A B C D E F G H I K L M N O P Q R S T U W XYZ

    
BS. m. (Gramm.) c'est la seconde lettre de l'alphabet dans la plûpart des langues, & la premiere des consonnes.

Dans l'alphabet de l'ancien Irlandois, le b est la premiere lettre, & l'a en est la dix-septieme.

Les Ethiopiens ont un plus grand nombre de lettres que nous, & n'observent pas le même ordre dans leur alphabet.

Aujourd'hui les maîtres des petites écoles, en apprenant à lire, font prononcer be, comme on le prononce dans la derniere syllabe de tom-be, il tombe : ils font dire aussi, avec un e muet, de, fe, me, pe ; ce qui donne bien plus de facilité pour assembler ces lettres avec celles qui les suivent. C'est une pratique que l'auteur de la Grammaire générale du P. R. avoit conseillée il y a cent ans, & dont il parle comme de la voie la plus naturelle pour montrer à lire facilement en toutes sortes de langues ; parce qu'on ne s'arrête point au nom particulier que l'on a donné à la lettre dans l'alphabet, mais on n'a égard qu'au son naturel de la lettre, lorsqu'elle entre en composition avec quelqu'autre.

Le b étant une consonne, il n'a de son qu'avec une voyelle ; ainsi quand le b termine un mot, tels que Achab, Joab, Moab, Oreb, Job, Jacob, après avoir formé le b par l'approche des deux levres l'une contre l'autre, on ouvre la bouche & on pousse autant d'air qu'il en faut pour faire entendre un e muet, & ce n'est qu'alors qu'on entend le b. Cet e muet est beaucoup plus foible que celui qu'on entend dans syllabe, Arabe, Eusebe, globe, robbe. V. CONSONNE.

Les Grecs modernes, au lieu de dire alpha, beta, disent alpha, vita : mais il paroît que la prononciation qui étoit autrefois la plus autorisée & la plus générale, étoit de prononcer beta.

Il est peut-être arrivé en Grece à l'égard de cette lettre, ce qui arrive parmi nous au b : la prononciation autorisée est de dire be ; cependant nous avons des provinces où l'on dit ve. Voici les principales raisons qui font voir qu'on doit prononcer beta.

Eusebe, au livre X. de la préparation évangélique, ch. vj. dit que l'alpha des Grecs vient de l'aleph des Hébreux, & que beta vient de beth : or il est évident qu'on ne pourroit pas dire que vita vient de beth, sur-tout étant certain que les Hébreux ont toûjours prononcé beth.

Eustathe dit que , est un son semblable au bêlement des moutons, & des agneaux, & cite ce vers d'un ancien :

Is fatuus perinde ac ovis be, be dicens incedit.

Saint Augustin, au liv. II. de Doct. christ. dit que ce mot & ce son beta est le nom d'une lettre parmi les Grecs, & que parmi les Latins beta est le nom d'une herbe ; & nous l'appellons encore aujourd'hui bete ou bette-rave.

Juvenal a aussi donné le même nom à cette lettre :

Hoc discunt omnes ante alpha & beta puellae.

Belus, pere de Ninus, roi des Assyriens, qui fut adoré comme un dieu par les Babyloniens, est appellé , l'on dit encore la statue de Beel.

Enfin le mot alphabetum dont l'usage s'est conservé jusqu'à nous, fait bien voir que beta est la véritable prononciation de la lettre dont nous parlons.

On divise les lettres en certaines classes, selon les parties des organes de la parole qui servent le plus à les exprimer ; ainsi le b est une des cinq lettres qu'on appelle labiales, parce que les levres sont principalement employées dans la prononciation de ces cinq lettres, qui sont b, p, m, f, v.

Le b est la foible du p : en serrant un peu plus les levres, on fait p de b, & fe de ve ; ainsi il n'y a pas lieu de s'étonner si l'on trouve ces lettres l'une pour l'autre. Quintilien dit que quoique l'on écrive obtinuit, les oreilles n'entendent qu'un p dans la prononciation, optinuit : c'est ainsi que de scribo on fait scripsi.

Dans les anciennes inscriptions on trouve apsens pour absens, pleps pour plebs, poplicus pour publicus, &c.

Cujas fait venir aubaine ou aubene d'advena, étranger, par le changement de v en b : d'autres disent aubains quasi alibi nati. On trouve berna au lieu de verna.

Le changement de ces deux lettres labiales v, b, a donné lieu à quelques jeux de mots, entr'autres à ce mot d'Aurélien, au sujet de Bonose qui passoit sa vie à boire : Natus est non ut vivat, sed ut bibat. Ce Bonose étoit un capitaine originaire d'Espagne ; il se fit proclamer empereur dans les Gaules sur la fin du iij. siecle. L'empereur Probus le fit pendre, & l'on disoit, c'est une bouteille de vin qui est pendue.

Outre le changement de b en p ou en v, on trouve aussi le b changé en f ou en , parce que ce sont des lettres labiales ; ainsi de est venu fremo ; & au lieu de sibilare, on a dit sifilare : d'où est venu notre mot siffler. C'est par ce changement réciproque que du grec les Latins ont fait ambo.

Plutarque remarque que les Lacédémoniens changeoient le en b ; qu'ainsi ils prononçoient Bilippe au lieu de Philippe.

On pourroit rapporter un grand nombre d'exemples pareils de ces permutations de lettres ; ce que nous venons d'en dire nous paroît suffisant pour faire voir que les réflexions que l'on fait sur l'étymologie, ont pour la plûpart un fondement plus solide qu'on ne le croit communément.

Parmi nous les villes où l'on bat monnoie, sont distinguées les unes des autres par une lettre qui est marquée au bas de l'écu de France. Le B fait connoître que la piece de monnoie a été frappée à Roüen.

On dit d'un ignorant, d'un homme sans lettres, qu'il ne sait ni a ni b. Nous pouvons rapporter ici à cette occasion, l'épitaphe que M. Menage fit d'un certain abbé :

Ci-dessous git monsieur l'abbé

Qui ne savoit ni a ni b ;

Dieu nous en doint bientôt un autre

Qui sache au moins sa patenôtre. (F)


Bchez les Grecs & chez les Romains, étoit une lettre numérale qui signifioit le nombre deux, quand elle étoit figurée simplement ; & avec un accent dessous b, elle marquoit deux mille chez les Grecs.


Bdans les inscriptions, signifie quelquefois binus. On y trouve bixit pour vixit, berna pour verna ; parce que les anciens, comme on l'a dit plus haut, employoient souvent le b pour l'v consonne.

Les Egyptiens dans leurs hiéroglyphes, exprimoient le b par la figure d'une brebis, à cause de la ressemblance qu'il y a entre le bêlement de cet animal & le son de la lettre b. (G)


Ben écriture ; cette lettre considérée dans sa forme italienne, est composée de deux i l'un sur l'autre, & conjoints avec l'o ; dans sa forme coulée, c'est la tête de la seconde partie de l'x, l'i, & l'o : dans la ronde, c'est la quatrieme & huitieme partie de l'o, l'i, & le second demi-cercle de l'o.

La premiere partie des deux premiers b, se forme par le mouvement mixte des doigts, du plié & de l'allongé ; la seconde partie du même b, & le dernier b en entier, se forment par un mouvement mixte des doigts & du poignet.


B MOou BEMOL, caractere de Musique qui a à-peu-près la figure d'un b, & fait abaisser d'un semi-ton mineur la note à laquelle il est joint.

Guy d'Arezzo ayant autrefois donné des noms à six des notes de l'octave, laissa la septieme sans autre nom que celui de la lettre b, qui lui est propre, comme le c à l'ut, le d au ré, &c. Or ce b se chantoit de deux manieres ; savoir, à un ton au-dessus du la selon l'ordre naturel de la gamme, ou seulement à un semi-ton du même la lorsqu'on vouloit conjoindre les deux tétracordes. Dans le premier cas, le si sonnant assez durement à cause des trois tons consécutifs, on jugea qu'il faisoit à l'oreille un effet semblable à celui que les corps durs & anguleux font à la main ; c'est pourquoi on l'appella b dur, ou b quarre, b quadro : dans le second cas au contraire, on trouva que le si étoit extrèmement doux à l'oreille ; c'est pourquoi on l'appella b mol, & par la même analogie on l'auroit encore pû appeller b rond.

Il y a deux manieres d'employer le b mol, l'une accidentelle, quand dans le cours du chant on le place à la gauche d'une note ; cette note est presque toûjours la note sensible dans les tons majeurs, & quelquefois la sixieme note dans les tons mineurs, quand il n'y a pas à la clé le nombre de bémols qui doit y être. Le b mol accidentel n'altere que la note qu'il touche, ou tout au plus, celles qui dans la même mesure se trouvent sur le même degré, sans aucun signe contraire.

L'autre maniere est d'employer le b mol à la clé, & alors il agit dans toute la suite de l'air, & sur toutes les notes qui sont placées parallelement à lui sur la même ligne ou dans le même espace, à moins qu'il ne soit contrarié accidentellement par quelque dièse ou b quarre, ou que la clé ne change.

La position des b mols à la clé n'est pas arbitraire : en voici la raison. Ils sont destinés à changer le lieu des semi-tons de l'échelle : or ces deux semi-tons doivent toûjours garder entr'eux un intervalle prescrit, c'est-à-dire il faut que leurs notes homologues soient entr'elles à la distance d'une quarte d'un côté, & d'une quinte de l'autre ; ainsi la note mi inférieure de son semi-ton, fait au grave la quinte du si : qui est son homologue dans l'autre semi-ton, & à l'aigu la quarte du même si & la note si fait au grave la quarte du mi, & l'aigu la quinte du même mi.

Si par exemple, on donnoit un b mol au mi, le semi-ton changeroit de lieu, & se trouveroit descendu d'un degré entre le ré & le mi b mol. Or dans cette position il est évident que les deux semi-tons ne garderoient plus entr'eux la distance prescrite ; car le ré qui seroit la note inférieure de l'un, feroit au grave la sixte du si, son homologue dans l'autre, & à l'aigu la tierce du même si ; & ce si feroit au grave la tierce du ré, & à l'aigu la sixte du même ré : ainsi les deux semi-tons seroient trop près d'un côté & trop éloignés de l'autre.

L'ordre des b mols ne doit donc pas commencer par mi, ni par aucune autre note de l'octave que par si, la seule qui n'a pas le même inconvénient ; car bien que le semi-ton y change de place, & cessant d'être entre le si & l'ut, descende entre le si b mol & le la, toutefois l'ordre prescrit n'est point détruit ; car le la dans ce nouvel arrangement se trouve d'un côté à la quarte, & de l'autre à la quinte de mi son homologue, & réciproquement.

La même raison qui fait placer le premier b mol sur le si, fait mettre le second sur le mi, & ainsi de suite, en montant de quarte, ou en descendant de quinte jusqu'au sol, auquel on s'arrête ; parce que le b mol de l'ut qu'on trouveroit ensuite, ne differe point du si dans la pratique. Cela fait donc une suite de cinq b mols dans cet ordre :

Toûjours par la même raison, on ne sauroit employer les derniers b mols à la clé, sans employer aussi ceux qui les précédent ; ainsi le b mol du mi ne se pose qu'avec celui du si, celui du la qu'avec les deux précédens, &c.

Nous donnerons au mot CLE une formule pour trouver tout d'un coup si un ton ou un mode donné doit porter des b mols à la clé & combien.


    
    
B QUARRou BÉQUARRE, signe de Musique qui s'écrit ainsi , & qui placé à la gauche d'une note, marque que cette note ayant précédemment été baissée par un b mol, ou haussée par un diese, doit être remise à son élévation naturelle ou diatonique.

Le b quarre fut inventé par Guy d'Arezzo. Cet auteur qui donna des noms aux six premieres notes de l'octave, n'en laissa point d'autre que la lettre b pour exprimer le si naturel ; car chaque note avoit dès-lors sa lettre correspondante : & comme le chant diatonique de ce si est assez dur quand il monte depuis le fa, il l'appella simplement b dur ou b quarre, par une allusion dont j'ai déjà parlé au mot B MOL.

Le b quarre servit dans la suite à détruire l'effet du b mol antérieur sur une note quelconque ; il suffisoit pour cela de placer le b quarre à la gauche de cette note : c'est que le b mol se plaçant plus ordinairement sur le si, le b quarre qui venoit ensuite ne produisoit en le détruisant que son effet naturel, qui étoit de représenter la note si sans altération. A la fin on s'en servit par extension & faute d'autre signe, à détruire aussi l'effet du diese ; & c'est ainsi qu'il s'employe encore aujourd'hui. Le b quarre efface également le diese ou le b mol qui l'ont précédé.

Il y a cependant une distinction à faire. Si le diese ou le b mol sont accidentels, ils sont détruits sans retour par le b quarre dans toutes les notes qui suivent sur le même degré, jusqu'à ce qu'il s'y présente un nouveau b mol ou un nouveau diese. Mais si le b mol ou le diese sont à la clé, le b quarre ne les efface que pour la note qu'il précede, ou tout au plus pour la mesure où il se trouve ; & à chaque degré altéré à la clé, il faut sans-cesse un nouveau b quarre. Tout cela est assez mal imaginé : mais tel est l'usage.

Quelques-uns donnoient un autre sens au b quarre, & lui accordant seulement le droit de rétablir les dieses ou b mols accidentels, lui ôtoient celui de rien changer à la disposition de la clé ; desorte qu'en ce sens le b quarre sur un fa diésé, ou sur un si bémolisé à la clé, ne serviroit que pour détruire un diese accidentel sur ce si, ou un b mol sur ce fa, & signifieroit toûjours un fa diese, ou un si b mol.

D'autres enfin se servoient bien du b quarre pour effacer le b mol, même celui de la clé, mais jamais pour effacer le diese. C'est le b mol seulement qu'ils employoient dans ce dernier cas.

Le premier usage prévaut à la vérité : ceux-ci sont plus rares & s'abolissent tous les jours : mais il est bon d'y faire attention en lissant d'anciennes musiques. (S)


B, FA, SIou B FA, B, MI, ou simplement B, est le nom d'un des sept sons de la gamme de l'Aretin, dans lequel les Italiens & les autres peuples de l'Europe répetent le b, parce qu'ils n'ont point d'autre nom pour exprimer la note que les François appellent si. Voyez GAMME.


BA(Géog. mod.) ville d'Afrique dans la Guinée, au royaume d'Arder.


BAAou BEL, (Hist. anc.) nom qui signifie seigneur en langue Babylonienne, & que les Assyriens donnerent à Nemrod, lorsqu'après sa mort ils l'adorerent comme un dieu. Baal étoit le dieu de quelques peuples du pays de Chanaan. Les Grecs disent que c'étoit Mars, & d'autres que c'étoit ou Saturne ou le Soleil. L'historien Josephe appelle le dieu des Phéniciens Baal ou Bel, dont Virgile parle dans l'énéide, comme d'un roi de Tyr :

Implevitque mero pateram, quam Belus & omnes A Belo soliti.

Godwin, fondé sur la ressemblance des noms, croit que le Baal des Phéniciens est le même que Moloch : le premier signifie seigneur, & le second, prince ou roi. Cependant d'autres pensent que ces peuples adoroient Saturne sous le nom de Moloch, & Jupiter sous celui de Baal ; car ils appelloient ce dernier dieu, Baal semen, le seigneur du ciel. Quoi qu'il en soit de ces différentes opinions, le culte de Baal se répandit chez les Juifs, & fut porté à Carthage par les Tyriens ses fondateurs. On lui sacrifioit des victimes humaines & des enfans, en mémoire de ce que se trouvant engagé dans une guerre dangereuse, il para son fils des ornemens royaux, & l'immola sur un autel qu'il avoit dressé lui-même. Jérémie reproche aux Juifs qu'ils brûloient leurs enfans en holocauste devant l'autel de Baal ; & dans un autre endroit, que dans la vallée d'Ennon ils faisoient passer leurs enfans par le feu en l'honneur de Moloch. Les Rabbins pour diminuer l'horreur de cette idolatrie, s'en sont tenus à cette seconde cérémonie. Non comburebant illos, disent-ils de leurs ancêtres, sed tantum traducebant illos per ignem. Mais si dans le culte de Baal il n'en coûtoit pas toûjours la vie à quelqu'un, ses autels au moins étoient souvent teints du sang de ses propres prêtres, comme il paroît par le fameux sacrifice où Elie les défia. Incidebant se juxta ritum suum cultris & lanceolis, donec profunderentur sanguine. Lib. III. Reg. Voyez BELUS. (G)


BAAL-BERITH(Myth.) Ce mot est composé de baal, seigneur, & de berith, alliance, dieu de l'alliance. C'est sous ce nom que les Carthaginois, & avant eux les Phéniciens prenoient à témoins les dieux dans leurs alliances.


BAAL-GAou BAGAD, ou BEGAD, (Hist. anc. & Myth.) idole des Syriens ; leur nom est composé de baal, seigneur, & de gad, hasard ou fortune, dieux de la fortune ou du hasard. Le dieu du hasard est, après le dieu du tonnerre, un de ceux qui a dû avoir le premier des autels parmi les hommes.


BAAL-HASOR(Géog. sainte) lieu voisin de la tribu d'Ephraïm, où Absalon vangea le viol de sa soeur Thamar.


BAAL-HERMON(Géog. sainte) montagne & ville au-delà du Jourdain, au nord de la tribu de Manassès.


BAAL-PEOR(Myth.) de baal, seigneur, & de Peor, nom d'une montagne ; dieu que les Arabes adoroient sur la montagne de Peor : on croit que c'est le Priape des Grecs. On l'appelle encore


BAAL-PHARASIM(Géog. sainte) ville des Philistins dans la tribu de Juda.


BAAL-PHEGOou BEELPHEGOR, ou BELPHEGOR. Voyez BELPHEGOR.


BAAL-THAMAR(Géog. sainte) plaine dans la tribu de Benjamin, où toutes les tribus s'assemblerent pour vanger l'outrage fait à la femme d'un Lévite de la tribu d'Ephraïm.


BAAL-TSEPHONVoyez BEELZEPHON.


BAALA(Géog. sainte) ville de la Palestine dans la tribu de Juda, où l'arche fut en dépôt pendant vingt ans. Il y eut dans la tribu de Juda une autre ville de même nom, qui passa ensuite dans celle de Siméon.

BAALA, montagne de la Palestine, qui bornoit la tribu de Juda du côté du Nord.


BAALAMville de la Palestine dans la demi-tribu de Manassès.


BAALITESS. m. pl. (Hist. anc.) secte d'impies, parmi le peuple d'Israël. Ils adoroient Baal, ou l'idole de Bel. Nous lisons dans le troisieme livre des Rois, qu'Achab & Jesabel sacrifioient tous les jours à cette idole, & qu'Elie ayant convaincu de superstition les prêtres de ce faux dieu par un miracle qu'il fit à la vûe d'Achab & du peuple, ces sacrificateurs au nombre de quatre cent cinquante furent tous mis à mort. Ancien Testament, III. liv. des Rois, ch. xviij. Voyez BAAL. (G)


BAALMEON(Géog. sainte) ville de la Palestine, bâtie par la tribu de Ruben.


BAALTISS. f. (Myth.) déesse adorée des Phéniciens : on la fait soeur d'Astarté, & femme de Saturne, dont elle n'eut que des filles. On croit que ce fut la Diane des Grecs, révérée particulierement à Biblos sous le nom de Baaltis.


BAANITESS. m. pl. (Hist. ecclés.) hérétiques, sectateurs d'un certain Baanès, qui se disoit disciple d'Epaphrodite, & semoit les erreurs des Manichéens dans le IX. siecle, vers l'an 810. Pierre de Sicile, Hist. du Manich. renaissant. Baronius, A. C. 810. (G)


BAAR(Géog.) comté d'Allemagne en Souabe, dans la principauté de Furstenberg, vers la source du Danube & du Neckre, proche la forêt Noire & les frontieres de Brisgaw. On appelle quelquefois les montagnes d'Abennow de son nom, montagnes de Baar.


BAARAS(Géog. & Hist. nat.) nom d'un lieu & d'une plante qu'on trouve sur le mont Liban en Syrie, au-dessus du chemin qui conduit à Damas. Josephe dit qu'elle ne paroît qu'en Mai, après que la neige est fondue ; qu'elle luit pendant la nuit comme un petit flambeau ; que sa lumiere s'éteint au jour ; que ses feuilles enveloppées dans un mouchoir s'échappent & disparoissent ; que ce phénomene autorise l'opinion qu'elle est obsédée des démons, qu'elle a la vertu de changer les métaux en or, & que c'est par cette raison que les Arabes l'appellent l'herbe d'or ; qu'elle tue ceux qui la cueillent sans les précautions nécessaires ; que ces précautions sont malheureusement inconnues ; qu'elle se nourrit, selon quelques Naturalistes, de bitume ; que l'odeur bitumineuse que rend sa racine, quand on l'arrache, suffoque ; que c'est ce bitume enflammé qui produit sa lumiere pendant la nuit ; que ce qu'elle perd en éclairant n'étant que le superflu de sa nourriture, il n'est pas étonnant qu'elle ne se consume point ; que sa lumiere cesse quand ce superflu est consumé ; & qu'il faut la chercher dans des endroits plantés de cedres. Combien de rêveries ! & c'est un des historiens les plus sages & les plus respectés qui nous les débite.


BAATS. m. (Com.) monnoie d'argent du royaume de Siam. Le baat sert aussi de poids ; sa forme est un quarré sur lequel sont empreints des caracteres assez ressemblans à ceux des Chinois ; mais ils sont mal frappés. Comme on altere souvent le baat par ses angles ou côtés, il ne faut le prendre ni comme poids, ni en payement, sans en avoir fait l'examen. Son poids est de trois gros deux deniers & vingt grains, poids de marc de France ; son titre neuf deniers douze grains : il vaut deux livres neuf sols sept deniers, argent de France. Cette monnoie a cours à la Chine ; on l'appelle tical. Voyez TICAL.


BABA(Géog.) ville de la Turquie en Europe, dans la basse Bulgarie sur la mer Noire, vers les bouches du Danube, entre Prostoviza & Catu.


BABEL(Hist. sacr. anc.) en hébreu confusion, nom d'une ville & d'une tour dont il est fait mention dans la Genese, chap. ij. situées dans la terre de Sennaar, depuis la Chaldée, proche l'Euphrate, que les descendans de Noé entreprirent de construire avant que de se disperser sur la surface de la terre, & qu'ils méditoient d'élever jusqu'aux cieux : mais Dieu réprima l'orgueil puérile de cette tentative que les hommes auroient bien abandonnée d'eux-mêmes. On en attribue le projet à Nemrod, petit-fils de Cham : il se proposoit d'éterniser ainsi sa mémoire, & de se préparer un asyle contre un nouveau déluge. On bâtissoit la tour de Babel l'an du monde 1802. Phaleg, le dernier des patriarches de la famille de Sem, avoit alors 14 ans ; & cette date s'accorde avec les observations célestes que Callisthene envoya de Babylone à Aristote. Ces observations étoient de 1903 ans ; & c'est précisément l'intervalle de tems qui s'étoit écoulé depuis la fondation de la tour de Babel jusqu'à l'entrée d'Alexandre dans Babylone. Le corps de la tour étoit de brique liée avec le bitume. A peine fut-elle conduite à une certaine hauteur, que les ouvriers cessant de s'entendre, furent obligés d'abandonner l'ouvrage. Quelques auteurs font remonter à cet évenement l'origine des différentes langues : d'autres ajoûtent que les payens qui en entendirent parler confusément par la suite, en imaginerent la guerre des géans contre les dieux. Casaubon croit que la diversité des langues fut l'effet & non la cause de la division des peuples ; que les ouvriers de la tour de Babel se trouvant, après avoir bâti long-tems, toûjours à la même distance des cieux, s'arrêterent comme se seroient enfin arrêtés des enfans qui croyant prendre le ciel avec la main, auroient marché vers l'horison ; qu'ils se disperserent, & que leur langue se corrompit. On trouve à un quart de lieue de l'Euphrate, vers l'orient, des ruines qu'on imagine, sur assez peu de fondement, être celles de cette fameuse tour.


BABEL-MANDEL(Géog. mod.) détroit ainsi appellé de l'arabe bab-al-mandab, porte de deuil, parce que les Arabes prenoient le deuil pour ceux qui le passoient. Il est à 12. 40. de lat. entre une île & une montagne de même nom, & joint la mer Rouge à l'Océan.


BABEURRES. f. (Oeconom. rust.) espece de liqueur séreuse que laisse le lait quand il est battu, & que sa partie grasse est convertie en beurre. La babeurre prise en boisson rafraîchit & humecte.


BABIAS. f. (Myth.) déesse révérée en Syrie, & sur-tout à Damas. On y donnoit le nom de babia aux enfans ; ce qui a fait conjecturer que la babia étoit déesse de l'enfance.


BABILLERv. n. se dit en Venerie d'un limier qui donne de la voix : ce limier babille trop il faut lui ôter le babil, ou le rendre secret.


BABOLZA(Géog. anc. & mod.) ville de la basse Hongrie dans l'Esclavonie, entre Passega & Zigeth, vers la Drave. Baudrand croit que ç'a été l'ancien Mansuetinium, ou pons Mansuetinus.


BABORDVoyez BASBORD.


BABOUINS. m. papio, (Hist. nat. Zoolog.) c'est ainsi que l'on appelle de gros singes qui ont des queues, & qui sont différens des cynocéphales : on distingue les babouins à longue queue, & les babouins à courte queue. Voyez SINGE. (I)


BABUL(Géog.) ville des Indes orientales, dans une île du fleuve Indus. Quelques-uns croyent que c'est Cambaya, & d'autres Patan.


BABYCA(Géog. & Hist. anc.) lieu entre lequel & le Cnacion les Lacédémoniens tenoient leurs assemblées. Aristote dit que le Cnacion est la riviere, & que le Babyca est le pont ; ce qui rend ce que l'on vient de dire des Lacédémoniens entierement inintelligible ; car entre un pont & une riviere quel espace y a-t-il où un peuple puisse s'assembler ?


BABYLONou BABEL, (Géog. anc. & mod.) capitale ancienne de la Chaldée, dont il reste à peine quelques ruines. Voyez dans les historiens anciens & modernes les merveilles qu'on en raconte : ce détail est hors de notre objet. On croit que Bagdat est au lieu où étoit l'ancienne Babylone : mais ce fait n'est pas constant ; il y a sur les autres endroits où on la suppose les mêmes incertitudes ; les uns en font Felouge sur l'Euphrate, à cause de ses grandes ruines ; d'autres Il ou Elle, à cause d'un amas de décombres qu'on appelle encore la tour de Babel.

* BABYLONE, (Géog. anc. & mod.) ville de l'Egypte près du Nil ; le grand Caire s'est formé de ses ruines.

BAC à naviger, c'est en Marine, un petit bâtiment dont on se sert sur les canaux & les rivieres pour porter le brai & le goudron. (Z)

BAC est encore sur les rivieres un bateau, grand, large & plat, dont on se sert pour passer hommes, bêtes & voitures.

Il y a aux environs de Paris plusieurs bacs, dans les endroits éloignés des ponts.

BAC, en Jardinage ; on appelle ainsi un petit bassin, soit quarré, soit rond, placé d'espace en espace dans les quarrés d'un potager, avec un robinet pour arroser. A Versailles, à Sceaux, il y en a dans chaque petit jardin. (K)

BAC A JET TREMPE, en terme de Brasseur, est celui qui est posé sur les chaudieres & qui a trois trous, un de chaque côté, pour pouvoir jetter d'une chaudiere dans l'autre ; celui de devant est pour jetter les eaux chaudes des chaudieres dans la cuve matiere, par le moyen de la gouttiere à jet trempe. Voyez BRASSERIE & CUVE MATIERE.

BAC A LA DECHARGE, dans les Brasseries, est un bac qui est sur un des bords d'une des chaudieres, dans lequel on jette les métiers lorsqu'ils sont cuits pour les laisser refroidir. Voyez BRASSERIE & METIERS.

BAC A FORMES, en terme de Raffinerie de sucre, c'est une grande auge de bois très-sain, en planches de quatre pouces d'épaisseur, longues de 8 à 9, & larges de 4 à 5, dans laquelle on met les formes en trempe. Voyez TREMPE & FORMES.

BAC A CHAUX, en terme de Raffinerie de sucre, c'est un grand bassin en massif de brique & de ciment, portant 9 à 10 piés de long sur 4 à 5 de large, & 6 de profondeur, dans lequel on éteint la chaux dont on a besoin dans les clarifications. Voyez CLARIFIER.

BAC A SUCRE, en terme de Raffinerie de sucre, n'est autre chose que plusieurs espaces séparés par des cloisons de planches, dans lesquelles on jette les matieres triées & sorties des barrils.

BAC A TERRE, en terme de Raffineur de sucre, c'est une auge de bois de même que le bac à formes (Voyez BAC A FORMES), séparé en plusieurs chambrettes où l'on délaye la terre. Voyez TERRE. A chaque extrémité & au-dessus de ce bac, on voit une planche percée au milieu, & qui sert de traverses à deux bouts de chevrons qui sont attachés au plancher. C'est dans le trou de cette planche que s'emmanche un ballet dont on se sert pour passer la terre par la couleresse. Voyez COULERESSE.


BACA(Géog. sainte) ville de la tribu d'Aser, au pié du mont Liban.


BAÇA-SERAYou BACHA-SERAI, (Géog.) ville de la presqu'île de Crimée, dans la petite Tartarie. Long. 52. 30. lat. 45. 30.


BAÇAIM(Géog.) ville d'Asie, avec port, au royaume de Visapour, sur la côte de Malabar. Long. 90. 40. lat. 19.


BACALA(Géog. ville de la presqu'île de Jucatan, dans l'Amérique septentrionale, près du golfe d'Honduras, entre Valladolid & Salamanque.


BACALAOS(Géog.) terre de l'Amérique méridionale, dont on ne nous dit rien de plus.


BACAR(Géog. anc. & mod.) nom d'une vallée située dans la partie septentrionale du mont Liban, que les Latins appelloient Iturea Thraconitis.


BACAY(Géog.) ville de l'Inde, delà le Gange, capitale du pays de même nom, sur la riviere de Pegu.


BACCALAUREATS. m. le premier des degrés qu'on acquiert dans les facultés de Théologie, de Droit, & de Médecine. Voyez BACHELIER.


BACCARACH(Géog.) ville d'Allemagne, dans le bas Palatinat, sur le Rhin. Long. 25. 15. lat. 49. 57.


BACCARAT(Géog.) ville de France, en Lorraine, sur la Meurte, entre Nanci & Estival.


BACCHANALESadj. pris subst. (Hist. anc.) fêtes religieuses en l'honneur de Bacchus, qu'on célébroit avec beaucoup de solennité chez les Athéniens, où l'on en distinguoit de diverses sortes ; d'anciennes, de nouvelles, de grandes, de petites, de printanieres, d'automnales, de nocturnes, &c. Avant les Olympiades, les Athéniens marquoient le nombre des années par celui des bacchanales, autrement nommées orgies, du mot Grec , fureur, à cause de l'enthousiasme ou de l'ivresse qui en accompagnoit la célébration : elles tiroient leur origine d'Egypte, & furent introduites en Grece par Melampe.

A Athenes l'Archonte régloit la forme & l'ordonnance des bacchanales, qui dans les premiers tems se passoient fort simplement : mais peu à peu on les accompagna de cérémonies ou ridicules ou infames. Les prêtresses ou bacchantes couroient de nuit, à demi-nues, couvertes seulement de peaux de tigres ou de pantheres passées en écharpe, avec une ceinture de pampre ou de lierre ; les unes échevelées & tenant en main des flambeaux allumés, les autres portant des thyrses ou bâtons entourés de lierre & de feuilles de vigne, criant & poussant des hurlemens affreux. Elles prononçoient sur-tout ces mots, , ou , ou . A leurs cris se mêloit le son des cymbales, des tambours, & des clairons. Les hommes en habits de satyres suivoient les bacchantes, les uns à pié, d'autres montés sur des ânes, traînant après eux des boucs ornés de guirlandes pour les immoler. On pouvoit appeller ces fêtes du Paganisme le triomphe du libertinage & de la dissolution ; mais sur-tout les bacchanales nocturnes où il se passoit des choses si infames, que l'an 568 de Rome, le sénat informé qu'elles s'étoient introduites dans cette ville, défendit sous les peines les plus grieves de les célébrer. C'est avec raison que les peres de l'église ont reproché aux payens ces desordres & ces abominations. (G)


BACCHANTESprêtresses de Bacchus, nom que l'on donna d'abord à des femmes guerrieres qui suivirent Bacchus à la conquête des Indes, portant des thyrses ou bâtons entortillés de pampres de lierre & de raisins, & faisant des acclamations pour publier les victoires de ce conquérant. Après l'apothéose de ce prince, elles célébrerent en son honneur les bacchanales. De-là les mysteres de Bacchus furent principalement confiés aux femmes ; & dans les anciennes bacchanales de l'Attique, ces prêtresses étoient au nombre de quatorze. Il est pourtant fait mention dans l'antiquité d'un grand prêtre de Bacchus, si respecté de tout le peuple, qu'on lui donnoit la premiere place dans les spectacles. Platon bannit de sa république la danse des bacchantes, & leur cortege composé de nymphes, d'égipans, de silenes, & de satyres, qui tous ensemble imitoient les ivrognes, & presque toûjours d'après nature, sous prétexte d'accomplir certaines expiations ou purifications religieuses. Ce philosophe pense que ce genre de danse n'étant convenable ni à la guerre, ni à la paix ; & ne pouvant servir qu'à la corruption des moeurs, il doit être exclus d'un état bien policé. Tacite racontant les débauches de Messaline & de ses femmes, en fait ce portrait tout semblable aux extravagances des bacchantes. Feminae pellibus accinctae assultabant, ut sacrificantes vel insanientes bacchae. Ipsa crine fluxo, thyrsum quatiens, juxtaque Silius hedera cinctus, gerere cothurnos, jacere caput, strepente circum procaci choro. " Les femmes de Messaline revêtues de peaux bondissoient & folâtroient comme les bacchantes dans leurs sacrifices ; elle-même les Cheveux épars agitoit un thyrse ; Silius (son amant) étoit à ses côtés, couronné de lierre, chaussé d'un cothurne, jettant la tête deçà & delà, tandis que cette troupe lascive dansoit autour de lui ". (G)


BACCHES. m. dans la Poësie Greque & Latine, espece de pié composé de trois syllabes ; la premiere breve, & les deux autres longues, comme dans ces mots, gsts, vr.

Le bacche a pris son nom de ce qu'il entroit souvent dans les hymnes composées à l'honneur de Bacchus. Les Romains le nommoient encore oenotrius, tripodius, saltans, & les Grecs . Diom. 111. pag. 475. Le bacche peut terminer un vers hexametre. Voyez PIE, &c. (G)


BACCHIONITESS. m. plur. (Hist. anc.) c'étoient, à ce qu'on dit, des philosophes qui avoient un mépris si universel pour les choses de ce bas monde, qu'ils ne se reservoient qu'un vaisseau pour boire ; encore ajoûte-t-on qu'un d'entr'eux ayant apperçu dans les champs un berger qui puisoit dans un ruisseau de l'eau avec le creux de sa main, il jetta loin de lui sa tasse, comme un meuble incommode & superflu. C'est ce qu'on raconte aussi de Diogene. S'il y a eu jamais des hommes aussi desintéressés, il faut avoüer que leur métaphysique & leur morale mériteroient bien d'être un peu plus connues. Après avoir banni d'entr'eux les distinctions funestes du tien & du mien, il leur restoit peu de choses à faire pour n'avoir plus aucun sujet de querelles, & se rendre aussi heureux qu'il est permis à l'homme de l'être.


BACCHUS(Myth.) dieu du Paganisme. On distingue particulierement deux Bacchus : celui d'Egypte, fils d'Ammon, est le même qu'Osiris ; celui de Thebes, fils de Jupiter & de Semelé, auquel on a fait honneur de toutes les actions des autres. L'Egyptien fut nourri à Nisa, ville de l'Arabie heureuse, & ce fut lui qui fit la conquête des Indes. Orphée apporta son culte dans la Grece, & attribua par adulation les merveilles qu'il en racontoit à un Prince de la famille de Cadmus. Voyez OSIRIS.

Le Thébain acheva dans la cuisse de son pere le reste du tems de la grossesse de sa mere qui mourut sur son septieme mois. Euripide dans ses Bacchantes, dit que Jupiter déposa cet enfant dans un nuage pour le dérober à la jalousie de sa femme ; & Eustathe, qu'il fut nourri sur le mont Meros, qui signifie cuisse, équivoque qui aura vraisemblablement donné lieu à la premiere fable. Bacchus à la conquête des Indes à la tête d'une troupe de femmes & d'hommes armés de thyrses & de tambours. Les peuples effrayés de la multitude & du bruit, le reçurent comme un dieu ; & pourquoi se seroient-ils défendus contre lui ? il n'alloit point les charger de chaînes, mais leur apprendre la culture de la vigne. On dit qu'il fit des prodiges dans l'affaire des Géans. On le représente sous la figure d'un jeune homme, sans barbe, joufflu, couronné de lierre ou de pampre, le thyrse dans une main, & des grappes de raisin ou une coupe dans l'autre. On lui immoloit le bouc & la pie ; le bouc qui mange les bourgeons, la pie que le vin fait parler. La panthere lui étoit consacrée, parce qu'il se couvroit de sa peau. Voyez SEMELE, BIMATER, DIONYSIUS, LIBER, BROMIUS, &c.


BACH(Géog.) ville de la basse Hongrie, au comté de Toln, sur le Danube.


BACHAPASCHA, ou PACHA, subst. m. (Hist. mod.) officier en Turquie. C'est le gouverneur d'une province, d'une ville, ou d'un autre département ; nous disons le bacha de Babylone, le bacha de Natolie, le bacha de Bender, &c.

Dans les bachas sont compris les beglerbegs, & quelquefois les sangiacbegs, quoiqu'ils en soient quelquefois distingués, & que le nom de bacha se donne proprement à ceux du second ordre ; c'est-à-dire à ceux devant qui l'on porte deux ou trois queues de cheval, qui sont les enseignes des Turcs ; d'où vient le titre de bacha à trois queues. Ceux-ci sont appellés beglerbegs, & les sangiacbegs ne font porter devant eux qu'une queue de cheval attachée au bout d'une lance. Voyez BEGLERBEG & SANGIAC.

Le titre de bacha se donne aussi par politesse aux courtisans qui environnent le grand-seigneur à Constantinople, aux officiers qui servent à l'armée, & pour ainsi-dire, à tous ceux qui font quelque figure à la cour ou dans l'état.

Le grand seigneur confie aux bachas la conduite des armées ; & pour lors on leur donne quelquefois le titre de seraskier ou de bach-bog, c'est-à-dire général, parce qu'ils ont sous leurs ordres d'autres bachas. Comme on ne parvient communément au titre de bacha que par des intrigues, par la faveur du grand visir ou des sultanes, qu'on achete par des présens considérables, il n'est point d'exactions que ces officiers ne commettent dans leurs gouvernemens, soit pour rembourser aux Juifs les sommes qu'ils en ont empruntées, soit pour amasser des trésors dont souvent ils ne joüissent pas long-tems, & qu'ils ne transmettent point à leur famille. Sur un léger mécontentement, un soupçon, ou pour s'approprier leurs biens, le grand-seigneur leur envoye demander leur tête, & leur unique réponse est d'accepter la mort. Leur titre n'étant pas plus héréditaire que leurs richesses, les enfans d'un bacha traînent quelquefois leur vie dans l'indigence & dans l'obscurité. On croit que ce nom de pascha vient du Persan pait schats, qui signifie pié de roi, comme pour marquer que le grand-seigneur a le pié dans les provinces où ses bachas le représentent. Cependant ce titre n'est en usage qu'en Turquie ; car en Perse on nomme émirs ou kams les grands-seigneurs & les gouverneurs de province. (G)


BACHARA(Géog.) ville de la grande Tartarie en Asie, dans l'Usbech, sur une riviere qui va se jetter dans la mer Caspienne.


BACHou BACHOT, s. m. ce sont de petits bateaux dont on se sert sur les rivieres ; on nomme ainsi ceux dont on se sert à Lyon pour passer la Saone. (Z)

BACHE, (Jardin. & Hydraul.) c'est un coffre ou une cuvette de bois qui reçoit l'eau d'une pompe aspirante à une certaine hauteur, où elle est reprise par d'autres corps de pompe foulante qui l'élevent davantage. (K)

* BACHE, s. f. (Comm. & Roul.) grande couverture de grosse toile que les rouliers & voituriers étendent sur leurs voitures, pour garantir de la pluie & des autres intempéries de l'air les marchandises dont elles sont chargées. Cette couverture est bandée par des cordes qui partent de son milieu & de ses angles, & qui se rendent à différentes parties latérales de la voiture. Il y a entr'elle & les marchandises un lit de paille fort épais.


BACHELIERS. m. (Hist. mod.) dans les écrivains du moyen âge, étoit un titre qui se donnoit, ou à ceux d'entre les chevaliers qui n'avoient pas assez de bien ou assez de vassaux pour faire porter devant eux leurs bannieres à une bataille, ou à ceux même de l'ordre des Bannerets, qui, n'ayant pas encore l'âge qu'il falloit pour déployer leur propre banniere, étoient obligés de marcher à la guerre sous la banniere d'un autre ; voyez BANNERET. Cambdem & d'autres définissent le bachelier, une personne d'un rang moyen entre un chevalier & un écuyer, moins âgé & plus récent que celui-là, mais supérieur à celui-ci, voyez CHEVALIER, &c D'autres veulent que le nom de bachelier ait été commun à tous les degrés compris entre le simple gentilhomme & le baron.

Quand l'amiral n'étoit ni comte ni baron, il étoit nommé bachelier ; & il est à noter que quand " l'amiral va par le pays pour assembler vaisseaux de guerre, ou pour autre affaire du royaume, s'il est bachelier, il recevra par jour quatre chelins sterlins ; s'il est comte ou baron, ses gages seront à proportion de son état & rang ".

Le titre de bachelier se donnoit plus particulierement à tout jeune homme de condition qui faisoit sa premiere campagne, & qui recevoit en conséquence la ceinture militaire.

BACHELIER, signifioit encore celui qui dans le premier tournois où il eût jamais combattu, avoit vaincu quelqu'un.

On disoit anciennement bacheliers au lieu de bas chevaliers, parce que les bacheliers formoient le plus bas ordre de chevaliers ; ils étoient au-dessus des bannerets, &c. Voyez CHEVALIER.

On appelle maintenant ceux-ci equites aurati, à cause des éperons qu'on leur met lors de leur réception.

D'abord cette dignité ne se donnoit qu'aux gens d'épée : mais dans la suite on la conféra aussi aux gens de robbe longue. La cérémonie en est extrèmement simple. L'aspirant s'étant mis à genoux, le roi le touche doucement d'une épée nue, & dit, sois chevalier au nom de Dieu ; & après, avance, chevalier. Voyez CHEVALIER & NOBLESSE.

BACHELIER, est encore un terme dont on se sert dans les universités pour désigner une personne qui a atteint le baccalauréat, ou le premier degré dans les Arts libéraux & dans les Sciences. Voyez DEGRE.

C'est dans le treizieme siecle que le degré de bachelier a commencé à être introduit par le pape Grégoire IX. mais il est encore inconnu en Italie. A Oxford, pour être reçu bachelier ès Arts, il faut y avoir étudié quatre ans ; trois ans de plus pour devenir maître ès Arts, & sept ans encore pour être bachelier en Théologie.

A Cambridge, il faut avoir étudié près de quatre ans pour être fait bachelier ès Arts, & plus de trois ans encore avant que d'être reçû maître, & encore sept ans de plus pour devenir bachelier en Théologie. Il ne faut avoir étudié que six ans en Droit pour être reçû bachelier de cette faculté.

A Paris, pour passer bachelier en Théologie, il faut avoir étudié deux ans en Philosophie, trois ans en Théologie, & avoir soûtenu deux examens, l'un sur la Philosophie, & l'autre sur la premiere partie de la somme de S. Thomas, qui comprend les traités de Dieu, & des divins attributs de la Trinité & des anges. Ces deux examens doivent se faire à un mois l'un de l'autre, devant quatre docteurs de la faculté de Théologie, tirés au sort, avec droit de suffrage. Un seul mauvais billet ne laisse au candidat que la voie de l'examen public qu'il peut demander à la faculté. S'il se trouve deux suffrages défavorables, il est refusé sans retour. Lorsque les examinateurs sont unanimement contens de sa capacité, il choisit un président à qui il fait signer ses theses ; & quand le syndic les a visées & lui a donné jour, il doit les soûtenir dans l'année à compter du jour de son second examen. Dans quelqu'une des écoles de la faculté, c'est-à-dire, des colléges ou des communautés qui sont de son corps, cette these roule sur les mêmes traités théologiques, qui ont servi de matiere à ce second examen, & on la nomme tentative. Le président, quatre bacheliers en licence, & deux bacheliers amis, y disputent contre le répondant ; dix docteurs qu'on nomme censeurs y assistent avec droit de suffrage ; les bacheliers de licence l'ont aussi, mais pour la forme, leurs voix n'étant comptées pour rien. Chaque censeur a deux billets, l'un qui porte sufficiens & l'autre incapax. Un seul suffrage contraire suffit pour être refusé. Si le candidat répond d'une maniere satisfaisante, il va à l'assemblée du premier du mois, qu'on nomme prima mensis, se présenter à la faculté devant laquelle il prête serment. Ensuite le bedeau lui délivre ses lettres de baccalauréat, & il peut se préparer à la licence.

On distingue dans la faculté de Théologie de Paris deux sortes de bacheliers : savoir bacheliers du premier ordre, baccalaurei primi ordinis, ce sont ceux qui font leur cours de licence ; & ceux du second ordre, baccalaurei secundi ordinis ; c'est-à-dire les simples bacheliers qui aspirent à faire leur licence, ou qui demeurent simplement bacheliers. L'habit des uns & des autres est la soutane, le manteau long, & la fourrure d'hermine doublée de soie noire.

Pour passer bachelier en Droit à Paris ; il faut l'avoir étudié deux ans, & avoir soûtenu un acte dans les formes. Pour être bachelier en Médecine, il faut, après avoir été quatre ans maître ès Arts dans l'université, faire deux ans d'étude en Médecine & subir un examen après quoi on est revêtu de la fourrure pour entrer en licence. Dans l'université de Paris, avant la fondation des chaires de Théologie, ceux qui avoient étudié six ans en Théologie étoient admis à faire leurs cours, d'où ils étoient nommés baccalarii cursores : & comme il y avoit deux cours, le premier pour expliquer la bible pendant trois années consécutives ; le second, pour expliquer le maître des sentences pendant une année ; ceux qui faisoient leur cours de la bible étoient appellés baccalarii biblici ; & ceux qui étoient arrivés aux sentences ; baccalarii sententiarii. Ceux enfin qui avoient achevé l'un & l'autre étoient qualifiés baccalarii formati ou bacheliers formés.

Il est fait mention encore de BACHELIERS D'ÉGLISE, baccalarii ecclesiae, l'évêque avec ses chanoines & bacheliers, cum consilio & consensu omnium canonicorum suorum & baccalariorum. Il n'y a guere de mot dont l'origine soit plus disputée parmi les critiques que celui de bachelier, baccalarius ou baccalaureus : Martinius prétend qu'on dit en latin baccalaureus, pour dire baccâ laureâ donatus, & cela par allusion à l'ancienne coûtume de couronner de laurier les poëtes, baccis lauri, comme le fut Pétrarque à Rome en 1341. Alciat & Vivès sont encore de ce sentiment : Rhenanus aime mieux le tirer de baculus ou baccillus, un bâton, parce qu'à leur promotion, dit-il, on leur mettoit en main un bâton, pour marquer l'autorité qu'ils recevoient, qu'ils avoient achevé leurs études, & qu'ils étoient remis en liberté ; à peu près comme les anciens gladiateurs, à qui l'on mettoit à la main un bâton pour marque de leur congé ; c'est ce qu'Horace appelle rude donatus. Mais Spelman rejette cette opinion, d'autant qu'il n'y a point de preuve qu'on ait jamais pratiqué cette cérémonie de mettre un bâton à la main de ceux que l'on créoit bacheliers ; & d'ailleurs cette étymologie conviendroit plûtôt aux licentiés qu'aux bacheliers, qui sont moins censés avoir combattu qu'avoir fait un premier essai de leurs forces, comme l'insinue le nom de tentative que porte leur these.

Parmi ceux qui soûtiennent que les bacheliers militaires sont les plus anciens, on compte Cujas, qui les fait venir de buccellarii, sorte de cavalerie fort estimée autrefois ; Ducange qui les tire de baccalaria, sorte de fiefs ou de fermes qui contenoient plusieurs pieces de terre de douze acres chacune, ou de ce que deux boeufs pouvoient labourer. Selon lui les possesseurs de ces baccalaria étoient appellés bacheliers. Enfin Caseneuve & Hauteserre font venir bachelier de baculus, ou bacillus, un bâton, à cause que les jeunes cavaliers s'exerçoient au combat avec des bâtons, ainsi que les bacheliers dans les universités s'exercent par des disputes. De toutes ces étymologies la premiere est la plus vraisemblable, puisqu'il n'y a pas encore long-tems que dans l'université de Paris la these que les aspirans à la maîtrise ès Arts étoient obligés de soûtenir, s'appelloit l'acte pro laurea artium. Ainsi de bacca lauri, qui signifie proprement le fruit ou la graine de laurier, arbre consacré de tout tems à être le symbole des récompenses accordées aux savans, on a fait dans notre langue bachelier pour exprimer un étudiant qui a déjà mérité d'être couronné. (G)

BACHELIER, (Commerce) c'est un nom qu'on donne dans quelques-uns des six corps de marchands de Paris, aux anciens & à ceux qui ont passé par les charges, & qui ont droit d'être appellés par les maîtres & gardes pour être présens avec eux & les assister en quelques-unes de leurs fonctions, particulierement en ce qui regarde le chef-d'oeuvre des aspirans à la maîtrise. Ainsi dans le corps des marchands Pelletiers le chef-d'oeuvre doit être fait en présence des gardes, qui sont obligés d'appeller avec eux quatre bacheliers dudit état.

Le terme de bachelier est aussi en usage dans le même sens dans la plûpart des communautés des Arts & Métiers de la ville de Paris. Voyez COMMUNAUTE. (G)


BACHER* BACHER une voiture, (Commerce & Roulage.) c’est la couvrir d’une bache. Voyez BACHEBache.


BACHIAN(Géog. mod.) île des Indes orientales, une des Moluques, proche la ligne.


BACHOTsubst. m. sur les rivieres, c'est un petit bateau qui prend, en payant, les passans au bord d'une riviere, & les met à l'autre bord ; il y en a sur la Seine en plusieurs endroits. Voyez BACHOTEURS & BACHOTAGE.


BACHOTAGES. m. (Police) c'est l'emploi de ceux qui ont droit de voiturer sur la riviere dans des bachots, au-dessus & au-dessous de la ville. Voyez BACHOTEURS.


BACHOTEURSsub. m. (Police) ce sont des bateliers occupés sur les ports de Paris & en autres endroits des rives de la Seine, à voiturer le public sur l'eau & dans des bachots au-dessus & au-dessous de la ville. Ils sont obligés de se faire recevoir à la ville : ils ne peuvent commettre des garçons à leur place : leurs bachots doivent être bien conditionnés. Il leur est défendu de recevoir plus de seize personnes à la fois ; leurs salaires sont réglés ; ils doivent charger par rang ; cependant le particulier choisi tel bachoteur qu'il lui plaît. Ils sont obligés d'avoir des numeros à leurs bachots. Un officier de ville fait de quinze en quinze jours la visite des bachots ; & il est défendu aux femmes & aux enfans des bachoteurs de se trouver sur les ports. On paye par chaque personne quatre sous pour Seve & S. Cloud ; deux sous pour Chaillot & Passy ; deux sols six deniers pour Auteuil ; & ainsi à proportion de la distance, & à raison de deux sols pour chaque lieue, tant en descendant qu'en remontant. Le bachoteur convaincu d'avoir commis à sa place quelqu'homme sans expérience, ou d'avoir reçu plus de seize personnes, est condamné pour la premiere fois à cinquante livres d'amende, confiscation des bachots, trois mois de prison ; il y a punition corporelle en cas de récidive & exclusion du bachotage. C'est au lieutenant de police à veiller que les bachoteurs ne se prêtent à aucun mauvais commerce. Il leur est enjoint par ce tribunal de fermer leurs bachots avec une chaîne & un cadenat pendant la nuit.


BACHOUS. m. (terme de Boyaudier) c'est ainsi que ces ouvriers appellent des especes de hottes dans lesquelles les boyaux de moutons ou d'agneaux sont portés de la boucherie dans leurs atteliers.


BACILEcrithmum, (Hist. natur. botan.) genre de plante à fleurs en rose disposée en ombelles ; ces fleurs sont composées de plusieurs pétales arrangés sur un calice, qui devient dans la suite un fruit à deux semences plates légerement cannelées, qui se dépouillent ordinairement d'une enveloppe. Ajoûtez aux caracteres de ce genre, que les feuilles sont charnues, étroites, & subdivisées trois à trois. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)


BACKON(Géog.) ville de la Moldavie, sur la riviere d'Arari, proche les frontieres de la Valachie.


BACLAGES. m. (terme de Comm. & de Riviere) c'est l'arrangement sur les ports de Paris des bateaux qui arrivent les uns après les autres pour y faire la vente des marchandises dont ils sont chargés. Baclage se dit aussi du droit qu'on paye aux officiers de ville chargés de cet arrangement. Ils se nomment débacleurs. Voyez DEBACLEURS, DEBACLER, DEBACLAGE.


BACLAN(Géographie) pays de la Perse dans le Chorasan près de Balche, & vers la riviere de Gihon.


BACLERBACLER les ports, (Marine.) c’est les fermer avec des chaînes & des barrieres. (Z)

* BACLER un bateau (term. de Comm. & de Riv.) c’est placer dans le port un bateau commodément & sûrement pour la charge & la décharge de ses marchandises ; ce qui s’exécute en l’attachant avec des cables & cordages à des anneaux fixés aux ponts & sur le rivage pour cet effet.


BACONISMEou PHILOSOPHIE DE BACON, Bacon,baron de Verulam, & vicomte de S. Alban, naquit en Angleterre l'an 1560. Il donna dans son enfance des marques de ce qu'il devoit être un jour ; & la reine Elizabeth eut occasion plusieurs fois d'admirer la sagacité de son esprit. Il étudia la philosophie d'Aristote dans l'université de Cambridge, & quoiqu'il n'eût pas encore seize ans, il apperçut le vuide & les absurdités de ce jargon. Il s'appliqua ensuite à l'étude de la politique & de la jurisprudence, & son mérite l'éleva à la dignité de chancelier sous le roi Jacques premier. Il fut accusé de s'être laissé corrompre par argent ; & le roi l'ayant abandonné, il fut condamné par la chambre des pairs à une amende d'environ quatre cent milles livre de notre monnoie ; il perdit sa dignité de chancelier, & fut mis en prison. Peu de tems après, le roi le rétablit dans tous ses biens & dans tous les honneurs qu'il avoit perdus : mais ses malheurs le dégoûterent des affaires, & augmenterent sa passion pour l'étude. Enfin il mourut âgé de 66 ans, & si pauvre, qu'on dit que quelques mois avant sa mort il avoit prié le roi Jacques de lui envoyer quelques secours, pour lui épargner la honte de demander l'aumône dans sa vieillesse. Il falloit qu'il eût été ou bien desintéressé ou bien prodigue, pour être tombé dans une si grande indigence.

Le Chancelier Bacon est un de ceux qui ont le plus contribué à l'avancement des Sciences. Il connut très-bien l'imperfection de la Philosophie scholastique, & il enseigna les seuls moyens qu'il y eût pour y remédier. "Il ne connoissoit pas encore la nature, dit un grand homme, mais il savoit & indiquoit tous les chemins qui menent à elle. Il avoit méprisé de bonne heure tout ce que les universités appelloient la Philosophie, & il faisoit tout ce qui dépendoit de lui, afin que les compagnies instituées pour la perfection de la raison humaine, ne continuassent pas de la gâter par leurs quiddités, leurs horreurs du vuide, leurs formes substancielles, & tous ces mots impertinens, que non-seulement l'ignorance rendoit respectables, mais qu'un mêlange ridicule avec la religion avoit rendu sacrés".

Il composa deux ouvrages pour perfectionner les Sciences. Le premier est intitulé de l'accroissement & de la dignité des Sciences : il y montre l'état où elles se trouvoient alors, & indique ce qui restoit à découvrir pour les rendre parfaites. Mais il ajoûte qu'il ne faut pas espérer qu'on avance beaucoup dans cette découverte, si on ne se sert d'autres moyens que de ceux dont on s'étoit servi jusqu'alors. Il fait voir que la Logique qu'on enseignoit dans les écoles étoit plus propre à entretenir les disputes qu'à éclaircir la vérité, & qu'elle enseignoit plûtôt à chicaner sur les mots qu'à pénétrer dans le fond des choses. Il dit qu'Aristote, de qui nous tenons cet art, a accommodé sa physique à sa logique, au lieu de faire sa logique pour sa physique ; & que renversant l'ordre naturel, il a assujetti la fin aux moyens. C'est aussi dans ce premier ouvrage qu'il propose cette célebre division des Sciences qu'on a suivie en partie dans ce Dictionnaire. Voyez le Discours préliminaire.

C'est pour remédier aux défauts de la Logique ordinaire, que Bacon composa son second ouvrage intitulé Nouvel organe des Sciences : il y enseigne une Logique nouvelle, dont le principal but est de montrer la maniere de faire une bonne induction, comme la fin principale de la logique d'Aristote est de faire un bon syllogisme. Bacon a toûjours regardé cet ouvrage comme son chef-d'oeuvre, & il fut dix-huit ans à le composer. Voici quelques-uns de ses axiomes qui feront connoître l'étendue des vûes de ce grand génie.

" 1. La cause du peu de progrès qu'on a faits jusqu'ici dans les Sciences, vient de ce que les hommes se sont contentés d'admirer les prétendues forces de leur esprit, au lieu de chercher les moyens de remédier à sa foiblesse.

2. La logique scholastique n'est pas plus propre à guider notre esprit dans les Sciences, que les sciences, dans l'état où elles sont, ne sont propres à nous faire produire de bons ouvrages.

3. La logique scholastique n'est bonne qu'à entretenir les erreurs qui sont fondées sur les notions qu'on nous donne ordinairement : mais elle est absolument inutile pour nous faire trouver la vérité.

4. Le syllogisme est composé de propositions. Les propositions sont composées de termes, & les termes sont les signes des idées. Or si les idées, qui sont le fondement de tout, sont confuses, il n'y a rien de solide dans ce qu'on bâtit dessus. Nous n'avons donc d'espérance que dans de bonnes inductions.

5. Toutes les notions que donnent la Logique & la Physique, sont ridicules. Telles sont les notions de substance, de qualité, de pesanteur, de légereté, &c.

6. Il n'y a pas moins d'erreur dans les axiomes qu'on a formés jusqu'ici que dans les notions ; desorte que pour faire des progrés dans les Sciences, il est nécessaire de refaire tant les notions que les principes : en un mot, il faut, pour ainsi dire, refondre l'entendement.

7. Il y a deux chemins qui peuvent conduire à la vérité. Par l'un on s'éleve de l'expérience à des axiomes très-généraux ; ce chemin est déjà connu : par l'autre on s'éleve de l'expérience à des axiomes qui deviennent généraux par degrés, jusqu'à ce qu'on parvienne à des choses très-générales. Ce chemin est encore en friche, parce que les hommes se dégoûtent de l'expérience, & veulent aller tout d'un coup aux axiomes généraux, pour se reposer.

8. Ces deux chemins commencent tous les deux à l'expérience & aux choses particulieres ; mais ils sont d'ailleurs bien différens : par l'un on ne fait qu'effleurer l'expérience ; par l'autre on s'y arrête : par le premier on établit dès le second pas des principes généraux & abstraits ; par le second, on s'éleve par degrés aux choses universelles, &c.

9. Il ne s'est encore trouvé personne qui ait eu assez de force & de constance, pour s'imposer la loi d'effacer entierement de son esprit les théories & les notions communes qui y étoient entrées avec le tems ; de faire de son ame une table rase, s'il est permis de parler ainsi ; & de revenir sur ses pas pour examiner de nouveau toutes les connoissances particulieres qu'on croit avoir acquises. On peut dire de notre raison, qu'elle est obscurcie & comme accablée par un amas confus & indigeste de notions, que nous devons en partie à notre crédulité pour bien des choses qu'on nous a dites, au hasard qui nous en a beaucoup appris, & aux préjugés dont nous avons été imbus dans notre enfance.... Il faut se flater qu'on réussira dans la découverte de la vérité, & qu'on hâtera les progrès de l'esprit, pourvû que, quittant les notions abstraites, les spéculations métaphysiques, on ait recours à l'analyse, qu'on décompose les idées particulieres, qu'on s'aide de l'expérience, & qu'on apporte à l'étude un jugement mûr, un esprit droit & libre de tout préjugé.... On ne doit espérer de voir renaître les Arts & les Sciences, qu'autant qu'on refondra entierement ses premieres idées, & que l'expérience sera le flambeau qui nous guidera dans les routes obscures de la vérité. Personne jusqu'ici, que nous sachions, n'a dit que cette réforme de nos idées eût été entreprise, ou même qu'on y eût pensé ".

On voit par ces aphorismes, que Bacon croyoit que toutes nos connoissances viennent des sens. Les Péripatéticiens avoient pris cette vérité pour fondement de leur philosophie : mais ils étoient si éloignés de la connoître, qu'aucun d'eux n'a sû la développer ; & qu'après plusieurs siecles, c'étoit encore une découverte à faire. Personne n'a donc mieux connu que Bacon la cause de nos erreurs : car il a vû que les idées qui sont l'ouvrage de l'esprit, avoient été mal faites ; & que par conséquent, pour avancer dans la recherche de la vérité, il falloit les refaire. C'est un conseil qu'il répete souvent dans son nouvel organe. " Mais pouvoit-on l'écouter, dit l'auteur de l'Essai sur l'origine des connoissances humaines ? Prévenu, comme on l'étoit, pour le jargon de l'école & pour les idées innées, ne devoit-on pas traiter de chimérique le projet de renouveller l'entendement humain ? Bacon proposoit une méthode trop parfaite pour être l'auteur d'une révolution ; & celle de Descartes devoit réussir, parce qu'elle laissoit subsister une partie des erreurs. Ajoûtez à cela que le philosophe anglois avoit des occupations qui ne lui permettoient pas d'exécuter entierement lui-même ce qu'il conseilloit aux autres. Il étoit donc obligé de se borner à donner des avis qui ne pouvoient faire qu'une légere impression sur des esprits incapables d'en sentir la solidité. Descartes au contraire livré entierement à la Philosophie, & ayant une imagination plus vive & plus féconde, n'a quelquefois substitué aux erreurs des autres que des erreurs plus séduisantes, qui peut-être n'ont pas peu contribué à sa réputation "

Le soin que Bacon prenoit de toutes les Sciences en général, ne l'empêcha pas de s'appliquer à quelques-unes en particulier ; & comme il croyoit que la Philosophie naturelle est le fondement de toutes les autres Sciences, il travailla principalement à la perfectionner. Mais il fit comme ces grands Architectes, qui ne pouvant se résoudre à travailler d'après les autres, commencent par tout abattre, & élevent ensuite leur édifice sur un dessein tout nouveau. De même, il ne s'amusa point à embellir ou à réparer ce qui avoit déjà été commencé par les autres : mais il se proposa d'établir une Physique nouvelle, sans se servir de ce qui avoit été trouvé par les anciens, dont les principes lui étoient suspects. Pour venir à bout de ce grand dessein, il avoit résolu de faire tous les mois un traité de Physique, il commença par celui des vents. Il fit ensuite celui de la chaleur, puis celui du mouvement, & enfin celui de la vie & de la mort. Mais comme il étoit impossible qu'un homme seul fit toute la Physique avec la même exactitude, après avoir donné ces échantillons pour servir de modele à ceux qui voudroient travailler sur ses principes, il se contenta de tracer grossierement & en peu de mots le dessein de quatre autres traités, & d'en fournir les matériaux dans le livre qu'il intitula Sylva sylvarum, où il a ramassé une infinité d'expériences, pour servir de fondement à sa nouvelle physique. En un mot personne, avant le chancelier Bacon,n'avoit connu la Philosophie expérimentale ; & de toutes les expériences physiques qu'on a faites depuis lui, il n'y en a presque pas une qui ne soit indiquée dans ses ouvrages.

Ce précurseur de la Philosophie a été aussi un écrivain élégant, un historien, un bel esprit.

Ses Essais de morale sont très-estimés, mais ils sont faits pour instruire plutôt que pour plaire. Un esprit facile, un jugement sain, le philosophe sensé, l'homme qui réfléchit, y brillent tour-à-tour. C'étoit un des fruits de la retraite d'un homme qui avoit quitté le monde, après en avoir soûtenu long-tems les prospérités & les disgraces. Il y a aussi de très-belles choses dans le livre qu'il a fait de la Sagesse des anciens, dans lequel il a moralisé les fables qui faisoient toute la théologie des Grecs & des Romains.

Il a fait encore l'Histoire de Henri VII. roi d'Angleterre, où il y a quelquefois des traits du mauvais goût de son siecle, mais qui d'ailleurs est pleine d'esprit, & qui fait voir qu'il n'étoit pas moins grand politique que grand philosophe. (C)


BACOTIS. f. (Histoire moderne) nom que les peuples du Tonquin donnent à la grande Magicienne, pour laquelle ils ont une extrème vénération, & qu'ils consultent outre les deux fameux devins, le Taybou & le Tay-phouthouy. Lorsqu'une mere, après la mort de son enfant, veut savoir en quel état est l'ame du défunt, elle va trouver cette espece de Sibylle, qui se met aussi-tôt à battre son tambour, pour évoquer l'ame du mort ; elle feint que cette ame lui apparoît, & lui fait connoître si elle est bien ou mal : mais pour l'ordinaire elle annonce, à cet égard, des nouvelles consolantes. Tavernier, voyage des Indes. (G)


BACQUETS. m. (Arts méchaniques) on donne ordinairement le nom de bacquet à un vaisseau de bois rond, oval, ou quarré, d'un pié & demi ou même davantage de diametre, plus ou moins profond, fait de plusieurs pieces ou douves serrées par des cerceaux de fer ou de bois, & destiné à contenir de l'eau ou des matieres fluides. Le bacquet est à l'usage des Verriers, ils y rafraîchissent leurs cannes ; des Cordonniers, ils y font tremper leurs cuirs ; des Brasseurs, ils y mettent de la biere ou y reçoivent la levure au sortir des tonneaux ; des Marchands de vin, ils y retiennent le vin qui s'échappe de la canelle des pieces en perce ; des Marchands de poisson, ils y conservent leur marchandise ; des Maçons, ils y transportent le mortier au pié de l'engin, pour être élevé de-là au haut des échaffaux ; des Carriers, ils s'en servent pour tirer le moellon & les autres pierres qu'ils ne peuvent brider avec le cable ; & d'un grand nombre d'autres ouvriers : nous allons faire mention de quelques-uns.

BACQUET, ustensile d'Imprimerie ; c'est une pierre de trois piés de long sur deux & demi de large, creusée à trois pouces de profondeur, garnie sur ses bords de bandes de fer, & percée au milieu d'une de ses extrémités ; l'imprimeur qui veut laver sa forme, bouche le trou avec un tampon de linge, la couche au fond du bacquet, & verse dessus une quantité suffisante de lessive pour la couvrir ; là il la brosse jusqu'à ce que l'oeil de la lettre soit net, après quoi il débouche le trou pour laisser écouler la lessive, retire sa forme, & la rinse avec de l'eau claire : ce bacquet doit être posé ou supporté sur une table de chêne à quatre piés bien solides.

BACQUET, chez les Marbreurs de papier, est une espece de boîte ou caisse de bois, plate, sans couvercle, quarrée, longue de la grandeur d'une feuille de papier à l'écu, & de l'épaisseur d'environ quatre doigts : elle se pose sur la table ou l'établi du Marbreur, qui y verse de l'eau gommée jusqu'à un doigt du bord ; c'est sur cette eau que l'on répand les couleurs que doit prendre le papier pour être marbré. Voyez Pl. du Marbreur, en F. fig. 1.

BACQUET, chez les Relieurs & Doreurs ; c'est un demi-muid scié par le milieu, où l'on met de la cendre jusqu'à un certain degré, & par-dessus de la poussiere de charbon, pour faire une chaleur douce, capable de sécher la dorure.

BACQUET, en terme de Chauderonnier, se dit en général de tous vaisseaux de cuivre imparfaits, & tels qu'ils sortent de la manufacture & de la premiere main.


BACQUETERverb. act. en bâtiment, c'est ôter l'eau d'une tranchée avec une pelle ou une écope. (P)

BACQUETER, l'eau, en Jardinage, c'est la répandre avec une pelle de bois sur le gason d'un bassin, pour arroser le dessus des glaises. (K)


BACQUETURESS. f. pl. terme de Marchand de vin, c'est ainsi qu'ils appellent ce qui tombe des canelles des tonneaux en perce, & des mesures quand ils vendent & versent le vin dans les bouteilles. Ils disent qu'ils en voyent ce vin au Vinaigrier, & ils le devroient faire.


BACTRE(Géog. anc. & mod.) riviere que les modernes nomment Buschian ou Bachora ; elle se joint à notre Gehon, ou à l'Oxus des anciens.


BACTREOLES. f. chez les Batteurs d'or, rognures de feuilles d'or ; on les employe à faire l'or en coquille. Voyez OR.


BACTRES(Géog. anc. & mod.) capitale de la Bactriane, sur le fleuve Bactre ; c'est aujourd'hui Bag-dasan ou Termend ; elle est voisine du mont Caucase.


BACTRIANES. f. (Géog. anc. & mod.) ancienne province de Perse entre la Margiane, la Scythie, l'Inde & le pays des Messagetes ; c'est aujourd'hui une contrée de la Perse, formée en partie du Chorasan, & en partie du Mawaralnahar, ou plus communément Usbeck en Tartarie.


BACTRIENS. m. peuples de la Bactriane.


BACUBACHIE, BACHU, BARVIE, (Géog.) ville de Perse sur la mer Caspienne, & dans la province de Servan. Il y a près de la ville une source qui jette une liqueur noire dont on se sert par toute la Perse, au lieu d'huile à brûler. Elle donne son nom à la mer qu'on connoît sous celui de mer de Bacu ou mer de Sala.


BACULOMETRIES. f. c'est l'art de mesurer avec des bâtons ou des verges, les lignes tant accessibles qu'inaccessibles. Voyez ACCESSIBLE, ARPENTAGE, MESURE, LEVER un plan, &c. (E)


BADACHXANou BADASCHIAN, ou BUSDASKAN, (Géographie anc. & mod.) ville d'Asie, dans le Mawaralnahar, dont elle est la capitale : quelques Géographes prétendent que c'est l'ancienne Bactres.


BADAI(Géog. & Hist.) peuples de la Tartarie déserte, qui adoroient le soleil, ou un morceau de drap rouge élevé en l'air, qui en étoit apparemment la banniere ou le symbole.


BADAJOZ(Géog.) ville d'Espagne, capitale de l'Estramadure, sur la Guadiana. Long. 11. 27. lat. 38. 35.


BADARA(Géographie) petite ville des Indes capitale de la contrée du même nom, dans la presqu'île de l'Inde, deçà le Gange, au Malabar, proche Calicut.


BADou BADEN, (Géographie) ville d'Allemagne, dans le cercle de Suabe. Long. 26. 54. lat. 48. 50.


BADELe marggraviat de Bade est divisé en deux parties, le haut & le bas marggraviat ; il est borné au septentrion par le Palatinat & l'évêché de Spire ; à l'orient par le duché de Wirtemberg & la principauté de Furstemberg ; au midi, par le Brisgaw ; à l'occident, par le Rhin.

* BADE ou BADEN, (Géog.) ville de Suisse, dans le canton de même nom, sur le Limat. Long. 25. 55. lat. 47. 27.

* BADE ou BADEN, (Géog.) ville d'Allemagne, dans l'archiduché d'Autriche, sur le Suechat. Long. 34. 20. lat. 48.


BADEBOU(Géog.) petit pays d'Afrique, sur la côte de l'Océan, dans le pays des Negres, au nord de la riviere de Gambie.


BADELAIRES. f. vieux mot qu'on a conservé dans le blason, & qui signifie une épée faite en sabre, c'est-à-dire courte, large & recourbée : on croit que ce mot vient de baltearis, à cause qu'un baudrier étoit autrefois appellé baudel ; d'où vient que quelques-uns disent baudelaire. (V)


BADENOCH(Géog.) petit pays de l'Ecosse septentrionale, dans la province de Murray, vers les montagnes & la petite province d'Athol.


BADENWEILER(Géog.) ville d'Allemagne, dans le Brisgaw, proche du Rhin. Long. 25. 20. lat. 47. 55.


BADIANE(SEMENCE DE), ou ANIS DE LA CHINE, (Histoire natur. & Mat. med.) c'est un fruit qui représente la figure d'une étoile ; il est composé de six, sept ou d'un plus grand nombre de capsules qui se réunissent en un centre comme des rayons ; elles sont triangulaires, longues de cinq, huit & dix lignes, larges de trois, un peu applaties & unies par la base. Ces capsules ont deux écorces, une extérieure, dure, rude, raboteuse, jaunâtre, ou de couleur de rouille de fer ; l'autre, intérieure, presqu'osseuse, lisse & luisante. Elles s'ouvrent en deux panneaux par le dos, lorsqu'elles sont seches & vieilles, & ne donnent chacune qu'un seul noyau lisse, luisant, applati, de la couleur de la graine de lin ; lequel, sous une coque mince & fragile, renferme une amende blanchâtre, grasse, douce, agréable au goût, & d'une saveur qui tient de celle de l'anis & du fenouil ; mais qui est plus douce. La capsule a le goût du fenouil, un peu d'acidité, & une odeur seulement un peu plus pénétrante. Ce fruit vient des Philippines, de la Tartarie & de la Chine ; l'arbre qui le porte s'appelle pansipansi ; son tronc est gros & branchu ; il s'éleve à la hauteur de deux brasses & plus. De ses branches sortent quinze feuilles alternes, rarement crénelées, pointues, longues d'une palme, & larges d'un pouce & demi. Les fleurs sont, à ce qu'on dit, en grappes, grandes comme celles du poivre, & paroissent comme un amas de plusieurs chatons.

La semence de badiane donne de l'huile essentielle, limpide, subtile & plus pénétrante que celle d'anis, elle en a les propriétés. Les Orientaux lui donnent la préférence, elle fortifie l'estomac, chasse les vents & excite les urines. Les Chinois la mâchent après le repas ; ils l'infusent aussi, avec la racine de ninzin, dans l'eau chaude & en boivent en forme de thé. Les Indiens en tirent aujourd'hui un esprit ardent anisé, que les Hollandois appellent anis arak, & dont on fait grand cas.


BADIGEONS. m. en Architecture, est un enduit jaunâtre qui se fait de poudre de pierre de Saint-Leu, détrempée avec de l'eau : les Maçons s'en servent pour distinguer les naissances d'avec les panneaux, sur les induits & ravalemens. Les Sculpteurs l'employent aussi pour cacher les défauts des pierres coquillieres, & les faire paroître d'une même couleur.


BADIGEONNERc'est colorer avec du badigeon un ravalement en plâtre, fait sur un pan de bois, ou sur un mur de moellon, de brique, &c. La plûpart des ouvriers mettent au badigeon de l'ocre pour le rendre plus jaune, mais il n'y en faut point, cette teinte devant plûtôt imiter la pierre dure d'Arcueil, qui est presque blanche, que celle de Saint Leu, qui est plus colorée. (P)


BADINANTadj. (Manége) on appelle ainsi un cheval qu'on mene après un carosse attelé de six chevaux, pour le mettre à la place de quelqu'un des autres qui pourroit devenir hors d'état de servir. On l'appelle aussi le volontaire. (V)


BADONVILLERS(Géog.) ville de Lorraine, dans la principauté de Salmes.


BADOULA(Géog.) petite ville du royaume de Candie, dans l'île de Ceylan, à douze lieues du Pic d'Adam. Voyez ADAM'S PIC.


BADUKKA(Hist. nat. bot.) nom propre du Capparis, arborescens, indica, flore tetrapetalo. Le suc de sa feuille mêlé avec la graisse de sanglier, forme un liniment pour la goutte ; la décoction des fleurs & de la feuille purge & déterge les ulceres de la bouche ; & le fruit pris dans du lait nuit à la faculté d'engendrer dans l'un & l'autre sexe.


BADWEISSou BADENWEISS, ville de Bohême, cercle de Bethyn, près Muldaw.


BAEÇA(Géog.) ville d'Espagne, dans l'Andalousie, sur le Guadalquivir. Long. 14. 58. latit. 37. 45.

* BAEÇA, (Géog. mod.) ville du Pérou, dans la province de Los Quixos, proche la ligne.


BAETIQUE(Géog. anc. & mod.) une des parties dans lesquelles les Romains avoient divisé l'Espagne. La Taraconoise, & la Lusitanie étoient les deux autres : la Baetique fut ainsi appellée du Boetis aujourd'hui le Guadalquivir, & comprenoit l'Andalousie avec la plus grande partie du royaume de Grenade.


BAFF(Géog. anc. & mod.) ville de l'île de Chypre, bâtie sur les ruines de Paphos la nouvelle, Long. 50. lat. 34. 50.

Il y a dans la même île un cap & une petite île qui ne sont pas éloignés de Baffa ; & qui portent le même nom. Le cap s'appelle aussi Capo bianco, & s'appelloit jadis Drepanum promontorium.


BAFFETASS. m. (Commerce) toile grosse de coton blanc, qui vient des Indes orientales. La meilleure est de Surate ; la piece a 13 aunes 3/4 de long, sur 7/8 de large, il y en a de moins large. On distingue les baffetas par les endroits d'où ils viennent, & par l'aunage qu'ils ont, il y a des baffetas Orgaris, Nossaris, Gaudivis, Nerindes & Daboüis ; ils sont étroits ; ils n'ont que 5/6 de large, & 1/2 aune de long ; il y a des baffetas Narrow-With de 13 aunes 1/2 de long, sur 1/2 aune de large, Broad-With de 14 aunes de long ; sur 3/4 de large ; Broad-Brow, & Narrow-Brow, qui ne sont que des toiles écrues, les unes de 14 aunes de long, sur 1/2 aune de large, & les autres de la même longueur, sur 3/4 de large. Il y a un autre baffetas qui vient aussi des Indes orientales, & qu'on nomme Shaub Voyez SHAUB.


BAFFIN'S-BAIEou BAIE DE BAFFIN, (Géog.) baie dans les terres arctiques : elle s'étend depuis le 70 jusqu'au 80 degré de latitude. Voyez BAIE.


BAGACES. f. (Sucrerie) c'est ainsi qu'on nomme les cannes, après qu'elles ont passé au moulin. On les conserve dans des hangars qu'on appelle casés, pour être brûlées sous les poeles à sucre, quand elles seront seches. C'est l'ouvrage des négresses d'en faire des paquets au sortir des cylindres du moulin : on nourrit les chevaux, les boeufs, les cochons, avec celles qui trop brisées & réduites en trop petits fragmens ne peuvent entrer en paquets ; trois jours de soleil suffisent pour les sécher ; au lieu de paille & de feuilles de cannes, on les met sous les premieres chaudieres dans les endroits où le bois est commun, & sous les dernieres chaudieres lorsque le bois est rare. Voyez SUCRE, SUCRERIE.


BAGAGES. m. on donne ce nom en général à tout équipage de voyage ; & il s'applique particulierement à celui d'une armée. Voyez ARMEE.


BAGAIABAGI, VAGAI, (Géog.) ville de Numidie en Afrique ; elle s'appelloit aussi jadis Théodorie, de Théodore épouse de l'empereur Justinien.


BAGAMEDERBAGAMEDRI, BAGAMIDRI, haute Ethiopie, ou partie de l'Abyssinie, compris le Nil jusqu'à la source de la Tacaze. Cette contrée est divisée en treize petites provinces, & le Bashlo la sépare du royaume d'Amahara.


BAGAUDE(Hist. anc.) c'est ainsi que les anciens Gaulois, sur-tout depuis le tems de Diocletien, appelloient un larron ; & de-là est venu le mot de bagauda, ou bagaudia, qui, selon Prosper en sa chronique, & Salvien, liv. V. signifie un brigandage, une émotion de peuple, une sédition, un soulevement d e paysans. (G)


BAGDAD(Géog.) ville d'Asie, sur la rive orientale du Tigre. Long. 63. 15. lat. 37. 15.

C'est aussi une partie de la Turquie en Asie, & un de ses gouvernemens généraux.


BAGE-LE-CHATEAU(Géog.) ville de Bresse, du diocèse de Lyon. L'archiprêtré de Bage-le-Château est composé de la paroisse de cette ville & de Pont-de-Vaux, de S. Trivier, & d'autres paroisses moins considérables.


BAGHARGAR(Géog.) grand pays de la grande Tartarie ; il s'étend d'occident en orient ; il est borné au septentrion par les Kaimachites, au levant par le royaume de Tendu, au midi par la Chine & au couchant par le Thibet.


BAGIAT(Géog.) petit pays à l'occident de la mer Rouge, compris entre l'Ethiopie & la Nubie.


BAGNA-BEBUSSOou BILIBUSSA, (Géog. anc. & mod.) ville de la Turquie en Europe, sur la Stromona, dans la Macédoine, aux confins de la Romanie & de la Bulgarie : c'étoit autrefois Heraclea Sintica.


BAGNAGARou EDERABAD, ou GOLCONDE, (Géog.) ville d'Asie, au Mogol, capitale du royaume de Golconde, proche la riviere de Nerva. Long. 96. lat. 15. 30.


BAGNARA(Géog.) ville maritime d'Italie, au royaume de Naples, dans la Calabre ultérieure. Long. 33. 48. lat. 38. 15.


BAGNAREA(Géog.) ville d'Italie, dans le patrimoine de S. Pierre, dans la terre d'Orviette. Long. 29. 40. lat. 42. 36.


BAGNEsub. m. c'est ainsi qu'on nomme dans quelques verreries en bouteilles, le poinçon dans lequel on passe au tamis la terre à pot au sortir du moulin, & la terre grasse bien moulue & bien épluchée, pour faire de l'une & de l'autre la matiere des pots. Voyez VERRERIE, T POT.


BAGNERES(Géog.) ville de France, au comté de Bigorre, en Gascogne, sur l'Adour. Long. 17. 42. lat. 43. 30.


BAGNI* BAGNI D’ASINELLO, ou BAINS DE VITERBE, (Géog. anc. & mod.) ces bains sont dans le patrimoine de S. Pierre, où quelques auteurs croyent que ce fut l’ancienne ville d’Etrurie, appellée Fanum Voltumnæ.


BAGNOLOIou BAGNOLIENS, s. m. pl. (Hist. ecclés.) sectes d'hérétiques qui parurent dans le viij. siecle, & furent ainsi nommés de Bagnols, ville du Languedoc au diocèse d'Usès, où ils étoient en assez grand nombre. On les nomma aussi Concordois ou Gozocois, termes dont on ne connoît pas bien la véritable origine.

Ces Bagnolois étoient des Manichéens. Ils rejettoient l'ancien Testament & une partie du nouveau. Leurs principales erreurs étoient, que Dieu ne crée point les ames quand il les unit au corps : qu'il n'y avoit point en lui de prescience ; que le monde est éternel, &c. On donna encore le même nom à une secte de Cathares dans le xiij. siecle. Voyez CATHARES. (G)


BAGNOLS(Géog.) petite ville de France dans le bas Languedoc, proche de la Cese. Long. 22. 13. lat. 44. 10.


BAGOE(Myth.) nymphe qui enseigna, dit-on, aux Toscans à deviner par les foudres. Quelques-uns croyent que c'est la sibylle Erythrée, connue sous le nom d'Hérophile : d'autres prétendent que Bagoe est postérieure à Hérophile, la premiere d'entre les femmes qui ait rendu des oracles.


BAGRADE(Géog. anc. & mod.) fleuve de l'ancienne Caramanie, connu maintenant sous le nom de Tisindon. Il a sa source dans les montagnes de cette province, passe à Pasagarde, & se jette dans l'Océan Persique.

Il y a en Afrique un fleuve du même nom ; les savans le nomment Bagrada, Bragada, Macar, Macra, Bucara, Pagrarda. Il couloit près d'Utique ; & ce fut sur ses bords qu'un serpent, dont la dépouille étoit de cent vingt piés de long, arrêta, dit-on, l'armée d'Attilius Régulus.


BAGUES. f. (Hist. anc. & mod.) c'est un petit ornement circulaire d'or, d'argent, & de quelques autres matieres, qu'on porte à un des doigts. L'usage ne paroît pas en avoir été fort commun en Grece du tems d'Homere. Ce poëte, qui a mis en oeuvre presque tous les objets connus de son tems, ne parle des bagues ni dans l'Iliade, ni dans l'Odyssée : mais les Egyptiens s'en servoient déjà ; car nous lisons que Pharaon donna à Joseph sa bague à cacheter. Les plus anciens Romains appelloient la bague, ungulum ; & les Grecs & les Romains, symbolum. La Mythologie nous explique à sa maniere l'origine des bagues à pierre : elle dit que Jupiter instruit par Prométhée que l'enfant qu'il auroit de Thétis le déthroneroit, permit à Hercule de le détacher du Caucase, mais à condition que Prométhée porteroit toûjours au doigt une bague avec un petit morceau de rocher, afin qu'il fût vrai qu'il y étoit toûjours resté attaché, ainsi que Jupiter l'avoit juré.

On faisoit des bagues de fer, d'acier, d'or, d'argent, de bronze, &c. & on les portoit au petit doigt de la main gauche, ou au doigt que nous nommons l'annulaire. Il y en avoit de creuses & de solides. On les chargeoit de pierres précieuses. Elles servoient de sceaux, & leur figure ne varioit pas moins que leur matiere. Nous en avons représenté quelques-unes dans nos planches d'antiquités. Voy. Pl. VII. fig. 12.

L'usage des bagues s'est transmis jusqu'à nous. Nous en portons de fort riches. Voyez sur leur usage, tant ancien que moderne, l'article ANNEAU.

BAGUES & JOYAUX, terme de Droit, se dit des ornemens précieux des femmes, ou de l'argent même qui leur est accordé par contrat de mariage pour leur en tenir lieu.

La stipulation des bagues & joyaux est sur-tout usitée en pays de Droit écrit, où elle tient lieu de la stipulation de préciput, & fait partie des gains de survie, aussi-bien que l'augment de dot. V. PRECIPUT, AUGMENT DE DOT, IN DE SURVIERVIE. (H)

BAGUE, c'est en Marine une petite corde mise en rond, dont on se sert pour faire la bordure d'un oeil de pié ou oeillet de voile. Voyez OEIL DE PIE, ILLET DE VOILEOILE. (Z)

BAGUE, s. f. (Manége) c'est un anneau de cuivre qui pend au bout d'une espece de potence, & qui s'en détache assez facilement quand on est assez adroit pour l'enfiler avec une lance en courant à cheval de toute sa vîtesse ; c'est un exercice d'académie. Courir la bague, voyez COURIR. Avoir deux dedans, voyez DEDANS. (V)

BAGUES ; on appelle ainsi, dans les jeux d'anches de l'Orgue, une frette ou un anneau de plomb D, (fig. 44. Pl. d'Orgue) soudé sur le corps du tuyau. Cette bague a un trou pour passer la rasette a b, au moyen de laquelle on accorde les jeux d'anches. Voyez TROMPETTE. Lorsque le tuyau est placé dans sa boîte A B, la bague D doit porter sur la partie supérieure de cette boîte, dans laquelle elle entre en partie, & doit y être ajustée de façon que l'air contenu dans cette boîte, ne puisse trouver d'issue pour sortir que par l'anche du tuyau. Voyez ORGUE.


BAGUENAUDIERS. m. colutea (Hist. nat.) genre de plante à fleur papilionacée. Il sort du calice un pistil qui devient dans la suite une capsule membraneuse, enflée comme une vessie, dans laquelle il y a des semences qui ont la forme d'un rein. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

Son bois est clair, ses feuilles rondes, petites, d'un verd blanchâtre, avec des fleurs jaunes. Cet arbre se dépouille l'hyver, & se marcotte ordinairement, quoiqu'il donne de la graine. Sa graine étant mûre, devient jaune. (K)


BAGUERv. act. terme de Tailleur, de Couturiere, &c. c'est arranger les plis d'un habit, & les arrêter ensemble avec de la soie ou du fil.


BAGUETTES. f. On donne communément ce nom à un petit morceau de bois de quelques lignes d'épaisseur, plus ou moins long, rond & flexible. On employe la baguette à une infinité d'usages. Le bois dont on la fait, varie selon ses usages. On en fait même de fer forgé.

BAGUETTE DIVINE ou DIVINATOIRE. On donne ce beau nom à un rameau fourchu de coudrier, d'aune, de hêtre ou de pommier. Il n'est fait aucune mention de cette baguette dans les auteurs qui ont vécu avant l'onzieme siecle. Depuis le tems qu'elle est connue on lui a donné différens noms, comme caducée, verge d'Aaron, &c. Voici la maniere dont on prétend qu'on s'en doit servir. On tient d'une main l'extrémité d'une branche, sans la serrer beaucoup, ensorte que le dedans de la main regarde le ciel. On tient de l'autre main l'extrémité de l'autre branche, la tige commune étant parallele à l'horison, ou un peu plus élevée. L'on avance ainsi doucement vers l'endroit où l'on soupconnne qu'il y a de l'eau. Dès que l'on y est arrivé, la baguette tourne & s'incline vers la terre, comme une aiguille qu'on vient d'aimanter.

Supposé ce fait vrai, voici comment M. Formey croit pouvoir l'expliquer par une comparaison entre l'aiguille aimantée & la baguette. La matiere magnétique sortie du sein de la terre s'éleve, se réunit dans une extrémité de l'aiguille, où trouvant un accès facile, elle chasse l'air ou la matiere du milieu ; la matiere chassée revient sur l'extrémité de l'aiguille, & la fait pancher, lui donnant la direction de la matiere magnétique. De même à peu-près, les particules aqueuses, les vapeurs qui s'exhalent de la terre, & qui s'élevent, trouvant un accès facile dans la tige de la branche fourchue, s'y réunissent, l'appesantissent, chassent l'air ou la matiere du milieu. La matiere chassée revient sur la tige appesantie, lui donne la direction des vapeurs, & la fait pancher vers la terre, pour vous avertir qu'il y a sous vos piés une source d'eau vive.

Cet effet, continue M. Formey, vient peut-être de la même cause qui fait pancher en bas les branches des arbres plantés le long des eaux. L'eau leur envoye des parties aqueuses qui chassent l'air, pénetrent les branches, les chargent, les affaissent, joignent leur excès de pesanteur au poids de l'air supérieur, & les rendent enfin autant qu'il se peut, paralleles aux petites colonnes de vapeurs qui s'élevent. Ces mêmes vapeurs pénetrent la baguette & la font pancher. Tout cela est purement conjectural.

Une transpiration de corpuscules abondans, grossiers, sortis des mains & du corps, & poussés rapidement, peut rompre, écarter le volume, ou la colonne des vapeurs qui s'élevent de la source, ou tellement boucher les pores & les fibres de la baguette, qu'elle soit inaccessible aux vapeurs ; & sans l'action des vapeurs, la baguette ne dira rien : d'où il semble que l'épreuve de la baguette doit se faire sur-tout le matin, parce qu'alors la vapeur n'ayant point été enlevée, elle est plus abondante. C'est peut-être aussi pour cette raison que la baguette n'a pas le même effet dans toutes les mains, ni toûjours dans la même main. Mais cette circonstance rend fort douteux tout ce qu'on raconte des vertus de la baguette.

On a attribué à la baguette la propriété de découvrir les minieres, les thrésors cachés, & qui plus est les voleurs & les meurtriers fugitifs. Pour cette derniere vertu, on peut bien dire credat Judaeus Apella. Personne n'ignore la fameuse histoire de Jacques Aymar, paysan du Lyonnois, qui guidé par la baguette divinatoire, poursuivit en 1692 un meurtrier durant plus de quarante-cinq lieues sur terre, & plus de trente lieues sur mer. On sait aujourd'hui à n'en pouvoir douter, & on le croira sans peine, que ce Jacques Aymar étoit un fourbe. On peut voir le détail de son histoire dans le dictionnaire de Bayle, article Abaris. A l'égard des autres effets de la baguette, la plus grande partie des Physiciens les révoquent en doute. (O)

BAGUETTE DE NEPER. Voyez NEPER.

BAGUETTE NOIRE, (Hist. mod.) L'huissier de la baguette noire, c'est le premier huissier de la chambre du roi d'Angleterre, appellé dans le livre noir, lator virgae nigrae & hastiarius ; & ailleurs, virgi bajulus. Voyez HUISSIER. Sa charge est de porter la baguette devant le roi à la fête de S. George à Windsor. Il a aussi la garde de la porte de la chambre du chapitre, quand l'ordre de la Jarretiere est assemblé ; & dans le tems que le parlement tient, il garde la chambre des pairs. Sa marque est une baguette noire, qui a un lion d'or à l'extrémité. Cette baguette est en Angleterre une marque d'autorité, comme les masses le sont en d'autres pays. (G)

BAGUETTE, en Architecture, est une petite moulure composée d'un demi-cercle, que la plûpart des ouvriers appellent astragale. Voyez ASTRAGALE. (P)

BAGUETTE, chez les Arquebusiers, c'est un morceau de baleine ou de bois de chêne de la longueur d'un canon de fusil : il a par en-haut le diametre du canon ; il est ferré par le bout. Son autre extrémité est menue & fort déliée ; du reste il est rond dans toute sa longueur, & sert à bourrer un fusil quand on le charge.

BAGUETTE, chez les Artificiers. Il y en a de plusieurs sortes : les unes qu'on devroit appeller des fouloirs ou refouloirs, sont courtes, eu égard à leur grosseur, & tantôt massives, tantôt percées suivant leur axe ; elles sont destinées à charger les cartouches des fusées de toutes especes de matieres combustibles. Les autres longues & minces, servent à diriger la course des fusées volantes, & à les tenir dans une situation verticale, & la gorge d'où sort le feu tournée en-bas. Voyez FUSEE VOLANTE, & Planche I. de l'Artificier, fig. 1. R, une baguette égale dans toute sa longueur, pour rouler les cartouches. Voyez CARTOUCHE. Fig. 2. M, une baguette avec un manche plus gros pour les petites fusées ; & fig. 3. une baguette avec un manche plus petit pour les grosses fusées. Voyez Artific. Pl. II. fig. 23 une baguette à charger, percée par le bout d'un trou A I, égal en largeur & profondeur à la grosseur & à la longueur de la broche qu'il doit recevoir entierement : figure 24. une baguette à charger plus courte d'un quart, percée dans sa longueur d'un trou 26, dont l'ouverture est égale au diametre de la broche, pris au tiers de sa longueur, & profonde de la longueur du reste de la broche : fig. 25. baguette à charger, diminuée de la longueur d'un tiers plus que la précédente, & percée d'un trou 3 c, dont l'ouverture est égale au diametre de la broche, pris aux deux tiers, & profonde du tiers de sa longueur : figure 26. baguette appellée le massif, longue de deux diametres du calibre, & massive, parce qu'elle ne sert qu'à charger la partie de la fusée qui est au-dessus de la broche. Le manche de ces baguettes doit être garni d'une virole de cuivre, & non de fer, de peur d'accident.

BAGUETTE, chez les Ciriers. Les Ciriers ont deux sortes de baguettes : les baguettes à meches, & les baguettes à bougies ou chandelles. Ils enfilent dans les premieres leurs meches, lorsqu'elles sont coupées de longueur : ils enfilent dans les secondes leurs bougies, quand elles sont achevées. Outre ces deux sortes de baguettes, les Chandeliers en ont une troisieme, c'est une baguette à tremper : c'est celle sur laquelle les meches sont enfilées, lorsqu'ils font de la chandelle à la main, en trempant à plusieurs reprises les meches dans l'abysme. Voyez ABYSME. Les baguettes à bougies & à tremper sont longues, legeres & flexibles. Celles à meches sont beaucoup plus fortes.

BAGUETTE, terme de Courroyeur : c'est un bâton ou perche sur laquelle ces ouvriers étendent leurs cuirs, toutes les fois qu'ils ont été foulés à l'eau, afin de les y faire sécher. Voyez COURROYER.

BAGUETTE, outil d'Hongrieur ; c'est un morceau de bois assez long & rond, mais qui diminue de grosseur en allant du milieu aux extrémités comme un fuseau. Il sert à ces artisans pour unir & applanir leurs cuirs ; en les roulant dessus avec le pié. Voyez HONGRIEUR, & la figure E, planche de l'Hongrieur.

Pour cet effet, les Hongrieurs ont dans une chambre une espece d'élévation de planche fig. 5. Planche de l'Hongrieur. a a g, sur le plancher ou le pavé, qui va un peu plus en montant du côté du mur qu'à l'extrémité opposée : deux morceaux de bois, a f, d e, dressés depuis le pavé jusqu'au plancher, à la distance d'environ trois piés l'un de l'autre, sont joints à la hauteur de quatre piés par un autre morceau de bois b c, qui les traverse. L'ouvrier étend son cuir F sur cette espece de parquet ; il y place sa baguette entre les plis du cuir : alors il monte dessus, & en s'appuyant avec les mains sur la traverse de bois b c, il foule le cuir en reculant, & répete la même opération jusqu'à ce que ce cuir soit rendu maniable.

BAGUETTES DE TAMBOUR, (Luth.) ce sont deux morceaux de bois qui ont chacun un pié ou quinze pouces de longueur, sur neuf lignes ou environ de diametre par le bout qu'on tient à la main, d'où ils vont toûjours en diminuant jusqu'à l'autre bout, qui a la forme & les dimensions d'une grosse olive, ils sont tournés au tour, d'un bois dur & pesant comme l'ébene ; & l'on s'en sert pour battre la caisse ou le tambour. Voyez TAMBOUR. Voyez figures 16 & 17, Planche II. de Lutherie.

BAGUETTES DE TYMBALES ; ce sont deux morceaux de bois de bouis qui sont garnis par un bout de petites courroies capables de recevoir les deux doigts du milieu, & destinées à les manier commodément, dont le fût est partout à peu près de la même grosseur, & n'a pas plus de sept à huit pouces de longueur, & qui sont terminés chacun par une espece de tête de l'épaisseur de trois à quatre lignes, du diametre de sept à huit, & de la forme d'un champignon plat & arrondi par les bords. Voyez la même Planche de Lutherie que nous venons de citer.

BAGUETTE DE TYMPANON, PSALTERION, &c. ce sont deux petits morceaux de bois, de bouis, de cornouiller, d'ébene, &c. recourbés par un bout, & quelquefois terminés de l'autre par un anneau ; d'une ligne & demie ou deux au plus d'épaisseur par le bout qu'on tient à la main ; d'où ils vont toûjours en diminuant. Ils sont recourbés par un bout, afin que ce bout s'applique facilement sur les cordes qu'on veut, sans toucher à d'autres : ils ont un anneau pour les tenir plus commodément, en y plaçant le doigt. On prend entre les doigts celles qui n'ont point d'anneaux.

BAGUETTES DE TAMBOURIN, soit à cordes, soit à caisse. Ces baguettes ne different guere de celles du tambour que par les dimensions. Celle du tambourin à cordes est plus courte & plus menue que celle du tambour ; celle du tambourin à caisse ou de Provence est plus menue, mais plus longue.

BAGUETTE, bâton dont le fauconnier se sert pour faire partir la perdrix des buissons, & pour tenir les chiens en crainte.


BAHAMA(Géog. mod.) île de l'Amérique septentrionale, l'une des Lucayes, qui donne le nom au canal de Bahama.


BAHANA(Géog.) ville d'Egypte située dans la Thébaïde inférieure, près de Fium, sur un lac formé de la décharge des eaux du Nil, & qu'on appelle mer de Joseph.


BAHARBAHAIRE, ou BAIRE, s. m. (Comm.) poids dont on sert à Ternata, à Malaca, à Achem, & en plusieurs autres lieux des Indes orientales, aussi-bien qu'à la Chine.

Il y en a de deux sortes ; l'une qu'on appelle grand bahar, & l'autre que l'on nomme petit bahar. Le premier revient à 481 livres 4 onces de Paris, de Strasbourg, d'Amsterdam, & de Besançon ; & le second à 401 livres 7 onces de Paris.

Le bahar de la Chine est de 300 catis, mais qui n'en font que 200 de Malaca, chaque catis de la Chine ne contenant que 16 taëls. Le taël pesant une réale & demie de huit, est de dix mas ou mases, & chaque mas dix condorins. Voyez CONDORIN, MAS, TAEL.

Le bahar de Moka, ville d'Arabie, est de 420 livres. (G)


BAHEL SCHULLI(Hist. nat. & bot.) arbrisseau épineux qu'on appelle aussi genista spinosa indica verticillata, flore purpureo-caeruleo, qui étoit aux Indes dans les lieux aquatiques. Il y en a une espece qui vient dans les sables, dont les tiges & les feuilles sont d'un verd gai, & les fleurs sont blanches, avec une teinte d'azur.

Ray attribue à la décoction de sa racine, & à ses feuilles cuites & confites dans du vinaigre, la vertu d'exciter les urines, & de remédier à leur suppression, surtout si la décoction s'est faite dans l'huile du ficus infernalis : il ajoûte que ses feuilles réduites en poudre & prises dans de l'huile tirée par expression des fleurs du ficus infernalis, résolvent les tumeurs des parties naturelles.


BAHEMDans le I. liv. des Macchabées, il est dit que le roi Demetrius écrivit au grand prêtre Simon, en ces termes : coronam auream & bahem quam misistis, suscepimus. Les uns croyent que ce nom bahem signifie des perles ; d'autres un habit. Le Grec, au lieu de bahem, lit baïnam, que Grotius dérive de baïs, une branche de palmier. Ce sentiment paroît le meilleur. Il étoit assez ordinaire d'envoyer ainsi des couronnes & des palmes d'or aux rois vainqueurs en forme de présens. Macchab. I. ch. xiij. v. 37. Syr. ad 1. Macch. xiij. 37. (G)


BAHIRc'est-à-dire illustre. Buxtorf a remarqué dans sa bibliotheque des Rabbins, que les Juifs ont un livre de ce nom. Il ajoûte que c'est le plus ancien de tous les livres des Rabbins ; qu'il y est traité des plus profonds mysteres de la cabale ; que ce livre n'a point été imprimé ; qu'on en voit seulement plusieurs passages dans les ouvrages des Rabbins ; que l'auteur se nommoit Rabbi Nechonia Ben Hakkana, & qu'il vivoit, selon les Juifs, en même tems que Jonathan, auteur de la paraphrase Chaldaïque, c'est-à-dire environ quarante ans avant Jesus-Christ. Le même Buxtorf s'est servi du témoignage de ce livre pour prouver l'antiquité des points voyelles, qui sont écrits au texte Hébreu de la Bible : mais cette preuve est mauvaise, le bahir n'étant point un ouvrage aussi ancien qu'il a prétendu. M. Simon a mis dans le catalogue des auteurs Juifs, que l'on a depuis peu imprimé en Hollande, un petit livre intitulé Bahir : mais il dit qu'il n'y a pas d'apparence que ce soit l'ancien bahir des Juifs, qui est beaucoup plus étendu. (G)


BAHREIou BAHRAIN, (Géog.) province de l'Arabie heureuse, sur le golfe Persique, avec île de même nom.


BAHUS. m. en Architecture ; c'est le profil bombé du chaperon d'un mur, de l'appui d'un quai, d'un parapet, d'une terrasse ou d'un fossé, & d'une balustrade.

BAHU. On dit, en termes de Jardinage, qu'une plate-bande, qu'une planche ou qu'une couche de terre est en bahu, lorsqu'elle est bombée sur sa largeur pour faciliter l'écoulement des eaux, & mieux élever les fleurs. Les plates-bandes se font aujourd'hui en dos d'âne ou de carpe, c'est-à-dire en glacis à deux égoûts. (P)


BAHURIN(Géog. anc. & mod.) ville de la Palestine, de la tribu de Benjamin, sur une haute montagne, aux confins de la tribu de Juda : on l'appelle aujourd'hui Bachori.


BAHUS(Géog.) ville de Suede, capitale du gouvernement de même nom, sur un rocher, dans une île formée par la Gothelbe. Long. 29. 20. lat. 57. 52.


BAHUTIERS. m. ouvrier dont le métier est de faire des bahus, coffres, valises, malles, &c. & autres ouvrages de cette nature, couverts de peau de veau, de vache, d'ours, &c. mais non de chagrin. Les ouvrages en chagrin sont réservés aux Gaîniers. Les Bahutiers sont de la communauté des Coffretiers.


BAIadj. (Manége) poil de cheval tirant sur le rouge. Ce poil a plusieurs nuances, savoir, bai clair, bai doré, bai brun, bai châtain, bai cerise, bai miroité ou à miroir, lorsqu'on distingue des taches rondes semées par tout le corps, & d'un bai plus clair que le reste du corps. (V)


BAIANISMEvoyez BAYANISME.


BAIEBÉE, s. f. ou JOUR, terme d'Architecture : on nomme ainsi toutes sortes d'ouvertures percées dans les murs pour éclairer les lieux, comme croisées, portes &c. On dit baie ou bée de croisée, & baie ou bée de porte, &c. (P)

BAIE, s. f. en Géographie, petit golfe ou bras de mer qui s'avance dans la terre, & dont le milieu en-dedans a plus d'étendue que l'entrée, ou ce qu'on nomme l'embouchure de la baie. Telle est la baie d'Hudson dans l'Amérique septentrionale. Voyez GOLFE. (O)

BAIE, s. f. bacca, (Hist. nat. bot.) fruit mou, charnu, succulent, qui renferme des pepins ou des noyaux : tels sont les fruits du laurier, du troêne ; du myrte, &c. Lorsque de pareils fruits sont disposés en grappe, on leur donne le nom de grains au lieu de celui de baie : par exemple, on dit un grain de raisin, un grain de sureau, &c. Tournefort. (I)

BAIE, (Géog. anc.) ville d'Italie dans ce que nous appellons aujourd'hui la terre de Labour, proche de Naples, à l'occident. Il n'en reste rien qu'un soûterrein appellé le Cento Camarelle, les cent petites chambres, & quelques ruines du pont que Caligula voulut construire sur le golfe qui séparoit Baie de Pouzzol. On présume que les Cento Camarelle servoient de casernes à la chiourme Romaine.


BAIGNERv. act. (Gramm.) c'est plonger un corps nud dans l'eau, ou plus généralement dans un fluide, afin que ses parties en soient appliquées immédiatement à la peau. Voyez BAIN.

BAIGNER, se dit en Fauconnerie de l'oiseau de proie, lorsque de lui-même il se jette dans l'eau ou qu'il se mouille à la pluie, ou qu'on le plonge dans l'eau quand on le poivre.


BAIGNEURS. m. (Hist. anc.) valet des bains chez les anciens. Athenée dit que ces sortes de domestiques avoient une chanson particuliere : mais s'il étoit permis aux personnes qui servoient aux bains de chanter, il n'étoit point honnête à ceux qui se baignoient d'en faire autant ; car Théophraste, ch. jv. des Caract. faisant la peinture de l'homme grossier, le représente chantant dans le bain. (G)

BAIGNEUR, s. m. c'est celui qui tient des bains chez lui pour la commodité du public. Les Baigneurs sont appellés Etuvistes, & font corps avec les Perruquiers-Barbiers.


BAIGNEUX(Géog.) ville de France en Bourgogne, diocèse de Dijon.


BAIGNOIRES. f. est une cuve de cuivre rouge de quatre piés & demi de longueur, sur deux & demi de largeur, arrondie par ses angles, & qui a environ 26 pouces de hauteur, servant à prendre le bain. Ces baignoires sont étamées en-dedans pour empêcher le verd-de-gris, & sont souvent décorées en-dehors de peintures à l'huile relatives à leur usage. Pour plus de propreté & de commodité, l'on pose dans le dedans des linges piqués, des oreillers, &c. aux deux côtés de ces baignoires, dans lesquelles on se tient assis : à leurs extrémités supérieures sont placés deux robinets à droite & à gauche, l'un pour distribuer de l'eau chaude amenée de l'étuve, l'autre de l'eau froide amenée du réservoir. Au fond de la baignoire est pratiquée une bonde que l'on leve pour faire écouler l'eau à mesure que l'on a besoin d'en remettre de la chaude, ou de la renouveller, selon le tems qu'on veut rester au bain. Cette bonde fermée contient l'eau, & lorsqu'elle est levée elle la précipite dans un tuyau de décharge, qui l'expulse dans les basses cours ou dans les puisards pratiqués exprès.

Ces baignoires sont ordinairement placées dans des niches qui prennent le plus souvent la forme d'un de leurs grands côtés, & sont couvertes d'un baldaquin ou impérial décoré de mousseline, toile de coton, toile peinte ou perse, comme il s'en voit au château de S. Cloud, de Sceaux ; &c.

Par oeconomie ces baignoires se font quelquefois de bois, & se portent en ville chez les particuliers, lorsqu'ils sont obligés pendant l'hiver de prendre les bains, par indisposition ou autrement. (P)

M. Burette dans les Mém. de l'Acad. des Belles Lettres, remarque que dans les thermes des anciens il y avoit deux sortes de baignoires ; les unes fixes, & les autres mobiles ; & que parmi ces dernieres on en trouvoit de faites exprès pour être suspendues en l'air, & dans lesquelles on joignoit le plaisir de se baigner à celui d'être balancé, & comme bercé par le mouvement qu'on imprimoit à la baignoire. (G)

Les baignoires de cuivre sont l'ouvrage des Chauderonniers ; les Tonneliers font & relient celles de bois.

BAIGNOIRE, chez les Hongrieurs ; c'est ainsi qu'ils appellent la poële dans laquelle ils font chauffer l'eau d'alun & le suif qu'ils emploient dans l'apprêt de leurs cuirs. Voyez la vignette Pl. de l'Hongrieur.


BAIGORRI(LE) Géog. petit pays de France dans la basse Navarre, entre les confins de la haute Navarre à l'occident, & le pays de Cise à l'orient.


BAIKALlac de Sibérie d'où sort la riviere d'Angara. Long. 125. 130.


