâchoire de dessous étoit plus avancée que celle de dessus. On voyoit sur le bout du museau, un trou de chaque côté pour les narines, & il y a apparence que ces trous servent aussi pour l'oüie. Les mâchoires étoient garnies de dents, ou plûtôt c'étoit un os dentelé, qui n'a pas paru servir à aucune mastication ; parce que l'animal avaloit les mouches & les autres insectes qu'il prenoit, sans les mâcher. La bouche étoit fendue de deux lignes au-delà de l'ouverture des mâchoires, & cette continuation de fente descendoit obliquement en-bas.

Le thorax étoit fort étendu en comparaison du ventre. Les quatre piés étoient pareils, ou s'il y avoit quelque différence, c'est que ceux de devant étoient pliés en-arriere, & ceux de derriere en-devant ; desorte que l'on pourroit dire que ce sont quatre bras qui ont leur coude en-dedans, y ayant dans chacun l'os du bras & les deux os de l'avant-bras. Les quatre pattes étoient composées chacune de cinq doigts, & ressembloient plûtôt à des mains qu'à des piés. Elles étoient néanmoins aussi larges l'une que l'autre ; les doigts, qui étoient deux à deux, étant plus gros que ceux qui étoient trois à trois. Ces doigts étoient enfermés ensemble sous une même peau, comme dans une mitaine, & n'étoient point séparés l'un de l'autre, mais paroissoient seulement à travers la peau. La disposition de ces pattes étoit différente, en ce que celles de devant avoient deux doigts en-dehors & trois en-dedans ; au contraire de celles de derriere, qui en avoient trois en-dehors & deux en-dedans.

Avec ces pattes il empoignoit les petites branches des arbres, de même que le perroquet, qui pour se percher partage ses doigts autrement que la plûpart des autres oiseaux, qui en mettent toûjours trois devant & un derriere ; au lieu que le perroquet en met deux derriere de même que devant.

Les ongles étoient un peu crochus, fort pointus, & d'un jaune pâle, & ils ne sortoient que de la moitié hors la peau ; l'autre moitié étoit cachée & enfermée dessous : ils avoient en tout deux lignes & demie de long.

Le caméléon marchoit plus lentement qu'une tortue, quoique ses jambes fussent plus longues & moins embarrassées. On a crû que les animaux de cette espece pourroient aller plus vîte, & on a soupçonné que c'est la timidité qui les arrête. La queue de celui qui a été observé, ressembloit assez à une vipere ou à la queue d'un grand rat, lorsqu'elle étoit gonflée ; autrement elle prenoit la forme des vertebres sur lesquelles la peau est appliquée. Lorsque l'animal étoit sur des arbres, il entortilloit sa queue autour des branches ; & lorsqu'il marchoit, il la tenoit parallele au plan sur lequel il étoit posé, & il ne la laissoit traîner par terre que rarement.

On l'a vû prendre des mouches & autres insectes avec sa longue langue. On a trouvé ces mêmes mouches & des vers dans l'estomac & les intestins : il est vrai qu'il les rendoit presqu'aussi entiers qu'il les avoit pris ; mais on sait que cela arrive à d'autres animaux qui n'ont jamais été soupçonnés de vivre d'air, comme le caméléon. Ce préjugé n'est pas mieux fondé que celui qui a rapport au changement de couleurs, qu'on a dit lui arriver par l'attouchement des différentes choses dont il approche. Mém. de l'acad. royale des Sciences, tome III. part. j. pag. 35. & suiv. Voyez QUADRUPEDE. (I)


CAMÉLÉOPARDvoyez GIRAFFE.


CAMELFORD(Géog.) ville d'Angleterre, dans la province de Cornouailles.


CAMELOTS. m. (Draperie) étoffe non croisée qui se fabrique, comme la toile ou comme l'étamine, sur un métier à deux marches. Il y en a de différentes longueurs & largeurs, & de toutes couleurs. On en distingue de plusieurs sortes, entre lesquels les uns sont tout poil de chevre ; d'autres ont la trame poil, & la chaîne moitié poil & moitié soie ; de troisiemes qui sont tout laine ; & de quatriemes où la chaîne est fil & la trame est laine. Tous ces camelots prennent différens noms, selon la façon ; il y en a de teints en fil & de teints en piece. On appelle teints en fil, ceux dont le fil, tant de chaîne que de trame, a été teint avant que d'être employé ; & teint en piece, ceux qui vont à la teinture au sortir du métier. Il y en a de jaspés, de gaufrés, d'ondés, de rayés, &c. On en fait des habits, des meubles, des ornemens d'église, &c. Il s'en fabrique particulierement en Flandre, en Artois, en Picardie ; on en tire aussi de Bruxelles, de Hollande & d'Angleterre, qui sont estimés. Il en vient du Levant. On en fait de soie, cramoisis, incarnats, violets, &c. mais ce sont des taffetas & des étoffes tabisées, qu'on fait passer pour des camelots.

Comme cette étoffe est d'un grand usage, le conseil a pris des précautions pour que la fabrication en fût bonne. Il a ordonné que les camelots de grain tout laine auroient la chaîne de quarante-deux portées, & chaque portée ou buhot, de vingt fils avec demi-aune demi-quart de largeur entre les lisieres, & trente-six aunes de longueur : que ceux à deux fils de soie auroient quarante-deux portées, & vingt-six ou vingt-huit fils à chaque portée, avec même longueur & largeur que les précédents : que les camelots superfins auroient la chaîne de poil de chevre filé, avec deux fils de soie ; quarante-deux portées à trente-six fils chacune, la trame double, de fil de turcoin, ou de poil de chevre filé, avec même longueur & largeur que ci-dessus : enfin que les rayés & unis, tout laine, auroient trente-trois portées, & douze fils à chacune, sur demi-aune de largeur entre les lisieres, & vingt-une aune de longueur pour revenir à vingt-une. Voyez les reglemens de 1699.

Les camelots ondés ont pris cette façon à la calendre, de même que les gaufres à la gaufrerie. Voyez CALENDRE & GAUFRER. Les camelots à eau ont reçû une eau d'apprêt, qui les a disposés à se lustrer sous la presse à chaud.

Il faut être fort attentif à ne point laisser prendre de mauvais plis au camelot, parce qu'on auroit beaucoup de peine à les lui ôter. Voyez PORTEE, BUHOT, CHAINE, TRAME ; & à l'article DRAPERIE, la fabrication & la différence de toutes ces étoffes.


CAMELOTERv. neut. c'est travailler un ouvrage de tissu, comme on travaille le camelot. Il y a des étamines camelotées à gros grain & à petit grain.


CAMELOTINES. f. (Draperie) petite étoffe faite de poil & de fleuret, à la maniere des camelots. Elle est passée de mode : il y en avoit de différentes largeurs.


CAMELOTTES. f. reliûre à la camelotte. Ces reliûres sont d'usage pour les livres d'un très modique prix, comme les livres des plus basses classes, ou de prieres, à très-bon marché. La camelotte consiste à coudre un livre à deux nerfs seulement : après qu'on a marqué les endroits de la couture avec la greque, on les passe en carton grossier, mais mince ; on les endosse sans mettre des ais entre les volumes, & on ne met que du papier sur le dos, & le reste se finit grossierement.


CAMEN(Géog.) petite ville d'Allemagne dans le comté de la Marck, en Westphalie.


CAMENEC(Géog.) ville de Pologne au grand duché de Lithuanie, dans le palatinat de Briescia.


CAMENTou CAMENITZ, (Géog.) ville d'Allemagne dans la Lusace, sur l'Elster.


CAMERA(LA TORRE DE) Géog. petite ville d'Afrique en Barbarie, au royaume de Barca.


CAMERAN(Géogr.) île d'Afrique dépendante de l'Abyssinie, dans la mer Rouge.


CAMERARIAsub. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante dont le nom a été dérivé de celui de Joachim Camerarius, medecin de Nuremberg. La fleur des plantes de ce genre est monopétale, faite en forme de tuyau & de soûcoupe découpée. Il s'éleve du calice un pistil qui est attaché au bas de la fleur comme un clou, & qui devient dans la suite un fruit ordinairement double, siliqueux, bordé, qui s'ouvre longitudinalement, & qui renferme des semences oblongues, ailées & disposées par écailles. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez PLANTE. (I)


CAMERINO(Géogr.) petite ville d'Italie dans l'état de l'Eglise, proche de l'Apennin, sur la riviere de Chiento. Long. 30. 42. lat. 43. 5.


CAMERLINGUES. m. (Hist. civil. & ecclés.) Ce nom, selon M. Ducange, a été autrefois employé pour signifier un thrésorier du pape & de l'empereur. Il vient de l'allemand kammer-ling, qui signifie chambrier, ou maître de la chambre, ou trésorier ; & dans une charte de l'empereur Lothaire, on trouve un Berthold qui exerçoit la charge de thrésorier, appellé camerling.

Aujourd'hui ce nom n'est plus en usage qu'à Rome, où par camerlingue on entend le cardinal qui régit l'état de l'Eglise & administre la justice. C'est l'officier le plus éminent de cette cour, parce qu'il est à la tête des finances. Pendant la vacance du saint siége il fait battre monnoie, marche en cavalcade accompagné des suisses de la garde & autres officiers, & fait publier des édits. Le cardinal camerlingue a sous lui un thrésorier général, un auditeur genéral, & est président d'une chambre ou bureau des finances, composée de douze prélats qu'on nomme clercs de la chambre. Le cardinal Annibal Albani, neveu de Clément XI. est aujourd'hui camerlingue du saint siége. (G)


CAMERON(Géogr.) petite ville d'Allemagne dans la Poméranie, au duché de Stettin.


CAMERONIENSS. m. pl. (Hist. ecclés.) On appelloit de ce nom en Ecosse dans le xvij. siecle, une secte qui avoit pour chef un nommé Archibald Cameron, ministre presbytérien, qui ne vouloit pas recevoir la liberté de conscience que Charles II. roi d'Angleterre vouloit accorder aux presbytériens, parce que, selon lui, c'étoit reconnoître la suprématie du roi, & le regarder comme chef de l'Eglise. Ces Caméroniens, non contens d'avoir fait schisme avec les autres presbytériens, pousserent les choses si loin, qu'ils regarderent le roi Charles II. comme déchû de la couronne, & se révolterent ; mais on les réduisit en peu de tems ; & enfin en 1690, sous le regne de Guillaume III. ils se réunirent aux autres presbytériens. Mais en 1706 ils jugerent à propos d'exciter de nouveaux troubles dans l'église d'Ecosse, il s'en amassa un grand nombre en armes près d'Edimbourg ; mais ils furent dispersés par des troupes réglées qu'on envoya contr'eux. On prétend qu'ils ont une haine plus forte contre les presbytériens que contre les épiscopaux.


CAMHOFF(Géogr.) ville d'Allemagne dans la basse Baviere.


CAMILLES. m. (Hist. anc.) jeune garçon qui servoit à l'autel dans les sacrifices des Romains : sa fonction étoit de tenir le coffret d'encens & de parfums, appellé acerra ou le praefericulum. V. ACERRA & PRAEFERICULUM. Il falloit que ce desservant fût de bonne famille, & qu'il eût pere & mere vivans. A l'autel il étoit vétu de long ; sa robe étoit large, relevée par la ceinture, & descendant fort bas : il avoit sur la tête un ornement en pointe, du moins c'est ainsi qu'on le voit dans plusieurs antiques. On lui remarque dans quelques autres la tête découverte quand le sacrificateur l'a voilée, & la tête couverte quand le sacrificateur l'a nue : il seroit difficile d'en dire la raison. Le camille étoit de la célébration des mariages & des pompes publiques.


CAMIou CAMMIN, (Géog.) ville d'Allemagne dans la Poméranie ultérieure, proche de la mer Baltique, à l'embouchure de l'Oder. Long. 32. 45. lat. 54. 4.


CAMINHA(Géog.) ville forte du Portugal, avec titre de duché. Long. 9. 5. lat. 41. 44.


CAMINIETZ(Géogr.) petite ville de Pologne sur la riviere de Bug, dans la province de Mazovie.


CAMINIZI(Géog.) ville & forteresse d'Asie, sur la mer Noire.


CAMIONS. m. (ouvrage de Charron) c'est une espece de petite voiture ou petit haquet monté sur quatre petites roues faites d'un seul morceau de bois chacune, sur laquelle on traîne des fardeaux pesans & difficiles à manier. Le camion est à l'usage de plusieurs ouvriers.

CAMION est, parmi les Epingliers, la plus petite de toutes les especes d'épingles ; elle ne sert guere que pour attacher les coëffures & les autres ornemens des femmes.


CAMISS. m. pl. (Hist. mod.) idole qu'adorent les Japonois, & principalement les bonzes ou ministres de la secte de Xenxus. Ces idoles représentent les plus illustres seigneurs du Japon, à qui les bonzes font bâtir de magnifiques temples, comme à des dieux, qu'ils invoquent pour obtenir la santé du corps & la victoire sur leurs ennemis. (G)


CAMISADES. f. terme de Guerre, qui signifie une attaque par surprise, de nuit ou de grand matin, lorsqu'on suppose que l'ennemi est couché.

Ce terme vient du mot chemise, qu'en quelques provinces on prononce camise. Cette sorte d'attaque s'appelloit camisade, parce que les soldats qui attaquoient, mettoient leur chemise par-dessus leurs armes, pour se reconnoître plus aisément dans la mêlée. (Q)


CAMISARDou CAMISARS, sub. m. pl. (Hist. mod.) est un nom qu'on a donné en France aux calvinistes des Cevennes, qui se liguerent & prirent les armes pour la défense du Calvinisme en 1688.

On ne convient pas sur l'étymologie de ce mot : quelques uns le font venir de camisade, parce que leurs attaques & leurs incursions furent subites & inattendues : d'autres le font venir de camise, qui en quelques provinces de France se dit pour chemise ; parce qu'ils alloient dans les maisons prendre de la toile pour se faire des chemises, ou parce qu'ils portoient des habillemens faits comme des chemises : d'autres le font venir de camis, un grand chemin ; parce que les routes publiques étoient infestées de Camisards.

On donna encore le même nom aux fanatiques, qui, au commencement de ce siecle, se révolterent & commirent beaucoup de desordres dans les Cevennes. Ils furent enfin réduits & dissipés par la bravoure & la prudence du maréchal de Villars. (G)


CAMISSANO(Géog.) ville d'Italie dans le Vicentin, sur les frontieres du Padouan, aux Vénitiens.


CAMMALAMMA(Géog.) ville d'Asie dans l'île de Ternate, dont elle est la capitale.


CAMMANAH(Géog.) petite province d'Afrique dans la Guinée, sur la côte d'Or.


CAMMES. f. c'est ainsi qu'on nomme dans les grosses forges & dans plusieurs autres usines, des éminences pratiquées à la surface d'un arbre, qui tournant sur lui-même par le moyen d'une grande roue & d'une chûte d'eau, fait lever ou des pilons ou des soufflets, auxquels on a pratiqué d'autres éminences que les cammes rencontrent.


CAMMONIA(Hist. nat. bot.) c'est une plante des Indes orientales, dont il y a plusieurs especes différentes. Elle croît à la hauteur de dix à douze piés ; ses feuilles ressemblent assez à celles du bouis, hormis qu'elles sont un peu plus grandes. Elle fleurit quatre fois par année ; ses fleurs sont blanches comme de la neige ; ressemblent à celles du jasmin, & ont une odeur pour le moins aussi gracieuse que la sienne, & qui se répand au loin ; ses branches ou rameaux se remplissent de fleurs qui sont monopétales, & qui se forment en grappes comme des raisins.


CAMOMILLES. f. (Hist. nat. bot.) chamaemelum genre de plante à fleur ordinairement radiée, dont le disque est un amas de fleurons, & dont la couronne est formée par des demi-fleurons portés sur des embryons, & soûtenus par un calice écailleux. Les embryons deviennent dans la suite des semences attachées à la couche : ajoûtez au caractere de ce genre le port de la plante, & principalement ses feuilles, qui sont découpées en petites parties. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

On l'employe sur les plates-bandes : il ne s'agit que de l'exposer au grand chaud, & que de lui choisir des lieux sablonneux. Elle vient de graine ou de plant en racine, & fleurit en été. (K)

La camomille appellée chamaemelum vulgare, leucanthemum Dioscoridis, C. B. P. 135. chamomilla romana offic. Buxb. est d'usage en Medecine : elle est amere, aromatique, & rougit beaucoup le papier bleu. Elle contient du sel ammoniac chargé de beaucoup d'acide, & enveloppé d'une grande quantité de soufre & de terre. Elle est apéritive, diurétique, adoucissante, fébrifuge.

Les fleurs, dès le tems de Dioscoride, servoient dans les fievres intermittentes. Riviere & Morthon l'employent de même ; & c'est encore à-présent le fébrifuge ordinaire des Irlandois & des Ecossois.

L'infusion de ses sommités & de mélilot, soulage dans la colique néphrétique & dans la rétention d'urine : elle appaise les grandes tranchées qui surviennent après l'accouchement.

Simon Pauli loue le vin de camomille dans la pleurésie, & les fomentations de la décoction faites en même tems sur le côté.

Elle est bonne en lavement & en bain : on en fait des cataplasmes, lorsqu'il est question d'adoucir & résoudre, comme dans la sciatique, dans les hémorrhoïdes.

L'huile de camomille faite par l'infusion de la plante, est bonne contre les douleurs de rhûmatisme : on la mêle avec parties égales d'huile de millepertuis & d'esprit-de-vin camphré ; on en fait un liniment sur la partie malade, que l'on couvre d'un linge bien chaud plié en quatre.

La camomille fétide est d'un usage moins étendu. Voyez MAROUTE.

On trouve dans les boutiques l'eau distillée, simple & composée de camomille ; l'huile distillée, & l'huile par infusion. (N)


CAMONICA(Géog.) petit pays d'Italie dans le Brescian, appartenant aux Vénitiens.


CAMOUFLETS. m. Donner un camouflet, dans l'Art militaire, c'est chercher à étouffer ou écraser le mineur ennemi dans sa galerie.

Le camouflet se donne de différentes façons, suivant la distance de l'éloignement & de la ligne de moindre résistance. Voici la plus commune.

Si le mineur est bien voisin, on se sert pour lui donner le camouflet d'une bombe de douze pouces chargée avec sa fusée. On la loge dans un trou du côté du parvis opposé au mineur qu'on veut étouffer ; on regarnit le trou ; on le couvre d'un ou de plusieurs bouts de madriers que l'on arcboute bien solidement contre le côté opposé ; on remplit le bout du rameau ou de la galerie, que l'on arcboute encore à proportion de la résistance qu'elle doit faire. Avant de faire cette opération, on met le saucisson avec son auget, qui commence à la fusée jusqu'à la sortie de l'étançonnement, de la même maniere qu'on en use pour mettre le feu au fourneau, ou à la chambre des mines. On met le feu au saucisson, & le mineur ennemi se trouve étouffé par le renversement des terres, le manque d'air, & la fumée dont il est accablé. Voyez MINE. (Q)


CAMPS. m. dans l'Art militaire, est l'espace ou le terrein occupé par une armée pour son logement en campagne.

" Ce qui caractérise le camp, & qui en détermine le nom suivant nos usages, ce sont les tentes que les officiers & les soldats ont avec eux ; pour s'en servir au lieu de maisons.

Les tentes sont des pieces de toiles ou de coutil préparées & accommodées, pour être soûtenues en l'air avec des cordes, des piquets, & de petites pieces de bois ou gros bâtons.

Il est aisé de comprendre que ces tentes doivent être placées d'une maniere déterminée, qui convienne à la commodité de ceux qui habitent le camp, & aux précautions nécessaires pour le défendre : ces précautions, & tout ce qui concerne la sûreté du camp, font le principal objet ou la base de sa disposition.

Les conséquences tirées de ce principe, ont été différentes suivant les tems. Les anciens resserroient le campement de leurs troupes, & ils formoient un retranchement tout-autour, qui étoit presque toûjours quarré chez les Romains. Les Turcs, & quelques autres nations de l'Asie, qui font la guerre le plus souvent dans des pays de plaines entierement découvertes, entourent leur camp d'une enceinte formée par leurs chariots & autres bagages.

La pratique présente des nations de l'Europe est toute différente. On fait consister la sûreté du camp à la facilité qu'on procure aux cavaliers & aux soldats de se rassembler devant leurs tentes, pour s'y mettre en état de se défendre contre l'ennemi, & le combattre.

C'est pourquoi l'ordre de bataille fixé par le général, devant être regardé comme la meilleure disposition dans laquelle l'armée puisse combattre, il s'ensuit que les troupes doivent camper de maniere à se rassembler dans cet ordre lorsqu'il en est besoin, & que le terrein le permet.

Ainsi c'est l'ordre de bataille qui doit décider absolument celui du campement ; ce qui est conforme à ce que M. le marquis de Santa-Crux observe à ce sujet, en disant : que la bonne regle exige de camper selon l'ordre qu'on marche, & de marcher selon l'ordre dans lequel on doit combattre.

Les troupes étant destinées à combattre par division de bataillons & d'escadrons, elles doivent donc camper dans le même ordre, & être arrangées dans le Camp de la même maniere qu'elles le sont dans l'ordre de bataille.

D'où il suit : que l'étendue de droite à gauche des camps particuliers des bataillons & des escadrons, doit être égale au front que ces troupes occupent en bataille, & qu'il doit y avoir entre ces camps des intervalles aussi égaux à ceux qu'on met alors entre les mêmes troupes.