BAILS. m. terme de Droit, est une convention par laquelle on transfere à quelqu'un la joüissance ou l'usage d'un héritage, d'une maison, ou autre sorte de bien, ordinairement pour un tems déterminé, moyennant une rente payable à certains tems de l'année que le bailleur stipule à son profit, pour lui tenir lieu de la joüissance ou de l'usage dont il se dépouille. Il y a aussi des baux par lesquels on promet de faire certains ouvrages pour un certain prix. Voy. LOUAGE, LOCATION.

Le bail des choses qui produisent des fruits est ce qu'on appelle bail à ferme. Voyez FERME.

Le bail des choses qui ne rapportent point de fruits est ce qu'on appelle bail à loyer. Voyez LOYER.

Chez les Romains les baux ne se faisoient pas pour un tems plus long que cinq années. Parmi nous ils ne passent jamais neuf ans, à moins qu'ils ne soient à vie ou emphytéotiques. Voyez EMPHYTEOTIQUE.

Les baux se font pardevant notaire ou sous seing privé. Ils sont également obligatoires d'une & d'autre maniere : seulement s'ils ne sont faits que sous signature privée, ils n'emportent point hypotheque sur les biens du bailleur ni du preneur. Les Anglois font aussi des baux de vive voix.

Tous ceux qui ont la libre administration de leur bien en peuvent faire des baux ; ceux même qui n'en ont que l'usufruit le peuvent aussi ? tel qu'un mari, une femme doüairiere, un tuteur, un bénéficier ; & dans l'usage commun, ceux qui entrent en joüissance après eux doivent entretenir les baux qu'ils ont faits.

L'obligation de celui qui fait le bail est de faire joüir le fermier ou locataire de la chose donnée à ferme ou à loyer, ou de lui payer des dommages & intérêts qui l'indemnisent de la perte qu'il souffre par l'inexécution du bail.

Mais il peut en demander la résiliation, pour défaut de payement ; si le locataire ou fermier dégrade l'héritage qu'il tient à bail ; si la maison tenue à bail menace ruine, & qu'il y ait nécessité de la rebâtir ; si le propriétaire d'une maison de ville veut occuper sa maison en personne ; & dans tous ces cas le propriétaire ne doit pas des dommages & intérêts au fermier ou locataire.

Celui qui succede au propriétaire n'est engagé à entretenir le bail par lui fait, que quand il lui succede à titre universel ; c'est-à-dire, titre d'héritier, de donataire ou légataire universel ; mais non pas s'il lui succede à titre singulier, soit lucratif ou onéreux.

Le fermier ou locataire de son côté est obligé à trois choses : 1°. à joüir en bon pere de famille, à ne point faire de dégradations dans les lieux dont il a la joüissance, & même à y faire les réparations locatives ou viageres auxquelles il s'est obligé par son bail : 2°. à payer le prix du bail si ce n'est que le fermier ait souffert des pertes considérables dans l'exploitage de sa ferme par des cas fortuits ; ce qu'on appelle en Droit vimaires, du Latin vis major, comme grêle, feu du ciel, inondations, guerre, &c. auquel cas l'équité naturelle exige qu'il soit fait diminution au fermier : 3°. à entretenir le bail, c'est-à-dire, à continuer l'habitation ou l'exploitage jusqu'à l'expiration du bail.

Lorsque le terme du bail est expiré, si le locataire continue à occuper la maison, ou le fermier à exploiter la ferme quoiqu'il n'y ait point de convention entre les parties, le silence du propriétaire fait présumer un consentement de sa part, & cela forme un contrat entre les parties qu'on appelle tacite réconduction. Voyez RECONDUCTION.

Le bail à rente, suivant la définition que nous avons donnée du mot bail au commencement de cet article, est moins proprement un bail qu'une veritable aliénation, par laquelle on transfere la propriété d'un immeuble à la charge d'une certaine somme ou d'une certaine quantité de fruits que le possesseur doit payer à perpétuité tous les ans.

Le bail à rente differe de l'emphytéose en plusieurs choses mais singulierement en ce que de sa nature il doit durer à perpétuité, moyennant la prestation de la rente par le tenancier ; au lieu que l'emphytéose finit souvent après un tems déterminé, comme de 99 ans, ou de deux ou trois générations. Voyez EMPHYTEOSE.

BAIL EMPHYTEOTIQUE, voyez EMPHYTEOSE.

BAIL A CHEPTEL, voyez CHEPTEL.

BAIL JUDICIAIRE, voyez JUDICIAIRE.

On appelle aussi bail l'expédition même du traité appellé bail, qu'on leve chez le notaire devant lequel il a été passé.

Bail est encore synonyme à ce qu'on appelle autrement baillie, ou garde-noble, ou bourgeoisie. Voyez GARDE.

Bail, dans les anciennes coûtumes, signifie aussi la tradition d'une chose ou d'une personne à quelqu'un : en ce sens on dit qu'il y a bail quand une fille se marie, parce qu'elle entre en la puissance de son mari ; & quand son mari meurt, il y a desbail, parce qu'elle est affranchie par sa mort de la puissance maritale. Voyez DESBAIL & PUISSANCE MARITALE.


BAILES. m. terme de Palais usité particulierement en Béarn, où il se dit de certains huissiers subalternes qui ne peuvent exploiter que contre les roturiers à la différence des veguers qui exploitent contre les gentilhommes. Voyez VEGUER. (H)

BAILE, s. m. (Polit. & Comm.) nom qu'on donne à Constantinople à l'ambassadeur de la république de Venise résident à la Porte.

Outre les affaires de politique & d'état dont ce ministre est chargé, il fait aussi les fonctions de consul de la nation auprès du grand-seigneur ; & c'est proprement de lui que dépendent les autres consuls établis dans les échelles du levant, qui ne sont pour la plûpart que des vice-consuls. Voyez CONSUL. (G)


BAILLE-BOUTES. f. c'est parmi les Marins une moitié de tonneau en forme de baquet. Les vaisseaux de guerre ont une baille amarrée à chaque hune, pour y enfermer des grenades & autres artifices que l'on couvre de peaux fraîches, s'il est possible, pour les garantir du feu.

On met dans des bailles le breuvage que l'on distribue tous les jours aux gens de l'équipage. Il y a aussi des bailles à tremper les écouvillons dont on se sert pour rafraîchir le canon. Il y a des bailles pour mettre tremper le poisson & la viande salée.

On se sert quelquefois des bailles pour puiser l'eau qui entre dans le rum ou fond de cale. (Z)


BAILLEMENTS. m. (Physiolog.) ouverture involontaire de la bouche, occasionnée par quelque vapeur ou ventuosité qui cherche à s'échapper, & témoignant ordinairement la fatigue, l'ennui, ou l'envie de dormir.

Le remede qu'Hippocrate prescrit contre le bâillement, est de garder long-tems sa respiration. Il recommande la même chose contre le hocquet. Voyez HOCQUET. Suivant l'ancien systême, le bâillement n'est jamais produit sans quelque irritation qui détermine les esprits animaux à couler en trop grande abondance dans la membrane nerveuse de l'oesophage, qu'on a regardée comme le siége du bâillement. Quant à cette irritation, on la suppose occasionnée par une humeur importune qui humecte la membrane de l'oesophage, & qui vient ou des glandes répandues dans toute cette membrane, ou des vapeurs acides de l'estomac rassemblées sur les parois de l'oesophage. Par ce moyen les fibres nerveuses de la membrane du gosier étant irritées ; elles dilatent le gosier, & contraignent la bouche à suivre le même mouvement.

Mais cette explication du bâillement a depuis peu donné lieu à une nouvelle plus méchanique & plus satisfaisante.

Le bâillement est produit par une expansion de la plûpart des muscles du mouvement volontaire, mais sur-tout par ceux de la respiration. Il se forme en inspirant doucement une grande quantité d'air, qu'on retient & qu'on raréfie pendant quelque tems dans les poumons, après quoi on le laisse échapper peu-à-peu, ce qui remet les muscles dans leur état naturel.

De-là, l'effet du bâillement est de mouvoir, d'accélérer & de distribuer toutes les humeurs du corps également dans tous les vaisseaux, & de disposer par conséquent les organes de la sensation & tous les muscles du corps, à s'acquiter chacun de leur côté de leurs fonctions respectives. Voy. Boerhaave, Inst. méd. § 638. (L)

BAILLEMENT, s. m. ce mot est aussi un terme de Grammaire, on dit également hiatus : mais ce dernier est latin. Il y a bâillement toutes les fois qu'un mot terminé par une voyelle, est suivi d'un autre qui commence par une voyelle, comme dans il m'obligea à y aller ; alors la bouche demeure ouverte entre les deux voyelles, par la nécessité de donner passage à l'air qui forme l'une, puis l'autre sans aucune consonne intermédiaire ; ce concours de voyelles est plus pénible à exécuter pour celui qui parle, & par conséquent moins agréable à entendre pour celui qui écoute ; au lieu qu'une consonne faciliteroit le passage d'une voyelle à l'autre. C'est ce qui a fait que dans toutes les langues, le méchanisme de la parole a introduit ou l'élision de la voyelle du mot précédent, ou une consonne euphonique entre les deux voyelles.

L'élision se pratiquoit même en prose chez les Romains. " Il n'y a personne parmi nous, quelque grossier qu'il soit, dit Cicéron, qui ne cherche à éviter le concours des voyelles, & qui ne les réunisse dans l'occasion. Quod quidem latina lingua sic observat, nemo ut tam rusticus sit, quin vocales nolit conjungere. Cic. Orator. n°. 150. Pour nous, excepté avec quelques monosyllabes, nous ne faisons usage de l'élision que lorsque le mot suivi d'une voyelle est terminé par un e muet ; par exemple, une sincere amitié, on prononce sincer-amitié. On élide aussi l'i de si en si il, qu'on prononce s'il ; on dit aussi m'amie dans le style familier, au lieu de ma amie ou mon amie : nos peres disoient m'amour.

Pour éviter de tenir la bouche ouverte entre deux voyelles, & pour se procurer plus de facilité dans la prononciation, le méchanisme de la parole a introduit dans toutes les langues, outre l'élision, l'usage des lettres euphoniques, & comme dit Cicéron, on a sacrifié les regles de la Grammaire à la facilité de la prononciation : Consuetudini auribus indulgenti libenter obsequor.... Impetratum est à consuetudine ut peccare suavitatis causâ liceret. Cicer. Orator. n. 158. Ainsi nous disons mon ame, mon épée, plûtôt que ma ame, ma épée. Nous mettons un t euphonique dans y a-t-il, dira-t-on ; & ceux qui au lieu de tiret ou trait d'union mettent une apostrophe après le t, font une faute : l'apostrophe n'est destinée qu'à marquer la suppression d'une voyelle, or il n'y a point ici de voyelle élidée ou supprimée.

Quand nous disons si l'on au lieu de si on, l' n'est point alors une lettre euphonique, quoi qu'en dise M. l'abbé Girard, tom. I. p. 344. On est un abrégé de homme ; on dit l'on comme on dit l'homme. On m'a dit, c'est-à-dire, un homme, quelqu'un m'a dit. On, marque une proposition indéfinie, individuum vagum. Il est vrai que quoiqu'il soit indifférent pour le sens de dire on dit ou l'on dit, l'un doit être quelquefois préféré à l'autre, selon ce qui précede ou ce qui suit, c'est à l'oreille à le décider ; & quand elle préfere l'on au simple on, c'est souvent par la raison de l'euphonie, c'est-à-dire, par la douceur qui résulte à l'oreille de la rencontre de certaines syllabes. Au reste ce mot euphonie est tout grec, , bien, & , son.

En grec le , qui répond à notre n, étoit une lettre euphonique, sur-tout après l' & l' : ainsi au lieu de dire , viginti viri, ils disent , sans mettre ce entre les deux mots.

Nos voyelles sont quelquefois suivies d'un son nasal, qui fait qu'on les appelle alors voyelles nasales. Ce son nasal est un son qui peut être continué, ce qui est le caractere distinctif de toute voyelle : ce son nasal laisse donc la bouche ouverte ; & quoiqu'il soit marqué dans l'écriture par un n, il est une véritable voyelle : & les poëtes doivent éviter de le faire suivre par un mot qui commence par une voyelle, à moins que ce ne soit dans les occasions où l'usage a introduit un n euphonique entre la voyelle nasale & celle du mot qui suit.

Lorsque l'adjectif qui finit par un son nasal est suivi d'un substantif qui commence par une voyelle, alors on met l'n euphonique entre les deux, du moins dans la prononciation ; par exemple, un-n-enfant, bon-n-homme, commun-n-accord, mon-n-ami. La particule on est aussi suivie de l'n euphonique, on-n-a. Mais si le substantif précede, il y a ordinairement un bâillement ; un écran illuminé, un tyran odieux, un entretien honnête, une citation équivoque, un parfum incommode ; on ne dira pas un tyran-n-odieux, un entretien-n-honnête, &c. On dit aussi un bassin à barbe, & non un bassin-n-à barbe. Je sai bien que ceux qui déclament des vers où le poëte n'a pas connu ces voyelles nasales, ajoûtent l'n euphonique, croyant que cette n est la consonne du mot précédent : un peu d'attention les détromperoit : car, prenez-y-garde, quand vous dites il est bon-n-homme, bon-n-ami, vous prononcez bon & ensuite -n-homme, -n-ami. Cette prononciation est encore plus desagréable avec les diphthongues nasales, comme dans ce vers d'un de nos plus beaux opera :

Ah ! j'attendrai long-tems, la nuit est loin encore ;

où l'acteur pour éviter le bâillement prononce loin-n-encore, ce qui est une prononciation normande.

Le b & le d sont aussi des lettres euphoniques. En latin ambire est composé de l'ancienne préposition am, dont on se servoit au lieu de circum, & de ire ; or comme am étoit en latin une voyelle nasale, qui étoit même élidée dans les vers, le b a été ajoûté entre am & ire, euphoniae causâ.

On dit en latin prosum, prosumus, profui ; ce verbe est composé de la préposition pro, & de sum : mais si après pro, le verbe commence par une voyelle, alors le méchanisme de la parole ajoûte un d, prosum, pro-d-es, pro-d-est, pro-d-eram, &c. On peut faire de pareilles observations en d'autres langues ; car il ne faut jamais perdre de vûe que les hommes sont par-tout des hommes, & qu'il y a dans la nature uniformité & variété. (F)


BAILLERv. neut. respirer en ouvrant la bouche extraordinairement & involontairement. Bâiller d'ennui, bâiller de sommeil. V. BAILLEMENT ci-dessus. (L)


BAILLETadj. (Manége) cheval baillet, est celui qui a le poil roux tirant sur le blanc. (V)


BAILLEUou BELLE, ville de France, au comté de Flandres. Long. 20. 25. lat. 50. 45.


BAILLEURS. m. terme de Pratique, est celui des deux parties contractantes dans un bail, qui loue ou afferme sa propre chose. Il est opposé à preneur, Voy. PRENEUR. (H)


BAILLIS. m. (Hist. mod. & Jurisprud.) on entend en général par ce mot, un officier chargé de rendre la justice dans un certain district appellé bailliage. Voyez BAILLIAGE.

Ce mot est formé de baile, vieux terme qui signifie gouverneur, du latin bajulus qui a la même signification.

Pasquier assûre que les baillis étoient originairement une sorte de subdélégués, que l'on envoyoit dans les provinces pour examiner si les comtes, qui étoient alors les juges ordinaires, rendoient exactement la justice. Loiseau rapporte plus vraisemblablement l'origine des baillis, à l'usurpation & à la négligence des grands seigneurs, qui s'étant emparés de l'administration de la justice, & étant trop foibles pour ce fardeau, s'en déchargerent sur des députés qu'on appella baillis. Ces baillis eurent d'abord l'inspection des armes & l'administration de la justice & des finances : mais comme ils abuserent de leur pouvoir, ils en furent insensiblement dépouillés, & la plus grande partie de leur autorité fut transferée à leurs lieutenans, qui étoient gens de robe : en France les baillis ont encore une ombre de leurs anciennes prérogatives, & sont considérés comme les chefs de leurs districts : c'est en leur nom que la justice s'administre ; c'est devant eux que se passent les contrats & les autres actes, & ce sont eux qui ont le commandement des milices.

C'est de-là que les baillis d'Angleterre ont pris leur nom & leur office : comme il y a en France huit parlemens qui sont des cours suprèmes, des arrêts desquels il n'y a point d'appel ; & que dans le ressort de plusieurs parlemens ou de différentes provinces, la justice est rendue par des baillis ou du moins par leurs lieutenans : de même il y a en Angleterre différens comtés, dans lesquels la justice est administrée par un vicomte ou sherif, qui paroît vraisemblablement avoir été appellé bailli, & son district bailliage.

Le bailli dans l'origine étoit donc un seigneur, qui avoit dans l'étendue de son bailliage, l'administration de la justice, le commandement des armes & le maniement des finances. De ces trois prérogatives, il ne leur reste plus que le commandement du ban & de l'arriere-ban. Quant à l'administration de la justice, ce ne sont plus que des juges titulaires. Les sentences & les commissions s'expédient bien en leur nom : mais ce sont leurs lieutenans de robe qui rendent la justice. Les baillis des siéges particuliers ressortissans au bailliage général, ne sont proprement que les lieutenans de ceux-là.

On distingue de ces baillis royaux, les baillis seigneuriaux par la dénomination de hauts-justiciers. Quelques-uns de ceux-ci ressortissent aux bailliages royaux, lesquels ressortissent au parlement ; mais il y a des baillis hauts-justiciers qui ressortissent nuement au parlement, tels sont les baillis des duchés-pairies. (H)

* BAILLI, (Hist. mod.) nom d'un grade ou dignité dans l'ordre de Malte. On en distingue de deux sortes, les baillis conventuels & les baillis capitulaires. Les premiers sont les huit chefs ou piliers de chaque langue. Voyez PILIER & LANGUE. On les appelle conventuels, parce qu'ordinairement ils résident dans le couvent de la religion à Malte.

Les baillis capitulaires, ainsi nommés, parce que dans les chapitres provinciaux, ils ont séance immédiatement après les grands-prieurs, sont des chevaliers qui possedent des bailliages de l'Ordre. La langue de France a deux bailliages, dont les titulaires sont le bailli de la Morée ou commandeur de S. Jean de Latran à Paris, & le grand trésorier ou commandeur de S. Jean en l'île proche de Corbeil. La langue de Provence a le bailliage de Manosque ; & celle d'Auvergne, le bailliage de Lyon. Il y a de même des bailliages & des baillis capitulaires dans les autres langues. Voyez MALTE. (G)


BAILLIAGES. m. (Jurisp.) est tout le territoire où s'étend la jurisdiction d'un bailli. Un bailliage principal en contient pour l'ordinaire plusieurs autres ; lesquels connoissent des mêmes matieres, & ressortissent à ce bailliage principal, lequel connoît exclusivement aux autres en dernier ressort des cas présidiaux : car ces bailliages supérieurs équivalent pour l'autorité aux présidiaux & aux sénéchaussées, dont ils ne different que par le nom. Voyez PRESIDIAL & BAILLI.

On appelle aussi bailliage l'office même du bailli. On donne aussi le même nom au lieu où il tient sa séance. (H)

BAILLIE, s. f. (Jurisprudence) terme de coûtumes, est synonyme à garde-noble ou bourgeoisie. Voyez GARDE.

BAILLISTRE, s. m. (Jurisprudence) vieux terme encore usité dans quelques coûtumes, qui est synonyme à tuteur ou gardien ; & est dérivé de baillie qui dans les mêmes coûtumes signifie tutele ou garde. Voyez BAILLIE.


BAILLIMORE(Géog.) ville de la province de Leinster, en Irlande ; elle est entierement environnée d'un marais.


BAILLIVAGEou Balivage, s. m. (Jurisprudence) terme d'eaux & forêts, est l'étiquette ou la marque des baliveaux qui doivent rester sur pié dans les bois coupés ou à couper. Voyez BALIVEAU. (H)


BAILLOGUESS. f. c'est ainsi que les Plumassiers nomment des plumes de couleurs mêlées, blanches & noires, par exemple.


BAILLONNÉadj. terme de Blason, il se dit des animaux qui ont un bâton entre les dents, comme les lions, les ours, les chiens, &c.

ourneus au pays de Vaux, d'argent au lion de sable baillonné de gueules à la bordure componnée d'argent & de sable. (V)


BAILLOTTE(en terme de Marine) c'est un seau.


BAINSS. m. (terme d'Architecture) grands & somptueux bâtimens, élevés par les anciens pour l'ornement & la commodité. Il faut distinguer les bains en naturels ou en artificiels. Les bains naturels sont ou froids comme l'eau des rivieres, ou chauds comme ceux des eaux minérales, propres à la guérison de plusieurs maux. Voyez EAUX MINERALES, & plus bas BAIN en Médecine.

Les bains artificiels, qui étoient plûtôt pour la propreté du corps que pour la santé, étoient chez les anciens des édifices ou publics ou particuliers. Les bains publics ont été en usage en Grece & à Rome : mais les Orientaux s'en servirent auparavant. La Grece connoissoit les bains chauds dès le tems d'Homere, comme il paroît par divers endroits de l'Odyssée ; & ils étoient ordinairement joints aux gymnases ou palestres, parce qu'en sortant des exercices on prenoit le bain. Vitruve a donné une description fort détaillée de ces bains, par laquelle il paroît qu'ils étoient composés de sept pieces différentes, la plûpart détachées les unes des autres, & entremêlées de quelques pieces destinées aux exercices. Ces sept pieces étoient 1°. le bain froid, frigida lavatio, en Grec : 2°. l'elaeothesium, c'est-à-dire la chambre où l'on se frottoit d'huile ; 3°. le lieu de rafraîchissement, frigidarium, 4°. le propnigeum, c'est-à-dire l'entrée ou le vestibule de l'hypocaustum ou du poële ; 5°. l'étuve voûtée pour faire suer, ou le bain de vapeur, appellé tepidarium ; 6°. le bain d'eau chaude, calida lavatio : auxquelles il faudroit joindre l'apodyterion ou garde-robe, si toutefois ce n'est pas la même chose que le tepidarium.

Quant aux bains détachés des palestres, il résulte de la description qu'en fait Vitruve : 1°. que ces bains étoient ordinairement doubles, les uns pour les hommes, les autres pour les femmes ; du moins chez les Romains, qui en ce point avoient plus consulté les bienséances que les Lacédémoniens, chez qui les deux sexes se baignoient pêle-mêle : 2°. que les deux bains chauds se joignoient de fort près, afin qu'on pût échauffer par un même fourneau, les vases de l'un & de l'autre bain : 3°. que le milieu de ces bains étoit occupé par un grand bassin, qui recevoit l'eau par divers tuyaux, & dans lequel on descendoit par le moyen de quelques degrés ; 4°. ce bassin étoit environné d'une balustrade, derriere laquelle régnoit une espece de corridor, schola, assez large, pour contenir ceux qui attendoient que les premiers venus sortissent du bain : 5°. que les deux étuves, appellées laconicum & tepidarium, étoient jointes ensemble : 6°. que ces lieux étoient arrondis au compas, afin qu'ils reçussent également à leur centre la force de la vapeur chaude, qui tournoit & se répandoit dans toute leur cavité : 7°. qu'ils avoient autant de largeur que de hauteur jusqu'au commencement de la voûte, au milieu de laquelle on laissoit une ouverture pour donner du jour, & on y suspendoit avec des chaînes un bouclier d'airain, qu'on haussoit ou baissoit à volonté, pour augmenter ou diminuer la chaleur ; 8°. que le plancher de ces étuves étoit creux & suspendu pour recevoir la chaleur de l'hypocauste, qui étoit un grand fourneau maçonné dessous, que l'on avoit soin de remplir de bois & d'autres matieres combustibles, & dont l'ardeur se communiquoit aux étuves à la faveur du vuide qu'on laissoit sous leurs planchers : 9°. que ce fourneau servoit non-seulement à échauffer les deux étuves, mais aussi une autre chambre appellée vasarium, située proche de ces mêmes étuves & des bains chauds, & dans laquelle étoient trois grands vases d'airain, appellés miliaria à cause de leur capacité ; l'un pour l'eau chaude, l'autre pour la tiede, & le troisieme pour la froide. De ces vases partoient des tuyaux qui correspondant aux bains, y portoient par le moyen d'un robinet l'eau, suivant les besoins de ceux qui se baignoient.

A l'égard de l'arrangement ou disposition de ces divers appartemens des bains, voici ce qu'on en sait : on y voyoit d'abord un grand bassin ou vivier appellé en grec , en latin natatio & piscina, qui occupoit le côté du nord, & où l'on pouvoit non-seulement se baigner, mais même nager très-commodément. Les bains des particuliers avoient quelquefois de ces piscines, comme il paroît par ceux de Pline & de Ciceron. L'édifice des bains étoit ordinairement exposé au midi, & avoit une face très-étendue, dont le milieu étoit occupé par l'hypocauste, qui avoit à droite & à gauche une suite de quatre pieces semblables des deux côtés, & disposées de maniere qu'on pouvoit passer facilement des unes dans les autres. Ces pieces nommées en général balnearia, étoient celles que nous avons décrites ci-dessus. La salle du bain chaud étoit une fois plus grande que les autres, à cause du grand concours du peuple qui y abordoit, & du long séjour qu'on y faisoit d'ordinaire.

Les anciens prenoient ordinairement le bain avant souper, & il n'y avoit que les voluptueux qui se baignassent à la suite de ce repas. Au sortir du bain, ils se faisoient frotter d'huiles ou d'onguens parfumés par des valets nommés alyptae ou unctuarii. Les bains, si on en croit Pline, ne furent en usage à Rome que du tems de Pompée, dès lors les édiles eurent soin d'en faire construire plusieurs. Dion, dans la vie d'Auguste, rapporte que Mecene fit bâtir le premier bain public : mais Agrippa, dans l'année de son édilité, en fit construire cent soixante & dix. A son exemple, Neron, Vespasien, Tite, Domitien, Severe, Gordien, Aurelien, Diocletien, & presque tous les empereurs, qui chercherent à se rendre agréables au peuple, firent bâtir des étuves & des bains avec le marbre le plus précieux, & dans les regles de la plus belle architecture, où ils prenoient plaisir à se baigner avec le peuple : on prétend qu'il y avoit jusqu'à 800 de ces édifices répandus dans tous les quartiers de Rome.

La principale regle des bains étoit d'abord de ne les ouvrir jamais avant deux ou trois heures après midi, ensuite ni avant le soleil levé, ni après le soleil couché. Alexandre Severe permit pourtant qu'on les tînt ouverts la nuit dans les grandes chaleurs de l'été, & ajoûta même la libéralité à la complaisance, en fournissant l'huile qui brûloit dans les lampes. L'heure de l'ouverture des bains étoit annoncée au son d'une espece de cloche : le prix qu'il falloit payer pour entrer aux bains étoit très-modique, ne montant qu'à la quatrieme partie d'un as, nommée quadrans, ce qui valoit à peu près un liard de notre monnoie. Le bain gratuit étoit au nombre des largesses que les empereurs faisoient au peuple à l'occasion de quelque réjoüissance publique : mais aussi dans les calamités on avoit soin de lui retrancher cette commodité, ainsi que le plaisir des spectacles. (G)

* Tout se passoit dans les bains avec modestie : les bains des femmes étoient entierement séparés de ceux des hommes ; & c'auroit été un crime, si l'un des sexes avoit passé dans le bain de l'autre. La pudeur y étoit gardée jusqu'à ce scrupule, que même les enfans puberes ne se baignoient jamais avec leurs peres, ni les gendres avec leurs beaux-peres. Les gens qui servoient dans chaque bain, étoient du sexe auquel le bain étoit destiné. Mais quand le luxe & la vie voluptueuse eurent banni la modestie, & que la débauche se fut glissée dans toute la ville, les bains n'en furent pas exempts. Les femmes s'y mêlerent avec les hommes, & il n'y eut plus de distinction ; plusieurs personnes de l'un & l'autre sexe n'y alloient même que pour satisfaire leur vûe, ou cacher leurs intrigues : ils y menoient les esclaves ou servantes pour garder les habits. Les maîtres des bains affectoient même d'en avoir de plus belles les unes que les autres, pour s'attirer un plus grand nombre de chalans.

Tout ce que les magistrats purent faire d'abord, ce fut de défendre à toutes personnes de se servir de femmes ou de filles pour garder les habits, ou pour rendre les autres services aux bains, à peine d'être notées d'infamie. Mais l'empereur Adrien défendit absolument ce mêlange d'hommes & de femmes sous de rigoureuses peines. Marc Aurele & Alexandre Severe confirmerent cette même loi ; & sous leur regne, les bains des hommes & ceux des femmes furent encore une fois séparés, & la modestie y fut rétablie.

Les ustensiles ou instrumens des bains, outre les vases propres à faire chauffer & à verser l'eau, étoient les baignoires, les étrilles. Voyez BAIGNOIRE, ETRILLE.

Les bains particuliers, quoique moins vastes que les bains publics, étoient de la même force, mais souvent plus magnifiques & plus commodes, ornés de meubles précieux, de glaces, de marbres, d'or & d'argent. On pouvoit s'y baigner à toute heure ; & l'on rapporte des empereurs Commode & Galien qu'ils prenoient le bain cinq ou six fois le jour. Mém. de l'Acad. des Belles Lettres, tome I. & III. (G)

* Parmi nous, les bains publics sur la riviere, ne sont autre chose que de grands bateaux appellés toue, faits de sapin, & couverts d'une grosse toile, autour desquels il y a de petites échelles attachées par des cordes, pour descendre dans un endroit de la riviere où l'on trouve des pieux enfoncés d'espace en espace, qui soûtiennent ceux qui prennent le bain.

Nous appellons bains domestiques ceux que l'on pratique dans la maison des grands ou des particuliers : ils se prennent dans des baignoires de métal ; dans lesquelles l'eau est amenée par des conduits de plomb qui descendent d'un réservoir un peu élevé, rempli de l'eau du ciel, ou par le secours d'une pompe. Ces tuyaux garnis de robinets, viennent avant d'entrer dans la baignoire, se distribuer dans une cuve placée sur un fourneau, qui la tient dans un degré de chaleur convenable.

Ces bains sont composés d'un appartement distribué en plusieurs pieces : savoir d'une anti-chambre pour tenir les domestiques pendant que le maître est au bain, d'une chambre à lit pour s'y coucher au sortir du bain, d'une salle où est placée la baignoire, d'un cabinet à soûpape ou d'une garde-robe, d'un cabinet de toilette, d'une étuve pour sécher les linges & chauffer l'eau, d'un dégagement, &c. Il est assez d'usage de placer deux baignoires & deux lits dans ces appartemens, ces bains se prenant ordinairement de compagnie lorsqu'on est en santé.

Ces bains doivent avoir un petit jardin particulier pour faire prendre de l'exercice, sans être vû, aux personnes qui prennent ces bains plûtôt par indisposition que par propreté.

Ces appartemens sont ordinairement décorés de lambris, de peintures, de dorure, & de glaces. C'est dans cette occasion qu'un Architecte qui a du génie, peut donner carriere à son imagination, ces sortes de pieces n'étant pas susceptibles de la sévérité des regles de l'art. Au contraire j'estime que c'est dans ces sortes de pieces seulement qu'il convient de répandre de l'élegance & de l'enjouement : dans l'ordonnance de la décoration de ces petits appartemens, les Vateaux, les Lancrets, peuvent y donner le ton, aussi-bien que les ornemens arabesques, les plans de Chinois, les magots, &c. Tout est de leur ressort, pourvû qu'il y soit ajusté avec goût & discernement. (P)

BAIN de santé ou de propreté (en Medecine). Les Medecins toûjours attentifs à chercher des secours contre les maladies, remarquerent les bons effets qu'il produisoit, & le mirent au nombre de leurs remedes.

On ordonna le bain de différentes façons, c'est-à-dire, qu'il y en eût de chauds & de froids, de généraux & de particuliers.

Dans les bains généraux, soit chauds ou froids, le corps est plongé jusqu'au-dessus des épaules ; dans les particuliers, on ne trempe que la moitié du corps, ce qui s'appelle demi-bain. Celui où on ne trempe que les piés & une partie des jambes, s'appelle pédiluve. On peut aussi rapporter aux bains particuliers les diverses especes de fomentations, & les douches, Voyez FOMENTATION & DOUCHE.

Les différentes qualités de l'eau, que l'on employe pour le bain, en changent la propriété. Dans les cas où on a intention de ramollir les fibres, & de procurer quelque relâchement dans toute l'habitude du corps, le bain chaud d'eau douce simple, ou mêlée avec des médicamens émolliens, satisfera à cette indication.

Quand il est question de resserrer la texture des fibres, de leur rendre le ressort qu'elles auront perdu, rien de plus convenable que le bain d'eau froide ; je déduirai par la suite les raisons de cette diversité.

On a encore divisé les bains en domestiques, qui sont ceux que l'on prend chez soi ou chez les Baigneurs, & que l'on compose de plusieurs façons ; il y en a de lait, de décoctions de plantes émollientes, d'eau de son, &c. en bains d'eaux minérales, qui sont ou thermales ou acidules, dont les effets sont différens, selon les principes que ces eaux contiennent : en bains d'eau de riviere, de fleuve ou de mer ; & en bains secs, tels que ceux d'esprit de vin ; ceux de vapeurs du cinabre, que l'on nomme fumigation, Voyez FUMIGATION : ceux de marc de raisin, de cendres, de sels, de sable, &c. auxquels on peut encore joindre l'application des boues ou bourbes sur tout le corps, qui se pratique en quelques endroits.

Pour expliquer l'action des bains, il faut d'abord poser pour principe que l'eau qui en fait la base, penetre par sa fluidité presque tous les corps, & surtout ceux dont la texture est assez lâche, pour que l'eau puisse trouver entre les fibres dont ils sont composés, des interstices que l'on appelle pores. Voyez PORE.

Le corps humain est un de ceux dans lesquels on en remarque en plus grand nombre ; la déperdition de substance à laquelle il est sujet par la transpiration, prouve assez ce que j'avance. Lorsque le corps se trouve exposé à un certain volume d'eau capable de le presser de tous les côtés, & dont chaque goutte a une pesanteur naturelle, elle s'insinue dans chacun de ses interstices, dont elle augmente la capacité par le relâchement que procure son humidité : parvenue après un certain tems jusqu'à l'intérieur du corps, elle se mêle avec le sang ; aidée d'ailleurs par les contractions réitérées du coeur, qui augmentent à proportion de la pression, elle détruit la cohésion trop fortes des molécules du sang, le fait circuler avec plus de facilité, & le rend plus propre aux secrétions ; augmente celle des esprits animaux, si nécessaire pour l'entretien des forces & l'exécution de toutes les fonctions, en même tems qu'elle met le sang en état de se dépouiller des parties nuisibles que son trop grand épaississement, ou sa trop grande lenteur à circuler, y avoient amassées.

Ces principes posés, il ne sera pas difficile de déduire les raisons des phénomenes qu'on observe, selon le degré de chaleur ou de froid des eaux qu'on employe, & la différence des matieres dont elles sont imprégnées. En augmentant la chaleur de l'eau simple, on lui donne un degré d'élasticité dont elle est redevable aux parties ignées qu'elle contient, & qui la rendent plus pénétrante. Lorsqu'elle se trouve chargée de parties ferrugineuses, & chaudes en même tems, son ressort & son poids sont augmentés en raison réciproque de sa chaleur, & de la quantité de fer dont elle est chargée, & qui la rend propre à guérir plusieurs maladies qui ont pour cause l'embarras du sang dans ses couloirs. Si, au contraire, on employe l'eau froide, les effets en seront différens ; car quoique la fluidité & l'humidité soient la même, le froid loin de dilater les pores de la peau, les resserre en quelque sorte, empêche une trop grande évacuation par la transpiration, porte le calme dans la circulation du sang, lorsqu'elle est déréglée, & détruit par ce moyen les causes des maladies occasionnées par ce dérangement. Willis nous en donne un exemple dans son traité de la Phrénésie, à l'occasion d'une fille qui fut guérie de cette maladie par un seul bain froid que l'on lui fit prendre : cette malade étoit dans cet état depuis plusieurs jours ; les saignées, les délayans, les amples boissons émulsionnées, &c. n'avoient pas pû diminuer la fievre violente dont elle étoit attaquée, & la soif qui la dévoroit. Le bain d'eau simple pris dans la riviere pendant un quart-d'heure, calma tous les accidens, lui procura un sommeil tranquille, & elle fut guérie sans avoir besoin d'autres remedes. On trouve dans la pratique plusieurs exemples de ces guérisons miraculeuses arrivées par hasard ; car souvent des gens attaqués de phrénésie se sont jettés d'eux-mêmes dans des fontaines ou bassins, & ont été guéris.

Ce que l'on peut encore assûrer, c'est que l'usage des bains de riviere, pendant les chaleurs de l'été, est un sûr préservatif contre les maladies qui regnent ordinairement dans cette saison.

Il reste à présent à chercher la raison des effets du bain de mer, que l'on regarde comme le remede le plus salutaire contre la rage, & que je tâcherai de déduire des mêmes principes : ce qui ne sera pas impossible, en faisant attention d'abord, que la fluidité & l'humidité que nous trouvons dans l'eau commune, se rencontre dans l'eau de mer ; que sa pesanteur est augmentée par le sel qu'elle contient, & qui lui donne une qualité beaucoup plus pénétrante ; enfin, que la terreur du malade, née de l'appareil & du danger où il se trouve lorsqu'on le plonge, fait un contraste capable de rétablir le déreglement de l'imagination, qui est aussi dérangée dans ce cas que dans la phrénésie la plus violente : d'ailleurs, on prend la précaution d'aller à la mer pour y être plongé, lorsque l'on a le soupçon d'être attaqué de la rage, sans en avoir de certitude. Voyez RAGE.

On conçoit aisément que les bains de vapeurs pénetrent la texture de la peau, & parviennent par les pores jusqu'à l'intérieur, où elles occasionnent à peu près les mêmes effets que si l'on avoit appliqué les médicamens dont on les tire ; c'est ce que l'on éprouve de la part de l'esprit de vin, de celui de vapeurs de cinabre, qui excitent même quelquefois la salivation, effet que produisent les frictions mercurielles ; enfin celui de marc de raisin, en pénétrant soit par sa chaleur, soit par les parties spiritueuses qu'il contient, donne de nouveau aux fibres le ressort qu'elles avoient perdu, & les rétablit dans leur état naturel.

On doit prendre les précautions suivantes pour tirer quelque fruit de l'usage du bain, de quelque espece que ce soit : il faut se faire saigner & purger, le prendre le matin à jeun, ou si c'est le soir, quatre heures après le repas, afin que la digestion des alimens soit entierement finie ; se reposer, ou ne faire qu'un exercice très-modéré après que l'on est sorti du bain ; enfin ne se livrer à aucun excès pendant tout le tems que l'on le prendra, & dans quelque saison que ce soit, ne point se baigner lorsque l'on est fatigué par quelque exercice violent. Voy. EAUX, EAUX THERMALES, EAUX ACIDULES ou FROIDES. (N)

BAIN, en Chimie, se dit d'une chaleur modérée par un intermede mis entre le feu & la matiere sur laquelle on opere, & ce bain est différemment nommé, selon les différens intermedes qu'on y employe.

C'est pourquoi on dit bain de mer, ou par corruption bain-marie, lorsque le vase qui contient la matiere sur laquelle on opere, est posé dans un autre vaisseau plein d'eau, desorte que le vase soit entouré d'eau, & que le vaisseau qui contient l'eau, soit immédiatement posé sur le feu. Voyez nos figures de chimie. On pourroit aussi employer d'autres fluides que l'eau, comme l'huile, le mercure même, pour transmettre différentes chaleurs, ce qui feroit différentes especes de bain-marie.

On dit bain de vapeur, lorsque le vase qui contient la matiere est seulement exposé à la vapeur de l'eau qui est sur le feu. Voyez nos figures. Le bain de vapeur dans un vaisseau ouvert, ou qui laisse échapper la vapeur qui s'exhale de l'eau, est moins fort, c'est-à-dire donne une chaleur plus douce que ne la donne le bain-marie de l'eau bouillante : mais si le vaisseau est fermé exactement, & qu'on pousse le feu dessous, il devient plus fort que le bain-marie ; il tient alors de la force de la machine de Papin, ce qui fait voir qu'on peut faire un bain de vapeur très-fort, au lieu que le bain-marie ne peut avoir que les différens degrés de chaleur de l'eau tiede, de l'eau chaude, de l'eau frémissante, & de l'eau bouillante. Il est vrai que la chaleur de l'eau bouillante n'est point une chaleur invariable ; elle est différente selon que l'eau est différente, & suivant la différente pesanteur de l'air. L'eau bouillante qui tient en dissolution des sels, est plus chaude qu'une eau bouillante qui seroit simple & pure. Voyez DIGESTOIRE.

La chaleur de l'eau bouillante est plus grande quand le barometre est plus élevé, c'est-à-dire quand l'air est plus pesant ; & elle est moindre quand le barometre est plus bas, c'est-à-dire quand l'air est plus leger. L'eau bouillante, sur le sommet d'une haute montagne, a moins de chaleur que l'eau bouillante dans un fond, parce que plus l'air est pesant, & plus il presse sur la surface de l'eau, & par conséquent plus il s'oppose à l'échappement des parties de feu qui sont en mouvement dans l'eau, & qui la traversent. C'est pourquoi la plus grande chaleur que puisse avoir l'eau, n'est pas dans le tems qu'elle bout le plus fort, c'est dans le premier instant qu'elle commence à bouillir. Ces connoissances ne sont pas inutiles : il faut y faire attention pour certaines expériences.

On dit bain de sable ou de cendre, lorsqu'au lieu d'eau on met du sable ou de la cendre. Voyez nos figures de Chimie.

Bains vaporeux, sont termes de Medecine qui ne signifient autre chose que ce qu'on entend en Chimie par bain de vapeur. Le bain vaporeux est une espece d'étuve qui se fait en exposant le malade à la vapeur chaude d'une eau médicinale, ou de décoctions d'herbes appropriées à la maladie qu'on veut guérir. (M)

BAIN, en Chimie & à la Monnoie ; on dit qu'un métal est en bain, lorsque le feu l'a mis en état de fluidité : c'est alors qu'on le remue ou qu'on le brasse avec des cuillieres de fer, si c'est argent ou cuivre : pour l'or, il ne se brasse point avec le fer, mais avec une espece de quille faite de terre à creuset, & cuite. Voyez BRASSER, BRASSOIR, QUILLE.

BAIN, est un terme générique ; il se prend chez un grand nombre d'Artistes, & pour les liqueurs, & pour les vaisseaux dans lesquels ils donnent quelques préparations à leurs ouvrages.

BAIN ou BOUIN, terme d'Architecture ; on dit maçonner à bain ou à bouin de mortier, lorsqu'on pose les pierres, qu'on jette les moëllons, & qu'on assied les pavés en plein mortier. (P)

BAIN, mettre à bain, en Maçonnerie, c'est employer à la liaison des parties d'un ouvrage, la plus grande quantité de plâtre qu'il est possible ; on se sert du mot bain, parce qu'alors les pierres ou moëllons sont entierement couverts & enduits de tous côtés.

BAIN, c'est ainsi que les Plumassiers appellent une poele de cuivre battu dans laquelle ils plongent ou jettent les plumes qu'ils veulent mettre en couleur. Ils donnent aussi ce nom à la matiere colorante contenue dans la poele.

BAIN, se dit chez les Teinturiers, ou de la cuve qui contient les ingrédiens dans lesquels on met les étoffes pour les colorer, ou des ingrédiens même contenus dans la cuve ; ainsi l'on dit mettre au bain, & l'on dit aussi bain d'alun, bain de cochenille, &c.

BAIN, (chevaliers du) Hist. mod. ordre militaire institué par Richard II. roi d'Angleterre, qui en fixa le nombre à quatre, ce qui n'empêcha pas Henri IV. son successeur de l'augmenter de quarante-deux ; leur devise étoit, tres in uno, trois en un seul, pour signifier les trois vertus théologales. Leur coûtume étoit de se baigner avant que de recevoir les éperons d'or : mais cela ne s'observa que dans le commencement, & s'abolit ensuite peu à peu, quoique le bain fût l'origine du nom de ces chevaliers, & que leurs statuts portassent que c'étoit pour acquérir une pureté de coeur & avoir l'ame monde, c'est-à-dire pure. L'ordre de chevalier du bain ne se confere presque jamais, si ce n'est au couronnement des rois, ou bien à l'installation d'un prince de Galles ou d'un duc d'Yorck. Ils portent un ruban rouge en baudrier. Cambden & d'autres écrivains disent que Henri IV. en fut l'instituteur en 1399, à cette occasion : ce prince étant dans le bain, un chevalier lui dit que deux veuves étoient venues lui demander justice ; & dans ce moment il sauta hors du bain, en s'écriant, que la justice envers ses sujets étoit un devoir préférable au plaisir de se baigner, & ensuite il créa un ordre des chevaliers du bain : cependant quelques auteurs soûtiennent que cet ordre existoit long-tems avant Henri IV. & le font remonter jusqu'au tems des Saxons. Ce qu'il y a de certain, c'est que le bain, dans la création des chevaliers, avoit été long-tems auparavant en usage dans le royaume de France, quoiqu'il n'y eût point d'ordre de chevaliers du bain.

L'ordre des chevaliers du bain, après avoir été comme enseveli pendant bien des années, commença de renaître sous le regne de Georges premier, qui en créa solennellement un grand nombre. (G)


BAIONEVoyez BAYONE.

BAIONE, dite Baïona de Galizia, (Géog. anc. & mod.) ville maritime d'Espagne dans la Galice, à l'embouchure du Minho. Quelques Géographes la prennent pour les Aquae Celinae de Ptolomée ; d'autres veulent que ce soit Orense, sur la même riviere que Baïone : sa long. est 9. & sa lat. 41. 54.


BAIRAMS. m. (Hist. mod.) nom donné à la grande fête annuelle des Mahométans. Voyez FETE, &c. Quelques auteurs écrivent ce mot plus conformément à l'ortographe orientale beiram ; c'est originairement un mot turc, qui signifie à la lettre un jour de fête, ou une solennité. C'est la pâque des Turcs.

Les Mahométans ont deux bairams, le grand & le petit, que Scaliger, Erpenius, Ricaut, Hyde, Chardin, Bobovius, & d'autres écrivains Européens, prennent ordinairement l'un pour l'autre, donnant à ce que les Turcs appellent le petit bairam, le nom de grand ; & au contraire. Le petit bairam dure trois jours, pendant lesquels tout travail cesse, & l'on s'envoye des présens l'un à l'autre avec beaucoup de marques de joie. Si le lendemain du ramadhan se trouve si nébuleux & couvert qu'on ne puisse pas voir la nouvelle lune, on remet le bairam au lendemain : il commence ce jour-là, quand même la lune seroit encore cachée, & il est annoncé par des décharges de canon au serrail, & au son des tambours & des trompettes dans les places publiques. En célébrant cette fête, les Turcs font dans leurs mosquées quantité de cérémonies, ou plûtôt de simagrées bisarres, & finissent par une priere solemnelle contre les infideles, dans laquelle ils demandent que les princes Chrétiens soient extirpés ; qu'ils s'arment les uns contre les autres, & qu'ils donnent ainsi occasion à la loi Mahométane de s'étendre. On se pardonne mutuellement les injures, & l'on s'embrasse en disant, Dieu te donne la bonne pâque.

Autant la rigueur du ramadhan a été extrème, autant la débauche & l'intempérance regnent pendant les jours du bairam : ce ne sont que festins & réjoüissances, tant dans le serrail où le Sultan admet les grands de l'empire à lui baiser la main, & marche avec eux en pompe jusqu'à la grande mosquée, que dans la ville, où tous les Turcs jusqu'aux plus pauvres, tuent des moutons, auxquels ils donnent le nom d'agneau paschal, non sur le même fondement que les Juifs, mais en mémoire du sacrifice d'Abraham, dans lequel, disent-ils, l'ange Gabriel apporta du ciel un mouton noir, qui depuis très-long-tems avoit été nourri en paradis, & qu'il mit en la place d'Isaac. Voyez RAMADHAN. (G)


BAISÉbout baisé. On donne, dans les manufactures où l'on tire la soie, le nom de bout baisé à une portion de fils de soie, composée de deux fils ou davantage, qui se sont appliqués l'un sur l'autre, selon leur longueur pendant le tirage, & se sont collés ensemble en se sechant. Il est très important d'éviter ce défaut. Une soie où les baisemens de fils auroient été fréquens, se devideroit avec peine. Voyez l'article TIRAGE DE SOIE.

BAISE, adj. (Passement.) se dit du tissu d'un ouvrage qui a été peu frappé par le battant, & où la trame n'est pas serrée. Le baisé est positivement le contraire de frappé. Voyez FRAPPE.


BAISE-MAINS. m. (Hist. anc. & mod.) marque d'honneur ou de respect presqu'universellement répandue par toute la terre, & qui a été également partagée entre la religion & la société. Dès les tems les plus reculés, on saluoit le soleil, la lune, & les étoiles, en baisant la main. Job se défend de cette superstition : si vidi solem.... aut lunam.... & osculatus sum manum meam ore meo. On rendoit le même honneur à Baal. Lucien, après avoir parlé des différentes sortes de sacrifices que les personnes riches offroient aux dieux, ajoûte que les pauvres les adoroient par de simples baise-mains. Pline de son tems mettoit cette même coûtume au nombre des usages dont on ignoroit l'origine : In adorando, dit-il, dexteram ad osculum referimus. Dans l'Eglise même, les évêques & les officians donnent leur main à baiser aux autres ministres qui les servent à l'autel.

Dans la société, l'action de baiser la main a toûjours été regardée comme un formulaire muet, pour assûrer les réconciliations, demander des graces, remercier de celles qu'on a reçues, marquer sa vénération à ses supérieurs. Dans Homere, le vieux Priam baise les mains d'Achille, lorsqu'il le conjure de lui rendre le corps de son fils Hector. Chez les Romains, les tribuns, les consuls, les dictateurs donnoient leur main à baiser à leurs inférieurs, ce que ceux-ci appelloient accedere ad manum. Sous les empereurs cette conduite devint un devoir essentiel, même pour les grands ; car les courtisans d'un rang inférieur étoient obligés de se contenter d'adorer la pourpre en se mettant à genoux, pour toucher la robe du prince avec la main droite, qu'ils portoient ensuite à leur bouche : honneur qui ne fut ensuite accordé qu'aux consuls & aux premiers officiers de l'empire, les autres se contentant de saluer le prince de loin en portant la main à la bouche, comme on le pratiquoit en adorant les dieux.

La coûtume de baiser la main du prince est en usage dans presque toutes les cours de l'Europe, & sur-tout en Espagne, où dans les grandes cérémonies les grands sont admis à baiser la main du roi. Dapper, dans son Afrique, assûre que les Negres sont en possession de témoigner leurs respects pour leurs princes ou chefs par des baise-mains. Et Fernand Cortez trouva cette pratique établie au Mexique, où plus de mille Seigneurs vinrent le saluer en touchant d'abord la terre avec leurs mains, & les portant ensuite à leur bouche. (G)

BAISE-MAIN, en Droit, signifie l'offrande qu'on donne aux curés. Les curés de Paris, dit-on en ce sens, n'ont point la dixme ; ils n'ont que le baise-main. Cette expression vient de ce qu'autrefois en se présentant à l'offrande, on baisoit la main du célébrant. (H)


BAISERterme de Géométrie. On dit que deux courbes ou deux branches de courbes se baisent, lorsqu'elles se touchent en tournant leurs concavités vers le même côté ; c'est-à-dire de maniere que la concavité de l'une regarde la convexité de l'autre ; mais si l'une tourne sa concavité d'un côté, & l'autre d'un autre côté, ou ce qui revient au même, si les deux convexités se regardent, alors on dit simplement qu'elles se touchent. Ainsi le point baisant & le point touchant sont différens.

On employe plus particulierement le terme de baiser, pour exprimer le contact de deux courbes qui ont la même courbure au point de contact, c'est-à-dire le même rayon de développée. Le baisement s'appelle encore alors osculation. V. OSCULATION, DEVELOPPEE, COURBURE, &c. (O)


BAISSAN(Géog.) ville d'Afrique dans la Barbarie, à seize milles de Tripoli.


BAISSERabaisser, (Gramm.) Baisser se dit des objets qu'on veut placer plus bas, dont on a diminué la hauteur, & de certains mouvemens du corps. On baisse une poutre, on baisse les yeux. Abaisser se dit des choses faites pour en couvrir d'autres ; abaisser le dessus d'une cassette ; abaisser les paupieres. Exhausser, élever, sont les opposés de baisser ; lever, relever, sont les opposés d'abaisser. Baisser est quelquefois neutre, abaisser ne l'est jamais. On baisse en diminuant ; on se baisse en se courbant : on s'abaisse en s'humiliant. Les rivieres baissent ; les grandes personnes sont obligées de se baisser pour passer par des endroits moins élevés qu'eux ; il est quelquefois dangereux de s'abaisser. Synon. Franç.

BAISSER les hanches, se dit, en Manege, du cheval. Voyez HANCHES.

BAISSER la lance, voyez LANCE. (V)

* BAISSER la vigne, (Agriculture) c'est lier les branches taillées à l'échalas.


BAISSIERES. f. (Vinaigrier) c'est ainsi qu'on appelle cette liqueur trouble & chargée qui couvre la lie de l'épaisseur de quelques lignes, plus ou moins, lorsqu'un tonneau d'huile ou de liqueur fermentée, quelle qu'elle soit, tire à sa fin. On dit baissiere de vin, de cidre, de biere.


BAISSOIRSS. m. pl. c'est le nom qu'on donne dans les Salines aux réservoirs ou magasins d'eau. Le bâti en est de bois de chêne & de madriers fort épais, contenus par de pareilles pieces de chêne qui leur sont adossées par le milieu. La superficie de ces magasins est garnie & liée de poutres aussi de chêne, d'un pié d'épaisseur, & placées à un pié de distance les unes des autres. Les planches & madriers qui les composent, sont garnis dans leurs joints de chantouilles de fer, de mousse & d'étoupe, poussées à force avec le ciseau, & goudronnées. Le bâti est élevé au-dessus du niveau des poeles. Ce magasin d'eau est divisé en deux baissoirs, ou parties inégales, qui abreuvent à Moyenvic cinq poeles par dix conduits. Voy. la quantité d'eau & le toisé de ces baissoirs, à l'article SALINE. Elles sont élevées au-dessus du niveau des poeles, & supportées par des murs d'appui distans les uns des autres de trois piés ou environ ; ce qui en assûre la solidité. Voyez Pl. I. des Salines ; 8, 8, les auges qui conduisent les eaux aux baissoirs.


BAIVES. m. (Hist. mod.) faux dieu des Lapons idolâtres, qu'ils adorent comme l'auteur de la lumiere & de la chaleur. On dit communément que c'est le soleil ; d'autres croyent que c'est le feu ; & quelques-uns rapportent qu'autrefois parmi ces peuples, le grand dieu Thor étoit appellé Thiermes ou Aijke, quand ils l'invoquoient pour la conservation de leur vie, & pour être défendus contre les insultes des démons, mais qu'il étoit nommé Baive lorsqu'ils lui demandoient de la lumiere & de la chaleur. Ces idolâtres n'ont aucune figure particuliere de ce dieu, soit parce qu'il est visible de lui-même, ou plûtôt parce que selon les plus intelligens dans les mysteres de cette superstition, Thor & Baive, ne sont qu'une même divinité, adorée sous différens aspects. Scheffer, hist. de Laponie. (G)


BAJAMO(LE) Géog. petite contrée de l'île de Cuba, une des Antilles. Voyez ANTILLES.


BAJARIA(Géog. anc. & mod.) riviere de Sicile, qu'on appelle encore Amirati : elle se jette dans la mer de Toscane à côté de Palerme. C'est l'Eleuthertus des anciens.


BAJOIRES. f. à la Monnoie, c'est une piece ou médaille qui a pour effigie deux têtes de profil, qui semblent être appuyées l'une sur l'autre, telle que l'on en voit de Louis & de Carloman, de Henri IV. & de Marie de Medicis.


BAJONS. m. on appelle ainsi sur les rivieres la plus haute des planches ou des barres du gouvernail d'un bateau foncet. (Z)


BAJOUEou COUSSINETS, s. f. plur. (Arts méchaniques) ce sont des éminences ou bossages, qui tiennent aux jumelles d'une machine, telle que le tire-plomb dont les Vitriers se servent pour fondre le plomb qu'ils employent pour les vitres. Voyez TIRE-PLOMB.


BAJOYERou JOUILLIERES, s. f. pl. (Hydraul.) sont les aîles de maçonnerie qui revêtissent l'espace ou la chambre d'une écluse fermée aux deux bouts par des portes ou des vannes que l'on leve à l'aide de cables qui filent sur un treuil, que plusieurs hommes manoeuvrent.

On pratique le long des bajoyers, des contreforts, des enclaves pour loger les portes quand on les ouvre, & des pertuis pour communiquer l'eau d'une écluse des deux côtés, sans être obligé d'ouvrir ses portes. (K)

* On donne aussi, sur les rivieres, le nom de bajoyers aux bords d'une riviere, près les culées d'un pont.


BAJULEbajulus, (Hist. anc.) nom d'un magistrat du bas Empire. On croit que c'étoit le nom qu'on donnoit aux personnes chargées de l'éducation du présomptif héritier de la couronne dans l'empire de Constantinople ; & l'on tire ce mot du Latin bajulare, porter ; comme pour signifier que les instituteurs de ce prince l'avoient porté entre leurs bras, & on en distinguoit de plusieurs degrés. Le précepteur portoit le titre de grand bajule, & celui de bajule simplement étoit donné aux sous-précepteurs. Si l'expression n'étoit pas noble, elle étoit du moins énergique pour insinuer que l'éducation d'un prince est un fardeau bien redoutable.

BAJULE, (Hist. mod.) ministre d'état chargé du poids des affaires. Notre histoire remarque que Charlemagne donna Arnoul pour bajule, c'est-à-dire pour ministre à son fils Louis d'Aquitaine ; & les Italiens entendent par bajule d'un royaume, ce que les Anglois nomment protecteur, & ce que nous appellons régent du royaume dans une minorité.


BAKAN(Géog.) ville de Perse dans le Chirvan, à l'extrémité du golfe de Guillan, sur la mer Caspienne. Long. 89. lat. 40. 20.


BAKINGLE(Géog.) l'une des Philippines, dans l'océan de la Chine ; elle a douze ou quinze lieues de tour.


BAKISCHvoyez BACAR.


BALAATHou BAALATH, (Géog. sainte) ville de Palestine, dans la tribu de Dan.


BALADINS. m. danseur, farceur, bouffon, qui en dansant, en parlant ou en agissant, fait des postures de bas comique. Le bon goût sembloit avoir banni des spectacles de France ces sortes de caracteres, qui y étoient autrefois si en usage. L'opera comique les y avoit fait revivre. La sagesse du gouvernement en abolissant ce spectacle, aussi dangereux pour les moeurs que préjudiciable au progrès & à la perfection du goût, les a sans-doute bannis pour jamais. Voyez OPERA COMIQUE.


BALADOIREadj. danse baladoire, il se décline : ce sont les danses contre lesquelles les saints canons, les peres de l'Eglise & la discipline ecclésiastique se sont élevés avec tant de force : les Payens mêmes réprouvoient ces danses licencieuses. Les danseurs & les danseuses les exécutoient avec les pas & les gestes les plus indécens. Elles étoient en usage les premiers jours de l'an & le premier jour de mai. Voy. DANSE.

Le pape Zacharie en 744 fit un décret pour les abolir, ainsi que toutes les danses qui se faisoient sous prétexte de la danse sacrée.

Il y a plusieurs ordonnances de nos rois qui les défendent, comme tendantes à la corruption totale des moeurs. Recueil d'édits, ordonnances & déclarations des rois de France. (B)


BALAGANSKOI(Géog.) ville des Moscovites dans la Sibérie, partie de la grande Tartarie ; elle est sur la riviere d'Angara, au 114. degré de longit. & au 59. de lat.


BALAGNE(LA) Géog. petite contrée septentrionale de l'île de Corse : Calvi en est la capitale.


BALAGUATou BALAGATE, province d'Asie au Mogol : Aurengabad en est la capitale.


BALAGUER(Géog.) ville d'Espagne dans la Catalogne, sur la Segre. Long. 18. 28. lat. 41. 38.


BALAIS. m. en général, instrument destiné principalement à ramasser des ordures éparses, & à en nettoyer les corps ou les lieux. Les balais domestiques sont faits, ou de petites branches de bouleau & de genêt attachées avec trois liens d'osier ou de châtaigner, à l'extrémité d'un gros manche de bois long & rond, ou de joncs ficellés & fixés sur le manche avec un clou ; on les poisse sur la ficelle quand ils doivent servir aux cochers & palfreniers ; ou de barbes de roseaux, ou de plumes, ou de crins ou poils de sanglier collés avec de la poix de Bourgogne dans une large patte de bois percée de plusieurs trous, & emmanchée d'un long bâton placé perpendiculairement au milieu de la patte. Ce sont des Bucherons qui font les premiers, & les Vergettiers qui font les seconds. Les balais de bouleau servent à nettoyer les cours, les cuisines, les rues, & tous les endroits où il s'amasse de grosses ordures. Les balais de crin ou de poil ne s'employent que dans les appartemens frottés, où il se fait plus de poussiere que d'ordure. Les balais de plumes, selon que le manche en est court ou long, retiennent le nom de balai, ou s'appellent houssoirs. Les balais de plumes servent pour les glaces & les meubles, & ce sont aussi les Vergettiers qui les font.

Les Orfevres grossiers donnent le nom de balai à un vieux linge attaché au bout d'un bâton qui leur sert à nettoyer l'enclume.

Il y a encore d'autres sortes de balais : mais l'usage & la forme en sont si connus, qu'il seroit inutile d'en faire mention plus au long.

BALAI DU CIEL, en Marine, c'est le vent de nord-est, qu'on appelle ainsi à cause qu'il nettoye le ciel de nuages. (Z)

BALAI, (Chirurgie) brosses ou vergettes de l'estomac, instrument dont on peut se servir fort utilement pour repousser quelques corps étrangers arrêtés dans l'oesophage, les retirer s'il est possible, ou changer leur mauvaise détermination en une meilleure.

Cet instrument est composé d'un petit faisceau de soies de cochon, les plus molles & les plus souples, attachées à une tige de fil de fer ou de léton flexible. Voyez Pl. XXVIII. fig. 2. il a été inventé pour balayer l'estomac, & provoquer le vomissement.

Pour en faire usage, on fait avaler au malade un verre d'eau chaude, afin de délayer les mucosités glaireuses qui séjournent dans l'estomac ; on trempe le petit balai dans quelque liqueur convenable, on l'introduit dans l'oesophage, & on le conduit doucement & avec précaution jusque dans l'estomac ; on lui fait faire des mouvemens en divers sens de haut en bas & de bas en haut, comme on fait au piston d'une seringue ; puis on retire tout-à-fait l'instrument : le malade rejette la liqueur qu'il a bûe, & les humeurs que le balai a détachées des parois de l'estomac.

Les Medecins étrangers qui se servent de cet instrument, recommandent de réitérer cette opération de tems en tems : ils prétendent que ce remede, qu'ils regardent comme excellent & supérieur à tous les purgatifs, est capable seul de conduire les hommes à une extrème vieillesse, si on le répete d'abord toutes les semaines, puis tous les quinze jours, & enfin régulierement tous les mois. Ces belles promesses n'ont encore surpris la bonne foi de personne en France.

M. Houstet, membre de l'académie royale de Chirurgie, a vû en Allemagne un homme qui se servoit de cet instrument pour gagner de quoi vivre : il se l'introduisoit dans l'estomac ; il le tournoit en diverses manieres, comme font les cabaretiers lorsqu'ils rincent leurs bouteilles avec leur goupillon : cet homme le retiroit ensuite, & rejettoit par le vomissement la liqueur qu'il buvoit auparavant. (Y)

BALAI, s. m. c'est ainsi qu'on nomme en Fauconnerie la queue de l'oiseau.


BALAIEURS PUBLICS(Police.) gens établis par la police pour le nettoyement des places & des marchés. Voyez PLACIER.

BALAIEUR d'un navire, terme de Marine ; c'est celui qui est chargé de le tenir net.


BALAIS(Hist. nat.) rubis balais, rubinus balassius, pierre précieuse mêlée de rouge & d'orangé. On a donné à ce rubis le nom de balais, pour le distinguer des autres rubis. Voyez RUBIS.

On a prétendu dériver le mot balais du nom d'un royaume où il se trouve de ces rubis, & qui est situé en Terre-ferme, entre ceux de Pégu & de Bengale. Il y a eu encore d'autres opinions sur cette étymologie. (I)


BALAMBUANou PALAMBUAN, (Géog. mod.) ville d'Asie dans les Indes, sur la côte orientale de l'île de Java, dans le pays de même nom, dont elle est capitale. Longit. 133. lat. méridion. 7. 50.


BALANCES. f. est l'une des six puissances simples en Méchanique, servant principalement à faire connoître l'égalité ou la différence de poids dans les corps pesans, & par conséquent leur masse ou leur quantité de matiere.

Il y a deux sortes de balances, l'ancienne & la moderne.

L'ancienne ou la romaine, appellée aussi peson, consiste en un levier qui se meut sur un centre, & qui est suspendu près d'un des bouts. D'un côté du centre on applique le corps qu'on veut peser ; de l'autre côté l'on suspend un poids qui peut glisser le long du levier, & qui tient la balance en équilibre ; & la valeur du poids à peser s'estime par les divisions qui sont marquées aux différens endroits où le poids glissant est arrêté.

La balance moderne, qui est celle dont on se sert communément aujourd'hui, consiste en un levier suspendu précisément par le milieu : il y a un plat ou bassin suspendu par une corde à chacun des deux bouts du levier, dans l'un & l'autre cas le levier est appellé jugum, traversant, ou fleau, dont les deux moitiés qui sont de l'un & de l'autre côté de l'axe se nomment brachia, ou les bras ; la partie par où l'on tient trutina, anse ou chasse ; la ligne sur laquelle le levier tourne, ou qui en divise les bras, s'appelle l'axe ou essieu ; & quand on la considere relativement à la longueur des bras, on ne la regarde que comme un point, & on l'appelle le centre de la balance ; les endroits où se placent les poids se nomment points de suspension ou d'application.

Le petit style perpendiculaire au fléau, & qui fait connoître, ou que les corps sont en équilibre, ou qu'ils pesent plus l'un que l'autre, s'appelle l'aiguille, en latin examen.

Ainsi dans la balance romaine, le poids qui sert à contrebalancer ceux qu'on veut connoître, est le même, mais s'applique à différens points ; au lieu que dans la balance ordinaire le contrepoids varie, & le point d'application est toûjours le même.

Le principe sur lequel la construction de l'une & l'autre balance est fondée, est le même, & se peut comprendre par ce qui suit.

Théorie de la balance. Le levier A B (voyez Planche de Méchan. fig. 9.) est la principale partie de la balance : c'est un levier du premier genre, & qui au lieu d'être posé sur un appui en C, centre de son mouvement, est suspendu par une verge qui est attachée au point C ; desorte que le méchanisme de la balance dépend du même théorème que celui du levier. Voy. LEVIER.

Donc comme le poids connu est à l'inconnu, ainsi la distance depuis le poids inconnu jusqu'au centre du mouvement est à la distance où doit être le poids connu, pour que les deux poids se tiennent l'un l'autre en équilibre ; & par conséquent le poids connu fait connoître la valeur du poids inconnu.

Car comme la balance est un vrai levier, sa propriété est la même que celle du levier ; savoir, que les poids qui y sont suspendus, doivent être en raison inverse de leurs distances à l'appui, pour être en équilibre. Mais cette propriété du levier que l'expérience nous manifeste, n'est peut-être pas une chose facile à démontrer en toute rigueur. Il en est à-peu-près de ce principe comme de celui de l'équilibre ; on ne voit l'équilibre de deux corps avec toute la clarté possible que lorsque les deux corps sont égaux, & qu'ils tendent à se mouvoir en sens contraire avec des vîtesses égales. Car alors il n'y a point de raison pour que l'un se meuve plûtôt que l'autre ; & si l'on veut démontrer rigoureusement l'équilibre lorsque les deux corps sont inégaux, & tendent à se mouvoir en sens contraire avec des vîtesses qui soient en raison inverse de leurs masses, on est obligé de rappeller ce cas au premier, où les masses & les vîtesses sont égales. De même on ne voit bien clairement l'équilibre dans la balance, que quand les bras en sont égaux & chargés de poids égaux. La meilleure maniere de démontrer l'équilibre dans les autres cas, est peut-être de les ramener à ce premier, simple & évident par lui-même. C'est ce qu'a fait M. Newton dans le premier livre de ses Principes, section premiere.

Soient, dit-il (fig. 3. n°. 4. Méch.) O K, O L, des bras de levier inégaux, auxquels soient suspendus les poids A, P ; soit fait O D = à O L, le plus grand des bras, la difficulté se réduit à démontrer que les poids A, P, attachés au levier L O D, sont en équilibre. Il faut pour cela que le poids P soit égal à la partie du poids A qui agit suivant la ligne D C perpendiculaire à O D ; car les bras O L, O D, étant égaux, il faut que les forces qui tendent à les mouvoir, soient égales, pour qu'il y ait équilibre. Or l'action du poids A, suivant D C, est au poids A, comme D C à D A, c'est-à-dire comme O K à O D. Donc la force du poids A suivant DC = (A x O K)/(O D). Et comme cette force est égale au poids P, & que O L = O D, on aura (A x O K)/(O L) = P, c'est-à-dire que les poids A, P, doivent être en raison des bras de levier O L, O K, pour être en équilibre.

Mais en démontrant ainsi les propriétés du levier, on tombe dans un inconvénient : c'est qu'on est obligé alors de changer le levier droit en un levier recourbé & brisé en son point d'appui, comme on le peut voir dans la démonstration précédente ; desorte qu'on ne démontre les propriétés du levier droit à bras inégaux que par celles du levier courbe, ce qui ne paroît pas être dans l'analogie naturelle. Cependant il faut avoüer que cette maniere de démontrer les propriétés du levier est peut-être la plus exacte & la plus rigoureuse de toutes celles qu'on a jamais données.

Quoi qu'il en soit, c'est une chose assez singuliere que les propriétés du levier courbe, c'est-à-dire dont les bras ne sont pas en ligne droite, soient plus faciles à démontrer rigoureusement que celles du levier droit. L'auteur du traité de Dynamique, imprimé à Paris en 1743, a réduit l'équilibre dans le levier courbe à l'équilibre de deux puissances égales & directement opposées : mais comme ces puissances égales & opposées s'évanoüissent dans le cas du levier droit, la démonstration pour ce dernier cas ne peut être tirée qu'indirectement du cas général.

On pourroit démontrer les propriétés du levier droit dont les puissances sont paralleles, en imaginant toutes ces puissances réduites à une seule, dont la direction passe par le point d'appui. C'est ainsi que M. Varignon en a usé dans sa Méchanique. Cette méthode entre plusieurs avantages a celui de l'élégance & de l'uniformité : mais n'a-t-elle pas aussi, comme les autres, le défaut d'être indirecte, & de n'être pas tirée des vrais principes de l'équilibre ? Il faut imaginer que les directions des puissances prolongées concourent à l'infini ; les réduire ensuite à une seule par la décomposition, & démontrer que la direction de cette derniere passe par le point d'appui. Doit-on s'y prendre de cette maniere pour prouver l'équilibre de deux puissances égales appliquées suivant des directions paralleles à des bras égaux de levier ? Il semble que cet équilibre est aussi simple & aussi facile à concevoir, que celui de deux puissances opposées en ligne droite, & que nous n'avons aucun moyen direct de réduire l'un à l'autre. Or, si la méthode de M. Varignon, pour démontrer l'équilibre du levier, est indirecte dans un cas, elle doit aussi l'être nécessairement dans l'application au cas général.

Si l'on divise les bras d'une balance en parties égales, une once appliquée à la neuvieme division depuis le centre, tiendra en équilibre trois onces qui seront à la troisieme de l'autre côté du centre ; & deux onces à la sixieme division agissent aussi fortement que trois à la quatrieme, &c. L'action d'une puissance qui fait mouvoir une balance, est donc en raison composée de cette même puissance, & de sa distance du centre.

Il est bon de remarquer ici que le poids presse également le point de suspension, à quelque distance qu'il en soit suspendu, & tout comme s'il étoit attaché immédiatement à ce point ; car la corde qui suspend ce poids en est également tendue à quelque endroit que le poids y soit placé.

On sent bien au reste que nous faisons ici abstraction du poids de la corde, & que nous ne la regardons que comme une ligne sans épaisseur ; car le poids de la corde s'ajoûte à celui du corps qui y est attaché, & peut faire un effet très-sensible, si la corde est d'une longueur considérable.

Une balance est dite être en équilibre, quand les actions des poids sur les bras de la balance pour la mouvoir, sont égales, de maniere qu'elles se détruisent l'une l'autre. Quand une balance est en équilibre, les poids qui sont de part & d'autre sont dits équipondérans, c'est-à-dire qui se contrebalancent. Des poids inégaux peuvent se contrebalancer aussi ; mais il faut pour cela que leurs distances du centre soient en raison réciproque de ces poids ; ensorte que si l'on multiplie chaque poids par sa distance, les produits soient égaux : c'est sur quoi est fondée la construction de la balance romaine ou peson. Voyez ROMAINE ou PESON.

Par exemple, dans une balance dont les bras sont fort inégaux, un bassin étant suspendu au bras le plus court, & un autre au plus long bras divisé en parties égales : si l'on met un poids dans le bassin attaché au plus petit bras, & qu'en même tems on place un poids connu, par exemple une once, dans le bassin attaché au plus long bras, & qu'on fasse glisser ce bassin sur le plus long bras jusqu'à ce que les deux poids soient en équilibre ; le nombre des divisions entre le point d'appui & le poids d'une once, indiquera le nombre d'onces que pese le corps, & les sous-divisions marqueront le nombre de parties de l'once. C'est encore sur le même principe qu'est fondée la balance trompeuse, laquelle trompe par l'inégalité des bras ou des bassins : par exemple, prenez deux bassins de balance dont les poids soient inégaux dans la proportion de 10 à 9, & suspendez l'un & l'autre à des distances égales ; alors si vous prenez des poids qui soient l'un à l'autre comme 9 à 10, & que vous mettiez le premier dans le premier bassin, & l'autre dans le second, ils pourront être en équilibre.

Plusieurs poids suspendus à différentes distances d'un côté, peuvent se tenir en équilibre avec un poids seul qui sera de l'autre côté ; pour cet effet, il faudra que le produit de ce poids par sa distance du centre, soit égal à la somme des produits de tous les autres poids multipliés chacun par sa distance du centre.

Par exemple, si on suspend trois poids d'une once chacun à la deuxieme, troisieme, & cinquieme division, ils feront équilibre avec le poids d'une once appliqué de l'autre côté du point d'appui à la distance de la dixieme division. En effet, le poids d'une once appliqué à la deuxieme division, fait équilibre avec le poids d'un cinquieme d'once appliqué à la dixieme division. De même le poids d'une once appliqué à la troisieme division, fait équilibre à 3/10 d'once appliqués à la dixieme division, & le poids d'une once à la cinquieme division fait équilibre au poids d'une demi-once à la dixieme division ; or un cinquieme d'once avec 3/10 d'once & une demi-once, font une once entiere. Donc une once entiere appliquée à la dixieme division, fait seule équilibre à 3 onces appliquées aux divisions 2, 3, & 5, de l'autre côté du point d'appui.

Donc aussi plusieurs poids appliqués des deux côtés en nombre inégal, seront en équilibre, si étant multipliés chacun par sa distance du centre, les sommes des produits de part & d'autre sont égales ; & si ces sommes sont égales, il y aura équilibre.

Pour prouver cela par l'expérience, suspendez un poids de deux onces à la cinquieme division, & deux autres chacun d'une once à la deuxieme & à la septieme ; de l'autre côté suspendez deux poids d'une once aussi chacun à la neuvieme & dixieme division. Ces deux tiendront en équilibre les trois autres ; la démonstration en est à-peu-près la même que de la proposition précédente.

Pour qu'une balance soit juste, il faut que les points de suspension soient exactement dans la même ligne que le centre de la balance, & qu'ils en soient également distans ; il faut aussi que les bras soient de longueur convenable, afin qu'on s'apperçoive plus aisément s'ils sont égaux, & que l'erreur qui peut résulter de leur inégalité, soit au moins fort petite ; qu'il y ait le moins de frottement qu'il est possible autour du point fixe ou centre de la balance. Quand une balance est trompeuse, soit par l'inégalité de ses bras, soit par celle de ses bassins, il est bien aisé de s'en assûrer : il n'y a qu'à changer les poids qui sont dans chaque bassin, & les mettre l'un à la place de l'autre ; ces poids qui étoient auparavant en équilibre, cesseront alors d'y être si la balance est trompeuse. Voyez APPUI.

BALANCE de M. de Roberval, est une sorte de levier, où des poids égaux sont en équilibre, quoiqu'ils paroissent situés à des extrémités de bras de leviers inégaux. Voyez LEVIER.

BALANCE HYDROSTATIQUE, est une espece de balance qu'on a imaginée, pour trouver la pesanteur spécifique des corps liquides & solides. Voyez GRAVITE ou PESANTEUR SPECIFIQUE.

Cet instrument est d'un usage considérable pour connoître les degrés d'alliage des corps de toute espece, la qualité & la richesse des métaux, mines, minéraux, &c. les proportions de quelque mêlange que ce soit, &c. la pesanteur spécifique étant le seul moyen de juger parfaitement de toutes ces choses. Voyez POIDS, METAL, OR, ALLIAGE, &c.

L'usage de la balance hydrostatique est fondé sur ce théorème d'Archimede, qu'un corps plus pesant que l'eau, pese moins dans l'eau que dans l'air, du poids d'une masse d'eau de même volume que lui. D'où il suit que si l'on retranche le poids du corps dans l'eau, de son poids dans l'air, la différence donnera le poids d'une masse d'eau égale à celle du solide proposé.

Cet instrument est représenté dans les Planches d'Hydrostatique, fig. 34. & n'a pas besoin d'une description fort ample. On pese d'abord dans l'air le poids E, qui n'est autre chose qu'un plateau garni ou couvert de différens poids, & le poids qu'on veut mesurer, lequel est suspendu à l'extrémité du bras F ; ensuite on met ce dernier poids dans un fluide, & on voit par la quantité de poids qu'il faut ôter de dessus le plateau E, combien le poids dont il s'agit a perdu, & par conséquent combien pese un volume de fluide égal à celui du corps.

Pour peser un corps dans l'eau, on le met quelquefois dans le petit seau de verre I K, & alors on ne doit pas oublier de couler le plateau R sur le petit plateau quarré H, afin que le poids de ce plateau, qui est égal à celui du volume d'eau, dont le seau occupe la place, puisse rétablir l'équilibre.

A l'égard des gravités spécifiques des fluides, on se sert pour cela d'une petite boule de verre G, de la maniere suivante.

Pour trouver la pesanteur spécifique d'un fluide, suspendez à l'extrémité d'un des bras F un petit bassin, & mettez dedans la boule G ; remplissez ensuite les deux tiers d'un vaisseau cylindrique O P, avec de l'eau commune : lorsque vous aurez mis la boule dedans, il faudra mettre sur le plateau E de petits poids, jusqu'à ce que les bras E, F, demeurent dans une position horisontale.

Ainsi l'excès du poids de la boule sur celui d'un égal volume d'eau, se trouvera contrebalancé par les poids ajoûtés au plateau E, ce qui la fera demeurer en équilibre au milieu de l'eau. Or concevons à présent cette boule ainsi en équilibre, comme si elle étoit réellement une quantité d'eau congelée dans la même forme : si à la place de l'eau qui environne cette partie congelée, nous substituons quelqu'autre liqueur de différente pesanteur, l'équilibre ne doit plus subsister ; il faudra donc pour le rétablir, mettre des poids sur celui des plateaux B, F, de la balance qui sera le plus foible.

Ces poids qu'il aura fallu ajoûter dans la balance, seront la différence en gravité de deux quantités, l'une d'eau, l'autre de la liqueur qu'on a voulu examiner, & dont le volume est égal à celui de la boule de verre. Supposons donc que le poids du volume d'eau dont la boule occupe la place, soit de 803 grains ; si nous ajoûtons à ce nombre celui des grains qu'il aura fallu ajouter sur le plateau auquel la boule est attachée, ou si nous ôtons de 803 grains le nombre de ceux qu'il auroit fallu mettre sur le plateau opposé, le reste sera le poids du volume du fluide égal à celui de la boule, & la gravité spécifique de l'eau sera à celle de ce fluide comme 803 est à ce reste, enfin si on divise ce même reste par 803, le quotient exprimera la gravité spécifique du fluide, l'unité exprimant celle de l'eau.

Pour rendre ceci plus sensible par un exemple, supposons qu'on veuille savoir la gravité du lait : plongeant dans cette liqueur la boule telle qu'elle est attachée à la balance, on trouve qu'il faut mettre 28 grains sur le plateau auquel elle est suspendue, pour rétablir l'équilibre : ajoûtant donc 28 grains à 803, la somme sera 831 ; & ainsi la gravité spécifique du lait sera à celle de l'eau, comme 803 à 831. On peut donc, par le moyen de la balance hydrostatique, 1°. connoître la pesanteur spécifique d'une liqueur : 2°. comparer les pesanteurs spécifiques de deux liqueurs : 3°. comparer les gravités spécifiques de deux corps solides ; car si deux corps solides pesent autant l'un que l'autre dans l'air, celui qui a le plus de pesanteur spécifique pesera davantage dans l'eau : 4°. comparer la gravité spécifique d'un corps solide avec celle d'une liqueur ; car la gravité spécifique du corps est à celle de la liqueur comme le poids du corps dans l'air est à ce qu'il perd de son poids dans la liqueur. Voyez aussi AREOMETRE.

Le docteur Hook a imaginé une balance hydrostatique qui peut être d'une grande utilité pour examiner la pureté de l'eau, &c. Elle consiste en un ballon de verre d'environ trois pouces de diametre, lequel a un col étroit d'une demi-ligne de diametre : on charge ce ballon de minium, afin de le rendre tant soit peu plus pesant qu'un pareil volume d'eau ; on le trempe ensuite dans l'eau après l'avoir attaché au bras d'une exacte balance, qui a un contrepoids à l'autre bras. Cela fait, on ne sauroit ajoûter à l'eau la plus petite quantité de sel, que le col du ballon ne s'éleve au-dessus de l'eau d'un demi pouce plus qu'il n'étoit d'abord. En effet l'eau devenant plus pesante par l'addition du sel, le ballon qui y étoit auparavant en équilibre, doit s'élever. Transact. philosoph. n°. 197.

Plusieurs savans se sont donné la peine de rédiger en table les pesanteurs d'un grand nombre de matieres tant solides que fluides : on doit assûrément leur savoir gré de ce travail, & l'on en sent toute la difficulté, quand on pense aux attentions scrupuleuses & au tems qu'on est obligé de donner à ces sortes de recherches : mais leurs expériences, quelqu'exactes qu'elles ayent été, ne peuvent nous servir de regle que comme des à-peu-près ; car les individus de chaque espece varient entr'eux quant à la densité, & l'on ne peut pas dire que deux diamans, deux morceaux de cuivre, deux gouttes de pluie, soient parfaitement semblables. Ainsi quand il est question de savoir au juste la pesanteur spécifique de quelque corps, il faut le mettre lui-même à l'épreuve ; c'est le seul moyen d'en bien juger. Au reste on sera sans-doute bien-aise de trouver ici une table dressée sur des expériences fort exactes. Il suffit de dire qu'elles sont de M. Musschenbroeck. Les pesanteurs spécifiques de toutes les matieres énoncées en cette table, sont comparées à celle de l'eau commune, & l'on prend pour eau commune celle de la pluie dans une température moyenne ; ainsi quand on voit dans la table, eau de pluie 1, 000. or de coupelle 19, 640. air 1, 001 1/4, c'est-à-dire que la pesanteur spécifique de l'or le plus fin est à celle de l'eau, comme 19 1/2 à-peu-près à 1, & que la pesanteur de l'air n'est presque que la millieme partie de celle de l'eau.

Table alphabétique des matieres les plus connues, tant solides que fluides, dont on a éprouvé la pesanteur spécifique.

Cet article est en partie de M. Formey. (O)

* BALANCE, voyez ROMAINE, FLEAU, PESON, PORTE-BALANCE. La balance commune n'est autre chose qu'un fléau suspendu parle milieu, & soûtenant par ses extrémités des plateaux ou bassins attachés avec des cordes. Voyez fig. 5. du balancier, une balance qui ne differe de la commune que parce qu'elle est plus petite, & qu'elle a un porte-balance ; f, f, le fléau ou traversin ; l, la languette ; p, un des pivots : il a son correspondant ; b, le braié ; c, la chasse ; q, q, les deux bassins ou plateaux ; s, s, s, les cordes qui les soutiennent ; r, r, les crochets au anneaux qui embrassent les cordes.

La balance fine ou le trebuchet ne differe de la balance commune, que parce qu'étant destinée à peser des matieres précieuses, ou la moindre quantité de trop ou de trop peu, fait une différence considérable pour le prix ; elle est fort petite, & travaillée avec la derniere précision.

Balance sourde : celle-ci a les bouts de son fléau plus bas que son clou, & sa chape soûtenue en l'air par un guindole ou guignol ; elle est d'usage dans les monnoies.

Balance d'essai, c'est la balance de la figure 5 enfermée dans une lanterne de verre avec son porte-balance ; comme on voit figure 7 ; comme on y pese l'or & l'argent, on a pris la précaution de la lanterne, contre l'agitation que l'air pourroit causer à ses bassins.

Balance du chandelier : celle-ci, quand elle est petite, a les bassins en forme de seaux ; on y met la chandelle debout ; & quand elle est grande, ses bassins sont presqu'entierement plats, afin qu'on y puisse coucher la chandelle. C'est du reste la même chose que la balance commune.

En général, il y a autant de différentes sortes de balances possibles que de moyens différens possibles d'établir & de rompre l'équilibre établi entre les différentes parties d'un levier, ou d'un corps qui en fait la fonction.

BALANCE, libra, (Astron.) est aussi un des douze signes du zodiaque, précisément opposé au bélier : on l'appelle balance, parce que les jours & les nuits sont d'égale longueur, lorsque le soleil entre dans ce signe, ce qui arrive à l'équinoxe d'automne.

Le catalogue britannique met les étoiles de la constellation de la balance au nombre de 46. (O)

BALANCE, s. f. (Mythologie) est le symbole de l'équité. La Justice la tient à sa main. Celle que représente le septieme signe du zodiaque fut à l'usage d'Astrée ; ce fut-là qu'elle déposa cette juste balance, lorsqu'elle se retira de la terre au ciel, à l'approche du siecle de fer.

BALANCE DE COMMERCE, signifie une égalité entre la valeur des marchandises achetées des étrangers, & la valeur des productions d'un pays transportées chez d'autres nations.

Il est nécessaire que cette balance soit gardée parmi les nations commerçantes ; & si elle ne peut l'être en marchandises, elle le doit être en especes.

C'est par ce moyen qu'on connoît si une nation gagne ou perd par son commerce étranger ou par quelque branche de ce commerce, & par conséquent si cette nation s'enrichit ou s'appauvrit en le continuant.

Il y a diverses méthodes pour arriver à cette connoissance.

1°. La plus reçûe est de prendre une exacte notion du produit que rapportent à proportion les marchandises exportées ou envoyées à l'étranger, & les marchandises importées, c'est-à-dire celles qu'on a tirées de lui. Si les premieres excedent les dernieres, il s'ensuit que la nation qui a fait les exportations est en chemin de gagner, dans l'hypothese que l'excédent est rapporté en argent monnoyé ou non monnoyé ; & ainsi augmente le thrésor de cette nation. Mais cette méthode est incertaine, parce qu'il est difficile d'avoir un compte véritable des marchandises, soit importées, soit exportées ; les registres des douannes ne pouvant pas les fournir à causes des contrebandes qui se font particulierement de marchandises belles & rares, comme points, dentelles, joyaux, rubans, soies, toiles fines, &c. qu'on peut cacher en un petit volume ; & même des vins, eaux-de-vie, thé, &c. à quoi il faut ajouter les divers accidens qui affectent la valeur du fonds soit sorti soit rentré, comme pertes faites sur mer, par marchés, banqueroutes, saisies, &c. D'ailleurs, pour ce qui concerne les négoces particuliers, il y a divers pays où les ouvrages de nos manufactures que nous y envoyons ne sont pas en grande considération : cependant ce que nous en rapportons est nécessaire pour pousser notre commerce en général, comme le trafic en Norvege pour du mairein & des provisions navales. D'un autre côté, le commerce de la compagnie des Indes orientales est beaucoup plus avantageux, parce que les marchandises importées excedent de beaucoup les marchandises exportées, que nous vendons beaucoup des premieres aux étrangers, & que nous en consumons beaucoup dans le royaume, par exemple des indiennes & des soies au lieu des toiles & soies des autres pays, qui nous coûteroient plus cher.

2°. La deuxieme méthode est d'observer le cours du change, car s'il est ordinairement au-dessus de la valeur intrinseque ou de l'égalité des especes étrangeres, nous perdons non-seulement par le change, mais encore par le cours général de notre commerce. Mais cette méthode est encore imparfaite, puisque nous trafiquons dans plusieurs pays où le cours du change n'est point établi.

3°. La troisieme méthode, qui est du chevalier Jos. Child, se prend de l'accroissement ou de la diminution de notre commerce & de nos navires en général ; car si ces deux points viennent à diminuer, quelque profit que puissent faire des particuliers, la nation perd, & elle gagne dans l'hypothese contraire. Cet auteur établit comme une regle infaillible, que dans toutes les parties du monde où le commerce est grand, continue sur ce pié, & augmente de jour en jour, aussi-bien que le nombre des navires, par succession de tems ce commerce doit être avantageux à la nation, même dans le cas où un gros commerçant se ruine ; car quoi qu'il puisse perdre, quelle multitude de gens qui gagnent par son moyen ! le roi, les officiers des doüannes, les charpentiers de vaisseau, brasseurs, boulangers, cordiers-manufacturiers, cordiers, porteurs, charretiers, mariniers, &c.

4°. Une derniere maniere est d'observer l'augmentation & la diminution de notre argent, soit monnoyé soit en lingots : mais celle-ci est la moins sensible & la moins palpable de toutes ; car l'argent paroît aux yeux du vulgaire plus abondant lorsqu'il en a moins affaire, & plus rare selon que les occasions de l'employer sont plus fréquentes & plus avantageuses ; par ce moyen il semble que nous ayons plus d'argent lorsque nous avons moins de commerce ; par exemple, quand la compagnie des Indes orientales a un grand débit à faire, l'argent se trouve pour l'ordinaire plus rare à Londres, parce que l'occasion engage les particuliers à en employer quantité qu'ils avoient amassé à cette intention. Ainsi un haut prix d'intérêt fera que l'argent paroîtra plus rare, parce que chacun, aussi-tôt qu'il en peut rassembler quelque somme, cherche à la placer. Child, Disc. sur le Comm. ch. jx. Chambers, Dictionn. (G)

BALANCE, en termes de teneurs de livres à parties doubles, signifie l'état final ou la solde du grand livre ou livre de raison, ou d'un compte particulier.

Balance se dit encore de la clôture de l'inventaire d'un marchand, qui se fait en crédit & en débit dans lequel il met d'un côté, qui est la gauche, l'argent qu'il a en caisse, ses marchandises, dettes actives, meubles & immeubles ; & en crédit du côté de la droite, ses dettes passives & ce qu'il doit payer en argent ; & quand il a défalqué ce qu'il doit d'un côté de ce qu'il a d'effets d'un autre, il connoît, tout étant compensé & balancé ce qui doit lui rester de net & clair, ou ce qu'il a perdu ou gagné.

On se sert quelquefois du mot de bilan au lieu de balance, mais improprement. Bilan a une autre signification plus précise. Voyez BILAN.

Balance signifie aussi la déclaration que font les maîtres des vaisseaux, des effets & autres marchandises dont ils sont chargés. Ce terme est en usage en ce sens parmi les marchands qui trafiquent en Hollande par les rivieres du Rhin & de la Meuse. (G)


BALANCÉadj. terme de Danse. Le balancé est un pas qui se fait en place comme le pirouetté, mais ordinairement en présence, quoiqu'on puisse aussi le faire en tournant. Comme ce n'est que le corps qui tourne, & que cela ne change aucun mouvement, je vais décrire la maniere de le faire en présence.

Il est composé de deux demi-coupés, dont l'un se fait en-avant, & l'autre en-arriere ; savoir, en commençant vous pliez à la premiere position, & vous portez le pié à la quatrieme, en vous élevant dessus la pointe ; ensuite de quoi vous posez le talon à terre ; & la jambe qui est en l'air s'étant approchée de celle qui est devant, & sur laquelle vous vous êtes élevé, vous pliez sur celle qui a fait ce premier pas, & l'autre étant pliée se porte en-arriere à la quatrieme position, & vous vous élevez dessus ; ce qui finit ce pas.

Le balancé est un pas fort gracieux que l'on place dans toutes sortes d'airs, quoique les deux pas dont il est composé soient relevés également l'un & l'autre ; & de-là vient qu'il s'accommode à toutes sortes de mesures, parce que ce n'est que l'oreille qui avertit de pousser les mouvemens ou de les ralentir. Voyez POSITION.

Il est fort usité dans les menuets figurés aussi-bien que dans les menuets ordinaires, de même qu'au passe-pié. On le fait à la place d'un pas de menuet, dont il occupe la même valeur ; c'est pourquoi il doit être plus lent, puisque ces deux pas se font dont l'étendue des quatre que le pas de menuet contient. Voyez MENUET.


BALANCEMENTS. m. Voyez OSCILLATION.


BALANCER la oupe au pas ou au trot, se dit, en termes de Manege, du cheval dont la croupe dandine à ses allures ; c'est une marque de foiblesse de reins. (V)

BALANCER, se balancer dans l'air, se dit, en Fauconnerie, d'un oiseau qui reste toûjours en une place en observant la proie.

BALANCER se dit aussi en Vénerie, d'une bête qui chassée des chiens courans, est lassée & vacille en fuyant : on dit, ce chevreuil balance.

Un levrier balance quand il ne tient pas la voie juste, ou qu'il va & vient à d'autres voies.

BALANCER. On dit dans les manufactures de soie qu'une lisse balance, quand elle leve ou baisse plus d'un côté que d'un autre ; ce qui est de conséquence dans le travail des étoffes riches.

La lisse balancée ou qui ne baisse pas juste à un accompagnage, fait que la dorure est séparée ou barrée. Voyez ACCOMPAGNAGE, DORURE, ÉTOFFES OR ET ARGENT.


BALANCIER s. m. ouvrier qui fait les différens instrumens dont on se sert dans le commerce, pour peser toutes sortes de marchandises.
On se doute bien que la communauté des Balanciers doit être fort ancienne. Elle est soûmise à la jurisdiction de la cour des monnoies ; c'est-là que les Balanciers sont admis à la maîtrise ; qu'ils prêtent serment ; qu'ils font étalonner leurs poids, & qu'ils prennent les matrices de ces petites feuilles de léton à l'usage des Joailliers & autres marchands de matieres, dont il importe de connoître exactement le poids. Chaque Balancier a son poinçon ; l'empreinte s'en conserve sur une table de cuivre au bureau de la communauté & à la cour des monnoies. Ce poinçon composé de la premiere lettre du nom du maître, surmontée d'une couronne fleurdelisée, sert à marquer l'ouvrage. La marque des balances est au fond des bassins : des romaines, au fléau ; & des poids, au-dessous. L'étalonnage de la cour des monnoies se connoît à une fleur-de-lis seule qui s'imprime aussi avec un poinçon. D'autres poinçons de chiffres romains marquent de combien est le poids. Les feuilles de léton ne s'étalonnent point ; le Balancier les forme sur la matrice, & les marque de son poinçon. Deux jurés sont chargés des affaires, des visites, & de la discipline de ce corps. Ils restent chacun deux ans en charge ; un ancien se trouve toûjours avec un nouveau. Un maître ne peut avoir qu'un apprenti ; on fait cinq ans d'apprentissage, & deux ans de service chez les maîtres. Il faut avoir fait son apprentissage chez un maître de Paris, pour travailler en compagnon dans cette ville. Les aspirans doivent chef-d'oeuvre ; les fils de maître expérience. Les veuves joüissent de tous les droits de la maîtrise, excepté de celui de faire des apprentis. Les deux jurés Balanciers ont été autorisés par des arrêts à accompagner les maîtres & gardes des six corps des marchands dans leurs visites pour poids & mesures ; & il seroit très-à-propos pour le bien public qu'ils fissent valoir leur privilége. Ils ont pour patron S. Michel.

BALANCIER, s. m. en Méchanique ; ce nom est donné communément à toute partie d'une machine qui a un mouvement d'oscillation, & qui sert ou à ralentir ou à régler le mouvement des autres parties. Voyez les articles suivans.

BALANCIER : on donne ce nom dans les grosses forges, à la partie ou anse de fer F recourbée en arc, passée dans un crochet attaché à la perche élastique G F, à l'aide de laquelle les soufflets sont baissés & relevés alternativement par le moyen des chaînes K F, K F, qui se rendent deux à deux à des anses plus petites, ou à de petits crochets arqués & suspendus aux extrémités du balancier F. V. GROSSES FORGES, vignette de la planc. III. On voit dans la Planc. III. la même machine : F est la perche, E le balancier de la perche ; D D, les balanciers plus petits des soufflets, c c c c, chaîne des petits balanciers ou des bascules.

BALANCIER, terme d'Horloger ; c'est un cercle d'acier ou de léton (fig. 45-7 l. Pl. 10. d'Horlogerie) qui dans une montre sert à régler & modérer le mouvement des roues. Voyez ECHAPPEMENT.
Il est composé de la zone A B C que les Horlogers appellent le cercle des barettes B D, & du petit cercle qu'ils appellent le centre.
HORLOGERIE Détail

On ignore l'auteur de cette invention, dont on s'est servi pour la mesure du tems jusqu'au dernier siecle, où la découverte du pendule en a fait abandonner l'usage dans les horloges.

On donne au balancier la forme qu'on lui voit (fig. 49-7 l.) afin que le mouvement qu'il acquiert ne se consume point à surmonter de trop grands frottemens sur les pivots. La force d'inertie dans les corps en mouvement, étant toûjours la masse multipliée par la vîtesse, (Voyez INERTIE.) la zone A B C fort distante du centre de mouvement équivaut à une masse beaucoup plus pesante. Il suit de cette considération qu'on doit, autant qu'il est possible, disposer le calibre d'une montre, de façon que le balancier soit grand, afin que par-là il ait beaucoup d'inertie. Voyez CALIBRE.

Voici à peu près l'histoire des différentes méthodes dont on a fait usage dans l'application du balancier aux horloges, avant que l'addition du ressort spiral l'eût porté au degré de perfection où il est parvenu sur la fin du dernier siecle. Toute la régularité des horloges à balancier vint d'abord de la force d'inertie de ce modérateur, & de la proportion constante qui regne entre l'action d'une force sur un corps, & la réaction de ce corps sur elle. Cet effet résultoit nécessairement de la disposition de l'échappement. (Voyez ECHAPPEMENT. Voyez ACTION & REACTION. Voyez INERTIE.) On attribue cette découverte à Pacificus de Vérone. Voyez HORLOGE.

Tous les avantages que les mesures du tems faites sur ces principes avoient sur celles qui étoient connues lorsqu'elles parurent, telles que les clepsydres, sabliers, & autres, n'empêchoient pas que leurs irrégularités ne fussent encore fort considérables ; elles venoient principalement de ce qu'une grande partie de la force motrice se consumant à surmonter le poids de toutes les roues, & la résistance causée par leurs frottemens, la réaction se trouvoit toûjours inférieure à l'action, & le régulateur suivoit trop les différentes impressions qui lui étoient communiquées par le roüage qui lui opposoit toûjours des obstacles supérieurs à la force qu'il en recevoit.

Voulant obvier à cet inconvénient, dans les horloges destinées à rester constamment dans une même situation, les anciens horlogers s'aviserent d'un artifice des plus ingénieux ; ils disposerent le régulateur de façon qu'il pût faire des vibrations indépendamment de la force motrice ; ils mirent en usage l'inertie du corps & sa pesanteur.

Ils poserent l'axe du balancier (Voyez la fig. 27. Pl. V. d'Horlog.) perpendiculairement à l'horison, laisserent beaucoup de jeu à ses pivots en hauteur ; passerent ensuite un fil dans une petite fente pratiquée dans le pivot supérieur au-dessus du trou dans lequel il rouloit ; ensuite de quoi ils attacherent les deux bouts de ce fil à un point fixe, tellement que le balancier suspendu ne portoit plus sur l'extremité de son pivot inférieur. Si l'on tournoit alors le régulateur, les fils s'entortillant l'un sur l'autre, faisoient élever le balancier tant-soit-peu ; abandonné ensuite à lui-même, il descendoit par son poids & les détortilloit : or cela ne se pouvoit faire sans qu'il acquit un mouvement circulaire. Poursuivant donc sa route de l'autre côté, il entortilloit de nouveau les fils, retomboit ensuite, & auroit toûjours continué de se mouvoir ainsi alternativement des deux côtés, si la résistance de l'air, le frottement des fils & des pivots, n'eussent épuisé peu-à-peu tout son mouvement.

Cette méthode d'appliquer deux puissances de façon qu'elles fassent faire des vibrations au régulateur, donne à ce dernier de grands avantages. Voyez RESSORT SPIRAL.

La construction précédente auroit été bien plus avantageuse, si ces fils toûjours un peu élastiques n'eussent pas perdu peu-à-peu de cette élasticité, de plus les vibrations de ce régulateur ne s'achevoient point en des tems égaux ; & les petits poids ou autrement dits régules P P qu'on mettoit à différens éloignemens du centre du régulateur, pour fixer la durée des vibrations, ne pouvoient procurer une exactitude assez grande. En cherchant donc à perfectionner encore le balancier, on parvint enfin à lui associer un ressort.

Remarque sur la matiere du balancier. Quelques Horlogers prétendent que le balancier des montres doit être de léton afin de prévenir les influences que le magnétisme pourroit avoir sur lui ; ils ne font pas attention que pour éviter un inconvénient auquel leur montre ne sera peut être jamais exposée, ils lui donnent des défauts très-réels ; parce que 1°. le léton étant spécifiquement plus pesant que l'acier, & n'ayant point autant de corps, les balanciers de ce métal ne peuvent être aussi grands ; & comme par-là ils perdent de la force d'inertie, on est obligé de les faire plus pesans, pour que la masse comprenne la vîtesse ; d'où il résulte une augmentation considérable de frottement sur leurs pivots ; 2°. l'allongement du cuivre jaune par sa chaleur, étant à celui de l'acier dans le rapport de 17 à 10, les montres où l'on employe des balanciers de léton, doivent, toutes choses d'ailleurs égales, être plus susceptibles d'erreur, par les différens degrés de froid ou de chaud auxquels elles sont exposées.

Remarque sur la forme du balancier. Comme par leur figure les balanciers présentent une grande étendue, & qu'ils ont une vîtesse beaucoup plus grande que le pendule, leur mouvement doit être par conséquent plus susceptible des différences qui arrivent au milieu dans lequel ils vibrent ; ainsi après avoir disposé leurs barettes de façon que l'air leur oppose peu d'obstacles, il seroit bon encore, dans les ouvrages dont la hauteur n'est pas limitée, de leur donner la forme par laquelle ils peuvent présenter la moindre surface. Par exemple, le cercle du balancier au lieu d'être plat, comme on le fait ordinairement, devroit au contraire être une espece d'anneau cylindrique, parce que le cylindre présente moins de surface qu'un parallelépipede de même masse que lui ; & d'une hauteur égale à son diametre. (T)

BALANCIER, en Hydraulique, est un morceau de bois freté par les deux bouts, qui sert de mouvement dans une pompe pour faire monter les tringles des corps. (K)

BALANCIER, (Monnoyage) c'est une machine avec laquelle on fait sur les flancs les empreintes qu'ils doivent porter, selon la volonté du prince.

Cette machine représentée Pl. I. du Monnoyage, fig. 2. est composée du corps S R R S : il est ordinairement de bronze, & toûjours d'une seule piece. Les deux montans S S s'appellent jumelles. La partie supérieure T T qui ferme la baie ou ouverture A H, s'appelle le sommier ; elle doit avoir environ un pié d'épaisseur. La partie inférieure de la baie est de même fermée par un socle fondu avec le reste, ensorte que les jumelles, le sommier & le socle ne forment qu'un tout ; ce qui donne au corps plus de solidité & de force que si les pieces étoient assemblées,

Le socle a vers ses extrémités latérales deux éminences qui servent à l'affermir dans le plancher de l'attelier, au moyen d'un chassis de charpente qui l'entoure. Ce chassis de charpente, dont les côtés sont prolongés comme on voit en A, fig. 2. n°. 2. est fortement scellé dans le plancher, sous lequel est un massif de maçonnerie qui soûtient toute la machine.

La baie est traversée horisontalement par deux moises ou planchers H, I, ordinairement fondus de la même piece que le corps. Ces deux moises sont percées chacune d'un trou quarré, dans lequel passe la boîte E E. Les trous des moises doivent répondre à celui qui est fait au sommier, qui est fait en écrou à deux ou trois filets ; cet écrou se fait en fondant le corps sur la vis qui doit y entrer, & qu'on enfume dans la fonte, pour que le métal ne s'y attache point.

Cette vis a une partie cylindrique qui passe dans le corps de la boîte E E, & y est retenue par une clavette qui traverse la boîte, & dont l'extrémité est reçûe dans une rainure pratiquée sur la surface de la partie cylindrique. C'est le même méchanisme qu'à la presse d'Imprimerie. Voy. PRESSE D'IMPRIMERIE.

Si la boîte n'est point traversée par une clavette qui la retienne au cylindre qu'elle reçoit, elle est repoussée par quatre ressorts fixés sur la moise supérieure d'un bout, & appuyant de l'autre contre des éminences réservées à la partie supérieure de chaque côté de la boîte ; ensorte qu'elle est toûjours repoussée en-haut, & obligée de suivre la vis à mesure qu'elle s'éloigne.

Ce second méchanisme est défectueux, parce que l'action du balancier, quand il presse, est diminuée de la quantité de l'action des petits ressorts employés pour relever la boîte. La partie supérieure de la vis est quarrée en A, & reçoit le grand levier ou la barre B C, qui est de fer ainsi que la vis. Cette barre a à ses extrémités des boules de plomb dont le diametre est d'environ un pié, plus ou moins, selon les especes à monnoyer ; car on a ordinairement autant de balanciers que de différentes monnoies, quoiqu'on pût les monnoyer toutes avec le même. Les extrémités du levier, après avoir traversé les boules de plomb, sont terminées par des anneaux D, semblables à ceux qui terminent le pendant d'une montre, mais mobiles autour d'un boulon vertical. On attache à ces anneaux autant de cordes ou courroies de cuir nattées en rond, qu'il y a d'ouvriers qui doivent servir la machine.

La partie inférieure E E de la boîte est creuse ; elle reçoit une des matrices ou coins qui porte l'empreinte d'un des côtés de la piece de monnoie. Cette matrice est retenue dans la boîte avec des vis : l'autre matrice est assujettie dans une autre boîte H avec des vis. On pose cette boîte sur le socle ou pas de la baie : & qu'on ne soit pas étonné qu'elle ne soit que posée ; l'action de la vis étant toûjours perpendiculaire, & le poids de la matrice assemblée avec la boîte, très-considérable, il n'y a aucune raison pour que cet assemblage se déplace.

Devant le balancier est une profondeur dans laquelle le monnoyeur place ses jambes, afin d'être assis au niveau du socle, & placer commodément le flanc sur la matrice.

Tout étant dans cet état, ensorte que l'axe de la vis, celui des boîtes E E H, soient dans une même ligne perpendiculaire au plan du socle ; si on conçoit que des hommes soient appliqués aux cordons dont les extrémités du levier sont garnies, & qu'ils tirent, ensorte que la vis tourne du même sens dont elle entre dans son écrou ; la matrice dont la boîte supérieure est armée s'approchera de l'autre ; & si l'on place un flanc sur celle-ci, comme on voit en H, il se trouvera pris & pressé entre les deux matrices d'une force considérable : puisqu'elle équivaudra à l'action de dix à douze hommes appliqués à l'extrémité d'un levier très-long, & chargé par ses bouts de deux poids très-lourds. Après que le flanc est marqué, deux hommes tirent à eux des cordons dans un sens opposé, & font remonter la vis : le monnoyeur saisit cet instant pour chasser le flanc marqué de dessus la matrice H, & y en remettre un autre. Il doit faire cette manoeuvre avec adresse & promtitude ; s'il lui arrivoit de n'être pas à tems, il laisseroit le flanc sur la matrice, & ce flanc recevroit un second coup de balancier. Les flancs ont été graissés d'huile avant que d'être mis sur la matrice.

BALANCIER, terme de Papetier ; c'est un instrument de fer à l'usage de quelques manufactures de papier dans lesquelles il tient lieu de la derniere pile, appellée pile à l'ouvrier. Cet instrument est composé de trois barres de fer, qui forment comme les trois côtés d'un quarré ; savoir, deux montans & une traverse. La traverse est attachée au plancher par deux anneaux de fer, & les deux côtés paralleles descendent jusqu'à la hauteur de l'arbre de la roue. L'une des deux est terminée par une espece de crochet qui s'attache à une manivelle de fer qui est au bout de l'arbre du moulin ; l'autre branche est fort large par en bas, & forme une espece de grille à jour. Le mouvement que la roue communique à un des montans, se communique aussi à la branche terminée en quille ; & cette branche va & vient continuellement dans une espece d'auge remplie d'eau & de pâte fine : ce qui acheve de la délayer & de la mettre en état d'aller en sortant de-là dans la chaudiere.

BALANCIER, s. m. partie du Métier à bas, fixée par deux vis sur chaque extrémité des épaulieres. Il étoit composé dans les anciens métiers de deux barres paralleles 14, 14, 15, 15, assemblées, comme on voit Planc. III. fig. 1. où celle d'en-bas est terminée par deux petits crochets. On a corrigé le balancier dans les métiers nouveaux, en supprimant la barre 15, 15, avec son tenon, & en lui substituant sur la barre 14, 14, à égale distance des épaulieres, deux vis dont la tête percée & placée sous la barre 14, 14, peut recevoir deux petits crochets qui ont les mêmes fonctions que ceux de la piece qu'on a supprimée, & qui donnent encore la facilité de hausser & de baisser les crochets à discrétion. Voyez à l'article BAS AU METIER, à la seconde opération de la main d'oeuvre, qu'on appelle le foncement de pié, l'usage du balancier. Mais observez que si cette facilité de baisser & de hausser les crochets à discrétion perfectionne la machine, en donnant lieu à un tâtonnement à l'aide duquel on obtient le point de précision qu'on cherche, on n'eût pas eu besoin de tâtonner, s'il eût été possible aux ouvriers qui construisent les métiers à bas, de se conformer avec exactitude aux proportions du modele idéal qui existoit dans la tête de l'inventeur.