Par cette disposition, l'étendue du front de tout le camp de droite à gauche, est égale au front de l'ordre de bataille ; & l'armée étant en bataille à la tête de ce front, chaque bataillon & chaque escadron peut faire tendre son camp derriere lui ; ce qui étant fait, toutes les troupes peuvent entrer ensemble dans leur camp, s'y placer presqu'en un moment, & en sortir de même, s'il en est besoin, pour combattre.

Si le camp a un front plus grand que celui de l'armée en bataille, les troupes, en se formant à la tête du camp, laisseront de grands intervalles entr'elles si elles veulent le couvrir ; si au contraire le front du camp est plus petit, les troupes n'auront pas l'espace nécessaire pour se former en-avant avec les distances prescrites par le général. D'où l'on voit que pour éviter ces deux inconvéniens, il faut que le front du camp se trouve sensiblement égal à celui de l'armée rangée en bataille, & pour cela que le camp particulier de chaque troupe joint à l'intervalle qui le sépare du camp voisin, ait un front égal à celui de la même troupe & de son intervalle en bataille. C'est aussi ce que prescrit M. le maréchal de Puysegur, qui dit dans son livre de l'art de la guerre : que la premiere regle à observer pour asseoir un camp, est de lui donner au moins la même étendue que les troupes occupent en bataille ; parce qu'il faut qu'elles puissent être mises promtement & en tout tems en ordre pour combattre.

Remarque sur les intervalles qu'on doit laisser entre les camps de différentes troupes de l'armée. Il n'y a rien de déterminé, ni dans l'usage, ni dans les auteurs militaires, sur la largeur des espaces qui doivent séparer les corps particuliers de l'armée.

M. de Bombelles dit dans son livre sur le service journalier de l'infanterie, que cette détermination ne se peut faire avec précision, parce que l'étendue du front du camp de chaque bataillon, dépend de l'espace dans lequel le général veut faire camper son armée. Il suppose cependant qu'en terrein ordinaire on peut donner cent vingt pas au front d'un bataillon, y compris celui de son intervalle ; comme il suppose aussi que le camp de ce bataillon doit occuper quatre-vingt-dix pas : d'où il s'ensuit que selon cet officier général, trente pas font un espace suffisant pour l'intervalle des bataillons dans le camp.

D'autres auteurs ne donnent point d'intervalles entre tous les camps des bataillons de l'armée ; ils prescrivent seulement de séparer les camps des régimens par un espace de trente pas : mais ils n'appuient ce principe d'aucune raison ; ensorte qu'il paroit que leur intention à cet égard est uniquement de diviser le camp par régimens. Quoique cette division soit celle qui paroisse la plus conforme à l'usage présent, on ne peut néanmoins la regarder ni comme générale, ni comme ayant toûjours été observée. M. Rozand lieutenant colonel, & ingénieur dans les troupes de Baviere, qui a donné en 1733 un très bon traité de Fortification, prétend dans cet ouvrage, qu'il a toûjours vû donner dans les camps, quarante ou cinquante pas de cheval par escadron, & pareille distance pour l'espace ou l'intervalle des camps particuliers de chacune de ses troupes ; qu'il a vû donner de même cent pas de cheval pour le front du camp de chaque bataillon, & autant pour son intervalle. Cette pratique qui est conforme aux principes ci-devant établis, peut être regardée comme une regle invariable, si le général veut combattre avec des intervalles égaux aux fronts des différentes troupes de son armée : mais quel que soit le parti qu'il prenne à cet égard, le camp particulier de chaque troupe, joint à son intervalle, doit toûjours répondre sensiblement au front & à l'intervalle des troupes en bataille, au moins si on veut observer quelque regle dans la détermination du front du camp.

Il suit des principes qui ont été exposés sur l'étendue ou le front du camp, qu'il doit toûjours y avoir devant tous les corps des bataillons & des escadrons, un terrein libre où l'armée puisse se mettre en bataille.

C'est pourquoi si l'on est obligé de camper dans des lieux embarrassés, la premiere chose à laquelle on doit veiller, c'est de faire accommoder le terrein de maniere que les troupes qui l'occupent, puissent communiquer aisément entr'elles, & se mouvoir sans aucun obstacle.

L'ordre de bataille étant ordinairement dirigé du côté de l'ennemi par une ligne droite, le camp est déterminé du même côté & par une même ligne lorsque le terrein le permet. On place sur cette ligne, ou plûtôt quelques pas en-avant, les drapeaux & les étendards des troupes : on lui donne par cette raison le nom de front de bandiere, vieux mot françois qui signifie banniere, & en général tout signe ou enseigne militaire. C'est la principale ligne, ou, pour s'exprimer en terme de Fortification, la ligne magistrale du camp ; à laquelle toutes les autres se rapportent.

Après avoir expliqué les principes qui peuvent servir à déterminer le front de bandiere du camp, il s'agit de dire un mot de sa profondeur.

Elle est déterminée par celle des camps des bataillons & des escadrons, qu'on peut évaluer à quatre-vingt toises. Il faut observer que la seconde ligne doit avoir un terrein devant elle assez grand pour se mettre en bataille, sans que les dernieres tentes de la premiere ligne anticipent sur le terrein.

L'éloignement de la tête du camp ou du front de bandiere de la premiere ligne à celui de la seconde, est assez ordinairement de trois ou quatre cent pas, c'est-à-dire de cent cinquante ou deux cent toises : on donne même à cet intervalle jusqu'à cinq cent pas ou deux cent cinquante toises, si le terrein est assez spacieux pour cela ; mais cette distance ne peut être moindre que deux cent pas, autrement la queue des camps de la premiére ligne s'étendroit jusqu'à la tête du camp de la seconde.

Il est très utile en cas d'attaque, que non-seulement le camp de la premiere ligne ait assez de terrein libre en-avant, pour que cette ligne puisse s'y porter aisément s'il en est besoin, ainsi qu'on l'a déjà dit, mais encore pour que la seconde ligne, passant par les intervalles du camp de la premiere, puisse venir se former derriere cette premiere à une distance convenable pour la soûtenir. C'est pourquoi toutes les fois qu'on peut procurer cet avantage au camp, on ne doit jamais le négliger, surtout lorsqu'on est dans un camp à portée de l'ennemi.

Il arrive quelquefois qu'on fait un retranchement devant tout le front du camp : alors il ne doit y avoir aucun obstacle qui empêche les troupes de communiquer librement du camp au retranchement.

Dans les pays tels que la Hongrie & les provinces voisines du Danube, où les Allemands font la guerre aux Turcs, tous les officiers généralement se servent de tentes : mais dans la Flandre, l'Allemagne, l'Italie, &c. où l'on a coûtume de faire la guerre, & où il se trouve beaucoup de villages & de maisons, on s'en sert pour le logement des officiers généraux, c'est-à-dire pour celui des lieutenans-généraux & des maréchaux de camp. Les fourriers de l'armée leur font marquer à chacun une maison dans les villages qui se trouvent renfermés dans le camp. Les brigadiers mêmes peuvent, suivant les ordonnances militaires, se loger dans une maison, s'il s'en trouve à la queue de leur brigade : mais les colonels & les autres officiers inférieurs doivent nécessairement camper à la queue de leurs troupes, selon les mêmes ordonnances.

On a soin que les officiers généraux soient campés ou logés à côté des troupes ou des parties de l'armée qu'ils commandent : ainsi ceux qui commandent à la droite ou à la gauche de l'armée, occupent les villages qui se trouvent dans ces parties, & les autres ceux qui sont vers le centre ; lorsque ces villages ne seront pas suffisamment couverts ou regardés par les troupes du camp, on fait camper pour la sûreté des officiers qui y sont logés, des corps de troupes qui mettent ces lieux à l'abri de toute insulte. Essai sur la castramétation, par M. le Blond.

CAMP RETRANCHE, c'est un espace fortifié pour y renfermer un corps de troupes & le mettre à couvert des entreprises d'un ennemi supérieur : les camps retranchés se construisent ordinairement dans les environs d'une place dont le canon peut servir à leur défense ; & ils ont particulierement pour objet de couvrir & de protéger une place dont la fortification ne permettoit pas une longue résistance.

Le retranchement dont les camps retranchés sont entourés, ne consiste guere que dans un fossé, & un parapet flanqué de quelques redans ou de bastions. Les troupes sont campées environ à cent vingt toises du retranchement. Voyez Planc. XII. de l'art milit. une partie d'un camp retranché dans un terrein inégal.

C'est des Turcs, dit M. le Marquis de Feuquieres, que nous avons l'usage des camps retranchés, sous le nom de palanques. Cet usage est fort bon quand il est judicieusement pris, & j'approuve la pensée que M. de Vauban a eue d'en construire sous quelques-unes des places du Roi : mais il ne faut pas pour cela en faire sous toutes les places qui seroient susceptibles d'une pareille protection, parce qu'on ne pourroit pas les garnir suffisamment de troupes, & qu'ainsi ces camps retranchés seroient plus préjudiciables que profitables. Voici les cas où je les approuve.

Lorsque le prince a la guerre à soûtenir de plusieurs côtés de son état, que de quelques-uns de ces côtés il veut demeurer sur la défensive, & qu'à la tête de ce pays il y a une place dont la construction permet d'y placer un camp retranché ; le prince en peut ordonner la construction d'avance, afin qu'il soit bon, & que par-là l'ennemi soit forcé d'attaquer ce camp dans les formes, avant que de pouvoir assiéger la place.

Lorsqu'une ville est grande, & que son circuit n'a pû être fortifié régulierement à cause de la grande dépense, & que cependant sa conservation est nécessaire, on peut pour sa protection y placer un camp retranché lorsque sa situation la rend susceptible de le recevoir. Lorsqu'on ne veut garder qu'un petit corps à la tête d'un pays, soit pour empêcher les courses de l'ennemi, soit pour pénétrer dans le pays ennemi, on peut chercher la ville la plus commode pour les effets dont je viens de parler, & y construire un camp retranché, parce qu'il est plus aisé de se servir des troupes qui sont dans un camp retranché, que de celles qui sont logées dans une ville, dont le service ne sauroit être aussi promt que celui des troupes campées.

Lorsqu'on veut protéger une place dominée par des hauteurs, & qu'il s'en trouve quelques-unes où un camp retranché peut être placé de maniere que la communication de ce camp à la place ne puisse point être ôtée, qu'il éloigne la circonvallation, qu'il ne soit point dominé, & sous le feu du canon de l'ennemi, ou qu'il donne quelque liberté au secours qu'on pourroit introduire dans la place, ou une facilité à l'armée qui veut secourir, de s'approcher de ce camp ; on y peut faire un camp retranché.

Lorsqu'une place se trouve située sur une riviere, & qu'elle est du même côté par lequel l'ennemi la peut le plus favorablement aborder pour en former le siége, on peut encore en ce cas avoir un camp retranché de l'autre côté de la riviere, principalement si le terrein se trouve disposé de maniere que de cet autre côté de la riviere il se trouve une hauteur voisine dont l'occupation force l'ennemi à une circonvallation étendue de ce côté-là ; parce que cette grande circonvallation ainsi séparée & coupée par une riviere, rendra la place bien plus aisée à secourir.

On peut encore faire un camp retranché au-devant des fortifications d'une place, lorsqu'il peut être fait de maniere qu'il éloigne l'attaque, & que l'ennemi soit obligé à ouvrir une tranchée, & à prendre les mêmes établissemens contre ce camp retranché, que pour l'attaque même de la place ; & qu'après qu'il aura forcé les troupes qui sont dans ce camp à le lui abandonner, la terre qui y aura été remuée ne donnera pas des établissemens contre la place.

Enfin les camps retranchés sont d'un fort bon usage dans les especes dont je viens de parler, pourvû qu'ils soient bons, qu'ils ayent les épaisseurs convenables pour soûtenir les efforts de l'artillerie ennemie ; qu'ils soient protégés de la place qu'ils protegent ; qu'ils y tiennent, & que les flancs en soient en sûreté par la protection du canon de la place & des ouvrages, & sous le feu de la mousqueterie du chemin couvert ; sans quoi ils pourroient être dangereux à soûtenir avec trop d'opiniâtreté : lorsqu'on les veut soûtenir avec opiniâtreté, à cause de leur conséquence pour la durée d'un siége, l'on y peut faire un second retranchement intérieur, qui sera garni d'infanterie le jour qu'on craindra d'être attaqué de vive force, afin que le feu de cette infanterie facilite la retraite des troupes forcées, & contienne l'ennemi qui poursuivroit avec chaleur les troupes forcées jusque dans le chemin couvert de la place.

Tous les camps retranchés doivent être construits de maniere que les troupes qui y sont campées soient à couvert du feu du canon de l'ennemi : car il ne faut pas que par son artillerie il en puisse enfiler aucune partie : si cela étoit, le camp deviendroit fort difficile à soûtenir, trop peu tranquille, & trop coûteux.

Ce que j'ai dit jusqu'à présent des camps retranchés, ne regarde que ceux qui sont construits pour un corps d'infanterie, pour rendre une circonvallation plus difficile, pour éloigner l'attaque du corps de la place, & par conséquent augmenter la durée du siége. Il ne reste plus sur cette matiere qu'à dire quel est l'usage des camps retranchés pour y mettre aussi de la cavalerie.

L'usage de ces camps n'est que dans certains cas, qui regardent plûtôt la guerre de campagne que celle des siéges ; & voici quels ils sont.

Ou l'on veut dans les guerres offensives & défensives faire des courses dans le pays ennemi ; ou l'on veut empêcher que l'ennemi n'en fasse commodément, & ne pénetre le pays, ou l'on veut pouvoir mettre les convois en sûreté sous une place où il ne seroit pas commode de les faire entrer.

Dans tous ces cas l'on peut construire un camp retranché sous une place ; & pour lors il faut avoir plus d'attention à la commodité de la situation pour y entrer & en sortir facilement, & à son voisinage des eaux, qu'à sa force par rapport à la défense de la place. Ces camps sont toûjours de service, pourvû qu'ils soient hors d'insulte, gardés par un nombre d'infanterie suffisant, & assez étendus pour y camper commodément la cavalerie, & faire entrer & ressortir les charrois des convois sans embarras.

Voilà, ce me semble, tous les usages différens qu'on peut faire des camps retranchés : ils sont tous fort utiles : mais il ne faut pas pour cela avoir trop de ces camps retranchés : il doit suffire d'en avoir un bon sous une place principale sur une frontiere ; parce que leur garde consommeroit trop d'hommes, qui seroient de moins au corps de l'armée. Tout ceci est tiré des Mémoires de M. le marquis de Feuquieres.

CAMP VOLANT, est un petit corps d'armée composé de quatre, cinq ou six mille hommes, & quelquefois d'un plus grand nombre, d'infanterie & de cavalerie, qui tiennent continuellement la campagne, & qui font différens mouvemens pour empêcher les incursions de l'ennemi, ou pour faire échoüer leurs entreprises, intercepter les convois, fatiguer le pays voisin, & pour se jetter dans une place assiégée en cas de besoin. (Q)

CAMP PRETORIEN, (Hist. anc.) c'étoit chez les Romains une grande enceinte de bâtiment, qui renfermoit plusieurs habitations pour loger les soldats de la garde, comme pourroit être aujourd'hui l'hôtel des mousquetaires du Roi à Paris.

CAMP, (Commerce) Les Siamois, & quelques autres peuples des Indes orientales, appellent des camps les quartiers qu'ils assignent aux nations étrangeres qui viennent faire commerce chez eux : c'est dans ces camps, où chaque nation forme comme une ville particuliere, que se fait tout leur négoce ; & c'est là où non-seulement ils ont leurs magasins & leurs boutiques, mais aussi où ils demeurent, avec leur famille, & leurs facteurs & commissionnaires. Les Européens sont pourtant exempts à Siam, & presque par-tout ailleurs, de cette sujétion ; & il leur est libre de demeurer dans la ville ou dans les faubourgs, comme ils le jugent à-propos pour leur commerce. (G)


CAMPAGNA(Géog.) ville d'Italie au royaume de Naples, dans la principauté ultérieure. Long. 32. 47. lat. 41. 42.


CAMPAGNANO(Géog.) petite riviere d'Italie au royaume de Naples, dans la Calabre citérieure.


CAMPAGNES. f. en terme de Guerre, signifie l'espace de tems de chaque année que l'on peut tenir les troupes en corps d'armée.

Les Allemands commencent leur campagne fort tard, & attendent souvent jusqu'après la moisson : les François ouvrent la campagne de bonne heure ; ils la commencent quelquefois dès la fin de l'hyver ; & cette méthode leur est fort avantageuse. Ce qui doit décider de l'ouverture de la campagne, ce sont les moissons : il faut ou de grands magasins pour la nourriture des chevaux, ou que la terre soit en état de pourvoir à leur subsistance ; ce qui ne se peut guere que vers le milieu du mois de Mai. Voy. FOURRAGE (Q)

CAMPAGNE, (Marine) faire une campagne ; on entend sur mer par le mot de campagne, le tems que dure un armement, soit pour faire un voyage de long cours, soit le tems que dure une croisiere, ou celui qu'une armée navale peut tenir la mer. (Z)

CAMPAGNE, (Géog.) petite ville de France dans l'Armagnac, sur la Douze.

CAMPAGNE DE ROME, (la) Géog. province d'Italie bornée à l'oüest par la mer & le Tibre ; au sud & à l'est par la mer, l'Abruzze, & le pays de Labour ; & au nord par la Sabine.


CAMPANES. f. terme d'Architecture, du latin campana, cloche. On donne ce nom au corps du chapiteau corinthien & de celui du composite, parce qu'ils ressemblent à une cloche renversée : on l'appelle aussi vase ou tambour, & le rebord qui touche au tailloir se nomme levre.

CAMPANE, ornement de sculpture en maniere de crépines, d'où pendent des houpes en forme de clochettes pour un dais d'autel, de throne, de chaire à prêcher, comme la campane de bronze qui pend à la corniche composite du baldaquin de S. Pierre de Rome.

CAMPANE de comble, ce sont certains ornemens de plomb chantournés & évuidés qu'on met au bas du faîte d'un comble comme il s'en voit de dorés au château de Versailles.

CAMPANES, voyez GOUTTES. (P)

CAMPANE, ouvrage de Boutonnier ; c'est une espece de crépine ou de frange faite de fil d'or, d'argent, ou de soie, qui se termine par en-bas d'espace à autre par de petites houpes semblables à des clochettes ; ce qui leur a fait donner le nom de campane, qui vient du mot latin campana.

Quoique les marchands Merciers vendent dans leurs boutiques des houpes & campanes coulantes ou arrêtées, montées sur moules & bourrelets, noüées & à l'aiguille, il n'y a cependant que les maîtres Passementiers-Boutonniers qui ayent la faculté de les fabriquer, suivant l'article vingt-troisieme de leurs statuts du mois d'Avril 1653.

CAMPANE, tirage des soies ; c'est le nom que les Piémontois ont donné à une des roues principales de la machine à tirer les soies. Voyez à l'article SOIE, le tirage des soies.


CAMPANELLA(Philosophie de) Campanella étoit de Stilo, petite ville de la Calabre : il prit l'habit de S. Dominique à l'âge de treize ans. On l'accusa d'hérésie ; c'est pourquoi les juges de l'inquisition le tinrent en prison pendant vingt-cinq ans. Le pape Urbain VIII. obtint sa liberté. Il vint à Paris en 1634, & le cardinal de Richelieu, qui avoit une estime particuliere pour les savans, lui fit de grands biens. Il mourut à Paris en 1639, âgé de 71 ans, après une grande mélancholie, & un dégoût extraordinaire.

Campanella se croyoit fait pour donner à la Philosophie une face nouvelle : son esprit hardi & indépendant ne pouvoit plier sous l'autorité d'Aristote, ni de ses commentateurs. Il voulut donner le ton à son siecle ; & peut-être qu'il en seroit venu à bout, s'il n'eût fallu que de l'esprit & de l'imagination. On ne peut nier qu'il n'ait très-bien apperçû les défauts de la philosophie scholastique, & qu'il n'ait entrevû les moyens d'y remédier : mais son peu de jugement & de solidité le rendirent incapable de réussir dans ce grand projet. Ses ouvrages remplis de galimathias, fourmillent d'erreurs & d'absurdités : cependant il faut avoüer qu'il avoit quelquefois de bons intervalles ; & on peut dire de lui ce qu'Horace disoit d'Ennius :

Cum flueret lutulentus, erat quod tollere velles.

On assûre qu'il prétendoit connoître la pensée d'une personne, en se mettant dans la même situation qu'elle, & en disposant ses organes, à-peu-près de la même maniere que cette personne les avoit disposés. Ce sentiment devroit paroître bien singulier ; si on ne savoit qu'il n'est pas nécessaire, pour prendre plaisir à mettre au jour des choses extraordinaires, de les croire véritables ; mais qu'il suffit d'espérer que le peuple les regardera comme des prodiges, & que par leur moyen on passera soi-même pour un prodige.

Dialectique de Campanella. Pour mettre les lecteurs en état de se former une idée de l'esprit philosophique de Campanella, nous allons mettre ici ses sentimens.

1. La dialectique est l'art ou l'instrument du sage, qui lui enseigne à conduire sa raison dans les sciences.

2. La Logique se divise en trois parties, qui répondent aux trois actes de l'entendement, la conception, le jugement, & le raisonnement.

3. La définition n'est pas différente du terme : or les termes sont ou parfaits ou imparfaits.

4. Les termes sont les semences : & les définitions sont les principes des sciences.

5. La Logique naturelle est une espece de participation de l'intelligence de Dieu même, par laquelle nous sommes raisonnables : la Logique artificielle est l'art de diriger notre esprit par le moyen de certains préceptes.

6. Les termes sont les signes de nos idées.

7. Le genre est un terme qui exprime une similitude essentielle qui se trouve entre plusieurs êtres communs.

8. L'espece est un terme qui exprime une similitude essentielle entre plusieurs individus.

9. La différence est un terme qui divise le genre, & qui constitue l'espece.

10. La définition est un terme complexe, qui renferme le genre & la différence.

11. Le propre est un terme qui signifie l'état particulier des choses.

12. L'accident est un terme qui signifie ce qui n'est point essentiel à un être.

13. La premiere substance, qui est la base de tout, & qui ne se trouve dans aucun sujet, c'est l'espace qui reçoit tous les corps : en ce sens Dieu est une substance improprement dite.

14. La substance est un être fini, réel, subsistant par lui-même, parfait, & le premier sujet de tous les accidens.

15. La quantité, qui est le second prédicament, est la mesure intime de la substance matérielle ; & elle est de trois sortes ; le nombre, le poids, & la masse ou la mesure.

16. La division est la réduction d'un tout dans ses parties, soit qu'on regarde le tout comme intégral, ou comme quantitatif, ou comme essentiel, ou comme potentiel, ou comme universel.

17. Il y a plusieurs manieres de définir, parce qu'il y a plusieurs manieres d'agir.

18. Dieu ne peut point être défini, parce qu'il n'a qu'une différence négative.

19. La description est un discours qui indique l'essence d'une chose par des propriétés, par des effets, & par des similitudes.

20. Le nom est un terme qui signifie proprement l'essence des choses ; & le verbe est un terme qui signifie l'action des choses.

21. L'argumentation est l'action par laquelle l'esprit va de ce qui lui est connu à ce qui lui est inconnu, pour le connoître, le déclarer, & le prouver.

22. Les sens sont le fondement de toutes les sciences humaines.

23. Le syllogisme est composé de deux propositions, dans l'une desquelles se trouve le sujet de la conclusion, & dans l'autre l'attribut de la même conclusion.

24. L'induction est un argument qui conclut du dénombrement des parties au tout.

25. L'exposition est la preuve d'une proposition, par d'autres propositions plus claires & équipollentes.

26. L'enthimème est un syllogisme tronqué, dans lequel on sousentend ou la majeure ou la mineure.

27. La science consiste à connoître les choses par leurs causes.

Voilà ce qu'il y a de moins déraisonnable dans la Logique de Campanella : le lecteur est en état de juger s'il est ou plus clair ou plus méthodique qu'Aristote, & s'il a ouvert une route plus aisée & plus courte que cet ancien philosophe.

Physique de Campanella. 1. Les sens sont la base de la Physique : les connoissances qu'ils nous donnent sont certaines, parce qu'elles naissent de la présence même des objets.

2. L'essence d'une chose n'est point différente de son existence ; ce qui n'a point d'existence ne peut avoir d'essence.

3. Ce qui existe physiquement, existe dans un lieu.

4. Le lieu est la substance premiere : elle est spirituelle, immobile, & capable de recevoir tous les corps.

5. Il n'y a point de vuide, parce que tous les corps sentent, & qu'ils sont doüés du sens du tact : mais il est possible qu'il y ait du vuide par violence.

6. Le tems est la durée successive des êtres : c'est la mesure du mouvement, non pas réellement, mais seulement dans notre pensée.

7. Le tems peut mesurer le repos, & on peut le concevoir sans le mouvement ; il est composé de parties indivisibles d'une maniere sensible : mais l'imagination peut le diviser sans fin.

8. Il n'est point prouvé que le tems ait commencé : mais on peut croire qu'il a été fait avec l'espace.

9. Dieu mit la matiere au milieu de l'espace, & il lui donna deux principes actifs, savoir la chaleur & le froid.

10. Ces deux principes ont donné naissance à deux sortes de corps : la chaleur divisa la matiere & en fit les cieux : le froid la condensa, & en fit la terre.

11. Une chaleur violente divisa fort vîte une portion de matiere, & se répandit dans les lieux que nous appellons élevés : le froid fuyant son ennemie étendit les cieux, & sentant son impuissance, il réunit quelques-unes de ses parties, & il brilla dans ce que nous appellons étoiles.

12. La Lune est composée de parties qui ne brillent point par elles-mêmes, parce qu'elles sont engourdies par le froid de la terre ; au lieu que les cieux étant fort éloignés du globe terrestre, & n'en craignant point le froid, sont remplis d'une infinité d'étoiles.

13. Le Soleil renferme une chaleur si considérable, qu'il est en état de se défendre contre la terre.

14. Le Soleil tournant autour de la terre & la combattant, ou il en divise les parties, & voilà de l'air & des vapeurs ; ou il la dissout, & voilà de l'eau ; ou il la durcit, & il donne naissance aux pierres : s'il la dissout & la durcit en même tems, il fait naître des plantes ; s'il la dissout, la durcit, & la divise en même tems, il fait naître des animaux.

15. La matiere est invisible, & par conséquent noire.

16. Toutes les couleurs sont composées de ténébres, de la matiere, & de la lumiere du Soleil.

17. La lumiere est une blancheur vive : la blancheur approche fort de la lumiere ; ensuite viennent le rouge, l'orangé, le verd, le pourpre, &c.

18. Les cieux ne sont point sujets à la corruption, parce qu'ils sont composés de feu, qui n'admet point les corps étrangers, qui seuls donnent naissance à la pourriture.

19. Il y a deux élémens, savoir le Soleil & la terre qui engendrent toutes choses.

20. Les cometes sont composées de vapeurs subtiles, éclairées par la lumiere du Soleil.

21. L'air n'est point un élément, parce qu'il n'engendre rien, & qu'il est au contraire engendré par le Soleil ; il en est de même de l'eau.

22. La différence du mâle & de la femelle ne vient que de la différente intensité de la chaleur.

23. Nous sommes composés de trois substances, du corps, de l'esprit, & de l'ame. Le corps est l'organe ; l'esprit est le véhicule de l'ame ; & l'ame donne la vie au corps & à l'esprit.

Voilà une très-petite partie des principes & des opinions qu'on trouve dans les ouvrages de Campanella sur la Physique. Il est singulier qu'un homme qui se donnoit pour le restaurateur de la Philosophie, n'ait pas pris plus de soin de déguiser ses larcins. Il suffit d'avoir une connoissance médiocre des sentimens philosophiques des anciens & des modernes, pour reconnoître tout d'un coup les sources où Campanella a puisé la plûpart des idées que nous venons d'exposer. Je ne parle point ici des absurdités qui remplissent les ouvrages de notre dominiquain : sottise pour sottise, il me semble que les anciennes sont aussi bonnes que les modernes ; & il étoit assez inutile d'étourdir le monde savant par des projets de réforme, lorsqu'on n'avoit que des chimeres à proposer. Voyez ARISTOTELISME.

Comme le livre où Campanella donne du sentiment aux êtres les plus insensibles, fit beaucoup de bruit dans le tems, on sera peut-être bien-aise d'en voir ici l'extrait, d'autant plus que cet ouvrage est extrêmement rare. Il est intitulé de sensu rerum.

1. On ne donne point ce qu'on n'a point ; par conséquent tout ce qui est dans un effet, est aussi dans sa cause : or comme les animaux ont du sentiment, & que le sentiment ne sort point du néant, il faut conclure que les élémens qui sont les principes des animaux, ont aussi du sentiment ; donc le ciel & la terre sentent.

2. Le sentiment n'est pas seulement une passion : mais il est souvent accompagné d'un raisonnement si promt, qu'il n'est pas possible de s'en appercevoir.

3. Si le sentiment est une passion, & si les élémens & les êtres qui en sont composés ont des passions, tous les êtres ont donc du sentiment.

4. Sans le sentiment, le monde ne seroit qu'un chaos.

5. L'instinct est une impulsion de la nature, laquelle éprouve quelque sentiment : donc ceux qui prétendent que tous les êtres agissent par instinct, doivent par conséquent supposer qu'ils agissent par sentiment ; car ils accordent que tous les êtres naturels agissent pour une fin : il faut donc qu'ils la connoissent cette fin ; donc l'instinct est une impulsion qui suppose de la connoissance dans la nature.

6. Tous les êtres ont horreur du vuide ; donc ils ont du sentiment, & on peut regarder le monde comme un animal.

7. Il seroit ridicule de dire que le monde n'a point de sentiment, parce qu'il n'a ni piés ni mains, ni nez, ni oreilles, &c. Les mains du monde sont les rayons de lumiere ; ses yeux sont les étoiles, & ses piés ne sont autre chose que la figure ronde qui le rend propre au mouvement.

8. Il paroît par l'origine des animaux, que l'ame est un esprit subtil, chaud, mobile, propre à recevoir des passions, & par conséquent à sentir.

9. Tous les êtres ont une ame, comme on peut s'en convaincre par les choses qui naissent d'elles-mêmes, & qui ont toûjours quelque degré de chaleur.

10. Les choses les plus dures ont un peu de sentiment : les plantes en ont davantage, & les liqueurs encore plus. Le vent & l'air sentent facilement : mais la lumiere & la chaleur sont les êtres qui ont le plus de sentiment, &c.

En voilà assez, ce me semble, pour mettre le lecteur au fait des sentimens de Campanella ; nous finirons cet article en rapportant le jugement que Descartes portoit de cet auteur. " Il y a 16 ans (écrivoit-il au P. Mersenne) que j'ai lu le livre de sensu rerum de Campanella, avec quelques autres traités : mais j'avois trouvé dès-lors si peu de solidité dans ses écrits, que je n'en avois rien gardé dans ma mémoire. Je ne saurois maintenant en dire autre chose, sinon que ceux qui s'égarent en affectant de suivre des chemins extraordinaires, me paroissent beaucoup moins excusables que ceux qui ne s'égarent qu'en compagnie & en suivant les traces de beaucoup d'autres ". (C)


CAMPANULES. f. campanula, (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur monopétale, faite en forme de cloche, & découpée ; le calice devient un fruit membraneux partagé en trois loges ou plus, au milieu desquelles il y a un pivot chargé de trois placenta qui soûtiennent plusieurs semences menues, dans quelques especes, ovales, applaties, & pour ainsi dire entourées d'un anneau dans quelques autres. Ces semences s'échappent par un trou qui se trouve dans chaque loge. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

La campanule est vivace, & demande une terre à potager avec peu d'eau, beaucoup de Soleil, & une culture ordinaire ; elle fleurit en été, & se seme en Septembre & Octobre ; on la soûtient ordinairement par de petites baguettes.

Quelques Botanistes, comme Lemery, l'appellent gantelée ou gants notre-dame ; Bradley dans son calendrier des jardiniers l'appelle miroir de Venus. (P)

La campanula esculenta rapunculus officin. campanula radice esulentâ, flore caeruleo, Tournefort, Inst. III. est d'usage en Medecine. La semence en est bonne pour les yeux ; son suc est bon pour les maux d'oreille ; la racine se mange dans les salades du printems ; on prétend que prise avec du poivre long, elle fait venir le lait.

La gantelée est une autre campanule d'usage. Voyez GANTELEE.

La campanule jaune, bulbocodium vulgatius, J. B. est une espece de narcisse, dont la racine contient beaucoup d'huile & de sel essentiel ; elle est purgative & apéritive, à la dose de deux gros en infusion.

On prétend qu'elle ne vaut rien pour les nerfs ; mais qu'appliquée extérieurement, elle est bonne pour les brûlures, les blessures, & les hernies.

Clusius & Lobel prétendent que toutes les racines de toutes les especes de narcisse excitent le vomissement. (N)


CAMPECHEou S. FRANCISCO, (Géog.) ville de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, sur la côte orientale de la Baie de Campeche. Long. 287. lat. 19. 20.


CAMPEN(Géog.) ville forte des Provinces-unies des Pays-bas, dans la province d'Overissel. Long. 23. 28. lat. 52. 28.


CAMPERour uriner, (SE) Maréchallerie, est un signe de convalescence dans de certaines maladies où le cheval n'avoit pas la force de se mettre dans la situation ordinaire des chevaux qui urinent. (V)


CAMPERCHES. f. (Tapissier) barre de bois, ainsi appellée par les basse-lissiers ou ouvriers en tapisseries de basse-lisse, qui traverse leur métier d'une roine à l'autre, & qui soûtient les sautriaux où sont attachées les cordes des lames. Voyez BASSE-LISSE.


CAMPESTRou CAMPESTE, s. f. (Hist. anc.) c'étoit chez les Romains une espece de culotte, ou d'habillement semblable à ce qu'on appelloit autrefois parmi nous tonnelet, bas de soie tourné en rond, ou haut-de-chausses, tels qu'on en voit sur des tableaux du regne d'Henri II. Charles IX. Henri III. ou tels qu'en portent encore aujourd'hui les danseurs de corde. Cette partie de l'habillement que nos ancêtres avoient convertie en parure par sa forme, d'étoffe précieuse garnie de galons & de rubans, n'étoit chez les anciens qu'un tablier destiné à se couvrir dans les exercices du champ de Mars, & qui prenant depuis le nombril jusqu'au milieu des cuisses, laissoit tout le reste du corps à nud ; ou l'on en avoit de faits exprès comme des caleçons, ou on les formoit au besoin avec la tunique. (G)


CAMPHRES. m. (Hist. nat. bot. & Chimie) en latin camphora ou caphura. C'est une substance blanche, transparente, solide, seche, friable, très-volatile, très-inflammable, d'une odeur très-pénétrante, & d'un goût très-amer & piquant ; elle paroît être composée de beaucoup de phlogistique, d'une terre très-subtile & de fort peu d'eau.

Les arbres dont on tire le camphre se trouvent à la Chine & au Japon : mais les meilleurs sont ceux des îles de Borneo, de Sumatra & de Ceylan. Les relations ne s'accordent pas sur la maniere dont on s'y prend pour tirer le camphre ; l'opinion la plus commune, & peut-être la moins fondée, est qu'il découle naturellement de l'arbre comme une gomme, & qu'on le ramasse figé au pié de ces arbres. Il y a des gens qui prétendent que les Indiens pour l'obtenir, font des incisions aux arbres d'où il tombe en abondance. Suivant les Lettres curieuses & édifiantes, voici la méthode usitée à la Chine pour tirer le camphre. On se sert pour cela des nouvelles branches d'un arbre que les Chinois nomment Tchang, on les coupe en petits morceaux, on les met en macération pendant trois jours & trois nuits dans de l'eau de puits ; au bout de ce tems on les fait bouillir dans une marmite, en observant de remuer continuellement avec un petit bâton de bois de saule ; quand on voit qu'il s'attache à ce petit bâton une espece de gelée blanche, on passe la décoction, on en sépare toutes les saletés, on la verse dans un pot de terre vernissé, où on la laisse reposer pendant une nuit ; on trouve le lendemain que ce suc s'est coagulé & a formé une masse. Pour purifier cette premiere production, on prend de la terre grasse fort seche, on la réduit en poudre bien fine, on en met une couche dans un bassin de cuivre, & sur cette couche de terre, on en met une de camphre ; on continue à faire des couches de cette maniere jusqu'à ce qu'il y en ait quatre, & on couvre la derniere avec des feuilles de la plante poho, ou de pouliot. On couvre le bassin de cuivre ainsi garni, d'un dome ou autre bassin qui s'y adapte exactement ; on garnit les joints de terre grasse, on les met sur un feu qu'on a soin de rendre égal & reglé ; on prend garde qu'il ne se fasse ni fentes ni crevasses à l'enduit de terre qui sert à lutter les jointures des bassins, de peur que la partie spiritueuse du camphre ne vienne à s'échapper : lorsqu'on a donné un feu suffisant, on laisse refroidir les bassins, on les détache, & l'on trouve le camphre sublimé dans celui d'en haut ; en réitérant deux ou trois fois la même opération, on aura un camphre très-pur.

L'arbre dont les branches fournissent ce camphre a, suivant les mêmes relations, jusqu'à cent trois coudées de haut ; & sa grosseur est si prodigieuse, que vingt hommes peuvent à peine l'embrasser. Tout ce détail est une traduction fidele d'un livre chinois fort estimé dans le pays. Mais les Chinois donnent eux-mêmes la préférence au camphre de l'île de Borneo, qu'ils regardent comme fort supérieur au leur.

Selon d'autres relations du Japon, on suit la même méthode à peu de chose près qu'à la Chine. On prend les racines, les branches, & même les feuilles de l'arbre qui donne le camphre ; on les coupe en morceaux grossiers, on les met dans un bassin de fer, on verse de l'eau par dessus, & on y adapte un chapiteau à bec, garni de paille en-dedans ; on lutte les jointures ; après y avoir appliqué un récipient, on commence à distiller : par ce moyen, la plus grande partie du camphre s'attache aux brins de paille sous la forme de crystaux, le reste passe dans la distillation, & on l'en sépare ensuite. Ces deux dernieres manieres semblent les plus vraisemblables, & celles qui s'accordent le plus avec la nature volatile du camphre, que la moindre chaleur fait non-seulement diminuer considérablement, mais encore disparoître entierement. Il est donc plûtôt à présumer qu'on le recueille de cette façon dans les Indes, qu'aux piés des arbres, où il paroît que la chaleur du pays doit aisément le faire disparoître.

Outre ces manieres dont nous venons de dire que le camphre se tire à la Chine & au Japon, on prétend aussi qu'il peut se tirer de la racine du canellier, du zédoar du Ceylan, du romarin, de l'aurone, & d'autres arbrisseaux aromatiques du genre des lauriers. M. Neumann croit que l'on a pû tirer de ces végétaux une substance grasse & huileuse, mais que jamais cette substance n'a eu la dureté ni la siccité, ni une ressemblance parfaite avec le vrai camphre des Indes. Ce savant chimiste a tiré du thym un camphre qui, à l'odeur près, ressembloit en tout point à celui des Indes, & qui avoit toutes les qualités qu'on y remarque. C'est ce dont il rend compte dans les Miscellanea Berolinensia, Continuatio II. pag. 70. & suiv.

Après avoir distillé de l'huile de thym, il voulut séparer cette huile d'avec l'eau par le moyen d'une meche de coton ; il s'apperçut que l'huile ne venoit qu'avec peine, & qu'elle étoit retardée par de petits crystaux qui s'étoient formés autour du coton ; ne sachant à quoi attribuer ce phénomene, il discontinua l'opération. Il la reprit au bout de quelques jours, & fut fort surpris de voir qu'il s'étoit formé au fond du vase où il avoit laissé le produit de la distillation du thym, une assez grande quantité de crystaux de forme cubique, & dont quelques-uns étoient de la grosseur d'une noisette ; ces crystaux ne pouvoient se dissoudre dans l'eau ; & M. Neumann y découvrit toutes les autres propriétés du camphre des Indes ; avec la seule différence, que le camphre fait de cette derniere matiere avoit l'odeur du thym dont il avoit été tiré.

Les propriétés du camphre sont de diminuer considérablement, lorsqu'il est exposé à l'air, & de s'exhaler entierement à la fin : il ne se mêle point à l'eau, mais il y surnage ; & lorsqu'elle est chaude, il s'y résout en une huile très-volatile. Quand on le met à distiller, on n'en tire aucune liqueur : mais il se sublime en entier, sans qu'il s'en perde la moindre chose ; il ne donne point d'empyreume, & ne laisse point de tête-morte en arriere ; il s'enflamme très-aisément à un feu ouvert, & brûle même dans l'eau ; il donne beaucoup de suie, mais aucunes cendres. Le camphre se dissout très-aisément dans toutes les huiles, tant exprimées que distillées ; dans l'esprit-de-vin bien rectifié ; dans l'eau-forte, mais plus difficilement dans l'huile de vitriol. On ne parvient à le mêler avec l'eau, que par le moyen du blanc-d'oeuf.

De toutes ces propriétés M. Neumann se croit autorisé à conclure, que le camphre doit être regardé comme une substance toute particuliere, qui ne doit être rangée dans aucune autre classe, & que le nom qu'on lui donne est générique, & doit se joindre à celui de la plante dont il a été tiré ; c'est-à-dire qu'on devroit dire camphre de thym, camphre de romarin, & ainsi des autres plantes dont on pourroit le tirer. En effet, selon lui, les propriétés qui viennent d'être énoncées, prouvent que le camphre ne peut être appellé ni résine, ni gomme, ni sel volatil, ni huile, & que c'est une substance toute particuliere, & qui a des caracteres qui la distinguent de tous les autres corps. M. Neumann en conclut aussi que tout camphre a l'odeur spécifique du végétal dont il a été tiré, & que la façon dont il l'a tiré du thym conduit à croire qu'on peut le tirer de même de beaucoup d'autres plantes.