BALANCINEou VALANCINES, s. f. (Mar.) ce sont des manoeuvres ou cordes qui descendent des barres de hunes & des chouquets, & qui viennent former des branches sur les deux bouts de la vergue, où elles passent dans des poulies. On s'en sert pour tenir la vergue en balance, lorsqu'elle est dans sa situation naturelle, ou pour la tenir haute & basse, selon qu'il est à propos. Voyez, Planc. I. la situation & la forme des balancines.

Balancines de la grande vergue, Planc. I. n°. 48. Balancines de la vergue de misene, Planc. I. n°. 49. Balancines de la civadiere, Pl. I. n°. 50. Les balancines de la civadiere sont amarrées au bout du beaupré, & servent aussi pour border le perroquet. Il y a deux poulies courantes dont les cordes viennent se terminer au château d'avant, & outre cela aux deux tiers de la vergue de civadiere il y a deux poulies doubles, & de grands cordages pour tenir la vergue ferme ; le tout se rendant au château d'avant, elles servent à appliquer la vergue de civadiere lorsque l'on va à la bouline. Voyez Planc. I. le beaupré en Z, & la civadiere, n°. 10.

Balancines de la vergue de perroquet de misene, Pl. I. n°. 86.

Balancines de grand perroquet, Pl. I. n°. 85.

Balancines du grand hunier, voyez Pl. I. vergue du grand hunier, cot. 5.

Balancines de la vergue de perroquet de foule, Pl. I. n°. 84.

Balancines de la vergue de foule, voyez Pl. I. la vergue de foule cotée 2.

Balancines de la vergue du perroquet de beaupré, voyez Pl. I. la vergue du perroquet de beaupré cotée 11. (Z)

BALANCINE de chaloupe, (Marine) c'est la manoeuvre ou corde qui soûtient le gui. Voyez GUI.


BALANÇONSS. m. pl. (Oeconom. rust.) c'est ainsi qu'on appelle en Languedoc de petites pieces de bois de sapin débitées : on les y estime à 3 liv. la douzaine.


BALANÉOTE(Géog. anc.) ville de la Cilicie sur les confins de cette province : Josephe qui en fait mention ne dit rien de plus de sa situation.


BALANGIAR(Géog.) ville capitale de Tartarie, au nord de la mer Caspienne.


BALANTS. m. (Marine) Le balant d'une manoeuvre est la partie qui n'est point halée : il se dit aussi de la manoeuvre même lorsqu'elle n'est point employée. On dit tenir le balant d'une manoeuvre, pour dire l'amarrer de telle sorte qu'elle ne balance pas. (Z)


BALANTESS. m. pl. (Géog.) peuples d'Afrique au pays des Negres, sur la côte de l'Océan, vers les Bissaux.


BALANUS MYREPSICAvoyez NEPHRITICUM LIGNUM ou BEN.


BALAOUS. m. (Hist. nat.) poisson fort commun à la Martinique ; il se prend à la lueur des flambeaux : il est de la grandeur de la sardine ; excellent au goût, & mal décrit par les auteurs.


BALARESS. m. pl. (Hist. anc.) nom que les habitans de l'île de Corse donnoient aux exilés, & les habitans de Carthage à ceux de leur ville ou de leur territoire, qui l'abandonnoient pour habiter les montagnes de la Sardaigne.


BALARUC(EAUX DE) voyez EAU.


BALASSORS. m. (Commerce) étoffe faite d'écorce d'arbre que les Anglois apportent des Indes orientales : on ne nous dit point ni de quel arbre on prend l'écorce, ni comment on la travaille.


BALATSS. m. (Marine) c'est un amas de cailloux & de sable que l'on met à fond de cale, pour que le vaisseau entrant dans l'eau par ce poids demeure en assiette ; c'est ce qu'on appelle autrement lest. Voyez LEST. (Z)


BALAUSTESS. f. (Mat. med.) Les balaustes sont les fleurs du grenadier sauvage ; on en extrait le suc de la même maniere que de l'hypociste.

Elles sont astringentes comme les cytines, d'une nature terreuse, épaississantes, rafraîchissantes, & dessicatives : on les employe dans les flux de toute espece, comme dans la diarrhée, la dyssenterie, & pour arrêter les hémorrhagies des plaies.

On doit les choisir nouvelles, bien fleuries & d'un rouge vif : elles donnent de l'huile avec du sel essentiel, & assez de terre. (N)


BALAUSTIERS. m. (Jardinage) c'est ainsi qu'on nomme le grenadier sauvage. Voyez GRENADIER.


BALBASTRO(Géog.) ville d'Espagne au royaume d'Aragon sur le Vero. Long. 17. 50. lat. 41. 50.


BALBEC(Géog. anc. & mod.) ville d'Asie dans la Syrie ; il y a de beaux restes d'antiquités. Long. 55. lat. 33. 25.


BALCH(Géog. anc. & mod.) ville de Perse située dans le milieu du Chorasan, sur la riviere de Dehash. Quelques Géographes la prennent pour l'ancienne Chariaspa, ou Zariaspa, ou Bactres.


BALCONS. m. terme d'Architect. saillie pratiquée sur la façade extérieure d'un bâtiment, portée par des colonnes ou des consoles ; on y fait un appui de pierre ou de fer, qui lorsqu'il est de maçonnerie, s'appelle balustrade ; & quand il est de serrurerie, s'appelle aussi balcon : il en est de grands, de moyens & de petits, selon l'ouverture des croisées ou avant-corps qui les reçoit. Voyez BANQUETTE, terme de Serrurerie.

Ce mot vient de l'Italien balcone, formé du latin palcus, ou de l'Allemand palk, une poutre. Covarruvias le fait venir de , jacere, lancer, fondé sur l'opinion que les balcons étoient de petites tourelles élevées sur les principales portes des forteresses, de dessus lesquelles on lançoit des dards, &c. sur les ennemis. (P)

BALCONS, en Marine ; ce sont des galeries couvertes ou découvertes, qu'on fait aux grands vaisseaux, pour l'agrément ou la commodité. Voyez GALERIE. (Z)


BALDIVIA(Géog.) port & place considérable du Chili, entre les rivieres de Callacalla & del Potrero, à leur embouchure dans la mer du Sud, Long. 306. 52. lat. mérid. 39. 58.


BALE(Géog.) ville de Suisse, capitale du canton de même nom. Long. 25. 15. lat. 47, 40.


BALEARESS. m. pl. (Géog. anc. & mod.) îles de la Méditerranée, près les côtes de Valence en Espagne, connues aujourd'hui sous le nom de Mayorque & Minorque. On donne le nom de Baleares aux habitans de ces îles, à cause de leur habileté à se servir de la fronde ; puis celui de Gymnetes, & aux îles celui de Gymnesies, par la même raison.


BALEINES. f. balaena, (Hist. nat.) poisson du genre des cétacées, le plus grand de tous les animaux : c'est pourquoi on a donné le nom de baleine aux plus gros poissons, quoique de différens genres.

Les baleines que l'on prend sur la côte de Bayonne & dans les Indes, ont environ trente-six coudées de longueur sur huit de hauteur ; l'ouverture de la bouche est de dix-huit piés : il n'y a point de dents ; mais il se trouve à la place, des lames d'une sorte de corne noire, terminées par des poils assez semblables à des soies de cochon, qui sont plus courts en-devant qu'en arriere. On a donné le nom de fanons aux lames qui sont dans la bouche. On les fend pour les employer à différens usages ; c'est ce qu'on appelle la baleine dont on se sert pour faire des corps pour les femmes, les busques, &c. La langue est d'une substance si molle, que lorsqu'on l'a tirée hors de la bouche de l'animal, on ne peut plus l'y faire rentrer. Les yeux sont à quatre aunes de distance l'un de l'autre ; ils paroissent petits à l'extérieur : mais au-dedans ils sont plus grands que la tête d'un homme. La baleine a deux grandes nageoires aux côtés, il n'y en a point sur le dos. La queue est si grande & si forte, que lorsque l'animal l'agite, il pourroit, dit-on, renverser un petit vaisseau. Le cuir de la baleine est fort dur, & de couleur noire ; il n'y a point de poils ; il s'y attache quelquefois des coquillages, tels que des lépas & des huîtres. Le membre génital est proportionné à la grosseur du corps. Rondelet.

On trouva près de l'île de Corse, en 1620, une baleine qui avoit cent piés de longueur. Son lard pesoit cent trente cinq mille livres. Il fallut employer les forces de dix-sept hommes pour tirer du corps de l'animal le gros intestin, dont la capacité étoit si grande, qu'un homme à cheval auroit pû y entrer. L'épine du dos étoit composée de trente-deux vertebres. Cette baleine étoit femelle & pleine. On retira de la matrice un foetus qui avoit trente piés de longueur, & qui pesoit quinze cent livres.

On dit qu'on a vû des baleines qui avoient jusqu'à deux cent piés de longueur. Quelqu'énorme que cet animal soit par lui-même, je crois qu'on auroit voulu l'aggrandir encore davantage par l'amour du merveilleux. On prétend à la Chine qu'on y a vû des baleines longues de neuf cent soixante piés ; d'autres ont comparé ces grands poissons à des écueils, à des îles flottantes, &c. Quoi qu'il en soit de ces relations ou assûre que les premieres baleines qu'on a pêchées dans le Nord, étoient beaucoup plus grandes que celles qu'on y trouve à présent ; sans-doute parce qu'elles étoient plus vieilles. On ne sait pas quelle est la durée de la vie de ces animaux ; il y a apparence qu'ils vivent très-long-tems.

L'estomac de la baleine est d'une grande étendue ; cependant on n'y a pas vû des choses d'un grand volume. Rondelet dit qu'on n'y trouve que de la boue de l'eau, de l'algue puante, & qu'en en a tiré quelquefois des morceaux d'ambre. Il soupçonnoit que la baleine n'avaloit point de poissons, parce qu'on n'en avoit pas vû dans son estomac : mais Willugby fait mention d'une baleine qui avoit avalé plus de quarante merlus, dont quelques-uns étoient encore tous frais dans son estomac ; d'autres disent que ces grands poissons vivent en partie d'insectes de mer, qui sont en assez grand nombre dans les mers du Nord pour les nourrir, & qu'on a trouvé dans leur estomac dix ou douze poignées d'araignées noires, des anchois, & d'autres petits poissons blancs, mais jamais de gros. Les baleines mangent une très-grande quantité de harengs.

On dit que ces poissons s'élevent perpendiculairement sur leur queue pour s'accoupler ; que le male & la femelle s'approchent l'un de l'autre dans cette situation ; qu'ils s'embrassent avec leurs nageoires, & qu'ils restent accouplés pendant une demi-heure ou une heure. On prétend qu'ils vivent en société dans la suite, & qu'ils ne se quittent jamais. La femelle met bas dans l'autonne. On assure qu'il n'y a qu'un baleinon par chaque portée ; mais il est aussi gros qu'un taureau ; d'autres disent qu'il y en a quelquefois deux ; la mere l'alaite en le tenant avec ses nageoires, dont elle se sert aussi pour le conduire & pour le défendre.

M. Anderson est entré dans un détail très-satisfaisant sur les différentes especes de baleines, dans son Histoire naturelle d'Islande & du Groenland, &c. Selon cet auteur, la véritable baleine du Groenland pour laquelle se font les expéditions de la pêche, a des barbes & le dos uni. C'est celle que Ray distingue par cette phrase : balaena vulgaris edentula, dorso non pinnato. La grosseur énorme de ce poisson fait qu'il n'approche guere des côtes d'Islande, & le retient dans des abysmes inaccessibles vers Spitzberg, & sous le pole du Nord Il a jusqu'à soixante ou soixante & dix piés de longueur. La tête seule fait un tiers de cette masse. Les nageoires des côtes ont depuis cinq jusqu'à huit piés de long ; sa queue est horisontale, un peu recourbée vers le haut aux deux extrémités : elle forme à peu-près deux demi-lunes ; elle a trois ou quatre brasses de largeur ; ses coups sont très-violens, sur-tout lorsque ce poisson est couché sur le côté : c'est par le moyen de sa queue que la baleine se porte en avant ; & on est étonné de voir avec quelle vîtesse cette masse énorme se meut dans la mer. Les nageoires ne lui servent que pour aller de côté. L'épiderme de ce poisson n'est pas plus épais que du gros papier ou du parchemin. La peau est de l'épaisseur du doigt, & couvre immédiatement la graisse ; qui est épaisse de huit pouces ou d'un pié ; elle est d'un beau jaune, lorsque le poisson se porte bien. La chair qui se trouve au-dessous est maigre & rouge. La mâchoire supérieure est garnie des deux côtés de barbes qui s'ajustent obliquement dans la mâchoire inférieure comme dans un fourreau, & qui embrassent, pour ainsi dire, la langue des deux côtés. Ces barbes sont garnies du côté de leur tranchant de plusieurs appendices, & sont rangées dans la mâchoire comme des tuyaux d'orgue, les plus petites devant & derriere, & les plus grandes dans le milieu : celles-ci ont six ou huit piés & plus de longueur. La langue est adhérente presqu'en entier ; ce n'est pour ainsi dire, qu'un morceau de graisse : mais il est si gros, qu'il suffit pour remplir plusieurs tonneaux. Les yeux ne sont pas plus grands que ceux d'un boeuf, & leur crystallin desséché n'excede pas la grosseur d'un gros pois ; ils sont placés sur le derriere de la tête, à l'endroit où elle est le plus large. Les baleines ont des paupieres & des sourcils. On ne voit dans ces poissons aucune apparence d'oreilles au dehors, cependant ils ont l'ouie très-bonne ; & si on enleve l'épiderme, on apperçoit derriere l'oeil, & un peu plus bas, une tache noire, & dans ce même endroit un conduit, qui est sans-doute celui de l'oreille. Les excrémens de la baleine ressemblent assez au vermillon un peu humecté ; ils n'ont aucune mauvaise odeur. Il y a des gens qui les recherchent, parce qu'ils teignent d'un joli rouge, & cette couleur est assez durable sur la toile. La baleine mâle a une verge d'environ six piés de longueur ; son diametre est de sept à huit pouces à sa racine, & l'extrémité n'a qu'environ un pouce d'épaisseur : cette verge est ordinairement renfermée dans un fourreau. Les parties naturelles de la femelle ressemblent à celles des quadrupedes : l'orifice extérieur paroît fermé pour l'ordinaire ; il y a de chaque côté une mammelle qui s'allonge de la longueur de six ou huit pouces, & qui a dix ou douze pouces de diametre, lorsque la baleine alaite ses petits. Tous les pêcheurs du Groenland assûrent que l'accouplement de ces poissons se fait comme il a été dit plus haut. M. Dudley rapporte dans les Transactions philosophiques, n°. 387, article 2. que la femelle se jette sur le dos & replie sa queue, & que le mâle se pose sur elle & l'embrasse avec ses nageoires. Ce sont peut-être, dit M. Anderson, des baleines d'une autre espece que celle du Groenland, qui s'accouplent ainsi. Selon M. Dudley, l'accouplement ne se fait que tous les deux ans ; la femelle porte pendant neuf ou dix mois, & pendant ce tems elle est plus grosse, sur-tout lorsqu'elle est près de son terme. On prétend qu'un embryon de dix-sept pouces est déjà tout-à-fait formé & blanc : mais étant parvenu au terme, il est noir & a environ vingt piés de longueur. La baleine ne porte ordinairement qu'un foetus, & rarement deux. Lorsqu'elle donne à teter à son petit, elle se jette de côté sur la surface de la mer, & le petit s'attache à la mammelle. Son lait est comme le lait de vache. Lorsqu'elle craint pour son petit, elle l'emporte entre ses nageoires.

M. Anderson décrit plusieurs autres especes de baleines, qu'il appelle le nord-caper, le gibbar, le poisson de Jupiter, le pslock-fisch, & le knoten ou knobbelfisch ; & il rapporte aussi au genre des baleines la licorne de mer ou nerwal, le cachalot, le marsouin-sous-fleur ou tunin, le dauphin, & l'épée de mer. Voyez CETACEE, POISSON. (I)

* Pêche de la baleine. De toutes les pêches qui se font dans l'Océan & dans la Méditerranée, la plus difficile sans contredit & la plus périlleuse est la pêche des baleines. Les Basques, & sur-tout ceux qui habitent le pays de Labour, sont les premiers qui l'ayent entreprise, malgré l'âpreté des mers du Nord & les montagnes de glace, au-travers desquelles il falloit passer. Les Basques sont encore les premiers qui ayent enhardi aux différens détails de cette pêche, les peuples maritimes de l'Europe, & principalement les Hollandois qui en font un des plus importans objets de leur commerce, & y employent trois à quatre cent navires, & environ deux à trois mille matelots : ce qui leur produit des sommes très considérables ; car ils fournissent seuls ou presque seuls d'huile & de fanons de baleines. L'huile sert à brûler à la lampe, à faire le savon, à la préparation des laines des Drapiers, aux Courroyeurs pour adoucir les cuirs, aux Peintres pour délayer certaines couleurs, aux gens de mer pour engraisser le brai qui sert à enduire & spalmer les vaisseaux, aux Architectes & aux Sculpteurs pour une espece de détrempe avec céruse, ou chaux qui durcit, fait croute sur la pierre, & la garantit des injures du tems. A l'égard des fanons, leur usage s'étend à une infinité de choses utiles : on en fait des busques, des piquûres, des parasols, des corps & autres ouvrages.

Les Basques qui ont encouragé les autres peuples à la pêche des baleines, l'ont comme abandonnée, elle leur étoit devenue presque dommageable, parce qu'ayant préféré le détroit de Davis aux côtes du Groenland, ils ont trouvé le détroit, les trois dernieres années qu'ils y ont été, très-dépourvû de baleines.

Les Basques auparavant envoyoient à la pêche dans les tems favorables, environ trente navires de deux cent cinquante tonneaux, armés de cinquante hommes tous d'élite, avec quelques mousses ou demi-hommes. On mettoit dans chacun de ces bâtimens, des vivres pour six mois, consistans en biscuit, vin, cidre, eau, légumes & sardines salées. On y embarquoit encore cinq à six chaloupes, qui ne devoient prendre la mer que dans le lieu de la pêche, avec trois funins de cent vingt brasses chacun : au bout desquels étoit saisie & liée par une bonne épissure, la harpoire faite de fin brin de chanvre, & plus mince que le funin. A la harpoire tient le harpon de fer dont le bout est triangulaire & de la figure d'une fleche, & qui a trois piés de long, avec un manche de bois de six piés, lequel se sépare du harpon quand on a percé la baleine, afin qu'il ne puisse ressortir d'aucune maniere. Celui qui le lance se met à l'avant de la chaloupe, & court de grands risques, parce que la baleine, après avoir été blessée, donne de furieux coups de queue & de nageoires, qui tuent souvent le harponneur, & renversent la chaloupe.

On embarquoit enfin dans chaque bâtiment destiné à la pêche, trente lances ou dards de fer de quatre piés, avec des manches de bois d'environ le double de longueur ; quatre cent barriques tant vuides que pleines de vivres ; deux cent autres en bottes ; une chaudiere de cuivre contenant douze barriques & pesant huit quintaux ; dix mille briques de toutes especes pour construire le fourneau, & vingt-cinq barriques d'une terre grasse & préparée pour le même usage.

Quand le bâtiment est arrivé dans le lieu où se fait le passage des baleines, on commence par y bâtir le fourneau destiné à fondre la graisse & à la convertir en huile ; ce qui demande de l'attention. Le bâtiment se tient toûjours à la voile, & on suspend à ses côtés les chaloupes armées de leurs avirons. Un matelot attentif est en vedette au-haut du mât de hune ; & dès qu'il apperçoit une baleine, il crie en langue basque balia, balia ; l'équipage se disperse aussi-tôt dans les chaloupes, & court la rame à la main après la baleine apperçue. Quand on l'a harponnée (l'adresse consiste à le faire dans l'endroit le plus sensible) elle prend la fuite & plonge dans la mer. On file alors les funins mis bout à bout, & la chaloupe suit. D'ordinaire la baleine revient sur l'eau pour respirer & rejetter une partie de son sang. La chaloupe s'en approche au plus vîte, & on tâche de la tuer à coups de lance ou de dard, avec la précaution d'éviter sa queue & ses nageoires, qui feroient des blessures mortelles. Les autres chaloupes suivent celle qui est attachée à la baleine pour la remorquer. Le bâtiment toûjours à la voile, la suit aussi, tant afin de ne point perdre ses chaloupes de vûe, qu'afin d'être à portée de mettre à bord la baleine harponnée.

Quand elle est morte & qu'elle va par malheur au fond avant que d'être amarrée au côté du bâtiment, on coupe les funins pour empêcher qu'elle n'entraîne les chaloupes avec elle. Cette manoeuvre est absolument nécessaire, quoiqu'on perde sans retour la baleine avec tout ce qui y est attaché. Pour prévenir de pareils accidens, on la suspend par des funins dès qu'on s'apperçoit qu'elle est morte, & on la conduit à un des côtés du bâtiment auquel on l'attache avec de grosses chaînes de fer pour la tenir sur l'eau. Aussitôt les charpentiers se mettent dessus avec des bottes qui ont des crampons de fer aux semelles, crainte de glisser ; & de plus ils tiennent au bâtiment par une corde qui les lie par le milieu du corps. Ils tirent leurs couteaux qui sont à manche de bois & faits exprès ; & à mesure qu'ils enlevent le lard de la baleine suspendue, on le porte dans le bâtiment, & on le réduit en petits morceaux qu'on met dans la chaudiere, afin qu'ils soient plus promtement fondus. Deux hommes les remuent sans-cesse avec de longues pelles de fer qui hâtent leur dissolution. Le premier feu est de bois ; on se sert ensuite du lard même qui a rendu la plus grande partie de son huile, & qui fait un feu très-ardent. Après qu'on a tourné & retourné la baleine pour en ôter tout le lard, on en retire les barbes ou fanons cachés dans la gueule, & qui ne sont point au-dehors comme plusieurs Naturalistes se l'imaginent.

L'équipage de chaque bâtiment a la moitié du produit de l'huile ; & le capitaine, le pilote & les charpentiers ont encore par-dessus les autres une gratification sur le produit des barbes ou fanons. Les Hollandois ne se sont pas encore hasardés à fondre dans leurs navires le lard des baleines qu'ils prennent, & cela à cause des accidens du feu, qu'ils appréhendent avec juste raison. Ils le transportent avec eux en barriques pour le fondre dans leur pays, en quoi les Basques se montrent beaucoup plus hardis : mais cette hardiesse est récompensée par le profit qu'ils font, & qui est communément triple de celui des Hollandois, trois barriques ne produisant au plus fondues, qu'une barrique d'huile. Voyez le recueil de différens traités de Physique, par M. Deslandes.

C'est à un bourgeois de Cibourre, nommé François Soupite, que l'on doit la maniere de fondre & de cuire les graisses dans les vaisseaux, même à flot & en pleine mer. Il donna le dessein d'un fourneau de brique qui se bâtit sur le second pont : on met sur ce fourneau la chaudiere, & l'on tient auprès des tonneaux d'eau pour garantir du feu.

Voici maintenant la maniere dont les Hollandois fondent le lard de baleine, qu'ils apportent par petits morceaux dans des barriques. Une baleine donne aujourd'hui quarante barriques : celles qu'on prenoit autrefois en donnoient jusqu'à soixante à quatre-vingt.

On voit, fig. premiere des planches qui suivent celles de notre histoire naturelle, une coupe verticale des bacs, de la chaudiere & du fourneau à fondre le lard. On place les tonneaux A A pleins de lard qui a fermenté, sur le bord du bac B ; on vuide ces tonneaux dans ce bac ; on y remue le lard afin de le délayer, & de le disposer à se fondre. On met le feu au fourneau C, dont on voit le cendrier en E, & la grille en F ; on jette le lard du bac B dans la chaudiere G, placée dans un massif de brique & de maçonnerie, sur le fourneau C. Les bacs 1, 2, 3, qui sont tous moins élevés les uns que les autres, communiquent entr'eux par les gouttieres H ; ils sont pleins d'eau fraîche. Lorsque le lard est délayé, on le jette du bac B dans la chaudiere G, comme on vient de dire. On l'y laisse fondre ; à mesure qu'il se fond l'huile se forme & s'éleve à la surface. On la ramasse avec des cuillieres, & on la jette dans le bac 1 : à mesure qu'elle s'amasse dans le bac 1, elle descend dans le bac 2, & du bac 2 dans le bac 3. Au sortir du bac 3, on l'entonne dans des barriques pour être vendue.

On la fait passer successivement par ces bacs pleins d'eau, afin qu'elle se refroidisse plus promtement. Après qu'on a enlevé l'huile, il reste dans la poele un marc, des grillons, ou, pour parler la langue de l'art, des crotons. On prend ces crotons, & on les jette sur un grillage de bois, dont un des bouts porte sur le massif de la chaudiere, & l'autre bout à l'extrémité d'un long bac qui correspond à toute la longueur du grillage, & qui reçoit l'huile qui tombe des crotons qui s'égouttent sur le grillage. Voyez fig. 2. A, bac où l'on met le lard au sortir des barriques. B, fourneau. C, cendrier. D, grille. E, chaudiere. G H, grillage à égoutter le croton. I K, bac qui reçoit les égouttures. Fig. 3. plan des mêmes choses. A, bac à lard. C, chaudiere. D E, grillage. F G, bac à égouttures.

Les Basques, dans le commencement, faisoient la pêche dans la mer Glaciale, & le long des côtes du Groenland, où les baleines, qu'on appelle de grande baie, sont plus longues & plus grasses que dans les autres mers : l'huile en est aussi plus pure, & les fanons de meilleure qualité, sur-tout plus polis, mais les navires y courent de très-grands dangers, à cause des glaces qui viennent souvent s'y attacher, & les font périr sans ressource. Les Hollandois l'éprouvent tous les ans de la maniere du monde la plus triste.

Les côtes du Groenland ayant insensiblement rebuté les Basques, ils allerent faire leur pêche en pleine mer, vers l'île de Finlande, dans l'endroit nommé Sarde, & au milieu de plusieurs bas-fonds. Les baleines y sont plus petites qu'en Groenland, plus adroites, s'il est permis de parler ainsi d'un pareil animal, & plus difficiles à harponner, parce qu'elles plongent alternativement, & reviennent sur l'eau. Les Basques encore rebutés, ont quitté ce parage, & ont établi leur pêche dans le détroit de Davis, vers l'île d'Inseo, souvent environnée de glaces, mais peu épaisses. Ils y ont trouvé les deux especes de baleines, connues sous le nom de grandes baies, & de sarde. Voyez la pêche des baleines, dans l'ouvrage de M. Deslandes, que nous avons déjà cité.

La pêche des baleines, que nous avons apprise aux Hollandois, est devenue si considérable pour eux, qu'ils envoyent tous les ans sur nos ports sept à huit mille barrils d'huile, & du savon à proportion.

Quelqu'utile que soit cette pêche, il s'est passé des siecles sans que les hommes ayent osé la tenter. C'étoit, au tems de Job, une entreprise qu'on regardoit comme si fort au-dessus de leurs forces, que Job même se sert de cet exemple pour leur faire sentir leur foiblesse, en comparaison de la toute-puissance divine. An extrahere poteris leviathan hamo, & fune ligabis linguam ejus ? Numquid pones circulum in naribus ejus, aut armillâ perforabis maxillam ejus ? Numquid multiplicabit ad te preces, aut loquetur tibi mollia ? Numquid faciet tecum pactum, & accipies eum servum sempiternum ? Numquid illudes ei quasi avi, aut ligabis eum ancillis tuis ? Concident eum amici ? Divident illum negociatores ? Numquid implebis sagenas pelle ejus, & gurgustium piscium capite illius ? Pone super eum manum tuam, memento belli ; nec ultra addas loqui. " Homme, enleveras-tu la baleine avec l'hameçon, & lui lieras-tu la langue avec une corde ? Lui passeras-tu un anneau dans le nez, & lui perceras-tu la mâchoire avec le fer ? La réduiras-tu à la supplication & à la priere ? Fera-t-elle un pacte avec toi, & sera-t-elle ton esclave éternel ? Te joüeras-tu d'elle comme de l'oiseau, & servira-t-elle d'amusement à ta servante ? Tes amis la couperont-ils par pieces, & tes négocians la trafiqueront-ils par morceaux ? Rempliras-tu ton filet de sa peau, & de sa tête, le réservoir des poissons ? Mets ta main sur elle ; souviens-toi de la guerre, & ne parle plus. "

En vain les incrédules voudroient-ils mettre en contradiction le discours de Job avec l'expérience d'aujourd'hui : il est évident que l'écriture parle ici d'après les notions populaires de ces tems-là, comme Josué quand il dit, arrête-toi, Soleil. L'exemple du livre de Job est bien choisi : montre parfaitement la hardiesse de la tentative des Basques, & prouve qu'une exactitude scrupuleuse & peu nécessaire dans des raisonnemens physiques, nuiroit souvent au sublime.

Les anciens ne disent autre chose des baleines, sinon qu'elles se jettent quelquefois d'elles-mêmes à terre pour y joüir de la chaleur du soleil qu'elles aiment, & que d'autres échouent ou sont poussées sur les bords de la mer, par la violence de ses vagues. Si Pline rapporte que l'empereur Claude a donné le plaisir au peuple Romain, d'une espece de pêche où l'on prit une baleine, il observe en même tems que ce monstre marin avoit échoüé au port d'Ostie ; qu'aussi-tôt qu'on l'apperçut dans le détroit, l'empereur en fit fermer l'entrée avec des cordes & des filets, & que ce prince accompagné des archers de la garde prétorienne, en fit monter un certain nombre dans des esquifs & des brigantins, qui lancerent plusieurs dards à cet animal, dont il fut blessé à mort ; que dans le combat, il jetta une si grande quantité d'eau par son évent ou tuyaux, qu'il en mit à fond l'un des esquifs : mais cette histoire est rapportée comme un fait rare & singulier ; ainsi il demeure toûjours pour constant que l'usage de cette pêche n'étoit pas commun.

Et pourquoi l'auroit-il été ? on ne connoissoit presque pas, dans ces premiers tems, le profit qu'on en pouvoit tirer, Juba, roi de Mauritanie, écrivant au jeune prince Caïus César fils d'Auguste, lui manda qu'on avoit vû en Arabie des baleines de six cent piés de long & de trois cent soixante piés de large, qui avoient remonté de la mer dans un fleuve d'Arcadie, où elles avoient échoüé. Il ajoute que les marchands Asiatiques recherchoient avec grand soin la graisse de ce poisson, & des autres poissons de mer ; qu'ils en frottoient leurs chameaux pour les garantir des grosses mouches appellées taons, qui craignent fort cette odeur. Voilà, selon Pline, tout l'avantage que l'on tiroit alors des baleines. Cet auteur fait ensuite mention de quarante-deux sortes d'huile, & l'on n'y trouve point celle de ce poisson : on savoit encore si peu profiter de ce poisson, sous les regnes de Vespasien, de Tite, de Domitien, & de Nerva, que Plutarque rapporte que plusieurs baleines avoient échoüé en donnant de travers aux côtes de la mer, comme un vaisseau qui n'a point de gouvernail ; que lui-même en avoit vû dans l'île d'Ancire ; qu'une entre les autres, que les flots avoient jettée sur le rivage proche la ville de Bunes, avoit tellement infecté l'air par sa putréfaction, qu'elle avoit mis la peste dans la ville & dans les environs.

Voici comment on prétend que nos Biscayens du cap-Breton, près de Bayonne, & quelques autres pêcheurs, ont été engagés à la pêche des baleines. Il paroît tous les ans sur leurs côtes, vers l'hyver, de ces baleines qui n'ont point d'évent, & qui sont fort grasses : l'occasion de pêcher de ces poissons se présenta donc dans leur propre pays, & ils en profiterent. Ils se contenterent de ces baleines pendant fort long-tems : mais l'observation qu'ils firent ensuite, que ces monstrueux poissons ne paroissoient dans les mers de ces pays-là qu'en certaines saisons, & qu'en d'autres tems ils s'en éloignoient, leur fit naître le dessein de tenter la découverte de leur retraite. Quelques pêcheurs du cap-Breton s'embarquerent & firent voile vers les mers de l'Amérique, & l'on prétend que ce fut eux qui découvrirent les premiers les îles de Terre-Neuve, & la terre-ferme du Canada, environ cent ans avant les voyages de Christophle Colomb, & qu'ils donnerent le nom de cap-Breton, leur patrie, à une de ces îles, nom qu'elle porte encore. Voyez Corneil. Witfl. Ant. Mang. Ceux qui sont de ce sentiment ajoûtent que ce fût l'un de la nation de ces Biscayens qui donna avis de cette découverte à Colomb, l'an 1492, & que celui-ci s'en fit honneur : d'autres croyent que ce ne fut que l'an 1504 que ce premier voyage fut entrepris par les Basques, auquel cas il seroit postérieur à celui de Colomb. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'ils découvrirent, dans les mers qui sont au nord de l'Amérique, un grand nombre de baleines, mais en même tems, qu'ayant aussi reconnu qu'elles sont encore plus abondantes en morues, ils préférerent la pêche de ce dernier poisson à la pêche de l'autre.

Lorsque le tems approche où les navires baleiniers doivent revenir, il y a toûjours des matelots en sentinelle dans le port de Succoa. Les premiers qui découvrent un bâtiment prêt à arriver, se hâtent d'aller à sa rencontre, & se font payer un droit de 30 sous par homme. Quelque tems qu'il fasse, ils s'embarquent sans rien appréhender, & se chargent de mouiller le bâtiment à un des endroits connus de la bonne rade. " Il est, dit M. Deslandes, aisé de voir que l'intérêt seul ne les guide point : rien, en effet, n'est plus modique, sur-tout dans les mauvais tems, & lorsque la mer brise contre une côte toute de fer, que la rétribution qu'on leur donne : mais ils seroient infiniment affligés de voir périr leurs compatriotes, & c'est un service d'humanité qu'ils se rendent mutuellement ".

* BALEINE, (le blanc de) n'est autre chose qu'une préparation de cervelle de cachalots, qui se fait à Bayonne & à Saint Jean de Luz. Prenez la cervelle de cet animal ; fondez-la à petit feu ; jettez-la ensuite dans des moules comme ceux des sucreries, laissez-la égoutter son huile & se refroidir ; refondez-la ensuite, & continuez de la faire égoutter & fondre jusqu'à ce qu'elle soit bien purifiée & bien blanche : coupez-la ensuite & la remettez en écaille de la forme de celles qu'on nous vend. Il faut choisir ces écailles belles, blanches, claires, & transparentes, d'une odeur sauvagine, & sans aucun mêlange de cire blanche, & les tenir dans des barrils ou des vaisseaux de verre bien fermés.

Je ne prétens point contredire M. Pomet sur la nature & la maniere de faire le blanc de baleine, dit M. James dans son Dictionnaire de Medecine ; j'ai pourtant vû, ajoûte-t-il, du blanc de baleine qui n'avoit essuyé aucune préparation, & qu'on s'étoit contenté de mettre dans des sacs de papier pour en absorber l'huile ; & je puis assûrer que ce n'est ni l'huile ni le sperme de la baleine, mais une substance particuliere qu'on trouve dans la tête de ce poisson. On le trouve aussi dans d'autres endroits que la tête ; mais il y est moins bon. Voyez à l'article CACHALOT, ce qu'il y a de vrai ou de faux dans ce sentiment de M. James.

BALEINE, (le blanc de) Mat. med. est un remede dans plusieurs cas ; on l'employe d'ordinaire pour les meurtrissures, les contusions internes, & après l'accouchement ; c'est un balsamique dans plusieurs maladies de la poitrine ; il déterge & consolide : il est très-sûr & très-efficace dans les toux qui viennent d'un catarrhe opiniâtre, d'érosion, d'ulcération, aussi-bien que dans les pleurésies & les abcès internes ; c'est un consolidant, lorsque la mucosité des intestins a été emportée par l'acrimonie de la bile, comme dans les diarrhées & les dyssenteries. Il convient aussi dans les ulceres des reins & pour l'épaississement du sang ; il ramollit & relâche les fibres ; il contribue souvent à l'expulsion de la gravelle, en élargissant les passages : on l'emploie en forme d'électuaire & de bol, avec des conserves convenables & autres choses de cette espece ; & lorsqu'on a eu le soin de le mêler comme il faut, il est difficile que le malade le découvre sous cette forme ; on le dissout aussi par le moyen d'un jaune d'oeuf, ou bien on le réduit en émulsion ; la dose ordinaire est d'environ demi-gros.

Employé à l'extérieur il est émollient, consolidant ; il sert sur-tout dans la petite vérole, & l'on en oint les pustules lorsqu'elles commencent à se durcir, après l'avoir mêlé avec de l'huile d'amendes douces. Il n'y a pas long-tems qu'on s'en sert dans cette maladie, quoiqu'il ait été en usage du tems de Schroder, pour dissiper les crevasses que laissent la galle & les pustules.

On l'employe souvent comme un cosmétique dans le fard, & dans les pâtes avec lesquelles on se lave les mains. (N)

BALEINE, (en Astronomie) est une grande constellation de l'hémisphère méridional sous les Poissons, & proche de l'eau du Verseau. V. CONSTELLATION.

Il y a dans la baleine 22 étoiles selon le catalogue de Ptolomée ; 21, selon le catalogue de Tycho ; 22, selon Hevelius, & 78, dans le catalogue Britannique. (O)


BALEVRESS. f. pl. (terme d'Architecture) du latin bislabra, qui a deux levres ; c'est l'excédent d'une pierre sur une autre près d'un joint, dans la douille d'une voute, ou dans le parement d'un mur ; & on retaille les balevres en ragréant : c'est aussi un éclat près d'un joint occasionné dans la pierre, parce que le premier joint étoit trop serré. (P)

BALEVRES, (en Fonderie en grand) on donne ce nom à ces inégalités qu'on apperçoit sur la surface des pieces fondues, & qu'il faut réparer ensuite : elles sont occasionnées dans la fonte en grand par les cires, & les jointures des assises, on a soin par cette raison que les jointures des assises tombent aux endroits de la figure les moins remarquables, afin que les balevres en soient plus faciles à réparer ; dans la fonte en petit, les balevres viennent des défauts de l'assemblage des pieces qui composent le moule & les cires. On a, ainsi que dans la fonte en grand, l'attention de les écarter des parties principales, & la même peine à les réparer.


BALI(Géog.) ville d'Asie, capitale de l'île & du royaume de même nom, aux Indes. Long. de l'île, 133-135. lat. 9.

* BALI, (Géog.) royaume d'Afrique, dans l'Abyssinie : le fleuve Havasch le traverse.


BALISCORNEou BASSECONDE, s. f. on donne dans les grosses forges ce nom à une piece de fer M X, fixée sur le dessus de la caisse des soufflets par des attaches de fer N N, qui l'embrassent : le bout M en est arrondi, & c'est sur cette partie que portent les cammes de l'arbre qui fait baisser la caisse. Voyez Planche VII. fig. 1. des grosses forges.


BALISERBALISER un chenal ou une passe, c’est y mettre des balises. (Z)


BALISESS. f. (terme de mer & de rivieres) c'est une marque que l'on met sur un banc dangereux pour avertir les vaisseaux de l'éviter. Ces marques sont différentes ; quelquefois c'est un mât ou une piece de bois qu'on éleve dessus, ou aux extrémités ; d'autres fois c'est un tonneau flottant amarré avec des chaînes & des ancres sur le fond du banc : on met des balises pour indiquer un chenal ou une passe dangereuse : on se sert également du mot de bouée pour exprimer ces marques.

BALISE, se dit aussi de l'espace qu'on est obligé de laisser le long des rivages des rivieres pour le halage des bateaux.


BALISEURS. m. en terme d'Eau & Forêts, est un officier chargé de veiller aux terres des riverains ; à l'effet d'en reculer les limites du côté du bord de la riviere, à la distance prescrite. V. RIVERAIN. (H)


BALISIERsubst. m. cannacorus, (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur liliacée monopétale en forme de tuyau, divisée en six parties, dont l'une forme une sorte de languette qui semble tenir lieu de pistil, & qui a au sommet comme une étamine ; le calice est en forme de tuyau ; il embrasse la fleur, & devient dans la suite un fruit oblong ou arrondi, membraneux, divisé en trois loges, & rempli de semences presque sphériques. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)


BALISTES. f. (Art milit.) est une machine de guerre dont se servoient les anciens pour lancer des traits d'une longueur & d'un poids surprenant ; elle chassoit aussi des balles ou boulets de plomb égaux au poids des gros traits qu'elle lançoit.

Les écrivains de l'antiquité, au moins le plus grand nombre, sont opposés les uns & les autres à l'égard de la baliste & de la catapulte. Voyez CATAPULTE. Ils confondent souvent ces deux machines, qui suivant M. le chevalier de Folard different beaucoup entr'elles dans leur usage comme dans leur construction.

Ammien Marcellin exprime la catapulte par le terme de tormentum, & quelquefois d'onagre. Voy. ONAGRE. Froissart se sert de celui d'engin : celui-ci est trop général ; car on peut entendre par ce terme la baliste & la catapulte. Il y a aussi des auteurs qui lui ont donné le nom de scorpion : mais le scorpion chez ceux qui paroissent les mieux instruits, n'est autre chose que la baliste. Voyez SCORPION.

" La baliste, dit M. le chevalier de Folard, dont nous tirons la description suivante, formoit comme un arc brisé ; elle avoit deux bras, mais droits, & non pas courbes comme l'arc d'une arbalête, dont les forces agissantes sont dans les ressorts de l'arc même dans sa courbure : celles de la baliste sont dans les cercles comme celle de la catapulte : cela nous dispensera d'entrer dans une description trop détaillée de ses différentes parties. La figure en fera infiniment mieux comprendre la structure & la puissance qui la fait agir, que l'explication ne pourroit faire ". Voyez cette figure, Planche XII. de Fortification : elle a pour titre Baliste de siége. Voici le détail de ses principales parties.

Une baliste de cette espece lançoit des traits de soixante livres, longs de trois piés neuf pouces & neuf lignes : cela-veut dire, s'il faut s'en fier à Vitruve, dit le chevalier de Folard, " que les trous des chapiteaux étoient de huit pouces neuf lignes de diametre, c'est-à-dire le cinquieme de la longueur du trait. Elle est composée d'une base 2, des dix montans 3, 4, de quinze diametres & dix lignes de hauteur sans les tenons des deux traversans 5, 6 : leur longueur est de dix-sept diametres dix lignes ; 7, sont les deux chapiteaux du traversant ; 5, 8, les chapiteaux de celui d'en-bas 6 ; ces deux traversant sont soûtenus & fortifiés des deux poteaux équarris 9 ; de cinq diametres de hauteur sans les tenons, & de deux piés de grosseur comme les montans. L'intervalle d'entre les deux poteaux 9, & les deux montans 3, 4, où sont placés les chapiteaux, est de sept diametres environ ; 10 sont les deux écheveaux de cordes de droit & de gauche ; 11 les deux bras engagés dans le centre des écheveaux : leur longueur est de dix diametres, compris les deux crochets qui sont l'extrémité de chaque bras, où la corde, ou pour mieux dire, le gros cable est attaché comme la corde d'une arbalête. Ce cable doit être composé de plusieurs cordes de boyaux extrèmement tendues : il faut qu'il soit d'abord un peu court, parce qu'il s'allonge & se lâche dans le bandage : on l'accourcit en le tordant.

Les bouts des bras n'ont point de cuilleron comme celui de la catapulte ; à cela près ils doivent être semblables, parfaitement égaux dans leur grosseur, dans leur longueur, dans leur poids, & il faut qu'ils ne plient point dans le plus violent effort de leur tension. Les traits 13 ne doivent pas moins être égaux en tous sens que les bras, qui seront placés sur une même ligne parallele, à même hauteur par conséquent, & au centre des deux écheveaux dans lesquels ils sont engagés.

Les deux montans 3, 4, doivent être courbes à l'endroit 14 où ils frappent dans la détente. Dans cette courbure on y pratiquera les coussinets 15, cet enfoncement fait que les bras se trouvent paralleles à l'écheveau, & qu'ils décrivent chacun un angle droit dans leur bandage, c'est-à-dire dans leur plus grande courbure. Il importe peu, à l'égard des balistes, que les deux bras frappent de leurs bouts ou de leur milieu contre les deux coussinets ; ainsi on peut, autant qu'on le juge à-propos, diminuer de la largeur des deux chassis où sont placés les deux écheveaux de cordes, sans retrancher de leur hauteur.

L'intervalle d'entre les deux poteaux 9, qui doit être au milieu des deux traversans, où l'on introduit l'arbrier 16, doit être un peu plus étroit que l'arbrier, afin de pratiquer une entaille dans l'intérieur des poteaux 9 de deux ou trois pouces des deux côtés, afin de le tenir ferme. C'est sur cet arbrier que l'on place le gros trait & que l'on pratique un canal parfaitement droit ; sa longueur se prend sur la courbure des deux bras avec la corde 12 : ainsi on connoît la longueur qu'il faut donner au canal & jusqu'à l'endroit où la noix 17 de la détente se trouve placée pour recevoir la corde de l'arc à son centre. Cette noix sert d'arrêt, & la détente est semblable à celle des arbalêtes. Il y a une chose à observer à l'égard de l'arbrier : il faut qu'il soit placé juste à la hauteur de la corde qui doit friser dessus ; car si elle étoit plus haute, elle ne prendroit pas le trait ; & si elle appuyoit trop fortement dessus, il y auroit du frottement sur le canal où le trait est étendu, ce qui diminueroit la puissance qui le chasse.

A deux piés en-deçà de la détente est le travail 18, autour duquel se devide la corde ; & lorsqu'on veut bander la machine, on accroche la corde de l'arc à son centre par le moyen d'une main de fer 19. Cette main a deux crochets qui saisissent la corde en deux endroits pour l'amener. La distance d'un crochet à l'autre doit être plus grande que la largeur de la noix, qui doit avoir une ouverture au milieu comme celle des arbalêtes, dans laquelle on introduit le talon du trait contre la corde qui prend à la noix.

J'ai dit que les deux montans, 3, 4, étoient appuyés sur leur base à tenons & à mortoises ; ils devoient être appuyés & retenus encore par de puissantes contrefiches. Heron & Vitruve lui-même mettent une espece de table ou d'échafaudage 20, sur lequel l'arbrier est en partie soûtenu, dont la hauteur jointe à l'épaisseur de l'arbrier devoit arriver juste à la hauteur de la corde 12. Je crois, dit toûjours M. de Folard, que cette table n'étoit faite que pour aider à soutenir l'arbrier, qui devoit être composé d'une grosse poutre de seize diametres & de deux piés de longueur, d'une de largeur & d'une d'épaisseur, conforme au trait qu'elle lançoit. Ajoûtez la force extraordinaire du bandage, capable de faire plier la plus forte poutre ; si son épaisseur ne surpasse sa largeur. J'imagine toutes ces raisons, pour prouver la nécessité de cette table, parce que je n'en vois aucune autre ; car à parler franchement, cette charpente paroît un peu superflue : mais comme il faut respecter l'antiquité & l'expérience de ces sortes de machines que nous n'avons point, nous hasardons cette structure dans ce qui nous a paru inutile, qui ne l'est peut-être pas ".

Cette réflexion de M. de Folard est d'autant plus juste, que les anciens s'étant expliqués d'une maniere fort obscure sur les différentes machines de guerre qui étoient en usage de leur tems, il est bien difficile de se flater d'avoir deviné juste tout ce qui concerne ces machines : aussi si M. de Folard dit un habile journaliste, n'a pas toûjours donné dans le vrai à cet égard, toûjours peut-on dire qu'on lui a de grandes obligations, & qu'il en a peut-être approché plus que tous ceux qui ont travaillé avant lui sur le même sujet. Bibliotheque raisonnée des savans de l'Europe : tome V.

Au reste les anciens historiens rapportent des effets de ces machines qui nous paroissent presqu'incroyables. M. de Folard a eu soin de les rapporter dans son traité de l'attaque des places des anciens. Voy. CATAPULTE. (Q)


BALISTIQUES. f. (Ordre encyclopédique, Entendement, Raison, Philosophie ou Science. Science de la nature. Mathématiques. Mathématiques mixtes. Méchanique. Dynamique. Dynamique proprement dite. Balistique) c'est la science du mouvement des corps pesans jettés en l'air suivant une direction quelconque. Ce mot vient du grec, jacio ; je jette.

On trouvera à l'article PROJECTILE les lois de la Balistique. La théorie du jet des bombes est une partie considérable de cette science, & c'est principalement cette théorie qu'on y traite. Nous avons là-dessus plusieurs ouvrages, l'art de jetter les bombes de M. Blondel, de l'académie des Sciences, un des premiers qui ayent paru sur cette matiere ; le Bombardier françois par M. Belidor, &c. Mais personne n'a traité cette science d'une maniere plus élegante & plus courte que M. de Maupertuis, dans un excellent mémoire imprimé parmi ceux de l'académie des Sciences de Paris de 1732 ; ce mémoire est intitulé Balistique arithmétique, & on peut dire qu'il contient en deux pages plus de choses que les plus gros traités que nous ayons sur cette matiere. M. de Maupertuis cherche d'abord l'équation analytique de la courbe A M B (fig. 47. Méch.), que décrit un projectile A jetté suivant une direction quelconque A R ; il trouve l'équation de cette courbe entre les deux coordonnées A T, x, & T M, y, & il n'a pas de peine à faire voir que cette équation est celle d'un parabole. En faisant y = 0, dans cette équation, la valeur correspondante de x lui donne la partie A B du jet ; pour avoir le cas où la portée A B du jet est la plus grande qu'il est possible, il prend la différence de la valeur de A B, en ne faisant varier que la tangente de l'angle de projection RAB ; & il fait ensuite cette différence = 0, suivant la regle de maximis & minimis, ce qui lui donne la valeur de la tangente de l'angle de projection, pour que A B soit la plus grande qu'il est possible, & il trouve que cette tangente doit être égale au rayon, c'est-à-dire que l'angle B A R doit être de 45 degrés. Pour avoir la hauteur t m du jet, il n'y a qu'à faire la différence de y = 0, parce que t m est la plus grande de toutes les ordonnées. Pour frapper un point donné n avec une charge donnée de poudre, il substitue dans l'équation de la parabole, à la place de x, la donnée A I, & à la place de y, la donnée In, & il a une équation dans laquelle il n'y a d'inconnue que la tangente de l'angle de projection R A B, qu'il détermine par cette équation, &c. & ainsi des autres.

Au reste, la plûpart des auteurs qui ont traité jusqu'à présent de la Balistique, ou ce qui est presque la même chose, du jet des bombes, ne l'ont fait que dans la supposition que les corps se meuvent dans un milieu non résistant ; supposition qui est assez éloignée du vrai. M. Newton a démontré dans ses principes, que la courbe décrite par un projectile dans un milieu fort résistant, s'éloigne beaucoup de la parabole ; & la résistance de l'air est assez grande pour que la différence de la courbe de projection des graves avec une parabole ne soit pas insensible. C'est au moins le sentiment de M. Robins, de la Société royale de Londres ; ce savant a donné depuis peu d'années un ouvrage anglois, intitulé A new principles of gunnery, nouveaux principes d'Artillerie ; dans lequel il traite du jet des bombes, & en général du mouvement des projectiles, en ayant égard à la résistance de l'air qu'il détermine en joignant les expériences à la théorie, il n'y a point de doute que la Balistique ne se perfectionnât considérablement, si on s'appliquoit dans la suite à envisager sous ce point de vûe le mouvement des projectiles. Voyez RESISTANCE.

Selon d'autres auteurs, qui prétendent avoir aussi l'expérience pour eux, la courbe décrite dans l'air par les projectiles est à-peu-près une parabole, d'où il s'ensuit que la résistance de l'air au mouvement des projectiles est peu considérable. Cette diversité d'opinions prouve la nécessité dont il seroit de constater ce fait de nouveau par des expériences sûres & bien constatées. (O)


BALIVEAUS. m. en terme d'Eaux & Forêts, signifie un jeune chêne, hêtre ou châtaigner au-dessous de quarante ans, reservé lors de la coupe d'un taillis. Les ordonnances enjoignent d'en laisser croître en haute futaie seize par chaque arpent, afin de repeupler les ventes. (H)

* On peut considérer les baliveaux par rapport aux bois de haute-futaie, & par rapport aux taillis. Par rapport au premier point, M. de Reaumur prétend dans un mémoire sur l'état des bois du royaume, imprimé dans le recueil de l'académie, année 1721, que les baliveaux sont une mauvaise ressource pour repeupler le royaume de bois de haute-futaie, parce qu'une très-grande partie périt ; car n'ayant pas pris dans les taillis qui les couvroient toute la force nécessaire pour résister aux injures de l'air, on ne peut leur ôter cet abri sans inconvénient. Des lisieres entieres de jeunes futaies ont péri dans un hyver froid, mais non excessivement rude, après qu'on eut coupé pendant l'été d'autres lisieres qui les couvroient. Il en arrive autant aux arbres réservés au milieu de forêts abattues. Des baliveaux qui ont échappé aux injures de l'air, peu échappent à la coignée du bucheron ; il en abat au moins une partie dans la coupe suivante du taillis : les morts lui donnent occasion d'attaquer les vifs ; & il est de notoriété que dans la plûpart des taillis, on ne trouve que des baliveaux de deux à trois coupes. Mais indépendamment de cela, dit M. de Reaumur, ces baliveaux ne seront pas des arbres d'une grande ressource ; ils ont peu de vigueur & sont tous rabougris, s'ils n'ont pas péri, ils sont restés malades ; & quelque bon qu'ait été le terrein, jamais baliveau ne parviendra peut-être & n'est parvenu à devenir un arbre propre à fournir une longue poutre, un arbre de pressoir, ni quelqu'autre semblable piece de bois. Cela est sûr au moins par rapport aux baliveaux réservés dans les taillis qu'on coupe de dix ans en dix ans au plûtôt. Ils ne sont jamais hauts de tige, & croissent toûjours en pommiers.

Ces inconvéniens des baliveaux seront d'autant moindres, que le taillis sera coupé dans un âge plus avancé, mais à quelqu'âge qu'on le coupe, on ne peut pas espérer que les baliveaux réparent les futaies qui s'abattent journellement.

Quant au second point, la conservation des taillis par les baliveaux ; il ne faut, dit le même auteur, que parcourir les taillis où les baliveaux ont été le mieux conservés ; on trouvera qu'au-dessous & tout autour du baliveau, sur-tout quand il est parvenu à âge d'arbre, la place est nette, & que les souches sont péries, parce qu'elles se sont trouvées trop à l'ombre : aussi, bien des particuliers qui souhaitent abattre leurs baliveaux, ne le souhaitent que pour conserver leurs taillis. Si les baliveaux donnent quelques glands aux taillis, ils les leur font donc payer cher ; d'ailleurs ces glands tombant au hasard sur la surface de la terre, & la plûpart sous l'arbre même, ne réussissent guere.

M. de Buffon s'accorde en ceci avec M. de Reaumur. " On sait, dit cet académicien, dans un mémoire sur la conservation & le rétablissement des forêts, année 1739, que le bois des baliveaux n'est pas de bonne qualité, & que d'ailleurs ces baliveaux font tort aux taillis. J'ai observé fort souvent les effets de la gelée du printems dans deux cantons voisins des bois taillis. On avoit conservé dans l'un tous les baliveaux de quatre coupes successives ; dans l'autre on n'avoit réservé que les baliveaux de la coupe actuelle. J'ai reconnu que la gelée avoit fait un si grand tort au taillis surchargé de baliveaux, que l'autre taillis l'a devancé de près de cinq ans sur douze. L'exposition étoit la même : j'ai sondé le terrein en différens endroits, il étoit semblable. Ainsi, continue M. de Buffon, j'attribue cette différence à l'ombre & à l'humidité que les baliveaux jettoient sur les taillis ; & à l'obstacle qu'ils formoient au desséchement de cette humidité en interrompant l'action du vent & du soleil. Ils seroit donc à propos de recourir à des moyens plus efficaces que les baliveaux, pour la restauration de nos forêts de haute-futaie, & celle de nos bois taillis ". Voyez FORETS, TAILLIS.


BALKou BALKHE, (Géog.) ville d'Asie, au pays des Usbecs, dans la province du même nom, sur la riviere de Dilhas. Long. 85. lat. 36. 40.


BALLADES. f. (Belles-Lettres) piece de vers distribuée ordinairement en trois couplets, tous les trois de même mesure & sur les mêmes rimes masculines & féminines, assujettie à un refrein qui sert de dernier vers à chaque couplet, & terminée par un envoi ou adresse qui doit aussi finir par le refrein. Le nombre des vers du couplet n'est point limité. Ce sont ou des quatrains, ou des sixains, ou des huitains, ou des dixains, ou des douzains ; l'envoi est ordinairement de quatre ou de cinq vers, mais quelquefois tous féminins. Voilà du moins les lois auxquelles Jean Marot s'est conformé dans ses trois ballades d'amour, dont les deux dernieres sont excellentes ; elles sont de vers de dix syllabes ; c'est la mesure affectée à cette sorte d'ouvrage : il y a cependant des ballades en vers de huit syllabes. On ne fait plus guere de ballades, & je n'en suis pas trop surpris ; la ballade demande une grande naïveté dans le tour, l'esprit, le style, & la pensée, avec une extrème facilité de rimer. Il n'y a presque que la Fontaine qui, réunissant toutes ces qualités, ait su faire des ballades & des rondeaux depuis Clément Marot.


BALLES. f. se dit en général de tout corps à qui l'on a donné artistement la figure sphérique ! ainsi on dit, une balle de paume, une balle de coton, &c.

* BALLE, s. f. (Hist. anc. & gymnast.) instrument dont les anciens se servoient dans la danse appellée sphéristique. Voyez SPHERISTIQUE.

Les différens jeux de balle produisoient parmi les anciens différens effets relatifs à la conservation de la santé. Les grands mouvemens que ces jeux occasionnent, les rendent utiles lorsque l'exercice est nécessaire, & que les personnes sont en état de le supporter. Ils donnent de la vigueur, & font allonger les fibres musculeuses & nerveuses ; aussi voit-on qu'entre les jeunes gens, ceux qui y sont exercés, sont communément plus grands, plus forts, & plus alertes que les autres. Voyez EXERCICE, GYMNASTIQUE, JEU.

BALLE, dans l'Art milit. comprend toutes sortes de petites boules ou boulets pour les armes à feu, depuis le canon jusqu'au pistolet. Voyez BOULET, ARME A FEU, CANON, &c.

Celles qui servent pour les canons sont de fer ; celles des mousquets, carabines, & pistolets, sont de plomb. On a voulu se servir de balles de fer pour ces armes : mais on a reconnu qu'outre leur légereté qui ne permet pas de tirer juste, elles ont encore le défaut de rayer le canon du fusil.

Il faut remarquer que quoiqu'on dise ordinairement un boulet de canon, on dit aussi qu'une piece de batterie porte 36, 33, ou 24 livres de balle. On dit encore charger le canon à balle, pour dire charger à boulet. (Q)

* Les balles dont on charge les petites armes à feu, se fabriquent de la même maniere que les dragées moulées, mais dans des moules plus grands. Voyez l'article FONTE de la dragée au moule. Il y en a de 26 sortes différentes, numérotées selon la quantité ou le nombre qu'il faut pour faire une livre pesant. La sorte la plus grosse est des huit à la livre ; la sorte suivante est de seize à la livre, & chaque balle pese une once. La plus petite, qui approche beaucoup de la dixieme sorte de dragée, est des 120 à la livre. Voyez la table à l'article cité.

On appelle balles ramées, deux balles attachées ensemble par un fil de fer ; & balle de calibre, celle qui est de même grosseur que le calibre du fusil.

* Comme il importe aux chasseurs qui ont quelquefois occasion de tirer du poisson dans l'eau, de savoir si les balles y souffrent ou non de la réfraction, je vais rapporter quelques expériences que M. Carré, de l'académie royale des Sciences, a fait faire, & qu'on peut voir dans le recueil de cette académie année 1705. On tira un fusil chargé à balle deux coups dans un bassin de pierre plein d'eau, de deux piés & demi de diametre, profond de seize pouces, sous un angle de 20 degrés & sous celui de 80 ; mais le grand effort de l'eau contre les parois du bassin où l'on avoit mis les ais, le dérangerent tellement qu'on ne put savoir si les balles souffroient quelque dérangement dans la direction de leur mouvement. Les expériences réitérées dans des bennes pleines d'eau ont été accompagnées du même inconvénient : elles ont été brisées sur le champ, & ce furent les cerceaux d'en-bas que l'eau fit casser.

On seroit tenté de croire que c'étoit la balle qui faisoit briser les vaisseaux en passant à-travers les ais, & non le mouvement de l'eau : mais l'expérience qui suit ne laisse aucun doute que ce ne soit la derniere de ces causes. Un coup fut tiré dans une caisse quarrée d'un pié de haut, & de six pouces d'épaisseur, dont les quatre ais qui faisoient la longueur avoient chacun un pouce d'épaisseur, & les deux bouts en avoient chacun deux, afin d'y bien attacher les autres avec force clous : on avoit rempli ce vaisseau par une petite ouverture, les ais furent percés par la balle sans en être brisés : mais l'eau s'en tourmenta de maniere qu'elle fit écarter ces ais les uns des autres, & que la caisse fut rompue.

Il fallut donc pour obtenir un résultat exact sur la réfraction, recommencer les expériences dans un bassin de pierre : on en prit un dont la longueur intérieure étoit de trois piés trois pouces, la largeur d'un pié huit pouces, & la profondeur d'un pié & un pouce ; on fit placer à son côté le plus éloigné un ais pour recevoir les balles ; un autre ais vertical & pareil à celui-là occupoit le milieu du bassin, & au-dessus du côté le plus voisin du tireur, un carton : l'arquebuse étoit arrêtée fixe à huit piés du bassin. La balle a percé le carton : mais elle est tombée applatie, à-peu-près comme une piece de douze sols, entre le carton & le premier ais. Au second coup, la balle s'est divisée en trois morceaux applatis, sans avoir atteint le premier ais. On a tiré deux autres coups avec une forte charge, sans trouver de balles dans le fond du bassin ni contre les ais : ces balles avoient près de quatre lignes de diametre ; elles étoient faites exprès pour l'arquebuse, & ne pouvoient entrer dans le canon qu'en les poussant avec une baguette de fer.

On a mis dans un reservoir de 10 piés en quarré deux ais paralleles entr'eux & à l'horison, & à un pié de distance l'un de l'autre : celui de dessus ne faisant qu'un même plan avec la surface de l'eau, on a tiré deux coups sur cet ais, sous un angle de 30 degrés, avec une égale charge de poudre ; le premier avec une arquebuse dont le canon avoit trois piés deux pouces six lignes de long, & la balle trois lignes 3/4 de diametre ; le second avec un fusil dont le canon avoit trois piés dix pouces trois lignes de long ; & la balle sept lignes de diametre : la grosse balle a percé les deux ais, & traversé par conséquent toute l'étendue de l'eau qui étoit entr'eux ; au lieu que la petite n'a percé que l'ais supérieur, & s'est arrêtée applatie sur l'ais inférieur : d'où l'on a conclu que le fusil étoit plus propre pour l'expérience de la réfraction que l'arquebuse.

On a attaché au-dessus du bassin de pierre qu'on a décrit plus haut, un fusil sur deux appuis fixes, dont l'un étoit à cinq & l'autre à sept piés de distance du bassin : on l'a assûré & rendu immobile sur ces appuis : il faisoit avec l'horison, ou la surface de l'eau ou du bassin, un angle de vingt degrés ; il étoit chargé du poids de trois deniers vingt grains de poudre, avec une balle de sept lignes de diametre, qui pesoit dix-sept deniers six grains. La balle a percé le carton, le premier ais, & s'est arrêtée dans le second : on a vuidé l'eau, & les centres des trois trous se sont trouvés exactement dans la même direction.

La même expérience réitérée a donné la même chose : en augmentant la charge, on a remarqué que la balle entroit moins ; & chassée par sept deniers six grains de poudre, elle s'est applatie d'un côté, & a peu frappé l'ais du milieu.

Chassée de l'arquebuse avec la même charge, elle s'est divisée en deux parties, chacune inégalement applatie, sans avoir touché l'ais du milieu. Chassée de la même arme avec la moitié de la charge, elle n'a point atteint l'ais du milieu, & n'a perdu que peu de sa sphéricité.

Une balle de sept lignes poussée avec une forte charge dans un réservoir de 40 piés de diametre, profond de six piés, contre un linge parallelement étendu à la surface de l'eau, à deux piés de profondeur, est restée sur ce linge applatie, mais fort inégalement.

La balle de même calibre, chassée de la même arme avec un tiers de poudre de plus, s'est divisée en plusieurs petits morceaux de la grosseur d'une lentille, & diversement figurés.

La balle tirée perpendiculairement à la surface de l'eau, s'est applatie assez régulierement.

Quand on tire dans l'eau, il s'en éleve une quantité plus ou moins grande, & plus ou moins haut, selon la charge : quand la charge est forte, l'eau s'éleve jusqu'à vingt piés.

La balle de sept lignes chassée par quatre deniers de poudre ou environ, entre assez avant dans l'eau sans perdre de sa sphéricité ; chassée par huit deniers de poudre, elle en perd la moitié ; par douze deniers elle la perd entierement ; & par seize, elle se divise en plusieurs parties.

D'où il s'ensuit 1°. que la commotion communiquée à l'eau par la balle est très-considérable ; en effet si l'on tire sur une riviere, on en sentira le rivage ébranlé sous ses piés : 2°. que plus la charge est forte, moins la balle fait de progrès dans l'eau : 3°. qu'il n'y a point de réfraction sensible : 4°. par conséquent qu'il ne faut tirer dans l'eau, ni au-dessous ni au-dessus de l'objet qu'on veut atteindre : 5°. qu'il ne faut employer qu'une petite charge.

Mais on sait qu'une balle qui passe à-travers un morceau de bois mobile sur des gonds, & fort épais, ne se défigure presque pas, & ne lui communique aucune impulsion ; tandis qu'il est constant par les expériences qui précedent, qu'elle s'applatit sur l'eau, & occasionne une grande commotion à tout le rivage. D'où vient, peut-on demander, la différence de ces phénomenes ? l'eau seroit-elle plus difficile à diviser que le bois.

Voici comment je pense qu'on pourroit répondre à cette objection : qu'un corps mû ne communique du mouvement, au moins de translation, à un autre, qu'autant que cet autre lui résiste ou s'oppose à son mouvement. Ayez un corps, même mou, rendez-le résistant, & aussi-tôt vous lui communiquerez beaucoup de mouvement, & à tout ce qui l'environnera. Si vous enfoncez doucement un bâton dans l'eau, vous la diviserez sans peine, & presque sans l'agiter ; si vous la frappez avec impétuosité, vous donnez lieu à son élasticité, & en même tems à sa résistance ; vous lui communiquez beaucoup de mouvement, mais vous ne la divisez pas : voilà pour le corps fluide. Quant au corps solide, ce corps solide ne peut résister à la balle qui vient le frapper, que par l'adhésion de ses parties : si l'adhésion de ces parties n'est rien relativement à la vîtesse de la balle qui le vient frapper, il est évident qu'il ne peut être mû d'un mouvement de translation, parce que rien ne résiste à la balle. Qu'on suppose une porte ouverte percée d'un trou couvert d'une toile d'araignée ; si j'applique mon doigt contre les endroits solides de la porte, ces endroits résistant à son impulsion, la porte tournera sur les gonds & se fermera : mais elle restera immobile avec quelque vîtesse que je porte mon doigt contr'elle, si je l'applique contre la toile d'araignée : or tout le tissu de la porte devient toile d'araignée, relativement à la vîtesse d'une balle chassée par un fusil ; & l'adhésion des parties n'est pas assez grande pour donner lieu à l'élasticité.

Mais on pourra demander encore pourquoi l'élasticité de l'eau frappée avec vîtesse a plûtôt lieu, quoique ses molécules n'ayent presqu'aucune adhérence entr'elles, que l'élasticité du bois dont les molécules tiennent les unes aux autres très-fortement. Il faut, je crois, recourir ici à la densité, à la constitution particuliere des corps ; & de ces deux causes, la derniere & la principale nous est malheureusement très-peu connue.

BALLE A FEU, est dans l'Artillerie un amas d'artifice de figure ronde ou ovale de différentes grosseurs, qui se jette à la main ou avec le mortier.

Maniere la plus usitée pour faire des balles à feu. L'on se sert pour faire des balles à feu d'une livre de salpetre, d'un quarteron de fleur de soufre, deux onces de poussier broyé passé par le tamis de soie ; & mêlé avec l'huile de pétrole ou huile de lin ; il faut en faire de petites boules de la grosseur d'une balle, les percer quand elles seront humides, y mettre de la corde d'amorce en-travers, les passer quatre à quatre ou deux à deux, & les rouler dans le poussier vif, après quoi cela prend feu.

Autre maniere pour faire les balles à feu, qui peuvent s'exécuter dans les mortiers. Il faut avoir un porte-feu d'un pié & demi ou de deux piés de longueur, suivant la grosseur dont on voudra faire la balle, sur un pouce ou un pouce & demi de diametre, lequel sera chargé d'une composition que l'on aura faite avec deux livres de salpetre, une livre de soufre, & demi-livre de poudre, le tout bien pilé séparément, le passer dans un tamis bien fin, & après mêler le tout ensemble autant qu'il se pourra.

En cas que le feu soit trop lent, on y ajoûtera un peu de poudre pilée ; & s'il brûle trop vîte, on y ajoûtera un peu de salpetre pour le faire durer davantage. Le milieu de la balle sera un petit sac rempli de même composition. Les porte-feux seront passés au-travers de ce sac ; & par-dessus, pour couvrir la balle, on mettra de gros copeaux avec de la filasse, que l'on fera tremper dans un grand chauderon ou chaudiere, dans laquelle on mettra six à sept livres d'huile de lin, & autant d'huile de térébenthine, avec huit ou neuf livres de goudron ou poix que l'on fera chauffer doucement, & qu'on remuera bien souvent ; & lorsque le tout sera bien lié, l'on fera tremper dans la chaudiere la filasse & les copeaux, que l'on mettra à part pour les faire sécher à demi ; & après on fera tremper aussi de la vieille toile bien grossiere, qui servira pour envelopper la balle. Il faut avoir du soufre pilé sans être passé au tamis, & du salpetre, & en jetter sur la toile, comme aussi sur la filasse & les coupeaux à part, pour que le feu soit plus clair. Il faut observer qu'il faut mettre de tems en tems du fil de fer autour de la matiere qu'on mettra dans la boule pour la faire tenir, & ne la pas trop presser, parce que le feu seroit trop lent. Quand la matiere est un peu mouvante, la flamme en est plus grande. Si l'on veut davantage presser le feu, il faut prendre trois livres de poudre pilée, une livre de charbon pilé, mêler le tout ensemble, & après l'étendre sur une table, & faire rouler la balle sur cette matiere lorsqu'elle sera garnie de copeaux & de filasse, & après l'on mettra la toile par-dessus ; ou si l'on ne veut pas se servir de toile pour la derniere enveloppe, l'on peut y faire une petite caisse de bois d'enveloppe léger ; le tout dépend de la conduite de l'officier qui s'en doit servir ; il peut se corriger à la premiere ou seconde balle qu'il fera joüer.

Autre maniere de composition de balles à feu qui se jettent avec le mortier, rapportée dans le Bombardier François de M. Belidor. Pour composer ces sortes de balles il faut 30 livres de poudre, 5 livres de poix blanche ou résine, 10 livres de poix noire, 2 livres de suif de mouton, 2 livres d'étoupes, 4 grenades chargées, 4 cordes pour les montans, grosses environ comme le doigt, longues chacune de 6 piés & demi ; 6 brasses de corde de la grosseur du petit doigt, & de la toile pour un sac de 11 pouces de diametre, sur 22 pouces de hauteur.

Il faut faire fondre la poix dans une chaudiere ou marmite de fer ; & lorsqu'elle sera fondue, y jetter les deux livres de suif de mouton, que l'on aura eu soin de faire bien hacher : le tout bien incorporé ensemble, on le remuera de tems en tems avec la spatule de fer, & l'on en ôtera avec l'écumoire les corps étrangers. On retire cette chaudiere de dessus le feu pour la porter la plus chaude qu'il se peut, auprès d'une autre chaudiere de fer, que l'on aura fait enterrer de façon qu'il y ait un glacis autour d'environ six pouces, pour que la composition que l'on verse doucement dans cette autre chaudiere, ne s'écarte pas. Il faudra échauffer la chaudiere enterrée avec un peu de braise, de façon qu'on la puisse toucher de la main, & la bien nettoyer avec un sac à terre pour qu'il ne reste point de feu. Ensuite on y verse la composition, sur laquelle on répand peu à peu les trente livres de poudre, en faisant remuer toûjours avec deux spatules ou pelles de fer rondes. Cette poudre bien mêlée avec la composition, on y met l'étoupe par petits morceaux, faisant toûjours remuer à force de bras pour qu'elle s'imbibe parfaitement ; après quoi on formera la balle à feu. Pour cela on noue les quatre cordes ensemble dans leur milieu, ce qui forme huit montans ; on pose le culot du sac sur le noeud ; on met dans le fond environ un tiers de la composition ; sur laquelle on met encore deux grenades, que l'on couvrira d'un autre tiers de composition. On lie ensuite le sac avec une ficelle par le haut à dix-huit pouces ou environ de longueur, puis on rassemble les huit montans, qu'on lie au-dessus du sac avec une autre ficelle, observant que le sac soit toûjours bien droit & bien à-plomb sur son culot, que les montans soient également distans les uns des autres le long du sac. Ces précautions prises, on cordelle la balle à feu, fermant le culot comme celui d'un panier ; on continue jusqu'à la moitié de la hauteur de la balle, observant de bien tirer les montans à mesure que l'on monte les travers, qui doivent être distans de deux pouces les uns des autres. On lie les montans à demeure avec de la ficelle, & on continue de cordeler, jusqu'en-haut, serrant les montans également, afin qu'ils restent droits autant qu'il se pourra, & bien partagés.

Cette balle à feu qui doit avoir la forme d'un oeuf étant faite, on fait un anneau avec le reste des montans ; on les lie avec de la ficelle pour pouvoir y passer un levier, pour la tremper dans une chaudiere où est pareille composition que celle des tourteaux, pour la goudronner de tous côtés ; après quoi on la met dans de l'eau pour la refroidir : on perce ensuite deux trous auprès de l'anneau avec une cheville de bois d'environ un pouce de diametre & de cinq à six pouces de profondeur, observant que ces deux chevilles puissent se joindre en un point. On a soin de bien graisser les chevilles qui doivent rester dans la balle jusqu'à ce que l'on veuille l'exécuter, afin qu'alors on puisse les retirer aisément. On remplit les trous qu'elles laissent, avec de la composition pareille à celle des fusées de bombe, observant de la battre avec une machine de cuivre ou de bois, crainte d'accident : mais lorsque l'on ne veut pas garder longtems la balle à feu, on charge les fusées de suite au moment qu'elle est froide, de la façon qu'il est dit ; on les coeffe avec de la cire préparée, y mettant à chacun un petit bout de ficelle pour les reconnoître au besoin. La balle à feu s'exécute dans le mortier comme la bombe. Les bombardiers mettent le feu en même tems aux fusées ; & lorsqu'on les voit bien allumées, on met le feu au mortier.

Quand on se sert de balle à feu pour découvrir les travailleurs de l'ennemi, il faut faire ensorte de pointer le canon de maniere qu'elles ne montent point fort haut, de crainte qu'elles ne s'enterrent. Elles servent aussi pour mettre le feu dans les magasins à fourrage, de même que dans les maisons ; & en ce cas, on donne au mortier le degré d'élevation nécessaire pour que la balle tombe sur les toîts comme la bombe, & qu'elle les perce. On peut mettre dans la balle à feu avec les grenades, des bouts de canon de fusils, de pistolets, remplis de poudre & de balles. Les grenades y sont mises pour écarter ceux qui voudroient l'éteindre.

On peut encore mettre dans la balle à feu une bombe de six pouces au lieu de grenades. On place pour cet effet environ un tiers de composition au fond du sac, sur laquelle on pose un tourteau goudronné, ensuite la bombe la fusée en-bas. On peut mettre aussi dans la balle à feu quatre lits de tourteaux & de grenades avec fusées.

omposition de balles à feu qu'on jette avec la main. Il faut prendre six livres de soufre tamisé, autant de poulverin, autant de salpetre, & autant de crystal minéral, une livre & demie de camfre, trois quarterons de vif-argent, une livre & demie de colophane, trois livres d'huile de pétrole, six onces de gomme arabique, une livre & demie de sel ammoniac, & une demi-pinte d'esprit-de-vin. On fait dissoudre le camfre dans l'esprit-de-vin, la gomme dans un peu d'eau ; après quoi on met de l'esprit-de-vin, on mêle bien ensemble le soufre, le poulverin, le salpetre, le crystal minéral, & la colophane, humectant de tems en tems cette composition avec le camfre dissous, la gomme & l'huile de pétrole.

Après que tout a été mis en pâte & bien mêlé à force de bras, on en fait des pelotes qui pesent environ quatre livres. On partage le vif-argent en autant de parties égales qu'on a fait de pelotes. On perce chacune de ces pelotes de plusieurs petits trous avec une cheville de bois graissée ; on y met cette partie de vif-argent, puis on resserre les trous ; on enveloppe la pelote avec un peu de filasse & de l'étoupe, & du papier gris que l'on entortille avec du gros fil : on la trempe dans le goudron, ensuite on la couvre d'une grosse toile, que l'on trempe une seconde fois dans le goudron ; après quoi on la trempe dans l'eau ; on y fait un trou avec une cheville de bois graissée qui ne passe pas le centre de la pelote, & on le remplit de la composition des fusées à bombes. On se sert de ces sortes de balles à feu pour éclairer un terrein occupé par l'ennemi. S. Remy. (Q)

BALLE LUISANTE, chez les Artificiers ; on appelle ainsi une espece d'artifice semblable aux étoiles, & qui n'en differe que par la composition, la grosseur, & la couleur du feu. Voici la maniere de le faire.

Prenez six onces de soufre, deux onces d'antimoine crud ; de salpetre, de colophane, & de charbon, de chacun quatre onces : ou bien de salpetre, de colophane, de charbon, de chacun deux onces, & d'antimoine, de soufre & de poix noire, de chacun une once.

Après avoir bien pilé ces matieres, on les fera fondre dans un vaisseau de cuivre ou de terre vernissée, dans lequel on jettera des étoupes de chanvre ou de lin autant qu'il en faudra pour absorber toute la matiere fondue ; pendant qu'elle se refroidira on en fera des pelotons de la grosseur qu'on voudra, & on les amorcera de pâte de poudre écrasée, dans laquelle on les roulera, ou on les enveloppera de coton d'étoupille : il faut cependant prendre garde de ne pas faire ces balles si grosses qu'elles ne puissent être totalement consommées en retombant du pot d'une fusée volante, crainte qu'elles ne retombent en feu sur les spectateurs, ou sur des maisons où elles pourroient mettre le feu.

BALLES d'Imprimerie ; ce sont deux morceaux de bois creusés, surmontés d'un manche aussi de bois, parfaitement ressemblant à un entonnoir. Le creux de cet instrument se remplit de laine bien nette & bien cardée, laquelle y est maintenue par deux cuirs apprêtés & attachés avec de petits clous tout autour de la bouche de l'entonnoir ; c'est avec ces deux ustensiles que l'on empreint d'encre la forme. Voyez Planche IV. A. qui représente les deux balles posées l'une sur l'autre sur les chevilles de la presse.

BALLES TEIGNEUSES, terme d'Imprimerie. Lorsque les cuirs neufs refusent l'encre, faute de n'avoir pas été assez corroyés, ce qui fait paroître sur les balles des taches noires & blanches, on dit que ces balles sont teigneuses. Pour remédier à ce défaut, l'on est contraint de démonter & corroyer de nouveau les cuirs & de les saupoudrer même de cendre pour imbiber le trop d'humidité dont ils se trouvent surchargés en quelques endroits. Les balles peuvent encore devenir teigneuses si la laine de dedans sort par les bords ; car alors il se forme une espece de duvet, qui se mêle avec l'encre, & introduit sur la forme nombre d'ordures qui emplissent l'oeil de la lettre.

BALLE, chez les Paumiers ; c'est un corps sphérique fait de chiffons de laine couverts de drap blanc d'environ deux pouces & demi, ou trois pouces au plus de diametre, dont on se sert pour jouer à la paume : il doit être bien rond & bien ficelé. Les statuts des paumiers ordonnent qu'il soit couvert de drap neuf, & qu'il pese en tout dix-neuf estelins. L'estelin vaut la vingtieme partie d'une once. Pour faire la balle, il faut avoir du chiffon, une masse de bois & l'instrument appellé bilboquet. On prend du chiffon, on en forme un peloton que l'on ficelle, on le bat dans le bilboquet, afin de noyer la corde dans l'étoffe dont il est fait. Quand il a la grosseur convenable, on le revêt de drap blanc : on le finit ensuite sur le bilboquet, où on le remet pour abattre la couture de son vêtement, & la balle est faite. Voyez PAUMIER, BILBOQUET, & la figure de cet instrument dans la Planche du Paumier.

BALLE, terme de Commerce ; on appelle ainsi certaine quantité de marchandises enveloppées ou empaquetées dans de la toile avec plusieurs tours de corde bien serrés par-dessus, après les avoir bien garnies de paille pour empêcher qu'elles ne se brisent ou ne se gâtent par l'injure du tems.

On dit une balle d'épicerie, de livres, de papier, de fil, &c. & l'on met sur les balles des marques & numeros, afin que les marchands à qui elles sont envoyées puissent les reconnoître.

Une balle de coton filé est ordinairement de trois, ou quatre cent pesant. Une balle de soie crue pese quatre cent. Une balle de grosse toile est de trois, trois & demie ou quatre pieces.

Selon M. Chambers, une balle de laine en Angleterre est la valeur de la charge d'un cheval, & contient deux cent quarante livres de poids.

Vendre des marchandises sous cordes en balles ou en balles sous cordes, c'est les vendre en gros sans échantillon & sans les déballer.

On appelle marchandises de balle certaines quincailleries & autres ouvrages qui viennent de certains pays, particulierement de Forès, & qui sont ordinairement fabriqués par de mauvais ouvriers.

Une balle de dez est un petit paquet en papier, qui contient une ou plusieurs douzaines de dez à joüer.

On nomme porte-balles les petits merciers qui vont par la campagne, & qui portent sur leur dos des balles de menue mercerie. (G)

* BALLET, (Oeconomie rustiq.) c'est la pellicule qui enveloppe le grain, & que les fléaux, le van & le crible en détachent. Les laboureurs l'appellent menue paille. On la mêle avec l'avoine des chevaux : on la donne en bûvée aux vaches ; elle peut nourrir toutes sortes de bestiaux ; elle fait mûrir les fruits & les conserve, & l'on en couvre la glace & la neige que l'on réserve pour l'été.


BALLETS. m. danse figurée exécutée par plusieurs personnes qui représentent par leurs pas & leurs gestes une action naturelle ou merveilleuse, au son des instrumens ou de la voix.

Tout ballet suppose la danse, & le concours de deux ou de plusieurs personnes pour l'exécuter. Une personne seule, qui en dansant représenteroit une action, ne formeroit pas proprement un ballet ; ce ne seroit alors qu'une sorte de pantomime. Voyez PANTOMIME. Et plusieurs personnes qui représenteroient quelque action sans danse, formeroient une comédie & jamais un ballet.

La danse, le concours de plusieurs personnes, & la représentation d'une action par les gestes, les pas, & les mouvemens du corps, sont donc ce qui constitue le ballet. Il est une espece de poësie muette qui parle, selon l'expression de Plutarque, parce que sans rien dire, elle s'exprime par les gestes, les mouvemens & les pas. Clausis faucibus, dit Sidoine Apollinaire, & loquente gestu, nutu, crure, genu, manu, rotatu, toto in schemate, vel semel latebit. Sans danse il ne peut point exister de ballet : mais sans ballet il peut y avoir des danses. Voyez DANSE.

Le ballet est un amusement très ancien. Son origine se perd dans l'antiquité la plus reculée. On dansa dans les commencemens pour exprimer la joie ; & ces mouvemens reglés du corps firent imaginer bien-tôt après un divertissement plus compliqué. Les Egyptiens firent les premiers de leurs danses des hiérogliphes d'action, comme ils en avoient de figurés en peinture, pour exprimer tous les mysteres de leur culte. Sur une musique de caractere, ils composerent des danses sublimes, qui exprimoient & qui peignoient le mouvement reglé des astres, l'ordre immuable, & l'harmonie constante de l'univers.

Les Grecs dans leurs tragédies introduisirent des danses, & suivirent les notions des Egyptiens. Les choeurs qui servoient d'intermedes, dansoient d'abord en rond de droite à gauche, & exprimoient ainsi les mouvemens du ciel qui se font du levant au couchant. Ils appelloient cette danse strophes ou tours.

Ils se tournoient ensuite de gauche à droite pour représenter le cours des planetes, & ils nommoient ces mouvemens antistrophes ou retours ; après ces deux danses, ils s'arrêtoient pour chanter : ils nommoient ces chants épodes. Par-là ils représentoient l'immobilité de la terre qu'ils croyoient fixe. Voyez CHOEUR.

Thésée changea ce premier objet de la danse des Grecs ; leurs choeurs ne furent plus que l'image des évolutions & des détours du fameux labyrinthe de Crete. Cette danse inventée & exécutée par le vainqueur du Minotaure & la jeunesse de Delos, étoit composée de strophes & d'antistrophes, comme la premiere, & on la nomma la danse de la grue, parce qu'on s'y suivoit à la file, en faisant les diverses évolutions dont elle étoit composée, comme font les grues lorsqu'elles volent en troupe. Voyez GRUE.

Les ballets furent constamment attachés aux tragédies & aux comédies des Grecs ; Athenée les appelle danses philosophiques ; parce que tout y étoit reglé, & qu'elles étoient des allégories ingénieuses, & des représentations d'actions, ou des choses naturelles qui renfermoient un sens moral.

Le mot ballet vient de ce qu'originairement on dansoit en joüant à la paume. Les anciens, attentifs à tout ce qui pouvoit former le corps, le rendre agile ou robuste, & donner des graces à ses mouvemens, avoient uni ces deux exercices ; ensorte que le mot ballet est venu de celui de balle : on en a fait bal, ballet, ballade, & baladin, le ballar & ballo des Italiens & le bailar des Espagnols, comme les Latins en avoient fait ceux de ballare & de ballator, &c.

Deux célebres danseurs furent à Rome les inventeurs véritables des ballets, & les unirent à la tragédie & à la comédie.

Batile d'Alexandrie inventa ceux qui représentoient les actions gaies, & Pilade introduisit ceux qui représentoient les actions graves, touchantes, & pathétiques.

Leurs danses étoient un tableau fidele de tous les mouvemens du corps, & une invention ingénieuse qui servoit à les regler, comme la tragédie en représentant les passions, servoit à rectifier les mouvemens de l'ame.

Les Grecs avoient d'abord quatre especes de danseurs qu'on nommoit hylarodes, simodes, magodes & lysiodes ; ils s'en servoient pour composer les danses de leurs intermedes. V. ces mots à leurs différ. articles.

Ces danseurs n'étoient proprement que des bouffons, & ce fut pour purger la scene de cette indécence, que les Grecs inventerent les ballets réglés, & les choeurs graves que la tragédie reçut à sa place.

Les anciens avoient une grande quantité de ballets, dont les sujets sont rapportés dans Athenée ; mais on ne trouve point qu'ils s'en soient servis autrement que comme de simples intermedes. Voyez INTERMEDE. Aristote, Platon, &c. en parlent avec éloge ; & le premier est entré, dans sa Poëtique, dans un très-grand détail au sujet de cette brillante partie des spectacles des Grecs.

Quelques auteurs ont prétendu que c'étoit à la cruauté d'Hyeron tyran de Syracuse, que les ballets devoient leur origine. Ils disent que ce prince soupçonneux ayant défendu aux Siciliens de se parler, de peur qu'ils ne conspirassent contre lui ; la haine & la nécessité, deux sources fertiles d'invention, leur suggérerent les gestes, les mouvemens du corps & les figures, pour se faire entendre les uns aux autres : mais nous trouvons des ballets, & en grand nombre, antérieurs à cette époque ; & l'opinion la plus certaine de l'origine des danses figurées, est celle que nous avons rapportée ci-dessus.

Le ballet passa des Grecs chez les Romains, & il y servit aux mêmes usages ; les Italiens & tous les peuples de l'Europe en embellirent successivement leurs théatres, & on l'employa enfin pour célebrer dans les cours les plus galantes & les plus magnifiques, les mariages des rois, les naissances des princes, & tous les évenemens heureux qui intéressoient la gloire & le repos des nations. Il forma seul alors un très-grand spectacle, & d'une dépense immense, que dans les deux derniers siecles on a porté au plus haut point de perfection & de grandeur.

Lucien qui a fait un traité de la danse, entre dans un détail fort grand des sujets qui sont propres à ce genre de spectacle : il semble que cet auteur ait prévû l'usage qu'on en feroit un jour dans les cours les plus polies de l'Europe.

On va donner une notion exacte de ces grands ballets, aujourd'hui tout-à-fait hors de mode, on a vû quelle a été leur origine & leur succès ; on verra dans la suite leurs changemens, leur décadence, & le genre nouveau qu'elle a produit : des yeux philosophes trouvent par-tout ces commencemens, ces progrès, ces diminutions, ces modifications différentes, en un mot, qui sont dans la nature ; mais elles se manifestent d'une maniere encore plus sensible dans l'histoire des Arts.

Comme dans son principe, le ballet est la représentation d'une chose naturelle ou merveilleuse, il n'est rien dans la nature, & l'imagination brillante des Poëtes n'a pû rien inventer, qui ne fût de son ressort.

On peut diviser ces grands ballets en historiques, fabuleux, & poëtiques.

Les sujets historiques sont les actions connues dans l'histoire, comme le siége de Troie, les victoires d'Alexandre, &c.

Les sujets fabuleux sont pris de la fable, comme le jugement de Paris, les noces de Thétis & Pelée, la naissance de Vénus, &c.

Les poétiques, qui sont les plus ingénieux, sont de plusieurs especes, & tiennent pour la plûpart de l'histoire & de la fable.

On exprime par les uns les choses naturelles, comme les ballets de la nuit, des saisons, des tems, des âges, &c. d'autres sont des allégories qui renferment un sens moral, comme le ballet des proverbes, celui des plaisirs troublés, celui de la mode, des aveugles, de la curiosité, &c.

Il y en a eu quelques-uns de pur caprice, comme le ballet des postures, & celui de bicêtre ; quelques autres n'ont été que des expressions naïves de certains évenemens communs, ou de certaines choses ordinaires. De ce nombre étoient les ballets des cris de Paris, de la foire S. Germain, des passe-tems, du carnaval, &c. Enfin l'histoire, la fable, l'allégorie, les romans, le caprice, l'imagination, sont les sources dans lesquelles on a puisé les sujets des grands ballets. On en a vû de tous ces genres différens réussir, & faire honneur à leurs différens inventeurs.

Ce spectacle avoit des regles particulieres, & des parties essentielles & intégrantes, comme le poëme épique & dramatique.

La premiere regle est l'unité de dessein. En faveur de la difficulté infinie qu'il y avoit à s'assujettir à une contrainte pareille, dans un ouvrage de ce genre, il fut toûjours dispensé de l'unité de tems & de l'unité de lieu. L'invention ou la forme du ballet est la premiere de ses parties essentielles : les figures sont la seconde : les mouvemens la troisieme : la Musique qui comprend les chants, les ritournelles, & les symphonies, est la quatrieme : la décoration & les machines sont la cinquieme : la Poësie est la derniere ; elle n'étoit chargée que de donner par quelques récits les premieres notions de l'action qu'on représentoit.

Leur division ordinaire étoit en cinq actes, & chaque acte étoit divisé en 3, 6, 9, & quelquefois 12 entrées.

On appelle entrée une ou plusieurs quadrilles de danseurs, qui par leur danse représentent la partie de l'action dont ils sont chargés. Voyez ENTREE.

On entend par quadrille ; 4, 6, 8, & jusqu'à 12 danseurs vêtus uniformément, ou de caracteres différens, suivant l'exigence des cas. Voyez QUADRILLE. Chaque entrée étoit composée d'un ou plusieurs quadrilles, selon que l'exigeoit le sujet.

Il n'est point de genre de danse, de sorte d'instrumens, ni de caractere de symphonie, qu'on n'ait fait entrer dans les ballets. Les anciens avoient une singuliere attention à employer des instrumens différens à mesure qu'ils introduisoient sur la scene de nouveaux caracteres, ils prenoient un soin extrème à peindre les âges, les moeurs, les passions des personnages qu'ils mettoient devant les yeux.

A leur exemple dans les grands ballets exécutés dans les différentes cours de l'Europe, on a eu l'attention de mêler dans les orchestres, les instrumens convenables aux divers caracteres qu'on a voulu peindre ; & on s'est attaché plus ou moins à cette partie, selon le plus ou le moins de goût de ceux qui en ont été les inventeurs, ou des souverains pour lesquels on les a exécutés.

On croit devoir rapporter ici en abrégé deux de ces grands ballets ; l'un pour faire connoître les fonds, l'autre pour faire appercevoir la marche théatrale de ces sortes de spectacles. C'est du savant traité du P. Ménétrier Jésuite, qu'on a extrait le peu de mots qu'on va lire.

Le gris de lin étoit le sujet du premier ; c'étoit la couleur de Madame Chrétienne de France, duchesse de Savoie, à laquelle la fête étoit donnée.

Au lever de la toile l'Amour déchire son bandeau ; il appelle la lumiere, & l'engage par ses chants à se répandre sur les astres, le ciel, l'air, la terre, & l'eau, afin qu'en leur donnant par la variété des couleurs milles beautés différentes, il puisse choisir la plus agréable.

Junon entend les voeux de l'amour, & les remplit, Iris vole par ses ordres dans les airs, elle y étale l'éclat des plus vives couleurs. L'amour frappé de ce brillant spectacle, après l'avoir consideré, se décide pour le gris de lin, comme la couleur la plus douce & la plus parfaite ; il veut qu'à l'avenir il soit le symbole de l'amour sans fin. Il ordonne que les campagnes en ornent les fleurs, qu'elle brille dans les pierres les plus précieuses, que les oiseaux les plus beaux en parent leur plumage, & qu'elle serve d'ornement aux habits les plus galans des mortels.

Toutes ces choses différentes animées par la danse, embellies par les plus éclatantes décorations, soûtenues d'un nombre fort considérable de machines surprenantes, formerent le fonds de ce ballet, un des plus ingénieux & des plus galans qui ayent été représentés en Europe.

On donna le second à la même cour en 1634, pour la naissance du cardinal de Savoie. Le sujet de ce ballet étoit la Verita nemica della apparenza sollevata dal tempo.

Au lever de la toile on voyoit un choeur de Faux Bruits & de Soupçons, qui précedoient l'Apparence & le Mensonge.

Le fond du théatre s'ouvrit. Sur un grand nuage porté par les vents, on vit l'Apparence vêtue d'un habit de couleurs changeantes, & parsemé de glaces de miroir, avec des aîles, & une queue de paon ; elle paroissoit comme dans une espece de nid d'où sortirent en foule les Mensonges pernicieux, les Fraudes, les Tromperies, les Mensonges agréables, les Flatteries, les Intrigues, les Mensonges bouffons, les Plaisanteries, les jolis petits Contes.

Ces personnages formerent les différentes entrées, après lesquelles le Tems parut. Il chassa l'Apparence, il fit ouvrir le nuage sur lequel elle s'étoit montrée. On vit alors une grande horloge à sable, de laquelle sortirent la Vérité & les Heures. Ces derniers personnages, après différens récits analogues au sujet, formerent les dernieres entrées, qu'on nomme le grand ballet.

Par ce court détail, on voit que ce genre de spectacle réunissoit toutes les parties qui peuvent faire éclater la magnificence & le goût d'un souverain ; il exigeoit beaucoup de richesse dans les habits, & un grand soin pour qu'ils fussent toûjours du caractere convenable. Il falloit des décorations en grand nombre, & des machines surprenantes. Voyez DECORATION & MACHINE.

Les personnages d'ailleurs du chant & de la danse en étoient presque toûjours remplis par les souverains eux-mêmes, les seigneurs & les dames les plus aimables de leur cour ; & souvent à tout ce qu'on vient d'expliquer, les princes qui donnoient ces sortes de fêtes ajoûtoient des présens magnifiques pour toutes les personnes qui y représentoient des rôles ; ces présens étoient donnés d'une maniere d'autant plus galante, qu'ils paroissoient faire partie de l'action du ballet. Voyez SAPATE.

En France, en Italie, en Angleterre, on a représenté une très-grande quantité de ballets de ce genre : mais la cour de Savoie semble l'avoir emporté dans ces grands spectacles sur toutes les cours de l'Europe. Elle avoit le fameux comte d'Aglié, le génie du monde le plus fécond en inventions théatrales & galantes. Le grand art des souverains en toutes choses est de savoir choisir, la gloire d'un regne dépend presque toûjours d'un homme mis à sa place, ou d'un homme oublié.

Les ballets représentés en France jusqu'en l'année 1671, furent tous de ce grand genre. Louis XIV. en fit exécuter plusieurs pendant sa jeunesse, dans lesquels il dansa lui même avec toute sa cour. Les plus célebres sont le ballet des Prospérités des armes de la France, dansé peu de tems après la majorité de Louis XIV. Ceux d'Hercule amoureux, exécuté pour son mariage, d'Alcidiane, dansé le 14 Février 1658 ; des Saisons, exécuté à Fontainebleau le 23 Juillet 1661 ; des Amours déguisés, en 1664, &c.

Les ballets de l'ancienne cour furent pour la plûpart imaginés par Benserade. Il faisoit des rondeaux pour les récits ; & il avoit un art singulier pour les rendre analogues au sujet général, à la personne qui en étoit chargée, au rôle qu'elle représentoit, & à ceux à qui les récits étoient adressés. Ce poëte avoit un talent particulier pour les petites parties de ces sortes d'ouvrages ; il s'en faut bien qu'il eût autant d'art pour leur invention & pour leur conduite.

Lors de l'établissement de l'opéra en France, on conserva le fond d'un grand ballet : mais on en changea la forme. Quinault imagina un genre mixte, dans lequel les récits firent la plus grande partie de l'action. La danse n'y fut plus qu'en sous-ordre. Ce fut en 1671, qu'on représenta à Paris les Fêtes de Bacchus & de l'Amour, cette nouveauté plut ; & en 1681, le Roi & toute sa cour exécuterent à Saint-Germain le Triomphe de l'Amour, fait par Quinault, & mis en musique par Lulli : de ce moment il ne fut plus question du grand ballet, dont on vient de parler. La danse figurée, ou la danse simple, reprirent en France la place qu'elles avoient occupée sur les théatres des Grecs & des Romains ; on ne les y fit plus servir que pour les intermedes ; comme dans Psiché ; le Mariage forcé, les Fâcheux, les Pygmées, le Bourgeois Gentilhomme, &c. Le grand ballet fut pour toûjours relégué dans les colléges. Voyez BALLETS DE COLLEGE. A l'opéra même le chant prit le dessus. Il y avoit plus de chanteurs que de danseurs passables ; ce ne fut qu'en 1681, lorsqu'on représenta à Paris le Triomphe de l'Amour, qu'on introduisit pour la premiere fois des danseurs sur ce théatre.

Quinault qui avoit créé en France l'opéra, qui en avoit apperçu les principales beautés, & qui par un trait de génie singulier avoit d'abord senti le vrai genre de ce spectacle (voyez OPERA), n'avoit pas eu des vûes aussi justes sur le ballet. Il fut imité depuis par tous ceux qui travaillerent pour le théatre lyrique. Le propre des talens médiocres est de suivre servilement à la piste la marche des grands talens.

Après sa mort on fit des opéra coupés comme les siens, mais qui n'étoient animés, ni du charme de son style, ni des graces du sentiment qui étoit sa partie sublime. On pouvoit l'atteindre plus aisément dans le ballet, où il avoit été fort au-dessous de lui-même ; ainsi on le copia dans sa partie la plus défectueuse jusqu'en 1697, que la Mothe, en créant un genre tout neuf, acquit l'avantage de se faire copier à son tour.

L'Europe Galante est le premier ballet dans la forme adoptée aujourd'hui sur le théatre lyrique. Ce genre appartient tout-à-fait à la France, & l'Italie n'a rien qui lui ressemble. On ne verra sans-doute jamais notre opéra passer chez les autres nations : mais il est vraisemblable qu'un jour, sans changer de musique (ce qui est impossible) on changera toute la constitution de l'opéra Italien, & qu'il prendra la forme nouvelle & piquante du ballet François.

Il consiste en trois ou quatre entrées précédées d'un prologue.

Le prologue & chacune des entrées forment des actions séparées avec un ou deux divertissemens mêlés de chants & de danses.

La tragédie lyrique doit avoir des divertissemens de danse & de chant, que le fond de l'action amene. Le ballet doit être un divertissement de chant & de danse, qui amene une action, & qui lui sert de fondement, & cette action doit être galante, intéressante, badine, ou noble suivant la nature des sujets.

Tous les ballets qui sont restés au théatre sont en cette forme, & vraisemblablement il n'y en aura point qui s'y soûtiennent, s'ils en ont une différente. Le Roi Louis XV. a dansé lui-même avec sa cour, dans les ballets de ce nouveau genre, qui furent représentés aux Tuileries pendant son éducation.

Danchet, en suivant le plan donné par la Mothe, imagina des entrées comiques ; c'est à lui qu'on doit ce genre, si c'en est un. Les Fêtes Vénitiennes ont ouvert une carriere nouvelle aux Poëtes & aux Musiciens, qui auront le courage de croire, que le théatre du merveilleux est propre à rendre le comique.

Les Italiens paroissent penser que la musique n'est faite que pour peindre tout ce qui est de plus noble ou de plus bas dans la nature. Ils n'admettent point de milieu.

Ils répandent avec profusion le sublime dans leurs tragédies, & la plus basse plaisanterie dans leurs opéra bouffons, & ceux-ci n'ont réussi que dans les mains de leurs musiciens les plus célebres. Peut-être dans dix ans pensera-t-on comme eux. Platée, opéra bouffon de M. Rameau, qui est celui de tous ses ouvrages le plus original & le plus fort de génie, décidera sans-doute la question au préjudice des Fêtes Vénitiennes & des Fêtes de Thalie, peu goûtées dans leurs dernieres reprises.

Peut-être la Mothe a-t-il fait une faute en créant le ballet. Quinault avoit senti que le merveilleux étoit le fond dominant de l'opéra. Voyez OPERA. Pourquoi ne seroit-il pas aussi le fond du ballet ? La Mothe ne l'a point exclu : mais il ne s'en est point servi. Il est d'ailleurs fort singulier qu'il n'ait pas donné un plus grand nombre d'ouvrages d'un genre si aimable. On n'a de lui que l'Europe galante qui soit restée au théatre ; il a cru modestement sans-doute que ce qu'on appelle grand opéra, étoit seul digne de quelque considération. Son esprit original l'eût mieux servi cependant dans un genre tout à lui. il n'est excellent à ce théatre que dans ceux qu'il a créés. Voyez PASTORALE & COMEDIE-BALLET.

Il y a peut-être encore un défaut dans la forme du ballet créé par la Mothe. Les danses n'y sont que des danses simples : nulle action relative au sujet ne les anime ; on danse dans l'Europe galante pour danser. Ce sont à la vérité des peuples différens qu'on y voit paroître : mais leurs habits plûtôt que leurs pas annoncent leurs divers caracteres ; aucune action particuliere ne lie la danse avec le reste de l'acte.

De nos jours on a hasardé le merveilleux dans le ballet, & on y a mis la danse en action : elle y est une partie nécessaire du sujet principal. Ce genre, qui a plû dans sa nouveauté, présente un plus grand nombre de ressources pour l'amusement du spectateur, des moyens plus fréquens à la poésie, à la peinture, à la musique, d'étaler leurs richesses ; & au théatre lyrique, des occasions de faire briller la grande machine, qui en est une des premieres beautés : mais il faut attendre la reprise des Fêtes de l'Hymen & de l'Amour, pour décider si ce genre est le véritable.

De tous les ouvrages du théatre lyrique, le ballet est celui qui paroît le plus agréable aux François. La variété qui y regne, le mélange aimable du chant & de la danse, des actions courtes qui ne sauroient fatiguer l'attention, des fêtes galantes qui se succedent avec rapidité, une foule d'objets piquans qui paroissent dans ces spectacles, forment un ensemble charmant, qui plaît également à la France & aux étrangers.

Cependant parmi le grand nombre d'auteurs célebres qui se sont exercés dans ce genre, il y en a fort peu qui l'ayent fait avec succès ; on a encore moins de bons ballets que de bons opéra, si on en excepte les ouvrages de Mr. Rameau, du sort desquels on n'ose décider, & qui conserveront, ou perdront leur supériorité, selon que le goût de la nation pour la musique se fortifiera, ou s'affoiblira par la suite. Le théatre lyrique qui peut compter à-peu-près sur huit ou dix tragédies dont la réussite est toûjours sûre, n'a pas plus de trois ou quatre ballets d'une ressource certaine ; l'Europe galante, les Elémens, les Amours des Dieux, & peut-être les Fêtes Greques & Romaines. D'où vient donc la rareté des talens dans un pareil genre ? Est-ce le génie ou l'encouragement qui manquent ? Plutarq. Sid. Apoll. Athén. Arist. Poetique. Platon. Hist. de la danse par Bonnet. Lucien. L. P. Menestrier J. Traité des Ballets, &c. (B)

BALLETS de chevaux. Dans presque tous les carrousels, il y avoit autrefois des ballets de chevaux qui faisoient partie de ces magnifiques spectacles. Pluvinel, un des écuyers du roi, en fit exécuter un fort beau dans le fameux carrousel de Louis XIII. Les deux qui passent pour avoir été les plus superbes, sont ceux qui furent donnés à Florence, le premier en 1608, le dernier en 1615.

On lit dans Pline, que c'est aux Sibarites que l'on doit l'invention de la danse des chevaux : le plaisir étoit le seul objet de ce peuple voluptueux ; il étoit l'ame de tous ses mouvemens & de tous ses exercices. Athénée, d'après Aristote, rapporte que les Crotoniates, qui faisoient la guerre à ce peuple, s'étant apperçûs du soin avec lequel on y élevoit les chevaux, firent secrettement apprendre à leurs trompettes les airs de ballet que les Sibarites faisoient danser à ces animaux dociles. Au moment de la charge, lorsque leur cavalerie s'ébranla, les Crotoniates firent sonner tous ces airs différens, & dès-lors les chevaux Sibarites, au lieu de suivre les mouvemens que vouloient leur donner les cavaliers qui les montoient, se mirent à danser leurs entrées de ballet ordinaires, & les Crotoniates les taillerent en pieces.

Les Bisaltes, peuples de Macédoine, se servirent du même artifice contre les Cardiens, au rapport de Charon de Lampsaque.

Les ballets des chevaux sont composés de quatre sortes de danse ; la danse de terre-à-terre, celle de courbettes, celle des caprioles, & celle d'un pas & un saut.

La danse de terre-à-terre est formée de pas, & de mouvemens égaux, en-avant, en-arriere, à volte sur la droite ou sur la gauche, & à demi-volte ; on la nomme terre-à-terre, parce que le cheval ne s'y éleve point.

La danse des courbettes est composée de mouvemens à demi élevés, mais doucement, en-avant, en-arriere, par voltes & demi-voltes sur les côtés, faisant son mouvement courbé, ce qui donne le nom à cette espece de danse.

La danse des caprioles n'est autre chose que le saut que fait le cheval en cadence à tems dans la main, & dans les talons, se laissant soutenir de l'un, & aider de l'autre, soit en-avant en une place, ou sur les voltes & de côté : on n'appelle point caprioles tous les sauts ; on nomme ainsi seulement ceux qui sont hauts & élevés tout d'un tems.

La danse d'un pas & d'un saut est composée d'une capriole & d'une courbette fort basse ; on commence par une courbette, & ensuite, raffermissant l'aide des deux talons, & soûtenant ferme de la main, on fait faire une capriole, & lâchant la main & chassant en-avant, on fait faire un pas : on recommence après si l'on veut, retenant la main & aidant des deux talons, pour faire une autre capriole.

On a donné le nom d'airs à ces différentes danses, ainsi on dit, air de terre-à-terre, &c.

Dans ces ballets, on doit observer, comme dans tous les autres, l'air, le tems de l'air & la figure.

L'air est le mouvement de la symphonie qu'on exécute, & qui doit être dansée. Le tems des airs sont les divers passages que l'on fait faire aux chevaux en avant, en-arriere, à droite, à gauche : de tous ces mouvemens se forment les figures, & quand d'un seul tems sans s'arrêter, on fait aller le cheval de ces quatre manieres, on appelle cette figure faire la croix.

Ces passages, en terme de l'art, s'appellent passades.

Les trompettes sont les instrumens les plus propres pour faire danser les chevaux, parce qu'ils ont le loisir de prendre haleine lorsque les trompettes la reprennent, & que le cheval, qui est naturellement fier & généreux, en aime le son ; ce bruit martial l'excite & l'anime. On dresse encore les chevaux à danser au son des cors de chasse, & quelquefois aux violons : mais il faut de ces derniers instrumens un fort grand nombre, que les symphonies soient des airs de trompettes, & que les basses marquent fortement les cadences.

Selon la nature des airs on manie les chevaux terre-à-terre, par courbettes, ou par sauts.

Il n'est pas étonnant qu'on dresse des chevaux à la danse, puisque ce sont les animaux les plus maniables, & les plus capables de discipline ; on a fait des ballets de chiens, d'ours, de singes, d'éléphans, ce qui est bien plus extraordinaire, Voyez DANSE. Elien, Martial, Athénée, Pline, Aristote, Charon de Lampsaque, &c.