Le camphre s'employe dans les feux d'artifice, dans beaucoup de vernis, &c. On prétend que dans les cours des princes orientaux, on le brûle avec de la cire pour éclairer pendant la nuit. On assûre que le camphre réduit en poudre, & saupoudré sur les habits & meubles, les préserve des mites & teignes : mais son principal usage est dans la Medecine & dans la Chirurgie. Il est regardé comme un des plus puissans diaphorétiques ; & sa volatilité fait que lorsqu'il est échauffé par la chaleur de l'estomac, il pénetre dans toutes les parties du corps. On prétend que c'est un préservatif contre la peste & les maladies contagieuses. Bien des gens croyent qu'il est soporatif, rafraîchissant & calmant : mais ces dernieres propriétés ne sont point avérées. On s'en sert dans des poudres & dans des élixirs ; il entre aussi dans l'huile bézoardique de Wedelius. Mais les effets extérieurs du camphre sont beaucoup plus certains & d'un usage très-fréquent dans la Chirurgie : mêlé avec l'essence de myrrhe & d'aloès, c'est un excellent remede pour arrêter le progrès de la gangrene, la carie des os, ou déterger les plaies. L'usage de l'esprit-de-vin ou de l'eau-de-vie camphrés est journalier & connu de tout le monde. (-)

Le camphre s'employe intérieurement avec succès, dissous par le moyen du jaune d'oeuf, & étendu dans quelques liqueurs appropriées, pour arrêter le progrès de la gangrene dans les esquinancies gangréneuses. La dose est de quatre ou cinq grains dans une potion de huit onces. Mêlé avec les sels de cantharides, il empêche qu'elles n'offensent la vessie ; sa subtilité le mettant en état de les accompagner dans tous les recoins des vaisseaux, & d'émousser leur acreté.

Le docteur Quincy observe que l'on commence à unir avec succès le camphre aux remedes mercuriaux ; qu'il modere leur qualité irritante, & les aide à pénétrer dans les conduits les plus déliés, où ils operent par fusion & par la force de l'impulsion : car non-seulement le mercure doux ou calomel n'agit plus par ce moyen sur les glandes salivales ; mais le turbith minéral qui opere de lui-même avec violence par haut & par bas, étant mêlé avec le camphre, se fait beaucoup moins sentir, circule avec plus de facilité, & excite la transpiration d'une maniere beaucoup plus efficace qu'aucun autre remede d'une moindre pesanteur spécifique.

M. Lemery a tenté de faire l'analyse du camphre : mais soit que ses parties ayent été trop déliées & trop volatiles pour être poussées à un plus grand degré de pureté par un procédé chimique, ou que ses principes, qui selon toute apparence doivent être une huile & un sel volatil, soient unis trop étroitement, il n'a jamais pû venir à-bout de les décomposer.

Cet auteur remarque que le camphre ne peut se dissoudre dans des liqueurs aqueuses, mais bien dans celles qui sont sulphureuses ; qu'il ne se dissout point non plus dans les alkalis, ni dans certains acides, mais bien dans l'esprit de nitre ; ce qu'aucune autre résine ne peut faire. On donne ordinairement à cette dissolution le nom d'huile de camphre ; & c'est à elle que l'on attribue la vertu médicinale du camphre, dans les plaies, les gangrenes, & la carie des os. On n'en use point intérieurement à cause de son acreté & de sa causticité ; quoique M. Lemery lui ait vû produire de bons effets dans les obstructions & les abcès de matrice, pris à la dose de deux ou trois gouttes. Il le mêle cependant pour l'ordinaire avec une égale quantité d'huile d'ambre. On a fait ce proverbe sur le camphre :

Camphora per nares castrat odore mares.

mais il est faux suivant Scaliger & Tulpius.

Si on jette du camphre dans un bassin sur de l'eau-de-vie, qu'on les fasse bouillir jusqu'à leur entiere évaporation, dans quelque lieu étroit & bien fermé, & qu'on y entre ensuite avec un flambeau allumé, tout cet air enfermé prend feu sur le champ, & paroît comme un éclair, sans incommoder le bâtiment ni les spectateurs.

On fait du camphre artificiel avec de la sandaraque & du vinaigre blanc distillé, qu'on met pendant 20 jours dans le fumier de cheval, & qu'on laisse après au soleil pendant un mois pour sécher, & on trouve le camphre sous la forme d'une croûte de pain-blanc, qu'on appelle autrement gomme de génievre, vernis blanc, & mastic. (N)


CAMPHRÉES. f. camphorata, (Hist. nat. bot.) sa racine est ligneuse, longue, de la grosseur du pouce. Ses tiges sont nombreuses, ligneuses, un peu grosses, hautes d'une coudée, branchues, un peu velues, blanchâtres, garnies de noeuds placés alternativement, de chacun desquels il sort un grand nombre de petites feuilles, qui n'ont pas plus d'un tiers de pouce de long, menues, velues, médiocrement roides ; d'une odeur aromatique, & qui approche un peu du camphre, quand on les frotte entre les doigts ; d'une saveur un peu acre. Ses fleurs sont sans pétales, & composées de quatre étamines garnies de sommets de couleur de rose, qui s'élevent d'un calice d'une seule piece, de couleur d'herbe, partagé tantôt en trois parties, tantôt en cinq. Le pistil se change en une petite graine noire, oblongue, arrondie, cachée dans une capsule qui étoit le calice de la fleur. Cette plante vient communément dans la Provence & dans le Languedoc. Elle est d'usage en Medecine.

Lobel la dit astringente & vulnéraire. M. Burlet, Mém. de l'acad. 1703. lui attribue la vertu d'exciter les urines, les sueurs, la transpiration, & les regles ; de lever les obstructions récentes des visceres ; d'être salutaire dans les maladies chroniques ; de soulager sur-tout dans l'asthme humide, & dans l'hydropisie où il n'y a ni chaleur ni altération. Il en faut faire un long usage, & se purger de tems en tems. On la prend en décoction dans de l'eau, ou macérée dans le vin. On peut la prendre infusée comme le thé ; elle échauffe beaucoup, & il en faut user avec précaution.


CAMPHRIER(LE) Hist. nat. bot. arbre qui croît de lui-même & sans culture au Japon, à la Chine, dans l'île de Borneo, & dans plusieurs autres contrées des Indes orientales. On dit qu'il est de la grandeur d'un beau tilleul. Ses racines sont fortes, très-odorantes, & fournissent plus de camphre que le reste de l'arbre. L'écorce est d'un gris obscur autour du tronc, mais autour des rameaux les plus jeunes elle est verte : ces rameaux contiennent un suc visqueux & gluant ; le bois en est blanc. Les feuilles en sont longues, se terminant en pointes ondulées par les bords, en-dessus d'un verd foncé & brillant. Cet arbre porte en Mai & en Juin des fleurs blanches à six pétales ; lorsqu'elles tombent, il vient en leur place des baies, qui étant mûres sont de la grosseur d'un pois, d'un rouge obscur, d'un goût qui approche de celui du clou de gérofle. Voyez l'article CAMPHRE.


CAMPHUR(Hist. nat. Zoolog.) espece d'âne sauvage qui se trouve dans les deserts de l'Arabie, qui suivant le rapport de quelques voyageurs, a une corne au milieu du front, dont il se sert pour se défendre des taureaux sauvages. Les Indiens attribuent des vertus merveilleuses à cette corne, & la regardent comme un remede souverain dans plusieurs maladies.


CAMPIANO(Géog.) petite ville forte de Sicile, dans le val di Taro, sur la riviere de Taro.


CAMPIGNOLE(Géog.) ville de France, dans la province de Bresse, sur la riviere de Dain.


CAMPINou CAMPIGNE, (Géog.) contrée des Pays-bas, dont une partie dépend du Brabant hollandois, & l'autre de l'évêché de Liége.


CAMPION(Géog.) ville d'Asie dans la Tartarie, capitale du royaume de Tangut. Long. 122. 30. lat. 40. 25.


CAMPLI(Géog.) petite ville d'Italie, au royaume de Naples, dans l'Abruzze. Longit. 31. 30. latit. 42. 38.


CAMPNER-DAHLERécu de Campen, (Comm.) c'est une piece d'argent qui a cours dans les Provinces-unies des Pays-Bas, qui vaut 28 stuyvers d'Hollande, & environ 57 sous monnoie de France.


CAMPO(Géog.) petite ville d'Italie, de la dépendance de la république de Genes.

CAMPO D'ANDEVALO, (Géog.) petit pays d'Espagne dans l'Andalousie, sur les frontieres du Portugal.

CAMPO DI MONTIEL, (Géog.) petit district d'Espagne, dans la partie méridionale de la nouvelle Castille.

CAMPO DI S. PIETRO, (Géog.) petite ville d'Italie dans le Padouan, sur la riviere de Muson.

CAMPO MAJOR, (Géogr.) petite ville de Portugal, dans la province d'Alentejo. Long. 11. 17. lat. 38. 50.


CAMPOLI(Géog.) petite ville d'Italie au royaume de Naples, dans l'Abruzze ultérieure, sur les frontieres de la Marche d'Ancone.


CAMPREDON(Géog.) ville d'Espagne dans la Catalogne, au pié des Pyrénées.


CAMQUIT(Hist. nat. bot.) fruit du royaume de Tonquin, semblable à une orange, mais qui n'est pas si grand que le cam-chain. Sa couleur est d'un rouge foncé : sa pelure est fort mince ; elle est aussi rouge en-dedans, & ne le cede à aucun fruit en délicatesse : mais ce fruit est fort mal-sain, & donne la dyssenterie.


CAMSUARE(Géogr.) province de l'Amérique méridionale, habitée par différens peuples.


CAMUL(Géogr.) ville d'Asie à l'extrémité du royaume de Cialis, sur les frontieres de celui de Tanguth. Long. 115. 40. lat. 37. 15.


CAMULES. m. (Mythol.) nom que les Saliens donnoient à Mars. Il est représenté dans les monumens avec la pique & le bouclier.


CAMUou CAMARD, qui a le nez court ou creux, & enfoncé vers le milieu. Voyez NEZ.

Les Tartares font grand cas des beautés camuses. Rubruquis observe que la femme du grand cham Ienghis, beauté qui fit beaucoup de bruit en son tems, n'avoit pour tout nez que deux petits trous. (H)

Ce Rubruquis étoit un religieux envoyé par Saint Louis pour convertir le cham des Tartares : nous avons la relation de son voyage, qui est très-curieuse, sur-tout pour des philosophes. (O)

CAMUS, cheval camus, est celui qui a le chamfrain enfoncé. Voyez CHAMFRAIN.


CANA(Géog. sainte) ville de Galilée dans la tribu de Zabulon, où Jesus-Christ a fait plusieurs miracles. Ce n'est plus qu'un village peuplé de Mahométans. Sainte Helene avoit consacré ce lieu par une église & par un seminaire : l'église a été transformée en mosquée, & le seminaire en un logement de santons.


CANADou CANADE, (Hist. mod.) on nomme ainsi la mesure de vin ou d'eau qu'on donne par jour sur les vaisseaux portugais, à chaque matelot ou homme de l'équipage.

CANADA ou NOUVELLE FRANCE, (Géogr.) pays fort vaste de l'Amérique septentrionale, borné à l'est par l'Océan, à l'oüest par le Mississipi, au sud par les colonies angloises, & au nord par des pays deserts & inconnus. Ce pays est habité par plusieurs nations sauvages, qui ne vivent que de la chasse & de la pêche. Outre ces nations, les François y ont des établissemens considérables, & on y fait un grand commerce de pelletteries, que les sauvages apportent en quantité du produit de leur chasse. Le Canada est rempli de forêts, & il y fait très-froid. Les sauvages qui habitent ce pays adorent le soleil, & un premier esprit qu'ils regardent comme au-dessus de lui. La capitale du Canada est Québec. Voyez CANADIENS.


CANADELLES. f. (Hist nat. Ichthiolog.) petit poisson de mer qui est nommé sacchetto à Venise, & qui est peut-être le channadella de Belon & de Rondelet. Il est semblable à la perche d'eau douce pour la figure, les couleurs, & les bandes transversales. Les nageoires sont comme celles de la mendole ; celle du dos a une tache noire à sa partie supérieure, au-delà des aiguillons : cette marque est particuliere à la canadelle, & pourroit la faire distinguer de tout autre poisson. Le bec est pointu, & la bouche grande en comparaison du corps. La mâchoire du dessous est un peu plus grande que celle du dessus ; elles sont l'une & l'autre garnies de petites dents : il y a aussi sur le palais un espace triangulaire rude au toucher. L'iris des yeux est de couleur d'argent ; les nageoires du ventre sont noirâtres ; la queue est fourchue, & traversée par des lignes de couleur d'or. Les écailles de ce poisson sont très-petites. Willughby, hist. piscium. Voyez POISSON. (I)


CANADIENS(PHILOSOPHIE DES) Nous devons la connoissance des sauvages du Canada au baron de la Hontan, qui a vécu parmi eux environ l'espace de dix ans. Il rapporte dans sa relation quelques entretiens qu'il a eus sur la religion avec un de ces sauvages, & il paroît que le baron n'avoit pas toûjours l'avantage dans la dispute. Ce qu'il y a de surprenant, c'est de voir un huron abuser assez subtilement des armes de notre dialectique pour combattre la religion chrétienne ; les abstractions & les termes de l'école lui sont presqu'aussi familiers qu'à un européen qui auroit médité sur les livres de Scot. Cela a donné lieu de soupçonner le baron de la Hontan d'avoir voulu jetter un ridicule sur la religion dans laquelle il avoit été élevé, & d'avoir mis dans la bouche d'un sauvage les raisons dont il n'auroit osé se servir lui-même.

La plûpart de ceux qui n'ont point vû ni entendu parler des sauvages, se sont imaginés que c'étoient des hommes couverts de poil, vivant dans les bois sans société, comme des bêtes, & n'ayant de l'homme qu'une figure imparfaite : il ne paroît pas même que bien des gens soient revenus de cette idée. Les sauvages, à l'exception des cheveux & des sourcils, que plusieurs même ont soin d'arracher, n'ont aucun poil sur le corps ; car s'il arrivoit par hasard qu'il leur en vînt quelqu'un, ils se l'ôteroient d'abord jusqu'à la racine. Ils naissent blancs comme nous ; leur nudité, les huiles dont il se graissent, & les différentes couleurs dont ils se fardent, que le soleil à la longue imprime dans leur peau, leur hâlent le teint. Ils sont grands, d'une taille supérieure à la nôtre ; ont les traits du visage fort réguliers, le nez aquilin. Ils sont bien faits en général, étant rare de voir parmi eux aucun boiteux, borgne, bossu, aveugle, &c.

A voir les Sauvages du premier coup-d'oeil, il est impossible d'en juger à leur avantage, parce qu'ils ont le regard farouche, le port rustique, & l'abord si simple & si taciturne, qu'il seroit très-difficile à un européen qui ne les connoîtroit pas, de croire que cette maniere d'agir est une espece de civilité à leur mode, dont ils gardent entr'eux toutes les bienséances ; comme nous gardons chez nous les nôtres, dont ils se moquent beaucoup. Ils sont donc peu caressans, & font peu de démonstrations ; mais nonobstant cela ils sont bons, affables, & exercent envers les étrangers & les malheureux une charitable hospitalité, qui a dequoi confondre toutes les nations de l'Europe. Ils ont l'imagination assez vive, ils pensent juste sur leurs affaires, ils vont à leur fin par des voies sûres ; ils agissent de sang-froid, & avec un phlegme qui lasseroit notre patience. Par raison d'honneur & par grandeur d'ame, ils ne se fâchent presque jamais. Ils ont le coeur haut & fier, un courage à l'épreuve, une valeur intrépide, une constance dans les tourmens qui semble surpasser l'héroïsme, & une égalité d'ame que ni l'adversité ni la prospérité n'alterent jamais.

Toutes ces belles qualités seroient trop dignes d'admiration, si elles ne se trouvoient malheureusement accompagnées de quantité de défauts ; car ils sont legers & volages, fainéans au-delà de toute expression, ingrats avec excès, soupçonneux, traîtres, vindicatifs, & d'autant plus dangereux, qu'ils savent mieux couvrir & qu'ils couvrent plus longtems leurs ressentimens. Ils exercent envers leurs ennemis des cruautés si inoüies, qu'ils surpassent dans l'invention de leurs tourmens tout ce que l'histoire des anciens tyrans peut nous représenter de plus cruel. Ils sont brutaux dans leurs plaisirs, vicieux par ignorance & par malice ; mais leur rusticité & la disette où ils sont de toutes choses, leur donne sur nous un avantage, qui est d'ignorer tous les raffinemens du vice qu'ont introduit le luxe & l'abondance. Voici maintenant à quoi se réduisent leur philosophie & leur religion.

1°. Tous les Sauvages soûtiennent qu'il y a un Dieu. Ils prouvent son existence par la composition de l'univers qui fait éclater la toute-puissance de son auteur ; d'où il s'ensuit, disent-ils, que l'homme n'a pas été fait par hasard, & qu'il est l'ouvrage d'un principe supérieur en sagesse & en connoissance, qu'ils appellent le grand esprit. Ce grand esprit contient tout, il paroît en tout, il agit en tout, & il donne le mouvement à toutes choses. Enfin tout ce qu'on voit & tout ce qu'on conçoit, est ce Dieu, qui subsistant sans bornes, sans limites & sans corps, ne doit point être représenté sous la figure d'un vieillard ni de quelqu'autre chose que ce puisse être, quelque belle, vaste & étendue qu'elle soit ; ce qui fait qu'ils l'adorent en tout ce qui paroît au monde. Cela est si vrai, que lorsqu'ils voyent quelque chose de beau, de curieux & de surprenant, sur-tout le soleil & les autres astres, ils s'écrient : O grand esprit, nous te voyons par-tout !

2°. Ils disent que l'ame est immortelle, parce que si elle ne l'étoit pas, tous les hommes seroient également heureux en cette vie ; puisque Dieu étant infiniment parfait & infiniment sage, n'auroit pû créer les uns pour les rendre heureux, & les autres pour les rendre malheureux. Ils prétendent donc que Dieu veut, par une conduite qui ne s'accorde pas avec nos lumieres, qu'un certain nombre de créatures souffrent en ce monde, pour les en dédommager en l'autre ; ce qui fait qu'ils ne peuvent souffrir que les Chrétiens disent que tel a été bien malheureux d'être tué, brûlé, &c. prétendant que ce que nous croyons malheur, n'est malheur que dans nos idées ; puisque rien ne se fait que par la volonté de cet Etre infiniment parfait ; dont la conduite n'est ni bizarre ni capricieuse. Tout cela n'est point si sauvage.

3°. Le grand esprit a donné aux hommes la raison, pour les mettre en état de discerner le bien & le mal, & de suivre les regles de la justice & de la sagesse.

4°. La tranquillité de l'ame plaît infiniment à ce grand esprit ; il déteste au contraire le tumulte des passions, lequel rend les hommes méchans.

5°. La vie est un sommeil, & la mort un réveil qui nous donne l'intelligence des choses visibles & invisibles.

6°. La raison de l'homme ne pouvant s'élever à la connoissance des choses qui sont au-dessus de la terre, il est inutile & même nuisible de chercher à pénétrer les choses invisibles.

7°. Après notre mort nos ames vont dans un certain lieu, dans lequel on ne peut dire si les bons sont bien, & si les méchans sont mal ; parce que nous ignorons si ce que nous appellons bien ou mal, est regardé comme tel par le grand esprit. (C)


CANADORS. m. (Comm.) mesure des liquides de Portugal, dont les douze font une almonde, qui est une autre mesure du même royaume. Le canador est équivalent au mingle ou bouteille d'Amsterdam. Voyez MINGLE & ALMONDE. Dictionn. du Commerce, tome II. page 59. (G)


CANALCANAL

La France a plusieurs grands canaux. Celui de Briare fut commencé sous Henri IV. & achevé sous Louis XIII. par les soins du cardinal de Richelieu. Il établit la communication de la riviere de Loire à la riviere de Seine par le Loing. Il a onze grandes lieues de longueur, à le prendre depuis Briare jusqu'à Montargis. C'est au-dessous de Briare qu'il entre dans la Loire, & c'est à Cepoi qu'il finit dans le Loing. Les eaux du canal sont soûtenues par quarante-deux écluses, qui servent à monter & à descendre les trains de bois & les bateaux, qu'on construit pour cet effet d'une longueur & d'une largeur proportionnées. On paye un droit de péage à chaque écluse, pour l'entretien du canal & le remboursement des propriétaires.

Le canal d'Orléans fut entrepris en 1675, pour la communication de la Seine & de la Loire : il a vingt écluses. C'est Philippe d'Orléans, régent de France, qui l'a fait achever sous la minorité de Louis XV. Il porte le nom d'une ville dans laquelle il ne passe pas. Il commence au bourg de Combleux, qui est à une petite lieue d'Orléans.

Le projet du canal de Picardie pour la jonction des rivieres de Somme & d'Oise, a été formé sous les ministeres des cardinaux de Richelieu & de Mazarin, & sous celui de M. de Colbert.

Mais un des plus grands & des plus merveilleux ouvrages de cette espece, & en même tems un des plus utiles, c'est la jonction des deux mers par le canal de Languedoc, proposé sous François I. sous Henri IV. sous Louis XIII. entrepris & achevé sous Louis XIV. Il commence par un réservoir de quatre mille pas de circonférence & de quatre-vingt piés de profondeur, qui reçoit les eaux de la montagne Noire. Elles descendent à Naurouse dans un bassin de deux cent toises de longueur, & de cent cinquante de largeur, revêtu de pierre de taille. C'est-là le point de partage d'où les eaux se distribuent à droite & à gauche dans un canal de soixante-quatre lieues de long, où se jettent plusieurs petites rivieres soûtenues d'espace en espace de cent quatre écluses. Les huit écluses qui sont voisines de Besiers, forment un très-beau spectacle : c'est une cascade de cent cinquante-six toises de long sur onze toises de pente.

Ce canal est conduit en plusieurs endroits sur des aquéducs & sur des ponts d'une hauteur incroyable, qui donnent passage entre leurs arches à d'autres rivieres. Ailleurs il est coupé dans le roc, tantôt à découvert, tantôt en voûte, sur la longueur de plus de mille pas. Il se joint d'un bout à la Garonne près de Toulouse ; de l'autre traversant deux fois l'Aude, il passe entre Agde & Besiers, & va finir au grand lac de Tau, qui s'étend jusqu'au port de Cette.

Ce monument est comparable à tout ce que les Romains ont tenté de plus grand. Il fut projetté en 1666, & démontré possible par une multitude infinie d'opérations longues & pénibles, faites sur les lieux par François Riquet, qui le finit avant sa mort, arrivée en 1680. Quand les grandes choses sont exécutées, il est facile à ceux qui les contemplent de les imaginer plus parfaites & plus grandes. C'est ce qui est arrivé ici. On a proposé un réservoir plus grand que le premier, un canal plus large & des écluses plus grandes ; mais on a été arrêté par les frais.

Nous n'entrerons pas dans tous les détails de la construction de ce canal ; mais nous ne pouvons guere nous dispenser d'expliquer le méchanisme & le jeu des écluses ou réservoirs d'eau, qu'on peut regarder comme de grands coffres qu'on remplit à discrétion, & à l'aide desquels on fait monter ou descendre un bâtiment d'une portion de canal dans un autre.

Il faut observer d'abord, que dans les canaux l'eau est de niveau dans chaque partie, c'est-à-dire entre une écluse & une autre écluse, & que les eaux des différentes parties sont dans des niveaux différens.

Une écluse est composée de deux murs paralleles 12, 34, voy. Pl. du canal de Lang. à la fin de nos Pl. d'Hyd. fig. 1. & 4. La hauteur N M de ces murs est de deux piés ou environ plus haute que depuis le fond du canal inférieur jusqu'au niveau de la surface de l'eau du canal supérieur. Ces deux murs sont éloignés l'un de l'autre d'autant qu'il convient pour que les bâtimens puissent passer commodément ; & ils doivent être bâtis solidement sur pilotis ou terre franche, & un peu en talud, pour qu'ils puissent mieux soûtenir l'effort des terres.

On a placé entre ces deux murs les portes 24, 13, fig. 1. la premiere pour empêcher l'eau du canal supérieur d'entrer dans le coffre ou dans l'écluse ; & la seconde pour arrêter & soûtenir l'eau, quand elle en est remplie. Ces portes doivent être très-fortes, & tourner librement sur leurs pivots. C'est pour les pouvoir ouvrir & fermer avec facilité, qu'on y ajuste les longues barres A b, C a, au moyen desquelles on les meut comme le gouvernail d'un vaisseau par sa barre ou son timon. Il faut aussi les construire de maniere qu'elles soient bien étanchées, & qu'elles laissent passer le moins d'eau qu'il est possible. Les deux battans de chaque porte s'appuient l'un contre l'autre, & forment un angle saillant du côté où l'eau fait effort contr'eux.

Outre ces parties, une écluse a encore deux canaux soûterrains G, H ; K, F. Le canal G H qui descend obliquement, sert à lâcher l'eau du canal supérieur D, fig. 2. dans le corps de l'écluse, où elle est retenue par la porte C, qui est supposée fermée. On lâche cette eau en levant la pelle D G, qui en ferme l'ouverture. Voyez figure 3. le canal G H ouvert en G, & l'autre canal K F fermé en K. Quand au contraire on veut vuider le coffre de l'écluse, on ferme le canal G H en baissant la pelle G ; & l'on ouvre le canal K F en levant la pelle K : l'eau n'étant plus retenue, s'écoule par le canal K F dans le canal inférieur B ; ensorte qu'elles se mettent de niveau dans le canal & dans l'écluse. Voyez la fig. 2.

Jeu des écluses. Si l'on propose, par exemple, de faire monter le bateau B du canal inférieur dans le canal supérieur G, fig. 2. la porte A & la pelle G du canal supérieur étant fermées, on laissera écouler par le canal E F toute l'eau que contient l'écluse, si elle n'est pas vuide : on ouvrira ensuite les grandes portes C en tournant leurs barres C a, ou en tirant leurs battans, fig. 1. & 4. ce qui sera facile, puisque l'eau qu'elles ont de part & d'autre est en équilibre. Les portes étant ouvertes, on fera entrer le bateau dans le corps de l'écluse : on refermera ensuite les portes C & la pelle K ; ensuite on ouvrira la pelle G pour remplir l'écluse de l'eau du canal, jusqu'à ce qu'elle soit de niveau avec celle du canal D, comme on voit fig. 3. Le bateau s'élevera à mesure que l'écluse se remplira d'eau, & il arrivera à la hauteur B. Les choses étant en cet état, on ouvrira la porte A, & le bateau passera dans le canal D ; ce que l'on s'étoit proposé de faire.

S'il étoit question de faire descendre le bateau du canal D, figure 3. dans le canal inférieur, il faudroit commencer par remplir l'écluse d'eau, ouvrir la porte A, y faire ensuite passer le bateau, refermer cette porte & la pelle G ; ouvrir ensuite la pelle K, pour laisser écouler l'eau de l'écluse dans le canal inférieur. Le bateau baissera à mesure que l'écluse se vuidera ; & lorsque l'eau de l'écluse sera au niveau de celle du canal inférieur, on ouvrira la porte C pour faire sortir le bateau, & le faire passer dans le canal B. Voyez l'article ECLUSE.

CANAL, (Jardin) c'est ordinairement une longue piece d'eau pratiquée dans un jardin, pour l'ornement & la clôture.

CANAL, chez les Fontainiers, se prend encore pour un tuyau de fontaine.

CANAL en cascade, (Jardinage) est un canal interrompu par plusieurs chûtes qui suivent l'inégalité du terrein : on en voit à Fontainebleau, à Marly, au théatre d'eau à Versailles, & dans les jardins de Couvances.

CANAUX soûterrains, sont des aquéducs enfoncés en terre, qui servent à conduire les eaux. Voyez AQUEDUC.

Ce sont aussi les tuyaux & conduits dont on se sert pour amener les eaux, lesquels se trouvent tout recouverts de terre lorsqu'ils sont posés. (K)

CANAL de l'étrave, c'est, en Marine, le bout creusé ou cannelé de l'étrave, sur quoi repose le beaupré quand on n'y met point de coussin.

CANAL, faire canal, (Marine) ce terme n'est guere usité que pour la navigation des galeres. Une galere fait canal, lorsqu'elle fait un trajet de mer assez considérable pour perdre la côte de vûe avant que d'arriver au lieu vers lequel elle fait route. (Z)

CANAL, en Anatomie, est un mot pris généralement pour exprimer tous les vaisseaux du corps, tels que les veines, les arteres, &c. par lesquels différens fluides circulent. Voyez VAISSEAU, ARTERE, &c.

Les canaux demi-circulaires sont trois canaux dans le labyrinthe de l'oreille, qui s'ouvrent par autant d'orifices dans le vestibule. Voyez OREILLE.

Ils sont au nombre de trois, un vertical supérieur, un vertical postérieur, & un horisontal. Ce dernier est ordinairement le plus petit des trois ; le vertical postérieur est souvent le plus grand : quelquefois c'est le vertical supérieur qui surpasse les autres. Ils varient souvent, suivant la différence des sujets ; mais ils sont toûjours semblables dans la même personne. Valsalva conjecture que l'intention de la nature, en donnant des grandeurs différentes à ces canaux, dans lesquels une partie du nerf auditif est logée, a été de les accommoder à la différence des sons, dont les impressions eussent toûjours été les mêmes, si ces canaux, avoient été de même grandeur ; & quoiqu'on remarque quelque différence dans leur forme & leur grandeur dans différentes personnes, ils ne laissent pas d'être entierement semblables dans le même homme : car sans cette précaution il n'eût pas manqué d'y avoir de la discordance dans les organes de l'oüie. (L)

Les canaux aqueux, ductus aquosi Nuckii, sont certains canaux dans la sclérotique, que M. Nuck a découverts, par lesquels on croit que l'humeur aqueuse de l'oeil est apportée dans l'intérieur des membranes qui renferment cette liqueur ; mais cette découverte n'est pas généralement reçûe. Voyez AQUEUX & OEIL.

CANAL, (Maréchall.) On appelle ainsi le creux qui est au milieu de la mâchoire inférieure de la bouche du cheval, qui est destiné à placer la langue ; & qui étant borné de part & d'autre par les barres, se termine aux dents mâchelieres. C'est dans ce canal que croissent les barbillons.

Quand le canal est large, le gosier s'y loge facilement, & le cheval peut bien se brider ; mais lorsqu'il est trop étroit, le cheval est contraint de porter le nez au vent. (V)

CANAL ; c'est dans un aqueduc de pierre ou de terre, la partie par où passe l'eau qui se trouve dans les aqueducs antiques, revêtue d'un corroi de mastic de certaine composition, comme au pont du Gard en Languedoc.

CANAL ou GOUTTIERE, voyez GOUTTIERE.

CANAL d'un larmier, en Architecture, c'est le plafond creusé d'une corniche, qui fait le pendant à mouchettes. Voyez LARMIER & SOPHII.

Canal de volute ; c'est dans la volute ionique, la face des circonvolutions renfermée par un sistel, & dont le chapiteau est entre le sistel & l'ove.

CANAL, terme d'Architecture, se dit des cavités droites ou torses dont on orne les tigelles des caulicoles d'un chapiteau.

CANAL de triglyphe, voyez TRIGLYPHE.

* CANAL des espolins, (Manufact. de soie) machine de fer blanc sur laquelle on range les espolins, quand l'étoffe n'est pas assez large pour les contenir, ou qu'ils sont en trop grande quantité. Le canal est plus large que l'étoffe.

* CANAL de l'ensuple, se dit dans les mêmes manufactures, d'une cannelure dans laquelle on place la verge qui est attachée à la tête ou au chef de l'étoffe, ou plûtôt à la queue de la chaîne.

* CANAL désigne encore chez les mêmes ouvriers, un morceau de bois cave en forme de tuile creuse, dont la concavité imite la convexité de l'ensuple. Il est long de deux piés ou environ ; il s'applique sur l'ensuple même, & sert à garantir l'ouvrier des pointes d'aiguille qui arrêtent l'étoffe dans le velours ciselé, & à garantir l'étoffe même du frottement dans le velours uni. Voyez les artic. VELOURS & AIGUILLE D'ENSUPLE.

CANAL, (le) ou LA MANCHE, (Géogr.) c'est le nom qu'on donne ordinairement à la mer qui sépare la France de l'Angleterre.


CANANS. m. (Comm.) mesure des liquides dont on se sert dans le royaume de Siam, & que les Portugais appellent choup. Le canan tient environ un pot ou deux pintes de Paris. Le quart du canan s'appelle lenig : c'est notre chopine. Au-dessous du lenig sont les cocos ; il y en a cependant qui peuvent contenir une pinte entiere de liqueur. Voyez COCOS, mesure. (G)


CANANOR(Géog.) petit royaume d'Asie, avec une ville qui porte le même nom, sur la côte de Malabar, appartenante aux Portugais. Longit. 95. 45. latit. 12. 15.


CANAPÉS. f. longue chaise à dos sur laquelle plusieurs personnes peuvent s'asseoir, & même se coucher.

CANAPE, s. m. en terme de Raffineur de sucre, est une espece de chaise de bois sur laquelle on met le bassin, lorsqu'il est question de transporter la cuite du rafraîchissoir dans les formes : deux des montans sont un peu plus élevés que les autres, pour empêcher le bassin de répandre.


CANAPEYES(Géogr.) nom qu'on donne à une nation sauvage de l'Amérique méridionale, qui habite une partie de la nouvelle Grenade.


CANAPLES(Géogr.) petite ville de France en Picardie, entre Amiens & Dourlens.


CANARA(Géog.) royaume d'Asie sur la côte de Malabar, habité par des peuples idolâtres.


CANARANE(Géog.) royaume d'Asie dans l'Inde, au-delà du Gange : quelques géographes doutent de son existence.


CANARDS. m. anas, (Hist. nat. Zoolog.) oiseau aquatique, dont la femelle porte le nom de cane. Les canards & autres oiseaux de riviere sont pesans, & semblent se mouvoir difficilement ; c'est pourquoi ils font du bruit avec leurs ailes en volant. Il y a des canards sauvages qui sont aussi gros & plus que les canards domestiques, & qui leur ressemblent à tous égards ; d'autres qui sont plus petits : ainsi il y en a de deux sortes. On doit les distinguer en grands & en petits, & non pas en sauvages & en domestiques, puisque ceux-ci sont venus des oeufs de canards sauvages. Les couleurs de ceux-ci sont constantes ; mais celles des autres varient : ils sont quelquefois mi-partis de blanc ou entierement blancs. Cependant il s'en trouve qui ont les mêmes couleurs que les sauvages. Belon, Hist. de la nat. d es oiseaux.

Il y a quantité d'especes de canards : il suffira de rapporter ici les principales, je veux dire celles qui ont été nommées en François.

CANARD à bec crochu, anas rostro adunco : le mâle pese deux livres deux onces : il a depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue environ deux piés de longueur : l'envergeure est de trente-deux pouces ; le bec est long de deux pouces & demi ; il est un peu courbé, & d'un verd pâle ; la pointe qui est à l'extrémité est de couleur noire. Le plumage de la tête & du dessous du cou est d'un verd sombre, & il y a deux raies formées par de petits points ou taches blanches ; l'une des raies passe au-dessus du bec, presque sur l'oeil, & s'étend jusqu'au derriere de la tête, & l'autre va depuis le bec jusqu'au-dessous de l'oeil, qui est entouré d'un cercle de plumes de la même couleur : le plumage du menton est aussi bigarré de la même maniere ; celui de la gorge, de la poitrine & du ventre, est blanc, & cette couleur est mélangée de quelques petites taches transversales d'un brun rougeâtre ; les plumes du dos de même que celles de la naissance des aîles & des flancs, sont de cette même couleur, & bordées & bigarrées par-tout de blanc. Les grandes plumes des ailes sont au nombre de vingt-quatre, les six premieres sont toutes blanches, & les autres sont d'un brun rougeâtre ; les petites plumes du premier rang sont bleues, à l'exception des pointes qui sont blanches : les plumes du second rang sont brunes, & leur pointe est blanche : la queue est composée de vingt plumes noires, leurs pointes sont blanches ; les quatre du milieu sont recourbées par en-haut en forme de cercle vers le dos : les jambes & les pattes sont de couleur orangée. La femelle de cet oiseau ressemble beaucoup à celle du canard ordinaire, à l'exception du bec qui est crochu ; elles pondent plus qu'aucunes autres de ce genre. Derham, Hist. nat. des oiseaux. Voyez OISEAU.

CANARD à crête noire, anas fuligula prima, Gesn. il pese deux livres ; sa longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue est de quinze à seize pouces ; & l'envergeure est de deux piés & trois ou quatre pouces ; le bec a depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche, environ deux pouces de longueur ; il est large, d'un bleu pâle par-tout, excepté à la pointe qui est noire : les narines sont grandes, & environnées par un espace dégarni de plumes : l'iris des yeux est jaune, ou de couleur d'or : les oreilles sont petites ; la tête, sur-tout le sommet, est d'un pourpre noirâtre, ou plûtôt d'une couleur mélangée de noir & de pourpre ; c'est pourquoi on appelle cet oiseau à Venise, & dans d'autres endroits d'Italie, capo-negro. Il a une crête qui pend derriere la tête, de la longueur d'un pouce & demi : la couleur du cou, des épaules, du dos, enfin toute la partie supérieure de l'oiseau est d'un brun foncé, presque noir. Les ailes sont courtes, & toutes les petites plumes sont noires ; les quatre premieres grandes plumes sont de la même couleur que le corps ; les six qui suivent deviennent successivement blanches par degrés, les dix suivantes sont blanches comme neige, à l'exception de leurs pointes qui sont noires ; les six dernieres sont entierement noires : la queue est très-courte, & composée de quatorze plumes noires ; le dessous du cou & le devant de la poitrine sont noirs, & le reste de la poitrine est blanc ; le ventre est de la même couleur jusqu'à l'anus, où elle est plus obscure, & au-delà elle est noirâtre : les plumes des côtés, que recouvrent les ailes lorsqu'elles sont pliées, celles qui couvrent les cuisses, & les petites plumes du dessous de l'aile, sont blanches ; les jambes sont courtes, & placées en-arriere ; les pattes sont d'une couleur livide, ou de bleu obscur ; les doigts sont longs, & la membrane qui les joint est noire. Le corps de cet oiseau est court, épais, large, & un peu applati. On n'a trouvé que des cailloux & de l'algue dans l'estomac de cet oiseau. Willughby, Ornith. Derham, Hist. nat. des oiseaux. Voyez. OISEAU.

CANARD à tête élevée, anas arrecta ; le bec de cet oiseau est verd, & mêlé d'une couleur brune ; l'iris des yeux est blanc ; le sommet de la tête est noir ; il y a une bande blanche qui commence sous la base du bec, & qui entoure le sommet de la tête au-dessous du noir ; le reste de la tête est d'une couleur obscure, mêlée de verd & de rouge ; ce qui la fait paroître très-belle, selon les différens reflets de lumiere : le cou est bigarré de plumes noires & blanches ; celles de la poitrine & du ventre sont de cette derniere couleur ; les côtés du ventre sous les ailes & les cuisses, sont d'une couleur obscure tirant sur le noir ; les grandes plumes des ailes sont brunes, & leurs bords extérieurs sont blancs ; le dos est d'une couleur sombre, mêlée de verd & de rouge ; les jambes & les piés sont d'un jaune obscur. Cet oiseau se tient droit en marchant ; c'est pour cette raison qu'on l'appelle le canard droit ou à tête élevée. Derham, Hist. nat. des oiseaux. Voyez OISEAU.

CANARD de Barbarie : cet oiseau paroît avoir eu plusieurs dénominations ; car on croit qu'il a été désigné par les noms suivans, anas Moschata, anas Cairina, anas Libyca, anas Indica ; toutes les descriptions que l'on a faites sous ces différens noms, s'accordent pour la grandeur, pour la voix rauque & entrecoupée comme par des sifflemens, pour les tubérosités dégarnies de plumes entre les narines & autour des yeux, & pour la grandeur du mâle, qui surpasse celle de la femelle. Les couleurs du plumage varient comme dans tous les oiseaux domestiques. J'ai vû un mâle de trois ans qui pesoit quatre livres treize onces : il avoit deux piés deux pouces & demi de longueur, depuis la pointe du bec jusqu'au bout des pattes, & deux piés & demi jusqu'au bout de la queue ; la partie supérieure du bec a deux pouces cinq lignes de longueur ; depuis l'ouverture de la bouche jusqu'à l'extrémité de cette partie supérieure, qui est terminée par une sorte d'ongle large & plat, noir & crochu, assez ressemblant à un ongle humain ; les bords de cet ongle sont blanchâtres ; il y a un pareil ongle à l'extrémité de la partie intérieure du bec ; la supérieure a onze lignes de largeur, & deux pouces huit lignes de longueur jusqu'aux premieres plumes de la tête ; elle est en forme de gouttiere renversée ; les narines sont à égale distance de la pointe du bec & du milieu des yeux : le bec est élevé, & tuberculeux derriere les narines ; mais cette partie est recouverte par une membrane marbrée de noir & de rouge, qui environne la base du bec entier, qui s'étend jusqu'aux yeux, & qui les entoure ; cette membrane recouvre des tubercules osseux plus ou moins gros, qui sont placés autour des yeux, & qui ont une couleur blanche roussâtre ; le bec est marbré de rouge, de couleur de chair & de noir ; les dents sont en forme de scie, comme dans les canards ordinaires ; la langue est aussi pareille ; la tête, & le dessus du cou sur la moitié de sa longueur, sont panachés de noir & de blanc ; tout le reste du dessus du cou, le dos entier, le croupion, & la queue, sont d'une couleur obscure & changeante, mêlée d'or, de pourpre, de bleu & de verd ; les six premieres grandes plumes des aîles sont blanches ; les dix-sept suivantes sont de la même couleur que les longues plumes de l'épaule & de la queue, la partie moyenne de ces dix-sept grandes plumes de l'aile est panachée de noir & de blanc, principalement sur les barbes intérieures : car les barbes extérieures des dernieres de ces dix-sept grandes plumes, sont de même couleur que l'extrémité, & les trois ou quatre dernieres grandes plumes sont entierement de la même couleur que la pointe des autres ; toutes les plumes qui recouvrent les grandes qui sont blanches, à l'exception des six ou sept premieres, qui sont en grande partie de la couleur changeante qui est sur la plûpart des grandes plumes : tout le dessous de l'aile est blanc, à l'exception des endroits des plumes qui sont de couleur changeante à l'extérieur ; l'intérieur en est brun ; la gorge est tachetée de blanc, de brun, & de noir ; le cou & la poitrine sont blancs, avec des taches irrégulieres sur le jabot, qui sont formées par plusieurs plumes brunes mêlées parmi les blanches ; le ventre & les cuisses sont bruns ; les côtés & le dessous de la queue sont aussi d'une couleur brune, mais elle est un peu mêlée de couleur changeante ; les pattes sont brunes ; la membrane qui réunit les doigts est aussi brune, & marquetée de blanc sale ; le dessous du pié & les ongles sont d'un blanc sale tacheté de noir. Ces oiseaux sont privés, & se multiplient comme les canards communs. Voyez OISEAU.