BALLETS aux chansons ; ce sont les premiers ballets qui ayent été faits par les anciens. Eriphanis, jeune greque, qui aimoit passionnément un chasseur nommé Menalque, composa des chansons par lesquelles elle se plaignoit tendrement de la dureté de son amant. Elle le suivit, en les chantant, sur les montagnes & dans les bois : mais cette amante malheureuse mourut à la peine. On étoit peu galant, quoi qu'en disent les Poëtes, dans ces tems reculés. L'avanture d'Eriphanis fit du bruit dans la Grece, parce qu'on y avoit appris ses chansons ; on les chantoit, & on représentoit sur ces chants les avantures, les douleurs d'Eriphanis, par des mouvemens & des gestes qui ressembloient beaucoup à la danse.

Nos branles sont des especes de ballets aux chansons. Voyez BRANLE. A l'opéra on peut introduire des ballets de ce genre. Il y a une sorte de pantomime noble de cette espece dans la troisieme entrée des Talens Lyriques, qui a beaucoup réussi, & qui est d'une fort agréable invention. La danse de Terpsichore, du prologue des Fêtes Greques & Romaines, doit être rangée aussi dans cette classe. Le P. Ménétrier, traité des ballets.

BALLETS de collége ; ce sont ces spectacles qu'on voit dans les colléges lors de la distribution des prix. Dans celui de Louis-le-Grand, il y a tous les ans la tragédie & le grand ballet, qui tient beaucoup de l'ancien, tel qu'on le représentoit autrefois dans les différentes cours de l'Europe, mais il est plus chargé de récits, & moins rempli de danses figurées.

Il sert pour l'ordinaire d'intermede aux actes de la tragédie ; en cela il rend assez l'idée des intermedes des anciens.

Il y a plusieurs beaux ballets imprimés dans le second volume du P. le Jay Jésuite. On trouve le détail de beaucoup de ces ouvrages dans le pere Ménétrier, qui en a fait un savant traité, & qui étoit l'homme de l'Europe le plus profond sur cette matiere. (B)


BALLINS. m. (Commerce) on nomme ainsi à Bourdeaux, à Bayonne & dans les autres villes de commerce de la Guyenne, ce qu'on appelle à Paris emballage. (G)


BALLINASLOE(Géog.) petite ville de la Connacie, en Irlande, sur la Sue, dans la province de Roscommon, à dix milles d'Athlane, sur le grand chemin de Gallowai.


BALLINEKIL(Géog.) ville d'Irlande, dans la province de Leinster, au comté de la Reine.


BALLON(Géog.) ville de France, au diocèse du Mans sur la rive droite de l'Orne. Long. 17. 50. lat. 48. 10.

* BALLON, s. f. on donne en général le nom de ballon à tout corps fait par art, dont la figure est sphérique ou à peu près, & qui est creux, de quelque matiere qu'il soit composé, & à quelque usage qu'on l'employe. Il ne faut pas croire que tout ce à quoi la description précédente pourra convenir s'appellera ballon, mais seulement que ce qu'on appelle ballon aura la plûpart de ces conditions.

BALLONS de grenades, bombes, & cailloux, sont dans l'Artillerie des especes de cylindres composés de chacune de ces différentes choses, lesquelles s'exécutent avec le mortier. (Q)

BALLON, terme d'Artificier, les Artificiers appellent ainsi une espece de bombe de carton qu'on jette en l'air comme une véritable bombe, par le moyen d'un mortier. L'effet de cet artifice est de monter avec une très-petite apparence de feu, & d'en jetter subitement une grande quantité après être parvenu au sommet de son élévation, à la différence des bombes, qui ne doivent crever qu'à la fin de leur chûte, voyez BOMBE. On les divise en ballons d'air, & ballons d'eau.

Comme cet artifice est fait pour être jetté en l'air, il est évident qu'il n'y a point de figure qui lui convienne mieux que la sphérique ; qui présente toûjours une surface & une résistance égale au fluide de l'air de quelque côté qu'elle se tourne ; c'est pour cette raison qu'on fait les balles, boulets & bombes d'Artillerie rondes en tout sens, plûtôt que cylindriques ; cependant les Artificiers semblent préférer, pour les ballons, la figure cylindrique à la sphérique, pour leur donner plus de capacité & plus de commodité à y ranger de certaines pieces d'artifice dont on doit les remplir.

Lorsqu'on fait les ballons sphériques, il y a deux manieres de préparer les cartouches pour les remplir : l'une est de former deux hémispheres qu'on remplit chacune à part, qu'on applique ensuite l'une contre l'autre, & qu'on lie par des bandes de carton & de toiles croisées & collées ; cette maniere a des inconvéniens pour la réunion qui devient difficile à cause des évasemens inégaux qui se forment en chargeant.

L'autre est de former le cartouche avec des fuseaux, & de ne les coller premierement qu'à moitié, ou aux deux tiers de leur longueur, ensorte qu'il y reste une ouverture suffisante pour y introduire la main, si elle est nécessaire pour l'arrangement, ou seulement un trou de grandeur convenable pour y introduire les artifices & la fusée de communication, qu'on appelle le porte-feu. Lorsque tout est en place, on replie les bouts des fuseaux à mesure que le ballon se remplit, en le collant par le moyen des doubles qui croisent sur les pieces de l'intérieur ; & enfin, pour le former tout-à-fait, on colle les pointes de ces fuseaux sur le bout du porte-feu, qui sort d'environ un pouce hors du ballon ; ce qui affermit très-bien toutes ces parties, & fournit le moyen d'arranger & de remplir commodément & exactement tout le vuide du ballon.

On commence par mettre au fond du ballon, une certaine quantité de relien, ou de poudre grenée, proportionnée à sa grandeur, comme une ou deux onces, mêlée d'un peu de poulverin pour servir de chasse, qui fait crever la bombe & pousse sa garniture au-dehors : comme il est à propos que cette chasse soit retenue où on l'a mise, & qu'elle ne se répande pas ailleurs lorsqu'on renverse ou qu'on remue la bombe chargée, on la couvre d'un lit de coton d'étoupille en feuille mince, c'est-à-dire, simplement étendue sans être filée ; d'autres la renferment dans un sac de papier plat & mince, qu'on arrange de maniere qu'il occupe le fond.

On met ensuite au milieu un cartouche vuide posant sur ce sac, pour y conserver le passage du porte-feu, & l'on arrange autour de ce cartouche, la garniture du ballon, qui peut être de différentes especes d'artifice.

La premiere est celle dont l'effet produit la chevelure ; laquelle est faite de cartouche de lardons, ou de tuyaux de roseaux coupés de la longueur du ballon, & remplis d'une composition lente faite de trois parties de poulverin, de deux de charbon, & d'une de soufre humecté d'un peu d'huile de pétrole, enfin amorcé par le bas de pâte de poudre écrasée dans de l'eau pure, ou de l'eau de vie, qu'on fera ensuite secher ; on arrange tous ces artifices dans le cartouche autour de celui qui fait le passage du porte-feu, après qu'il est plein, on y introduit le porte-feu tout chargé jusqu'à ce qu'il pose sur la chasse ; & comme il est lié au couvercle, on colle ce couvercle par les bords déchiquetés, sur celui du cartouche, & le ballon est fini.

La seconde espece de garniture est celle des serpenteaux, qu'on arrange comme les tuyaux de roseaux dont nous venons de parler, la gorge en bas sur la chasse.

La troisieme est composée de saucissons volans dont on peut faire tirer les coups successivement en faisant les gorges de matieres lentes, toutes inégalement longues, comme des tuyaux d'orgue ; & comme cet arrangement laisse du vuide sur les plus courts, on y peut mettre des étoiles ou des étincelles de feu.

La quatrieme espece de garniture est celle des étoiles, qu'on arrange par lits sur la poudre de la chasse, en les couvrant de poulverin mêlé d'un peu de charbon, & continuant ainsi jusqu'à ce que le ballon soit plein.

La cinquieme espece est celle des balles luisantes qu'on arrange de même par lits, comme les étoiles.

BALLON ; les artificiers appellent ainsi de gros cartouches, qu'on jette avec le mortier. On les remplit ordinairement de serpenteaux, qui sont gros comme des fusées par terre, mais non pas tout-à-fait si longs. On y met aussi deux petits saucissons de la même longueur & de la même grosseur, qui ayant pris feu par leur amorce font crever le cartouche. Celui-ci a par le bas un porte-feu, à l'embouchure duquel il y a une amorce faite avec du coton trempé dans de la poudre comme l'étoupille.

Ce cartouche se fait sur un gros rouleau de bois, autour duquel on roule des cartes fortes, que l'on colle avec de la colle forte pour les faire tenir ensemble. Après l'avoir étranglé par le bas, on y fait un trou pour le porte-feu, qui se fait comme pour les fusées par terre : sa composition est cependant plus lente, car elle est semblable à celle des fusées volantes. On remplit ensuite le cartouche de serpenteaux, & quelquefois d'étoiles, après quoi on l'étrangle pardessus. Voyez SAUCISSON, FUSEE, ÉTOILE, SERPENTEAU, &c.

Voyez Planche de l'Artificier, fig. 61 un ballon ou bombe d'artifice sphérique ; fig. 65 un mortier à ballon ; fig. 63. un ballon achevé & couvert, avec la fusée qui doit y porter le feu ; fig. 34. la coupe d'un ballon tout chargé, auquel le feu se communique par le porte-feu pratiqué au fond du ballon, qui pose sur la chasse dans le mortier ; & fig. 66. un ballon d'artifice qui en enferme un autre.

BALLON, en Chimie ; est un gros vaisseau de verre dans lequel on reçoit les esprits volatils qu'on distille, c'est une espece de récipient. Lorsque le vaisseau dans lequel on reçoit ce que l'on distille est petit ou médiocre, on l'appelle récipient ; si au contraire ce vaisseau est grand, pour que les esprits sulphureux ou volatils ayent la liberté de s'y mouvoir & de se condenser en goutte contre une surface plus étendue, on l'appelle ballon, parce qu'ayant le cou très-court & la figure ronde, il ressemble à celle d'un ballon. (M)

BALLON, en Marine, c'est une espece de brigantin, dont on se sert dans le royaume de Siam ; ce sont des bâtimens fort étroits & d'une extrème longueur, qui ont le devant & le derriere fort relevés & ornés de sculpture ; il y en a de tout dorés, où l'on met jusqu'à cent vingt & même cent cinquante rameurs. Au milieu est une espece de petit dôme que les Siamois appellent chirole, qui forme une chambre couverte de riches étoffes, avec des rideaux de la même étoffe. Quelquefois cette chirole est surmontée d'une pyramide ou d'un clocher fort haut. Les bords de ces bâtimens sont à fleur d'eau, & les extrémités qui sont recourbées s'élevent fort haut, la plûpart représentant des figures de dragons, de serpens, ou d'autres animaux. Ces ballons ont pour l'ordinaire cent ou cent vingt piés de long, & n'en ont guere que six de large ; ils vont avec beaucoup de vîtesse. (Z)

BALLONS, s. m. pl. c'est ainsi qu'on appelle chez les potiers de terre, les mottes de terre préparées & prêtes à être mises en oeuvre ; & dans les Verreries, les mottes de terre à pot, prêtes à faire des pots. Voyez VERRERIE & POT.


BALLOTS. m. (Comm.) petite balle ou paquet de marchandises. On le dit quelquefois des grosses balles. Voyez BALLE.

BALLOT ou BALLON, dans le commerce de verre de Lorraine, signifie une certaine quantité de tables de verre plus ou moins grande, selon sa qualité. Le ballot de verre blanc contient vingt-cinq liens, à raison de six tables au lien ; le ballot de verre de couleur, seulement douze liens & demi, & trois tables au lien. Voyez LIEN, TABLE, VERRE.

Ballot, s'entend aussi dans le commerce des viandes boucanées que font les boucaniers de S. Domingue, d'un certain poids que chaque paquet doit avoir. Ordinairement le paquet est de 60 livres de viande nette, non compris l'emballage. Voyez BOUCANIER. (G)


BALLOTADES. f. (Manége) c'est un saut qu'on fait faire à un cheval entre deux piliers, ou par le droit, avec justesse, soûtenu de la main & aidé du gras des jambes, ensorte qu'ayant les quatre piés en l'air, il ne montre que les fers de ceux de derriere, sans détacher la ruade & s'éparer. A la capriole, il rue ou noue l'aiguillette ; à la croupade, il retire les piés de derriere sous lui, au lieu de montrer ses fers comme il fait en maniant à ballotade ; c'est ce qui fait leur différence. Quand un cheval est lassé d'aller à capriole, & que son grand feu est passé, il se met de lui-même à ballotades, puis à croupades à moins que le poinçon bien appuyé ne lui fasse noüer l'aiguillette & continuer l'air des caprioles. Faire la croix à ballotades, c'est faire ces sortes d'airs ou de sauts d'une haleine en-avant, en-arriere & sur les côtés, comme une figure de croix. La ballotade est un saut où le cheval semble vouloir ruer, mais ne le fait pourtant pas ; ce n'est qu'une demi-ruade faisant seulement voir les fers des jambes de derriere, comme s'il avoit envie de ruer. (V)


BALLOTE(Hist. nat. botaniq.) genre de plante à fleur monopétale labiée, dont la levre supérieure est creusée en forme de cuilliere, la levre inférieure est divisée en trois parties ; celle du milieu est la plus grande, sa figure approche de celle d'un coeur ; le pistil sort du calice, il est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur ; & il est environné de quatre embryons, qui deviennent autant de semences oblongues renfermées dans une capsule qui a servi de calice à la fleur, & qui est en forme de tuyau à cinq faces. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)


BALLOTERv. neut. (Hist. mod.) maniere de donner son suffrage dans les élections, &c. par le moyen de certaines petites balles de diverses couleurs ; en France on les nomme des ballotes : l'usage est de les mettre secrettement dans une boîte. (G)


BALOIRESS. f. pl. ou principale lisse de gabari ; ce sont, en Marine, de longues pieces de bois, qui dans la construction d'un vaisseau, déterminent la forme qu'il doit avoir ; c'est pourquoi on les appelle aussi formes de vaisseau. (Z)


BALOTINterme de Jardinage, espece de citronnier. Voyez CITRONNIER. (K)


BALOWA(Géogr.) ville d'Asie dans l'Indostan, au royaume de Decan.


BALSAMINES. f. balsamina, (Hist. nat.) genre de plante à fleur polypétale irréguliere. Cette fleur est composée de quatre pétales ou de six : dans celle qui a quatre pétales, la supérieure forme une sorte de voûte ; l'inférieure est concave & terminée par un prolongement en forme de queue. Les deux pétales des côtés sont fort étendus & accompagnés d'une oreille : les fleurs à six pétales sont très-rares : le pétale inférieur n'a point de prolongement en forme de queue : le pistil se trouve au milieu de ces fleurs entre deux petites feuilles. Quand la fleur est passée, ce pistil devient un fruit arrondi des deux côtés dans quelques especes, & ressemblant à une silique dans quelques autres. Ce fruit a des sortes de muscles, qui le rendent élastique lorsqu'il s'ouvre. Il renferme des semences attachées à un axe ou placenta. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

On peut repiquer la balsamine sur d'autres couches pour l'avancer. On la transporte au bout de six semaines dans les parterres : on la place parmi les fleurs basses, afin de ne lui point ôter le soleil : on la met aussi dans des pots : elle veut être souvent arrosée. (K)

* Le fruit de la balsamine est de toutes ses parties celle dont on fait le plus d'usage en Medecine : il passe pour vulnéraire, rafraîchissant, & un peu dessicatif ; il appaise les douleurs, sur-tout celles des hémorrhoïdes ; il est bon extérieurement pour les hernies, les brûlures, & les blessures des nerfs. Le baume tiré du fruit de cette plante trempé dans l'huile & seché au soleil, est excellent dans les blessures, les ulceres, les hémorrhoïdes, les ruptures, & les maladies de la matrice.


BALSAMIQUESadj. pris sub. en Medecine, on donne ce nom à des remedes d'une nature un peu acre & chaude : cette classe comprend les céphaliques, apoplectiques, anti-paralytiques, cordiaux, spiritueux, & autres. On met de ce nombre le bois d'aloès, sa résine, sa teinture, son aubier, le santal citrin, sa teinture concentrée en baume liquide ; l'ambre gris, le liquidambar, le baume blanc, le succin, le benjoin, le stirax calamite, sa résine ; le stirax blanc ; le laudanum, sa résine ; les baumes du Pérou, de Copahu, de Tolu ; l'écorce vraie de quinquina, le costus amer, la cascarille, la canelle, le girofle, la graine de paradis, les cubebes, le macis, la noix muscade, la sarriette, le thym, la rue, le serpolet, la lavande, le nard celtique, l'origan, le dictamne de Crete, la marjolaine, la mélisse, la molucque, la camomille romaine, le marum de Syrie, le basilic ; l'aurone, le stoechas, le spicanar, le jonc odorant, les feuilles de laurier & myrte, & toutes les huiles de ces simples obtenues par la distillation. Entre ces compositions, Hoffman compte les baumes apoplectiques de Crollius, de Sherzerus, de Zeller, son baume liquide de vie, l'esprit de baume du Pérou, les esprits de succin & de mastic, l'eau apoplectique de Sennert, l'eau d'Anhalt, l'essence d'ambre, les esprits volatils huileux, faits en aromatisant ces esprits avec les huiles de canelle, de macis & de cedre.

Ces remedes augmentent la chaleur dans les solides, & donnent de la volatilité aux fluides, conséquemment hâtent le mouvement progressif du sang, divisent les humeurs, résolvent les obstructions, & entretiennent la transpiration.

On peut les employer dans les maladies de la tête, des nerfs, de l'estomac, & du coeur, à condition que les corps ne seront pas pleins de sang & d'humeur, que le ventre sera libre, & qu'il n'y aura ni grande jeunesse, ni tempérament sensible & porté à la colere.


BALSARAVoyez BASSORA.


BALTAGISS. m. (Hist. mod.) sorte d'azamoglans ou valets du serrail, occupés à fendre, scier & porter le bois dans les appartemens. Leur nom vient de balta, qui en langue turque signifie hache ou coignée. Les baltagis, portent le bois par tout le serrail, & jusqu'aux portes de l'appartement des femmes, où les eunuques noirs viennent le prendre, parce qu'ils ont seuls droit d'y entrer. Le visir Mehemet Kuperli sous Achmet III. avoit été baltagi ; & il en retint le nom même dans son élévation, selon la coûtume des Turcs, qui portent sans rougir le nom de leur premiere profession. Guer, moeurs & usages des Turcs, tome II. (G)


BALTEIS. m. pl. (Hist. anc.) c'est ainsi qu'on appelloit chez les anciens les précinctions des théatres & des amphithéatres. Voyez AMPHITHEATRES & THEATRES.


BALTEUSen Architecture, ceinture de la volute ionique. Vitruve, page 97.


BALTIMORE(Géogr.) ville d'Irlande dans la province de Munster, au comté de Corck, sur la baie de même nom.


BALTIQUEGéogr. (MER) grand golfe entre l'Allemagne & la Pologne, qui a au midi le Danemark, la Suede à l'occident, la Laponie au septentrion, la Bothnie, la Finlande, la Livonie, la Courlande, une partie de la Pologne à l'orient, qui communique à la mer de Danemark par le Sund, le grand & le petit Belt.


BALTRACAN(Hist. nat. bot.) plante qui croit dans la Tartarie, qui a, dit-on, la feuille de la rave, qui pousse une tige plus grosse que le doigt, qui s'éleve de la longueur du bras, & qui a la graine du fenouil, seulement plus grosse, & d'une odeur forte. Le baltracan s'ouvre dans la saison ; son écorce se sépare ; il répand alors l'odeur de l'oranger. Les Tartares le mangent pour se soûtenir en voyage, sans sel, ni autre assaisonnement ; sa tige est un peu creuse, & son écorce d'un verd jaune. Barbaro marchand vénitien, dont on a tiré cette description si mal arrangée, dit avoir trouvé du baltracan proche Croia, dans l'Albanie.


BALUCLAVou JAMBOL, (Géogr. anc. & mod.) port de Crimée sur la mer Noire. Long. 52. 40. lat. 44. 50. Quelques géographes pensent que c'est l'ancienne Pallacium.


BALUSTRADES. f. en Architecture : on entend par ce nom la continuité d'une ou plusieurs travées de balustres, séparées par les piédestaux construits de marbre, de pierre, de fer ou de bois, tenus de la hauteur des appuis. Voyez APPUI.

Les balustrades de pierre ou de marbre servent à deux usages dans le bâtiment : l'un pour servir d'appui aux terrasses qui séparent l'inégalité de hauteur de terrein, dans un parc, dans des cours, ou dans des jardins ; l'autre pour tenir lieu de balcon ou d'appui évuidé à chaque étage d'un édifice, ou pour lui servir de couronnement lorsque les combles ne sont pas apparens, comme au palais Bourbon à Paris, au château de Versailles, & ailleurs ; cette décoration ne devant pas avoir lieu lorsque la nécessité ou l'usage exige des combles, malgré l'exemple qu'on en voit au palais du Luxembourg.

La hauteur des premieres balustrades n'a d'autre sujetion que celle d'être proportionnée à celle du coude ou hauteur d'appui : celle des secondes doit avoir en général le quart plus un sixieme de l'ordre qui les soûtient, c'est-à-dire la hauteur de l'entablement, plus une sixieme partie. Elles sont composées ordinairement de trois parties principales ; savoir, d'un socle ou retraite, d'un dez & d'une tablette ; ces trois parties comprises ensemble doivent se diviser en neuf, dont on donnera quatre à la retraite ou socle, quatre au dez, & une à la tablette : mais comme cette hauteur de balustrade tenue extérieurement du quart plus un sixieme de l'ordre, seroit souvent trop haute pour servir d'appui du côté des appartemens ou terrasses supérieurs d'un bâtiment, alors le sol des étages intérieurs peut être élevé jusqu'à la hauteur de la retraite, à 2 ou 3 pouces près.

L'on fait souvent des balustrades qui tiennent lieu d'attique ou d'amortissement aux étages supérieurs d'un édifice, & dans lesquels on n'introduit point de balustres, ne devant les employer que lorsqu'il y a des vuides dans le bâtiment ; tels que sont les croisées, les portes, les entre-colonnes : or il est quelquefois des bâtimens qui n'ont point d'ouvertures remarquables ; alors il faut soustraire les balustres dans ces balustrades, pour leur donner un caractere de solidité qui réponde au reste de l'ordonnance : mais quand on en fait usage, il faut éviter d'en mettre plus de onze dans une même travée, ou moins de cinq, malgré l'exemple du château de Clagny, où l'on n'en voit dans quelques endroits que deux, & quelquefois une ; ce qui marque un trop petit espace vuide sur une grande face de bâtiment d'une ordonnance legere ; & celui du château d'eau du Palais-royal à Paris, d'un caractere rustique, où l'on voit au contraire des travées qui en ont jusqu'à 14 ; ce qui est un défaut de convenance, qui me fait avancer pour précepte que les balustrades doivent être plus ou moins ornées, selon le caractere du bâtiment qui les reçoit ou qu'elles accompagnent, c'est-à-dire que leurs profils doivent se ressentir du genre rustique, solide, moyen, délicat, & composé, ainsi que les balustres. Voyez ci-dessous BALUSTRE, & ses profils suivant les cinq ordres, dans nos Planches d'Architecture. (P)


BALUSTRES. f. terme d'Architecture, du latin balostrum, fait du grec , fleur du grenadier sauvage à laquelle sa tige ressemble assez, est ordinairement une petite colonne composée de trois parties principales ; savoir le chapiteau, la tige, & le pié d'ouche. On a soin que les balustres, aussi-bien que les balustrades, se ressentent du caractere de l'édifice ; c'est pour cela qu'on représente dans nos Planches à-peu-près les cinq manieres de les mettre en usage. Les toscanes se font volontiers quarrées par leur plan, pour plus de rusticité ; quelquefois même les doriques : mais les autres se font toûjours rondes, à l'exception des plinthes, des piés d'ouches & des chapiteaux ; malgré l'exemple de ceux du château de Sceaux, où le tout est cylindrique ; ce qu'il faut éviter. Les membres principaux des balustres peuvent être ornés de moulures au choix de l'architecte : le genre simple, élégant & orné qui est répandu dans l'ordonnance du bâtiment, doit néanmoins lui servir de regle.

Pour trouver la proportion des principales parties des balustres en général ; il faut diviser toute leur hauteur en 5 ; une sera pour celle du pié d'ouche D ; les 4 parties restantes seront divisées de nouveau en 5, dont une sera pour la hauteur du chapiteau E : ensuite on divisera la distance depuis E jusqu'en F encore en 5, dont 3 seront pour la hauteur du cou F, & les deux autres pour la panse ou renflement G.

Le balustre toscan étant le plus massif, on doit donner à la largeur de sa panse les 2/3 de toute sa hauteur, pendant que le corinthien, qui est le plus svelte, n'en aura que le tiers ; la largeur des autres se trouvera entre ses deux extrèmes. Ces largeurs ainsi trouvées pour la grosseur de la panse, on les divisera chacune en 9, dont 4 formeront celle du cou, qui servira aussi pour la largeur la plus étroite du pié d'ouche, ainsi que l'exprime la ligne ponctuée N : la largeur du plinthe du pié d'ouche sera égale à celle de la panse, & celle du tailloir aura 1/4 ou 1/3 moins, selon le caractere du balustre ; & leur écartement d'une panse à l'autre sera tenu de la largeur d'un cou.

Il faut éviter les demi-balustres dans l'ordonnance des balustrades, ainsi que celles qui ne peuvent être que feintes : cette mutilation ou affectation est contraire au bon goût ; je leur préfere les acroteres H, qui en font l'office avec plus de vraisemblance. Voy. ACROTERES.

Ces balustres, ainsi que les balustrades, se font de différentes matieres ; ce qui les fait nommer balustres de pierre, de marbre, de bois, de fer, de bronze, &c. Celles qu'on employe à la décoration extérieure des bâtimens, different en général très-peu des exemples que l'on a donnés dans les Planches : mais celles des dedans varient à l'infini suivant les endroits où elles sont placées, la richesse de leur matiere, & le génie de l'architecte qui en donne les desseins.

Les balustres dans les rampes d'un escalier font un assez mauvais effet, à cause de l'obliquité qu'occasionnent ces rampes, aux moulures des piés d'ouches & aux chapiteaux des balustres ; ce qui fait que quelques architectes aiment mieux faire regner ces moulures horisontales, malgré l'inclinaison des socles & des tablettes, comme on l'a pratiqué au Palais-royal : d'autres, qui regardent l'un & l'autre comme vicieux, admettent l'usage des rampes de fer, ce genre de rampe n'exigeant pas tant de sévérité. Il est cependant vrai que cette derniere espece n'a pas à beaucoup près tant de dignité, & qu'elle ne paroît tolérable que dans les escaliers des maisons des particuliers ; ceux des maisons des grands étant ordinairement susceptibles de peinture, de sculpture, & d'architecture, semblent exiger des rampes qui s'assortissent à leur magnificence. (P)

BALUSTRE, en Serrurerie, est encore un ornement qui se pratique sous l'anneau d'une clé au haut de la tige, & qui est appellé balustre, parce qu'il en a la forme. Les clés de chef-d'oeuvre ont ordinairement leur tige en balustre.

BALUSTRE, en terme d'Orfévre, est une partie de la monture d'un chandelier qu'on voit ordinairement au milieu de cette monture. Elle est plus grosse en haut qu'en bas, & se termine à ses deux extrémités par un noeud d'une grosseur proportionnée à l'extrémité où il doit être. Voyez NOEUD.


BALVE(Géogr.) ville de l'Allemagne dans le duché de Westphalie.


BALZANES. f. (Manége) c'est la marque de poil blanc qui vient aux piés de plusieurs chevaux, depuis le boulet jusqu'au sabot, devant & derriere. Ce mot vient de l'italien balzano. On appelle cheval balzan, celui qui a des balzanes à quelqu'un de ses piés, ou à tous les quatre. On juge de la bonté & de la nature des chevaux, selon les piés où les balzanes se rencontrent. Balzan s'applique à l'animal ; cheval balzan. Balzane, c'est la marque qui le distingue. Les termes de travat, transtravat, & chaussé trop haut, appartiennent aux balzanes. Voyez ces termes à leurs lettres. Quelques cavaliers sont assez superstitieux pour s'imaginer qu'il y a une fatalité sinistre attachée à la balzane du cheval arzel. (V)


BAMville de la Caramanie persique. Long. 94. lat. sept. 28. 30.


BAMBA(Géog.) province d'Afrique au royaume de Congo.

BAMBA, (Géog. anc. & mod.) village de la vieille Castille, jadis Gueritum, ville de l'Espagne Tarraconoise.


BAMBERG(Géog.) ville d'Allemagne dans la Franconie, au confluent du Mein & du Rednitz. Long. 28. 40. lat. 50.

Il y a en Boheme une ville du même nom. Long. 34. 20. lat. 49. 53.


BAMBIAIES. m. (Hist. nat. Ornyth.) oiseau qu'on trouve dans l'île de Cuba, qui ne s'éleve presque point de terre, qu'on prend à la course, & dont la chair a bon goût. On ne nous dit rien de son plumage, de son bec, de ses pattes, de ses aîles, de sa grosseur, &c. ni des autres caracteres, que les Naturalistes doivent faire entrer dans leurs descriptions.


BAMBOCHADESS. f. pl. en Peint. se dit de certains petits tableaux qui représentent des sujets champêtres & grotesques. L'étymologie de ce mot vient de Bamboche, peintre flamand, qui s'est particulierement adonné à ce genre. Son nom de famille étoit Pierre de Laur : mais les Italiens lui donnerent celui de Bamboche, à cause de la singularité de sa taille. (R)


BAMBOou BAMBUCK, (Géogr.) royaume d'Afrique dans la Nigritie, borné au septentrion par les pays de Galam & de Kassan, à l'occident par la riviere de Feleme & les royaumes de Kantu & de Kombregudu, au midi par celui de Mankanna, & à l'orient par des terres inconnues.


BAMBOUC(Hist. nat. bot.) bois extrèmement noüeux qui croît dans plusieurs endroits des Indes orientales. On dit que c'est une espece de canne très-grosse & très-haute, dont les bamboches ou cannes legeres que vendent nos Tabletiers, ne sont que les plus petits jets. Voyez TABAXIFERA ARUNDO.


BAMBOURGPAMBOURG, PAINBOURG, (Géog. anc. & mod.) bourg du cercle de Baviere en Allemagne, dans le gouvernement de Buchausen sur l'Achza, vers le nord du lac de Chiemzée. Quelques géographes croyent que c'est l'ancienne Badacum ou Augusta Badacum.


BAMBYCATIENSS. m. pl. (Géog. anc.) peuples voisins du Tigre, peut-être les habitans de Bambyce ou Hiérapolis.


BAMFE(Géog.) petite ville de l'Ecosse septentrionale, dans la province de même nom, à l'embouchure de la Doverne. Long. 15. 25. lat. 57. 48.


BAMIA(Hist. nat. bot.) on l'appelle aussi alcea indica. Elle a la fleur large, pentapétale, avec un vaisseau séminal assez considérable, divisé en cinq cellules qui contiennent des semences en forme de reins. Sa feuille est découpée, dentelée, & attachée à la tige par des pédicules. Elle croît en Egypte. On se sert de sa semence : elle est d'un blanc sale ; elle répand une odeur qui tient de celle du musc. Les Egyptiens la font sécher, la broyent & en mêlent la poudre à leur caffé ; ils lui attribuent la vertu de fortifier la tête & l'estomac. On en use en fumigation.


BANS. m. terme de Jurisprudence, est une proclamation solemnelle de quelque chose que ce soit. L'origine du mot est incertaine. Quelques-uns le tirent du Breton, ban, clameur, bruit : d'autres du Saxon, pan, une chose étendue : d'où ban, & bande, employée pour une banniere.

Bracton fait mention de bannus regis, ban du roi, pour une proclamation de silence faite par les juges de la cour avant le choc des champions dans un combat.

BANS de mariage, sont des avertissemens solemnels de promesses de futurs mariages, donnés dans l'église paroissiale avant la célébration des mariages, afin que s'il se trouve quelque opposition à faire contre l'une ou l'autre des parties, comme pour raison d'engagemens précédens, ou autre cause, il y ait lieu de les faire.

La publication des bans se fait à dessein de prévenir les mariages clandestins. Par les lois de l'Eglise, les bans doivent être publiés trois fois à trois jours différens aux lieux où les parties demeurent, à peine de nullité de mariage. Il y a peine d'excommunication contre ceux qui connoissant des empêchemens, ne les déclarent point.

Un curé ne sauroit être contraint à les publier, lorsqu'il connoît dans l'un ou l'autre de ceux qui se présentent au mariage quelque incapacité ou empêchement.

Si les contractans sont majeurs, le défaut de publication de bans n'emporte pas tout seul la nullité de mariage.

BAN, en terme de Palais, est synonyme à bannissement : c'est en ce sens qu'on dit, garder son ban, rompre son ban. (H)

* BAN de vendange, c'est la publication faite au prône par les curés des paroisses de village, de la permission accordée par le juge ou le seigneur à tous les particuliers de faire vendanger leurs vignes. Le ban établi pour l'ouverture des vendanges est fondé sur deux raisons : l'une d'empêcher des gens ignorans, ou pressés par la nécessité, de recueillir les raisins avant leur parfaite maturité, & d'en faire de mauvais vins ; l'autre, d'empêcher que ceux qui vendangeroient les premiers, ne découvrissent & n'exposassent au pillage les vignes de leurs voisins. Le ban de vendange se publie sur l'avis des principaux habitans des villages, & des vignerons les plus habiles. Il assujettit tous les habitans indistinctement, à moins qu'ils n'ayent acquis un titre exprès qui les en dispense. Le seigneur seul peut vendanger un jour avant l'ouverture portée par le ban. Il y a des coûtumes où les vignes enfermées de clos & de murailles sont exceptées de la loi du ban ; par-tout la contravention est punie par l'amende & la saisie des fruits.

BAN, (Hist. mod.) nom qu'on donnoit anciennement en Hongrie aux gouverneurs des provinces qui relevoient de ce royaume, telles que la Dalmatie, la Croatie, la Servie. Selon Leunclavius, on n'accordoit ce titre qu'aux princes du sang de la maison de Hongrie ; & encore aujourd'hui, la dignité de ban de Croatie est remplie par un seigneur de la premiere distinction. Le pays dans lequel est situé Temeswar, s'appelle encore aujourd'hui le bannat de Temeswar, auquel sens le terme de bannat équivaut à ceux de province ou de gouvernement. Le ban avoit sous lui un vice-gérent, lieutenant général, ou lieutenant de roi au gouvernement, qu'on nommoit vice-bannus. On croit que ces deux noms sont dérivés des mots ban, bando ou banno, dont on se servoit dans le bas Empire pour signifier une banniere ou un étendart ; parce que les habitans de ces provinces, en tems de guerre, étoient obligés de se ranger sous la banniere ou l'étendart de leur gouverneur. Quelques auteurs prétendent que les Turcs ont conservé ce nom de ban, & que les gouverneurs à qui ils le donnent, ont la même autorité que les beglerbegs. Voyez BEGLERBEG. (G)

BAN & ARRIERE-BAN, (Art milit. & Hist. mod.) mandement public adressé de la part d'un souverain à ses vassaux, de se trouver en armes à un rendez-vous pour servir dans l'armée, soit en personne, soit par un certain nombre de gens de pié ou de cheval qui les représentent, à proportion du revenu ou de la qualité de leurs fiefs.

Le ban se rapporte aux fiefs, & l'arriere-ban aux arriere-fiefs, selon quelques-uns : mais d'autres croyent que le ban est le service ordinaire que chaque vassal doit selon la nature de ses fiefs ; & que l'arriere-ban est un service extraordinaire que les vassaux rendent au roi ; d'autres qui font venir le mot d'arriere-ban, de heri-bannum, proclamation du maître ou seigneur, pensent qu'on ne doit mettre aucune distinction entre ban & arriere-ban.

Quoi qu'il en soit, ces assemblées de vassaux convoqués par leurs seigneurs sur les ordres ou à la réquisition du roi, ont commencé en France dès le tems des rois de la seconde race, & il en est fait mention dans les capitulaires de Charlemagne : mais elles ont été plus fréquentes sous les rois de la troisieme race. Car on trouve dans la chambre des comptes plusieurs rôles pour le ban & l'arriere-ban, datés des années 1216, 1236, 1242, 1253, & 1272. Il paroît par le dernier, que les seigneurs fieffés cités par Philippe-le-Hardi, devoient se trouver à jour préfix à Tours, avec un certain nombre de cavaliers & de fantassins, dont les uns alloient à leurs dépens, les autres étoient défrayés ; & ceux qu'on dispensoit du service, s'en rédimoient par une somme d'argent ou une certaine quantité de fourrage. Depuis ce prince jusqu'à François I. on trouve encore plusieurs convocations & rôles du ban & de l'arriere-ban ; dans lesquels, outre les seigneurs laïques, sont aussi compris les archevêques, évêques, abbés, prieurs, chapitres, les maires, consuls & échevins des villes. Les ecclésiastiques étoient obligés d'aller ou d'envoyer au ban & arriere-ban, à cause des fiefs qu'ils possédoient. Lorsqu'ils y alloient eux-mêmes, ils combattoient en personne ; témoin ce que Monstrelet raconte de Pierre de Montaigu archevêque de Sens, & Matthieu Paris, de Philippe de Dreux évêque de Beauvais, qui portoient la cuirasse & combattoient comme les seigneurs & barons.

Dans la suite, les ecclésiastiques ont été dispensés du ban & arriere-ban par plusieurs lettres patentes, & entr'autres par un acte du 29 Avril 1636, entre Louis XIII. & le clergé de France, moyennant certaines subventions que le clergé a promis de payer au roi dans les besoins de l'état. Les rois de France ont aussi exempté de ce service les bourgeois de plusieurs villes de leur royaume, les officiers du parlement de Paris, les secrétaires du roi, & autres personnes privilégiées.

Autrefois l'assemblée du ban & de l'arriere-ban se faisoit par des seigneurs de la premiere distinction appellés missi dominici, envoyés ou députés du souverain ; ensuite par les bannerets sur les ordres du roi ou du connétable. Depuis le roi a adressé ses lettres aux sénéchaux & aux gouverneurs de province. En 1674 & en 1689, Louis XIV. ordonna à tous les nobles, barons, chevaliers, écuyers, & autres non nobles, communautés & autres vassaux, de se trouver en armes au jour & au lieu qui leur seroient désignés par le gouverneur & lieutenant général de sa majesté en leur province, pour aller joindre le corps des troupes sous la conduite du chef qui seroit choisi d'entre eux, afin de les commander suivant la forme accoûtumée. De la Roque, traité du ban & arriere-ban. Voy. NOBLESSE. (G)

Cette milice étoit assez bonne du tems de Louis XI. parce qu'il s'en servoit souvent : elle commença à dégénérer du tems de Louis XII. & de François I. & elle tomba encore davantage sous Henri II.

On n'a point assemblé l'arriere-ban en France depuis 1674. M. de Turenne ne fut point content de cette milice, qui ne se conduisoit pas avec le même ordre & la même obéissance que les troupes reglées. (Q)


BANALterme de coûtume, se dit d'un moulin, four, pressoir, ou autre chose semblable, que le seigneur entretient pour l'usage de ses censitaires, & dont il peut les contraindre d'user. Voyez ci-dessous BANALITE.


BANALITÉest un droit qu'a le seigneur de contraindre les habitans de son territoire, d'aller moudre leur blé à son moulin, cuire à son four, ou porter la vendange à son pressoir.

Dans la coûtume de Paris, la banalité ne peut pas s'exiger sans titre ; & ces titres ne sont pas réputés valables s'ils ne sont avant vingt-cinq ans. (H)


BANANIERS. m. musa, (Hist. nat. bot.) Voici ses caracteres. Sa racine pousse des jets, sa tige meurt après avoir donné son fruit. Elle ressemble à un roseau ; elle n'a point de branches ; mais elle jette de grandes feuilles, d'abord roulées comme au cannacorus, mais se développant dans la suite, & formant une espece de couronne à son sommet. Les fleurs & les fruits sont en grappes, & enfermés dans une gaîne comme au palmier. Les fleurs ont plusieurs pétales irréguliers & portés sur le sommet de l'ovaire. L'ovaire ressemble à celui du concombre ; il est charnu, partagé en trois loges, bon à manger, rempli de semence, & garni d'un long tuyau dont l'extrémité est arrondie. Boerhaave en distingue deux especes.

Le fruit de cet arbre est délicat ; on dit qu'il ne fait jamais de mal en quelque quantité qu'on en mange. Alpin nous assûre cependant qu'il se digere difficilement ; c'est la nourriture journaliere des Indiens. Ses feuilles sont si grandes, qu'elles peuvent servir de vêtement. La racine écrasée & bouillie dans du lait, est bonne pour abattre les vertiges ; son eau mêlée avec du sucre appaise la chaleur brûlante des reins ; la décoction du fruit adoucit la toux causée par des humeurs chaudes & acres. On s'en sert dans les inflammations de la plevre, du poumon, & des reins ; enfin elle excite la semence, & provoque l'urine. (N)


BANARou BENARES, (Géog.) ville d'Asie, au Mogol, dans le royaume de Bengale. Long. 101. 30. lat. 26. 20.


BANAUÇONS. m. en Architecture, nom du troisieme genre de machine des anciens, qui servoient à tirer des fardeaux. (P)


BANBURY(Géog.) ville d'Angleterre, sur la riviere de Chernel, dans la province d'Oxford. Long. 16. 10. lat. 52. 9.


BANCS. m. (Gramm.) ce mot se prend communément pour un long siége, à dos ou sans dos, soûtenu sur plusieurs piés ; & c'est du rapport que d'autres machines ont avec sa figure ou avec son usage, qu'elles ont pris le nom de banc.

BANC, terme de Jurisprudence, dans le choeur, est un des droits honorifiques qui appartiennent au patron d'une église, ou au seigneur haut-justicier dans la haute-justice duquel elle est située. Voyez HONORIFIQUES (droits).

On appelle au palais messieurs du grand banc, les présidens au mortier, parce qu'en effet le banc sur lequel ils sont assis est plus élevé que les siéges des autres conseillers.

On appelle aussi bancs, au palais, des especes de bureaux où se tiennent les avocats & procureurs pour parler à leurs parties. (H)

BANC DU ROI, (Hist. mod. & Jurisprud.) tribunal de justice ou cour souveraine en Angleterre. On l'appelle ainsi, parce qu'autrefois le roi y présidoit en personne sur un banc élevé, les juges étant assis à ses piés sur des bancs ou siéges plus bas. C'est dans cette cour que l'on plaide les causes de la couronne entre le roi & ses sujets. Elle connoît aussi des crimes de haute trahison & des complots contre le gouvernement. Ce tribunal est composé de quatre juges, dont le premier s'appelle le lord chef de justice de la cour du banc du roi. Sa jurisdiction est générale, & s'étend par toute l'Angleterre ; il n'y en a point dans ce royaume de plus indépendante, parce que la loi suppose que le roi y préside toûjours. Il y a encore un autre tribunal nommé le banc commun ou cour des communs plaidoyers, qui est la seconde cour de justice du royaume, où l'on porte les affaires communes & ordinaires, c'est-à-dire les procès de sujet à sujet. On y juge toutes les affaires civiles, réelles, & personnelles, à la rigueur de la loi. Le premier juge de cette cour se nomme chef de la justice des communs plaidoyers ou du banc commun. On y comptoit autrefois cinq, six, sept, & jusqu'à huit juges ; leur nombre est maintenant réduit à quatre, comme celui des juges du banc du roi. (G)

BANC, (Comm.) Les banquiers avoient autrefois des bancs dans les places publiques & dans les lieux où se tenoient les foires ; & c'étoit où ils faisoient leur commerce d'argent & de lettres de change. Quand un banquier faisoit faillite, on rompoit son banc, comme pour avertir le public que celui à qui avoit appartenu le banc rompu n'étoit plus en état de continuer son négoce ; & comme cet usage étoit très-ordinaire en Italie, on prétend que le terme de banqueroute dont on se sert en France, vient des mots italiens banco rotto, qui signifient banc rompu. Voyez BANQUEROUTE. Dict. du Comm. tom. I. (G)

BANC, en terme de Marine, est la hauteur du fond de la mer, qui s'éleve quelquefois jusqu'à sa surface, ou qui n'est couvert que de très-peu d'eau ; desorte que les vaisseaux ne peuvent passer dessus sans échoüer. Il y a des bancs qui restent entierement à sec, lorsque la mer est basse ; ce qui s'exprime en disant que ces bancs découvrent. Il y a des bancs sur lesquels il y a assez d'eau pour que les plus grands vaisseaux puissent y passer en tout tems, & même y mouiller, tels que le banc de Terre-neuve.

On appelle bancs de glaces, de gros glaçons flottans qu'on trouve quelquefois à la mer. (Z)

BANC de galere, de galéasse, de galiote, de brigantin, & de tout bâtiment à ramer. C'est le lieu pour asseoir ceux qui tirent à la rame, soit forçat, bonavoglie, ou matelot, voyez Planche II. le dessein d'une galere à la rame, & les forçats assis sur le banc.

Les galeres ordinaires sont à vingt-cinq bancs ; ce qui se doit entendre de vingt-cinq de chaque côté, faisant en tout cinquante bancs pour cinquante rames, & quatre ou cinq hommes sur chaque rame.

Les galéasses ont trente-deux bancs, & six à sept hommes pour chaque rame.

De tous les bâtimens à rame, il n'y a que les gondoles de Venise qui n'ayent point de banc ; car les rameurs nagent debout.

BANC de chaloupe ; ce sont les bancs qui sont joints autour de l'arriere de la chaloupe en-dedans pour asseoir ceux qui y sont. (Z)

Banc à s'asseoir dans la chambre du capitaine. On trouve un banc qui est placé contre l'arriere du vaisseau. Il y en a encore un autre à stribord ; c'est par l'endroit qu'occupe ce banc, & qu'on ôte alors, que l'on passe le gouvernail pour le monter ; on le leve aussi lorsqu'on veut culer de l'arriere ; les affuts entrent encore par-là. On y place quelquefois un tuyau d'aisement à six pouces du petit montant qui le soûtient, & à un pié du bord du vaisseau.

Banc à coucher. Il y en a aussi un dans la chambre du capitaine. (Z)

BANC D'HIPPOCRATE, (en Chirurgie) machine dont on se servoit autrefois pour réduire les luxations & les fractures. C'étoit une espece de bois de lit sur lequel on étendoit le malade. Il y avoit un essieu à chaque bout qui se tournoit avec une manivelle ; on attachoit des lacs aux parties luxées ou fracturées d'un côté, & aux essieux de l'autre. En tournant les essieux, les lacs qui s'entortilloient autour faisoient l'extension & la contre-extension pendant que le chirurgien réduisoit les os dans leur situation naturelle. La Chirurgie moderne a simplifié les méthodes de réduire les membres luxés ou fracturés, & ne se sert plus de cette machine dont on voit la description & la figure dans Oribase. Voyez EXTENSION & MACHINE pour la réduction des luxations. (Y)

BANC, (en Architect.) c'est la hauteur des pierres parfaites dans les carrieres.

BANC DE VOLEE ; c'est le banc qui tombe après avoir soûchevé.

BANC DE CIEL ; c'est le premier & le plus dur qui se trouve en fouillant une carriere, & qu'on laisse soûtenu sur des piliers pour lui servir de ciel ou de plafond. (P)

BANC, (Ardoise) On entend par un banc dans les carrieres d'ardoise & autres, le long parallelépipede formé par deux foncées. Les bancs s'élevent les uns au-dessus des autres, & forment à droite & à gauche une espece d'échelle ou plûtôt d'escalier. On ne peut fixer ni la hauteur ni la largeur du banc, ou de chaque degré de cet escalier ; elles varient l'une & l'autre selon la profondeur, l'étendue & la nature de la carriere. Les bancs ou parallélépipedes d'ardoise n'ont pas la même hauteur sur toute leur longueur. Ils vont un peu en s'inclinant vers le fond de la carriere, & forment une pente aux eaux vers la cuvette qui les reçoit. La hauteur du banc est de neuf piés dans nos figures d'ardoise, & sa largeur suit la même échelle. La surface supérieure du banc s'appelle nif. Voyez les articles FONCEE, CUVETTE, NIF, & ARDOISE.

BANC DE CUVE, ce sont dans les Brasseries, les planchers qui entourent les cuves. Voyez BRASSERIE.

BANC, en terme de Cardeur, c'est une planche d'environ un pié de large, allant en pente par un bout, & qui porte toutes les parties du roüet. Voyez CARDER.

BANC A TIRER, (terme & outil de Chaînetier) il sert aux Chaînetiers pour passer à la filiere le fil de fer, de cuivre ou de laiton, qu'ils veulent employer à des chaînes, & pour le diminuer de grosseur.

Ce banc à tirer est fait comme ceux des Orfevres & autres, & est composé d'un banc, d'une piece, du moulinet, du noyau & de la filiere. Voyez BANC D'ORFEVRE.

BANC A COUPER, c'est chez les Cloutiers d'épingles, un banc de figure presque quarrée, garni de rebords plus hauts sur le derriere que sur les côtés, & le devant qui est moins élevé que tout le reste. Les cisailles sont attachées au milieu par une de leurs branches. Voyez CISAILLES, & la figure 13 du banc, Pl. II. du Cloutier d'épingles.

BANC A TIRER, en terme d'Epinglier, est une espece d'établi adossé d'un bout sur un billot fendu à deux ou trois endroits pour y battre la filiere. Voyez FILIERE. Vers le même bout ou à l'autre, selon l'emplacement, est la bobille, voyez BOBILLE ; plus loin, la filiere arrêtée entre trois montans. Derriere elle on voit une piece de bois plus haute que ces montans, avec un coin ; c'est-là qu'on place la filiere pour en faire l'essai : enfin vers cette extrémité on voit le tourniquet d'où dévide le fil que l'on tire. Voyez la fig. Pl. des Trifileries & de l'Orfévrerie.

BANC, servant aux Fondeurs de caracteres d'Imprimerie, est une espece de table oblongue d'environ deux piés & demi, à hauteur d'appui, fermée à l'entour par un rebord, excepté vis-à-vis l'ouvrier où ce rebord finit ; ce banc sert à recevoir les lettres à mesure qu'on les fond, & de décharge pour plusieurs choses nécessaires à l'ouvrier. Voyez la vignette de la Planche I. du Fondeur de caracteres, & la figure 2. de la même Planche qui le représente en particulier.

BANC D'IMPRIMERIE, est une espece de table de bois, longue environ de trois piés sur dix pouces de large, soûtenue par deux treteaux garnis de planches tout-autour, en conservant cependant une ouverture pardevant qui forme un receptacle ou bas d'armoire ; ce banc est toûjours situé à la droite de l'Imprimeur ; sur le premier bout il place le papier trempé prêt à être imprimé ; à l'autre extrémité, il pose chaque feuille au sortir de la presse : les Imprimeurs se servent de la cavité de ce banc, pour serrer la laine, les cuirs, les clous de balles, les blanchets, & autres étoffes ou ustensiles de la presse.

BANC A RIVER, fig. 81. Pl. XVI de l'Horlogerie, est un instrument dont les Horlogers se servent pour river certaines roues sur leur pignon. On met la partie B B de cet outil entre les mâchoires de l'étau, & on fait entrer la tige du pignon sur lequel on veut river une roue dans un trou T convenable ; on prend ensuite un poinçon à river, & on rabat la rivure à petits coups de marteau sur la roue que l'on fait tourner avec le doigt, afin que les parties de la rivure soient également rabattues de toutes parts.

Comme il est important que les balanciers soient rivés bien droit sur leurs verges, & que ces verges, vû leurs palettes, ne pourroient point tourner dans un trou comme la tige d'un pignon, on fait ordinairement au milieu des bancs à river une creusure ronde L, dans laquelle on ajuste une petite plaque P à drageoir, de telle sorte qu'elle puisse y tourner sans beaucoup de jeu : on fait aussi au centre de cette plaque une ouverture O, propre à recevoir le corps d'une verge & une de ses palettes.

La petite plaque pouvant, comme il a été dit, tourner dans sa creusure L, lorsqu'on ajuste une verge dans sa fente pour river le balancier sur son assiette : en tournant ce balancier, on fait tourner la plaque, & on le rive sur sa verge, comme on feroit une roue sur son pignon. On a un outil de la même forme qui s'ouvre en deux pour embrasser la tige d'un pignon, sur laquelle est soudée une assiette ; cette assiette reçoit une roue que l'on y rive, en rabattant sur la roue ébiselée & entaillée, la partie de l'assiette qui l'excede. Comme la roue ou le pignon ne sauroient passer par les trous du banc, on est obligé d'en avoir un qui se sépare en deux, comme il a été dit ; ordinairement les deux pieces du banc sont assemblées ensemble à charniere, & peuvent s'ouvrir & se fermer comme un compas. (T)

BANC A CRIC, en terme d'Orfévre en grosserie, se dit d'un banc à tirer, qui ne differe du banc ordinaire, qu'en ce qu'au lieu de sangle, il est garni d'une espece de cremailliere, & d'une boîte qui renferme un arbre à chaque bout duquel on voit hors de la boîte une manivelle. Cet arbre fait tourner une roue de rencontre, qui s'engraine elle-même dans la cremailliere, qui se termine par un crochet qui retient la main. Voyez CREMAILLIERE & MAIN.

Voyez Planche derniere de l'Orfevre, un banc à tirer & un banc à cric, vignet. fig. 1. 2. ouvriers qui tirent de la moulure ; a tenaille à tirer ; b moulure. Vignet. fig. 3. 4. autres ouvriers au banc à cric ; f d g g banc, e e pitons qui soûtiennent la filiere, d le cric, f la filiere. Fig. 5. ouvrier qui dresse les lames à la lime avant que de les faire passer.

Développement du banc à cric, fig. a b c d e f g, mouvement hors de sa boîte ; b b arbre où l'on voit deux quarrés pour les manivelles ; c son pignon monté, qui fait mouvoir la roue à dent ou le hérisson d, dont le pignon ou la lanterne s'engrene dans le cric f, au bout duquel est un crochet qui tient un anneau g, où l'on met les branches de la tenaille à tirer ; m m la cage ou boîte : n n extrémités des vis qui fixent les jumelles ; m m, o o, les jumelles ; p étrier sur lequel glisse le cric ; q le hérisson ; r la lanterne ; h un des pitons qui soûtiennent la filiere ; i rondelle qui se met sous le banc & l'écrou.

Développement du banc à tirer, P P Q Q R R S boîte à filiere pour tirer des moulures ; p p le sommier ; Q Q le chapeau ; R, R, les vis qui appuient sur les filieres, & les tiennent serrées ; T clé pour serrer les vis ; V, V, les vis ; X, X, les filieres à moulures ; Y Z, autre boîte à filiere peu différente de la précédente ; 1. filieres de dessus ; 2. 3. 2. filieres de dessous ; 4. 4. autre filiere ; 5. morceau tiré en rond ; 6. morceau moulé. A banc à tirer ; B, B, pitons qui soûtiennent les filieres ; C, C, aîles du moulinet ; H H G G F, tambour sur lequel se roule la sangle du moulinet ; G, G, tourillons ; H, H, quarrés des moulinets ; F corps du tambour ; I, I, deux pieces quarrées qui s'ajustent aux quarrés du tambour, entre les clés & le moulinet ; s, t, deux tambours ; u la rondelle ; M, M, deux supports du tambour ; N, O, filieres.

L'assemblage & la fonction de ces deux machines se voit si clairement dans la vignette, que ce que nous en pourrions dire n'ajoûteroit rien à ce qu'elle représente.

BANC A TIRER, terme d'Orfévre, est une piece de bois sur laquelle les Orfévres tirent les fils d'or ou d'argent qu'ils employent. Elle peut avoir, cinq, six, sept, huit, & neuf piés de long, douze à quinze pouces de large, sur quatre d'épaisseur. L'on perce sur un bout de cette piece deux trous qui servent à mettre les poupées que tiennent l'arbre où est attachée la sangle, & où l'on met l'aîle. Voyez POUPEE, ARBRE, SANGLE, LEAILE.

Les deux autres trous qui sont vis-à-vis l'un de l'autre, servent à mettre les poupées qui retiennent la filiere, & le troisieme est pour recevoir les gratures que la filiere fait à l'or ou l'argent en les tirant : elles tombent dans un tiroir qui est au-dessous. Il y a encore quatre autres trous outre ceux-ci, pour les piés qui soûtiennent le banc ; ces piés ont environ deux sur trois pouces d'équarrissage, & deux piés & demi, ou même trois piés & demi de long à deux pouces du bas : sous ces piés l'on met une planche avec un rebord de quatre ou cinq pouces de haut, pour serrer les outils qui servent au tirage. Voyez TIRAGE & l'article suivant.

BANC A DEGROSSIR, chez les Tireurs d'or, est un banc sur lequel le dégrosseur donne le troisieme tirage à l'or par le moyen d'une bobine sur laquelle il le devide, en le faisant passer à-travers une filiere appliquée contre un faux-ras retenu dans un ajoux. Voyez FAUX-RAS & AJOUX.

BANC A DORER ; chez les Tireurs d'or, est composé de deux parties, la tête & l'appui : la tête dans laquelle il y a un morceau de bois en forme de demi-cercle, tient dans un mur ; les tenailles entrent dans un trou pratiqué au milieu de ce cercle, par un bras, tandis que l'autre est retenu par des chevilles de fer fichées sur le cercle. Les tenailles sont appuyées dans une encoche à l'autre extrémité du banc, & le lingot qu'elles serrent est soûtenu par l'autre bout sur un chenet, tandis qu'on le brunit & qu'on le dore. Voyez TIREUR D'OR.

BANC ou SELLE A OURDIR, en Passementerie, c'est un siége destiné pour l'ourdisseur, & pour porter la manivelle qui fait tourner l'ourdissoir : cette manivelle a en bas une large poulie qui doit être parallele à celle du moulin ; sur cette poulie est passée une corde à boyau, qui après s'être croisée dans son milieu, va passer sur la poulie du moulin ; par le moyen du croisement de cette corde, le moulin tourne du même sens que la manivelle ; si la corde lâche par la secheresse du tems ou de quelqu'autre maniere, il n'y a qu'à reculer ce banc ; si le contraire arrive, on le rapproche ; il y a des ourdissoirs où l'on se passe de ce banc. Voyez OURDISSOIR ; voyez aussi Pl. de PASSEMENTERIE.

BANCS, dans les Manufactures de soie ce sont des parties de l'ourdissoir. Des bancs, les uns sont attachés au montant, les autres sont mobiles, il y a entr'eux une roue cavée sur la circonférence en deux endroits différens ; les cavités sont environ à un pouce de distance prise sur le diametre. Il passe dans ces cavités une corde de boyau qui va envelopper la cage de l'ourdissoir, & lui donner le mouvement que la roue cavée reçoit de l'ourdisseuse. Les bancs mobiles s'éloignent & s'approchent suivant que la corde a besoin d'être lâchée ou tendue. Voyez OURDISSOIR.

BANC ; on donne, dans les Verreries, ce nom à un siége sur lequel le maître s'assied pour faire l'embouchure, & poser la cordeline. Voyez Planche de Verrerie VI. fig. 17. un ouvrier au banc. Le banc n'a rien de particulier que ses deux bras qu'on fait plus longs qu'ils n'ont coûtume d'être aux autres siéges de cette nature, afin que l'ouvrier puisse y poser & mouvoir commodément sa canne, en faisant l'embouchure & la cordeline.

BANC, en Vénerie ; c'est ainsi qu'on appelle les lits des chiens.

BANC ; on entend par ce mot, dans les Salines, un endroit clos, couvert, pratiqué au côté de la poële, & dont la porte correspond à la pente de la chevre, qui descend par son propre poids, & se renverse sur le seuil du banc, lorsque se fait la brisée. Le sel demeure dix-huit jours dans les bancs, avant que d'être porté dans les magasins. Voyez BRISEE, CHEVRE, LINE ;NE ; & Planche II. des Salines. Dans la coupe de l'attelier I, I, sont deux bancs.

Bancs (contrôleurs des) ; officiers des Salines : il y en a deux. Leurs fonctions sont d'enregistrer par ordre de numero, & date par date, tous les billets de la délivrance journaliere ; les abattues en abregé, par colonnes & ordre de poëles ; les sels à l'entrée & à la sortie des bancs ; les bois de corde qui viennent à la saline ; & d'assister à toutes les livraisons de sels des bancs & des magasins ; se trouver à la brisée ; faire porter les sels des bancs dans les magasins ; assister aux réceptions de bois & de fers ; en un mot, veiller à tout ce qui concerne le service.

BANC DE JARDIN. Rien n'est si nécessaire dans les grands jardins que les bancs : on en souhaiteroit à chaque bout d'allée. Ils ont des places affectées, telles que sont les renfoncemens & les niches dans les charmilles, les extrémités des allées, les terrasses & les beaux points de vûe. Il y a des bancs simples, des bancs à dossiers, & des bancs dont le dos se renverse du côté que vous voulez. On en fait de marbre, de pierre, & de bois : ces derniers sont les plus communs ; on les peint à l'huile pour les conserver. (K)

* BANC (le grand), Géog. Banc de l'Amérique septentrionale, vers la côte orientale de Terre-neuve ; c'est le plus grand banc de sable qu'on connoisse ; il n'est pas dangereux. Les Européens y font la pêche des morues.

Banc aux baleines, aussi dans l'Amérique septentrionale, à l'occident du grand banc, & au midi du banc à vert.

Banc de l'île de sable, dans l'Amérique septentrionale, au midi de l'île & de l'Acadie, dans la mer de la nouvelle France.

Banc des îles, à l'Amérique septentrionale, dans le grand golfe de S. Laurent en Canada, au-devant de la baie des Chaleurs.

Banc à vert, en Amérique, près de la côte méridionale de Terre-neuve, vis-à-vis des baies de plaisance & des Trépassés.

Banc jacquet ou le petit banc, en l'Amérique méridionale, à l'orient du grand banc.

Banc des perles, en l'Amérique méridionale, sur la côte de Caracas, entre la ville de Rio de la Gacha & le cap de la Vela.

Banc des perles, en Amérique, vers la côte de Venezuela, en allant de l'île Marguerite à celle de la Tortue.

Banc de S. Georges, en l'Amérique septentrionale, vers la nouvelle Angleterre & le cap de sable, sur la côte de l'Acadie. On l'appelle aussi banc aux Anglois.

Banc de Bimini, en l'Amérique, près de l'île Bimini, une des Lucayes ; & de celle d'Abacoa, vers la Floride, sur la partie orientale de Bahama.


BANCA(Géog.) île d'Asie dans les Indes, entre celles de Sumatra & de Borneo, avec ville & détroit de même nom.


BANCALIS(Géog.) ville de l'île de Sumatra, au royaume d'Achem, vers le détroit de Malaca. Long. 118. lat. 1. 5.


BANCHES. f. (Hist. nat.) pierre molle, mais dure, comparée à la glaise ; M. de Reaumur, Mém. de l'acad. année 1712, pag 128 ; prétend que ce n'est autre chose que de la glaise durcie & pétrifiée par ce qu'il y a de visqueux dans l'eau de la mer, & il le prouve par la disposition de ses feuilles & sa couleur. La banche à sa surface supérieure est assez dure ; un peu au-dessous elle est un peu plus molle ; plus on la prend bas, moins elle est dure, & moins elle est différente de la glaise ; en un mot, en s'approchant du lit de pure glaise, elle paroît aussi insensiblement s'approcher de la nature de cette terre, & cela par des degrés si insensibles, qu'il n'est pas possible de déterminer précisément où la banche finit, & où la glaise commence. La banche, de grise qu'elle est, devient blanche & dure lorsqu'elle n'est plus humectée par l'eau.


BANCou BANQUO, (Comm.) mot italien qui signifie banque. On s'en sert ordinairement pour exprimer celle qui est établie à Venise.

Le banco de Venise, qu'on appelle vulgairement banco del giro, est proprement un bureau du dépôt public, ou une caisse générale & perpétuelle ouverte à tous marchands & négocians, & fondée par un édit solemnel de la république, que tous payemens pour marchandises en gros & de lettres de change ne se pourront faire qu'in banco ou en billets de banque ; & que tous débiteurs & créanciers seront obligés, les uns de porter leur argent à la banque, les autres d'y recevoir leur payement in banco ou en billets de banque ; desorte que tous les payemens se font par un simple transport des uns aux autres ; celui qui étoit créancier sur le livre du banquo, devenant débiteur dès qu'il cede son droit à un autre, qui est enregistré pour créancier à sa place ; desorte que les parties ne font que changer de nom, sans qu'il soit nécessaire pour cela de faire aucun payement réel & effectif.

Il est vrai qu'il se fait quelquefois des payemens en espece, sur-tout lorsqu'il s'agit du négoce en détail, ou que les étrangers veulent avoir de l'argent comptant pour emporter avec eux, ou que les négocians aiment mieux avoir leur fonds en monnoie courante, pour le négocier par lettres de change. La nécessité de ces payemens effectifs a donné lieu de pourvoir à un fond d'argent comptant, qui bien loin de diminuer le capital, l'augmente plûtôt par la liberté qu'il donne à chacun de retirer son argent quand il lui plaît.

Par le moyen de cette banque la république, sans gêner la liberté du commerce & sans payer aucun intérêt, se trouve maîtresse de cinq millions de ducats à quoi le capital de la banque est limité, ce qui monte à plus de trente millions de livres monnoie de France : elle répond du capital, & c'est pour elle en toute occasion une ressource sûre qui la dispense d'avoir recours à des impositions extraordinaires, même dans les plus pressantes nécessités. Le bon ordre qui regne dans l'administration du banco, prouve également l'utilité & la solidité de cet établissement.

Dans la banco les écritures se tiennent en livres, sous & deniers de gros. La livre vaut dix ducats de banco, ou 240 gros, parce que le ducat est composé de 24 gros. La monnoie de change s'entend toûjours ducat de banco, qui est imaginaire, 100 desquels font 120 ducats monnoie courante. Ainsi la différence des ducats de banco & des ducats courans, est de 20 pour cent, étant défendu aux courtiers de traiter à plus haut prix.

La banco se ferme quatre fois l'année ; savoir, le 20 Mars, le 20 Juin, le 20 Septembre, & le 20 Décembre, & chaque fois pour vingt jours : mais on n'en négocie pas moins sur la place. Il y a encore des clôtures extraordinaires qui sont de huit à dix jours, pour le carnaval, la semaine sainte, & on le ferme encore chaque vendredi de la semaine, quand il n'y a point de fête, & cela pour faire le bilan. Voyez BILAN.

M. Savary, dans son dictionnaire, explique la maniere dont se négocient ou se payent les lettres de change au banco. Voyez le dictionn. du Comm. tome I. pag. 817. (G)


BANCOK(Géog.) fort d'Asie, au royaume de Siam, dans les Indes. Long. 119. lat. 13. 25.


BANDA(Géog.) sept îles d'Asie, vers le quatrieme degré de latitude méridionale.


BANDAGES. m. terme de Chirurgie, est l'application d'une ou de plusieurs bandes autour d'une partie malade. L'utilité des bandages est de contenir dans une situation naturelle les parties dérangées, de faire compression sur quelque vaisseau, de maintenir les médicamens, compresses, & autres pieces d'appareil. Un seul bandage produit quelquefois les trois effets en même tems.

Les bandages sont différens suivant les parties sur lesquelles on applique les bandes. Voyez BANDE. Par rapport à leurs usages, il y a des bandages contentifs, unissans, incarnatifs, divisifs, compressifs, expulsifs. Voyez ces mots.

La méthode de faire chaque bandage a des regles particulieres, dont le détail seroit trop long. Il ne faut pas en général que les bandages soient trop lâches ni trop serrés. Il faut avoir soin de garnir de linge mollet ou de charpie les cavités sur lesquelles on doit faire passer les bandes, afin que leur application soit plus exacte.

Pour bien appliquer une bande, on doit mettre la partie en situation, tenir le globe de la bande dans sa main, & n'en dérouler à mesure que ce qu'il en faut pour couvrir la partie.

Pour bien lever la bande, il faut mettre la partie en situation, décoller les endroits que le pus on le sang a collés, recevoir d'une main ce que l'autre aura défait, & ne point ébranler la partie par des secousses.

On divise les bandages en simples & en composés. Le simple se divise en égal & en inégal. L'égal est appellé circulaire, parce que les tours de bande ne doivent point se déborder. L'inégal est celui dont les circonvolutions sont inégales, & plus ou moins obliques. On en fait de quatre especes, connues sous le non de doloire, de mousse ou obtus, de renversé, & de rampant. Voyez ces mots.

Le bandage est dit composé, lorsque plusieurs bandes sont cousues les unes aux autres en différens sens, ou qu'elles sont fendues en plusieurs chefs ; telles sont le T pour le fondement, voyez T ; le suspensoir pour les bourses, voyez SUSPENSOIR ; la fronde pour les aisselles, le menton, &c. Voyez FRONDE.

Le bandage à dix-huit chefs est un des plus composés : on s'en sert pour les fractures compliquées des extrémités. Ce sont autant de bandes courtes qui ne font que se croiser sur la partie, & qui permettent les pansemens sans déranger la partie blessée. Voyez la fig. 10. Pl. XXI.

On donne aussi le nom de bandage à des instrumens faits de différentes matieres, comme fer, cuivre, cuir, &c. tels sont le bandage pour contenir les hernies ou descentes, voyez BRAYER ; le bandage pour la chûte ou descente de matrice, voyez CHUTE DE MATRICE ; le bandage pour les hémorrhoïdes, voyez HEMORRHOÏDES ; celui pour la réunion du tendon d'Achille, voyez PANTOUFLE.

BANDAGE DE CORPS, est une serviette ou piece de linge en deux ou trois doubles, capable d'entourer le corps ; voyez fig. 1. Planche XXX. les extrémités se croisent & s'attachent l'une sur l'autre avec des épingles. Ce bandage sert à la poitrine & au bas-ventre ; on le soûtient par le scapulaire. Voyez SCAPULAIRE.

Bandage pour la compression de l'urethre, dont M. Foubert se sert à l'instant qu'il doit faire l'opération de la taille à sa méthode. Pl. IX. fig. 5. (Y)

BANDAGE, (terme de Fonderie) les Fondeurs en grand donnent ce nom à un assemblage de plusieurs bandes de fer plat qu'on applique sur les moules des ouvrages qu'on veut jetter en fonte, pour empêcher qu'ils ne s'écrasent & ne s'éboulent par leur propre pesanteur. Voyez FONDERIE & les Planches des figures de bronze.

BANDAGE DU BATTANT, en Passementerie, est une grosse noix de bois plate, percée de plusieurs trous dans sa rondeur, & de quatre autres trous dans son épaisseur. Les trous de la rondeur servent à introduire, à choix & suivant le besoin, dans l'un d'eux un bâton ou bandoir, qui tient & tire à lui la corde attachée au battant. Lorsque le métier ne travaille plus, on détortille cette corde d'alentour de ce bâton, qui s'en va naturellement par sa propre force s'arrêter contre la barre d'en-haut du chassis. Les quatre trous de l'épaisseur de cette noix, sont pour passer les bouts des deux cordes qui tiennent de part & d'autre au chassis du métier. Ces cordes sont serrées fortement par les différens tours qu'on leur fait faire avec la noix, au moyen du bâton ou bandoir qu'on enfonce dans les divers trous de la rondeur, & qui mene la noix à discrétion. Deux cordes sont attachées à ce bâton, & d'autre part aux deux épées du battant, qui de cette maniere est toûjours amené du côté de la trame pour la frapper. Voyez les Planc. du Passementier & leur explication.

Il y a encore le bandage du métier à frange, lequel est attaché au derriere du métier, comme il se voit dans les Planches du Passementier ; il sert par la mobilité d'une petite poulie qui est à son extrémité, à faire lever & baisser alternativement les lissettes des luisans & chaînettes qui ornent la tête de franges.


BANDEtroupe, compagnie, (Gramm.) termes synonymes, en ce qu'ils marquent tous multitude de personnes ou d'animaux. Plusieurs personnes jointes pour aller ensemble, font la troupe ; plusieurs personnes séparées de la troupe, font la bande ; plusieurs personnes que des occupations, un intérêt, un emploi, réunissent, forment la compagnie. Il ne faut pas se séparer de sa troupe pour faire bande à part. Il faut avoir l'esprit & prendre l'intérêt de sa compagnie. On dit une troupe de comédiens, une bande de violons, & la compagnie des Indes. On dit aussi une bande d'étourneaux, des loups en troupe, deux tourterelles de compagnie.

Bande est encore synonyme à troupe. On dit d'une troupe de soldats qui combattent sous le même étendart, que c'est une bande.

Romulus divisa les légions par cohortes, & les cohortes en manipules, du nom de l'enseigne sous laquelle elles combattoient, & qui étoit alors une poignée de foin au bout d'une pique, manipulus. Voyez ENSEIGNE & LEGION.

M. Beneton croit que le mot de ban a donné origine à celui de bande. D'abord que le ban étoit publié, dit-il, tous les militaires d'un gouvernement étant assemblés, on les partageoit en différentes bandes ou compagnies ; les unes de cavaliers ou d'hommes d'armes, les autres de soldats ou fantassins, chacune sous le commandement d'un senior, c'est-à-dire du plus élevé ou du plus considéré d'entre tous ceux qui composoient la bande.... Du terme de ban sont venus ceux de bande & de bannieres, pour exprimer des hommes attroupés & des enseignes. Une bande étoit un nombre de soldats unis sous un chef, & l'enseigne qui servoit à la conduite de ces soldats étoit aussi une bande ou une banniere. La bande enseigne donna son nom à chaque troupe assez considérable pour avoir une enseigne. Les bandes ou montres militaires d'autrefois, étoient ce que nous appellons présentement des compagnies.

Ainsi dans nos historiens, les vieilles bandes signifient les anciens régimens, les troupes aguerries. Il y est aussi parlé des bandes noires, soit que leurs enseignes fussent noires, soit qu'elles portassent des écharpes de cette couleur, comme c'étoit autrefois la mode dans les armées pour distinguer les divers partis.

BANDE, (Hist. mod.) ordre militaire en Espagne, institué par Alphonse XI. roi de Castille, l'an 1332. Il prend son nom de banda, bande ou ruban rouge, passé en croix au-dessus de l'épaule droite, & au-dessous au bras gauche du chevalier. Cet ordre n'étoit que pour les seuls cadets des maisons nobles. Les aînés des grands en sont exclus ; & avant que d'y être admis, il falloit nécessairement avoir servi dix ans au moins, soit à l'armée ou à la cour. Ils étoient tenus de prendre les armes pour la défense de la foi catholique contre les infideles. Le roi étoit grand maître de cet ordre, qui ne subsiste plus. (G)

BANDE, s. f. (Gram.) c'est en général un morceau de drap, de toile, de fer, de cuivre, & de toute autre matiere, dont la largeur & l'épaisseur sont peu considérables relativement à la longueur.

Le mot bande présente assez ordinairement à l'esprit l'idée d'attache & de lien ; cependant ce n'est pas-là toûjours la destination de la bande.

Les termes, bande, lisiere, barre, peuvent être considerés comme synonymes ; car ils désignent une idée générale qui leur est commune, beaucoup de longueur sur peu de largeur & d'épaisseur : mais ils sont différenciés par des idées accessoires. La lisiere indique longueur prise ou levée sur les extrémités d'une piece ou d'un tout ; bande, largeur prise dans la piece, avec un peu d'épaisseur ; barre, une piece ou un tout même, qui a beaucoup de longueur sur peu de largeur avec quelqu'épaisseur. Ainsi on dit la lisiere d'un drap ; une bande de toile ; une barre de fer.

BANDES de Jupiter, en Astronomie, sont deux bandes qu'on remarque sur le corps de Jupiter, & qui ressemblent à une ceinture ou baudrier. Voyez JUPITER.

Les bandes ou ceintures de Jupiter sont plus brillantes que le reste de son disque, & terminées par des lignes paralleles. Elles ne sont pas toûjours de la même grandeur, & elles n'occupent pas toûjours la même partie du disque.

Elles ne sont pas non plus toûjours à la même distance : il semble qu'elles augmentent & diminuent alternativement. Tantôt elles sont fort éloignées l'une de l'autre ; tantôt elles paroissent se rapprocher : mais c'est toûjours avec quelque nouveau changement. Elles sont sujettes à s'altérer de même que les taches du Soleil : une tache très-considérable que M. Cassini avoit apperçue sur Jupiter en 1665, ne s'y conserva que près de deux années. Elle parut pendant tout ce tems immobile au même endroit de la surface. On en détermina pour lors la figure, aussi-bien que la situation par rapport aux bandes. Elle disparut enfin en 1667, & ne reparut que vers l'an 1672, où l'on continua de l'appercevoir pendant trois années consécutives. Enfin elle s'est montrée & cachée alternativement ; de maniere qu'en 1708, on comptoit depuis 1665 huit apparitions complete s. C'est par les révolutions de cette tache observées un grand nombre de fois, qu'on a découvert le tems de la révolution de Jupiter autour de son axe.

Il est vraisemblable que la terre que nous habitons est dans un état plus tranquille & bien différent de celui de Jupiter ; puisque l'on observe dans la surface de cette planete des changemens, tels qu'il en arriveroit sur notre globe, si l'Océan, par exemple, changeant de lieu venoit à se répandre indifféremment sur toutes les terres, ensorte qu'il s'y formât de nouvelles mers, de nouvelles îles, & de nouveaux continens. Inst. astron. de M. le Monnier.

M. Huyghens a aussi découvert une espece de bande fort large dans la planete de Mars, qui est beaucoup plus foncée que le reste du disque, dont elle n'occupe que la moitié. (O)

BANDES, en Architecture, se dit des principaux membres des architraves, des chambranles, impostes, & archivoltes, qui pour l'ordinaire ont peu de saillie & de hauteur sur une grande étendue. On les nomme aussi fasce, du latin fascia, dont Vitruve se sert pour exprimer la même chose. Voyez PLATE-BANDE.

On donne encore, dans les édifices bâtis de brique, le nom de bande aux bandeaux de cette matiere qui sont aux pourtours, ou dans les trumeaux des croisées.

On dit aussi bande de colonne, lorsqu'on veut parler du bossage dont on orne quelquefois le nud des ordres rustiques, comme aux colonnes du Luxembourg pointillées ou vermiculées ; à celles du vieux Louvre ; aux colonnes taillées d'ornemens de peu de relief, comme aux galeries du même palais du côté de la riviere. Voyez BOSSAGES. (P)

BANDE, en terme de Marine, signifie côté.

Bande du nord, c'est-à-dire le côté du nord ou latitude septentrionale.

Bande du sud, ou latitude méridionale.

Bande se dit encore du côté ou flanc du vaisseau : avoir son vaisseau à la bande, mettre son vaisseau à la bande, c'est le faire pancher par un côté appuyé d'un ponton, afin qu'il présente l'autre flanc quand on veut le nettoyer, ou lui donner le radoub, le braier & étancher quelque voie d'eau.

Tomber à la bande, c'est tomber sur le côté.

BANDE de sabords, terme de Marine, c'est toute une rangée de sabords sur le côté du vaisseau.

BANDE ou litre de toile goudronnés, qu'on met quelquefois sur les coutures d'un vaisseau.

BANDE, en terme de Chirurgie, est une ligature beaucoup plus longue que large, qui sert à tenir quelque partie du corps enveloppée & serrée, pour la maintenir dans un état sain, ou le lui procurer.

La bande consiste en trois parties, le corps & les deux extrémités, que quelques-uns appellent têtes ou chefs : & d'autres, queues. Il y a des bandes à un seul chef, c'est-à-dire qui ne sont roulées qu'à un bout, fig. 21. Planc. II. & d'autres à double chef, fig. 22. Planc. II.

De plus, il y en a qui sont roulées également, comme celles pour les fractures & les dislocations ; d'autres qui sont divisées en plusieurs chefs, comme celles pour la tête, le menton ; d'autres sont composées de plusieurs bandelettes unies & cousues ensemble, comme celles pour les testicules. Quelques-unes sont fort larges, comme celles pour la poitrine, le ventre, &c. d'autres étroites, comme celles pour les levres, les doigts, &c. Guidon conseille de faire la bande pour l'épaule, de six doigts de large ; celle pour la cuisse, de cinq ; celle pour la jambe, de cinq ; celle pour le bras, de trois ; & celle pour le doigt, d'un.

Il y a deux sortes de bandes, les unes sont remedes par elles-mêmes ; telles sont celles qui servent aux fractures simples, à réunir les plaies, arrêter les hémorrhagies, &c. Les autres ne sont que contentives, c'est-à-dire qu'elles ne servent qu'à contenir les médicamens. La matiere des bandes est ordinairement du linge médiocrement fin, un peu élimé. Les bandes doivent être coupées à droit fil, & n'avoir ni ourlet ni lisiere. Voyez BANDAGE. (Y)

BANDE, (Commerce) petit poids d'environ deux onces, dont on se sert en quelques endroits de la côte de Guinée pour peser la poudre d'or. Diction. du Comm. tom. I. p. 818. (G)

BANDE, en terme de Blason, armoirie formée par deux lignes tirées diagonalement ou transversalement, c'est-à-dire depuis le champ de l'écusson à la droite, jusqu'au bas de la gauche, en représentation d'un baudrier ou d'une écharpe passée sur l'épaule.

La bande est une des dix pieces honorables ordinaires : elle occupe la troisieme partie du champ, lorsqu'il est chargé, & la cinquieme lorsqu'il est uni. Elle est quelquefois dentelée, engrelée, &c. les héraults d'armes parlent d'une bande dextre & d'une bande senestre : une bande se divise en bandelette, qui est la sixieme du champ ; en jarretiere, qui est la moitié d'une bande ; en valeur, qui est le quart de la bande ; & en ruban, qui est la moitié de la valeur. Bande dextre est celle qui se nomme en terme propre & absolu bande, comme elle est définie plus haut, le mot dextre lui est annexé par l'usage, pour obvier à des méprises & la distinguer de la bande senestre, qui est ce que les héraults d'armes françois appellent barre. Voyez BARRE.

BANDE d'une selle, se dit, en Manége, de deux pieces de fer plates, larges de trois doigts, clouées aux arçons pour la tenir en état. Mettre un arçon sur bande, c'est cloüer les deux bouts de chaque bande à chaque côté de l'arçon. Outre ces deux grandes bandes, l'arçon de devant en a une petite appellée bande de garrot, avec un croissant pour tenir en état l'arcade du garrot. L'arçon de derriere a aussi une petite bande pour le fortifier. (V)

BANDE DE DERRIERE, en Bourserie, c'est une bande de cuir attachée aux deux bouts de la cartouche en-dessous, par laquelle on passe une autre bande de cuir qui sert à porter la cartouche. Voyez CARTOUCHE.

BANDES, chez les Imprimeurs, sont deux grandes tringles de bois de quatre piés & demi de long, sur trois pouces de large, recouvertes de lames de fer poli, ou à arrête, placées dans le milieu du berceau de la presse, sur lesquelles roule le train. Voyez BERCEAU DE PRESSE.

BANDES DE TOISES, dans les Salines, & particulierement à Moyenvic, ce sont des cercles de fer par lesquels le haut des poëles est ceint & terminé.

BANDES DE TOUR, terme de Pâtisserie, long morceau de pâte que les Pâtissiers nomment ainsi parce qu'il se met autour d'une tourte ou d'une autre piece, pour en contenir les parties intérieures ou supérieures.

Bande se dit encore, en Pâtisserie, d'un petit cordon de pâte qu'on étend en croix sur une tourte, & dont on forme plusieurs petits quarreaux qui servent d'agrémens à la piece.

BANDES DE BILLARD, terme de Paumier ; ce sont quatre grandes tringles de bois rembourrées de lisieres de drap, & recouvertes de morceaux de drap vert qui y sont attachés avec des clous de cuivre : on fixe ces bandes sur les bords de la table du billard par-dessus le tapis, avec des vis qui entrent dans la table ; ces bandes sont rembourrées d'une maniere bien ferme, afin de renvoyer les billes qui viennent y frapper.


BANDÉadj. en Blason, terme qui convient à l'écusson également partagé en bandes : si les partitions sont en nombre impair, il faut d'abord nommer le champ, ensuite le nombre des bandes. Voyez BANDE & PARTI BANDE. Miolans en Savoie, bandé d'or & de gueules. (V)


BANDEAUsubst. f. (Architecture) plate-bande unie, qui se pratique autour des croisées ou arcades d'un bâtiment où l'on veut éviter la dépense, & qui differe des chambranles en ce que ceux-ci sont ornés de moulures, & que les bandeaux n'en ont point, à l'exception quelquefois d'un quart de rond, d'un talon, ou d'une feillure, que l'on introduit sur l'arrête du tableau de ces mêmes portes ou croisées. (P)

* BANDEAU, s. m. c'est, en Art militaire, le nom d'une des pieces de la ferrure de l'affut du canon, appliquée sur le flasque à l'endroit de la croce dont elle imite le ceintre. Elle sert à fortifier cette partie de l'affut. Voyez à l'article CANON le détail & les proportions des parties de l'affut. Dans celui d'une piece de huit livres de balles, le bandeau peut avoir 6 piés 9 pouces 6 lignes, de largeur 3 pouces 4 lignes, & d'épaisseur 3 lignes.

BANDEAU, s. m. les ouvriers qui exécutent des couronnes de souverains, de quelque maniere que ce soit, entendent par le bandeau la partie de la couronne qui la termine circulairement par en-bas, & qui ceint le front de celui qui la porte : ainsi, Planche derniere de la Serrurerie en ornemens, la partie de couronne q q qu'on voit chargée de diamans, est le bandeau de la couronne.

BANDEAU, en Menuiserie, est une planche mince & étroite qui est au pourtour des lambris par le haut, & qui tient lieu de corniche lorsqu'il n'y en a point.


BANDELETTES. f. (en Architecture) moulure plate qui a ordinairement autant de saillie que de hauteur, comme celle qui couronne l'architrave toscan & dorique, & qui se nomme filet ou listeau, selon la place qu'elle occupe dans les corniches ou autres membres d'architecture. (P)


BANDER un arcterme d'Architecture, ou une plate-bande, c'est en assembler les voussoirs & claveaux sur les ceintres de charpente, & les fermer avec la clé.

On dit aussi bander un cable, en faisant tourner le treuil d'un gruau ou la roue d'une grue pour élever une pierre. (P)

BANDER une voile, c'est, en Marine, coudre à la voile des morceaux de toile de travers ou diagonalement, afin qu'elle dure plus long-tems. (Z)

BANDER, v. act. en terme de Bijoutier, c'est redresser une moulure, par exemple, en la bandant au banc sans la tirer avec violence. Voyez BANC.

BANDER, v. act. en terme de Pâtissier, c'est garnir une tourte de plusieurs petits cordons en croix.

BANDER le semple, dans les Manufactures en soie & boutiques de Passementiers, c'est donner aux cordes du semple une tension telle qu'on puisse prendre librement les cordes que le lacs amene.

BANDER, v. n. terme de Fauconnerie ; on dit de l'oiseau qui se tient sur les chiens faisant la cresserelle, cet oiseau bande au vent.

BANDER, une balle à la paume, c'est enlever une balle en mouvement ou arrêtée, & l'envoyer dans les filets.

BANDER les dames au trictrac, c'est les charger ou en trop mettre sur la même fleche. Voyez FLECHE.

* BANDER, (Géog.) ville du Mogolistan en Asie, dans le royaume & sur le golfe de Bengale, près de Chatignan, & à l'embouchure la plus orientale du Gange.

* BANDER-ABASSI ou GOMRON, (Géog.) ville maritime d'Asie dans la province de Kerman en Perse, sur le golfe d'Ormus. Long. 75. lat. 27.

* BANDER-CONGO, (Géog.) ville maritime d'Asie en Perse, sur le golfe Persique, dans la province de Farsistan.


BANDIERterme usité en quelques coûtumes, dans la même signification que banal. Voyez BANAL. (H)


BANDINSS. m. pl. (Marine) ce sont les lieux où l'on s'appuie quand on est debout dans la poupe, & qui sortent, outre la longueur du corps, d'environ une toise pour soûtenir avec les grandes consoles une espece de banc fermé par-dehors de petits balustres, qu'ils nomment jalousie de mestre de poupe, & d'une piece figurée à jour qu'ils nomment couronnement. Voyez dans la Planche III. fig. 2. la lettre C. qui marque les bandins. (Z)


BANDou AZMER. Voyez AZMER.


BANDOIRS. m. c'est ainsi que les Passementiers appellent le bâton qui passe dans la noix du bandage du battant. Voyez BANDAGE.


BANDOULIERES. f. (Art milit.) est un large baudrier de cuir passé par-dessus l'épaule droite, & pendant en-bas au-dessous du bras gauche, porté par les anciens mousquetaires, tant pour soutenir leurs armes à feu, que pour le port de leurs cartouches ; lesquelles étant mises dans de petits étuis de bois, couverts de cuir, étoient pendues au nombre de 12 à chaque bandouliere.

Ce mot est originairement françois, bandoullier, formé apparemment de bandoulier, une sorte de bandits infestans particulierement les Pyrenées, lesquels étoient autrefois distingués par cette piece de fourniture, & étoient eux-mêmes ainsi dénommés, quasi ban de voliers, une bande de voleurs.

Les cavaliers portent encore la bandouliere de même que les soldats. Ces bandoulieres sont de bufle : celles des premiers ont deux pouces de largeur, & celles des autres seulement un pouce & demi.

Les gardes du corps du Roi portent aussi la bandouliere ; & lorsqu'ils sont à cheval, ils y attachent leur mousqueton ou leur carabine. Cette bandouliere est toute unie & sans devise. Le fond est d'argent, parce que la couleur blanche a toûjours été la couleur Françoise, soit dans les drapeaux, soit dans les écharpes : c'est pourquoi la bandouliere de la compagnie Ecossoise, qui est la plus ancienne : est de blanc ou d'argent plein. Quand les autres compagnies furent instituées, on ajoûta une autre couleur à chacune pour les distinguer. La premiere & plus ancienne de ces compagnies, dont M. le duc de Villeroy est aujourd'hui capitaine, a le verd ajoûté à l'argent ; celle dont M. le duc de Luxembourg est capitaine, à le jaune avec l'argent ; & celle de M. le duc de Charost, a le bleu avec l'argent. Daniel, hist. de la milice Françoise. Ce sont les Ceinturiers qui font & vendent les bandoulieres. (Q)


BANDURA(Hist. nat. bot.) plante indienne qui ressemble à la gentiane par sa graine & par son fruit ; mais particulierement remarquable par une gaîne & follicule qui a la figure d'un penis, de plus d'un pié de long, & plus gros que le bras. Elle est attachée à l'arbre, & est à moitié pleine d'une liqueur agréable à boire. Sa racine est astringente ; ses feuilles rafraîchissent & humectent ; le suc qu'on en tire, pris intérieurement, peut soulager dans les fievres ardentes ; & appliqué extérieurement, guérir les érésipeles & les autres éruptions inflammatoires.


BANÉE(Géog. sainte) ville de la Palestine dans la tribu de Dan, sur les confins de celles de Juda & de Benjamin.


BANGOR(Géog.) ville d'Angleterre dans la principauté de Galles, au comté de Carnarvan, sur le détroit de Menay, vis-à-vis l'île d'Anglesey. Long. 13. 4. lat. 53. 14.


BANGUou chanvre des Indes, (Hist. nat. bot.) Acosta dit que cette plante ressemble beaucoup à notre chanvre ; que sa tige est haute de cinq palmes, quarrée, d'un verd clair, difficile à rompre, & moins creuse que celle du chanvre ; qu'on peut tiller, préparer & filer son écorce, & qu'elle a la feuille du chanvre.

Il ajoûte que les Indiens en mangent la graine & les feuilles pour s'exciter à l'acte vénérien.

Prise en poudre avec l'areca, l'opium & le sucre, elle endort ; avec le camfre, le macis, le girofle & la muscade, elle fait rêver agréablement ; avec l'ambre gris, le musc & le sucre en électuaire, elle réveille.

Elle croît dans l'Indostan & autres contrées des Indes orientales.


BANIALUCou BAGNALUC, ville de la Turquie en Europe, capitale de la Bosnie, sur les frontieres de la Dalmatie, proche la riviere de Setina. Long. 35. 20. lat. 44. 20.


BANIANou BANJANS, s. m. pl. (Hist. ecclés.) secte d'idolatres répandus dans l'Inde, mais principalement dans le Mogol & dans le royaume de Cambaye. Ils croyent qu'il y a un Dieu créateur de l'univers : mais ils ne laissent pas que d'adorer le diable qui est disent-ils, créé pour gouverner le monde & faire du mal aux hommes. Ils le représentent sous une figure effroyable dans leurs mosquées, où leur bramine ou prêtre se tient assis auprès de l'autel, & se leve de tems en tems pour faire quelques prieres, & marquer au front ceux qui ont adoré le diable. Il leur fait une marque jaune, en les frottant d'une composition faite d'eau & de bois de sandal, avec un peu de poudre de riz broyé.

Leur dogme principal est la métempsycose ; aussi ils ne mangent & même ils ne vendent point de chair des animaux, du poisson, en un mot de tout ce qui a eu vie, dans la crainte de vendre un corps dans lequel pourroit avoir passé l'ame de leur pere. Ils se font même un point de religion & un très-grand mérite de délivrer les animaux des mains de ceux qui veulent les tuer.

La purification du corps est leur cérémonie la plus essentielle : c'est pourquoi ils se lavent tous les jours jusqu'aux reins, tenant à la main un brin de paille que le bramine leur donne pour chasser le malin esprit, & pendant cette cérémonie, le bramine les prêche. Ils regardent tous les hommes d'une religion différente de la leur comme impurs, & craignent tellement d'avoir communication avec eux, que si ceux-ci viennent à boire dans leur tasse ou simplement à la toucher, les Banians la brisent ; & qu'ils tarriroient une fontaine ou tout autre réservoir dans lequel un Mahométan ou un Juif, &c. se seroient baignés : lors même qu'ils se touchent les uns les autres. il faut qu'ils se purifient avant que d'entrer chez eux, de manger, &c. Ils portent pendue à leur cou, une pierre nommée tamberan, percée par le milieu, & suspendue par trois cordons. Cette pierre qui est de la grosseur d'un oeuf, représente, disent-ils, leur grand Dieu ; ce qui les rend fort respectables à la plûpart des Indiens. Les Banians sont divisés en quatre-vingt-trois castes ou sectes principales, sans compter les autres moins considérables qui se multiplient presqu'à l'infini ; parce qu'il n'y a presque point de familles qui n'ait ses superstitions & ses cérémonies particulieres. Les quatre premieres sectes auxquelles toutes les autres se rapportent sont celles de Ceurawath, de Samarath, de Brinow & de Gocghi. Voyez CEURAWATH, BRINOW, &c. Mandeslo, tome II. d'Olearius. (G)


BANISTERES. f. (Hist. nat. bot.) plante américaine dont la fleur est en papillon, & fait place à une semence unie semblable à celle de l'érable. Milet en distingue cinq especes : elles aiment les lieux chauds, les bois, & s'attachent aux arbres & aux autres plantes. Quelques-unes ont quatre à cinq piés de haut ; d'autres s'élevent à huit, dix, douze, quatorze. Si elles ne rencontrent point d'appui, elles se rompent. Les trois premieres especes sont communes dans les bois de la Jamaïque : les deux autres ont été trouvées aux Indes occidentales, proche Carthagene.


BANLIEUEterme de Jurisprudence, est une lieue à l'entour de la ville, au-dedans de laquelle se peut faire le ban, c'est-à-dire les proclamations de la ville, & jusqu'où s'étend l'échevinage & justice d'icelle. (H)


BANNASSESS. f. pl. c'est ainsi qu'on appelle dans les Salines, des civieres dont se servent les socqueurs pour porter les cendres du fourneau au cendrier. Voyez Pl. IV. fig. 28. une bannasse. Cette machine n'a pas besoin de description.


BANNES. f. (Commerce) grande toile ou couverture qui sert à couvrir quelque chose, à la garantir du soleil, de la pluie, ou autres injures de l'air.

Les marchandes Lingeres appellent aussi banne une toile de cinq ou six aunes de long, & d'environ trois quarts de large, qu'elles attachent sous l'auvent de leur boutique, & qui leur sert comme de montre.

Banne, qu'on nomme aussi manne & mannette, est un grand panier d'osier fendu, plus long que large, & de peu de profondeur, qui sert à emballer certaines sortes de marchandises.

Banne se dit d'une grande toile dont on couvre les bateaux de grains ou de drogues, d'épiceries & d'autres marchandises, pour les préserver du mauvais tems.

Banne est encore la piece de toile que les rouliers & autres voituriers par terre mettent sur les balles, ballots, & caisses qu'ils voiturent, pour les conserver. (G)

BANNE, s. f. voiture dont on se sert pour transporter le charbon. Elle est à deux roues : la partie antérieure de son fond s'ouvre & se ferme ; se ferme tant qu'on veut conserver la voiture pleine ; s'ouvre quand on veut la vuider. Ses côtés sont revêtus de planches, vont en s'évasant, & forment une espece de boîte oblongue, plus ouverte par le haut que par le bas, de quatre à quatre piés & demi de long sur deux piés à deux piés & demi de large par le bas, & trois piés à trois piés & demi de large par le haut, & sur environ deux piés de hauteur perpendiculaire. Voyez Pl. de charbon, la banne A B C D, & le développement de son fond & de son derriere, E F G H I K L M.

BANNE. Voyez BACHE.


BANNEAUest quelquefois la même chose, ou un diminutif de la banne ; quelquefois c'est une mesure des liquides, & quelquefois un vaisseau propre à les transporter. On s'en sert de cette derniere espece pour porter la vendange ; & les Vinaigriers qui courent la campagne, ont aussi des banneaux, dont deux sont la charge d'un cheval : ceux-ci sont couverts par-dessus, & ont en-bas une canelle ou robinet pour tirer le vinaigre. Banneau est aussi le nom de tinettes de bois, qu'on met des deux côtés d'un cheval de bât ou autre bête de somme, pour transporter diverses sortes de marchandises : il contient environ un minot de Paris.


BANNERETS. m. (Hist. de la chevalerie) outre ce qu'on en dit dans le Dictionnaire, voyez sur le titre & la qualité de banneret, la neuvieme dissertation de du Cange à la suite de Joinville, les dissertations du pere Honoré de sainte-Marie, sur la chevalerie ; la milice françoise du pere Daniel, livre III. le traité de la noblesse, par de la Roque, chap. x. le Laboureur, de la pairie ; du Tillet, recueil des rois de France, Pasquier, le pere Ménetrier.

Le banneret avoit un rang supérieur au bachelier, ou simple chevalier ; car ces deux mots qu'on a voulu distinguer, sont absolument synonymes. En effet, les chevaliers bacheliers dans les anciennes montres des gens d'armes, sont compris sans aucune différence sur le même pié que les chevaliers ; ils reçoivent également le double de la paye des écuyers, & la moitié de celle des bannerets. Je crois qu'ils sont les mêmes que les chevaliers appellés chevalier d'un écu dans l'ordre de chevalerie, peut-être à cause qu'ils n'avoient pour leur défense que leur propre écu, & non comme les bannerets les écus de plusieurs autres chevaliers. Voyez encore dans le livre d'Antomé de la Sale, intitulé la Salade, comment un chevalier étoit fait banneret. Le même auteur rapporte les cérémonies usitées pour l'institution des barons, des vicomtes, des comtes, des marquis, & des ducs.

Si le chevalier étoit assez riche, assez puissant pour fournir à l'état un certain nombre de gens d'armes, & pour les entretenir à ses dépens, on lui accordoit la permission d'ajouter au simple titre de chevalier, ou chevalier bachelier, le titre plus noble & plus relevé de chevalier banneret. La distinction de ces bannerets consistoit à porter une banniere quarrée au-haut de leur lance ; au-lieu que celle des simples chevaliers étoit prolongée en deux cornettes ou pointes, telles que les banderolles qu'on voit dans les cérémonies des églises. D'autres honneurs étoient encore offerts à l'ambition des bannerets ; ils pouvoient prétendre aux qualités de comtes, de barons, de marquis, de ducs ; & ces titres leur assuroient à eux & même à leurs femmes, un rang fixe auquel on reconnoissoit du premier coup d'oeil, la grandeur & l'importance des services qu'ils avoient rendus à l'état : divers ornemens achevoient de caractériser leur mérite & leurs exploits. Mémoires sur la chevalerie, par M. de Sainte-Palaye. (D.J.)


BANNETONS. m. chez les Boulangers, est une espece de panier d'osier sans anses, rond, & revêtu en-dedans d'une toile. On y met lever le pain rond. Voyez Pl. du Boulanger, fig. 3.

BANNETON, est une espece de coffre fermant à clé, que les pêcheurs construisent sur les rivieres pour y pouvoir garder leur poisson. Il est percé dans l'eau & sert de réservoir. On dit aussi bascule ou boutique.


BANNETTEespece de panier, fait de menus brins de bois de châtaigner, fendus en deux & entrelacés les uns dans les autres, qui sert à mettre des marchandises pour les voiturer & transporter. Souvent on se sert de deux bannettes pour les marchandises qui sont un peu de conséquence : on en met une dessous, & l'autre dessus qu'on nomme la coeffe ; quelquefois on ne se sert que d'une bannette avec une toile par-dessus.

BANNETTE, est encore un terme usité parmi les Boucaniers françois, pour signifier un certain nombre de peaux de taureaux, bouvarts, vaches, &c. La bannette contient un ou deux taureaux, ou un taureau & deux vaches, ou quatre vaches, ou trois bouvarts, autrement trois jeunes taureaux. On appelle ces cuirs bannettes, à cause de la maniere dont ils sont pliés.


BANNIEsubst. f. signifie en quelques Coûtumes, publication. On dit en Normandie banon dans le même sens.

Banni se dit aussi dans quelques Coûtumes adjectivement, & signifie publié ou crié en justice. C'est en ce sens qu'on dit, une terre bannie, une espave bannie. (H)


BANNIERESS. f. (Jurisprud.) registres distingués de ceux des audiences, pour l'enregistrement de toutes les ordonnances & lettres patentes adressées au châtelet, & pour tous les autres actes dont la mémoire doit être conservée à la postérité. Ils ont été commencés en 1461 par Robert d'Etouteville, prevôt de Paris : on les a continués ; on en étoit en 1722 au treizieme volume. C'est l'une des attributions du greffier des insinuations, qui a été créé depuis ce tems, d'en être le dépositaire & d'en délivrer des expéditions.

BANNIERE, sub. f. terme de Marine. Voyez PAVILLON. Le mot de banniere n'est en usage que dans quelques cantons de la Méditerranée, où l'on dit la banniere de France, la banniere de Venise, pour dire le pavillon de France, le pavillon de Venise. Mettre les perroquets en banniere. Voyez PERROQUET. (Z)


BANNIMUS(Hist. mod.) mot de la basse latinité, qui exprime dans l'université d'Oxford l'expulsion d'un membre qui a mérité cette peine. On affichoit dans un carrefour ou autre endroit public, la sentence d'expulsion, à ce que nul n'en prétendît cause d'ignorance. (G)


BANNISSEMENTS. m. (Jurisprud.) est un exil ordonné par un jugement en matiere criminelle, contre un accusé convaincu.

Le bannissement est ou perpétuel ou à tems.

Lorsqu'il est perpétuel, il équivaut à la déportation qui étoit en usage chez les Romains ; il emporte la mort civile : & conséquemment confiscation de biens.

Mais quand il n'est qu'à tems, il répond à-peu-près à la relégation des Romains ; il ne fait point perdre au banni les droits de citoyen, & n'emporte point la confiscation de ses biens.

La peine du banni, qui ne garde point son ban, est la condamnation aux galeres. (H)


BANNOCHBURou BANNOCHRON, (Géog.) petite ville d'Ecosse, à deux milles de Sterling, sur une riviere de même nom.


BANQUES. f. (Commerce) nous réunirons sous ce titre plusieurs expressions & termes de commerce usités dans le trafic de la banque, comme avoir un compte en banque, avoir crédit en banque, ouvrir un compte en banque, donner crédit en banque, écrire une partie en banque, créditer quelqu'un en banque, écritures de banque.

Avoir un compte en banque, c'est y avoir des fonds & s'y faire créditer ou débiter, selon qu'on veut faire des payemens à ses créanciers en argent, ou en recevoir de ses débiteurs en argent de banque, c'est-à-dire en billets ou écritures de banque.

Avoir crédit en banque, c'est être écrit sur les livres de la banque, comme son créancier ; & y avoir débit, c'est en être débiteur.

Ouvrir un compte en banque, c'est la premiere opération que font les teneurs de livres d'une banque, lorsque les particuliers y portent des fonds pour la premiere fois.

Donner crédit en banque ; c'est charger les livres de la banque des sommes qu'on y apporte, ensorte qu'on fait débiter sa caisse, c'est-à-dire, qu'on la rend débitrice à ceux qui y déposent leurs fonds.

Ecrire une partie en banque ; c'est faire enregistrer dans les livres de la banque, le transport mutuel qui se fait par les créanciers & les débiteurs des sommes ou de portions des sommes qu'ils ont en banque, ce qu'on appelle virement de parties. Voyez VIREMENT.

Créditer quelqu'un en banque ; c'est le rendre créancier de la banque ; le débiter, c'est l'en rendre débiteur.

Ecritures en banque, ce sont les diverses sommes pour lesquelles les particuliers, marchands, négocians & autres, se sont fait écrire en banque.

BANQUE d'emprunt, en Hollandois bankvanleeninge, c'est une espece de mont de piété établi à Amsterdam, où l'on prête de l'argent aux particuliers qui en ont besoin, moyennant qu'ils y déposent des gages pour la sûreté des sommes prêtées, & qu'ils payent l'intérêt reglé à tant par mois par les bourguemestres ou échevins ; c'est ce qu'on appelle plus communément la maison des lombards, ou le lombard. Voyez LOMBARD.

BANQUE, (Commerce) se dit encore de certaines sociétés, villes ou communautés, qui se chargent de l'argent des particuliers pour le leur faire valoir à gros intérêts, ou pour le mettre en sûreté.

Il y a plusieurs especes de banques établies dans les plus grandes villes commerçantes de l'Europe, comme à Venise, Amsterdam, Rotterdam, Hambourg, Londres, Paris, &c.

On peut voir ce que nous avons dit sous le mot BANCO, de celle de Venise, sur le modele de laquelle les autres ont été formées, & dans le Dictionnaire du Commerce, de Savary, les détails dans lesquels il entre sur les banques d'Amsterdam & de Hambourg, aussi-bien que sur celle qui fut érigée en France en 1716, par le sieur Law & compagnie, sous le nom de banque générale, convertie en banque royale en 1718, & dont les billets, qui avoient monté à la somme de deux milliards six cent quatre-vingt-seize millions quatre cent mille livres, furent supprimés par arrêt du conseil du 10 Octobre 1720. Nous ne parlerons ici que de la banque royale d'Angleterre & de la banque royale de Paris, sur le pié qu'elles subsistent aujourd'hui, & ce que nous en dirons est emprunté du même auteur.

Banque royale d'Angleterre ; elle a les mêmes officiers que l'échiquier. Voyez ECHIQUIER. Le parlement en est garant ; c'est lui qui assigne les fonds nécessaires pour les emprunts qu'elle fait sur l'état.

Ceux qui veulent mettre leur argent à la banque en prennent des billets, dont les intérêts leur sont payés, jusqu'au jour du remboursement, à raison de six pour cent par an.

Les officiers de la banque royale font publier de tems en tems les payemens qu'ils doivent faire, & pour lors ceux qui ont besoin de leur argent le viennent recevoir. Il est cependant permis aux particuliers d'y laisser leurs fonds, s'ils le jugent à propos, & les intérêts leur en sont continués sur le même pié de six pour cent par an.

Comme il n'y a pas toûjours des fonds à la banque pour faire des payemens, ceux qui, dans le tems que la caisse de la banque est fermée, ont besoin de leur argent, négocient leurs billets à plus ou moins de perte, suivant le crédit que ces papiers ont dans le public, ce qui arrive ordinairement suivant les circonstances & le bon ou mauvais succès des affaires de l'état.

Banque royale de Paris, est celle qui fut établie en cette ville par arrêt du conseil du 4 Décembre 1718, dont le fonds ne pouvoit passer six cent millions. On appelloit en France bureau de la banque royale, les lieux où se faisoient les diverses opérations de cette banque, les payemens & les viremens de parties, soit en débit, soit en crédit, pour ceux qui y avoient des comptes ouverts. Les principaux de ces bureaux, après ceux de Paris, furent placés à Lyon, à la Rochelle, Tours, Orléans, & Amiens. Il y avoit deux caisses dans chaque bureau ; l'une en argent pour acquiter à vûe en billets, & l'autre en billets pour fournir de l'argent à ceux qui en demandoient.

" Dans les états qui font le commerce d'économie, dit l'auteur de l'esprit des Lois, on a heureusement établi des banques qui, par leur crédit, ont formé de nouveaux signes des valeurs : mais on auroit tort de les transporter dans les états qui font le commerce du luxe. Les mettre dans des pays gouvernés par un seul, c'est supposer l'argent d'un côté & de l'autre la puissance, c'est-à-dire, la faculté de tout avoir sans aucun pouvoir, & de l'autre le pouvoir sans aucune faculté ". Esprit des Lois, tome II. page 7.

Les compagnies & les banques achevent d'avilir l'or & l'argent dans leur qualité de signe, en multipliant par de nouvelles fictions, les représentations des denrées.

BANQUE, trafic, commerce d'argent qu'on fait remettre de place en place, d'une ville à une autre, par des correspondans & commissionnaires, par le moyen des lettres de change.

Le mot banque vient de l'Italien banca, formé de l'Espagnol banco, un banc sur lequel étoient assis les changeurs, ou banquiers, dans les marchés ou places publiques, ou d'une table sur laquelle ils comptoient leur argent, & qu'on nomme aussi en Espagnol banco. Guichard fait venir le nom de banque du Latin abacus, table, buffet. Voyez ABAQUE.

Il n'est pas nécessaire en France, d'être marchand pour faire la banque ; elle est permise à toutes sortes de personnes, même aux étrangers. En Italie, le commerce de la banque ne déroge point à la noblesse, particulierement dans les républiques.

Un négociant qui fait la banque, & qui veut avoir de l'ordre, doit tenir deux livres principaux ; l'un, appellé livre des traites, pour écrire toutes les lettres de change qu'il tire sur ses correspondans ; & l'autre, nommé livre des acceptations, sur lequel il doit écrire par ordre de date, les lettres de change qu'il est obligé d'acquiter, en marquant le nom du tireur, la somme, le tems de l'échéance, & les noms de ceux qui les lui ont présentées.