CANARD de Madagascar, anas Madagascariensis, est un peu plus grand que le canard privé ; le bec est d'un brun jaunâtre, & l'iris des yeux est d'un beau rouge ; le cou & la tête sont d'un verd sombre, & le dos est d'un pourpre foncé mêlangé de bleu, à l'exception des bords des plumes qui sont rouges ; la poitrine est d'un brun sombre, excepté les bords extérieurs des plumes qui sont rouges ; le bas du ventre est brun ; les plumes des épaules sont d'une couleur sombre mêlée de bleu, de même que le premier rang des petites plumes des ailes : les grandes ont les bords rouges ; le second rang des petites plumes est verd, les jambes & les piés sont de couleur orangée. Cet oiseau est très-beau ; il vient originairement de Madagascar. Derham, Hist. nat. des oiseaux. Voyez OISEAU.

CANARD d'été, anas cristatus elegans ; cet oiseau a une double hupe qui pend en arriere, & un fort beau plumage ; il a été décrit par Catesby, Hist. de la Caroline, vol. I. pag. 97. Il se trouve en Virginie & en Caroline : il fait son nid dans les trous que les piverts font sur les grands arbres qui croissent dans l'eau, & principalement sur les cyprès. Tant que les petits sont encore trop jeunes pour voler, les vieux canards les portent sur le dos jusque dans l'eau ; & lorsqu'il y a quelque chose à craindre pour eux, ils s'attachent par le bec au dos & à la queue du gros oiseau, qui s'envole avec sa famille. Hist. nat. de divers ois. par Edwards. art. XCIX. Voyez OISEAU.

CANARD domestique, anas domestica vulgaris ; il est plus petit que l'oie, & presque de la grosseur d'une poule, mais moins élevé ; le dos & le bec sont larges ; les jambes courtes, grosses, & dirigées en arriere, ce qui lui donne de la facilité pour nager, & da la difficulté pour marcher ; aussi marche-t-il lentement & avec peine. Les couleurs varient à l'infini dans ces canards, de même que dans les poules, & dans tous les autres oiseaux domestiques. Le mâle differe de la femelle, en ce qu'il a sur le croupion des plumes qui s'élevent & se recourbent en avant. La femelle fait d'une seule ponte douze ou quatorze oeufs, & quelquefois plus ; ils ressemblent à ceux des poules, & sont de couleur blanchâtre teinte de verd ou de bleu ; le jaune en est gros, & d'un jaune rougeâtre. Willughby, Ornith. Voyez OISEAU.

CANARD sauvage ou cane au collier blanc, cane de mer ; boschas major, anas torquata minor, Ald. il pese trente-six à quarante onces ; il a environ un pié neuf pouces de longueur, depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue ; l'envergeure a près de deux piés neuf pouces ; le bec est d'un verd jaunâtre ; il a deux pouces & demi de longueur depuis les coins de la bouche jusqu'à son extrémité, & près d'un pouce de largeur ; il n'est pas trop applati ; il y a à l'extrémité de la piece supérieure du bec une appendice ou un ongle rond, comme dans la plûpart des oiseaux de ce genre ; les paupieres inférieures sont blanchâtres, les pattes sont de couleur de safran ; les ongles sont bruns ; celui du doigt de derriere est presque blanc ; celui du doigt intérieur est le plus petit de tous ceux de devant : la membrane qui joint les doigts ensemble est d'une couleur plus sale ; les cuisses sont couvertes de plumes jusqu'au genou : le mâle a la tête & le dessus du cou d'un beau verd, au bas duquel il y a un collier blanc bien entier en-devant ; mais qui ne l'est pas par-derriere ; la gorge est de couleur de châtaigne, depuis le collier jusqu'à la poitrine, qui est mêlée de blanc & de cendré, de même que le ventre, & parsemée d'un nombre infini de points bruns ; les plumes de dessous la queue sont noires ; la face supérieure du cou est parsemée de taches rousses, mêlées de cendré : la partie du dos entre les deux ailes est rousse ; le dessous de l'oiseau est noirâtre ; le croupion est d'une couleur plus foncée, & mêlée d'un pourpre luisant ; les côtés sous les ailes, & les plus longues plumes qui vont jusque sur les cuisses, sont marquées de lignes transversales d'un très-beau brun, avec du blanc mêlé de bleu ; les petites plumes des ailes sont roussâtres ; les longues plumes qui sortent des épaules sont de couleur d'argent, & élégamment panachées de petites lignes transversales brunes. Il y a vingt-quatre grandes plumes à chaque aile ; les dix premieres sont brunes ; les dix suivantes ont la pointe blanchâtre, & les barbes extérieures d'un beau pourpre bleuâtre ; entre le bleu & le blanc il y a de petites bandes noires ; la vingt-unieme plume a la pointe blanche, & le bord extérieur de couleur de pourpre obscur, la vingt-deuxieme a un peu de couleur d'argent dans son milieu ; la vingt-troisieme est entierement blanche, à l'exception des bords qui sont noirâtres ; la vingt-quatrieme est blanche aussi en entier, excepté le bord extérieur qui est noirâtre : les petites plumes sont de la même couleur que les grandes ; cependant celles qui recouvrent les pourprées ont la pointe noire, & ensuite une large ligne ou tache blanche ; la queue est composée de vingt plumes, dont l'extrémité est pointue ; les quatre du milieu sont contournées en cercle, & ont une belle couleur luisante mêlée de pourpre & de noir ; les huit suivantes de chaque côté sont blanchâtres ; les plumes du dessous de l'aile & de la fausse aile sont blanches.

Ces oiseaux vont par troupes pendant l'hyver ; au printems le mâle suit la femelle ; ils marchent par paires, & ils font leur nid le plus souvent près de l'eau, dans les joncs & les bruyeres, & rarement sur les arbres. La femelle fait d'une seule ponte douze ou quatorze oeufs, & plus, & elle les couve : elle n'a pas la tête verte, ni de collier sur le cou ; sa tête & son cou ont du blanc, du brun, & du roux noirâtre ; le milieu des plumes du dos est d'un brun presque noir, & les bords sont d'un blanc roussâtre. Villughby, Ornith. Voyez OISEAU. (I)

Le canard sauvage passe pour meilleur que le domestique, étant nourri à l'air libre, & d'alimens qu'il va chercher lui-même, & plus exercé que l'autre ; ce qui contribue à atténuer & à chasser au-dehors les humeurs grossieres qu'il pourroit contenir, & enfin à exalter de plus en plus les principes de ses liqueurs ; ainsi il abonde davantage en sel volatil : cette chair est cependant de difficile digestion.

Le foie du canard sauvage passe pour propre à arrêter le flux hépatique.

La graisse du canard est adoucissante, résolutive, & émolliente. (N)

CANARD de pré de France, voy. CANE PETIERE.

CANARD de Moscovie, voyez CANARD de Barbarie.

CANARD d'Inde, voyez CANARD de Barbarie.

Dans les lieux de grand passage on fait au milieu des prairies & des roseaux, loin de tous arbres & haies, des canardieres ou grandes mares, où l'on met quelques canards privés qui appellent les passans, & un homme caché dans une hutte les tire au fusil. On les prend aussi aux piéges, soit collets ou autres : l'heure la plus favorable pour les tirer est de grand matin, à mesure qu'ils partent. On les prend encore avec des nappes ou à l'appât, ou bien au trictrac avec des panneaux, & à la glu le long des mares d'eau où ils se reposent.

Pour le vol du canard il faut se servir des autours qui font leur coup à la toise, c'est-à-dire tout d'une haleine, d'un seul trait d'aîle, & sont toûjours plus vîtes à partir du poing que les autres. Quand on est arrivé sur le lieu, & qu'on a observé où sont les canards, on prend les devants le long du fossé avec l'autour sur le poing ; on le présente vis-à-vis les canards, qui prennent l'épouvante & se levent : mais l'autour part aussi-tôt du poing, vole à eux, & en empiete toûjours quelqu'un.

Dans la saison où les canards sauvages font leurs canetons, on suit les bords des étangs & des rivieres avec un filet attaché à la queue d'un barque ; on bat tous les endroits couverts & marécageux, les canetons effrayés sortent & se jettent dans les filets ; on les prend, on leur brûle les bouts des aîles, & on les mêle avec les canetons domestiques.

CANARDS, ou bois perdus ; voyez BOIS.


CANARIS. m. oiseau ainsi appellé des îles Canaries d'où on nous l'a apporté. Voyez SERIN. (I)


CANARIE(LES ILES), Géog. îles de l'Océan, ainsi nommées de la plus grande ; elles étoient connues des anciens sous le nom d'îles Fortunées. On en compte sept, qui sont celle de Palme, de Fer, Gomero, Ténériffe, la grande Canarie, Fuerteventura, & Lancerote : on pourroit encore y en ajoûter quelques autres moins considérables. Elles sont très-fertiles, & produisent des vins délicieux. Les Espagnols en sont les maîtres. L. 0-5. 30. lat. 27. 30-29. 45.

CANARIE, subst. f. espece d'ancienne danse, que quelques-uns croyent venir des îles Canaries, & qui selon d'autres vient d'un ballet ou d'une mascarade, dont les danseurs étoient habillés en sauvages. Dans cette danse on s'approche & on s'éloigne les uns des autres, en faisant plusieurs passages bisarres, à la maniere des Sauvages.

La canarie, en Musique, est une espece de gigue. Voyez l'article GIGUE, & le prologue de l'Europe galante.


CANASSEsub. f. (Commerce) on nomme ainsi à Amsterdam des especes de grandes caisses, qui sont quelquefois d'étain, dans lesquelles les vaisseaux de la compagnie apportent les différens thés de la Chine & des Indes orientales. Dans la vente de cette marchandise, on donne ordinairement seize livres de tare par canasse. Voyez TARE. (G)


CANATHOS(Myth.) fontaine de Nauplia où Junon alloit, dit-on, se baigner une fois tous les ans, pour recouvrer sa divinité ; fable fondée sut quelque particularité des mysteres secrets qu'on y célebroit en l'honneur de la déesse.


CANCALE(Géog.) ville de France, dans la haute Bretagne, sur le bord de la mer. Long. 15d. 48'. 15". lat. 48d. 40'. 40".


CANCAMUM(Hist. nat.) gomme rare, qui paroît plûtôt un assemblage de plusieurs gommes : on y distingue quatre substances différentes, qui ont chacune leur couleur séparée. La premiere ressemble au succin ; elle se fond au feu, & à l'odeur de la gomme laque. La seconde est noire, se fond au feu comme la premiere, mais rend une odeur plus douce. La troisieme est semblable à de la corne, & n'a point d'odeur. La quatrieme est blanche, & c'est la gomme animé. On dit que ces gommes découlent d'un arbre qui croît en Afrique, au Bresil, & dans l'île de Saint-Christophe, & qui a quelque ressemblance avec celui qui donne la myrrhe.


CANCE(Géog.) riviere de France, dans le Vivarais, qui se jette dans le Rhône.


CANCELLARIUSsub. m. (Hist. anc.) mot que quelques auteurs ont rendu en françois par chancelier. C'étoit chez les Romains un officier subalterne, qui se tenoit dans un lieu fermé de grilles & de barreaux, cancelli, pour copier les sentences des juges & les autres actes judiciaires, à-peu-près comme nos greffiers ou commis du greffe. Ils étoient payés par rôles d'écritures, ainsi qu'il paroît par le fragment d'une loi des Lombards, cité par Saumaise. Il falloit que cet officier fût très-peu de chose, puisque Vopiscus rapporte que Numerien fit une élection honteuse, en confiant à un de ces greffiers le gouvernement de Rome. M. Ducange prétend que ce mot vient de la Palestine où les toîts étoient plats & faits en terrasse, avec des barricades ou balustrades grillées, nommées cancelli ; que ceux qui montoient sur ces toîts pour réciter quelque harangue s'appelloient cancellarii ; qu'on a depuis étendu ce titre à ceux qui plaidoient dans le barreau, nommés cancellarii forenses. Ménage a tiré du même mot l'étymologie de chancelier, cancellarius, à cancellis ; parce que, selon lui, quand l'empereur rendoit la justice, le chancelier étoit à la porte de la clôture ou des grilles qui séparoient le prince d'avec le peuple. (G)


CANCELLATIONS. f. (Commerce) terme en usage à Bordeaux, dans le bureau du courtage & de la foraine.

Il signifie la décharge que le commis donne aux marchands, de la soûmission qu'ils ont faite de payer le quadruple des droits, faute de rapporter dans un tems limité un certificat de l'arrivée de leurs marchandises dans les lieux de leur destination. (G)

Sur l'étymologie du mot cancellation, voyez l'article suivant.


CANCELLERv. act. en droit, signifier barrer ou biffer une obligation ou autre acte.

Ce mot vient du latin cancellare, croiser, traverser, fait de cancelli, qui signifie des barreaux ou un treillis ; parce qu'en effet en biffant un acte par des raies tirées en différens sens, on forme une espece de treillis. (H)


CANCELLIsubst. m. plur. (Hist. nat.) petites chapelles érigées par les anciens Gaulois aux déesses meres, qui présidoient à la campagne & aux fruits de la terre. Ces peuples y portoient leurs offrandes avec des petites bougies, & après avoir prononcé quelques paroles mystérieuses sur du pain ou sur quelques herbes, ils les cachoient dans un chemin creux ou dans le tronc d'un arbre, & croyoient par-là garantir leurs troupeaux de la contagion, & de la mort même. Cette pratique, ainsi que plusieurs superstitions dont elle étoit accompagnée, fut défendue par les capitulaires de nos rois & par les évêques. Mem. de l'Acad. tom. VII. (G)


CANCERS. m. terme de Chirurgie, est une tumeur dure, inégale, raboteuse & de couleur cendrée ou livide, environnée tout-autour de plusieurs veines distendues & gonflées d'un sang noir & limoneux, située à quelque partie glanduleuse ; ainsi appellée, à ce que quelques-uns prétendent, parce qu'elle est à-peu-près de la figure d'une écrevisse, ou, à ce que disent d'autres, parce que semblable à l'écrevisse elle ne quitte pas prise quand une fois elle s'est jettée sur une partie.

Dans les commencemens elle ne cause point de douleur, & n'est d'abord que de la grosseur d'un pois-chiche : mais elle grossit en peu de tems & devient très-douloureuse.

Le cancer vient principalement à des parties glanduleuses & lâches, comme les mamelles & les émonctoires. Il est plus ordinaire aux femmes qu'aux hommes, & singulierement à celles qui sont stériles, ou qui vivent dans le célibat. La raison pourquoi il vient plûtôt aux mammelles qu'à d'autres parties, c'est que comme elles sont pleines de glandes & de vaisseaux lymphatiques & sanguins, la moindre contusion, compression ou piquûre peut faire extravaser ces liqueurs, qui par degrés, contractant de l'acrimonie, forment un cancer. C'est pourquoi les maîtres de l'art disent que le cancer est aux glandes, ce qu'est la carie aux os, la gangrene aux parties charnues.

Le cancer cependant vient quelquefois à d'autres parties molles & spongieuses du corps ; & on en a quelquefois vû aux gencives, au ventre, au cou de la matrice, à l'urethre, aux levres, au nez, aux joues, à l'abdomen, aux cuisses, & même aux épaules.

On appelle loup, un cancer aux jambes ; & celui qui vient au visage ou au nez, noli me tangere. Voyez NOLI ME TANGERE.

On divise les cancers, selon qu'ils sont plus ou moins invétérés, en cancer occulte, & cancer ouvert ou ulcéré.

Le cancer occulte est celui qui n'a point encore fait tout le progrès qu'il est capable de faire, & qui ne s'est point encore fait jour.

Le cancer ulcéré se reconnoît par ses inégalités & par quantité de petits trous, desquels sort une matiere sordide, puante & glutineuse, pour l'ordinaire jaunâtre ; par des douleurs poignantes, qui ressemblent aux piquûres que feroient des milliers d'épingles ; par sa noirceur ; par l'enflure des veines de l'ulcere ; par la couleur noirâtre, le gonflement, & les varices.

Quelquefois les extrémités des vaisseaux sanguins sont rongées, & le sang en sort. Dans un cancer au sein, la chair est quelquefois consumée au point qu'on peut voir dans la cavité du thorax. Il occasionne une fievre lente, un sentiment de pesanteur, fort souvent des défaillances, quelquefois l'hydropisie, & la mort à la fin.

La cause immédiate du cancer paroît être un sel volatil excessivement corrosif, qui approche de la nature de l'arsenic, formé par la stagnation des humeurs, &c. On est quelquefois venu à bout de le guérir par le moyen du mercure & de la salivation. Quelques uns croyent que le cancer ulcéré n'est autre chose qu'une infinité de petits vers qui dévorent la chair petit-à-petit. Le cancer passe avec raison pour une des plus terribles maladies qui puisse arriver. Ordinairement on le guérit par l'extirpation, quand la tumeur est encore petite, qu'elle n'est, par exemple, que de la grosseur d'une noix, ou tout au plus d'un petit oeuf : mais quand il a gagné toute la mammelle, qu'il creve & devient ulcéré, on n'y peut remédier que par l'amputation de la partie.

Le cancer ulcéré est une maladie qui n'est pas méconnoissable : ses bords tuméfiés & renversés ; la sanie, semblable à celle d'une partie gangrenée, qui découle de ses chairs baveuses ; sa puanteur, & l'horreur qu'il fait au premier aspect, en annoncent le mauvais caractere. Mais il est important pour la pratique, qu'on établisse le diagnostic du cancer occulte commençant. Il y a une infinité de gens qui vantent des secrets pour la guérison des cancers naissans, & qui sont munis de témoignages & d'attestations des cures qu'ils ont faites, parce qu'ils donnent le nom de cancer à une glande tuméfiée qu'un emplâtre résolutif auroit fait disparoître en peu de tems. Les nourrices & les femmes grosses sont sujettes à des tumeurs dures & douloureuses aux mamelles, qui se terminent ordinairement & fort heureusement par suppuration. Il survient souvent presque tout-à-coup des tumeurs dures aux mamelles des filles qui entrent dans l'âge de puberté, & elles se dissipent pour la plûpart sans aucun remede. Le cancer naissant au contraire fait toûjours des progrès, qui sont d'autant plus rapides, qu'on y applique des médicamens capables de délayer & de résoudre la congestion des humeurs qui se forment. On en peut faire trop-tot l'extirpation, par les raisons que nous exposerons ci-après. Il faut donc le connoître par des signes caractéristiques, afin de ne les pas confondre avec d'autres tumeurs qui demandent un traitement moins douloureux, & afin de ne pas jetter mal-à-propos les malades dans de fausses allarmes.

Le cancer des mammelles & de toute autre partie, est toûjours la suite d'un skirrhe : ainsi toute tumeur cancéreuse doit avoir été précédée d'une petite tumeur qui ne change pas la couleur de la peau, & qui reste indolente, souvent plusieurs mois, & même plusieurs années sans faire de grands progrès. Lorsque le skirrhe dégenere en cancer, la douleur commence à se faire sentir, principalement lorsqu'on comprime la tumeur. On s'apperçoit ensuite qu'elle grossit, & peu de tems après elle excite des élancemens douloureux, qui se font ressentir sur-tout dans les changemens de tems, après les exercices violens, & lorsqu'on a été agité trop vivement par les passions de l'ame. La tumeur croît, & fait ensuite des progrès qui empêchent qu'on ne se trompe sur sa nature. Les élancemens douloureux qui surviennent à une tumeur skirrheuse, sont les signes qui caractérisent le cancer. Ces douleurs ne sont point continues ; elles sont lancinantes ou pungitives ; elles ne répondent point au battement des arteres comme les douleurs pulsatives, qui sont le signe d'une inflammation sanguine : il semble que la tumeur soit de tems à autre piquée & traversée, comme si on y enfonçoit des épingles ou des aiguilles. Ces douleurs sont fort cruelles, & ne laissent souvent aucun repos, ce qui réduit les malades dans un état vraiment digne de pitié : elles sont l'effet de la présence d'une matiere corrosive, qui ronge le tissu des parties solides. Les remedes fondans & émolliens ne conviennent point à ces maladies, parce qu'en procurant la dissolution des humeurs qui forment le cancer, ils en accélerent la fonte putride, & augmentent par-là considérablement les accidens.

On voit par ces raisons, qu'on ne peut pas trop promtement extirper une tumeur cancéreuse, même occulte. Après avoir préparé la malade par des remedes généraux, (je suppose cette maladie à la mammelle), on la fait mettre en situation convenable ; elle doit être assise sur un fauteuil, dont le dossier soit fort panché. Je fais fort volontiers cette opération, en laissant les malades dans leurs lits. On fait tenir & écarter le bras du côté malade, afin d'étendre le muscle grand pectoral. Si la tumeur est petite, on fait une incision longitudinale à la peau & à la graisse qui recouvre la tumeur ; on la saisit ensuite avec une errine, voyez ERRINE, & en la disséquant avec la pointe du bistouri droit qui a servi à faire l'incision de la peau, on la détache des parties qui l'environnent, & on l'emporte. J'ai fait plusieurs fois cette opération, j'ai réuni la plaie avec une suture seche, & cela m'a réussi parfaitement.

Si la tumeur est un peu considérable, qu'elle soit mobile sous la peau, & que le tissu graisseux ne soit point embarrassé par des congestions lymphatiques, on peut conserver les tégumens : mais une incision longitudinale ne suffiroit point ; il faut les inciser crucialement ou en T, selon qu'on le juge le plus convenable. On disseque les angles, & on emporte la tumeur ; on réunit ensuite les lambeaux des tégumens ; ils se recollent, & on guérit les malades en très-peu de tems.

Lorsque la peau est adhérente à la tumeur, ou que les graisses sont engorgées, si l'on n'emporte tout ce qui n'est pas dans l'état naturel, on risque de voir revenir un cancer avant la guérison parfaite de la plaie, ou peu de tems après l'avoir obtenue : on l'impute alors à la masse du sang, que l'on dit être infectée de virus cancéreux ; virus, de l'existence duquel tout le monde n'est point persuadé. Le préjugé que l'on auroit sur ce point, pourroit devenir préjudiciable aux malades qui ne se détermineroient pas à se faire faire une seconde operation, de crainte qu'il ne vint encore un nouveau cancer. On a vû des personnes qu'on a guéries parfaitement après s'être soûmises à deux ou trois opérations consécutives. Le cancer est un vice local qui a commencé par un skirrhe, effet de l'extravasation & de l'épaississement de la lymphe : le skirrhe devient carcinomateux par la dissolution putride des sucs épanchés ; dès que les signes qui caractérisent cette dépravation se sont manifestés, on ne peut faire trop-tôt l'extirpation de la tumeur, pour empêcher qu'il ne passe de cette matiere putride dans le sang, où elle causeroit une colliquation qu'aucun remede ne pourroit empêcher. Le docteur Turner assûre que deux personnes de sa connoissance perdirent la vie pour avoir goûté de la liqueur qui couloit d'un cancer à la mammelle. Malgré toutes les précautions que puisse prendre un habile chirurgien, il peut y avoir encore quelque point skirrheux, qui échappant à ses recherches dans le tems de l'extirpation d'un cancer, seront le germe d'un nouveau, qu'il faudra ensuite extirper ; alors ce n'est point une régénération du cancer : c'est une maladie nouvelle, de même nature que la premiere, produite par un germe local qui ne succede point à celui du cancer précédent. On peut en faire l'extirpation avec succès ; ces cas exigent des attentions, & doivent déterminer à faire usage des délayans, des fondans, & des apéritifs tant internes qu'externes. J'ai vû faire deux & même trois fois l'opération avec succès : si la masse du sang est atteinte de colliquation, on ne doit pas craindre la production d'un nouveau cancer ; on se dispense absolument de faire une opération, qui en ôtant la maladie, n'affranchiroit pas la malade d'une mort certaine ; on se contente alors d'une cure palliative. L'expérience a prouvé l'utilité des préparations de plomb dans ces cas : on peut appliquer sur le cancer ulcéré des remedes capables d'agir par inviscation sur les sucs dépravés ; les remedes coagulans qui donneroient de la consistance aux sucs exposés à l'action de l'humeur putride, pourroient les mettre, du moins quelque tems, à l'abri de la dissolution. M. Quesnay persuadé que la malignité de l'humeur cancéreuse dépendoit d'une dépravation alkaline, a pensé que les plantes qui sont remplies d'un suc acerbe, devoient modérer la férocité de cette humeur ; il a fait l'essai du sedum vermiculare dans quelques cas avec beaucoup de succès.

Lorsque le cancer occupe toute la mammelle, & que la masse du sang n'est point en colliquation, on peut amputer cette partie : pour faire cette opération, après les préparations générales, on met la malade en situation. Le chirurgien placé à droite, soûleve la mammelle avec sa main gauche, & la tire un peu à lui ; il tient de l'autre main un bistouri avec lequel il incise la peau à la partie inférieure de la circonférence de la tumeur. Il introduit ses doigts dans cette incision pour soûlever la tumeur & la décoller de dessus le muscle pectoral ; & avec son bistouri il coupe la peau à mesure qu'il disseque la tumeur. Il doit prendre garde de couper la peau en talud, pour ne pas découvrir les houpes nerveuses, ce qui rendroit les pansemens très-douloureux ; s'il restoit quelques pelotons graisseux affectés à la circonférence de la plaie ou vers l'aisselle, il faudroit les extirper. On panse la plaie avec de la charpie brute ; je suis dans l'usage de faire une embrocation tout autour de la plaie avec l'huile d'hypericum ; je pose des compresses assez épaisses sur la charpie, & je contiens le tout avec le bandage de corps, que j'ai soin de fendre par une des extrémités pour en former deux chefs, dont l'un passe au-dessus, & l'autre au-dessous de la mammelle saine, afin qu'elle ne soit point comprimée. Voyez BANDAGE DE CORPS. Je ne leve l'appareil que le troisieme ou quatrieme jour, lorsque la suppuration le détache, & je termine la cure comme celle des ulceres. Voyez ULCERE.

L'on a fait graver quelques figures pour l'intelligence des choses qui viennent d'être dites, & pour qu'on puisse juger des anciennes méthodes de pratiquer l'opération du cancer.

Planche XXVIII. fig. 3. cancer occulte à la mammelle droite, & qui n'en occupoit qu'une partie.

Fig. 4. La cicatrice qui reste après l'extirpation d'une pareille tumeur.

Fig. 5. Autre cancer qui occupe toute la mammelle, & dont on fait l'extirpation avec succès.

Fig. 6. Méthode que les anciens prescrivoient pour l'opération du cancer. Lorsqu'ils avoient passé deux fils en croix sous la tumeur, ils soûlevoient la mammelle, & l'amputoient comme on voit Planche XX. fig. 1. cette méthode est absolument proscrite pour sa cruauté & ses imperfections.

Planche XX. fig. 2. Fourchette que l'on a crû pouvoir substituer aux points d'aiguille, pour soûlever les tumeurs dont le volume est considérable.

Fig. 4. Autre instrument pour les petites tumeurs.

Fig. 3. Instrument tranchant comme un rasoir pour l'amputation de la mammelle.

Fig. 5. Nouvel instrument avec lequel on embrasse la mammelle, comme on voit fig. 6. la branche moyenne est d'acier & tranchante sur sa convexité.

Ces instrumens ne peuvent servir qu'à une opération défectueuse. Les figures sont d'après M. Heister, dans ses Instituts de Chirurgie. (Y)

CANCER, (en Astronomie) est un des douze signes du zodiaque : on le représente sur le globe sous la forme d'une écrevisse, & dans les ouvrages d'Astronomie, par deux figures placées l'une auprès de l'autre, & assez semblables à celles dont on se sert pour exprimer soixante-neuf en Arithmétique, 69. Voyez SIGNE, CONSTELLATION.

Ptolomée compte 13 étoiles dans le signe du cancer, Ticho, 15 ; Bayer & Hevelius, 29 ; Flamsteed, 71 au moins.

Tropique du CANCER, en terme d'Astronomie, est un des petits cercles de la sphere, parallele à l'équateur, & qui passe par le commencement du signe du cancer. Ce tropique est dans l'hémisphere septentrional, & est éloigné de l'équateur de 23d 1/2. Voyez TROPIQUE. Voyez aussi SPHERE. (O)


CANCHE(Géog.) riviere de France, en Picardie, qui prend sa source en Artois.


CANCHES(Géog.) Sauvages de l'Amérique méridionale, au Pérou.


CANCHEou CANTCHEOU, (Géog.) grande ville de la Chine, dans la province de Kiangsi, capitale d'un pays qui porte le même nom. Long. 133. 32. lat. 25. 53.


CANCHY(Hist. nat. bot. ] c'est le nom d'un arbre fort gros qui se trouve au Japon, dont les habitans du pays se servent pour faire une espece de papier. Voici comment ils s'y prennent. On coupe l'arbre à fleur de terre ; il continue à pousser de petits rejettons : quand ils sont de la grosseur du doigt, on les coupe, on les fait cuire dans un chauderon jusqu'à ce que l'écorce s'en sépare, on seche cette écorce, & on la remet cuire encore deux fois, en remuant continuellement, afin qu'il se forme une espece de bouillie ; on la divise & on l'écrase encore plus dans des mortiers de bois, avec des pilons de la même matiere ; on met cette bouillie dans des boîtes quarrées, sur lesquelles on met de grosses pierres pour en exprimer l'eau : on porte la matiere sur des formes de cuivre, & on procede de la même maniere que font les Papetiers.


CANCREvoyez CRABE.


CANDADI(Géog.) petit pays d'Espagne, dans l'Estramadoure.


CANDAHAR(Géog.) grande & forte ville d'Asie, capitale de la province de même nom, sous la domination du roi de Perse, aux frontieres des états du Mogol. Long. 85. lat. 33.


CANDARENou CANDRENA, (Myth.) Junon fut ainsi surnommée de Candara, ville de Paphlagonie, où elle étoit particulierement honorée.


CANDAU(Géog.) petite ville d'Allemagne, dans le duché de Courlande à 9 milles de Mittau.


CANDÉ(Géog.) petite ville de France en Touraine, au confluent de la Loire & de la Vienne.


CANDELABRES. m. (Architecture) du latin candelabrum, chandelier : c'est une espece de vase fort élevé en maniere de balustre, que l'on place ordinairement pour servir d'amortissement à l'entour extérieur d'un dome, ou pour couronner un portail d'église ; tels qu'il s'en voit à la Sorbonne, au Val-de-Grace, aux Invalides, &c. (P)


CANDELARO(Géog.) riviere d'Italie au royaume de Naples dans la Capitanate, qui se jette dans le golfe de Manfredonia.


CANDELETTES. f. (Marine) brosse de bossoir : jarre bosse ; c'est une corde garnie d'un crampon de fer, dont on se sert pour accrocher l'anneau de l'ancre lorsqu'elle sort de l'eau, & qu'on veut la baisser ou remettre en place. Chaque candelette a de son côté son pendour & son étrope. (Z)


CANDELOR(Géog.) ville de la Turquie en Asie, près de la côte de Natolie.


CANDIDATS. m. (Hist. anc. & mod.) se dit en général de toute personne qui aspire à un emploi honorable ou lucratif. Les Romains nommoient ainsi particulierement les prétendans aux charges publiques, qui se mettoient sur les rangs au tems de l'élection des magistrats. Le mot est latin, candidatus, formé de candidus, blanc, à cause de la robe blanche que ces aspirans portoient. Vêtus de la sorte, ils alloient solliciter les suffrages, accompagnés de leurs proches, de leurs amis, & de leurs cliens. Les plus illustres magistrats qui prenoient intérêt à un candidat, le recommandoient au peuple. De son côté, le candidat averti par ses nomenclateurs, gens chargés de lui faire connoitre par noms & surnoms ceux dont il briguoit les suffrages, saluoit tous ceux-ci, embrassoit tous ceux qu'il rencontroit en chemin ou dans la place publique. La loi Tullienne défendoit aux candidats de donner des jeux ou des fêtes au public, de peur que par ce moyen on ne gagnât les suffrages du peuple : mais du reste on n'oublioit rien pour y parvenir ; caresses, intrigues, libéralités, bassesses même, tout étoit prodigué. Dans les derniers tems de la république, on vint jusqu'à corrompre les distributeurs des bulletins, qui en les donnant au peuple pour le scrutin, glissoient adroitement par-dessous une piece d'or à chacun de ceux dont on vouloit déterminer le suffrage en faveur du candidat, dont le nom étoit inscrit sur ce bulletin. C'étoit pour prévenir cet inconvénient, disent quelques auteurs, qu'on avoit imposé aux candidats la nécessité de ne paroître dans les assemblées qu'avec la robe blanche sans tunique, afin d'ôter tout soupçon qu'ils portassent de l'argent pour corrompre les suffrages : d'autres disent que cet habillement servoit simplement à les faire mieux remarquer dans la foule par leurs cliens & leurs amis. (G)


CANDIDICANDIDI


CANDIDIANO(Géog.) petite riviere d'Italie dans la Romagne, dépendante de l'état de l'Eglise.


CANDIou CRETE, (Géog.) île considérable d'Europe dans la mer Méditerranée, dont la capitale porte le même nom. L'île a environ 200 lieues de circonférence : elle est aux Turcs. Long. 42. 58. lat. 35. 20.


CANDIILS. m. (Commerce) est un poids dont on se sert à la Chine & à Galanga. Il est de deux sortes : l'un qu'on nomme le petit, qui est de seize mans, & l'autre qui est plus fort, est de vingt mans. Le candiil de seize mans, fait trois chintals bien forts, & celui de vingt mans trois chintals & trois rubis. Le rubis fait trente-deux rotolis. Voyez CHINTAL, ROTOLI, BISUBIS. (G)


CANDIou CANDILE, s. m. (Commerce) mesure dont on se sert aux Indes, à Cambaye, & à Bengale ; pour vendre le riz & les autres grains : elle contient quatorze boisseaux, & pese environ cinq cent livres. Voyez BOISSEAU.

C'est sur le pié du candil qu'on estime & qu'on jauge dans ce pays là les navires, comme nous faisons en Europe au tonneau. Ainsi, lorsqu'on dit qu'un bâtiment est du port de 400 candils, c'est-à-dire qu'il peut porter deux cent milliers pesant, qui font cent tonneaux, le tonneau pris sur le pié de deux milliers. Voyez JAUGER & TONNEAU. (G)


CANDIRv. act. en parlant de sucre, préparation de cette substance faite en la fondant, la claréfiant, & la crystallisant six ou sept fois différentes pour la rendre dure & transparente. Voyez SUCRE.

Les Apothicaires font aussi candir certains médicamens en les faisant bouillir dans le sucre, & les conservent par ce moyen en nature : c'est à proprement parler ce qu'on appelle confire ; car ces deux opérations ne different entr'elles que du plus au moins de cuisson du sucre. (N)


CANDISen terme de Confiseur, se dit des confitures de fruits ordinairement tout entiers, sur lesquels l'on a fait candir du sucre, après qu'ils ont été cuits dans le sirop, ce qui les rend comme de petits rochers crystallisés de diverses formes & figures, dont les couleurs variées approchent de celle des fruits qui y entrent.

Une pyramide de candis sur une table, fait un coup-d'oeil agréable.

CANDIS, se dit encore, chez les mêmes ouvriers, des confitures liquides, lorsqu'à force d'avoir été gardées le sucre vient à s'en séparer & à s'élever au-dessus du fruit, où il forme une espece de croûte dure.


CANDISH(Géog.) province d'Asie dans les états du grand Mogol, dont la capitale est Brampour.


CANDOCANDI, ou CONDI, (Commerce) mesure ou aulne dont on se sert en plusieurs endroits des Indes, & sur-tout à Goa.

Le cando de Goa est de dix-sept aulnes de Hollande, & de 7/8 par cent plus grand que les aulnes de Babel & de Balsora, & de 6 & 1/2 plus que le varre ou aulne d'Ormus.

Les étoffes de soie & celles de laine se mesurent au varre, & les toiles au cando. Le cando ou condi dont on se sert dans le royaume de Pegu, est pareil à l'aulne de Venise. Voyez AULNE & VARRE. Dict. du Comm. tom. II. pag. 69. (G)


CANDOU(Hist. nat. bot.) arbre des Indes orientales, qui croît sur-tout dans les îles Maldives : il ressemble par ses feuilles & par sa grandeur à notre peuplier ; il ne porte point de fruit. Son bois est mou & spongieux : on dit qu'il a la propriété de faire feu, lorsqu'on en prend deux morceaux, & qu'on frappe l'un avec l'autre.


CANDY(Géog.) royaume d'Asie dans l'île de Ceylan habité par des idolâtres. La capitale de ce royaume s'appelle aussi Candi. Long. 98. 30. lat. 7. 35.


CANE à têteousse, anas fera fusca : cet oiseau pese deux livres ; il a un pié sept ou huit pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité des doigts, & environ un pié & demi, si on n'étend la mesure que jusqu'au bout de la queue. Cet oiseau est plus gros, plus court, & plus épais que la cane rouge. Les petites plumes qui recouvrent les grandes plumes des ailes & celles du milieu du dos, sont de couleur cendrée & parsemée de petites lignes ondoyantes, dont les unes sont de couleur cendrée & les autres de couleur rousse ; elles sont placées alternativement. Les plumes du dessous du cou, du croupion, & celles qui se trouvent autour de l'anus, sont noires ; les petites plumes qui recouvrent l'aile en-dessous sont blanches ; la tête & le cou presqu'en entier, sont de couleur jaune foncée ou rousse ; les plumes du milieu de la poitrine sont blanches, à l'exception des bords qui sont jaunâtres : il y a sur le bas de la poitrine des lignes brunes, & la couleur du ventre devient peu-à-peu de plus en plus brune & obscure à mesure qu'on approche de l'anus. La queue est composée de quatorze plumes, qui ont deux pouces de longueur, & qui sont de couleur cendrée noirâtre. Il y a environ vingt-cinq grandes plumes à chaque aile ; elles sont toutes d'une même couleur cendrée & mêlée de brun : cependant si on y regarde de près, on trouvera que quelques-unes des plumes qui sont au-delà de la dixieme ont la pointe blanchâtre. Le bec est plus grand & plus large que celui de la cane mouche ; la piece supérieure du bec est de couleur plombée, à l'exception de l'extrémité qui est noirâtre ; la piece inférieure est presque entierement noire. L'iris des yeux est d'une belle couleur jaune éclatante ; les pattes sont de couleur plombée, & la membrane qui tient les doigts unis ensemble est noire ; le doigt intérieur est le plus petit, & l'extérieur est presque égal au doigt du milieu, dont l'ongle est tranchant. Ce qu'il y a de particulier dans cet oiseau, c'est que les plumes des ailes sont presque toutes d'une même couleur, qui est le cendré. Willughby, Ornithologie. Voyez OISEAU.

CANE du Levant, anas circia Gesn. Cet oiseau est le plus petit de son genre. Le bec est noirâtre ; toute la face supérieure de l'oiseau est de couleur brune cendrée. L'extrémité des plumes du dos est blanchâtre ; il y a sur les ailes une bande large d'un pouce, en partie noire & en partie de couleur d'émeraude & blanche de chaque côté ; les plumes de la queue sont pointues. Toute la face intérieure de l'oiseau est de couleur jaune pâle mêlée de blanc ; il y a cependant sur la poitrine & sur le bas-ventre, grand nombre de taches noirâtres assez larges. Les jambes sont d'un bleu pâle ; la membrane qui est entre les doigts est noire. On trouve dans l'estomac des semences & des petites pierres. D. Johnson. Willughby, Ornith. Voyez OISEAU.

CANE haute sur ses jambes, anas alticrura ; oiseau qu'Aldrovande rapporte au genre des plongeons. Il a le bec pointu, en partie noir & en partie rouge ; le cou est entouré d'un collier blanc ; le dos est de couleur cendrée pâle ; le ventre est blanc ; les aîles sont très larges ; les quatre premieres grandes plumes sont noires, celles du milieu sont blanches, & les autres noires, à l'exception de la pointe qui est blanche ; la queue est en entier de la même couleur, excepté l'extrémité supérieure qui est legerement teinte de noir ; les jambes sont plus minces & plus longues que dans les autres oiseaux de ce genre ; le pié & la membrane qui joint les doigts les uns aux autres, sont blancs. Aldrovande, Ornith. lib. XIX. c. lx. Voyez OISEAU.

CANE MOUCHE, anas muscaria ; cet oiseau a été ainsi nommé, parce qu'il prend les mouches qui volent sur l'eau. Il est presque de la grosseur du canard domestique, & il lui ressemble beaucoup. Le bec est large & court, il n'a pas plus de deux pouces de longueur ; la piece de dessus est de couleur de safran ; les dents sont disposées de chaque côté comme celles d'une scie ; elles sont un peu larges, presque membraneuses, flexibles & saillantes, sur-tout dans la piece du dessus, car celles du dessous sont moins élevées, & forment des sortes de cannelures sur le bec. Tout le corps de cet oiseau est de plusieurs couleurs mêlées ensemble, telles que le noirâtre, le blanc & le verd-clair, avec une couleur de feu brillant, ou pour mieux dire, approchantes de celles de la perdrix. Les pattes sont jaunes, & les doigts sont noirâtres, & se tiennent par une membrane. Le cou a en-dessus & en-dessous des couleurs semblables à celles dont il a déjà été fait mention. Le sommet de la tête est plus noir que toute autre partie de l'oiseau, à l'exception des aîles où cette même couleur domine aussi : elles ne s'étendent pas jusqu'au bout de la queue. Gesn. Willughby, Ornith. Voyez OISEAU.