BANQUE, se dit aussi du lieu où les banquiers s'assemblent pour exercer leur trafic ou commerce ; on nomme ce lieu différemment, selon les pays : à Paris, c'est la place du change ; à Lyon, le change ; à Londres & à Rouen, la bourse ; à Marseille, la loge, &c. (G)

BANQUES à sel ; ce sont des greniers sur les frontieres de la Savoie, voisines de la France, où l'on débite du sel aux faux-sauniers François, à raison de quatre sous la livre, argent de France, poids de Geneve, qui est de dix-huit onces à la livre, pendant que les Savoyards le payent quatre sous de Piémont. La livre de piémont n'est que de douze onces, ce qui fait neuf deniers de plus sur l'argent, & un tiers sur le poids, qui vaut un sou sept deniers, c'est-à-dire, deux sous quatre deniers sur le tout ; ainsi la différence est de plus de moitié. C'est une des suites des traités par lesquels la France s'est obligée de fournir à la Savoie jusqu'à la concurrence de 45 à 50 mille minots conduits & rendus dans les différens endroits indiqués par les traités.

La France fournit encore 5000 quintaux de sel de Peccais à la ville de Geneve, 6000 au pays de Vallais, & 1522 à la ville de Sion : mais aucun de ces pays ne fait, du bienfait du roi, un usage contraire à sa destination, & les quantités se consomment dans le pays, soit par besoin, soit par bonne-foi.

BANQUE, se dit chez les Imprimeurs, du payement qu'on fait du travail aux ouvriers de l'Imprimerie ; le jour de la banque est le samedi, on entend aussi par banque, la somme entiere que chaque ouvrier reçoit.

BANQUE, chez les Passementiers, est l'instrument propre à porter les rochets, ou bobines, pour ourdir : il y a des banques de plusieurs sortes ; les unes, outre cet usage, ont encore celui de pouvoir servir de plioir ; d'autres ressemblent assez à ces porte-vaisselles appellés dressoirs, & ont, ou peuvent avoir, double rang de broches : les premiers auroient aussi cet avantage si on perçoit des trous paralleles dans la largeur des trois petites planchettes qui sont vûes droites dans nos planches de Passementerie, où sont représentées les deux sortes de banques dont nous venons de parler. En pratiquant ces trous paralleles, on auroit la facilité de mettre tant de rochets en banque que l'on voudroit. On a, dans les mêmes planches, une troisieme sorte de banque ; c'est une espece de poteau quarré dont la largeur n'est pas absolument déterminée, puisque si l'on vouloit y mettre deux rangs de broches, il faudroit qu'il fût plus épais que lorsqu'il n'y en auroit qu'un rang ; on fait entrer dans ce poteau le bout pointu de ces broches, de sorte qu'elles y demeurent invariables : on les place parallelement les unes aux autres ; on en peut mettre tant qu'il en pourra tenir, en laissant toutefois une distance telle que les bords des deux rochets ne se puissent toucher ; sans cette précaution ils s'empêcheroient mutuellement de se mouvoir, ou mettroient au moins les soies en danger de casser. Dans le cas où ces bords de crochets, ou bobines, se trouveroient trop hauts, & que ce frottement fût inévitable, il faudroit pour lors espacer davantage les broches les unes des autres, en laissant une place vuide entre deux, on trouveroit ainsi l'espace dont on avoit besoin : mais à quoi bon cette grande quantité de broches, dira-t-on ? lorsqu'on aura lû à l'article OURDIR, que l'on n'ourdissoit qu'avec seize rochets, il ne faut donc, continuera-t-on, que seize broches ; ou tout au plus trente-deux, ce qui n'exposera plus au frottement qu'on craignoit. Quoique la regle générale soit d'ourdir à seize rochets, ou tout au plus à trente-deux, comme le pratiquent plusieurs ouvriers qui par-là avancent plus vîte de moitié, façon de travailler qui doit être peu suivie, parce qu'il est bien plus difficile de veiller sur trente-deux rochets que sur seize, & par conséquent plus facile d'échapper un brin, ou même plusieurs qui viennent à casser : je n'en serai pas moins pour la quantité de broches à cette banque ; car au même article OURDIR, à l'endroit où il est question des rubans rayés, on voit qu'il faut, suivant le besoin, changer de couleur. En supposant qu'on eût quatre couleurs à employer, & qu'il y eût soixante-quatre broches à la banque, on auroit quatre couleurs sous la main toutes les fois qu'il faudroit qu'on en changeât d'abord deux sur la même face, ayant seize broches de chaque côté, puis en retournant la banque, encore deux autres. On voit que ces broches ne sont pas posées horisontalement, mais qu'au contraire le bout extérieur est plus élevé que l'autre, en voici la raison : si les broches étoient paralleles à l'horison, les rochets, par la vîtesse avec laquelle ils se meuvent, (car il faut qu'ils fassent bien des tours pendant que le moulin de l'ourdissoir n'en fait qu'un) seroient en danger de s'échapper des broches, inconvénient que l'on évite par l'inclinaison des broches : étant ainsi placées, il est bon d'ajuster à chacune un moule de bouton, qui, par sa convexité, empêchera que le rochet ne frotte en tant de parties contre la face plate du poteau ; la planche d'en-bas qui lui sert de base, est revêtue des quatre côtés de triangles, ce qui la rend propre à contenir les rochets, vuides ou pleins, qu'on y veut mettre.

BANQUE, partie du bois de métier d'étoffe de soie. C'est un plateau de noyer de deux pouces environ d'épaisseur, d'un pié de largeur, & deux piés de long ; dans lequel est enclavé le pié de devant le métier ; ce plateau sert à reposer les navettes pendant que l'ouvrier cesse de travailler, & il retient le tenant de l'ensuple de devant. Voyez à l'article VELOURS cizelé, l'explication détaillée des pieces du métier.

BANQUE, en termes de Tabletier-Cornetier, est une espece de banc triangulaire & à trois piés, sur lequel l'ouvrier en peignes travaille à califourchons, & qui a les mêmes parties & le même usage que l'âne. Voyez ANE, machine, description & figure.

BANQUE, (Commerce) c'est ainsi qu'on nomme à certains jeux, comme à celui du commerce, les cartes qui restent après qu'on en a donné à tous les joüeurs le nombre qu'exige le jeu. La banque s'appelle à d'autres jeux, talon ou fond. Voyez TALON & FOND.


BANQUÉadj. en Marine : quelques-uns appellent ainsi un navire qui va pêcher la morue sur le grand banc.

On dit aussi qu'on est banqué, pour dire qu'on est sur le grand banc ; & débanqué, lorsqu'on a quitté le banc.


BANQUEROUTES. f. (Commerce) est l'abandonnement qu'un débiteur fait de tous ses biens à ses créanciers pour cause d'insolvabilité vraie ou feinte ; car il y a deux sortes de banqueroutes, la banqueroute forcée, & la frauduleuse.

La banqueroute forcée, qu'on appelle plus proprement faillite, est celle que fait nécessairement un marchand pour raison des pertes qui l'ont rendu insolvable. Voyez FAILLITE.

La banqueroute volontaire ou frauduleuse, qu'on appelle aussi simplement banqueroute, est celle qui se fait avec fraude & malice ; l'insolvabilité du débiteur n'étant qu'apparente, & les effets qu'il abandonne à ses créanciers n'étant qu'une partie de son bien, dont il s'est reservé le reste.

La banqueroute frauduleuse est mise au rang des crimes : mais ce crime demeure souvent impuni, parce que les créanciers aiment mieux traiter avec le banqueroutier, & lui faire des remises, que de perdre toute leur dette ; & dès qu'ils sont d'accord, la justice ordinairement ne s'en mêle plus. Voyez la peine que les lois décernent pour la banqueroute frauduleuse au mot BANQUEROUTIER. (H)


BANQUEROUTIERS. m. (Commerce) est la qualification d'un marchand, banquier, ou autre particulier qui a fait banqueroute.

Toutes les ordonnances prononcent la peine de mort contre les banqueroutiers : mais dans l'usage elles ne sont point exécutées ; on se contente pour l'ordinaire de les attacher au pilori, & de les envoyer ensuite aux galeres.


BANQUETS. m. (en termes de Coûtumes) s'est dit autrefois du repas qu'un vassal étoit obligé de fournir à son seigneur une ou deux fois l'année. (H)

BANQUET, on appelle ainsi (en Manége & chez les Eperonniers) la petite partie de la branche de la bride qui est au-dessous de l'oeil : qui est arrondie comme une petite verge, assemble les extrémités de l'embouchure avec la branche, & est cachée sous le chaperon ou le fonceau. Voyez CHAPERON, FONCEAU, &c. Ligne du banquet, est une ligne imaginaire que les Eperonniers en forgeant un mors tirent le long du banquet, & qu'ils prolongent de part & d'autre de haut en bas, pour déterminer la force ou la foiblesse qu'ils veulent donner à la branche pour la rendre hardie ou flasque. La branche sera hardie, si le trou du touret est au-delà de la ligne du banquet, à l'égard de l'encolure ; & elle sera flasque ou foible, si le trou du touret est au-deçà de cette ligne à l'égard de l'encolure. Voyez B. fig. 22. Pl. de l'Eperonnier. Voyez BRANCHE, TOURET, &c. (V)


BANQUETTES. f. (en Architecture) est un petit chemin relevé pour les gens de pié le long d'un quai ou d'un pont, & même d'une rue, à côté du chemin des chariots & voitures, comme les banquettes du cours à Rome, & celles du pont-neuf, du pont-royal, & d'autres à Paris. Les Romains appelloient decursoria toutes sortes de banquettes.

On appelle aussi banquettes, des appuis de pierre de 14 pouces de hauteur, pratiqués dans l'épaisseur des croisées & dans l'intérieur des appartemens ; on s'y assied, & ils reçoivent en-dehors des balcons de fer, dont la hauteur réunie avec la banquette de pierre, doit être celle du coude pour s'y appuyer commodément. Voyez APPUI.

Banquette est encore le balcon qui pose sur cet appui ; le nom de balcon ne se donnant qu'à ceux qui occupent toute la hauteur depuis le dessus du parquet jusqu'au sommet desdits balcons. (P)

BANQUETTE, (en terme de Fortifications) est une espece de petit degré de terre que l'on construit sur le rempart des ouvrages & sur le chemin couvert au pié du côté intérieur du parapet : il sert à élever le soldat pour qu'il puisse tirer par-dessus le parapet.

La banquette a ordinairement 3 ou 4 piés de largeur, avec un talud de même étendue ; elle est élevée de 2 piés sur le terre-plein du rempart. Lorsqu'on est obligé d'élever le parapet de plus de 6 piés & demi ou 7 piés pour se garantir de l'enfilade, on construit alors deux banquettes, qui font deux especes de degrés. Le parapet a toûjours 4 piés & demi de hauteur au-dessus du terre-plein de la banquette supérieure. (Q)

BANQUETTE, (en Hydraulique) est un sentier construit des deux côtés de la cuvette ou rigole d'un aqueduc pour y pouvoir marcher & examiner si l'eau s'arrête ou se perd en quelque endroit : on donne ordinairement 18 pouces de large à ces sortes de banquettes. (K)

BANQUETTE, (en Jardinage) se dit des palissades basses à hauteur d'appui, qui ne doivent point passer ordinairement 3 ou 4 piés de haut ; elles servent dans les côtés des allées doubles, où étant ainsi ravalées, elles n'interrompent point le coup-d'oeil entre la tige des arbres. On y laisse quelquefois d'espace en espace des boules échappées de la banquette même. (K)

BANQUETTE, partie du métier d'étoffes de soie ; la banquette est un morceau de bois de 6 pouces de large & d'un pouce d'épaisseur ; il sert à l'ouvrier pour s'asseoir quand il veut travailler ; il fait entrer chaque bout de sa banquette dans l'oreillon cloué à cet effet au pié de devant le métier. Il seroit mieux que l'oreillon ou porte-banquette ne fût point cloué, mais qu'il fût à coulisse, pour que l'ouvrier le haussât ou baissât suivant sa taille ; il seroit encore à-propos qu'il pût avancer ou reculer la banquette.

BANQUETTE, (en Menuiserie) est une boisure qu'on pratique aux croisées. La tablette de dessus se nomme dessus de banquette ; & la partie de devant, devant de banquette.


BANQUIERS. m. (Commerce) est celui qui fait la banque, c'est-à-dire négociant, commerçant, ou trafiquant en argent, qui fait des traites & remises d'argent, qui donne des lettres de change pour faire tenir de place en place ; c'est proprement un marchand d'argent. Les Anglois les appellent remitters, ceux qui font des remises. On les nommoit autrefois changeurs. Voyez CHANGEUR & REMISE.

Il y avoit autrefois des especes de banquiers chez les Romains, dont les fonctions étoient beaucoup plus étendues que celles de nos banquiers ; car ils étoient officiers publics, & tout à la fois agens de change, courtiers, commissionnaires, notaires, se mêlant d'achats & de ventes, & dressant tous les écrits & actes nécessaires pour tous ces divers objets.

La différence du profit qu'il y a à tirer par une place ou par une autre, fait l'art & l'habileté particuliere des nôtres. Voyez l'article CHANGE. " Les banquiers sont faits pour changer de l'argent, & non pour en prêter. Si le prince ne s'en sert que pour changer son argent, comme il ne fait que de grosses affaires, le moindre profit qu'il leur donne pour leurs remises devient un objet considérable ; & si on lui demande de gros profits, il peut être sûr que c'est un défaut de l'administration : quand au contraire ils sont employés à faire des avances, leur art consiste à se procurer de gros profits de leur argent sans qu'on puisse les accuser d'usure ". Esprit des lois, tom. II. p. 71.

Les BANQUIERS ou Expéditionnaires en Cour de Rome, (Hist. mod. & Droit canon.) sont des officiers qui font venir de Rome ou de la légation d'Avignon toutes les bulles, dispenses, provisions, & autres expéditions que le pape s'est réservé d'accorder seul. Voyez EXPEDITIONNAIRE. (H)

BANQUIER, (terme de Jeu) c'est celui qui taille au pharaon, à la bassette, &c. & qui dans ces jeux a toûjours de l'avantage : les autres joüeurs s'appellent pontes. Voyez PHARAON, BASSETTE, PONTE. (O)


BANSES. m. (en Chauderonnerie) longue manne quarrée faite de branches d'osier ou de châtaignier à l'usage des Chauderonniers : c'est dans des banses qu'ils enferment & transportent leurs ouvrages.


BANTAM(Géog.) ville d'Asie aux Indes, dans l'île de Java, capitale du royaume de même nom, divisée en deux parties par une riviere. Long. 123. 3. lat. mérid. 6. 20.


BANTON(Géog.) île d'Asie dans l'Océan oriental : c'est une des Philippines, située vers la partie méridionale de l'île Manille.


BANTRIou BANTREI, ville maritime de la province de Mommonie en Irlande, au sud-oüest : elle donne son nom à la baie.


BANVINS. m. terme de Coûtume ; c'est une sorte de droit de banalité qui donne pouvoir au seigneur de vendre le vin de son cru avant qu'aucun de ses vassaux commence à débiter le sien, pourvû qu'il le vende en sa maison seigneuriale, & non ailleurs. (H)


BANZAVoyez S. SALVADOR.


BAOBAou HAHOBAB, (Hist. nat. bot.) fruit d'Afrique de la grosseur du limon, semblable à la courge, & renfermant des semences dures, noires & arquées par les bouts ; il a la pulpe de la courge, rouge, humide, & d'une acidité agréable, quand elle est récente. Il est bon à manger, & dans l'Ethiopie on en corrige l'acidité avec le sucre ; il rafraîchit & desaltere : les Ethiopiens le prennent dans toutes les maladies de chaleur, les fievres putrides, & les affections pestilentielles ; alors ou l'on mange sa pulpe avec du sucre, ou l'on boit le suc qu'on en tire par expression, tempéré par le sucre, ou l'on en fait un sirop dont on prend une dose convenable. Au grand Caire, où l'on ne peut l'avoir dans sa fraîcheur, on réduit sa pulpe en une poudre qui ressemble à de la terre rougeâtre, astringente, & d'un goût qui n'est pas éloigné de celui de la terre de Lemnos. On use de cette poudre dans les fievres pestilentielles, le crachement de sang, les lienteries, les dyssenteries, le flux hépatique, & l'excès des regles : on ordonne alors une dragme de cette terre dans l'eau de plantain ; d'autres la font prendre dans des décoctions ou des infusions appropriées. Prosper Alpin, qui fait mention du fruit, dit avoir vû l'arbre, & l'avoir trouvé assez ressemblant à l'oranger par la grosseur, les feuilles, & le reste de son aspect.


BAPAUME(Géog.) ville de France dans l'Artois. Long. 20. 30. 52. lat. 50. 6. 12.


BAPTÊMES. m. (Théol.) sacrement par lequel on est fait enfant de Dieu & de l'Eglise, & qui a la vertu d'effacer le péché originel dans les enfans, & les péchés actuels dans les adultes.

Le mot baptême en général signifie lotion, immersion, du mot grec, ou , je lave, je plonge ; & c'est en ce sens que les Juifs appelloient baptême certaines purifications légales qu'ils pratiquoient sur leurs prosélytes après la circoncision. On donne le même nom à celle que pratiquoit S. Jean dans le desert à l'égard des Juifs, comme une disposition de pénitence pour les préparer, soit à la venue de Jesus-Christ, soit à la réception du baptême que le Messie devoit instituer, & dont le baptême de S. Jean étoit absolument différent par sa nature, sa forme, son efficace, & sa nécessité, comme le prouvent les Théologiens, contre la prétention des Luthériens & des Calvinistes.

Le baptême de l'Eglise chrétienne est appellé dans les peres de plusieurs noms relatifs à ses effets spirituels, comme adoption, renaissance, régénération, remission des péchés, renouvellement des esprits, vie éternelle, indulgence, absolution ; & par les Grecs, tantôt , régénération de l'ame, & tantôt , onction ; soit à cause de celles qu'on y pratique, soit parce qu'il nous consacre à J. C. quelquefois & , illumination, , signe ou marque ; & par les Latins, salut, mystere, sacrement. Cyprian. Augustin. Tertull. Cyrill. Justin. Chrysost. Clem. Alex. Euseb. Ambros. &c.

La définition que nous avons donnée au commencement de cet article ne convient donc au baptême, qu'entant qu'il est le premier des sacremens de la loi nouvelle : sa matiere éloignée est l'eau naturelle, comme de riviere, de fontaine, de pluie, &c. par conséquent toute autre liqueur, soit artificielle, soit même naturelle, telle que le vin, ne peut être employée comme matiere dans ce sacrement ; & les exemples qu'on cite au contraire, ou sont apocryphes, ou partoient d'une ignorance grossiere, justement condamnée par l'Eglise. Voyez MATIERE.

Sa forme dans l'église greque consiste en ces paroles : baptisatur servus vel serva Dei N. in nomine Patris, & Filii, & Spiritus sancti ; & dans l'église latine, le prêtre en versant de l'eau naturelle sur la tête de la personne qu'il baptise, la nomme d'abord par le nom que lui ont donné ses parrein & marreine, & prononce ces mots : ego te baptiso, in nomine Patris, & Filii, & Spiritus sancti, amen. Cette forme étant pleinement exprimée dans les Ecritures, Matth. ch. xxviij. vers. 19. & attestée par les écrits des plus anciens auteurs ecclésiastiques, il s'ensuit que tout baptême conféré sans une appellation ou invocation expresse des trois personnes de la sainte Trinité, est invalide. La doctrine des conciles y est formelle, surtout celle du premier concile d'Arles tenu en 314 ; & l'Eglise a mis une grande distinction entre les hérétiques, & ceux qui dans leur baptême conservoient ou corrompoient cette forme ; se contentant à l'égard des premiers, lorsqu'ils revenoient dans son sein, de les recevoir par la cérémonie de l'imposition des mains, & réitérant aux autres le baptême, ou plûtôt leur donnant le sacrement qu'ils n'avoient jamais reçu. Voyez REBAPTISANS.

Le baptême a été rejetté totalement par plusieurs anciens hérétiques des premiers siecles, tels que les Ascodrutes, les Marcosiens, les Valentiniens, les Quintilliens, qui pensoient tous que la grace qui est un don spirituel, ne pouvoit être communiquée ni exprimée par des signes sensibles. Les Archontiques le rejettoient comme une mauvaise invention du Dieu Sebahoth, c'est-à-dire du Dieu des Juifs, qu'ils regardoient comme un mauvais principe. Les Seleuciens & les Hermiens ne vouloient pas qu'on le donnât avec de l'eau : mais ils employoient le feu, sous prétexte que saint Jean-Baptiste avoit assûré que le Christ baptiseroit ses disciples dans le feu. Les Manichéens & les Pauliciens le rejettoient également, aussi-bien que les Massaliens. Le nombre des hérétiques qui ont altéré ou corrompu la forme du baptême, n'est pas moindre : Menandre baptisoit en son propre nom : les Eluséens y invoquoient les démons ; les Montanistes joignoient le nom de Montan leur chef, & de Priscille leur prophétesse, aux noms sacrés du Pere & du Fils. Les Sabelliens, les Marcosiens, les disciples de Paul de Samosate, les Eunomiens, & quelques autres hérétiques ennemis de la Trinité, ne baptisoient point au nom des trois Personnes divines ; c'est pourquoi l'Eglise rejettoit leur baptême : mais, comme nous l'avons dit, elle admettoit celui des autres hérétiques, pourvû qu'ils n'altérassent point la forme prescrite, quelles que fussent d'ailleurs leurs erreurs sur le fond des mysteres.

La discipline de l'Eglise sur la maniere d'administrer ce sacrement, n'a pas toûjours été la même : autrefois on le donnoit par une triple immersion : & cet usage a duré jusqu'au xij. siecle. Il est vrai que dans le vj. quelques catholiques d'Espagne s'en tenoient à une seule immersion, de peur, disoient-ils, que les Ariens n'imaginassent que par la triple immersion ils divisoient la Trinité à l'exemple de ces hérétiques : mais cette raison frivole ne changea généralement rien à l'ancien usage. Celui de baptiser par infusion, ou en versant l'eau sur la tête, commença, selon quelques-uns, dans les pays septentrionaux, & s'introduisit en Angleterre vers le jx. siecle. Le concile de Calchut ou de Celchyth, tenu en 816, ordonna que le prêtre ne se contenteroit pas de verser de l'eau sur la tête de l'enfant, mais qu'il la plongeroit dans les fonts baptismaux.

Les Ecrivains ecclésiastiques parlent de plusieurs cérémonies qu'on pratiquoit au baptême, qui sont aujourd'hui abolies, ou dont il ne reste que de legeres traces ; comme de donner aux nouveaux baptisés du lait & du miel dans l'église d'orient ; & dans celle d'occident, du miel & du vin, de les revêtir d'une robe blanche, &c. de ne baptiser qu'à jeûn, de donner immédiatement après le baptême la confirmation & l'eucharistie, &c.

Les Théologiens distinguent trois sortes de baptêmes ; le baptême d'eau, dont nous venons de parler ; le baptême de feu, c'est-à-dire la charité parfaite jointe à un ardent désir d'être baptisé, c'est ce qu'on appelle aussi le baptême du S. Esprit, qui supplée au baptême d'eau ; & le baptême de sang, c'est-à-dire le martyre. On ne baptisoit autrefois les catéchumenes qu'à pâque & à la pentecôte, excepté en cas de nécessité.

Le ministre ordinaire du baptême est l'évêque ou le prêtre ; mais en cas de nécessité, toutes personnes, même les femmes, peuvent baptiser.

Quelques-uns ont prétendu que dans la primitive Eglise on ne baptisoit que les adultes : mais c'est sans fondement. Car quoiqu'on n'ait point dans l'Ecriture de textes précis qui marquent que des enfans ont été baptisés, & que quelques anciens peres, comme Tertullien, fussent persuadés que de baptiser les enfans avant qu'ils eussent atteint l'âge de raison, c'étoit les exposer à violer les engagemens de leur baptême ; & qu'ainsi il étoit de la prudence & de la charité de n'admettre à ce sacrement que les adultes : il est néanmoins certain, 1°. que les apôtres ont baptisé des familles entieres, dans lesquelles il est très-probable qu'il se trouvoit des enfans : 2°. que la pratique actuelle de l'Eglise à cet égard est fondée sur la tradition des apôtres, comme l'assûre S. Augustin après S. Irénée & S. Cyprien. Ce dernier sur-tout consulté par l'évêque Fidus, s'il ne seroit pas à-propos de fixer le tems du baptême des enfans au huitieme jour après leur naissance, comme celui de la circoncision l'étoit chez les Juifs, en conféra avec soixante-cinq autres évêques assemblés en concile à Carthage en 253, & répondit à Fidus : Quod tu put abas esse faciendum, nemo consentit : sed universi potius judicavimus nulli hominum nato misericordiam Dei & gratiam esse denegandam. Quelqu'autorisée que fût cette pratique dans les premiers siecles de l'Eglise, il faut convenir qu'elle n'étoit pas généralement observée à l'égard de tous les enfans des fideles : les catéchumenes même différoient plusieurs années à recevoir le baptême. L'histoire ecclésiastique nous apprend que S. Ambroise ne fut baptisé qu'après avoir été élû évêque de Milan. On sait que l'empereur Constantin ne reçut ce sacrement qu'à l'article de la mort, & qu'il eut en cela bien des imitateurs d'un nom illustre dans l'Eglise. Plusieurs différoient ainsi leur baptême le plus long-tems qu'ils pouvoient, mais par des motifs très-différens ; les uns par un esprit d'humilité, dans la crainte de n'être pas assez bien disposés pour recevoir dignement ce premier sacrement ; les autres pour mener plus librement une vie déréglée, se flattant d'en obtenir le pardon à la mort par l'efficace du baptême. Les peres s'éleverent avec tant de force contre les fausses raisons & le danger des délais dont on usoit pour recevoir si tard le baptême, qu'ils réussirent peu-à-peu à établir l'usage qui subsiste aujourd'hui.

Quoique Jesus-Christ soit venu dans le monde pour ouvrir à tous les hommes la voie du salut, cependant il étoit d'usage & de regle dans la primitive Eglise, de refuser le baptême à certaines personnes engagées dans des conditions ou professions notoirement criminelles, comme incompatibles avec la sainteté du Christianisme ; à moins qu'elles ne renonçassent à cette profession ou à cet état. De ce nombre étoient les Sculpteurs, Fondeurs, ou autres ouvriers qui faisoient des idoles ; les femmes publiques, les comédiens, les cochers, gladiateurs, musiciens, ou autres qui gagnoient leur vie à amuser le public dans le cirque ou l'amphithéatre ; les astrologues, devins, magiciens, enchanteurs, ceux qui étoient adonnés aux crimes contre-nature, ceux mêmes qui étoient tellement passionnés pour les représentations des jeux & du théatre, qu'ils refusassent de s'en abstenir dès qu'ils auroient embrassé la religion ; les concubinaires, ceux qui tenoient des lieux de débauche ; quelques-uns même ont cru qu'on n'y admettoit pas les gens de guerre : mais l'histoire ecclésiastique ne laisse aucun doute que les Chrétiens n'ont pas confondu une profession utile & honorable par elle-même, avec des arts ou des conditions reprouvées par la raison même. Bingham, orig. ecclés. liv. XI. chap. v. §. 6. 7. 8. 9. 10.

On convient aujourd'hui qu'on ne doit pas baptiser les enfans des infideles, même soûmis à la domination des princes chrétiens, malgré leurs parens, à moins que ces enfans ne soient en danger évident de mort ; parce que cette violence est contraire au droit naturel qu'ont les peres & les meres sur leurs enfans ; & que d'ailleurs elle exposeroit le sacrement à une profanation certaine, par l'apostasie à laquelle ces peres & meres engageroient leurs enfans.

Quelques-uns ont cru qu'on devoit conférer le baptême aux morts, & même qu'on pouvoit le recevoir à leur place, fondés sur ce passage de S. Paul aux Corinthiens I. épît. ch. xv. vers. 30. alioquin quid facient qui baptisantur pro mortuis, si mortui non resurgunt : ut quid & baptisantur pro illis ? passage sans-doute mal entendu, & qui à la lettre ne signifie autre chose, sinon qu'on peut pratiquer en mémoire des morts des oeuvres de pénitence qui leur obtiennent la rémission des péchés qu'ils n'ont pas suffisamment expiés en cette vie ; car le mot de baptême, dans un sens général & usité dans l'Ecriture, signifie quelquefois la pénitence, les afflictions & les souffrances. Ainsi dans S. Luc, Jesus-Christ parlant de sa passion, l'appelle un baptême : ch. xiij. vers. 50. baptismo habeo baptisari ; & dans S. Marc, ch. x. vers. 38. potestis.... baptismo quo ego baptisor baptisari. (G)

APTEME du tropique ou de la ligne, en Marine ; c'est une cérémonie ridicule, mais d'un usage ancien & inviolable parmi les gens de mer, qui la pratiquent bien régulierement sur ceux qui passent pour la premiere fois le tropique ou la ligne équinoxiale.

Chaque nation s'y prend diversement, & même les équipages d'une même nation l'exercent en différentes manieres. Voici celle qui est la plus ordinaire parmi les équipages françois.

Pour préparatifs, on met une baille au pié du grand mât pleine d'eau de la mer ; le pilote pour l'ordinaire se met auprès, le visage barbouillé, le corps revêtu & tout entortillé de garcettes, dont quelques-unes lui pendent des bras. Il est accompagné de cinq ou six matelots habillés de même : il tient entre ses mains un livre de cartes marines tout ouvert ; aux environs il y a des matelots avec des seaux pleins d'eau ; il y en a sur les vergues & sur les hunes. On amene celui qui doit être baptisé en grande cérémonie ; on le fait asseoir sur une planche tenue aux deux bouts par deux matelots, & posée sur la baille pleine d'eau ; on lui fait jurer sur le livre que tient le pilote, de pratiquer sur les autres la même cérémonie, lorsque l'occasion s'en trouvera ; & dans l'instant les deux matelots renversent la planche, & font tomber l'homme dans la baille ; en même tems ceux qui sont à la hune & sur les vergues lui jettent plusieurs seaux d'eau sur le corps. Les officiers & les passagers se rachettent d'une si ridicule cérémonie, en donnant quelqu'argent aux équipages : mais on ne fait point de grace à ceux qui ne donnent rien. On demande cependant permission au capitaine pour faire le baptême.

Un vaisseau qui n'a point encore passé la ligne ou le tropique, y est soûmis : mais le capitaine le rachette par quelques rafraîchissemens qu'il donne aux gens de l'équipage, autrement ils couperoient l'éperon ou quelqu'autre partie du vaisseau : mais aujourd'hui beaucoup de capitaines abolissent cette ridicule cérémonie. (Z)


BAPTEMEBAPTEME

L'auteur observe d'abord que la dispute entre les paedobaptistes & les anti-paedobaptistes anglois (qu'il nous soit permis d'employer ces deux mots expressifs), peut se réduire à deux chefs : 1°. la maniere d'administrer le baptême, savoir si on doit le faire seulement par immersion : & 2°. les personnes à qui l'on doit l'administrer, si c'est seulement aux adultes, ou si l'on doit le donner aussi aux enfans. Il soutient qu'en ce que les décisions de l'Ecriture-sainte ont de clair, la pratique des anti-paedobaptistes y est conforme, comme l'on en convient ; & que supposé qu'ils errent, ils prennent cependant le parti le plus sûr, en s'en tenant à ce qu'il y a de clairement décidé dans l'Ecriture. Il prétend que le mot grec baptiser, signifie toujours plonger une chose de quelque maniere que ce soit ; mais que dans l'usage le plus ordinaire il signifie plonger dans l'eau ; ce qu'il confirme par divers passages des anciens ; il remarque ensuite que les critiques assurent constamment que le vrai & propre sens du terme de , est immergo, je plonge ; & que supposé que ce mot fût équivoque d'ailleurs ; cependant en tant que relatif au baptême, il est déterminé à signifier nécessairement plonger ; & cela par la pratique de S. Jean, des apôtres, & de l'église, qui pendant plusieurs siecles, a fortement pressé la triple immersion.

Il soutient aussi que l'ancienne Eglise, dans les premiers siecles, n'a point pratiqué l'aspersion, que tous ceux qui ont été baptisés du tems des apôtres, l'ont été par immersion ; qu'il ne paroît point que le baptême des Cliniques, ait été en usage qu'environ 250 ans après Jesus-Christ ; que dans ce tems-là on doutoit fort de sa validité, & que tout le monde convient qu'anciennement on a insisté sur la nécessité de l'immersion, comme étant la seule maniere réguliere d'administrer le baptême dans tous les cas ordinaires ; il passe ensuite à l'autre point de la question entre les paedobaptistes & leurs adversaires : savoir, qui sont les personnes à qui l'on doit administrer le baptême ; si ce sont seulement les adultes, ou si l'on doit y admettre aussi les enfans.

Comme on ne peut point prouver par l'Ecriture, que les enfans doivent être baptisés, on a recours pour autoriser cet usage à la pratique de l'Eglise judaïque, & à celle des anciens chrétiens. Le docteur Gale répond, que dès que le baptême des petits enfans ne peut se prouver par l'Ecriture, il en résulte que ce n'est point une institution de Jesus-Christ ; & que supposer qu'elle soit comprise dans une ou plusieurs expressions générales, c'est supposer ce qui est en question.

Il prouve dans la lettre suivante, par le passage de S. Matthieu, chap. xxviij. vers. 19. que l'Ecriture ne laisse pas la question du baptême des petits enfans aussi indécise que quelques-uns l'imaginent, & que la commission oblige indispensablement d'instruire ceux qu'elle ordonne de baptiser ; d'où il s'ensuit que les petits enfans ne peuvent être compris dans cette commission. Le mot grec ne signifie constamment qu'enseigner, & le mot désigne uniquement des personnes du moins capables d'instruction ; ainsi que les plus judicieux interprêtes de l'Ecriture l'ont toujours reconnu. Quand il seroit vrai que les Juifs & les Chrétiens baptisoient les petits enfans, les anti-paedobaptistes ont cependant des raisons suffisantes pour ne point admettre cette pratique.

M. Gale va plus loin, il soutient que les raisons alleguées par les paedobaptistes, ne démontrent point que ce fût la coutume des Juifs, du tems de notre Sauveur, de baptiser les prosélytes & leurs enfans ; & il produit plusieurs argumens pour justifier le contraire. Enfin il ajoute qu'en supposant qu'on pût prouver démonstrativement la vérité du fait, il ne doit pas servir de regle pour l'administration du sacrement de la religion chrétienne, cette pratique des Juifs n'étant point fondée sur l'Ecriture, ne devant point son origine à Moïse, & n'étant appuyée que de la tradition des rabbins.

Il remarque dans l'onzieme lettre, que l'argument de M. Wall, tiré de l'autorité des peres, porte sur une supposition qu'on ne lui accordera pas aisément, je veux dire, que l'Eglise primitive n'a rien cru ni pratiqué, que ce qu'elle avoit reçu des apôtres ; mais, dit le docteur Gale, sans donner atteinte à l'honneur & à la probité des peres, leurs témoignages ne peuvent établir le baptême des petits enfans ; quand M. Wall multiplieroit encore davantage les citations tirées de leurs écrits : car si les peres ne prouvent que le fait, ou ce qui se pratiquoit dans l'Eglise & non le droit ; & si l'Eglise n'étoit pas entierement exempte d'innovations, comment leur témoignage prouve-t-il que le baptême des petits enfans n'étoit pas une innovation, mais une institution de Jesus-Christ ?

Il est fâcheux de rappeller la mémoire des exemples de la fragilité humaine, dont la primitive Eglise elle-même n'a point été exempte. C'étoient des hommes sujets aux mêmes passions que nous ; il n'est donc pas surprenant qu'ils se trompassent quelquefois, ni que leur zéle pour la gloire de Dieu ne fût pas toujours éclairé : & quoiqu'il pût les empêcher de perdre ce que notre Seigneur leur avoit laissé de considérable à garder, il pouvoit cependant les exposer à ajouter bien des choses, qu'il n'avoit jamais autorisées. Les apôtres, au-contraire, ont suivi ses directions sans s'en écarter le moins du monde, parce qu'ils étoient assistés extraordinairement de l'esprit de Dieu.

Mais les chrétiens du siecle qui a suivi immédiatement, ont fait plusieurs additions, de l'aveu de Tertullien, dans son livre de coronâ. Eusèbe, Hist. eccl. l. III. c. xxxij. rapporte, sur le témoignage d'Hégésippe, que l'Eglise se conserva tout le tems des apôtres comme une vierge chaste ;... mais, dit-il, depuis que les apôtres eurent été enlevés.... les faux docteurs eurent la hardiesse de publier plusieurs erreurs permanentes.

Enfin, M. Gale dans sa derniere lettre, remarque que du tems de S. Cyprien, le baptême des petits enfans étoit en usage en Afrique, & qu'il y a peut-être pris naissance ; que les Africains étoient généralement de petits esprits ; que selon les apparences, l'église grecque n'avoit point encore reçu cette erreur ; que le baptême des enfans commença d'abord, ainsi que toutes les autres innovations, par quelques légers changemens dans le dogme, ce qui passa peu-à-peu dans la pratique, & parvint à la longue à ce degré d'autorité dont il jouit depuis si long-tems ; qu'enfin il doit en quelque façon son origine au zèle, mais à un zèle peu éclairé, semblable à celui qui engagea les plus anciens paedobaptistes à donner la communion aux enfans. (D.J.)


BAPTE(LES), Hist. litt. nom d'une comédie composée par Cratinus où ce poëte railloit d'une façon sanglante les principaux personnages du gouvernement. Lorsque Cratinus composa ses baptes ou plongeurs, la liberté de l'ancienne comédie étoit restrainte à la censure des ridicules, & sur-tout des poëtes, que le gouvernement n'étoit point fâché qu'on décriât ; parce que de tout tems les hommes en place ont haï les satyriques & les plaisans. Cratinus fit un effort pour rendre à la scene comique les droits dont on l'avoit dépouillée : mais il fut la victime de sa hardiesse. Il éprouva le châtiment auquel on dit que M. de Montausier, l'homme de la cour qui avoit le moins à craindre de la satyre, condamnoit tous les satyriques. Il fut jetté dans la mer piés & mains liés.

BAPTES, s. m. pl. (Mythol.) prêtres de Cottytto, déesse de l'impudicité fort révérée à Athènes, où l'on célébroit sa fête pendant la nuit par des danses lascives, accompagnées de toutes sortes de débauches. Les baptes furent ainsi nommés du mot grec , qui signifie laver ou tremper, parce qu'ils se plongeoient dans de l'eau tiede, selon Suidas. Juvénal en parle comme d'une troupe d'hommes si infames, que leurs déréglemens déplaisoient à Cottytto, quoiqu'elle ne fût rien moins que la déesse de la pudeur. (G)


BAPTISTEvoyez ANABAPTISTES, CATABAPTISTES, HEMERO-BAPTISTES.

Hermites de S. Jean-Baptiste, voyez HERMITES. (G)


BAPTISTERES. m. (Théologie) c'est le lieu ou l'édifice dans lequel on conserve l'eau pour baptiser. voyez BAPTEME.

Les premiers Chrétiens, suivant S. Justin martyr & Tertullien, n'avoient d'autres baptisteres que les fontaines, les rivieres, les lacs, ou la mer, qui se trouvoient plus à portée de leur habitation : & comme souvent la persécution ne leur permettoit pas de baptiser en plein jour, ils y alloient de nuit, ou donnoient le baptême dans leurs maisons.

Dès que la religion Chrétienne fut devenue celle des empereurs, outre les églises, on bâtit des édifices particuliers uniquement destinés à l'administration du baptême, & que par cette raison on nomma baptisteres.

Quelques auteurs ont prétendu que ces baptisteres étoient anciennement placés dans le vestibule intérieur des églises, comme le sont aujourd'hui nos fonts baptismaux. C'est une erreur. Les baptisteres étoient des édifices entierement séparés des basiliques, & placés à quelque distance des murs extérieurs de celles-ci. Les témoignages de S. Paulin, de S. Cyrille de Jérusalem, de S. Augustin, &c. ne permettent pas d'en douter.

Ces baptisteres ainsi séparés ont subsisté jusqu'à la fin du VIe siecle, quoique dès-lors on en voye déjà quelques-uns placés dans le vestibule intérieur de l'eglise, tel que celui où Clovis reçu le baptême des mains de saint Remi. Cet usage est ensuite devenu général, si l'on en excepte un petit nombre d'églises qui ont retenu l'ancien, comme celle de Florence, & toutes les villes épiscopales de Toscane, la métropole de Ravenne, & l'église de saint Jean de Latran à Rome.

Ces édifices pour la plûpart étoient d'une grandeur considérable, eu égard à la discipline des premiers siecles, le baptême ne se donnant alors que par immersion, & (hors le cas de nécessité) seulement aux deux fêtes les plus solemnelles de l'année, pâque & la pentecôte. Le concours prodigieux de ceux qui se présentoient au baptême, la bienséance qui demandoit que les hommes fussent baptisés séparément des femmes, demandoient un emplacement d'autant plus vaste, qu'il falloit encore y ménager des autels où les néophytes reçussent la confirmation & l'eucharistie immédiatement après leur baptême. Aussi le baptistere de l'église de sainte Sophie à Constantinople étoit-il si spacieux, qu'il servit d'asyle à l'empereur Basilisque, & de salle d'assemblée à un concile fort nombreux.

Les baptisteres avoient plusieurs noms différens, tels que ceux de piscine, lieu d'illumination, &c. tous rélatifs aux différentes graces qu'on y recevoit par le sacrement.

On trouve peu de choses dans les anciens auteurs sur la forme & les ornemens des baptisteres, ou du moins ce qu'on y en lit est fort incertain. Voici ce qu'en dit M. Fleuri sur la foi d'Anastase, de Grégoire de Tours, & de Durand, dans ses notes sur le pontifical attribué au pape Damase. " Le baptistere étoit d'ordinaire bâti en rond, ayant un enfoncement où l'on descendoit par quelques marches pour entrer dans l'eau ; car c'étoit proprement un bain. Depuis on se contenta d'une grande cuve de marbre ou de porphyre comme une baignoire, & enfin on se réduisit à un bassin, comme sont aujourd'hui les fonts. Le baptistere étoit orné de peintures convenables à ce sacrement, & meublé de plusieurs vases d'or & d'argent pour garder les saintes huiles & pour verser l'eau. Ceux-ci étoient souvent en forme d'agneaux ou de cerfs, pour représenter l'agneau dont le sang nous lave, & pour marquer le desir des ames qui cherchent Dieu, comme un cerf altéré cherche une fontaine, suivant l'expression du pseaume 41. On y voyoit l'image de saint Jean-Baptiste & une colombe d'or ou d'argent suspendue, pour mieux représenter toute l'histoire du baptême de Jésus-Christ, & la vertu du S. Esprit qui descend sur l'eau baptismale. Quelques-uns même disoient le jourdain, pour dire les fonts ". Moeurs des Chrétiens, tit. xxxvj. Ce qu'ajoûte Durand, que les riches ornemens dont l'empereur Constantin avoit décoré le baptistere de l'église de Rome, étoient comme un mémorial de la grace qu'il avoit reçue par les mains du pape saint Sylvestre, est visiblement faux, puisqu'il est aujourd'hui démontré que ce prince fut baptisé à Nicodémie peu de tems avant sa mort.

Il n'y eut d'abord des baptisteres que dans les villes seules épiscopales : d'où vient qu'encore aujourd'hui le rit Ambroisien ne permet point qu'on fasse la bénédiction des fonts baptismaux les veilles de pâque & de pentecôte, ailleurs que dans l'église métropolitaine, d'où les églises paroissiales prennent l'eau qui a été bénite pour la mêler avec d'autre, depuis qu'on leur a permis d'avoir des baptisteres ou fonts particuliers. Dans l'église de Meaux les curés de la ville viennent baptiser les enfans depuis le samedi saint jusqu'au samedi suivant sur les fonts de l'église cathédrale. C'est un droit attaché à chaque paroisse en titre & à quelques succursales ; mais non pas à toutes celles-ci, non plus qu'aux chapelles & aux monasteres, qui, s'ils en ont, ne les possedent que par privilége & par concession des évêques.

On confond aujourd'hui le baptistere avec les fonts baptismaux. Anciennement on distinguoit exactement ces deux choses, comme le tout & la partie. Par baptistere, on entendoit tout l'édifice où l'on administroit le baptême ; & les fonts n'étoient autre chose que la fontaine ou le réservoir qui contenoit les eaux dont on se servoit pour le baptême. Voyez FONTS. (G)


BAQUIERS. m. (Commerce) c'est ainsi qu'on appelle à Smyrne du coton de basse qualité, dont la valeur n'est pas considérable, & qui ne s'y fabrique pas en grande quantité.


BARen terme de Bâtiment, est une espece de civiere avec laquelle des hommes portent des pierres ordinairement de peu de grosseur.

Les ouvriers qui portent le bar se nomment bardeurs. Voyez BARDEUR.

L'action de mettre la pierre sur le bar se nomme barder. Voyez BARDER. (P)

* Le bar est composé de deux longues pieces de bois équarries & assemblées parallelement par quatre ou six traverses de deux piés de long ou environ.

Ces traverses n'occupent que le milieu des pieces équarries, où elles forment un fond ou une grille sur laquelle on pose les fardeaux ; le reste des pieces équarries qui demeure isolé va en diminuant, est arrondi, se termine par une tête formant une coche ou un arrêt en-dessous ; & sert de manche ou bras des deux côtés de la grille ou du fond. L'arrêt de la coche retient les bretelles des bardeurs, & les empêche de s'échapper des bras. Quand les poids sont lourds, deux ou quatre manoeuvres se mettent aux bras, & deux autres passent encore un levier sous la grille : ces derniers s'appellent arbalêtriers.

Pour garantir les arêtes & autres formes délicates des pierres taillées ou sculptées de l'impression des traverses, on couvre la grille de nattes. Ces nattes s'appellent torches.

* BAR, (Géog.) ville de Pologne, dans la Podolie, sur la riviere de Kow. Long. 46. lat. 49. 15.

* BAR, (duché de) Géog. contrée de France située des deux côtés de la Meuse, entre la Lorraine & la Champagne.

* BAR-LE-DUC, (Géog.) capitale du duché de Bar ; il y a haute & basse ville : celle-ci est sur la petite riviere d'Orney. Long. 23. lat. 48. 35.

* BAR-SUR-AUBE, (Géog.) ville de France en Champagne, capitale du Vallage. Longit. 22. 20. lat. 48. 14.

* BAR-SUR-SEINE, (Géog.) ville de France, au duché de Bourgogne. Long. 22. lat. 48. 5.


BARABA(Géog.) grand lac d'Asie, au royaume de Sibérie, rempli d'un sel solide, que les Moscovites coupent comme de la glace.


BARABINSou BARABINSKOI, subst. m. pl. (Géog.) peuple de la Tartarie, dans la partie méridionale de la Sibérie, tributaires de la Moscovie.


BARACAQUES. m. (Hist. mod.) nom de secte & de religieux Japonois, dont la priere & la méditation est l'occupation continuelle.


BARACH(Géog. sainte) ville de la Palestine, dans la tribu de Dan.


BARACI(Géog.) ville de l'île de Sardaigne, dont il ne reste que des ruines qu'on voit proche de Sassari.


BARACOA(Géog.) ville de l'Amérique, dans l'île de Cuba, avec un port, sur la côte septentrionale de l'île.


BARAD(Géog. sainte) ville de la Palestine, dans la tribu de Juda, proche la fontaine d'Agar.


BARADASS. m. c'est, en terme de Fleuriste, un oeillet rouge-brun, à fleur large, grosse, feuillue, & en dôme ; ni blanc, ni carné ; à panaches gros & non détachés. On ne lui laisse que quatre à cinq boutons.


BARAICUou BURAICUS, (Myth.) surnom qu'Hercule prit d'une ville d'Achaie, célebre par l'oracle de ce héros : la maniere dont se rendoit cet oracle, étoit singuliere. Après qu'on avoit fait sa priere dans le temple, on prenoit quatre dez ; on les jettoit au hasard ; les faces de ces dez étoient empreintes de figures hiéroglyfiques ; on remarquoit bien les figures amenées ; & l'on alloit ensuite en chercher l'interprétation sur un tableau où elles étoient expliquées. Cette interprétation passoit pour la réponse du dieu. Voyez l'article DE, en combien de façons quatre dez à six faces peuvent être combinés : vous trouverez 1296. L'oracle auroit dû avoir autant de réponses ; mais il en avoit bien moins, & il étoit facile que la question de celui qui s'adressoit à l'oracle, fût de celles dont la réponse n'étoit pas dans les dez, mais il falloit compter jusqu'à 1296, pour sentir l'impertinence de l'oracle, & le peuple ne sait pas compter si loin, & quand il le sauroit, il s'en feroit un scrupule.


BARALIPTON(Log.) nom par lequel on designe le premier mode indirect d'argument de la premiere figure. Le syllogisme en baralipton, a les deux premieres propositions universelles affirmatives, & la troisieme particuliere affirmative. Voyez SYLLOGISME.


BARALLOTSsub. m. plur. (Théol.) nom qu'on donna à certains hérétiques qui parurent à Bologne en Italie, & qui mettoient tous leurs biens en commun, même les femmes & les enfans. Leur extrème facilité à se livrer aux plus honteux excès de la débauche, leur fit encore donner, selon Ferdinand de Cordoue, dans son traité de Exiguis annonis, le nom d'obéissans, obedientes. (G)


BARAMPOURVoyez BRAMPOUR.


BARANCA DE MELAMBO(LA) Géog. ville de l’Amérique, dans la province de Sainte-Marthe, en terre-ferme, sur la riviere de la Magdeleine. Long. 306. lat. 11.


BARANCIA(LA) Géog. grande riviere de l'Amérique septentrionale, qui a sa source au Mexique, traverse le Méchoacan, le Gadalajara, la province de Xalisco, & se jette dans la mer Pacifique, à l'entrée de la mer Vermeille. Sanson l'appelle Esquitlan.


BARANGES. f. c'est ainsi qu'on appelle dans les Salines, un mur d'environ trois piés de hauteur, placé en-dedans du fourneau, entre les murs sur lesquels la poele est posée : il sert à la séparation des bois & des braises.


BARANGESsub. m. pl. (Hist. anc.) officiers qui gardoient les clefs des portes de la ville où demeuroit l'empereur de Constantinople. On prétend que ce mot est originairement Anglois, parce que ces gardes des clefs étoient pour l'ordinaire tirés des îles Britanniques. (G)


BARANGUELIS(LE) Géog. anc. & mod. grand étang d'Egypte, que les Latins nomment stagnum magnum, Tenesae sinus, Sorbonis palus, sur les frontieres de la Terre-sainte, vers la côte de la Méditerranée ; on l'appelle le golfe de Tenese, le Grand étang, ou Stagnone. Il avoit autrefois cent vingt mille pas ; il est aujourd'hui beaucoup moindre, & l'on conjecture qu'il se remplira.


BARANIWAR(Geog.) petite ville de la basse Hongrie, au comté de même nom, entre Bude & Belgrade, sur le ruisseau de Crasso. Long. 36. 20. lat. 46.


BARANOVA(Géog.) petite ville de Pologne, dans la haute Wolhinie, sur la riviere de Slucks.


BARAQUES. f. (Architecture) lieu construit de charpente, revêtue de planches de bateau, couverte de dosses, & pratiquée près d'un grand attelier, ou dans un grand chantier, pour servir aux ouvriers de magasin pendant l'hyver, & de retraite pendant l'été. (P)

BARAQUE, s. f. (en Art. milit.) est une hutte ou petite loge pour des soldats dans un camp. Voyez HUTTE.

Ce mot vient de barracas en Espagnol, petite cabane que les pêcheurs font sur le bord de la mer.

Celles pour la cavalerie étoient autrefois appellées baraques ; & celles pour l'infanterie, huttes : mais le terme baraque est à présent usité indifféremment pour les deux.

Pour faire les baraques, on fiche quatre perches fourchues en terre, & on en met quatre autres en travers ; ensuite on éleve les murailles avec des mottes de terre, des claies, ou tout ce que le lieu fournit de propre pour cela : le dessus est couvert de chaume ou de gason, selon la commodité qu'on en a. Quand l'armée est en quartier d'hyver, les soldats font ordinairement des baraques ; en été, ils se contentent de leurs tentes. (Q)


BARASA(Géog. sainte) ville de la Palestine, dans la tribu de Gad.


BARATS. m. (Commerce) vieux mot François & hors d'usage, qui signifioit autrefois tromperie, fourbe, mensonge. C'est de barat que vient le terme de baratterie, dont il y a un titre dans les ordonnances de la Marine. (G)


BARATHRES. m. (Hist. anc.) gouffre, lieu très-profond dans l'attique, où l'on avoit coûtume de précipiter les scélérats. Il étoit revêtu de pierre de taille, en forme de puits, & dans le mur de revêtissement, on avoit scellé d'espace en espace, des crampons de fer crochus, dont quelques-uns avoient la pointe en-haut, & d'autres de côté, pour accrocher & déchirer les criminels dans leur chûte. Ce nom chez les Grecs est encore commun à toute sorte de gouffres, d'abysmes, & de concavités de la terre. (G)


BARATTES. f. (Economie rustiq.) vaisseau fait de douves, plus étroit par en-haut que par en-bas, & qui sert à battre la crême dont on fait le beurre.

L'ouverture de la baratte se couvre avec une sebille troüée qui s'y emboîte, & par le trou de laquelle passe un long bâton qui sert de manche au bat-beurre.

Le bat-beurre est un cylindre de bois épais d'environ deux pouces, percé de plusieurs trous, & emmanché de plat au bout d'un long bâton ; les trous du cylindre servent à donner passage au lait de beurre à mesure que le beurre s'avance.

Ce sont les Tonneliers qui fabriquent & vendent les barattes ; & elles sont à l'usage des habitans de la campagne.


BARATTERIES. f. (Commerce) malversation, tromperie. Voyez BARAT.

BARATTERIE DE PATRON, (Commerce) en termes de commerce de mer, signifie les larcins, déguisemens, & altérations de marchandises que peuvent causer le maître & l'équipage d'un vaisseau, & généralement toutes les supercheries & malversations qu'ils mettent assez souvent en usage pour tromper le marchand chargeur & autres intéressés.

On trouve dans l'ordonnance de la Marine du mois d'Août 1681, liv. II. & III. les détails des différentes baratteries que peuvent commettre les patrons ou maitres de vaisseaux, & les peines décernées contr'eux dans ces occasions. (G)


BARBA(Géog.) petite ville du royaume d'Alger, en Barbarie.


BARBACA(Hist. nat. bot.) plante qui pousse plusieurs tiges à la hauteur d'un pié & demi, branchues, creuses, plus petites que celles de la rave, & ayant quelque ressemblance à celle du cresson ; vertes, noirâtres & luisantes ; ses fleurs sont petites, jaunes, à quatre feuilles disposées en croix. Il leur succede de petites gousses tendres, rondes & longues, qui contiennent des semences rougeâtres : sa racine est oblongue, médiocrement grosse, & d'un goût acre. Elle croît dans les champs, & on la cultive dans les potagers.

Elle contient du sel essentiel & de l'huile ; elle est détersive & vulnéraire ; elle excite l'urine ; elle est salutaire dans le scorbut, les maladies de la rate & la néphrétique.


BARBACANNES. f. (en Architecture) c'est une ouverture étroite & longue en hauteur, qu'on laisse aux murs qui soutiennent des terres, pour y donner de l'air, ou pour en faciliter l'entrée & la sortie des eaux ; on la pratique sur-tout lorsque l'on bâtit en des lieux sujets à l'inondation ; elle se nomme aussi canonniere & ventouse, & en latin colluviarium. (P)

BARBACANNE, c'est ainsi qu'on appelle en Fortification, les ouvrages avancés d'une place ou d'une citadelle ; le principal usage de la barbacanne, est d'être le boulevard des portes ou des murailles. Voyez DEFENSE.

Ce nom rend le promurale, ante murale, murus exterior des Romains, & ce que les François nomment contre-mur. Il dénote aussi un fort à l'entrée d'un pont ou à la sortie d'une ville, avec une double muraille, comme celle que l'on voit à Roüen à l'un des bouts de son pont de bateaux. C'est pourquoi plusieurs lui donnent encore le nom de barbacanne. Il étoit d'usage aussi pour signifier une ouverture des murailles, par où l'on tire des coups de mousquet sur l'ennemi ; mais on ne s'en sert plus à présent. Voyez CRENEAU & EMBRASURE. (Q)


BARBADE(Géog.) île de l'Amérique, & l'une des Antilles. Long. 318. 40. lat. 13. 20.


BARBANÇON(Géog.) principauté dans le Hainault.


BARBANDA(Géog. anc.) ville jadis considérable de la haute Egypte, il n'en reste plus que quelques ruines entre Girgio & Asna.


BARBARA(Log.) terme par lequel on designe le premier mode d'argument de la premiere figure : un syllogisme en barbara a ses trois propositions universelles affirmatives. Voyez SYLLOGISME.


BARBARESadj. (Philosophie) c'est le nom que les Grecs donnoient par mépris à toutes les nations qui ne parloient pas leur langue, ou du moins qui ne la parloient pas aussi-bien qu'eux. Ils n'en exceptoient pas même les Egyptiens, chez lesquels ils confessoient pourtant que tous leurs philosophes & tous leurs législateurs avoient voyagé pour s'instruire. Sans entrer ici avec Brucker, dans les différentes étymologies de ce terme, ni sans examiner s'il est composé du bar des Arabes, qui signifie desert, ou s'il est dérivé du terme par lequel les Chaldéens rendent le foris ou l'extra des Latins ; je remarquerai seulement que dans la suite des tems, les Grecs ne s'en servirent que pour marquer l'extrème opposition qui se trouvoit entr'eux & les autres nations, qui ne s'étoient point encore dépouillées de la rudesse des premiers siecles, tandis qu'eux-mêmes, plus modernes que la plupart d'entr'elles, avoient perfectionné leur goût, & contribué beaucoup aux progrès de l'esprit humain. Ainsi toutes les nations étoient réputées barbares, parce qu'elles n'avoient ni la politesse des Grecs, ni une langue aussi pure, aussi féconde, aussi harmonieuse que celle de ses peuples. En cela ils furent imités par les Romains, qui appelloient aussi barbares tous les autres peuples, à l'exception des Grecs, qu'ils reconnoissoient pour une nation savante & policée. C'est à-peu-près comme nous autres François, qui regardons comme grossier tout ce qui s'éloigne de nos usages. Les Grecs & les Romains étoient jaloux de dominer plus encore par l'esprit, que par la force des armes, ainsi que nous voulons le faire par nos modes.

Lorsque la religion Chrétienne parut, ils n'eurent pas pour elle plus de ménagement qu'ils en avoient eu pour la philosophie des autres nations. Ils la traiterent elle-même de barbare ; & sur ce pié ils oserent la mépriser. C'est ce qui engagea les premiers Chrétiens à prendre contre les Grecs & les Romains, la défense de la philosophie barbare. C'étoit un détour adroit dont ils se servoient pour les accoutumer peu-à-peu à respecter la religion Chrétienne, sous cette enveloppe grossiere qui leur en déroboit toute la beauté, & à lui soûmettre leur science & leur orgueil. Tatien de Syrie, & disciple de S. Justin, leur a prouvé qu'ils n'avoient rien inventé d'eux-mêmes, & qu'ils étoient redevables à ces mêmes hommes, qu'ils traitoient de barbares, de toutes les connoissances dont ils étoient si fort enorgueillis. " Quelle est, leur reprochoit-il malignement, la science parmi vous, qui ne tire son origine de quelqu'étranger, Vous n'ignorez pas que l'art d'expliquer les songes vient de l'Italie ; que les Cariens se sont les premiers avisés de prédire l'avenir par la diverse situation des astres ; que les Phrygiens & les Isauriens se sont servis pour cela du vol des oiseaux, & les Cypriotes des entrailles encore fumantes des animaux égorgés. Vous n'ignorez pas que les Chaldéens ont inventé l'Astronomie ; les Perses la Magie ; les Egyptiens la Géométrie, & les Phéniciens l'art des Lettres. Cessez donc, ô Grecs, de donner pour vos découvertes particulieres, ce que vous n'avez fait que suivre & qu'imiter ". Quoi qu'il en soit de ces reproches, il est certain qu'ils sont les premiers inventeurs de cette philosophie systématique, qui bravant toute autorité, ne veut se laisser conduire qu'à la lueur de l'évidence dans la recherche de la vérité. La Philosophie des autres peuples, & même des Egyptiens, n'étoit, ainsi que nous l'avons remarqué à l'article de l'ame, qu'un amas de maximes, qui se transmettoient par tradition, & qui prenoient sur les esprits le même ascendant que les oracles de leurs dieux. Ce n'est qu'en Grece qu'on osoit raisonner ; & c'est aussi là le seul pays où l'esprit subtil & raffiné enfantoit des systèmes. La Philosophie des autres peuples, n'étoit, à proprement parler, qu'une Théologie mystérieuse. Ainsi l'on peut dire que les Grecs ont été les premiers philosophes, dans le sens rigoureux que l'usage attache à ce terme. (X)

BARBARES (Lois) Jurisprudence ; ce sont celles qui furent faites lors de la décadence de l'empire Romain, par les différens peuples qui le démembrerent, tels que les Goths, les Visigoths, les Ripuariens, les Francs-Allemands, Anglo-Saxons, &c. Voyez au mot CODE.

On voit par ces lois la forme qui s'observoit dans les jugemens. Ils se rendoient dans de grandes assemblées où toutes les personnes de distinction se trouvoient. Pour les preuves, on se servoit plus de témoins que de titres, par la raison qu'on ne faisoit presqu'aucun usage de l'écriture, sur-tout dans les commencemens. Faute de preuves on employoit le combat, ou l'on faisoit des épreuves par les élémens. Voyez COMBAT & éPREUVE.

La principale matiere de ces lois étoient les crimes, & sur-tout ceux qui étoient les plus fréquens parmi ces peuples brutaux, tels que le vol, le meurtre, les injures, en un mot tout ce qui se commet par violence : ce qui regarde les successions & les contracts y étoit traité très-succinctement.

La qualité des peines qu'elles prononçoient est remarquable. Pour la plûpart des crimes elles n'ordonnoient que les amendes pécuniaires, ou pour ceux qui n'avoient pas de quoi payer, des coups de foüet. On ne punissoit point alors de mort les criminels, à moins qu'il ne fût question de crimes d'état. Aussi ces peines étoient-elles nommées compositions, comme n'étant qu'une taxe de dommages & intérêts, faite avec une exactitude surprenante : on y distinguoit la partie blessée ou mutilée, la profondeur, la largeur de la plaie, ou le nombre des plaies.

Ces lois sont écrites d'un style si simple & si court, qu'il seroit fort clair si tous les mots étoient latins : mais elles sont remplies de mots barbares, soit faute de mots latins qui fussent propres, soit pour leur servir de glose. (H)


BARBARICAIRES. m. (Peinture & Tapisserie) Le barbaricaire est un peintre qui exécute des représentations d'hommes & d'animaux en tapisserie ou avec des soies de différentes couleurs. La tapisserie est un genre de peinture, & l'on ne doit pas être surpris que je donne le nom de peintre à ces excellens artistes, qui font avec l'aiguille des tableaux aussi beaux que tous ceux que les peintres font avec le pinceau. Voyez LISSE HAUTE & BASSE.


BARBARICEN(LES) s. m. pl. (Géog.) peuple de l'île de Sardaigne, dans les montagnes ; on appelle leur quartier les barbarias : il est divisé en trois parties ; la Barbaria-Bervi, au quartier de Valence ; la Barbaria-Lolai, au même quartier, mais l'un plus à l'orient, & l'autre plus au septentrion ; la Barbaria-Sevoli, dans les monts.


BARBARIES. f. (Géog.) grande contrée d'Afrique, enfermée entre l'Océan Atlantique, la mer Méditerranée, l'Egypte, la Nigritie, & la Guinée. Sa longueur de l'orient à l'occident est considérable, mais sa largeur varie. Ses parties principales sont les royaumes de Tripoli, de Tunis, d'Alger, de Fez, de Maroc, de Tafilet, & le Zara ou Desert. Ces états ont un grand nombre de ports sur la Méditerranée, & les royaumes de Fez & de Maroc en ont même quelques-uns sur l'Océan : ce sont ceux de Tripoli, de la Goulette, de Tunis, d'Alger & de Salé, où l'on fait le plus de commerce. Il y a à Alger des marchands de toutes les nations ; les Juifs y ont un quartier. La marine des Algériens est très-forte. On peut tirer de-là des grains. Le commerce est le même à Couco : il se fait en grains, olives, huiles, figues, raisins secs, miel, & cire. On y trouve aussi du fer, de l'alun, & de petits bestiaux. Il y a peu de négoce à Tripoli. Il vient de Barbarie des plumes d'autruche, de l'indigo, de l'or en poudre, des dattes, des raisins de damas, des cuirs tannés & non tannés, du cuivre, de la cire, de l'étain, des laines, des peaux de chevre, du corail, qui se pêche au bastion de France ; des grains, comme blés, orges, féves, millet ; des chevaux. On charge pour ces côtes des draps, de l'écarlate, des velours, des taffetas, des mousselines, des soies apprêtées, des épiceries, des drogues, du coton, du tabac, du sucre, du bois de campeche ; du tartre, de l'alun, du soufre, de la cochenille, du papier, de l'acier ; du fer, du plomb, toutes sortes de quincaillerie. Il y a beaucoup d'avantage d'aller acheter de ces voleurs, tout ce qui n'est pas à leur usage, & qu'ils revendent de leurs prises. Il n'y a en Barbarie presque que des monnoies étrangeres. Ils ont pourtant leurs burbas, leurs doublas, leurs rubics, & quelques autres pieces. Le commerce est le même par-tout sur cette côte, excepté à Salé & au bastion de France. L'or & l'ivoire qui viennent de Salé en Europe, y sont apportés de Sudan & de Gago en Guinée par des cafillas Arabes. Les plumes d'autruches viennent de Sara. Le commerce de Tamboucton, capitale de Gago, se fait singulierement, c'est un échange d'or en sel. Le marchand met son sel à terre sur des nattes de jonc, & se retire : le Negre vient, il examine le tas de sel qui lui convient, il met à côté la poudre d'or qu'il en veut donner, & se retire à son tour : le marchand se rapproche ; si la quantité d'or lui convient, il prend une poignée de sel qu'il met à côté de l'or ; si elle ne lui convient pas il ne met rien ; il se retire ensuite : le Negre se rapproche & emporte son sel ou augmente la quantité d'or, ou retire son or, & tout cela se fait sans parler. Le silence est ordonné par la loi, comme le seul moyen de prévenir les querelles entre les marchands, & il s'observe rigoureusement.

Le bastion de France fait faire la pêche du corail, & en trafique particulierement. Voyez à l'article CORAIL cette pêche & ce commerce.

* BARBARIE (mer de), Géog. c'est ainsi qu'on appelle toute la partie de la Méditerranée, qui baigne les côtes des royaumes de Tunis, d'Alger, & de Fez, & qui s'étend jusqu'aux îles de Sicile & de Sardaigne. On ne comprend quelquefois sous ce nom, que ce qui baigne les côtes d'Alger & de Fez.

* BARBARIE (les seiches ou basses de) Géog. anc. & mod. ce sont les écueils du golfe de Sedra, que les anciens appelloient Syrtis magna ou major. On entend aussi par ce nom, quelquefois, le golfe de Sedra même.


BARBARINS. m. (Hist. nat. Zoolog.) poisson de mer mieux connu sous le nom de surmulet. Voyez SURMULET.

BARBARIN, poisson de riviere, petit barbeau. Voyez BARBEAU. (I)


BARBARISMES. m. (terme de Gramm.) le barbarisme est un des principaux vices de l'élocution.

Ce mot vient de ce que les Grecs & les Romains appelloient les autres peuples barbares, c'est-à-dire étrangers ; par conséquent tout mot étranger mêlé dans la phrase greque ou latine étoit appellé barbarisme. Il en est de même de tout idiotisme ou façon de parler, & de toute prononciation qui a un air étranger ; par exemple, un Anglois qui diroit à Versailles, est pas le roi allé à la chasse, pour dire, le roi n'est-il pas allé à la chasse, ou je suis sec, pour dire, j'ai soif, feroit autant de barbarismes par rapport au françois.

Il y a aussi une autre espece de barbarisme ; c'est lorsqu'à la vérité le mot est bien de la langue, mais qu'il est pris dans un sens qui n'est pas autorisé par l'usage de cette langue, ensorte que les naturels du pays sont étonnés de l'emploi que l'étranger fait de ce mot : par exemple, nous nous servons au figuré du mot d'entrailles, pour marquer le sentiment tendre que nous avons pour autrui ; ainsi nous disons il a de bonnes entrailles, c'est-à-dire il est compatissant. Un étranger écrivant à M. de Fenelon, archevêque de Cambrai, lui dit : Mgr, vous avez pour moi des boyaux de pere. Boyaux ou intestins pris en ce sens, sont un barbarisme, parce que selon l'usage de notre langue, nous ne prenons jamais ces mots dans le sens figuré que nous donnons à entrailles.

Ainsi il ne faut pas confondre le barbarisme avec le solécisme ; le barbarisme est une élocution étrangere, au lieu que le solécisme est une faute contre la régularité de la construction d'une langue ; faute que les naturels du pays peuvent faire par ignorance ou par inadvertance, comme quand ils se trompent dans le genre des noms ou qu'ils font quelqu'autre faute contre la syntaxe de leur langue.

Ainsi on fait un barbarisme, 1°. en disant un mot qui n'est point du dictionnaire de la langue. 2°. En prenant un mot dans un sens différent de celui qu'il a dans l'usage ordinaire, comme quand on se sert d'un adverbe comme d'une proposition ; par exemple, il arrive auparavant midi, au lieu de dire avant midi. 3°. Enfin en usant de certaines façons de parler, qui ne sont en usage que dans une autre langue.

Au lieu que le solécisme regarde les déclinaisons, les conjugaisons, & la syntaxe d'une langue, 1°. les déclinaisons, par exemple, les émails au lieu de dire les émaux : 2°. les conjugaisons, comme si l'on disoit il allit pour il alla : 3°. la syntaxe, par exemple, je n'ai point de l'argent, pour je n'ai point d'argent.

J'ajoûterai ici un passage tiré du IV. livre ad Herennium, ouvrage attribué à Cicéron : La latinité, dit l'auteur, consiste à parler purement, sans aucun vice dans l'élocution. " Il y a deux vices qui empêchent qu'une phrase ne soit latine, le solécisme & le barbarisme ; le solécisme, c'est lorsqu'un mot n'est pas bien construit avec les autres mots de la phrase ; & le barbarisme, c'est quand on trouve dans une phrase un mot qui ne devoit pas y paroître, selon l'usage reçu ". Latinitas est quae sermonem purum conservat, ab omni vitio remotum. Vitia in sermone, quominus is latinus sit, duo possunt esse ; solecismus & barbarismus. Solecismus est, cum verbis pluribus consequens verbum superiori non accommodatur. Barbarismus est, cùm verbum aliquod vitiose effertur. Rhetoricorum ad Herenn. Lib. IV. cap. xij. (F)


BARBATou BARBUE, (Mytholog.) surnom qu'on donnoit à Venus ; en effet, on la représentoit quelquefois avec de la barbe & avec les deux sexes.


BARBATO(Géog.) riviere de l'Andalousie, en Espagne, qui coule dans l'évêché de Cadis, & se jette dans l'Océan Atlantique à Porto-Barbato.


BARBATou PORTO-BARBATO, (Géog. anc. & mod.) petite ville d'Espagne, dans l'Andalousie, sur l'Océan Atlantique, à l'embouchure de la riviere Barbato. C'est, selon quelques Géographes, la ville Belo ou Bello des anciens ; d'autres veulent que Belo ou Bello des anciens soit Conil ou Belona.


BARBEle poil qui croît au menton & autres parties du visage, sut-tout des mâles adultes. V. POIL.

La barbe est la premiere marque de puberté ; c'est un indice que la semence commence à se faire ; elle continue, si le sang produit la même humeur prolifique : elle cesse de pousser, ou tombe, si cette secrétion importante est empêchée. On connoît par-là pourquoi la barbe & les cheveux tombent souvent dans la vieillesse. La voix d'un garçon ressemble à celle d'une fille avant la secrétion de la semence, après quoi elle devient grave & rauque, & ce symptome paroît avant la barbe. (L)

La barbe a été assujettie à diverses coûtumes & cérémonies. Kingson nous assûre qu'une partie considérable de la religion des Tartares consiste dans le gouvernement de leur barbe ; qu'ils ont fait une longue & sanglante guerre aux Persans, & les ont déclarés infideles, quoique de leur communion à d'autres égards, précisément à cause que ceux-ci ne se faisoient point la moustache à la mode ou suivant le rite des Tartares.

Athenée remarque, d'après Chrysippe, que les Grecs avant Alexandre, avoient toûjours conservé leur barbe, & que le premier Athénien qui coupa la sienne, fut toûjours après cela dans les médailles surnommé le tondu, . Plutarque ajoûte qu'Alexandre ordonna aux Macédoniens de se faire raser, de peur que les ennemis ne les prissent par la barbe.

Quoi qu'il en soit, nous voyons que Philippe son pere, ainsi que ses prédécesseurs Amyntas & Archelaüs, sont représentés sans barbe sur les médailles.

Pline observe que les Romains ne commencerent à se raser que l'an de Rome 454, quand P. Ticinus leur amena de Sicile une provision de barbiers ; il ajoûte que Scipion l'Africain fut le premier qui fit venir la mode de se raser chaque jour.

Ce fut encore une coûtume parmi les Romains de se faire des visites de cérémonie, à l'occasion de la premiere coupe de la barbe. Les jeunes gens commençoient à se faire couper la barbe depuis l'âge de 21 ans, jusqu'à celui de 49 ; passé 49 ans, il n'étoit plus permis, selon Pline, de ne pas porter la barbe longue. Ils enfermoient leur premiere barbe dans une petite boîte d'or ou d'argent, qu'ils consacroient à quelque divinité, & sur-tout à Jupiter Capitolin, comme Suétone le remarque de Néron. Les 14 premiers empereurs se firent raser jusqu'au tems de l'empereur Adrien, qui rétablit l'usage de porter la barbe : Plutarque dit que le motif de ce prince fut de cacher les cicatrices qu'il avoit au visage.

Tous ses successeurs l'imiterent jusqu'à Constantin. Les barbes reparurent sous Héraclius, & tous les empereurs Grecs l'ont portée depuis. Les Goths & les Francs ne portoient qu'une moustache, jusqu'à Clodion, qui ordonna aux François de laisser croître leur barbe & leurs cheveux, pour les distinguer des Romains. Les anciens philosophes & les prêtres des Juifs portoient de longues barbes. On veut que ce soit aussi l'origine du nom des Lombards, Longobardi quasi Longo-barbati. Il y a un canon du concile de Carthage, qui défend aux clercs de porter de longs cheveux & de longues barbes : clericus nec comam nutriat, nec barbam ; ce qui se concilie difficilement avec cette leçon, nec barbam tundat. Grégoire VII. dit que le clergé d'Occident a toûjours été rasé. Aujourd'hui les Occidentaux se font raser, & les Grecs au contraire, les Turcs & presque tous les Orientaux ont conservé la mode de porter de longues barbes.

On usoit anciennement de grandes cérémonies en bénissant la barbe ; & l'on voit encore les prieres qui se disoient dans la solennité de sa consécration, lorsque l'on tonsuroit un clerc. Voyez TONSURE.

Les gens de qualité faisoient raser leurs enfans la premiere fois par des hommes aussi qualifiés qu'eux, ou plus même ; & ceux-ci devenoient par ce moyen les parreins ou les peres adoptifs des enfans. Voyez ADOPTION.

Il est vrai qu'anciennement on devenoit parrein du garçon précisément en lui touchant la barbe ; aussi voit-on dans l'Histoire qu'un des articles du traité entre Clovis & Alaric, fut que ce dernier lui toucheroit la barbe, afin de devenir le parrein de Clovis. Voyez PARREIN.

A l'égard des ecclésiastiques, la discipline a considérablement varié sur l'article de la barbe ; on leur a quelquefois enjoint de la porter, à cause qu'il y a quelque chose d'efféminé à se la faire, & qu'une barbe longue sied bien à la gravité du clergé ; d'autres fois on l'a défendue comme suspecte de cacher de l'orgueil sous un air vénérable. L'église greque & la romaine ont été long-tems aux prises à ce sujet depuis leur séparation. Ceux de l'église de Rome semblent avoir encore eu plus de goût pour se raser afin de contredire les Grecs ; ils ont même fait certaines constitutions expresses de radendis barbis.

Les Grecs, de leur côté défendent la cause des grandes barbes avec un zele ardent, & sont très-scandalisés de voir dans les églises romaines des images de saints qui n'ont point de barbe. On trouve que par les statuts de quelques monasteres, les moines laïques devoient laisser croître leur barbe, & les prêtres se raser, & que l'on bénissoit avec beaucoup de cérémonies les barbes de tous ceux qui étoient reçus dans les couvens.

En certains pays, c'est porter le deuil que de laisser croître sa barbe ; en d'autres c'en est un que de se raser. Le pere le Comte remarque l'extravagance des Chinois dans leur affectation de porter de grandes barbes, eux à qui la nature n'en a donné que de fort petites, qu'ils ont la folie de cultiver avec un grand soin, enviant beaucoup le bonheur des peuples de l'Europe à cet égard, & les considérant comme les premiers hommes du monde, à cause de leur barbe.

Les Russiens portoient encore leur barbe, il n'y a que très-peu d'années, quand le Czar Pierre I, leur ordonna de se raser ; mais nonobstant son ordre, il fut contraint de tenir sur pié un bon nombre d'officiers, pour la couper de haute lutte à ceux que l'on ne pouvoit réduire autrement à s'en défaire. C'est une remarque de saint Chrysostome, que les rois de Perse avoient leur barbe tissue, & nattée avec un fil d'or. Quelques-uns des premiers rois de France faisoient noüer & boutonner leur barbe avec de l'or. (G)

BARBE D'UNE COMETE, (Astron.) c'est le nom qu'on donne à ces especes de rayons qu'envoye une comete, vers la partie du ciel où son mouvement paroît la porter. Voyez COMETE.

C'est en quoi la barbe de la comete est distinguée de sa queue, qui se dit des rayons poussés vers la partie d'où il semble que son mouvement l'éloigne. Voyez QUEUE. En un mot la barbe de la comete est une espece de chevelure lumineuse & rayonnante qui la précede, & la queue est une chevelure lumineuse & rayonnante qui la suit. La cause de la queue des cometes & de leur barbe n'est pas trop bien connue. Voyez sur ce sujet les conjectures des Philosophes, au mot COMETE. (O)

BARBE ou plûtôt BARBETTE, (terme de l'Art militaire) tirer en barbe ou à barbette, c'est tirer le canon par-dessus le parapet, au lieu de le tirer par les embrasures, auquel cas le parapet ne doit avoir que trois piés & demi de hauteur ; au-dessus de l'endroit où le canon est placé. On fait ordinairement de petites élévations de terre aux angles flanqués des ouvrages, pour y placer du canon qu'on tire à barbette. Ces élévations sont aussi appellées barbettes. On donne ce même nom au canon qui est tiré de ces élévations ; parce qu'on prétend que le canon en tirant de-là, par-dessus ce parapet, lui fait pour ainsi dire la barbe, en brûlant l'herbe de sa partie supérieure. (Q)

BARBE d'un vaisseau, (Marine) les barbes d'un vaisseau sont les parties du bordage de l'avant, auprès du rinjot, c'est-à-dire vers l'endroit où l'étrave s'assemble avec la quille.

BARBE, sainte-barbe, gardiennerie, chambre des canonniers ; c'est ainsi que se nomme, en Marine, la chambre des canonniers, à cause qu'ils ont choisi sainte Barbe pour patrone. La sainte-barbe est un retranchement de l'arriere du vaisseau, au-dessus de la soute, & au-dessous de la chambre du capitaine. Le timon passe dans la sainte-barbe. Les vaisseaux de guerre y ont ordinairement deux sabords pratiqués dans l'arcasse ; on l'appelle aussi gardiennerie, à cause que le maître canonnier y met une partie de ce qui regarde les ustensiles de son artillerie. Voyez Planche IV. fig. 1. n°. 107. (Z)

BARBE, (Manége) on appelle ainsi un cheval de Barbarie, qui a la taille menue & les jambes déchargées, & qui est fort estimé pour sa vigueur & sa vitesse. Voyez CHEVAL.

Les barbes sont ordinairement d'une taille déliée, & ont les jambes bien écartées. C'est une maxime que les barbes meurent, mais ne vieillissent jamais, parce qu'ils conservent leur vigueur jusqu'à la fin : c'est pourquoi on en fait des étalons. Leur feu, selon le duc de Newcastle, dure autant que leur vie.

On dit que ces chevaux étoient autrefois sauvages, & qu'ils couroient çà & là dans les forêts de l'Arabie, & que ce ne fut qu'au tems du Cheque Ismaël qu'on commença à les dompter pour la premiere fois. On assûre qu'il y a des barbes en Afrique, qui devancent les autruches à la course, qu'on vend ordinairement dix mille livres, ou comme dit Dapper mille ducats, ou cent chameaux. On les entretient toûjours maigres ; & on les nourrit fort peu avec quelques grains & de la pâte, ou comme dit Dapper, avec du lait de chameau qu'on leur donne soir & matin. On conserve la généalogie des chevaux barbes, avec le même soin qu'on fait en Europe celle des grandes familles ; & on ne les vend jamais sans produire leurs titres de noblesse. Il y en a qu'on fait descendre en droite ligne de l'illustre cheval du grand Dalid.

La race des chevaux a fort dégénéré dans la Numidie, les Arabes ayant été découragés de la conserver par les officiers turcs, qui étoient assûrés de s'en rendre maîtres. Les Tingitaniens & les Egyptiens ont aujourd'hui la réputation de conserver la meilleure race, tant pour la taille que pour la beauté. Les plus petits de ces derniers ont ordinairement seize palmes, & tous sont formés, suivant leur maniere de s'exprimer, comme la gazelle.

Les bonnes qualités d'un cheval de Barbarie (outre celles qu'on lui suppose de ne jamais se coucher, & de ne point bouger lorsque le cavalier vient à laisser tomber sa bride) sont d'avoir une longue allure, & de s'arrêter court, s'il le faut, en pleine course.

Le barbe n'est pas si propre à être étalon pour avoir des chevaux de manége, que pour des coureurs ; car il engendre des chevaux longs & lâches : c'est pourquoi il ne faut point avoir de sa race pour le manége, s'il n'est court de la tête à la croupe ; fort, raccourci, & d'une grande vivacité, ce qui se trouve dans peu de barbes.

BARBE ou SOUS-BARBE, (Manége) est la partie de la tête du cheval qui porte la gourmette. C'est proprement le bout ou plûtôt la jonction des os de la ganache. Voyez GANACHE.

BARBES ou BARBILLONS, (Maréchallerie) ce sont de petites excroissances de chair longuettes, & finissant en pointe : qui sont attachées au palais sous la langue du cheval, qui l'empêchent de manger, & qu'on ôte pour cette raison. (V)

BARBE, en Serrurerie, est une partie du pêne, elle a la forme de dents qu'on voit ordinairement à sa partie inférieure, quelquefois à la supérieure, & à l'une & à l'autre. Voyez Planche III. de Serrurerie, en V & en T. La clé en tournant dans la serrure, les rencontre & fait avancer ou reculer le pêle ou pêne.

Il y a différentes sortes de barbes ; des barbes perdues ou volantes ; ce sont celles qui sont mobiles ; & qui peuvent descendre & monter. Elles ne font pas corps avec le pêne, elles y sont seulement ajustées ; & c'est par le méchanisme qu'employe l'ouvrier qu'elles paroissent ou disparoissent. On trouvera à l'article SERRURE, plusieurs exemples de ces barbes, Voyez SERRURE.

BARBE DE BOUC, tragopogon, (Hist. nat. botan.) genre de plante dont la fleur est à demi-fleurons portés chacun sur un embryon, & soûtenus par un calice fendu en plusieurs parties sans être écailleux.

Lorsque cette fleur est passée, chaque embryon devient une semence revêtue d'une membrane ou d'une enveloppe garnie d'une aigrette, & attachée sur la couche. Tournefort, Inst. rei herb. Voy. PLANTE. (I)

* Le tragopogon pratense, luteum, majus, aime les lieux champêtres, les prés, les pâturages & les terres grasses ; il fleurit en Mai & en Juin, & il ne tarde pas à répandre sa graine : il redonne des fleurs en Juillet & en Août.

Sa racine échauffe & humecte ; elle est salutaire dans les maladies de poitrine ; son suc lactée agglutine les ulceres récens, pousse par les urines, & excite les graviers à sortir. Il y en a qui mangent la racine cuite, quand elle est tendre : mais ils sont en petit nombre.

BARBE DE CHEVRE, barba caprae, (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond : le pistil sort d'un calice d'une seule piece, & devient dans la suite un fruit composé de plusieurs petites gaînes rassemblées en forme de tête. Chaque gaîne renferme une semence ordinairement oblongue. Tournef. Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

* La barba caprae, floribus compactis, a la feuille d'un goût d'herbe salé & gluant, & rougissant un peu le papier bleu ; sa racine le rougit beaucoup ; elle est styptique & un peu amere. Il y a apparence que le sel de cette plante approche du sel ammoniac, mais uni avec beaucoup de soufre & assez de terre. Elle donne par l'analyse des liqueurs acides, du sel volatil concret, beaucoup de soufre, & assez de terre : aussi est-elle sudorifique, cordiale & vulnéraire ; la décoction de sa racine est bonne dans les fievres malignes. Le vin où on la fait bouillir est salutaire dans les cours de ventre, la dyssenterie, le crachement de sang, & les blessures internes. Un gros de son extrait est sudorifique : mais il en faut continuer l'usage pendant deux ou trois jours. Il en faut prendre un gros le matin, autant l'après-midi, & le soir la même dose, avec un grain de laudanum.

BARBE DE JUPITER, barba Jovis, (Hist. nat. bot.) genre de plante dont la fleur est légumineuse ; le pistil sort du calice, & devient dans la suite une silique fort courte & presqu'ovale, qui renferme une semence arrondie. Tournefort, Institut. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

* On ne lui attribue aucune propriété medicinale.

BARBE RENARD, tragacantha, (Hist. nat. bot an.) genre de plante à fleur légumineuse, le pistil sort du calice, & devient dans la suite une silique divisée selon sa longueur en deux loges remplies de quelques semences qui ont ordinairement la figure d'un petit rein. Ajoûtez aux caracteres de ce genre, que les feuilles naissent par paires sur une côte terminée par un piquant. Tournefort, Institut. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

* La tragacantha croît dans les provinces méridionales de la France & en Italie : mais elle ne donne sa gomme que dans les pays orientaux.

On tire de sa racine la gomme adragant des boutiques. Voyez ADRAGANT.

* BARBE a plusieurs autres acceptions : voici les principales. Il se dit des petites arêtes qu'on remarque aux poissons plats, & qui leur servent de nageoires (voyez POISSON, NAGEOIRES) : des franges mollettes dont les plumes sont garnies depuis le haut du tuyau jusqu'à l'extrémité (voyez PLUME) : des poils dont certains épis de blé sont hérissés (voyez BLE, éPI) : du poil de certaines étoffes ou usées, ou non ébarbées (voyez DRAPERIE) : de cette espece de duvet qui dénote la corruption & la moisissure des confitures gâtées : des petites molécules métalliques, ou grains de limaille, qui restent attachés aux arêtes de tous les corps métalliques limés, après qu'on les a limés, & qu'on enleve, ou avec le fraisoir, ou avec la lime même, ou avec la pierre, ou avec le brunissoir.


BARBÉadj. en terme de Blason, se dit des coqs & des dauphins, dont la barbe est d'un autre émail que leur corps.

Boucherat, dont il y a eu un chancelier, d'azur au coq d'or bequé, membré, enté, & barbé de gueules. (V)


BARBEAUS. m. barbus, (Hist. nat. Zoolog.) poisson de riviere ainsi nommé, parce qu'il a quatre barbillons, deux aux coins de la bouche, & deux au bout du museau, qui est allongé & pointu. Le barbeau n'a point de dents ; ses yeux sont petits ; la prunelle est noire & environnée d'un cercle doré ; la fente des oüies est petite. On a remarqué que ce poisson vit assez long-tems hors de l'eau. La ligne qui s'étend sur les côtés, depuis les oüies jusqu'à la queue est peu sensible ; le dos est d'une couleur mêlée de verd & de jaune ; le ventre est blanc. Il a une nageoire sur le dos qui tient à un fort aiguillon ; deux au bas des oüies ; deux autres sous le ventre qui sont jaunes ; & au-delà de l'anus une autre nageoire qui est rougeâtre. La chair du barbeau est blanche & molle ; il y a beaucoup d'arêtes ; elle est d'assez bon goût, surtout lorsque le poisson est gros. Rondelet, voyez POISSON. (I)

* BARBEAU, (Matiere med.) il faut préférer les petits barbeaux aux grands : il faut pour être bons qu'on les ait pêchés dans des eaux pures & loin des rives. Le barbeau nourrit, mais il est difficile à digérer ; ses parties les plus estimées sont le soie & la tête.

LE BARBEAU, (Pêche) est fort avide à l'appât ; mais il est rusé, à moins que l'épouvante ne le prenne ; alors il se croit fort en sûreté s'il a la tête cachée : la pêche s'en fait de la même maniere que celle de l'anguille.

BARBEAU, plante. Voyez BLUET.


BARBECINS(Géog.) royaume d'Afrique, dans la Guinée, vis-à-vis le cap-Verd. On dit que les filles s'y font des cicatrices, & s'agrandissent la bouche en se séparant les levres pour se rendre plus jolies.


BARBEIERBARBOTER, FRISER, verbe neut. On dit en Marine, la voile barbeie, lorsque le vaisseau étant trop près du vent, le vent rase la voile, & lui étant presque parallele, la bat de côté & d'autre sans la remplir. Cette agitation continue jusqu'à ce qu'elle ait pris vent, & alors elle ne barbeie ou ne frise plus. Quand on a mis le vent sur les voiles, il faut qu'elles barbeient. Il ne faut pas confondre mettre le vent & prendre le vent. Voyez VENT. (Z)


BARBELA(Géog.) riviere d'Afrique, dans le Congo : elle passe à S. Salvador, & se jette dans le Zaire, un peu au-dessus de son embouchure dans l'Océan.


BARBELIOTSou BARBORIENS, sub. m. pl. secte de Gnostiques, qui disoient qu'un Eon immortel avoit eu commerce avec un esprit vierge appellé Barbeloth, à qui il avoit accordé successivement la prescience, l'incorruptibilité, & la vie éternelle, que Barbeloth un jour plus gai qu'à l'ordinaire, avoit engendré la lumiere, qui perfectionnée par l'onction de l'esprit, s'appella Christ : que Christ desira l'intelligence & l'obtint ; que l'intelligence, la raison, l'incorruptibilité, & Christ s'unirent ; que la raison & l'intelligence engendrerent Autogene ; qu'Autogene engendra Adamas l'homme parfait, & sa femme la connoissance parfaite ; qu'Adamas & sa femme engendrerent le bois ; que le premier ange engendra le S. Esprit, la Sagesse, ou Prunic ; que Prunic ayant senti le besoin d'époux, engendra Protarchonte, ou premier prince, qui fut insolent & sot ; que Protarchonte engendra les créatures ; qu'il connut charnellement Arrogance, & qu'ils engendrerent les vices & toutes leurs branches. Pour relever encore toutes ces merveilles, les Gnostiques les débitoient en Hébreu, & leurs cérémonies n'étoient pas moins abominables, que leur doctrine étoit extravagante. Voyez Théodoret.


BARBERIEsubst. f. terme qui se trouve employé dans les statuts des maîtres Perruquiers, & qui signifie l'art de raser & de faire la barbe & les cheveux. Voyez BARBIER.


BARBERINO(Géog.) ville d'Italie, dans la Toscane, dans le Florentin, au pié de l'Apennin, sur la riviere de Siere. Long. 28. 55. lat. 44. 5.


BARBETS. m. (Chasse) gros chien à poil frisé, qu'on instruit à rapporter, qui va à l'eau, & qu'on dresse à la chasse du renard. On tond les barbets, & leur poil entre dans la composition des chapeaux.


BARBETSS. m. pl. (Géog.) habitans des vallées du Piémont, de Lucerne, d'Angrone, de Pérouse, & de S. Martin.

BARBET, poisson de riviere, mieux connu sous le nom de barbeau. Voyez BARBEAU. (I)


BARBEYRA(Géog.) petite ville de France, dans le bas Languedoc, au diocese de Carcassonne.


BARBEZIEUX(Géog.) petite ville de France, en Saintonge, avec titre de Marquisat.


BARBIERS. m. artisan qui fait la barbe. Il y a à Paris deux communautés, qui, suivant leurs statuts, ont droit de tenir boutique ouverte pour faire la barbe, & d'y mettre des bassins pour enseigne.

La premiere est celle des maîtres Chirurgiens, dont les bassins de l'enseigne doivent être jaunes : la seconde est celle des Perruquiers, dont les bassins sont blancs. Voyez CHIRURGIE.


BARBILLES. f. (à la Monnoie) ce sont des especes de petits filamens ou pointes qui sont aux flancs, & que l'on emporte en les agitant les uns contre les autres dans un crible de fer.


BARBILLONS. m. (Hist. nat. Zoolog.) petit barbeau, poisson de riviere. Voyez BARBEAU. (I)

BARBILLON, (Hist. nat. Zoolog.) barbe ou pendant charnu qui fait partie du corps de certains poissons. Le nombre & la position des barbillons varient dans les différentes especes ; ils sont le plus souvent autour de la bouche, comme dans le barbeau, le surmulet, la baudroie, &c. Voyez Rondelet, liv. III. ch. xxvj. (I)

BARBILLONS, s. m. pl. (Fauconn.) est une maladie qui survient à la langue des oiseaux de proie, & qui leur est causée, à ce qu'on croit, par un rhûme chaud qui tombe sur les glandes de la gorge, & les fait enfler.


BARBITON(Hist. ancienne) nom d'un instrument des anciens. On ne sait point ce que c'étoit. Les anciens & les modernes l'ont souvent confondu avec la lyre. M. Dacier conjecture qu'il étoit à corde ; & faisant venir barbiton de barumiton, qui signifie grosse corde de lin, il en conclut que c'étoit un instrument à grosses cordes : ce qu'il y a de certain, c'est que le lin étoit en usage pour les instrumens de musique, avant que l'on eût trouvé l'art d'employer au même usage les boyaux des bêtes. Horace l'appelle lesbien, lesboum barbiton, ode 1. liv. I. & ode XXXII. même livre, Lesbio primum modulate civi : " vous barbiton, qui avez été touché la premiere fois par au citoyen de Lesbos " ; c'étoit Alcée, à qui il attribue l'invention du barbiton.


BARBONNE(Géog.) petite ville de France en Champagne, généralité de Châlons.


BARBORA(Géog.) ville maritime d'Afrique au royaume d'Adel, sur le détroit de Babel-Mandel. Il y a une île de ce nom qu'on appelle aussi Alondi, dans la mer Rouge, à l'occident de la baie de Barbora. Lat. environ 10. 45. long. 64. 32.


BARBOTS. m. c'est ainsi qu'on appelle sur les galeres celui qui fait le poil aux forçats.


BARBOTES. f. barbota, (Hist. nat. Zoolog.) poisson qui se trouve dans des rivieres & des lacs dont les eaux sont tranquilles. Il a un barbillon au bout de la mâchoire inférieure ; ses dents sont courtes & menues ; le corps est gluant & couvert de petites écailles ; sa couleur est mêlée de roux & de brun, avec des taches noires ondoyantes. Ce poisson a deux nageoires près des oüies, deux au-dessous, & au-delà de l'anus une autre nageoire qui s'étend jusqu'à la queue. Il a sur le dos une pareille nageoire qui se prolonge jusqu'à la queue, & devant cette nageoire une autre plus petite. La barbote ressemble beaucoup à la lote : cependant elle a le bec plus mince, la queue plus menue & plus pointue, & le ventre plus gros. Le foie de la barbote est fort grand à proportion du corps du poisson. Rondelet. Voyez POISSON. (I)

BARBOTE, (Mat. med.) Mustela offic. Schrod. 330. Le foie, le ventricule, & l'arrête de ce poisson, sont d'usage en Medecine. Le foie suspendu dans un vaisseau de verre, & exposé à un degré moderé de chaleur, se convertit en une liqueur jaune fort salutaire, pour dissiper les taies & éclaircir la vûe. On recommande son ventricule dans les maladies de l'uterus ; il chasse les vuidanges & appaise la colique ; son arrête pulvérisée, guérit l'épilepsie, selon Schroder. (N)


BARBOTINES. f. (Hist. nat. bot & Mat. med.) semen contra, semen sanctum, ou semen sanctonicum, est une semence menue, amere, chaude & dessicative, propre à faire mourir les vers qui s'engendrent dans le corps humain, sur-tout dans celui des petits enfans. Voyez VER.

Cette semence est menue, brune, oblongue, amere, & d'une odeur forte & desagréable. Il faut la choisir récente, verdâtre, d'un goût amer, aromatique & desagréable. Elle croît dans la Perse, sur les frontieres de Moscovie. On nous l'apporte d'Alep. &c.

Les Naturalistes ne sont point d'accord sur la plante qui produit cette semence, sur laquelle J. Bauhin a donné une longue dissertation. Quelques auteurs veulent que le semen contra soit la graine d'une espece d'absinthe appellée santonicum ou marinum absinthium : d'autres disent qu'elle est la graine de la tanésie ; d'autres enfin, celle de l'aurone.

Voici ce qu'en dit M. Tavernier, dans le second tome de ses voyages. " Pour ce qui est de la semencine, ou poudre à vers, on ne peut pas la recueillir comme on fait les autres graines. C'est une herbe qui croît dans les prés, & qu'il faut laisser mûrir ; & le mal est que lorsqu'elle approche de sa maturité, le vent en fait tomber une grande partie entre les herbes, où elle se perd : c'est ce qui la rend chere.

Comme on n'ose la toucher de la main, parce qu'elle en seroit plûtôt gâtée, & que même quand on en fait usage, on la prend dans une écuelle ; lorsqu'on veut recueillir ce qui est resté dans l'épi, on a recours à cet expédient. On a deux paniers à anse ; & en marchant dans les prés, on fait aller un des paniers de la droite à la gauche, & l'autre de la gauche à la droite, comme si l'on fauchoit l'herbe, & toute la graine tombe ainsi dans ces paniers ". Voyez SEMEN CONTRA & VERMIFUGE. (N)


BARBOUD(Géog.) île de l'Amérique, l'une des Antilles, au nord d'Antigoa.


BARBOUILLERv. act. & neutre. Quand il est actif, il est synonyme à salir ; quand il est neutre, il est synonyme à mal parler, mal peindre, mal écrire.

BARBOUILLER, terme d'Imprimeur. Lorsqu'une feuille imprimée est atteinte de noir dans les marges, ce qui ne peut arriver que par l'inattention & la malpropreté de l'ouvrier de la presse, on dit que cet ouvrier barbouille, & que la feuille est barbouillée.

BARBOUILLER, en Peinture, se prend toûjours en mauvaise part : barbouiller un tableau ; il a barbouillé ce tableau, &c. à moins qu'on ne parle d'un homme dont le métier est de barbouiller une porte, des murailles, des treillages, &c. en ce cas on dit, un barbouilleur. Barbouiller un jeu de paume, un plancher, une menuiserie, &c. J'ai fait barbouiller ma maison depuis le haut jusqu'en-bas.


BARBUES. f. rhombus laevis, (Hist. nat. Zoolog.) poisson de mer très ressemblant au turbot, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, à l'exception des aiguillons. La barbue n'en a aucun ni en-dessus, ni en-dessous : elle est plus large & plus mince que le turbot. Rondelet la nomme turbot sans piquans. Voyez TURBOT, POISSON. (I)


BARBURESS. f. se dit en grande Fonderie, de toutes ces inégalités qu'on apperçoit sur une piece fondue au sortir de la fosse ou du moule, & qu'il faut reparer au ciseau. Voyez GRANDE FONDERIE & BALEVRE.


BARBUSadj. pris subst. (Hist. ecclés.) c'est ainsi qu'on nommoit les freres convers de l'ordre de Grammont, parce qu'ils portoient la barbe grande. Comme ils avoient le maniement des biens temporels, ils vouloient aussi usurper le gouvernement de l'ordre, & réduire les prêtres sous leur obéissance : mais ils perdirent leur cause. Mezeray, au regne de Philippe-Auguste. (G)


BARBUSINKOI(Géog.) ville d'Asie, dans l'empire Russien, sur le bord oriental du lac Baikal, à l'endroit où la riviere de Barbusigga se jette dans le lac.


BARBY(Géog.) ville d'Allemagne dans la haute Saxe, capitale du comté de son nom, sur l'Elbe.


BARBYTHACou BARBYTACE, (Géog.) ancienne ville du royaume de Perse, dont Pline dit que les habitans travailloient à amasser de l'or pour l'enfoüir, non par avarice, mais par mépris, & dans le dessein de priver les hommes d'un métal si dangereux.


BARCA(Géog.) grande contrée d'Afrique, à l'orient du royaume de Tripoli.


BARCADEBARCADE de chevaux, s. f. (Manege.) se dit d’une troupe de chevaux qu’on a achetés, & auxquels on veut faire passer la mer. (V)


BARCELONE(Géog.) ville d'Espagne, capitale de la Catalogne, sur la Méditerranée. Long. 19. 50. lat. 41. 25.

BARCELONE, (Géog.) petite ville de France en Guienne, dans l'Armagnac.


BARCELONETTE(Géog.) petite ville de France, dans le Dauphiné, capitale de la vallée de son nom. Long. 24. 23. lat. 44. 26.


BARCELOR(Géog.) ville d'Asie, dans les Indes, sur la côte de Malabar, entre Goa & Mangalor. Long. 92. lat. 13. 45.


BARCELOS(Géog.) ville de Portugal, avec titre de duché, dans la province d'entre Douro & Mino, sur la Sourille. Long. 9. 20. lat. 41. 20.


BARCENA(Géog. anc. & mod.) lac de l'Abyssinie en Afrique, au royaume d'Amara, sur les confins du Zanguebar, sous la ligne. On croit que c'est le Caloë de Ptolomée.


BARCKSHIRE(Géog.) province d'Angleterre au midi d'Oxford : Reading en est la capitale.


BARD(Géog.) ville d'Allemagne, dans la Poméranie citérieure, & dans la seigneurie de même nom, avec château & port sur la mer Baltique.


BARDANES. f. lappa ; (Hist. nat. bot.) genre de plante dont la fleur est à fleurons découpés, portés chacun sur un embryon, & soûtenus par le calice. Ce calice est composé de plusieurs écailles terminées chacune par un crochet, qui attache ordinairement les têtes de cette plante aux vêtemens. Lorsque la fleur est passée, ces embryons deviennent des semences garnies d'aigrettes fort courtes. Tournefort, Inst. rei. herb. Voyez PLANTE.

* BARDANE, (la) personata lappa major, (Mat. med.) a la feuille amere ; le papier bleu n'en est pas teint. Son pédicule est douçâtre ; sa racine a d'abord le même goût : mais ensuite on y découvre celui d'artichaut. Elle rougit un peu le papier bleu ; ce qui fait conjecturer que le sel ammoniac y est un peu plus développé que dans la feuille. On tire de cette plante par l'analyse, du sel volatil concret ; & l'on peut penser que son sel approche de l'ammoniac, & qu'il est nitreux, puisqu'il y a détonation quand on brûle la feuille.

La bardane est diurétique, sudorifique, pectorale, hystérique, vulnéraire, fébrifuge. Sa racine & sa feuille sont salutaires dans la pleurésie. On en fait prendre l'eau à grands verres, après avoir fait prendre les germes d'une douzaine d'oeufs frais, délayés dans un demi-verre de la même eau. Sa décoction purifie le sang, & soulage ceux qui ont des maux vénériens. Il faut la préférer dans la petite vérole, à la tisane de scorzonere.

Les auteurs lui attribuent beaucoup d'autres propriétés. Voyez l'hist. des Plantes des environs de Paris.


BARDARIOTESS. m. pl. (Hist. anc.) soldats de la garde de l'empereur de Constantinople. Ils étoient vêtus de rouge, couverts d'un bonnet à la Persane, appellé augurot, & bordé de drap couleur de citron, & armés de bâtons & de baguettes, pour éloigner le peuple du passage de l'empereur. Ils veilloient aux portes du palais. Ils étoient Persans d'origine. Ils avoient pris le nom de bardariotes, du fleuve Bardarius, sur lequel un des empereurs, qu'on ne nomme pas, les avoit transportés. Nicétas leur donne les noms de bardouques & de manclavites. Leur poste à l'armée étoit au septentrion de la tente impériale, où ils faisoient la garde. Ils obéissoient au primicerius ou comite de la cour. Macri pense que les bardariotes sont les mêmes que les barbutes.


BARDES. f. (Hist. mod.) c'est, en vieux langage, l'armure des chevaux des anciens chevaliers & soldats qui étoient équipés de tout point ; elle étoit de fer ou de cuir, & couvroit le cou, le poitrail, & les épaules du cheval ; c'est ce qu'on appelloit equi cataphracti. (G)

BARDE ou PANNEAU, (Manege & Sellier) longue selle qui n'a ni fer, ni bois, ni arçons, & qui est faite de grosse toile piquée & bourrée. Grison & plusieurs autres auteurs Italiens veulent qu'on se serve au manege d'une bardelle pour les poulains, & d'un caveçon à mettre sous leur nez ; c'est une invention qui ne sert qu'à perdre le tems ; on appelle en Italie ceux qui trottent les poulains en bardelle, cavalcadours ou scozzoni. (V)

* BARDE, (île de) Géog. île d'Asie, sur la côte de Malabar, au nord & à peu de distance de Goa.

BARDE, adj. terme de Blason, il se dit d'un cheval caparaçonné.

Riperda, au pays de Groningue, de sable au cavalier d'or, le cheval bardé & caparaçonné d'argent. (V)


BARDEAUS. m. (Couvreurs) ces ouvriers appellent ainsi de petits morceaux de mairin débité en lattes de dix à douze pouces de long sur six à sept de large, dont ils se servent pour couvrir des bâtimens peu considérables. Si ces lattes sont faites de douves de vieilles futailles, on les appelle aussi des bardeaux.


BARDENOCHES. f. (Commerce) étoffe dont il est fait mention dans le tarif de la douanne de Lyon, qui se fabrique dans le royaume, mais qu'on ne connoît point à Paris.


BARDERv. act. c'est, parmi les Cuisiniers, couvrir une piece de viande d'une bande de lard coupée fort mince, pour ralentir l'action du feu sur cette piece, qui se secheroit trop sans cette précaution, ou même brûleroit, & pour en relever le goût.

BARDER, c'est, en Architecture, l'action de charger une pierre sur un chariot, sur un bar (Voyez BAR & CHARIOT) pour la mener du chantier au pié du las. (P)

BARDER un cheval, (Manege) c'est lui mettre une barde. Voyez BARDE. Dans les carrousels, on voit des chevaux bardés & caparaçonnés. Voyez CARROUSEL. (V)


BARDESS. m. pl. (Hist. anc.) ministres de la religion chez les anciens Gaulois, qui habitoient dans l'Auvergne & dans la Bourgogne, où ils avoient un collége. Leur profession étoit d'écrire en vers les actions immortelles des héros de leur nation, & de les chanter au son d'un instrument qui ressembloit assez à la lyre. Voici comme en parle Lucain :

Vos quoque qui fortes animas, belloque peremptas,

Laudibus in longum vates dimittitis aevum,

Plurima securi fudistis carmina Bardi.

Les Bardes & les Druides différoient en ce que ceux-ci étoient les prêtres & les docteurs de la nation, & que les Bardes n'étoient que poëtes ou chantres. Cependant l'autorité de ceux-ci, quoiqu'inférieure à celle des Druides, étoit si respectée des peuples, qu'on raconte qu'ils avoient fait quitter les armes à des partis prêts à se charger. Larrey, Pasquier, & Bodin, leur donnent le titre de prêtres & de philosophes ; & Cluvier y ajoûte celui d'orateurs, mais sans fondement. Strabon, plus voisin du tems auquel ont vécu les Bardes, compte trois sectes parmi les Gaulois, les Druides, les Bardes, & les Evates. Les Bardes, ajoûte-t-il, sont chantres & poëtes ; les Evates, prêtres & philosophes ; & les Druides, à la philosophie naturelle, c'est-à-dire la Physique, ajoûtent la science des moeurs. Mais Hormius réduit ces sectes à deux classes, les Bardes & les Druides ; d'autres n'en font qu'un corps, sous le nom générique de Druides. Cluvier, fondé sur ce que Tacite traitant des moeurs des anciens Germains, fait mention de leurs chants & de leurs poëmes historiques, veut que ces peuples ayent eu aussi des poëtes nommés Bardes.

Bochart fait dériver ce nom de parat, chanter. Cambdem convient avec Festus que Barde signifie un chantre, en Celtique, Bard : d'autres tirent ce nom de Bardus, ancien Druide, fils de Drys, le cinquieme roi des Celtes. (G)


BARDESANISTESS. m. pl. (Hist. ecclés.) nom d'une secte d'hérétiques, ainsi appellés de Bardesanes Syrien, qui vivoit dans le second siecle & demeuroit à Edesse, ville de Mésopotamie. Si l'on en croit saint Epiphane, Bardesanes fut d'abord catholique, & se distingua autant par son savoir, que par sa piété, ayant écrit contre Marcion & d'autres hérétiques. Eusebe, au contraire, en parle comme d'un homme qui a toûjours été dans l'erreur. Il fut d'abord engagé dans celles de Valentin, en reconnut une partie, en retint une autre, & y en ajoûta de nouvelles de son propre fonds. Quoiqu'il admit l'ancien & le nouveau Testament, il adoptoit aussi quelques livres apocryphes ; & dans un de ses écrits, intitulé du Destin, il soûtenoit que les actions des hommes étoient nécessitées, & que Dieu lui-même étoit sujet au destin. Il imagina aussi plusieurs générations d'Eons, voyez EON, & nia la résurrection des morts. Ses sectateurs allerent plus loin, & nierent l'incarnation & la mort de Jesus-Christ, prétendant que c'étoit seulement un corps phantastique qui étoit né de la Vierge Marie, & que les Juifs avoient crucifié ; par où ils retomboient dans l'hérésie de Marcion, que leur maître même avoit combattue. Strumzius a écrit l'histoire des Bardesanistes. (G)


BARDEURSS. m. pl. terme de bâtiment : on nomme ainsi les ouvriers qui chargent les pierres sur un chariot, ou qui les portent sur une civiere ou sur un bar, du chantier au pié du tas. Voyez BAR. (P)


BARDEWICK(Géog.) ancienne & grande ville d'Allemagne, dans la basse Saxe, maintenant bourg, sur la riviere d'Ilmeneau.