CANE PETIERE ; anas campestris, tetrax ; oiseau qui paroit être particulier à la France ; desorte qu'il n'y a point de paysan qui ne le connoisse sous ce nom, qui ne doit pas désigner ici que cet oiseau soit aquatique, ni un vrai canard, mais seulement qu'il s'accroupit sur la terre comme les canards : car il n'a d'ailleurs aucune ressemblance avec les oiseaux de ce genre ; c'est un oiseau de campagne ; il est de la grosseur du faisan ; il a la tête semblable à celle de la caille, quoique plus grosse, & le bec comme le coq ; il a trois doigts à chaque patte, comme dans le pluvier & l'outarde ; les racines des plumes sont rouges & presque de couleur de sang, & elles tiennent à la peau comme celles des plumes de l'outarde ; ce qui fait croire que cet oiseau est une espece d'outarde. Il est blanc sous le ventre comme un cygne ; le dos est de trois ou quatre couleurs, le fauve, le cendré & le roux mêlé de noir ; les quatre premieres plumes des ailes sont noires à l'extrémité, celles qui se trouvent au-dessous du bec sont blanches. Il y a des canes petieres qui ont comme les merles de Savoie à l'endroit du jabot, un collier blanc qui entoure la poitrine : cette couleur s'étend jusqu'à la poitrine. La tête & le dessus du cou sont de même couleur que les ailes & le dos ; le bec est moins noir que celui du francolin ; la couleur des pattes tire sur le cendré ; celle de la tête & du cou n'est pas constante, c'est ce qui fait une différence entre le mâle & la femelle : mais la couleur du dos & des ailes est toûjours la même. On met la cane petiere au nombre des oiseaux les plus excellens à manger, & on la croit aussi bonne que le faisan : elle se nourrit indifféremment de toutes sortes de graines ; elle mange aussi des fourmis, des scarabés, des mouches, & du blé lorsqu'il est en herbe. On prend les canes petieres comme les perdrix au lacet, au filet, à la forme, & avec l'oiseau de proie : mais cette chasse n'est pas aisée, parce qu'elles font un vol de deux ou trois cent pas fort promt & peu élevé, & lorsqu'elles sont tombées à terre, elles courent si vîte qu'un homme pourroit à peine les suivre. Belon, Hist. de la nature des oiseaux. Voyez OISEAU.

CANE ou Canard femelle, voyez CANARD.

CANE de mer, voyez CANARD SAUVAGE.

CANE de Guinée, voyez CANARD de Barbarie.

CANE du Caire, voyez CANARD de Barbarie. (I)

* CANES, (Econom. rustique) il faut dresser à cette volaille un petit toît qui les mette à couvert des animaux qui les mangent ; ce toît leur suffit.

Les canes aiment l'eau, il n'en faut pas élever ou elles n'ont pas dequoi barboter : on se sert de leur plume en oreillers, traversin, matelats, &c. les oeufs & la chair en sont bons. Il faut choisir les plus grosses, & donner huit ou dix femelles à chaque mâle : on leur jette à manger le soir & le matin avec le reste de la volaille, & la même nourriture. Elles sont carnacieres ; cependant elles ne font point de dégât : elles commencent ordinairement leur ponte en Mars, & la continuent jusqu'à la fin de Mai ; il faut alors les retenir sous le toit jusqu'à ce qu'elles ayent pondu : on employe souvent les poules à couver les oeufs d'oie & de cane, parce qu'elles sont plus assidues ; qu'une poule peut couver une douzaine d'oeufs, & que la cane n'en sauroit guere couver que six : il faut trente-un jours de couvée pour faire éclorre les canetons ; on les éleve comme les poussins ; on ne les laisse sortir qu'au bout de huit à dix jours.

On ne donne que six femelles à chaque mâle de canes d'Inde : leurs canetons s'élevent plus difficilement que les autres ; on ne leur donne dans le commencement que des miettes de pain blanc détrempées dans le lait caillé.

Les mâles d'entre les canes d'Inde se mêlent souvent avec les canes communes, & il en vient des canes bâtardes qui sont assez grosses, & qui s'élevent bien.

CANEE, (la) Géog. ville forte de l'île de Candie, avec un port. Long. 41. 43. lat. 35. 28.


CANELLES. f. (Bot. exotiq.) c'est la seconde écorce & l'intérieure d'un arbre qui ne croît plus que dans l'île de Ceylan.

Les Hollandois sont parvenus à faire seuls le commerce de la canelle. Les histoires anciennes ne nous fournissent pas d'exemples de nation qui ait fait dans le commerce en aussi peu de tems, un progrès pareil à celui des Hollandois, sur-tout au milieu des guerres étrangeres & des divisions domestiques. Plusieurs causes ont concouru à procurer aux Hollandois ce grand avantage ; la nécessité de se domicilier dans un terroir ingrat, d'y subsister par artifice, de défendre des prises sur mer, les formerent d'abord à de petites courses, ensuite à des armemens, enfin à la navigation, à la création de puissantes compagnies, & au commerce le plus étendu dans les quatre parties du monde. Aussi cette nation possede en ce genre des qualités très-essentielles : de ce nombre sont un génie né pour la pêche, une frugalité naturelle, un goût dominant pour l'épargne, pour le travail, & pour la propreté, qui sert à conserver leurs vaisseaux & leurs équipages. Ajoûtez-y leur industrie & leur persévérance à supporter les plus grandes pertes sans se rebuter.

Par tous ces moyens ils établirent dans l'île de Java un second siége de leur empire, conquirent sur les Portugais d'un côté les îles Molucques, produisant seules le girofle, voyez GIROFLE ; & de l'autre l'île de Ceylan, autrefois Taprobane, seule féconde en canelle, écorce précieuse, d'un goût admirable, thrésor de luxe & de commerce, qui de superflu est devenu nécessaire.

Entrons dans les détails ; M. Geoffroi me fournira ceux de Botanique ; les Hollandois, éclairés sur cette matiere, m'en ont confirmé l'exactitude.

Description de la canelle. La canelle commune, cinnamomum des boutiques est une écorce mince, tantôt de l'épaisseur d'une carte à joüer, tantôt de la grosseur de deux lignes : elle est roulée en petits tuyaux ou cannules, de la longueur d'une coudée, d'une demi-coudée, plus ou moins, d'un pouce de large le plus souvent ; d'une substance ligneuse & fibreuse, cassante cependant, dont la superficie est quelquefois ridée, quelquefois unie, de couleur d'un jaune rougeâtre, ou tirant sur le fer ; d'un goût acre, piquant, mais agréable, douçâtre, aromatique, un peu astringent, d'une odeur douce & très-pénétrante.

L'arbre qui la produit est le cinnamomum, foliis latis, ovatis, frugiferum, Burm. Ther. Zeyl. pag. 62. tab. 27. laurus foliis oblongo-ovatis, trinerviis, nitidis, planis, Linn. Hort. Cliffort, 154.

Description du canellier. La racine de cet arbre est grosse, partagée en plusieurs branches, fibreuse, dure, couverte d'une écorce d'un roux grisâtre en-dehors, rougeâtre en-dedans, qui approche de l'odeur du camphre, le bois de cette racine est solide, dur, blanchâtre, & sans odeur.

Le tronc s'éleve à trois ou quatre toises, & il est couvert aussi-bien que les branches qui sont en grand nombre, d'une écorce qui est verte d'abord, & qui rougit ensuite avec le tems : elle enveloppe le bois avec une petite peau & une croute grise ; son goût est foible lorsqu'elle est verte, mais douçâtre, acre, aromatique, & très-agréable lorsqu'elle est seche ; cette écorce récente, séparée de sa croute qui est grise & inégale, enlevée en son tems, & séchée au soleil s'appelle canelle ; le bois est dur intérieurement, blanc, & sans odeur.

Les feuilles naissent tantôt deux à deux, tantôt seule à seule ; elles sont semblables aux feuilles du laurier ou du citronnier ; elles sont longues de plus d'une palme, lisses, luisantes, ovalaires, terminées en pointe : lorsqu'elles sont tendres, elles ont la couleur de soie ; selon qu'elles sont plus vieilles, plus seches, elles sont d'un verd foncé en-dessus, & d'un verd plus clair en-dessous, soûtenues d'une queue d'un demi-pouce, épaisse, cannelée, terminée par trois filets nerveux qui s'étendent tout le long de la feuille, saillans des deux côtés, d'où partent de petites nervures transversales : enfin elles ont le goût & l'odeur de la canelle, caractere qui les distingue principalement de la feuille du malabathrum.

Les fleurs sont petites, étoilées, à six pétales, blanchâtres, & comme disposées en gros bouquet à l'extrémité des rameaux, portées sur des pédicules d'un beau verd, d'une odeur agréable, & qui approche de celle du muguet. Au lieu de la fleur est renfermé un petit coeur composé de deux rangs d'étamines, avec un pistil verd, noirâtre au sommet, qui se change en une baie ovalaire, longue de quatre ou cinq lignes, lisse, verte d'abord, ensuite d'un brun bleuâtre, tachetée de pointes blanchâtres, fort attachés à un calice un peu profond, un peu épais, verd, partagé en six pointes.

Elle contient sous une pulpe verte, onctueuse, astringente, un peu acre & aromatique, un petit noyau cassant, qui renferme une amande ovalaire, acre, presque de couleur de chair, ou de pourpre legere.

Cet arbre naît, & ne se trouve présentement que dans l'île de Ceylan, où il seroit aussi commun dans les forêts & dans les haies, que le coudrier l'est parmi nous, si on n'avoit grand soin de l'arracher. Aussi ne le cultive-t-on que dans un espace d'environ quatorze lieues le long de la mer : mais cette petite étendue de pays en produit si abondamment, que sur le pié de la consommation de canelle qui se fait aujourd'hui, Ceylan en pourroit fournir aisément à quatre mondes comme le nôtre.

Les canelliers doivent avoir un certain nombre d'années avant qu'on enleve leur écorce : suivant même le terroir, la culture & l'espece, ils donnent la canelle plus ou moins promtement. Ceux qui croissent dans des vallées couvertes d'un sable menu, pur & blanchâtre, sont propres à être écorcés au bout de trois ans ; au lieu que ceux qui sont plantés dans des lieux humides & marécageux, profitent beaucoup moins vîte. Ceux qui sont situés à l'ombre des grands arbres, qui leur dérobe les rayons du soleil, parviennent aussi plus tard à la maturité ; il y a même quelque différence entre les écorces des uns & des autres. L'écorce des canelliers plantés dans des lieux humides & ombragés, a un peu plus le goût du camphre, que celle de ceux qui viennent à découvert dans un terrein sablonneux ; car l'influence du soleil rend le camphre si volatil, qu'il se mêle facilement avec les sucs de l'arbre : & s'élevant entre le bois & la membrane intérieure & tendre de l'écorce, il se répand si parfaitement entre les branches & dans les feuilles où il se transforme, qu'il ne se laisse plus distinguer, & que ce qui en reste n'est pas sensible.

L'odeur du canellier est admirable quand il est en fleur ; & lorsque les vents favorables soufflent de terre, le parfum en est porté fort avant dans la mer : ensorte qu'au rapport de quelques voyageurs, ceux qui navigent alors dans ces contrées, sentent cette odeur suave à quelques milles de distance du rivage.

Méthode en usage pour tirer la canelle de l'arbre. La canelle des boutiques est l'écorce tirée des canelliers de trois ans : on a coûtume de l'enlever au printems & en automne, dans le tems que l'on observe une seve abondante entre l'écorce & le bois. Lorsqu'on l'a enlevée, on sépare la petite écorce extérieure grise & raboteuse ; ensuite on la coupe par lames, on l'expose au soleil, & là en se séchant elle se roule d'elle-même comme nous la voyons. On choisit sur-tout le printems, & lorsque les arbres commencent à fleurir, pour enlever cette écorce. Après qu'on l'a enlevée, l'arbre reste nud pendant deux ou trois ans : enfin au bout de ce tems il se trouve revêtu d'une nouvelle écorce, & est propre à la même opération.

La canelle portugaise ne subsiste plus. On a eu pendant quelque tems dans le commerce cette canelle, qu'on appelloit canelle sauvage, canelle grise, qui croissoit dans le royaume de Cochin sur la côte de Malabar. Les Portugais chassés par les Hollandois de Ceylan, débitoient cette canelle sauvage à la place de la véritable ; mais ce débit n'a pas duré long-tems. Ces derniers ne virent pas sans envie le négoce de la canelle portugaise ; & l'on croit que cette jalousie fut en partie la cause qui les engagea de s'emparer en 1661 de Cochin, dont ils firent arracher toute la canelle sauvage, afin de se trouver seuls maîtres dans le monde de cette précieuse épicerie.

On demande si les anciens ont connu notre canelle ; & si le cinamome dont il est tant parlé dans les écrits des anciens, étoit la canelle de nos jours : problème qui partage tous les auteurs.

Il est d'abord certain que le kin-namom des Hébreux, mentionné dans l'Ecriture-sainte, Exode xx. 33. cant. jv. 14. n'est point celui des Grecs & des Romains, encore moins quelque canelle d'Amérique, ou celle des Indes orientales ; le nouveau monde n'étoit pas connu, & le commerce avec l'île de Ceylan ou de Taprobane n'étoit pas ouvert. Dieu ordonne à Moyse de prendre du kin-namom avec divers autres aromates, & d'en composer une huile de parfum pour oindre le tabernacle. Il s'agit donc ici d'une gomme ou d'une huile, plûtôt que d'une écorce ou d'un bois odorant.

La difficulté est bien plus grande à l'égard du cinamome des autres peuples : quelques-uns pensent que leur cinamome étoit les tendres rameaux d'un arbre qui porte le clou de girofle ; mais ils ne songent pas que si les anciens eussent connu cet arbre, ils n'auroient pas omis, comme ils l'ont fait, de parler de ses fruits, qui sont si remarquables par leur aromate, leur goût piquant & leur odeur pénétrante.

Ceux qui prétendent que le cinnamomum des anciens, de Théophraste, Dioscoride, Galien & Pline, est notre canelle moderne, s'appuient sur la ressemblance des caracteres de cet arbrisseau avec notre canellier, dans la description que ces anciens écrivains nous ont donnée de la petitesse de l'écorce, de son odeur, de son goût, de ses vertus & de son prix ; mais on combat les sectateurs de cette opinion précisément par les mêmes armes qu'ils employent pour la défendre. On leur oppose que les anciens distinguant plusieurs especes de cinnamomum, une mosylitique noirâtre, d'un gris vineux, qui est la plus excellente ; acre, échauffante, & salée en quelque maniere, une autre de montagne, une noire, une blanche ; aucune de ces especes ne convient à notre canelle : d'où l'on conclut que les anciens Grecs & Romains ne l'ont point connue. Les curieux trouveront toutes les raisons possibles en faveur de ce dernier sentiment, rassemblées dans un ouvrage exprès de Balthasar Michael Campi, intitulé, Spicilegio botanico, nel quale si manifesta lo sconosciuto cinnamomo delli antichi. Lucca, 1652, in -4°.

Sans décider une question susceptible de raisons pour & contre, nous nous contenterons de remarquer que les anciens n'ayant point déterminé clairement & unanimement ce qu'ils entendoient par leur cinnamomum, nous n'en pouvons juger qu'en aveugles ; ils n'en connoissoient pas l'histoire, comme il est aisé de le prouver.

Pline raconte que les marchands qui l'apportoient en Europe, faisoient un voyage si long & si périlleux, qu'ils étoient quelquefois cinq ans sans revenir ; que la plûpart mouroient en chemin, & que la plus considérable partie de ce trafic se faisoit par des femmes. L'éloignement du lieu dont on tiroit la marchandise, la longueur du trajet, l'avidité du gain, le prix naturel de la chose, les diverses mains par lesquelles elle passoit ; en faut-il davantage pour donner lieu à toutes les fables qu'on débitoit sur l'origine de la production végétale qu'ils nommerent cinnamomum ?

Du tems de Galien elle étoit déjà si rare, qu'on n'en trouvoit plus que dans les cabinets des empereurs. Pline ajoûte que le prix en étoit autrefois très-considérable, & que ce prix étoit augmenté de moitié par le dégât des Barbares, qui en avoient brûlé tous les plants. Seroit-il donc hors de vraisemblance de penser que le cinamome des anciens nous est entierement inconnu, & qu'il est présentement perdu ?

Il n'en arrivera pas de même de notre canelle ni du canellier : description exacte, planches, culture, débit, usage en Medecine, tant de préparations qu'on en tire, ou dans lesquelles elle entre ; tout nous assûre de son immortalité.

Du débit qui s'en fait, de ses diverses sortes, & de son choix. J'ai déjà remarqué que la compagnie des Indes orientales en Hollande étoit seule maîtresse de la canelle ; mais au lieu d'en augmenter la quantité par la multiplication des arbres qui la produisent, ce qui seroit facile, la compagnie prend grand soin de faire arracher de tems en tems une partie de ceux qui croissent sans culture, ou qui ne seroient pas dans de certains districts de l'île. Elle sait par une expérience de près de cent ans, la quantité de canelle qu'il lui faut pour le commerce, & est persuadée qu'elle n'en débiteroit pas davantage, quand même elle la donneroit à meilleur marché.

On juge que ce que cette compagnie en apporte en Europe, peut aller à environ six cent mille livres pesant par an, & qu'elle en débite à-peu-près autant dans les Indes.

Il s'en consomme une grande quantité en Amérique, particulierement au Pérou, pour le chocolat, dont les Espagnols ne peuvent se passer.

Ce qu'on appelle à Ceylan le champ de la canelle, & qui appartient en entier à la compagnie hollandoise, est depuis Négambo jusqu'à Gallieres : la meilleure canelle est celle des environs de Négambo & de Colombo.

On en distingue de trois sortes ; de fine, de moyenne, & de grossiere. Cette diversité procede de la variété, non-seulement des arbres dont on la tire, par rapport à leur âge, leur position, leur culture, mais encore des différentes parties de l'arbre : car la canelle d'un jeune arbre differe de celle d'un vieux arbre ; l'écorce du tronc, de celle des branches ; & l'écorce de la racine, de celle de l'un & de l'autre. Les jeunes arbres produisent la plus fine, & toûjours de moindre qualité à mesure qu'ils acquierent plus de trois ans.

Ainsi cette canelle grossiere, connue communément dans le commerce sous le nom de canelle mate, n'est autre chose que des écorces de vieux troncs de canellier. Une telle écorce est de beaucoup inférieure par son odeur, son goût & ses vertus, à la fine canelle : aussi la doit-on rejetter en Medecine.

On demande pour le choix de la bonne canelle, qu'elle soit fine, unie, facile à rompre, mince, d'un jaune tirant sur le rouge ; odorante, aromatique, d'un goût vif, piquant & cependant douçâtre & agréable. Celle dont les morceaux en même tems sont petits & les bâtons longs, ont la préférence par les connoisseurs.

Il semble que toute sa vertu consiste dans une pellicule très-fine qui revêt intérieurement cette écorce ; du moins a-t-on lieu d'en juger ainsi, si ce que dit Herman est vrai, qu'on retire plus d'huile d'une livre de cette pellicule, que de six livres de l'écorce entiere.

De ses falsifications. Il y a des gens qui pour gagner sur le débit de cette épicerie, la mélangent avec des écorces de même grosseur & couleur ; d'autres la vendent après en avoir tiré les vertus par la distillation. Ces fraudes se connoîtront aisément, tant au goût qu'à l'odorat. On dit qu'en laissant séjourner pendant long-tems des bâtons de canelle privés par la distillation de leur huile odorante, parmi de bonne canelle, ils reprennent leurs vertus. Mais, suivant la remarque de Boerhaave, si le fait est vrai, c'est aux dépens de la bonne canelle sur laquelle on les a mis ; & alors il est évident qu'elle doit avoir perdu tout ce qu'ils ont recouvré. Cependant comme il n'est pas possible dans l'achat de la canelle de goûter tous les bâtons les uns après les autres, le vrai secret est de la prendre chez d'honnêtes négocians, qui méprisent les gains illicites.

Toutes les parties du canellier fournissent des secours à la Medecine ; son écorce, sa racine, son tronc, ses tiges, ses feuilles, ses fleurs & son fruit : on en tire des eaux distillées, des sels volatils, du camphre, du suif ou de la cire, des huiles précieuses : l'on en compose des sirops, des pastilles, des essences odoriférantes, d'autres qui convertissent en hypocras toutes sortes de vins : en un mot, c'est le roi des arbres à tous ces égards. Prouvons-le en détail.

De la distillation de l'huile de canelle, & de sa nature. Newman dit que la canelle est un singulier composé de parties huileuses, salines, résineuses, gommeuses, & sur-tout terrestres ; ensorte que dans une livre de canelle il y a presque les trois quarts d'une terre indissoluble, deux onces d'une substance résineuse, une once & demie d'une substance gommeuse, & près d'une dragme d'une huile essentielle.

Cette huile vient dans la distillation avec une eau blanche au fond de laquelle elle se précipite, parce qu'elle est plus pesante en pareil volume. La qualité essentielle de cette eau & de cette huile, logée dans leur esprit recteur invisible, qui n'en augmente ni n'en diminue le poids, est un phénomene bien surprenant.

Si l'on distille la canelle quand elle est récente, elle donne plus d'huile que quand est vieille : delà vient peut-être que quelques chimistes disent n'avoir tiré qu'une dragme d'huile, & d'autres deux, d'une livre de canelle ; mais il se peut aussi que l'art de la distillation y concoure pour beaucoup ; s'il est vrai qu'il y a des artistes qui savent tirer près d'une once d'huile pure d'une livre de canelle, par le moyen de l'esprit-de-vin préparé d'une certaine maniere dont ils font un secret. C'est aux Indes mêmes, à Ceylan, à Batavia, qu'on fait la distillation de la plus grande partie d'huile de canelle qui se débite en Europe ; les droguistes & apothicaires hollandois trouvant encore mieux leur compte à l'acheter de la compagnie, qu'à la tirer de la canelle par la distillation.

Mais comme cette huile est extrèmement chere, & vaut environ 50 francs l'once, l'amour du gain a fait imaginer des ruses pour l'adu