Il y a aussi un bourg de ce nom dans le comté de Hollande.


BARDISS. m. c'est, en Marine, un batardeau fait de planches sur le haut du bord d'un vaisseau, pour empêcher l'eau d'entrer sur le pont lorsqu'on couche ce vaisseau sur le côté pour le radouber.

BARDIS, ce sont encore des séparations de planches, qu'on fait à fond de cale, pour charger des blés & d'autres grains ; les unes se font en-travers, les autres en long. (Z)


BARDIT(Hist. anc.) c'est ainsi que le chant des anciens Germains est appellé dans les auteurs Latins qui ont écrit de ces peuples. Les Germains n'ayant encore ni annales ni histoires, débitoient toutes leurs rêveries en vers : entre ces vers, il y en avoit dont le chant s'appelloit bardit, par lequel ils s'encourageoient au combat, & dont ils tiroient des augures, ainsi que de la maniere dont il s'accordoit à celui de leurs voix.


BARDOCUCULLUou BARDAICUS CUCULLUS, selon Casaubon, (Hist. anc.) partie du vêtement des Gaulois de Langres & de Saintes ; c'étoit une espece de cape qui avoit un capuchon commode pour ceux qui ne vouloient pas être connus dans les rues. Martial lui donne la forme d'un cornet d'épices. Il y en a, dit le savant P. Montfaucon, qui croyent, & non sans fondement, que ce capuchon avoit une appendice, & qu'il tenoit à une cape ou à la penula. Quoi qu'il en soit, on convient que le cucullus étoit la même chose que le bardocucullus ; que cet ajustement venoit des Gaulois ; qu'on s'en servoit particulierement dans la Saintonge, & que la débauche en fit passer l'usage à Rome où on le trouva très-propre pour courir la nuit, & incognito, des avantures amoureuses :

Si nocturnus adulter,

Tempora santonico velas adoperta cucullo.

Satyr. viij.

Je ne sais s'il reste encore en Saintonge quelque vestige de l'usage du cucullus & de la cape : mais les femmes du peuple portent encore aujourd'hui à Langres une espece de cape qui leur est particuliere, & dont elles n'ignorent pas l'avantage.


BARDOT(Maréch. & Manege) on appelle ainsi un petit mulet. (V)


BARDT(Géog.) ville d'Allemagne, dans le duché de Poméranie, proche la mer Baltique. Long. 31. lat. 54. 23.


BAREITH(Géog.) petite ville d'Allemagne en Franconie, dans le marggraviat de Culmbach. Long. 29. 20. lat. 50.


BARENTON(Géog.) petite ville de France, dans la basse Normandie, au diocese d'Avranches, vers la source de l'Ardée.


BARFLEUR(Géog.) ville de France en Normandie, dans le Cotentin. Long. 16. 23. 35. lat. 39. 40. 17.


BARFOULSS. m. pl. (Commerce) étoffe qui se fait à Cantor, qui sert de vêtemens aux Negres, & qu'ils échangent avec les Européens contre du fer.


BARGA(Géog.) petite ville de Toscane en Italie, sur la riviere de Scorchio, dans le Florentin.


BARGEoiseau. Voyez PETIT CORLIEU.

BARGE, s. f. (Marine) anciennement on se servoit de ce mot pour dire une barque ou esquif : à Londres, on dit encore la barge du maire.


BARGELACHS. m. (Hist. nat. Ornith.) oiseau de Tartarie, qui habite les lieux deserts, où il est la proie des faucons : il a la grosseur de la perdrix ; la forme de queue de l'hirondelle, & les piés du papeguai, avec le vol très-rapide : assemblage de caracteres, qui pouvant convenir à un grand nombre d'oiseaux, désignent assez mal le bargelach.


BARGEMONT(Géog.) ville de France, au diocese de Fréjus.


BARGENY(Géog.) ville de l'Ecosse méridionale, capitale de la province de Carriek. Long. 12. 38. lat. 55. 40.


BARGUA DE REGOA(Géog. anc. & mod.) ville des Callaïques Bracariens, appellée Tantobriga ; ce n'est plus qu'un petit village au quartier de Tra-los-montes, province de Portugal, à l'occident de Bragance.


BARGUETTES. f. sur les rivieres, espece de bateau de quarante piés de long ou environ, qui sert à passer les chevaux, & à porter des cordages pour la manoeuvre de la riviere.


BARI(Géog.) ville d'Italie, au royaume de Naples, capitale de la terre de même nom. Long. 34. 32. lat. 41. 31.

* BARI, (Géog.) province d'Italie au royaume de Naples, bornée par le golfe de Venise, la Capitanate, la Basilicate, & la terre de Lecce. Bari en est la capitale.


BARIGA DE MORES. f. (Commerce) soie que les Hollandois apportent des Indes orientales. Il y a la fine & la commune ; elles viennent l'une & l'autre sur les vaisseaux de la compagnie.


BARIQUICEMETO(Géog.) contrée de la Terre-ferme, dans l'Amérique méridionale & le midi de la province de Venezuela, le long de la riviere de Bariquicemeto, qu'on nomme aussi Baria, ou Rio de Saint-Pietro, qui se jette dans l'Orenoque.


BARIS(Géog.) ancienne ville de Pamphilie, dans la Pisidie, contrée de l'Asie mineure, aux environs du mont Taurus.


BARJAC(Géog.) petite ville de France en Languedoc, diocèse d'Usès.


BARJOLS(Géog.) ville de France en Provence. Long. 23. 50. lat. 43. 35.


BARKAN(Géog.) ville de Hongrie, proche le pont de Gran.


BARKLEY(Géog.) ville d'Angleterre dans la province de Glocester, sur la Saverne. Long. 15. 12. lat. 51. 43.


BARLEMONT(Géog.) ville de Hainault dans les Pays-Bas, sur la Sambre proche Mons.


BARLENGA(Géog. anc. & mod.) petite île de Portugal, vers la côte de l'Estramadure, vis-à-vis Santarin. Il y en a d'autres du même nom, entre lesquelles est Barlengote ; toutes s'appellent les îles de Barlenga. Barlenga étoit connu des anciens sous le nom de Londobris & d'Erythia.


BARLETTE(Géog.) ville d'Italie au royaume de Naples, dans la terre de Bari, sur le golfe de Venise. Long. 34. 2. lat. 41. 30.


BARLINSS. m. c'est, dans les manufactures en soie, le nom d'un noeud qu'on fait au commencement & à la fin des pieces pour les tordre, noüer ou remettre. Voyez TORDRE & REMETTRE.


BARLONGadj. usité, en Architecture, pour signifier un plan ou un corps dont la base a plus d'étendue à la face qu'au côté : oblong est le contraire. (P)


BARLOVENTO(LES ILES DE) Géog. partie septentrionale des Antilles ; on les appelle aussi insulae ad ventum, parce qu'elles sont exposées au vent. On compte entre ces îles, Anguila, S. Martin, S. Barthelemi, S. Eustache, S. Christophe, Nieves, ou l'île des Neiges, la Barbade, Antigoa, Mont-serrat, la Guadeloupe, la Desirade, la Marigalante, la Dominique, la Martinique, Ste. Lucie, S. Vincent, la Barboude, Bequia, Grenadille, Grenade, & Tabago.


BARNABITESS. m. pl. (Hist. ecclés.) congrégation des clercs réguliers ainsi nommés de l'église de S. Barnabé à Milan, où ils firent leurs premiers exercices. Ils reconnoissent pour instituteurs Jacques Antoine Morigia, Barthelemi Ferrera, & François Marie Zacharie de Cremone, gentilshommes Milanois, qui jetterent les premiers fondemens de leur ordre en 1533. Ils furent alors approuvés par Clément VII. & par Paul III. en 1553. Quoiqu'ils soient vulgairement connus sous le nom de Barnabites, leur véritable titre est celui de Clercs réguliers de la congrégation de S. Paul. Ils portent l'habit noir, à peu près semblable à celui des Jésuites. Cette congrégation a produit beaucoup d'hommes distingués par leur savoir & leur piété. Les catéchismes, les missions, & l'instruction de la jeunesse dans les sciences & les lettres, sont leurs emplois ordinaires. Ils ont plusieurs colléges en Italie, en Savoie, & quelques-uns en France ; sur-tout celui de Montargis, fondé par la libéralité des ducs d'Orléans. (G)


BARNACLEBARNAQUE, voyez BERNACLE.


BARNACLES(terme de Blason Anglois) Voyez BROYE.


BARNAGASSE(Géog.) royaume d'Afrique entre la haute Ethiopie, le Nil & la mer Rouge, le long de la côte d'Abex ; Barra en est la capitale.


BARNEVELDT(Géog.) île de l'Amérique dans le détroit de Magellan, au midi de la terre de Feu. Long. 340. lat. 56. 20.

Il y a une autre île de même nom proche du Japon, lat. 34. 10.


BARNSTABLE(Géog.) ville d'Angleterre dans le Devonshire, sur la riviere de Taw, avec port. Long. 13. 42. lat. 51. 10.


BAROCHE(Géog.) ville d'Afrique dans les états du Mogol, au royaume de Gusarate, sur la riviere de Nerdaba. Lat. 21. 55.


BAROCHÉadj. terme de Peinture dont on se sert pour exprimer que le pinceau n'a pas tracé nettement un contour, & qu'il a éclaboussé de la couleur sur le fond ; on dit : vous barochez toûjours vos contours, Voyez RECHAMPIR. (R)


BAROCO(Log.) terme qui désigne le quatrieme mode d'argument de la seconde figure. Un syllogisme en baroco a la majeure universelle affirmative, & la mineure & la conclusion particulieres négatives. Voyez SYLLOGISME.


BAROMETRES. m. (Phys.) Le barometre est un instrument qui sert à mesurer la pesanteur de l'atmosphere & ses variations, & qui marque les changemens du tems. Voyez ATMOSPHERE & TEMS.

Ce mot est composé de , poids, & de , mesure. On confond ordinairement, quoique mal-à-propos, le barometre avec le baroscope : celui-ci cependant ne fait, suivant la signification du mot, que marquer les altérations du poids de l'atmosphere : le barometre non-seulement marque ces altérations, mais encore les mesure. Voyez BAROSCOPE.

Le barometre & ses usages sont fondés sur l'expérience de Toricelli, ainsi nommée de Toricelli son inventeur. On prend un tuyau de verre rempli de mercure, dont un côté est fermé hermétiquement, & dont l'autre bout qui est ouvert est plongé dans une cuvette remplie de mercure : quand le poids de l'atmosphere diminue, la surface du mercure qui se trouve vers le bout inférieur, & sur laquelle l'air presse, se trouve moins comprimée : ainsi le mercure qui est dans le tuyau descend ; & au contraire si le poids de l'air augmente, le mercure monte ; car la colonne de mercure suspendue dans le tuyau est toûjours égale en pesanteur au poids de l'atmosphere qui pese dessus, comme il est démontré à l'article TORICELLI.

Dans cette explication nous supposons que la pression de l'air vienne uniquement de son poids, qui comprime les parties supérieures sur les inférieures. Cependant il est certain que plusieurs causes concourent à altérer la pression de l'air : en général la cause immédiate de la pression d'un fluide élastique tel que l'air, c'est la vertu élastique de ce fluide, & non son poids. On ne doit donc attribuer la suspension du mercure dans le barometre au poids de l'air, qu'autant que ce poids est la cause principale de la pression de l'air. En effet le mercure du barometre se soûtient aussi bien dans une chambre exactement fermée qu'en plein air ; parce que l'air de cette chambre, quoiqu'il ne porte pas le poids de l'atmosphere, est comprimé de la même maniere que s'il le portoit. Si l'air demeure de même poids, & que la compression de ses parties vienne à augmenter ou à diminuer par quelque cause accidentelle, alors le mercure descendra ou montera dans le barometre, quoique le poids de l'air ne soit pas augmenté. Traité des fluides, Paris, 1744. p. 61.

Il y a différentes especes de barometres, dont nous allons détailler ici les principales.

Barometre commun. La construction du barometre commun est telle. On remplit de mercure un tuyau de verre, fermé hermétiquement par sa partie supérieure, ayant son diametre d'environ 1/10 de pouce, & sa longueur au moins de 31 ; on remplit ce tuyau de maniere qu'il ne reste point d'air mêlé avec le mercure, & qu'aucun autre corpuscule ne s'attache aux parois du tuyau. Pour y réussir, on peut se servir d'un entonnoir de verre terminé par un tuyau capillaire, & remplir le tube par le moyen de cet entonnoir.

On peut encore chasser les bulles d'air par deux autres méthodes : la plus ordinaire est de remplir de vif-argent tout le tube, à la réserve d'un pouce environ qu'on laisse plein d'air ; on bouche avec le doigt l'orifice du tuyau, on le renverse, & en faisant promener la bulle, on lui fait entraîner avec elle toutes les petites bulles imperceptibles, après quoi on acheve de remplir le tube. Mussch. ess. de Phys.

L'autre méthode consiste à faire chauffer un tube presque plein sur un brasier couvert de cendres ; on le tourne continuellement ; & la chaleur raréfiant les petites bulles d'air, les fait sortir par l'orifice.

Quand on a ainsi rempli le tuyau jusqu'au bord, on bouche exactement avec le doigt son orifice, ensorte qu'il ne puisse s'introduire d'air entre le doigt & le mercure ; ensuite on plonge le tuyau dans un vaisseau plein de mercure, de façon cependant que le tuyau ne touche pas le fond du vase : à la distance de 28 pouces de la surface du mercure, sont attachées 2 bandes divisées en 3 pouces, & ces pouces sont subdivisés en un certain nombre de plus petites parties ; enfin on applique le tuyau sur une planche de bois, pour empêcher qu'il ne se brise : on laisse découvert le vaisseau où le tuyau est plongé, ou si l'on veut on le couvre, afin qu'il n'y entre point de poussiere, & le barometre est achevé.

Au lieu de plonger le tuyau dans un vaisseau, on se contente souvent d'en recourber l'extrémité, de sorte que le tuyau a deux branches verticales, dont l'une est beaucoup plus petite que l'autre, & se termine par une espece d'entonnoir fort large, qui se trouve rempli de mercure, sur la surface duquel l'atmosphere presse, & fait monter ou descendre le mercure du tuyau d'une maniere d'autant plus sensible, que la variation du poids de l'atmosphere est plus grande. C'est le barometre simple ou ordinaire. Voyez Pl. Pneumat. fig. 1.

On a essayé plusieurs fois s'il étoit possible de rendre les variations du barometre plus sensibles, afin de pouvoir mesurer la pression de l'atmosphere avec plus de justesse ; ce qui a donné lieu à un grand nombre de barometres de différentes structures, comme le barometre à roue, le barometre diagonal, le barometre horisontal, &c.

Descartes, & ensuite Huyghens, se sont servis d'un tube A B, (fig. 2.) fermé en A, & ayant une portion C D plus grosse que le reste : la moitié de la partie C D, de même que la partie supérieure du tube, est remplie d'eau ; & l'autre moitié de C D, de même que la partie inférieure du tube, est remplie de mercure. Il est vrai que dans cette sorte de barometre la colonne suspendue étant plus grande, rendoit la variation plus sensible : mais l'air renfermé dans l'eau s'évaporant par degrés, remplissoit l'espace vuide du haut du tube, & rendoit par-là la machine défectueuse. Huyghens imagina donc qu'il valoit mieux placer dans le barometre le mercure & l'eau, de la maniere suivante : A D G (fig. 3. est un tuyau recourbé fermé hermétiquement en A, & ouvert en G ; les vaisseaux cylindriques B C & F E, sont égaux, & distans d'environ 29 pouces l'un de l'autre ; le diametre du tuyau est d'environ une ligne ; celle de chaque vaisseau est de 15, & leur profondeur d'environ 10 : le tuyau est rempli de mercure, qui est suspendu entre le vaisseau F E & le vaisseau B C, l'espace qui reste jusqu'à A étant vuide d'air & de mercure : enfin on verse de l'eau commune mêlée avec une sixieme partie d'eau régale (pour que l'eau ne se gele pas) dans le tuyau E F G, de maniere qu'elle contrebalance en partie le mercure C D F. Or quand le mercure s'éleve le long du tuyau A D, au-dessus du niveau du mercure qui est contenu en F E, ce mercure en s'élevant fait équilibre avec l'atmosphere ; si la pression de l'atmosphere augmente, la colonne de mercure s'augmentera, conséquemment l'eau descendra ; si l'atmosphere presse moins, la colonne de mercure descendra, & l'eau montera. Par-là ce barometre indique beaucoup mieux les plus petites variations de l'air, que le barometre commun : car au lieu de deux pouces, le fluide pourra varier beaucoup davantage ; ce qui vient tant de la grosseur des cylindres par rapport aux tuyaux, que de la pesanteur de l'eau, qui est moindre que celle du mercure, & dont les variations doivent être par conséquent plus sensibles ; car 14 pouces d'eau équivalent à un pouce de mercure. En élargissant les diametres des cylindres, la variation sera encore plus sensible. Il y a pourtant encore cet inconvénient, que l'eau s'évaporera, & rendra les variations défectueuses ; quoiqu'on puisse en quelque façon prévenir l'évaporation en mettant une goutte d'huile d'amandes douces sur la surface de l'eau.

Mais cette goutte d'huile produit un autre inconvénient ; car elle s'attache aux parois du tuyau, & fait par conséquent que l'eau après l'avoir traversée, & quelquefois s'être débordée, rend le tuyau opaque.

Le plus grand défaut sur-tout est causé par le froid & le chaud, qui font que la liqueur du tuyau E F G est comme dans une boule, & un tuyau de thermometre. En effet, cette liqueur se raréfie par la chaleur, & se condense par le froid ; d'où il arrive que la hauteur de l'eau varie par la chaleur seule, & fait par conséquent varier le mercure ; desorte que les variations de cette espece de barometre sont presqu'autant l'effet de la chaleur que de la pression de l'air.

On a tâché depuis peu de rendre ces barometres plus simples, en substituant de l'esprit-de-vin à l'eau, & des boules aux cylindres : mais l'esprit-de-vin est très-sujet à s'évaporer & à se dilater par la chaleur ; & d'ailleurs le changement des cylindres en forme de poires, empêche de faire des échelles justes. Au reste il est visible que la marche de ce barometre est contraire à celle du barometre ordinaire ; tandis que le mercure baisse dans ce dernier, l'eau & l'esprit-de-vin s'élevent dans l'autre, & réciproquement. Mussch.

Ainsi les défauts auxquels ce barometre peut être sujet, ont obligé quelques autres à avoir recours au barometre horisontal ou rectangle A B C D (fig. 4.) Ce barometre est formé de maniere que la branche B C soit verticale, & la branche C D horisontale. Il est joint par l'extrémité de sa branche perpendiculaire à un vaisseau A B, & les variations sont marquées sur la branche horisontale C D : or l'intervalle ou l'espace de variation peut être aussi étendu que l'on veut ; car plus le tuyau B C D sera petit par rapport au vase A B, plus les variations du mercure dans le tuyau A B, feront varier le mercure qui est dans la partie C D ; & par conséquent les plus petites variations seront très-sensibles. Le diametre du tuyau C D étant donné, il sera aisé de trouver le diametre du vaisseau A B, tel que les parties de l'échelle horisontale dans le tuyau D C, correspondantes aux parties de l'échelle du vaisseau A B soient aussi grandes qu'on voudra, & ayent entr'elles la même proportion que les parties de l'échelle dans le vaisseau A B, puisque le diametre du vaisseau est à celui du tuyau en raison sous-doublée réciproque des parties de leurs échelles : de même les diametres de C D & A B étant donnés, aussi bien que la hauteur du mercure dans le vaisseau, la hauteur du mercure dans le tuyau est trouvée par cette proportion ; comme le quarré du diametre du vaisseau est au quarré du diametre du tuyau, ainsi les parties de l'échelle du mercure dans le tuyau, sont aux parties correspondantes à l'échelle du mercure dans le vaisseau.

La construction de ce barometre, de même que du barometre d'Huyghens, est établie sur un théorème d'Hydrostatique ; savoir, que les fluides qui ont la même base, pesent en raison de leur hauteur perpendiculaire, & non pas de la quantité de leur matiere : ainsi la même pesanteur de l'atmosphere soûtient le vif-argent dont le tuyau A C D & le vase A B sont remplis, comme elle auroit soûtenu le mercure dans le seul tuyau A B C. Voyez HYDROSTATIQUE. Ce barometre a aussi de grands défauts.

Car, en premier lieu, l'air s'introduit quelquefois entre les particules du mercure dans le tuyau C D, & les écarte par conséquent les unes des autres lorsque le tuyau est trop large. Pour remédier à cet inconvénient, on ne donne qu'une ligne de diametre, ou même moins, à la partie C D, on a soin que ce petit tuyau soit neuf & bien net, & on se sert de mercure qui soit bien purgé, à l'aide du feu, de tout l'air qu'il contient : malgré tout cela, le mercure se salit avec le tems en-dedans par l'air qui y entre, ce qui produit fort souvent quelque séparation entre les parties du mercure, lorsqu'il se meut de D vers C, ou du moins il s'en forme de petits globules, lesquels s'arrêtent çà & là dans la partie antérieure du tuyau qui se trouve vuide.

Il se présente encore un autre inconvénient bien plus considérable, qui vient du grand frottement du mercure contre le verre, & qui empêche ce barometre d'être à beaucoup près aussi sensible que le barometre ordinaire. En effet, d'habiles observateurs nous assûrent avoir remarqué souvent que si le mercure hausse ou baisse d'une demi-ligne ou d'une ligne entiere dans le barometre ordinaire, il demeure encore à sa même place dans le tuyau C D : mais si la variation augmente dans le barometre ordinaire, il se fait alors dans le tuyau C D un très-grand mouvement, ensorte que la marche de ce barometre est beaucoup moins réglée que celle du barometre ordinaire. Mussch.

Ces raisons font que plusieurs personnes préferent le barometre diagonal, dans lequel l'espace de variation est beaucoup plus grand que dans le barometre commun, & duquel ils croyent les variations plus régulieres que celles des autres. Le chevalier Morland a imaginé pour cet effet un tuyau incliné B E C (fig. 5.) car il est évident que le mercure s'élevant à la même hauteur dans un barometre droit, & dans un barometre recourbé, ses variations seront beaucoup plus sensibles dans le tuyau incliné B E C, que si ce tuyau étoit vertical, & d'autant plus sensibles, que le tuyau sera plus incliné, puisque le mercure pour s'élever, par exemple, d'une ligne en hauteur perpendiculaire, aura trois ou quatre lignes ou même davantage à parcourir dans la longueur du tuyau. Cette invention est pourtant sujette à plusieurs inconvéniens ; car la surface du mercure dans le tuyau B E, n'est pas parallele à l'horison, mais elle est convexe & inclinée ; or cela posé, il est difficile de savoir à quel point on doit fixer la hauteur du mercure. De plus le coude qui est en B, rend la surface du tuyau fort raboteuse en cet endroit-là, & les inégalités de la surface produisant une résistance à l'abaissement ou à l'élevation du mercure, les variations de ce barometre ne sont pas aussi promtes qu'elles le devroient être. Ce dernier inconvénient est d'autant plus grand, que le tuyau B E C fait un plus grand coude en B ; ainsi la sensibilité, pour ainsi dire, des variations de ce barometre, est alors compensée par leur lenteur. Mussch.

Barometre à roue : c'est une invention du docteur Hook, qui rend les altérations de l'air plus sensibles ; il est composé d'un barometre commun vertical, auquel on ajoûte deux poids A & B (fig. 5.) pendus à une poulie, dont l'un est en liberté à l'air, & l'autre restant sur la surface du mercure dans le tuyau, s'éleve & s'abaisse avec lui. Le poids A communique son mouvement à la poulie, & cette poulie a autour de son pivot une longue aiguille L K, qui montre sur un grand cercle gradué M N O P, les variations de la hauteur du mercure dans le barometre. De plus, le tuyau du barometre est surmonté d'un gros globe A B, & la petite boule B, qui est en liberté dans l'air, est à-peu-près égale en pesanteur à la boule A. Comme le globe A B a beaucoup de diametre par rapport à celui du tuyau, un abaissement peu considérable du mercure dans ce globe, peut faire monter le mercure dans le tuyau F A, jusqu'à la hauteur de trois pouces. Supposons maintenant que toute la circonférence de la poulie F D soit de trois pouces, elle fera donc un tour lorsque le mercure montera ou s'abaissera de trois pouces, desorte que l'aiguille L K fera alors un tour aussi ; & si le diametre du cercle M N O P est d'un pié, le mercure ne pourra s'abaisser ou s'élever de trois pouces, que l'aiguille ne parcoure environ trois piés. Ce barometre montre assez bien les variations considérables de la hauteur du mercure : mais aussi-tôt que le mercure vient à baisser ou à monter dans le tuyau A F, & qu'il ne fait par conséquent que commencer à devenir un peu convexe ou un peu concave, la petite boule A n'a pas assez de mouvement pour faire tourner un peu la poulie S D, parce que cette poulie est sujette à quelque frottement sur son axe : ce qui empêche d'appercevoir les variations peu considérables de la hauteur du mercure : mais lorsque la poulie commence à se mouvoir, son mouvement est plus grand qu'il ne devroit être alors. Voilà sans-doute un inconvénient auquel on ne peut remédier qu'avec beaucoup de peine. Ce barometre est encore sujet à d'autres inconvéniens qu'on a eu soin de marquer dans les Transactions Philosoph. n°. 185. page 241. aussi n'en fait-on aucun usage. Mussch.

Barometre conique. C'est une machine plûtôt curieuse qu'utile. Elle consiste en un tuyau conique verticalement placé, dont l'extrémité supérieure, & qui est la plus petite, est fermée hermétiquement. Ce barometre n'a point de vaisseau ou de bassin, sa figure conique y suppléant, pourvû que l'extrémité inférieure de ce tuyau ait un diametre fort petit : car alors le mercure se soûtient de lui-même dans ce tuyau, étant soûtenu par les particules de l'air, comme par un piston solide ou un fond. Quand ce tuyau est rempli, si le mercure s'y soûtient, son poids est équivalent au poids de l'atmosphere ; & si l'atmosphere varie, le mercure montera ou descendra. Ainsi quand le poids de l'atmosphere s'augmente, le mercure est chassé dans la partie du tuyau la plus étroite R ; par ce moyen la colonne est étendue, & son poids est augmenté. Au contraire quand l'atmosphere décroît, le mercure s'abaisse dans la partie la plus large du tuyau ; & par ce moyen sa colonne est plus courte & sa pression par conséquent est affoiblie.

Pour rendre ceci plus intelligible, supposons que ce barometre soit représenté par le tuyau A B (fig. 6.) qui est conique, & que ce tuyau étant renversé, se trouve rempli de trente pouces de mercure depuis A jusqu'à C ; & comme la variation du mercure dans le barometre est de trente à vingt-sept pouces, supposons que la même quantité de mercure A C dans la partie inférieure du tuyau D B, ait la hauteur D B de vingt sept pouces ; alors il est certain que lorsque le mercure se trouvera dans le barometre ordinaire à la hauteur de trente pouces, le mercure dans le tuyau A B occupera l'espace A C ; & quand le mercure sera dans le barometre à vingt-sept pouces, le mercure du tuyau occupera l'espace D B ; ainsi la variation du mercure dans le barometre sera depuis A jusqu'à D, qui est un espace de près de trente pouces, pendant que cette variation ne sera que de trois pouces dans le barometre ordinaire. Ce barometre est de l'invention de M. Amontons. Mussch.

L'inconvénient de ce barometre est que pour empêcher le mercure & l'air de changer de place, & de se mêler ensemble, il faut que le diametre intérieur du tuyau soit très-petit ; & cette petitesse rend le frottement de la liqueur si sensible, qu'elle peut l'empêcher d'agir librement : ainsi cet instrument n'est guere bon que pour les marins, qui n'y regardent pas de si près, & qui s'en servent depuis trente-cinq ans. parce qu'il est fort commode. En effet, il suffit de le renverser lorsqu'on le veut garder, & quand on veut connoître le poids de l'air, il suffit de prendre le tuyau à la main, & de le tenir dans une situation verticale. Pour empêcher que le mercure n'en sorte par en-bas, comme il pourroit arriver dans les mouvemens violens du vaisseau, on met au-dessous du tuyau, proche de B, un peu de coton à-travers lequel l'air passe librement ; & s'il arrive alors par quelque accident qu'il tombe un peu de mercure de la colonne A D, il suffit de retourner le tuyau ; & ce qui est tombé se rejoint d'abord à la colonne. Il y a encore un autre barometre à l'usage des marins. Ce barometre qui a été aussi inventé par le docteur Hook, pour pouvoir servir sur mer, où le roulis du vaisseau rendroit les autres impraticables, n'est autre chose qu'un thermometre double, ou deux tubes à demi remplis d'esprit-de-vin, dont l'un est fermé hermétiquement par les deux bouts, & renferme une certaine quantité d'air ; & l'autre est fermé par un bout, & ouvert par l'autre. Or l'air, comme l'on sait, agit sur l'esprit-de-vin, & le fait monter par deux raisons ; par sa propre gravité, comme dans le tube de Torricelli ; & par sa chaleur, comme dans le thermometre. Si donc les deux tubes sont divisés par degrés, ensorte qu'ils s'accordent l'un avec l'autre au tems où l'air y est renfermé, il s'ensuit que lorsqu'ils s'accorderont encore ensuite, la pression de l'atmosphere sera la même que dans le tems que l'air a été renfermé. Si dans le thermometre qui est ouvert à l'air, la liqueur est plus haute, en considérant en même tems combien l'autre s'éleve ou s'abaisse par l'opération de la chaleur ou du froid, on verra que l'air est plus pesant : au contraire, quand le thermometre ouvert est plus bas en comparaison de l'autre, l'air est plus leger que dans le tems que l'instrument a été divisé par degrés. Mais il faut se ressouvenir que la condensation & la raréfaction de l'air, sur quoi toute cette machine est établie, ne dépendent pas seulement du poids de l'atmosphere, mais qu'elles sont aussi causées par l'action de la chaleur & du froid. C'est pourquoi cette machine ne peut pas être nommée un barometre, mais plûtôt un instrument qui indique les altérations de l'air. Voyez MANOMETRE.

Cependant cet instrument est regardé comme étant fort bon pour faire connoître si le tems doit être mauvais, de même que les changemens de vents, & l'approche du froid. Transact. Philos. n°. 429. pag. 133.

Le barometre statique, dont se sont servis Boyle, Otto de Guericke, &c. est défectueux, tant par l'action du chaud, que parce qu'il est peu précis & peu commode : il consiste en une assez grande bouteille de verre, tenue en équilibre par un poids de cuivre, dans des bassins de balance fort legers : ces deux corps étant d'égale pesanteur, mais d'inégal volume, si le milieu ou fluide dans lequel ils pesent également est changé, le changement de leur poids s'en suivra ; desorte que si l'air devient plus pesant, le corps le plus grand deviendra plus leger en apparence, parce qu'il perdra plus de son poids que le plus petit, qui est le plus dense : mais si le milieu est plus leger, alors le corps le plus grand l'emportera sur le plus petit.

PHENOMENES du barometre. Ces phénomenes sont différens, & les auteurs ne sont pas plus d'accord sur leurs causes, que sur l'usage que l'on en peut faire pour prédire les changemens de tems. Sur le haut de la montagne de Snouden en Angleterre, qui a 1240 toises de hauteur, le docteur Halley trouva le mercure de trois pouces huit dixiemes plus bas qu'au pié ; d'où il paroît que le mercure baisse de 1/10 de pouce par trente toises. Derham a fait pareillement des expériences de la hauteur du mercure sur le haut & au pié de cette montagne, & croit qu'il faut 32 toises d'élévation perpendiculaire, pour que le mercure baisse de 1/10 d'un pouce : d'où cet auteur a cru qu'on pouvoit tirer non-seulement la hauteur de l'atmosphere, mais aussi une méthode pour mesurer la hauteur des montagnes. Suivant cet auteur, si le mercure ici bas est à 30 pouces, à 1000 piés de hauteur, il sera à 28 9/10 pouces ; à 2000 piés, à 27 86/100 ; à 3000, 26 85/100 ; à 4000, 25 85/100 ; à 5000, 24 93/100 ; à un mille, 24 67/100 ; à deux mille, 20 29/100 ; à cinq mille, 11 28/100 ; à dix mille, 4 24/100 ; à quinze mille, 1 60/100 ; à vingt mille, 0 95/100 ; à trente mille, 8/1000 ; à quarante mille, 12/1000. Mais on suppose dans ce calcul que l'atmosphere est par-tout d'une densité à-peu-près égale, & que si on la divise en portions d'égale hauteur, le poids de ces portions est presque le même, ce qui est bien éloigné d'être vrai ; car l'atmosphere devient continuellement moins dense à mesure qu'on s'éloigne de la terre, & ainsi une même quantité d'air occupe toûjours un volume de plus en plus grand. C'est pourquoi si on divise l'atmosphere en différentes couches toutes d'une hauteur égale, ces couches peseront d'autant moins qu'elles seront plus éloignées du centre de la terre. M. Mariotte, dans son Essai sur la nature de l'air, a donné un calcul de la hauteur de l'atmosphere, fondé sur les observations du barometre faites au sommet des montagnes. Ce calcul est fondé sur ce principe, que l'air se condense en raison des poids dont il est chargé ; l'auteur trouve 15 lieues environ pour la hauteur de l'atmosphere ; qui est aussi à-peu-près la quantité que M. de la Hire trouve par la théorie des crépuscules. M. Mariotte ajoûte aussi à son calcul un essai de méthode pour déterminer par les mêmes principes la hauteur des montagnes : mais on regarde aujourd'hui assez généralement toutes ces méthodes, comme plus curieuses que sûres & utiles. Voyez ATMOSPHERE.

On a trouvé que la plus grande hauteur du barometre à Londres, étoit à 30 pouces 3/8, & son plus grand abaissement à 28 pouces ; à l'observatoire de Paris, sa plus grande élevation est de 28 pouces 4/10, & sa moindre 26 4/10 sur la mesure du pié de Paris, qui est plus grand de 9/144 que celui de Londres : ces observations s'accordent à celles qui ont été faites par M. Wolf à Hall en Saxe. A Alger le mercure s'éleve à 30 pouces 2/10 ou 3/10 par le vent de nord, quoique ce vent soit souvent accompagné de pluie & d'orage. Il est vrai qu'il y a une expérience dans laquelle la hauteur du mercure surpasse de beaucoup ces nombres ; le mercure étant parfaitement purifié & suspendu dans un tube à la maniere de Torricelli, monte à la hauteur de 75 piés, quoiqu'à la moindre secousse il baisse à la hauteur ordinaire. Ce phénomene n'a pas causé peu d'embarras lorsqu'il a été question d'en découvrir la cause. Voici l'explication que M. Musschenbroeck en donne dans ses essais de Physique. Lorsqu'on a purgé le mercure de l'air qu'il contient, il devient un corps beaucoup plus dense que lorsque l'air se trouvoit placé entre ses parties : ce mercure peut aussi alors s'attacher fort étroitement à la surface du verre ; ce qui fait que ses particules y restent suspendues ; & comme ces particules s'attirent très-fortement, elles soûtiennent des particules voisines, & le mercure demeure suspendu par ce moyen à une très-grande hauteur : mais si on secoue le tuyau, alors les particules du mercure qui étoient contigues au verre en sont détachées, & tout retombe. On peut voir dans l'ouvrage cité l'explication plus détaillée de ce phénomene singulier, & la réfutation des toutes les autres hypothèses qu'on a imaginées pour en rendre raison.

M. Boyle remarque que les phénomenes du barometre sont si variables, qu'il est extrèmement difficile de donner des regles générales de son élevation ou de son abaissement. Il semble cependant que ce soit une regle assez générale, que quand les vents soufflent de bas en haut, le mercure est plus bas : mais cela n'est pas toûjours vrai. L'illustre M. Halley nous a donné les observations suivantes. Dans un tems calme, quand il doit pleuvoir, le mercure est communément bas, & il s'éleve quand le tems doit être serein. Quand il doit faire de grands vents accompagnés de pluie, le mercure descend plus ou moins bas, selon le vent qui souffle. Toutes choses égales, la grande élevation du mercure arrive quand les vents soufflent de l'est ou du nord-est. Après que le vent a soufflé violemment, le mercure, qui, pendant le tems que le vent souffloit étoit fort bas, s'éleve avec rapidité. Dans un tems calme, pendant lequel il gele, le mercure se tient haut. Dans les lieux les plus exposés au nord, le mercure souffre plus de variation que dans les lieux exposés au midi : à Naples il varie rarement de plus d'un pouce ; au lieu qu'à Upminster il varie de 2 5/10 pouces, & à Petersbourg de 3 31/100. Transact. Philos. n °. 434. p. 401. Entre & proche les tropiques, le mercure ne varie que peu ou point du tout.

Le docteur Beal remarque que, toutes choses égales, le mercure est plus haut dans l'hyver que dans l'été, & ordinairement le matin qu'à midi ; qu'il l'est encore dans un tems serein un peu plus que devant ou après, ou que quand il pleut ; & qu'il descend ordinairement plus bas après la pluie qu'auparavant : s'il arrive qu'il s'éleve après qu'il a plû, c'est ordinairement un indice de beau tems. Il arrive cependant des changemens considérables dans l'air, sans que le barometre varie sensiblement.

Par rapport à l'usage des barometres, un habile physicien remarque que par son secours nous recouvrons la connoissance qui est dans les animaux, & que nous avons perdue, parce que nos corps ne sont point exposés à l'air comme les leurs : & parce que nous nous livrons à l'intempérance, & que nous corrompons la sensibilité de nos organes. Par rapport aux prédictions des barometres, M. Halley déjà cité trouve que l'élévation du mercure présage le beau tems après la tempête, & que le vent soufflera de l'est ou du nord-est ; que son abaissement marque que ce seront les vents de sud ou d'oüest qui regneront avec la pluie, ou présage des vents de tempêtes, ou tous les deux ; que dans l'orage, si le mercure vient à s'élever c'est une marque que la tempête passera bien-tôt.

M. Patrick remarque qu'en été l'abaissement du mercure annonce le tonnerre ; & que quand l'orage arrive immédiatement après la chûte du mercure, il est rarement de longue durée : la même chose s'observe du beau tems, s'il arrive immédiatement après l'élévation du mercure. Enfin Derham comparant avec ses observations celles que Scheuczer a faites à Zurich, sur les barometres, remarque que dans le cours de l'année le mercure varie plus à Zurich, quelquefois d'un & même de deux pouces ; & il conclud de-là que la situation de Zurich est de près de 1/24 d'un mille d'Angleterre plus haute que celle d'Upminster. Il trouve d'ailleurs un accord remarquable entre les observations faites à Zurich & les siennes ; un des barometres suivant à peu près les mêmes variations que l'autre : cependant cet accord n'est pas si parfait que celui des barometres des endroits plus proches, comme ceux de Londres, de Paris, &c.

Causes des phénomenes du barometre. Les hypotheses par lesquelles on a voulu expliquer les phénomenes du barometre sont presque infinies. Il est vrai que le poids de l'atmosphere est généralement regardé comme la cause principale des mouvemens du barometre, & les altérations de l'air comme la cause accidentelle ; cependant cette opinion n'est pas suivie universellement. Un savant auteur, par exemple, regarde les changemens du barometre, comme étant causés par le froid & par la chaleur. Il dit avoir souvent remarqué que dans les orages, &c. quand le mercure est bas, il se divise & pousse en en haut des particules, qu'il appelle des especes de pellicules ou d'écorchures ; & il soûtient que toutes les fois que le mercure descend, il est plus ou moins dégagé de ces pellicules : que dans ce mouvement les parties du mercure sont resserrées ensemble, & que c'est par cette raison qu'il descend ; que de plus il s'échappe alors de petites particules d'air, qui étoient renfermées dans le mercure, & qui s'élevant dans la partie supérieure du tuyau, force le mercure à descendre, les colonnes en étant raccourcies par la sortie de ces particules, & par leur position dans la partie supérieure du tuyau : c'est pourquoi, ajoûte-t-il, le mercure s'éleve dans le tems très-froid à la même hauteur que dans le tems très-chaud, entre les deux tropiques, parce qu'il est dans son état naturel ; & il baisse dans les degrés intermédiaires de chaud & de froid, parce qu'il est resserré, & que ses parties sont comme refoulées & comprimées ensemble. Mais ce sentiment ne rend pas de raison fort vraisemblable des phénomenes.

Les variations de l'atmosphere doivent être regardées comme la cause de celles du barometre : mais il n'est pas aisé de déterminer d'où viennent ces variations dans l'atmosphere, puisqu'il est difficile de trouver un seul principe dans la nature auquel on puisse rapporter des variations si grandes & si irrégulieres. Il est probable que les vents qui soufflent de tel ou tel endroit les occasionnent, de même que les vapeurs & les exhalaisons de la terre : les changemens d'air dans les régions voisines, & même le flux & reflux que la lune occasionne dans l'air, peuvent y contribuer également.

Cette derniere cause doit certainement entrer parmi celles qui produisent les variations du barometre : mais son effet ne doit pas être fort considérable à cet égard, quoique l'action de la lune éleve à une hauteur très-grande les eaux de l'Océan. Voici la raison de cette différence : supposons que l'eau s'éleve en pleine mer à la hauteur de 60 piés par l'action de la lune : qu'on mette à la place de l'Océan l'atmosphere ou tel autre fluide qu'on voudra, il est certain qu'il devra s'élever à peu près à la même hauteur ; car l'atmosphere ayant moins de parties que l'Océan, il y aura, à la vérité, une moindre masse à mouvoir, mais aussi la force qui agite cette masse en attirant chacune de ces parties, sera aussi plus petite en même raison. L'air s'élevera donc à la hauteur de 60 piés en montant, & descendra au-dessous de sa hauteur naturelle de l'espace de 60 piés, c'est-à-dire qu'il variera en hauteur de 120 piés en tout. Or le mercure étant 11000 fois plus pesant que l'air, une variation de 120 piés dans une colonne d'air, ne doit faire varier le mercure que d'environ deux lignes. C'est à-peu-près la quantité dont on trouve qu'il doit hausser sous l'équateur, dans la supposition que le vent d'est y fasse 8 piés par seconde. Or comme il y a une infinité d'autres causes qui font varier le barometre, il n'est pas surprenant que l'on n'ait pas distingué la petite variation que l'action du soleil & de la lune y peuvent produire en élevant ou en abaissant les colonnes de l'atmosphere. Cependant il seroit à souhaiter que les observateurs s'y rendissent attentifs dans la suite. Rech. sur les vents. Paris 1746.

Le savant Halley croit que les vents & les exhalaisons suffisent pour produire les variations du barometre ; & d'après cette opinion il en a donné une explication probable : nous allons donner la substance de son discours sur ce sujet. 1°. Ce sont, dit-il, les vents qui alterent le poids de l'air dans un pays particulier, & cela, soit en apportant ensemble & en accumulant une grande quantité d'air, & en chargeant ainsi l'atmosphere dans un endroit plus que dans l'autre, ce qui arrive lorsque deux vents soufflent en même tems de deux points opposés ; soit en enlevant une partie de l'air, & en déchargeant par-là l'atmosphere d'une partie de son poids, & lui donnant le moyen de s'étendre davantage ; soit enfin en diminuant & soûtenant, pour ainsi dire, une partie de la pression perpendiculaire de l'atmosphere, ce qui arrive toutes les fois qu'un seul vent souffle avec violence vers un seul côté, puisqu'on a expérimenté qu'un souffle de vent violent, même artificiel, rend l'atmosphere plus legere, & conséquemment fait baisser le mercure dans le tube qui se trouve proche de l'endroit où se fait ce souffle, & même dans un tube qui en est à une certaine distance. Voyez Transactions Philosophiques, n°. 292.

2°. Les parties nitreuses & froides, & même l'air condensé dans les pays du Nord, & chassé dans un autre endroit, chargent l'atmosphere & augmentent sa pression.

3°. Les exhalaisons seches & pesantes de la terre augmentent le poids de l'atmosphere & sa force élastique, de même que nous voyons la pesanteur spécifique des menstrues être augmentée par la dissolution des sels & des métaux.

4°. L'air etant rendu plus pesant & plus fort par les causes que nous venons de rapporter, devient plus capable de supporter des vapeurs, qui étant mêlées intimement avec lui & y surnageant, rendent le tems beau & serein ; au contraire l'air étant rendu plus leger par les causes opposées à celles que nous venons de dire, devient hors d'état de soûtenir les vapeurs dont il est chargé, lesquelles venant à se précipiter en-bas, se ramassent en nuages, qui par la suite se réunissent en gouttes de pluie. Cela étant ainsi, il paroit assez évident que les mêmes causes qui augmentent le poids de l'air, & le rendent plus propre à soûtenir le mercure dans le barometre, occasionnent pareillement le beau tems & le chaud ; & que la même chose qui rend l'air plus leger & moins capable de soûtenir le mercure, produit les nuages & la pluie : ainsi, 1°. quand l'air est très-leger & que le mercure du barometre est le plus bas, les nuées sont basses & vont fort vîte ; & quand après la pluie les nuages se dissipent & que l'air devenant calme & serein s'est purgé de ses vapeurs, il paroît extrèmement net, & on y peut voir des objets à une distance considérable.

2°. Quand l'air est plus grossier & que le mercure est haut dans le tube, le tems est calme, quoiqu'il soit en même tems quelquefois un peu couvert, parce que les vapeurs sont dispersées également : s'il paroît alors quelques nuages, ces nuages sont hauts & se meuvent lentement ; & quand l'air est très-grossier & très-lourd, la terre est ordinairement environnée de petits nuages épais, qui paroissent y être formés par les exhalaisons les plus grossieres, que l'air inférieur est encore capable de soûtenir : ce que ne peuvent plus faire les parties supérieures de l'air, qui sont trop legeres pour cela.

3°. Ainsi, ce qui est cause qu'en Angleterre, par exemple, le mercure est au plus haut degré dans le tems le plus froid quand le vent est nord ou nord-est, c'est qu'alors il y a deux vents qui soufflent en même tems, & de deux points à peu près opposés ; car il y a un vent de sud-est constant, qui souffle dans l'Océan atlantique à la latitude qui répond à l'Angleterre ; à quoi on peut ajoûter que le vent de nord y amene l'air froid & condensé des régions du nord.

4°. Dans les régions du nord la variation du mercure est plus sensible que dans celles du midi, les vents étant plus fréquens, plus violens, plus variables & plus opposés l'un à l'autre dans les pays septentrionaux que dans les méridionaux.

Enfin, il s'ensuit de-là qu'entre les tropiques la variation du mercure est très-peu sensible, parce que les vents y sont très-modérés, & qu'ils soufflent ordinairement dans le même sens.

Cette hypothese, quoiqu'elle paroisse propre à expliquer plusieurs mouvemens du barometre, n'est pas cependant à l'abri de toute critique : car 1°. si le vent est le seul agent qui produise ces altérations, il ne se fera pas d'altération sensible si le vent ne l'est pas, & il n'y aura jamais de vent sensible sans variation du mercure, ce qui est contraire à l'expérience.

2°. Si le vent est le seul agent, les altérations de la hauteur du mercure doivent être en différens sens dans les différens lieux de la terre, selon que le vent y souffle ou n'y souffle pas ; ainsi, ce qu'un tube perdra à Londres, sera regagné sur un autre à Paris, ou à Zurich, &c. mais selon plusieurs Physiciens, on remarque le contraire : car dans toutes les observations faites jusqu'à présent, les barometres de différens lieux, disent-ils, s'élevent & baissent en même tems, des sorte qu'il faut qu'il y ait une égale altération dans le poids absolu de l'atmosphere, qui occasionne ces variations. Ce fait est-il bien vrai ?

Enfin en omettant toute autre objection, la chûte du mercure avant la pluie, & son élévation après la pluie, semblent être inexplicables dans cette hypothese ; car en supposant deux vents contraires qui chassent les colonnes d'air qui sont au-dessus de Londres, tout ce qu'ils pourront faire, sera de couper une certaine partie de l'air qui est au-dessus de Londres : en conséquence il pourra arriver que le mercure baisse, mais il n'y a pas de raison apparente pour que la pluie s'ensuive. Il est vrai que les vapeurs pourront s'abaisser, mais seulement jusqu'à ce qu'elles viennent dans un air de la même pesanteur spécifique qu'elles ; & arrivées-là, elles y resteront sans descendre plus bas. Leibnitz a tâché de suppléer au défaut de cette hypothese, & d'en donner une nouvelle. Il prétend donc qu'un corps plongé dans un fluide, ne pese avec ce fluide que pendant qu'il en est soûtenu ; desorte que quand il cesse de l'être, c'est-à-dire qu'il tombe, son poids cesse de faire partie de celui du fluide, qui par ce moyen devient plus léger. Ainsi, ajoûte-t-il, les vapeurs aqueuses, pendant qu'elles sont soûtenues dans l'air, augmentent son poids : mais quand elles tombent, elles cessent de peser avec lui, & le poids de l'air, est diminué ; le mercure baisse donc, & la pluie tombe. Mais le principe de Leibnitz est faux, comme il paroît par les expériences du docteur Desaguliers. D'ailleurs, en supposant que les vapeurs par leur condensation sont forcées de descendre, & cessent de peser avec l'atmosphere, elles baisseront jusqu'à ce qu'elles arrivent à la partie de l'atmosphere, qui est de la même pesanteur spécifique qu'elles, &, ainsi que nous l'avons déjà dit au sujet de M. Halley, y resteront suspendues comme auparavant. Si le mercure baisse, ce sera seulement durant le tems de cet abaissement des vapeurs ; car les vapeurs étant une fois fixées & en repos, la premiere pesanteur renaîtra, pour ainsi dire, ou si elle ne revient pas, au moins la pluie ne suivra pas la chûte du mercure.

Quelques auteurs, pour expliquer ces mêmes variations, ont imaginé l'hypothese suivante. Que l'on suppose un nombre de vésicules d'eau flottantes sur une partie de l'atmosphere, & sur une partie déterminée de la surface du globe terrestre ; par exemple, sur A B, fig. 21 ; si les vésicules supérieures sont condensées par le froid des régions supérieures, leur gravité spécifique s'augmentera & elles descendront ; la couche horisontale 1, par exemple, descendra à 2, 2 à 3, &c. là se rencontrant avec d'autres vésicules qui ne sont pas encore précipitées, elles s'amoncellent & se changent en vésicules plus grandes, comme il doit s'ensuivre des lois de l'attraction.

Si nous choisissons le vent pour agent, supposons qu'il souffle horisontalement ou obliquement : dans le premier cas les vésicules 8 seront chassées contre 9, celles-ci contre 10, &c. dans le second cas la vésicule 7 sera chassée contre 4, 8 contre 3, &c. par ce moyen les particules s'augmenteront & formeront de nouvelles & de plus grandes vésicules qu'auparavant ; desorte que leur nombre, qui auparavant étoit, si l'on veut un million, sera alors réduit, par exemple, à 100000.

Mais la même réunion par laquelle leur nombre est diminué, augmente en quelque maniere leur pesanteur spécifique ; c'est-à-dire qu'il y a plus de matiere sous d'égales surfaces : ce qui est aisément prouvé par les principes géométriques ; car dans l'augmentation de la masse des corps homogenes, celle de la surface n'est pas aussi grande que celle de la solidité : celle de la premiere est comme le quarré du diametre ; & celle de l'autre, comme son cube.

Or lorsque la même quantité de matiere se trouve sous une moindre surface, elle doit perdre moins de son poids par la résistance du milieu : car il est évident qu'un corps qui se meut dans un fluide, perd une partie de sa pesanteur par le frottement de ses parties contre celle du fluide. Or ce frottement est évidemment en raison de la surface ; c'est pourquoi la surface devenant moindre à proportion de la masse, la résistance l'est aussi : conséquemment les vésicules, dont la pesanteur, avant la jonction, étoit égale à la résistance du milieu, trouvant cette résistance diminuée, descendront avec une vîtesse proportionnelle à la diminution réelle de leur surface.

Quand elles descendent & qu'elles arrivent aux parties plus grossieres de l'atmosphere, par exemple, aux points 4, 5, &c. leur masse & leur surface sont augmentées par de nouvelles réunions ; & ainsi par de nouvelles & constantes augmentations, elles deviennent de plus en plus capables de surmonter la résistance du milieu, & de continuer leur chûte à-travers toutes les couches de l'air jusqu'à ce qu'elles atteignent la terre ; leur masse étant alors excessivement grossie, forme des gouttes de pluie.

Maintenant dans la descente des vapeurs, il faut considérer comment le barometre est affecté par cette descente. Avant qu'aucune des vésicules commence à baisser, soit par l'action du froid, ou par celle du vent, elles nagent toutes dans la partie de l'atmosphere A B D C, & pesent toutes vers le centre E. Or chacune d'elles demeurant respectivement dans une partie du milieu, qui est d'une pesanteur spécifique égale, perdra une partie de son poids égale à celle d'une partie du milieu qui auroit le même volume ; c'est-à-dire, que chacune d'elle perdra toute sa pesanteur : mais alors cette pesanteur qu'elles auront perdue, sera communiquée au milieu qui pressera sur la surface de la terre A B, avec son propre poids joint à celui de ces vésicules. Supposez alors que cette pression conjointe agisse sur le mercure élevé dans le barometre à trente pouces : par la réunion des vésicules, faite comme nous avons dit ci-dessus, leur surface, & conséquemment leur frottement sont diminués : c'est pourquoi elles communiqueront moins de leur pesanteur à l'air, c'est-à-dire une partie moindre que tout leur poids ; & conséquemment elles descendront avec une vîtesse proportionnelle à ce qui leur reste de pesanteur, ainsi que l'on vient de le dire. Or comme les vésicules ne peuvent agir sur la surface de la terre A B que par la médiation de l'air, leur action sur la terre sera diminuée en même proportion que leur action sur le milieu ; d'où il est évident que la surface de la terre A B sera alors moins pressée qu'auparavant : & plus les vésicules garderont de leur poids qu'elles n'auront point communiqué au milieu, plus elles accélereront leur propre descente ; c'est-à-dire, que la vîtesse de l'abaissement des vésicules ira toujours en augmentant : en effet, quand les vésicules descendent, la masse augmente continuellement, & au contraire la résistance du milieu & la pression sur la terre diminuent, & le mercure baissera par conséquent pendant tout le tems de leur chûte. De-là il est aisé de concevoir que les vésicules qui ont une fois commencé à tomber, continuent ; que le mercure commence à tomber en même tems, & qu'il continue & cesse en même tems qu'elles.

On peut faire une objection contre ce système ; sçavoir que les vésicules étant mises en mouvement, & heurtant contre les particules du milieu, rencontrent une résistance considérable dans la force d'inertie du milieu, par laquelle leur descente doit être retardée, & la pression de l'atmosphere rétablie. On peut ajoûter que la pression additionnelle sera plus grande à proportion de la vîtesse de la chûte des vésicules, une impulsion forte étant requise pour surmonter la force d'inertie des particules contiguës du milieu.

Mais les partisans de l'opinion que nous rapportons, croyent pouvoir renverser cette objection par la raison & l'expérience : car, disent-ils, outre que la force d'inertie de l'air peut être très-foible à cause de son peu de densité, nous voyons que dans l'eau, qui est un milieu fort dense & non élastique, un morceau de plomb, en descendant à-travers le fluide, pese considérablement moins que quand il y est soûtenu en repos. Cependant ce fait est nié par M. Musschenbroeck. Essays de Physique, §. 234.

Nous avons cru devoir rapporter assez au long cette explication qui, quoiqu'ingénieuse, n'a pas, à beaucoup près, toute la précision qu'on pourroit desirer. Mais dans une matiere si difficile, il ne nous reste presque autre chose à faire, que d'exposer ce que les philosophes ont pensé. Voyez une dissertation curieuse, de M. de Mairan, sur ce sujet, Bordeaux, 1715. Voyez aussi Musschenbroeck. Cet auteur regarde avec raison les prédictions du barometre, comme peu sûres.

Voici, selon M. Musschenbroeck, la meilleure maniere de faire un barometre ordinaire ou commun ; ces sortes de barometres étant les meilleurs de tous, à ce qu'il prétend. Premierement on doit prendre du mercure bien pur, & être bien assûre qu'il ne soit pas falsifié ; il faut le passer par un cuir bien net, & le verser dans un poëlon neuf & verni, que l'on couvre d'un couvercle qui s'y ajuste bien. On doit mettre ce poëlon couvert sur un feu de charbon bien pur, & faire bouillir le mercure : il devient alors volatil, mais on le retient à l'aide du couvercle qui est posé dessus. En faisant ainsi bouillir le mercure, on le purifie de l'eau & de l'air qui se tenoient entre ses parties. On doit avoir des tuyaux de verre, nouvellement faits, dont on se sert pour les barometres ; & afin qu'ils ne soient ni sales en-dedans, ni remplis d'air, il faut avoir soin de les faire sceller hermétiquement de chaque côté dans la Verrerie, avant que de les transporter. Lorsqu'on voudra les remplir, on peut les ouvrir par un bout avec une lime, & les tenir pendant ce tems-là près d'un feu oblong, pour les rendre également chauds, & même fort chauds, afin que l'humidité & l'air qui tient aux parois, se détache & se dissipe. Si on néglige de prendre cette précaution, l'air s'y attache avec tant de force, qu'il ne peut être chassé par le mercure qu'on verse dans le tuyau, mais il reste suspendu en plusieurs endroits. Pour réussir encore mieux à purger ce tuyau d'air, on ne fera pas mal d'attacher à un fil d'archal un morceau de chamois ou de cuir, & d'en former comme un piston de pompe, que l'on fera passer dans le tuyau de haut en bas & de bas en haut, à diverses reprises, pour détacher l'air qui y tient. Par ce moyen, le mercure qui est tout bouillant, pourra alors dissiper l'air, en le faisant sortir du tuyau chaud. On forme ensuite d'un tuyau large de barometre un petit entonnoir de verre, & en l'allongeant on le réduit en un tuyau capillaire, lequel doit être un peu plus long que le tuyau qu'on doit remplir. Il faut d'abord bien nettoyer la partie supérieure de ce petit entonnoir, & la rendre bien seche & bien chaude en l'exposant devant le feu : on l'introduit ensuite dans le tuyau du barometre, ensorte qu'il penetre jusqu'au fond, & on verse alors le mercure tout bouillant dans ce petit entonnoir, qui doit être bien chaud, afin que la chaleur du mercure ne le fasse pas sauter en pieces. Dès qu'on verse le mercure, il se précipite en bas, remplit le tuyau, & s'éleve ensuite lentement. On doit avoir soin de verser dans l'entonnoir sans aucune interruption, afin que le mercure continue toujours de tomber sans s'arrêter, & que l'air n'ait pas lieu de s'insinuer entre ses parties. Lorsque le tuyau se trouve plein, on retire doucement le petit entonnoir. Voilà de quelle maniere on peut remplir le tuyau aussi juste qu'il est possible ; & il paroît alors dans toute sa longueur de couleur brune, & sans la moindre petite bulle d'air. Si l'on n'a point de tuyaux scellés, il faut avant que de remplir celui dont on se sert, le bien nettoyer en dedans, en le lavant avec de l'esprit-de-vin bien rectifié, & en attachant au bas d'un fil de laiton une petite courroie en maniere de piston de pompe, que l'on pousse souvent dans le tuyau pour en détacher l'air, qui sans cela ne manqueroit pas d'y rester suspendu. Après avoir ainsi nettoyé ce tuyau, on doit le faire sécher devant le feu, & le chauffer.

BAROMETRE portatif, est un barometre construit de maniere qu'on puisse le transporter d'une place à une autre, sans le déranger.

Il n'y a pas long-tems que le barometre portatif étoit une chose peu commune ; à présent on en fait de portatifs de toutes les sortes ; ils sont tellement construits, que le mercure peut venir tout-à-fait jusqu'à l'extrémité du tube, qui est fermée hermétiquement : cet artifice empêche le mercure de balloter & de se répandre, & ne l'expose point au danger de casser le tube. Pour cela on attache sur le bord de la cuvette où plonge le tuyau, un cuir le plus fin que l'on peut, par le moyen duquel le mercure est contenu dans la cuvette, & on construit le barometre de maniere que sa partie supérieure se termine par un long cou étroit ; par ce moyen l'effort du mercure contre cette partie devient beaucoup moins considérable, & la partie supérieure du barometre est moins en danger de se briser. Mais un tel barometre est peu sûr.

Phosphore du barometre. M. Picard découvrit le premier en 1676 que le mercure de son barometre secoüé dans l'obscurité donnoit de la lumiere : mais quand on voulut faire l'expérience sur d'autres, il s'en trouva fort peu qui eussent ce privilege.

M. Bernoulli ayant fait l'expérience sur son barometre, trouva qu'étant secoüé fortement dans l'obscurité, il donnoit une foible lueur.

Comme l'on pouvoit soupçonner que la lumiere, ou du moins une grande lumiere, n'étoit si rare dans les barometres, que parce qu'il n'y avoit pas un vuide parfait dans le haut du tuyau, ou que le mercure n'étoit pas bien purgé d'air, il s'assûra par expérience qu'avec ces deux conditions, des barometres n'étoient encore que très-foiblement lumineux ; & par conséquent que ce n'étoit-là tout au plus que des conditions ; & qu'il falloit chercher ailleurs une véritable cause. De plus son barometre n'étoit en expérience que depuis quatre semaines ; lorsqu'il rendit de la lumiere ; & ainsi on ne peut pas dire que la raison pourquoi plusieurs n'en rendroient pas, est peut-être qu'il y avoit trop peu de tems qu'ils étoient en expérience.

M. Bernoulli avoit remarqué que quand on secoüoit le barometre, & que par conséquent on faisoit aller le mercure avec rapidité, tantôt au-dessus, tantôt au-dessous du point d'équilibre, la lumiere ne se montroit que dans la descente du mercure, & qu'elle paroissoit comme attachée à sa surface supérieure. De-là il conjectura que quand par cette descente il se forme dans un tuyau un plus grand vuide que celui qui y étoit naturellement, il peut sortir du mercure pour remplir ce vuide en partie, une matiere très-fine, qui étoit auparavant renfermée & dispersée dans les interstices très-étroits de ce minéral. D'ailleurs il peut entrer dans ce même moment par les pores du verre plus grands apparemment que ceux du mercure, une autre matiere moins déliée, quoique beaucoup plus déliée que l'air ; & la matiere sortie du mercure & toute rassemblée au-dessus de sa surface supérieure, venant à choquer impétueusement celle qui est entrée par les pores du verre, y fait le même effet que le premier élement de Descartes sur le second, c'est-à-dire produit la lumiere.

Mais pourquoi ce phénomene n'est-il pas commun à tous les barometres ? Pour l'expliquer, M. Bernoulli imagina que le mouvement de la matiere subtile qui sort du mercure avec impétuosité, lorsqu'il descend, pouvoit être détruit, affoibli, interrompu, par quelque matiere hétérogene au mercure qui se seroit amassée sur sa surface supérieure, & y auroit été poussée par ce minéral plus pesant qu'elle ; que cette espece de pellicule ne manquoit pas de se former sur le mercure, dès qu'il n'étoit pas extrèmement pur ; que même quelque pur qu'il fût de lui-même, il contractoit en peu de tems par le seul attouchement de l'air, les saletés qui composent cette pellicule ; qu'afin qu'il les contractât en un instant, il ne falloit que le verser en l'air de haut en bas, comme l'on fait ordinairement dans la construction des barometres ; que ce mouvement lui faisoit ramasser dans l'air plus de saletés qu'il n'auroit fait durant plusieurs jours étant en repos ; qu'enfin cela supposé, une méthode sûre pour avoir un barometre lumineux, étoit de le faire d'un mercure bien pur, & qui sur-tout, quand on le feroit entrer dans son tuyau, ne traversât point l'air & ne s'y soüillât point.

Le succès des expériences répondit à tout ce raisonnement de M. Bernoulli, qu'il avoit fait sans aucune expérience préalable, excepté peut-être ce qui regardoit la pellicule formée sur la surface du vif-argent.

En effet, si on expose du vif-argent dans quelque vase à l'air libre, on trouvera au bout de quelque tems sa superficie extérieure trouble & couverte d'une pellicule très-mince, laquelle étant ôtée par le moyen d'une plume nette, la surface redevient polie : mais si on le laisse encore exposé à l'air, une autre pellicule, d'abord semblable à une toile d'araignée qui s'épaissit avec le tems, s'étendra par-dessus. Cette pellicule paroît au microscope fort semblable à de l'argent battu en feuille : en effet ce n'est qu'un tissu très-fin d'une espece de mousse ou de poil très-fin, qui séparée du vif-argent par l'agitation de l'air, est repoussée à la surface ; & se mêlant là avec les corps hétérogenes que l'air y amene, forme cette espece de pellicule. Cette pellicule paroît plus ou moins dans toutes les liqueurs exposées à l'air ; elle est fermée par les corpuscules qui s'exhalent & retombent ensuite dessus. Si on laisse tomber de la hauteur d'un pié seulement une goutte de vif-argent le plus net qu'il soit possible, dans un vase, où il y en ait aussi de si net, que la superficie soit polie comme celle d'un miroir, la goutte tombant sur cette surface polie, la ternira à l'endroit où elle tombera ; preuve que toute nette qu'elle étoit, elle avoit été infectée de l'impureté de l'air : ainsi quand on fait tomber le vif-argent goutte-à-goutte dans le barometre, ces gouttes tombant les unes sur les autres, font crever les petites pellicules, qui bientôt après remontent à la surface, & se mettent entre la surface convexe du mercure & la surface concave du verre. En effet, si le tuyau étant ainsi rempli, on le renverse pour en faire un barometre en le fermant du bout du doigt, on verra que le mercure en descendant dans le tuyau, laissera en arriere des restes de cette pellicule attachés aux parois du verre.

En supposant que cette pellicule couvre exactement les pores de la surface du vif-argent, il sera aisé de concevoir qu'elle bouche le passage à la matiere renfermée dans le mercure, de même que le vif-argent qui passe par les peaux de presque tous les animaux, n'y sauroit passer quand on n'en ôte pas cette peau fine que les Medecins appellent épiderme ou cuticule.

Rien de si nuisible à l'apparition de cette lumiere que l'humidité ; car si l'on fait entrer de l'eau dans le tuyau, bien disposé d'ailleurs, avec le vif-argent, ou même de l'esprit-de-vin rectifié (quoique l'esprit-de-vin soit par lui-même inflammable), ces matieres se mettant dans le tuyau au haut du vif-argent, font l'effet de la petite pellicule, qui est d'empêcher la lumiere. Il faut donc que le tuyau soit bien dégraissé & net en-dedans. Cela posé, voici deux manieres pour empêcher que le mercure ne contracte d'impuretés en passant dans le tuyau.

Premiere maniere. Pour cela il faut plonger un tuyau d'environ trois piés de long dans un vase d'assez petite hauteur, plein de mercure, le faire tremper dans ce mercure assez profondément, & incliner ce tuyau à la surface du mercure contenu dans le vase, le plus obliquement que le puisse permettre la hauteur du vase (M. Bernoulli faisoit faire au sien un angle de 18 degrés à-peu-près avec l'horison) ; ensuite sucer fortement par le bout supérieur, de façon que le tuyau s'emplisse à la fin tout entier de vif-argent. Lorsqu'il en est ainsi rempli, il faut faire boucher avec le doigt par une autre personne, le bout du tuyau qui trempe dans le mercure, & fermer ensuite soi-même aussi avec son doigt le bout supérieur du tuyau (il faut sucer tout de suite, de peur qu'en reprenant haleine, on ne rende le dedans du tuyau humide). Il est évident qu'en ce cas le mercure n'a point été sali par l'air, si ce n'est peut-être la premiere goutte qui est montée, & qui a essuyé toutes ces saletés ; aussi faut-il laisser entrer un peu de mercure dans sa bouche ; auquel cas, cette premiere goutte étant ôtée, le mercure sera le plus net qu'il puisse être. Le tuyau étant ainsi fermé avec le doigt par les deux bouts, il faut le mettre tremper par son extrémité dans un autre vase plus étroit que le premier, & rempli de mercure à une hauteur plus grande que le vase dans lequel on avoit fait d'abord tremper le tuyau. Si on porte le tuyau en cet état avec le vase dans l'obscurité, le moindre balancement y produira une lueur capable d'éclairer à un pié de distance, assez pour pouvoir lire un caractere d'une grosseur médiocre.

IIe maniere. Il faut mettre perpendiculairement un tuyau fermé par un bout dans un vase plein de mercure où il trempe par le bout ouvert, le poser avec ce vase dans la même situation, sous un récipient fait exprès pour cela, ensuite en retirer l'air qui sortira du tuyau par le vase en faisant des bulles sur la surface du mercure qui y est contenu : lorsqu'on en aura retiré le plus qu'il sera possible, il faudra le laisser rentrer ; il n'en pourra monter dans le tuyau à cause du mercure où il trempe par son bout ouvert. Cet air donc pesant sur la surface du mercure contenu dans le vase, fera monter le mercure dans le tuyau à la hauteur de 25 à 26 pouces, parce qu'on ne peut jamais tirer tout l'air du récipient, & que l'air qui dans ce cas reste dans le tuyau se condense, & augmente de force à mesure que le mercure y monte. Cet air étant très-purifié à cause de sa dilatation, le vif-argent en y passant demeurera net, & l'expérience de la lumiere réussira aussi bien que dans la premiere maniere, quoiqu'il y ait de l'air au haut du tuyau.

Quelqu'ingénieuse & vraisemblable que paroisse cette explication, néanmoins l'académie des Sciences à qui M. Bernoulli la communiqua (voyez année 1701 & suiv.) remarqua pour lors que quelques barometres donnoient de la lumiere sans avoir été faits avec les précautions de M. Bernoulli, & que quelques-uns faits avec les précautions rapportées ci-dessus n'en donnoient point. C'en fut assez pour qu'elle suspendit son jugement.

Il faut, suivant le système de M. Bernoulli, 1° que le mercure soit extrèmement pur ; 2°, que le barometre soit construit de maniere que le mercure en y tombant ne traverse point l'air ; 3° que le vuide du haut du tuyau soit aussi parfait qu'il peut être ; car il faut que le choc des deux matieres subtiles dont parle M. Bernoulli, ne soit point affoibli par l'air, qui étant fort grossier en comparaison de ces deux matieres, feroit l'effet d'un sac de laine qui reçoit un coup de canon. La différence d'effet des expériences de Groningue & de Paris sur des barometres qui paroissoient avoir les mêmes conditions, aussi bien que le mercure qui y étoit enfermé, fit juger que le mercure de M. Bernoulli & celui des barometres lumineux de Paris, devoient avoir quelque chose de particulier, & ressembler par quelqu'accident à du mercure que l'on auroit rendu lumineux, en y mêlant, comme on fait quelquefois du phosphore liquide. M. Bernoulli, fondé sur le succès de ses expériences, conjecture qu'il y a eu quelque faute dans celles de l'Académie. La méthode, par exemple de remplir, le tuyau avec une bourse de cuir qu'on dit être équivalente à la sienne, a pourtant cela de différent, que c'est ici le mercure qui doit pousser l'air devant lui, lequel en faisant quelque petite résistance, peut laisser attachée aux côtés du verre quelques restes ou bulles d'air, qui suffiront pour engendrer la pellicule ; au lieu que dans la méthode de M. Bernoulli, pour remplir le tuyau, l'air extérieur pousse le vif-argent en-haut, & le vif argent ne fait que suivre le mouvement de l'air intérieur ; qui par sa raréfaction sort sans peine du tuyau ; peut-être aussi le tuyau de l'Académie n'étoit-il pas bien net. Les amples tuyaux sont suivant l'expérience les meilleurs, parce qu'outre que le mercure dans un tuyau plus large, se meut plus librement que dans un tuyau étroit, ou le frottement du mercure contre le verre diminue la vîtesse de la descente ; la pellicule, s'il s'en forme, doit être aussi plus épaisse dans un tuyau étroit que dans un autre, parce que ne pouvant s'étendre en large, elle s'épaissit en hauteur. Or le tuyau de l'Académie n'étoit pas assez large, selon M. Bernoulli, n'ayant qu'une ligne & demie de diametre.

Il est difficile de remplir le tuyau de mercure avec la bouche, sans y mêler un peu d'haleine ou de salive ; plusieurs n'y ont pû réussir. M. Bernoulli dit qu'il le faisoit aisément, pouvant d'ailleurs tirer avec la bouche, d'un petit recipient, 7/8 de l'air qu'il contient, sans se trop efforcer. Il vaut mieux faire ces expériences de nuit que de jour ; car quand on entre tout d'un coup dans l'obscurité, les yeux encore frappés de l'éclat d'une grande lumiere, ne peuvent appercevoir la foible lueur du barometre, qui paroît assez pendant la nuit obscure.

Quant aux barometres qu'on dit n'avoir pas été faits avec les mêmes précautions, & cependant donner de la lumiere, peut-être qu'en y jettant le vif-argent on a tenu le tuyau fort obliquement à l'horison, pour laisser couler doucement les gouttes de mercure comme dans un canal ; ce qui empêche l'air de l'infecter tant ; quoiqu'en ce cas il arrive souvent qu'il ne rend pas autant de lumiere que des barometres faits par la suction, ou dans la machine du vuide ; peut-être le mercure n'étoit-il pas bien purifié de toute matiere dont l'attouchement de l'air pût former une pellicule.

Cette lumiere paroît dans toute sorte de vif-argent préparé à la maniere de M. Bernoulli ; cela ne vient donc point de quelque chose de particulier dans le sien, qui enfermé dans le tuyau sans les conditions proposées, ne rend que peu ou point de lumiere.

Une des principales raisons qui fait que la pellicule du mercure empêche la lumiere, c'est peut-être qu'on secoue trop uniformément le mercure, se contentant de le balancer ; auquel cas cette pellicule, s'il y en a, ne sort point de la superficie du mercure, & y demeure toûjours attachée. Comme il est difficile d'éviter cette pellicule des barometres remplis même à la maniere de M. Bernoulli, il semble que si on pouvoit la crever, ce qui se feroit en remuant le mercure en tous sens, comme on fait l'eau d'une bouteille qu'on rinse, il pourroit paroître de la lumiere. En effet, si on tire l'air d'une petite phiole pleine de mercure, en la mettant sous la machine pneumatique, par le moyen d'un robinet cimenté à son cou, & qu'on agite en tout sens le mercure qui y est contenu, on voit une lumiere bien plus vive que celle du barometre, & cela arrive avec toute sorte de mercure, excepté lorsque l'air n'est pas assez exactement tiré de la phiole ; ou qu'on y en laisse entrer un peu ; alors la lumiere est plus foible, & diminue de plus en plus, nonobstant l'agitation réitérée de la phiole, même jusqu'à disparoître entierement : après quoi il faut tirer l'air de nouveau de la phiole, si on veut qu'elle paroisse. On voit au jour le mercure de cette phiole dont la lumiere est affoiblie, couvert d'une pellicule épaisse, & semblable à de la pâte mêlée de poussiere, d'où il paroît qu'un peu d'air agité salit fort le mercure, & le couvre d'une peau assez épaisse pour empêcher absolument la lumiere : car s'il n'y a point d'air, l'agitation ne fait que rendre le mercure plus pur ; qui par-là se délivre de tout ce qu'il pourroit contenir d'étranger, qu'il rejette à la surface du verre, qu'on voit aussi un peu trouble : ainsi le mercure est rendu de plus en plus lumineux.

Si le robinet de la phiole est d'airain, le vif-argent le corrompt : il faut donc, pour l'éviter, mettre un bouchon de liége qui bouche exactement la phiole, & de la cire par-dessus, puis percer la cire & le bouchon de liége pour faire sortir l'air de la phiole sous la machine pneumatique : ensuite laissant le récipient dessus sans rendre l'air, faire fondre avec un verre ardent la cire d'autour du trou, qui se répandant alors sur le trou, le fermera. Voilà donc un nouveau phosphore perpétuel, & qui outre cela a l'avantage de pouvoir se transporter dans une phiole bien bouchée ; pourvû que, 1°. cette phiole ait été bien nette ; 2°. qu'on n'ait pas beaucoup remué le mercure avant d'en tirer l'air, 3°. qu'on tire le plus d'air qu'il soit possible.

M. Homberg a donné une autre raison de la lumiere des barometres. Souvent pour nettoyer le mercure on se sert de la chaux vive préférablement à de la limaille de fer, alors le mercure qui s'élevant dans la distillation s'est criblé au-travers de cette matiere, peut en avoir emporté des parties capables par leur extrème délicatesse de se loger dans ses interstices ; & comme la chaux vive retient toûjours quelques particules ignées, il est possible que ces particules agitées dans un lieu vuide d'air, où elles nagent librement & sans être étouffées par aucune autre matiere, produisent un éclat de lumiere. En effet plusieurs barometres faits de mercure ainsi nettoyé étoient lumineux ; mais M. Homberg appuyoit davantage sur le peu de nécessité des conditions de M. Bernouilli.

1°. Un mercure bien net ne contracte jamais d'impuretés à l'air : l'expérience le prouve. Il y a donc lieu de croire que celui de M. Bernouilli n'étoit pas bien net.

2°. Dans les barometres lumineux anciens, le mercure étoit entré en traversant l'air.

3°. M. Homberg ayant vuidé par la seconde méthode de M. Bernouilli, un tuyau qui ne trempoit presque point dans le mercure, l'air en sortoit en soûlevant par son ressort le tuyau, & se glissant entre son bout & la surface du mercure. L'air étant raréfié jusqu'à un certain point, de façon cependant qu'on pouvoit encore en tirer assez, ne sortoit plus, parce qu'il n'avoit plus la force de soûlever le tuyau. Le vuide du barometre de M. Bernouilli n'étoit donc pas aussi parfait qu'il pouvoit l'être.

Mais M. Bernouilli, outre les réponses précédentes, ajoûte qu'il paroît que M. Homberg a trop enfoncé le tuyau dans le mercure pour en tirer l'air ; celui de M. Bernouilli étoit presqu'à fleur de mercure, qui en effet y est monté à 26 pouces ; ce qui est presque la hauteur ordinaire ; outre que ce peu d'air restant dans le tuyau a notablement affoibli la lumiere, comme M. Bernouilli l'a remarqué depuis ; ainsi moins il y a d'air, plus la lumiere est grande & durable.

Quand le mercure de M. Bernouilli ne seroit pas bien pur, l'air seroit toûjours la cause, sinon naturelle, du moins efficiente du défaut de lumiere, puisque ce même mercure en produit étant enfermé sans air dans le vuide. Mais M. Bernouilli a trouvé un secret de le rendre net en le lavant bien avec de l'eau : on met sur le mercure cette eau, environ la hauteur de deux pouces ; on agite fortement le mercure qui se mêle avec l'eau, puis on le laisse reposer ; & il rejette à la surface l'eau sale & noirâtre : on réitere la lotion jusqu'à ce que l'eau ne paroisse plus ou presque point noirâtre, & alors le mercure est net. L'esprit-de-vin le lave plus vîte & mieux que l'eau ; il s'est même trouvé un mercure fort épais, dans lequel il y avoit apparemment quelque matiere huileuse & sulphureuse mêlée avec ses parties ; ce mercure n'est devenu assez net pour rendre de la lumiere qu'à force de lotions d'esprit-de-vin. Le mercure devient si pur par ce lavement même d'eau seule, qu'il rend quelquefois de la lumiere, même dans une phiole pleine d'air : mais cette lumiere est foible.

Ce mercure ainsi bien purifié, laisse sortir de ses pores assez de matiere subtile pour vaincre la résistance de l'air.

Il faut bien sécher le mercure ainsi lavé, en le faisant passer par un linge net ; car la moindre humidité nuiroit à l'expérience.

Quelquefois le mercure même après l'agitation conserve en ses pores une matiere gluante cachée, qui en les fermant ou les rendant roides, empêche la matiere subtile de sortir, & par conséquent la lumiere de paroître. La roideur des pores peut faire cet effet ; car il faut que les pores se retrécissent souvent pour laisser passer cette matiere ; or s'ils ne sont pas flexibles ils ne pourront se retrécir. Cela étant, il paroît que le mercure qu'on dit être devenu lumineux par la distillation à-travers la chaux vive, avoit cette roideur de pores causée par quelque matiere gluante qu'il a laissée dans la chaux, en s'y filtrant & s'y purifiant par-là ; & c'est à cette seule purification que M. Bernouilli en attribue la lumiere, & non pas aux particules ignées de la chaux ; de plus ces corpuscules ignées ne lui paroissent guere vraisemblables.

Ces parcelles ignées deviendroient enfin inutiles par le fréquent usage, comme on voit arriver aux autres phosphores qui sont lumineux par le moyen de ces particules ignées ; ainsi ce phosphore perdroit enfin sa vertu.

2°. Ces parcelles ignées assez petites pour se loger dans les pores du mercure, s'échapperoient quand on secoueroit la phiole, par les pores du verre bien plus larges que ceux du mercure.

3°. Cela posé, la lumiere paroîtroit également dans la descente & l'ascension du mercure.

Dans l'explication, au contraire, de M. Bernouilli, le mercure ne fait que prêter ses pores étroits à la matiere subtile ; dès que cette matiere en est sortie par l'agitation, il en revient aussi-tôt d'autres par les pores du verre. Enfin M. Bernouilli gardoit depuis un an un de ces phosphores, qui n'avoit encore souffert aucune altération. Il croit même qu'une liqueur aussi pesante que le mercure, pourroit donner de la lumiere : & cela posé, si on pouvoit rendre l'or fluide, il seroit, selon lui, le plus propre à en donner, étant le plus pesant de tous les corps ; le plomb fondu même en pourroit donner s'il étoit bien pur.

Quant au mercure qu'on rend lumineux en le mêlant avec du phosphore artificiel, M. Bernouilli attribue cette lumiere au phosphore seul.

Toutes ces lumieres artificielles sont extrèmement délicates. Il n'est pas sûr qu'en maniant une phiole, la sueur de la main ne passe, quoiqu'en très-petite quantité, au-travers les jointures du bouchon, & ne nuise à la lumiere. Il faut être dans ces expériences scrupuleux, défiant, & en quelque sorte superstitieux. Voici un exemple remarquable de la délicatesse de ces phosphores. M. Bernoulli avoit une phiole qui luisoit parfaitement & également depuis six semaines ; une miette du liége qui la bouchoit s'étoit détachée & étoit tombée sur la surface du mercure où elle nageoit. M. Bernoulli brûla cette miette de liége au foyer d'un verre ardent ; & le peu de fumée qui en sortit, diminua considérablement & sans retour la vivacité du phosphore, où il n'étoit arrivé nul autre changement. Cette pureté dont la lumiere a besoin, fut souillée. M. Bernoulli a offert à l'Académie de purifier le mercure dont elle se sert, & de le lui renvoyer lumineux. La confiance apparemment qu'on avoit en sa parole, a empêché qu'on n'exécutât sa demande.

L'Académie en est restée là jusqu'en 1723, que M. Dufay donna son sentiment particulier, joint à l'histoire suivante des sentimens des savans sur cette matiere, & à une maniere simple & facile de rendre les barometres lumineux, qu'un Vitrier Allemand lui avoit apprise. En 1706, M. Dutal, medecin, fit insérer dans les Nouvelles de la république des Lettres un mémoire, où il confirme la réussite des opérations de M. Bernoulli, & croit que l'Académie ne les a pas faites assez exactement. En 1708, M. Hauksbée, après avoir décrit un phosphore construit avec un globe vuide d'air, qu'il faisoit tourner rapidement sur son centre, & qui par ce moyen rendoit beaucoup de lumiere lorsqu'on en approchoit la main, croit que la lumiere du barometre n'est causée que par les frictions du mercure contre les parois intérieurs du tube vuide d'air grossier.

En 1710, M. Hartsoëker combattit les expériences de M. Bernoulli, niant tout, & n'apportant d'autre raison que la pureté du mercure, & la netteté du tuyau ; ce qui, suivant l'expérience, ne suffit pas.

En 1715, Jean Fréderic Weidler combattit aussi M. Bernoulli, disant que la pellicule que contracte le mercure en passant par l'air, ne nuit en rien à la lumiere, qu'il croit ne venir d'autre chose que de la répercussion des rayons, qui quoique dans l'obscurité, conservent leur même tension & leur même effort.

En 1716, Michel Heusinger dit dans une dissertation publiée sur ce sujet, que quelques barometres où l'on remarquoit des bulles d'air étoient lumineux, quoique moins, à la vérité, que ceux qui n'avoient point d'air ; les bulles d'air même, à ce qu'il dit, donnent quelquefois de l'éclat. La pureté du mercure n'est pas encore nécessaire, puisque vingt-trois parties de mercure mêlées avec cinq de plomb, ont rendu de la lumiere. Selon lui, les particules du mercure sont sphériques, & les interstices de ces petits globes contiennent beaucoup de matiere subtile, qui s'en exprime lorsqu'on l'agite. Le mercure n'est lumineux que lorsqu'il descend, parce qu'alors il abandonne la matiere subtile contenue dans ses pores : mais en remontant il en absorbe une partie, & l'autre s'en va par les pores du verre.

En 1717, M. de Mairan attribua cette lumiere au soufre du mercure qui est en mouvement, & dit, qu'elle seroit beaucoup plus vive, s'il ne restoit dans les barometres, les plus exactement vuides d'air, une matiere différente de la matiere subtile & de l'air, qui arrête le mouvement de ce soufre & la lumiere qui en resulte, ce qui arrive sur-tout lorsque le mercure monte ; au lieu que quand il descend, il y a une partie du tuyau la plus proche de la surface du mercure qui reste, au moins pour un moment, libre de cette matiere qui ne peut pas suivre le mercure avec assez de rapidité, & qui par ce moyen donne lieu à son soufre de se développer. Disse. sur les Philosoph.

Il restoit encore quelque incertitude sur la maniere de rendre les barometres lumineux. Les conditions absolument nécessaires sont :

1°. Que le tuyau soit bien sec ; on le nettoye aisément avec du coton attaché au bout d'un fil de fer, la moindre humidité gâteroit tout : mais ce n'est, selon les observations de M. Dufay, qui a tourné de bien des sens ces expériences, que l'humidité qui seroit au haut & dans le vuide du tuyau, où la lumiere doit paroître ; hors de-là, le tuyau peut être humide sans inconvénient.

2°. Que le mercure soit bien net : il faut faire passer le mercure par un cornet de papier dont l'embouchure soit fort étroite, il y dépose suffisamment ses impuretés.

3°. que le mercure soit bien purgé d'air : versez d'abord dans le tuyau un tiers du mercure que vous devez employer, puis chauffez-le doucement & par degrés, en l'approchant petit-à-petit du feu ; en le remuant avec un fil de fer, vous aiderez la sortie des bulles d'air qui sont dans le mercure, & que la chaleur pousse dehors ; versez un second tiers auquel vous ferez de même, & enfin le troisieme auquel vous ne ferez rien. La purification des deux premiers tiers suffit pour le tout.

M. Dufay ne s'est point apperçû qu'un différent degré de chaleur donné au mercure, produisît de différence sensible dans la lumiere. Voyez, outre les ouvrages déjà cités, la these de M. Bernoulli, de Mercurio lucente in vacuo, soûtenue à Bâle en 1719, & imprimée dans le recueil de ses oeuvres. Genev. 1743. (O)


BARONS. m. (Hist. mod.) nom de dignité, homme qui a une baronie. Voyez BARONIE. Baron est un terme dont l'origine & la premiere signification est fort contestée. Quelques-uns veulent qu'il signifie originairement , homme ; d'autres un héros, un homme brave ; ceux-ci libertinus, un affranchi ; ceux-là, un grand homme, un homme riche ; d'autres, un vassal. Menage le fait venir de baro, que nous trouvons employé dans le tems de la pureté de la langue Latine, pour vir, homme brave, vaillant homme. Delà vint, suivant cet auteur, que ceux qui avoient leur place auprès du roi dans les batailles, furent appellés barones, ou les plus braves de l'armée. Comme les princes récompensent ordinairement la bravoure & la fidélité de ceux qui les environnent, par quelques fiefs, ce mot fut ensuite employé pour désigner quelques hommes nobles, qui tenoient un fief immédiatement du roi. Isidore, & après lui Cambden, regardent ce terme comme un mot qui a signifié dans son origine, un soldat mercenaire. MM. de P. R. le font venir de , poids ou autorité. Cicéron employe le mot de baro, pour marquer un homme stupide, brutal. Les anciens Allemands parlent d'un baron comme nous d'un vilain ; & les Italiens nomment barone, un gueux, un mendiant. M. de Marca fait venir baron du mot Allemand bar, homme, ou homme libre : d'autres en vont chercher l'étymologie dans les langues Hébraïque, Gauloise, Celtique : mais l'opinion la plus probable est qu'il vient de l'Espagnol varro, homme brave, noble. C'est de-là que les femmes appellent barons leurs maris ; de même que les princes, leurs fermiers. Dans les lois Saliques, comme elles viennent des Lombards, le mot baron signifie un homme en général ; & l'ancien glossaire de Philomenes traduit baron , homme.

BARON, est employé en Angleterre dans une signification plus particuliere, pour signifier un seigneur, un lord ou pair de la derniere classe, c'est-à-dire du degré de noblesse qui est immédiatement au-dessous des vicomtes, & au-dessus des chevaliers & des baronets. Voyez NOBLESSE, PAIR, &c.

Les barons sont seigneurs du parlement, pairs du royaume, & joüissent de leurs priviléges ; ils ne sont pas ceints de l'épée à leur création, & n'ont eu de couronne à leurs armes que sous le regne de Charles II. qui leur accorda un cercle d'or avec six perles placées au bord.

Dans les anciennes archives, le terme de baron comprenoit toute la noblesse d'Angleterre ; tous les nobles s'appelloient barons, de quelqu'autre dignité qu'ils fussent revêtus ; c'est pour cette raison que la charte du roi Edouard I. qui est une exposition de tout ce qui a rapport aux barons de la grande charte, finit par ces mots : Testibus archiepiscopis, episcopis, baronibus, &c. La grande assemblée même de la noblesse, qui est composée des ducs, des marquis, & en outre des comtes & des barons, est comprise sous le nom de l'assemblée du baronage.

On distingue les barons par leurs anciens titres, qui possédoient un territoire du roi, qui s'en réservoit toûjours le titre en chef ; & les barons, par leur titre temporel, qui tenoient les seigneuries, les châteaux & places, comme chefs de leur baronie, c'est-à-dire, par la grande sergenterie : en vertu de ces titres, ils étoient anciennement convoqués au parlement : mais à présent ils ne sont seigneurs lords du parlement, que quand on les y appelle par écrit.

Après la conquête, les barons furent distingués en grands barons & en petits barons, majores & minores, & il leur fut accordé d'être convoqués au parlement ; les grands par une lettre immédiate du roi, les petits par une lettre générale du grand sherif ou échevin, sur le commandement du roi.

Les anciens distinguoient les grands barons des petits, en accordant aux premiers haute & même souveraine jurisdiction ; & aux seconds une jurisdiction inférieure, & sur des matieres de peu d'importance.

Les barons de l'échiquier sont des juges au nombre de quatre, auxquels est commise l'administration de la justice dans les causes d'entre le roi & ses sujets, sur les matieres qui concernent l'échiquier & les revenus du roi. Ils sont appellés barons, parce que les barons du royaume étoient employés dans cet office.

Leur fonction est aussi de voir les comptes royaux ; ils ont pour cette fin des auditeurs sous eux, de même que pour décider des causes qui regardent les revenus du roi, ces causes appartenant en quelque façon à l'échiquier.

Les barons de l'échiquier ont été jusque dans ces derniers tems des gens savans ès lois, des anciens maires, des personnages importans & éclairés ou censés tels, soit dans le clergé, soit à la cour, majores & discretiores in regno, sive de clero essent, sive de curia.

Les barons des cinq ports sont maîtres de la chambre des communes, élûs par les cinq ports, deux pour chacun. Voyez CINQ PORTS. Ceux qui ont été maires du château de Corse dans le comté de Dorset, sont nommés barons. Les principaux bourgeois de Londres avoient autrefois ce titre.

En France on entendoit anciennement par barons, tous les vassaux qui relevoient immédiatement du roi ; ainsi ce mot comprenoit les ducs, les marquis, comtes, & autres seigneurs titrés & qualifiés, comme on le peut voir dans Aimoin & dans quelques-unes de nos vieilles chroniques, ou le roi haranguant les seigneurs de sa cour ou de son armée, les appelle mes barons. Mais maintenant on employe ce terme dans une acception beaucoup moins générale, puisqu'il ne signifie que le degré de la noblesse, qui est immédiatement au-dessous des ducs, des marquis, des comtes & des vicomtes, quoiqu'il y ait en France & en Allemagne d'anciens barons qui ne voudroient pas le céder à des nobles illustrés depuis peu de ces divers degrés de noblesse. Nos auteurs font aussi mention des barons de Bourges & d'Orléans, titres accordés à quelques-uns des principaux bourgeois de ces villes, comme à ceux de Londres, mais qui n'emportoient point avec eux de caractere de noblesse, & donnoient seulement à ces citoyens quelques prérogatives, comme de n'être pas tenus de répondre en justice sur certaines choses hors de l'enceinte des murs de leur ville. Les trois premiers barons de France dans la noblesse, étoient ceux de Bourbon, de Conty, de Beaujeu : mais ces baronies ont été depuis réunies à la couronne. Dans le clergé il y a des évêques, des abbés, & des prieurs barons ; soit qu'anciennement les rois leur ayent accordé ce titre, soit qu'ils possedent par leurs libéralités des baronies, ou qu'ils les tiennent en fief de la couronne. Voyez NOBLESSE. (G)


BARONETS. m. (Hist. mod.) dégré d'honneur en Angleterre, qui est immédiatement au-dessous de celui de baron, & au-dessus de celui de chevalier ; ils ont le pas sur tous les chevaliers, excepté sur ceux de la Jarretiere. Voyez CHEVALIER, &c.

La dignité de baronet se confere par patente ; c'est le moindre dégré d'honneur qui soit héréditaire. Cet ordre fut fondé par Jacques I. en 1611. Deux cent baronets furent créés par ce prince, & fixés pour toûjours à ce nombre ; cependant on dit qu'ils sont aujourd'hui plus de huit cent.

On leur accorda plusieurs priviléges, pour être possedés par eux & par les héritiers mâles. Il leur fut permis de charger leur écu des armes d'Ulster, qui sont une main de gueules dans un champ d'argent, à condition qu'ils défendroient la province d'Ulster en Irlande contre les rebelles qui l'incommodoient extrèmement. Pour cet effet ils furent obligés de lever & d'entretenir à leurs dépens chacun trente soldats pendant trois ans, ou de payer à la chambre l'équivalent en argent ; cette somme, à huit sols par jour pour chaque soldat, faisoit 1095 livres. Ils sont maintenant exempts de cette obligation.

Les baronets prennent place entr'eux suivant l'ancienneté. Selon les termes de leurs patentes, il ne peut y avoir de degrés d'honneur établis entr'eux ; il en est de même entre les barons.

Le titre de sir leur est accordé par une clause particuliere, cependant ils ne sont pas faits chevaliers : mais un baronet & son fils aîné ayant l'âge nécessaire, peuvent l'un & l'autre solliciter l'entrée dans l'ordre de chevalier. (G)


BARONIES. f. (Hist. mod.) seigneurie ou fief de baron, soit temporel soit spirituel. Voyez BARON. Dans ce sens baronie est la même chose que ce que l'on appelle honour en Angleterre.

Une baronie peut être considérée comme une seigneurie possedée à condition de quelque service, mais en chef par le roi : elle est ce qu'on appelle autrement grande sergenterie.

Les baronies d'Angleterre dans l'origine, étoient mouvantes du roi même, chef & seigneur de tout le royaume, & elles n'étoient pas tenues immédiatement d'un autre seigneur. Par exemple, le roi donnoit à un homme l'investiture d'une grande seigneurie dans le pays, pour que celui qu'il en investissoit en joüît, lui & ses héritiers, comme la tenant du roi & de ses successeurs. Par le service de baron, il faut entendre le service de vingt chevaliers, de quarante, soixante, plus ou moins, suivant que le roi le déterminoit par l'investiture. Dans les tems qui suivirent de plus près la conquête, lorsqu'un grand seigneur, great lord, recevoit du roi l'investiture d'une grande seigneurie, cette seigneurie étoit appellée baronie, mais plus ordinairement un honneur, honour, comme l'honour de Glocester, l'honour de Wallingford, l'honour de Lancaster, l'honour de Richemond, & de même des autres. Il y avoit en Angleterre des honours désignés par des noms Normands ou par d'autres noms étrangers, c'est-à-dire que quelquefois ils avoient un nom Anglois, quelquefois un nom étranger ; cela arrivoit quand la même personne étoit seigneur d'un honour en Normandie ou dans quelqu'autre province étrangere, & en même tems seigneur d'un honour en Angleterre ; par exemple, Guillaume de Fortz, de Force ou de Fortibus, étoit seigneur de l'honour d'Albemarle en Normandie, il étoit aussi seigneur de deux honours en Angleterre, savoir l'honour de Holderness & l'honour de Skipton en Cravene. En Angleterre on nommoit quelquefois ces honours du nom Normand, l'honour d'Albemarle ou l'honour du comte d'Albemarle. De même le comte de Bretagne étoit seigneur de l'honour de Bretagne en France, & de celui de Richemond en Angleterre. On appelloit quelquefois l'honour de Richemond du nom étranger, l'honour de Bretagne ou l'honour du comte de Bretagne, non qu'Albemarle ou la Bretagne fussent en Angleterre, mais parce que la même personne étoit respectivement seigneur de chacun de ces honours en France, & de chacun de ces honours en Angleterre. Voyez Madox. Hist. des Baronies, &c.

Les Baronies qui appartiennent à des évêques, & qui sont par quelques-uns dénommées regalia, parce qu'elles dépendent absolument de la pure libéralité du prince, ne consistent point en une seule baronie, mais en plusieurs ; car, tot erant baroniae, quot majora praedia.

Suivant Bracton, une baronie est un droit indivisible ; c'est pourquoi s'il s'agit de partager un héritage entre co-héritiers, quoique l'on puisse diviser quelques maisons principales & les pieces de terres qui en dépendent, si néanmoins la maison principale est le chef-lieu d'un comté ou d'une baronie, on ne peut la morceler ; en voici la raison : le partage de ces sortes de biens anéantiroit insensiblement plusieurs droits privatifs des comtés & des baronies, ce qui tourneroit au préjudice de l'état, qui est composé de comtés & de baronies. (G)

* BARONIES (les) Géog. contrée de France ; dans le Dauphiné, ainsi appellé des deux baronies de Meuoillon & de Montauban, dont elle est composée.


BAROSCOPES. m. (Physique) ce mot vient de , onus poids, & , video, je vois ; machine inventée pour faire connoître les changemens du poids de l'atmosphère, Voyez BAROMETRE.

Le baroscope ne fait qu'indiquer ou faire voir les changemens du poids de l'atmosphère ; le barometre les mesure par des degrés ou divisions qui sont placés le long du tuyau ; ainsi ces degrés ou divisions font toute la différence du barometre au baroscope. Au reste il n'y a plus aujourd'hui de baroscope qui ne soit barometre, & ces deux noms désignent absolument le même instrument. (O)


BAROTINSVoyez BARROTINS.


BAROTSVoyez BARROTS.


BARQUEROLLEBARQUETTE, s. f. (Marine) bâtiment médiocre de voiture sans aucun mât, qui ne va qu'à la rade & de beau tems, sans jamais se hasarder en haute mer.


BARQUESsub. f. (Hist. anc. & Navig.) petits bâtimens capables de porter sur les rivieres & même sur la mer le long des côtes & les premiers, selon toute apparence, que les hommes ayent construits. On navigea anciennement sur des radeaux ; dans la suite on borda les radeaux de claies faites d'osier ; telles étoient les barques d'Ulysse, & celles des habitans de la Grande Bretagne au tems de César : ils font, dit-il, des carenes de bois leger, le reste est de claies d'osier couvertes de cuir. Les anciens ont donc eu des barques de cuir cousues ; sans cela il n'est guere possible d'entendre le cymba sutilis de Virgile : mais ce qui doit paroître beaucoup plus incroyable, c'est qu'ils en ayent eu de terre cuite. Cependant Strabon, dont la bonne foi est reconnue, dit des Egyptiens, qu'ils navigent avec tant de facilité, que quelques-uns même se servent de bateaux de terre ; & il parloit d'un fait qui se passoit de son tems. Si l'on croit aux barques de terre cuite des Egyptiens sur le témoignage de Strabon on ne pourra guere rejetter les bateaux de terre cuite voguant à l'aide de rames peintes, sur lesquels Juvenal lance à l'eau les Agathyrses. Mais ce n'est pas tout : les Egyptiens en ont construit avec la feuille même de cet arbre sur laquelle ils écrivoient, & le philosophe Plutarque raconte des merveilles de ces petits bâtimens ; il nous assûre, dans son traité d'Isis & d'Osiris, que les crocodiles, qui nuisoient souvent à ceux qui alloient sur de petites barques, respectoient ceux qui montoient des barques de Papyrus, en mémoire d'Isis, qui avoit une fois navigé sur un bâtiment de cette espece. Les feuilles du papyrus étoient larges & fortes ; & sur la résistance qu'on leur trouve dans quelques livres anciens qui en sont faits, le P. Montfaucon a compris qu'on pouvoit, en les cousant ensemble & en les poissant, en former des barques. Plusieurs auteurs nous assûrent qu'aux Indes on en construit d'un seul roseau à noeuds & vuide en-dedans ; mais si gros, dit Héliodore, qu'en prenant la longueur d'un noeud à un autre, & le coupant en deux par le milieu des noeuds, on en formoit deux bateaux. Le témoignage d'Héliodore est un peu modifié par celui de Diodore & de Quinte-Curce, qui nous font entendre, non pas qu'on fît deux bateaux avec un morceau de canne, mais qu'on faisoit fort bien un bateau avec plusieurs morceaux de canne. Combien de faits dont le merveilleux s'évanoüiroit, si l'on étoit à portée de les vérifier ? Les Ethiopiens, à ce que dit Pline, avoient des barques pliables, qu'ils chargeoient sur leurs épaules & qu'ils portoient au bas des énormes chûtes d'eau du Nil, pour les remettre sur le fleuve & s'embarquer. Scheffer croit que c'étoient des peaux tendues par des ais circulaires, sans poupe ni proue. Les sauvages d'Amérique creusent des arbres d'une grandeur prodigieuse, sur lesquels ils s'embarquent au nombre de 30 à 40 hommes & s'en servent, sans autre préparation, pour faire par mer des voyages de 70 à 80 lieues : voilà les premiers pas de la Navigation. Bien-tôt on fit les barques de matériaux plus solides que la peau, la terre, & le jonc. Dans la suite on abattit les chênes, l'on assembla les planches & les poutres, & les mers furent couvertes de vaisseaux. Mais qu'étoient-ce encore que les vaisseaux des anciens en comparaison des nôtres ? Voyez NAVIGATION, VAISSEAU, BATIMENT, NOTANOT.

BARQUE, (Marine) on donne particulierement ce nom à un petit bâtiment de mer, qui n'a qu'un pont & trois mâts ; le grand, celui de misene, &, celui d'artimon. Les plus grandes ne passent guere cent tonneaux : les barques de la Méditerranée sont appellées à voiles latines ou à tiers point. En général on donne le nom de barque à différens petits bâtimens qui n'ont point de hune, & qui servent à porter des munitions & à charger & décharger un navire.

Barque d'avis, c'est celle qu'on envoye pour porter des nouvelles d'un vaisseau à un autre.

Barque longue ; c'est un petit bâtiment qui n'est point ponté, & plus bas de bord que les barques ordinaires, aigu par son avant, & qui va à voiles & à rames ; il a le gabarit d'une chaloupe. On l'appelle en plusieurs endroits double chaloupe.

Barque droite ; c'est un commandement qu'on fait à ceux qui sont dans une chaloupe, de se placer également pour qu'elle aille droite sur l'eau sans pancher plus d'un côté que de l'autre.

Barque en fagot ; c'est tout le bois qu'il faut pour construire une barque, qu'on porte taillé dans un vaisseau, & qu'on peut assembler dans le lieu où l'on en a besoin.

Barque à eau, ce sont de petits bâtimens dont on se sert en Hollande pour transporter de l'eau douce aux lieux où l'on en manque, & de l'eau de mer pour faire du sel ; ils ont un pont, & on les remplit d'eau jusqu'au pont. Voyez BATEAU.

Barque de vivandier ; c'est celle qu'un vivandier promene sur l'eau le long des quais ou autour des vaisseaux, pour y vendre des vivres. (Z)

BARQUE, en terme de Brasserie, est une espece de bassin de bois de chêne fait avec des planches, de figure quarrée ; il sert aux Brasseurs à mettre leurs métiers lorsqu'ils les retirent des chaudieres ou des cuves.


BARRA(Commerce) que l'on appelle quelquefois barro ; mesure de longueur dont on se sert en Portugal pour mesurer les draps, serges, toiles &c. les six barras font dix cabidos ou cavidos, & chaque cabidos fait quatre septiemes d'aune de Paris. Voyez CABIDOS.

Barra est encore une mesure de longueur qui sert en quelques endroits d'Espagne à mesurer les étoffes ; c'est la même chose que la verge de Séville. Voyez VERGE. (G)

* BARRA, (Géog.) île de l'Océan à l'occident de l'Ecosse. Long. 10. lat. 56. 40.

Il y a un petit royaume de ce nom dans la Nigritie.

* BARRA, (Géog.) ville de l'Abyssinie en Afrique, sur le lac de Zaflan, au royaume de Gorgan, entre Zaflan & Gorgan.


BARRACANsubst. m. (Commerce) étoffe forte, dont la chaîne est de laine d'estame retorse, la trame à l'ordinaire, & qui se fabrique comme le drap : le nombre des fils est plus considérable, proportion gardée, que dans les autres étoffes, parce que celle-ci ne va point au foulon : il faut par la même raison qu'elle soit frappée extraordinairement fort. Voyez la manufacture de drap à l'article DRAPERIE. Elle est au sortir du métier telle qu'elle sera employée.


BARRACANIERSS. m. ouvriers qui font le barracan. Voyez BARRACAN.


BARRAGE(Commerce) droit établi pour la réfection des ponts & passages, & particulierement du pavé. Ce droit s'appelle ainsi à cause des barres ou barrieres qui traversent le chemin aux entrées des villes & autres lieux où ce droit est établi. Il n'y a guere que les voituriers qui le payent pour leurs chariots, charrettes, & chevaux de somme. Il y a cependant des lieux où toutes les voitures en général, & même les gens de pié, ont coûtume de le payer. Il est inégal, & plus ou moins fort selon les lieux.

Les barrages, & entr'autres celui de Paris, appartenant au Roi, formoient autrefois une ferme particuliere, qui maintenant est réunie à celle des aides. Le droit de barrage se paye à Paris sur tout ce qui y entre & arrive, soit par terre soit par eau. Voyez sur cette matiere les détails dans lesquels entre M. Savary, Dictionn. du Commerce, tom. I. pag. 862. & 863.


BARRAGERcommis établi aux barrieres pour faire payer & recevoir les droits de barrage. Voyez BARRAGE. (G).


BARRES. f. ce terme pris grammaticalement a plusieurs acceptions différentes, entre lesquelles les deux suivantes sont les plus générales. Il se prend ou pour un morceau de bois, de fer, ou d'autre matiere, rond, quarré, ou à pans, dont la largeur & l'épaisseur sont peu considérables par rapport à la longueur ; ou pour une ligne tracée soit sur la pierre soit sur le papier. Dans le premier cas il change quelquefois de nom, selon la matiere & la force ; & quoique l'on dise une barre de fer ou de bois, on dit un lingot d'or ou d'argent, une tringle de fer, un fil d'archal. Voyez plus bas d'autres acceptions du mot barre.

BARRE, en terme de Palais, dénote une enceinte de menuiserie, haute de trois ou quatre piés, derriere laquelle les avocats sont placés pour y plaider des causes. Voyez COUR.

On l'appelle en quelques endroits barre d'audience, & dans d'autres auditoire ; elle répond à ce qui étoit appellé parmi les Romains causidica. On l'appelle barre parce qu'elle est formée par une barriere, appellée aussi par des auteurs cancelli, barreaux, & caulae, parc, par une métaphore prise d'un lieu où parquent les moutons.

La dénomination de barre ou barreau est aussi donnée aux bancs où les gens de loi ou les avocats sont assis, à cause de la barre ou barriere qui sépare les conseillers, des plaideurs, procureurs & autres.

En Angleterre les gens de loi qui sont appellés à la barre, c'est-à-dire qui ont leur licence pour plaider, appellés licentiati, ou licentiés, sont nommés barristers. Voyez ADVOCAT.

Barre s'est dit aussi d'une exception contre une demande ou plainte. Voyez EXCEPTION.

L'auteur des termes de Pratique définit barre un moyen rapporté par le défendeur dans un procès, par lequel l'action du demandeur est détruite pour toûjours.

On distinguoit la barre en perpétuelle & temporelle.

Barre perpétuelle, est celle qui éteint l'action pour toûjours.

Barre temporelle, n'est qu'une exception dilatoire. Voyez DILATOIRE. (H)

* BARRE-SACREE. (Hist. anc. Myth.) instrument de bois en forme de cassette, partagé par deux sceptres posés en sautoir, dont les Egyptiens se servoient dans leurs sacrifices & pour leurs divinations. Kirker, Obel. pamph. & Oedip. Aegypt.

BARRES, (Hist. mod.) mot dont on s'est autrefois servi pour exprimer un exercice d'hommes armés & combattant ensemble avec des courtes épées, dans un espace fermé de barreaux ou barrieres qui les séparoient des spectateurs. Voyez LICE. (G)

BARRES, (Jeu) est encore le nom que les jeunes gens donnent à un jeu qui consiste à se séparer en deux troupes, à venir se provoquer réciproquement, à courir les uns contre les autres entre des limites marquées ; ensorte que si quelqu'un de l'un ou de l'autre parti est pris par ses adversaires, il demeure prisonnier jusqu'à ce que quelqu'un de son parti le délivre en l'emmenant malgré les poursuites du parti contraire. (G)

BARRES, en Musique, sont des traits tirés perpendiculairement à la fin de chaque mesure sur les lignes de la portée, pour séparer la mesure qui finit de celle qui recommence. Ainsi les notes contenues entre deux barres forment toûjours une mesure complete , égale en valeur & en durée à chacune des autres mesures comprises entre deux autres barres, tant que le mouvement ne change pas. Mais comme il y a plusieurs sortes de mesures qui different considérablement en durée, les mêmes différences se trouvent dans les valeurs contenues entre les deux barres de chacune de ces especes de mesures. Ainsi dans la mesure à 3 tems qui se marque par ce signe 3/2, & qui se bat lentement, la somme des notes comprises entre deux barres doit faire une ronde & demie : & dans cette autre mesure à trois tems 3/8, qui se bat vîte, la même somme ne fait que trois croches ; desorte que quatre fois la valeur contenue entre deux barres de cette derniere mesure, ne font qu'une fois la valeur contenue entre deux barres de l'autre.

Le principal usage des barres est de distinguer les mesures, & d'en indiquer le frappé qui se fait toûjours sur la note qui suit immédiatement la barre. Elles servent aussi dans les partitions à montrer les mesures correspondantes dans chaque portée. Voyez PARTITION.

Il n'y a guere que cent ans qu'on s'est avisé de tirer des barres de mesure en mesure : auparavant la musique étoit simple ; on n'y voyoit guere que des rondes, des blanches & des noires, peu de croches, presque jamais de doubles croches, avec des divisions moins inégales, la mesure en étoit plus aisée à suivre. Cependant j'ai vû nos meilleurs Musiciens se trouver embarrassés à bien exécuter l'ancienne musique d'Orlande & de Goudimel : ils se perdoient dans la mesure, faute des barres auxquelles ils étoient accoutumés, & ne suivoient qu'à peine des parties chantées autrefois couramment par les Musiciens d'Henri III. (S)

BARRE, en terme de Blason, dénote une piece honorable qui ressemble de près à la bande, dont elle ne differe qu'en ce qu'elle est plus étroite, & en ce que la barre peut être placée dans telle partie du champ qu'on veut ; au lieu que la fasce ou bande est confinée à un seul endroit. Voyez FASCE. (V)

BARRE, en Fauconnerie, se dit des bandes noires qui traversent la queue de l'épervier.

BARRE, (Commerce) mesure de longueur dont on se sert en Espagne pour mesurer les étoffes, ainsi qu'on fait de l'aune en France.

Il y a trois sortes de barres ; celle de Valence, celle de Castille, & celle d'Aragon.

La barre de Valence contient deux piés neuf pouces sept lignes, qui font dix treiziemes de l'aune de Paris ; de maniere que treize barres de Valence font dix aunes de Paris.

La barre de Castille contient deux piés sept pouces deux lignes & un peu plus, qui font cinq septiemes de l'aune de Paris : ainsi sept barres de Castille font cinq aunes de Paris.

La barre d'Aragon est à quelques lignes près semblable à celles de Valence & de Castille ; ensorte que trois barres d'Aragon font deux aunes de Paris. (G)

BARRE, (Marine) c'est un amas de sable ou de vase qui se forme à l'entrée des rivieres & des ports, & qui la bouchent de façon qu'on n'y peut arriver que de haute mer, ou quelquefois par des ouvertures & des intervalles qu'on y trouve, & qui forment des passes qu'on appelle chenal. Ces sortes d'endroits s'appellent havre de barre, riviere de barre. Voyez HAVRE. (Z)

BARRE ; ce mot dans la Marine, se joint à plusieurs autres, & a des significations particulieres dont on peut voir ci-dessous les principales.

Barres d'arcasse, c'est un terme commun à la grande barre d'arcasse, ou lisse de hourdi, & aux petites barres d'arcasse, ou barres de contr'arcasse ou contrelisses ; elles sont toutes à l'arcasse du vaisseau, & le soûtiennent. La grande barre d'arcasse est la plus haute, & pose par son milieu sur le haut de l'étambord, & par ses bouts sur les estains : c'est le dernier des bouts de l'arriere qui affermit la poupe. Voyez la position de la grande barre d'arcasse. Pl. IV. fig. 2. & la forme de cette piece, Planc. VI. fig. 39. Voyez LISSE DE HOURDI.

Barres d'arcasses, contrelisses, barres de contr'arcasse ; ce sont celles qui se posent au-dessous de la lisse de hourdi, elles sont assemblées à queue d'aronde dans les estains & avec l'étambord par une entaille qu'on leur fait. Voyez leur position, Planc. IV. fig. 1. n°. 11.

Barre de pont ; c'est une autre barre d'arcasse sur laquelle on pose le bout du pont du vaisseau ; elle est parallele & presque semblable à la lisse de hourdi. Voyez la Pl. IV. fig. 1. n°. 10.

Barre d'arcasse de couronnement, c'est une longue piece de bois qui lie le haut du vaisseau par son couronnement. Voy. Pl. III. fig. 1. le couronnement du vaisseau coté N N.

Barre de cabestan ; ce sont des pieces de bois quarrés qui servent à faire virer le cabestan. Voyez CABESTAN.

Barre de virevaux ; voyez VIREVAUX.

Barres d'écoutilles : ce sont des traverses de bois, ou des pieces de bois étroites qui traversent les panneaux des écoutilles par-dessous, pour en tenir les planches jointes ; quelques-uns les appellent taquets de panneaux.

BARRE DE GOUVERNAIL, (Marine) c'est une longue piece de bois qui d'un bout entre dans une mortaise qui est dans la tête du gouvernail pour le faire mouvoir, & l'autre bout est attaché avec une cheville de fer à une boucle de même métal à la barre nommée manuelle, que le timonier tient. Voyez Pl. IV. fig. 1. la barre du gouvernail cotée 177.

Ce terme de barre est équivoque ; on le prend quelquefois pour le timon, & quelquefois pour la manuelle ou la manivelle. Voy. TIMON & MANIVELLE.

Changer de barre du gouvernail, c'est la faire tourner d'un autre côté.

Barre à bord : barre de gouvernail toute à bord, c'est-à-dire poussée contre le côté du vaisseau, ou aussi loin qu'elle peut aller.

Pousse la barre à arriver ; c'est lorsqu'on veut ordonner au timonier de pousser la barre au vent ; ensorte que le vent donne à plein dans les voiles pour arriver.

Pousse la barre à venir au vent ou pousse la barre sous le vent ; c'est afin de faire venir le vaisseau au lof, c'est-à-dire mettre la barre sous le vent pour virer.

BARRES de hune, (Marine) barreaux, tesseaux ; ce sont quatre pieces de bois mises de travers l'une sur l'autre, qui font saillie autour de chaque mât, au-dessous de la hune, pour la soûtenir, & même pour servir de hune aux mâts qui n'en ont point. Elles sont posées en croix au-dessous du ton des mâts, & servent à soûtenir les haubans, les mâts de hune, les perroquets, les essais, & diverses manoeuvres & poulies. Elles sont un peu arquées, le concave en-dedans ; voyez à la Planche I. aux articles des MATS, les chiffres 12. 13 & 14. le ton, le chouquet, & la hune ; au-dessous sont placés les barres, barreaux, ou tesseaux. Leur croix traverse le vaisseau par le milieu & de bord à bord ; aux angles de ces barres, il y a de petits corps de mouton, par où sont amarrés de petits haubans qui traversent aux grands haubans pour les affermir. Voyez à la Planche I. le chiffre 14. ces petits haubans.

Les barres des perroquets servent à tenir le bâton du pavillon. On donne autant de longueur aux barres de hunes, que le fond de la hune a de largeur.

Les grandes barres de hune d'un vaisseau de cent trente-quatre piés de long de l'étrave à l'étambord, doivent avoir cinq pouces & demi d'épais & sept pouces & demi de large ; toutes les autres sont moins larges à proportion, & aussi plus plates & plus minces ; leur longueur doit être d'environ neuf piés & demi.

Celles du mât de misene doivent avoir huit piés & demi de long.

Celles du mât d'artimon, quatre piés & demi.

Celles de beaupré : quatre piés & demi, de même que celles du grand mât de hune.

Celles du mât de hune d'avant doivent avoir trois piés & demi.

Celles du perroquet de fougue, deux piés.

Celles du grand perroquet & du petit beaupré, deux piés.

Celles du perroquet de misene, un pié & demi au moins.

Ces mesures ne sont pas invariables ; il y a des constructeurs qui prétendent que la longueur des barres de hune, qui sont placées dans la longueur de poupe à proue, doit être du tiers de la largeur du vaisseau, que chaque six piés de leur longueur leur doit donner cinq pouces d'épaisseur de haut en bas, & que leur largeur doit être des quatre cinquiemes parties de leur épaisseur.

A l'égard de celles qui sont posées dans la largeur du vaisseau, ou qui le traversent d'un bout à l'autre, elles doivent être un peu plus courtes, quoiqu'égales en largeur ; mais en épaisseur de haut en-bas, elles doivent avoir aussi un quart moins que de largeur.

Les barres de hune du mât de misene doivent être d'une sixieme partie plus courtes que celles du grand mât. Les barres du mât d'artimon à-peu-près la moitié de celles du grand mât, tant en longueur, largeur, qu'épaisseur. Celles de beaupré, qui doivent être posées tout à fait de niveau, ont les mêmes proportions que celles de l'artimon, aussi bien que celles du grand mât de hune ; & celles du mât de hune d'avant doivent être d'une dixieme partie plus petites.

Les barres de hune du grand perroquet doivent être en toutes proportions de la moitié de celles du grand mât de hune ; il en doit être de même à l'égard des barres du mât de hune d'avant : celles du perroquet d'artimon doivent être un peu plus petites que celles du grand perroquet, & celles du perroquet de beaupré leur doivent être égales.

BARRES de cuisine ; ce sont des barres de fer qui servent à soûtenir les chaudieres qu'on met sur le feu ; elles sont posées de long & de travers dans les cuisines des vaisseaux.

BARRES ou BARRIERES des ports, (Marine) ce sont de longues poutres dont on ferme les entrées des ports ; mais plus souvent on se sert de chaines. (Z)

BARRE, terme de Riviere ; piece de bois dans une écluse, qui soûtient les aiguilles.

BARRE, terme de Riviere ; certain flot particulier à la riviere de Seine : ce flot est haut environ de deux piés, & vient fort impétueusement avec le flux de la mer, ce qui le rend dangereux pour les bateaux mal fermés.

La barre n'est sensible que jusqu'au Pont-de-l'Arche.

BARRES, (Manége) ce sont les parties les plus hautes de la gencive du cheval, où il n'y a jamais de dents ; elles sont situées entre les dents mâchelieres & les crochets de part & d'autre de la bouche ; c'est où se fait l'appui du mors de la bride, qui sert à conduire le cheval. C'est un défaut à cet animal d'avoir les barres rondes & peu sensibles ; car encore que le canon simple (voyez CANON) porte sur la langue, les barres ne laissent pas d'en ressentir l'effet au-travers, tant elles sont sensibles & délicates. Il faut aux chevaux qui ont les barres rondes & peu sensibles, un mors qui en réveille le sentiment, tel qu'un mors qui tient de l'entier, c'est-à-dire qui ne plie point dans le milieu de la liberté de la langue. Les barres tranchantes marquent une bouche extrèmement fine. On dit que la levre d'un cheval arme la barre, pour dire qu'elle la couvre.

BARRE, (Manége) c'est un morceau de bois gros comme la jambe, rond, & long de sept à huit piés, percé d'un trou à chaque bout, pour y arrêter deux cordes, dont l'une s'attache à la mangeoire, & l'autre au poteau. Voy. MANGEOIRE, POTEAU. Ce sont ces morceaux de bois qui séparent les chevaux l'un de l'autre dans une écurie : ils sont ordinairement suspendus à un pié & demi de terre. Les chevaux s'embarrent quelquefois. Voyez EMBARRER. (V)

BARRE d'appui, (Architect.) les ouvriers l'appellent plate-bande d'appui ou plaque bande quarderonnée, parce qu'il y a deux quarts de ronds aux deux côtés pour adoucir les arêtes : c'est, dans une rampe d'escalier ou un balcon de fer, la barre de fer applatie sur laquelle on s'appuye, & dont les arêtes sont rabattues. (P)

* BARRE de godet ; c'est une barre de fer plat en volute par sa partie saillante, & qui par l'autre bout qui porte sur les entablemens est à harpon ou à patte, & qui a, à un pié de sa partie saillante, une bride pour soûtenir les bords du godet de plomb, communément dit gouttiere.

* BARRE de languettes ; c'est une barre de fer plat toute droite, qui se pose aux manteaux de cheminée, & sert à soûtenir la languette de la cheminée, ou son devant ; elle est plus en usage pour les cheminées de brique, que dans les autres ; parce que la brique ne se soûtenant pas par elle-même, comme le plâtre, elle a besoin de cet appui.

BARRE de lintot ou LINTOT ; c'est une barre de fer plat ou quarré, qui se pose au lieu de lintots de bois aux portes & aux croisées ; on en met aussi aux croisées bandées en pierre, pour en empêcher l'écartement.

* BARRE de tremie ; c'est une barre de fer plat coudée à double équerre à chacune de ses extrémités, & dont l'usage est de soûtenir les plâtres des foyers des cheminées ; elle se place dans les trémies observées dans les planchers, où elle pose sur les solives d'enchevêtrure.

BARRE, chez les Fontainiers ; on appelle barre de soudure, une piece étendue en long, composée de plomb & d'étain, pesant environ 18 à 20 livres. Voyez SOUDURE. (K)

BARRE fendue ou fondue, verge de barre fondue ; petite barre de dessous, barre de derriere, barre à aiguilles, &c. parties du métier à faire des bas. Voyez l'article BAS.

BARRE, outil de Charron ; c'est une espece d'essieu de fer de la longueur de quatre piés, de trois pouces d'épaisseur, quarré au milieu, & arrondi par les deux bouts ; il sert aux Charrons à conduire deux grandes roues à la fois.

BARRE, (Menuiserie) s'entend des pieces de bois qu'on met aux contrevents, aux portes, &c. pour entretenir les planches ensemble, Voyez 1. 2. Pl. IV. de Menuiserie, fig. 3.

BARRES à queues, (Menuiserie) ce sont celles qui entrent dans les montans, comme celles des portes de granges qui sont à bâtis, & dont les barres sont emmanchées à queue d'aronde dans les montans.

BARRE, chez les Tonneliers, est une piece de bois que ces ouvriers appliquent en travers sur chacun des fonds d'une futaille, & qu'ils y assujettissent avec des chevilles qui appuient par un bout sur cette traverse, & de l'autre entrent dans des trous pratiqués avec le barroir, dans ce qu'on appelle le peigne du jable. La barre sert à maintenir les douves des fonds, & empêche qu'elles ne se déplacent de dedans le jable. Voyez PEIGNE de jable & BARROIR.

BARRE, terme de Tourneur, est un long morceau de bois qu'on appelle aussi appui & support, que l'ouvrier a devant lui en tournant, & sur lequel il appuye ses outils. Voyez TOUR.

BARRE à dégager, (Verrerie) il y a deux barres à dégager ; l'une grande, l'autre petite : elles ont l'une & l'autre le même usage. Les tiseurs s'en servent pour dégager la grille, & mettre le four en fonte. La grande a onze piés de longueur sur quatorze lignes d'épaisseur, dans la partie où elle est quarrée ; cette partie équarrie a vingt-deux pouces de long ; le reste est arrondi. La petite n'a que sept piés de long.

BARRE à porter ; c'est ainsi qu'on appelle, dans les Verreries, un instrument, ou barre, qui sert à transporter le pot de l'anse dans la tonnelle. Voyez VERRERIE, POT, TONNELLE.

BARRE à repasser (Verrerie) instrument de fer ou de bois, dont on se sert dans la préparation des briques, pour la construction des fourneaux de Verreries ou autres. Cette barre est quarrée ; elle a neuf à dix lignes d'épaisseur ; l'ouvrier la tient entre ses mains ; & quand il a placé les briques seches dans la boîte qui en détermine les dimensions, il applique la barre sur les bords de la boîte, il la tire fortement à lui en suivant toûjours les bords, & enleve dans ce mouvement l'excédant de brique.

* BARRE (Géog.) petite ville de France, dans le Gévaudan, au diocese de Mende.


BARR(OS) Voyez OS & HANCHE, NTS BARREESREES. Voyez DENT.

BARRES ; adject. (Hist. ecclés.) ancien nom des Carmes, que l'on appelloit freres Barrés, parce qu'ils avoient les habits barrés & bigarrés de blanc & de noir, ce que l'on voit encore dans les vieilles peintures du cloître de leur grand couvent de la place Maubert à Paris. Voici quelle fut l'occasion de ces sortes d'habits des religieux Carmes : les Sarrasins, après s'être rendus maîtres de la Terre-sainte, défendirent à ceux de cet ordre de porter capuches blancs, non plus qu'aucun autre habit blanc, parce que le blanc étoit parmi eux une marque de distinction & de noblesse. Les Carmes alors furent contraints de suivre la coûtume des Orientaux, & de prendre des manteaux bariolés : étant passés en occident avec cette sorte d'habit, ils y furent appellés les freres Barrés, nom qui est demeuré à une rue du quartier saint Paul, où ils eurent leur premiere maison, jusqu'à ce qu'ils furent transportés, sous le regne de Philippe-le-Bel, à la place Maubert. Ils étoient venus en France sous le pontificat d'Honoré IV. environ l'an 1285 : mais dans la suite ces religieux reprirent leurs premiers habits blancs, ainsi que Tritheme le remarque de Laudibus Carmelit. l. VI. Dominicus macer. Il y a eu autrefois des gens d'église qui portoient aussi des habits bigarrés. On a vû dans le cabinet de M. Conrad, un abbé habillé partie de noir & de rouge, jusqu'au bonnet, ainsi que les consuls de plusieurs villes. Le concile de Vienne a défendu aux ecclésiastiques de tels habits, qui étoient appellés vestes virgatae. (G)

BARRE (en terme de Blason) se dit lorsque l'écu est divisé en forme de barres, en un nombre pair de partitions, & qu'il est composé de deux ou de plusieurs couleurs, réciproquement mêlées. Il faut dire le nombre de pieces ; par exemple, barré de tant de pieces. Si les divisions sont en nombre impair, il faut d'abord nommer le champ, & exprimer le nombre des barres. Voyez BARRE.

BARRE-BANDE, terme d'usage, lorsque l'écusson est également divisé en barres & en bandes, par des lignes transversales, & des lignes diagonales, en variant mutuellement les couleurs dont il est formé. C'est ainsi que l'on dit : il porte barré-bandé, or & sable. CONTRE-BARRE. Voyez CONTRE. Urtieres en Savoie, maison éteinte, barré d'or & de gueules, à la bande de losanges accollées de l'un en l'autre. (V)

BARRE, adj. (terme de Palais) synonyme à partagé ; ainsi lorsqu'on dit que les juges ou les avis sont barrés, c'est-à-dire qu'il y a deux sentimens ouverts par la chambre, lesquels sont tous deux appuyés d'un égal nombre de suffrages. Voyez PARTAGE. Voyez aussi COMPARTITEUR. (H)


BARREAUsub. m. en terme de Palais, signifioit dans l'origine une barre de fer ou fermeture de bois à hauteur d'appui, qui séparoit l'enceinte où étoient assis les juges, d'avec les parties extérieures du tribunal où étoient les avocats, & autres praticiens : mais par extension ce terme a signifié dans la suite le corps même des praticiens, avocats, procureurs, &c. C'est dans ce dernier sens qu'on dit les maximes du barreau, l'éloquence du barreau. Quelquefois même ce mot est pris dans une plus grande étendue encore, comme synonyme au forum des Latins ; & alors il s'entend collectivement de tous les officiers de justice, magistrats & praticiens ; en un mot de tout ce qu'on appelle autrement gens de robe. (H)

BARREAU, s. m. (en Architecture) se dit de toute barre de fer ou de bois quarré, employée dans un bâtiment. Voyez BARRE.

BARREAU MONTANT DE COSTIERE, c'est à une grille de fer, dans l'endroit où porte le barreau, que la porte de fer est pendue ; & le barreau montant de battement est celui où la serrure est attachée.

Barreau, se dit en particulier des barres de fer, ou de bois, qui grillent les fenêtres ou dessous de porte, ou qui font le même office dans les grilles ou portes de fer.

Barreau à pique ; ce sont dans les grilles de fer des barreaux qui passent par la traverse du haut, qui l'excedent & qui se terminent en pointe.

Barreau à flamme, ce sont dans les grilles de fer des barreaux qui passent par la traverse du haut, qui l'excedent & dont l'extrémité est terminée en pointe, & repliée en ondes.

BARREAU, s. m. (partie d'une presse d'Imprimerie) c'est une barre de fer, de quatre pouces de circonférence, quarrée par le bout qui traverse la partie supérieure de l'arbre de la presse & la partie inférieure de la vis, où il est arrêté par des clavettes ; le barreau est coudé & arrondi dans le reste de sa longueur, qui est environ de trois piés ; son extrémité se termine en pointe, mais elle est garnie & revêtue d'un manche de bois tourné, poli, de la longueur d'un pié, sur six à sept pouces de circonférence, & plus gros dans sa partie supérieure. C'est de cet agent que dépend tout le jeu d'une presse, on ne peut sans lui faire mouvoir la vis dans son écrou, ni le pivot dans la grenouille. Voyez Pl. quatrieme de l'Imprimerie, fig. premiere & seconde B C D. D est la poignée du manche de bois.


BARREAUX(Géog.) ville de France, dans le Dauphiné, à l'entrée de la vallée de Grésivaudan, sur l'Iser.


BARRELIERES. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante, dont le nom a été dérivé de celui du P. Barrelier Jacobin, dont le nom est bien connu des Botanistes. La fleur de ce genre de plante est monopétale & faite en forme de masque ; la levre supérieure est relevée & l'inférieure divisée en trois parties. Il s'éleve du fond du calice un pistil qui est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur, & qui devient dans la suite un fruit membraneux oblong à quatre angles, composé d'une seule capsule remplie de semences plates & arrondies. Plumier, nova plant. Amer. gen. Voyez PLANTE. (I)


BARREME(Géog.) petite ville de France, dans la haute Provence, sur la riviere d'Asse.


BARRERBARRER des articles sur son livre, en terme de Commerce, signifie effacer, rayer les articles portés en crédit sur un journal ou autre registre, pour faire voir qu’on en a reçu le payement.

On barre aussi tout autre crédit, billet, obligation, quand on veut l'annuller. On appelle cette opération barrer, parce qu'on nomme barres les lignes ou traits de plume dont on croise ce qu'on veut qui demeure inutile dans quelqu'acte ou registre. (G)

BARRER les veines d'un cheval (Maréchal & Manége) c'est une opération qui se fait sur elles pour arrêter le cours des mauvaises humeurs qui s'y jettent. On couvre le cuir, on dégage la veine, on la lie dessus & dessous, & on la coupe entre les deux ligatures.

Quoique je sois persuadé du peu d'effet de cette opération, je vais cependant la décrire, à cause qu'elle ne peut faire aucun mal, & qu'elle est par elle-même fort peu à craindre.

On barre les veines des cuisses pour les maux de jambes & de jarrets ; aux paturons pour les maux de sole ; aux larmiers & aux deux côtés du cou, pour ceux des yeux : on peut encore barrer en plusieurs endroits. Dans toutes ces parties, excepté aux larmiers, on barre les veines de la maniere que je vais enseigner, après quoi j'indiquerai la façon de pratiquer la même opération sur les larmiers.

Quand on veut barrer la veine de la cuisse, on abat le cheval (voyez ABATTRE), ensuite on frotte bien avec la main les endroits où l'on veut barrer, pour faire pousser la veine, c'est-à-dire, un peu au-dessus du jarret & vers le milieu de la jambe ; ce qui s'appelle barrer haut & bas : ensuite on fend la peau en long dans ces deux endroits avec le bistouri ; & ayant découvert la veine, on passe par-dessous la corne de chamois, avec laquelle on la détache doucement, en allant & venant, de toutes les petites fibres qui y sont attachées : on la lie ensuite aux deux endroits de deux noeuds, avec une soie en double, l'ayant fendue pour la faire saigner après la premiere ligature, qui est celle du jarret ; puis on la coupe en-haut & en-bas entre les deux ligatures : au moyen de quoi la portion de veine qui est entre deux ne recevant plus de sang par la suite, s'applatit & devient inutile. Cette opération seroit bonne si l'humeur qui incommode la partie, n'y communiquoit que par cette branche de veine, ce qu'on ne sauroit admettre lorsqu'on sait l'Anatomie & le cours du sang, puisqu'elle s'y rend par une infinité de rameaux.

On ne barre point lorsque la partie est enflée ; parce que l'enflure resteroit indépendamment de l'opération, & qu'on auroit quelquefois bien de la peine à trouver la veine.

Quand on barre les veines du cou, on le fait deux doigts au-dessus de l'endroit où l'on saigne : il n'y a qu'une circonstance à omettre, qui est de ne pas couper la veine entre les deux ligatures ; car s'il arrivoit que la ligature d'en-haut vînt à couler, ce qui peut aisément se faire par le mouvement de la mâchoire du cheval, celui-ci perdroit tout son sang. L'opération achevée, on remplit la plaie de sel.

On peut barrer les larmiers sans incision : mettez pour cet effet au cou la corde à saigner, les veines s'enfleront ; passez ensuite au-travers de la peau sous la veine, une aiguille courbe enfilée d'une soie en double ; faites-la sortir de l'autre côté : ôtez l'aiguille & noüez la soie ferme, puis graissez la partie, elle enfle beaucoup ; mais l'enflure disparoît au bout de neuf jours. L'endroit se pourrit, la veine se consolide, l'endroit où l'on a fait la ligature tombe, & la veine se trouve bouchée.

Soleysel enseigne à arracher la veine du jarret : mais comme il avertit en même tems qu'il y a du risque à courir, de la douleur & de l'enflure à essuyer, il engage plûtôt à n'y pas songer qu'à répeter l'opération.

Le barrement de la veine est très-bon pour ôter la difformité des varices ; car comme celles-ci ne sont occasionnées que par le gonflement de la veine qui passe par le jarret, on empêche le sang d'y couler, au moyen de quoi la varice s'applanit & ne paroît plus.

BARRER les chevaux (Manége) c'est les séparer les uns des autres dans l'écurie, en mettant des barres entr'eux. Voyez BARRE. (V)

Barrer se dit, en terme de Chasse, d'un chien qui balance sur les voies.

BARRER, c'est chez les Layetiers mettre des barres de bois le long des couvercles pour mieux tenir les planches dont ils sont composés.

BARRER une futaille, terme de Tonnelier ; c'est appliquer des barres en-travers sur les douves des fonds, & les y assujettir avec des chevilles. Ce mot se dit aussi des trous qu'on fait avec le barroir dans les peignes du jable. Voyez BARRE.


BARRETTES. f. (Hist. mod. ecclés.) bonnet que le pape donne ou envoye aux cardinaux après leur nomination. En France, le Roi donne lui-même la barrette aux cardinaux qui ont été faits à sa nomination. A Venise, ce sont les nobles qui la leur portent. La barrette étoit originairement un bonnet de toile mince, & qui s'appliquoit exactement sur les oreilles ; une espece de beguin d'enfant, qui n'étoit qu'à l'usage des papes, & qui dans la suite a été accordé aux cardinaux.

BARRETTE, en général veut dire, parmi les Horlogers, une petite barre : mais on donne ce nom à des choses très-différentes. C'est ainsi que l'on appelle, par exemple, une très-petite barre que l'on met dans le barrillet pour empêcher que le ressort ne s'abandonne. Voyez la fig. 49 1 b, Pl. X. de l'Horlogerie.

BARRETTE d'une roue, signifie encore, parmi les Horlogers, ce que l'on appelle rayon dans une roue de carrosse. Voyez ROUE. Au moyen de ces barrettes on rend la roue beaucoup plus legere, en lui conservant cependant une certaine force.

BARRETTE, s'entend aussi, en Horlogerie, d'une petite plaque posée sur l'une ou l'autre platine, & dans laquelle roule le pivot d'une roue, au lieu de rouler dans le trou de la platine. Voyez la fig. 43. b, Planche X. de l'Horlogerie.

Elles sont en général fort utiles, en ce que 1°. elles allongent les tiges des roues, & par-là leur donnent beaucoup plus de liberté ; & 2°. qu'elles donnent moyen de faire des tigerons, chose très-essentielle pour conserver l'huile aux pivots des roues. Voyez PIVOT, TIGE, TIGERON, PLATINE, &c. Dans les montres simples bien faites, il y a ordinairement deux barrettes, l'une à la platine de dessus, & l'autre à la platine des piliers. La premiere sert pour le pivot de la roue de champ d'en-haut, & l'autre pour le pivot de cette roue & celui de la petite roue moyenne. (T)


BARRICADEterme de guerre, est une espece de retranchement fait à la hâte avec des tonneaux ou paniers chargés de terre, d'arbres, des palissades, ou choses semblables, pour mettre une place ou un poste en état de se défendre contre l'ennemi. On fait servir ordinairement à cet usage des pieux ou des poteaux traversés de bâtons, & ferrés par le bout : on a coûtume de les planter dans les passages ou breches, pour arrêter également la cavalerie & l'infanterie. Voyez PALISSADE. (Q)


BARRIERES. f. (Gramm.) se prend pour un assemblage de planches destiné à fermer un passage à l'entrée d'une ville ou ailleurs ; c'est en ce sens qu'on dit, la barriere de Vaugirard, la barriere de Séve : ou pour les limites d'un état ; on dit les Alpes servent de barriere à l'Italie : ou en différens autres sens, qu'on peut voir ci-dessous.

BARRIERE VIRGINALE, virginale claustrum, en Anatomie ; c'est la même chose que l'hymen. Voyez HYMEN. (L)

BARRIERE, (Traité de la) en Politique, est celui qui fut conclu en 1716 entre l'empereur Charles VI. & les Hollandois ; il contient 29 articles : en vertu de ce traité, les Hollandois ont droit de mettre des garnisons de leurs troupes dans les villes de Namur, Tournai, Menin, Furnes, Warneton, Ypres, le fort de la Knoque, & dans les villes de Dendermonde & de Ruremonde. La garnison doit être moitié Hollandoise, & moitié Autrichienne. Ces troupes ou ceux qui les commandent en leur nom, sont obligés à prêter serment de fidélité à la maison d'Autriche avant que d'entrer dans ces garnisons.

BARRIERE, (Comm.) on appelle ainsi dans les principales villes de France, particulierement à Paris, les lieux où sont établis les bureaux des entrées, & où les commis en reçoivent les droits, suivant les tarifs ou pancartes reglées au conseil du roi.

On leur a donné le nom de barrieres, parce que les passages par lesquels arrivent les voitures & les marchandises sujettes aux droits, sont traversés par une barre de bois qui roule sur un pivot, & qui s'ouvre ou se ferme à la volonté du commis.

Il y a à Paris soixante barrieres, qui sont toutes placées à la tête des faubourgs, & dans vingt-deux desquelles, outre les commis du barrage, il y a des commis pour la douanne qui examinent les lettres de voiture, reçoivent les principaux droits, & veillent aux intérêts des fermiers généraux. Les autres barrieres ne sont, pour ainsi dire, que des barrieres succursales, pour tenir plus libres les premieres, qui ne manqueroient pas d'être embarrassées s'il n'y avoit qu'elles qui fussent ouvertes.

C'est à ces soixante barrieres que toutes les voitures, & ceux qui sont chargés des denrées comprises dans les tarifs, doivent s'arrêter, souffrir la visite, & payer les entrées. Les commis ont même la permission de visiter les carrosses, berlines, chaises &c. des particuliers, les porte-manteaux, valises, coffres, pour voir s'il n'y a point de marchandises de contrebande. Voyez sur cette matiere le Dictionn. du Commerce. (G)

BARRIERE, en Architecture, est un assemblage de pieces de bois qui sert de borne ou de chaînes au-devant, & dans les cours des hôtels & palais. (P)

BARRIERES, en termes de Fortifications, sont des especes de portes faites dans un passage ou un retranchement, pour pouvoir en défendre l'entrée, & en faciliter la sortie.

On les fait communément de grands poteaux d'environ quatre à cinq piés de long, & placés à la distance de dix piés les uns des autres, avec des solives en-travers, afin d'empêcher les chevaux & les hommes de forcer le passage. Dans le milieu est une barre de bois qui est mobile, & qu'on ouvre & ferme à son gré. Les barrieres qui ferment les portes ou les ouvertures des lignes de circonvallation, sont à fleau tournant sur un poteau, dont le sommet taillé en pivot est planté sur le milieu, où il partage l'ouverture en deux passages égaux. Ce fleau bat contre les deux autres poteaux plantés aux deux extrémités des passages, avec des entailles pattées, auxquelles il s'accroche & se ferme avec une cheville plate. Attaque des places de Vauban. (Q)

BARRIERE, (Manége) petit parc fermé où l'on faisoit les joûtes, les tournois, les courses de bague, &c. Sitôt qu'un cheval de bague a franchi la barriere il court de toute sa force. (V)

BARRIERE, en terme de Metteur-en-oeuvre, n'est autre chose qu'une bande en maniere d'ansette, dans laquelle on arrête le ruban d'un bracelet. Voyez ANSETTE.


BARRIL(Comm.) vaisseau oblong de forme sphérique, ou plûtôt cylindrique, servant à contenir diverses especes de marchandises, tant seches que liquides : il est plus petit que le tonneau. V. MESURE.

Le barril anglois, mesure de vin, contient le huitieme d'un tonneau, le quart d'une pipe, la moitié d'un muid ; ce qui fait trente-une mesures & demie de celles que l'on nomme en Angleterre gallons, & qui contiennent quatre pintes de Paris. Le barril contient trente-six gallons de biere, & trente-deux d'aile. Voyez PIPE, TONNEAU, &c.

Le barril de biere, de vinaigre, ou d'autre liqueur dont on veut faire du vinaigre, doit contenir trente-quatre de ces mesures, suivant l'étalon de la quarte d'aile, réglé par l'ordonnance de Guillaume III. ch. xxj. dixieme & onzieme année de son regne.

Le barril de Florence est une mesure de liqueurs qui contient vingt bouteilles, ou le tiers d'une étoile, ou staïo. Savary l'appelle star.

Barril est encore en usage pour signifier une certaine quantité de marchandises, un certain poids qui change suivant la diversité des denrées.

Le barril de harengs doit contenir trente-deux gallons ; mesure de vin, c'est-à-dire soixante-quatre pots de Paris, ce qui fait environ vingt-huit gallons, suivant l'ancienne regle, & cela va pour l'ordinaire au nombre de mille harengs laités.

Le barril de saumon doit contenir quarante-deux gallons, ou quatre-vingt-quatre pots de Paris. Et le barril d'anguilles autant.

Le barril de savon doit contenir deux cent cinquante-six livres.

Nous nous servons également en France du mot de barril pour une certaine quantité de marchandises. On dit un barril d'esturgeon, de thon, d'anchois ; un barril ou caque de poudre pour les vaisseaux, est ordinairement de cent livres : on dit encore un barril de chair salée, un barril d'huile d'olive, un barril de câpres, d'olives, de vinaigre, de verjus, de moutarde, pour dire un barril plein de l'une de ces choses. (G)

BARRIL, (Marine) Barril de galere, c'est un barril qu'un homme peut porter plein d'eau, & dont il se sert pour en remplir les barriques, que l'on ne peut transporter ou à la fontaine ou à la riviere, où l'on va faire l'eau.

Barril de quart ; c'est le barril de galere qu'on donne plein d'eau le soir à ceux qui doivent faire le quart de la nuit.

Barril où l'on met les viandes.

Barril de poudre ; c'est sur mer, comme on l'a déjà dit, cent livres de poudre mises dans un barril.

Barrils à bourse, c'est un barril couvert de cuir, où le canonnier met de la poudre fine : on l'appelle ainsi à cause qu'il se ferme comme une bourse. (Z)

BARRILS FOUDROYANS & FLAMBOYANS, sont, dans l'Artillerie, des barrils remplis d'artifice qu'on fait rouler sur l'ennemi lorsqu'il veut franchir les breches & monter à l'assaut. (Q)

BARRIL DE TROMPES, terme d'Artificier, c'est un assemblage de plusieurs artifices appellés trompes, enfermés dans un barril ou fourreau de toile goudronnée, pour les faire partir de dessus l'eau, où on le fait enfoncer jusqu'au collet par le moyen d'un contre-poids.

BARRIL A SCIER, (Tonnelier) c'est un instrument sur lequel les Tonneliers posent les douves qu'ils veulent rogner avec la scie. Il consiste en deux moitiés de barril ajustées l'une au-dessus de l'autre par trois douves communes ; chacune de ces moitiés a deux fonds, desorte que cet instrument peut servir à trois usages. 1°. Il leur sert d'escabeau pour scier les douves qu'ils posent dessus, en appuyant encore un genou sur la douve pour l'assujettir. 2°. Il peut leur servir de siége pour s'asseoir dans leurs boutiques ; & en troisieme lieu, il peut encore leur servir comme d'un réservoir pour y serrer ce qu'ils veulent, au moyen d'un trou pratiqué au fond supérieur de chaque barril. Cet instrument a deux piés ou environ de hauteur en tout. L'espace qui est entre chaque barril est vuide, pour donner plus de legereté à la machine totale qui est ronde, & d'environ un pié de diametre. Voyez Pl. II. du Tonnelier, fig. 2.


BARRILLAGES. m. (Commerce) se dit des petits barrils qui tiennent environ la huitieme partie du muid & au-dessous.

En fait de commerce de saline, barrillage s'entend de toutes sortes de tonneaux ou futailles, comme gonnes, hambourgs, barrils, demi-barrils, &c. Il y a des contrôleurs du barrillage de la saline.

L'ordonnance des aides de 1680, tit. jv. des entrepôts & du barrillage, défend expressément de faire le barrillage, c'est-à-dire de faire arriver du vin en bouteilles, cruches ou barrils, ni vaisseaux moindres que muid, demi-muid, quart & huitieme, à l'exception des vins de liqueur qui viennent en caisse. Il n'est pas même permis aux habitans d'avoir chez eux du vin en bouteilles, cruches & barrils. (G)


BARRILLARDS. m. (Marine) c'est ainsi qu'on appelle sur les galeres l'officier qui a soin du vin & de l'eau.


BARRILLATSS. m. pl. dans les ports où il y a un arsenal de Marine, on donne ce nom aux ouvriers qui travaillent aux futailles.


BARRILLETS. m. diminutif de barril, se dit de tout vaisseau qui a la forme du barril, & qui est plus petit. Voyez BARRIL.

BARRILLET ou CAISSE, en Anatomie, signifie une assez grande cavité derriere le tambour de l'oreille ; elle est doublée d'une membrane qui a plusieurs veines & arteres. On dit que dans les enfans elle est pleine d'une matiere purulente : elle a dans sa cavité quatre petits os, qui sont le marteau, l'enclume, l'étrier, & l'orbiculaire. Voyez OREILLE & TYMPAN. (L)

BARRILLET, s. m. (Hydraulique) est un corps de bois arrondi en-dedans & en-dehors, avec un clapet posé sur le dessus. Ce corps loge dans une pompe à bras qui n'a point de corps de pompe, & sert de fond au jeu du piston, qui fait lever le clapet du barrillet, & ensuite le fait refermer ; & au moyen de la filasse dont il est garni, l'eau ne peut retomber dans le puits quand la soûpape est fermée.

On appelle encore quelquefois barrillet, le piston d'une pompe à bras qui n'a point de corps de pompe, mais qui joue dans un tuyau de plomb, & qui tire l'eau par aspiration d'un puits ou d'une citerne.

Ces sortes de barrillets sont attachés à une anse de fer suspendue à une verge aussi de fer ; & ils ont sur le dessus un clapet qui s'ouvre & se ferme à chaque coup de piston. Voyez POMPE, PISTON, CLAPET. (K)

BARRILLET, nom que les Horlogers donnent à une espece de boîte cylindrique ou tambour qui contient le grand ressort. Voyez la fig. 46, 47, 49, Pl. X. de l'Horlogerie.

Il est composé de deux parties, du barrillet B, proprement dit, & de son couvercle C. Le barrillet a dans sa partie B un rebord pour empêcher la chaîne de glisser ; & dans le dedans vers le milieu de sa hauteur, un crochet auquel s'attache l'oeil d'un bout du ressort. Ce crochet est tourné en sens contraire de celui qui est à l'arbre, afin que le ressort soit attaché fixement à l'un & à l'autre : par ce moyen on bande le ressort, en faisant tourner le barrillet ; car on fait mouvoir en même tems le bout du ressort qui lui est attaché, & l'autre bout fixé à l'arbre étant immobile, cette opération doit nécessairement produire cet effet. Voyez CROCHET.

On distingue dans les montres & dans les pendules les barrillets par les parties auxquelles ils servent ; comme barrillet du mouvement, de la sonnerie, &c. dans les pendules, sur-tout dans celles que l'on fait en France, comme il n'y a pas de fusée, le barrillet est denté à sa partie inférieure, & engrene, dans le pignon de la premiere roue du mouvement, ou de la sonnerie ; de façon que le ressort étant bandé, fait tourner le barrillet, qui communique ainsi le mouvement à toute la machine. Voyez la fig. 10. Q, W, K. Voyez MONTRE, RESSORT, ARBRE DE BARRILLET, PENDULE, SONNERIE, &c. (T)


BARRILLIERS. m. (Hist. mod.) nom d'un de ces anciens officiers de l'échansonnerie du roi & des princes, qui avoient soin du vin. Il en est parlé dans l'état des officiers de l'échansonnerie du tems de saint Louis, en 1261.


BARRIQUAUTS. m. (Comm.) se dit de certaines petites futailles ou tonneaux, dont les grandeurs ne sont point reglées : on dit un barriquaut de sucre, un barriquaut de soufre, &c. (G)


BARRIQUES. f. (Tonnelier) tonneau ou futaille fait de merrein, & cerclé de cerceaux de bois liés avec de l'osier, & propre à contenir plusieurs sortes de marchandises, & particulierement de l'eau-de-vie.

Les barriques n'ont pas de grandeur reglée partout, à Paris il faut quatre barriques pour faire trois muids.

Ce sont les Tonneliers qui fabriquent & relient les barriques.

Les quatre barriques de vin font à Paris trois muids, à Bordeaux un tonneau six tierçons, en Anjou deux pipes. La barrique contient 210 pintes de Paris, ou vingt-six septiers & un quart ; ce qui revient à 360 pintes de Hollande.

La barrique se mesure encore par verges ou vettes, & varie pour le nombre de ces verges ou vettes dans presque tous les endroits.

En Angleterre la barrique de vin ou d'eau-de-vie est de soixante & trois gallons, ce qui revient à 252 pintes de Paris ; quatre de ces pintes faisant le gallon, Voyez GALLON. On met les sardines & leur huile aussi bien que celle de morue en barrique. (G)


BARROIRS. m. outils dont se servent les Tonneliers : c'est un instrument fait en forme de longue tariere, dont la meche est étroite & amorcée par le bout. C'est avec cet outil qu'on perce des trous au-dessus du jable, pour y faire entrer les chevilles qui tiennent les barres des futailles. Voyez Pl. II. du Tonnelier, figure premiere.


BARROTÉadj. en Marine : on dit vaisseau barroté, lorsque le fond de cale est tout rempli, ou rempli jusqu'aux barrots.

BARROTS ou BAUX, (Marine) Voyez BAU. Quoiqu'on se serve indifféremment de ces termes de baux & de barrots, il est pourtant certain que ceux qui sont les plus exacts ne se servent de celui de bau que pour les solives du premier pont, & qu'ils employent celui de barrots pour les solives des autres ponts. Voyez Planche VI. figure 8. la forme de cette piece de bois.

Il y a les barrots des gaillards. Voyez leur situation Pl. IV. fig. prem. n°. 142.

Les barrots de la dunette, n°. 151.

Les barrots du celtis, n°. 128.


BARROTINS(Marine) lattes à baux ; ce sont de petits soliveaux qu'on met entre les baux & les barrots sous les ponts pour les soûtenir. Voyez Pl. VI. fig. 10. la forme de cette piece de bois.

Barrotins du premier pont. Voyez leur situation. Pl. IV. fig. prem. n°. 72.

Barrotins du second pont n°. 120.

Barrotins des gaillards, n°. 143.

BARROTINS d'écoutilles, demi-baux ou demi-barrots ; ce sont, en Marine, des bouts de baux & de barrots, qui se terminent aux hiloires & qui sont soûtenus par des pieces de bois nommées arcboutans, mises de travers entre deux baux. Voyez la forme de cette piece, Pl. VI. fig. 11.

Barrotins de caillebotis ; ce sont de petites pieces de bois qui servent à faire les caillebotis, & auxquelles on donne la tonture ou rondeur du pont du vaisseau en sa largeur. Voyez CAILLEBOTIS. (Z)


BARROU(LE) Géog. riviere d'Irlande, dans la province de Leinster ; elle passe à Caterlogh & à Leighlin, reçoit la Nure & la Sheire, forme le havre de Waterford, & se jette dans la mer d'Irlande.


BARROYEMENTS. m. vieux terme de Pratique, qui signifie un délai de procédure.


BARROYERv. n. vieux terme de Pratique, qui signifie à la lettre faire des procédures à la barre de la cour, & en général instruire un procès. Il ne se dit plus à présent que par dérision. (H)


BARTAVELLES. f. (oiseau) PERDRIX ROUGE.


BARTHELEMI(SAINT-) Géog. petite île de l'Amérique, l'une des Antilles, au midi de celle de S. Martin. Lat. 17.


BARTHELEMITESS. m. pl. (Hist. ecclésiast.) clercs séculiers fondés par Barthelemi Hobzauzer à Saltzbourg le premier Août 1640, & répandus en plusieurs endroits de l'Empire, en Pologne & en Catalogne. Ils vivent en commun ; ils sont dirigés par un premier président, & des présidens diocésains : ils s'occupent à former des ecclésiastiques. Les présidens diocésains sont soûmis aux ordinaires, & ils ont sous eux des doyens ruraux. Ces degrés de subordination, & quelques autres, répondent avec succès au but de leur institution : un curé Barthelemite a ordinairement un aide ; & si le revenu de sa cure ne suffit pas pour deux, il y est pourvû aux dépens des curés plus riches de la même congrégation : tous sont engagés par voeux à se secourir mutuellement de leur superflu, sans être privés cependant de la liberté d'en disposer par legs, ou d'en assister leurs parens. Ce fonds augmenté de quelques donations, suffit à l'entretien de plusieurs maisons dans quelques diocèses. Quand il y en a trois, la premiere est un séminaire commun pour les jeunes clercs, où ils étudient les humanités, la Philosophie, la Théologie, & le Droit canonique. On n'exige aucun engagement de ceux qui font leurs humanités : les philosophes promettent de vivre & de persévérer dans l'institut ; les théologiens en font serment. Ils peuvent cependant rentrer dans le monde avec la permission des supérieurs, pourvû qu'ils n'ayent pas reçû les ordres sacrés. Les curés & les bénéficiers de l'institut habitent la seconde maison ; la troisieme est proprement l'hôtel des invalides de la congrégation. Innocent XI. approuva leurs constitutions en 1680. La même année l'empereur Léopold voulut que dans ses pays héréditaires ils fussent promus de préférence aux bénéfices vacans ; & le même pape Innocent XI. approuva en 1684 les articles surajoûtés à leurs regles pour le bien de l'institut.

* BARUA, (Géog.) ville d'Afrique dans l'Abissinie, capitale du royaume de Barnagasse, située près du fleuve de Marabu.


BARUCH(Prophétie de) Théolog. nom d'un des livres de l'ancien-Testament, qui contient en six chapitres les prophéties de Baruch, fils de Neri ou Nerias, & disciple ou secrétaire du prophete Jérémie. Nous n'avons plus l'exemplaire hébreu de la prophétie de Baruch : mais on ne peut douter qu'il n'ait écrit en cette langue, comme les fréquens hébraïsmes dont elle est remplie le font connoître. On en a deux versions syriaques : mais le texte Grec paroît plus ancien. Les Juifs ne reconnoissent point ce livre pour canonique ; & on ne le trouve point dans les catalogues des livres sacrés d'Origene, de Meliton, de S. Hilaire, de S. Grégoire de Nazianze, de S. Jerôme, & de Rufin. Mais dans le concile de Laodicée, dans S. Cyrille, S. Athanase, & S. Epiphane, il est joint à la prophétie de Jérémie. La prophétie de Baruch doit être aussi comprise sous le nom de ce dernier prophete, dans les catalogues des Latins ; car S. Augustin, & plusieurs autres peres, citent les prophéties de Baruch sous le nom de Jérémie. Dupin, Dissert. prélim. sur la Bible.


BARULESS. m. pl. (Hist. eccl.) certains hérétiques dont parle Sanderus, qui soûtenoient que le fils de Dieu avoit pris un corps phantastique ; que les ames avoient toutes été créées avant la naissance du monde, & qu'elles avoient toutes péché à la fois. Sander. haeres. 149. (G)


BARUSSES(Géog. anc. & mod.) cinq îles de l'Océan oriental, qui, à en juger par ce que Ptolomée en dit, pourroient bien être celles que nous connoissons sous le nom de Philippines. Mercator croit que ce sont celles de Mandanao, Cailon, Sabut, & les voisines de Circium ; & Baudrand, celles de Macassar, Gilolo, Ceram, & autres connues sous le nom de Moluques.


BARUTH(Comm.) mesure des Indes qui contient dix-sept gantans, c'est-à-dire, cinquante à cinquante-six livres de poivre poids de Paris. Voy. GANTAN. (G)

* BARUTH, (Géog.) ancienne ville de Turquie dans la Syrie, sur le bord de la mer. Long. 52. 50. lat. 33. 30.


BARWICou BERWICK, (Géog.) ville d'Angleterre dans le Northumberland, à l'embouchure de la Tweede.


BARZOD(Géog.) petite ville de la haute Hongrie, dans le comté du même nom, sur la riviere de Hernath. Le comté de Barzod est borné au septentrion par ceux de Sembin & de Torna ; à l'occident par ceux de Gomor & de Sag ; au midi par celui de Herwecz ; & à l'orient par celui de Chege.


BAS adj. terme relatif à la distance, ou la dimension en longueur considérée verticalement : haut est le correlatif de bas. L'usage, la coûtume, les conventions, l'ordre qui regne entre les êtres, & une infinité d'autres causes, ont assigné aux objets, soit de l'art, soit de la nature, une certaine distance ou dimension en longueur considérée verticalement. Si nous trouvons que l'objet soit porté au-delà de cette distance ou dimension, nous disons qu'il est haut ; s'il reste en deçà, nous disons qu'il est bas. Il semble que nous plaçons des points idéaux dans les airs, qui nous servent de termes de comparaison toutes les fois que nous employons les termes bas & haut ou élevé. Nous disons d'un clocher qu'il est bas, & d'une enseigne qu'elle est haute ; quoique de ces deux objets l'enseigne soit le moins élevé. Que signifient donc ici les mots haut & bas ? sinon que relativement à la hauteur ou à la distance verticale à laquelle on a coûtume de porter les clochers, celui-ci est bas ; & que relativement à la hauteur à laquelle on a coûtume de pendre les enseignes, celle-ci est haute. Voilà pour la distance & pour l'art ; voici pour la dimension & pour la nature. Nous disons ce chêne est bas, & cette tulipe est haute : ce qui ne signifie autre chose, sinon que relativement à la dimension verticale que le chêne & la tulipe ont coûtume de prendre, l'un peche par défaut, & l'autre par excès. C'est donc dans l'un & l'autre cas l'observation & l'expérience qui nous apprennent à faire un usage convenable de ces sortes de mots, qu'il ne faudroit peut-être pas définir, puisque l'exactitude, quand on se la propose, rend la définition plus obscure que la chose. Mais on n'écrit pas pour ses contemporains seulement.

BAS, (Marine) les hauts & les bas du vaisseau ; les hauts du vaisseau, ce sont les parties qui sont sur le pont d'en-haut ; & les bas, celles qui sont dessous.

BAS LE PAVILLON, mettre bas le pavillon, (Marine) c'est-à-dire abaisser le pavillon pour se rendre, ou pour saluer un vaisseau plus puissant à qui l'on doit cet honneur. On dit de même avoir les mâts de hune à bas. (Z)

BAS, adj. en Musique, signifie la même chose que grave, & est opposé à haut ou aigu : on dit ainsi que le ton est trop bas, qu'on chante trop bas, qu'il faut renforcer les sons dans le bas. Bas signifie aussi quelquefois doucement, à demi-voix, &c. & en ce sens il est opposé à fort ; on dit parler bas, parler, chanter ou psalmodier à basse-voix : il chantoit ou parloit si bas qu'on ne l'entendoit point.

Coulez si lentement & murmurez si bas,

Qu'Issé ne vous entende pas.

La Mothe, Opera d'Issé. (S)

BAS, (Man.) mettre bas, porter bas, voyez PORTER.

Avoir les talons bas, voyez TALON. (V)

BAS se prend en Venerie, en Chasse, pour peu élevé : on dit bas voler, ou bavoler, en parlant de la perdrix, ou autres oiseaux qui n'ont pas le vol haut.

* BAS, s. m. (Bonnetterie, & autres marchands, comme Peaussier, &c.) c'est la partie de nôtre vêtement qui sert à nous couvrir les jambes : elle se fait de laine, de peau, de toile, de drap, de fil, de filoselle, de soie ; elle se tricote à l'aiguille ou au métier. Voyez pour les bas tricotés à l'aiguille, l'article TRICOTER.

Voici la description du bas au métier, & la maniere de s'en servir. Nous avertissons avant que de commencer, que nous citerons ici deux sortes de Planches : celles du métier à bas, qui sont relatives à la machine ; & celles du bas au métier, qui ne concernent que la main-d'oeuvre. Ainsi la Pl. III. fig. 7. du métier à bas, n'est pas la même Planche que la Pl. III. fig. 7. du bas au métier.

Le métier à faire des bas est une des machines les plus compliquées & les plus conséquentes que nous ayons : on peut la regarder comme un seul & unique raisonnement, dont la fabrication de l'ouvrage est la conclusion : aussi regne-t-il entre ses parties une si grande dépendance, qu'en retrancher une seule, ou altérer la forme de celles qu'on juge les moins importantes, c'est nuire à tout le méchanisme.

Elle est sortie des mains de son inventeur presque dans l'état de perfection où nous la voyons ; & comme cette circonstance doit ajoûter beaucoup à l'admiration, j'ai préféré le métier tel qu'il étoit anciennement, au métier tel que nous l'avons, observant seulement d'indiquer leurs petites différences à mesure qu'elles se présenteront.

On conçoit, après ce que je viens de dire de la liaison & de la forme des parties du métier à bas, qu'on se promettroit en vain quelque connoissance de la machine entiere, sans entrer dans le détail & la description de ces parties : mais elles sont en si grand nombre, qu'il semble que cet ouvrage doive excéder les bornes que nous nous sommes prescrites, & dans l'étendue du discours, & dans la quantité des Planches. D'ailleurs, par où entamer ce discours ? comment faire exécuter ces Planches ? la liaison des parties demanderoit qu'on dit & qu'on montrât tout à la fois, ce qui n'est possible, ni dans le discours, où les choses se suivent nécessairement, ni dans les Planches, où les parties se couvrent les unes les autres.

Ce sont apparemment ces difficultés qui ont détourné l'utile & ingénieux auteur du Spectacle de la nature, d'insérer cette machine admirable parmi celles dont il nous a donné la description : il a senti qu'il falloit tout dire ou rien ; que ce n'étoit point ici un de ces méchanismes dont on pût donner des idées claires & nettes, sans un grand attirail de Planches & de discours ; & nous sommes restés sans aucun secours de sa part.

Que le lecteur, loin de s'étonner de la longueur de cet article, soit bien persuadé que nous n'avons rien épargné pour le rendre plus court, comme nous espérons qu'il s'en appercevra, lorsqu'il considérera que nous avons renfermé dans l'espace de quelques pages l'énumération & la description des parties, leur méchanisme, & la main-d'oeuvre de l'ouvrier. La main-d'oeuvre est fort peu de chose ; la machine fait presque tout d'elle-même : son méchanisme en est d'autant plus parfait & plus délicat. Mais il faut renoncer à l'intelligence de ce méchanisme, sans une grande connoissance des parties : or j'ose assûrer que dans un métier, tel que ceux que les ouvriers appellent un quarante-deux, on n'en compteroit pas moins de deux-mille cinq cent, & par-delà, entre lesquelles on n'en trouveroit à la vérité beaucoup de semblables : mais si ces parties semblables sont moins embarrassantes pour l'esprit que les autres, en ce qu'elles ont le même jeu, elles sont très-incommodes pour les yeux dans les figures, où elles ne manquent jamais d'en cacher d'autres.

Pour surmonter ces obstacles, nous avons crû devoir suivre ici une espece d'analyse, qui consiste à distribuer la machine entiere en plusieurs assemblages particuliers ; représenter au-dessous de chaque assemblage les parties qu'on n'y appercevroit pas distinctement, assembler successivement ces assemblages les uns avec les autres, & former ainsi peu-à-peu la machine entiere. On passe de cette maniere d'un assemblage simple à un composé, de celui-ci à un plus composé, & l'on arrive sans obscurité ni fatigue à la connoissance d'un tout fort compliqué.

Pour cet effet nous divisons le métier à bas en deux parties ; le fût ou les parties en bois qui soûtiennent le métier, & qui servent dans la main-d'oeuvre ; & le métier même, ou les parties en fer, & autres qui le composent.

Nous nous proposons de traiter chacune séparément. Mais avant que d'entrer dans ce détail, nous rapporterons le jugement que faisoit de cette machine un homme qui a très-bien senti le prix des inventions modernes. Voici comment M. Perrault s'en exprime dans un ouvrage, qui plaira d'autant plus, qu'on aura moins de préjugés. " Ceux qui ont assez de génie, non pas pour inventer de semblables choses, mais pour les comprendre, tombent dans un profond étonnement à la vûe des ressorts presqu'infinis dont la machine à bas est composée, & du grand nombre de ses divers & extraordinaires mouvemens. Quand on voit tricoter des bas, on admire la souplesse & la dextérité des mains de l'ouvrier, quoiqu'il ne fasse qu'une seule maille à la fois ; qu'est-ce donc quand on voit une machine qui forme des centaines de mailles à la fois, c'est-à-dire, qui fait en un moment tous les divers mouvemens que les mains ne font qu'en plusieurs heures ? Combien de petits ressorts tirent la soie à eux, puis la laissent aller pour la reprendre, & la faire passer d'une maille dans l'autre d'une maniere inexplicable ? & tout cela sans que l'ouvrier qui remue la machine y comprenne rien, en sache rien, & même y songe seulement : en quoi on la peut comparer à la plus excellente machine que Dieu ait faite, &c.

Il est bien fâcheux & bien injuste, ajoûte M. Perrault, qu'on ne sache point les noms de ceux qui ont imaginé des machines si merveilleuses, pendant qu'on nous force d'apprendre ceux des inventeurs de mille autres machines qui se présentent si naturellement à l'esprit, qu'il suffiroit d'être venus des premier au monde pour les imaginer ".

Il est constant que la machine à bas a pris naissance en Angleterre, & qu'elle nous est venue par une de ces supercheries que les nations se sont permises de tout tems les unes envers les autres. On fait sur son auteur & sur son invention des contes puérils, qui amuseroient peut-être ceux qui n'étant pas en état d'entendre la machine, seroient bien aises d'en parler, mais que les autres mépriseroient avec raison.

L'auteur du Dictionnaire du Commerce dit que les Anglois se vantent en vain d'en être les inventeurs, & que c'est inutilement qu'ils en veulent ravir la gloire à la France ; que tout le monde sait maintenant qu'un François ayant trouvé ce métier si utile & si surprenant, & rencontrant des difficultés à obtenir un privilége exclusif qu'il demandoit pour s'établir à Paris, passa en Angleterre, où la machine fut admirée & l'ouvrier récompensé. Les Anglois devinrent si jaloux de cette invention, qu'il fut long-tems défendu, sous peine de la vie, de la transporter hors de l'île, ni d'en donner de modele aux étrangers : mais un François les avoit enrichis de ce présent, un François le restitua à sa patrie, pat un effort de mémoire & d'imagination, qui ne se concevra bien qu'à la fin de cet article ; il fit construire à Paris, au retour d'un voyage de Londres, le premier métier, celui sur lequel on a construit ceux qui sont en France & en Hollande. Voilà ce qu'on pense parmi nous de l'invention du métier à bas. J'ajoûterai seulement au témoignage de M. Savari, qu'on ne sait à qui l'attribuer en Angleterre, le pays du monde où les honneurs qu'on rend aux inventeurs de la nation, leur permettent le moins de rester ignorés.

DU FUT.

1. Les deux piés de devant qui soûtiennent le siége de l'ouvrier. Figure 1. Planche I.

2. Les deux piés de derriere.

3. La traverse d'en-bas, à laquelle est attachée la patte qui arrête les marches.

4, La traverse du haut du siege.

5. La traverse allegie. On pratique ordinairement à sa surface 5, une espece de rainure assez large, sur laquelle l'ouvrier met les choses qui lui sont commodes en travaillant.

6. La traverse du contre-poids.

7. La traverse d'en-bas.

8. 8. Les deux têtes du fût. Leur partie antérieure devroit être en biseau.

9. 9. Deux pattes de fer qui tiennent le métier fixé.

10. Le siege de l'ouvrier.

11. 11. Deux goussets qui servent à soûtenir le siége.

14. Support du gousset.

15. 15. Traverses qui servent de supports aux goussets.

16. 16. Supports des montans de devant.

17. 17. Les deux montans de devant.

18. 18. Goussets des montans & des piés de derriere.

19. 19. & 19. 19. Ouvertures pratiquées à chaque tête, pour y fixer les grandes pieces du métier.

20. 20. &c. Les vis avec leurs oreilles, qui servent à tenir les parties du fût fermement assemblées.

21. Un arrêtant. Ainsi l'arrêtant est, comme on voit, un morceau de fer fendu d'une ouverture oblongue, qui lui permet d'avancer ou de reculer à discrétion sur la tête de la vis, qui le fixe au côté intérieur du montant, & terminé d'un bout par une pointe dont l'usage est d'arrêter le crochet inférieur de l'abattant, & de l'empêcher d'avancer trop en-devant ; c'est de cet usage que cette piece a pris le nom d'arrêtant. Il y a un autre arrêtant à la surface & à la hauteur correspondante de l'autre montant.

22. Un petit coup. Le petit coup est une espece de vis, dont la tête a une éminence à laquelle on porte le bout du crochet inférieur de l'abattant quand on travaille : cette éminence est coupée en plan incliné vers le fond du métier, & permet au crochet de s'échapper presque de lui même.

23. 23. Les écrous à oreilles de l'arrêtant & du petit coup.

24. 24. Deux broches de fer, capables de recevoir chacune une bobine.

25. Une bobine dans sa broche.

26. 26. Deux passe-soies. Les passe-soies sont deux morceaux de fer recourbés, comme on voit, & percés de trous, par lesquels on fait passer la soie, qu'ils dirigent & empêchent de s'attacher aux objets circonvoisins.

27. Un rouloir avec les crochets qui le suspendent. Le rouloir est un instrument qui sert à plier l'ouvrage à mesure qu'il se fait. Il faut y distinguer plusieurs parties. La barre 1, 2, plate qui tient unis les côtés 3, 4, par leurs extrémités supérieures. La barre ronde 5, 6, qui s'ajuste dans les trous percés aux extrémités inférieures des côtés, comme nous l'allons dire. La noix 7, la gachette 8, le ressort 9, le bouton 10, la tringle 13, 14 ; la barre ronde est faite en douille par les deux bouts ; la noix & le bouton ont chacun une éminence ou espece de tourillon, par lesquels ils s'adaptent, l'un à un bout & l'autre à l'autre bout. Ces especes de tourillons sont percés d'un trou, qui ont leurs correspondans à la douille qui les reçoit. On voit ces trous 11, 12 : on place dans chacun une goupille qui traverse la douille & les tourillons, & qui fixe le bouton à l'une des extrémités de la barre ronde, & la noix à l'autre extrémité. D'où il arrive, que cette barre passée dans les ouvertures pratiquées au bas des côtés du rouloir, peut retourner dans ces ouvertures, mais ne peut s'en échapper, & que la noix est tenue appliquée au côté 3, où l'extrémité de la gachette entre dans ses dents & y reste engrenée, en vertu du ressort qui pousse son autre extrémité.

L'extrémité de la gachette peut bien s'échapper des dents de la noix, & laisser tourner la barre ronde sur elle-même, en un sens, mais non dans l'autre, c'est-à-dire, que l'ouvrage peut s'envelopper sur elle, & ne peut se développer.

La tringle 13, 14, sert à diriger l'ouvrage.

Vûe du fût, dont on a séparé un des côtés pour découvrir les parties suivantes. Planche II. fig. 1.

1. 2. 1. Les trois marches.

3. 3. Quarrés de bois qui les séparent.

4. Quarré de bois percé par le milieu, qui écarte de la marche du milieu les deux autres.

5. 5. Extrémité des deux marches.

6. 6. Traverse de bois, sur laquelle les marches 5, 5, peuvent agir.

7. Traverse de derriere.

8. Crochet de fer qui part d'un bout de la serrure ou de l'anneau de l'extrémité de la marche du milieu, & qui embrasse de l'autre bout la partie la plus basse de la petite anse.

9. 9. Cordes qui partent de l'extrémité des marches 5, 5, passent sur le tambour de la roue 13, & la font mouvoir de gauche à droite, & de droite à gauche à discrétion.

10. 10. Cordes qui partent des extrémités de la traverse 6, 6, & la tiennent suspendue en vertu de leurs crochets 10, 10, qui s'arrêtent à ceux du balancier.

11. Patte de fer attachée à la traverse 4, qui reçoit un boulon, sur lequel sont soûtenues les marches qu'il traverse, & dont l'extrémité qu'on n'apperçoit pas est reçûe dans un piton.

12. Patte de fer qui tient la roue suspendue par une des extrémités de son axe ou arbre ; on conçoit bien que l'autre extrémité est soûtenue de la même maniere.

13. La roue avec son arbre & son tambour, dont elle ne laissent appercevoir que le quarré.

14. La tige du contre-poids ; cette tige est mobile de bas en haut dans la patte 15.

15. La patte du contre-poids.

Fig. 2. Une poulie avec son fil de soie. Cette poulie n'est autre chose qu'un fil de laiton, auquel on a fait une boucle à chaque bout ; le fil de soie passe par ces boucles, & le poids du fil de laiton l'empêche d'approcher des objets circonvoisins, & l'aide à se devider de dessus la bobine. Quand la poulie n'est pas assez lourde pour la soie, on y attache une carte.

Voilà le fût du métier ancien, auquel on n'a presque point fait de changement depuis : on a seulement supprimé les quarrés qui séparent les marches ; on a allégi les pattes qui suspendent la roue. Au lieu de donner une patte à la tige du contre-poids, on a percé la traverse, par le milieu, d'un trou quarré, & l'on a fait passer la tige par ce trou, dont on a garni l'ouverture supérieure d'une plaque de fer, afin qu'elle ne fût point endommagée par la chûte du contre-poids : on en a encore amorti le coup, en attachant un morceau de cuir à la tête de la tige ou branche du contrepoids : cette tête doit être elle-même percée ; on verra dans la suite par quelle raison.

Voilà tout ce qui concerne le fût & ses parties. Nous n'avons rien dit de leur assemblage, parce qu'il n'a rien de particulier, & qu'il est tel qu'on le voit dans les figures. Passons maintenant au metier.

DU MÉTIER ET DE SES PARTIES.

Pour faciliter l'intelligence de cette machine, nous allons distribuer ses parties en plusieurs assemblages, qui s'assembleront eux-mêmes les uns avec les autres, & dont on verra résulter peu à peu la machine entiere.

PREMIER ASSEMBLAGE. Planch. II. fig. 3.

Les pieces entiérement semblables de part & d'autre, 1, II, 2, 3 ; 1, II, 2, 3, s'appellent les grandes pieces, & ce sont en effet les plus grandes qu'il y ait dans le metier, elles forment le devant du métier par leur saillie 1, II. 1, II, & le derriere par leur hauteur d'équerre 2, 3, 2, 3. Leur saillie 1, 2 ; 1, 2, s'appelle avant-bras. L'avant-bras a à son extrémité 1, 1, une charniere, & à son extrémité 2, 2, une éminence oblongue & parallélogrammatique, qu'on appelle l'oreille de la grande piece. Cette oreille est percée de plusieurs trous, qui servent à fixer par des vis la grande piece sur la tête du fût.

Les pieces entierement semblables & semblablement placées 4, 5 ; 4, 5, s'appellent les épaulieres ; elles s'assemblent par leurs ouvertures quarrées avec l'arbre 6, 7, dont elles reçoivent les quarrés.

La piece 6, 7, s'appelle l'arbre ; ses deux extrémités, dont on en voit une représentée fig. 4. sont terminées l'une & l'autre par un quarré 1, & par un tourillon 2. L'ouverture 5 quarrée des épaulieres 4, 5 ; 4, 5, reçoit le quarré de l'arbre, dont le tourillon est reçu dans le noeud 3 ou 3 de la grande piece : ainsi les épaulieres sont fixées sur l'arbre, mais l'arbre tourne dans les noeuds 3, 3, des grandes pieces.

L'arbre a dans son milieu une saillie ou espece d'oreille 8 qu'on appelle le porte-faix de l'arbre. On voit à chaque noeud 3, 3, des grandes pieces 1, II, 2, 3 ; 1, II, 2, 3, un bouton en vis 9, 9, qui s'enleve & permet de couler de l'huile dans le noeud 3, 3, quand il en est besoin.

LA PARTIE 10, 10, s'appelle la barre de derriere d'en-haut : elle s'attache, comme on voit ici, au derriere des grandes pieces & en-dehors.

La PARTIE 11, 11, s'appelle la barre de derriere d'en-bas, elle s'attache, comme on voit ici, au derriere des grandes pieces en dedans.

L'usage de ces deux barres est de soûtenir le portefaix d'en-bas.

Le PORTE-FAIX D'EN-BAS fig. 5. est composé de plusieurs piéces : d'une roulette 1 attachée à la piece 2, qui conserve le nom de porte-faix d'en-bas ; d'une chape 3, qui passe sur le porte-faix, qui y est fixée, & qui soûtient la roulette ; & d'un boulon 4, qui traverse les côtés de la chape & la roulette mobile sur ce boulon.

Ce petit assemblage se fixe, fig. 3. au milieu de la barre d'en-haut & de la barre d'en-bas, & entre ces barres, comme on le voit en 12.

La PARTIE 13, 13, s'appelle gueule de loup : la gueule de loup est fixée au milieu de la barre d'en-bas.

Les nouveaux métiers ont deux gueules de loup, attachées à la barre d'en-bas à des distances égales des grandes pieces. Les parties par lesquelles elles sont fixées à la barre sont ouvertes selon leur longueur, afin qu'elles puissent, comme on l'a dit de l'arrêtant, glisser sous la tête des vis qui les fixent, & s'arrêter à telle hauteur qu'on desire : ce qui est très-essentiel.

La PARTIE 14, 14, 15, 15, fixée par deux vis sur chaque extrémité des épaulieres, s'appelle le balancier. Il est composé de deux barres paralleles 14, 14, 15, 15, qui sont assemblées, comme on voit, & dont celle d'en-bas, 15, 15, est terminée par deux petits crochets.

On a corrigé ce balancier dans les métiers nouveaux ; on a supprimé la barre 15, 15, avec son tenon, & on lui a substitué sur la barre 14, 14, à égale distance des épaulieres, deux vis arrêtées par des écrous à oreilles, placés sur la surface supérieure de cette barre. La tête de ces vis se trouve donc sous cette barre. Cette tête percée peut recevoir deux petits crochets ; & ces petits crochets font les mêmes fonctions que ceux de la piece 15, 15, qu'on a supprimée. D'ailleurs, à l'aide des écrous à oreilles, on peut hausser & baisser ces crochets à discrétion.

La PARTIE 16, 16, s'appelle le grand ressort. Son extremité 16 est terminée par un petit tourillon, qui entre dans l'enfoncement du coup de pointe 16 du portefaix d'en-bas ; & son extrémité 16 s'ajuste par un autre tourillon dans l'extrémité de la vis 17, qui traverse le porte-faix d'en-haut, & à l'aide de laquelle il est évident qu'on peut bander ou relâcher à discrétion le grand ressort, dont l'effort tend à relever les épaulieres avec le balancier, en faisant tourner l'arbre sur lui-même.

Voilà le premier assemblage : j'avertis qu'avant de passer au second, il faut avoir celui-ci très-familier ; sinon les pieces venant à se multiplier, & les assemblages mal-compris s'assemblant ensuite les uns avec les autres, formeront des masses confuses où l'on n'entendra rien. On en jugera par le second assemblage, qui ne differe du premier que par un très-petit nombre de pieces sur-ajoûtées, & qui commence toutefois à devenir un peu difficile à bien saisir.

SECOND ASSEMBLAGE. Planche III. fig. 1.

Cet assemblage est formé des pieces de l'assemblage précédent, auquel on a ajoûté les pieces suivantes.

Dans les noeuds 1, 1, des grandes pieces, sont placées les pieces 17, 18, 19 ; 17, 18, 19 : ces pieces s'appellent les bras de presse ; elles sont fixées dans les noeuds 1, 1, par un boulon & par une goupille. Il faut distinguer dans les bras de presse trois parties : 17, le noeud de la charniere du bras ; ce noeud s'ajuste, comme on voit dans la charniere de l'avant-bras de la grande piece & s'y retient, comme nous avons dit : 18, le croissant du bras ; & 19, sa patte.

La patte du bras de presse est garnie d'une vis avec l'écrou à oreilles 20, 20 ; 20, 20, cette vis s'appelle vis de marteau. Son extrémité inférieure vient frapper, dans le travail, sur la grande piece : mais elle ne permet au bras de presse de descendre, qu'autant qu'on le juge à propos.

La PARTIE 21, 21, fig. 2. s'appelle la grande anse. Le lieu qu'elle occupe, & la faculté de son jeu, exigent le coude qu'on lui voit : elle se fixe, comme on voit fig. 1. sur chaque patte des bras de presse, aux lieux 21, 21.

La PARTIE 22, 22, fig. 3. s'appelle la petite anse. Ses deux crochets se placent aux deux angles du coude de la grande anse, comme on voit fig. 1.

La PARTIE 23, 23, s'appelle le crochet de la petite anse, fig. 2. Pl. III. S'il y avoit eu de la place, on le verroit dans le coude de la petite anse.

La PARTIE 24, 24, qui part de l'extrémité, fig. 1. de la branche ou tige du contre-poids, est une courroie de cuir qui vient passer sur la roulette du porte-faix d'en-bas, & s'attacher par son extrémité 24, au milieu du coude de la grande anse.

La PARTIE 25, fig. 1. est un contre-poids attaché, comme on voit, à la branche ou tige 26 du contre-poids qu'on doit reconnoître, & dont nous avons parlé à propos du fût.

Le CROCHET 23, 23, fig. 4. dont un des bouts embrasse le coude de la petite anse, tient par son autre bout à l'anneau de la marche du milieu, comme on peut voir fig. 1. Pl. II.

COROLLAIRE PREMIER.

D'où il s'ensuit : 1°. qu'en appuyant du pié sur cette marche, fig. 1. Pl. II. le crochet 23, 23, fig. 1. Pl. II. sera tiré en-bas ; que la petite anse 22, 22, fig. 1. Pl. III. le suivra, & que la petite anse fera descendre la grande anse 21, 21 : mais la grande anse 21, 21, ne peut descendre que les bras de presse 17, 18, 19 ; 17, 18, 19, ou plûtôt leurs vis de marteau 20, 20, ne viennent frapper sur les grandes piéces 1, II. 2, 3 ; 1, II, 2, 3 ; que la courroie 24, 24, qui passe sur la roulette du porte-faix d'en bas, ne soit tirée en em-bas ; qu'elle ne fasse monter la tige ou branche 26 du contre-poids, & que cette tige n'entraîne en-haut le contre-poids 25.

COROLLAIRE II.

D'où il s'ensuit : 2°. que si on leve le pié de dessus la marche, alors tous les mouvemens se feront en sens contraire : rien ne retenant plus le contre-poids 25, il descendra ; sa branche 26. descendra avec lui ; la courroie 24, 24, avec la branche : mais la courroie passant sur la roulette, ne peut descendre qu'elle ne tire en-haut & ne fasse monter la grande anse 21, 21. La grande anse montera, les bras de presse 17, 18, 19 ; 17, 18, 19, se releveront ; la petite anse 22, 22, montera ; son crochet 23, 23, la suivra ; & la marche suivra le crochet, se relevera, & tout se restituera dans l'état que représente la fig. 1. de cette Pl. III.

Ce second assemblage forme ce qu'on appelle communément la cage du métier, sa carcasse, son corps, ses parties grossieres. Nous allons passer à ce que les ouvriers appellent l'ame du métier. Les parties se multiplieront ici au point, que je ne peux trop conseiller au lecteur de se familiariser avec ce second assemblage, & avec le jeu & les noms de ses parties.

TROISIEME ASSEMBLAGE. même Pl. III. fig. 5.

On voit dans la fig. 5. de cette planche, quatre piéces assemblées. Les deux pieces semblables 27, 28, 29 ; 27, 28, 29, s'appellent porte-grilles ou chameau de la barre fondue : la piece qu'on appelle bois de grille, & dont nous allons parler, se fixe sur leurs parties 28, 29 ; 28, 29, par des vis & des écrous à oreilles. Les extrémités des vis passent dans les ouvertures longitudinales qu'on y voit : on leur a donné cette figure, afin qu'on pût les avancer ou reculer à discrétion. La piéce 30, 30, s'appelle petite barre de dessous ; & celle 31, 31, qui est fixée sur le milieu de la petite barre de dessous, est un porte-roulette garni de sa roulette, du boulon de sa roulette, & de la goupille du boulon.

La figure 6. est l'assemblage des pieces précédentes, & du bois de grille garni de sa grille. On voit 32, 32 ; 32, 32, les vis qui traversent le bois de grille 33, 33, qui passent dans les ouvertures longitudinales des parties 28, 29 ; 28, 29 des chameaux, & qui fixent le bois de grille sur ces chameaux. La grosse piéce 33, 33, s'appelle bois de grille. La grille est l'assemblage de deux rangées paralleles & perpendiculaires des petits ressorts plantés dans le bois de grille. Il est très-à-propos de connoître la configuration de ces petits ressorts, & d'en examiner l'arrangement. Ils sont plantés parallelement : ils laissent entr'eux un petit espace ; & ceux qui forment la ligne de derriere, correspondent exactement aux intervalles que laissent entr'eux ceux qui forment la ligne de devant. L'extrémité supérieure de chacun de ces petits ressorts est renversée en-arriere, & forme une espece de plan incliné. La partie qui est immédiatement au-dessous de ce plan incliné est une cavité, qu'on peut regarder comme formée de deux autres petits plans inclinés, dont la rencontre forme un angle, & fait le fond de la petite cavité. La partie qui est immédiatement au-dessous de la petite cavité, est un quatrieme plan incliné, qui a le reste du ressort pour sa longueur.

La figure 7. est un des petits ressorts de grille détaché. La partie a b est le premier plan incliné ; la partie b c est le second ; la partie c d est le troisieme ; & la partie d f est le quatrieme.

La figure 8. est ce qu'on appelle la barre fondue ou fendue : barre fondue, parce que la partie inférieure de son chassis est coulée & remplie d'étain ; barre fendue, à cause des ouvertures ou fentes qui laissent entr'eux les petits quarrés de cuivre dont elle est garnie. Cette barre fondue ou fendue est composée de plusieurs pieces dont nous allons parler : 34, 34 ; 34, 34, sont deux côtés du chassis : 35, 35 ; 35, 35, sont deux pieces de commodité qui s'ajustent, comme on les voit avec les deux côtés, & qui servent à supporter la barre fondue : 36, 36 ; 36, 36, sont deux charnieres dont l'usage est de recevoir les contre-pouces ; pieces dont nous allons parler. On voit, fig. 9. une de ces charnieres : elle est percée à sa partie inférieure de deux petits trous, dans lesquels on fait passer une goupille qui traverse en même tems les deux côtés de la barre, & qui fixe la charniere entre ces côtés. Les deux quarrés de sa partie supérieure sont aussi percés dans le milieu, de même que tous les quarrés & autres parties prises entre les côtés de la barre fondue. On dira tout à l'heure l'usage de ces ouvertures. Les pieces 37, 37, sont deux autres charnieres, toutes semblables aux précédentes, & pareillement assemblées avec les côtés de la barre fondue ; mais dont l'usage est de recevoir d'autres pieces qu'on appelle tirans : 38, 38 ; 38, 38, &c. sont les cuivres de la barre fondue. On voit, fig. 10. la forme d'un de ces cuivres. Leur partie inférieure ou leur queue s'insere entre les côtés de la barre fondue, & le quarré de la partie supérieure demeure supporté sur ces côtés. Ces deux parties sont percées l'une & l'autre, comme on voit, & comme nous avons dit. Tous ces cuivres sont exactement semblables ; tous placés parallelement les uns aux autres, & laissant tous entr'eux le même petit intervalle. Quand on les a bien disposés, on coule de l'étain dans le dessous du chassis de la barre fondue ; cet étain remplissant exactement le chassis, entre dans les trous pratiqués aux queues des cuivres, & les fixe solidement dans la disposition qu'on leur a donnée. C'est le nombre de ces cuivres qui marque la finesse d'un métier ; plus il y a de cuivres, plus un métier est fin. L'intervalle du premier au dernier cuivre est ordinairement de quinze pouces. On pourroit le prendre plus grand : mais l'expérience l'a déterminé de cette longueur. On divise cet intervalle en parties de trois pouces ; & s'il y a dans chaque intervalle de trois pouces vingt cuivres, on dit que le métier est un vingt ; & s'il y en a trente, on dit que le métier est un trente ; & ainsi de suite. J'ai vû des métiers dont la barre fondue portoit jusqu'à quarante deux cuivres, par trois pouces.

On ajuste aux extrémités de la barre fondue la piece quarrée 39, qu'on voit fig. 11. percée dans le milieu & allongée à son angle inférieur en tourillon. Cette piece est fixée à chaque extrémité de la barre fondue par une vis & son écrou. Cette vis traversant les côtés de la barre fondue avec la piece à tourillon, sert en même tems à serrer ces côtés. La piece, 35 de la fig. 11. est la piece de commodité, séparée de l'assemblage de la fig. 8.

La figure 1. Plan. IV. est un assemblage des portes grilles 27, 28, 29 ; 27, 28, 29, de la petite barre de dessous 30, 30, qu'on ne voit pas ; de la roulette fixée sur son milieu, que le bois cache aussi ; du bois de grille garni de sa grille 33, 33, de la barre fondue entiere 34, 34 ; 34, 34, avec les pieces de commodité 35, 35, des charnieres à contre-pouces 37, 37 ; des charnieres à tirans 36, 36 ; des cuivres 38, 38, &c. des quarrés à tourillon 39, 39.

J'observerai ici que la barre fondue n'est pas tout-à-fait la même dans les nouveaux métiers, que dans celui que je viens de décrire ; on a supprimé les pieces de commodité, & le quarré à tourillon n'a pas tout-à-fait la même figure : la barre se termine d'une façon un peu plus simple.

La piece 40 s'appelle platine à ondes, fig. 2. Il faut distinguer dans cette piece plusieurs parties, qui ont toutes leurs usages, comme on verra dans la suite. a, la tête de la platine ; b, son bec ; c, le dessous du bec ; d, la gorge ; e, le ventre ; f, la queue.

On voit, fig. 3. une piece qui s'appelle onde, 41. On voit que l'onde est fendue par sa partie antérieure, qu'elle a une éminence au milieu ; que cette éminence est percée, & que sa queue se termine en pointe mousse. La tête de la platine à onde s'insere, s'attache & se meut dans la fente de la tête de l'onde ; & ces deux pieces assemblées se placent entre les intervalles que laissent entr'eux les cuivres de la barre fondue, de maniere que l'ouverture de l'éminence de l'onde réponde aux ouvertures des deux cuivres entre lesquels elle est placée, & que sa queue s'avance juste au fond de la cavité d'un ressort de grille.

COROLLAIRE III.

Il s'ensuit de là qu'il faut autant de platines à ondes que d'ondes, autant d'ondes que de cuivres, autant que de ressorts de grille ; & que les queues des ondes doivent être alternativement un peu plus courtes & un peu plus longues ; plus longues en celles qui vont jusqu'au fond de la petite cavité des ressorts de grille de la seconde rangée ; plus courtes en celle qui ne vont qu'au fond de la petite cavité des ressorts de grille de la premiere rangée.

On voit, fig. 4. tous les intervalles laissés entre les cuivres remplis d'ondes garnies de leurs platines, 40, 40, 40, &c. L'usage des cuivres est maintenant évident ; on voit qu'ils servent à tenir les ondes paralleles, & à les empêcher de vaciller à droite ou à gauche.

On a représenté, fig. 5. la piece appellée un tirant, qui doit remplir la charniere de barre fondue, que nous avons appellée charniere de tirant, & que nous avons chiffrée fig. 1. 36. Le tirant 42. fig. 4. ressemble exactement à la partie antérieure d'une onde ; il fait en dessus & en dessous les mêmes coudes : il a l'éminence pareille & pareillement percée ; il est seulement plus fort ; & au lieu d'avoir l'extrémité antérieure fendue, il l'a propre à être ajustée dans le porte-tirant.

On voit fig. 4. le tirant 42. dans sa charniere, dont la figure n'est pas inutile ; car on doit s'appercevoir que ses deux quarrés sont destinés à tenir le tirant, parallele aux ondes & non vacillant.

La piece 43, 44, 45, fig. 4. qu'on voit dans la charniere que nous avons chiffrée 37, fig. prem. s'appelle contre-pouce, sa partie antérieure 43, a la forme d'un pouce ; elle est chargée d'un contre-poids 44 : il y a en-dessous une éminence comme aux tirants & aux ondes ; & sa partie postérieure 45, se termine par un quarré plat & percé dans le milieu.

Les contre-pouces, les tirans, les charniere des contre-pouces, les charnieres des tirans, & toutes les ondes avec les cuivres, sont traversées par une verge ronde, qu'on appelle verge de barre fondue. On voit en 46 l'extremité de cette verge. Les tirans, les contre-pouces & les ondes, peuvent se mouvoir librement sur elle ; & elle sert comme d'axe & de point d'appui à toutes ces parties.

On a ajusté à l'extrémité de la barre fondue, la roulette 47 dans son tourillon, fig. 4.

La piece 48, 48, qu'on voit, fig. 4. ajustée par ses extrémités quarrées, sur les extrémités de même figure des contre-pouces, s'appelle la bascule. Il faut que le bec du contre-pouce avec le poids dont il est chargé, soit plus lourd que la partie postérieure avec la partie de bascule qu'elle soûtient ; car l'usage du contre-pouce & de son contre-poids, est de faire relever la bascule d'elle-même, quand en lâchant le pouce, on cesse de presser le contre-pouce en-dessous & d'appliquer la bascule sur la queue des ondes.

Si l'on revient à la piece de commodité de la barre fondue, fig. 1. on appercevra à l'extrémité de sa partie postérieure un petit tenon o ; c'est sur ce petit tenon qu'est soûtenue la barre à chevalet, ou la machine 49, 49, qu'on voit passée sous la queue des ondes, fig. 4. Dans les métiers nouveaux, la barre à chevalet ne porte que sur les grandes pieces.

On distingue dans le chevalet plusieurs parties ; 50, 50, s'appelle la barre à chevalet ; 51, la joue du chevalet, 52, le corps du chevalet ; 53, l's de la corde à chevalet ; 54 la roulette de la barre à chevalet. Les joues & le corps du chevalet tiennent ensemble : cet assemblage est mobile le long de la barre à chevalet : c'est la même corde qui part d'une des s 53, passe sur une des roulettes 49 de la barre à chevalet, va s'envelopper sous la roue du fût 13, Pl. II. fig. 1. & se rend à l'autre s 53 ; elle est cloüée sur la roue.

COROLLAIRE IV.

D'où il arrive qu'en appuyant sur la marche, 1, 5, qui est à gauche, fig. 1. Pl. II. cette marche faisant tourner le tambour de la roue 13, de droite à gauche, la roue 13 tourne en même sens ; le corps du chevalet Pl. IV. fig. 4. 51, est tiré en même sens : & il va le long de la barre à chevalet 50, 50, de droite à gauche, jusqu'aux arrêts 55, 55, de la barre à chevalet : c'est le contraire, si lorsque le chevalet est aux arrêts 55 de la barre à chevalet, on vient à appuyer sur la marche qui est à droite.

COROLLAIRE V.

Mais le corps du chevalet, faisant combler 51, & étant un peu plus élevé que la position presqu'horisontale des ondes, ou que les petites cavités des ressorts de grille où leurs queues sont placées, ne peut passer sous ces queues sans les chasser de ces cavités ; c'est ce qui produit ce cliquetis assez long qu'on entend, lorsque l'ouvrier travaille. Il est causé par l'action du comble 51 du chevalet, contre le dessous de la queue des ondes par la réaction des ressorts de grille, des cavités desquels les queues des ondes ne peuvent s'échapper, sans repousser ces ressorts & se trouver ensuite sur le petit plan incliné, qui forme leur extrémité & qui facilite cette réaction ; & par la chûte de la tête des ondes sur une piece dont nous parlerons, & qu'on appelle la barre à moulinet, contre laquelle les têtes des ondes viennent frapper. C'est pour que cette chûte se fasse, qu'on a pratiqué en dessous de l'onde entre sa tête & son éminence, un coude ou vuide. Moyennant ce vuide, l'onde n'est point gênée dans son mouvement par la barre fondue, qui ne laisse pas d'avoir de la largeur ; c'est par cette raison qu'on a pratiqué le même coude, ou vuide aux tirans.

La bascule sert à faire sortir les queues des ondes des cavités des ressorts de grille & à les faire descendre ; & le chevalet, à les chasser des mêmes cavités & à les faire monter.

Dans les nouveaux métiers, comme il n'y a point de pieces de commodité, la barre à chevalet porte sur les longues pieces ; elle s'y fixe à l'aide de deux chameaux, qui ont chacun une vis quarrée avec un petit tourillon, qui entre dans le dessous de la barre à chevalet.

Voilà le troisieme assemblage, ou l'ame du métier. Nous allons passer au quatrieme, qui ne sera que l'assemblage du second & du troisieme ; de même que le second n'étoit que l'assemblage du premier & de quelques autres parties.

QUATRIEME ASSEMBLAGE, Pl. IV. fig. 6.

Ce quatrieme assemblage est composé du second & du troisieme. C'est la cage du métier dans laquelle on a placé l'ame.

Nous avons donné ci-dessus un détail si exact des parties de ces deux différens assemblages & de la maniere dont elles sont assemblées, que nous pourrions nous contenter d'observer ici, que l'ame ou le troisieme assemblage est mobile dans le second ou dans la cage ; que la barre fendue ou fondue & toutes ses appartenances sont soûtenues par la gueule de loup, 13, 13, fig. 3. Pl. II. attachée à la barre de derriere d'en bas, qui est fixée aux hauteurs d'équerre des grandes pieces, & par les deux roulettes 47, 47 ; fig. 6. Pl. IV. placées aux extrémités de la barre fondue ; que la roulette de la petite barre de dessous du bois de grille entre & se meut dans la gueule de loup ; que les deux roulettes de l'extrémité de la barre fondue passent & se meuvent sur les grandes pieces ; & que l'assemblage entier que nous avons appellé l'ame du métier, peut s'avancer en devant & se reculer en arriere.

Mais pour faciliter au lecteur l'intelligence de la machine, nous allons lui rappeller toutes les pieces de ce quatrieme assemblage, avec leurs principales correspondances, dans l'ordre où il a vû naître cet assemblage.

1, 2, 3 ; 1, 2, 3. Les grandes pieces.

4, 5 ; 4, 5. Les épaulieres fixées dans le quarré de l'arbre 6, 7.

6, 7. L'arbre mobile sur ses tourillons placés dans les noeuds 3, 3, des grandes pieces.

8. Le porte-faix de l'arbre.

9. Bouton pour couler de l'huile dans le noeud.

10, 10. Barre de derriere d'en-haut.

11, 11. Barre de derriere d'en-bas. Ces deux barres servent à fixer entr'elles le porte-faix d'en-bas, avec sa chape & sa roulette.

12. Porte-faix d'en-bas avec sa chape & sa roulette, fixés entre les barres de derriere.

13. Gueule de loup fixée à la barre de derriere d'en-bas, qui reçoit la roulette de la petite barre de dessous de la barre fondue.

14, 14, 15. 15. Le balancier fixé sur les épaulieres à quelque distance de leurs noeuds.

16, 16. Le grand ressort placé entre les deux portefaix.

17, 18, 19. 17, 18, 19. Les barres de presse assemblées avec les grandes pieces.

20, 20. Vis de marteau avec son écrou, placée sur les pattes des bras de presse.

21, 21. Les extrémités de la grande anse, fixées sur les extrémités des bras de presse.

22, 22. Les deux crochets de la petite anse.

Le noeud 4 de l'épauliere droite, couvre la partie de la courroie, qui prend le milieu de la grande anse & qui passe sur la roulette du porte-faix d'en-bas ; & la barre fondue & ses parties empêchent qu'on ne voye la suite de la courroie, aller de dessus la roulette du porte-faix d'en-bas, au sommet de la tige ou branche du contre-poids : on n'apperçoit qu'une partie, 26, 26, des branches de la petite anse.

27, 28, 29. Un des chameaux ou porte-grille ; l'autre est caché par les platines à ondes.

Le bois de grille cache la petite barre de dessous 30, 31, avec son porte-roulette & sa roulette que reçoit la gueule de loup ; on n'apperçoit que l'extrémité 32 de la vis qui fixe le bois de grille sur le chameau du côté droit, que l'extrémité 33 du bois de grille, & que les extrémités des petits ressorts plantés dans le bois de grille & formant la grille.

34, 34. Les extrémités des deux barres qui forment le chassis de la barre fondue.

35. Une des pieces de commodité qui soûtiennent le chevalet par un piton qui entre dans un trou pratiqué au-dessous de la barre à chevalet.

36. Un des quarrés de la charniere du tirant.

37, 37, Les quarrés des deux charnieres des contre-pouces. Les ondes 42 couvrent les cuivres de la barre fondue.

38. Piece quarrée prise entre les côtes de la barre fondue, de l'angle inférieur, de laquelle part un tourillon dont on voit 47 l'extrémité à-travers la roulette 47 du côté droit.

39, 39, 39. Platines à ondes fixées à l'extrémité des ondes.

40. Ondes.

41, 41, 41. Partie de la surface supérieure des cuivres de la barre fondue.

42. Un tirant dans sa charniere.

43, 44, 45. Un contre-pouce avec son poids, dans sa charniere.

46. L'extrémité de la verge qui traverse les contre-pouces, les tirants, les cuivres & les ondes.

47. Roulettes de la barre fondue.

48, 48. La bascule fixée sur les extrémités de derriere des contre-pouces.

On voit très-bien le chevalet 49, 50, 51, 52, 53, 54, avec toutes ses parties : mais on ne voit point le tourillon de la piece de commodité qui le supporte.

Voilà le détail de ce quatrieme assemblage : j'y ai rappellé toutes les parties dont nous avons fait mention jusqu'à présent ; tant celles qu'on voit dans sa figure, que celles qu'on n'apperçoit point du tout, ou qu'on n'apperçoit qu'en partie. Nous pouvons donc passer maintenant au cinquieme assemblage, & nous tenir pour persuadés que ce sera plûtôt l'effet de l'inattention du lecteur, ou plûtôt celui de la composition de la machine, que notre faute, si l'on ne nous a pas entendus jusqu'à présent.

CINQUIEME ASSEMBLAGE. Planche V.

On voit dans la premiere figure de cette Planche ce cinquieme assemblage complet.

La piece 56, 56, figure 1 & 2, qui sert de base à toutes les autres, s'appelle corps de barre à aiguilles : ce corps de barre à aiguilles a une petite saillie ou cordon qu'on apperçoit au lieu 57. On fixe sur cette saillie la petite barre de la figure 3, qu'on ne peut appercevoir dans la figure premiere qu'on appelle queue d'aronde du corps de barre à aiguilles. La surface inférieure de cette piece est plate ; sa supérieure est un talus ou biseau un peu convexe ; ce biseau est tourné vers le fond du corps de barre à aiguilles. On en verra tout-à-l'heure l'usage.

Les pieces 58, 58, figure premiere, sont appellées par les ouvriers étochios, figure 4, 58 ; elles sont placées sur le corps de barre qu'elles traversent, par un tenon quarré qui les tient fermes & immobiles sur ce corps ; elles sont au niveau de sa saillie, & elles sont appliquées exactement contre la queue d'aronde.

Les pieces 59, 59, 59, figure premiere, &c. sont des plombs à aiguilles avec leurs aiguilles, rangés sur la queue d'aronde, entre les deux étochios. On voit, figure 5 & 6, un de ces plombs à aiguilles avec ses trois aiguilles. On a pratiqué à ce plomb, en le coulant, une petite échancrure à sa partie antérieure de dessous. La queue d'aronde a exactement la forme de cette échancrure ; ensorte qu'elle remplit les échancrures de tous les plombs à aiguilles. Il n'est pas inutile de remarquer que la partie postérieure de dessus du plomb à aiguille est en talus.

Les pieces 60, 60, figure premiere sont des plaques de barre à aiguilles ; ces pieces sont plates en dessus ; mais leur partie antérieure de dessous imite exactement le talus de la partie postérieure de dessus du plomb à aiguille. Les plombs à aiguille sont donc fixés inébranlablement entre les plaques & la queue d'aronde ; entre les plaques qui s'appliquent exactement sur le talus de leur partie postérieure, & la queue d'aronde qui remplit les échancrures de leur partie antérieure. Ces plaques sont fixées fortement sur le corps de barre par deux vis qui les traversent chacune, & le corps de barre.

Les pieces 61, 62 ; 61, 62, s'appellent des corps de jumelles ; ces corps de jumelles sont fixés fortement par leurs pattes 62, 62, sur le corps de barre à platines. Il faut y remarquer deux choses ; leur extrémité supérieure, avec la saillie qui est au-dessous, & parallele à cette extrémité. Cette configuration a son usage, comme on verra dans la suite.

Les jumelles des nouveaux métiers sont mieux entendues ; la plaque supérieure 61 de la jumelle est percée au milieu & traversée d'une vis qu'on peut avancer ou reculer ; & au lieu d'une saillie S, S, telle qu'on la voit ici, elles ont une autre plaque parallele & semblable à celle de l'extrémité 61, percée pareillement & traversée d'une vis, dont la tête est au-dessous de la plaque, & qu'on peut aussi avancer & reculer ; ce qui met moins de difficulté dans la construction du métier, & plus de facilité dans le travail : comme on verra quand je parlerai de la main-d'oeuvre.

Les pieces 63, 63, placées perpendiculairement sur le corps de barre & parallelement aux jumelles, s'appellent les moulinets.

Il y a dans les moulinets plusieurs parties à distinguer : 64, 64, le corps du moulinet, qui se termine par un tenon quarré que le corps de barre reçoit dans un trou quarré ; 65, 65, le ressort du moulinet. Ce ressort est mobile dans une charniere 66, qui traverse le corps du moulinet de dehors en dedans. La queue de ce ressort porte sur un autre ressort placé plus bas qui la releve ; 67, tenon qui traverse le corps du moulinet, & qui est traversé par l'arbre du moulinet qu'il tient ferme & dirige ; 68, croisée du moulinet ; 68, roue dentée du moulinet ; 80, arbre du moulinet.

La piece 81, 81, que traverse l'extrémité en vis de l'arbre à moulinet, s'appelle boîte à moulinet : c'est en effet une boîte, ouverte par sa partie antérieure, & mobile le long du corps à moulinet, à l'aide de l'arbre à moulinet. Cette boîte reçoit une barre de fer quarrée 82, 82, appellée barre à moulinet, que le ressort courbe 83, 83, 83, fixé par ses extrémités aux côtés des deux boîtes, tient dans l'état où on la voit. Ce ressort courbe est encore attaché par son milieu à la barre à moulinet. Cette barre peut se mouvoit en devant & en arriere : mais il est évident que si quelque puissance la pousse en arriere, le ressort la repoussera en devant, & la restituera dans la situation où on la voit dans cette figure, aussi-tôt que la puissance cessera d'agir.

La barre à moulinet étant renfermée par ses extrémités dans les boîtes, son ressort étant fixé par ses extrémités au côté des boîtes, il est évident que l'arbre de moulinet faisant monter ou descendre les boîtes, fera pareillement descendre ou monter avec elles la barre & son ressort. Fin du cinquieme assemblage.

SIXIEME ASSEMBLAGE.

Pour avoir le sixieme assemblage, il ne s'agit que d'assembler cet assemblage avec le quatrieme ; & c'est ce qu'on voit exécuté dans la figure 7 de la même Planche V.

Le corps de barre à aiguille 56, 56, est fixé sur les grandes pieces ; de maniere que les platines à ondes sont passées entre les aiguilles de deux en deux, & sont toutes voisines des plombs à aiguilles ; que les jumelles sont entre les bras de presse, & que l'extrémité des jumelles est appliquée sur les épaulieres, entre leurs noeuds & les extrémités du balancier.

COROLLAIRE VI.

On voit que sans la plaque de l'extrémité des jumelles qui contient les épaulieres, le grand ressort faisant tourner l'arbre du métier, emporteroit au derriere du métier & les épaulieres, & le balancier qui leur est attaché.

COROLLAIRE VII.

On voit encore qu'il est à propos que cette plaque des jumelles soit traversée d'une vis, dont l'extrémité donne sur les épaulieres ; car par ce moyen, on tiendra les épaulieres à telle hauteur qu'on voudra.

COROLLAIRE VIII.

On voit en troisieme lieu que la saillie de la jumelle ne servant qu'à empêcher l'épauliere de descendre trop bas quand on travaille, il vaudroit mieux substituer à cette saillie immobile telle qu'on la voit ici, une autre plaque parallele à celle du dessus de la jumelle, & traversée d'une vis, dont la tête seroit en dessous. Par le moyen de cette vis, l'épauliere ne descendroit qu'autant qu'on le jugeroit à propos ; & l'on verra, quand nous parlerons de la main-d'oeuvre, combien il est important de joüir de ces avantages, qu'on s'est procurés dans le nouveau métier.

Je crois qu'il est assez inutile de rentrer dans une énumération complete de toutes les parties dont ce cinquieme assemblage est formé : il nous suffira, après ce que nous avons dit jusqu'à présent, d'observer deux choses ; l'une concernant cet assemblage, & l'autre concernant les différences de l'ancien métier, tel que nous le donnons ici, & du nouveau métier.

Cet assemblage est formé de trois masses importantes ; la cage avec ses appartenances, comme grande anse, petite anse, crochet de petite anse, branche de contre-poids, & contre-poids, &c.

L'ame ou la barre fondue avec ses appartenances, comme porte-grille, bois de grille, grille, platines à ondes, ondes, tirans, contre-pouces, bascule, &c.

La barre à aiguilles avec ses appartenances, comme aiguilles avec leurs plombs, jumelles, moulinets, boîtes, barre à moulinet, ressort à moulinet, &c.

Les différences de l'ancien métier & du nouveau, sont très-legeres ; elles ajoûtent à la vérité quelque chose à la perfection du métier ; mais elles ajoûtent encore davantage à l'honneur de l'inventeur : car on remarquera que si ce métier devoit être exécuté par des êtres infaillibles dans leurs mesures, & mis en oeuvre par des êtres infaillibles dans leurs mouvemens, il auroit fallu le laisser tel qu'il étoit. On s'est seulement menagé par les changemens qu'on y a faits, la commodité de tâtonner, & d'atteindre dans la pratique à cette précision géométrique que la machine avoit dans l'esprit de son inventeur. Passons au septieme assemblage.

SEPTIEME ASSEMBLAGE Pl. VI.

La fig. premiere, Planche VI. montre ce septieme assemblage tel que nous l'allons détailler.

La piece qu'on voit 84, 84, fig. 2 & fig. 3. s'appelle barre à platine ; les grosses pieces 85, 85, auxquelles elle est fixée, fig. 2. s'appellent abatans.

La piece 86, 86, qu'on voit fig. 4. & qu'on n'apperçoit pas, fig. premiere, s'appelle le chaperon de la barre a platine ; il est placé à la partie supérieure postérieure de la barre à platine.

La piece 87, 87, qu'on voit fig. 5. mais qu'on n'apperçoit pas, fig. premiere, s'appelle queue d'aronde de la barre à platine. Cette queue d'aronde se fixe à la saillie 88, 88, ou au cordon qu'on voit à la barre à platine, fig. 3. nous parlerons de sa figure & de son usage plus bas. Il suffit de dire ici qu'elle sert à fixer les platines à plomb, & qu'elle en est couverte, de même que la queue d'aronde de la barre à aiguilles étoit couverte des plombs à aiguilles, & servoit à les fixer.

La barre à platine a pareillement ses deux étochios 89, 89, fig. 2. fixés aux extrémités de la queue d'aronde, & au niveau de la saillie, ou du cordon de la barre à platine. On voit, fig. 2. 89, 89, ces deux étochios ; ils ont la même figure & le même usage que sur la barre à aiguilles.

Les pieces qu'on voit, fig. 2. 90, 90, & fig. 6. 90, s'appellent porte-tirans ; ils ont une ouverture à la partie supérieure, par laquelle ils sont attachés, fig. 2. fermement au corps de la barre à platine, & une charniere à la partie inférieure, dont on verra l'usage.

Les pieces qu'on voit fig. 2. 91, 91, 91, & fig. 7. 91, s'appellent platines à plombs avec leurs plombs à platines ; elles sont composées de deux parties, la supérieure qu'on voit fig. 8. & qu'on nomme plomb à platine, & l'inférieure qu'on voit fig. 9. qu'on nomme platine à plomb.

Le plomb à platine a deux fentes à sa partie large, & reçoit dans ses fentes deux platines à plomb qu'on y fixe, ensorte qu'il en résulte le tout de la fig. 7. ce tout a à sa partie postérieure un petit crochet qu'on voit fig. 8. la queue d'aronde a à sa partie postérieure une entaille en biseau, toute semblable à ce crochet, ensorte que tous les crochets des plombs à platines remplissent l'entaille ou le biseau de la queue d'aronde, à laquelle ils demeurent suspendus par leurs crochets ; ils sont appliqués du reste contre le corps de la barre à platines.

On les fixe contre le corps de la barre à platines par les plaques de barre à platines 92, 92, & qui sont elles-mêmes fortement attachées par deux écrous & deux vis, comme on voit fig. 2.

Les pieces 93, 93, qu'on voit, fig. 2. attachées au corps des barres à platines par des éminences qui entrent dans une charniere qui tient au corps de barre à platines, & qui leur permet de se mouvoir, s'appellent pouces : on verra ci-après l'usage des pouces.

Passons aux grandes pieces 85, 85, fig. 2. on les appelle abatans ; il faut y distinguer plusieurs parties : on voit sur leur surface antérieure une piece 94, 94, qu'on appelle garde platine ; sur leur surface postérieure une piece 95, 95, qu'on appelle le crochet de dedans de l'abattant, & sous leur partie inférieure, une piece 96, 96, qu'on appelle le crochet de dessous des abatans. Il n'y a pas une de ces pieces qui n'ait son usage relatif à son lieu & à sa configuration : mais cet usage ne s'entendra bien que quand la machine entiere sera formée, & que nous traiterons de la main-d'oeuvre.

La piece qu'on voit, fig. 2. 97, 97, fixée au bas des abatans par ses extrémités, & recevant sur son milieu les queues des platines à plomb, s'appelle la barre à poignée. Les parties a b, A B, sont celles que l'ouvrier tient dans ses mains, dont les doigts passent en dessous, & le pouce en dessus, de maniere qu'il puisse être appliqué contre la partie que nous avons appellée pouce ; cette barre s'appelle aussi barre à boîte, parce qu'elle forme une espece de boîte dans laquelle les queues des platines à plomb sont enfermées.

On voit, fig. 10. le dessus de cette boîte : les extrémités de ce dessus sont faites en coin, & s'appliquent dans des lieux c d, C D, de la barre, fig. 2. où elles sont retenues par deux goupilles dont on voit les trous en e, E, à la barre.

Ce dessus ne gêne pas les queues des platines à plomb. Voilà toutes les parties qui forment le septieme assemblage.

Il ne s'agit plus que d'ajoûter cet assemblage au sixieme assemblage pour avoir le huitieme : c'est cette addition que nous allons considérer.

HUITIEME ASSEMBLAGE. Planche VI.

On voit dans cette fig. 1. le septieme assemblage joint au sixieme.

L'extrémité supérieure des abatans est ajustée dans la charniere des épaulieres ; les tirans sont pris dans la charniere des porte-tirans ; les pouces répondent au-dessous de la partie antérieure des contre-pouces ; les platines à plomb remplissent les intervalles vuides qui restoient entre les aiguilles. Il y a entre chaque aiguille une platine ; il ne s'agit plus que d'attacher en A, a, sur les bras de presse, la piece 98, 98, qu'on voit fig. 12. & qu'on appelle la presse ; que de placer toute cette machine sur le fût, ou sur le bois ; & que de travailler.

Car voilà la machine entiere & complete : voilà ce qu'on appelle le métier à bas ; voilà toutes ses parties, & la maniere dont elles s'assemblent ; il ne reste maintenant que d'en expliquer le jeu, ou que de traiter de la main-d'oeuvre.

OBSERVATION.

Mais avant que de passer au dernier assemblage, celui du métier avec son fût, j'observerai qu'il faut une extrème précision dans la configuration des parties du métier. Il faut que les intervalles que laissent entr'eux les cuivres, répondent bien exactement aux ressorts de grille ; que l'épaisseur des plombs à aiguilles soit bien compassée pour qu'il n'y ait pas plus de plombs à aiguilles que de platines à ondes, & que chaque platine à ondes laisse toûjours entr'elle & celle qui la suit trois aiguilles ; que les plombs à platines à plomb soient bien compassés ; pour que l'épaisseur d'un de ces plombs soit double de l'épaisseur d'un plomb à aiguilles ; que les deux platines que porte chacun de ces plombs, se rencontrent bien dans les deux intervalles que laissent entr'elles les trois aiguilles prises entre chaque platine à ondes, & que toutes ces parties délicates se meuvent librement les unes entre les autres.

COROLLAIRE IX.

J'ai dit que l'intervalle de barre fondue sur lequel sont disposés les cuivres étoit de quinze pouces : j'ai travaillé chez le sieur Barrat, le premier ouvrier dans son genre, & le dernier qu'on verra peut-être de la même habileté, sur un quarante-deux, c'est-à-dire, un métier qui portoit sur chaque trois pouces de barre fondue, quarante-deux cuivres. La barre fondue entiere avoit donc deux cent dix cuivres ; il y avoit donc deux cent dix ondes, deux cent dix platines à ondes, quatre cent vingt platines à plomb, & six cent trente aiguilles. On verra dans la suite que chaque aiguille fait sa maille, & que par conséquent l'ouvrier faisoit, ou pouvoit faire sur ce métier, six cent trente mailles à la fois.

Mais il est à propos de donner ici la représentation d'une aiguille : on en voit une dans cette planche, fig. 11. il faut y distinguer trois parties ; son bec a, sa chasse b, & sa queue c : son bec est élastique, & quand il est pressé, il se cache dans la chasse b ; la queue c est prise dans le plomb à aiguilles. Nous avons donné à l'article AIGUILLE, la maniere de travailler les aiguilles du métier. On a pour ce travail une machine tout-à-fait commode, & très-curieuse ; elle est de l'invention du sieur Barrat, & il y a bien de l'apparence qu'elle differe peu de celle qu'a dû imaginer l'inventeur du métier ; car ce n'étoit pas assez que d'avoir imaginé la machine ; son exécution a dû offrir des difficultés étonnantes, & elle n'a pû avoir lieu que ces difficultés ne fussent levées, pour cet effet, il a fallu trouver les moules des plombs à platines & des plombs à aiguille ; car s'il avoit fallu égaliser ces plombs à la lime, on n'auroit jamais fini : il a fallu trouver le moyen de pratiquer en très-peu de tems des chasses à des aiguilles fines comme des cheveux. Il ne faut donc pas regarder l'inventeur de la machine à faire des bas, comme un homme qui a imaginé une chose seule, très-difficile à la vérité, & qui l'a imaginée aussi parfaite presque qu'elle le pouvoit être ; mais comme un homme qui, lui seul, a encore surmonté tous les obstacles qui s'opposoient à l'exécution de la machine ; & ces obstacles sont de nature à ajoûter beaucoup à l'honneur de celui-là seul qui les auroit surmontés. Il faut consulter pour cet effet les articles de ce Dictionnaire, MOULE & AIGUILLE.

NEUVIEME ASSEMBLAGE. Planche VII.

Ce neuvieme assemblage est la machine entiere sur son fût.

Elle est composée 1°. de la cage, & de ses dépendances.

2°. De l'ame, & de ses dépendances.

3°. Des moulinets avec leurs dépendances.

4°. Des abatans, & de leurs dépendances.

Passons maintenant à la main-d'oeuvre.

MAIN-D'ŒUVRE ou travail des bas sur le métier à bas.

Je diviserai la main-d'oeuvre en sept opérations principales. La formation des mailles est le but de ces sept opérations. La premiere consiste à cueillir, la seconde, à foncer du pié, & à former l'ouvrage ; la troisieme, à amener sous les becs ; la quatrieme, à former aux petits coups ; la cinquieme, à presser les becs ; & à faire passer la maille du derriere sur les becs ; la sixieme, à abattre ; la septieme, à crocher.

PREMIERE OPERATION. Cueillir.

Pour rendre cette opération & les suivantes très-intelligibles, j'ai fait représenter les platines à ondes, & les platines à plomb, en grand.

Il y a une petite opération préliminaire à toute autre, c'est de noüer la soie à la premiere aiguille, comme on voit Planche I. du bas au metier, fig. 1. & fig. 2. au point 1, puis de la passer sous la seconde aiguille, & de lui faire faire un tour sur cette seconde aiguille, en la ramenant dessus ; de la conduire sous la troisieme aiguille, & de lui faire faire un tour sur cette aiguille, en la ramenant dessus ; de la conduire sous la quatrieme aiguille, & de lui faire faire un tour sur cette quatrieme aiguille, en la ramenant dessus, & ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'aiguilles, & placer ce commencement d'ouvrage sous la gorge des platines, comme on l'y voit fig. premiere : cela fait, voici comment on travaille.

Le premier mouvement du cueillir consiste à prendre la soie au sortir de dessous la derniere aiguille, & de l'étendre sous les becs, comme on le voit en 3, 4, fig. premiere & fig. 3. & 2.

Le second mouvement, à presser sur la premiere marche à gauche ou à droite, selon le côté où sera le corps du chevalet : s'il est à droite, comme on le suppose ici, on pressera du pié la premiere marche à gauche ; il part de l'extrémité de cette marche une corde qui passe autour du tambour de la roue ; voyez la Pl. II. fig. 1. n°. 9. cette corde 8 fera tourner le tambour & la roue 13 de droite à gauche : mais il y a autour de la roue une corde qui va de-là sur les roulettes de la barre à chevalet, & de ces roulettes aux S. du corps à chevalet ; voyez Pl. IV. fig. 6. n°. 54, 54 ; le corps à chevalet 51 même fig. glissera donc le long de la barre à chevalet 50 de droite à gauche : mais comme le comble 52 du corps à chevalet est plus haut que la queue des ondes, il accrochera en passant les queues des ondes, les chassera de la petite cavité c des ressorts de grille, fig. 1. Pl. IV. & le dessous de la tête de toutes les ondes sera forcé de descendre sur la barre à moulinet, voyez Pl. V. fig. 1. & fig. 7. & s'y tiendra comme collé, par l'action du petit plan incliné a b, qui termine les ressorts de grille. Voyez fig. 1. Pl. IV. Or la tête des ondes ne peut descendre, que les platines à ondes qui sont assemblées avec les ondes ne descendent aussi : mais en descendant, leurs becs rencontreront nécessairement la soie qu'on a étendue dessous, l'entraîneront avec eux, comme on voit Pl. I. fig. 4. & lui donneront la disposition qu'on lui voit fig. 4. 5. ou 6. c'est-à-dire, qu'elle formera des boucles entre la seconde & la troisieme aiguille, entre la cinquieme & la sixieme, entre la huitieme & la neuvieme, & ainsi de suite. Fin de la premiere opération.

II. OPERATION. Foncer du pié & former l'ouvrage.

Le premier mouvement de cette opération se fait du pié dont on a cueilli & des deux mains. L'ouvrier prend la barre à poignée des deux mains, de maniere que ses pouces soient appliqués contre les pieces appellées pouces. Voyez Pl. VII. fig. 1. ses mains sont en A A, & ses pouces en B B. Il fait ensuite trois actions à la fois ; il presse du pié la marche 15, fig. 1. Planc. II. dont il a cueilli ou fait marcher le corps à chevalet de droite à gauche, il tire des mains perpendiculairement en-bas la barre à poignée A A, fig. 1. Pl. VII. & il presse avec ses pouces fortement contre les pouces B B, fig. 1. Pl. VII. voyons quel est le résultat de ces actions.

Il part des extrémités de la traverse 6, 6, fig. 1. Pl. II. qui passe sous les marches 1, 2, 3, des cordes 9, 9, avec leurs crochets 10, 10, qui vont prendre les crochets du balancier 15, 15, Pl. II. fig. 3. la marche 1, 5, même Planc. fig. 1. étant pressée, presse la traverse 6, 6, d'ailleurs le balancier 14, 14, 15, 15, fig. 3. même Pl. est attaché sur les épaulieres, comme on voit en 14, 14 ; les épaulieres, reçoivent dans leurs charnieres les abatans, Pl. VI. fig. 1. 85, 85 ; 85, 85 : la barre à platines est attachée aux abatans, même Pl. & fig. 1. n°. 84, 84. L'action du pié sur la marche tend donc à faire descendre les abatans, & avec les abatans, la barre à platines ; avec la barre à platines, les platines à plomb, 91, 91, 91, même Planche fig. 2.

L'action des mains qui tirent perpendiculairement en-bas les abatans, tend aussi à faire descendre les abatans, la barre à platines, & les platines à plomb.

Les actions du pié & des mains conspirent donc ici. L'action des pouces contre les pieces appellées pouces, tend, fig. 6. Pl. IV. à lever la partie antérieure des contre-pouces 43, 43, par conséquent à faire baisser leur partie postérieure 45, & à appliquer la bascule 48, 48, sur les queues des ondes, ou à le faire baisser ou à relever leur tête, ou à relever les platines à ondes.

Les trois actions combinées de ce mouvement tendent donc à produire deux effets contraires ; l'un d'abaisser les platines à plomb, l'autre de relever les platines à ondes.

Le second mouvement de cette opération consiste à ménager doucement ces deux effets contraires, à les combiner finement, & à faire ensorte que les platines à ondes remontent d'entre les aiguilles, à-peu-près de la même quantité que les platines à plomb y descendent : ensorte que les becs des unes & des autres se trouvent tous de niveau sous les aiguilles, comme on voit Pl. I. du bas au métier, fig. 7.

Il s'est donc fait dans cette seconde opération une nouvelle distribution de la soie, comme on voit fig. 7. 8. & 9 & formé une boucle entre chaque aiguille : mais les nouvelles boucles s'étant formées aux dépens des précédentes, elles sont toutes égales & toutes plus petites que les premieres formées par les seules platines à ondes.

C'étoit pour donner lieu à cette distribution de la soie entre toutes les aiguilles, au rétrécissement des boucles formées par les platines à ondes, & à la formation des boucles faites par les platines à plomb aux dépens des premieres, que l'on a fait un peu relever les platines à plomb ; car si on n'eut point fait relever les platines à plomb, que seroit-il arrivé ? c'est que ces platines eussent tenu tendues sur les aiguilles les portions de soie, 1, 2 ; 3, 4, fig. 5. ou 1, 2 ; 3, 4. fig. 6. Pl. I. du métier à bas, & que les platines à plomb F E, D C, &c. venant à s'appliquer sur les mêmes portions, auroient produit l'un ou l'autre de ces effets, ou enfoncé les trois aiguilles contenues sous chaque portion, ou rompu la soie : au lieu que les platines à ondes A B remontant un peu, fig. 4. & 6. même Pl. lorsque les platines à plomb C D, E F, rencontrent les portions de soie 1, 2 ; 3, 4, fig. 6. & 5 elles font descendre sans peine cette soie sous les aiguilles, & la distribuent entr'elles sans les forcer. Mais chaque boucle des platines à ondes ne perdant qu'autant de soie qu'en prend chaque platine à plomb, & ces platines cessant les unes de remonter, & les autres de descendre entre les aiguilles, lorsque leurs becs sont tous de niveau sur les aiguilles, comme on les voit Pl. I. du bas au métier, fig. 7. 8. 9, toutes les boucles sont égales, & la soie se trouve distribuée entre les aiguilles, comme on voit fig. 7. & 8. La portion 1, 2. faite à la main, fig. 7. est sous les gorges des platines, & la portion 3, 4, sous les becs. Fin de la seconde opération.

III. OPERATION. Amener l'ouvrage sous becs.

Cette opération s'exécute d'un seul mouvement, composé de deux actions ; l'une de laisser remonter les abatans ; & l'autre de tirer la barre à poignée en devant.

Il est évident que pour baisser les abatans, & mettre les platines à plomb de niveau avec les platines à ondes, il a fallu vaincre l'action du grand ressort, car, Pl. VI. figure 1. le grand ressort 16, 16, agissant par son extrémité supérieure contre le portefaix 8 de l'arbre 6, 7, tend à le faire tourner : or l'arbre ne peut tendre à tourner qu'il ne donne le même effort, la même tendance aux épaulieres 5, 85, 85, 5 mais les épaulieres reçoivent dans leurs noeuds les abatans 85, 85 ; 85, 85 : le grand ressort tend donc à relever les abatans.

Ainsi pour laisser remonter les abatans, il n'est question que de lâcher des mains, ne point retenir la poignée A B, & que de laisser agir le grand ressort ; observant, tandis que le grand ressort fait remonter les abatans, de tenir les pouces B B fortement appliqués contre les contre-pouces. C C, Pl. VII. fig. 1. car par ce moyen les pouces B B ne cessant point d'agir contre les contre-pouces C C, la partie antérieure des contre-pouces e e sera levée à mesure que les abatans remonteront leur partie postérieure, d d baissera d'autant ; la bascule f f sera toûjours appliquée sur les queues des ondes ; la tête des ondes g g suivra le mouvement de la barre à platines h h, qui remontera avec les abatans, & les platines à ondes demeureront toûjours de niveau avec les platines à plomb.

L'autre action dont le mouvement de cette troisieme opération est composée, consiste à tirer la barre à poignée A A en-devant.

Cette action se fait horisontalement : mais on ne peut tirer la barre à poignée A B, fig. 1. Pl. VI. en-devant, que tout ce que nous allons dire ne s'ensuive ; voyez Pl. VI. fig. 1. la barre à platine 84, 84, est tirée en-devant ; car elle est attachée aux abatans ; les platines à ondes s'avancent en même tems en-devant, & toûjours paralleles aux platines à plomb ; parce que la barre fondue est contrainte d'avancer en vertu des tirans qui tiennent à elle d'un bout, & de l'autre aux porte-tirans 90, 90, même Pl. fig. 2. qui sont attachés à la barre à platine.

Par le mouvement composé de ces deux actions, les becs des platines a b s'élevent au-dessus des aiguilles, les dessous des becs sont amenés un peu au-delà de leurs têtes c d, & la soie se trouve disposée comme on la voit Pl. I. du bas au métier, fig. 10. 11. 12. mais alors la branche des crochets z de dessous des abatans est appliquée contre les petits coups x, fig. 1. Pl. VII. Fin de la troisieme opération.

IV. OPERATION. Former aux petits coups.

Le premier mouvement de cette opération consiste à laisser remonter l'extrémité des crochets z de dessous des abatans, aux petits coups x, Pl. VII. fig. 1. Ce mouvement se joint presqu'au premier mouvement de l'opération précédente : la surface en talus, ou le dessous du petit coup x, se trouve alors appliqué à la surface en talus pareillement de l'extrémité du crochet z. Mais comme le grand ressort 16, 16, tend toûjours à relever les abatans, il tend en même tems à séparer l'extrémité du crochet z de l'éminence du petit coup x.

Le second mouvement consiste à empêcher cette séparation par de petites secousses, qui font un peu glisser le talus de l'extrémité du crochet z sur le talus intérieur de l'éminence du petit coup x. Ces secousses ont pour but de corrompre & corroyer la soie sous les becs d'aiguilles, & de la tenir tendue en-devant, & presque de niveau avec les becs, comme on voit Pl. I. du bas au métier, fig. 10. 11. 12.

Il faut toûjours tenir les pouces de la main fortement appuyés contre les pouces de la machine, afin que les têtes des ondes demeurant toûjours appliquées à la barre à platines, les platines à ondes & les platines à plomb demeurent toûjours de niveau ; car cela est essentiel, comme il est facile de s'en appercevoir. Fin de la quatrieme opération.

V. OPERATION. Donner le coup de presse, & faire passer l'ouvrage de dessous la gorge des platines sur les becs des aiguilles.

Le premier mouvement de cette opération consiste à abandonner les abatans à eux-mêmes, tenant toûjours les pouces des mains fortement contre les pouces B B de la machine, & les platines à ondes bien paralleles en tous sens aux platines à plomb. L'action du grand ressort 16, 16, fera remonter les abatans, jusqu'à ce que les épaulieres o o soient appliquées aux arrêtans de l'extrémité des jumelles p p, comme on voit Pl. VII. fig. 1.

Mais lorsque les abatans seront remontés à cette hauteur, alors le ventre n des platines correspondra ou se trouvera à la hauteur des aiguilles, comme on voit même Pl. même fig. 1. & Pl. II. bas au métier fig. 1. a b.

Le second mouvement consiste à appuyer fortement le pié sur la marche du milieu ; & voici le résultat de ce mouvement. La marche baisse, tire à elle le crochet de la petite anse, ce crochet tire la petite anse, la petite anse tire la grande anse, la grande anse fait descendre les bras de la presse, & la presse se trouve appliquée sur les becs des aiguilles, dont elle force les pointes à se cacher dans les chasses, comme on voit fig. 1. Pl. II. du bas au métier.

Le troisieme mouvement c'est tandis que la presse est sur les becs des aiguilles, de faire passer l'ouvrage qui est contre les ventres des platines, comme on voit Pl. II. fig. 1. au delà des chasses des aiguilles, comme on voit fig. 4. même Pl. ce qui s'exécute en tirant la barre à poignée brusquement en devant, & horisontalement.

Le quatrieme mouvement, d'ôter le pié de dessus la marche du milieu ; d'où il s'ensuit que rien n'empêchera plus la grande anse qui est tirée en-haut par la lisiere de cuir ou la courroie, qui passe sur la roulette du porte-faix d'en-bas, & qui se rend à la branche du contre-poids, de remonter & d'entraîner avec elle & faire relever les bras de presse ; ce qui séparera la presse de dessus les becs des aiguilles, & permettra à la pointe de ces becs de sortir de leurs chasses. Fin de la cinquieme opération.

VI. OPERATION. Abattre l'ouvrage.

Il n'y a qu'un mouvement assez leger à cette opération ; il consiste à tirer la barre à poignée, & à faire avancer les ventres des platines jusqu'entre les têtes des aiguilles ; il est évident que ces ventres placés, comme on les voit Pl. II. du bas au métier. fig. 3. feront passer l'ouvrage, de l'état où on le voit, sur les becs des aiguilles, fig. 4. 1, 2, dans l'état où on le voit fig. 5, 3, 4, ou fig. 6, 5, 6.

Voilà la formation de la maille : la septieme opération n'y ajoûte rien ; elle restitue seulement & le métier & l'ouvrage déjà fait, dans une position à pouvoir ajoûter de nouvelles mailles aux mailles qu'on voit, ou dans l'état où il étoit quand on a commencé à travailler.

VII. OPERATION. Crocher.

Cette opération n'a qu'un mouvement ; mais c'est le plus considérable & le plus grand de tous.

Quand on est sur le point de crocher, le métier se trouve dans l'état suivant ; les ventres des platines sont au niveau des têtes des aiguilles, & par conséquent le dessous des becs fort au-dessus des aiguilles ; les crochets de dessous des abatans sont au-dessus des petits coups, comme on les voit Pl. VII. fig. 1. & les épaulieres sous les arrêtans des jumelles, comme on les voit même figure.

Pour crocher ; on applique la branche du crochet z de dessous des abatans, contre les arrêtans y ; on tire perpendiculairement en-bas les abatans par la barre à poignée A A ; tenant toûjours les branches des crochets appliquées à l'éminence t des arrêtans qui dirigent dans ce mouvement : on fait descendre de cette maniere les platines à ondes & les platines à plomb, jusqu'à ce que le haut de leurs gorges M soit à la hauteur de N, ou des têtes des aiguilles : puis du même mouvement continué horisontalement, on repousse en arriere les abatans aussi loin que l'on peut, & l'on laisse remonter le métier qui va de lui-même s'arrêter au-dessous de la barre à aiguilles, où il rencontre un crochet prêt à recevoir celui qui est placé au derriere des abatans, & qu'on appelle crochet de dessus des abatans.

Il est évident que dans ce mouvement le haut de la gorge M des platines a emporté avec lui l'ouvrage qui étoit sous les becs, en le faisant glisser le long des aiguilles ; que les becs des aiguilles sont vuides ; que le dessous des becs des platines à ondes & des platines à plomb, se trouve entre les aiguilles ; que l'ouvrage fait est caché pour celui qui ne voit le métier qu'en face, & qu'il le voit alors comme il est représenté Pl. II. fig. 8. du bas au métier, c'est-à-dire prêt à travailler de nouveau, ou à faire de gauche à droite ce qu'il a exécuté de droite à gauche.

C'est maintenant qu'on doit avoir conçû comment se fait la maille, qu'il est à-propos de revenir sur les parties du métier & sur les configurations, dont on n'étoit pas en état auparavant de bien entendre les propriétés.

Commençons par les marches ; elles sont au nombre de trois Pl. II. fig. 1. du métier à bas ; c'est la même corde qui va de la premiere 1, 5, au tambour de la roue 17, & de ce tambour à la troisieme 1, 5 : d'où il s'ensuit que si l'on presse du pié celle qui est à gauche, on fera tourner la roue de droite à gauche, & qu'en pressant du pié celle qui est à droite, la roue tournera de gauche à droite.

C'est la même corde qui passe sous la roue du fût, où elle est cloüée, & qui va se rendre d'un bout sur une des roulettes de la barre à chevalet, & de l'autre sur une roulette, & s'attacher aux s qui partent du corps de ce chevalet, comme on voit Pl. IV. fig. 6. n° 49, 49.

On conçoit actuellement ce que nous avons dit de l'arrêtant, ou de cette partie y t qu'on voit Pl. VII. fig. 1. Il a fallu nécessairement se ménager la facilité de l'avancer ou de la reculer, en pratiquant à la partie appliquée & fixée en montant une ouverture longitudinale r : trop avancé en-devant, ou trop peu, le fond des gorges des platines ne pourroit plus venir chercher l'ouvrage abattu, en vuider les aiguilles, l'entraîner derriere, & donner lieu à la continuation du travail.

Au dessous de l'arrêtant, on voit la piece appellée le petit coup x même Planche & même figure. Sans ce petit coup, qui est ce qui régle l'ouvrier, quand il forme l'ouvrage & corrompt la soie amenée sous les becs des aiguilles ; il seroit exposé à avancer le dessous des platines trop en avant, à casser la soie, ou à rompre les becs des aiguilles.

Voilà ce qu'il y a de plus remarquable sur le fût & ses parties. Passons au métier, & parcourons ses assemblages.

On s'est ménagé aux gueules de loup 13, la même commodité qu'aux arrêtans, celle de les hausser & baisser à discrétion, afin d'ajuster convenablement la barre fondue, Pl. II. fig. 3.

On sent de quelle importance est le grand ressort 16, 16 ; c'est par son moyen que les abatans sont relevés sans que l'ouvrier s'en mêle. Pl. II. fig. 3. la vis 17. qui sert à le bander ou à le relâcher, est très-bien imaginée.

Le balancier 14, 14, 15, 15, n'est pas une piece inutile ; il met le pié à portée d'aider la main ; à vaincre la résistance du grand ressort toutes les fois qu'il faut faire descendre les abatans. Or ce mouvement se faisant souvent, on n'a pû apporter trop d'attention à soulager l'ouvrier.

La patte du bras de presse 17, 18, 19, fig. 1. Pl. III. est garnie d'une vis 20, 20, dont on va sentir toute la finesse : sans cette vis, l'ouvrier, en donnant le coup de presse, seroit exposé ou à rompre toutes les aiguilles, si la presse s'appliquoit trop fortement sur elles, où à ne pas cacher leurs becs dans leurs chasses, si elle ne s'appliquoit pas assez. Mais qui le dirigera dans cette opération ? les vis appliquées à l'extrémité des bras de presse, qui permettront à ces bras de descendre suffisamment, & à la presse de s'appliquer convenablement sur les becs d'aiguilles.

Mais c'eût été bien du tems de perdu pour l'ouvrier, & bien de la peine réitérée, s'il eût fallu relever la presse & la soûtenir : aussi se releve-t-elle d'elle-même à l'aide de la courroie passée de la grande anse sur la roulette du porte-faix d'en-bas, & attachée à la branche du contre-poids.

On s'est encore ménagé aux porte-grilles, Pl. III. fig. 5. le même avantage qu'aux gueules de loup & qu'aux arrêtans. Leur ouverture longitudinale x x, permet aussi de les avancer ou reculer à discrétion.

Le porte-roulette fixé, même fig. au milieu de la petite barre de dessous, facilite avec les roulettes de l'extrémité de la barre fondue, le mouvement en-arriere ou en-devant, de tout ce qu'on appelle l'ame du métier, que l'ouvrier fait, en travaillant, avancer ou reculer toutes les fois qu'il tire à soi ou repousse les abatans ; ce qui lui arrive très-souvent. Aussi louai-je beaucoup ceux qui ont diminué le poids de ces parties, en ajoûtant une roulette à la petite barre, & une gueule de loup à la barre de derriere, pour recevoir la roulette ajoûtée.

Il y a plusieurs choses à considérer dans les ressorts de grille, Pl. III. fig. 6. Premierement ils sont disposés sur deux rangées paralleles, de maniere que les ressorts de la rangée de derriere répondent aux intervalles que laissent entr'eux les ressorts de la rangée de devant : c'est le seul moyen qu'il y eût peut-être de leur donner la force qui leur est nécessaire pour l'usage auquel ils sont employés. Si on les eût tous placés sur une même rangée, ils auroient été plus petits & trop foibles. Voilà pour leur arrangement.

Secondement, ils sont composés de quatre plans inclinés, disposés à-peu-près en zig-zag. Lorsque la queue de l'onde est chassée de la cavité c, figure 7. même Pl. par le corps du chevalet, elle écarte le ressort, qui revient ensuite sur elle quand elle est sortie, & qui la repousse d'autant plus vivement, qu'alors elle se trouve sur un plan incliné a b ; c'est le même effet quand elle est chassée de sa cavité en-dessous par la bascule : elle écarte pareillement le ressort qui revient ensuite sur elle avec d'autant plus de vivacité, qu'elle se trouve encore sur un plan incliné c d. La méchanique n'est pas différente, quand chassée de sa cavité, soit en-dessus, soit en-dessous, elle y est ramenée ; elle ne peut y descendre que par une espece d'échappement fort promt, puisqu'elle y est toûjours conduite par un petit plan incliné c d, c b.

Ce n'est pas une petite affaire que de bien disposer les cuivres de la barre fondue. Leur usage est d'empêcher les ondes de vaciller dans leur mouvement de chûte. Si l'on a bien compris ce que j'ai dit jusqu'à présent, on doit s'appercevoir qu'il y a un rapport bien déterminé entre le nombre des ressorts, les intervalles qu'ils laissent entr'eux ; le nombre des cuivres, leur épaisseur ; les ondes, leur longueur, leur nombre, leur épaisseur ; les platines à ondes, leur nombre, leur épaisseur ; les platines à plomb, leur nombre, leur longueur, leur épaisseur ; les plombs à platines, leur nombre, leur épaisseur ; les aiguilles, leur nombre, leurs intervalles ; les plombs à aiguille ; leur nombre, leur épaisseur ; & que l'une de ces choses étant donnée, tout le reste s'ensuit. Il y a très-peu d'ouvriers en état de combiner avec précision toutes ces choses, sur-tout quand il s'agit de faire un métier un peu fin ; comme un quarante, un quarante-un, un quarante-deux, &c.

La méchanique des contre-pouces 43, 44, 45, Pl. IV. fig. 4. mérite bien un coup-d'oeil. Ces pieces sont chargées à leur extrémité d'un contre-poids 44, qui ne permet à la bascule d'agir sur les queues des ondes, qu'à la volonté de l'ouvrier. Il y a sur les ondes deux actions opposées pendant tout le travail, & elles ont leurs effets successivement, selon les mouvemens des abatans. Ces deux actions sont l'action de la bascule, 48, 48, par le moyen des pouces & contre-pouces sur la queue des ondes, & l'action de la barre à platines sur leur tête. Lorsque l'ouvrier tire les abatans perpendiculairement en-bas, alors la barre à platines, ou son chaperon, c'est-à-dire cette petite plaque qui lui est appliquée par derriere & qui fait éminence, presse fortement sur leurs têtes, les entraîne dans la même direction, & les réduit dans le parallélisme avec les platines à plomb, malgré l'action des pouces sur les contre-pouces, & celle des contre-pouces sur la bascule, & celle de la bascule sur les queues des ondes : mais lorsque l'ouvrier laisse agir le grand ressort, & que les abatans abandonnés à eux-mêmes sont relevés, alors rien ne s'oppose à l'action des pouces, des contre-pouces & de la bascule, qui subsiste pendant tout le travail ; & les ondes se relevent, & leurs queues rentrent dans leur cavité, ou descendent au-dessous, selon que l'ouvrier le veut.

Comme il falloit que dans tous les mouvemens les platines à ondes & les platines à plomb fussent toûjours exactement paralleles en tous sens les unes aux autres, quoique les platines à ondes appartinssent à la barre fondue, & que les platines à plomb appartinssent à la barre à platines, c'étoit donc nécessité que la barre fondue se prêtât & suivît tous les mouvemens de la barre à platines ; c'est ce qui s'exécute par le moyen des tirans qui répondent d'un bout à la barre fondue, & de l'autre à la barre à platines, & par le moyen des trois roulettes de l'ancien métier, & des quatre du métier nouveau, dont deux se meuvent dans les gueules de loup, & deux sur les grandes pieces.

Passons maintenant aux moulinets. Comme nous n'en avons rien dit jusqu'à présent, & que nous avons cependant traité de presque tout ce qui concerne la main-d'oeuvre : on seroit tenté de croire au moins que ces parties & toutes celles qui leur appartiennent, comme la boîte, la barre, & le ressort à moulinet, sont superflues, & qu'il n'y a pas non plus grand besoin de jumelles. On va voir combien ce soupçon est éloigné de la vérité.

Pour bien entendre ce qui suit, il faut examiner un peu la configuration d'une onde en-dessous. On voit, Pl. IV. fig. 3. que depuis a jusqu'à b elle est comme arrondie, & qu'elle est évidée depuis b jusqu'à c. La partie arrondie a b forme sa tête. Lorsque le chevalet passant sous la queue de l'onde, fait descendre cette partie a b, elle s'applique sur la barre à moulinet 82, 82, Pl. V. fig. 1. ensorte que toutes les têtes des ondes sont rangées sur la barre à moulinet, quand le corps à chevalet a fait sa course. D'où il s'ensuit évidemment que plus cette barre sera haute, moins les têtes des ondes descendront, moins les platines à ondes attachées à ces têtes descendront entre les aiguilles : moins les becs des platines descendront au-dessous des aiguilles dans la premiere opération de la main-d'oeuvre ou le cueillement ; moins les boucles de soie formées entre les aiguilles seront grandes ; moins les mailles seront lâches : mais cette barre à moulinet étant enfermée dans des boîtes 81, 81, qui peuvent se hausser ou se baisser à l'aide des arbres à moulinet 68, 81 ; 68, 81, qui les traversent, on pourra donc hausser ou baisser cette barre à discrétion, & faire un bas plus ou moins serré. Voilà l'usage de la barre en elle-même & de sa mobilité le long des corps de moulinet : mais ce n'est pas sans raison qu'on lui a attaché postérieurement un ressort 83, 83, 83, à l'aide duquel elle peut aller & venir dans les boîtes.

Pour sentir l'usage de ce ressort & de la mobilité de la barre dans ses boîtes, il faut relire ou se rappeller la derniere opération de la main-d'oeuvre ou du crochement : il consiste à faire descendre les platines jusqu'à ce que leurs gorges soient un peu plus bas que les têtes des aiguilles, & que ces gorges puissent embrasser l'ouvrage qui remplit ces têtes, & le remporter en-arriere.

Mais pour exécuter ces mouvemens, comme il y a loin de la barre à moulinet sur laquelle les têtes des ondes étoient placées, jusqu'aux têtes des aiguilles, il a fallu amener les têtes des ondes & les platines qui y sont attachées, en-devant ; c'est ce que l'ouvrier a fait, en tirant à lui la barre à poignée ou les abatans. Il a fallu faire descendre les platines, & par conséquent les têtes des ondes auxquelles elles sont assemblées, pour que les gorges des platines se trouvassent un peu au-dessous des têtes des aiguilles, c'est ce qu'il a fait en tirant les abatans aussi bas qu'ils pouvoient descendre, & se laissant diriger par les arrêtans. C'est pour rendre possible ce dernier mouvement, que l'on a évidé les ondes en-dessous ; car si elles avoient été par-tout de la même largeur, elles n'auroient pû descendre ; la barre à moulinet sur laquelle elles auroient continué de porter, les en auroit empêché : mais en les évidant elles ont cessé de porter sur la barre à moulinet, & en les évidant assez, elles n'ont rien rencontré d'ailleurs qui les gênât dans leur descente, & qui empêchât la gorge des platines de parvenir jusqu'au-dessous des becs des aiguilles.

Mais ce n'étoit pas tout, il falloit que ces gorges remportassent l'ouvrage de dessous les becs des aiguilles en-arriere : pour cet effet, l'ouvrier tenant ces gorges entre les têtes des aiguilles, les repousse en-arriere : mais en les repoussant en-arriere, qu'arrive-t-il ? c'est que le talon de l'échancrure des ondes rencontre la barre à moulinet. Si cette barre à moulinet étoit immobile dans les boîtes, elle arrêteroit ce mouvement horisontal, & l'ouvrage ne seroit point remporté en-arriere par les gorges ; aussi l'a-t-on fait mobile : le talon de l'échancrure des ondes la fait reculer ; l'ouvrage est remporté par les gorges ; les ondes se relevent ; leurs talons cessent d'appuyer contre la barre à moulinet ; le ressort circulaire qui agit contre cette barre la restitue dans son premier état, & elle est disposée à recevoir derechef la tête des ondes dans leur chûte, qui se fera au nouveau cueillement.

Voilà les usages de ces parties, qui paroissoient si superflues. On a dentelé la roue 69 du moulinet, figure premiere, Planche V. afin qu'on pût savoir de combien on haussoit ou baissoit la barre à moulinet, & évaluer à-peu-près par ce moyen de combien on relâchoit ou resserroit les mailles, & relâcher & resserrer également de chaque côté. La partie 68, 68, qu'on appelle croisée du moulinet, sert de poignée à l'arbre, & puis c'est le tout.

Il ne nous reste plus qu'un mot à dire des jumelles, 61, 61, fig. premiere, Pl. V. des platines, tant à ondes qu'à plomb, & des gardes-platines. On a pratiqué aux jumelles 61, 61, deux arrêtans 5, 5, l'un en-dessus 61, & l'autre en-dessous 5. L'usage de celui de dessus est de contenir à une juste hauteur les épaulieres & les abatans qui y sont assemblés, malgré l'action du grand ressort. Voyez même Planche, fig. 7. L'usage de celui de dessous est d'empêcher, dans le crochement, les mêmes épaulieres ainsi que les abatans, & par conséquent les gorges des platines, de descendre trop au-dessous des têtes des aiguilles, & de les briser & fausser toutes.

Toutes les sinuosités que l'on remarque aux platines, Pl. IV. fig. 2. ont leur raison. On peut distinguer quatre lieux principaux dans ces parties : leur bec b, qui prend la soie étendue sur les aiguilles & la fait descendre entr'elles : le dessous du bec c, qui amene la soie bouclée sous les becs & la corroi : le ventre e, qui abat l'ouvrage : la gorge d, qui le reprend & le ramene en-arriere : la queue f, qui s'emboîte dans la barre à poignée, & l'empêche de vaciller. S'il n'y avoit point de garde-platine, 94, 94, Pl. VI. fig. 2. quand dans la troisieme opération on amene l'ouvrage sur les becs avec le ventre des platines, ce ventre viendroit frapper contre la presse qui est alors appliquée, & se défigureroit : mais le garde-platine empêche ce choc : il permet aux ventres des platines d'approcher assez de la presse pour que l'ouvrage soit bien amené sur les becs, mais non de la frapper, en rencontrant lui-même assez-tôt pour prévenir cet inconvénient, le bras de presse.

Il survient en travaillant plusieurs accidens, & il y a plusieurs autres choses à observer, dont je vais faire mention.

Lorsqu'il se rencontre des noeuds dans la soie ou qu'elle se casse, on ne peut continuer l'ouvrage sans faire ce que les ouvriers appellent une enture.

Pour enter, on étend bien sur les aiguilles la partie du fil de soie qui tient à l'ouvrage, & l'on couche l'autre partie, non pas bout à bout avec la premiere ; mais on la passe entre la cinq, la sept, &c. avant le bout du fil qui tient à l'ouvrage ; ensorte que le fil se trouve double sur ces cinq, sept aiguilles, & l'on continue de travailler comme si le fil étoit entier.

Tout bas se commence par un ourlet, & voici comment on s'y prend pour le faire. On passe la soie dans la tête de la premiere aiguille, & on l'y arrête en la tordant ; on embrasse ensuite en-dessous les deux suivantes ; on la ramene en-dessus sur la premiere ; puis on la passe en-dessous, & on embrasse la quatrieme & la cinquieme, sur lesquelles on la ramene, & sur la troisieme sous laquelle on la passe, & on embrasse la sixieme & la septieme sur lesquelles on la ramene, & sur la cinquieme sous laquelle on la passe ensuite, & on embrasse la huitieme & la neuvieme, & ainsi de suite.

Un bas n'est pas par-tout de la même venue ; on est obligé de le retrécir de tems en tems. Supposons donc qu'on ait à retrécir d'une maille, on prend un petit outil qu'on appelle poinçon, on s'en sert pour porter la maille de la troisieme aiguille sur la quatrieme aiguille, la maille de la seconde sur la troisieme, la maille de la premiere sur la seconde, & la premiere se trouve vuide.

On demandera peut-être pourquoi on porte la troisieme maille sur la quatrieme aiguille, & non la premiere sur la seconde tout d'un coup : puisqu'il faut qu'il se trouve deux mailles sur une aiguille, pourquoi donner la préférence à la quatrieme ? Je répons que c'est afin que la lisiere soit plus nette ; car si la maille double se trouvoit au bord de la lisiere, elle tireroit trop. Il faut même, si l'on veut que la lisiere ne soit pas trop serrée, bien repousser l'ouvrage en-arriere, & ne pas accoller la platine avec la soie quand on la jette.

Au reste on rétrécit d'une maille de chaque côté du métier, de quatre rangées en quatre rangées, & l'on ne commence à retrécir qu'à un pouce au-dessus de la façon, ou de cet ornement qu'on pratique au-dessus des coins.

Il arrive quelquefois, après le coup de presse, qu'un bec d'aiguille ne se releve pas, mais demeure dans sa chasse : lors donc qu'on a cueilli & qu'on vient à abattre l'ouvrage, il y a une maille qui n'ayant pas été mise dans la tête de l'aiguille, mais ayant passé par-dessus, ne sera pas travaillée, & qu'il faudra relever ; il pourra même se trouver plusieurs mailles non travaillées de suite. Pour les relever, voici comment on s'y prendra : on saisira la derniere qui est bien formée à l'ouvrage, avec le poinçon, & on la passera dans la tête de la tournille ou d'une aiguille emmanchée, puis on prendra avec le poinçon la bride de dessus cette maille ; on passera cette bride sur la tournille : à mesure qu'elle avancera le long du bec, la bonne maille sortira de dessous, & bien-tôt la bonne maille se trouvera entierement sortie & fort loin du bec, & la bride à portée de passer dessous. On l'y fera donc passer ; puis quand elle y sera, on pressera avec le poinçon le bec de l'aiguille & l'on le tiendra dans la chasse ; cependant on tirera la tournille, ce qui fera avancer sa bride dans la tête de la tournille & passer la bonne maille par-dessus le bec, alors la maille sera relevée : on continuera de cette maniere s'il y en a plusieurs de tombées, traitant toujours celle qui se trouvera dans la tête de la tournille comme la bonne, & la bride d'au-dessus comme la mauvaise ou comme la maille à relever ; & quand on en sera à la derniere, on la mettra dans la tête de l'aiguille. Voyez cette manoeuvre, Planche III. du bas au métier, figure 2, 3. On entend par bride, la petite portion de soie, qui au lieu de passer dans la tête de l'aiguille, a passé par dessus, & n'a point été travaillée.

J'observerai pourtant qu'il faut faire cette opération en-dessous ou à l'endroit, c'est-à-dire du côté de l'ouvrage qui ne regarde pas l'ouvrier ; sans quoi les mailles relevées formeront un relief à l'envers, & par conséquent un creux à l'endroit.

Il arrive encore qu'il se forme des mailles doubles ; cet inconvénient arrive de plusieurs façons : s'il y a quelque grosseur dans la matiere, si une aiguille a le bec de travers, s'il y a quelque aiguille fatiguée qui ne presse pas, une aiguille n'aura point de maille & sa voisine en aura deux.

Dans ce cas, de deux mailles on arrête la premiere sous le bec de l'aiguille ; on fait tomber la seconde ; cette seconde tombée, formera une bride qu'on relevera & qu'on portera sur l'aiguille vuide.

Il y a encore des mailles mordues ; on entend par une maille mordue, celle qui est moitié dans la tête de l'aiguille, moitié hors, ou qui est à demi tombée. On fait entierement tomber la maille mordue, & on la releve en plein.

Les ouvriers entendent par la tige du bas, ce pouce d'ouvrage qui est au-dessus des façons & sur lequel on retrécit.

Sur un métier de quinze pouces, on laisse du milieu d'une façon au milieu de l'autre, cinq pouces & un quart. Si le métier a moins de quinze pouces, la distance du milieu d'une façon, au milieu de l'autre diminuera proportionnellement.

Quand on travaille la façon, on continue de rapetisser d'une aiguille de chaque côté de quatre en quatre rangées. Pour reconnoître les milieux des façons, on fait un peu lever les deux aiguilles qui les indiquent.

On fait usage dans les façons de deux especes de mailles, qui ne sont pas de la nature de celles dont le reste du bas est tricoté ; ce sont les mailles portées & les mailles retournées. On entend par une maille portée, celle qui sans sortir de son aiguille, est portée dans la tête de celle qui la suit immédiatement, en allant vers la gauche de l'ouvrier : & par une maille retournée on entend celle qu'on fait tomber & qu'on releve sur la même aiguille, de maniere qu'elle fasse relief à l'envers & creux à l'endroit du bas. Pour cet effet on n'a, comme nous l'avons dit à l'occasion des mailles tombées, qu'à la relever du côté du bas qui regarde l'ouvrier.

Les façons faites, il s'agit de partager les talons. Pour cet effet on prend la maille des aiguilles qui marquoient les milieux des façons, & on la jette sur les aiguilles voisines, en allant à la gauche de l'ouvrier ; puis on prend la maille de chacune des aiguilles voisines de ces aiguilles vuides, en allant à droite, & on la jette sur les aiguilles qui leur sont voisines, en allant aussi à droite.

On a donc en deux endroits de la largeur du bas deux aiguilles vuides, qui partagent cette largeur en trois parties.

On travaille ces trois parties avec trois fils de soie séparés, & qu'on jette chacun séparément. Jetter est synonyme à cueillir.

De ces trois parties, celle du milieu est pour le dessus du pié, & les deux autres sont les deux parties du talon. On travaille le dessus sans le rapetisser. Pour les parties du talon, on les retrécit chacune d'une maille de six rangées en six rangées ; & cette maille on la prend à leurs extrémités ou aux côtés qui doivent se réunir pour former la couture du talon, ou sur la premiere & la derniere aiguilles pleines, ou sur l'aiguille pleine la plus à droite de l'ouvrier, & sur l'aiguille pleine la plus à gauche ; car ce n'est-là que plusieurs manieres différentes de désigner les mêmes aiguilles.

On continue de rapetisser ou retrécir les parties du talon de la maniere que nous avons dit, jusqu'à ce qu'elles n'ayent plus chacune que deux pouces & demi. Alors on forme la pointe du talon, en retrécissant ces deux parties de la maniere suivante. Pour la partie qui est à droite de l'ouvrier, on compte les aiguilles pleines en allant de droite à gauche, & on jette la maille de la quatrieme aiguille, sur la sixieme aiguille ; la maille de la troisieme aiguille aussi sur la sixieme ; la maille de la seconde aiguille sur la cinquieme, & la maille de la premiere aiguille sur la quatrieme, qui est la seule qui reste vuide. Pour la partie du talon qui est à gauche, on compte les aiguilles pleines, en allant de gauche à droite, & on jette la maille de la quatrieme aiguille, sur la sixieme aiguille ; la maille de la troisieme aiguille pareillement sur la sixieme ; la maille de la seconde aiguille sur la cinquieme, & la maille de la premiere aiguille. sur la quatrieme qui est la seule qui reste vuide. On continue ces rapetissemens singuliers, trois, quatre, cinq fois, selon la finesse du bas, & cela de quatre en quatre rangées.

On finit les talons par une rangée lâche. Cette rangée lâche se fait en descendant les platines, comme quand on veut croiser, & en repoussant la barre à moulinet avec le talon des ondes.

On avance ensuite sous les becs, en prenant bien garde d'amener trop ; car on jetteroit le dessus du pié en bas.

On a fait cette rangée lâche, afin de pouvoir, à l'aide de la tournille, la diviser en deux & terminer le talon. Pour cet effet, on prend la premiere maille avec la tournille, & la maille suivante avec le poinçon ; à mesure que la seconde passe sur le bec de la tournille, l'autre sort de dessous la tête. Celle-ci est loin du bec, quand celle-là est à portée d'entrer dessous. On l'y fait donc entrer, & quand elle y est, on presse le bec de la tournille avec le poinçon ; on tire la tournille, & la premiere passe sur le bec & forme avec celle qui est dessous, le commencement d'une espece de chaînette, qu'on exécute exactement, comme quand on releve les mailles tombées ; avec cette différence que les mailles tombées se relevent dans une direction verticale, & que cette chaînette se forme horisontalement.

Pour arrêter la chaînette, on fait sortir la derniere maille qui est sous la tête de la tournille, en avançant la tournille ; on met le fil de soie à sa place : on presse ensuite le bec de la tournille ; on tire la tournille, & la maille passe sur le bec & par consequent le fil de soie à-travers elle. On recommence cette opération plusieurs fois ; cela fait on jette bas les talons sans aucun danger, & l'on continue le dessus du pié.

Avant que d'achever le bas, j'observerai que l'on pratique une rangée lâche, & sur cette rangée quelques autres à l'ordinaire, toutes les fois qu'on veut ôter un ouvrage de dessus le métier, sans donner lieu aux mailles de s'échapper.

Le dessus du pié s'acheve comme on l'a commencé, quand il est achevé, on monte le talon sur le métier, non par le côté de la lisiere de derriere, mais par l'autre côté. Pour cet effet on décroche le métier : on tourne de son côté l'endroit de l'ouvrage ; on prend la seconde rangée de mailles après la lisiere, & on la fait passer dans les aiguilles, en tenant l'ouvrage d'une main au-dessus des aiguilles, & faisant passer chaque maille de la rangée dans chaque aiguille.

En s'y prenant ainsi, il est évident que quand après avoir croché & cueilli, comme on le dira, on abattra l'ouvrage, l'envers se trouvera vers l'ouvrier. Lorsque les mailles sont passées sur les aiguilles, on laisse l'ouvrage sur elles, & on le repousse fort avant vers le derriere du métier, afin qu'il se trouve dans la gorge des platines, lorsqu'on crochera en-dedans ; c'est-à-dire sans avancer le métier en devant, en tirant les abatans perpendiculairement : puis on pratique une enture du côté de la façon : on double la soie à cette enture, sur sept aiguilles seulement. On cueille sur elle avec la main, de peur que l'ouvrage qui est sous les gorges qui sont fort petites & qu'il remplit, ne laissassent pas tomber les platines entre les aiguilles, autant qu'il le faut pour la formation des mailles. On amene sous les becs, & l'on acheve l'ouvrage à l'ordinaire. Voilà comment on commence le coin : voici comment on le continue.

Après avoir cueilli une seconde fois, on rapetisse les coins, où l'on pratique ce que les ouvriers appellent les passemens, de la maniere suivante.

On prend la cinquieme aiguille en comptant de la pointe du coin, & l'on jette la maille sur la quatrieme aiguille ; puis on passe la soie sur ces quatre aiguilles, & l'on forme quatre mailles avec le poinçon.

On prend ensuite la sixieme aiguille, & l'on jette sa maille sur la quatrieme : puis on passe la soie sur ces quatre aiguilles, & l'on forme quatre autres mailles avec le poinçon. On prend ensuite la septieme aiguille, & l'on jette sa maille sur la quatrieme ; puis on passe la soie sur les quatre aiguilles, & l'on forme quatre autres mailles avec le poinçon ; ensuite on prend la huitieme aiguille, & l'on jette sa maille sur la quatrieme ; puis on passe la soie sur ces quatre aiguilles, & l'on forme quatre dernieres mailles avec le poinçon.

Cela fait, il est évident que l'on a quatre aiguilles vuides, & quatre aiguilles pleines ; on prend la quatrieme des pleines, & on la jette sur la neuvieme aiguille ; la troisieme des pleines, & on la jette sur la huitieme aiguille ou la premiere des vuides ; la seconde des pleines, & ainsi de suite. On fait là dessus deux rangées, & l'on recommence les mêmes passemens, jusqu'à ce que le coin ait deux pouces & demi de large par le bas. On le finit par une rangée lâche, sur laquelle on fait quatre à cinq rangées à l'ordinaire, pour que la soie ne se défile pas.

Pour former la maille sur les quatre aiguilles, on passe la soie dans leurs têtes, on repousse l'ouvrage au-delà des têtes ; puis avec le poinçon on presse le bec de chaque aiguille, on retire l'ouvrage, & la maille formée à l'ouvrage passe sur les têtes, & forme de nouvelles mailles avec la soie qu'on y a mise.

Il ne reste plus que la semelle à faire : pour cet effet, on monte les coins par leur largeur bout-à-bout, ce qui forme un intervalle de cinq pouces ; c'est là-dessus qu'on travaille la semelle à laquelle on donne la longueur convenable.

Les grands bas d'hommes ont ordinairement trente-neuf pouces, depuis le bord de l'ourlet jusqu'à la pointe du talon.

Les grands bas de femmes n'ont ordinairement que vingt-neuf pouces, depuis l'ourlet jusqu'à la pointe du talon.

Les grands bas d'hommes, depuis le bord jusqu'à la façon, portent 28 pouces ; les grands bas ds femmes, dix-neuf pouces.

La façon dans les grands bas d'hommes & les grands bas de femmes, est de deux pouces.

Le talon commence à la hauteur des coins, & il a jusqu'à sa pointe, neuf pouces dans les hommes, & huit pouces dans les femmes.

Les coins ont pour les hommes & pour les femmes la même hauteur que les talons.

Les talons finis, on les met bout-à-bout & l'on travaille la semelle, de neuf pouces & demi pour les hommes, & de huit pouces & demi pour les femmes.

Après les talons finis, on continue le dessus du pié, à quatre pouces pour les femmes, & à cinq pouces pour les hommes.

Dans toutes ces dimensions on observe les rétrécissemens que nous avons prescrits dans l'article de la main d'oeuvre, & qu'il est inutile de repéter ici.

On voit, Planche III. du bas au métier, fig. 10. un modèle de façon ; il est tracé sur un papier divisé en petits quarrés de dix en dix. La ligne A B la partage en deux parties égales : chaque petit quarré représente une aiguille : le petit quarré A représente l'aiguille qui marque le milieu de la façon, & chaque rangée de mailles est représentée par chaque rangée de petits quarrés.

Pour exécuter la façon qu'on voit ici représentée il faut donc faire aux mailles marquées par chaque petit quarré quelque changement qui les distingue sur le bas : pour cet effet, on les porte, ou on les retourne ; ainsi tous les petits quarrés marqués d'un point désigneront les mailles portées ou retournées.

Nous avons déjà dit qu'une maille portée étoit celle dont la soie passoit sous deux têtes d'aiguilles, sous la tête de son aiguille propre, & sous la tête de l'aiguille voisine, en allant de droite à gauche de l'ouvrier ; & que la maille retournée étoit celle qu'on faisoit tomber, & qu'on relevoit sur l'envers de l'ouvrage, ensorte qu'elle étoit en relief sur l'envers, & par conséquent en creux sur l'endroit.

Mais les mailles ne se portent ou ne se retournent pas indistinctement partout. On voit évidemment que des mailles qu'il faut altérer pour distinguer la façon, on ne peut porter celles qui se suivent immédiatement. Quand il faut altérer la maille d'une aiguille, si celle qui lui est voisine, en allant de droite à gauche, ne doit point être altérée, on peut ou la porter ou la retourner : mais si elle doit être aussi altérée, il faut la retourner.

Ainsi dans le dessein de façon qu'on voit, toutes les mailles des masses noires doivent être retournées, & toutes les mailles des autres masses qui sont rares, & qui laissent entr'elles des mailles qu'il ne faut point altérer, peuvent être ou portées ou retournées.

Les ouvriers qui construisent des métiers à bas, se servent d'instrumens comme le rabot des verges, le moule à repasser les cuivres, le moule pour hacher les platines, la fraise, la lime à queue d'aronde ; le chevalet pour les platines, le chevalet pour les cuivres, la machine à percer les aiguilles, & son détail, le moule à fondre les plombs à aiguilles & les plombs à platines, le brunissoir, les tourne-à-gauche, les becs-d'âne, les clouyeres ; la chasse-ronde, le pointot, la tranche, les perçoires plate & ronde, les broches, la griffe, les mandrins, le moule à bouton, le poinçon : entre ces instrumens, il y en a qui sont communs au faiseur de métier, & à celui qui s'en sert. On trouvera leurs usages aux articles de leurs noms, & leurs figures sur les planches du métier à bas.

La premiere manufacture de bas au métier fut établie en 1656, dans le château de Madrid, au bois de Boulogne. Le succès de ce premier établissement donna lieu à l'érection d'une communauté de maîtres-ouvriers en bas au métier ; & on leur donna des statuts. Par ces statuts ; on régla la qualité & la préparation des soies, le nombre des brins de ces soies, la quantité des mailles vuides qu'il faut laisser aux lisieres, le nombre d'aiguilles sur lequel se doivent faire les entures, & le poids des bas.

Il fut ordonné trois ans d'apprentissage & deux ans de service chez les maîtres, pour le devenir ; la connoissance du métier, & de sa main-d'oeuvre, & un chef-d'oeuvre qui consiste en un bas façonné aux coins & par-derriere.

Les ouvriers en bas ne travaillerent qu'en soie jusqu'en 1684, qu'il leur fut permis d'employer des laines, le fil, le poil, le coton, à condition toutefois que la moitié des métiers d'un maître seroient occupés en soie, les autres en matiere dont le filage seroit fin. Cette indulgence eut de mauvaises suites, & en 1700, sa Majesté ordonna à tous maîtres faiseurs de bas au métier de se conformer au reglement suivant.

I. Défense d'établir aucun métier ailleurs qu'à Paris, Dourdan, Roüen, Caën, Nantes, Oléron, Aix, Toulouse, Nismes, Usès, Romans, Lyon, Metz, Bourges, Poitiers, Orléans, Amiens & Rheims, où ils étoient déjà établis.

II. De travailler dans lesdites villes & leur banlieue sans être maîtres.

III. De faire bas, caleçons, camisoles, &c. sur autres métiers que des vingt-deux, à trois aiguilles par plomb.

IV. D'employer des soies sans être débouillies au savon, bien teintes, bien desséchées, nettes, sans bourre, doubles, adoucies, plates & nerveuses.

V. D'employer de l'huile dans ledit travail.

VI. D'employer pour le noir des soies autres que non teintes, dont les ouvrages seront envoyés faits aux Teinturiers.

VII. De travailler en soie pure, ou en poil & laine, sur un autre métier que d'un dix-huit au moins, à trois aiguilles par plomb, & de mettre moins de trois brins, deux de soie, ou poil, & un de laine.

VIII. De faire des ouvrages en laine, fil & coton sur un autre métier que de vingt-deux, à deux aiguilles par plomb.

IX. De mettre dans les ouvrages de fil, coton, laine & castor, moins de trois brins ; & d'employer aucun fil d'estame, ou d'estain tiré à feu, parmi les trois fils.

X. De mettre en oeuvre de mauvaise marchandise.

XI. De manoeuvrer mal.

XII. De négliger les lisieres, & de n'y point laisser de maille vuide.

XIII. De faire les entures de moins que de cinq à six mailles, & de négliger de remonter les talons & les bords.

XIV. De fouler les ouvrages au métier avec autre chose que du savon blanc ou verd, à bras ou aux piés.

XV. Aux Fouleurs de se servir d'autres instrumens que des rateliers de bois ou à dents d'os, & aux Fouloniers de recevoir des bas.

XVI. De donner aux ouvrages moins de deux eaux vives, après les avoir dégraissés.

XVII. De se servir de pommelles & cardes de fer pour apprêter & appareiller.

XVIII. De débiter aucun ouvrage sans porter le plomb, qui montrera d'un côté la marque du maître, de l'autre celle de la ville.

XIX. Permission aux privilégiés de se distinguer par la fleur-de-lis jointe à l'initiale de leurs noms.

XX. Seront les articles ci-dessus exécutés à peine de confiscation des métiers, & de cent livres d'amende.

XXI. Défense aux maîtres de mettre en vente d'autres marchandises que celles qu'ils auront fabriquées, eux, leurs apprentifs ou compagnons.

XXII. Permission aux maîtres de faire peigner, carder, filer, mouliner, doubler, &c. les soies dont ils auront besoin.

XXIII. Défense de transporter hors du royaume aucun métier sous peine de confiscation, & de mille livres d'amende.

XXIV. Défense aux maîtres de bas au métier, d'entreprendre sur ceux au tricot ; & à ceux-ci d'entreprendre rien sur les premiers.

Louis XIV. en conséquence de ces reglemens, avoit créé des charges d'inspecteurs, de contrôleurs, de visiteurs, de marqueurs, &c. Les marchands fabriquans en payerent la finance, & en acquirent les droits : mais comme la communauté étoit composée de maîtres privilégiés & d'autres, cette acquisition occasionna de la division entre les maîtres, les privilégiés se tenant exempts des droits, & les non-privilégiés prétendant les y soûmettre. Louis XV. fixa en 1720, la police de ces fabriquans & fit cesser leurs querelles. Il voulut que les métiers dispersés dans les lieux privilégiés, comme le faubourg S. Antoine, le Temple, S. Jean de Latran, &c. payassent trente livres par métiers ; que les brevets des apprentifs fussent de cinq années. Les autres articles sont relatifs à l'acquit des dettes de la communauté, & aux autres objets semblables. Voyez le dictionn. du Commerce.

BAS d'estame ; ce sont ceux qui se font avec du fil de laine très-tors, qu'on appelle fil d'estame ou d'estain. Voyez ESTAME.

BAS drappés ; ce sont ceux qui, fabriqués avec de la laine un peu lâchement filée qu'on appelle fil de trame, ont passé à la foule, & ont ensuite été tirés au chardon.

BAS à étrier ; ce sont des bas coupés par le pié, qui ne couvrent que la jambe ; il y a encore des bas de chamois, qui sont du commerce des Peaussiers, & des bas de toile, qui sont du commerce des Lingeres. On n'exécute pas seulement des bas sur le métier, on y fait aussi des culottes, des caleçons, des mitaines, des vestes, & je ne doute pas qu'on n'y fît des habits. Il est évident, par les desseins qu'on exécute aux coins, qu'on pourroit y faire des fleurs & autres desseins, & qu'en teignant la soie, comme il convient qu'elle le soit, on imiteroit fort bien sur les ouvrages de bas au métier, & le chiné & le flambé des autres étoffes. Voyez CHINER & FLAMBER.

* BAS (l'île de), Géog. petite île de la mer de Bretagne, vis-à-vis Saint-Pol-de-Léon.

BAS-BORD, (Marine) vaisseau de bas bord ; c'est un vaisseau peu élevé, & qui ne porte qu'un tillac ou couverte, & va à voiles & à rames comme les galeres, galiotes & semblables bâtimens. Le brigantin, qui ne porte pas couverte, est un vaisseau de bas-bord.

BAS-BORD ou BABORD, (Marine) c'est le côté gauche du navire, c'est-à-dire celui qui reste à la gauche lorsqu'on est à la poupe, & qu'on regarde la proue ; il est opposé à stribord, qui est le côté droit.

BAS-BORD tout ; c'est un commandement que l'on fait au timonier de pousser la barre du gouvernail à gauche tout autant qu'il est possible.


BAS-BORDEou BAS-BORDAIS, (Marine) on appelle ainsi la partie de l'équipage qui doit faire le quart de bas-bord. Voyez QUART.


BAS-FONDS. m. (Marine) c'est un endroit de la mer où le fond est plus élevé, & sur lequel il n'y a pas assez d'eau pour que les vaisseaux puissent y passer sans échoüer. Voyez BANC & BASSES. (Z)


BAS-JUSTICIERS. m. (Jurisprudence) seigneur de fief, qui a droit de basse-justice, Voyez JUSTICE.

Quelques coûtumes lui accordent sur les denrées ou les bestiaux qui séjournent sur sa seigneurie, un droit qu'elles appellent levage, voyez LEVAGE ; les espaves immobiliaires, voyez ESPAVE ; le droit de banalité, & autres, voyez BANALITE. (H)


BAS-MÉTIERS. m. (Rubanier Passementier) c'est celui sur lequel on fait quantité de petits ouvrages ; il peut se poser sur les genoux. Voyez AGREMENT.


BAS-OFFICIERSsub. m. pl. (Art milit.) ce sont dans les compagnies de cavalerie & de dragons, les maréchaux de logis, & dans l'infanterie, les sergens. Ils n'ont point de lettres du roi pour avoir leur emploi, qu'ils ne tiennent que de l'autorité du colonel & de leur capitaine. (Q)


BAS-RELIEFS. m. (en Architecture) ouvrage de sculpture qui a peu de saillie, & qui est attaché sur un fonds ; on y représente des histoires, des ornemens, des rinceaux de feuillages, comme on en voit dans les frises, & lorsque dans les bas-reliefs il y a des parties saillantes & détachées, on les nomme demi-bosses, Voyez SCULPTURE. (P)


BAS-VENTRES. m. tout ce qui est au-dessous du diaphragme dans la cavité du ventre. Voyez ABDOMEN. (L)


BASAN(Géog. sainte) ancien pays de la Judée, en Asie, entre le Jourdain, la mer de Galilée, le royaume de Galaad, & les montagnes d'Hermon, ou de Seïr ou du Liban. Moyse le conquit sur Og, & le donna à la tribu de Manassé ; il s'appella dans la suite Trachonite.


BASANNES. f. (Tannerie ou Megie) c'est une peau de bélier, mouton ou brebis, passée avec le tan ou avec le redon. La basanne a différens usages suivant les différens apprêts qu'elle a reçus : on en a fait des couvertures de livres, des porte-feuilles ; on en couvre des chaises, fauteuils, banquettes, &c. on l'employe aussi à faire des tapisseries de cuir doré. Voyez CUIRS.

Il y a plusieurs sortes de basannes ; savoir les basannes tannées ou de couche, les basannes coudrées, les basannes chipées, les basannes passées en mesquis, & les basannes aludes.

Les basannes tannées ou de couches ; sont celles qui ont été étendues de plat dans la fosse, pour y être tannées comme les peaux de veaux, mais qu'on n'y a pas laissées si long-tems. On en fait des tapisseries de cuir doré.

Les basannes coudrées, celles qui après avoir été dépouillées de leur laine dans le plein, par le moyen de la chaux, ont été rougies dans l'eau chaude avec le tan. On en fait le même usage que des basannes tannées.

Les basannes chipées, celles auxquelles on a donné un apprêt particulier appellé chippage. Voyez CHIPPAGE.

Les basannes passées en mesquis, celles qui ont été apprêtées avec le redon, au lieu de tan. Voyez REDON.

Les basannes appellées aludes, celles qu'on teint ordinairement en jaune, verd ou violet, & qui sont fort velues d'un côté. On les appelle aludes, parce qu'on se sert d'eau d'alun dans les différens apprêts qu'on leur donne. Cette espece de basanne est tout-à-fait différente des autres : on ne l'employe d'ordinaire qu'à couvrir des livres & des porte-feuilles d'écoliers. Voyez TANNERIE & MEGIE.


BASARUCOS. m. (Commerce) petite monnoie d'étain, d'usage aux Indes : il y en a de deux sortes ; les bons sont d'un sixieme plus forts que les mauvais ; trois basarucos valent deux reys de Portugal. Voyez REY.


BASCAMAN(Géog. sainte) ville de la Palestine de la tribu de Gad.


BASCARA(Géog.) ville de la partie de l'Afrique, que les Arabes appellent Ausath ou moyenne, ou le Biledulgerid.


BASCATHGéog. sainte) ville de la Palestine, dans la tribu de Juda, entre Lachis & Eglon.


BASCHou BACHI, s. m. (Hist. mod.) chez les Turcs, joint à un mot qui le précéde, signifie le chef ou le premier d'un corps d'officiers du serrail. Ainsi bogangi bachi signifie le chef des fauconniers, & bostangi bachi le chef des jardiniers, ou sur-intendant des jardins du grand seigneur.

Baschi-capou-oglani, nom qu'on donne à l'eunuque qui commande aux portiers de l'appartement des sultanes ; baschi signifiant chef, capou, porte, & oglan, officier ou valet, RICAUT, de l'empire ottoman. (G)


BASCULES. f. (Méchanique) est une piece de bois qui monte, descend, se hausse, & se baisse par le moyen d'un essieu qui la traverse dans sa longueur pour être plus ou moins en équilibre. Ce peut être encore le contre-poids d'un pont levis, ou d'un moulin à vent, pour en abattre le frein : elle a son axe ou oeil par où passe un boulon qui la soûtient sur un bâti de charpente. En général, bascule est proprement un levier de la premiere espece, où le point d'appui se trouve entre la puissance & la résistance. (K)

BASCULE, sub. f. terme de Fortification, sont deux poutres ou solives, dont une partie s'avance en dehors de la porte, & soûtient des chaînes attachées au pont-levis ; & l'autre est en-dedans de la porte & soûtient des contre-poids qui mettent la bascule en équilibre, ensorte qu'en appuyant sur l'un des bouts, l'autre hausse. Voyez PONT-LEVIS. (Q)

BASCULE, c'est dans une grosse horloge, un levier dont un bout donne sur la roue de cheville d'une sonnerie, & l'autre tire un fil de fer ou de cuivre, pour faire lever le marteau. Voyez l'article HORLOGE DE CLOCHER : voyez aussi la figure 5. Planche II. de l'Horlogerie. (T)

BASCULE, partie du-bas-au métier, voyez BAS-AU-METIER.

BASCULE, terme de Riviere, voyez BANNETON.

BASCULE DU POSITIF, ou PETIT ORGUE, représentées dans les Planches n°. 22. sont des regles A B de bois de chêne, de cinq ou six piés de long, plus larges dans leur milieu qu'à leurs extrémités ; ces regles sont posées de champ & par le milieu sur un dos d'âne F, qui est garni de pointes G. Ces pointes entrent dans un trou percé au milieu de la bascule. Ce trou doit être un peu plus ouvert par le haut que par le bas qui porte sur le dos d'âne ; & cela seulement dans le sens de la longueur de la bascule. A l'extrémité B de la bascule est un petit trou percé verticalement, destiné à recevoir une pointe ou épingle, qui est emmanchée à l'extrémité inférieure de la pilote E C ; les pilotes sont des baguettes de bois de chêne, de quatre ou cinq lignes de diametre : leur partie supérieure traverse une planche D, D, D, figure 20 percée d'autant de trous qu'il y a de pilotes, dont le nombre est égal à celui des touches du clavier, au-dessous desquelles elles doivent répondre ; ensorte que lorsque les pilotes sont passées dans les trous du guide, leurs extrémités supérieures portent contre le dessous des touches à un demi-pié près ou environ de l'extrémité antérieure des touches. L'extrémité A des bascules répond sous le sommier du positif qui est garni en-dessous de pointes de fer, entre deux desquelles les bascules se meuvent. Ces pointes s'appellent le guide des bascules. Elles servent en effet à les guider dans leurs mouvemens.

Lorsque l'organiste baisse une touche du clavier, elle comprime la pilote E C, qui fait baisser l'extrémité B de la bascule, & par conséquent hausser l'extrémité A, qui foule en-haut le petit bâton qui traverse la boursette ; ce qui fait ouvrir la soûpape, la soûpape étant ouverte, laisse aller le vent dans la gravure du sommier. Voyez SOMMIER, POSITIF, BOURSETTE, &c.

Ces bascules qui, du côté des pilotes, n'occupent que la même étendue que le clavier, sont divergentes du côté du sommier du positif, où elles occupent la même étendue que les soûpapes de ce sommier. La place de ces bascules dans l'orgue, est sous le pont qui est entre le grand orgue & le positif, sur lequel le siege de l'organiste est placé. L'extrémité qui porte les pilotes, entre dans le pié du grand orgue, & l'autre extrémité dans le positif au-dessous du sommier.

BASCULES BRISEES de l'orgue, représentées fig. 26, Pl. de l'Orgue, sont composées de deux bascules C H, H D, articulées ensemble par des entailles à moitié bois, comme on voit en H ; elles sont montées sur un chassis A B, dans lequel sont assemblées à queue d'aronde deux barres de bois E, garnies de pointes, qui entrent dans le milieu des bascules, & qui leur servent avec le dos d'âne des barres E E, de point d'appui. Au milieu du chassis, qui est l'endroit où les deux bascules se réunissent, sont deux regles ou barres H G ; l'inférieure H est garnie de chevilles de fer, entre deux desquelles les bascules peuvent se mouvoir. Cette barre avec les pointes s'appelle le guide : vis-à-vis du guide & au-dessus, est une autre barre G, dont l'usage est d'empêcher les bascules de sortir d'entre les chevilles du guide. Le contre-dos d'âne K fait la même fonction ; il sert à empêcher les bascules H D de sortir des pointes de la barre E, vis-à-vis de laquelle il est placé. Aux deux extrémités C D des bascules, on met des anneaux de fil de fer : ceux de la partie C doivent être en-dessous, pour recevoir la targette C L, qui descend de la bascule au clavier ; & ceux de la partie D doivent être en-dessus, pour recevoir la targette D M, qui monte de la bascule au sommier.

Les bascules brisées sont une maniere d'abregé (voyez ABREGE) ; car elles sont convergentes du côté des targettes du clavier, où elles n'occupent pas plus d'étendue que les touches du clavier auxquelles elles répondent perpendiculairement ; & du côté de celles du sommier elles sont divergentes, & occupent la même étendue que les soûpapes auxquelles elles communiquent par le moyen des targettes D M, & des boursettes. Voyez BOURSETTES & SOMMIER.

Lorsqu'on abaisse une touche du clavier, la targette C L qui y est attachée tire en en-bas l'extrémité C de la bascule C H, qui a son point d'appui au point E. L'extrémité C ne sauroit baisser que l'autre extrémité H ne leve : mais cette partie reçoit l'extrémité de l'autre bascule D H ; par conséquent elle doit l'élever avec elle vers la barre G ; ce qui ne se peut faire sans que la bascule H D ne descende & n'entraîne avec elle la targette D M, qui communique par le moyen d'une boursette à la soûpape correspondante du sommier qui sera ainsi ouverte. Lorsqu'on lâchera le doigt, le ressort qui renvoye la soûpape contre la gravure, tirera en-haut la targette M D, qui relevera l'extrémité D de la bascule, & fera par conséquent baisser l'autre extrémité H, qui parce qu'elle appuie sur l'extrémité de l'autre bascule, la fera baisser avec elle, & par conséquent lever par l'autre extrémité C, qui tirera en en-haut la targette C L, & la touche du clavier qui y est attachée.

Les bascules ont différens noms, suivant l'usage qu'on en fait.

La bascule d'un loquet est une piece de fer d'environ deux pouces de long, percée d'un trou quarré long, & posée au bout de la tige du bouton ou du lasseret de la boucle d'un loquet à bascule : cette tige excede l'épaisseur de la porte du côté où le battant doit être posé, de l'épaisseur de la bascule qui est arrêtée sur la tige par une goupille ou un écrou : on place ensuite le battant du loquet de façon que la bascule ait le plus gros de sa queue du côté où la vis arrête le battant sur la porte ; & cela afin que la tête du battant ait plus de poids pour retomber dans le mentonnet. Il faut par cette même raison poser la bascule à deux pouces de la vis qui tient la queue du battant, desorte qu'en tournant le bouton soit à droite soit à gauche, on fasse lever le battant. Il faut remarquer qu'en tournant le bouton & la boucle dans le même sens que l'on tourne la clé d'une porte pour l'ouvrir, le battant sera plus doux à lever ; & qu'au contraire on le trouvera plus rude en tournant de l'autre sens ; car la vis qui tient la queue du battant est ici le point d'appui ; & le battant pese d'autant plus que l'action de la bascule se fait sur lui dans un point plus proche de cette vis.

Bascule qui sert de fermeture aux vanteaux de porte ou d'armoire. Cette bascule est composée de deux verroux, l'un pour fermer en entrant dans la traverse du haut, & l'autre pour fermer en entrant dans la traverse d'en-bas : ils sont montés sur platines ; leurs queues viennent se joindre à la traverse du milieu des vanteaux ; elles sont coudées en croissant, l'une d'un sens, & l'autre d'un autre sens, & percées d'un trou à l'extrémité du croissant ; ces extrémités viennent se poser sur les étochios qui sont à chaque bout d'un T ; ce T est sur un étochio rivé sur une platine quarrée qui s'attache sur le vanteau de la porte ou armoire avec quatre vis ; le T est percé d'un trou dans son milieu, entre les deux étochios de l'extrémité de ses bras.

Pour ouvrir ou fermer la bascule, on prend un bouton qui est à l'extrémité de la main du T : si on meut ou leve la bascule verticalement, l'on ouvre ; si on la baisse perpendiculairement, on ferme.

Cette bascule est couverte par la gâche encloisonnée de la serrure : lorsque la bascule est posée à une porte où il n'y a point de gâche, la platine est ordinairement à panache & polie ; & l'étochio qui porte la bascule, à grand bouton plat, assez large pour couvrir le T, avec les deux bouts des croissans montés sur les étochios du bout des bras du T.

La sorte de bascule dont nous venons de parler peut être composée de deux verroux à ressort, d'un T avec sa rivure, & d'une platine : mais tout s'exécutera comme à la précédente.

Bascule à pignon ; elle ne differe de la précédente qu'en ce que les queues des verroux sont droites, & fendues de la quantité de la course des verroux, & que les côtés de ces queues qui se regardent sont à dents ou à cremailleres, & s'engrenent dans un pignon compris entr'eux. Pour ouvrir cette bascule, on prend un bouton rivé sur la queue du verrou d'en-bas, & en le levant il fait tourner le pignon, qui fait descendre le verrou d'en-haut, & monter le verrou d'en-bas.

Voyez Serrurerie, Pl. V. fig. 5. une bascule 5, 6, 7, 8, 9 ; 6 le bouton ; 6, 7, 8, le T ; 9, 9, les verroux : la fig. 1, 2, 3, 4, représente la même bascule, avec sa platine à panache, la bascule couverte.

Même Pl. fig. 1. est une bascule à pignon : H, H, le pignon ; I, K, les verroux à dents ; E D, G F, extrémités des verroux.

Pl. VII. Serrur. fig. A B C D E : A B, battant du loquet ; E, bascule, D, bouton ; C C, crampon : au lieu de bouton on a quelquefois un anneau ou une boucle, comme on voit dans la fig. F G.


BASla base d'une figure, en Géométrie, est proprement, & en général, la plus basse partie de son circuit, Voyez FIGURE.

La base dans ce sens est opposée au sommet, comme à la partie la plus élevée.

On appelle base d'un triangle, un côté quelconque de cette figure, quoiqu'à proprement parler, le mot base convienne au côté le plus bas, sur lequel le triangle est comme appuyé : ainsi la ligne A B, est la base du triangle A B C (Planch. Géom. fig. 68.) ; quoiqu'en d'autres occasions les lignes A C ou B C, en puissent être la base. Dans un triangle rectangle la base est proprement le côté opposé à l'angle droit, c'est-à-dire, l'hypothenuse. Voyez HYPOTHENUSE. La base d'un triangle isoscele est proprement le côté inégal aux deux autres. La base d'un solide est la surface inférieure ou celle sur laquelle toute la figure est appuyée, ou peut être censée appuyée. Voyez SOLIDE.

Ainsi le plan D F E est la base du cylindre A B D E, (Pl. Géom. fig. 56.).

La base d'une section conique est une ligne droite qui se forme dans l'hyperbole & la parabole par la commune section du plan coupant, & de la base du cone. Voyez CONE & CONIQUE.

BASE distincte, en Optique, voyez DISTINCT. (E)

BASE, s. f. en terme de Fortifications, se dit de la largeur des différens ouvrages de fortification par le bas : ainsi l'on dit la base du rempart, celle du parapet, du revêtement, &c. Voyez REMPART, PARAPET, &c. (Q)

BASE DU COEUR, en Anatomie, la partie supérieure & large de ce viscere, d'où partent quatre gros vaisseaux, deux arteres, l'aorte, & l'artere pulmonaire ; & deux veines, la veine cave & la veine pulmonaire. Voyez les Planch. d'Anatom. & à l'art. Anat. leurs explications. Voyez aussi COEUR, AORTE, &c.

On donne aussi ce nom à la partie principale de l'os hyoïde, & au grand côté de l'omoplate. Voyez OS HYOÏDE & OMOPLATE (L)

BASE DES SABORDS, c'est en Marine le bordage qui est entre la préceinte & le bas des sabords. (Z)


BASENTELLE(Géog. anc.) ville d'Italie dans la Calabre, où l'empereur Othon II. fut vaincu & fait prisonnier.


BASIEGES(Géog.) petite ville de France, au Languedoc, dans le diocèse de Toulouse, entre cette ville & Carcassonne.


BASIENTO(Géog.) riviere du royaume de Naples, qui a sa source près de Potenza, dans la Basilicate, traverse cette province, & se jette dans le golfe de Tarente.


BASILAIREadj. pris s. en Anatomie, épithetes de différentes parties qui sont considérées comme servant de bases : c'est dans ce sens que l'os sacrum & l'os sphénoïde ont été appellés os basilaires. Voyez OS. SACRUM & SPHENOÏDE. (L)

BASILAIRE, ou CUNEIFORME, apophyse de l'os occipital, qui s'articule avec l'os sphénoïde. Voyez OCCIPITAL & SPHENOÏDE.

L'artere basilaire s'avance sous la protubérance annulaire, où elle distribue plusieurs branches ; & lorsqu'elle est parvenue à l'extrémité de cette apophyse, elle se divise en deux, & s'anastomose avec les branches postérieures de la carotide. Voyez PROTUBERANCE, CAROTIDE, &c. (L)


BASIL(ORDRE DE S.) ordre religieux, & le plus ancien de tous. Il a tiré son nom, selon l'opinion la plus commune, de S. Basile, évêque de Césarée en Cappadoce, qui vivoit dans le jv. siecle, & qui donna des regles aux cénobites d'orient, quoiqu'il ne fût pas l'instituteur de la vie monastique, dont long-tems avant lui l'histoire de l'Eglise fournit des exemples fameux, sur-tout en Egypte.

Cet ordre a toûjours fleuri en orient ; & presque tous les religieux qui y sont aujourd'hui en suivent la regle. Il passa en occident environ l'an 1057. Le pape Grégoire XIII. le réforma en 1579, & mit les religieux d'Italie, d'Espagne & de Sicile, sous une même congrégation.

On dit que S. Basile s'étant retiré dans la province de Pont vers l'an 357, y resta jusqu'en 362 avec des solitaires auxquels il prescrivit la maniere de vivre qu'ils devoient observer en faisant profession de la vie religieuse. Ensuite Rufin traduisit ces regles en latin ; ce qui les fit connoître en occident, quoiqu'elles n'y ayent été suivies qu'au xj. siecle. Dans le XV. le cardinal Bessarion, grec de nation, & religieux de l'ordre de S. Basile, les réduisit en abregé, & les distribua en 23 articles. Le monastere de S. Sauveur de Messine en Sicile est chef d'ordre de S. Basile en occident ; & l'on assûre qu'on y récite l'office en grec. Le Mire, de orig. Ordin. relig. (G)


BASILES. m. (Menuiserie) est la pente ou inclinaison du fer d'un rabot, d'une varlope, & généralement de tous les outils de Menuisier qui sont montés dans des fûts, & qui servent tant à dresser le bois qu'à pousser des moulures. La pente que l'on donne à ces fers dépend de la dureté des bois ; pour les bois tendres elle forme avec le dessous du fût un angle de douze degrés, & pour les bois durs elle forme un angle de dix-huit degrés. On remarque que plus l'angle est aigu, plus il a de force ; à moins que le bois ne soit si dur, qu'il ne puisse être coupé. Dans ce cas, le fer se place perpendiculairement au fût ; & au lieu de couper, il gratte.


BASILICbasiliscus, s. m. (Hist. nat.) animal fabuleux que les anciens mettoient au rang des serpens ou des dragons : on le croyoit de médiocre grosseur, & on prétendoit qu'il avoit sur la tête des éminences en forme de couronne. On a distingué trois especes de basilics ? les uns brûloient & enflammoient tout ce qu'ils regardoient ; les autres causoient par le même moyen la terreur & la mort ; les basilics de la troisieme espece avoient la funeste propriété de faire tomber la chair de tous les animaux qu'ils touchoient : enfin il y avoit une autre espece de basilic qui étoit produit par les oeufs des vieux coqs, &c. Toutes ces absurdités n'ont été que trop répétées par les Naturalistes : on peut juger par ce que nous en avons dit ici, que de pareils contes ne méritoient pas d'être rapportés plus au long. (I)

BASILIC, ocimum, (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur monopétale, labiée, dont la levre supérieure est relevée, arrondie, crénelée, & plus grande que l'inférieure, qui est ordinairement frisée ou legerement échancrée. Il sort du calice un pistil, qui est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur, & environné de quatre embryons qui deviennent dans la suite autant de semences oblongues, enfermées dans une capsule qui a servi de calice à la fleur. Cette capsule se divise en deux levres, dont la supérieure est relevée & échancrée ; l'inférieure est dentelée. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

On distingue, en Jardinage, quatre sortes de basilics : trois domestiques, dont l'un est appellé le grand basilic ; l'autre, le petit ; le troisieme, le panaché ; & le quatrieme est le sauvage, qui se divise encore en deux especes : tous fleurissent l'été, & viennent de graine.

Les basilics ne craignent point d'être arrosés en plein soleil : on les éleve sur couche & sous des cloches au mois de Mai. Quand ils sont en état d'être transplantés, on les porte en mottes dans les parterres, & on en garnit les pots. Il faut en excepter le petit basilic, qui est trop délicat & qui veut une terre plus legere, & composée de deux tiers de terreau, & l'autre de terre de potager bien criblée. On l'arrose fréquemment ; on coupe avec des ciseaux sa tête pour l'arrondir, & on le fait sécher pour les courbouillons de poisson : d'autres le mettent en poudre pour servir à plusieurs sauces. (K)

BASILIC, (Artillerie) étoit autrefois une piece de canon de quarante-huit livres de balle, qui pesoit environ sept mille deux cent livres. Il ne s'en fond plus de ce calibre en France : mais il y a encore plusieurs arsenaux dans lesquels il se trouve de ces anciennes pieces. (Q)


BASILICATE(LA) Géog. province d'Italie au royaume de Naples, bornée par la Capitanate, la Calabre citérieure, les terres de Bari, d'Otrante, le golfe de Tarente, & les principautés. Cirenza en est la capitale.


BASILICO(Pharmacie) nom que les Apothicaires donnent à un onguent suppuratif. Voici comme il se prépare. Prenez résine de pin, poix navale, cire jaune, de chaque une demi-livre ; huile d'olive, une livre & demie : faites-les fondre au bain-marie ; passez ensuite le tout. Cet onguent est nommé aussi tetrapharmacon : c'est un des meilleurs suppuratifs que nous possédions. Lemery ajoute à cette formule la térébenthine de Venise.

Basilicon veut dire royal, à cause des grandes vertus de cet onguent. (N)


BASILICUM(Hist. anc.) espece d'a justement ou de vêtement des anciens, dont la nature nous est encore inconnue.


BASILIDIENSS. m. pl. (Hist. ecclés.) nom d'anciens hérétiques, sectateurs de Basilide, qui vivoit vers le commencement du ij. siecle.

Ce Basilide étoit sorti de l'école des Gnostiques, dont le chef étoit Simon le Magicien. Il croyoit avec lui que J. C. n'avoit été homme qu'en apparence, & que son corps n'étoit qu'un fantôme ; qu'il avoit donné sa figure à Simon le Cyrénéen, qui avoit été crucifié en sa place.

Nous apprenons d'Eusebe, que cet imposteur avoit écrit vingt-quatre livres sur les Evangiles, & qu'il avoit feint je ne sais quels prophetes, à deux desquels il avoit donné les noms de Barcaba, & de Barcoph. Nous avons encore les fragmens d'un évangile de Basilide.

Ses disciples prétendoient qu'il y avoit des vertus particulieres dans les noms, & enseignoient avec Pythagore & avec Platon, qu'ils n'avoient pas été inventés au hasard, mais qu'ils signifioient tous quelque chose de leur naturel. Basilide pour imiter Pythagore, vouloit que ses disciples gardassent le silence pendant cinq ans. Voyez NOM, PYTHAGORICIEN, &c.

Suivant la doctrine de leur maitre, ils croyoient que l'ame étoit punie en cette vie des péchés qu'elle avoit commis auparavant : ils enseignoient la métempsycose, & nioient la résurrection de la chair ; parce que, disoient-ils, le salut n'avoit pas été promis au corps. Ils ajoûtoient, que dans chaque homme il y avoit autour de l'ame raisonnable plusieurs esprits qui excitoient les différentes passions ; que loin de les combattre il falloit leur obéir, & se livrer aux desirs les plus déreglés. Clément Alexandrin, Strom. liv. II. & IV. (G)


BASILIGOROD(Géog.) ville de l'empire Russien, dans la Tartarie Moscovite, sur la rive droite du Volga, au confluent de la Sura.


BASILIMPHA(Géog.) riviere de Diarbeck dans la Turquie, en Asie ; elle se jette dans le Tigre, entre Mosul & Turit.


BASILINDES. f. (Myth.) nom d'une espece de fête que les Tarentins célébroient en l'honneur de Venus. Pollux prétend, liv. IX. que c'étoit un jeu des Grecs, dans lequel celui que le sort avoit fait roi, commandoit quelque chose aux autres. Lex Jurid. Calv.


BASILIPOTAMO(Géog. anc. & mod.) riviere de Grece en Morée, dans la province de Sacanie : elle reçoit d'autres rivieres, & se jette dans la met au golfe de Castel-Rampani. Les anciens l'ont appellée, ou Hemerus, ou Marathon, ou Eurotas.


BASILIQUES. f. (Hist. anc. & mod.) mot tiré du grec , roi ; c'est-à-dire maison royale. C'étoit à Rome un bâtiment public & magnifique, où l'on rendoit la justice à couvert ; ce qui le distinguoit du forum, place publique, où les magistrats tenoient leurs séances en plein air. Il y avoit dans ces basiliques de vastes salles voûtées, & des galeries élevées sur de riches colonnes : des deux côtés étoient des boutiques de marchands, & au milieu une grande place pour la commodité des gens d'affaires. Les tribuns & les centumvirs y rendoient la justice, & les jurisconsultes ou légistes gagés par la république, y répondoient aux consultations. C'est ce qu'a voulu dire Ciceron dans une épitre à Atticus, basilicam habeo, non villam, frequentiâ formianorum ; parce qu'on venoit le consulter de toutes parts à sa maison de campagne, comme s'il eût été dans une basilique. Les principales basiliques de Rome étoient Julia Porcia, Sisimini Sempronii, Caii, Lucii, ainsi nommées de leurs fondateurs, & la banque, basilica argentariorum. On en construisit d'autres moindres pour les marchands, & où les écoliers alloient faire leurs déclamations. Le nom de basilique a passé aux édifices dédiés au culte du vrai Dieu, & aux chapelles bâties sur les tombeaux des martyrs : ce nom paroît surtout leur avoir été affecté en Grece. Ainsi l'on nommoit à Constantinople la basilique des saints apôtres, l'église où les empereurs avoient fait transporter les reliques de quelques apôtres. Il étoit défendu d'y enterrer les morts, & les empereurs même n'avoient leur sépulture que sous les portiques extérieurs, ou le pa vis de la basilique.

Le nom de basilique signifiant maison royale, il est visible que c'est à cause de la souveraine majesté de Dieu, qui est le roi des rois, que les anciens auteurs ecclésiastiques ont donné ce nom à l'Eglise, c'est-à-dire au lieu où s'assemblent les Fideles pour célébrer l'office divin.

Ce mot est souvent employé dans ce sens par saint Ambroise, S. Augustin, S. Jérôme, Sidoine Apollinaire, & d'autres écrivains des jv. & v. siecles.

M. Perrault dit, que les basiliques différoient des temples en ce que les colonnes des temples étoient en-dehors, & celles des basiliques en-dedans. Voyez TEMPLE.

Selon Bellarmin, tom. II. de ses controverses, voici la différence que les Chrétiens mettoient entre les basiliques & les temples. On appelloit basiliques les édifices dédiés au culte de Dieu & en l'honneur des saints, spécialement des martyrs. Le nom de temples étoit propre aux édifices bâtis pour y célébrer les mysteres divins, comme nous l'apprennent S. Basile, S. Gregoire de Nazianze, &c. Quelques anciens, comme Minutius Felix, dans son ouvrage intitulé Octavius, ont soûtenu que le Christianisme n'avoit point de temples, que cela n'étoit propre qu'au Judaïsme & au Paganisme : mais ils parlent des temples destinés à offrir des sacrifices sanglans, & à immoler des animaux. Il est certain que les lieux destinés à conserver & honorer les reliques des martyrs étoient proprement appellés basiliques, & non pas temples. Les Grecs font quelquefois mention des temples des martyrs, mais ils parlent des lieux qui étoient consacrés à Dieu & dédiés au culte des martyrs. Comme consacrés à Dieu, ils étoient appellés temples ; car c'est à lui seul qu'on peut ériger des autels & offrir des sacrifices : mais comme destinés à la vénération des saints, ils avoient seulement le nom de basiliques. (G)

BASILIQUES, adj. pris subst. (Jurisprud.) recueil des lois romaines traduites en grec par ordre des empereurs Basile & Léon, & maintenus en vigueur dans l'empire d'Orient jusqu'à sa dissolution. Voyez DROIT CIVIL.

Les basiliques comprennent les institutes, le digeste, le code & les novelles, avec quelques édits de Justinien & d'autres empereurs. Le recueil étoit de soixante livres, & s'appelloit par cette raison , soixante. On croit que c'est principalement l'ouvrage de l'empereur Léon le philosophe, & qu'il l'intitula du nom de son pere, Basile le Macédonien, qui l'entreprit le premier. Des soixante livres il n'en reste aujourd'hui que quarante-un. Fabrolus a tiré en quelque façon le supplément des dix-neuf autres du Synopsis basilicon, &c.

BASILIQUE, adj. pris subst. (Hist. anc.) dans l'Empire grec, dénomination qui se donnoit aux mandataires du prince, ou à ceux qui étoient chargés de porter ses ordres & ses commandemens. Voyez MANDEMENT. (G)

BASILIQUE, adj. pris subst. en Anatomie, nom d'une veine qui naît du rameau axillaire, qui court dans toute la longueur du bras. Voyez les Plan. d'Anat. & leur explication à l'article ANATOMIE.

La basilique est une des veines que l'on a coûtume d'ouvrir en saignant au bras. Voyez PHLEBOTOMIE. (L)

BASILIQUE ou basilica, est, en Astronomie, le nom d'une étoile fixe de la premiere grandeur dans la constellation du Lion : elle s'appelle aussi Regulus & cor Leonis, ou coeur du Lion. Voyez LION. (O)


BASILISSA(Myth.) nom sous lequel Venus étoit honorée par les Tarentins.


BASILUZZO(Géog. anc. & mod.) île de la mer de Toscane, appellée jadis Herculis insula : c'est une des îles célebres de l'Y pare.


BASINS. m. (Commerce & Tisserans) étoffe croisée, toute fil & coton ; la chaîne est fil, la trame coton. Il y a des basins unis, figurés, ras & velus ; & dans toutes ces sortes, on en distingue une infinité d'autres relativement à l'aunage & à la condition. Les manufactures principales en sont à Troies, à Roüen, & dans le Beaujolois. Ils ne se travaillent pas autrement que la toile, quand ils sont unis : ils se font à la marche, quand ils sont figurés ; le nombre de lisses & de marches est déterminé par la figure, & c'est la trame qui la fait ; parce qu'étant de coton & plus grosse que la chaîne, elle forme un relief, au lieu que la chaîne se perdroit dans la trame : les velus sont tirés au chardon.

Il est ordonné par les reglemens de donner aux basins unis ou rayés, demi-aune & un pouce de large en peigne & sur le métier ; vingt-quatre portées de quarante fils chacune, voyez PORTEE & PEIGNE ; & vingt-quatre aunes de longueur ; aux basins à petites raies, cent soixante raies ; aux basins à trente-six barres, demi-aune un pouce de large en peigne, vingt-deux portées de quarante fils chacune, & trois raies à chaque barre : aux basins étroits, unis & à petites raies, ou à vingt-cinq barres, demi-aune moins 1/24 de large en peigne, vingt-quatre aunes de long : aux unis, vingt portées : à ceux à petites raies, cent quarante raies ; & à chacune des vingt-cinq barres, trois raies : aux basins à la mode, demi-aune un pouce de large, & vingt-quatre de long ; s'ils sont larges, demi-aune moins 1/24 de large, & vingt-deux aunes de long ; s'ils sont étroits, avec un nombre de portées ou de raies convenable à la largeur & à leur degré de finesse ; & à tous, la chaîne de fil de coton filé fin, sans aucun mêlange d'étoupe, chanvre ou lin, les barres & raies de fil de coton retors.

Quoique les manufactures de France fournissent d'excellens basins, on en tire cependant de l'étranger. Il en vient de Hollande, de Bruges, & des Indes. Les basins de Hollande sont ordinairement rayés : ils sont fins & bons. Ils portent de largeur cinq huitiemes d'aune, & de longueur environ douze aunes. Ceux de Bruges sont unis, rayés à petites raies imperceptibles, à grandes raies ou barres de trois petites raies, & à poil. Les unis ou à poil ont environ cinq douze de large, & douze aunes de long ; & les rayés, un pouce de moins sur la largeur, & les deux tiers de moins sur la longueur. Il y en a de quatre sortes, qu'on distingue à la marque. Ceux qui sont marqués à deux lions rouges s'appellent basin double lion ; à un seul lion, basin simple lion ; à un B, basin B ; à un C, basin C. Voyez dans le dictionnaire de Commerce le détail de toutes ces marques.

Les basins des Indes sont blancs & sans poil ; les uns croisés & sergés ; les autres à carreaux & ouvrés. Les meilleurs se fabriquent à Bengale, Pondichery, & Belcasor.

Il n'est pas besoin d'avertir que les barres dans ce genre d'étoffe, ou plûtôt de toile, sont faites par certains fils de chaîne filés plus gros que les autres & placés à des distances égales, & que les raies sont faites par des fils de la chaîne filés moins gros que ceux qui forment les barres, mais plus gros que les autres, placés à des distances égales sur la barre.


BASIO-PHARYNGIENen Anatomie, nom d'une paire de muscles du pharynx. Voyez HYO-PHARYNGIEN. (L)


BASIOGLOSEadject. pris subst. en Anatomie, nom d'une paire de muscles de la langue ; ils viennent de la base de l'os hyoide & de la partie voisine de la grande corne de ce même os, & s'inserent aux parties latérales de la racine de la langue. (L)


BASIRI(Géog.) riviere de Perse qui arrose la province de Kirman, la ville de ce nom, celle de Basiri, & se jette dans le golfe d'Ormus.


BASKIRIE(Géog.) contrée de la Tartarie Moscovite, bornée au nord par les Tartares de Tumen, à l'orient par les Barabinskoi, & par les terres d'Ablai ; au midi, par la montagne de Sortora ; & à l'occident par le duché de Bulgare.


BASKRONPASCATIR, ou PASCHARTI, (Géog.) province de la Tartarie Moscovite, bornée à l'orient par les Kalmuks ; au midi par la grande Nogaia ; au couchant par la riviere de Kam, & au nord par la Permia Velchi, & par une partie de la Siberie.


BASOCHES. f. (Jurisprud.) est la communauté des clercs du Parlement de Paris, laquelle tient une espece de jurisdiction, où se jugent les différends qui peuvent naître entr'eux. Ils s'y exercent aussi à plaider des causes sur des questions difficiles ou singulieres. La basoche a entr'autres officiers un chancelier & un thrésorier de la basoche ; il y avoit même autrefois un roi de la basoche. (H)


BASQUE(LES) s. m. pl. (Géog.) petit pays de France, vers les Pyrénées, entre l'Adour, les frontieres d'Espagne, l'Océan, & le Béarn ; il comprend le Labour, la basse Navarre, & le pays de Soule.


BASRACHvoyez BASSORA.


BASS(Géog.) petite île d'Ecosse, dans le golfe d'Edimbourg.


BASSAALS. m. (Hist. nat. bot.) nom d'un arbre des Indes, qui croit dans les lieux sablonneux, particulierement aux environs de Cochin ; il porte des fleurs & des fruits une fois l'an, depuis la premiere fois qu'il a commencé à produire, jusqu'à sa quinzieme année.

La décoction de ses feuilles dans l'eau avec un peu de gingembre, soulage dans les maux de gorge : on frotte le front & les tempes des phrénetiques, avec ses baies frites dans le beurre. Ses amandes tuent les vers.


BASSANO(Géog.) petite ville d'Italie dans l'état de Venise, au Vicentin, sur la riviere de France.

BASSANO ou BASSANELLO, (Géog. anc. & mod.) ville d'Italie, dans le patrimoine de S. Pierre, au confluent du Nere & du Tibre, près du lac que les anciens appelloient lacus Vadimonii.


BASSAREUSadj. pris subst. (Myth.) surnom donné à Bacchus ; soit du Grec , crier, parce que dans ses mysteres les Bacchantes jettoient de grands cris ; soit d'une sorte de chaussure Lydienne nommée bassareum. On donnoit aussi aux prêtresses de ce dieu le titre de bassarides, que l'ancien scholiaste tire d'une robe ou vêtement qui alloit jusqu'aux talons, & que les Africains & les Thraces appelloient bassyris & bassara. Mais Bochart dans son Chanaana, liv. I. ch. xviij, dit que ce mot vient de l'hébreu bassar, qui signifie la même chose que le des Grecs, qui veut dire vendanger ; étymologie qui vaut bien les deux précédentes. (G)


BASSou BATURE, s. f. c'est, en Marine, un fond mêlé de sable de roche ou de caillous, qui paroît à la surface de l'eau : quand on voit la mer briser dessus, alors on nomme cet endroit bature ou brisant. (Z)


BASSEadj. f. Voyez BAS.

BASSE, adj. pris subst. est celle des parties de la Musique qui est au-dessous des autres ; la plus basse de toutes, d'où vient son nom de basse. Voyez PARTITION.

La basse est la plus importante des parties ; parce que c'est sur elle que s'établit le corps de l'harmonie : aussi est-ce une espece d'axiome parmi les Musiciens que quand la basse est bonne, rarement l'harmonie est mauvaise.

Il y a plusieurs especes de basse ; basse fondamentale, dont nous ferons un article particulier.

Basse continue, ainsi appellée parce qu'elle dure pendant toute la piece : son principal usage, outre celui de régler l'harmonie, est de soûtenir les voix, & de conserver le ton. On prétend que c'est un Ludovico-Viana, dont nous en avons un traité, qui au commencement du dernier siecle la mit le premier en usage.

Basse figurée, qui au lieu de s'arrêter sur une seule note, en partage la valeur en plusieurs autres notes sous un même accord. Voyez HARMONIE FIGUREE.

Basse contrainte, dont le sujet ou le chant, borné à un petit nombre de mesures, recommence sans-cesse, tandis que les parties supérieures poursuivent leur chant & leur harmonie, & les varient de différentes manieres. Cette basse appartient originairement aux couplets de la chaconne : mais on ne s'y asservit plus aujourd'hui. La basse contrainte descendant diatoniquement, ou chromatiquement, & avec lenteur, de la tonique à la dominante dans les tons mineurs, est admirable pour les morceaux pathétiques : ces retours périodiques affectent insensiblement l'ame, & la disposent à la tristesse & à la langueur. On en voit de fort beaux exemples dans plusieurs scenes des opéras François.

Basse chantante, est l'espece de voix qui chante la partie de la basse. Il y a des basses récitantes & des basses de choeurs des concordans ou basses tailles, qui tiennent le milieu entre la taille & la basse ; des basses proprement dites que l'usage fait encore appeller aujourd'hui basses-tailles ; & enfin des basses-contre, les plus graves de toutes les voix, qui chantent la basse sous la basse même, & qu'il ne faut pas confondre avec les contre-basses qui sont des instrumens. Voyez CONTRE-BASSE.

BASSE FONDAMENTALE, est celle qui n'est formée que des sons fondamentaux de l'harmonie ; desorte qu'au-dessous de chaque accord, elle fait entendre le vrai son fondamental de cet accord ; par où l'on voit qu'elle ne peut avoir d'autre contexture que celle de la succession fondamentale de l'harmonie.

Pour bien entendre ceci, il faut savoir que tout accord, quoique composé de plusieurs sons, n'en a qu'un qui soit fondamental : savoir celui qui a produit cet accord, & qui lui sert de base. Or la basse qui regne au-dessous de toutes les autres parties, n'exprime pas toujours les sons fondamentaux des accords : car entre tous les sons d'un accord, on est maître de porter à la basse celui qu'on croit préférable, eu égard à la marche de cette basse au beau chant ou à l'expression. Alors le vrai son fondamental, au lieu d'être à sa place naturelle, qui est la basse, se transporte dans les autres parties, ou même ne s'exprime point du tout ; & un tel accord s'appelle accord renversé. Dans le fond, un accord renversé ne differe point de l'accord direct qui l'a produit ; car ce sont toûjours les mêmes sons ; mais ces sons formant des combinaisons différentes, on a long-tems pris ces combinaisons pour autant d'accords fondamentaux, & on leur a donné différens noms, qu'on peut voir au mot ACCORD, & qui ont achevé de les distinguer ; comme si la différence des noms en produisoit réellement dans les choses. M. Rameau a fait voir dans son traité de l'Harmonie, que plusieurs de ces prétendus accords n'étoient que des renversemens d'un seul. Ainsi l'accord de sixte n'est que l'accord parfait dont la tierce est transportée à la basse : en y portant la quinte, on aura l'accord de sixte quarte. Voilà donc trois combinaisons d'un accord qui n'a que trois sons ; ceux qui en ont quatre, sont susceptibles de quatre combinaisons ; car chacun des sons peut être porté à la basse ; mais en portant au-dessous de celle-ci une autre basse, qui sous toutes les combinaisons d'un même accord, présente toûjours le son fondamental, il est évident qu'on réduit au tiers le nombre des accords consonnans, & au quart le nombre des dissonans. Ajoûtez à cela tous les accords par supposition, qui se réduisent encore aux mêmes fondamentaux, vous trouverez l'harmonie simplifiée à un point qu'on n'eût jamais espéré de l'état de confusion où étoient ses regles jusqu'au tems de M. Rameau. C'est certainement, comme l'observe cet auteur, une chose très-étonnante qu'on ait pû pousser la pratique de cet Art jusqu'au point où elle est parvenue, sans en connoître le fondement, & qu'on ait trouvé exactement toutes les regles, avant que de trouver le principe qui les produit.

La marche ou le mouvement de la basse fondamentale se regle sur les lois de la succession harmonique ; desorte que si cette basse s'écarte de l'ordre prescrit, il y a faute dans l'harmonie.

Bien moduler & observer la liaison, sont les deux plus importantes regles de la basse fondamentale. Voy. HARMONIE & MODULATION. Et la principale regle méchanique qui en découle, est de ne faire marcher la basse fondamentale que par intervalles consonnans, si ce n'est seulement dans un acte de cadence rompue, ou après un accord de septieme diminuée, qu'elle monte diatoniquement. Quant à la descente diatonique, c'est une marche interdite à la basse fondamentale, ou tout au plus tolérée dans le cas de deux accords parfaits, séparés par un repos exprimé ou sous-entendu ; cette regle n'a point d'autre exception. Il est vrai que M. Rameau a fait descendre diatoniquement la basse fondamentale sous des accords de septieme, mais nous en dirons la raison aux mots CADENCE & DISSONANCE.

Qu'on retourne comme on voudra une basse fondamentale ; si elle est bien faite, on n'y trouvera jamais que ces deux choses : ou des accords parfaits sur les mouvemens consonnans, sans lesquels ces accords n'auroient point de liaison ; ou des accords dissonans dans des actes de cadence ; en tout autre cas, la dissonance ne sauroit être ni bien placée ni bien sauvée.

Il s'ensuit de-là que la basse fondamentale ne peut jamais marcher que d'une de ces trois manieres ; 1°. monter ou descendre de tierce ou de sixte ; 2°. de quarte ou de quinte ; 3°. monter diatoniquement au moyen de la dissonance qui forme la liaison, ou par licence sur un accord parfait. Toute autre marche de la basse fondamentale est mauvaise.

Quoique la basse fondamentale doive régner généralement au-dessous de la basse continue, il est pourtant des cas où celle-ci descend au-dessous de la fondamentale ; tels sont ceux des accords par supposition ainsi appellés, parce que la basse continue suppose au-dessous de l'accord un nouveau son qui n'est point de cet accord, qui en excede les bornes, & qui ainsi se trouve au-dessous de la basse fondamentale. Voyez SUPPOSITION.

La basse fondamentale, qui n'est faite que pour servir de preuve à l'harmonie, se retranche dans l'exécution, & souvent elle y feroit un fort mauvais effet. Elle produiroit tout-au-moins une monotonie très-ennuyeuse par les retours fréquens du même accord, qu'on déguise & qu'on varie plus agréablement, en le combinant différemment sur la basse continue. (S)

En général, les regles rigoureuses de la basse fondamentale peuvent se réduire à celles-ci.

1°. Il doit toujours y avoir au moins un son commun dans l'harmonie de deux sons fondamentaux consécutifs. Voyez LIAISON.

2°. Dans toute dominante, la dissonance doit être préparée, à moins que la dominante ne soit tonique.

3°. Toute dominante doit descendre de quinte, & toute sous-dominante doit monter de quinte. Voyez DISSONANCE, DOMINANTE, SOUS-DOMINANTE, PREPARER, &c. On trouvera à ces articles les raisons de ces regles.

Au reste la basse fondamentale prend quelquefois des licences ; on peut mettre de ce nombre les accords de septieme diminuée, & les cadences rompues, dont on peut cependant donner la raison. Voy. SEPTIEME DIMINUEE & CADENCE.

Regles de la basse continue. La basse continue n'est qu'une basse fondamentale, renversée pour être plus chantante. Ainsi dès que la basse fondamentale est faite, on trouvera une basse continue par le renversement des accords. Voyez ACCORD. Par exemple, cette basse fondamentale monotone ut sol ut sol ut sol ut, peut donner cette basse continue plus chantante ut si ut ré mi fa mi. La basse continue n'est obligée de se conformer à la basse fondamentale, que lorsqu'elle approche des cadences, ou qu'elle s'y termine. La basse continue admet aussi les accords par supposition. Voy. ACCORD & SUPPOSITION. Toute note qui porte dans la basse continue l'accord de fausse quinte, doit monter ensuite diatoniquement ; toute note qui porte l'accord de triton, doit descendre diatoniquement. Voyez FAUSSE-QUINTE & TRITON. On trouvera les raisons de toutes ces regles à leurs différens articles.

Regles que doit observer le dessus par rapport à la basse fondamentale. Toute note du dessus qui fait dissonance avec la note qui lui répond dans la basse fondamentale, doit être préparée & sauvée. Voyez HARMONIE, DESSUS, COMPOSITION, PREPARER, SAUVER, &c.

La connaissance de la basse fondamentale, ou la regle pour trouver la basse fondamentale d'un chant donné, dépend beaucoup de celle du mode, ou de la modulation. Voyez MODE. (O)

BASSE DE VIOLLE, instrument de Musique. Voyez VIOLE, & la table du rapport & de l'étendue des instrumens de Musique. Cet instrument a sept cordes, dont la plus grosse à vuide est à l'union du la du ravalement des clavecins, ou du la du 16 pié. La plus petite ou la chanterelle, est à l'unisson du ré qui suit immédiatement la clé de c-sol-ut.

BASSE DE FLUTE A BEC, instrument dont la figure & la tablature est entierement semblable à celle de la flûte-à-bec décrite à son article, dont la basse ne differe qu'en grandeur. Cet instrument sonne l'octave au-dessous de la flûte-à-bec, appellée taille. Son ton le plus grave est à l'unisson du fa de la clé f-ut-fa des clavecins, & il a une 13e d'étendue jusqu'au ré à l'octave de celui qui suit immédiatement la clé de c-sol-ut. Voyez la table du rapport de l'étendue des instrumens de Musique.

BASSE DE FLUTE TRAVERSIERE, représentée Pl. IX. de Lutherie, fig. 34 & suiv. est un instrument qui sonne la quinte au-dessous de la flûte traversiere, & qui lui est en tout semblable, à cela près, qu'il est plus grand, & qu'il est courbé dans la premiere partie, pour que l'embouchure a soit plus près de l'endroit où il faut poser les mains. Le coude B qui joint la piece où est l'embouchure avec le reste de l'instrument, est un tuyau de laiton qui entre par chacune de ses extrémités dans des boîtes ou noix pratiquées aux extrémités des pieces qu'il faut joindre. Les trous 1, 2, 3, 4 & 6, auxquels les doigts ne sauroient atteindre, vû la grandeur de l'instrument, se bouchent avec les clés que l'on voit vis-à-vis. Ces clés sont tellement fabriquées, que lorsqu'elles sont abandonnées à leurs ressorts, elles laissent les trous qui sont vis-à-vis, ouverts ; & que lorsque l'on appuie dessus avec un doigt, ils sont fermés, la soûpape de ces clés étant entre la charniere & le point où on applique le doigt : au lieu qu'à la clé du mi b mol, c'est la charniere qui est entre la soûpape & l'endroit où on pose le doigt. Cet instrument sert de basse dans les concerts de flûte. Son ton le plus grave est à l'unisson du sol que se trouve entre la clé de f-ut-fa & de c-sol ut des clavecins ; ce qui est, comme on a dit ci-devant, une quinte au-dessous des flûtes ordinaires qui ont deux piés de long. Voyez FLUTE TRAVERSIERE, & la tablature de cet instrument, qui sert pour celui-ci, observant toutefois de commencer par le sol 5e. On façonne cet instrument qui est de bouis ou de quelqu'autre bois dur, sur le tour, comme tous les autres instrumens à vent. Voyez l'article FLUTE TRAVERSIERE & TOUR A LUNETTE, & la table du rapport & de l'étendue des instrumens de Musique.

BASSE DES ITALIENS, c'est le même instrument que celui que nous appellons basse de violon. Voyez